La Tribune Origine
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Origine de l'homme, origine des langues : retrospective et perspectives Jean Paul Demoule (Université de Paris I), Pierre Encrevé (EHESS), Bernard Laks (Université de Paris Ouest) 1 1. Retrospective et perspectives La réapparition d'un courant moderne de recherche concernant l'origine des langues et leur évolution est un phénomène assez récent dans l'histoire scientifique contemporaine. On pourrait en situer la source dans les travaux typologiques de Greenberg et leur reprise par Ruhlen (Greenberg 1963, 1966, 1971, 1987, 2002, Greenberg et Ruhlen 1992) ainsi que dans le croisement de ces taxinomies linguistiques avec les travaux de typologie génétique et de génétique des populations initiés au début du siècle par Dobzhansky (1937) et développés plus récemment par Cavalli-Sforza (1997, Cavalli-Sforza et al. 1992, 1994). Il s'agit bien d'une résurgence car on sait que cette problématique de recherche fut dominante tout au long du 19ème siècle, offrant avec les Jungrammatikers ses résultats scientifiques les plus accomplis. A la fin du 19ème siècle, la Grammaire Historique et Comparée, et plus largement la linguistique diachronique, devaient pourtant s'écrouler rapidement comme paradigmes scientifiques dominants sous les coups conjugués des critiques internes et des courants synchroniques structuralistes naissants qui proposaient d'en dépasser les principales apories. Il est alors significatif que la réapparition de cette problématique se fasse en toute fin du 20ème siècle sur des bases épistémologiques assez peu différentes, la génétique des populations et un darwinisme linguistique assez classique, mais sans qu'aucun bilan critique, positif et négatif, ne soit proposé de ce qui fût l'une des entreprises intellectuelles majeures du siècle précédent et qui reste, par ses principaux résultats, au cœur de notre compréhension des dynamiques linguistiques. Ceci revient à souligner l'immaturité méthodologique et conceptuelle de ce nouveau paradigme anthropolinguistique qui se pense volontiers comme marqué par le surgissement pur d'un questionnement interdisciplinaire et qui, à la manière des intellectuels uniquement spéculatifs critiqués par Mannheim (1929) se voudrait 'sans attaches ni racines'. On trouvera l'un des signes de cette faiblesse méthodologique et historique dans le rituel qui consiste à ouvrir toute publication récente consacrée à l'origine des langues par le rappel de la fameuse interdiction d’en débattre qui figurait dans les statuts initiaux de la Société de Linguistique de Paris en 1866. Peu importe que de nombreux travaux d'histoire et d'épistémologie des sciences du langage aient depuis longtemps montré ce qui se jouait à l'époque au plan politique et idéologique dans les sociétés savantes en concurrence (Bergounioux 1994, 1996, 2002). Le rituel demeure comme une mise en scène doloriste de ce nouveau courant interdisciplinaire. Pourtant cette fameuse interdiction, loin de prétendre faire obstacle par obscurantisme au libre exercice de la pensée scientifique, comme cela est sous 1 Cet article est issu des travaux préliminaires que nous avions menés en vue de la publication de Laks et alii (2006). Nous les reprenons ici dans une version française sensiblement modifiée. Nous dédions cet article à la mémoire de Serge Cleuziou, membre de notre groupe de travail, ami trop tôt disparu. 1 entendu aujourd'hui, visait en fait le courant créationniste tenant, dans la mouvance catholique, d’une origine divine du langage. L’interdiction toute politique donc fut d’ailleurs rapidement levée. Et s’il fut peu question, dans les décennies suivantes, de l’origine du langage au cours des réunions et dans les publications de l’honorable Société, c’est sans doute que les raisons en étaient autres. La Grammaire Historique et Comparée, science allemande à l’origine, prenait peu à peu pied en France. Le comparatisme se forgeait dans sa mouvance une méthodologie linguistique rigoureuse tenant pour purement spéculative toute tentative de dépasser l'horizon historique des attestations écrites, c'est-à-dire la barrière -5000 ans. En préface à sa traduction de Bopp (1889), Michel Bréal fustige ainsi ces spéculations inutiles, sans méthode et sans fondements, sur l’origine des langues et du langage, leur opposant la rigueur du savant allemand. Bientôt, Saussure viendra prendre le relais (Saussure 1922, 1995, 2001, 2002) et la primauté du synchronique sur le diachronique règnera désormais pour longtemps sur la jeune linguistique qui aura dès 1922, elle aussi, son association internationale pour laquelle l'origine du langage n'est plus une question scientifique constituée 2. Pour autant, on ne peut nier que la question des origines, en général, fût une des grandes questions du 19ème siècle et il importe, pour éclairer sa résurgence sur la scène contemporaine, d'en éclairer le phylum. 2. La fascination des origines : les grands récits originels Jusqu’à l’orée du siècle suivant, tout le 19ème siècle, fut celui de la fascination des origines et celui de la fabrication des grands récits originels. Au fur et à mesure que s’accroissaient les découvertes de la préhistoire, de la paléontologie, de l’ethnologie, mais aussi de la psychologie et de la biologie naissantes, et tandis que la lecture littérale de la Bible perdait progressivement de son autorité, la question de l'origine de l'homme s'imposait sur la scène intellectuelle. Ainsi, trouvant sa source dans les Lumières et les spéculations de Rousseau (1755) ou de Condorcet (1793) sur l’origine des sociétés, voire du langage, Morgan réunit dès 1877 les témoignages d'explorateurs, de soldats et de missionnaires portant sur des centaines de sociétés dites « sauvages » et construit la première classification des systèmes de parenté, fondant ainsi l’évolutionnisme ethnologique. Marx et Engels s’en inspireront directement (Engels 1884). Les progrès rapides de la préhistoire permettent à Lubbock, proche de Darwin, de dresser un premier tableau assez général (Lubbock 1871), tandis que Tylor publie ses vastes fresques sur l'histoire de l'humanité et les cultures primitives (Tylor 1865, 1871). Avec le siècle nouveau, l’évolutionnisme spéculatif se développe puissamment, marqué par les importants travaux de Westermarck (1906) ou d'Atkinson (Lang et Atkinson 1903) dont Freud s'inspirera directement lorsqu'il entreprendra de construire son propre récit des origines (Freud 1913, 1939) 3. Ainsi, sur fond d'une puissante fascination pour la question des origines, tout le 19ème et le début du 20ème siècle sont-ils marqués par les très nombreux récits originels tour à tour proposés. Il n'est pas indifférent de souligner que les sciences humaines et les sciences sociales contemporaines y trouveront leur véritable source. C'est en définitive Darwin (Cf. en particulier Darwin 1859, 1871) et le darwinisme qui structureront ce puissant champ de pensée et en constitueront le paradigme de référence 4. 2 Saussure écrit ainsi " La question de l’origine des langues n’a pas l’importance qu’on lui donne. Cette question n’existe même pas. (Question de la source du Rhône : puérile !)" Cf. les sources manuscrites publiées par Bouquet et Engler : Saussure (2001). 3 Les influences directes de ces travaux sur la sociologie naissante, et singulièrement sur Durkheim, sont également importantes comme le montre le compte-rendu que donne Durkheim des travaux d'Atkinson (Durkheim 1903) 4Sur ce point Cf. le monumental dictionnaire du darwinisme de Tort (1996) 2 Dans le même temps, la Grammaire Historique et Comparée des langues indoeuropéennes continuait d’élaborer ses méthodes rigoureuses, qui allaient culminer avec l’école néo-grammairienne des Jungrammatikers et son concept de lois phonétiques 5. Ce courant rejetait à nouveau, et de façon explicite, toute spéculation sur la possible réalité historique de ce que l'on reconstituait alors comme proto-indo-européen. Comme le souligne avec force Meillet (1926) dans la logique structuraliste, le proto-indo-européen n'est rien d'autre qu'un "système de correspondances 6". La question de l’origine et de l’incarnation historique de ces langues perdurait pourtant, notamment dans le travail de Rask, co-fondateur avec Bopp de la Grammaire Historique et Comparée. S'inspirant de la botanique et de la méthodologie de Linné il proposait une classification des langues qui interrogeait la coïncidence entre races et langues. Une convergence profonde entre racialisme, puis racisme, et linguistique se fait ainsi jour qui se déploiera jusqu'au nazisme et à la seconde guerre mondiale 7. A la suite de Rask, l'entreprise de naturalisation des taxinomies linguistiques est reprise par Schleicher qui, lui-même botaniste, formalise finalement le Stammbaum et interprète le simple "système de correspondances" comme un arbre désormais purement généalogique, à la manière dont Darwin transformait, au même moment, le simple arbre classificatoire botanique et zoologique de Linné en taxinomie généalogique permettant de penser le temps et la dérive historique (i.e. the genetic drift). Dans ces approches, le temps historique est désormais saisi comme un temps généalogique et les dynamiques culturelles et sociales disparaissent de l'horizon scientifique, occultées par la transmission des gènes, les lignages, le sang et l'identité ethnique. L'entreprise de naturalisation de la langue, et donc de la linguistique, ouverte par le Romantisme trouve ainsi son aboutissement. Le théoricien du Stammbaum (Schleicher 1861), qui proclamait qu'il avait été darwinien bien avant Darwin, est particulièrement explicite quant aux enjeux de cette naturalisation du linguistique. Dans sa lettre ouverte à Ernst Häckel, zoologue, introducteur et diffuseur de Darwin en Allemagne, il écrit ainsi : "Les langues sont des organismes naturels qui apparaissent sans être déterminés par la volonté humaine, croissent et se développent selon des lois précises, puis vieillissent et meurent ; pour elles aussi vaut cette série de manifestations que l'on comprend usuellement sous le nom de "vie". La glottique, science du langage, est par conséquent une science naturelle ; sa méthode est globalement et généralement celle des autres sciences naturelles" (Schleicher 1863, 7). En passant de la taxinomie à la généalogie, de la langue à la race, cette naturalisation du linguistique fait nécessairement retour sur l'archéologie et ses reconstructions, dès lors conçues elles aussi dans un cadre réaliste. On en prendra pour seul exemple le célèbre dictionnaire des antiquités indo-européennes, dans lequel Otto Schrader précise, en linguiste, que la notion d’indo-européen (e.g. "indo-germanisch") est en elle-même "une notion avant tout linguistique" mais poursuit son texte par une reconstruction détaillée de la civilisation 5 Pour un exposé méthodologique synthétique Cf. par exemple Vendryes (1923) 6 "Comme ils n'opèrent aussi en général que sur les langues communes reconstituées par hypothèse, les linguistes qui reconstituent l'indo-européen se trouvent à un degré supérieur condamnés à un travail purement schématique. L'indoeuropéen des linguistes n'a aucune réalité concrète : ce n'est comme on l'a dit qu'un "système de correspondances". Il suit de là que le plus savant connaisseur de l'indo-européen serait incapable d'exprimer dans cette langue une phrase aussi simple que le "cheval court" ou "la maison est grande" Vendryes (1923, 330) 7 On pense par exemple aux travaux d'un des fondateurs de la phonétique, Van Ginneken, dont l'implication dans le nazisme militant a été récemment portée au jour (Bonnot et Boë 2001). Sur le racisme phonétique cf. par exemple Van Ginneken (1932, 1935) 3 matérielle et spirituelle des Indo-européens primitifs (Schrader 1901). Il en situe déjà le berceau originel dans les steppes pontiques 8. Il y a donc un paradoxe de la linguistique du 19ème siècle. La question de l’origine, théoriquement et méthodologiquement déconstruite y est rejetée, ou du moins tenue hors champ scientifique par les comparatistes les plus rigoureux. Pourtant, la naturalisation darwienne et l'ensemble des métaphores qu'elle produit n'ont cessé de faire retour. Dans la lignée du Romantisme, un réalisme spontané, faisant fond sur un scientisme génétique, n’a cessé pendant tout le 19ème siècle de penser le peuple et la langue, la race et l'idiome, la lignée et le patrimoine linguistique, l'histoire et le sang, les gènes et la culture. Le siècle a ainsi été celui de la construction des grands récits originels, réactivant sans cesse, bien que la question fut scientifiquement forclose, la question obsédante de l'origine. 