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Jean Alhinc Camps sauvages en brousse africaine Sénégal, Cameroun, Haute-Volta, Mali. 1964-1978 Montbel i Le grand carrousel des petits gibiers M algré les airs blasés que prennent, plus ou moins sincèrement, les chasseurs qui ont connu des jours meilleurs… ou des conditions moins sportives, il est encore possible de s’amuser royalement et de connaître des émotions de choix lorsqu’on pratique la petite chasse au Sénégal. Aussi me semblerait-il malséant de bannir de ces souvenirs les heures agréables que j’ai passées à tirer des animaux d’une étonnante diversité, et qui ne le cèdent en rien, pour la qualité de leurs défenses, à leurs cousins européens les plus civilisés. Certes la chasse de ces petites espèces ne fournit pas des récits prestigieux, et c’est peut-être la raison pour laquelle les maîtres du genre n’ont guère écrit sur de tels sujets ; cela m’encourage à lui consacrer quelques pages, et puisqu’aussi bien, c’est l’histoire d’une initiation que je veux conter ici, je n’aurai garde d’oublier que c’est par là que j’ai commencé. 41 Lorsqu’on songe au prix que l’on attache en France au tir de quelques ramiers, le chasseur fraîchement débarqué au Sénégal reste confondu par l’abondance et la variété des tourterelles et des pigeons . Comme tous mes prédécesseurs, c’est à ces jolis oiseaux que j’ai dédié mes premières cartouches. J’ai vite remarqué qu’ils n’étaient pas tous faciles. Bien sûr le meurtre hâtif, au posé, d’une demi-douzaine de tourterelles “pour la marmite”, ne présente aucun caractère sportif. C’est une nécessité à laquelle, de temps en temps, je me soumets, lorsqu’on arrive le soir au lieu du campement, et qu’il faut s’assurer rapidement du dîner. D’ailleurs, ces tourterelles ont une chair délicieuse : plumées en un tournemain, coupées en quatre, et jetées dans la cocotte en fonte d’aluminium de fabrication locale, en compagnie de quelques tomates, d’un oignon et de deux piments “zoiseau”, elles donnent un des plus succulents bouillons qui soient. Mais c’est une tout autre affaire que de les tirer au vol, lorsque les premières pétarades les ont bien mises sur l’aile. Quant au pigeon vert , oiseau magnifique aux couleurs vives et pourtant délicates, qui se donne des airs de perroquet, c’est un voilier fort rapide. Il a la viande moins fine, mais donne l’occasion de jolis coups de fusil quand il fuse à travers les arbres. Le géant des colombidés africains, le pigeon de rônier , est un gibier occasionnel ; il a la taille d’un très gros pigeon domestique, l’œil cerné de rouge, et c’est presque toujours d’un coup de longueur… en altitude, qu’on réussit à le mettre au panier. Mais après les premiers enthousiasmes, ce sont là des espèces qu’on épargne de plus en plus. Il n’en est pas de même du francolin , qui, pour son malheur, garde toujours son prestige auprès des chasseurs d’Afrique. Le francolin, c’est le “perdreau” des colons français, le tioker des Ouolofs, le guer-lal des Peuls, un bel oiseau qui n’est pas une vraie perdrix, plus gros que le plus robuste des rouges. Il y en a de nombreuses sous-espèces, mais la plus commune aux environs de Dakar est le bicalcaratus, dont la livrée n’est terne qu’à l’observateur inattentif, car chacune de ses plumes, surtout sur la gorge, est une merveille de dessins et de coloris. 