Festival des mots libres 2014 Discours d`ouverture Vendredi 20 juin

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Festival des mots libres 2014 Discours d`ouverture Vendredi 20 juin
Festival des mots libres 2014
Discours d’ouverture
Vendredi 20 juin
Mesdames et Messieurs,
Mes chers collègues,
Monsieur Picouly,
Je voulais d'abord vous dire toute ma joie d'inaugurer aujourd’hui la 5ème édition du
Festival des Mots Libres.
Créer un rendez-vous autour des mots qui soit ludique, accessible à tous et en plein air,
c’est un véritable défi. Chaque année, c’est une aventure, et pas seulement en raison de
l’incertitude météo.
Les sceptiques rapportent la dépense d’énergie déployée pour aboutir à ce weekend au
fait que l’on ne peut jamais avoir la certitude qu’il sera fréquenté par le public.
Eh bien, je peux le dire aujourd’hui : cette énergie que nous consacrons aux mots pour la
faire mieux connaître, ce nombre d’heures passées à préparer le week-end qui commence
aujourd’hui, nous ne les regrettons absolument pas, parce que nous sommes convaincus
que les mots sont une composante importante de la culture et de l’éducation citoyenne.
Daniel Picouly, le parrain de cette édition, et qui est présent parmi nous ce soir, a écrit
dans un de ses romans : « les idées, c'est comme les gosses, il suffit pas de les avoir, il faut
les élever. »
Et c’est parce que nous en sommes convaincus, nous aussi, que nous consacrons autant
d’énergie à cette cause. Le nombre de personnes présentes ce soir et la joie que je lis sur
les visages sont les signes du succès. Je sens d’ores et déjà que tout le festival sera à
l’image de cette soirée : un moment de rencontre et d’échange, dans la convivialité et la
proximité.
Pour échanger, il faut que les spectateurs aient des interlocuteurs. Ils seront nombreux et
de très grande qualité à venir à votre rencontre ce weekend. J’ai vu que certains étaient
présents ce soir et je souhaite les remercier tous très chaleureusement.
Merci de venir partager votre amour pour les mots, de venir échanger sur votre métier
avec le public.
C’est là toute l’ambition de ce festival : faire se rencontrer autour des mots et de leurs
auteurs, les gens et les familles de Courbevoie pour partager un moment de convivialité,
tout simplement.
C’est comme cela que je vois ma fonction de Maire. En toutes occasions, je veux participer
à créer du lien dans notre ville. Du lien entre les quartiers, du lien entre les générations, du
lien entre les familles.
Autour d’une fête de paroisse ou d’une kermesse, d’un vernissage ou d’une foire
artisanale et gastronomique comme le weekend dernier avec les Bruyères Gourmandes,
tout doit être occasion à faire se rencontrer celles et ceux qui vivent dans notre ville et qui
la font vivre. Et quelle plus belle occasion qu’une rencontre autour des mots ?
Et je tiens ici à préciser une chose : nous aurions pu centrer cet événement sur un genre,
sur la BD, le roman ou la poésie, comme cela se fait habituellement. Mais c’est à dessein
que nous parlons de festival des mots. Nous avons décidé de laisser le rôle principal au
mot, car je crois que c’est à partir de cette unité très simple que se construisent les œuvres
les plus diverses et les plus grandes. Il faut revenir, je pense, à la simplicité du mot pour
faire naître des vocations de lecteurs, de chanteur, d’humoriste ou d’écrivain.
Vous le savez, la programmation de ce weekend sera très diverse. Je pourrais vous
raconter le programme par le menu. Mais ce menu est long et vous dormiriez avant même
que j’arrive à la description du dessert.
En revanche, je veux dire un mot sur les artistes invités ce weekend. Je dis « artiste » parce
qu’à vrai dire, chacun a sa spécialité : comédien, écrivain, humoriste, chanteur…
Au-delà de cette diversité de métiers, je crois qu’il y a tout de même une chose qui
rassemble tous ces personnages : ils aiment les mots, profondément. Et, qu’il s’agisse de
les lire, de les crier ou de les chanter, ils les font vivre. Un peu comme les hommes
politiques, finalement… mais rassurez-vous, je ne vais pas me mettre à chanter mon
discours. Vous pourriez m’en vouloir s’il se mettait à pleuvoir.
