Le PrintemPs de La renaissance
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Le PrintemPs de La renaissance
Le Printemps de la Renaissance La sculpture et les arts à Florence 1400-1460 Florence, Palazzo Strozzi 23 mars-18 août 2013 Si sulis, viverra? L’exposition illustre la genèse de la Renaissance à Florence, essentiellement à travers des chefs-d’œuvre de la sculpture: c’est la forme d’art qui, la première, en a été l’interprète. Après la redécouverte de l’Antiquité, entre le XIIIème et le XIVème siècle, – avec Nicola Pisano, Arnolfo di Cambio et leurs épigones – et après l’assimilation de la richesse expressive du Gothique, au début du XVème siècle, les reliefs du Sacrifice d’Isaac de Lorenzo Ghiberti et Filippo Brunelleschi, vainqueurs du concours pour la seconde porte du Baptistère, et la maquette de la Coupole de Santa Maria del Fiore, marquent le début de la Renaissance et ouvrent le parcours de l’exposition à proprement parler. En cette période, les succès politiques de la République florentine, sa puissance économique et la paix sociale, favorisent la diffusion, dans les écrits des grands humanistes – comme Coluccio Salutati, Leonardo Bruni, Poggio Bracciolini –, du mythe de Florence, héritière de la République romaine et modèle pour les autres États italiens. La sculpture publique monumentale de Donatello, Ghiberti, Nanni di Banco, pour la Cathédrale et pour Orsanmichele, révèle la “révolution” culturelle qui s’est produite et qui, également, influence considérablement la peinture et les arts décoratifs. D’autres thèmes de l’antiquité classique (du monument équestre au tombeau humaniste, au thème ludique des “spiritelli”, au buste-portrait) sont adoptés et transformés dans un nouveau langage sculptural qui exprime, en dehors de la ferveur créatrice de la cité, son climat politique, spirituel et intellectuel. Les commissaires de l’exposition: Beatrice Paolozzi Strozzi, Marc Bormand Si Laissez-vous sulis, viverra? guider Vali, Catus orentiliena, sa consules ne publis ia ati Explications sendeps, Cateriam réservées inprehenatis aux familles caellemet hosaux intiaenfants. dis tuam tam Toutut auface longnestrac de l’exposition igna, maxim il y a hoc des explications tusquidemus,spécialement imo et Catquam conçues pour est? inviter P. Us senducitum, les familles àquam explorer me le deessimum sens du toucher. aur. Si ta Leex sac nest duvivehebatere sculpteur. nertea Vous verrez re, quam les familles ina nonsus, utiliser nondam la valise manum “spéciale”, factod avec de diussus nombreuses fectum seniqua activités mentem pour tousorum les âges. supplic aelartere Demandez-la dercesis en prêt adhusciis aux Renseignements, er inclus; nonsisuloc au premier remod étage, et auror explorez hosl’univers C. 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Tous les textes des panneaux et des explications se trouvent sur le site www.palazzostrozzi.org et sont disponibles en italien, en anglais, en français, en russe et en chinois. L’héritage des pères Le nouveau langage de la sculpture, à la Renaissance, trouve son origine chez Nicola Pisano: il s’est formé avec les sarcophages et les pièces antiques, rassemblés par la suite au Camposanto (le cimetière) de Pise, et qui serviront de modèles aux générations successives d’artistes toscans. Le Cratère des Talents, placé à l’extérieur de la Cathédrale de Pise est ici entouré de sculptures de Nicola et Giovanni Pisano, de celles d’Arnolfo di Cambio, Tino di Camaino et de leurs successeurs, engagés dans le chantier de la cathédrale florentine de Santa Reparata, dédiée ensuite à Santa Maria del Fiore. Aux paradigmes plus “classiques” et monumentaux, provenant de Nicola et Arnolfo (et qui, en ce qui concerne la peinture, sont partagés par Giotto) s’associent ceux du Gothique qui dérivent de l’œuvre de Giovanni Pisano et de la diffusion d’exemples français. La sculpture transalpine a joué, en effet, un rôle significatif que l’on peut encore discerner dans le style de grands sculpteurs de la première Renaissance, en particulier chez les siennois, Jacopo della Quercia et Francesco di Valdambrino, qui ont participé au concours de 1401 pour l’attribution de la seconde porte du Baptistère de Florence. 6 Art romain Cratère avec représentation dionysiaque (Cratère des Talents) Ier siècle ap. J.C. marbre (pied de restauration) Pise, Opera della Primaziale Pisana Pièce de l’Antiquité, parmi les plus admirées et les plus étudiées, dès le XIIIème siècle, ce Cratère a servi de source d’inspiration à de nombreux artistes, dont Nicola Pisano. Placé en 1303 à l’extérieur de la cathédrale de Pise, il était considéré comme le vase dans lequel on déposait l’argent – les talents – réclamé par la douane de la ville à l’époque romaine. Il témoigne donc de la grandeur séculaire de Pise et du rôle de celle-ci comme centre de regroupement des œuvres de la période classique en Toscane. Atelier de Nicola Pisano Les Vertus (La Foi?) 1260-1270 (?) marbre Paris, Musée du Louvre, département des Sculptures, don d’un groupe d’amis du Louvre, 1909 Les pièces antiques de Pise oni joué un rôle essentiel dans la maturation de l’expérience artistique de Nicola Pisano, premier interprète moderne de l’héritage classique et “précurseur” de la Renaissance. Des représentations analogues se trouvent fréquemment en Toscane sur les chaires d’époque romane, mais le mouvement du drapé et l’expression du visage rappellent les œuvres du monde romain. 7 Arnolfo di Cambio (?) Tino di Camaino Le groupe était l’un des supports du monument funéraire de Domenico di Guzman, mort à Bologne en 1221 et canonisé en 1234. Connu avec le titre de Arche de Saint Dominique, il a été réalisé entre 1264 et 1267 par Nicola Pisano et ses collaborateurs, en particulier le jeune Arnolfo. Les trois “acolytes” (jeunes assistants du prêtre pendant les cérémonies) sont placés dos à dos de façon à former l’un des piliers qui soutiennent l’Arche, suivant une forme de composition qui provient de la sculpture antique. Réalisée probablement vers la fin de la période florentine de l’artiste, – jusqu’en 1321, il avait travaillé à Sienne et, après 1324, il sera à Naples –, la sculpture était probablement, à l’origine, située audessus de la porte Est du Baptistère. Tino manifeste une attention paticulière pour les œuvres de Giotto – pour l’expressivité de ses représentations anisi que pour sa spontanéité descriptive – comme en témoigne le contraste entre la grâce du drapé et le rendu synthétique du visage. Colle Val d’Elsa 1240 env.-1310 env. Trois acolytes avec encensoir, navette et ampoule 1267 environ marbre Florence, Museo Nazionale del Bargello Giotto di Bondone Vespignano ou Florence 1266 env.Florence 1337 Vierge éplorée 1335 environ fresque détachée Forence, Museo dell’Opera di Santa Croce Le sens de l’espace et les formes – à la fois monumentales et synthétiques –, des dernières œuvres de Giotto, révèlent l’attention de l’artiste à l’égard des sculpteurs contemporains, et, en particulier, à Tino di Camaino. Le style tardif et “sculptural” de Giotto demeure une référence, également pour les artistes des générations postérieures, et exercera une profonde influence sur les futurs maîtres de la peinture, à commencer par Masaccio.. 8 Sienne 1280 env.-Naples 1337 env. Les Vertus (La Foi) 1322-1324 env. marbre Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Andrea Pisano Andrea di Ugolino; Pontedera 1290 env.Orvieto 1348/1349 La Sculpture (Phidias) 1334-1339 env. marbre Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Le panneau provient de l’extérieur du Campanile conçu par Giotto à côté de la cathédrale. Le cycle décoratif est consacré à l’aptitude de l’homme à maîtriser, avec le secours de la foi, le monde matériel, grâce au travail manuel et aux capacités intellectuelles. Giotto traduisit ce thème dans un programme iconographique réalisé en partie par Andrea Pisano, son “ami très cher”. La source de l’inspiration d’Andrea ont été les reliefs funéraires romains représentant des artisans au travail. 9 Giovanni Pisano Sculpteur de Picardie La composition s’inspire des “imagines clipeatae”, c’est-à-dire des images enfermées dans un cadre circulaire, que Giovanni – orienté par son père à l’étude de l’Antiquité – avait pu voir au Camposanto de Pise sur les sarcophages du bas-empire romain. L’artiste réinterprète le langage figuratif classique avec l’expressivité de la sculpture gothique: il accentue la plasticité et le relief et exprime le rapport affectif entre la mère et l’enfant. Il s’agit d’un précédent fondamental pour la sculpture florentine de la première Renaissance. Des statuettes semblables, produites à Paris et dans le Nord de la France au XIIIème siècle, ont été ensuite largement imitées, et ont été diffusées à travers tout l’Occident. L’œuvre révèle une dissonance entre deux formes d’expression caractéristiques de la sculpture gothique transalpine: la minutie précieuse des statuettes d’ivoire, qui pouvaient tenir dans une main et qui pouvaient être admirées de près, et la monumentalité des sculptures en pierre destinées à une observation plus détachée et de plus loin. Pise 1248 env.-Sienne ante 1319 Vierge à l’Enfant 1270 env. marbre Empoli, Museo della Collegiata di Sant’Andrea La Justice 1312-1313 marbre Gênes, Galleria Nazionale della Liguria a Palazzo Spinola La statue faisait partie du tombeau de Marguerite de Brabant – épouse de Henri VII de Luxembourg – que Giovanni Pisano réalisa dans l’église génoise de Saint François de Castelletto. Dans le monument, démembré, se mêlaient les différentes sources de la culture de l’artiste; avec la Justice, il en exprime l’aspect davantage gothique, répandu en Italie grâce à la scultpure en ivoire, en particulier de source française, et que Giovanni pourrait avoir connu au cours d’un hypothétique séjour parisien. 10 Vierge à l’Enfant dernier tiers du XIIIème siècle bois, traces de polychromie Paris, Musée du Louvre, département des Sculptures, don des héritiers de L. Mellerio (tête de l’Enfant) Sculpteur parisien Vierge à l’Enfant (Vierge Timbal) 1260-1270 env. ivoire avec traces de polychromie, broche et couronne modernes Paris, Musée du Louvre, département des Objets d’art En raison de la facilité à les transporter, des statuettes semblables ont été les vecteurs les plus importants dans la diffusion en Italie de nouvelles iconographies et du style Gothique français le plus raffiné. Le groupe, centré sur la relation de tendresse entre la mère et l’enfant, et caractérisé par l’élégance des personnages et des motifs floraux sur la veste de l’Enfant, apparaît comme le prototype de la représentation de la Vierge en ivoire de Giovanni Pisano, conservée au Museo dell’Opera Primaziale de Pise. 11 Andrea Pisano Andrea di Ugolino; Pontedera 1290 env.Orvieto 1348/1349 Sainte Réparate 1337-1343 marbre Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Réparate, martyre de Césarée en Palestine, faisait l’objet à Florence d’un culte particulier, au point qu’on lui consacra la première cathédrale, qui a conservé son nom jusqu’au XIVème siècle, à partir duquel on la consacra à Sainte Marie de la Fleur. La sculpture, qui réunit la monumentalité classique et l’élégance gothique, devait ainsi avoir, dans l’ancienne église, une position prestigieuse, à une certaine hauteur, comme le suggèrent le sommet de la tête inachevé et l’inclinaison du visage vers le bas. 12 Piero di Giovanni Tedesco Florence témoignages 1386-1402 Ange 1390-1396 marbre Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Saint Étienne 1390-1394 marbre Paris, Musée du Louvre, département des Sculptures Les statues du Saint Étienne et du Saint Laurent – ici en face – demeurées acéphales à la suite de la démolition de la façade arnolfienne de la cathédrale florentine, ont été complétées par des têtes antiques, considérées compatibles avec l’aspect classique des deux saints. L’Ange qui est aux côtés de Saint Étienne, tient dans une main la pierre de son martyre et de l’autre il ferme le manteau dont le drapé sinueux révèle le goût du sculpteur pour le Gothique. 