Prise en charge neuropsychologique des patients bénéficiant d`une
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Prise en charge neuropsychologique des patients bénéficiant d`une
Prise en charge neuropsychologique des patients bénéficiant d’une stimulation cérébrale profonde en neurologie et en psychiatrie : vers une approche individualisée et intégrative Neuropsychological care of patients undergoing deep brain stimulation in neurology and psychiatry: towards an individualized, integrated approach Julie Péron Neuroscience of Emotion and Affective Dynamics laboratory, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education et Centre Inter-facultaire en Sciences Affectives, Université de Genève, Suisse Auteur correspondant : Dr Julie Péron, Neuroscience of Emotion and Affective Dynamics laboratory, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education, 40 bd du Pont d’Arve, 1205 Genève, Suisse. Tel.: +41 22 379 94 55 Email: [email protected] Aucun conflit d’intérêt à déclarer Résumé La prise en charge neuropsychologique des patients bénéficiant d'une stimulation cérébrale profonde (SCP) a pour but de déterminer si le patient répond aux critères d'inclusion en préopératoire, et d'identifier les éventuels effets indésirables postopératoires. Les travaux récents mettent en évidence le caractère plurifactoriel de ces effets secondaires. Ainsi, l'organisation anatomo-fonctionnelle des structures cibles, l'hétérogénéité des symptômes au sein d'une même catégorie diagnostique, la personnalité ou encore les attentes des patients et de leurs familles vis-à-vis de la chirurgie, sont autant de facteurs qui impactent de manière différentielle sur le devenir post-opératoire. Dans ce contexte, après avoir présenté la prise en charge par SCP et ses dernières innovations, l'objectif de cet article va consister à exposer les différents domaines à investiguer lors de la prise en charge neuropsychologique entourant la SCP. Cet article présente ainsi les méthodes à la disposition des neuropsychologues pour orienter au mieux le patient et sa famille durant toutes les phases thérapeutiques mais également pour identifier les facteurs de vulnérabilité préopératoires. La prise en charge neuropsychologique des patients bénéficiant d'une SCP devrait consister en une approche intégrative, prenant en compte le niveau neuronal et cognitivo-comportemental, mais également psychologique et environnemental, dans une démarche individualisée, adaptée à chaque patient. Mots clés : fardeau de la normalité, maladie de Parkinson, noyaux gris centraux, stimulation cérébrale profonde, troubles obsessionnels compulsifs 2 Abstract The neuropsychological care of patients undergoing deep brain stimulation (DBS) has different goals before and after surgery. Preoperatively, the aim is to determine whether patients meet the eligibility criteria for surgery, and identify any vulnerabilities that might generate adverse side effects after surgery. Postoperatively, the goal is to assess patients' progress and establish a specific care package to cater for their needs (and those of their families). Recent research has highlighted the multifactorial nature of surgical side effects, and the differential impact that the target structures’ anatomical-functional organization, the heterogeneity of symptom presentations within the same diagnostic category, patients’ personalities, and their and their families’ expectations, can have on postoperative outcome. The objective of this review is to set out the methods that are currently available to neuropsychologists for guiding patients and their families at every stage in the treatment, as well as for identifying preoperative vulnerabilities. In the first section, we introduce readers to the general DBS procedure, describing current indications and targets, the patient's trajectory across the different phases of the treatment program, the clinical benefits but also the adverse effects. In the second part, we discuss the various areas that need to be covered as part of the neuropsychological care of patients undergoing DBS. The management of neuropsychological patients undergoing DBS requires an integrated approach, taking into account the neural, cognitive, behavioral, psychological and even environmental aspects, in order to offer each patient a tailored care package. Key-words: burden of normality, Parkinson’s disease, basal ganglia, deep brain stimulation, obsessive compulsive disorder 3 Introduction La stimulation cérébrale profonde (SCP) est une technique de neurochirurgie fonctionnelle bien acceptée pour les troubles du mouvement et est actuellement explorée comme une option de traitement pour divers troubles neurologiques et psychiatriques. Les patients pour lesquels une SCP est envisagée, et ce quelle que soit la pathologie à traiter, sont tous évalués de façon multidisciplinaire par des équipes spécialisées comprenant au moins un neurologue, un psychiatre, un neuroradiologue, un neurochirurgien, et un neuropsychologue. La prise en charge neuropsychologique des patients bénéficiant d'une SCP a des buts différents en fonction de la phase: pré- ou postopératoire. En préopératoire, il s'agit de déterminer si le patient répond aux critères d'inclusion de la chirurgie, mais également d'identifier les éventuels facteurs de vulnérabilité responsables d'effets secondaires indésirables après la chirurgie. En postopératoire, il s'agit de suivre l'évolution du patient et l'orienter (ainsi que ses proches) vers les prises en charges spécifiques nécessaires à leurs besoins propres. L’objectif de la présente revue est ainsi d’exposer les méthodes à la disposition des neuropsychologues pour répondre à ces objectifs. A cette fin, nous rappellerons, dans une première partie, la prise en charge globale par SCP en présentant les indications et cibles actuelles, la trajectoire du patient au fil des différentes phases du programme thérapeutique, ainsi que les bénéfices cliniques mais également les effets secondaires indésirables. Dans une deuxième partie, nous exposerons les différents domaines à investiguer lors de la prise en charge neuropsychologique entourant la SCP, ainsi que les méthodes permettant d’orienter au mieux le patient et sa famille durant toutes les phases thérapeutiques. 