Le Jardin d`acclimatation Jean
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Le Jardin d`acclimatation Jean
Le Jardin d'acclimatation Jean-Pierre Bardery Quand en décembre 1995, après de longues négociations, le dossier instruit par Hervé Maupin eut les faveurs de la ville de Paris, le groupe LVMH fut reconduit pour vingt ans dans son rôle de concessionnaire du Jardin d’acclimatation. En reprenant en 1984 la compagnie Boussac Saint Frères, je ne suis pas sûr que Bernard Arnault, roubaisien d’origine, ait été concerné en priorité par cette institution parisienne trouvée dans la corbeille du groupe. C’est en 1952, je crois, que Marcel Boussac, alors riverain du Jardin d’acclimatation et dit-on excédé par le bruit que faisaient la nuit les lions dans leurs ébats amoureux, aurait demandé à son homme d’affaire de faire une OPA sur le Jardin et de se débarrasser des fauves. Depuis lors, la concession était renouvelée régulièrement en faveur du groupe, et désormais sans fauves. La volonté de Jean Dromer, président de la financière Agache, filiale du groupe, de répondre une nouvelle fois à l’appel d’offres a été probablement déterminante. Ces hommes-là aimaient le Jardin et le Jardin avait besoin d’amour. Il était dans un triste état et sa fréquentation ne cessait de décliner. En cinq ans, le nombre d’entrées avait chuté de 40%, à un peu plus de 900000. L’environnement avait changé, pas le Jardin, qui n’avait pas pris en compte la concurrence, les nouveaux modes de vie ou les nouvelles technologies. L’informatique était inconnue et la vente des tickets se faisait au rouleau comme dans les cinémas des années 1950. Je me souviens d’un article du Figaro en 1996 dont le titre, « Le Jardin d’acclimatation se meurt, le Jardin d’acclimatation va-t-il fermer ? », exprimait le sentiment général. Tout était à faire: d’une certaine façon, c’était notre chance. Le Jardin d’acclimatation était devenu un parc d’attractions au rabais - comme un sous-concessionnaire me l’avait dit – sans moyen (avant 1996, le Jardin perdait de l’argent). Bien sûr les infrastructures étaient à revoir en priorité et Hervé Maupin, qui avait pris la présidence, mit en œuvre un ambitieux programme d’investissements afin de relancer le Jardin et de le mettre aux normes. Mais si la reconquête des visiteurs devait en passer par là, il fallait aussi redonner envie, remettre à la mode, faire rêver. Hervé Maupin m’appela auprès de lui en 1997 et me confia la direction générale de cette vieille institution. Celle-ci n’était pas une inconnue pour moi. J’avais, à la demande de 1 ce-dernier, réalisé un audit en terme d’image dès janvier 1996 et j’étais intervenu pour la formation du personnel régulièrement. Le Jardin avait alors 138 ans. Il avait besoin d’une reprise en main et les concessionnaires de sentir qu’il y avait désormais quelqu’un à la barre. Depuis plusieurs années, le Jardin n’était pas tenu et les baronnies s’épanouissaient sur le site. Un manège d’auto-tamponneuses occultait la fosse aux ours. D’autres attractions s’étaient installées sur des pelouses pelées. L’architecte, Jean-Pierre Jerphanion que je trouvais dans mon paquetage, fera merveille à nos côtés pour nous aider à faire le ménage. Notre but était de conserver au lieu son caractère élégant et sa magie. Notre défi était de mettre en valeur le lieu en prenant en compte les perspectives et en recherchant les transparences. Changer la place d’une allée, concevoir une gare et une nouvelle entrée avec des caisses créées par Nicole Lambert, peindre un pont en rouge ou même restaurer la rivière enchantée ou le théâtre et bien sûr l’aire de jeux et la pataugeoire, tout avait à nos yeux la même importance et devait être une satisfaction pour l’œil, quelle que soit la direction où l’on se tournait. Les enfants et les parents ont su nous dire leur plaisir retrouvé d’être dans un lieu préservé et de douceur en venant plus nombreux. Ils l’ont dit aussi à la ville de Paris qui ne recevait plus de lettres indignées. La remise en état nécessitait de gros travaux et demandait bien sûr quelques mois, voire des années. En particulier, les rails du petit train furent changes sur toute la longueur, nous fîmes deux forages