Ces artistes, disais-je, aiment les mots, et ils veulent partager cet amour avec vous.
Rassurez-vous, ils ne vous mettront pas de force un livre entre les mains, comme autrefois
on disait à un enfant turbulent : « Va lire dans ta chambre !». Non, ils vous inviteront
plutôt à) explorer l’univers créé par les mots. Je parle d’explorer parce que le simple fait
d’écouter leur voix ou leurs instruments de musique, de suivre l’histoire, c’est-à-dire, le
chemin tracé par les mots et les notes de musique, avec ses pauses, ses changements de
direction, ses mouvements nouveaux, plus rapides, menus ou mélancoliques, tout ce
voyage vous entraîne vers des perspectives inconnues. Et c’est ce voyage qui donne le goût
de la lecture.
C’est ce rapport aux mots, simple et intime, qui fait la marque de notre festival.
L’un des spectacles de ce weekend illustre à mes yeux à bien la philosophie de ce festival :
je veux parler du « Journal de ma nouvelle oreille », d’Isabelle Fruchart.
La comédienne nous raconte son histoire, celle d’une jeune femme atteinte de surdité qui
retrouve l’ouïe grâce à un appareillage numérique. Elle nous dit alors son plaisir de
réentendre les mots, de participer à une conversation, d’être dans le monde de nouveau.
Avec le festival des Mots Libres, c’est cet émerveillement que l’on veut reproduire. Il s’agit
de se réconcilier avec les mots, la lecture, avec l’audition attentive. Parce que je crois que
ce rapport n’est pas nécessairement naturel. Je pense qu’il tend à l’être de moins en
moins.
C’est un fait : l’omniprésence de l’image dans les sociétés contemporaines nous détourne
de plus en plus des mots. A trop voir, à trop regarder, on oublie l’intérêt de lire et
d’écouter.
Mais n’oublions pas ce qu’écrivait Roland Barthes : « Tout refus du langage est une mort ».
Je pense qu’il faut voir un avertissement, ou plutôt un conseil : n’oublions pas que le
premier intermédiaire entre les hommes, ce sont les mots : avec leur fonction politique,
éducative, sociale, ils sont intrinsèquement liés à la notion de société.
Je ne dis pas que l’image n’a rien à nous apporter : la photographie, le cinéma, sont de
formidables outils artistiques. Leur intérêt pédagogique est également indéniable. Mais,
sans mots, il n’y a pas d’échange possible, il n’y a pas de société. C’est ce que doivent
comprendre nos jeunes, eux qui feront la société de demain avec leurs propres mots.
Prêter attention aux mots, ce n’est pas se refermer sur soi-même, c’est au contraire
s’ouvrir. Prêter attention aux mots, ce n’est pas s’isoler, c’est partager. Prêter attention
aux mots, ce n’est pas s’aveugler sur la réalité, c’est ouvrir les yeux sur sa complexité.
C’est de ce plaisir-là dont il s’agira tout le weekend : écouter, lire et écrire, peut-être.
Mais je veux profiter de la présence parmi nous d’un écrivain de renom, Daniel Picouly,
pour insister sur un point : la lecture.
Soyons réalistes : les enfants lisent très peu et de moins en moins. Au fur et à mesure de
leur avancée en âge, nous le constatons, ils se détournent des lieux et des supports de
lecture. Cela aboutit à un résultat que je peux résumer en un chiffre : seulement 9% des
adolescents de 17 ans déclarent lire dans un livre tous les jours !
Pire, pour beaucoup d’enfants et d’adolescents, la lecture est d’abord vue comme un
devoir.
Ce festival ludique, je le vois précisément comme une façon de tordre le cou à l’obligation
de la lecture. Il faut redécouvrir la curiosité pour les mots, l’intimité avec le langage, pour
retrouver le bonheur de la lecture.
C’est pourquoi, lorsque l’on parle de politique de la jeunesse, il ne faut pas, si j’ose dire, se
payer de mots.
Dans un de ses romans, Daniel Picouly a écrit, avec l’ironie que nous lui connaissons :
« lecture pour tous, c'est comme le Général de Gaulle, on ne comprend pas tout, mais on
sent que c'est pour notre bien ».