4 La stimulation cérébrale profonde Indications et cibles A l'heure actuelle, et pour les seuls champs de la neurologie et de la psychiatrie, la SCP est proposée dans une vingtaine d’indications et pour une quarantaine de cibles chirurgicales environ. Les cibles sont principalement sous-corticales telles que les noyaux gris centraux (NGC) [pour une revue en français, voir 1]. La cible privilégiée dans la maladie de Parkinson est le plus petit des NGC, le noyau sousthalamique (NST). La SCP du NST est également en cours d’évaluation pour les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) sévères et résistants (elle est même désormais admise en pratique courante par les autorités néerlandaises) même si d’autres cibles ont également été testées (e.g., le bras antérieur de la capsule interne, le striatum, le pédoncule thalamique inférieur). Le noyau ventral intermédiaire (Vim) du thalamus est la cible utilisée dans le cadre du tremblement essentiel alors que le globus pallidus interne (GPi) est la cible privilégiée pour les dystonies, mais également pour le syndrome de Gilles de la Tourette. Concernant la dépression majeure et résistante, jusqu’à présent, différentes cibles ont été essayées sur des bases physiopathologiques, anatomo-fonctionnelles, issues du modèle animal, ou fortuites (e.g., la partie subgénuale du cortex cingulaire antérieur, le bras antérieur de la capsule interne, le noyau accumbens) [2]. L’utilisation thérapeutique de la SCP dans le contexte des troubles de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer est venue d’une observation fortuite lors d’une SCP de l’hypothalamus chez un patient présentant une obésité morbide et réfractaire à tout traitement [pour une revue en français et les références des études, voir 1]. Ce patient a décrit des sentiments de «déjà vu» et a rappelé une scène de son autobiographie dont les détails phénoménologiques devenaient plus vivaces à mesure que l’intensité de la stimulation augmentait. Parallèlement, une autre étude a exploré la SCP du noyau cholinergique basal de 5 Meynert auprès d’un patient souffrant de démence parkinsonienne et qui était simultanément implanté dans le NST [pour une revue en français et les références des études, voir 1]. Les effets cliniques de ces études sont décrites ci-dessous (partie 1.3 Bénéfices cliniques). La SCP est également proposée dans les troubles du comportement alimentaire en choisissant une cible habituellement proposée pour la dépression, le cortex cingulaire subcallosal [3]. Finalement la SCP est également en cours d’évaluation pour les addictions où des résultats thérapeutiques ont été observés sur la base d’observations fortuites auprès de patients neurostimulés pour traiter d’autres pathologies. Comme détaillé dans la partie 1.3 (Bénéfices cliniques), des résultats encourageants ont été obtenus dans le noyau accumbens pour les addictions aux substances, et dans le NST pour les addictions sans substance (e.g. jeu pathologique, troubles du contrôle des impulsions). Trajectoire du patient En phase préopératoire, les patients sont évalués dans le cadre d’un bilan d’éligibilité ayant pour objectif de déterminer si les patients correspondent aux critères de sélection établis selon les recommandations internationales en vigueur et spécifiques à chaque indication. La décision d'opérer et la cible choisie sont le résultat d'une discussion collégiale multidisciplinaire par une équipe hautement spécialisée, en étroite connexion avec le patient et sa famille. Ce bilan d’éligibilité comprend une consultation neurologique, une consultation psychiatrique, une IRM cérébrale, un contrôle de la santé globale, ainsi qu'un bilan neuropsychologique dont les objectifs et les enjeux sont l'objet de cet article et décrits en détails ci-dessous. Pendant l’opération, le patient doit être conscient et éveillé pour des enregistrements électrophysiologiques intracérébraux permettant de localiser la cible chirurgicale. En postopératoire immédiat, l'augmentation de la stimulation est réalisée progressivement. Après quelques jours, le patient peut retourner à son domicile et reviendra ultérieurement pour les contrôles postopératoires qui se dérouleront généralement en 6 ambulatoire. Les stimulateurs sont réglés complètement trois mois plus tard, puis un bilan de l’efficacité se déroule généralement à un an postopératoire. Bénéfices cliniques Pour la maladie de Parkinson, la SCP du NST reproduit les effets de la dopathérapie et élimine les fluctuations liées à ce traitement [pour une revue en français, voir 4]. Après un an de SCP du NST, et comparativement à l’état préopératoire sans traitement médicamenteux, une amélioration de 60% des symptômes moteurs est constatée avec des conséquences positives significatives sur les activités de la vie quotidienne. La diminution de 50% de la dopathérapie entraîne une amélioration, voire une disparition complète des dyskinésies et des dystonies, mais également les troubles du contrôle des impulsions dopa-induits. L’amélioration motrice