42 Vinago, sreptopelia, columba. Vinago waalia. Columba guinea. Francolinus spp. Les francolins peuvent être incroyablement abondants : dans certaines régions du Sénégal sud, il m’est arrivé de faire mon “quota” : quinze pièces journalières, en une heure et demie, et tirées sportivement. Au voisinage des grandes villes, et surtout de la capitale, la concentration excessive des chasseurs parvient à raréfier ces oiseaux prolifiques, amateurs des cultures d’arachide, de mil et de manioc. En certains points, ils sont presque exterminés par les chasseurs en voiture qui parcourent ces campagnes sableuses et très accessibles, et tirent les pauvres bêtes au sol, sans se soucier bien sûr de la limite de nombre. Cette pratique méprisable, qu’on essaye de plus en plus de réprimer, est le fléau des zones à francolins, et un seul véhicule, hérissé de trois ou quatre fusils, peut détruire en quelques heures plus d’une centaine d’oiseaux. Pourtant, la chasse légale du francolin est des plus amusantes. Cet oiseau se défend fort bien, c’est un piéteur impénitent, qui réussit souvent à vous surprendre par un envol bruyant, inattendu, expert à profiter du masque d’un bosquet. Avec un braque ou un setter, que le francolin gâche un peu par sa propension à mal tenir l’arrêt, son tir est particulièrement attrayant, et l’on se réjouit d’avoir un bon retriever, car les blessés, et même les morts, sont fort difficiles à retrouver dans les pailles et les buissons. La chair de ce gibier, un peu sèche, fournit cependant des plats délicieux, surtout si l’on a su la “mouiller” d’une sauce réussie. La pintade , sa grande cousine, est devenue, à force d’être traquée, un remarquable oiseau de sport. Dans les régions ouvertes et relativement civilisées, les tristes adeptes de la chasse automobile ont pratiquement éliminé les grandes troupes de pintades, aidés en cela par les bergers peuls qui ramassent les œufs. Mais j’ai souvenir, en Mauritanie ou dans le Sénégal-Oriental, d’énormes compagnies que, plein d’espoir, j’essayais d’atteindre, et qui ne me laissaient prélever que trois ou quatre pièces, obtenues tantôt par la ruse d’une approche patiente et rampée, tantôt par un sprint éprouvant destiné à réduire, en quelques secondes, une distance toujours soigneusement maintenue par des guetteurs diaboliquement méfiants. Mais quel plaisir de mettre à terre ce bel oiseau au plumage somptueux, avec sa tête vulturinée aux joues bleues et à la caroncule rouge, coiffée d’un petit cimier de corne, et qui, grillé tout frais sur un feu de brousse, est un véritable régal. Numida meleagris. 43 Au nord et à l’est de Dakar, dans ces vastes étendues sablonneuses coupées de cades, de mimosas épineux et de buissons bauhinia, on rencontre, sans vraiment les chasser systématiquement, les petites outardes, que les Français du Sénégal s’obstinent à appeler “canepetières” . Les deux espèces les plus communes sont l’eupodotis et la lophotis qui ont la taille d’un beau poulet. Moins fréquente et un peu plus volumineuse est la lissotis . Au début, je me laissais surprendre par leur essor inopiné et leur vol papillonnant, et j’en manquais beaucoup. Avec un peu d’habitude, c’est en réalité un tir facile, où même les coups de longueur les plus audacieux sont payants, tant leurs os sont fragiles aux plombs. La grande outarde est à peine un petit gibier, et sa réputation est méritée par sa grande taille (180 cm d’envergure), sa relative rareté, la difficulté de son approche, et l’excellence de sa chair. Bien sûr, les braconniers motorisés les tuent sans grand mal, car elle est stupidement peu méfiante à l’égard des voitures, mais ce n’est plus de la chasse. C’est une tout autre affaire que de parvenir, à pied, à portée de tir. Familière des régions steppiques, le cou dressé à plus d’un mètre de hauteur, l’œil toujours vigilant, elle piète hors de portée, se rase pour se dissimuler derrière les touffes de pailles sèches et se lève à l’endroit où on s’attendait le moins à la voir apparaître. Dans ces conditions, le