Pas plus que lui, je ne comprends l’idée de « culture pour tous », d’« art pour tous », ou de
« lecture pour tous », ces notions creuses que les penseurs de la culture nous assènent
depuis des années.
Il y a d’ailleurs quelque chose de fascinant dans ces rapports que l’on écrit pour vanter les
mérites de la lecture : c’est que, précisément, personne ne les lit...c’est un comble, vous en
conviendrez avec moi !
La phrase de Daniel Picouly, venant d’un amoureux des livres, dit bien la désillusion que
nous connaissons aujourd’hui, vingt ans après la loi Lang sur le livre et la démocratisation
de l’école et de l’université.
La fréquentation du livre est certes devenue plus forte, mais, dans le même temps, le livre
s’évalué et banalisé de façon extraordinaire.
Et la plus grande accessibilité du livre ne doit pas faire oublier que beaucoup, aujourd’hui,
ne lisent pas.
C’est pourquoi j'ai fait de l'accès à l'art et à la culture en général, et de l’accès aux livres en
particulier, des axes prioritaires de mon mandat.
Ainsi, ce festival s’inscrit dans l’action globale qui est la nôtre en faveur de la culture.
Cette action se concrétise d’abord à travers les divers équipements que nous mettons à la
disposition des Courbevoisiens :
- 4 bibliothèques
- l’Espace Carpeaux
- le Conservatoire municipal de musique
- le Centre Culturel et ses 5 annexes
- le cinéma Abel-Gance
- le musée Roybet Fould.
Par ailleurs, je tiens à signaler plusieurs initiatives, parmi d’autres, qui ont permis
d’améliorer notre offre dans les bibliothèques au cours des derniers mois :
- Le prêt numérique en bibliothèque est en phase d’expérimentation et nous aurons
bientôt une des premières bibliothèques de France à pouvoir proposer ce service à ses
lecteurs.
- Nous avons acquis 10 000 documents, dont 500 DVD, pour un fonds de plus de 160 000
documents et 350 abonnements à des revues et quotidiens ;
- 12 liseuses numériques sont disponibles pour le prêt dans toutes les bibliothèques de la
Ville ;
- le catalogue en ligne a été amélioré;
- Les collections en libre accès ont été réorganisées pour une meilleure visibilité des fonds
proposés.
- enfin, les plages horaires ont été étendues, pour élargir, encore une fois, l’accès.
Et puis, il y a toujours les animations destinées à tous les publics : pour les enfants, les
heures du conte des bibliothécaires chaque semaine ;
pour les adultes, les ateliers Philo, des cycles de conférences grand public sur des sujets
variés (Les jardins en 2013, le cinéma en 2014, l’Europe de l’Est en 2015) ;
chaque automne, des animations tous publics et dans toutes les bibliothèques autour d’un
pays ou d’une époque (l’Inde en 2013, 14-18 cette année), avec ateliers culinaires,
conteurs professionnels ;
et enfin la participation à la manifestation départementale « La Science se livre » et à la
manifestation nationale « Le Printemps des poètes ».
J’en profite d’ailleurs pour remercier très chaleureusement Jean-Claude HANOL, Directeur
des bibliothèques, et l’ensemble de son personnel.
D’abord, pour le travail effectué tout au long de l’année en faveur du livre et de la lecture.
Et bien sûr pour l’implication qui est la vôtre dans ce festival.
Le succès de cet événement (5000 personnes sont venues l’an dernier) me conforte dans
une conviction ancienne. La politique de la jeunesse doit être mise en œuvre par des
actions concrètes en faveur de l’art et de la culture, pour que chaque enfant puisse avoir
l'opportunité d'entrer en contact avec les artistes et les œuvres.
J'ai en effet la conviction, conviction largement partagée je crois, que la rencontre vivante
et intelligente avec l'art permet la construction de la personnalité, l'ouverture de
l'imaginaire et la réconciliation avec le goût et le désir d'apprendre.
Je l’ai constaté encore récemment à Courbevoie. Comme vous le savez peut-être, le
Pavillon des Indes, situé dans le parc de Bécon, a été restauré et converti pour partie en
résidence d’artiste. Sarah Derat, qui est la première artiste hébergée ici, a ouvert les
portes de son atelier à des écoliers de notre ville.
Eh bien, le résultat est édifiant : les enfants montrent une sensibilité, une aptitude à
comprendre la démarche artistique étonnantes, et je ne doute pas que des vocations
naîtront de ces rencontres.