globale se maintient à 54% à cinq ans et 36% à onze ans. En revanche, la SCP ne permet pas de stopper l’évolution naturelle de la maladie et l’apparition des signes dopa- et SCP-résistants tels que les signes axiaux (dysarthrie, dysphagie, instabilité posturale, troubles de la marche) et les troubles cognitifs (nous y revenons plus loin). Pour les TOC, une méta-analyse récente montre des résultats qui sembleraient similaires pour les différentes cibles, avec un taux de réponses objectivé chez plus de la moitié des patients, entraînant une amélioration de près de 50% de l’intensité des symptômes [2]. Dans le cas des troubles de la mémoire, les tests mnésiques standardisés conduits en double aveugle en condition ON versus OFF auprès du patient obèse stimulé dans l’hypothalamus ont permis de mettre en évidence que la SCP augmentait les performances en mémoire épisodique dans les modalités verbales mais également visuelles et était associée à une augmentation d’activité au sein des structures temporales mésiales [pour une revue en français et les références des études, voir 1]. Finalement, l’étude chez un patient souffrant de démence parkinsonienne a montré une amélioration globale des tests neuropsychologiques lors de la 7 stimulation du noyau basal de Meynert, indépendamment de la stimulation du NST ; l’effet bénéfique cognitif était général et non spécifique de la mémoire. Les auteurs ont proposé que les effets cognitifs soient liés à la stimulation des projections cholinergiques résiduelles et les corps cellulaires au sein du noyau basal de Meynert [pour une revue en français et les références des études, voir 1]. Concernant l’anorexie mentale, les résultats obtenus auprès des six patients opérés dans le cortex cingulaire subcallosal ont montré une augmentation de l’index de masse corporelle (IMC) chez la moitié d’entre eux neuf mois après la chirurgie, avec une stabilisation de l’IMC chez l’autre moitié [3]. Les effets secondaires rapportés étaient faibles. Finalement, les travaux sur les addictions ont permis d’observer des résultats thérapeutiques intéressants [pour une revue, voir 5]. Concernant les addictions aux substances, la SCP du noyau accumbens a donné de bons effets thérapeutiques auprès de personnes alcoolodépendantes (rémission sans autre traitement parallèle dans une étude de cas; 3 améliorations significatives dont 2 rémissions dans une étude pilote), mais également auprès de personnes héroïnomanes (rémission dans une étude de cas), et finalement également auprès de personnes dépendantes à la nicotine (arrêts de la consommation chez 3/10 patients). Il est important de souligner que les résultats auprès de fumeurs sont issus d'une étude rétrospective qui a investigué le comportement face au tabac de patients opérés pour une autre indication. Concernant les addictions sans substance, les résultats sont assez divergents. Alors qu'un certain nombre de travaux retrouvent des résolutions du comportement de jeu pathologique chez des patients parkinsoniens opérés dans le NST, des résultats inverses ont également été rapportés. De même, les améliorations postopératoires du syndrome de dysrégulation dopaminergique chez les parkinsoniens fait l'objet de débat [6]. 8 Effets secondaires, complications et nécessité d'une prise en charge multifactorielle Les effets indésirables provoqués par la SCP sont réversibles à son arrêt et peuvent être généralement évités par l’ajustement des paramètres de stimulation. C'est l'un des avantages majeurs de la SCP comparativement aux lésions car elle est modulable et réversible. Comme nous le verrons en détails dans les parties suivantes, les effets indésirables de la SCP intéressent principalement les fonctions exécutives et notamment l’inhibition mais également les processus émotionnels. Ces effets adverses trouvent une explication (partielle) dans l'organisation anatomo-fonctionnelle des structures cérébrales le plus fréquemment ciblées par la SCP, les NGC. Ces derniers sont impliqués dans des réseaux très complexes sur le plan anatomique et fonctionnel qui sous-tendent la motricité mais également la cognition et les émotions. Cependant, il est important de noter que les effets rapportés à l'échelle d'un groupe sont assez différents à l'échelle individuelle et nous observons des patterns tout à fait hétérogènes lorsque nous suivons les patients individuellement. En effet, cliniquement, nous observons en postopératoire des patients qui ne présentent aucune modification de la cognition, de l'humeur ou des émotions alors que d'autres individus présentent des modifications majeures et invalidantes dans ces différents domaines. Ainsi, il semble qu'une diversité de facteurs (en plus de la connectivité anatomo-fonctionnelle des NGC), restent à identifier pour rendre compte du devenir postopératoire. Sur le plan technique et médical, la trajectoire empruntée lors de la descente des électrodes, les paramètres de stimulation, la localisation des contacts actifs au sein de la structure cible, ou encore les modifications du traitement médicamenteux après la chirurgie sont des facteurs cruciaux. A cela semble s’ajouter des facteurs cognitivo-comportementaux, psychologiques mais également environnementaux. Ainsi l'hétérogénéité des troubles cognitifs préopératoires, la cooccurrence de symptômes différents au sein d'une même catégorie diagnostique, la 9 personnalité ou encore les attentes des patients et leurs familles vis-à-vis de la chirurgie sont autant de facteurs qui semblent impacter de manière différentielle sur le devenir postopératoire. A ce jour, et comme nous le décrirons dans cet article, des études commencent à être mises