13 Piero di Giovanni Tedesco Francesco di Valdambrino Saint Laurent 1390-1394 marbre Paris, Musée du Louvre, département des Sculptures Francesco di Valdambrino, en 1401, fit partie des “compétititeurs” – avec Jacopo della Quercia, Niccolò di Piero Lamberti, Simone da Colle, Niccolò di Luca Spinelli, outre Brunelleschi et Ghiberti – du concours pour la seconde porte du Baptistère. Avec le Saint Étienne, dont la restauration effectuée à l’occasion de l’exposition a permis de retrouver la somptueuse polychromie, Valdambrino manifeste son attention à l’égard de la nouvelle monumentalité de la Renaissance, tout en conservant les aspects gracieux et mélancoliques typiques du gothique tardif siennois. Florence témoignages 1386-1402 Ange 1390-1396 marbre Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Piero di Giovanni, en provenance probablement du chantier du Dôme de Milan et dénommé “Teutonicus”, obtint à Florence de nombreuses commandes pour l’appareil sculptural de la façade de Santa Maria del Fiore: en particulier, quatre grandes statues de saints martyrs, accompagnées de huit anges en adoration. Ce couple de statues – comme celle qui se trouve en face –, constitue un témoignage représentatif de l’ensemble décoratif démembré de la façade arnolfienne. La tête du Saint Laurent, ainsi que celle du Saint Étienne ont été remplacées, au XIXème siècle, par un portrait viril d’époque romaine. 14 Sienne 1375 env.-1435 Saint Étienne 1409 env. bois de peuplier sculpté, peint et doré Empoli, Museo della Collegiata di Sant’Andrea Jacopo della Quercia Sienne 1347-1438 env. Saint Ansanus 1410 env., bois (peint à l’origine) Lucques, Chiesa dei Santi Simone e Giuda. En dépôt temporaire au Museo Nazionale di Villa Guinigi Jacopo della Quercia, l’un des participants au concours proposé en 1401 par l’Art de Calimala, réalisa pour la ville de Lucques cette statue caractéristique de l’aube de la Renaissance. L’élégance du Gothique international s’y conjugue avec l’idée novatrice, empruntée à l’art classique, de donner des formes naturelles au corps humain. L’hanchement gothique s’unit, dans le Saint Ansanus, à l’humanisation de la sculpture, soulignée à l’origine par la polychromie. 15 Florence 1401: l’aube de la Renaissance Les reliefs du Sacrifice d’Isaac réalisés par Lorenzo Ghiberti et Filippo Brunelleschi pour le concours de 1401, qui aurait attribué au vainqueur la seconde porte du Baptistère, constituent une étape essentielle de l’histoire de l’art. Encore placés sous l’influence de la tradition du Gothique international, les deux reliefs prouvent que les deux artistes, à l’époque encore très jeunes mais qui deviendront des chefs de file incontestables de la Renaissance, connaissent les chefs d’œuvre de la culture antique. Brunelleschi cite le célèbre Tireur d’épine, tandis que Ghiberti évoque le Torse de Centaure. En arrière-plan, ils ont la Maquette en bois de la Coupole de Brunelleschi – non pas en tant que sculpteur, en l’occurrence, mais comme architecte au plus haut niveau – où se résume la nouvelle conception de l’espace et de l’histoire, qui trouve à Florence son origine. Autour de la cathédrale – “dressée jusqu’aux cieux, ample jusqu’à couvrir de son ombre tous les peuples de la Toscane”, comme l’écrit Leon Battista Alberti – naît une nouvelle modalité d’expression qui transforme la “Ville du Lys” en capitale artistique de la Renaissance. 16 Filippo Brunelleschi Florence 1377-1446 Le Sacrifice d’Isaac 1401 bronze en partie doré Florence, Museo Nazionale del Bargello Tout en ne lui permettant pas d’obtenir la commande, ce panneau avec lequel Brunelleschi participa au concours de 1401 fut rendu à l’artiste sans être fondu pour servir à la réalisation de la future porte, à la différence des autres œuvres refusées. Si la composition fragmentée des différents moments du récit évoque la mise en scène du théâtre médiéval, la recherche expérimentale d’un nouvel espace pour situer l’action et la citation opportune des personnages de célèbres œuvres antiques (en particulier le Tireur d’épine) inaugurent, de fait, la Renaissance. Lorenzo Ghiberti Florence 1378 ou 1381-1455 Le Sacrifice d’Isaac 1401 bronze en partie doré Florence, Museo Nazionale del Bargello Œuvre d’exorde pour Ghiberti, ce panneau – fondu en une seule pièce, alors que celui de Brunelleschi est constitué de quatre éléments soudés au support – lui valut l’attribution de la Porte Nord du Baptistère. L’artiste mêle harmonieusement, dans un espace unitaire, tradition et innovation: d’une part, l’élégance du Gothique tardif et la fluidité narrative, qui l’emporte sur le caractère dramatique de l’épisode, de l’autre, le choix de formes classiques (en particulier pour le torse d’Isaac), qui s’inspirent d’œuvres classiques. 17 Art romain Le Tireur d’épine Ier siècle av. J.C. marbre italien Modène, Galleria Estense Cette sculpture est l’une des plus belles copies antiques, qui reprennent un modèle appartenant probablement à la période hellénistique tardive. L’exemplaire le plus célèbre de la période romaine, Le Tireur d’épine capitolin (Rome, Musées du Capitole) a été l’un des rares bronzes antiques qui demeura visible, sans interruption, au sein des ruines de l’Urbs; il est devenu ainsi, pour les siècles à venir, un modèle et une source d’inspiration pour les artistes. L’esclave situé à gauche dans le relief de Brunelleschi, tout en présentant un habillement actualisé, en reprend la pose et le geste. Filippo Brunelleschi Florence 1377-1446 Maquette en bois de la Coupole du Dôme 1420-1440 circa bois Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Projetée par Brunelleschi, la Coupole de Santa Maria del Fiore – l’élément le plus fortement symbolique qui caractérise aujourd’hui encore le profil de la ville – a été réalisée à partir de 1420, en suivant une méthode de construction révolutionnaire et sans armature. En 1436 eut lieu sa consécration solennelle: elle présentait une forme plus ou moins analogue à celle de cette maquette, qui a été probablement réalisée sous le contrôle de l’artiste pour présenter le projet intégral du monument. Art romain Torse de centaure Ier siècle ap. J.C. marbre rouge antique New York, The Metropolitan Museum of Art, Fonds Rogers, 1909 L’œuvre révèle une étroite parenté avec le Torse Gaddi, aujourd’hui aux Uffizi, et qui a probablement appartenu aux descendants de Ghiberti; il s’agit de l’une des plus célèbres et des plus monumentales versions antiques du personnage du Centaure avec les mains liées derrière le dos; ce thème eut un succès considérable à l’époque classique ainsi qu’à l’époque de la Renaissance. On reconnaît parfaitement son ascendant direct dans la conception du torse fortement cambré d’Isaac dans le panneau de Ghiberti. 18 19 La romanitas civile et chrétienne Francesco Petrarca Arezzo 1304-Arquà 1374 Les triomphes manuscrit parchemin, miniature Apollonio di Giovanni Florence, 1415-1465 Portrait de Coluccio Salutati, 1450 Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana L’éclosion de la Renaissance à Florence est le fruit d’une conjoncture sociale, économique et politique qui se manifeste au début du XVème siècle. Les succès de la République sont accompagnés par un orgueil civil qui va s’amplifiant: la libertas florentine, héritière de celle de la Rome républicaine, s’offre comme modèle pour les autres États italiens, tandis que ses habitants semblent refléter l’idéal cicéronien du “bon citoyen”. Dans les écrits des grands chanceliers-humanistes Coluccio Salutati et Leonardo Bruni on voit naître le développement de l’Humanisme civil et l’élaboration du mythe de Florence, nouvelle Rome et nouvelle Athènes, sans exclure toutefois, mais au contraire en l’exaltant, un fort sentiment chrétien. La sculpture publique devient l’interprète de cette célébration de la ville avec les statues des saints-héros et des prophètes de la Cathédrale. Toutefois, ce sont surtout les grandes statues destinées aux niches d’Orsanmichele, et commanditées par les Arts, ainsi que celles du Campanile de Santa Maria del Fiore qui reprennent les modèles antiques, en respectant des idéaux actualisés et avec une rénovation expressive et technique. Coluccio Salutati, chancelier de la République, de 1375 à sa mort, en 1406, vigoureux défenseur de la florentina libertas, fut l’un des plus importants porte-parole de la culture humaniste, dans la perspective de l’impulsion donnée par Pétrarque. Coluccio, debout sur un piédestal peu élevé, tenant un livre entre ses mains, et entouré d’autres volumes disposés à ses pieds, est représenté comme une véritable statue, vêtu du manteau rouge réservé aux personnalités prestigieuses. Leonardo Bruni Arezzo 1370-Florence 1444 Histoire florentine traduite en langue vulgaire par Donato Acciaiuoli, manuscrit parchemin Antonio di Niccolò Florence 1455-1527 Portrait de Leonardo Bruni avec Florence en arrière-plan, 1474 Florence, Biblioteca Nazionale Centrale Humaniste et historien, Bruni fut un prestigieux chancelier de la République florentine, de 1427 à sa mort, en 1444. Le miniaturiste fait le portrait de Bruni avec les vêtements de Dante et le représente portant un livre avec des rayons dorés et Florence en arrière-plan – bien reconnaissable grâce à la Coupole du Dôme – pour rappeler son ardeur mise à diffuser les œuvres d’Alighieri et à glorifier la ville. 21 Poggio Bracciolini Terranuova 1380-Florence 1459 Histoire florentine de l’origine de la ville jusqu’à l’année 1455 manuscrit parchemin Atelier de Piero di Jacopo del Massaio Plan iconographique de Florence 1470 env. Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana Le manuscrit est illustré par une vue “à vol d’oiseau” de Florence, analogue à d’autres attribuées à Piero del Massaio. Le plan renonce à reproduire le tissu urbain mineur et présente la ville à l’intérieur des remparts, avec les édifices considérés les plus importants qui se détachent sur un fond coloré. Poggio Bracciolini fut, comme Bruni, chancelier de la République florentine et auteur d’une Histoire de Florence. Il fut aussi un grand humaniste, philologue, et collectionneur de textes et d’œuvres antiques. 22 Poggio Bracciolini Terranuova 1380-Florence 1459 De varietate fortunae manuscrit parchemin Francesco d’Antonio del Chierico, Florence 1433-1484 Portrait de Poggio Bracciolini 1470 env. Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana Poggio Bracciolini, personnalité de premier plan du cercle de Cosimo il Vecchio de’ Medici, découvrit de très rares manuscrits d’œuvres classiques dans les vieilles bibliothèques conventuelles suisses, allemandes et françaises: ces découvertes exceptionnelles le rendirent célèbre. Ses qualités de narrateur et ses réflexions éthiques et philosophiques se révèlent dans des dialogues, comme le De varietate fortunae, centré sur le conflit entre la fortune et la vertu. Art romain Dyonisos Tauro copie du IIème siècle ap. J.C, à partir d’un original de la fin du IVème siècle av. J.C (tête); IIème siècle ap. J.C. (buste) marbre grec Florence, Galleria degli Uffizi La tête (le buste est antique mais anachronique) est probablement parvenue dans la collection de Cosimo il Vecchio en provenance de celle de Poggio Bracciolini. Conscient du fait que, pour retrouver le passé, il ne suffisait pas de se contenter des sources littéraires, Poggio se consacra à la recherche de pièces antiques, chargeant, entre autre, le moine franciscain érudit, Francesco da Pistoia, qui partait pour Chios, en Grèce, de lui procurer des pièces archéologiques de marbre. Il lui en rapporta trois, dont, probablement, cette tête de Dionysos. 23 Leon Battista Alberti Nanni di Banco (?) Ce médaillon est une pièce essentielle de l’art du portrait: l’aspect austère et noble évoque les portraits de la Rome républicaine, tandis que la forme ovale rappelle les camées antiques. Le dessin de l’œil ailé est une invention albertienne: c’est une référence humaniste à l’œil de Dieu qui voit tout, au primat de la vision pour l’intellect humain et peut-être aussi aux hiéroglyphes égyptiens. La choix de décorer l’archivolte de la Porta della Mandorla avec des rameaux d’acanthe peuplés de divinités mythologiques et de figures angéliques doit être déchiffré en parallèle avec les citations de l’Antiquité présentes dans les panneaux du concours de 1401. Si la présence d’Hercule s’explique par la signification éthique et politique que le demi-dieu personnifie dans l’iconographie civile florentine, le thème essentiel demeure le lien entre le monde antique et le monde chrétien dont Nanni di Banco fut l’un des premiers et des plus importants interprètes. Gênes 1404-Rome 1472 Autoportrait 1435 env. bronze Washington, National Gallery of Art, Collection Samuel H. Kress Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi, Florence 1386 env.-1466 Jeune prophète 1406 env. marbre Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Destinée à l’une des principales réalisations sculpturales du début du XVème siècle – la Porta della Mandorla (la porte “de l’Amande”), sur le côté Nord de la Cathédrale – cette statuette est considérée comme l’un des premiers travaux autonomes du jeune Donatello. Si la structure générale du personnage est déjà classique et ferme, le plissé en lame de faux des tissus, typique du Gothique international, montre l’influence de Ghiberti, avec lequel Donatello collabora entre 1404 et 1407, comme assistant, durant le début du travail pour la Porte Nord du Baptistère. 