Etat des lieux et enjeux du télétravail
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Etat des lieux et enjeux du télétravail
CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS TELETRAVAIL ET « E-TRAVAIL » ETAT DES LIEUX ET ENJEUX Version 1.6 – 2 septembre 2002 Daniel KAPLAN Stéphane VINCENT TELETRAVAIL ET « E-TRAVAIL » ETAT DES LIEUX ET ENJEUX SOMMAIRE SYNTHESE .......................................................................................................... 3 1 OBJECTIFS.................................................................................................... 7 2 QU’ENTEND-ON PAR TELETRAVAIL ET E-TRAVAIL ?...................................... 8 2.1 La genèse ................................................................................................ 8 2.2 La « société de l’information » : un contexte de transformation profonde des modes de production ......................................................................................... 8 3 4 5 6 2.3 Du télétravail à l’e-travail ......................................................................... 10 2.4 Typologies des formes d’e-travail............................................................... 10 EVALUER L’IMPORTANCE DE L’E-TRAVAIL .................................................. 12 3.1 Les e-travailleurs en Europe...................................................................... 12 3.2 Les e-travailleurs aux Etats-Unis ............................................................... 13 3.3 Comment les entreprises européennes ont recours à l’e-travail ...................... 14 3.4 L’offre de services d’externalisation en Europe............................................. 16 3.5 Y a-t-il des pays plus ou moins préparés à l’e-travail ?.................................. 19 3.6 Quelques prévisions................................................................................. 20 ACTEURS SPECIALISES ET POLITIQUES D’ENTREPRISES ........................... 21 4.1 « Bonnes pratiques » : quelques politiques d’entreprises et d’administrations .. 21 4.2 Les acteurs spécialisés dans le télétravail.................................................... 25 LES ENJEUX DU TELETRAVAIL .................................................................... 29 5.1 Avantage et limites du télétravail............................................................... 29 5.2 Enjeux sociétaux de l’e-travail................................................................... 33 5.3 Enjeux technologiques du télétravail .......................................................... 35 5.4 Les accord sociaux et le télétravail............................................................. 35 5.5 E-Travail et aménagement du territoire ...................................................... 36 POLITIQUES NATIONALES ET LOCALES DANS LE DOMAINE DE L’ETRAVAIL ..................................................................................................... 39 6.1 Quelques leviers d’action .......................................................................... 39 6.2 L’approche européenne ............................................................................ 40 6.3 Les politiques nationales........................................................................... 41 6.4 L’engagement des administrations publiques dans l’e-travail ......................... 43 6.5 Les actions des collectivités territoriales...................................................... 45 7 QUELQUES PISTES DE REFLEXION POUR LA CAISSE DES DEPOTS .............. 47 8 SOURCES ET RESSOURCES.......................................................................... 49 PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 2 SYNTHESE Du télétravail à l’e-travail Le télétravail désigne « toute forme de substitution de l’usage des technologies de l’information et de la communication aux déplacements normaux liés au travail ». L’image traditionnellement associée à cette forme de télétravail est celle d’un(e) « travailleur/euse du savoir » réalisant l’essentiel de son travail depuis son domicile à l’aide d’un ordinateur et d’un téléphone. Longtemps, le télétravail a été présenté comme l’horizon nouveau du travail salarié, une conséquence presque inéluctable de la société de l’information qui devait transformer la relation au travail, renforcer l’autonomie des employés, désengorger les centres urbains... Cette vision ne s’est pas réalisée. Loin d’apparaître comme la modalité phare du travail de demain, le télétravail « première manière » n’est que l’une des manifestations caractéristiques d’une organisation productive de plus en plus caractérisée par la flexibilité, la mobilité, le décloisonnement, la réduction des hiérarchies traditionnelles, l’estompage des frontières et l’importance prise par les flux d’information vis à vis des flux de matière. En 2000, seuls 5,6% des actifs occupés en Europe pouvaient être considérés comme des « télétravailleurs ». Moins d’un sur cinq télétravaille la majorité de son temps. La proportion est supérieure aux Etats-Unis (20% en 2001), mais le télétravail « occasionnel » domine également. En revanche, d’autres formes de travail « flexible » se développent rapidement : le travail mobile, qui se réalise en un grand nombre de lieux ; le travail indépendant ; et surtout, l’externalisation de fonctions autrefois assumées au sein des entreprises, de l’informatique au service client (explosion des centres d’appel) en passant par la comptabilité, la sécurité... L’ensemble de ces formes de travail qui font usage d’outils de traitement de l’information et de télécommunications pour en livrer le produit à un employeur ou un client distant, correspond à la définition de l’e-travail (e-Work) dans laquelle l’Union européenne, parmi d’autres, englobe désormais le télétravail. Ce qui revient à dire qu’il n’y a pas de dynamique autonome du télétravail, distincte de celle plus large de l’e-travail. Typologies des formes d’e-travail Nature de la relation contractuelle Salariale Individualisé Nature du lieu de travail Espaces de bureau partagés • Télétravailleurs salariés • Employés mobiles, travail multi-localisations ou nomade Lieux de travail distants mais appartenant à l’entreprise • Centres d’appel • Back-offices Contractuelle (externalisation) • Indépendants (« elances ») • Fournisseurs spécialisés de services externalisés aux entreprises • Centres d’appel spécialisés Telecottages ou autres bureaux partagés • Centres d’appel • Autres (Source : EMERGENCE, www.emergence.nu) PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 3 Un développement inégal en Europe et dans le monde En 2001, le nombre d’entreprises et de salariés concernés par l’externalisation de fonctions dépassait très largement celui des télétravailleurs individuels : 43% des établissements d’entreprises employant plus de 50 personnes avaient recours à des fournisseurs de services d’externalisation, alors qu’ils n’étaient que 12% à employer des « e-salariés ». L’e-travail « mobile » (auquel recourent 10% des établissements) domine largement le travail salarié à domicile (1,4% des établissements) ou dans des télécentres éloignés du siège de l’entreprise (1% des établissements). En revanche, 11,4% des établissements faisaient appel à des « e-lances », cette nouvelle race d’indépendants qui travaillent au moins pour partie à distance de leurs clients, aidés de leur ordinateur et de leur téléphone portable. Prévision du nombre d’e-travailleurs en Europe, 2010 (millions) 2000 2010 Scénario 1 : croissance de l’emploi sans restructuration Scénario 2 : diffusion des TIC et changements d’organisation, pas de croissance Scénario 3 : croissance et restructuration Salariés basés au domicile 0,8 0,95 2,75 3,2 Salariés nomades 3,7 4,3 12,5 14,3 e-lances 1,45 1,8 2 ,5 3,0 3,1 3,1 6,6 6,6 9,04 10,1 24,3 27,1 Indépendants télétravailleurs, hors services aux entreprises Total (Source : EMERGENCE, www.emergence.nu) L’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), les pays scandinaves, les Pays-Bas et dans une moindre mesure la Grande-Bretagne, sont les pays où l’e-travail est le plus développé. La France, selon la plupart des indicateurs, est nettement en retrait. Il est probable que la moindre flexibilité du travail (par rapport aux pays anglo-saxons et aux Pays-Bas), la conflictualité des relations sociales (par rapport aux pays scandinaves) et une moindre appétence vis à vis des technologies nouvelles, expliquent la position de la France. Le territoire est également un facteur explicatif (sauf en ce qui concerne le Danemark et les Pays-Bas) de l’écart entre les pays de tête et les autres : l’importance des distances, ainsi que la dureté du climat, sont de puissants facteurs de développement de formes de travail à distance. Des bénéfices réels, mais difficiles à obtenir L’enjeu de l’e-travail consiste à réconcilier les besoins des entreprises, des salariés et de la société, dans une démarche qui est souvent associée au développement durable. Les entreprises sont à la recherche de plus de flexibilité et de réactivité, d’une réduction de leurs coûts fixes, mais elles souhaitent également satisfaire et fidéliser leurs salariés pour gagner en productivité. Mais elles ont encore du mal à organiser le travail d’employés distants, à en juger les résultats, à le marier avec les formes plus traditionnelles d’organisation. Elles sont réticentes à assumer les coûts initiaux de mise PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 4 en œuvre et craignent parfois pour la sécurité de leurs données. Des actions d’information, de partage d’expérience, de conseil et de formation, enfin des incitations financières, peuvent les aider à sauter le pas. La difficulté à préserver un échange riche et dense au sein d’une communauté de travail, malgré la distance, reste cependant réelle et les moyens d’y pallier sont encore, pour beaucoup, du domaine de la recherche ou de l’expérimentation. Les salariés attendent du télétravail un meilleur équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle, plus d’autonomie, une réduction du temps perdu dans les transports « pendulaires ». Les handicapés, les parents de jeunes enfants, en espèrent de nouvelles possibilités d’emploi. Mais si l’immense majorité des télétravailleurs s’affirme satisfaite de son choix, les autres s’inquiètent de l’éloignement, de la solitude ou encore de l’envahissement de leur vie privée par le travail. L’intégration du travail à distance dans les accords sociaux (sur le modèle de l’accord-cadre signé entre les confédérations d’employeurs et de syndicats au niveau européen), l’accès à des formations, l’aide à l’équipement, l’organisation de moments d’échange physiques... peuvent là encore abaisser les barrières. D’un point de vue sociétal, l’e-travail doit en principe contribuer à plusieurs objectifs associés au développement durable, tels que les définit l’Union européenne : l’augmentation du taux d’emploi, la décongestion urbaine, la réduction du taux de pollution. Mais ces effets positifs ne se manifestent pas de manière spontanée : si l’impact sur le trafic aux heures de pointe est réel, les déplacements de substitution rendent négligeable l’impact de l’e-travail sur l’environnement ; par ailleurs, l’e-travail profite spontanément plus aux grands centres urbains et périurbains qu’aux zones rurales ou enclavées. Seules des politiques déterminées au niveau continental, national et local peuvent contrebalancer ces tendances spontanées. L’impact limité des politiques volontaristes Les politiques volontaristes préconisées un temps au niveau européen comme au niveau local (par exemple par la Datar au début des années 90) n’ont guère infléchi les tendances. Les lourds investissements consentis par certaines collectivités pour créer des télécentres ou attirer des centres d’appel ont rarement été payés de retour. Le télétravail n’étant pas un phénomène autonome, les politiques les plus susceptible d’en favoriser le développement sont souvent d’une nature globale : développement des infrastructures à haut débit (l’impact des hauts débits sur la possibilité de télétravailler est démontré), équipement informatique domestique, familiarité avec les TIC, accès à des ressources techniques ou d’assistance, mais aussi accessibilité des services publics en tout point du territoire. La plupart des pays mènent cependant quelques actions spécifiques en faveur de l’etravail. Parmi les « ingrédients » d’une telle politique, dont aucun pays ne réunit jamais un nombre significatif, on trouve : • Le soutien au développement d’accord sociaux intégrant le télétravail ; • Des actions d’information, d’échange de bonnes pratiques, de mise à disposition d’information pratique, juridique... à destination des employeurs comme des individus ; • Le soutien à des projets exemplaires venant, soit d’une entreprise donnée, soit d’acteurs collectifs : associations, aménageurs et collectivités... • L’aide (généralement sous la forme du financement d’actions de conseil) à la définition de politiques d’entreprises en faveur du télétravail ; • Le soutien à l’équipement et au raccordement des télétravailleurs, individuellement ou via leur employeur ; • Le développement du télétravail dans l’administration... Pour l’essentiel cependant, c’est sur les collectivités territoriales que repose l’effort de PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 5 soutien au développement de l’e-travail. Selon la position dans laquelle se trouve, cette politique peut consister : • A favoriser l’e-travail pour décongestionner le territoire, pour les plus grands centres urbains : certaines municipalités consentent ainsi des aides fiscales aux entreprises, indexées sur l’impact de leur politique en matière de trafic et d’environnement ; • A attirer ou maintenir sur place des entreprises, des indépendants ou des individus employés par des entreprises distantes. Les actions à mener dans ce cadre sont plutôt de nature infrastructurelle (mettre à disposition les réseaux, les locaux, les services... susceptibles de faciliter la vie et le travail sur place), en complément des mesures traditionnelles de communication, fiscales, etc. – dans un contexte de concurrence entre les territoires. Quelles pistes pour la Caisse des Dépôts ? La plupart des actions conduites par la CDC en matière de TIC participent donc directement ou indirectement du développement des activités à distance : développement du haut débit, espaces publics numériques, développement du contenu public internet et du comarquage de service-public.fr, etc. Cependant il est possible d’imaginer quelques pistes d’action spécifiques pour la CDC dans ce domaine. Parmi les principales actions imaginables, on citera : • L’extension de la vocation des cyberbases pour faciliter le développement de formes de télétravail, soit à domicile (services d’assistance et de formation), soit sur place (évolution vers un fonctionnement de type « telecottage ») ; • Le soutien à des actions d’étude et de mesure, de recensement et de partage des bonnes pratiques, d’information et de sensibilisation, de formation... des acteurs (entreprises, syndicats, salariés, indépendants, territoires...) ; • La formalisation de scénarios, méthodes, voire offres de financement destinées à permettre à une collectivité de répondre très rapidement aux sollicitations d’une entreprise désireuse de s’implanter, qui inclurait le recours à des formes d’e-travail ; • Le soutien à des programmes locaux d’assistance aux entreprises désireuses de développer d’e-travail (financement d’actions de conseil, d’investissements...) ; • La mise en place un réseau de télécentres destinés en priorité aux programmes de télétravail des administrations locales et nationales ; • Des programmes de soutien concernant des publics « spécifiques » susceptibles de bénéficier tout particulièrement du travail à distance : familles de jeunes enfants, handicapés, malades de longue durée... PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 6 1 OBJECTIFS La Caisse des Dépôts et Consignations souhaitait disposer d’un « état des lieux » sur le télétravail en France et en Europe, et ses relations avec les problématiques de la CDC : développement des territoires, développement durable et dynamiques européennes. A partir d’une réflexion sur la définition et l’étendue du télétravail, la note a pour objet de traiter des questions suivantes : • Historique du phénomène, étapes de son développement • Typologies de formes de télétravail et de télétravailleurs • Etat du développement des différentes formes du télétravail en France, en Europe et ailleurs • Exemples marquants : politiques d’entreprises, intermédiaires du télétravail, actions de soutien au télétravail... • Grands acteurs du télétravail • Avantages et limites pour les individus et pour les entreprises • Enjeux et débats autour du télétravail – dans ce cadre, une attention particulière s’est portée sur l’inter-relation avec les trois priorités de la Caisse des Dépôts • Pistes à creuser, leviers d’action, suggestions d’actions pour la Caisse des Dépôts. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 7 2 QU’ENTEND-ON PAR TELETRAVAIL ET E-TRAVAIL ? 2.1 La genèse Le terme de « télétravail » serait né d’un article du Washington Post en 1972. Il a été popularisé par Jack Nilles, alors chercheur à la NASA, devenu depuis l’un des « gourous » du sujet1. Le télétravail est cependant resté longtemps un sujet d’étude plutôt qu’une réalité sociale et économique tangible. Ce n’est que dans les années 1990 que le phénomène a pris une ampleur mesurable et qu’à cette occasion, les définitions et les analyses se sont affinées. Le télétravail désigne alors « toute forme de substitution de l’usage des technologies de l’information et de la communication aux déplacements normaux liés au travail » (Jack Nilles) : il s’agit « d’amener le travail au travailleur, plutôt que de déplacer les travailleurs vers le travail ». L’utilisation des TIC est une composante constante et importante de la définition : il existe en effet depuis longtemps des travailleurs à domicile, indépendants (médecins, artisans...) ou salariés (travaux à la tâche par exemple), mais les analystes du télétravail cherchent à rendre compte d’un phénomène nouveau, d’une évolution dans l’organisation du travail. Dans ces premières définitions, on reste cependant dans le cadre de la relation contractuelle entre un employeur et un employé. Dans son rapport de 19942, Thierry Breton distingue ainsi télétravail et téléservices, ces derniers s'apparentant plus à de la sous-traitance qu'à un travail à distance, en ce sens que les entreprises confient certaines de leurs tâches (administratives, par exemple), à des sociétés de services. En observant la réalité du phénomène, les observateurs ont cependant vite été conduits à distinguer plusieurs formes concrètes de télétravail. On peut télétravailler depuis son domicile, depuis un télécentre spécialisé (appartenant à l’entreprise, ou partagé), ou encore de manière « mobile » dans d’autres lieux : chez un client, dans un lieu de passage, sur un chantier... Le télétravail peut être permanent (on ne passe jamais « au bureau »), principal ou partiel (par exemple, un ou deux jours à distance, et le reste au bureau – c’est l’organisation que l’on constate le plus fréquemment, celle que les anglophones désignent par l’expression telecommuting). Enfin, le télétravailleur peut être un salarié, un indépendant, voire un sous-traitant. Au contact des réalités, le concept de télétravail s’est ainsi progressivement affiné. 2.2 La « société de l’information » : un contexte de transformation profonde des modes de production Dans le même temps, d’autres phénomènes ont touché l’organisation des entreprises et du travail. • La généralisation de l’internet et des réseaux dans les entreprises, combinée avec l’émergence de nouveaux modes de gestion « par objectifs », transforment les organisations : autonomisation des équipes et des employés, coopération entre équipes distantes au sein d’une entreprise ou appartenant à plusieurs entreprises,... • La globalisation, la concentration des entreprises sur leur « cœur de métier », les 1 Dans la société Jala International : www.jala.com 2 Le Télétravail en France, situation actuelle, perspectives de développement et aspects juridiques, La Documentation Française, 1994 PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 8 exigences croissantes de réactivité et de qualité dans la relation client... incitent les entreprises à rechercher toutes les solutions de « flexibilité » pour réduire leurs coûts fixes (immobiliers notamment), adapter leurs capacités de production aux fluctuations de la demande, distribuer les tâches de production (voire de conception) entre sites distincts répartis dans le monde. Certaines entreprises tendent à se « virtualiser » de plus en plus, allant parfois jusqu’à ne conserver que des structures de conception, de gestion et de coordination, et externalisant jusqu’à la production, la logistique ou le service clients (industriels « fabless » tels que Cisco). D’autres incitent leurs employés à travailler chez leurs clients, voire chez eux, et suppriment au siège les bureaux affectés au profit de pratiques d’ « hotelling » (Andersen). • Le développement massif des centres d’appel, qui s’accompagnent de stratégies de localisation et d’emploi très particulières : l’Irlande est ainsi devenue le centre européen pour de nombreux grands centres d’appel, tandis que certains territoires tentent d’inciter les exploitants de centres d’appel de plus petite taille de s’installer chez eux. • L’équipement individuel croissant en ordinateurs, connexions internet et appareils mobiles, qui commence par les « travailleurs du savoir » (des cadres aux ingénieurs et enseignants), stimule le développement de pratiques de télétravail de facto : on emporte du travail chez soi, puis on le communique à ses destinataires depuis son poste ou son ordinateur portable. Les 4 grands changements en cours dans le travail Temps Lieu Type de contrat Contenu du travail • Evolution de la durée moyenne (quotidienne, hebdomadaire, annuelle) • Distribution du temps de travail dans la journée, la semaine, l’année • Variabilité de la durée du travail, en fonction des besoins de l’entreprise ou des préférences de l’employé • Modification du lieu de travail : bureau, domicile, télécentre • Mobilité • Télécoopération : modification de l’organisation spatiale des équipes de travail • Rapprochement entre emploi salarié et freelance, dans le domaine des services aux entreprises • Externalisation • Modification de la durée des contrats, développement des CDD • Rémunération intégrant les résultats autant que le temps de travail • Enrichissement du travail : élargissement des tâches, des réseaux relationnels, diversification, autonomie • Développement massif de l’usage des TIC • Taylorisation de certaines activités de service • Formation tout au long de la vie • Mobilité fonctionnelle (et géographique associée) (Source : à partir d’ECaTT, www.ecatt.com) PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 9 2.3 Du télétravail à l’e-travail Aujourd’hui, les spécialistes – en Europe notamment – tendent par conséquent à retenir un concept plus englobant, celui d’e-travail (eWork), voire de « travail flexible ». Selon la Commission européenne, l’e-travail désigne « Une méthode destinée à organiser et/ou réaliser un travail, avec laquelle une part significative du temps de travail d’une personne est éloignée des locaux de l’entreprise ou du lieu où le résultat du travail doit être remis, et où les TIC et l’internet sont utilisés pour réaliser le travail ». Ainsi, l’externalisation de fonctions de l’entreprise auprès d’autres entreprises fait désormais partie de la définition de l’e-travail. Le projet européen EMERGENCE3 utilise une définition plus courte : l’e-travail désigne « Tout type de travail qui fait usage d’outils de traitement de l’information et de télécommunications pour en livrer le produit à un employeur ou un client distant ». L’accent est mis sur le résultat (la livraison à distance d’un travail) plutôt que sur la référence à une situation « normale » dans laquelle un employé se rend à son bureau. Le bénéficiaire du travail peut être un employeur ou un client : l’atténuation de la différence entre le salariat et certaines formes de travail indépendant est prise en compte. C’est à cette dernière définition que nous ferons référence par la suite. Le télétravail devient alors un sous-ensemble de l’e-travail, dans lequel un individu (salarié ou non) travaille ailleurs que dans les locaux standards de son employeur ou de l’entreprise avec laquelle il est en contrat, et reste en relation avec l’entreprise grâce aux TIC. 2.4 Typologies des formes d’e-travail EMERGENCE distingue neuf catégories d’e-travail : Nature de la relation contractuelle Salariale Nature du lieu de travail Individualisé Espaces de bureau partagés • Télétravailleurs salariés • Employés mobiles, travail multi-localisations ou nomade • Lieux de travail distants mais • appartenant à l’entreprise • Centres d’appel • Back-offices Telecottages ou autres bureaux partagés 3 Contractuelle (externalisation) • Centres d’appel • Autres • Indépendants (« elances ») Fournisseurs spécialisés de services externalisés aux entreprises Centres d’appel spécialisés www.emergence.nu PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 10 Cette typologie très opérationnelle sera réutilisée par la suite. En s’intéressant de plus près à l’e-travailleur lui-même, le projet européen MIRTI4 propose une typologie affinée des formes de télétravail : Critères d’analyse des formes de Télétravail Le lieu Le temps Le statut Individuel ou collectif • A domicile • Mobile • Bureaux satellites d’entreprises • Télécentres et telecottages • Entreprise entièrement virtuelle • Marginal : le télétravail n’est pas une pratique habituelle ou régulière • Substantiel : télétravail régulier et fréquent, avec un équipement dédié, mais le bureau reste le lieu de travail principal • Principal • Salarié, le télétravail étant explicitement prévu dans le contrat de travail • Indépendant et/ou contractuel • Informel, le télétravail n’est pas pris en compte de manière contractuelle • Individuel : la pratique concerne l’organisation propre d’une personne • Collectif : l’entreprise délocalise ou sous-traite de manière organisée certaines tâches ou fonctions (Source : MIRTI) La question du présentiel : le rapport du télétravailleur à l’espace physique de l’entreprise est-il central ? Il est intéressant de noter que ce thème fait débat dans tous les champs d’application des NTIC ; qu’il s’agisse des activités « télépendulaires » dans le e-travail, ou du « blended model » (ou présentiel) pratiqué dans les modèles traditionnels de eformation, il est communément admis qu’une présence physique, même partielle, est indispensable pour l’efficacité du travail et préserver le lien social5. On trouve cependant les traces d’une plus grande virtualité, en particulier dans les pratiques émergentes issues du net : communautés en ligne, certaines applications de « peer to peer », etc. Parmi les conséquences : certaines collectivités passent du soutien de télécentres « physiques », au soutien de plate formes virtuelles, de « soutien aux micro-activités en ligne » (par exemple la Région Poitou Charentes avec www.ebusinessgeneration.com) 4 www.telework-mirti.org/; projet conclu en 2001. 5 Ainsi l’Anact suggère t-elle que le travail télépendulaire constitue une étape indispensable pour l’entreprise candidate au télétravail (« Le télétravail en questions – analyse critique à partir de 10 cas d’entreprises ») PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 11 EVALUER L’IMPORTANCE DE L’E-TRAVAIL Les études sur le télétravail sont désormais relativement nombreuses et relativement convergentes. Dans le cadre des priorités e-Europe, la Commission européenne a en particulier soutenu plusieurs projets de recherche sur le domaine. 2.5 Les e-travailleurs en Europe Moins de 6% de « télétravailleurs » en 2000 L’Eurobaromètre de janvier 2001 estimait à 5,6% le pourcentage des européens en activité (chômeurs exclus) qui pouvaient être présentés comme des « télétravailleurs », travaillant à distance de manière régulière au moins une journée par semaine. Cependant : • Seuls 4% des salariés voient le télétravail reconnu (et rémunéré) de manière officielle dans le cadre de leur contrat de travail. Un volant important de télétravail « souterrain », difficile à mesurer, existe vraisemblablement ; • Environ 20% des actifs occupés disent qu’ils utilisent un ordinateur au domicile pour travailler, au moins de temps en temps. Belgique Danemark Allemagne Grèce Espagne France Irlande Italie Luxembourg Pays-Bas Autriche Portugal Finlande Suède Royaume-Uni UE 15 Total 4,6 17,4 3,7 3,3 3,6 5,6 3,3 3,1 5,1 9,6 4 2,4 12,4 10,1 10,4 5,6 % de télétravailleurs dans la population occupée (2000) Indépendants Cadres Cols blancs Cols bleus 7,2 13,6 4,9 1,4 21,3 42,2 20,4 4,4 7,2 9,5 4,1 0,6 1,4 9,4 6,1 2,4 4,4 14,6 3,6 0,7 10,7 16,6 5,1 0,3 2,2 7 5,8 1,7 2 6,2 6 0,8 0 12 10,4 0,6 17,1 20,4 9,3 2,9 8,2 5,8 4,5 1 2,3 6,4 3,9 0,9 19,1 25,3 9,9 2,8 6,2 11,4 10,9 10,1 26,7 13,4 1,3 19,5 7,1 15 6,4 1,2 Source : Eurobaromètre Caractéristiques des situations de télétravail Parmi les « télétravailleurs », selon le projet européen ECaTT (1999-20006), la moitié télétravaille un jour par semaine, 30% deux jours par semaine et seuls 6,3% télétravaillent tout le temps. Le télétravail n’est donc pas une forme d’organisation massivement utilisée et lorsque l’on y a recours, c’est pour une partie minoritaire de son temps. Les « e-travailleurs » sont pour l’essentiel, soit des indépendants, soit des salariés occupant des positions d’encadrement, de techniciens ou de « travailleurs du savoir » (enseignants, chercheurs, ingénieurs, informaticiens...). Toutes les enquêtes confirment 6 www.ecatt.com PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 12 que leur niveau de qualification est nettement supérieur à la moyenne. L’e-travail se distingue nettement du travail à domicile traditionnel, celui des artisans ou des femmes employées à la tâche dans des secteurs tels que la confection. Il est aussi majoritairement masculin : 6,2% des hommes occupés sont des télétravailleurs selon l’Eurobaromètre, contre 4,8% des femmes. Les pays nordiques, les Pays-Bas et le Royaume-Uni forment clairement le peloton de tête en Europe. La France occupe une position intermédiaire, avec une très forte surreprésentation des cadres supérieurs et des indépendants. En termes de fonctions, l’informatique est très clairement dominante, notamment du fait de l’importance de la sous-traitance. Fonctions concernées par l'e-travail dans les entreprises européennes Services clients 19% Ventes 6% Saisie, frappe 9% Développpement et maintenance logicielles 59% Comptabilité et finance 8% Gestion, formation, RH 8% Créatif, éditorial 20% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% Source : EMERGENCE, 2002 2.6 Les e-travailleurs aux Etats-Unis La Telework America Survey7 de 2001 recense 28,8 millions de « télétravailleurs » à temps partiel ou complet, ce qui représenterait un cinquième des actifs occupés. L’enquête de 1999 n’en dénombrait que 19,6 millions. Parmi ces télétravailleurs, 22% travaillent au moins en partie à domicile et le reste du temps à leur bureau, 7,5% passent une partie de leur temps dans un télécentre, 4,2% dans un bureau satellite de leur entreprise ; 24% sont itinérants ; enfin, 42,4% passent une partie de leur temps de travail chez eux et une autre dans d’autres modes de télétravail. L’étude Work at Home8 du Département du Travail américain estime pour sa part que 19,8 millions de personnes (15% des actifs occupés) travaillent au moins une journée par semaine à domicile, dont 13,9 millions de salariés. Les caractéristiques des postes 7 www.telecommute.org/twa/index.htm 8 www.bls.gov/news.release/homey.toc.htm PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 13 occupés par ces « télétravailleurs » sont semblables à celles que l’on observe en Europe : une majorité de postes de direction, commerciaux ou techniques, pour l’essentiel dans des métiers de services (services aux entreprises ou aux particuliers, informatique, enseignement...) Selon une enquête de Bell Atlantic, en 1999, 2 millions d’entreprises avaient prévu des formes de telecommuting dans les contrats de travail. Le télétravail est le plus développés dans les petites ou les très grandes entreprises, moins dans les entreprises de taille moyenne. 