en place afin d'identifier les facteurs préopératoires permettant de détecter les patients "à risque" de développer des effets secondaires indésirables postopératoires. Dans ce contexte, le neuropsychologue clinicien doit donc prendre en compte ces différents facteurs, niveaux et domaines d'investigations afin d'optimiser la prise en charge neuropsychologique des patients bénéficiant d'une SCP. Prise en charge neuropsychologique des patients bénéficiant d'une SCP : facteurs à prendre en considérations, enjeux et objectifs Les travaux récents mettent en évidence le caractère plurifactoriel et de causalité non-linéaire des effets secondaires de la SCP ; le bilan neuropsychologique devrait ainsi prendre en compte des facteurs multiples au niveau neuronal, cognitivo-comportemental, mais également psychologique et environnemental. Niveau neuronal : organisation anatomo-fonctionnelle des noyaux gris centraux Comme brièvement exposé précédemment, le principe de la SCP est de moduler, par une stimulation électrique, le fonctionnement des circuits cérébraux impliqués dans les symptomatologies des pathologies ainsi traitées ; les cibles chirurgicales principales étant les NGC. Les NGC sont constitués par des noyaux pairs, interconnectés au niveau télencéphalique et diencéphalique. Ils comprennent le striatum composé du noyau caudé et du putamen, le pallidum (composé du globus pallidus externe : GPe, et interne : GPi), le NST et la substance noire ou locus niger (divisée en pars compacta : SNpc et reticulata : SNr). 10 Sur la base du « modèle classique » proposé par Alexander et al. [7], les NGC sont impliqués dans cinq circuits parallèles. Chaque circuit aurait pour origine le cortex cérébral puis relierait certains NGC et le thalamus pour se terminer sur le cortex cérébral d’origine réalisant ainsi un circuit fermé en ‘boucle’. Chaque circuit a une spécificité fonctionnelle à savoir motrice, oculomotrice, associative et limbique. Par la suite, Albin [8] a proposé d'intégrer au modèle d'Alexander l’existence de deux voies distinctes, directe et indirecte, reliant le striatum aux structures de sortie GPi/SNr (Albin et al., 1989). La voie directe projette du striatum aux noyaux de sortie des NGC sans relais, la voie indirecte comporte une projection intermédiaire du striatum vers le GPe, et du GPe vers les structures de sortie GPi/SNr via le NST. Ce modèle postule que l’exécution motrice résulte d’une opposition entre la voie directe et la voie indirecte. L’équilibre entre les deux voies est maintenu par l’intermédiaire du contrôle dopaminergique « excitateur » sur la voie directe et « inhibiteur » sur la voie indirecte. Il est désormais acquis qu'en plus de ces deux principales voies reliant le cortex aux structures de sortie des NGC, nous devions ajouter une troisième voie trans-subthalamique directe dite « voie hyperdirecte ». Cette voie aurait un rôle inhibiteur hyperdirect en permettant au NST d'inhiber le cortex préfrontal lorsque le contexte nécessite un arrêt rapide de l'action en cours en vue d'ajuster le comportement aux contingences environnementales [e.g., 9 ]. Du point de vue anatomique, les NGC sont donc interconnectés par un réseau dense de voies afférentes et efférentes, excitatrices ou inhibitrices, leur conférant une fonction complexe au sein d’activités cérébrales variées. On considère également que chacune de ces structures sous-corticales possède une partie sensori-motrice au sein de laquelle existe une organisation somatotopique, une partie associative et une partie limbique. Sur la base des travaux décrivant les effets moteurs et non-moteurs de la SCP, des modèles récents ont été proposés suggérant que ces structures et notamment le plus petit, le NST aurait 11 pour fonction spécifique d'intégrer ces différentes "modalités" du comportement humain rendant d'autant plus difficile la tâche de cibler spécifiquement un réseau par rapport à un autre en fonction des pathologies traitées, et ce, bien que la SCP soit une technique extrêmement focale [10]. Implications pour le bilan neuropsychologique Ainsi les objectif du bilan neuropsychologique et le choix des outils d’évaluation doivent en premier lieu prendre compte l’organisation anatomo-fonctionnelle des NGC. Le bilan neuropsychologique devrait donc investiguer les fonctions cognitives et émotionnelles tout en considérant les aspects sensori-moteurs et leur impact sur les processus cognitifs de plus hauts-niveaux (nous y revenons en détails dans la partie suivante). Cette organisation nous rappelle, plus théoriquement, qu'action, cognition et émotion sont intimement mêlées et que l'évaluation neuropsychologique ainsi que la psychoéducation faite auprès du patient et son entourage doivent prendre en compte cet aspect fonctionnel des circuits affectés par la pathologie dont ils souffrent et qui seront modulés par la SCP. Niveau cognitivo-comportemental En 2006, Parsons et al. ont publié une méta-analyse sur les effets cognitifs de la SCP du NST dans la MP, incluant 28 cohortes (pour un total de 612 patients). Les résultats les plus remarquables concernaient un déclin modéré postopératoire des capacités de disponibilité lexicale (fluences verbales). L'analyse révélait un effet plus petit mais néanmoins significatif concernant le fonctionnement exécutif global et l'apprentissage en mémoire verbale [11]. Plus récemment, une autre méta-analyse intégrant 41 études pour un total de 1622 patients parkinsoniens [12] a montré, après la SCP du NST, un déclin léger des fonctions cognitives globales, de la vitesse de traitement, des capacités en mémoire épisodique verbale ou visuelle, de l'attention, et des fonctions