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C. Lebedinsky pour Challenges Actualité à l’affiche Rencontre avec François Fillon, le 9 octobre, à Paris L’ex-Premier ministre prône à son tour la rupture Pour le candidat à la présidence de l’UMP, la France ne peut plus se contenter de réformes prudentes. Priorités de son programme : temps de travail et dépenses publiques. S es petits 10 % de soutien des Français en vue de la primaire à droite ne l’intimident pas. Le jugement sans appel de Nicolas Sarkozy à son endroit (« Depuis que Fillon est de venu libéral, il est mort ») le stimule plutôt. Les options consensuelles d’Alain Juppé, plébiscitées par l’opinion, sont, selon lui, exactement à l’opposé de ce qu’il faut proposer : « Je le sais, je l’ai fait pendant des années : ce projet de réforme pru dent, c’est de la vieille méthode. Maintenant, il y a le feu ! » « Bastilles à faire tomber » Car François Fillon a choisi la rupture pour endiguer « le décrochage français ». Il accepte volontiers « qu’on lui fasse porter une tunique de Cassandre ». Même si son regard reste étonnamment placide dans son bureau de l’Assemblée nationale, sous l’œil complice de son mentor Philippe Séguin, celui qui était il y a quelques années encore étiqueté gaulliste social juge que la Making of La photo a été prise le 9 octobre, à 11 heures, dans le bureau de François Fillon à l’Assemblée nationale. Après l’entretien, le candidat Fillon attire notre attention sur le manuscrit original d’un discours de Winston Churchill qui lui a été offert par David Cameron. « Ce qui me frappe c’est le nombre de ratures qui prouvent que Churchill retravaillait beaucoup ses textes. » 20 CHALLENGES N°405 - 16 OCTOBRE 2014 France n’a plus le temps pour les thérapies douces. « Il faut des ré formes puissantes et rapides qui changent le regard des Français sur leur pays et celui des étrangers sur l’économie française. Il y a des bas tilles à faire tomber », assure-t-il, se désolant au passage de la remarque d’un grand investisseur chinois qui résumait la France en deux chiffres : 35 et 75, les 35 heures et la taxe à 75 % sur les hauts revenus. Première bastille, les 35 heures. En juin, il avait déjà annoncé sa volonté de les supprimer dans les entrepri ses privées. Il y a quelques semaines, il a défendu le retour à la semaine de 39 heures dans la fonction publique. Payées 35 ? « Ni 39 heures payées 35, ni 39 payées 39, mais en impo sant les 39 heures aux fonctionnai res, cela redeviendra la norme. » Car l’ancien Premier ministre, l’air de rien, ses petites lunettes rondes à la main, décoche une autre mesurechoc : « On supprime la durée lé gale du travail, et on laisse chaque entreprise négocier. » La hausse du temps de travail dans les administrations lui permet au passage de supprimer 600 000 postes de fonctionnaires et de tailler dans la dépense publique, sa deuxième bastille. En avançant un plan de 110 milliards d’économies sur cinq ans le 1er octobre, il a pris de court ses deux rivaux et lancé une étonnante course à l’échalote. Alain Juppé a promis 100 milliards, et Nicolas Sarkozy une règle constitutionnelle maintenant les dépenses publiques sous la barre des 50 % de la richesse nationale, soit un effort de quelque 140 milliards à consentir. Etre le premier sur le terrain des idées ne doit pas déplaire à cet adepte de courses d’automobiles qui montre volontiers à ses visiteurs le volant de Ferrari F60 qu’il conserve précieusement sous verre. Quand on lui rappelle que sa réforme de l’Etat – la fameuse RGPP – n’a permis d’économiser que 12 milliards quand il était à Matignon, il répond que 20 % de son programme d’économies repose sur le report de Sarkozy est prévenu Deux ans et demi après son départ de Matignon, l’ancien Premier ministre ne fait plus mystère de ses accrochages passés avec l’ex-président de la République. En août 2011, face au dérapage des comptes publics et au risque de dégradation de la France par les agences de notation, il avait plaidé pour une augmentation générale du temps de travail hebdomadaire d’une heure de tous les Français durant deux ans. La proposition avait été rejetée à la dernière minute par Nicolas Sarkozy au profit d’une accélération de la réforme des retraites. « On a manqué une occasion d’améliorer la compétitivité », soupire-t-il avant de qualifier de « faute » les hausses de la fiscalité sur les plus-values décidées dans la foulée. Le 2 octobre, lorsque les deux hom mes se sont revus, l’ex-Premier ministre a