3. Races et langues L’année 1859 où Charles Darwin publiait son Origine des espèces était aussi celle de la fondation de la Société d’Anthropologie de Paris. Créée par Paul Broca, elle réunissait de nombreux médecins positivistes et s’intéressait, en séances comme dans son bulletin, aux questions d’anthropologie physique, d’ethnologie et de préhistoire. Ces trois disciplines ne deviendront véritablement autonomes qu’à la fin du 19ème siècle 9 et leur confusion s'observe dans toutes les sociétés savantes en Europe à cette époque. Comme précisé dans ses statuts, la question centrale qui occupait la Société était donc "l’étude scientifique des races humaines". Cette étude impliquait logiquement celle de l’origine et du mode de diffusion des langues, spécialement indo-européennes. Deux courants s'opposaient. Le courant français, emmené par Broca lui-même, était hostile à la thèse défendue par une partie des savants allemands de l’époque. Il combattait l’idée originelle d’une invasion indo-européenne accomplie par une "race" blonde dolichocéphale. Pour les savants français, les français des origines étaient manifestement brachycéphales et bruns. Ils auraient été locuteurs d'un indo-européen originel ou bien auraient adopté cette langue par diffusion au contact de peuples divers. Pour étudier scientifiquement les races humaines et en dresser une taxinomie, l'anthropologie disposait à cette époque d'un instrument de mesure et d'une théorie classificatoire : la craniologie. La seconde moitié du 19ème siècle fut en effet l’âge d’or de cette science des crânes, fondement d'une science des races 10. Dès le siècle des Lumières la question raciale s'était imposée. Reprenant la méthode de Linné, Blumenbach propose dans sa thèse doctorale de 1775 une première classification qui devait devenir mondialement célèbre (Blumenbach 1781). Petrus Camper la complète par un "indice facial" resté lui aussi célèbre (cf. Meijer 1999). En 1842, Anders Retzius ajoute un "indice céphalique" qui conduit à opposer races brachy- et dolichocéphales 11, indice dont on connaît la postérité. Ainsi, tout au long du 19ème siècle, la craniologie ne cesse de gagner en complexité et le nombre de races ne cesse de se diviser, jusqu'aux grandes classifications de Ripley (1899) ou de Deniker (1900) 12. 8 L’ouvrage restera sans doute sans équivalent, dans son ambition, pendant un siècle, jusqu’à Mallory et Adams (1997) qui d'ailleurs situent également le berceau indo-européen originel dans les steppes pontiques. 9Un exemple en est fourni par la création de la Société Préhistorique Française en 1903. 10Pour une étude historique récente Cf. Eigen et Larrimore (2006) 11On notera au passage qu'une des contestations les plus connues de la pertinence de cet indice céphalique est précisément due à Franz Boas, anthropologue et linguiste, fondateur de la linguistique américaine. Son étude de la craniologie des générations d'émigrants aux Etats-Unis (1912-1913) est reprise dans Boas (1940). C'est le même Boas qui dénonçait dès 1934 l'aryanisme nazi (Cf. Boas et ali. 1934) 12Pour une étude socio-historique de la raciologie Cf. Mucchielli (1997) 4 Toutefois, en réaction anticléricale, et contre le récit biblique des origines, les médecins libres-penseurs qui constituent à cette époque le gros des troupes de l’anthropologie physique défendent encore une polygénèse des races humaines qui implique une polygénèse des langues. Cette opposition virulente au catholicisme s'exprime aussi, on l’a déjà dit, par le fameux interdit de la Société de Linguistique de Paris. C’est dans ce contexte idéologiquement clivé que le linguiste italien Alfredo Trombetti entreprend la tâche de faire coïncider races et langues à partir d’un modèle monogénétique (Trombetti 1905). Il situe dans l’Himalaya cette fois l’origine de l’humanité toute entière et, à l’aide de cartes en couleur, retrace l’ensemble des migrations humaines qui permirent la dispersion simultanée des langues et des races sur l’ensemble de la planète. Malgré l'importance de l’information mobilisée, la synthèse de Trombetti qui entrecroise grands récits évolutionnistes, hypothèses concernant l’origine des langues et craniométrie recevra assez peu d’écho. Dès cette époque, chacune de ces perspectives scientifiques connaît en effet un début de stérilisation qui conduira progressivement à les abandonner. Il en est ainsi de la craniométrie qui, à force de multiplier les indices et les classes, voyait son objet même se dissoudre. En proposant jusqu’à 5000 mesures différentes sur un même crâne, la notion de type s'évanouissait. Plus le nombre de mesures augmentait, plus la typologie raciale vacillait. Déjà Boas avait montré que la forme des crânes n'était pas stable de génération à génération et que les pratiques alimentaires aidant, on pouvait passer d'un type craniologique à un autre (Cf. supra note 10). Au début du 20ème siècle la craniologie et la linguistique raciale sont en perte de vitesse sévère, d'abord dans le monde intellectuel anglosaxon puis en Allemagne, où Felix von Luschan 13 par exemple tranche définitivement "Toutes les tentatives pour découper l'humanité en groupes artificiels en se fondant sur la couleur de la peau, la longueur ou la largeur du crâne ou le type des cheveux etc., se sont totalement fourvoyées" (Luschan 1922). Pour autant, la craniométrie ne disparaît pas totalement. Marginalisée, elle survivra par exemple en France avec Henri Vallois et ses élèves, jusque dans les années 1970 14. Mais elle ne constitue plus la théorie scientifique et la méthode taxinomique qu'elle avait été au 19ème siècle. Pour les grands savants libéraux qu'étaient Broca en France ou Virchow en Allemagne ce fut un instrument scientifique de lutte contre l'obscurantisme clérical. Dès la fin du 19ème siècle elle se marginalise en devenant l'un des arguments majeurs des grandes constructions idéologiques racistes et antisémites qui fleurissent sur le terreau nationaliste. Son recyclage par le nazisme finira de la déconsidérer avec tous travaux prétendument scientifiques à finalité raciale. 