Évaluation des projets et des organisations de Développement
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Évaluation des projets et des organisations de Développement
Évaluation des Projets et des Organisations de Développement By : Rezki Lounnas, Professionnel de recherche attaché à la Chaire management stratégique international Walter-J.-Somers, HEC Montréal Cahier de recherche N° 22-01 Novembre 2002 ISSN: 1711-6309 ______________________________________________________________________________ Copyright © 2004. La Chaire de management stratégique international Walter-J.–Somers, HEC Montréal. Tous droits réservés pour tous pays. Toute traduction et toute reproduction sous quelque forme que ce soit est interdite. Les textes publiés dans la série Les Cahiers de la Chaire de management stratégique international W-J.- Somers n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Distribué par la Chaire management stratégique international Walter-J.-Somers, HEC Montréal, 3000 chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal, Québec, H3T 2A7. Évaluation des Projets et des Organisations de Développement Résumé En matière d’évaluation des organisations et des projets de développement, les années 70 ont été une période très importante. En effet, dans un contexte de compétition entre l’Est et l’Ouest, la plupart des pays du tiers-monde avaient choisi d’organiser leur développement dans le cadre de la planification centrale. Aussi, les grandes banques d’aide au développement avaient du financer des études visant à la conception et à la mise en place de techniques d’évaluation de l’opportunité sociale de projets non seulement d’infrastructures publiques mais également industriels et agricoles, adaptées aux conditions institutionnelles de ces pays. Cette période a vu aussi se multiplier les Organisations de Développement qui allaient, non seulement, ressentir le besoin de revoir leurs techniques de calcul d’opportunité sociale des projets mais également les méthodes d’évaluation de leurs propres activités que ces nouvelles techniques de calcul ne manqueraient pas d’affecter. Ainsi ce rapport est une relecture, dans le contexte d’aujourd’hui des principales théories d’évaluation des organisations complexes et des méthodes d’analyse coûts/bénéfice les plus réputées de l’époque et, notamment, soutenues par la Banque Mondiale et l’ONUDI. Enfin, considérant qu’une étude sur l’évaluation de tels projets et de telles organisations, d’ailleurs non limités aux pays sousdéveloppés, est toujours aussi actuelle, ce premier rapport se propose de produire les éléments nécessaire à l’établissement de son cahier des charges. ____________________ Copyright © HEC Montréal 1 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement Table des Matières RÉSUMÉ.........................................................................................................................................................1 1 - INTRODUCTION......................................................................................................................................2 2 - OPPORTUNITÉ DE L’ÉTUDE ET DÉMARCHE DU RAPPORT..........................................................2 3 –THÉORIE ET MÉTHODOLOGIE EN USAGE DANS LES DÉCENNIES 60 ET 70 ............................4 3.1 - THÉORIE DES ORGANISATIONS ............................................................................................................4 3.2 – THÉORIE ET MÉTHODOLOGIE D’ÉVALUATION DES PROJETS DE DÉVELOPPEMENT ..............................6 4- ÉVALUATION DES ORGANISATIONS ET DES PROJETS DE DÉVELOPPEMENT ......................13 5- PROPOSITION DE TRAVAIL FUTUR SUR LE SUJET .......................................................................16 ____________________ Copyright © HEC Montréal 1 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement 1 - Introduction Ce rapport devrait pouvoir permettre l’élaboration des termes de référence d’une étude ayant pour objet la conception d’une méthodologie d’évaluation des projets et des organisations de développement. Ces projets et organisations sont aujourd’hui utilisés par les organismes d’État à la fois dans les pays en développement et dans les pays occidentaux développés. Le domaine d’application de la méthodologie devra donc couvrir ces deux grands groupes de pays. Pour les pays en développement, la période post-indépendance (décennies 60 et 70) représente, certes dans un contexte international spécifique, un véritable laboratoire, aux dimensions réelles, d’expérimentation des différentes théories de développement, dans les contextes politique, scientifique et technologique de l’époque. De même, depuis les années 60, le développement régional et local a pris une dimension considérable dans les pays développés. Ainsi, une revue des théories disponibles et des conditions et résultats de leur mise en oeuvre dans la période considérée parait incontournable. La réévaluation de ces théories dans le contexte d’aujourd’hui, notamment sous les angles politique, scientifique et technologique, devrait aboutir à la proposition d’une nouvelle méthodologie ou, plus vraisemblablement (plus précisément), à l’actualisation d’une de celles alors en usage. Naturellement, les travaux des institutions internationales impliquées dans les programmes de développement doivent être comptés parmi les toutes premières références. Mais avant tout, l’opportunité de cette étude et la démarche de ce rapport sont examinées dans le paragraphe ci-après. 