24 Florence, documenté à partir de 1405-1421 Hercule 1405-1408 env., marbre Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Nanni di Banco (?) Florence, documenté à partir de 1405-1421 Jeune prophète 1406 env., marbre Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Nanni di Banco semble, dans la strucutre solide et plastique du drapé, sur le point de dépasser la tradition gothique. On ignore la date de sa naissance, mais il devait être plus âgé que Donatello et pourrait, par conséquent, avoir commencé avant lui un dialogue avec Brunelleschi et avec l’art antique. Sa mort précoce, en 1421, a obscurci la renommée de Nanni, qui n’est pas évoqué par Leon Battista Alberti parmi les artistes importants, dans son traité De pictura publié en1435 et traduit en langue vulgaire l’année suivante. 25 Art romain Sarcophage avec triomphe de Dyonisos et Victoires ailées 160 ap.J. C. env. marbre italien Cortone, Museo Diocesano Une anecdote de Vasari raconte que Brunelleschi, pour dessiner ce sarcophage qu’il avait entendu louer par Donatello, se rendit à pied de Florence à Cortone, “sans apprêts particuliers, vêtu d’un manteau avec un capuchon, chaussé de sabots, sans dire où il allait”. Connu par tous les artistes de son temps, il a été l’un des modèles de Lorenzo Ghiberti pour les anges qui apparaissent sur l’Arche des Saints Prote, Hyacinthe et Némésius et qui s’inspirent des Victoires ailées soutenant l’“imago clipeata” sur le couvercle du sarcophage. Lorenzo Ghiberti Florence 1378 ou 1381-1455 Arche des Saints Prote, Hyacinthe et Némésius 1425-1428 bronze avec légères traces d’émail rouge Florence, Museo Nazionale del Bargello Ambrogio Traversari, prieur très érudit du monastère camaldule de Santa Maria degli Angeli à Florence, insista pour que son protecteur – et ami – Cosimo de’ Medici commanditât une urne pour les reliques des martyrs Prote, Hyacinthe et Némésius. Dans ses Commentaires, Ghiberti rappelle qu’il avait réalisé la “caisse” pour contenir les ossements de ceux-ci, une urne qui avait été placée dans l’église en 1428. Les décorations s’inspirent des modèles de l’antiquité classique connus à l’époque. 26 Gradin de l’Arche des Saints Prote, Hyacinthe et Némésius 1428 marbre Florence, ex Convento di Santa Maria degli Angeli (Association Nationale des Mutilés et Invalides de Guerre, Section de Florence) On considérait comme perdus les deux gradins, récemment retrouvés, et qui faisaient partie du socle en marbre de l’Arche. Leurs inscriptions originales sont gravées en élégantes majuscules latines. L’une, désormais effacée, décrivait les reliques contenues dans l’urne; l’autre, ici présentée pour la première fois depuis sa redécouverte, rappelle le rôle de commanditaires des Medici et la date exacte de l’œuvre. Michelozzo Michelozzo di Bartolomeo Michelozzi; Florence 1396-1472 Anges adorants 1427-1438 marbre Londres, Victoria and Albert Museum Les deux anges et l’inscription faisaient partie du Monument funéraire de Bartolomeo Aragazzi (Montepulciano 1385 env.-1429), secrétaire papal, érudit et poète, monument qu’il avait personnellement commandité à Michelozzo deux ans avant de mourir de la peste. Le monument, démantelé au XVIIème siècle, avec son iconographie élaborée et sa sévère forme classique, recèle la relation complexe qui s’établit entre la foi chrétienne et les idéaux humanistes. 27 Atelier de Michelozzo Lorenzo Ghiberti Ce qu’il reste de l’inscription révèle l’estime dont jouissait Aragazzi: “Au très érudit Bartolomeo, dévoué à la patrie, protecteur du bien public, auprès du Pape auguste Martin V, conseiller pour toutes les décisions, disparu prématurément, ses descendants l’on dédié comme à un bienfaiteur”. Les majuscules romaines s’inspirent probablement d’inscriptions carolingiennes ou romanes, se référant à des antécédents classiques. Pour son tabernacle à Orsanmichele, l’Art du Change souhaita y voir représenter le personnage de son saint patron Saint Matthieu en bronze, comme le Saint Jean Baptiste que Ghiberti avait réalisé, entre 1413 et 1416, pour le tabernacle de l’Art de Calimala. L’ouvrage fut confié au même artiste, qui donne au Saint Matthieu un caractère Renaissance plus achevé, avec la pose éloquente de l’orateur romain et avec des citations qui rappellent le monde antique, non seulement quant à la forme, mais aussi par la technique, comme, par exemple, les yeux en argent. Épigraphe du Monument funéraire de Bartolomeo Aragazzi 1429-1438 bronze doré Montepulciano, Palazzo Vescovile Pagno di Lapo Portigiani Fiesole 1408 env. -post 1469 et Michelozzo (?) Michelozzo di Bartolomeo Michelozzi; Florence 1396-1472 Retable d’autel 1449-1452 marbre, traces de dorure Florence, Musei Civici Fiorentini - Museo Stefano Bardini Le retable, provenant de l’autel du Tempietto dell’Annunziata souhaité par Piero de’ Medici pour accueillir l’image sainte la plus vénérée à Florence, représente un éloquent témoignage qui confirme la symbiose entre antiquité et christianisme élaborée durant la première Renaissance. Cet extraordinaire sarcophage, en style antique, expose au centre le symbole tricéphale de la Trinité, en relation avec les discussions qui ont eu lieu, en 1439, pendant le Concile de Florence. 28 Florence 1378 ou 1381-1455 Saint Matthieu 1419-1422 bronze, argent et traces de dorure Florence, Chiesa e Museo di Orsanmichele Lorenzo Monaco Piero di Giovanni; Florence 1370 env.-1425 Reliquaire avec un saint dans une niche 1400-1410 env. bois doré et peint, verre serti Lyon, Musée des Beaux-Arts Peintre et miniaturiste de style élégamment gothique et qui se consacra également à la peinture sur verre, Piero di Giovanni entre au monastère camaldule de Santa Maria degli Angeli en 1390, et, à partir de ce moment, il est identifié comme Lorenzo Monaco. L’édicule a des correspondances, dans une forme miniaturisée, avec certains tabernacles d’Orsanmichele de stle Gothique tardif. Le personnage du saint à l’intérieur de la niche semble préfigurer l’effet que produiront les grandes statues de Donatello, Nanni di Banco, Ghiberti. 29 Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Saint Louis de Toulouse 1422-1425 bronze doré (statue); argent, bronze doré, émaux et cristaux de roche (tiare) Florence, Museo dell’Opera di Santa Croce (Patrimoine du Fonds Edifices du Culte - Ministère de l’Intérieur) La parti Guelfe chargea Donatello de réaliser, pour son tabernacle à Orsanmichele, la statue en bronze doré de son saint patron Saint Louis, en concours avec le Saint Matthieu de Ghiberti. La statue – déplacée à Santa Croce déjà avant 1460 – a été restaurée à l’occasion de l’exposition. De conception révolutionnaire, comme une “coque” sans corps – les vêtements sont réalisés en plusieurs morceaux, dorés à part et recomposés autour d’une structure intérieure de soutien –, il s’agit d’une œuvre d’une grande force expressive qui symbolise le génie expérimentateur de Donatello. Lorenzo Ghiberti Florence 1378 ou 1381-1455 Étude pour une statue de Saint Étienne dans une niche 1400-1410 env. tempera sur toile préparée avec une fine couche de craie; rehauts d’or au pinceau; architecture exécutée avec stylet et règle, dessin repris à la plume et à l’encre brune; fond pourpre repris en bleu foncé Paris, Musée du Louvre, département des Arts Graphiques Le dessin est peut-être le projet pour le premeir tabernacle de l’Art de la Laine à Orsanmichele et pour la statue de Saint Étienne. La niche de facture classique rappelle celles de Ghiberti pour le Saint Matthieu et pour le Tabernacle des Linaioli. Orfèvre florentin Cassette reliquaire 1446 cuivre doré et émail champlevé New York, The Metropolitan Museum of Art, Fonds Rogers La cassette représente une manifestation précoce de la répercussion dans les arts appliqués de la nouvelle culture expressive: la structure complexe des reliquaires gothiques est simplifiée en de sobres formes classiques et cette œuvre raffinée d’orfèvrerie offre une monumentalité à l’antique, dans un esprit désormais complètement Renaissance. 30 31 Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 et Nanni di Bartolo Florence, documenté 1419-1451 Abraham et Isaac 1421, marbre Florence, Museo dell’Opera di Santa Maria del Fiore Le Campanile est, avec la Cathédrale et Orsanmichele, l’autre grand chantier de la sculpture florentine au début du XVème siècle: pour ses niches, situées à une hauteur respectable, ont été commanditées, en particulier à Donatello, des statues de Prophètes. La conception de ce groupe – le premier exemple Renaissance de deux statue en rondebosse, sculptées dans un bloc unique – est due à Donatello, tandis que l’exécution (comme l’attestent les documents) revient, en partie, à Nanni di Bartolo, son collaborateur. Art romain Pseudo-Sénèque Ier siècle ap. J.C. bronze, pâte de verre Naples, Museo Archeologico Nazionale Le réalisme impitoyable et la recherche d’un pathétique exaspéré permettent de dater le modèle appelé le Pseudo-Sénèque dans le contexte alexandrin de la fin du IIIème-début du IIème siècle av. J.C. Parmi plus de quarante exemplaires, cette version est la plus expressive: elle n’était pas encore connue au début du XVème siècle, alors que l’on connaissait toutefois, dans le Latium et en Toscane, des têtes semblables, caractérisées par le rendu épidermique et par l’extraordinaire vivacité du regard, grâce à l’utilisation de la pâte de verre pour les yeux. 32 Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Tête de prophète 1440 env. bronze Florence, Museo Nazionale del Bargello La Tête est caractérisée par un réalisme qui ne semble pas finalisé à tracer un portrait, mais plutôt à rendre crédible la dimension psychologique d’un personnage doté d’une puissante intériorité. Donatello, dont les contemporains déjà reconnaissaient la compétence en matière d’“antiquailles”, doit avoir connu des portraits antiques en bronze (analogue au Pseudo-Sénèque) dotés d’une forte connotation expressive. Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Buste reliquaire de Saint Rossore 1424-1427 env. bronze fondu ciselé, doré et argenté Pise, Museo Nazionale di San Matteo Donatello, avec Saint Rossore, renouvelle le genre antique du buste reliquaire, selon les canons stylistiques du début de la Renaissance, en donnant au saint guerrier une physionomie à la fois naturelle et idéalisée. Le buste – une fusion réalisée en cinq parties et dorée – est comparable au Saint Louis de Toulouse, grâce aussi au travail minutieux effectué sur le manteau. 33 Les “Spiritelli” entre sacré et profane Les “spiritelli” (angelots, ou “petits génies”) font partie des thèmes qui illustrent le mieux la diffusion de l’art antique dans l’iconographie de la Renaissance et, parallèlement, le passage de la signification païenne à la signification chrétienne. Les “spiritelli” de la Renaissance, personnages enfantins dérivés des “petits génies” de l’art romain classique, sont des “putti” ailés et nus qui apparaissent dans les monuments florentins les plus importants du début du XVème siècle, et deviennent l’un des éléments les plus reconnaissables du nouveau style. Facilement identifiables avec les anges de la tradition chrétienne, à partir du début du siècle on les trouve d’abord sur les tombeaux, puis ils s’imposent – grâce surtout à Donatello qui en fait un de ses thèmes préférés – comme des éléments de premier plan dans des ensembles sculpturaux importants. Dans la première moitié du siècle, sur la lancée de Donatello, le thème se diffuse rapidement dans différentes typologies artistiques. 34 Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Deux “Spiritelli” (de la Cantoria du Dôme) 1439 bronze avec traces de dorure, socles en marbre (hors propos) Paris, Institut de France, Musée Jacquemart-André Vasari évoque comme “spiritelli” ces deux angelots porte-cierge, placés à l’origine sur la Cantoria de Luca della Robbia dans le Dôme de Florence; ils ont été longtemps attribués à Luca, alors que maintenant on les attribue à Donatello. La restauration actuelle a révélé que, à l’origine, ils devaient être dorés, pour refléter sur les musiciens la lumière de leurs torches. Art romain Deux reliefs avec “putti” (des Trônes de Saturne) première moitié du Ier siècle ap. J.C. marbre Venise, Museo Archeologico Nazionale Le thème des “putti” et celui du trône vide – symbole de la divinité (Saturne ou Jupiter) ou du prince assimilé à la divinité – appartiennent à la tradition iconographique hellénistique et passent ensuite dans le répertoire iconographique impérial romain. Les deux bas-reliefs de Venise (mais d’autres semblables sont conservés aussi ailleurs), identifiés comme “Trônes de Saturne” par la littérature antique, ont été une des sources d’inspiration parmi les plus importantes et les plus connues pour l’art de la Renaissance. 