2.7 Comment les entreprises européennes ont recours à l’e-travail Le projet EMERGENCE s’est intéressé aux pratiques des entreprises installées en Europe. Son enquête européenne s’intéresse cependant en priorité aux établissements de plus de 50 salariés. Le recours à l’externalisation domine de loin sur le télétravail « classique » L'e-Travail dans les entreprises en Europe, par catégories e-Travail (toutes formes) 49% AU SEIN DE L'ORGANISATION e-Salariés (toutes formes) 11,80% Back-offices distants 6,80% Salariés nomades 9,90% Salariés basés à domicile 1,40% Centre d'appel distant 1,40% Salariés travaillant dans des télécentres 0,90% EXTERNALISATION Externalisation (toutes formes) 43,00% e-Lancers 11,40% Externalisation dans la même zone géographique 34,50% Externalisation dans une autre zone du même pays 18,30% Externalisation auprès d'entreprises d'autres pays 5,30% Centre d'appels externalisé 15,00% 0% PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35% 40% 45% 50% 14 Source : EMERGENCE, 2002 – Note : la moyenne (« UE 18 ») inclut la République Tchèque, la Hongrie et la Pologne 49% des établissements de plus de 50 salariés en Europe ont recours à une forme d’etravail. L’externalisation est de loin la forme dominante, particulièrement dans trois domaines : les centres d’appels, le développement et la maintenance logicielles, et les métiers associés à la communication. S’agissant des salariés de l’entreprise, le travail « nomade » des vendeurs, techniciens, consultants, chefs de chantiers et dirigeants, constitue la principale forme d’e-travail, suivi du recours à des bureaux « satellites » appartenant généralement à l’entreprise. Le télétravail au domicile – du moins sous sa forme officielle, reconnue par l’entreprise – est une forme très minoritaire qui touche seulement 1,4% des établissements. Les « e-lances » ne se substituent pas aux salariés Etudiant de manière plus précise le cas des « e-lances », ces indépendants qui travaillent essentiellement depuis leur domicile au moyen d’outils technologiques, EMERGENCE estime que malgré la tendance européenne au développement de formes d’emploi indépendant (particulièrement dans les pays les moins développés de l’Union ou candidats à rejoindre l’Union), la tendance n’est pas à une substitution significative du lien contractuel au lien salarial. Si 11,4% des établissements européens de plus de 50 salariés recourent aux e-lances, elles le font dans le cadre de relations relativement stables dont la nature n’a pas changé avec le développement de l’internet. Les « bourses » de freelances, par exemple, ne rencontrent guère de succès. En réalité, les entreprises tendent de plus en plus à appliquer à leurs propres salariés les critères d’évaluation (travail par objectifs, flexibilité...) qu’on associe d’ordinaire à la soustraitance : le travail salarié ressemble de plus en plus au travail indépendant, mais le lien salarial n’est pas rompu pour autant. Des écarts significatifs entre les pays européens Deux catégories de pays figurent parmi ceux dans lesquels le recours des entreprises à l’e-travail est le plus fréquent : • Les économies technologiquement avancées des pays nordiques et du Pays-Bas, dont les pratiques d’e-travail sont développées dans tous les domaines ; • Les pays du sud (Grèce, Italie, Espagne) ou de l’est (y compris les nouveaux accédants à l’Union, République Tchèque, Hongrie ou Pologne), où l’externalisation est nettement dominante – tant en ce qui concerne le recours à l’externalisation, que l’offre de services d’externalisation (voir plus bas). L’existence dans certains pays du sud de réseaux de PME très dynamiques est également un facteur positif. Parmi les grands pays, la France et l’Allemagne sont ceux dans lesquels l’e-travail est le moins exploité par les entreprises. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 15 % des entreprises européennes recourant à différentes formes d'etravail UE 18 Allemagne Autriche Belgique Danemark Espagne Finlande France Grèce Irlande Italie Luxembourg Pays-Bas Portugal Royaume-Uni Suède 0% 10% 20% 30% e-Travail (toutes formes) 40% Salariés nomades 50% 60% 70% 80% Salariés basés à domicile Source : EMERGENCE, 2002 2.8 L’offre de services d’externalisation en Europe Il est frappant de constater que si 43% des établissements d’entreprises européennes employant plus de 50 salariés ont recours à des services externalisés, 21% des mêmes établissements proposent eux-mêmes des services d’externalisation à d’autres entreprises. Ce type d’activité joue donc déjà un rôle économique significatif. Le service clients est le principal domaine d’offre, ce qui reflète notamment le développement des centres d’appel, ainsi que de la sous-traitance d’activités telles que la maintenance, la logistique, etc. La faiblesse de l’offre dans le domaine de la maintenance et du développement de logiciels résulte essentiellement de l’outil de mesure : cette offre se concentre avant tout, soit dans de toutes petites entités (alors que l’enquête ne concerne que les établissements de plus de 50 salariés), soit au contraire dans des très grandes sociétés de services dont le nombre d’établissements peut être relativement faible. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 16 L'offre de services d'externalisation en Europe Offre de services externalisés 21% Services clients 11% Ventes 3% Saisie, frappe 4% Développpement et maintenance logicielles 6% Comptabilité et finance 3% Gestion, formation, RH 4% Créatif, éditorial 7% 0% 5% 10% 15% 20% 25% Source : EMERGENCE, 2002 En matière d’offre, les Pays-Bas, les pays nordiques, mais plus encore les pays de l’Est candidats à l’UE, sont les plus dynamiques. La France fait partie du peloton de queue, en compagnie de l’Italie, de la Grèce, du Luxembourg et du Portugal. Une partie de ces résultats peut être liée à une proportion plus importante de petits établissements dans certains pays – mais la France n’est probablement pas dans ce cas. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 17 % d'établissements européens offrant des services externalisés à d'autres entreprises 21% UE 18 16% Allemagne 18% Autriche 16% Belgique Danemark 22% 16% Espagne 23% Finlande France 9% 6% Grèce 13% Irlande Italie 10% 8% Luxembourg 30% Pays-Bas 11% Portugal 18% Royaume-Uni 15% Suède 0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35% Source : EMERGENCE, 2002 PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 18 2.9 Y a-t-il des pays plus ou moins préparés à l’e-travail ? Dans le cadre du projet EcaTT, le cabinet allemand Empirica, spécialisé dans l’analyse des nouvelles formes de travail, a proposé un index composite de « l’adaptabilité des modalités du travail »9 dans différents pays européens. Cet index mesure la propension d’un pays à développer des formes nouvelles d’e-travail, en fonction de plusieurs indicateurs considérés comme à la fois significatifs, et mesurables dans chacun des pays : • L’importance du temps partiel choisi ; • L’autonomie dans la gestion individuelle des horaires de travail ; • Le développement du télétravail, mais aussi de la télé-coopération entre équipes distantes, au sein de la même entreprise ou d’entreprises distinctes ; • Le degré de protection des salariés, mesuré par un indicateur de l’OCDE (dont l’objectif est clairement d’inciter les pays membres à accroître le degré de « flexibilité » du marché de l’emploi) ; • L’importance du travail indépendant ; • Le pourcentage de salariés occupant des fonctions d’encadrement ; • Et le pourcentage de salariés bénéficiant de la formation continue. Cet indicateur n’est nullement neutre. Il associe clairement la fluidité du marché du travail avec le potentiel de développement de l’e-travail. Néanmoins, ses résultats semblent cohérents avec les observations qui précèdent sur le développement des différentes formes d’e-travail en Europe. Il place la France parmi les nations « sédentaires » (au même titre que l’Espagne et l’Italie), très nettement en retrait sur la quasi-totalité des critères, en particulier en matière de formation continue, de développement du télétravail et de souplesse dans l’organisation du travail. L’index d’adaptabilité des modalités de travail en Europe Classement AWAI Index Formation tout au long de la vie Travail indépendant Responsabilités d’encadrement Compétences appliquées Contrat Législation de protection des salariés Télétravail Télé-Coopération Localisation Autonomie dans la gestion des horaires de travail Indicateur Temps Travail à temps partiel volontaire Dimension Suède 44 75 90 75 65 100 79 100 6,63 1 Royaume-Uni 59 74 45 85 100 69 100 92 6,63 1 Finlande 20 100 100 100 71 76 70 88 6,25 3 Danemark 46 82 63 63 82 69 77 85 5,75 4 100 77 86 90 65 69 76 69 5,75 4 Allemagne 44 82 36 64 58 97 86 23 5,13 6 Irlande 39 75 26 75 91 55 93 35 4,63 7 Italie 13 81 21 54 49 93 63 23 2,63 8 France 33 63 17 53 53 35 76 8 1,38 9 Espagne 16 70 17 48 51 3 60 19 0,50 10 Pays-Bas Source : Empirica, 2001 9 AWAI, pour « Adaptability of Work Arrangements Index » PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 19 2.10 Quelques prévisions La mesure de l’e-travail est encore imparfaite et peu d’enquêtes officielles sont aujourd’hui en mesure de l’appréhender de manière correcte. Aussi, les prévisions dans ce domaine sont-elles à considérer avec précautions. Le projet EMERGENCE a produit trois scénarios pour 2010. Les deux scénarios les plus probables prévoient une multiplication par 2,5 ou par 3 du nombre d’e-travailleurs. Les scénarios considèrent que la croissance de l’emploi est un facteur moins déterminant que la restructuration des entreprises et des modes de travail stimulée par l’usage des technologies de l’information et de la communication. Aux Etats-Unis, les instituts convergent pour prévoir une forte augmentation du recours à diverses formes d’e-travail, qui toucherait plus de 50% des actifs d’ici à 2004-2005. Prévision du nombre d’e-travailleurs en Europe, 2010 (millions) 2000 2010 Scénario 1 : croissance de l’emploi sans restructuration Scénario 2 : diffusion des TIC et changements d’organisation, pas de croissance Scénario 3 : croissance et restructuration Salariés basés au domicile 0,8 0,95 2,75 3,2 Salariés nomades 3,7 4,3 12,5 14,3 e-lances 1,45 1,8 2 ,5 3,0 3,1 3,1 6,6 6,6 9,04 10,1 24,3 27,1 Indépendants télétravailleurs, hors services aux entreprises Total Source : EMERGENCE, 2002 PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 20 3 ACTEURS SPECIALISES ET POLITIQUES D’ENTREPRISES 3.1 « Bonnes pratiques » : quelques politiques d’entreprises et d’administrations Aux Etats-Unis Aux Etats-Unis, les expériences sont légion et couvrent l’ensemble du secteur des services. Les initiatives observées10 partent de moins de 10 salariés, pour aller jusqu’à plusieurs centaines, pouvant représenter jusqu’à 10 à 15% des effectifs totaux des grandes entreprises. Parmi elles, des sociétés high tech (Hewlett-Packard, Active Voice, EDS...), des call centers (AirTouch Cellular, Holland America Line Westours Inc.), des agences conseils (DDB, Davis Wright Tremaine LLP), des banques et assurances (The Guardian Life Insurance Company of America, Frank Russell Company, Washington Dental Service), des instituts de recherche (Fred Hutchinson Cancer Research Center), des médias (KCTS Television), des administrations (Washington State Department of Transportation, Seattle Housing Authority), etc. AT&T, un des précurseurs dans la matière, a mis en place un site Internet dédié11. Grâce à son expérience, la société a produit un certain nombre de documents afin d’aider les entreprises à mettre en oeuvre un projet lié au télétravail. Washington Mutual : réduire les coûts immobiliers et responsabiliser le personnel La banque Washington Mutual (www.wamu.com), qui emploie 30 000 personnes aux Etats-Unis, dispose du plus important service d’expertise du pays (575 employés dans 40 points du pays), lui permettant de remplir elle-même 80% de ses besoins en la matière. Cette capacité vient du fait que 40% des équipes d’expertise télétravaillent à plein temps depuis leur domicile, réunis autour d’un intranet. La banque estime réaliser 166 000 $ d’économies par mois pour 225 télétravailleurs, soit 740 $ par employé et par mois économisés sous forme de frais de locaux, d’une réduction de l’absentéisme, d’un gain de productivité (la productivité par expert aurait augmenté de 24% en un an) et probablement, d’une plus grande flexibilité qui facilite la réduction des effectifs. La banque veut atteindre 50% de l’équipe d’experts puis étendre le programme à d’autres services – cependant, 4 ans après le lancement du programme, il ne semble pas que l’extension ait pris forme.. Le programme de télétravail, qui coûte un cinquième de l’économie réalisée, est ainsi au cœur de la stratégie de cet établissement financier « discount », mais profitable, qui mise sur la capacité d’auto-organisation de son personnel. Lorsqu’un employé décide d’adhérer au programme de télétravail, une visite est organisée pour vérifier l’adéquation de son espace de travail. Une prime de 1500$ est versé aux salariés pour leur équipement, et leurs frais (télécoms, fournitures, etc.) sont couverts. 10 Par exemple dans le cadre du Commuter Challenge, programme de valorisation des solutions innovantes en faveur de la réduction des transports domicile/lieu de travail (« commuting »), voir www.commuterchallenge.org/cc/csintro.html 11 www.att.com/telework PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 21 Ville de Redmond : attirer et retenir les cadres, et diffuser l’image d’une administration moderne Depuis son essor économique dans les années 90, tiré par le développement de Microsoft, la Ville de Redmond (Etats de Washington) conçoit le télétravail comme l’un des choix attractifs offerts à ses cadres –couplé à la flexibilité des horaires par exemple mais aussi un moyen d’accompagner la croissance des effectifs municipaux : en quelques années l’espace individuel disponible est passé de 30 m2 à 17m2. Actuellement 35 fonctionnaires – du budget, des RH et de l’équipement- sont invités à travailler chez eux près d’une fois par semaine. Pour lever les craintes habituelles (en particulier celles liées au contrôle du travail effectué), l’administration a mis en place un programme de communication et d’évaluation des résultats. Le développement du télétravail s’opère sur le mode d’une expérimentation collective, à partir d’un noyau dur, pour s’élargir vers de nouveaux agents. Parallèlement, la ville développe d’autres actions innovantes vers les habitants, notamment un important programme en faveur d’une meilleure gestion des transports urbains (www.ci.redmond.wa.us/intheworks/mts/). En Europe Le projet européen FlexWork12 s’est penché sur le cas de 24 sociétés localisées en Europe, et ayant intégré le télétravail dans leur stratégie. Au final, le projet constate une grande diversité des projets, de tailles très variables, avec cependant quelques grandes catégories : • Projets fondés sur une croissance par « télécoopération » entre partenaires distants ; • Projets de télémaintenance ; • Entreprises virtuelles fondant leur organisation en réseau ; • Entreprises et télécentres en zone rurale (« telecottages » :) • Emergence d’emplois « auto-créés ». Le télétravail dans le bâtiment : la société Strobel (Baden- Württemberg) Spécialisée dans les routes et l'ingénierie souterraine, Strobel emploie approximativement 400 personnes. Pour répondre à un problème de réactivité, à l’origine de retards croissants, sans pour autant faire exploser ses coûts, l’entreprise a expérimenté l’emploi d’un ingénieur basé à l’extérieur et « partagé » entre plusieurs employeurs. Les craintes en matière de confidentialité