coup de fusil dont on la salue est des plus problématiques, et si la bête tombe, c’est Allah qu’il faut remercier. Je n’ai tué que quelques grandes outardes, toujours avec plaisir, mais, ce n’est qu’en une seule occasion que j’ai eu l’impression de mériter mon gibier, autrement que par des coups de longueur chanceux. C’était au voisinage du lac de Guiers, vaste étendue d’eau peu profonde à l’est de Saint-Louis, j’avais par bonheur une MAS 22 à la main, et j’ai tiré l’oiseau en vol, à plus de 100 m, et lorsqu’il s’est décroché comme un avion touché par la DCA, il m’a semblé que, pour une fois, ce n’était pas seulement un hasard heureux. Je me souviens aussi, avec l’eau à la Oiseaux eurasiatiques : otis tetrax. Poule des pharaons : eupodotis senegalensis. Outarde naine : lophotis rufficrista. Outarde à ventre noir : lissotis melanogaster. Grande outarde arabe, qu’il ne faut pas confondre avec la grande outarde d’Europe : otis tarda. C’est la choriotis arabe des naturalistes. Une autre grande outarde que je n’ai jamais rencontrée est la neotis cafra. 44 bouche, d’une très grosse choriotis que mon fils et moi avions tirée trop loin, et qu’un plomb porté par la bienveillante Artémis avait dépêchée. Elle fut le plat de résistance d’un réveillon du jour de l’an, en pleine brousse. Qui n’a pas dégusté une outarde patiemment rôtie sur les braises du bois bien sec des rives du Gorom, au clair de lune, a manqué un plaisir gastronomique des plus délicats. Je ne suis pas un grand sauvaginier, j’admire les talents de tireur qu’exige la passe des sarcelles, et le stoïcisme qu’il faut à mariner dans l’eau — oui, glacée ! — des marigots. J’en ai tâté avec quelque succès et non sans plaisir, mais c’est une chasse d’attente qui use ma patience, elle est trop circonscrite par l’aube et le crépuscule, et je n’en sais pas assez sur l’entrelacs mystérieux et irrégulier des passages pour être où il faut, au bon moment… et puis je préfère la quête extensive où l’on marche beaucoup et longtemps. Pourtant le gibier d’eau m’a procuré des émotions de choix, et aussi, car cela fait partie du jeu, de cuisantes déceptions. Le Sénégal a été longtemps le paradis des chasseurs de canards. Des sécheresses successives, les amodiations inévitables des grandes compagnies touristiques et la sage mise en réserve d’une zone particulièrement riche ont quelque peu compromis cette situation privilégiée. Mais on peut encore bien se distraire dans le delta du fleuve. Il faut avoir vécu dans ce décor étonnant, où les steppes sont coupées d’innombrables bras de la grande rivière. Les oiseaux aquatiques y pullulent… et la plupart heureusement protégés : grands pélicans qui s’étirent en pointillé sur l’horizon , grues couronnées qui cornent sur deux notes l’avènement du jour , cormorans se séchant les ailes en des poses héraldiques , spatules immatérielles à force de minceur , ballets de cigognes , impressionnisme rose et noir des flamants , et les hérons et les aigrettes et les ibis et Pelecanus spp. Balearica pavonina. Phalacrocorax spp. Platalea spp. Ciconia ciconia. Phoenicopterus roseus. Ardea spp. Egretta spp. Threskiornis æthiopicus, plegadis falcinellus, lampribis olivaceus, hagedashia 45 les marabouts . Là sous la lumière somptueuse des levers et des couchers de soleil, j’ai connu la satisfaction de quelques jolis coups de fusil sur des sarcelles traversières , j’ai pu parfois détacher des pilets des grandes draperies qui franchissaient le ciel en vrombissant, j’ai attendu, tapi dans les tamaris, à genoux dans la boue, que s’approche la sifflante guirlande des dendrocygnes . J’ai dispersé du plomb sur les passes de chevaliers combattants , pataugé dans