35 Art romain Sarcophage avec des éros cochers 160 ap. J. C. marbre Pise, Opera della Primaziale Pisana Le sarcophage, destiné à accueillir la sépulture d’un enfant, est dépourvu de couvercle. Le devant montre une course de biges conduits par des “putti” ailés: ce thème a connu une grande fortune dans l’art funéraire romain à cause de sa référence à l’éternel décours du temps. Les petits “putti” ont été, parmi les thèmes classiques, ceux qui ont inspiré le plus précocement les artistes de la Renaissance, non seulement les sculpteurs mais aussi les peintres et les miniaturistes. Maso di Bartolomeo Capannole Valdambra 1406-Ragusa de Dalmatie 1456 Cassette de la Sainte Ceinture 1446-1448 cuivre doré, ivoire, bois Prato, Museo dell’Opera del Duomo La cassette fut commanditée à Maso di Bartolomeo, élève et collaborateur de Donatello, pour renfermer la précieuse relique de la Sainte Ceinture de la Vierge, conservée dans le Dôme de Prato. La combinaison des “spiritelli” d’origine classique et de l’architecture de tonalité antique provient de la Cantoria de Donatello dans le Dôme de Florence, que Maso a transposée dans ce célèbre chefd’œuvre de l’orfèvrerie Renaissance. 36 Luca della Robbia Florence 1399/1400-1482 Armes du podestà Amico di Donato della Torre 1431-1432 marbre partiellement peint Florence, Museo Nazionale del Bargello Dans cette œuvre contemporaine de la Cantoria que Luca della Robbia réalisa pour le Dôme, l’artiste introduit des éléments classiques dans un genre – celui de la héraldique – encore fortement lié à la tradition gothico-chevaleresque. L’inspiration antique est révélée par les caractères de l’inscription et par le ton solennel; un aspect typique de Luca est la “variété affective” qu’expriment les deux angelots porte-armoiries: la subtile jovialité de l’un et la timidité boudeuse de l’autre. Andrea del Castagno Andrea di Bartolo; Castagno ante 1419-Florence 1457 Petit “putto” avec guirlande 1448-1449 fresque déposée Florence, Galleria degli Uffizi Le “putto” faisait partie du cycle des Hommes et femmes illustres peint à fresque par Andrea del Castagno dans la Villa Carducci à Legnaia, aux portes de Florence. Les “putti” porte-guirlande (motif typique de l’art classique) étaient disposés en frise, en haut, le long des parois de la salle. En dépit du modèle antique, Andrea attribue au personnage une vivacité particulière et une tridimensionalité: cela donne ainsi à l’observateur la perception illusoire de se trouver devant un enfant à tous les effets. 37 Milieu de Michelozzo Putto mictans 1445 env. marbre Paris, Institut de France, Musée Jacquemart-André La restauration entreprise à l’occasion de l’exposition a révélé la présence d’un conduit interne avec un orifice placé à l’extrémité du sexe, confirmant que cette statuette était destinée à une fontaine. Parmi les diverses versions du “putto”, celle du “pisseur” a connu à Florence une vogue certaine, comme l’attestent quelques exemplaires qui imitent probablement un original de Donatello, aujourd’hui perdu. Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 et Michelozzo Michelozzo di Bartolomeo Michelozzi; Florence 1396-1472 Chapiteau 1433 bronze avec de larges traces de dorure Prato, Museo dell’Opera del Duomo Résultat de la collaboration entre Donatello et Michelozzo (1427-1435), le chapiteau soutenait le pupitre extérieur du Dôme de Prato que Donatello avait sculpté avec une ronde de “putti”. À Michelozzo, expert dans la technique de la fonte, sont attribués les trois “putti” frontaux, alors que l’ensemble de la composition a été entièrement élaboré par Donatello, qui joue librement avec de nombreuses citations de l’Antiquité, comme par exemple le “putto” qui apparait en haut et les mouvements joyeux des petits personnages, totalement dépourvus d’implications religieuses. 38 Art romain “Putto” avec une oie moitié du Ier siècle ap. J.C. marbre grec insulaire? Cité du Vatican, Musei Vaticani Cette petite sculpture d’origine hellénistique, reproduite en plusieurs exemplaires à l’époque romaine – deux d’entre eux sont conservés aux Uffizi – a été connue et appréciée pendant la Renaissance. Une trace de sa célébrité est reconnaissable dans la figure de l’Enfant de la Sainte Anne Metterza de Masaccio (Uffizi), et dans des sculptures du milieu de Donatello. Sculpteur proche de Donatello “Spiritello” 1432 env. bronze doré New York, The Metropolitan Museum of Art, achat-don de Mrs. Samuel Reed, Fonds Rogers, en régime d’échange, et Fonds Louis V. Bell Cette statue dorée d’enfant ailé, attribuée, avec réserve, à Donatello, était probablement destinée à la fontaine du jardin de la “vieille maison” de Cosimo de’ Medici, sa résidence avant qu’il ne se déplace dans son nouveau Palais, dans Via Larga (1458). S’inspirant des descriptions faites par Pline de dispositifs hydrauliques analogues réalisés dans l’Antiquité, à l’origine il crachait de l’eau dans un objet, aujourd’hui perdu, qu’il tenait de sa main gauche. En raison de ses ailes aux pieds, cette œuvre est souvent identifiée comme Mercure 39 La renaissance des condottières La sculpture équestre est l’un des thèmes de l’Antiquité avec lesquels se confrontent – mais pas à Florence, où l’idéal républicain exclut ce genre aristocratique – les artistes florentins de la première Renaissance. C’est donc hors de la ville que l’on doit en chercher les exemples: le Monument à Gattamelata de Padoue, commandité à Donatello, constitue le premier exemple de l’époque moderne, situé au centre d’un vaste espace public comme dans l’Antiquité. La Protomé Carafa de Donatello, unique élément subsistant du Monument d’Alfonse V d’Aragon, souligne aussi bien le retour de l’utilisation du bronze pour célébrer la vertu militaire que l’importance des modèles antiques. Le monument équestre le plus célèbre de l’Antiquité – le Marc Aurèle, à l’époque le long du Laterano – est repris par le petit bronze de Filarete, qui marque l’apparition de ce nouveau genre Renaissance; il représente le premier témoignage de la vogue, même sur une échelle modeste et pour une destination privée, d’une typologie qui exalte l’activité de l’homme et en marque la valeur individuelle dans l’histoire. Le précédent florentin est le Monument à Giovanni Acuto, peint pour le Dôme par Paolo Ucello, en 1436, et qui est rappelé ici par une image. 40 Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Protomé Carafa 1455 env. bronze Naples, Museo Archeologico Nazionale Le Monument à Gattamelata, terminé par Donatello à Padoue en 1453, souleva un enthousiasme suffisant pour faire commanditer à l’artiste une statue équestre par Alphonse V d’Aragon, roi de Naples, par l’intermédiaire du marchand florentin Bartolomeo Serragli. Donatello réalisa seulement l’imposante tête du cheval, selon Vasari “si belle que nombreux la croient antique”. Art grec Protomé Medici moitié du IVème siècle av. J.C. bronze Florence, Museo Archeologico Nazionale La tête, élément d’une statue équestre grandeur nature, est un rare témoignage des bronzes antiques perdus pour la plupart, car fondus au Moyen-Âge pour en obtenir du métal. Inventoriée dans les collections médicéennes de la fin du XVème siècle, elle pourrait avoir fait partie de la collection de Cosimo, étant donné que Donatello, à qui les Medici avaient confié leurs pièces antiques, semble l’avoir étudiée avant son départ pour Padoue où il devait réaliser le Monument à Gattamelata. 41 Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466, attribution Modèle pour la tête de Gattamelata 1447 env., plâtre peint Padoue, Museo di Scienze Archeologiche e d’Arte dell’Università degli Studi di Padova Avec le Monument à Gattamelata, réalisé à Padoue, entre 1447 et 1453, le portrait équestre en bronze est repris pour la première fois à l’époque moderne par Donatello. C’est une œuvre riche de rappels à l’Antiquité, mais c’est aussi une reconstruction idéalisée de la physionomie d’Érasme de Narni, pour en évoquer les capacités de dux. Le plâtre, restauré à l’occasion de l’exposition, est pratiquement identique au bronze, aussi bien pour l’approche générale que pour la morphologie du visage. Benozzo Gozzoli Florence 1420/1422 env.-Pistoia 1497, attribution Étude à partir du groupe des Dioscures, 1447-1449 env. pointe métallique, dessin à l’encre grisnoir, rehauts blancs au plomb avec pinceau sur papier bleu apprêté Londres, The British Museum 42 Le dessin s’inspire, en l’interprétant, du groupe des Dioscures sur le Quirinale, réalisé au IIème siècle à partir d’un original grec du Vème siècle av. J.C. Considéré comme l’une des merveilles de Rome, au milieu du XVème siècle on l’attribuait à Phidias et Praxitèle. L’attribution du dessin est controversée, mais ici on la réfère au milieu de Beato Angelico, qui s’était rendu à Rome pour y travailler entre 1447 et 1449 en compagnie de son disciple Benozzo Gozzoli; ce voyage lui donna l’occasion d’approfondir sa connaissance du répertoire classique. Filarete Antonio di Pietro Averlino; Florence 1400 env.-Rome 1469 Marc Aurèle 1440-1445 env. bronze, traces d’émaux et de dorure Dresde, Skulpturensammlung, Staatliche Kunstsammlungen Le modèle antique de référence pour les groupes équestres de la Renaissance est le Marc Aurèle. Averlino – qui en raison de sa passion pour la culture classique chosit le nom grec de Philarète, “amoureux de la vertu” – en réalisa la première reproduction moderne, en dimension réduite. Le petit bronze porte, gravées sur le socle en capitales humanistes, la signature, la dédicace à Piero de’ Medici et la date du cadeau (1465). Il fut réalisé pendant la période que le sculpteur passa à Rome pour réaliser la porte en bronze de San Pietro. Artiste de l’Italie dU Nord Étude de la statue équestre de Marco Aurèle ante 1477 encre brun, plume, aquarelle et céruse sur papier apprêté (ou rosé) Milan, Castello Sforzesco, Civico Gabinetto dei Disegni Ce dessin semble avoir été réalisé sur la base de l’original, avant 1477, quand le socle du Marc Aurèle – l’un des monuments-symboles de la Rome impériale – fut rénové et restauré par le Pape Syste IV. L’attribution est source de débats: il appartiendrait au milieu septentrional. 43 “Peinture sculptée” Si la sculpture fait souvent recours à la polychromie pour augmenter la valeur expressive des œuvres, nombreux furent ceux qui, parmi les plus grands peintres florentins – prenant exemple sur la gravité antique et sur la consistance plastique exprimées par l’art de Masaccio –, se mesurèrent avec le ton héroïque et “statuaire” pour représenter leurs personnages, en recréant l’illusion tridimensionnelle de la sculpture qui leur était contemporaine. De grandes statues qui mettent en relief l’importance de la polychromie dans l’expression plastique au XVème siècle dialoguent avec des peintures conçues pour donner un aspect sculptural au sujet représenté et qui obtiennent, parfois, malgré une technique différente, des résultats d’une impressionnante analogie. Dans la série des Hommes et femmes illustres d’Andrea del Castagno, s’instaure un rapport entre sculpture et peinture qui renvoie aux descriptions littéraires de statues de l’Antiquité classique, mais qui représente aussi un jeu raffiné sur l’ambigüité de la forme peinte dans l’espace. Masaccio Tommaso di ser Giovanni Cassai; San Giovanni Valdarno 1401-Rome 1428 Saint Paul 1426 tempera et feuille d’or sur panneau Pise, Museo Nazionale di San Matteo Ce panneau est le seul fragment conservé à Pise du polyptique réalisé par Masaccio pour la chapelle de Ser Giuliano di Colino degli Scarsi, dans l’église du Carmine. Réalisé entre février et décembre 1426, il fut démembré à la fin du XVIème siècle. La source d’inspiration du Saint Paul se trouve dans la sculpture de Donatello (à l’époque à Pise), dont il reprend le rendu plastique, le clair-obscur et le ton héroïque, de grandes innovations pour la Florence du début du XVème siècle. Filippo Lippi Florence 1406 env.-Spolète 1469 Vierge de l’Humilité avec six anges et les Saints Anne, Angelo di Licata e Alberto da Trapani (Vierge Trivulzio) 1430-1432 env. tempera sur panneau, déposée sur toile Milan, Raccolte d’Arte Antica, Pinacoteca del Castello Sforzesco La restauration menée à l’occasion de l’exposition a révélé que le fond azur du tableau (qui à l’origine n’avait pas une forme cuspidée) était moins élevé, de façon à mettre en valeur le relief plastique des personnages, conçus comme des relief en “stiacciato”, c’est-à-dire “écrasés”, d’inspiration donatellienne. Il est vraisemblable que l’œuvre – essentielle pour la compréhension de la jeunesse de Lippi – provienne du couvent du Carmine de Florence, où Filippo vécu de 1421 à 1432, et où il connu Masaccio. 