se sont rapidement effacées, en particulier du fait de l’expérience accrue que ces missions multiples conféraient à l’employé. Aujourd'hui Strobel utilise 8 e-travailleurs, libres d’organiser leur temps de travail. De niveau ingénieur, ils sont chargés de prendre des mesures sur des chantiers une fois par semaine, puis d’exploiter ces données chez eux ; ils prennent aussi en charge des travaux statistiques et de facturation. Ils travaillent de façon plus flexible, davantage orientée vers le client, sans avoir à respecter des horaires de bureau, ce qui permet de mieux respectées les échéances serrées. Kite Ltd : Une entreprise de télétravail en zone rurale (GB) Créée fin 1993, dans une zone rurale de l’Angleterre, Kite Ltd (www.kiteltd.com) propose aux entreprises des services à distance de gestion externalisée de données, de conseil et de formation. Face à l’absence de main-d’œuvre qualifiée et la faiblesse des infrastructures (télécoms en particulier) dans sa zone, l’entreprise a été conduite à créer elle-même ses ressources pour attirer et former ses employés : un bâtiment construit comme un véritable télécentre, un centre de formation, une crèche privée qui emploie 4 12 www.flexwork.eu.com PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 22 personnes (à l’usage des employés mais aussi des enfants des stagiaires qui viennent se former sur le site), et bien sûr un système d’information performant ainsi qu’une connexion en fibre optique (obtenue après plusieurs années de tractations). Kite emploie aujourd’hui 19 salariés. En fondant sa stratégie sur les différences de créneaux horaires entre l’Europe et les Etats-Unis, Kite Ltd a obtenu des contrats de traitement de données avec les hôpitaux américains et d’autres clients étrangers. L’entreprise a reçu le label ISO 9002. Elle est parvenue à fidéliser une clientèle tout en assurant sa croissance – ainsi que le développement personnel de ses salariés. En France L’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail a examiné en détail 10 expériences d’e-travail13 ; le cas de la société UCT, composée de 12 salariés et basée en Lozère, est l’un d’eux. La société UCT : 8 ans de pratique du télétravail Basée en Lozère, UCT propose des prestations de conseil et d’assistance en gestion aux réseaux de franchise (outils de saisie, transfert des données, traitement et restitution après analyse), essentiellement par l’usage des réseaux et de l’internet. L’entreprise emploie 12 salariés dont trois travaillent depuis 1997 près d’Orléans et deux depuis Mende (l’un en alternance entre domicile et bureau). Une antenne d’UCT se trouve à Paris, proche de la franchise du premier et principal client. Les « stratégies télétravail » déployées comprennent des entrevues régulières, et des visites sont organisées. Plusieurs facteurs semblent expliquer le succès du projet : une culture bien partagée des TIC par toute l ‘équipe, un usage banalisé des outils internet/intranet et communication spontanée (chat), des choix réfléchis (« la bonne personne, la bonne fonction »). Microsoft France : le télétravail haut débit avec l’ADSL A la fin des années 90, Microsoft a financé des connexions RNIS à ses collaborateurs nomades pour leur permettre de gagner en autonomie et de travailler facilement à domicile, sans avoir à repasser par le siège des Ulis (78) après un rendez-vous clientèle. Cette solution s'est avérée satisfaisante jusqu’à l’arrivée des hauts débits. L'ADSL est rapidement apparue comme la suite logique de cette politique d’équipement des collaborateurs. La migration vers l’ADSL des 450 utilisateurs Numéris a été lancée début 2002 avec France Télécom/Wanadoo pour un déploiement en juin 2002. Après deux mois, plus de 90% des détenteurs de lignes RNIS ont pu être migrés. Microsoft France devient ainsi, avec plus de 400 lignes ouvertes, la plus grosse structure française à proposer autant de lignes haut débit à ses collaborateurs. Sur le plan financier, la migration a permis de réaliser plus de 30% d'économies sur les coûts existants. Enfin, et surtout, 98% des collaborateurs ainsi équipés se déclarent aujourd'hui satisfaits ou très satisfaits de leur connexion. La population considérée est assez particulière, puisqu’elle bénéficiait déjà, à titre professionnel, d'une connexion rapide (128k via Numéris). Les habitudes de télétravail étaient déjà acquises. Cependant, le passage aux hauts débits a entraîné des modifications d’habitudes : • La bande passante plus importante disponible rend possible, à son domicile, des usages qui étaient réservé précédemment au lieu de travail ; c’est le cas par exemple des sessions d’autoformation vidéo ou bien encore de la manipulation de cubes de données de tailles conséquentes. • La connexion est permanente, pour un coût constant. Cette caractéristique, associée aux services de joignabilité tels que MSN Messenger permet aux collaborateurs de se 13 Cet intéressant rapport est téléchargeable depuis www.anact.fr/pdf/teletravail.pdf PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 23 joindre les un les autres plus simplement. • Un autre effet constaté à plusieurs reprises est le déploiement de réseaux locaux domestiques, un ou plusieurs ordinateurs personnels et l’ordinateur professionnel partageant la connexion haut débit fournie par l’entreprise, pour des usages tant personnels que professionnels. Un impact indirect sur la culture de l’entreprise est la sensibilisation aux politiques de sécurité : il est naturel pour les utilisateurs de ces connexions haut débit, de protéger leurs équipement. Le déploiement du haut débit s’est ainsi accompagné d’une campagne de sécurisation aussi bien des postes professionnels que des poste personnels connectés au réseau d’entreprise. Autres entreprises pratiquant le télétravail Le télétravail dans les TPE/PME offre un paysage très contrasté, allant d’applications sporadiques (quelques salariés concernés) à des démonstrations plus spectaculaires où l’entreprise fonde son développement sur la création de valeur ajoutée par la distante ; dans ces projets la logique multisite est souvent présente : Télérgos, créée en 1989, est implanté à Paris, Rethel (08), Bar Le Duc (55), Montflanquin (47), Blagnac (31), Barnard Castle (GB) et propose une offre complète de téléservices (télésaisie, traduction, administration des entreprises, transcription de conférences, gestion). Elle dégage un CA d’environ 3Meuros. Elle compte 110 salariés dont 10 seulement au siège à Paris. La filiale anglaise a été créée en 1994. Télérgos fait figure de pionnier et de success story dans ce domaine. Contact : Denis Haulin, PDG, www.telergos.com Les projets en télétravail de la société BIJOUX GL (Cheylard, en Ardèche) datent des premiers appels d’offres Datar (1993). Forte de près de 500 salariés et répartie sur 7 localisation entre Paris et l’Ardèche, la société BIJOUX GL a progressivement évolué d’une logique « télétravail » traditionnelle (3 salariés à l’informatique en télépendulaire en 1999), vers une logique de mise en réseau de l’organisation de l’entreprise : extension du réseau internet vers l’ensemble des sites, développement de solutions mobiles pour les 22 commerciaux (transactions depuis des portables à écran tactile à leur domicile), développement d’un extranet (www.bijouxgl.com) Contact : Roger Magnabosco, Responsable informatique La société Notariat Services, installée en zone rurale dans un chalet à Pompadour (Corrèze), compte 80 salariés. Créée en 1960, elle propose une offre complète en matière d’édition électronique et « papier » en matière d’annonces immobilières notariales (ISO 9001). L’internet est utilisé pour centraliser textes d’annonces et photos, composer les documents sur place, et adresser à l’imprimeur les données numérisées. En 4 ans, le nombre de journaux édité a doublé pendant que le temps de fabrication diminuait par deux. L’entreprise édite plusieurs webs spécialisés ; Notariat Services n’a pas à proprement parler développé le télétravail autour de ses salariés, mais conçoit l’ensemble de son activité par le travail à distance. Une filiale internet et multimédia a été créée en 1995 Contact : Pierre Duny, www.immonot.com PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 24 3.2 Les acteurs spécialisés dans le télétravail Télécentres et « telecottages » Selon l’Association Française du Télétravail et des Téléactivités (AFTT14), le télécentre est « une ressource immobilière et logistique composée de bureaux disposant d'équipements informatiques et de télécommunications, conçus, réalisés et gérés par un opérateur public ou privé, et mis à la disposition de télétravailleurs (salariés d’entreprises ou d’administrations distantes, ou travailleurs indépendants et professions libérales) ». Cette définition exclut les sociétés de téléservices, les centres d’appels, les bureaux de location et les centres d’affaires. Néanmoins, et comme le note L’annuaire des télécentres 1999, le terme recouvre revêt des réalités très différentes selon les pays, les régions, les activités ; en France le télécentre est souvent assimilé à son voisin de Grande-Bretagne, appelé « telecottage », pour sa localisation généralement rurale. En 1999, l’annuaire français des télécentres ne recensait qu’une dizaine de réalisations : • Alsace : Télécentre du val de Modere, ADEC, à La Walck (Bas-Rhin) • Languedoc-Roussillon : Projet de construction du télécentre de Mèze (Hérault) • Limousin : Association régionale de télétravail / Le Dorat (Haute-Vienne) • Lorraine : Télécentre de Longwy (Meurthe-et-Moselle) • Midi-Pyrénées : Télécentre EDF à Saint Affrique (Aveyron), projet de mise en place d’un télécentre Médiaparc à Varilhes (Ariège) • Nord-Pas de Calais : Télécentre Téléact Maubeuge (Nord), Télécentre Net-Activ à Fourmies (Nord) • Picardie : Télécentre "API" à Saint Quentin (Aisne) • Provence Alpes Côte d'Azur : Espace Mirabeau, société CAPA à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), Aartel à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) • Rhône Alpes : Télespace de Villard de Lans dans le Vercors (Isère), A l’Encrier à Bourg-les-Valences (Drôme) D’autres développements ont pu être constatés depuis, tels ceux des telecottages du Berry (www.chez.com/telecentre/ARCTIC/), mais globalement, leur nombre reste très faible en France. C’est en Grande-Bretagne que les telecottages sont le plus développés. Une association leur est consacrée, qui recense plusieurs dizaines de centres15. Pour être recensé dans l’annuaire, le telecottage doit à la fois : • Fournir un accès public à des ordinateurs et d’autres équipements ; • Fournir des services et des lieux de formation ; • Fournir des services à d’autres entreprises. Le telecottage à la britannique est donc un mélange d’espace public numérique, d’espace d’assistance aux entreprises et de télécentre à proprement parler. En réalité, on compte de nombreuses autres initiatives prises par des collectivités rurales pour stimuler l’accueil d’activités économiques, mais celles-ci ne relèvent pas nécessairement du télétravail : on peut notamment citer la démarche d’ensemble portée de longue date par le canton du Chamousset, qui associe 14 communes rurale des Monts du Lyonnais : création d’un centre de formation aux nouvelles technologies (Erasme), d’une pépinière high tech pour les chercheurs créateurs d’entreprises (Axone), etc. 14 www.aftt.asso.fr 15 www.tca.org.uk/map/tcott.htm PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 25 Le cas particulier des centres d’appel Dans le paysage du travail à distance, les centres d’appels occupent une place spécifique. Les premiers centres d’appels, apparus dans les années 60, relevaient de simples bureaux de réclamations doté d’un numéro d’appel et que l’on pouvait composer pour déposer des demandes standard. Les téléopérateurs ne disposaient que d’informations et de formation limitées. Dans les années 90, soutenus par des dispositifs télécoms et informatiques de plus en plus élaborés et coûteux, les centres d’appel ont changé de vocation pour devenir de véritables « nœuds » de communication pour beaucoup d’entreprises, au service d’objectifs de satisfaction et de fidélisation du client, de conquête de clientèle, de rationalisation des flux téléphoniques, etc.. Aujourd’hui, les premiers centres d’appels virtuels et « nœuds de vente » font leur apparition ; ils associent les anciennes techniques de distribution automatique des appels (mais pour distribuer des appels entre plusieurs dizaines de points géographiques), de puissants systèmes d’information, éventuellement des dispositifs de réponse vocale interactive, à la communication sur l’internet, et constituent des nœuds d’apprentissage, de commercialisation, de négociation et de vente. La courbe des emplois dans les centres d’appel a suivi l’essor des télécommunications et de l’internet en enregistrant une des plus fortes croissances de l’économie : environ 1,3% de la main d’œuvre européenne (soit 2 millions de personnes) travaille dans les centres d’appel, la plus forte concentration étant localisée au nord de l’Europe, Irlande notamment). Aux Etats Unis, plus de 5 millions d’emplois ont été créés dans ce secteur depuis 1990. Globalement, les centres d’appel enregistrent une croissance annuelle de 30 à 35% en termes de volume d’appels et de 20 à 25% en termes d’effectifs. Derrière l’aridité des termes (téléacteur, téléopérateur), et quelle que soit la qualité du système d’information, ce sont les personnes qui répondent, communiquent, résolvent les problèmes des clients. Pourtant l’attention prêtée à leur formation, leur fidélisation et leur évolution professionnelle demeure très faible, si l’on en juge par la plupart des études menées dans les centres d’appels des pays de l’Union européenne. Un grand nombre de problèmes subsistent aujourd’hui, liés à l’organisation du travail, la formation, l’évolution des carrières, la santé, les abus en matière de contrôle et de surveillance, la localisation des centres d’appels en fonction du coût de la main d’œuvre, et les relations patronat-syndicats. Du coup, le turnover du personnel des centres d’appel est traditionnellement très élevé : il s’agit dans la plupart des cas d’occupations de transition, peu durables, ce qui peut être le signe d’un secteur encore immature et incapable de proposer des perspectives à une part significative de ses employés. Le caractère encore quelque peu « sauvage » de l’activité des centre d’appels, malgré la sophistication croissante des technologies et des méthodes, limite probablement les perspectives d’action des acteurs publics pour en faciliter la localisation durable en un lieu géographique donné. Bourses d’emploi et organismes fédérateurs pour e-lances C’est tout naturellement que l’internet a accompagné l’émergence des formes les plus souples de travail (free lance, CDD, intercontrats, portage salarial), en particulier dans tous les métiers du conseil et de l’assistance (informatique et réseaux, marketing et commercialisation, etc.) ; mais il a également rendu possible un effort d’organisation et de mutualisation entre ces acteurs isolés. En France, les initiatives ont des natures diverses : • Des intermédiaires entre indépendants et entreprises clientes − Service d’annonces pour e-lances et télétravailleurs sur Cyberworkers.com, Jobfreelance.com, teletravailonline.com, virtua.fr… − Service d’intermédiation, prise en charge des formalités administratives et prospection pour des contrats d’e-lance, ou des CDD (Kalifeye.com) ; PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 26 • Des associations entre sociétés et indépendants, réunies en réseau : e-toiles.org est une coopérative associant 9 indépendants et web agencies localisées dans 8 villes de France ; • Des outils, qui facilitent la collaboration à distance entre ces acteurs (ex : mayeticvillage.fr) ; Cyberworkers.com, une success story marseillaise Créé en 1996, Cyberworkers est à la fois un annuaire de télétravailleurs, un « marieur » d’offres et de demandes et un service d’assistance aux télétravailleurs. Outre un annuaire de 11 000 indépendants inscrits, Cyberworkers.com