4. De la diachronie à la synchronie Le tournant du 20ème siècle se marque d'une rupture fondamentale : les modèles évolutionnistes et les dynamiques historiques saisies comme schèmes explicatifs s'effacent au profit d'une vision synthétique et synchronique. La notion de système structuré et organisé dont Mendeleiev avait illustré la fécondité dans son tableau périodique des éléments chimiques en 1869 (cf. Kolodkine 1963) propose un nouveau paradigme qui trouve à 13 Felix von Luschan est à cette époque l'un des leaders de la discipline, ancien élève de Broca, il est Professeur d'anthropologie à l'Université de Berlin 14 On se souvient que Fodor (1983) ouvre son analyse chomskyenne de la modularité de l'esprit par un exposé de la théorie des facultés de Gall adossé à une craniologie assez tempérée. 5 s'appliquer dans tous les domaines de la connaissance. Cette pensée de "la totalité vue en synchronie" débouche sur le concept de structure dont Sériot (1999) a montré qu'il était au cœur de la pensée avant-gardiste, russe en particulier. La rupture vers la description et l'analyse synchroniques mettent au premier plan la notion de système et de solidarité structurale. Les sciences humaines en général, et les sciences sociales en particulier, trouveront dans le concept de système conçu comme une structure structurée prédisposée à fonctionner comme une structure structurante, pour paraphraser Bourdieu (1972), le schème explicatif dont elles avaient besoin pour remplacer celui de la causalité historique. Dans cette mise au jour des sciences sociales comme sciences des systèmes et des structures, dans cette reconstruction des humanités dans un cadre structuraliste, la linguistique joue un rôle central. On sait que Saussure attribuait à Whitney la réorientation dont est issue la linguistique moderne. En soulignant avec force que la langue est une institution sociale, Whitney (1867) reliait fermement l'analyse des langues à celle des systèmes sociaux et culturels. La conception saussurienne du contrat social et du consensus sémiolinguistique fait ainsi directement écho à la sociologie durkhémienne, et sa définition de la linguistique nouvelle comme "la science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale"(Saussure 1922, 34) rattache définitivement la science du langage aux sciences anthropologiques et sociales. Cet abandon du paradigme évolutionniste et historique était rendu possible par la nouvelle valeur explicative que prenait la systématique dès lors qu'elle s'adossait à la notion de structure. Dès l'origine de sa recherche, Saussure (1878) avait illustré avec un brio exceptionnel la valeur explicative, et même heuristique, de la notion de système et de structure relationnelle abstraite. On sait que le structuralisme, d'abord phonologique puis linguistique, est justement issu d'une relecture post mortem de ces travaux et de la vulgate qu'en ont donnée ses élèves en 1916. Dans les années vingt et trente, le Cercle Linguistique de Prague devait ainsi contribuer à construire et diffuser une pensée structuraliste qui de proche en proche gagnait toutes les sciences sociales. Les nombreuses relations intellectuelles que Jakobson entretenait avec les jeunes penseurs de presque tous les secteurs des sciences humaines en constituaient le creuset et l’approche synchronique des linguistes s’étendait peu à peu aux autres sciences. Ethnologues et anthropologues abandonnent ainsi les grandes fresques évolutionnistes rédigées à partir de témoignages écrits au profit de description précises issues de travaux de terrain. (Cf. par exemple Boas et Stocking 1974, Haddon et Hingston 1934, Radcliffe-Brown 1958), et c’est désormais à partir de descriptions fonctionnelles concrètes que s'élaborent les modèles 15. Dans l'immédiat après-guerre, c'est en finalement Levi-Strauss qui marque avec éclat l'avènement du structuralisme anthropologique (Levi-Strauss 1947) en même temps qu'il signifie que le structuralisme, paradigme linguistique au départ, est bien devenu le protocole explicatif de l'ensemble du mouvement intellectuel et qu'il organisera la recherche internationale en sciences humaines de 1950 à 1970 au moins 16. La rupture saussurienne dont le structuralisme, et avec lui la linguistique moderne, sont issus est donc clairement une rupture avec une pensée toute entière préoccupée d'évolution de changement et de lignage. Saussure rompt explicitement avec une forme particulière de darwinisme linguistique illustrée par l'organicisme de Schleicher 17. Dans ses 15 On pense au fonctionnalisme de Malinowski (1922) 16 Pour une histoire du structuralisme Cf. par exemple Dosse (1991, 1993) 17 On sait que le Cours de Linguistique Générale tel que mis en forme par Bally et Séchehaye se termine précisément par une critique explicite de Schleicher : "Tout en reconnaissant que Schleicher faisait violence à la réalité en voyant dans la langue une chose organique qui porte en elle-même sa loi d'évolution, nous continuons, sans nous en douter, à vouloir en faire une chose organique dans un autre sens, en supposant que le "génie" d'une race ou d'un groupe ethnique tend à ramener sans cesse la langue dans certaines voies déterminées" (Saussure 1922, 305) 6 notes, il lui répond indirectement : "Non la langue n'est pas un organisme, elle n'est pas une végétation qui existe indépendamment de l'homme, elle n'a pas une vie à elle entraînant une naissance et une mort. Tout est faux dans la phrase que j'ai lue : la langue