exécutives. Le résultat le plus robuste concernait, à l'instar de la 12 méta-analyse de 2006, une baisse modérée des performances durant les tâches de fluences verbales. La SCP du GPi en revanche entrainait un déclin cognitif moindre comparativement à la SCP du NST (déficits attentionnels et de disponibilité lexicale légers). Concernant l'humeur, les résultats ont montré que les deux cibles (NST et GPi) n'entrainaient que des modulations très subtiles de la dépression. Il est regrettable cependant que l'apathie n'ait pas été inclue dans ces méta-analyses. En effet, c'est l’un des troubles comportementaux les plus fréquemment observés en postopératoire chez les patients parkinsoniens [pour une revue en anglais, voir 10, pour une revue en français, voir 13] même s’il reste discuté de savoir si l’apparition de cette apathie est liée aux modifications du traitement médicamenteux, à la SCP per se, ou bien encore à une interaction de ces facteurs. Concernant les aspects affectifs, toutes les études ayant investigué les conséquences affectives de la SCP du NST retrouvent des modifications des processus émotionnels liées à cette chirurgie. Ces effets touchent plusieurs composantes émotionnelles associant, l’expression motrice, le sentiment subjectif et l’excitation physiologique, quelle que soit la valence (positive ou négative) et la modalité sensorielle (visuelle ou auditive) [pour une revue en anglais, voir 10, pour une revue en français, voir 13]. Plus précisément, des travaux utilisant des méthodologies suffisamment sensibles (par exemple, des échelles continues au lieu de choix catégoriels) ont permis de mettre en évidence une augmentation du « bruit » lors de jugements émotionnels se traduisant par une augmentation des mauvaises attributions plutôt qu’un défaut de reconnaissance de l’émotion cible per se. Par exemple, les patients reconnaissent bien l’émotion de peur en postopératoire mais, s’ils ont la possibilité de coter des échelles non-cibles pour ce même stimulus de peur, ils vont ajouter de l’intensité sur des échelles non pertinentes telles que la joie par exemple. Un certain nombre d'arguments, à la fois issus des recherches animales mais également humaines, plaident en faveur d'un rôle spécifique du NST dans le contrôle inhibiteur (via notamment la voie hyper-directe le reliant 13 au cortex préfrontal) expliquant la constellation de difficultés comportementales, cognitives et émotionnelles en lien avec l’inhibition [e.g., 9 ]. Cependant, d'autres facteurs sont à prendre en compte dans le cadre de l'évaluation cognitivocomportementale des patients bénéficiant d'une SCP. On recense notamment le traitement médicamenteux (puisque la SCP entraîne une modification du traitement en période postopératoire), l'évolution naturelle de la maladie pour le cas des maladies dégénératives, mais également l'impact des processus sensori-moteurs de bas niveaux sur les processus de plus hauts niveaux. En effet, par exemple, des travaux récents ont exploré l’impact des processus auditifs de bas niveaux (traitement des paramètres acoustiques) sur les modifications de performances de reconnaissance de la prosodie émotionnelle post SCP du NST auprès d’une cohorte de patients parkinsoniens [14]. Ces travaux ont permis de retrouver qu’une part de la variance était effectivement expliquée par certains paramètres acoustiques tels que la fréquence fondamentale ou l’énergie, suggérant que le traitement inadéquat de ces informations auditives de bas niveaux expliquait partiellement les difficultés postopératoires de reconnaissance de la prosodie émotionnelle. Des études de ce type restent à être menées dans le domaine visuel, mais des résultats chez l’animal ont d’ores et déjà montré que le NST répondait à des stimuli visuels à une latence très courte [15]. Finalement, comme énoncé précédemment, la présence de troubles cognitifs et affectifs postopératoire n’est pas homogène ; alors que certains individus ne présentent aucun effet secondaires dans ces domaines, d’autres peuvent développer des troubles majeurs et invalidants. Des travaux très intéressants commencent à voir le jour afin d’identifier les facteurs de vulnérabilité préopératoires prédictifs d’un déclin postopératoire. Une étude de ce type a été menée dans le domaine de l'apathie associant des mesures comportementales à des corrélations cognitivo-métaboliques [16]. Les résultats de cette étude ont révélé, que bien qu'aucune variable sociodémographique ou clinique n'était prédictive de l'augmentation de 14 l'apathie postopératoire, cette dernière était significativement associée à une réduction préopératoire du métabolisme glucidique cérébral au sein du striatum ventral droit. Ces résultats sont particulièrement intéressants et informatifs, et des travaux de ce type restent à être menés pour les aspects cognitifs et émotionnels. Implications pour le bilan neuropsychologique Le bilan neuropsychologique a des buts différents en fonction de la phase de prise en charge : pré- ou postopératoire et doit prendre en compte un certain nombre de facteurs ayant un impact potentiel sur les performances cognitives. En préopératoire, le bilan neuropsychologique d’inclusion comprend généralement des échelles composites telles que l’échelle de démence de Mattis ou le Montreal Cognitive Assessment (MoCA, http://www.mocatest.org/) qui ont l’avantage, contrairement au Mini Mental State Evaluation d’évaluer les fonctions sous-cortico-frontales telles que les fonctions exécutives et les processus de récupération en mémoire épisodique verbale à long terme. Il comprend également généralement des tests exécutifs spécifiques pour lesquels il convient de