45 Paolo Uccello Paolo di Dono; Pratovecchio ou Florence 1397-Florence 1475 Jacopone da Todi 1433-1434 env. fresque déposée Prato, Museo dell’Opera del Duomo Il convient de mettre en relation l’exécution de la fresque pour le Dôme de Prato avec un renouveau d’intérêt pour Jacopone, stimulé par la découverte à Todi, en 1433, des restes du mystique. Il y a aussi un lien à établir avec la spiritualité de la Règle franciscaine du prévôt de Prato Niccolò Milanesi, ainsi qu’avec la prédication en ville de san Bernardino da Siena. Paolo Uccello simule par une fresque une niche architecturale dans laquelle il insère le personnage avec une perspective très profonde, suivant des solutions de Ghiberti, comme celles du Saint Matthieu d’Orsanmichele. 46 Andrea del Castagno Andrea di Bartolo; Castagno ante 1419-Florence 1457 Filippo Scolari dit Pippo Spano La Reine Tomiri Giovanni Boccaccio La Sibylle de Cumes 1448-1449 fresques déposées Florence, Galerie des Offices Ces fresques faisaient partie du cycle des Hommes et femmes illustres peint par Andrea del Castagno dans la Loggia de la villa que Filippo Carducci avait achetée, déjà âgé de plus de soixante-dix ans, et dont il lui avait commandité la décoration. Les parois accueillaient trois condottières florentins (Pippo Spano, Farinata degli Uberti et Niccolò Acciaiuoli), trois femmes vertueuses (la Sibylle de Cumes, Esther et Tomiri) et trois poètes florentins (Dante, Petrarca et Boccaccio). Ici sont exposés Pippo Spano, qui combattit contre les Turcs au service de l’empereur Sigismond; la Sibylle de Cumes, assimilée aux prophètes de l’Ancien Testament; la Reine Tomiri qui, au commandement des Massagètes, vengea la mort de son fils engageant la bataille dans laquelle mourut Cyrus le Grand; Giovanni Boccaccio, parmi les pionniers de la reprise littéraire du monde antique. L’artiste a placé les personnages, de véritables “sculptures peintes”, dans une architecture en trompel’œil de goût classique, avec des niches factices décorées de fleurs de chardon, pour rappeler le nom du commanditaire. En haut se déroulait une frise dont faisait partie le “Putto” avec guirlande exposé dans une salle précédente. 47 Donatello Nanni di Bartolo Dans le passé on a attribué ce groupe à Brunelleschi; il l’est aujourd’hui au jeune Donatello. Ce groupe se situe au début de la réappropriation Renaissance de la terre cuite comme technique de sculpture, qui s’inspirait de la technique antique. Le succès de ces représentations, peu coûteuses en raison du bas prix du matériau, et particulièrement attrayantes en raison de la coloration qui les complétait, fut considérable, au point que pratiquement tous les sculpteurs du début de la Renaissance se consacrèrent à la terre cuite. Nanni di Bartolo, appelé “il Rosso”, élève et collaborateur de Donatello, joua un rôle essentiel dans la diffusion de la nouvelles technique et des nouvelles formes d’expression de la terre cuite en Vénétie. Au début du XVème siècle, l’échange entre peinture et sculpture est réciproque: si la statuaire influe sur les choix de la peinture, les sculpteurs font appel à la couleur, même si l’influence est moins sensible, dans la mesure où l’on constate fréquemment une perte de la coloration des statues du XVème siècle. Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Vierge à l’Enfant 1410-1412 env. terre cuite peinte Pontorme, Chiesa di San Martino Florence documenté 1419-1451 Vierge à l’Enfant 1420-1423 env. terre cuite peinte Florence, Convento di Ognissanti, Museo del Cenacolo del Ghirlandaio Saint Antoine Abbé 1420-1423 env. terre cuite peinte Borgo a Mozzano, Chiesa di San Jacopo L’exposition permet une comparaison immédiate entre la Vierge et le Saint Antoine Abbé, travaux que Nanni di Bartolo réalisa, à la même période, en terre cuite, son domaine privilégié. Exécuté pour Borgo a Mozzano, le long de la Via Francigena, le Saint Antoine Abbé montre comment le nouveau langage figuratif de la Renaissance a pu se répandre grâce aux œuvres en terre cuite – plus abordables en raison du bas prix du matériau – , et ce également en direction d’une commande plus modeste et “populaire”. 48 49 Artiste florentin et Giuliano Amadei Florence documenté à partir de 1446-Lucca 1496 Saint Jérôme pénitent 1454 env. terre cuite peinte Florence, Venerabile Confraternita di San Girolamo e San Francesco Poverino La restauration a confirmé, grâce à des documents trouvés à l’intérieur de l’œuvre et jusqu’alors connus seulement partiellement, que le personnage a été peint le 7 septembre 1454 par le peintre et miniaturiste camaldule Giuliano Amadei pour la Compagnie de Santa Maria della Pietà, dite Buca di San Girolamo (“Cavité de Saint Jérome”), qui a son siège en face de Santissima Annunziata. On ignore en revanche le nom de l’artiste qui a exécuté la sculpture: les corrélations les plus explicites s’établissent avec le saint peint à fresque par Andrea del Castagno dans la Santissima Annunziata – ici exposé, et permettant donc une confrontation directe – et avec le Crucifix de San Lorenzo de Pollaiolo. 50 Andrea del Castagno Andrea di Bartolo; Castagno ante 1419-Florence 1457 Apparition de la Trinité aux Saints Jérôme, Paula et Eustochium 1454 fresque déposée Florence, Basilica della Santissima Annunziata (Patrimoine du Fonds Édifices de Culte - Ministère de l’Intérieur) Le négociant Girolamo Corboli commandita la fresque à Andrea del Castagno qui l’exécuta probablement dans la seconde moitié de l’année 1454, c’est-à-dire dans la même période où il réalisait le Saint Jérôme en terre cuite qui semble, pour ainsi dire, un rendu tridimensionnel des formes sculpturales du personnage peint. Ce thème inusité est lié à l’ordre érémitique des Hiéronymites et à la confrérie dite Buca di San Girolamo. 51 L’histoire en perspective La grande révolution de la perspective, portée à son terme pendant la première Renaissance avec l’apport des arts libéraux et mécaniques, suivant l’expérience essentielle de Filippo Brunelleschi, ne se limite pas seulement à la peinture. En effet l’innovation concerne également la sculpture: la prédelle Saint Georges et le dragon de Donatello permet de confronter la technique donatellienne du “stiacciato” (ou “bas-relief écrasé”) – dans laquelle la perspective linéaire est appliquée à la sculpture en fonction d’unité de composition et pour suggérer la profondeur de champ – avec quelquesuns des tableaux parmi les plus représentatifs des débuts de l’usage de la perspective, et avec certains dessins de Paolo Uccello qui reprennent et élaborent des motifs des incrustations sur bois de Brunelleschi. De célèbres reliefs montrent l’assimilation et la traduction de la part de la sculpture des nouvelles lois de la construction de l’espace selon la “perspectiva artificialis”, c’est-à-dire la science de la représentation; elle participe à leur mise au point et, parfois, en anticipe l’évolution. Art romain Paysage fin du Ier siècle ap. J.C. fresque déposée Naples, Museo Archeologico Nazionale Ce paysage, découvert à Herculanum, s’ouvre comme une fenêtre sur un panorama architectural complexe traité avec des points de fuite divergents: l’espace est donc représenté selon une perspective empirique, utilisée par les anciens et jusqu’à la découverte par Brunelleschi, au début du XVème siècle, de la perspective dite géométrique ou linéaire. Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Saint Georges et le dragon 1417 env. marbre Florence, Museo Nazionale del Bargello Dans ce célèbre bas-relief, destiné au socle du Saint Georges pour le tabernacle d’Orsanmichele, Donatello applique la perspective lineaire (avec un seul “point de fuite”) pour obtenir une unité dans la composition et pour suggérer une profondeur de champ, en devançant l’utilisation qu’en fera la peinture. Il inaugure également la technique du “stiacciato” (ou bas-relief pictural), c’est-à-dire un relief qui s’atténue progressivement vers le lointain, en modelant les formes avec des dégradés à peine sensibles, et en les faisant sembler plutôt peintes que sculptées. 53 Francesco d’Antonio Luca della Robbia Dans cette oeuvre, récemment attribuée à Francesco d’Antonio, est expérimentée une perspective à deux points de fuite; toutefois l’artiste ne parvient pas à placer correctement les piliers et à représenter les voûtes en raccourci. Le temple est une simplification de l’architecture de la Cathédrale florentine et annonce la ligne de la coupole polygonale de Brunelleschi, encore en cours de construction à l’époque, mais dont on connaissait déjà la maquette. En 1439, année durant laquelle Luca della Robbia achève la Cantoria et les panneaux du Campanile, l’Opera del Duomo – l’institution laïque chargée de la conservation et de l’entretien de la Cathédrale – lui confie les autels des chapelles de Saint Pierre et Saint Paul dans la tribune de la Cathédrale, dont il ne sculptera toutefois que deux reliefs. Comme dans les Fonts Baptismaux de Donatello à Sienne, Luca dispose les épisodes selon des plans décalés en profondeur, selon une séquence perspectivo-temporelle, en utilisant le “stiacciato” donatellien pour la scène qui se déroule hors de la fenêtre. Florence documenté 1393-1433 Le Christ délivre un possédé et la trahison de Judas 1425-1426 env. tempera et or sur toile Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, Collection John G. Johnson Masolino da Panicale Panicale 1383 env.-Florence 1440 env. Fondation de Santa Maria Maggiore 1427-1428 tempera et huile sur panneau de bois Naples, Museo di Capodimonte Le tableau fait partie du triptyque placé sur l’autel principal de la basilique romaine de Santa Maria ad Nives, devenue ensuite Santa Maria Maggiore, édifiée par ordre du Pape Liberio sur l’espace couvert par la neige qui tomba, le 4 août 352, sur l’Esquilino. L’événement miraculeux est représenté dans la composition distribuée en deux parties; la sphère terrestre avec les délicates arcades qui s’organisent en dégradé vers le centre focal du tableau, et la sphère céleste où les figures divines sont disposées selon une hiérarchie spatiale encore médiévale. . 54 Florence 1399/1400-1482 Saint Pierre libéré de prison 1439 marbre Florence, Museo Nazionale del Bargello Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Le banquet d’Hérode 1435 env. marbre Lille, Musée des Beaux-Arts, legs de Jean-Baptiste Wicar, 1834 Donatello organise un espace rationnel avec un seul point de fuite, selon les principes de la perspective “artificielle” énoncés par Leon Battista Alberti dans le De pictura (1435), dans lequel le sculpteur est mentionné. L’architecture complexe permet de représenter deux scènes successives – la danse de Salomé et la présentation à Hérode de la tête de Jean-Baptiste – dans un espace homogène, approprié pour traduire les émotions et l’istoria selon les règles albertiennes. 55 Orfèvre florentin Le Christ délivre un possédé 1450-1460 env. argent (plaquette); argent doré, émaux translucides sur relief en repoussé (cadre) Paris, Musée du Louvre, département des Objets d’art, don d’Alfred André, 1904 (plaquette), legs d’Adolphe de Rothschild, 1901 (cadre) La plaquette, l’une des premières conçues comme objet autonome, unique en raison de la présence du cadre et de la gravure en argent à relief très plat, constitue un témoignage incomparable des débuts de ce nouveau genre artistique. Le Christ est au centre géométrique de la place, devant un édifice albertien, et sa tête représente le point de fuite perspectif de l’ensemble de la scène. Desiderio da Settignano Settignano 1429 env.-Florence 1464 Saint Jérôme dans le désert 1461 env. marbre Washington, National Gallery of Art, Collection Widener Agostino di Duccio Florence 1418-Pérouse 1481 env. Saint Sigismond en voyage vers Agaune 1449-1452 env. marbre Milan, Raccolte d’Arte Antica, Museo d’Arte Antica del Castello Sforzesco Dans le relief, sculpté pour l’église de Saint François à Rimini et transformée en Temple de Malatesta par Sigismond Malatesta, est raconté un épisode de la vie de Sigismond, roi chrétien des Burgondes. Après avoir fait exécuter son fils Sigéric et tandis qu’il se rendait en pèlerinage avec sa seconde épouse et ses enfants, Sigismond fut arrêté par un ange qui lui ordonna de séjourner dans le monastère d’Agaune pour expier sa faute. Agostino di Duccio, qui s’est formé à Florence pour s’éloigner ensuite de cette ville, récupère – à une date avancée – la perspective narrative gothique, en décrivant le paysage et la parade des chevaliers, sans suggérer la profondeur. Desiderio da Settignano, principal disciple de Donatello, après le retour du maître de Padoue en 1452, développe un certain nombre de prémisses implicites dans le Saint Georges et le dragon, et expérimente avec le Saint Jérôme quelques principes qui deviendront par la suite caractéristiques de la perspective aérienne; le relief s’atténue avec l’éloignement de l’œil, en tenant compte de l’effet de la lumière sur les perceptions visuelles. 