usé d’une métaphore cycliste pour convaincre Nicolas Sarkozy qu’il serait candidat jusqu’au bout. « Je lui ai dit que si on montait les cols, ce serait côte à côte », confie-t-il. La course est lancée. Laurent Fargues ans quasiment jour pour jour, et intitulé « Une crise totale ». Il y détaillait déjà les crises géopolitique, énergétique et financière… A Blois, il a présenté une dizaine de crises au total. Façon toute personnelle de fêter ses quarante ans d’enseignement. David met un pied dans le whisky Le Soulages de Frédéric rend Daniel nostalgique… Pour fêter les 150 ans de la Société générale, le patron Frédéric Oudéa n’avait pas sorti l’argenterie, mais les plus belles pièces de la collection d’art contemporain de la banque. Marc Viénot, le PDG (1986-1997) qui avait fait les premiers achats, était bien entendu parmi les invités, tout comme Daniel Bouton (1997-2008), qui prenait des photos des nouvelles acquisitions. Non sans jeter un regard nostalgique au Soulages (14 mai 1958, photo) qu’il a gardé dix années durant dans son bureau, et dont il fait semblant de dire qu’en être privé fut le plus douloureux dans sa séparation d’avec la Générale… … et la sculpture d’Othoniel éclipse le mécénat de Laurent Mais la vedette de la soirée, qui trônait à l’entrée, était sans conteste la flamboyante sculpture que la Société générale a commandée à Jean-Michel Othoniel (Le Nœud grec) pour sa nouvelle tour Basalte, qui regroupe les équipes des banques de financement et d’investissement. De quoi rendre jaloux Laurent Mignon, le patron de Natixis, la banque de marché de la BPCE qui, le même soir, dans la même aile du Grand Palais, avait convié ses invités à une visite privée dans le décor zen et discret de l’exposition Hokusai, dont elle est mécène. Deux ambiances, deux manières de célébrer la finance ? L’ancien footballeur David Beckham, qui a été l’égérie de H&M, Adidas, Gillette, Marks and Spencer, Emporio Armani… lance maintenant, à Edimbourg, sa marque de whisky, Haig Club. Il s’est associé au leader mondial des spiritueux Diageo et au producteur britannique de télévision Simon Fuller pour créer son élixir, vendu plus de 60 euros les 70 centilitres dans un flacon bleu nuit qui rappelle les codes du monde du parfum. Il vise en priorité les marchés asiatiques, mais il compte aussi conquérir la France (avec modération), où son aura n’a pas faibli. Même anobli, Michael préfère éviter Buckingham Le 6 octobre, la reine d’Angleterre a anobli Michael Bloomberg pour le récompenser de ses œuvres philanthropiques. Le patron de Reuters et ancien maire de New York s’est dit « profondément honoré », mais il ne viendra pas à Buckingham recevoir son titre. Selon The Telegraph « cela lui évitera, ainsi qu’à la Reine, un moment embarrassant ». C’est à lui en effet que le mois dernier David Cameron avait confié dans un aparté enregistré en catimini que la souveraine avait « ronronné » de plaisir après le référendum écossais. Une expression qui avait choqué toute l’Angleterre. L’entreprise d’Elie connaît bien les crises Invité le 8 octobre des Rendez-vous de l’histoire à Blois pour y donner la leçon inaugurale d’économie, Elie Cohen, professeur au CNRS, avait choisi comme thème « La crise permanente ». Un clin d’œil à son premier cours, donné à Sciences-Po il y a… quarante 16 OCTOBRE 2014 - CHALLENGES N°405 21 Photos : ADGAP/Galerie Applicat-Prazan/Collection Société générale - Capture d’écran - C. Goodney/AFP l’âge de la retraite à 65 ans. Ce qui lui avait valu cette saillie de Nicolas Sarkozy, il y a un an, devant des élus UMP à Nice : « Promettre les 39 heures payées 35 et la retraite à 65 ans. Bon courage à celui qui veut se faire élire là-dessus ! » Mais Fillon tient bon. Il s’appuie sur une certitude : « Le prochain candi dat de la droite sera élu. Il faut donc que la droite soit suffisamment in telligente pour prendre le pro gramme le plus radical. » Qui n’est évidemment pas celui de Sarkozy… « Avec Nicolas, nous tirons des conclusions inverses de notre expé rience du pouvoir. Lui est convain cu que l’Etat et le président de la République doivent être extrême ment engagés dans l’économie, au point de choisir les modèles de Re nault et les usines où ils doivent être construits, réplique-t-il, en référence à l’intervention de l’ex-chef de l’Etat contre la délocalisation de sites de Renault en Turquie. Person nellement, j’estime qu’après trente ans de réglementations accumulées il faut redonner de la liberté pour créer de la richesse. »