Le Boléro

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Le Boléro
Le Boléro
Ravel et/ou Béjart
Vous pouvez soit présenter :
1. L’œuvre musicale seule
2. Soit présenter la chorégraphie
3. Soit les deux
La fiche fait la synthèse de tous ces éléments et peut donc vous servir de base sérieuse
et fiable pour votre travail.
I Boléro : Maurice Ravel (1928), l’œuvre musicale
Présentation générale :
Définition : Le boléro est à l’origine une danse
espagnole à trois temps qui utilise un rythme
caractéristique avec triolet
Ravel se vit commander en 1928 par la danseuse Ida
Rubinstein une œuvre qui devait durer une quinzaine de
minutes : il lui écrivit le « boléro » au rythme répétitif et
hypnotique inspiré du rythme de la danse espagnole dite
« boléro » ; voici ce rythme :
 Le Boléro est donc avant tout une œuvre destinée à être dansée ; et pourtant,
c’est sans la chorégraphie que cette œuvre prit rapidement son envol.
On ne sait pas exactement quelle était la chorégraphie créée par la danseuse car rapidement le
boléro quitte son lien premier avec la danse pour évoluer seul, en toute indépendance, jusqu’à
ce que en 1960, Maurice Béjart, l’un des chorégraphes français du 20ème siècle, s’empare de
cette œuvre et la rende toute entière à la danse.
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Définition : chorégraphe, chorégraphie :
Personne qui crée et compose des pas de danse sur une musique ; œuvre qui répond à la
composition de pas de danse sur une musique
Maurice Ravel- 1875 - 1937
Sans qu’on sache vraiment pourquoi, Maurice Ravel est l’un des compositeurs français les
plus incompris du 20ème ; à lui qui est tout sensibilité et finesse, nombre de musicologues lui
reprochent un manque d’émotion à sa musique qui pourtant en est remplie. Heureusement,
Marcel Marnat en 1995, lui a enfin rendu hommage dans la biographe qu’il lui a consacrée.
Les concertos pour piano, ses œuvres pour piano, ses œuvres vocales, très nombreuses,
traduisent une imagination féconde, une sensibilité à fleur de peau ainsi qu’une clarté de
pensée qui évoque les auteurs du 17ème qu’il aimait tant, tel Rameau. D’origine espagnole par
sa mère, il a toujours été attiré par l’Espagne, bien que l’ayant fort peu connue.
Outre Boléro, il a aussi composé le célèbre « L’enfant et les Sortilèges » sur un texte de
Colette.
Boléro est l’une des dernières œuvres qu’il ait composées avant son attaque cérébrale qui
l’empêcha de composer par la suite, et qui le conduisit à la mort.
On a souvent comparé Ravel à Debussy, les deux compositeurs ayant au début de leur carrière
des liens très forts avec l’impressionnisme, ce mouvement artistique où la chose ressentie et
subjective est plus importante que la chose vue et vécue objectivement.
L’art se déplace donc de l’objet vers le sujet.
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La musique
 Sur la base du rythme évoqué ci-dessus, Ravel a réalisé un incroyable travail
d’orchestration et a confié à l’orchestre symphonique l’un des crescendos les plus
célèbres de toute l’histoire de la musique. A cet orchestre, s’ajoute un célesta,
instrument à clavier aux sonorités magiques et un saxophone, rarement utilisé dans
l’orchestre symphonique. ( On en trouve un dans l’Arlésienne de Bizet, mais c’est
rare)
Définition orchestration : art d’utiliser les sonorités de tous les instruments de l’orchestre,
soit un par un, soit par famille, soit en les mélangeant pour obtenir des sonorités inédites.
On pourrait comparer l’orchestration à la palette d’un peintre : le compositeur mélange entre
eux des timbres ou des familles d’instruments pour obtenir des « couleurs » différentes ; c’est
un art difficile, car il faut avoir une idée précise de la façon dont vont sonner les assemblages ;
 Il a par ailleurs aussi utilisé plusieurs « ingrédients » qui
envoûtante et en font une des œuvres les plus célèbres.
rendent cette œuvre
1. Deux phrases musicales, très longues, toujours répétées deux fois, l'une jouée en
majeur et l'autre en mineur, se déroulent tout le long de l'oeuvre, soutenues par une
rythmique obsédante, base de cette danse espagnole : immobilité et
mouvance créent l'ombre et la lumière de l'œuvre. Le deuxième thème est plus
oriental que le premier, tout entortillé sur lui même. Il évoque presque un serpent
sortant de son panier! La flûte fait une entrée doucement lumineuse, puis tour à tour
les bois entrent, jusqu'à l'irruption étonnante du célesta...