n'est pas un être organisé, elle ne meurt pas d'elle même, elle ne dépérit pas d'elle même, elle ne croît pas, en ce sens qu'elle n'a pas plus une enfance qu'un âge mûr ou une vieillesse et enfin elle ne naît pas. […] Jamais on a signalé sur le globe la naissance d'une langue nouvelle. […] On dira que nier dans ce sens qu'aucune langue soit née c'est jouer sur les mots, et qu'il suffit de définir ce qu'on entend par naissance pour ne pouvoir nier la naissance ou le développement progressif d'une langue comme l'allemand, le français. Je réponds que dans ce cas on joue sur un autre mot qui est le mot langue ; en réalité la langue n'est pas un être défini et délimité dans le temps ; on distingue la langue française et la langue latine, l'allemand moderne et le germain d'Arminius […] et alors on admet que l'un commence et que l'autre finit quelque part, ce qui est arbitraire. […] Toutes les langues se parlant à la même époque sont de même âge ; en ce sens qu'elles remontent à un passé égal. […] si l'on veut c'est l'origine du langage "(Saussure 2001, 120-121). Certes, la rupture saussurienne et le structuralisme n'emportent pas tout avec eux et la grammaire comparée subsiste, mais vidée de substance théorique et de contenu modélisateur. Elle devient ainsi pratiquement intellectuellement invisible et on oublie sait peu par exemple que Meillet est à l'origine, à la fin des années trente, de l'hypothèse du nostratique que l'on verra resurgir avec éclat quelques trente ans plus tard 18. 5. Préhistoire et migrations Au début du 20ème siècle, l’archéologie préhistorique suit un chemin comparable à celui de la linguistique et des sciences sociales. La seconde moitié du 19ème siècle fût, avec les découvertes de Boucher de Perthes (1860) l'époque de la mise en place des grandes périodisations et des grandes civilisations. Ces cadres définis, les méthodes de fouilles et d’analyse s’affinent. Les préhistoriens, de formation positiviste et naturaliste, s’occupent à interpréter des trouvailles concrètes. Si la question des origines indo-européennes avait occupé maintes séances de la Société d’Anthropologie de Paris, la nouvelle Société Préhistorique Française n’en consacrera aucune à cette question. Dans sa préface Déchelette (1910) qui propose l’une des premières synthèses mondiales, se contente ainsi d’écarter en note "la controverse aryenne, problème essentiellement linguistique et dont la solution paraît avoir été plutôt obscurcie qu'éclaircie par le concours de l'anthropologie et de l'archéologie. L'unité de langage n'impliquant pas nécessairement une communauté d'origine, les peuples de langue aryenne pouvaient appartenir à diverses races. [...] Ce problème occupe un de ces carrefours de sciences qui deviennent aisément, à l'heure actuelle, un carrefour d'erreurs". Si Gordon Childe, sans doute l’archéologue le plus marquant de la première moitié du 20ème siècle, consacre son premier ouvrage à ce problème (Gordon Childe 1926), il le regrettera bientôt et confessera avec un certain panache dans son testament intellectuel publié en 1958 : "This was childish, not Childeish" ! 18 S'intéressant à la possibilité de construire des regroupements généalogiques plus larges que la seule famille des langues indo-européennes, il écrit ainsi dans l'édition de 1937 de Meillet (1903) : "on entrevoit seulement que toutes les langues des peuples de race “blanche” seraient apparentées entre elles". Pedersen (1938) répond à cette suggestion en dégageant l’hypothèse du nostratique pour regrouper, les langues indo-européennes avec les chamito-sémitiques, finno-ougriennes et caucasiennes. 7 Au début du 20ème siècle, le seul pays où l’archéologie préhistorique maintient ouverte la question des origines indo-européennes reste l’Allemagne. Professeur de préhistoire à l'Université de Berlin, Gustav Kossinna, défendait que les Indo-Européens (e.g. Indo-Germains) étaient apparus en Scandinavie au cours des derniers millénaires et, de là, s’étaient répandus dans toute l’Europe et une partie de l’Asie en quatorze raids guerriers (e.g. "Züge") successifs. Il défendait également, dans une formule parmi les plus célèbres de l’histoire de l’archéologie, que "des provinces culturelles nettement délimitées sur le plan archéologique coïncident à toutes les époques avec des peuples ou des tribus bien précis". Il affirmait enfin qu’il y avait bien coïncidence entre les Indo-Européens originels et une race blonde dolichocéphale. Celle-ci se serait progressivement abâtardie au contact des populations méridionales et orientales conquises. Ce recoupement entre culture archéologique (définie comme civilisation matérielle), peuple et race reposait clairement sur un modèle biologique. Il était également permis par le concept d’État-nation qui, depuis la Révolution française et le romantisme, s’était peu à peu imposé comme seul véritable sujet de l’histoire. Kossinna n’était certes pas un archéologue marginal, et Déchelette aussi bien que Childe ont rendu hommage à sa compétence scientifique, y compris pour ce qui concerne la question indo-européenne, sans pour autant partager ses conclusions. Mort en 1931, il n’aura pas été directement compromis avec le régime nazi, ce qui ne fût pas le cas de certains de ses élèves. Mais on peut considérer qu’il fut de fait l’un de ses théoriciens. C’est cette lourde responsabilité historique qui a conduit à l'écarter de l’histoire académique de l’archéologie au moment où la légitimité scientifique de ses hypothèses sombrait définitivement. C’est aussi ce qui a jeté le soupçon, en particulier dans les pays anglo-saxons, sur les théories migrationnistes ou diffusionnistes. Pendant une bonne partie de la seconde moitié du 20ème siècle, du point de vue archéologique, la question indo-européenne fut ainsi fortement marginalisée. D'autre part, les données archéologiques qui continuaient à s’accumuler démentaient formellement l’idée d’un foyer scandinave, aucun mouvement migratoire en provenance de cette région n’étant attesté aux époques pré- et protohistoriques. Moins idéologiquement culpabilisées, en Union Soviétique et dans les pays de son orbite, les recherches sur les migrations et l’ethnogénèse ont continué après la seconde guerre mondiale. La confirmation éventuelle des théories qui fixaient dans les steppes pontiques russo-ukrainiennes les origines possibles des Indo-Européens primitifs (Schrader 1886, 1901) en constituaient un puissant moteur. Au moment où les études indo-européanistes retrouveront un écho, Gimbutas (1991, 1992) reformulera cette hypothèse sous le nom de théorie de Kurgan 19. 