des marais à la poursuite des maubèches , des chevaliers gambettes et des bécassines plus rares , saluant à l’occasion une barge ou un courlis corlieu 10 et j’ai reçu maintes fois la récompense de la merveilleuse bécasse peinte 11, ce joyau de couleurs où le camaïeu des rousseurs est relevé par des ocelles bleu électrique. Mais c’est certainement avec les géants de la sauvagine sénégalaise que je me suis le mieux amusé… et le plus exaspéré. Passent encore les oies d’Égypte 12, assez vulnérables pour tomber quand on les tire à bonne distance, passent encore les canards casqués 13, bons porteurs de plomb, mais tout de même honnêtes et convaincus du n° 2 de Paris, mais, oh ! les infernales, les passionnantes oies de Gambie ! 14. Ces gros oiseaux qui peuvent atteindre 1,50 m d’envergure, qui portent un éperon primitif et corné à la courbure de l’aile, vous laissent penser, par la dureté métallique de leur plumage, qu’on est hagedash. Leptoptilos crumeniferus. Généralement la sarcelle d’été : anas querquedula. Dafila acuta, ou anas acuta. Dendrocygne veuf : dendrocygna viduata, et dendrocygne fauve : dendrocygna fulva. Philomachus pugnax. Calidris canutus. Tringa totanus. Capella gallinago. Limosa limosa. 10 Numenius phaeopus. 11 Rostratula benghalensis, aussi appelée rhynchée. 12 Alopochen ægyptiacus. 13 Plectropterus gambensis, aussi canard armé. 14 Sarkidiornis melanotos. 46 allé chasser sur le lac Stymphale. Et puis ils sont imprévisibles ; les petits-plombistes et les gros-plombistes peuvent se quereller à loisir, l’oie de Gambie n’en a cure, elle tombe quand on s’y attend le moins, et laisse crépiter la grenaille sur son armure de plume, indifférente à toute notion de balistique. Je me rappelle en avoir abattu trois de deux cartouches de vingt-huit grains, sans la moindre difficulté. Une autre, tirée à une distance invraisemblable “pour voir” est venue mourir en plané, à 400 m plus loin, avec un plomb dans le cœur. Mais combien sont passées saines et sauves à travers un rideau de mitraille qui les cinglait comme de la grêle, alors même que tout semblait indiquer qu’elles étaient à portée de tir ! Cette énumération des gibiers ailés ne se voulait pas exhaustive. Il y a bien d’autres espèces qui sont dignes du fusil d’un chasseur curieux. Je n’ai rien dit des cailles “de France” dont la chasse amusante est connue des sportifs européens, ni des fausses cailles de Barbarie dont le véritable nom est ganga , au plumage merveilleusement nacré et au vol rapide et orchestrant. J’ai passé sous silence les vanneaux armés que l’on calomnie du nom de “mouchards” parce qu’ils nous accompagnent de leurs cris : je ne les tire pas tant ils paraissent aimer la compagnie des hommes. J’ai omis la poule de roche , charmante et succulente petite poule de Pâques en chocolat, que j’ai un peu tirée jadis, et que j’épargne maintenant, sans trop savoir pourquoi. Quant au poil, il est, pour les petites espèces bien sûr, limité à un seul gibier honorable : le lièvre d’Égypte, très souvent appelé à tort “lapin ”. Sans doute peut-on tirer à l’occasion des rats palmistes , plus justement nommés écureuils fouisseurs, qui fournissent de délicieuses fricassées, mais le lièvre est beaucoup plus amusant. Il a l’inconvénient d’être surtout nocturne, c’est une excuse toute trouvée pour les braconniers qui le chassent au phare, la nuit, et le tirent depuis leur voiture : piètre satisfaction que de fusiller une bête paralysée par l’éblouissement. Avec un peu d’ardeur et de persévérance, et mieux encore avec un chien actif, j’ai pu faire de gentilles chasses au lièvre, Pterocles spp. Hoplopterus spinosus. Ptilopachus petrosus. Lepus ægyptius. Xerus erythropus. 