propose des services de sous-traitance (développement web, infographie, contenu et traduction, hotline, elearning, CRM), un bureau virtuel à l’usage de ses inscrits, et une place de marché sur laquelle il est possible de lancer un appel d’offre et toucher des professionnels localisés dans 70 pays. Ingénierie et assistance au développement du télétravail Conjointement, une offre d’assistance et de conseil s’est développée, afin de vulgariser le e-travail auprès des entreprises et des acteurs publics, et les accompagner dans leurs projets. Parmi eux : • Des cabinets de conseil et des consultants indépendants : Si l’on retrouve la plupart des grands cabinets conseils et agences spécialisées en TIC (forts de leurs références en accompagnement du changement, en refonte des systèmes d’information, en ergonomie des organisation), ainsi que des cabinets d’avocats, quelques sociétés en ont fait leur principal axe de développement et militent activement dans les réseaux européens et internationaux en faveur du e-travail (Eurotechnopolis Institut, Distance Expert, Telpro en France par exemple). Au Royaume-Uni, www.homeworking.com contient toutes les informations pour travailler à partir de son domicile, surtout en tant que travailleur indépendant ; • Des programmes d’études ou de veille : En France, les quelques travaux de l’Association Française du Télétravail et des Téléactivités (AFTT), l’Observatoire syndical des pratiques et des conséquences du télétravail (Ospract) ; à l’échelle européenne, des observatoires soutenus par l’Union (le programme Emergence, le projet FlexWork, les conférences annuelles eWork, etc.) ; • Pas d’institut de formation spécialisé, du moins programmes de recherche (Laboratoire « Interaction Téléactivités » de l’Ecole centrale de Lyon, Technologiques et Travail » de l’Anact) s’intéressent au • Des associations orientées vers les télétravailleurs : l’AFTT en France, et un assez grand nombre d’associations nationales partout en Europe, plus ou moins actives cependant. Les plus dynamiques semblent être l’ITAC américaine et la TCA britannique (voir adresses en annexe). • Les opérateurs télécoms : ils sont évidemment de solides prescripteurs du e-travail, et la plupart y consacrent des gammes de produits, des départements spécialisés, et conseillent leurs clients dans ce sens. Ex : Flexible Working (www.wfh.co.uk/wfh/index.htm), le site de BT pour les télétravailleurs et les entreprises intéressées par le travail flexible ; ou encore un web d’informations très complet sur le télétravail conçu par Alcatel Belgique, http://212.113.74.111/fr/index.asp en France, mais quelques Collaborative, Téléformation, Département » Innovations sujet ; Le projet FlexWork Le projet FlexWork (www.flexwork.eu.com), soutenu par la Commission européenne rassemble plusieurs institutions et entreprises européennes dans le but de fournir les informations, les outils et les services nécessaires pour aider les entreprises à développer PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 27 des formes de travail « flexibles ». La définition du travail flexible est proche de celle de l’e-travail : « être en mesure de travailler avec des clients, des fournisseurs ou des salariés en s’affranchissant des limites du temps et de la distance ». FlexWork édite des guides et des manuels de mise en œuvre de l’e-travail par les entreprises, produit des outils de calcul coûts-bénéfices et facilite l’organisation de séminaires et de formations. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 28 4 LES ENJEUX DU TELETRAVAIL 4.1 Avantage et limites du télétravail Pour les individus Pour le télétravailleur, cette organisation du travail a des avantages et des limites : Avantages Limites Employabilité • Une forme de travail adaptée aux handicapés, aux parents de jeunes enfants... • Peu ouvert aux travailleurs manuels, ou alors sous des formes peu gratifiantes Horaires et gestion du temps • Plus grande souplesse dans la gestion du temps • • Moins de temps perdu dans les transports • Risque de surtravail : plus d’heures supplémentaires, travail les soirs et les W-E • Gestion plus souple des priorités en régime normal. Moins d'interruptions causées par des collègues Carrière • Astreinte : une demande de disponibilité et de réactivité de la part des employeurs • Difficulté de remplacement ou d’utilisation du droit à congé (maladie ou autre) • Impact généralement positif sur la productivité et la qualité du travail Risque de moindre évolution : moins d’interaction avec la hiérarchie, travail plus difficilement mesurable • Risque de sur-spécialisation • Moindre contact avec les syndicats Rémunération • Peu d’impact pour les emplois de direction, de vente (hors VRP indépendants), de techniciens • Les employés spécialisés basés à domicile (ex. infirmières) gagnent souvent moins que les autres Relations de travail • Moindre pression hiérarchique • Perte de communication avec les collègues • Perte de retour sur le travail, perte de reconnaissance Satisfaction au • travail Satisfaction très généralement • accrue Transports et déplacements • Réduction des déplacements pendulaires aux heures de pointe Equilibre travail-vie privée et familiale • Meilleur équilibre, plus grande disponibilité • Facilité accrue de concilier travail et loisirs ou responsabilités familiales PROPOSITION / Télétravail et e-Travail Stress lié à l’isolement, ennui, difficulté de mobilisation • Difficulté à mesurer les résultats de son travail • Risque d'invasion de la vie privée par le travail et réciproquement 29 Le télétravail n’est donc pas adapté à tous les postes, toutes les entreprises, tous les individus. Il existe des échecs individuels ou collectifs dans le passage au télétravail. Cependant, les enquêtes montrent que le télétravail attire toujours un grand nombre de personnes, et que ceux qui le pratiquent s’en portent généralement bien : ainsi, aux Etats-Unis, les deux tiers des télétravailleurs interrogés dans le cadre de la Telework America Survey se disent plus satisfaits de leur travail, tandis que les trois quarts ont le sentiment d’avoir accru leur productivité et la qualité de leur travail (6% pensent cependant le contraire). Interrogés à l’automne 2000 par l’étude Eurobaromètre, 67% des européens qui disaient pratiquer le télétravail indiquaient également qu’ils se sentaient plus productifs au travail. Ils considéraient à 46% qu’il était « plus facile de combiner vie professionnelle et vie privée » et à 43% qu’ils avaient le sentiment d’être plus autonomes. Seuls 18% des télétravailleurs se plaignaient d’avoir moins de contacts sociaux. Il est intéressant de constater que les opinions de ceux qui ne télétravaillent pas se classent, en termes de « popularité », dans un ordre pratiquement inverse : ils sont les plus nombreux à penser qu’ « on a moins de contacts sociaux » et les moins nombreux à croire que le télétravail rend plus productif. Opinions des européens vis à vis du télétravail On a moins de contacts sociaux Cela réduit la nécessité de faire la navette Il est plus facile de combiner vie professionnelle et vie privée On a le sentiment d'être plus autonome On est plus productif au travail 0% Télétravailleurs 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% Non-télétravailleurs Source : Eurobaromètre, automne 2000 Il reste qu’en théorie du moins, les Européens sont très nombreux (près des deux tiers) à se déclarer intéressés par une forme de télétravail, selon l’enquête ECaTT réalisée en 1999. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 30 Pour les entreprises Avantages Coûts Productivité • Possibilité de délocaliser certaines formes de travail dans des zones moins coûteuses • Coût de mise en place d’une relation de télétravail (équipement, formation, « réglages »...) • Réduction des m2 de bureaux • Coûts télécoms • Gain de productivité au travers • de la satisfaction des employés et de l’utilisation • plus intensive des TIC • Service clients • Relations de travail Flexibilité Recrutement Limites Réduction de l’absentéisme Perte de contrôle sur le travail des télétravailleurs Risques de désorganisation si une proportion importante du personnel télétravaille Télétravail à domicile : rapprochement des employés et des clients, plus grande disponibilité • En cas de délocalisation distante des centres des clientèle, risque de déshumanisation • Réduction du stress • • Satisfaction et fidélisation des salariés Affaiblissement de la communauté de travail • Distension des liens hiérarchiques • Accompagnement des réorganisations : gestion par objectifs, décentralisation, autonomie des salariés... • Difficultés de mobilisation en cas de crise ou de changement important • Plus grande souplesse horaire • Accompagnement des délocalisations • Plus grande adaptabilité du personnel aux fluctuations ou aux projets (externalisation) • Gestion de la mobilité • Possibilité d’employer des handicapés, des parents de jeunes enfants, des membres de couples biactifs... • Les concurrents peuvent plus facilement débaucher les meilleurs éléments • Possibilité d’employer du personnel demeurant loin de l’entreprise • Attractivité des programmes de télétravail pour les candidats potentiels Pour les entreprises, la flexibilité qu’apportent les différentes formes d’e-travail, au premier rang desquelles on trouve l’externalisation de certaines fonctions, constituent l’argument prioritaire. L’e-travail est la réponse en termes d’organisation du travail de la recherche constante d’une plus grande réactivité, d’une organisation qui fonctionne de plus en plus en réseau. La réduction des coûts intervient assez rarement de manière prioritaire dans la décision des entreprises, sauf dans deux cas de figure : • La réduction drastique de l’espace de bureau, qui intervient plutôt lorsque les salariés PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 31 sont mobiles et travaillent chez les clients ou sur des chantiers ; • La délocalisation d’activités dans d’autres régions ou pays, qui accompagne en général des réorganisations importantes et nécessite à la fois un accompagnement social auprès des salariés existants, et le recrutement d’un grand nombre de nouveaux employés sur le lieu de destination. Les motivations diffèrent également selon la nature et la taille des entreprises. Les grandes entreprises donnent la priorité à la flexibilité ou à l’accompagnement de leurs projets de réorganisation des processus et des modes de gestion : l’e-travail est un outil plutôt qu’une fin. Le télétravail peut également être un facteur de fidélisation des salariés ou d’attraction de nouveaux employés, dans des domaines où les compétences sont rares. De leur côté, les PME voient dans les formes d’e-travail une manière de renforcer la coordination interne, notamment lorsqu’une partie significative des équipes est mobile ; l’e-travail est également pour elles une manière d’accroître leur productivité au travers d’un usage accru des technologies de l’information et de la communication, allant jusqu’aux réseaux de PME (voire d’indépendants) très actifs en Italie ou dans certaines professions (textile par exemple). Malgré ses avantages, l’e-travail n’est cependant pas encore adopté de manière large par un grand nombre d’entreprises. Interrogées en 1999, celles-ci citaient plusieurs facteurs par ordre d’importance décroissante : la sécurité, la difficulté de gérer une force de travail distante dans de bonnes conditions, l’inertie ou les résistances au changement, les coûts et les difficultés pratiques de mise en œuvre. Freins au télétravail cités par les entreprises européennes 62% Sécurité des données 55% Productivité / qualité du travail Méconnaissance chez les dirigeants 54% Difficulté à gérer les télétravailleurs 54% 50% Faible pression en faveur du changement 48% Coûts 46% Difficulté d'organiser la communication 40% Problèmes juridiques, d'assurance, de santé 37% Les salariés ne l'accepteraient pas 25% Résistance des syndicats 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% (Source : ECaTT, 2000) PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 32 4.2 Enjeux sociétaux de l’e-travail L’e-travail et ses impacts concernent un grand nombre de domaines de la vie collective, sociale et économique : Transports L’impact de l’e-travail sur les déplacements et les transports est complexe à analyser. Son impact direct est positif : il réduit les déplacements pendulaires aux heures de pointe, donc les embouteillages. Cependant, d’autres effets secondaires sont moins bien connus : − La substitution se fait-elle plutôt au détriment de l’automobile ou des transports en commun ? − La réduction du trafic libère-t-elle une demande latente d’autres personnes, qui recommenceraient à utiliser leur automobile ? − La plus grande disponibilité de l’automobile familiale incite-t-elle d’autres membres de la famille à l’utiliser ? − Le télétravailleur va-t-il profiter du temps gagné pour se déplacer ailleurs ? − Le télétravailleur va-t-il tendre à habiter plus loin de son lieu de travail et par conséquent, à se déplacer moins souvent mais sur de plus longues distances ? − La modification des relations entre les entreprises va-t-elle accroître les mouvements de marchandises, voire de personnels de site en site ? En définitive, les chercheurs estiment que le passage de 30% de la force de travail à des formes totales ou partielles d’e-travail peut réduire le trafic automobile de 4% à 8%, la proportion étant plus significative aux heures de pointe. Mais de nombreuses incertitudes demeurent sur les modèles utilisés. Environnement La réduction des déplacements peut avoir un impact positif sur l’environnement. Si l’impact global est probablement limité, les effets locaux, notamment sur les grands centres urbains, peuvent être plus significatifs. Aménagement du territoire, urbanisme et habitat Les impacts en termes d’aménagement du territoire sont complexes. Aujourd’hui, les zones métropolitaines et les zones rurales immédiatement adjacentes sont les principales bénéficiaires du développement de l’e-travail (voir plus bas, p. 36). Mais il est possible qu’en menant à bien des politiques actives et en maximisant leurs avantages comparatifs, des zones plus rurales ou enclavées puissent retenir des activités, limiter la fuite des cerveaux, voire attirer de nouvelles implantations. L’e-travail peut contribuer à redonner vie à certains territoires, mais cet effet n’a rien d’automatique. Par ailleurs, en termes d’urbanisme et de logement, la réduction de la différence entre lieu de résidence et de travail aura également des incidences sur l’organisation des bâtiments et des quartiers, sur les transports collectifs et les services à domicile. Emploi et formation L’e-travail suscite de nouveaux besoins de formation. Celle-ci concerne d’abord la manipulation des TIC et les pratiques de télécoopération. En termes de relations sociales, l’e-travail suscite l’émergence de questions nouvelles relatives à la dépendance des non-salariés, au déroulement de carrière, au contrôle du travail fait, au droit à l’information comme à la déconnexion, etc. Nous y revenons dans un paragraphe à part. Lorsqu’il s’accompagne de délocalisations, l’e-travail présente PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 33 également le risque de favoriser une concurrence par le « moins-disant social » au détriment de la protection des salariés. Dans l’organisation du travail, les syndicats et certains chercheurs pointent le risque d’apparition d’une nouvelle forme de stress liée à l’isolement, au manque de communication et d’échanges, ou encore à la difficulté de gérer le partage entre vie privée et vie professionnelle. Le risque de « taylorisation » croissante du domaine des services, que matérialisent les centres d’appel (ainsi que les activités de téléopérateur à domicile), est également pointé. Enfin, le développement de l’e-travail, qui concerne aujourd’hui avant tout les cols blancs, pose la question de l’employabilité de certaines populations moins formées, moins autonomes, moins adaptées à un mode de travail sans cesse plus abstrait. A l’inverse, l’e-travail peut