de treize mètres de profondeur pour être autonome sur le plan de l’arrosage des végétaux et ceinturâmes le Jardin d’une tranchée où nous fîmes passer les fluides (eau, gaz, électricité) et la fibre optique, sans oublier les airs de jeux gratuits devenues dangereuses. Les toits du kiosque à musique et du pigeonnier furent restaurés également. Le Jardin était un vaste chantier. Dans ces conditions, nous ne pouvions guère communiquer sur la beauté des pelouses ou des parterres de fleurs, ni sur la qualité des installations. Il apparut que notre communication devait, d'une part, s’appuyer sur les ateliers et la vocation d’éveil du Jardin, et, d'autre part, développer, avec la petite ferme et le potager, le concept de la leçon de choses. L’âme du Jardin se trouvait là. Par ailleurs, il fallait donner une identité visuelle, c’est alors que, fin 1997, nous fîmes appel à un homme, Hippolyte Romain, qui partageait notre vision et notre sensibilité sur le Jardin. Cet homme avait de multiples talents, comme illustrateur et conteur et aussi il savait fabriquer un décor avec deux rubans et trois lanternes. Il réalisa entre autres, avec les ateliers, un festival d’épouvantails remarqué. Nous nous accordâmes sur le fait qu’il fallait pratiquer une politique de communication élitiste afin de faire rêver. Le jardin se méritait. Dès le printemps 1998, je mis à sa disposition un chapiteau 2 où, chaque mercredi, nous conviions quelques personnalités amies à un pique-nique sous les arbres et Hippolyte organisait ensuite une représentation. Ces soirées bénéficièrent d’un excellent bouche-à-oreille. La Chine étant à la mode, nous nous rendîmes cette même année à Pékin, cherchant l’inspiration pour le Jardin. C’est ainsi qu’une maison de thé fut construite, comme il n’en existait plus dans l’Empire du Milieu depuis Mao. Quelques visiteurs venus de Chine nous dirent leur étonnement de retrouver à Paris l’esprit des maisons de thé de la Chine ancienne. Nous éditâmes également des petites chroniques du Jardin d’acclimatation mettant en scène des personnages chinois et français. Ces chroniques contribuèrent à donner à notre communication un ton original et plein de charme. Nous apportâmes de plus au sein du Jardin quelques touches asiatiques en accord avec l’esprit du lieu propre à faire voyager nos visiteurs. Une vocation première en quelque sorte. La maison de thé fut un très efficace. outil de communication. Nous y fîmes un grand nombre de dîners. Nos invités apprécièrent la magie du lieu et les saveurs du wok d’Hippolyte Romain, et surent le faire savoir. Vécu par notre équipe, un autre événement remarquable fut la tempête du 26 décembre 1999. La moitié des arbres fut déracinée, le cirque perdit son chapiteau et le Jardin alors convalescent mit de longs mois avant de retrouver un visage bucolique. Pendant ce temps, le Jardin d’acclimatation retrouvait sa dimension de vrai Jardin, tournant le dos à l’univers des parcs d’attractions dans lequel il avait été quelquefois classé. Nous avons remis ainsi dans le périmètre du Village des Attractions les manèges égarés ça et là sur le site, occultant les transparences végétales. Hervé Maupin, grand amoureux des vivaces et autres agapanthes, s’attachait particulièrement à la bonne santé du potager. Tous les matins, pour ma part, je faisais le tour des dix-sept hectares, rectifiant une allée, définissant les plantations avec les Jardiniers. Je ne me lassais pas, chaque jour, d’admirer ces perspectives et la beauté d’une végétation souvent unique dans la capitale, de redécouvrir ces petits espaces secrets derrière des buissons, des haies, des buttes de faux rochers. Avec la complicité de l’architecte du Jardin dont la silhouette à la Orson Welles faisait merveille dans les négociations, nous refîmes les entrées et les nouvelles circulations avec les caisses, la gare, etc. Je croisais les « habitants » du Jardin sans qui nous n’aurions jamais pu réussir notre défi de rendre à ce lieu son esthétique et son pouvoir d’attraction. Il y avait monsieur manège, Roger S., Monsieur Poney, Alain D., tenant d’une main de fer l’école d’équitation, et sa pétillante épouse, Valérie, toujours aux fourneaux pour nous préparer