47 de jour et à pied, et rapporter deux ou trois pièces dont le tir avait toujours été distrayant, et qui “panachaient” un carnier de plume. C’était plus qu’il n’en fallait à ma marmite… et à ma vantardise ! Mais pour vraiment apprécier la chasse au lièvre d’Égypte, il faut être allé avec B���������������������������������������������� B (alias Bouya Ba). Pour �������������������������� être moins séduisant que son homonyme cinématographique, il est aussi un prodige de professionnalisme, une espèce de magicien du pistage, mais dans des sites bien définis : le biotope de B������������������������������������ B,���������������������������������� c’est le sable. Garçon charmant, Peul astucieux et pittoresque, au français délicieusement approximatif, sa jeunesse de petit berger l’a familiarisé avec la brousse, il est resté capable de lire les indices d’une piste sur le sable le plus foulé par les troupeaux et les hommes. Quel Fenimore Cooper africain chantera les dons étonnants de cet Iroquois des Niayes ? Quel nouveau Conan Doyle le montrera penché sur un grain de sable, supputant l’âge de la trace et les intentions de Leuk le lièvre ? Mais on ne raconte pas BB à moins de sentir dans le regard de votre interlocuteur le doute, l’incrédulité, et ce jugement péremptoire : « Encore une histoire de chasseur ! » Et pourtant que de fois je l’ai vu scruter ces terrains sablonneux piétinés par les vaches, les chèvres, et dans un labyrinthe de pistes de lièvres rejeter cette trace parce qu’elle était trop vieille, cette autre parce que le “lapin” était parti manger, cette troisième parce qu’il fallait le garder (sic) pour plus tard, et choisir enfin la bonne trace « parce que, patrrron, celui-là, il va dormir ! ». Et il partait alors, d’un pas vif, le regard fixé à 3 m devant lui, identifié à l’animal au point de lui ressembler un peu, voltant et virevoltant sur la route du lièvre, pour enfin se figer, à l’arrêt, devant un buisson maigre, déclarer avec une tranquille assurance « il est là », placer ses chasseurs à l’angle favorable, botter le buisson, hurler « lapin » lorsque le rongeur démarrait, et saluer d’un mot de Cambronne retentissant la bête saine et sauve, lorsque, bien souvent au début de notre collaboration, ses clameurs me le faisaient manquer. J’ai emmené bien des chasseurs qui ne me croyaient pas tirer le lièvre avec BB. Ils me croient maintenant, mais quand ils le décrivent à leurs amis, ils rencontrent le même scepticisme : BB est, littéralement, incroyable. Région côtière du Nord-Sénégal. Leuk est le nom wolof du lièvre. Il joue dans le folklore sénégalais le rôle du renard dans les contes français : c’est un rusé qui dupe tous ses ennemis. 48 D’ailleurs, malgré sa prédilection pour le lièvre, BB suit n’importe quelle piste. Il est imbattable pour le francolin et la petite outarde, et j’ai même chassé avec lui un gibier insolite, pour lequel il n’avait guère d’affection, mais qui me passionne, même s’il fait frémir d’éventuelles lectrices. Sur le sable d’une grande partie du Sénégal, on peut observer des traces continues, sinueuses, qui évoqueraient assez bien le parcours d’une Vespa pas très fixée sur sa destination. Si l’on y regarde de plus près, il y a sur les bords de cette piste des petites indentations qui révèlent le passage d’une peau écailleuse. C’est en effet d’un reptile qu’il s’agit : la vipère heurtante, énorme vipère pouvant atteindre 1,50 m de long et 15 cm de diamètre, avec des crocs venimeux impressionnants, aiguilles hypodermiques recourbées de 2 cm à 3 cm. Sa réputation est terrible, elle est surfaite. Certes l’accident, quand il se produit, risque d’être fatal, l’inoculation est profonde, massive , mais par bonheur ce serpent est lent et peu agressif. Je savais le goût des Américains pour la chair du crotale, espèce assez voisine. J’avais déjà goûté du python , savoureux mais un peu coriace, et du varan du Nil , grand lézard excellent en ragoût. De plus la vipère heurtante a une peau superbe aux écailles carénées. Il n’en fallait pas plus pour qu’à la première grosse bitis rencontrée en travers de ma route, je fusse tenté de la tuer. Expédiée d’un coup de bâton sur la tête, j’ai pu constater qu’avec un minimum de prudence, son approche n’avait rien d’héroïque : la bête n’est pas rapide, et n’a guère le goût d’attaquer. Cuit au curry, le reptile s’est révélé un des gibiers les plus fins qui soient. Je me suis donc mis à chasser la bitis, la pistant avec BB jusqu’au buisson où elle se réfugie le jour, et dont il faut l’extraire avec quelques précautions. Une balle du 38 spécial Smith & Wesson, et c’est une belle dépouille, et un plat délectable qu’on rapporte à sa famille, toujours ravie de cette aubaine. On le voit, le petit gibier sénégalais est assez bigarré… C’est justement cette variété qui est un des charmes cynégétiques de ce pays. La limite journalière de quinze pièces, qui n’a fait gémir que les rétrogrades amateurs de tableaux, ou pis encore les viandards Un habitant de Badi, que je connaissais bien, est mort en onze heures des suites d’une morsure de bitis. C’était en 1971. Python réticulé : python seba gmelin. Varanus niloticus. 49 impatients de parachever leur panse, prend alors une tout autre signification. Peu importe d’atteindre le quota, ce qui compte c’est la diversité du carnier, et de rapporter une espèce qu’on n’avait pas encore chassée, qu’il faut identifier au retour, et qui fournira l’occasion d’une investigation gastronomique… souvent délectable ! Et puis toutes ces chasses se déroulent dans un terrain que seule la myopie de l’observateur partial peut qualifier de monotone. Les savanes à baobab de la région de Thiès, coupées de mimosas épineux à l’odeur délicieuse, les thanns et les mangroves des îles du Saloum, les dunes de la zone des Niayes, les savanes parcs du voisinage de M’Pal, où les baobabs des chacals , en fleur, éclatent de couleur sur un fond de fauve et de gris rosé, l’horizon de rôniers du pays sérère, les promontoires et les vastes étendues de joncs du lac de Guiers, le delta du Sénégal et ses steppes, ses plans d’eau et ses marigots, et même les terres arachidiennes, sablonneuses et semées de buissons, tout cela compose, pour la petite chasse, un décor merveilleux et primitif dont je ne me lasse jamais. Adenium obesum. Préface de Léopold Sédar Senghor 11 Avant-propos 17 Prologue. La leçon de redunca 23 Livre I L’initiation sénégalaise 39 I. II. III. IV. V. VI. VII. VIII. Le grand carrousel des petits gibiers À l’école des phacochères Agni wagno : premières antilopes Joyeux Noël à Sinthian Sili Magie rouanne Chasse pascale chez les Bassaris Les rivières de la bredouille Opération amphibie dans les îles du Saloum 41 51 73 85 97 101 111 117 Livre II Sur les fronts extérieurs 127 IX. X. XI. 129 Sur la Tapoa Djerma Du gué des Orpailleuses au camp de la Naria Satadougou, porte du rêve 147 157 XII. Bonne chance au Cameroun ! XIII. Rendez-vous matinal : “le second des trois grands” 175 Livre III Essai de “safarilogie” africaine 193 XIV. XV. XVI. Notules naturalistes : taxonomie des différentes variétés de chasseurs Notules techniques : le safari familial et ses problèmes Notules cynégétiques : pour une chasse à l’horizon 1980… et après… 187 195 207 225 Conclusion 233 Cartes 10 40 128 194 Les zones de chasse décrites dans le livre Sénégal et Mali Haute-Volta Nord-Cameroun