favoriser l’employabilité des handicapés, des femmes avec enfants ou des personnes chargées de la garde de personnes dépendantes. L’e-travail est ainsi explicitement cité comme l’un des moyens d’atteindre les objectifs du plan d’action e-Europe en termes de taux d’emploi : faire passer le taux d’emploi de la population en âge de travailler à 67% en 2005 et 70% en 2010, avec un accent particulier sur les femmes (objectif 57% en 2005, 60% en 2010) et les personnes âgées de 55 à 64 ans (objectif 50% en 2010). Economie Le développement de l’e-travail stimulera en premier lieu l’émergence de nouvelles technologies et de nouveaux « e-services ». Il peut également avoir un impact sur la compétitivité des entreprises qui y ont recours (voir plus haut) : c’est même l’une des motivations prioritaires des entreprises qui y ont recours. En ce qui concerne les PME en particulier, il facilitera la constitution de réseaux d’entreprises susceptibles de concourir de manière efficace sur les marchés mondiaux, face aux grands groupes. Développement durable L’e-travail s’intègre, dans de nombreuses contributions (dont le Plan d’action e-Europe), dans le paysage du « développement durable ». Au niveau environnemental, il est censé accroître l’efficience dans l’utilisation des ressources naturelles – mais nous avons vu plus haut que le bilan demeure mitigé. Au niveau économique et social, il contribue à renforcer les communautés locales, à développer les activités créatives et de services et à enrichir le contenu des emplois. Fiscalité L’e-travail pose en particulier des questions nouvelles sur le lieu où doivent être prélevées les taxes. Comment taxer la partie professionnelle d’un logement privé ? La taxe professionnelle s’applique-t-elle dans la commune d’installation des employeurs ou des salariés qui télétravaillent ? PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 34 Enjeux technologiques du télétravail Le télétravail et l’e-travail ne font pas fréquemment appel à des technologies de pointe. Cependant, une étude réalisée par l’administration américaine et remise au Congrès en 200216 identifie plusieurs barrières : • L’accès aux réseaux et services à haut débit au domicile des télétravailleurs ou dans les télécentres ; • L’adaptation des applications existantes au sein des organisations pour faciliter le télétravail dans de bonnes conditions ; • La sécurité des accès et des informations sur les postes de travail et les sites informatiques des entreprises. On pourrait ajouter d’autres pistes de travail, à partir des « priorités de recherche 2002 » affichées par l’Union Européenne17 : • Les outils et les méthodes de télécoopération ; • La gestion des connaissances individuelles et collectives ; • Les outils mobiles. Le 6ème Programme-Cadre de R&D européen18 ajoute enfin une dimension complémentaire à la lisière de la technologie, du management et des sciences sociales : la conception de nouveaux espaces de travail, physiques et virtuels, destinés à favoriser la créativité et la coopération, à accroître l’efficience énergétique et à développer les possibilités d’emploi pour tous dans les territoires. 4.3 Les accord sociaux et le télétravail A l’origine, la plupart des syndicats d’Europe et d’Amérique du Nord ont pris des positions relativement opposées au télétravail, et à tout le moins, ont rapidement demandé des garanties : caractère volontaire du télétravail, possibilité de revenir au moins une fois par semaine sur le lieu de travail, de communiquer aisément avec les autres salariés, etc. Par ailleurs, l’idée selon laquelle l’essor du télétravail à domicile est un facteur supplémentaire d’affaiblissement du syndicalisme est encore (avec quelque raison) très présente. Au fur du temps, cependant, certains syndicats (Europe du Nord et Canada notamment) semblent disposés à revoir leurs positions et à dépasser le stade des principes, au contraire de la plupart de leurs confrères du sud de l’Europe. La signature du premier accord-cadre européen sur le télétravail, le 16 juillet 2002 devrait marquer une étape importante vers une meilleure reconnaissance sociale du télétravail – d’autant qu’il oblige les signataires à une mise en œuvre avant juillet 200519. Couvrant uniquement les différentes formes de télétravail incluant une relation contractuelle employeur/salarié, il garantit aux télétravailleurs des droits identiques à ceux des employés présents sur le lieu de travail, mais s’accompagne de mesures de vigilances sur plusieurs risques souvent pointés par les syndicats : 16 Analysis of Home-Based Telework Technology Barriers : www.telework.gov/IT_Report/index.htm 17 www.cordis.lu/ist/ka2/winke.html 18 www.cordis.lu/rtd2002/fp-activities/information_society.htm 19 Huit mois de négociation ont été nécessaires pour aboutir à cet accord signé par la Confédération européenne des Syndicats (CES), le Centre européen des entreprises à participations publics et entreprises d’intérêt général (CEEP), l’association européenne des petites et moyennes entreprises (UEAPME), et l’Union des confédérations des employeurs de l’industrie européenne (UNICE) PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 35 • Santé et sécurité: l'employeur doit informer le télétravailleur de la politique de l'entreprise en matière de prévention des risques pour la santé des employés (utilisation prolongée d'un écran, etc.) ; • Organisation du travail et formation: toutes les questions relatives aux équipements de travail mis à la disposition du télétravailleur, à la responsabilité des parties ainsi que celles relatives aux coûts, doivent être réglées préalablement à la mise en place d'un programme de télétravail ; • Protection des données: le télétravailleur doit prendre les mesures appropriées pour assurer la protection des données professionnelles (confidentialité, non divulgation des mots de passe, etc.). Par ailleurs, l'employeur doit informer le télétravailleur au sujet des règles légales en vigueur ainsi que de la politique d'usage des données dans l'entreprise (restrictions éventuelles dans l'usage des ressources informatiques, sanctions éventuelles en cas de violation des obligations) ; • Respect de la vie privée: l'employeur est tenu d'informer le télétravailleur de la mise en place d'un système de surveillance de ses activités informatiques. Les moyens mis en place doivent être proportionnels aux objectifs poursuivis ; • Droits collectifs et représentation syndicale: le télétravailleur jouit des mêmes droits que les employés présents sur le lieu de travail. Les accords insistent également sur la caractère choisi et réversible du choix de télétravailler. 4.4 E-Travail et aménagement du territoire Le télétravail ne profite pas naturellement aux zones rurales ou enclavées Le télétravail a souvent été présenté comme une chance pour les territoires ruraux, enclavés ou désindustrialisés. Il est certain que la proximité avec les gisements de matières premières, ou les grands marchés, ou les grands centres logistiques, perd de son importance dans une économie de plus en plus fondée sur l’échange d’informations, ce qui ouvre un réel potentiel pour le télétravail. Cependant, force est de constater que c’est dans les zones urbaines et suburbaines que le télétravail s’est aujourd’hui le plus fortement développé. Les transferts d’activités les plus significatifs se font entre centres urbains, ou bien vers d’autres pays. L’essor massif du télétravail « off-shore » vers l’Asie s’explique aisément par le coût réduit de la main d’œuvre et sa grande flexibilité, en plus d’une exploitation fine des fuseaux horaires pour assurer la continuité d’un cycle d’activité. Proportion de télétravailleurs parmi les actifs en Europe, selon la zone géographique (2000) Grande ville (> 100 000 habitants) 9,9% Zones urbaines et suburbaines (< 100 000 habitants) 5,7% Zones rurales 4,8% (Source : rapport EcaTT, Empirica, 2000) Dans un pays donné, les bénéficiaires « naturels » du télétravail sont avant tout les zones urbaines, les banlieues, ou les zones rurales immédiatement adjacentes et en forte interaction avec des zones urbaines. Cela s’explique en particulier par l’importance du télétravail « alterné » ou mobile, dont une partie se déroule au siège de l’entreprise. Or on constate que les grands établissements – plutôt situés en zone urbaine ou suburbaine – pratiquent beaucoup plus le télétravail que les petits. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 36 Proportion d’établissements pratiquant le télétravail (2000) 0-9 salariés 15% 10-49 salariés 28% 50-199 salariés 42% 200-499 salariés 59% 500 salariés et plus 73% (Source : rapport EcaTT, Empirica, 2000) Dans la plupart des cas, c’est notamment parce que le télécentre ou la société de téléservices répondaient à une demande sociale dans une zone rurale (en jouant un rôle moteur en faveur de l’accès internet, de la vulgarisation du net, d‘une dynamique d’emploi), que l’implantation a réussi. L’enjeu consistant alors d’une part à abandonner les champs satisfaits ou banalisés (accès internet) et répondre sans cesse aux nouvelles attentes (montée en débit et connectivité permanente, montée du contenu et des services…) La redistribution spatiale des activités et/ou des travailleurs peut donc contribuer à redonner vie à certains territoires, mais cet effet n’a rien d’automatique. De ce point de vue, la qualité des infrastructures de télécommunications devient un facteur vital de compétitivité d’un territoire. Stratégies territoriales : des avantages comparatifs à exploiter Les stratégies territoriales en direction de l’e-travail peuvent viser plusieurs objectifs : • Eviter la fuite des emplois et des cerveaux en facilitant l’exercice d’une activité à distance ; • Eviter la délocalisation d’entreprises et renforcer les entreprises locales en facilitant, d’une part, l’accès à des services externalisés distants et d’autre part, la mise en réseau des PME locales ; • Attirer de nouveaux investissements, notamment dans le domaine des centres d’appels ou des prestataires de services externalisés ; • Attirer des e-travailleurs individuels en valorisant à la fois la qualité de vie et celle des infrastructures permettant de télétravailler dans de bonnes conditions. Dans ce contexte, les territoires disposent en général de certains avantages comparatifs susceptibles d’être valorisés. Mais tous les arguments ne sont pas exploitables dans les mêmes conditions par tous les territoires, notamment les plus enclavés : Avantages comparatifs facilement ou difficilement exploitables par un territoire rural ou enclavé Facilement exploitables • Qualité et coût du travail • Environnement • Exploitables dans certaines circonstances • Réglementations et fiscalité locales spécifiques Qualité de vie : culture, réduction du stress, faible délinquance, prix... • Qualité des services collectifs • Qualité de la force de travail locale • Prix et qualité des terrains et de l’immobilier • Qualité entrepreneuriale, réseaux d’entreprises • Localisation physique • Infrastructures PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 37 • Niveau de vie, marché (Source : projet FlexWork, www.flexwork.eu.com) Les atouts à valoriser diffèrent par ailleurs selon les objectifs poursuivis par chaque territoire. Il est très différent de chercher à « fixer » les entreprises ou les personnes, en valorisant la qualité du territoire et les outils de communication et de travail proposés, ou de chercher à attirer des grands centres d’appels qui recherchent des aides, des terrains à bas prix, des salariés fidèles et peu coûteux et des infrastructures impeccables. Valoriser de manière proactive les atouts d’un territoire Les études européennes (FlexWork notamment) convergent donc pour indiquer que seule une politique proactive destinée à développer valoriser les atouts d’un territoire, peut produire des résultats significatifs, s’agissant de zones géographiques enclavées, rurales ou désindustrialisées : • La première condition réside dans l’existence d’infrastructures et de services de communication et de traitement de l’information : liaisons haut débit, services informatiques et télécoms, maintenance, etc. • Une politique active d’innovation doit permettre de renforcer les atouts existants du territoire : domaines d’excellence, réseaux d’entreprises, etc. • Les autres points forts du territoire doivent être renforcés, valorisés et mis en avant : poches de travail qualifié, enseignement, localisations-phares, qualité de vie... • Le développement d’une offre de formation est une dimension importante. Si l’offre est faible dans le territoire, l’e-learning peut représenter une option. Les acteurs publics doivent donc jouer un rôle actif : soutenir les PME locales ou celles qui souhaitent s’installer, favoriser le développement des infrastructures (à la fois en fédérant leurs demandes et en contribuant aux investissements), stimuler ou soutenir la mise en réseau des entreprises, inciter les télétravailleurs à s’installer et les aider à réussir. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 38 5 POLITIQUES NATIONALES ET LOCALES DANS LE DOMAINE DE L’E-TRAVAIL 5.1 Quelques leviers d’action Concerne... Les Les téléentreprises travailleurs + : impact limité, indirect ++ : impact direct et fort Sensibilisation et assistance • Promotion des avantages du télétravail et de l’e-travail, diffusion des guides pratiques et d’exemples de « bonnes pratiques » ++ • Fourniture de conseils gratuits ou financement d’actions de conseil aux entreprises désireuses d’engager des programmes de développement de l’e-travail ++ • Développement de programmes de télétravail dans l’administration, avec des incitations fortes : souplesse budgétaire pour s’adapter au rythme de choix des fonctionnaires, rétrocession d’une part des économies réalisées... ++ ++ + Infrastructures • Développement de l’accès internet haut débit ++ ++ • Développement de télécentres locaux, avec personnel d’assistance, équipement, formation, services... ++ ++ Aides financières et fiscales • Aides aux entreprises développant des programmes d’etravail, éventuellement indexées sur la réduction de l’usage des routes et des parkings publics (ex. Etat de Virginie) • Aide aux organisations locales pour former, connecter, voire employer des télétravailleurs installés dans des zones rurales (ex. Etat du Minnesota) + ++ • Aide à l’équipement des foyers à des fins de télétravail ++ ++ • Amortissement accéléré des équipements informatiques fournis aux salariés pour l’usage à domicile ++ ++ • Possibilité de prendre en charge la connexion résidentielle d’un salarié sans intégration dans la rémunération ++ ++ • Reconnaissance du caractère professionnel d’une partie du domicile, sans pénalité ni contrainte administrative + ++ • Aide à l’équipement d’une partie du domicile comme espace de travail + ++ • Incitations fiscales au développement du télétravail dans les zones rurales et défavorisées ++ ++ PROPOSITION / Télétravail et e-Travail ++ 39 Concerne... Les Les téléentreprises travailleurs Cadre juridique • Interrogées par la CCI de Paris en 2000, les entreprises considéraient à 61% qu’un cadre juridique « plus clair » serait de nature à permettre une évolution du télétravail en France. ++ • Accords sociaux « cadres » ++ + Formation • Formation des entreprises à la mise en place de programmes de télétravail ++ + • Formation des personnes au travail à distance ++ ++ + + Recherche • Mesure et suivi du développement du télétravail et de son évolution qualitative • Soutien au développement et à l’expérimentation de formes de travail coopératif à distance ++ ++ • Soutien au développement d’espaces de travail physiques et virtuels adaptés à l’économie de la connaissance (cf. 6ème programme-cadre européen) ++ ++ • Autres activités de recherche liées à la connaissance et au développement du télétravail ++ + 5.2 L’approche européenne Après avoir pendant plusieurs années soutenu des études et des projets portant sur le télétravail, la Commission européenne a délibérément étendu le champ d’analyse à l’etravail, reconnaissant de manière implicite que la dynamique du télétravail n’était pas autonome vis à vis des autres transformations du travail et des organisations. Dans le cadre e-Europe, l’Union européenne a identifié une ligne d’action spécifique dénommée e-travail. L’objectif prioritaire de cette action consiste cependant à favoriser l’appropriation des TIC par tous les actifs. L’e-travail au sens de la présente étude est relativement peu présent, sauf au travers de quelques objectifs précis : • Objectif 2000 : « Améliorer la flexibilité dans l’environnement de travail, notamment au travers du télétravail et du travail à temps partiel, là où cela s’avèrera approprié, au travers d’accord avec les partenaires sociaux soutenus par les états membres ». La Commission a ainsi facilité la mise au point de l’accord-cadre entre les représentants européens des entreprises et des salariés. • Objectif 2001-2002 : « Installer des points d’accès public à l’internet dans des espaces publics et établir des télécentres multimédia dans toutes les collectivités territoriales, pour permettre l’accès à des services de formation et de télétravail ». Les fonds structurels peuvent éventuellement être mobilisés dans cet objectif. Cependant, le suivi de l’activité semble montrer que les points d’accès publics ont mobilisé beaucoup plus de ressources que les télécentres. La communication e-Europe 2005 ne mentionne plus l’e-travail. Cette dimension semble désormais essentiellement associée, soit aux objectifs – encore quelque peu théoriques – PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 40 de « développement durable » (efficience énergétique, accroissement du taux d’emploi des femmes et des actifs âgés), soit aux projets de R&D (voir p. 35). La Commission soutient cependant la manifestation annuelle eWork. 