Forum sur la Gouvernance en Afrique
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Forum sur la Gouvernance en Afrique
Forum sur la Gouvernance en Afrique Addis Abéba (Ethiopie, 29 – 31 octobre 2005) Note régionale pour l’Afrique de l’Ouest Par M. Jacques Mariel Nzouankeu Professeur de droit public et Science politique Secrétaire Permanent de l’Observatoire des Fonctions Publiques (OFPA) E-mail : [email protected] Cotonou (Bénin), octobre 2005 Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 2 [email protected] La situation de la Gouvernance en Afrique de l’Ouest se présente de la manière suivante. I. Revue et évaluation globale des principaux documents existants Il convient de distinguer les documents de la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) en raison de leur importance, des autres ressources documentaires. A les documents de la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) La Commission Economique pour l’Afrique (CEA) a pris plusieurs initiatives sur la Gouvernance dont deux méritent une attention particulière : les Forums sur la Gouvernance en Afrique (FGA), et les Forums pour le Développement en Afrique (FDA, mieux connu sous le sigle anglais ADF). 1. Les travaux du FDA (notamment FDA II, Accra, 25 – 26 juin 1998) En collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), et conformément au mandat que les Nations Unies leur avait donné, la CEA organise depuis 1997, des Forums sur la Gouvernance en Afrique (FGA). Le premier Forum réuni à Addis Abéba en 1997 avait examiné plusieurs grandes questions relatives à la Gouvernance, notamment les réformes constitutionnelles et les droits de l’homme. Le FGA II tenu à Accra (Ghana) les 25 et 26 juin 1998, et le FGA IV organisé à Kampala (Ouganda) les 1 – 3 septembre 2000, avaient été l’occasion de produire des documents d’une grande qualité, toujours d’actualité sur la Gouvernance. Il convient d’insister sur les documents du FGA II (Accra, Ghana, 25 – 26 juin 1998) La FGA II portait sur l’Inventaire des programmes de gouvernance en Afrique. L’objectif consistait à effectuer un relevé exhaustif des projets de gouvernance en Afrique, afin d’aider les gouvernements et les partenaires au développement à améliorer la coordination et la programmation de leurs interventions. Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 3 [email protected] S’agissant de l’Afrique Occidentale, six (06) pays étaient concernés, dans l’ordre alphabétique : Bénin, Burkina Faso, Gambie, Ghana, Mali et Sénégal. A partir des études de cas de chacun de ces pays, la CEA et le PNUD ont publié l’ouvrage : Répertoire des programmes de Gouvernance en Afrique : Responsabilité et transparence, Volumes I et II Le volume I concerne le Bénin, le Burina Faso, la Gambie, le Ghana et le Mali. Le Sénégal, autre pays de l’Afrique de l’Ouest analysé, figure au début du volume II. Bien que certaines données de fait concernant la plupart de ces pays aient évolué depuis l’organisation du FGA II en 1998, ces documents sont toujours d’actualité. En effet, la méthodologie qu’ils exposaient, ainsi que l’approche des problèmes de gouvernance qu’ils préconisaient, sont à la base des programmes actuels ou des projets de programmes en cours d’élaboration. 2. Les travaux de l’ADF (notamment ADF IV, Addis Abéba, 11 – 15 octobre 2004) La CEA a initié en 1999 une nouvelle initiative dénommée Forum pour le Développement de l’Afrique (en anglais ADF). Cadre mondial d’échanges et de réflexions. L’ADF I organisé en 1999 avait pour thème « L’Afrique face aux défis de la mondialisation et de l’ère de l’information ». L’ADF II tenu en 2000 portait sur le SIDA. L’ADF III organisé en 2002 avait pour thème « définir les priorités de l’intégration régionale ». Une attention particulière doit être accordée à l’ADF IV organisé à Addis Abéba du 11 au 15 octobre 2004 sur le thème : Gouvernance pour une Afrique en marche. L’un des Ateliers sous-régionaux préparatoires à l’ADF IV, organisé à Accra (Ghana) du 17 au 19 novembre 2003 portait sur « Les perspectives de la gouvernance en Afrique centrale et en Afrique de l’ouest ». L’un des documents finaux de cet Atelier sous-régional intitulé « Tour d’horizon de la Gouvernance en Afrique de l’Ouest : Recommandations et Plan d’action » constitue aujourd’hui la référence la plus complète en matière de gouvernance dans cette région de l’Afrique. Le document analyse le contexte de la gouvernance dans les pays de la CEDEAO, notamment ceux dans lesquels est lancé le « projet africain sur la gouvernance » à savoir, le Bénin, le Burkina Faso, la Gambie, le Ghana, le mali, le