2. Peu à peu, quelque chose d'impétueux, de sauvage va s'emparer de l'orchestre... un
crescendo très progressif se met en place peu à peu ; il devient nettement perceptible
après l'entrée impérial des violons, rendus fougueux par leur longue attente. Le
trombonne, ironique et décalé, y va de son solo un peu jazzy, le hautbois, tout
languide, de son ton un peu triste, toujours si élégant et mélancolique, le saxophone
apporte une touche stylée inattendue, une chaleur inattendue. Peu à peu, tout
l'orchestre s'empare de ses deux phrases, si longues, qu'il est difficile de les retenir
vraiment... il manque toujours une note quand on les chante...
3. La rythmique à trois temps, avec ses triolets ( qui soit dit au passage ont inspiré la
marche de Dark Vador dans son aspect rythmique) hypnotise littéralement l’auditeur.
4. Ravel en appelle au célesta, au saxophone, instruments peu utilisés dans l’orchestre
symphonique et au trombone qui se « jazzifie » dans ce contexte étragne. Il mélange
des timbres avec un air du son extraordinaire, créant des couleurs fascinantes, jamais
assemblées avant lui.
Une œuvre isolée, qui n’a ni « avant ni après » dont Ravel était très fier !
Il est impossible de trouver des œuvres qui puissent avoir inspiré le Boléro ou qui ont été
influencées par le Boléro de Ravel ; le compositeur a créée une œuvre unique et originale dont
il était très fier, mais si beaucoup ont cru le contraire. Il est écrit que Ravel disait que son
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œuvre était vide de musique : c’est faux, complètement faux. Ravel a toujours joué à cache
cache avec tout le monde et caché ses émotions ; il préférait mentir que de livrer sa pensée
profonde ; il en était fier - et il avait de quoi ! - car il avait atteint l’objectif qu’il s’était fixé :
faire miroiter toutes les couleurs de l’orchestre et obtenir cette musique hypnotique et
obsédante qui atteint un point culminant, qui frise la folie, l’exultation, l’euphorie, bref, une
émotion libératrice, proche de la transe ou de l’orgasme ! Comment avouez cela à un auditoire
du début du 20ème siècle ? Oui, son œuvre est sexuelle, mais ce n’est guère avouable….
En revanche, l’œuvre a inspiré le groupe de rock expérimental Emerson, Lake et Palmer, dans
« Abbadon’s Boléro » clin d’œil à Ravel.
Elle a également été reprise à maintes occasions : films, pub, documentaires, etc
II Maurice Béjart et la chorégraphie : le jeu du masculin/féminin
Béjart, 1927- 2007 - chorégraphe français – qui a
créé les Ballets du XX puis le Béjart Ballet de
Lausanne a chorégraphié cette œuvre en 1960.
Intelligent, sensible, a saisi tout le propos de
Boléro : sa chorégraphie est un hymne, un rite, une
célébration une transe dansée, une fête fastueuse et
paroxystique !
Voici son propos :
Un homme/femme danse sur une table ronde, rouge,
au milieu d'un groupe de danseurs. La scène est dans
l’ombre, seuls les corps et la table sont éclairés. Au
fur et à mesure de l'entréedes instruments, les
danseurs autour de la table qui sont assis,
interviendront.
On peut imaginer toutes sortes de choses : une corrida avec mises à mort, un rite sacré très
ancien... l'œuvre peut se livrer aux débordements de l'imagination de chacun.
La danse commence par le jeu d’un bras qui se lève et s'abaisse... puis l’autre pied, tandis que
la pulsation est marquée par l’oscillation sur le pied de terre, le second pied étant demi-pointe
derrière.
Mais peu à peu, ce jeu serpentin de bras va devenir sensuel, violent, sauvage, jusqu'à la
possession du danseur par la musique... Le corps se balance, les hanches se meuvent avec
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sensualité, le buste frémit, le corps tout entier est pris par le rythme lancinant du Boléro et la
passion qui s’empare de l'orchestre.
Le soliste exhorte peu à peu tous les danseurs/seuses à se joindre à lui ; sur sa table rouge, il
les domine, il est comme le chef d’orchestre qui les invite à se joindre à lui, à sa danse
sensuelle puis sauvage.
Ce qui fait la magie de Bolero est l'aspect féminin/ masculin de la chorégraphie
1) Béjart a insisté sur le fait que le soliste et/ou le corps de ballet pouvait être féminin ou
masculin ; cela n’avait aucune importance.
 Les jeux de bassin sont féminins, lascifs parfois, avec une utilisation très orientale. On
trouve des accents, des déhanchements, des ronds de bassin dont l'accent se finit sur le
côté. Ce sont presque des emprunts à la danse orientale. L'un des pieds est à plat,
l'autre demi-pointe qui induit cet oscillation du corps sur lui même.
 Même chose pour le buste qui utilise (mais pas du tout comme Martha Graham) les
contractions et relâchement. Le balancement du corps, son oscillation, le jeu des bras,
tout cela est fluide, souple, du domaine du féminin. Les bras serpentent, les mains et
les poignets aussi. Sur un corps de garçon, c’est étonnant, moins sur le corps d’une
femme
 En opposition, les poses en équilibre, la force qui se dégage de certaines poses, les
figures qui empruntent aux fresques de la Grèce antiques sont masculins ; sur des
corps de garçons cela passent tout seul, c’est plus étonnant sur des corps de femme.