5.3 Les politiques nationales Que font les pays « phares » en Europe ? Une rapide analyse des politiques menées dans les quatre pays « phares » en Europe – Danemark, Finlande, Pays-Bas et Suède – ne permet pas d’identifier des traits communs marquants dans les politiques menées. Le contexte général du pays et de son économie semble jouer un rôle particulièrement important : • Le Danemark et les Pays-Bas sont (avec des différences) des petits pays tournés vers l’extérieur, des économies de services avec des populations aisées et très éduquées. Le profil des emplois s’est sans doute bien prêté à l’e-travail ; • La Suède et la Finlande sont des pays très étendus et à la population peu dense. Le climat peut y être rude dans certaines régions qui sont pratiquement isolées du monde à certaines saisons. Une partie importante de la population urbaine dispose d’une résidence de campagne qu’elle occupe parfois plusieurs mois par an, soit dans le grand Nord, soit dans les îles ; • Ces quatre pays font surtout partie des pays traditionnellement les plus équipés et les plus utilisateurs des TIC, tant dans les entreprises que chez les particuliers. La Suède et le Danemark (jusqu’en 2001 pour tout le monde, dans le seul cadre du télétravail depuis) ont mis en œuvre avec un grand succès des programmes incitant les entreprises à offrir un PC installé au domicile de leurs salariés. En ce qui concerne plus spécifiquement l’e-travail, les politiques sont très différentes : • La Suède n’a défini aucune politique particulière au delà de l’encouragement général à l’usage résidentiel et professionnel des TIC, au déploiement des réseaux large bande dans les collectivités (même éloignées), etc. • La Finlande et les Pays-Bas animent la communication, la sensibilisation et le partage d’expériences autour du e-travail, au travers du Telework Theme Group (Finlande, créé à l’instigation des pouvoirs publics en 1993 : www.ework.fi) et du Telewerk Forum (Pays-Bas, à l’instigation des entreprises : www.telewerkforum.nl). Les deux forums animent des sites relativement riches. • Le Danemark et dans une moindre mesure les Pays-Bas se sont efforcés de bien prendre en compte le télétravail dans les accords sociaux. Plus de 50% de la force de travail danoise est couverte par un accord social qui intègre le télétravail. Après des réticences initiales, les syndicats des deux pays sont devenus proactifs et mènent des actions d’information et de sensibilisation : le syndicat des employés et commerciaux danois HK exploite les deux principaux portails danois destinés aux télétravailleurs20. • Le Danemark et la Finlande soutiennent des projets de télécentres. Très présents au départ au Danemark, les télécentres ont connu un succès moindre du fait de la généralisation des technologies et des réseaux dans des foyers dont l’espace de vie est le plus important d’Europe, et où il est donc plus facile qu’ailleurs d’isoler un espace pour le travail. Un certain nombre de petits télécentres réapparaissent cependant, d’une part dans des régions rurales sur l’initiative des collectivités, et d’autre part en périphérie des zones urbaines à l’instigation d’entreprises désireuses d’offrir de meilleurs conditions de travail à leurs employés demeurant loin du siège. En Finlande, l’Etat soutient le développement de télécentres un peu particuliers, 20 http://www.distancearbejde.dk/ (salariés) et http://www.freelancer.dk (e-lances) PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 41 destinés aux « travailleurs pendulaires longue distance », des salariés qui peuvent vouloir passer plusieurs mois de l’année à plusieurs centaines de kilomètres de leur bureau, dans le Nord ou les îles. Des bureaux bien équipés accueillent ces salariés, et les programmes peuvent inclure l’aide à un déplacement périodique vers le siège de l’entreprise employeuse. En définitive, seule la Finlande peut faire état d’une politique réellement volontariste en faveur du télétravail. Celui-ci fait depuis 1998 partie des 8 « projets-phares » de la stratégie nationale pour la société de l’information. Près de 200 projets (formation, télécentres dans des zones rurales...) ont été aidés depuis 1998. Depuis 2000, le projet « Décentralisez intelligemment » aide les PME à s’organiser pour prendre en compte le télétravail. En revanche, aucune législation spécifique ne prend en compte le télétravail, même au niveau social : le télétravail est considéré comme une forme normale, standard, de travail. Les Pays-Bas sont un peu plus actifs que la moyenne et pourraient le devenir encore plus. Les entreprises peuvent attribuer une somme défiscalisée de 400 € par an à leurs employés pour couvrir les frais du télétravail. Le ministère des transports lance un programme d’étude, de sensibilisation et de soutien à des projets pilotes de télétravail avec l’espoir de réduire les difficultés chroniques de circulation, dans ce pays qui est le plus densément peuplé d’Europe. Les autres pays se concentrent plutôt sur l’environnement général, le développement et l’accès aux TIC, la flexibilité du marché de l’emploi et la concorde sociale, la sensibilisation et l’information, et accompagnent sans volontarisme particulier les projets des entreprises et/ou des partenaires sociaux. France Après les appels d’offres successifs de la DATAR entre 1992 et 1995, peu d’actions publiques ont été menées en faveur du télétravail. Le télétravail régulier ou (surtout) occasionnel se répand cependant de manière progressive, comme une modalité particulière d’aménagement du temps de travail, généralement sans négociation particulière ni même contribution de l’entreprise à l’équipement : l’ordinateur du foyer, qui est souvent plus puissant que celui du bureau, est utilisé à cette fin. Sur ce point, la mise en oeuvre des 35 heures joue un rôle important, dans la mesure où elle contribue à « banaliser » une forme d’alternance jours au bureau/jours chez soi : le télétravail se voit moins, et se fond dans un processus de réorganisation globale de l’espace-temps du travail. Allemagne Le télétravail est de plus en plus fréquemment reconnu dans les accords sociaux allemands. Le terme de « télétravail » existe depuis 2001 dans le code du travail, pour préciser qu’un télétravailleur est un salarié comme les autres. Plusieurs programmes fédéraux ou au niveau des länder se sont fixé pour objectif de populariser le télétravail, voire de le soutenir financièrement. La plupart de ces programmes sont aujourd’hui terminés et ils n’ont pas été remplacés. Les résultats n’ont certes pas été probants, l’Allemagne restant l’un des pays où le télétravail est le moins développé. Royaume-Uni Le Royaume-Uni promeut de manière relativement active le développement du télétravail, dans un contexte où il s’avère nécessaire d’inciter les salariés et les employeurs à améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée : la forte dérégulation du marché du travail et le chômage persistant ont nettement développé la pratique des heures supplémentaires. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 42 Dans ce cadre, le gouvernement soutient le développement de modalités de travail « flexibles » intégrant différentes formes d’e-travail. Deux dispositifs de financement dotés de 15 M € pour le premier (Challenge Fund) et de 30 M € pour le second (Partnership Fund). Le gouvernement tente également de faire émerger un « code de pratique du télétravail », sur le modèle de l’accord-cadre européen entre les employeurs et les syndicats. Il inclut le soutien aux télécentres et telecottages dans le programme « UK online » de soutien aux espaces publics numériques. Un site web d’information aux entreprises géré par le Département du commerce et de l’industrie (DTI), Working Anywhere, rassemble de nombreuses informations sur l’etravail : www.ukonlineforbusiness.gov.uk/main/resources/publication-htm/workinganywhere.htm. Enfin, une part disproportionnée des études menées pour le compte de la Commission européenne sur le thème du télétravail et de l’e-travail est pilotée par des entreprises ou des universités britanniques. Etats-Unis En dehors des programmes concernant l’administration fédérale elle-même (voir § 6.4), les initiatives publiques se situent au niveau des Etats, voire des municipalités. Plusieurs programmes fédéraux ou locaux se proposent en particulier de favoriser le développement du telecommuting, dans le but de réduire le trafic automobile et ses incidences sur l’environnement et la qualité de la vie. L’ « eCommute pilot program21 » de l’Institut national de l’environnement permet aux entreprises de 5 métropoles de bénéficier de réductions d’impôts en proportion du nombre de télétravailleurs qu’elles peuvent déclarer. Les télécentres mis en place par l’administration fédérale pour ses propres besoins sont de manière croissante ouverts aux entreprises. Au niveau local, les initiatives sont nombreuses pour favoriser la mise en place du télétravail. Dans l’Oregon, il a été demandé aux agences de l’Etat de mettre en place des programmes spécifiques ; le Département de l’Energie a été chargé de coordonner ces actions. De plus, les entreprises qui développent le télétravail peuvent recevoir des crédits d’impôt. Au Colorado, une organisation regroupant des entreprises et des collectivités locales, notamment AT&T et le Conseil des collectivités locales de la région de Denver, offre une aide gratuite pour la mise en oeuvre de projets liés au télétravail. 5.4 L’engagement des administrations publiques dans l’e-travail Les « pays-phares » en Europe ne le sont pas en matière d’administration Dans les quatre pays-phares (Danemark, Finlande, Pays-Bas et Suède), la banalisation du télétravail n’a pas touché les administrations qui sont systématiquement en retard sur les entreprises. L’inadéquation des statuts, l’ancienneté des systèmes d’information, la lourdeur des changements, sont le plus souvent incriminés. La Finlande a cependant engagé la mise en œuvre d’un programme en 2001. France L’administration française s’est peu mobilisée sur le télétravail. Le CIRE de juillet 1999 mentionnait le terme dans le cadre d’une étude, mais aucune politique globale n’est venue concrétiser cette intention, si l’on excepte le « protocole d’emploi des personnes handicapées »22. Aucune statistique n’est disponible sur la mise en œuvre du télétravail 21 www.ecommute-nepi.org/ 22 www.fonction-publique.gouv.fr/communications/autres/travail_handicape.htm PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 43 dans l’administration. Les initiatives locales sont cependant encouragées, à la faveur notamment de la globalisation des crédits qui offre de nouvelles possibilités en matière de gestion des ressources humaines, ainsi que des 35 heures. En 1998, la DGAFP a publié à la Documentation Française un « guide d’information sur le télétravail »23. La préfecture de Colmar expérimente ainsi le télétravail depuis 200024. Allemagne L’ « Initiative télétravail » du gouvernement fédéral lancée en 1997-1998, essentiellement destinée à sensibiliser les administrations et à diffuser des guides de mise en œuvre, ne semble pas avoir connu de suite depuis. Royaume-Uni Le Royaume-Uni compte un peu plus de 6% de télétravailleurs, dont 12% de fonctionnaires alors que le secteur public emploie 25% de la population active. Cependant, l’administration s’est pour l’instant peu mobilisée en ce sens. Etats-Unis Une loi de 2001 exige de chaque agence publique de l’Etat fédéral d’établir une politique favorisant un développement maximal du télétravail total ou partiel de la part de leurs agents. L’Office of Personel Management est chargé de superviser ce programme. En octobre 2001, la quasi-totalité des agences avait mis en place une telle politique – mais seuls 4,2% des agents télétravaillaient, un taux bien inférieur aux 20% du total des actifs occupés en Amérique estimé par l’International Telework Association and Council (ITAC). Pour accroître cette proportion, l’OPM multiplie les enquêtes et les séminaires de formation et de motivation, y compris au plus haut niveau. Enfin, un comité interagences a répertorié les autres obstacles à lever pour un développement à grande échelle : • Obstacles légaux : recenser les réglementations, accords, circulaires... qui peuvent avoir un effet sur la possibilité ou non de développer certains programmes, et en proposer les modifications ; • Technologie et équipement : une étude sur les obstacles techniques a été conduite et a identifié la sécurité, l’adaptation des systèmes d’information et la connexion résidentielle à haut débit comme obstacles principaux ; • Fiscalité : étudier les incitations fiscales possibles à l’équipement individuel à des fins d’e-travail ; • Santé et sécurité : conditions de travail, responsabilité des employeurs, certification des lieux de travail, etc. ; • Ressources humaines : définir des règles en termes de recrutement et de déroulement de carrière, d’horaires, d’heures supplémentaires, de mesure de la performance, etc. ; • Formation. Entre 1993 et 2000, l’administration générale des services fédéraux (GSA) a reçu plus de 15 millions de dollars pour la mise en place de ces télécentres. Il y a en à l’heure actuelle 16 dans la région de Washington. Ces derniers sont désormais ouverts aux sociétés privées. Les agences fédérales et les entreprises doivent payer un abonnement mensuel, fixé par la loi. 23 www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/1259890000/index.shtml 24 www.fonction-publique.gouv.fr/communications/revue_service_public/metiers/met_85_4.htm PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 44 Un site interagences du télétravail (www.telework.gov/) a été créé pour accompagner cette politique, soutenir les initiatives, guider l’élaboration d’accords collectifs et échanger sur les meilleures pratiques25. En Californie, le California Government Code incite les différentes agences d’Etat à mettre en place des projets et définit les responsabilités liées à la coordination sur le sujet. Par ailleurs, la Californie est membre d’un partenariat26 entre cinq états (Californie, Washington, Arizona, Oregon, Texas) sur le télétravail. 