56 57 Paolo Uccello Paolo Uccello Ces dessins de Paolo Uccello, probablement appartenus à Vasari, représentent le prototype des études de perspective d’une génération d’artistes. La surface entière porte les traces d’une pointe métallique, destinées à réaliser la grille nécessaire pour visualiser la figure géométrique que sera ensuite tracée à la plume. Paolo Uccello, héritier d’une tradition antique qui va jusqu’aux incrustations sur bois de Brunelleschi, transforma, par un exercice d’abstraction des formes qui lui était familier, un élément quotidien comme le “mazzocchio” (le couvre-chef florentin) en une forme cristallisée qui transcende la réalité contingente. Paolo di Dono; Pratovecchio ou Florence 1397-Florence 1475, attribution Étude pour un calice 1450-1475 plume et encre brune, stylet, sur papier blanc Florence, Gabinetto Disegni e Stampe degli Uffizi 58 Paolo di Dono; Pratovecchio ou Florence 1397-Florence 1475, attribution Étude pour un couvre-chef 1450-1475 plume et encre brune, stylet, sur papier blanc Florence, Gabinetto Disegni e Stampe degli Uffizi 59 La diffusion de la beauté À partir de la seconde décennie du XVème siècle, l’affirmation du nouveau style en sculpture ne se limite plus aux grandes œuvres publiques. La production de reliefs représentant la Vierge à l’Enfant, fondés sur des modèles des plus grands artistes florentins, connaît un développement considérable. Vierges et petits autels destinés à la dévotion privée diffusent amplement, dans de larges couches de la société, les canons et les prototypes de l’art nouveau, en le rendant accessible à tous. La hiérarchie traditionnelle des matériaux perd de son importance en faveur de la qualité de l’exécution: la terre cuite, enrichie par la couleur et la dorure, tend à rivaliser avec le raffinement du marbre et du bronze, et les maîtres s’y mesurent. La pratique des techniques et l’utilisation des nouveaux matériaux conduisent, peu avant 1440, à l’invention de la terre cuite émaillée et vitrifiée par Luca della Robbia. La séduction de ces émaux resplendissants, manifestation lumineuse du divin, leur coût bon marché et leur résistance aux intempéries, sont les raisons de leur succès extraordinaire. Filippo Brunelleschi Florence 1377-1446 ou Nanni di Banco Florence documenté à partir de 1405-1421 Vierge à l’Enfant (Vierge de Fiesole) 1405-1410 env. terre cuite peinte et dorée Fiesole, Diocesi di Fiesole, en dépôt au Museo Bandini La découverte en 2008, dans le Palais épiscopal de Fiesole, de cette Vierge a permis de mieux mesurer le phénomène de la production en série d’images pieuses dans la Florence du début du XVème siècle. Il s’agit en effet du prototype d’une création – connue par des copies en terre cuite et stuc effectuées par moulage – modelée directement, très précieuse et de grande qualité, avec une inscription en caractères gothiques. Pour cet original, attribué à Brunelleschi, on propose ici le nom de Nanni di Banco. Atelier de Lorenzo Ghiberti Vierge à l’Enfant 1425-1430 env., stuc peint Florence, Musei Civici Fiorentini - Museo Stefano Bardini Cette Vierge à l’Enfant, avec les armoiries des commanditaires et deux anges porte-guirlande sur le socle, provient d’un prototype probablement de Ghiberti. Les anges sont une heureuse invention d’origine classique, proposée par Donatello et Michelozzo dans le Tabernacle de la Mercanzia d’Orsanmichele (1423) et reprise, entre autres, par Ghiberti dans l’Arche des martyrs, 1425-1428. La Vierge qui étreint tendrement Jésus provient d’un modèle iconographique byzantin. 61 Atelier de Lorenzo Ghiberti Vierge à l’Enfant 1425-1430 env. stuc peint et doré Florence, Venerabile Arciconfraternita della Misericordia La typologie de cette Vierge, dont on connaît plus de cinquante variantes, est attribuée à l’atelier de Ghiberti; ce dernier dans ses Commentarii rappelle qu’il a “exécuté de très nombreux provvedimenti”, c’est-à-dire des modèles “de cire et de plâtre”. L’œuvre, restaurée à l’occasion de l’exposition, offre l’un des meilleurs exemples de la façon dont les ateliers florentins du XVème siècle réalisaient des moules à partir de prototypes en marbre ou en terre cuite, et les destinaient au marché grandissant de la dévotion privée. Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Vierge à l’Enfant (Vierge Pazzi) 1420-1425 env. marbre Berlin, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst, Staatliche Museen zu Berlin, Bode-Museum Le groupe des deux personnages, enfermé dans un espace construit selon les règles de la perspective de Brunelleschi, à l’avantgarde à l’époque, est à son tour placé dans un cadre en perspective. Donatello utilise la technique du “stiacciato” (bas-relief écrasé) pour représenter la volumétrie des personnages selon l’effet optique de la succession des plans. Le profil classique de la Vierge, qui se superpose tendrement à celui de son enfant, semble provenir d’un modèle antique. Atelier florentin, à partir de Donatello Donatello En dépit du caractère unique et de la nouveauté de la composition, la Vierge Pazzi fait partie des modèles les plus célèbres qui sont à l’origine de ces séries de reliefs de Vierges à l’Enfant qui constituent une typologie essentielle de la sculpture florentine du début du XVème siècle. Le Louvre a acheté cet exemplaire en stuc en 1886 à l’antiquaire Stefano Bardini, qui, la même année, avait vendu au musée de Berlin l’original en marbre. En 1456, Donatello rétribua, avec ce relief en bronze, son médecin Giovanni Chellini, qui dans son journal le décrit “du côté extérieur creusé afin de pouvoir y verser du verre fondu et [faire] les mêmes figures” . En effet, l’arrière présente l’image “en négatif” minutieusement détaillée, de façon à pouvoir en faire des copies en coulant, à l’intérieur du verre, de la terre, du stuc ou de la cire. L’artiste avait, par conséquent, prévu et voulu que son œuvre puisse avoir une très large diffusion. Vierge à l’Enfant (à partir de la Vierge Pazzi) 1450 env. stuc peint et doré Paris, Musée du Louvre, département des Sculptures 62 Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Vierge à l’Enfant et quatre anges (Vierge Chellini) 1450 env. bronze en partie doré Londres, Victoria and Albert Museum 63 Atelier de Donatello ou de Lorenzo Ghiberti Nativité (Nativité Ford) 1420-1430 env. terre cuite avec traces de polychromie et dorure Detroit, Detroit Institute of Arts, legs d’Eleanor Clay Ford Nativité 1430 env. terre cuite avec traces de polychromie et dorure cadre en bois Florence, Musei Civici Fiorentini - Museo Stefano Bardini La Nativité Ford et la Nativité du Musée Bardini, qui en est le moulage, sont caractéristiques des innovations et de la technique du bas-relief du début du XVème siècle florentin. La première fut réalisée par un sculpteur florentin de l’atelier de Donatello ou peut-être de celui de Lorenzo Ghiberti; la seconde en est une copie pratiquement de la même époque. Dans les deux reliefs, de modestes dimensions et destinés à la dévotion privée, les personnages de Marie et de Joseph semblent reprises des sarcophages romains. Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 ou Luca della Robbia Florence 1399/1400- 1482 Vierge à l’Enfant (Vierge à la pomme) 1422-1425, terre cuite peinte Florence, Musei Civici Fiorentini - Museo Stefano Bardini Dans le modelé et dans la composition pyramidale de cette terre cuite – autrefois attribuée à Luca della Robbia et plus récemment à Donatello – est tentée la possibilité de rendre la tête de la Vierge suffisamment saillante pour donner l’impression de ronde-bosse. L’expression pensive de la mère trouve un écho dans celle du Saint Louis de Toulouse, aujourd’hui à Santa Croce, réalisé entre 1422 et 1425, datation qui convient également à cette Vierge. Donatello Donato di Niccolò di Betto Bardi; Florence 1386 env.-1466 Vierge à l’Enfant 1445 env., terre cuite peinte et dorée Paris, Musée du Louvre, département des Sculptures Le relief en terre cuite placé, à l’origine, dans la Chapelle de Saint Laurent à Vigliano, près de Barberino Val d’Elsa, est le plus imposant, quant aux dimensions, et l’un des plus plus puissants, quant à la force expressive, des nombreuses réalisations analogues de Donatello. La polychromie, en grande partie originale, confère au relief une grande richesse, en raison du rideau suspendu, de l’habit de la Vierge décoré avec le motif de la grenade, à sa coiffure délicate et à l’accoudoir raffiné. 64 65 Luca della Robbia Florence 1399/1400-1482 Vierge à l’Enfant 1430-1440 env. terre cuite peinte Florence, Chiesa di Santa Felicita La terre cuite provient probablement de l’intérieur d’un palais où elle était destinée à la dévotion privée. Contrairement à d’autres reliefs de la Vierge, où les personnages se serrent dans une étreinte et croisent leurs regards, ici chacun semble plongé dans ses propres réflexions. L’originalité de la composition et la profondeur des sentiments indiquent la main d’un grand maître, identifié comme Luca delle Robbia, qui a travaillé la terre cuite avant de se consacrer à la faïence. Sculpteur florentin Vierge à l’Enfant 1425 env. terre cuite peinte et dorée Washington, National Gallery of Art, Collection Samuel H. Kress Dans le relief se fondent les éléments du Gothique tardif avec des éléments Renaissance: le drapé, disposé en courbes prononcées, évoque le style de Ghiberti, sur la Porte Nord du Baptistère, tandis que la composition monumentale, l’audacieux modelé et le profil net de la Vierge ont conduit à attribuer l’œuvre également à Donatello, à Jacopo della Quercia, à Nanni di Bartolo et à Antonio Federighi. 66 Luca della Robbia Florence 1399/1400-1482 Vierge à l’Enfant (Vierge génoise) 1445-1450 terre cuite émaillée et dorée Detroit, Detroit Institute of Arts, City of Detroit Purchase Luca delle Robbia, dans les années Quarante, perfectionne sa technique innovante pour émailler la terre cuite, en en protégeant la surface et en la faisant ressembler à du marbre précieux. L’affectueuse intimité de cette composition, destinée également à la dévotion privée, est essentielle pour assurer le succès de ce genre de production, dont les Ordres mendiants encourageaient la diffusion. On la connaît comme la Vierge génoise car une copie était conservée dans la cour de Casa Serra à Gênes. Filippo Lippi Florence 1406 env.-Spolète 1469 Vierge à l’Enfant 1460 env., tempera sur bois Florence, Palazzo Medici Riccardi, Provincia di Firenze À travers un senti plastique très vif, qui rend cette peinture quasiment un relief sculptural, et avec l’atmosphère de douce intimité des geste affectueux, Lippi montre qu’il connaît les interprétations donatelliennes du thème. Il réalise ainsi l’une des variantes du XVème siècle les plus intenses de l’ancienne iconographie byzantine de la Vierge Glykophilousa. L’Enfant qui marche sur l’appui de la fenêtre et l’étreinte affectueuse sont proposés par Luca della Robbia dans des reliefs de la même époque: ils présents dans cette exposition, afin de permettre une confrontation directe. 67 Luca della Robbia Florence 1399/1400-1482 Vierge à l’Enfant 1450-1460 terre cuite émaillée et dorée New York, The Metropolitan Museum of Art, legs de Susan Dwight Bliss C’est aussi grâce aux terres cuites émaillées, invention technique de Luca della Robbia, que la diffusion du langage de la Renaissance a pu s’étendre: le fait de pouvoir les reproduire en série et à bon marché, n’altérait pas, en effet, leur qualité. L’artiste élabora de nombreux modèles de Vierges destinés à la dévotion privée: ici, les blasons des familles florentines Bartorelli et Baldi suggèrent que le relief a peut-être été un cadeau à l’occasion d’un mariage entre les membres de deux familles. 