porter une attention particulière sur les capacités d’inhibition surtout si la cible potentielle est le NST. Il peut ainsi s’avérer utile d’explorer les capacités de conceptualisation (version modifiée du Wisconsin Card Sorting Test, WCST), de flexibilité mentale (Trail Making Test), de disponibilité lexicale avec les fluences verbales lexicales et catégorielles mais également de verbes d’action. Au vu des données récentes de la littérature concernant le rôle des NGC dans les processus émotionnels, il s’agit également d’investiguer ces processus notamment via la reconnaissance des expressions faciales et vocales. Au préalable il importe de s’assurer de l’absence de troubles perceptifs de bas niveaux, comme l’absence d’une prosopagnosie aperceptive (e.g., test de reconnaissance faciale de Benton), de troubles auditifs (audiogramme), ou encore l’absence de trouble des gnosies auditives (e.g., Protocole d’Evaluation des Gnosies Auditives. La présence de troubles cognitifs majeurs et notamment 15 de l’inhibition, mais également des fonctions émotionnelles en préopératoire sont des facteurs de mauvais pronostic de l’efficacité de la SCP car ils peuvent s’aggraver après la chirurgie. En postopératoire, il s'agit de suivre l'évolution du patient et l'orienter (ainsi que ses proches) vers les prises en charges spécifiques nécessaires à leurs besoins propres. Dans ce contexte, le suivi neuropsychologique consistera à réaliser des évaluations comparatives en utilisant les mêmes outils qu’en préopératoire. Cependant, comme dans le cas de tout suivi longitudinal, il est important de contrôler le phénomène d’apprentissage de la situation ‘test-retest’. Certains tests ne permettent pas l’utilisation de formes parallèles (le WCST par exemple) et sont très sensibles à ce phénomène. Le recours à une méthodologie utilisant le contrebalancement entre deux versions parallèles se justifie pour pallier au biais de l’effet ‘test-retest’. De plus, il s’agira également de contrôler les variables secondaires susceptibles d’influencer les performances cognitives telles que le traitement médicamenteux, et/ou les processus sensoriels de bas niveaux. Il est ainsi possible d’intégrer ces paramètres en tant que régresseurs dans les analyses effectuées sur les variables comportementales et/ou physiologiques. Niveau psychologique : prise en compte de la personnalité et de l'humeur Alors que la SCP a généralement soulevé des questions sur l'autonomie et la responsabilité, la recherche récente indique que nous devons commencer à prendre en compte également des questions relatives au sentiment d'authenticité, d'aliénation des patients, et donc à l'identité personnelle c'est-à-dire l'expérience psychologique de continuité, de persistance dans le temps du sentiment d'être la même personne [17]. A ce jour, peu d'études contrôlées ont étudié l'impact de la SCP sur la personnalité ou l'impact de la "personnalité préopératoire" sur le devenir postopératoire. Plusieurs études de cas suggèrent que la SCP peut, chez certains patients, modifier des états mentaux critiques pour la personnalité, à tel point que cela puisse en affecter l'identité personnelle. Pham et al. [18] ont évalué 40 patients parkinsoniens avant 16 et après la chirurgie. Les résultats ont montré que malgré l'amélioration motrice et la réduction du traitement dopaminergique, les patients ont rapporté en postopératoire des scores plus bas sur les échelles « Persévérance » et « Dépassement de Soi » de la Temperament and Character Inventory [TCI, pour la référence, voir 18], et des scores plus élevés sur l'échelle « Manque de Préméditation » de l'Urgency, Premeditation, Perseverance, Sensation Seeking impulsive behaviour scale [UPPS, pour la référence, voir 18]. Les conjoints, quant à eux, ont rapporté une augmentation significative sur l'échelle « Manque de Préméditation » de l'UPPS. L'augmentation de l'impulsivité semble donc être une des dimensions les plus modulées par la SCP du NST. Cette donnée n'est pas étonnante si l'on s'en réfère à l'organisation anatomofonctionnelle des NGC décrite plus haut et le rôle fonctionnel supposé du NST dans les processus inhibiteurs, notamment via la voie hyperdirecte. De manière très intéressante, Lewis et al. [19] ont investigué les modifications de personnalité et d'humeur subjectivement perçues par le patient et le conjoint. Dans cette étude prospective, la personnalité et l'humeur ont été évaluées grâce à des entretiens semi-structurés auprès de 27 patients parkinsoniens avant la chirurgie et 1 an après. Les modifications de la personnalité étaient perçues par 6 des 27 patients (22%) et par 10 des 23 aidants interrogés (44%). Les traits hypomanes préopératoires ont été retrouvés comme un facteur prédictif des modifications de personnalité perçues par les patients. Concernant l'humeur, sur 21 patients, 12 (57%) décrivaient des modifications de l'humeur dans le sens positif alors que les effets négatifs étaient plutôt reliés à une augmentation de l'anxiété et l'apathie. Sans remettre en cause l'utilité de la SCP comme une option de traitement pour différentes conditions réfractaires graves, le potentiel de perturbation du sentiment de "continuité psychologique" et l'apparition de troubles du comportement SCP-induits soulèvent un certain nombre de questions sur le plan de la prise en charge psychothérapeutique mais également sur le plan éthique et juridique. Notons que ces questions ne sont pas spécifiques à la SCP mais 17 sont globalement similaires dans le contexte de modifications de la personnalité ou du comportement après prise de traitement pharmacologique, comme les troubles liés au syndrome