Niger, le Nigeria et le Sénégal. L’Atelier avait également permis et facilité des concertations entre différentes institutions d’Afrique de l’Ouest impliquées dans les questions de gouvernance, ensuite, à partir des principales conclusions tirées de ces rencontres, avait proposé un Programme Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 4 [email protected] d’action portant sur la mise en œuvre de trois problèmes fondamentaux : la représentation politique, l’efficacité institutionnelle, et la gestion économique. Ces questions avaient été reprises et approfondies lors des séances plénières, des séances en groupe et des groupes de discussion thématiques de l’ADF IV. B Autres ressources documentaires 1 Les initiatives des Etats Dans le prolongement des travaux de la CEA, ou en marge de ces travaux, la plupart des pays d’Afrique occidentale développent des projets et programmes de gouvernance. Certains de ces documents sont publiés sur les sites internet gouvernementaux qui tendent à se généraliser. (Exemples : Mali, Burkina Faso, Sénégal). D’autres sont élaborés au sein des structures tels que les Centres Parlementaires (Exemple : Ghana). 2 Les initiatives des partenaires Dans chaque pays où il dispose d’un Bureau, le PNUD publie chaque année un Rapport national sur le Développement Humain contenant des développements substantiels sur la gouvernance. D’autres partenaires, notamment l’ACDI et la Banque Mondiale présentent des développements sur la gouvernance dans les pays qu’ils appuient. 3 Les documents issus des rencontres avec les partenaires Les rencontres entre les représentants des Etats et leurs partenaires dans des cadres dits Tables rondes, constituent l’occasion de faire le point dans chaque pays sur l’état d’avancement des projets et programmes de gouvernance. (Exemple, Quatrième Table Ronde Générale des Partenaires au Développement du Burkina Faso sur le thème : « Bonne Gouvernance et Développement au Burkina Faso, Acquis et nouveaux défis à relever ». Ouagadougou, 4 – 5 mars 2004). A cela s’ajoutent les comptes rendus des Tables rondes avec les partenaires qui sont l’occasion de faire le point dans chaque pays, sur l’état d’avancement des projets et programmes de gouvernance (Voir par exemple, Bonne gouvernance et développement au Burkina Faso : Acquis et nouveaux défis à relever. Quatrième Table Ronde Générale des Partenaires au Développement du Burkina Faso). Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 5 [email protected] 4 Les sources documentaires de la Société civile On assiste à une floraison de la littérature de la société civile en matière de gouvernance. Parfois, il s’agit d’analyses de chercheurs, particulièrement utiles en raison de leur approche critique. Par exemple, voir Jean Merckaert : La dictature de la « bonne gouvernance » ou l’impasse des indicateurs de performance politique (www.globenet.org), étude dans laquelle, à partir des faits de certains pays d’Afrique de l’ouest, l’auteur critique la conception que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International se font des indicateurs de performance politique. D’autres sources documentaires sont l’œuvre des organisations de la société civile. Un exemple récent est celui du « Réseau Dialogues sur la Gouvernance en Afrique ». Créé en 1999, oeuvrant en Afrique de l’ouest et centrale pour la refondation de la gouvernance afin de la rendre légitime et conforme aux valeurs et aux besoins des africains, ce Réseau a publié en novembre 2003, 15 propositions pour changer l’Afrique (Réseau Dialogues propositions.pdf). Conclusions du point I 1. En Afrique de l’ouest, la notion de gouvernance est désormais intégrée dans toute stratégie de développement. La conception large de la gouvernance, telle qu’elle est préconisée par les Nations Unies et le PNUD en particulier, a fini par prévaloir sur la conception purement technocratique, et économique qu’était au départ celle des Institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale – Fonds Monétaire International). 2. On assiste à une floraison de la littérature sur la gouvernance. La plupart des pays d’Afrique de l’ouest se sont dotés d’instruments dénommés : « Programme national de bonne gouvernance ». Toutefois, on constate que ces documents sont de moins en moins opérationnels en ce sens qu’ils se présentent plutôt comme un catalogue très détaillé des actions à entreprendre dans tous les domaines. En cela, la plupart se confondent même avec le plan de développement du pays. D’ailleurs, dans les cas de plus en plus rare, il faut le reconnaître, où « ces programmes» n’existent pas, c’est le Document stratégique de réduction de la Pauvreté (DSRP) qui en tient lieu. L’inconvénient de cette tendance, c’est que le concept de gouvernance devient de plus en plus éclaté et se présente plutôt comme un faire-valoir auprès des partenaires au développement pour susciter ou justifier les appuis qu’on attend d’eux. Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 6 [email protected] 3. Les principaux domaines concernés par les programmes de gouvernance en Afrique de l’ouest concernent les réformes institutionnelles, la réforme de la justice et la gouvernance parlementaire. La gouvernance locale émerge de plus en plus, sauf qu’avec l’approfondissement de la décentralisation, des analyses remettent de plus en plus en cause son impact sur le renforcement de la démocratie. Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 7 [email protected] II Progrès dans la mise en œuvre – Innovations en matière de gouvernance L’Afrique de l’ouest qui était privilégiée par la facilité de la communication entre ses Etats, l’aspiration de ses populations à la modernité, ainsi que son niveau économique relativement élevé par rapport aux autres grandes régions africaines, était toute désignée à devenir un laboratoire de la mise en œuvre et des innovations en matière de gouvernance. Malheureusement, les guerres et les conflits internes, notamment en Sierra Léone, au Libéria et en Côte d’Ivoire ont ralenti ce mouvement. Mais d’un autre côté, cette situation a accéléré la réflexion sur la gestion des conflits. De ce fait, cette question est devenue un problème dominant de la gouvernance, thème auquel s’était précisément consacré le FGA III organisé à Bamako (Mali) en 1999. Les autres innovations dans la région résultent des initiatives diverses. Ainsi : a) La France qui jusque-là orientait ses programmes d’intervention sur l’Etat de droit, a élaboré en 2003 un document stratégique intitulé : « Pour une Gouvernance Démocratique : document d’orientation de la politique française de coopération » (Ministère Français des Affaires Etrangères). Dans ce document, la France s’engage politiquement en faveur d’une gouvernance démocratique, ce qui signifie qu’elle n’entend pas soutenir n’importe quel programme de gouvernance, mais seulement ceux qui remplissent certaines conditions, notamment le respect des valeurs démocratiques universelles, des Etats garants de l’intérêt général, le renforcement des contre-pouvoirs et la prise en compte des espaces culturels partagés. En outre, en vue de l’élaboration de ce programme, la France a associé les acteurs concernés, afin qu’ils se l’approprient. b) La France pourrait tester son nouveau programme de gouvernance en Afrique de l’ouest où elle envisagerait de mettre en place un Pôle d’Excellence, c'est-à-dire une structure chargée de la mise en œuvre de son programme, avec un accent sur le renforcement de la gouvernance pour réduire les inégalités en Afrique de l’ouest. Ce projet mobilisateur pourrait comporter trois objectifs : améliorer la gouvernance régionale par la promotion du NEPAD, renforcer les capacités institutionnelles pour une bonne gouvernance nationale, et participer à la mise en place d’une gouvernance locale. c) L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) s’implique de plus en plus dans les questions de gouvernance, avec un accent particulier sur l’Afrique de l’ouest. Son document stratégique, appelé Déclaration de Bamako comporte un important chapitre 5 donnant mandat à Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 8 [email protected] cette organisation d’observer les bonnes pratiques de la démocratie et de contribuer au renforcement de l’Etat de droit. Les « Rencontres Francophones » sont devenues un vaste lieu d’échanges, réunissant des décideurs politiques, des chercheurs et la société civile autour des questions centrales en rapport avec la gouvernance. Les « Rencontres Francophones » organisées à Cotonou (Bénin) les 29, 30 septembre et 1er octobre 2005 avaient pour thème : « Pratiques constitutionnelles et Politiques en Afrique : les dynamiques récentes ». d) Une structure d’échanges et de réflexion dénommée « Groupe Sud » avait été constituée en 2002. Elle regroupe les personnalités et chercheurs du Nord et du Sud, et se réunit alternativement dans un pays africain et en France. Son objectif est de réfléchir sur les moyens de renouveler le concept de gouvernance, plus proche des préoccupations de ceux qui sont appelés à s’en approprier. Le « Groupe Sud » publie des documents appelés Lettres du Groupe Sud qui sont en réalité des lettres sur la gouvernance. Ces lettres attirent l’attention sur les mutations du concept de gouvernance, et les réformes qu’il faut entreprendre pour en faire réellement un outil de transformation qualitative des sociétés africaines. Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 9 [email protected] III Principaux goulots d’étranglement Deux types de situations peuvent être observés dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest en rapport avec la mise en œuvre effective des agendas de réforme. - Dans certains cas, les programmes de gouvernance n’avaient été élaborés que pour satisfaire aux exigences des bailleurs de fonds. C’était le moyen d’obtenir des financements, ou la conditionnalité pour obtenir certaines facilités. Il est même arrivé que certains de ces projets soient élaborés par les bailleurs de fonds eux-mêmes, ou par des structures identifiées par eux. De tels programmes ont sans doute permis à leurs bénéficiaires d’obtenir quelques financements, mais ensuite, ils n’ont connu aucun début d’exécution. - Dans d’autres cas, des programmes ont tenu compte, autant que possible des situations locales. Mais, tant qu’on les exécutait par tranches isolées, on avait le sentiment de progresser. Par exemple, les programmes de réforme de la justice, de la décentralisation, des partis politiques, etc, pris séparément, faisaient croire que l’on progressait dans la gouvernance. En revanche, dès qu’on les connectait les uns aux autres, on s’aperçoit que chacun des programmes pouvait être comparé aux pièces détachées d’un véhicule, mais que ces pièces ne pouvaient pas s’emboîter les unes dans les autres, parce qu’elles n’étaient pas faites pour le même type de véhicule. Ces dysfonctionnements sont apparus au grand jour, avec les tentatives, sans grand succès encore, d’introduire l’e-gouvernance dans les programmes de réforme. On s’aperçoit alors qu’outre les goulots d’étranglement qu’on peut appeler « classiques » : mauvaise formulation des politiques publiques, absence d’outils d’évaluation des projets, projets trop ambitieux au regard des possibilités économiques du pays, changements trop rapides sans ménager des transitions pour permettre leur appropriation, etc, la cause profonde c’est leur inéquation avec les valeurs culturelles des populations concernées. Les principales valeurs qui dominent les cultures africaines sont le consensus, le partage et la solidarité. Ces valeurs n’ont pas été inventées par les africains et ne leur sont pas exclusives. On peut même dire qu’elles sont universelles en ce sens qu’on les retrouve dans toutes les sociétés du monde, certes plus ou moins développées, où elles constituent toujours le fond des traditions et des coutumes. Mais on peut dire aussi qu’elles sont plus manifestes dans l’espace africain, peut-être parce qu’ici, il s’agit de sociétés moins industrialisées que celles du Nord, ou peut-être du fait que, pour des raisons historiques ou autres, ces sociétés sont restées plus près de leurs traditions et de leurs coutumes. C’est la raison pour laquelle on peut les considérer comme valeurs dominantes. Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 10 [email protected] Ces valeurs sont également dominantes en ce sens que chacune d’elle domine une composante du pouvoir. Ainsi, le consensus est le fondement d’un type de démocratie ; le partage se réfère à un modèle d’Administration, et la solidarité est le fondement d’un système juridique. Pour apprécier l’impact de ces valeurs comme fondement d’un système de gouvernement, on peut en examiner les effets, tels qu’ils résulteraient de l’application ou de l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication, considérées à juste titre comme l’outil le plus récent de la modernisation des Institutions de la démocratie pluraliste majoritaire. a) La démocratie consensuelle, très largement partagée en Afrique, considérée presque comme le mode naturel de gouvernement, est à l’opposé même de la démocratie pluraliste majoritaire, a fortiori virtuelle, telle qu’on la pratique dans les pays occidentaux. Le consensus s’oppose au vote, au décompte arithmétique des voix, à la pluralité des partis politiques. C’est ce qui explique les difficultés d’application du suffrage universel, l’échec des systèmes électoraux, et c’est ce qui explique que malgré le coût très élevé des élections, la plupart des pays africains les organisent pour la façade, mais n’en tirent pas les conséquences quant à l’exercice du pouvoir. Les efforts faits pour garantir la transparence des urnes, améliorer par le vote électronique, sont des principes d’une philosophie