A l`heure où le tabac disparaît progressivement des lieux
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A l`heure où le tabac disparaît progressivement des lieux
A l’heure où le tabac disparaît progressivement des lieux publics en Europe, y compris des cafés et des restaurants (lois appliquées déjà dans plusieurs pays, Italie et Irlande en tête, bientôt rejoints par la Finlande, le Royaume-Uni et peut-être la France), il semble intéressant de s’interroger sur la place et le rôle du tabac dans les cafés de l’espace euro-méditerranéen depuis la naissance de ces lieux de sociabilité. En France, le tabac a longtemps été interdit dans les cafés. Les propriétaires des cafés luxueux ne permettaient pas que la fumée de tabac entament les boiseries et les décors somptueux qui faisaient la réputation de l’établissement. En 1718, dans son Séjour à Paris, J.C.Nemeitz, voyageur allemand, s’étonne de ce qu’on ne fume point dans les cafés parisiens comme en Allemagne ou en Hollande. Dans le Paris du XIXe siècle, la consommation de tabac suffit à différencier le café français de la brasserie d’origine germanique ou des estaminets répandus surtout en Flandre et en France du Nord. Dans l’estaminet, fréquenté par les étudiants pauvres et les artistes bohèmes, on fume la pipe. Apparaît au XIXe siècle également un autre établissement pour fumeurs, le divan. S’y retrouvent les gens de bonne fortune, les dandys qui s’allongent alors sur les divans « à la turc » pour y fumer cigares et cigarettes. Les brasseries elles-aussi sont de véritables tabagies. Elles attirent le public estudiantin. Puis, certains cafés ouvrent leurs terrasses aux fumeurs et aux femmes. Mais, le nombre de fumeurs augmentant, les cafés finissent par abandonner les dorures pour laisser place aux céramiques plus hygièniques et moins sensibles à la fumée. En Italie, au début du XVIIIe siècle, la plupart des cafés sont encore des boutiques sombres et enfumées. Mais, les beaux cafés ne tolèrent pas les fumeurs. Le Gréco, qui ouvre ses portes via deil Condotti à Rome en 1760, fait pourtant exception. Il était reconnu pour sa tolérance envers les fumeurs. Contrairement à la France, l’Europe du Nord et les pays du sud de la Méditerranée ont très vite associé cafés et tabac. A Amsterdam, on parle des « cafés bruns » qui doivent leur nom à la nicotine patinée qui recouvrait murs et plafonds. En Flandre, le vierpot, pot de braises, était déposé sur les tables pour que les clients puissent allumer leur pipe. En Alsace, des cordes incandescentes pendant du plafond avaient la même fonction. Les brasseries germaniques accueillaient également les fumeurs. Dans les pays du monde arabe, le narguilé a très rapidement constitué au même titre que la boisson, le café, un des éléments de la sociabilité masculine. Si pour Kamal Chaouachi, la simultanéité entre naissance des cafés et usage du narguilé n’est pas prouvée, il n’en demeure pas moins que le narguilé est encore aujourd’hui associé au café et appartient au décor des « cafés orientaux ». Comme le café, il invite à la détente, à la discussion, à l’échange.