d'hyperdopaminergie. Ce dernier peut entrainer par exemple, une hypersexualité, ou encore une addiction aux jeux d’argent qui reflèteraient l’hypofonctionnement dopaminergique et « d’hyperdopaminergie » lié à une sur-stimulation dopaminergique et qu'il s'agit donc également d'évaluer. Implications pour le bilan neuropsychologique L’état psychologique général du patient, sa personnalité et les éventuels comportements hyperdopaminergiques pour les pathologies concernées doivent donc être pris en compte lors du bilan neuropsychologique. Dans le cadre des consultations multidisciplinaires inhérentes à la prise en charge des patients neurostimulés, les patients bénéficient systématiquement d'une consultation psychiatrique ayant pour but d’écarter un trouble psychiatrique grave ou un risque élevé de suicide. Ainsi le neuropsychologue peut utiliser ces évaluations pour cibler les objectifs et éclairer les résultats de son bilan neuropsychologique. Cependant, en fonction des centres, l'évaluation de l'apathie, la dépression, les comportements hyperdopaminergiques ou encore la personnalité peuvent revenir au neuropsychologue. Concernant l'apathie, l'Apathy Evaluation Scale (AES) [20] est couramment utilisée car sa validité et sa sensibilité ont été clairement établies dans ce cadre. Une version abrégée de l'Apathy Scale (AS) a été proposée par Starkstein et al. [21]. L'Inventaire Apathie (IA) [22] présente l’intérêt de permettre à la fois une cotation globale de l'apathie et une cotation séparée de 3 manifestations apathiques : l'émoussement affectif, le manque d'initiative et la perte d'intérêt. En plus de la version basée sur l'interview semi-structuré de l'aidant, l'IA propose une version sous forme d'un auto-questionnaire, permettant de confronter l'avis du patient et de ses proches. Finalement, la Lille Apathy Rating Scale (LARS) [23] se présente sous la forme d'un entretien structuré destiné au patient comportant 4 dimensions (la curiosité 18 intellectuelle, l'initiation de l'action, l'émotion et l'autocritique) permettant de définir des profils d'apathie [24]. Cette échelle a l’intérêt de présenter des qualités psychométriques (validité interne, validité externe, fidélité inter-examinateurs et fidélité ‘test-retest’) satisfaisantes, ainsi que d’avoir a été validée auprès d’un échantillon conséquent de patients parkinsoniens. La dépression est généralement évaluée grâce à la Montgomery-Asberg Depression Rating Scale [MADRS, 25] qui présente l’intérêt d’investiguer les aspects cognitifs plutôt que somatiques ce qui limite les facteurs confondants notamment dans la maladie de Parkinson. Concernant les comportements hyper/hypo-dopaminergiques, l'échelle de Ardouin et al. [26] est spécifiquement adaptée à la maladie de Parkinson, et permet d’évaluer les troubles psychiques et comportementaux aigus liés aux fluctuations hyper- ou hypodopaminergiques accompagnent fréquemment les fluctuations motrices. Cette échelle est construite en 18 items, regroupés en quatre parties : évaluation psychique générale, apathie, fluctuations non motrices et comportements hyperdopaminergiques. L'évaluation de la personnalité reste encore très peu développée dans le contexte de la SCP et des méthodologies spécifiques devraient donc être validées afin d'intégrer cet aspect de manière plus systématique dans la prise en charge des patients neurostimulés. Concernant les outils standardisés, la revue de littérature permet de retrouver l'utilisation des échelles suivantes auprès des patients neurostimulés : la TCI, l'UPPS, et le questionnaire de personnalité de Eysenck [27]. En plus des outils structurés standardisés et semi-structurés, il peut être important de recueillir auprès du patient un récit de son parcours de vie antérieure, de manière à repérer dans ce récit quels ont été les éléments marquants, structurants qui peuvent orienter vers une idée de la personnalité, telle qu'elle peut être perçue au travers de ses choix de vie, de l'orientation qu'il a donné à son existence, et des motivations qui s'y rattachent. Sur le plan de la démarche diagnostique en pratique clinique, les publications 19 mettant en avant les bénéfices d’une intégration de données neuropsychologiques et d’évaluation de la personnalité sont de plus en plus nombreuses. Cependant, la manière dont ces deux types de données peuvent être intégrés d’un point de vue théorique, comme pratique, n’est pas claire, et à notre connaissance, aucun modèle n’a encore été proposé. Il est important de noter qu’en neuropsychologie, l’abord du concept de personnalité et les méthodes utilisées pour aborder cette dimension du fonctionnement psychologique varient considérablement selon les études et sa définition est loin d’être univoque. Niveau environnemental : prise en compte du tissu social et de la place de l'aidant Les conjoints jouent un rôle essentiel dans la prise en charge des patients candidats ou ayant bénéficié d'une SCP. Dans le cas de la maladie de Parkinson par exemple, les fluctuations et l'intensité des symptômes varient souvent en fonction de l'état psychologique et affectif, et réciproquement. En plus de l'aide qu'il offre pour les gestes de la vie quotidienne, le conjoint est ainsi en mesure de donner un soutien moral et affectif d'une très grande importance. L'accompagnement au quotidien exige du conjoint qu'il comprenne les symptômes de la maladie, et en ce sens un travail de psychoéducation par le clinicien auprès de l'entourage est tout aussi crucial que celui réalisé auprès du patient. Par exemple, l'aspect fluctuant des manifestations motrices ou cognitives dans la maladie de Parkinson peut avoir des airs de "caprices" et doit