des petits plats avec une mention spéciale pour son fondant au chocolat. Il y avait aussi la famille Paris dont les churros étaient réputés de nos 3 petits visiteurs, sans oublier Évelyne et ses papillons, les cirques qui se sont succédé, le bowling et bien sûr l’école de golf que nous avions créée et la compétence de ses jeunes professeurs. Nous avions permis à ces sous-concessionnaires de se fortifier sur un plan économique, afin qu’ils investissent dans la direction que nous leur proposions et pour cela nous divisâmes pratiquement par deux leur nombre, pour garder finalement sept partenaires particulièrement motivés. Le Jardin était désormais un lieu dont on parlait et bien au-delà du périphérique. Les visiteurs revenaient. A raison de 50 000 visiteurs de plus par an depuis 1997, nous étions passés de 900 000 à un peu plus de 1,3 millions. Ils s’y trouvaient bien, déjeunant dans le Jardin et y consacrant davantage de temps et d’argent… Dans ce but, nous avions voulu des restaurants - il n’en existait pas alors dignes de ce nom en dehors de quelques kiosques gourmands pour une restauration rapide - et pour cela nous avions ouvert le soir les portes du Jardin à des manifestations privées, afin que ces établissements puissent se rentabiliser et conserver une bonne prestation pour les déjeuners en semaine. Hervé Maupin prit sa retraite en 2001 et je lui succédai à la présidence. Un signe qui ne trompait pas sur la qualité du travail accompli par toutes les équipes du Jardin d’acclimatation, je sentais que l’on enviait de plus en plus ma position et l’agrément de mon bureau Napoléon III. Je me retirai fin 2004 sur la pointe des pieds, laissant le nouveau destin du Jardin s’accomplir et la fondation Louis Vuitton écrire une nouvelle page. Partant de pas grand-chose, on avait presque tout réinventé et fait accéder le Jardin à la modernité en huit ans de création, de bouillonnement, d’exigence et d’amitié. Le Jardin continuait sa métamorphose, il y était habitué depuis 150 ans. Le Jardin d’acclimatation around the world Jean-Pierre Jerphanion, l’architecte du Jardin, contribua pour une grande part à trouver des solutions aux défis que l’on devait relever. Il lui suffisait d’un crayon et d’un papier, c’était son côté prof à l’école d’architecture. Nous étions très complices et c’est par jeu que, quelquefois, nous affichions notre désaccord. J’appris en 2000 que la ville de Séoul cherchait un emplacement pour offrir un Jardin coréen à la ville de Paris. Quelle aubaine ce serait pour le Jardin d’acclimatation de bénéficier des aménagements de cette qualité. Jerphanion réussit l’exploit d’inscrire 4500 m2 autour de la pièce d’eau. Nous avions la faveur de Monsieur Goh Kun, le maire de Séoul, pour l’implantation de cette réplique d’un Jardin impérial. Les travaux vont durer pratiquement un an et les réunions de chantier dans mon bureau vont être 4 très viriles. Je menaçais un jour de dynamiter un mur pour persuader le responsable coréen du projet d'accéder à notre demande d’ouvrir une fenêtre vers le pavillon des oiseaux. C’était un jeu qui nous faisait rire sous cape. Peu à peu des relations amicales s’établirent entre le Jardin d’acclimatation et la communauté coréenne à Paris. Ainsi, l’ambassadeur de Corée en France, M. Juchulki, homme d’une grande courtoisie, nous manifestera régulièrement son amitié. Je ferai finalement un voyage en Corée en septembre 2004, invité par le président Li de la Province du Hanju. J’en garde un souvenir très fort. y aura aussi l’Égypte et la demande en 2002 de Suzanne Moubarack, épouse du président égyptien, d’un Jardin d’acclimatation au pays des pharaons. En septembre de cette même année, nous ferons avec l’architecte le voyage au Caire à l’invitation de la première dame. Nous cernerons durant ce premier séjour le meilleur emplacement en fonction de la surface nécessaire. Jerphanion fera plusieurs allers-retours dans la capitale égyptienne avec différentes maquettes et son projet finalement verra le jour à New Cairo, banlieue chic en devenir. Il suffit de regarder sur le web pour constater aujourd’hui que le Suzanne Moubarack Family Garden a quelque chose en commun avec notre Jardin d’acclimatation. 5