C’est pour cela que les caractéristiques essentielles de notre Festival des Mots Libres sont
l’accès libre et la gratuité.
C’est, je crois, une manière de lutter contre l’une des plus grandes injustices et l’une des
plus grandes misères qui soient.
Je veux parler de la misère culturelle, de l’injustice qui empêche certains d’avoir accès non
seulement à la lecture, mais à tous les arts en général.
Cette inégalité est à mes yeux, et je pèse mes mots, une catastrophe. Non seulement parce
qu’un enfant qui ne lit pas court le risque de devenir un adulte désarmé ; mais aussi et
surtout parce qu’il se prive d’un bonheur qu’il n’imagine pas.
Et vous me permettrez, pour illustrer cette idée, de citer ici un écrivain que nous aurons
l’honneur d’accueillir demain, pour la représentation de sa pièce, « La conversation ». Je
veux parler de l’académicien Jean d’Ormesson, qui a dit un jour :
« C’est quand il y a quelque chose au-dessus de la vie que la vie est belle. »
Ce quelque chose, il nous le dira demain lui-même, c’est peut-être l’art.
*****
Qu’il me soit permis à présent de remercier tous les artistes, intervenants, animateurs,
auteurs, compagnies, associations qui vont se joindre à nous avec tout leur enthousiasme
pour que cette manifestation soit une fête, un moment de convivialité et d’intelligence
partagée.
Un très grand merci :
de nouveau, au réseau des bibliothèques de la Ville : Jean-Claude Hanol et tout
son personnel dont l’implication est indispensable pour la réussite de ce Festival
Aux auteurs qui seront présents pendant ce Festival : Anne Montange, Nathalie
Brissac, Sylvie de Malthuisieulx, Isabelle Simler, Isabelle Fruchart, Jean d’Ormesson, et
Daniel Picouly.
-
A Jean Rossat, pour la préparation et l’animation des mots croisés géants
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à Jean Burtin, professeur de lettres, pour la dictée de dimanche
-
aux Maisons du VAL,
-
au centre culturel avec sa chorale et ses musiciens
-
au Musée Roybet Fould
-
au Conseil Municipal des Jeunes, et en particulier sa commission Culture
Je souhaite remercier et féliciter aussi l’ensemble de ceux qui ont travaillé à la préparation
de ce festival :
- la Direction Culture de la Ville (Gilles Marcellin, Maryan Guisy) et notamment le Service
des Affaires Culturelles (Camille Lecas, Carole Bannier et Kadija Ait Illaln).
- Culture Sur Mesure : Geneviève Dichamps, Pauline de Quatrebarbes, Claire Solery ;
- Néos Design : Yann Dagenais ;
- et Rejoyce : Éric Long.
Merci également pour leur mobilisation en faveur de la réussite du festival :
- aux écoles de Courbevoie (les directeurs, professeurs, BCDistes) ayant participé à
Traverses 92, avec notamment Françoise Raguin et Marie-Claude Auger
- à la Direction de l’Enseignement, et notamment Kacem Nedjai
- aux Services Techniques : ateliers, espaces verts, voirie, direction administrative
- au Service Informatique
- à la Direction de la Communication et des Relations Publiques
- Au conservatoire municipal
- au Service des aînés et les seniors arbitres de la Battle des Mots Libres
- aux librairies La Bouteille à l’encre et le Bac à fables
- aux collèges de Courbevoie (les Principaux, les équipes pédagogiques)
- au restaurateur les Mots Gourmand
- aux médiateurs
Je tiens enfin à remercier mes collègues élus, et en particulier :
- Yves Jean, Adjoint délégué aux affaires culturelles
- et Jean Spiri, Adjointe à la vie scolaire et à la jeunesse.
Pour conclure, je veux dire que le Festival des Mots Libres est le fruit d’un important
travail collectif, et je salue très sincèrement l’implication de tous.
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Comme je l’ai indiqué en commençant, nous en sommes à notre cinquième édition. C’est
dire que cette manifestation est encore jeune, et je crois qu’elle a encore de beaux jours
devant elle.
Mesdames et messieurs, pour tous les bénévoles et partenaires mobilisés, votre
présence ce soir est la plus belle des récompenses.
Je vous remercie.