La campagne d`Allemagne de la 9ème DIC avril

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La campagne d`Allemagne de la 9ème DIC avril
La campagne d’Allemagne de la 9ème D.I.C.
avril - mai 1945
Après la libération de la plaine
d'Alsace, la 9éme DIC, aux ordres
du général Valluy, est chargée
de dégager Strasbourg. Franchissant le Rhin à Leimersheim,
les marsouins vont entamer une
chevauchée en plaine de BadeWurtemberg, mettant Strasbourg à l'abri des canons allemands.
Après la bataille pour Colmar, la
division, commandée depuis le 12
mars par le général Valluy, monte
la garde au Rhin. Cette mission
n'a rien de statique ; les régiments sont entre Strasbourg et
le fleuve sous le feu
des canons allemands ;
chaque nuit des patrouilles de la Wehrmacht le franchissent.
Elles imposent une
vigilance
constante
alors que les unités
poursuivent les entraînements quotidiens :
attaques de blockhaus,
exercices de navigation
avec, devant nous, ce
large fleuve inquiétant
qu'il faudra franchir
sous peu.
pour tenir la rive gauche du Rhin
sur quarante kilomètres. Le 31
mars, la 3ème Division d'Infanterie Algérienne traverse à hauteur de
Spire, pendant que la 2ème Division
d'Infanterie Marocaine franchit le
fleuve à Gemersheim au prix d'un
héroïsme qui mérite notre admiration.
Pour couvrir cet effort, la 9éme
DIC passe le Rhin en force pour
prendre Karlsruhe ; le franchissement se fait un peu plus au sud, à
Leimersheim, dans des conditions tout aussi difficiles. Puis sous
les ordres directs de la1ère Armée,
elle devra poursuivre en direction d'Offenbourg, tourner les résistances du Rhin, dégager Strasbourg et prendre pied dans le
nord de la Forêt-Noire.
Le franchissement du Rhin
Le groupement du 21ème RIC commandé par le colonel Bourgund
s'installe dans la région de Leimersheim. La nuit est mise à profit pour rassembler le matériel de
franchissement, mais le 2 avril au
lever du jour, en dépit des efforts
du Génie, les plages de départ ne
disposent pas de tous les
moyens nécessaires. A 7 heures,
le général Valluy décide que
l'opération sera déclenchée
coûte que coûte à 11 heures avec
seulement 5 canots et 9 bateaux.
L'opération est délicate, la rive opposée est truffée de blockhaus,
le fleuve est large, le courant très
fort. A l'heure H, deux sections de
la 3ème compagnie embarquent six
Le général de Lattre
de Tassigny, soutenu
vigoureusement par le
général de Gaulle, obtient du commandement américain, à force
de ténacité et de diplomatie, son accord pour
étendre notre zone
d'action vers le nord. Il
occupe ainsi le créneau, tant souhaité,
pour lancer notre attaque.
Le 1 1ème Corps du général de Montsabert,
prend la ligne Siegfried, franchit la Lauter
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1
hommes dans les Sturmbots,
douze dans les M2. La préparation
d'artillerie du Régiment d'Artillerie
Coloniale du Maroc se déclenche brutale, violente, rapide accompagnée du crépitement rageur des mitrailleuses et des départs des 76,2 des Tank-destroyers, des 40 Bofors, des antichars qui visent les embrasures
des blockhaus. Les fumigènes
commencent à tomber :
" Moteurs à plein régime les premiers canots d'assaut franchissent
le goulet, foncent vers la rive ennemie, le courant est violent, les embarcations dérivent, des rafales
font gicler l'eau tout autour. Vision
effrayante, les balles traçantes
s'entrecroisent en ricochant devant
le bateau en provenance des casemates, nous sommes une cible de
stand de tir. L'attente est immense,
haletante. Le bateau ne peut pas
aller plus vite et derrière nous, le
propulsiste du 101ème Génie est à
sa tâche, comme une statue, la
statue du sacrifice offerte à cette
hostile plaine liquide. C'est long...
jusqu'au choc de l'arrivée. On rentre dans le monde des vivants. Une
autre aventure commence aussi
tragique, l'attaque des blockhaus,
les marsouins bondissent sur le
premier ouvrage. Il est attaqué à la
grenade, au lance-flamme, des Allemands complètement sonnés se
rendent pendant que les vagues
d'assaut se succèdent malgré les
ennuis mécaniques et la réaction
tardive de l'artillerie allemande. "(1)
Les derniers éléments du 1er bataillon passent à 14 heures ; la
tête de pont est créée. Elle sera
aussitôt inspectée par le général
de Lattre et le général Valluy.