donc être parfaitement assimilé et compris par le conjoint. Par ailleurs, les troubles de l'expression et de la reconnaissance des émotions, mais également du sentiment subjectif ou de la cognition sociale [pour une revue en anglais, voir 10, pour une revue en français, voir 13], rapportés au cours de l'évolution de la maladie mais également en postopératoire, peuvent entrainer des troubles de la communication. Un autre facteur à prendre en compte et qui mériterait d'être étudié de manière contrôlée concerne l'éventuel décalage de perception des troubles (cognitifs mais également comportementaux) entre le patient et la famille. Dans un contexte clinique différent, il a été 20 démontré que la détresse des familles face à la survenue d'un traumatisme crânien augmentait en présence d'une telle distorsion [28]. Il s'avère donc pertinent sur le plan clinique d'attirer l'attention des aidants sur ce point. D'un point de vue scientifique il s'avérerait très utile d'étudier ces aspects dans le contexte de la SCP étant donné que nous avons vu précédemment que les éventuels changements de personnalité et d'humeur sont perçus différemment par l'aidant ou le patient [19]. Finalement, dans le contexte de la prise en charge thérapeutique de patients présentant des lésions cérébrales, la dépression des proches est plus fréquente en cas d'apathie, de rigidité comportementale, de lenteur, ou encore de manque de contrôle [29]. Des études contrôlées devraient explorer ces liens dans le cadre de la SCP mais il peut être intéressant de garder en mémoire ces aspects lors des entretiens avec les aidants. Implications pour le bilan neuropsychologique Il apparait clair que la prise en charge pré et postopératoire devrait être adaptée aux besoins propres des patients et des aidants. Une évaluation préopératoire plus individualisée et une préparation avec les patients et les soignants des éventuelles conséquences de la SCP, ainsi que le soutien et les conseils postopératoires, devraient être utiles pour faire face à ces changements subjectivement perçus. Il paraît également important de pouvoir orienter vers un psychothérapeute qui pourrait notamment porter un regard sur les conséquences du trouble du comportement et de la personnalité sur la famille, mais aussi sur la dynamique en cours dans la famille qui peut avoir un impact sur les troubles du comportement. Dans le contexte de la prise en charge thérapeutique de patients présentant des lésions cérébrales, des propositions de prise en charge par approche neurosystémique voient actuellement le jour. Ce type d'approche suggère notamment que si « l'appartenance [au groupe familial] fonde l'identité, l'identité fonde aussi l'appartenance, [et qu'il existerait] entre ces entités une récursivité qui se traduit pour chacun 21 des membres en termes de liens, et en termes de co-construction de l'évolution de ces liens dans le temps ». Ainsi, les tenants de cette approche suggèrent qu'un programme de soin des patients cérébrolésés ne peut avoir l'ambition d'aider à la reconstruction de l'identité, s'il ne s'articule pas avec un travail auprès du groupe familial. Cette hypothèse de travail semble pouvoir s'appliquer à la SCP et des travaux en psychologie clinique voient le jour actuellement dans ce domaine pour mieux étudier cette récursivité entre les symptômes du patient et la dynamique familiale dans le contexte d'un changement de vie aussi important que celui généré par la SCP. Conclusion De manière très intéressante, certains auteurs ont proposé que les manifestations cliniques postopératoires soient à considérer comme un processus d'adaptation psychosociale. Ce processus a été conceptualisé sous le nom de syndrome du « fardeau de la normalité » (« burden of normality » en anglais) [30]. Selon ces auteurs, ce syndrome comprend des caractéristiques psychologiques (e.g. des difficultés à accepter sa « nouvelle identité »), comportementale (e.g. le jeu pathologique), affective, et sociologique (e.g. une insatisfaction dans la relation de couple). Bien qu'il ait été conçu à l'origine dans le cadre de la chirurgie chez les patients épileptiques, ce modèle vise à être appliqué à d'autres cas cliniques remplissant trois conditions correspondant parfaitement au cas des patients bénéficiant d’une SCP : i) la présence d'une maladie chronique, ii) un sentiment d'incapacité, et iii) la possibilité de vivre une amélioration drastique de symptômes invalidants [30]. De surcroît, le rôle fonctionnel supposé des structures cibles de la SCP (et en particulier le NST) serait d’intégrer les capacités sensori-motrices, cognitives et émotionnelles. A l'image de cette fonction, la prise en charge neuropsychologique des patients bénéficiant d'une SCP devrait consister en une approche intégrative, prenant en compte le niveau neuronal et cognitivo-comportemental, 22 mais également psychologique et environnemental, dans une démarche individualisée, adaptée à chaque patient. 23 Références 1. Bally J, Luscher C, Berney A, et al., [Deep brain stimulation: new targets and new indications]. Rev Med Suisse 2015; 11: p. 977-80, 982. 2. Kohl S, Schonherr DM, Luigjes J, et al., Deep brain stimulation for treatmentrefractory obsessive compulsive disorder: a systematic review. BMC Psychiatry 2014; 14: p. 214. 3. Lipsman N, Woodside DB, Giacobbe P, et al., Subcallosal cingulate deep brain stimulation for treatment-refractory anorexia nervosa: a phase 1 pilot trial. Lancet 2013; 381: p. 1361-70. 4. Fleury V, Vingerhoets F, Horvath J, et al., [Deep brain stimulation for movement disorders: indications, results and complications]. 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