6. Vers une nouvelle synthèse A partir des années 1980, la situation des recherches concernant l'origine de l'homme et des langues connaît un renouveau considérable. La fameuse question ostracisée par la Société de Linguistique de Paris semble de nouveau d'actualité. De fait, l'horizon scientifique contemporain s'est considérablement élargi. Une moisson de données nouvelles, l'apparition 19 Les recherches sur le nostratique s’étaient poursuivies en Union Soviétique, dans la tradition de l’encyclopédisme russe, autour du linguiste Vladimir Illic-Svityc mort en 1966 à 32 ans, dont l’œuvre en russe, est principalement posthume. Ces recherches furent conduites, jusqu’à la Chute du Mur de Berlin, dans un indéniable isolement international. 8 de techniques et de méthodes beaucoup plus précises et rigoureuses, de nouveaux croisements théoriques interdisciplinaires font émerger une problématisation originale qui revendique l'étiquette de "nouvelle synthèse". Il ne saurait être question ici d'analyser toutes les données, les méthodes ou les rapprochements interdisciplinaires qui ont présidés à l'émergence de ce qui se présente d'emblée comme un paradigme unificateur permettant de penser de façon radicalement nouvelle la question de l'origine. Nous rappellerons seulement quelques données saillantes. A partir des années 1950, notre connaissance de l’antiquité humaine s'est considérablement accrue. En Europe et en Asie, et surtout en Afrique, de très nombreuses découvertes ont éclairé cette période. Elles permettent en particulier de détailler l’arbre généalogique de l’humanité de façon beaucoup plus fine et de retracer une partie de ses plus anciennes migrations. Ces données nouvelles n'ont pourtant pas permis de trancher le débat concernant l’émergence de l’homme moderne (homo sapiens sapiens). Le modèle monolocaliste dominant défend toujours l'hypothèse d’une apparition unique africaine. Il ainsi continue de s'opposer à un modèle multi-régional qui admet, à chaque étape, des croisements locaux entre la nouvelle forme sapiens sapiens et les évolutions régionales de la forme antérieurement présente, homo erectus. Les découvertes paléontologiques ont également éclairé la morphologie des hommes anciens. L'anatomie crânienne a notamment permis de construire des hypothèses concernant leurs facultés cognitives et leur aptitude éventuelle au langage articulé. Même si cette approche paléo-anatomique n'est pas sans rapports avec la craniologie et la phrénologie anciennes 20, elle a été considérablement ressourcée par les apports des techniques de pointe en imagerie cérébrale et en reconstruction par calcul de formes. Enfin, pour certains gisements malheureusement encore trop rares, la possibilité d’extraire et d'étudier l’ADN fossile a considérablement enrichi le débat généalogique, notamment pour ce qui concerne les relations entre sapiens et Neandertal. Plus récemment, les recherches sur l’ADN des populations actuelles et l'analyse du génome humain ont ouvert une nouvelle approche. La reprise du modèle de la dérive génétique proposé dès les années 1930 (Dobzhansky 1937) et la mise en évidence récente de nouveaux marqueurs ont permis de dater les mutations anciennes. La classification automatique en arbre génétique des populations échantillonnées et la projection cartographique des fréquences géographiques de certains marqueurs ont alors induit un développement spectaculaire de la génétique des populations (Cavalli-Sforza et al. 1994). Ce nouveau champ disciplinaire, parfois très médiatisé 21, a ouvert de nouvelles pistes à la réflexion. Sa fiabilité, supposée beaucoup plus forte que la collecte aléatoire d’ossements fossiles réels, mais rares et fragmentés, n'est pas pour rien dans son succès international. L’impossibilité de produire des classes humaines étanches et la réaffirmation de l’unité de l’homme dans son origine africaine, popularisés par la génétique des populations a continué de faire régresser le racisme à prétention scientifique hérité du 19ème siècle et à contribué à la marginalisation de l’anthropologie physique classique. Aujourd'hui, le débat ne porte plus sur les traits physiques visibles mais plutôt sur les gènes et le patrimoine génétique ce qui laisse 20 Pour une analyse critique des relations entre anatomie cérébrale moderne et phrénologie classique Cf. Terrazas et McNaughton 2000 21 Considérez la couverture médiatique et le nombre de travaux de vulgarisation de l'hypothèse de l'Eve africaine par exemple : Science magazine N° 8, October 1999, The southern African Eve. 9 cependant ouvertes les questions concernant la répartition géographique de ces traits et leur interprétation historique. En plus des découvertes paléontologiques, la préhistoire et la protohistoire ont également fortement progressé dans la dernière période. Plusieurs milliers de chantiers de fouille ont été ouverts dans le monde entier. Ils ont conduit à affiner notre compréhension de l’évolution des cultures humaines, des migrations, et des grandes ruptures historiques et préhistoriques (révolutions néolithiques, urbaines etc.) tout comme notre compréhension de l’invention et de la diffusion des techniques. Toutefois, s'agissant de l’origine des IndoEuropéens primitifs, ces progrès importants n'ont pas permis de dégager un consensus, même minimal, entre l'hypothèse localiste kurgamienne et celle de la colonisation néolithique. Du moins les migrations liées à la diffusion de l’agriculture sont-elles de mieux en mieux comprises et documentées même si