La souffrance des élèves à haut potentiel
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La souffrance des élèves à haut potentiel
dossier La souffrance des élèves à haut potentiel n Tant que les enfants à haut potentiel n’ont pas été désignés comme tels, ils désespèrent de ne pouvoir expliquer leur différence. En effet, leurs intérêts divergent fortement de ceux de leurs camarades ; l’absence d’explication peut les conduire à la dépression ou aux conduites à risque. n U J. Steck-Jentile n parallèle “osé” a priori s’est imposé à nous trouver des parades. Certains devront être déscola- Mots-clés entre « l’expression de la souffrance psychi- risés car ils ont développé une “phobie scolaire” ; • Angoisse que de l’élève handicapé » [1] et les élèves à leur avenir est en danger – qui dit déscolarisés, dit haut potentiel… Si nous parlons de “différence”,il est trouver des solutions, en inventer, même ! évident, qu’à première vue, cela ne se voit pas. Mais • Les filles se font, en général, moins remarquer. que se passe-t-il pour Fabien1, en maternelle, isolé à la Leur souffrance est insidieuse et va se traduire par de récréation et qui subit les moqueries de ses camara- nombreuses somatisations, beaucoup de cauche- des, parce qu’il ne sait pas jouer au foot et qu’il préfère mars ou des troubles alimentaires. Certaines trouvent parler des volcans, des étoiles, de la mythologie ? Ou des parades, comme Hélène qui, pendant les cours, pour Laura, en primaire, qui n’est jamais invitée aux les recopiait à l’envers, pour s’occuper sans bruit. • Dépression • Enfant à haut potentiel • Souffrance anniversaires parce qu’elle ne s’intéresse pas aux séries télévisées ou à la vie de Johnny Depp ? Des tests libérateurs • Tous les enfants ont éprouvé un grand soula- Des souffrances importantes le plus souvent tues gement après la batterie de tests qui mettait en évi- Parmi les nombreux enfants à haut potentiel, chacun – au fait qu’ils soient souvent malhabiles (leur esprit a des souffrances importantes, invalidantes parfois, allant plus vite que leurs corps, quelques séances surtout si personne n’a mis de mots sur ce qu’il vit. de psychomotricité sont souvent nécessaires) ; L’enfant à haut potentiel ne sait pas ce qui lui arrive, – à leur hypersensibilité (“hors du commun”,tant la pourquoi personne ne le comprend, pourquoi il se moindre remarque, ou ce qu’ils pourraient interpré- sent si différent ; le voilà « rempli d’impuissance et ter comme un rejet, leur est insoutenable) ; de culpabilité » [1]. Il dort mal, accumule la fatigue, – au fait qu’ils soient toujours prompts à se dénigrer perd de l’intérêt pour son quotidien. Certains ont et qu’il faille sans cesse les rassurer (plus encore confié s’être cru « fou », refusant « d’en parler, de chez les filles). peur qu’on [l]’enferme ». Peut-on alors mesurer • Dans notre pratique, dans aucun cas, le fait de l’angoisse qu’ils connaissent très tôt et qu’ils ne les avoir détectés et suivis les avait marginalisés, savent comment maîtriser ? bien au contraire ; ils ont régulièrement besoin d’un dence leur potentialité car il y avait une explication : “coup de pouce” et doivent avoir un lieu où expri- Filles/garçons, des comportements différents mer leur mal-être et leurs interrogations. Cela aide Ces enfants à haut potentiel sont rarement “homo- auraient préféré avoir un “enfant ordinaire”… gènes” dans leur potentialité, ce qui suscite l’incom- • Dans le cas contraire, c’est-à-dire, si nous trai- préhension et les remarques désobligeantes : « Toi tons ces enfants comme les autres, uniformément, si intelligent, tu n’as pas compris ? » C’est souvent le risque de toxicomanie, de fugues, de tentatives aussi parce qu’ils vont répondre à une question avec de suicide est important. C’est ce que nous avons un raisonnement autre que celui attendu. pu déterminer en consultation avec ces jeunes au • Sur le plan physique, les garçons vont davantage parcours douloureux, victimes d’une totale incom- s’agiter, se faire remarquer, adopter des conduites préhension, avec ce leitmotiv : « J’ai tout pour être à risques. Ils vont troubler la classe et il va falloir heureux(se)… et je gâche tout. » n aussi les parents, souvent démunis. Beaucoup n La revue de santé scolaire & universitaire n n° 18 n Novembre-Décembre 2012 n Note 1. Les prénoms ont été changés. Référence [1] Romano R. L’expression de la souffrance psychique de l’élève handicapé. Revue de la santé scolaire et universitaire 2012;13:8-11. Déclaration d’intérêts : l’auteur déclare ne pas avoir de conflit d’intérêts en relation avec cet article. Auteur Jo Steck-Jentile Psychologue, Chambéry (73) [email protected] 15