Béjart nous dit clairement que l’être humain est ANDROGYNE sur le plan de l’énergie et il
joue avec ce mélange féminin/ masculin présent en chacun de nous.
Le soliste, qu’il soit fille ou garçon, doit à la fois puiser dans sa féminité pour apporter
l'élément " oriental" de la danse, et dans sa force pour, déjà, tenir les quinze minutes, et
surtout pour que les sauts, phénoménaux, les battements, les jetés de bras, les expressions du
visages qui à la fin sont fougueux, passionnés, pleines de force, ce que par exemple côté
filles, Plissestkaia ou Guillem réussissent merveilleusement bien que femme. Sans parler
d'Elisabeth Ros sensuelle et guerrière tout à la fois.
Côté garçons, Jorge Donn ou Nicolas Le Riche se prêtent au jeu du féminin dans la danse ;
cela ne leur retire en rien leur puissance en tant que danseur masculin.
Ce double aspect féminin/masculin dans cette chorégraphie est sûrement l'un des aspects le
plus fort, le plus troublant, le plus beau, de cette œuvre ; elle lui donne ce côté hautement
érotique qui nous trouble sans qu’on s’en rende compte. Ravel n’en aurait pas été choqué car
lui-même trouvait que son œuvre portait en elle une sorte d’excitation puis de libération
typique de l’acte sexuel.
Côté garçon, Donn lui donnait son érotisme, son génie, sa sensualité, sa démesure à la
Freddy Mercury, sa folie, Leriche, son érotisme, sa puissance, tout en y exaltant sa féminité.
Le Riche, sa félinité, son sex-appeal, et sa virilité sensuelle.
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Côté fille, Plissestkaia apporte sa ferveur presque mystique. Guillem, une forme de
domination dont elle se joue, dont elle s'amuse avec une fraîcheur, une candeur pourtant en
opposition totale avec l’œuvre ; sa danse est tellement féminine, tellement fraîche, fluide,
gracieuse alors qu’elle possède une telle puissance, qu’elle brouille les repères et s’en amuse.
A noter que Sylvie Guillem et Nicolas Le Riche ont inscrit cette œuvre lors de leurs adieux à
la scène ! C’est dire s’ils ont aimé la danser, s’ils la portent tous les deux en eux, dans toutes
les fibres de leur être et de leur âme !
Galerie des solistes
Jorge Donn, soliste de Béjart
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La virtuose Sylvie Guillem qui a fait ses adieux à 50 ans sur cette oeuvre
Nicolas Le Riche, le soir de ses adieux à la scène
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Maia Plissestkaia, danseuse russe
Une question de tempo
D’une version à l'autre, Boléro dure de 13' 55 minutes à 16'02... pourtant Ravel a été très clair
là-dessus : il ne voulait absolument pas qu’on joue son boléro rapidement ; il fallait trouver un
tempo juste, ni trop rapide, ni trop lent. L’œuvre doit être rythmée mais pas précipitée !...
Une œuvre si célèbre que :
On dit de Boléro que c'est l'œuvre la plus jouée dans le monde. On comprend mieux tout
l’enjeu qu’il y a eu avec les héritiers de Ravel car c’est l’œuvre qui rapportait le plus d’argent,
jusqu’à mai 2016… où elle est tombée dans le domaine public.
En quoi cette œuvre change-t-elle notre regard sur le monde ?
Pour la musique :
Parce que en 15 minutes, elle hypnotise l’auditeur pour peu qu’il se laisse aller au jeu de
l’écoute, elle lui fait vivre une expérience puissante de transe, et l’immerge dans la magie des
jeux de couleurs orchestrales dont Ravel seul à le secret
Pour la danse :
Parce qu’elle nous fait partager une transe, une fièvre, un paroxysme avec un langage du
corps inspiré en partie de la technique classique ( pointe de pieds tendus, en dehors,
placement du corps avec le dos droit)
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Rupture ou continuité ?
Pour la musique : Rupture car personne encore n’avait osé s’attaquer à une œuvre qui
répète inlassablement les deux mêmes mélodies sur un rythme unique pendant 15 minutes.
Continuité, car ce travail sur la couleur orchestrale prolonge le travail de Berlioz au 19 ème
siècle, le premier a écrire un traité d’orchestration et à le publier ; avant lui, la couleur
orchestrale intéressait fort peu : on traitait l’orchestre par « familles » s’en s’occuper des
différents individus qui composent cette famille :
Ex : la trompette pour les cuivres, ou la flûte pour les bois
L’un apporte sa chaleur, l’autre sa lumière
Pour la danse : Rupture, car personne encore n’avait imaginé une œuvre qui puisse être
indépendamment confiée à des filles ou des garçons dans cette forme excessive de transe
Continuité car il y a des références à la danse orientale, aux danses grecques comme le
sirtaki, aux fresques grecques ou aux bas reliefs.
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