l’apport respectif des populations indigènes de chasseurscueilleurs et de celui des colons agriculteurs continue de faire débat. C’est le cas pour le peuplement de l’Europe. C'est aussi le cas pour le Japon où le rôle d’une migration massive dans la mise en place et le développement de la riziculture humide (e.g. la culture de Yayoi) tend actuellement à être fortement réévalué. Au total, on chiffre aujourd'hui à 10000 le nombre de sociétés connues et recensées et à 6000 le nombre de langues documentées. La disparition rapide de ces cultures et de ces langues, au rythme de plusieurs centaines par an, marque dramatiquement la situation ethnologique et ethnolinguistique contemporaine 22. Enfin, la situation scientifique contemporaine des problématiques concernant l'origine de l'homme et l'origine des langues est également profondément marquée par l'évolution des techniques de traitement et de modélisation de l'information ainsi que par l'évolution des techniques computationnelles de représentation et de simulation. Des modèles complexes comme ceux de la cladistique ou des simulations mettant en œuvre un très grand nombre de paramètres sont aujourd'hui maitrisables grâce à l'évolution des techniques informatiques. On en trouvera des illustrations dans Warnow et alii. (2005). 7. Les nouveaux paradigmes Dans les sciences humaines et sociales qui avaient été si profondément influencées par la perspective structuraliste, la fin du 20ème siècle et le début du 21ème sont marquées par des réorientations paradigmatiques profondes. Les sciences du langage, qui avaient porté et mis en forme le paradigme structuraliste, l'abandonnent presque totalement. Dès les années 1970 elles se situent à l'avant-garde du tournant vers les sciences cognitives qui va durablement marquer la période (Gardner 1985). La Grammaire Générative, tout comme les courants antagonistes généralement issus d'elle, se réorientent en mettant au premier plan l'analyse de la faculté de langage et des celle des préconditions cognitives à l'apprentissage spontané des langues naturelles (Chomsky 1968). Ce retour à une linguistique cartésienne (Chomsky 1966) intégrée à une théorie de l'esprit (Fodor 1975) est marqué par un universalisme cognitif. La Grammaire Générative vise en effet à porter au jour les mécanismes cognitifs généraux qui sous-tendent la faculté de langage propre à l'espèce humaine. Elle postule que ces mécanismes cognitifs, tout comme les préconditions nécessaires à l'apprentissage des langues, sont génétiquement codées et font partie du génome humain. En se proposant de caractériser explicitement la Grammaire Universelle conçue comme l'ensemble des fonctionnalités 22 Cf. Hagège (2000), Nettle et Romaine (2000) 10 cognitives, formelles et substantielles, sous-jacentes à l'ensemble des langues humaines possibles, la Grammaire Générative se donne un programme de recherche clairement universaliste et mentaliste (Chomsky 1995). Quelles que soient par ailleurs les divergences de vue et l'âpreté des débats concernant la modularité de l'esprit humain et la séparation stricte des modules cognitifs linguistiques postulée par la Grammaire Générative chomskyenne 23, ce tournant cognitif des sciences du langage est très généralement partagé. Le débat récent entre approches symboliques classiques et approches dynamiques subsymboliques connexionnistes (Laks 1996) ne conduit pas à modifier ce diagnostic. Le cognitivisme et l'universalisme partagés par les théories linguistiques les plus actuelles induisent un renouveau certain des études comparatives et contrastives. C'est en effet en comparant les structures et les fonctionnalités de langues très diverses que l'on peut dégager des universaux linguistiques, dont on peut ensuite, éventuellement, interroger les soubassements cognitifs et mentaux. Dans cette perspective contrastive, la typologie linguistique et la construction de vastes taxinomies ont connu un redémarrage spectaculaire principalement initié par les travaux de Greenberg (Greenberg 1963). Ces taxinomies ont rapidement rencontré la généalogie linguistique. La reconstruction de vastes familles de langues historiquement apparentées s'en est trouvée dynamisée (Greenberg 1971, 1987, 2002), offrant en retour aux recherches sur la diversité des langues, les universaux linguistiques et la typologie un cadre renouvelé (Comrie 1981, Comrie et al. 2003). Ces travaux généalogiques ont connu un écho interdisciplinaire certain, et c'est à partir de leur croisement avec la génétique des populations (Cavalli-Sforza et al. 1994) que la question de l'origine et de l'évolution des langues s'est trouvée ressourcée, ouvrant la voie au paradigme de la nouvelle synthèse (Cavalli-Sforza 2000) 24. Il en est de même de question indoeuropéenne, longtemps laissée en jachère, et qui s'est trouvée elle aussi reprise dans le cadre de reconstruction généalogique des super familles de langues (Greenberg 2002). Si la plupart des travaux taxinomiques de généalogie linguistique ont spontanément retrouvé le modèle du Stammbaum de Schleicher, l'étanchéité des familles postulées, la rigidité des hiérarchies et des filiations que ce modèle arborescent impose ont été récemment été mises en doute. Indépendamment des travaux taxinomiques et généalogiques en effet, la linguistique du 20ème siècle a prêté une grande attention aux relations entre langues, cultures et sociétés. Issue de la dialectologie, la sociolinguistique a mis au cœur de son investigation la question du changement linguistique (Labov 1994, 2001) qui apparaît intimement liée à celle de la variation, de l'hétérogénéité structurelle des dispositifs langagiers (Labov 1972) et de la relation entre différenciation linguistique et différenciation sociale (Laks 1983). L'analyse des contacts de langues (Weinreich 1953) comme celle de l'émergence des pidgins et des créoles (Mufwene 2001) livre de nombreux résultats qui tous conduisent à mettre en doute la catégorie de langue stable, homogène et invariante sur laquelle repose la reconstruction du Stammbaum. Comme Schuchardt en avait déjà eu l'intuition au 19ème siècle (Schuchardt 1922, 1979), les langues n'apparaissent pas séparées par des barrières d'espèce, ce qui invalide l'importation du modèle zoologique darwinien, mais sont au contraire l'objet de mélanges, d'hybridations, de recouvrement, d'importations partielles, d'influences réciproques, de mutations écologiquement conditionnées, de changements continus et graduels. En opposition aux généalogies du Stammbaum apparaissent alors des modèles beaucoup plus complexes, dynamiques et plastiques directement inspirés de la botanique et de l'écologie des systèmes vivants. Adossée à des modélisations mathématiques puissantes, la cladistique tend ainsi à 23 Cf. Tomasello (1995) ou Jackendoff (2002) pour des approches critiques récentes de ces questions. 