Pendant ce temps, les blindés du
Régiment d'Infanterie Coloniale du
Maroc et du Régiment Colonial de
Chasseurs de Chars, les canons
du RACM s'intègrent plus ou moins
clandestinement aux convois américains pour franchir le Rhin sur les
ponts de bateaux US de Mannheim
et de Spire où je me souviens d'être
passé de nuit sur un pont de bateau généreusement éclairé par un
clair de lune artificiel. Les chefs de
voiture n'ont pas de cartes, ils ont la
consigne de se diriger vers le sud,
"en tournant toujours à droite ! ... " A
l'aube tous se retrouvent aux lisières de Karlsruhe !
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Un blindé du RCCC en Allemagne
La prise de Karlsruhe
Après son passage sur la tête de
pont le 2 avril, le général de Lattre
a donné au général Valluy la responsabilité de la conquête de Karlsruhe avec un groupement comportant la 9ème DIC renforcée du CC2(2)
de la 5ème DB, du 9ème Zouave, des
81ème et 126ème RI.
Le 3 avril, les coloniaux du groupement Bourgund conquièrent méthodiquement les blockhaus et sont à
3 km au sud-est de la ville. Le
groupement Navarre(3) venant du
nord progresse difficilement. Des
éléments du RICM, du RCCC pénètrent aussi les faubourgs nord.
truées par des barricades, des
décombres et des fils électriques
qui pendent, véritables pièges
pour les chefs de chars. Des tirs
précis de tireurs d'élite attirent
aussitôt la riposte de nos blindés.
Groupement Navarre et groupement Bourgund font leur jonction
et le général Valluy lance le 23ème
RIC du colonel Landouzy vers le
sud.
La plaine de Bade
Le II/RACM, arrivant de Spire, est
en batterie, prêt à intervenir. Cela
ne sera pas nécessaire. Le 4 avril
un assaut concentrique est lancé
sur les défenses allemandes.
Toutes les artères sont obstruées par des barricades, des
décombres et des fils électriques
qui pendent, véritables pièges
pour les chefs de chars. Des tirs
précis de tireurs d'élite attirent
aussitôt la riposte de nos blindés.
Groupement Navarre et groupement Bourgund font leur jonction
et le général Valluy lance le 23ème
RIC du colonel Landouzy vers le
sud.
La défense allemande appuyée
sur les ouvrages de la ligne Siegfried se révèle coriace dès que
nous abordons la plaine. Chaque
village organise sa défense avec
des pièces anti-chars, des "panzerfaust" servis par des unités régulières mêlées aux vieillards et jeunes
garçons fanatisés du Volksturm.
C'est le cas à Durlach, Ettlingen,
mais surtout à Wolfartsweier où la
7ème compagnie du II/23ème RIC perd
tous ses officiers. Renforcée d'un
peloton du 4/RICM, de deux tankdestroyers, elle attaque après une
préparation d'artillerie en règle.
Cette affaire nous coûte une quarantaine d'hommes. Ce n'est pas
encore la guerre fraîche et joyeuse
sous un soleil printanier, mais nous
avons un moral de vainqueur : le 7
avril, le général de Gaulle fait son
entrée dans Karlsruhe.
Le II/RACM, arrivant de Spire, est
en batterie, prêt à intervenir. Cela
ne sera pas nécessaire. Le 4 avril
un assaut concentrique est lancé
sur les défenses allemandes.
Toutes les artères sont obs-
L'Allemand résiste. Il mène des
contre-attaques furieuses. Le 8
avril à Morsch, le groupement
Bourgund, (21ème RIC, RICM,
RCCC, 81ème RI, I/RACM), repousse les Allemands qui foncent en
2
Le colonel Landouzy et le drapeau
du 23° R.I.C. devant un monument à
la gloire des vainqueurs de 1870
hurlant, sans se soucier du feu de
nos mitrailleuses et des tirs d'arrêt
des 105 du I/RACM répétés quatre
fois !