68 Luca della Robbia Florence 1399/1400- 1482 Vierge à l’Enfant (Vierge à la pomme) 1455-1460 terre cuite émaillée Berlino, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst, Staatliche Museen zu Berlin, BodeMuseum. Propriété du Kaiser-FriedrichMuseums-Verein Parmi les nombreuses Vierges produites dans l’atelier de Luca, en raison de son succès immédiat et de la demande croissante, celle que l’on appelle “à la pomme”, dans ses diverses versions, a été l’une des plus en vogue. Ce sont des reliefs analogues, qui, à partir de la moitié du siècle, ont diffusé le langage de la Renaissance bien au-delà des frontières florentines. 69 Beauté et charité. Hôpitaux, orphelinats, confréries Les institutions bénévoles sont, à Florence, au début du XVème siècle, les destinataires des plus importantes commandes publiques. Des ensembles architecturaux particulièrement importants dans le contexte urbain reçoivent de nombreux chefs-d’œuvre, car les hôpitaux, les hospices pour les pèlerins, les instituts qui recueillent les enfants et les confréries sont des lieux dans lesquels l’art joue un rôle éducatif et social. L’importance de ce rapport entre le culte de la beauté et la spiritualité chrétienne se manifeste également dans les œuvres d’art en relation avec le Concile d’Union, un événement qui conduit dans la ville, en 1439, le Pape Eugène IV, Joseph, le Patriarche de Constantinople, l’empereur byzantin Jean Palélologue, des dignitaires, des humanistes, des théologiens d’Orient et d’Occident, et exprime l’aspiration de Florence à être considérée comme la “Cité de Dieu”. Cet événement mémorable qui confirme la primauté de Florence, marque aussi, toutefois, l’avènement du pouvoir médicéen. Gentile da Fabriano Fabriano 1370 env.-Rome 1427 Présentation de Jésus au Temple 1423, tempera et or sur bois Paris, Musée du Louvre, département des Peintures La tablette faisait partie de la prédelle de l’Adoration des Mages (aujourd’hui aux Uffizi), commanditée par Palla Strozzi pour sa chapelle à Santa Trinita. Le thème de la scène est le contraste entre richesse et pauvreté: d’un côté une jeune femme très élégante marche devant une demeure luxueuse, de l’autre deux mendiants demandent l’aumône devant des arcades qui rappellent celles du Spedale degli Innocenti (l’“Hôpital des Innocents”): la beauté et l’harmonie architecturale de Florence semblent réunir les deux classes sociales. Dello Delli Florence 1403-Espagne post 1466 Couronnement de Marie 1420-1424 env., terre cuite avec traces de polychromie et dorure Florence, Ospedale di Santa Maria Nuova (Patrimoine Historique et Artistique de l’Agence Sanitaire de Florence) Le relief, comme l’atteste la fresque de Bicci di Lorenzo présentée à côté, était situé dans la lunette au-dessus du porche de l’église de Saint Gilles du Spedale (l’“Hopital”) de Santa Maria Nuova. Vasari le mentionne dans la vie de Dello Delli, avec d’autres œuvres que l’artiste (dont le style rassemble des éléments gothiques et Renaissance) aurait réalisées pour le Spedale, centre important de commandes artistiques du début du XVème siècle. La terre cuite a fait l’objet d’une minutieuse restauration à l’occasion de l’exposition. 71 Dello Delli Florence 1403-Espagne post 1466 Jésus montre sa plaie au côté 1420-1424 env. terre cuite peinte Londres, Victoria and Albert Museum La sculpture apparaît – elle était située dans la lunette au-dessus du porche qui introduisait au Chiostro delle Ossa (le “Cloître des Ossements”), le cimetière du Spedale de Santa Maria Nuova – dans la fresque de Bicci di Lorenzo représentant la Consacration de l’église de Saint Gilles, exposée à côté. Le geste du Christ, qui tient la blessure ouverte et la montre aux fidèles, souligne le rôle de l’hôpital pour les soins et du corps et de l’âme, et, par la même occasion, il insiste sur l’aspect éducatif et social de l’art. Gherardo di Giovanni Florence 1446 env.-1497 Martin V consacre l’église de Saint Gilles en 1420 1474-1476 Missel; manuscrit parchemin, encre, couleurs à tempera, or Florence, Museo Nazionale del Bargello Bicci di Lorenzo Florence 1373-1452 Martin V consacre l’église de Saint Gilles en 1420 post 1424 fresque déposée Florence, Ospedale di Santa Maria Nuova (Patrimoine Historique et Artistique de l’Agence Sanitaire de Florence) L’ancien aspect du complexe hospitalier de Santa Maria Nuova – considéré un modèle dans toute l’Europe en raison de son organisation sanitaire à l’avantgarde et d’une structure architecturale innovante – est montré dans cette fresque, commanditée par le “spedalingo”, le préfet de l’hôpital Michele di Fruosino, ici agenouillé aux côtés de Martin V. Bicci di Lorenzo s’est inspiré très certainement de la Fête populaire de Masaccio, 1424-1425, aujourd’hui perdue, et qui célébrait la somptueuse consécration de l’église du Carmine. Le missel fut commandité pour l’église du Spedale de Santa Maria Nuova, dédiée à Saint Gilles. Le cadre inférieur montre Martin V durant la cérémonie de consécration, qui a eu lieu le 8 septembre 1420, bien que le Pontife n’ait été présent que le jour suivant, quand il confirma les privilèges concédés à l’établissement. La scène témoigne donc de la volonté de relier l’événement à la prestigieuse présence du Pape, en transcendant la donnée historique. 72 73 Francesco d’Antonio del Chierico Florence 1433-1484 Eugène IV consacre la cathédrale de Santa Maria del Fiore en 1436 1471 Graduel; manuscrit parchemin, encre, couleurs à tempera, or Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana Le somptueux livre de chœur, réalisé pour la Cathédrale florentine, célèbre des moments particulièrement importants pour la ville et pour l’Opera di Santa Maria del Fiore, comme en témoigne la présence du nom des commanditaires et de l’Agnus Dei, symbole de l’institution. La miniature montre la cérémonie de consécration du Dôme par le Pape Eugène IV, qui eut lieu le 25 mars 1436, premier jour de l’année à Florence. Cette liturgie solennelle coïncida avec la conclusion des travaux de la Coupole de Brunelleschi. Atelier d’orfèvrerie florentin Cassette du cardinal Cesarini 1439 argent, pierres dures et émaux Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana Cette très élégante Cassette était destinée à contenir la “Bulle de l’union” avec laquelle le Patriarche de Constantinople avait accepté, au nom de l’Église grecque tout entière, la thèse trinitaire de l’Église catholique, et l’avait souscrite avec le Pape Eugène IV. La Cassette fut offerte à la Seigneurie florentine par le cardinal Giuliano Cesarini, président du synode dans ses trois sites: d’abord à Bâle, puis à Ferrare et enfin à Florence, du 10 janvier au 6 juillet 1439. 74 Pisanello Antonio di Puccio Pisano; Pise ou Vérone 1395 env.-Naples? 1455 env. Médaille de Jean VIII Paléologue (avers et revers) 1438-1439 bronze Florence, Museo Nazionale del Bargello La médaille de Jean VIII Paléologue de Pisanello (un des premiers exemples de ce nouveau genre artistique qui va se propager dans la seconde moitié du siècle) est comme un manifeste symbolique du Concile de 1439. Sur l’avers figure le buste de profil de l’empereur d’Orient; sur le revers, pour rappeler la rencontre des deux cultures, il y a la double signature de l’artiste, en latin et en grec, ainsi que la représentation équestre de l’empereur. Luca della Robbia Florence 1399/1400-1482 Colombe du Saint Esprit 1441-1442 bronze doré Florence, Museo Nazionale del Bargello Le relief était, à l’origine, au centre du tabernacle réalisé par Luca delle Robbia, entre 1441 et 1442, pour la Chapelle de Saint Luc à Santa Maria Nuova. La mise en évidence de la Colombe dorée, en dessous des représentations du Père et du Fils, était étroitement liée aux questions débattues pendant le Concile: l’origine du schisme entre les Églises d’Orient et d’Occident était, en effet, le dogme du Saint Esprit qui, dans l’ancien credo oriental, descendait seulement du Père, tandis que l’Église latine avait ajouté sa descendance également du Fils (“Filioque”). 75 Lorenzo Ghiberti Florence 1378 ou 1381-1455 Christ roi bénissant (dans un moulage du Tabernacle de Saint Gilles) 1450 env. bronze doré Florence, Ospedale di Santa Maria Nuova (Patrimoine Historique et Artistique de l’Agence Sanitaire de Florence) Le tabernacle en marbre de Bernardo Rossellino pour le Spedale delle Donne (l’“Hôpital des Femme”) de Via delle Pappe – c’est un moulage, réalisé pour cette occasion, qui est exposé ici – a été achevé avant fin avril 1450, date à laquelle on situe la commande de la porte en bronze à l’atelier de Lorenzo et Vittore Ghiberti. Le Christ roi porte la couronne typique et une étole avec croix, semblable à celles qui avaient été offertes au Couvent de Santa Maria Novella par les moines grecs venus pour participer au Concile de Florence. 76 Luca della Robbia Florence 1399/1400-1482 Vierge à l’Enfant 1446-1449 terre cuite émaillée Florence, Museo degli Innocenti En 1419, l’Art de la Soie se chargea de la gestion d’une nouvelle institution, consacrée aux saints martyrs, les “Innocents”, et conçue pour accueillir les enfants abandonnés. Les Della Robbia réalisèrent de nombreuses œuvres pour l’orphelinat, dont la construction fut confiée à Filippo Brunelleschi: cette Vierge – l’une des pièces les plus anciennes de l’ameublement du Spedale, conservée dans l’église intérieure “des femmes” – fait partie des premières œuvres en terre cuite émaillée de Luca. 77 De la ville au palais. Les nouveaux mécènes Vers la moitié du XVème siècle, l’esprit républicain qui avait suscité la floraison de grandes œuvres sculpturales et de monumentaux cycles de fresques s’affaiblit peu à peu en faveur d’une forme artistique qui vise à la magnificence et qui devient la prérogative de l’oligarchie de la ville. Naît alors le buste-portrait, une forme d’auto-célébration de l’individu. Dans le nouveau Palais Medici – symbole du pouvoir que la famille commence à exercer sur la ville –, Cosimo il Vecchio et son fils Piero inaugurent un mécénat fastueux, où le privé dispute au public les commandes artistiques les plus prestigieuses. D’autres familles de la haute bourgeoisie marchande florentine en suivront l’exemple: elles feront édifier des demeures à la mesure de leur nouvelle position sociale et les garniront d’ameublement et d’œuvres d’art d’un goût cultivé et raffiné. En fin de parcours, la Maquette du Palais Strozzi évoque la construction du plus prestigieux édifice privé de la Florence du XVème siècle, et permet une confrontation idéale avec la Maquette de la Coupole de Brunelleschi présentée au début de l’exposition. Manufacture florentine Bassin avec lion passant (Marzocco) qui tient l’étendard avec les armes de Florence 1420-1450 env. faïence Paris, Musée du Louvre, département des Objets d’art La présence du Marzocco, le lion héraldique symbole de la République florentine, et les deux trous permettant de suspendre le bassin laissent supposer qu’il a été conçu pour être exposé, peut-être sur un édifice public de la ville. Il s’agit donc d’une pièce protocolaire glorifiant la République et dont la forme et la décoration indiquent combien les potiers (et les potiers florentins également) se sont inspirés de la céramique espagnole de Manises, près de Valence. 79 Manufacture hispanomauresque (Manises, Valence) Vase avec les armes et l’emblème des Medici, 1465-1478 env. terre cuite émaillée décorée avec peinture cristalline bleue, jaune et pourpre Londres, The British Museum Ce vase extraordinaire montre sur un flanc les armes des Medici avec l’ajout du lys de France, accordé par Louis XI en 1464 à Piero il Gottoso; sur l’autre flanc figure l’anneau avec la pointe de diamant et les deux plumes, l’un des plus anciens et peut-être le plus employés des emblèmes médicéens. Commandité probablement par l’intermédiaire de l’Agence Medici de Valence, c’est un de ces objets de luxe, importés de l’Espagne mauresque, qui jouissaient d’une grande vogue auprès des familles florentines les plus riches et les plus puissantes. Desiderio da Settignano Settignano 1429 env.-Florence 1464 Jules César 1455 env., marbre Paris, Musée du Louvre, département des Sculptures 80 C’est Desiderio da Settignano qui inventa de semblables profils sur marbre d’empereurs romains et de femmes illustres, comme l’atteste une facture de 1455 pour douze têtes de “Césars”: une série qui n’a jamais été achevée par le sculpteur, la première depuis l’Antiquité. Cette typologie – destinée aux intérieurs de palais, salles, cours intérieures ou cabinets de travail – connaîtra une vogue considérable. En ce qui concerne le rendu du corps et du drapé, le relief évoque l’extrême sensibilité de Desiderio comme sculpteur de marbre. Mino da Fiesole Mino di Giovanni; Papiano ou Montemignaio 1429-Florence 1484 Jules César 1455-1460 env. marbre, cadre en pierre meulière Cleveland, The Cleveland Museum of Art, Fonds John L. Severance Mino da Fiesole, l’artiste dont nous conservons à ce jour le plus grand nombre de reliefs d’empereurs, représente dans cette œuvre (rendue publique récemment) César avec le paludamentum, un manteau agrafé avec une fibule qui lui couvre les épaules. La redécouverte et la mise en valeur des textes classiques (Suétone, Plutarque, l’Historia Augusta), ainsi que l’intérêt pour les objets antiques, comme les monnaies, les médailles, les camées, sont à l’origine d’une nouvelle attention pour de semblables profils d’empereurs. Desiderio da Settignano Settignano 1429 env.