24 Comme nous l'avons déjà noté concernant les recherches sur l'origine de l'homme moderne (Cf. note 18), la vulgarisation des travaux de généalogie linguistique portant sur l'origine des langues a connu un succès médiatique considérable Cf. par exemple Ruhlen (1994) 11 modifier sensiblement le paysage généalogique et taxinomique contemporain (Nakleh et al. 2005). Dans la dernière période, on note également une évolution parallèle dans l'ensemble des sciences sociales où l'abandon du structuralisme et le tournant cognitif débouchent de la même façon sur des modélisations de la complexité anthropologique très soucieuses de la prise en compte des dynamiques culturelles et sociales. Au contact de l’archéologie préhistorique, l’ethnologie et l'anthropologie sociale ont fait retour sur un évolutionnisme longtemps déconsidéré (Sahlins et al. 1960). Le changement progressif vers des organisations sociales de plus en plus complexes et de plus en plus inégalitaires (Service 1971a) a ainsi été repensé dans le cadre d'un évolutionnisme culturel (Service 1971b). Les questions de la parenté, du don, de la division du travail et plus généralement de la complexité sociale ont également connu un ressourcement récent par le croisement interdisciplinaire de l'ethnologie, de l'archéologie préhistorique, de l'éthologie et des sciences cognitives (Godelier 1986, 1999, Testart 1982). Dans ces champs disciplinaires, le tournant cognitif et les nouvelles interdisciplinarités qu'il a permis entre sciences de la culture, sciences du comportement, sciences sociales et neurosciences a réactivé les questions liées à l'origine de l'homme. Même si la question précise de l'origine des capacité cognitives et linguistiques propres à l'espèce continue d'opposer les cartésiens partisans d'une rupture de continuité fondamentale de type catastrophique aux constructivistes partisans d'une continuité phylogénétique (Piaget et al. 1980), les grands récits originels sont de nouveau d'actualité. Le concept d'exaptation (Gould et Vrba 1982) permet ainsi, par exemple, de repenser les spécificités cognitives de sapiens sapiens dans un cadre évolutionniste néodarwinien (Gould 2002) tandis que le croisement entre primatologie, éthologie, ethnologie, sociologie et neurosciences permet à Dunbar de formuler un nouveau scénario évolutif (Dunbar 1997) 25. Plus récemment encore, l'analyse du génome humain et de certaines pathologies cognitives et linguistiques liées à une déficience du gène foxp2 ont conduit des anthropologues à voir dans la mutation qui a introduit la forme moderne de ce gène dans le patrimoine de sapiens sapiens le moment de la rupture génétique initiale qui conditionne l'apparition de cette espèce (Klein et Blake 2002). Mais, si Hauser, Chomsky et Fitch (2002) argumentent dans ce sens et plaident pour l'apparition ante origine d'une capacité cognitive nouvelle la "Faculty of Language in a Narrow sense, FLN" 26, Tomasello argumente exactement en sens inverse et, proposant une vaste fresque des capacités cognitives linguistiques et non linguistiques de l'espèce tant du point de vue de leur acquisition que de leur dynamique, démontre qu'elles s'ancrent dans le relationnel socioculturel qui définit en propre l'espèce grégaire (Tomasello 2008). La boucle est ainsi bouclée qui permet de penser l'universalité de l'homme et l'origine de la faculté de langage soit à partir d'une biolinguistique génétique (Chomsky 2004), soit à partir d'une sociolinguistique en prise avec l'ethnolinguistique et l'anthropologie culturelle moderne. Dans le premier cas, l'approche reste cartésienne et n'inscrit pas la faculté de langage dans un cadre évolutionniste mais dans une statique discontinuiste, c'est-à-dire créationniste, dans le second, l'approche est fondamentalement évolutionniste ancrant la spécificité de l'homme et de la faculté de langage dans la diversité et l'universalité des organisations sociales et culturelles à la manière d'un pseudo gène socioculturel (Dawkins 2007). Darwin et le débat évolutionniste sont décidément bien loin d'être dépassés. 25 On sait que Dunbar s'est rendu célèbre par l'établissement d'une corrélation numérique pertinente : le nombre de Dunbar (Dunbar 1993). Il correspond à "the cognitive limit to the number of individuals with whom any one person can maintain stable relationships […] this limit is a direct function of relative neocortex size, and that this in turn limits group size". 26 La FNL se distingue de la faculté de langage qui est familière aux linguistes, la Faculty of Language in a Broad sense FLB, en ceci qu'elle apparaît avant même l'humanisation et les langues et en constitue la condition de possibilité. Elle met essentiellement en œuvre la récursivité structurale. 12 13 Bibliographie BERGOUNIOUX GABRIEL. 1994. Aux origines de la linguistique française. Paris: Pocket. BERGOUNIOUX GABRIEL. 1996. Aux origines de la Société de Linguistique de Paris (1864-1876). Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, XCI, 1.1-36. BERGOUNIOUX GABRIEL. 2002. La sélection des langues : darwinisme et linguistique. Langages, 146.7-19. BLUMENBACH JOHANN FRIEDRICH 1781. De generis humani varietate nativa liber. Goettingae : Apud viduam Abr. 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