Tous les villages sont autant de
centres de résistance. Partout la
9ème DIC se heurte à la 106ème Infanterie Division qui défend le verrou de la plaine de Bade. Tous les
régiments sont engagés ; la progression continue grâce à une remarquable manœuvre inter-armes,
infanterie, blindés, artillerie, mais
souvent avec des pertes douloureuses chez les anciens venus
d'Afrique et chez nos jeunes, très
jeunes volontaires. Le 23ème RIC est
engagé sur les pentes de la ForêtNoire. Au centre, le 21ème RIC fait le
" forcing " sur Rastatt où se déroulent des combats de rues acharnés. Le 12 avril, le 21ème RIC et le
sous-groupement Gauvin (l/6éme
RIC) font tomber les dernières défenses et se donnent la main.
sonnèrent dès le matin.
La Forêt-Noire
La division s'est déjà engouffrée
dans la plaine de Bade pour exploiter vers Oberkirch où les pièces de gros calibre qui tiraient sur
Strasbourg sont neutralisées puis
vers Fribourg par les vallées de la
Forêt-Noire.
Le groupement Landouzy fonce
en direction de la frontière suisse.
L'ennemi tente de s'accrocher à
Zarten face au groupement Le
Puloch, à Neustadt devant le
groupement Bourgund pendant
que le 6éme RIC fait sauter le verrou
de Lahr. Les sources du Danube
sont atteintes à Donaueschingen.
Submergées, les unités de la
Wehrmacht doivent se rendre. Elles le font en bon ordre, se mettant
spontanément en colonne pour se
diriger vers nos arrières, pratiquement sans escorte. Des drapeaux
blancs apparaissent à toutes les
fenêtres.
La capitulation est proche mais le
24 à Lörrach, l'ennemi barre la vallée du Haut Rhin. L'attaque est menée par le I/23ème RIC appuyé par
un peloton de tank-destroyers du
RCCC. Deux chars "Bien-Hoa II" et
"Phnom-Penh" s'embraseront
dans un feu d'artifice de mort, torches triomphales car l'ennemi
abandonne ses pièces sous la me-
La 106éme division allemande est
en pleine déroute...
C'est au RICM et 6ème RIC que revient l'honneur d'entrer dans Kehl.
Ils se retrouvent face à leurs anciennes positions.
Le général de Lattre avait dit :
"Je veux que la 9ëme DIC fasse sonner les cloches de Strasbourg le 15
avril dans l'après-midi ". Elles
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3
détente nous entamions les préparatifs de départ pour l'ExtrêmeOrient où les premiers d'entrenous arrivaient fin 1945, douze
mois après l'attaque dans le HautDoubs qui devait nous ouvrir la
route de l'Alsace.
La trêve avait été courte.
La 9ème D.I.C., seule grande unité opérationnelle disponible,
forte de plus de quinze mille
hommes, quittait l'Europe
pour d'autres combats sous le
signe de l'Ancre-d'Or.
G. Pinelli,
Ancien de la 9ème DIC, (1943-1948).
Paru dans l’Ancre d’Or Bazeilles
n° 286 mai-juin 1995
nace des marsouins du 23èmc RIC
qui s'infiltrent hardiment.
s'agissait seulement d'une trêve
avant d'autres combats.
Les unités de la division font du
volume dans les vallées de la Forêt-Noire.
Pourtant cette victoire était fêtée
en France par beaucoup qui n'y
étaient pour rien…
Début mai, elles sont à la hauteur
du lac de Constance prêtes à entrer en Autriche ! Quelques jours
plus tard, le 7 mai, la nouvelle de
la capitulation de l'Allemagne arrête notre élan…
Mais qu'importe, nous étions entre nous, entre frères d'armes
avec dans la tête le souvenir des
nôtres partis du Niger ou du Sénégal, rejoints en Afrique du Nord et
en France par ceux qui voulaient
se battre. Beaucoup sont tombés
avant de connaître le jour de
gloire…
Nous sommes nombreux à témoigner que cette annonce n'a pas
provoqué d'enthousiasme parmi
nous. Nous étions un peu las,
presque indifférents, comme s'il
Après quelques joyeuses semaines
d'occupation et une permission de
---------(1) D'après le récit du sous-lieutenant Talazac observateur avancé du 1/RACM embarqué avec la 1ère compagnie du 1/21ème RIC,
(2) Combat Command. Terme américain désignant une unité tactique composée de blindés et d'infanterie d'accompagnement.
(3) II s'agit du CCS mis à la disposition du général Valluy.
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