individualiste qui s’opposent à la démarche consensuelle, et à une autre conception de la transparence, celle du vote public, sans passage par l’isoloir, considéré comme conférant une plus grande légitimité au pouvoir. b) Le partage s’oppose à la bureaucratie wébérienne qu’on est en train d’améliorer et de faire évoluer vers la bureaucratie virtuelle. La bureaucratie wébérienne, comme l’e-bureaucratie virtuelle elle-même, sont fondées sur le principe de la hiérarchie. Le pouvoir s’exerce toujours du haut de la pyramide vers le bas. Pour que les tentatives de faire remonter le pouvoir de la base vers le sommet de la pyramide aboutissent, il faudrait reconnaître le droit de sécession aux collectivités de base, ce qui suppose une remise en cause totale de la théorie de l’Etat. Le modèle administratif du partage n’est pas la pyramide, mais un cercle de pouvoirs autonomes qui gravitent autour d’un pouvoir central. Le pouvoir est alors, non seulement très décentralisé, mais même démultiplié, chaque pouvoir autonome devenant le centre de gravité d’autres pouvoirs périphériques. L’e-gouvernance, construite selon le modèle hiérarchique, reste un système centralisateur. Malgré les affirmations et les efforts pour que l’Etat du 21ème siècle soit un Etat décentralisé, la logique même de l’internet prédominera et renforcera le caractère centralisateur de l’Etat. C’est aussi la raison pour laquelle une Administration construite sur le principe du partage continuera d’être un facteur de résistance à l’e-gouvernance. Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 11 [email protected] c) La solidarité comme fondement du droit et des relations sociales, donne également naissance à des mécanismes parfois contraires à ceux qu’institue l’e-gouvernance. Contrairement à l’usage qu’on en fait dans plusieurs démocraties occidentales, la solidarité est le fondement du pluralisme juridique, c’est-à-dire d’un système qui reconnaît la validité, au sein d’un même groupe social, d’une pluralité d’ordres juridiques. C’est cela qui explique en grande partie toute l’efficacité des systèmes sociaux traditionnels de protection. La solidarité, c’est aussi le fondement du repli identitaire ou communautaire, c’est-à-dire des valeurs qu’Internet, en raison de son caractère universel, peut difficilement promouvoir. La solidarité est en effet celle du groupe, de l’ethnie, du clan, souvent basée sur des rites initiatiques et secrets, difficilement compatibles avec la transparence d’Internet. C’est aussi le fondement de la responsabilité collective, incompatible avec la philosophie individualiste qui est à la base d’Internet, et qui, d’une certaine manière, explique l’absence de prisons dans la plupart des sociétés traditionnelles. Seule une refondation de la gouvernance, allant dans le sens d’intégrer ces valeurs pourrait permettre l’effectivité des programmes de réforme. Professeur Jacques Mariel Nzouankeu Forum Gouvernance 12 [email protected] IV Leviers et facteurs de changement La refondation de la gouvernance peut s’appuyer sur les leviers ciaprès : a) Le renforcement de la Société civile aussi bien en ce qui concerne les organisations de la Société civile que les personnes physiques (Chercheurs, Experts, etc). Il s’agira de renforcer son rôle pour l’éducation des populations, sa capacité de recherche et de réflexion, et son rôle d’influence technique auprès des Etats et des partenaires. b) Le rôle pilote de la CEA dans la région devrait être renforcé pour lui permettre d’être le fédérateur des organisations régionales de promotion de la gouvernance. c) Le NEPAD étant encore dans la phase de gestation, les acteurs qui oeuvrent pour la refondation de la gouvernance pourraient en profiter pour orienter son programme d’Administration publique dans le sens de la nouvelle gouvernance. d) L’Institut Africain de la Gouvernance (African Governance Institute AGI) que le PNUD projette d’installer à Dakar (Sénégal) devrait abriter en son sein une importante division de la refondation de la gouvernance. Cela suppose que des démarches dans ce sens soient entreprises avec ses promoteurs. e) Dans le cadre des Nations Unies, la mise en œuvre des objectifs du Millénaire rencontre de plus en plus de difficultés, notamment dans les pays en voie de développement. L’une des raisons tient au fait qu’au moment de l’élaboration de ce projet, la conception dominante de la gouvernance était celle des Institutions de Bretton Woods qui s’avère de plus en plus inadaptée aux réalités de ces pays. Une refondation de la gouvernance est de nature à améliorer la réalisation de ces objectifs.