5.5 Les actions des collectivités territoriales En France, l’action publique en faveur du télétravail a été fortement marquée du sceau de l’Etat, quand bien même la totalité des projets ont été initiés ou portés au niveau local. Peu praticable par le champ réglementaire (en dehors des grands chantiers liés à la décentralisation), c’est par des formes d’incitation de type « appels à projets », que l’Etat a conduit cette action. Ceux lancés en 1992, puis 1994 (« Télétravail pour l’emploi et la reconquête des territoires ») ciblent directement des projets de type « télétravail », portés par des collectivités, des administrations mais aussi des TPE/PME. 152 projets ont ainsi été retenus dans le cadre de cette dernière opération. L’effet d’impulsion a été non négligeable auprès des collectivités. La plupart des projets ont surtout été pensés comme des outils de développement économique en zone rurale ou sensible (quartier difficile, forte concentration de population). La plupart ont été soutenus par des crédits publics. Les formes d’intervention les plus couramment constatées sont les suivantes : • Le portage direct ou le soutien financier de la création et du développement de télécentres : des communes, seules ou en partenariat avec des associations, conçoivent des projets de réaménagement de sites en friche ou en reconversion, et sollicitent des crédits publics auprès des collectivités supra-locales pour en financer l’aménagement (Département, Région, Europe). C’est globalement sur ce modèle que se sont développés la plupart des projets : Téléspace Vercors de Villard de Lans (20 emplois sur le sites, 10 à domicile environ), télécentre de Longwy, pépinière du Dorat (25 emplois environ), ou encore les lieux de travail télépendulaires en périphérie de Paris pour désengorger le trafic (projet du CATRAL, aujourd’hui abandonné)... • Le soutien direct ou indirect à des entreprises pratiquant le télétravail : appel à projets départementaux ou régionaux (Acticiel en Limousin, 1996), subventions régionales directes (TPE de téléservices) ; • L’accueil, la sensibilisation aux pratiques et aux outils du télétravail, la valorisation de bonnes pratiques (Ardesi Midi-Pyrénées). Les écueils : premiers enseignements Au moins deux difficultés guettent les acteurs locaux dans leur effort en faveur du télétravail : • Une alchimie locale difficile à obtenir entre élus, maîtres d’œuvre et citoyens : une combinaison indispensable pour « donner une expression collective aboutie, à une demande sociale et des pratiques émergentes en faveur des téléactivités »27 ; dans bien des cas le projet reste une intention plaquée sur des réalités locales. Le 25 Voir aussi une série d’études de cas dans l’administration américaine : www.opm.gov/studies/FINAL-TELEWRK.htm 26 http://www.telework-collaborative.ca.gov/ 27 Selon les termes de Christelle Millet, Lyon 2 (2000), Thèse « les jeux d’acteurs dans la diffusion des téléactivités » ; http://theses.univ-lyon2.fr/Theses2000/millet_c/these.html PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 45 désenchantement n’est pas loin. • La difficulté de capitaliser à partir du projet initial, de reproduire les bonnes pratiques, de les généraliser à l’échelle d’un territoire ou d’un secteur d’activité : En réalité la plupart des projets restent de taille modeste, génèrent ou attirent un nombre limité d’emplois ; comment les coupler avec d’autres actions de revitalisation locale, de service public ? Comment en tirer de nouveaux modes d’organisation du temps, de l’espace urbain ou rural ? Comment les reproduire à l’échelle du territoire ? sur quoi agir ? Des téléactivités à la société de l’information En France, il semble que depuis 2 à 3 ans, l’effort public en faveur du télétravail se soit déplacé au profit de logiques plus globales. Le « développement du télétravail » a progressivement quitté le vocabulaire des politiques publiques, au profit de stratégies visant à « créer les conditions du développement des téléactivités », mais aussi de l’ecommerce (voir les expérimentations du Poitou-Charente en faveur de micro-activités sur internet), de l’e-learning, de l’e-administration et de l’e-citoyenneté, etc. Les moyens d’action couvrent un vaste spectre, qui va de l’accès « haut débit » à la diffusion des usages, dans de multiples domaines. Il est clair en tout cas, qu’un volontarisme uniquement orienté « télétravail » n’obtiendra généralement que peu de résultats. Les mesures générales destinées à favoriser l’arrivée des réseaux à haut débit et l’équipement sont des préalables. Dans un second temps, l’existence de lieux d’accès publics et de formation, pouvant éventuellement s’étendre à l’accueil de télétravailleurs, seront des éléments de facilitation importants. Ce n’est généralement qu’une fois ces conditions remplies que des actions plus spécifiques peuvent être menées, si possible à partir d’accords préalables avec des entreprises prêtes à participer de manière concrète, soit en installant un établissement ou un télécentre, soit en facilitant le télétravail de leurs employés installés sur place. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 46 6 QUELQUES PISTES DE REFLEXION POUR LA CAISSE DES DEPOTS La plupart des actions conduites par la CDC en matière de TIC participent directement ou indirectement du développement des activités à distance : développement du haut débit, espaces publics numériques, développement du contenu public internet et du comarquage de service-public.fr, etc. Cependant il est possible d’imaginer quelques pistes d’action spécifiques pour la CDC dans ce domaine. La liste qui suit n’est ni exhaustive, ni hiérarchisée. Elle doit être considérée comme une base de travail possible. Grands domaines Pistes d’action Infrastructures • Développement des hauts débits et de la couverture mobile : une stratégie en matière d’e-travail peut être l’un des facteurs de valorisation d’un projet de collectivité. • Soutien au développement de télécentres et de réseaux de telecottages (petits télécentres en zone rurale, partageant éventuellement du personnel et des ressources). • Imaginer une formule destinée à permettre à une collectivité de répondre très rapidement aux demandes liées à un projet d’implantation d’entreprise. • Soutenir des projets d’études ayant pour objectif une meilleure connaissance de l’e-travail en France, une observation des chiffres et des pratiques, et un benchmarking continu. • Produire et maintenir une base de « bonnes pratiques » d’entreprises, de collectivités, d’acteurs spécialisés, d’administrations... en France et à l’étranger. • Soutenir le travail de mutualisation entrepris par les acteurs français publics et associatifs, en les aidant à fixer de nouveaux caps, en participant à l’évaluation des projets menés... • Soutenir un programme de sensibilisation et d’information (conférences, publications, articles...) sur l’e-travail et ses enjeux en matière de développement durable et d’aménagement. • Mettre en place un programme de formation « haut de gamme » des élus et aménageurs. • Soutenir la mise en place de programmes de formation publics ou privés destinés aux institutions locales, aux entreprises, aux télétravailleurs... • Soutenir le collectivités. • Soutenir la réalisation d’études stratégiques e-travail par les collectivités. • Soutenir la mise en place de programme locaux d’assistance aux PME désireuses de pratiquer l’e-travail (financement d’actions de conseil, d’investissements...) Sensibilisation et information Formation et assistance Assistance aux projets PROPOSITION / Télétravail et e-Travail recrutement de chefs de projets par les 47 Grands domaines Pistes d’action Donner l’exemple !! • Développer en interne, au niveau du siège comme des directions régionales, des programmes de télétravail – et en rendre compte auprès des partenaires de la Caisse. • Mettre à disposition, après expérimentation, les outils et les documents utilisés en interne. • Etendre la vocation des cyberbases pour inclure : Cyberbases − Une activité de « télécentre », − Des activités de formation destinées aux télétravailleurs − L’accès (assisté par les animateurs) aux contenus des sites web publics, qui font partie des services aux habitants susceptibles de justifier l’implantation d’une personne ou d’une entreprise dans une zone rurale ou enclavée. Aider l’administration à donner l’exemple • Mettre en place un réseau de télécentres destinés en priorité aux programmes de télétravail des administrations locales et nationales. Recherche • Soutenir le développement des connaissances et l’expérimentation dans des domaines tels que l’urbanisme associé à l’e-travail, les nouveaux espaces de travail... Publics spécifiques • De façon plus ciblée, des marges de progrès importantes restent à faire sur certains thèmes « critiques » (prévention des risques), des publics captifs et tributaires du travail à distance (handicap, santé, personnes âgées) La CDC pourrait mener un travail spécifique sur ces thèmes, insuffisamment exploités mais où les chances de succès sont réunies pour peu qu’un effort collectif suffisant existe. Aider les collectivités à réinventer l’accès aux services en zone rurale • Les projets ruraux réussis sont notamment ceux qui participent à une « réinvention » des ressources locales classiques: c’est d’une crèche, d’une école, de commerces, d’infrastructures d’accueil dont tout projet économique a besoin pour s’implanter et se développer ; comment réinventer, moderniser ce service public – ou d’intérêt public - local ? En quoi l’internet et les systèmes d’information peuvent participer à cet effort d’irrigation des zones rurales ? • Les services de « comarquage » du portail web servicepublic.fr peuvent par exemple devenir une véritable plateforme de contenu pouvant irriguer l’ensemble du territoire pour rendre l’informatique public facilement accessible en zone rurale, voire pour proposer de nouveaux services au habitants (d’information, de réservation, de livraison, d’accès à distance, de consultation). PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 48 7 SOURCES ET RESSOURCES Cette liste (non exhaustive) reprend la plupart des liens et sources d’informations citées dans la présente étude. Rapports et études européens • Ework Europe 2001 : Rapport annuel de la Commission européenne sur le télétravail : ftp://ftp.cordis.lu/pub/ist/docs/ka2/ework2001.pdf • Document de travail de la Commission européenne (avril 2002) : « Exploiter la contribution de la société de l’information pour gérer le changement et améliorer la qualité des emplois », réalisé avec l’appui du groupe de haut niveau « Emploi et dimension sociale de la société de l’information (ESDIS) » : http://europa.eu.int/comm/ employment_ social/socdial/info_soc/esdis/work_staff_fr.pdf • Conférence européenne Telework 2001 (Helsinki), www.telework2001.fi/programmedetail.html • EMERGENCE, www.emergence.nu ; Projet européen d’étude sur les nouvelles formes de travail (« e-work ») dont l’objectif est de réaliser une analyse systématique des statistiques, conduire de nouvelles recherches, développer un modèle pour la prévision de tendances futures. • EcaTT, programme d’études sur le commerce électronique et les nouvelles formes de travail, soutenu par la Commission européenne. Etudes de cas, statistiques, comparaison Europe/US, etc. – www.ecatt.com • Telework Mirti est un projet de recherche européen sur le télétravail et les nouvelles organisations du travail ; http://www.telework-mirti.org • Flexwork : www.flexwork.eu.com/ ; Développe des ressources pour les développeurs et les PME afin de les aider à développer le travail « flexible ». accès aux présentations : Rapports et études français • Jean-Marc Jancovici, « Quotité du temps travaillé en France éligible pour du télétravail », note pour la Mission pour le Développement Industriel Durable et l'Observatoire des Stratégies Industrielles : www.manicore.com/documentation/teletravail/index.html • Rapport de l’ANACT : « Le télétravail en question : analyse critique à partir de 10 cas d’entreprises » ; www.anact.fr/pdf/teletravail.pdf • Le télétravail vu par les architectes : Laboratoire Espace Travail (LET), Ecole d’architecture de Paris La Villette, www.let.archi.fr • Le télétravail : entre les vœux des réalisateurs et la réalité des pratiques sociales ; thèse de Christelle Millet, Université de Lyon II (2000), http://theses.univlyon2.fr/Theses2000/millet_c/these.html Sites de référence par pays Allemagne • Empirica : www.empirica.com/telearbeit/index.html allemande sur le sujet. PROPOSITION / Télétravail et e-Travail - La principale ressource 49 Belgique • Alcatel Belgique : l’opérateur consacre des efforts importants à la mise en œuvre du télétravail chez ses clients et en internes (témoignages, résultats d’étude, bonnes pratiques) http://212.113.74.111/fr/index.asp Canada • Innovisions : www.ivc.ca/ - Le portail du télétravail au Canada, avec des informations pertinentes sur d’autres régions du monde. Très nombreuses et complètes ressources sur le télétravail. Danemark • Digital Denmark : www.detdigitaledanmark.dk/english • Portail pour les télétravailleurs : www.distancearbejde.dk/ (danois uniquement) Etats-Unis • International Telecommute Association & Council (ITAC) : www.telecommute.org ; Association à dominante américaine, qui promeut le télétravail et publie des annuaires et des études. • Telecommuting Resources : www.gilgordon.com ; Rassemble depuis 1995 des ressources sur le télétravail. • Etude « Work at Home » du Département www.bls.gov/news.release/homey.toc.htm du Travail américain : • Le site interagences des administrations américaines : www.telework.gov • Jala International, société de conseil du « gourou » Jack Nilles : www.jala.com Finlande • Telework Theme Group : www.ework.fi/ France • Association française du télétravail et des téléactivités (AFTT) : www.aftt.asso.fr/ • Observatoire syndical des pratiques et des conséquences du télétravail (Ospract) www.ospract.org/ • Annuaires de télétravailleurs et « portails » privés sur le télétravail : • − Cyberworkers.com : www.cyberworkers.com/ − Jobfreelance - Offres d'emplois et de missions, banque de CV et appels d'offres intercontrats pour les travailleurs indépendants et freelance : www.jobfreelance.com/ − Kalifeye.com - Banque de compétences multi-activités. S'adresse aux freelances, indépendants, intermittents, professions libérales et intérimaires : www.kalifeye.com/ − Télétravail - Annuaire professionnel classé par compétences : www.teletravail.net/ − Télétravail On Line - Annonces, actualité et annuaire : www.teletravailonline.com/ − Virtua - Annuaire de travailleurs indépendants spécialisés dans le travail à distance (télétravail) : www.virtua.fr/accueil.htm Associations et initiatives locales − L’étude menée par l’ARD Limousin début 2001 examine les conditions de d’implantation et de développement des acteurs de la net économie et du télétravail dans cette région rurale : http://www.actilimousin.net/groupes/pub/NTI_Limousin.pdf − Association régionale de télétravail (ART Limousin) - Accueille des télétravailleurs PROPOSITION / Télétravail et e-Travail 50 à la campagne en mettant à leur disposition des moyens techniques modernes. www.aibm.org/Art − Télécentre ARCTIC - Télécottages du Berry, permettre le télétravail en zone rurale. www.chez.com/telecentre/ARCTIC/ • France télécom et le télétravail : rapport 2000 ; www.francetelecom.com/vfrance/actualite/dosspres/teletravail.doc • Handicap et Technologies : un site d’information très complet sur le télétravail pour les personnes handicapées : www.h-a-t.org Irlande • Telework Ireland : www.telework.ie • E-Work, par l’association des entreprises irlandaises : www.e-work.ie/ L’Irlande a en particulier développé un « e-Work code of pratice » qui a été primé par la Commission européenne en 2000. Pays-Bas • Telewerk Forum : www.telewerkforum.nl/ (néerlandais uniquement) • Ministère du uniquement) travail : http://www.minvenw.nl/cend/faz/telewerken/ (néerlandais Royaume Uni • Département du commerce et de l’industrie (DTI), Working anywhere,: www.ukonlineforbusiness.gov.uk/main/resources/publication-htm/workinganywhere.htm. • Flexibility, journal www.flexibility.co.uk • Telework Association : www.tca.org.uk/ électronique PROPOSITION / Télétravail et e-Travail sur les « nouvelles formes de travail » 51