- Florence 1464 Olympie, reine des Macédoniens 1460-1464 env., marbre Ségovie, Palacio Real de La Granja de San Idelfonso, Patrimonio Nacional Les profils d’empereurs et d’héroïnes de l’antiquité – repris des monnaies et des pierres précieuses romaines et très recherchés pour décorer les cabinets de travail et pour enrichir les édifices – étaient, à l’origine, d’une polychromie vivace. Aisément transportables et en mesure de supporter les péripéties d’un voyage, ce type de marbres répandit, à partir de Florence, un modèle sophistiqué de classicisme et constitua, comme les reliefs de la Vierge, un genre caractéristique et représentatif du XVème siècle florentin. 81 Mino da Fiesole Mino di Giovanni; Papiano ou Montemignaio 1429 -Florence 1484 Sainte Hélène impératrice 1465-1470 env. marbre Avignon, Musée Calvet, don du Docteur Clément, 1849 Parmi les spécialistes des portraits d’empereurs et d’héroïnes du monde antique, Mino da Fiesole joua un rôle important en ce qui concerne également le genre des profils féminins. L’image, certainement une commande privée, est celle d’une sainte, mais n’est pas conçue comme une image de dévotion. L’impératrice Hélène, mère de Constantin et béatifiée par la suite, se détache à l’intérieur d’un clipeus qui la transforme en une sorte de médaillon: c’est une allusion précise aux origines numismatiques des profils de marbre. Manufacture hispanomauresque (Manises, Valence) Plat avec blason Medici ou Federighi 1450-1460, faïence lustrée New York, The Metropolitan Museum of Art, Collection The Cloisters Plat avec blason Ricci 1450-1475, faïence lustrée Paris, Musée de Cluny - Musée National du Moyen-Âge 82 Plat avec blason Martelli 1466-1470, faïence lustrée Naples, Museo di Capodimonte, Collection De Ciccio Plat avec blason Gondi 1486-1487 env., faïence lustrée Paris, Musée du Louvre, département des Objets d’art, legs de Jean-Léonce Leroux, 1892 Plat avec blason Ridolfi moitié du XVème siècle, faïence lustrée New York, The Metropolitan Museum of Art, Collection The Cloisters À la moitié du XVème siècle, à Florence, les formes raffinées de collectionnisme s’orientent également vers des objets exotiques et précieux. Ces grands plats, décorés à lustre métallique et portant des emblèmes nobiliaires, illustrent la vogue des commandes que font de riches familles à des potiers d’origine mauresque travaillant dans l’Espagne islamisée, en particulier aux alentours de Valence. Grâce au port de commerce de Majorque et au port de Pise, les faïences hispanomauresques atteignaient les marchés du centre de la Toscane. La structure élaborée des compagnies marchandes florentines qui intervenaient en Méditerranée permettait de mener à bien toutes les phases d’une commande aux potiers valenciens, depuis l’émission de la commande, avec, en document joint, le dessin héraldique à reproduire, jusqu’à la livraison du produit fini à son destinataire. Cela confirme donc la volonté des familles florentines fortunées d’exhiber, après la moitié du siècle, leur blason sur les édifices, le mobilier, les étoffes, les manuscrits, les cadres, les couverts, les vases précieux et les faïences. 83 Agostino di Duccio Florence 1418-Pérouse 1481 env. Vierge à l’Enfant (Vierge d’Auvillers) 1460-1465 env. marbre Paris, Musée du Louvre, département des Sculptures Ce relief provient probablement du Palais Medici et fut sans doute commandité par Piero ou par Giovanni, comme l’indique la présence sur le candélabre d’une des “imprese” (emblèmes) médicéens (l’anneau à la pointe de diamant) et d’une variante du blason (avec cinq boules). La technique raffinée d’Agostino était très appréciée dans le cercle des Medici pour la minutie et la délicatesse des ornements. Art romain Portrait viril Ier siècle av. J.C. marbre grec Vienne, Kunsthistorisches Museum, Antikensammlung Dès le début du XVème siècle, les maîtres de la sculpture florentine prirent en considération ce modèle de portrait romain de l’époque républicaine: Donatello, par exemple, s’en inspira en particulier pour quelques têtes de Prophètes destinés au Campanile du Dôme. La confrontation devient très explicite avec le Niccolò da Uzzano de Desiderio da Settignano qui, comme dans ce portrait conservé à Vienne, tourne vigoureusement la tête vers la gauche. 84 Desiderio da Settignano Settignano 1429 env.-Florence 1464 Niccolò da Uzzano 1450-1455 env. terre cuite peinte Florence, Museo Nazionale del Bargello La connotation individualiste du portrait de Niccolò da Uzzano – l’un des personnages principaux de l’histoire politique florentine – a conduit à exclure l’attribution traditionnellement reconnue à Donatello, qui ne s’intéressait pas à un genre où s’exprimait le “particulier” d’un individu. La vigoureuse torsion de la tête, dont le visage provient d’un moulage funéraire, présente des analogies avec des œuvres attestées de Desiderio, inventeur des reliefs de marbre de profil, tandis que le buste-portrait est, en règle générale, frontal. Médailliste florentin Médaille de Cosimo de’ Medici “pater patriae” 1465 env. argent Florence, Museo Nazionale del Bargello Les médailles, en tant que genre laudatif aristocratique et de la cour, demeurèrent étrangères au climat social et politique de Florence, où elles firent leur apparition plutôt tardivement: cette pièce qui commémore Cosimo il Vecchio avec le titre de pater patriae qui lui fut attribué, à titre posthume, par la République, le 16 mars 1465, est considérée l’une des plus ancienne. La médaille est reproduite en stuc doré – en contrepartie et dans un plus grand format – dans le célèbre Portrait d’inconnu de Botticelli, aux Uffizi. 85 Médailliste florentin Antonio Rossellino Cette médaille – le seul exemplaire connu, ici présenté pour la première fois – a deux avers: les deux personnages qui y sont représentés en sont les titulaires, comme ils le sont du sépulcre de Verrocchio à San Lorenzo où la médaille a été retrouvée en 1949. C’est Lorenzo il Magnifico qui commandita le monument, consacré à son père Piero et à son oncle Giovanni, probablement sur les conseils de Leon Battista Alberti et Donato Acciaiuoli. Reprenant l’usage antique, la médaille devait compléter le message humaniste du sépulcre dans son ensemble. C’est probablement Giovanni Chellini lui-même (1372/73-1462), médecin et humaniste originaire de San Miniato, qui commandita son propre portrait à Antonio Rossellino, sur le conseil de Donatello; ce dernier, cette année-là, l’avait rétribué pour ses soins en lui offrant un relief de bronze, exposé dans une des salles précédentes, et connu, justement, sous l’intitulé de Vierge Chellini. Le buste fait partie des premières œuvres connues de l’artiste et des premiers bustes-portraits de la Renaissance: son expressivité est remarquable, ainsi que le rendu minutieux, dans un souci de vraisemblance, des détails de la physionomie. Médaille de Piero et Giovanni de’ Medici 1472, bronze Florence, Museo Nazionale del Bargello Mino da Fiesole Mino di Giovanni; Papiano ou Montemignaio 1429-Florence 1484 Giovanni fils de Cosimo de’ Medici 1454 env. marbre Florence, Museo Nazionale del Bargello Le prestige dont joui, dès ses premières années, Mino da Fiesole en fait le précurseur du nouveau genre du busteportrait. Sa renommée est attestée par l’importance des commanditaires, par exemple Piero et Giovanni de’ Medici, fils de Cosimo il Vecchio, dont les portraits en marbre de Mino sont les premières réalisations. Ce portrait de Giovanni reflète son admiration pour les protagonistes de l’histoire antique, admiration qui le poussa à rassembler médailles, fragments et têtes antiques et à se faire portraiturer par Mino comme un patricien romain en armure. 86 Settignano? 1427/1428-Florence 1479 Giovanni di Antonio Chellini 1456, marbre Londres, Victoria and Albert Museum Andrea del Verrocchio Florence 1435 env.-Venise 1488 ou Antonio Rossellino Settignano? 1427/1428-Florence 1479 Francesco Sassetti 1464-1465, marbre Florence, Museo Nazionale del Bargello Le buste de Francesco di Tommaso Sassetti (1421-1490), directeur de la filiale genevoise de la banque médicéenne et important commanditaire, est l’un des premiers portraits en marbre de la Renaissance dans lequel le modèle porte le paludamentum à l’antique. Si le réalisme des détails de la physionomie rend plausible l’attribution à Rossellino, l’affinité avec les œuvres de Verrocchio relève essentiellement de la façon dont les bras prennent forme et mouvement par rapport au buste: une caractéristique que l’artiste exploitera de façon exhaustive dans la Dame au bouquet (Bargello). 87 Mino da Fiesole Mino di Giovanni; Papiano ou Montemignaio 1429-Florence 1484 Dietisalvi Neroni 1464, marbre Paris, Musée du Louvre, département des Sculptures, don de Madame Gustave Dreyfus et de leurs enfants, à la mémoire de Gustave Dreyfus, 1919 En 1464, année à laquelle est daté ce portrait, Dietisalvi Neroni (Florence 1401Rome 1482) était au faîte du pouvoir: frère de l’archevêque de Florence, ami intime de Cosimo de’ Medici et conseiller de son fils Piero. Toutefois sa participation à une conjuration anti-médicéenne (1466) le conduira à l’exil définitif. Comme le laisse supposer le vêtement “à l’antique”, allusion à la virtus républicaine, le buste était destiné à une demeure privée : peutêtre le Palais même de Dietisalvi, situé près de San Lorenzo. Desiderio da Settignano Giuliano da Sangallo Florence 1445-1516 ou Benedetto da Maiano Maiano 1442-Florence 1497 Maquette du Palais Strozzi 1489 bois sculpté Florence, Museo Nazionale del Bargello, en dépôt à Palazzo Strozzi La maquette du Palais Strozzi est la seule que l’on ait conservée d’un édifice privé de la Renaissance. On l’attribue soit à Benedetto da Maiano, qui, selon Vasari, aurait réalisé une maquette du palais et qui fut l’artiste “de famille”, soit à Giuliano da Sangallo, qui a été payé, en 1489, pour l’exécution de deux maquettes. Celle-ci, la seule qui nous est parvenue, peut être décomposée selon les trois étages du palais et comporte la subdivision des volumes internes. La maquette est restée en possession de la famille et à l’intérieur du palais jusqu’en 1937. Settignano 1429 env.-Florence 1464 Marietta Strozzi 1464 env., marbre Berlin, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Kunst, Staatliche Museen zu Berlin, Bode-Museum Le buste a été identifié comme celui de Marietta di Lorenzo di Palla Strozzi, sculpté par Desiderio da Settignano et signalé dès la fin du XVème siècle. Le portrait de Marietta, l’une des jeunes filles les plus admirées de son temps, née en 1448, pourrait avoir été sculpté par Desiderio peu avant sa mort. La délicatesse du modelé, la sensibilité avec laquelle l’artiste a équilibré abstraction et élégance des formes, ainsi que la vivacité expressive et les traits individuels, en confirment l’attribution. 88 89 Textes Ludovica Sebregondi Coordination éditoriale Ludovica Sebregondi Elena Bottinelli Traductions Stephen Tobin (italien-anglais) Xue Cheng (italien-chinois) Mila Alieva (anglais-russe) Gabrielle Giraudeau (italien-français) Projet graphique RovaiWeber design Cette publication rassemble les textes présentant l’exposition Le Printemps de la Renaissance La sculpture et les arts à Florence 1400-1460 Florence, Palais Strozzi, 23 mars-18 août 2013 Paris, Musée du Louvre, 26 septembre 2013-6 janvier 2014 Commissaires Beatrice Paolozzi Strozzi Marc Bormand Promue et organisée par Fondazione Palazzo Strozzi Musée du Louvre Ministère pour les Biens et les Activités Cultureles Surintendance PSAE et pour le Pôle des Musées de la Ville de Florence Musée National du Bargello avec la Ville de Florence la Province de Florence la Chambre de Commerce de Florence l’Association Partners Palazzo Strozzi et la Région Toscane Avec la contribution de l’Ente Cassa di Risparmio di Firenze Sous le Haut Patronage du Président de la République Italienne Avec le soutien du Ministère des Affaires Étrangères du Ministère pour les Biens et les Activités Cultureles de l’Ambassade de France en Italie www.palazzostrozzi.org Fondazione Palazzo Strozzi Piazza Strozzi, 50123 Firenze www.palazzostrozzi.org