2 - Opportunité de l’étude et démarche du rapport Tant que les perspectives sur la distribution des richesses mondiales seront aussi dramatiquement déséquilibrées au détriment de la très grande majorité des populations de la terre, les questions sur le développement des pays ou des régions pauvres seront au centre des préoccupations des gouvernements des pays pauvres comme ceux des pays riches, des institutions et organisations internationales et d’un nombre toujours plus grand d’organisations non gouvernementales. A cet égard, la division systématique dans toutes les grandes négociations internationales entre, d’une part, l’OCDE et de l’autre, le Groupe des 77 plus la Chine, est une caractéristique symptomatique de l’état actuel du monde et des craintes qu’il inspire à tous quant à son futur. A l’évidence, cette profonde division est due aux craintes plus fortement ressenties par les pays sous-développés qui, de plus, considèrent que la responsabilité de l’état du monde relève incontestablement des pays développés. Ce sentiment est partagé par les ONG qui, elles aussi, considèrent que la responsabilité de la situation relève des plus nantis. Cela sonne comme un dur constat d’échec des ambitieux programmes de développement de cette période. La littérature sur le sujet ainsi que les puissantes contestations autour des grandes conférences internationales montrent que ce constat est largement partagé et, bien au delà des frontières des pays en développement. ____________________ 2 Copyright © HEC Montréal Évaluation des Projets et des Organisations de Développement Dans tous les cas, ces accords internationaux, pour être conclus, doivent, de plus en plus, refléter, d’une part, cette priorité d’aide au développement et, d’autre part, inclure des clauses relatives à la bonne gouvernance, au développement durable et au principe de “capacity building”. Ainsi, malgré le contexte de globalisation libérale, l’impulsion et l’implication des gouvernements1 concernés seront de nouveau nécessaires à la préparation et à la mise en oeuvre des programmes d’aide au développement. De plus, en raison des environnements économiques et institutionnels nationaux ou régionaux, marqués par le sous-développement, l’impulsion et l’implication directe des gouvernements dans des projets publics, mais aussi dans des investissements privés, nationaux ou internationaux, seront souvent nécessaires. Dans cette perspective, les institutions et organisations internationales d’aide au développement, les gouvernements, mais également les investisseurs privés veilleront, plus que par le passé, à la rentabilité pour la société, dans son ensemble, des projets dans lesquels ils sont engagés. Depuis le début des années 1960, dans un contexte international très différent, ces mêmes acteurs s’étaient lancés dans la réalisation de gigantesques programmes de développement supposés être socialement rentables. De nombreux bilans et analyses documentent les échecs de cette période, particulièrement dans les pays en voie de développement. L’intense compétition entre les blocs communiste et capitaliste, notamment en matière d’influence sur les pays en développement, serait parmi les grandes raisons de ces échecs. On notera, également, que c’est, historiquement, en réponse aux nécessités de la vie démocratique que se sont imposées les méthodes d’évaluation des projets et des organisations de développement. En effet, les nécessités de la vie démocratique requièrent, toujours d’avantage, à tous les niveaux des secteurs publics et socio-communautaires, municipal, régional ou national, une allocation des ressources judicieuses et donc une maîtrise des questions liées à l’efficacité et à l’efficience de leur utilisation. Cela implique une compréhension des relations de cause à effet dans les organisations complexes ou plus exactement des aspects théoriques de leur évaluation et une connaissance de l’analyse des coûts et bénéfices sociaux. Ainsi, l’effondrement du communisme, la promotion de la démocratie au niveau mondial et enfin la diffusion de la connaissance durant ces trois dernières décennies devraient offrir un cadre bien plus favorable à tous les acteurs du développement. S’agissant de la compréhension des relations de cause à effet dans les organisations complexes et de la connaissance de l’analyse des coûts et bénéfices sociaux, une littérature disponible et abondante sur ces sujets prouve qu’il existait, déjà dans les années soixante, une théorie rigoureuse et accomplie et qui a servi de base à la conception et a la mise en oeuvre de méthodologies d’évaluation des organisations et des projets de développement. Concernant les références théoriques, ce rapport préliminaire retiendra principalement un livre de James D. Thompson2 pour ce qui est de la théorie des organisations, un autre de I.M.D. Little and J.A. Mirrlees3 pour l’analyse coûts et 1 Jacques Adda “ La Mondialisation de l’Economie 2. Problèmes ” Éditions La Découverte 3ième Édition (1997). 2 Thompson “Organizations in action” Mc Graw-Hill Book Company (1967). 3 I.M.D. Little and J.A. Mirrlees, “Project appraisal and planning for developing countries” - Basic Books, Inc., Publishers New York (1974). ____________________ Copyright © HEC Montréal 3 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement bénéfices, tandis que deux publications de l’ONUDI4 serviront, plus particulièrement, de références pour les aspects méthodologiques de l’évaluation des organisations et des projets. Ainsi, cette étude est, à tout égard, opportune. La démarche du présent rapport consistera en une re-visite, à travers les références indiquées, juste avant, des théorie et méthodologie en usage dans les décennies 60 et 70. 3 –Théorie et méthodologie en usage dans les décennies 60 et 70 3.1 - Théorie des organisations Dans son livre intitulé ‘Organisations in Action’, proposé en référence, juste avant, James D. Thompson traite des organisations instrumentales5 dans le cadre d’un modèle de stratégie d’étude des organisations complexes, qu’il définit ainsi : ‘Nous concevons les organisations complexes comme des systèmes ouverts, donc indéterminés et confrontés à l’incertain mais, en même temps, sujets aux critères de rationalité et, de ce fait, nécessitant déterminisme et certitude’. Dans ce cadre6, le degré ou la norme de rationalité technique (ou de technologie) de ces organisations mesurerait leur capacité à produire les résultats désirés. Ainsi l’évaluation d’une organisation complexe consiste en la détermination et l’analyse de sa rationalité technique. Celle-ci est évaluée à travers deux critères : instrumental (efficacité), au sens où le résultat désiré a été obtenu, et économique (efficience), au sens où ce résultat a été obtenu au moindre coût. Dans ces organisations, la responsabilité est distribuée sur trois niveaux d’activités, de base, managérial et institutionnel. Cette distribution vise ainsi à créer, au niveau des activités de base, les conditions de fonctionnement les plus proches de celles d’un modèle fermé, donc les plus proches de la rationalité technique parfaite. Il s’agira, pour cela, de réduire le degré d’ incertitude dans lequel l’organisation exécute ses activités de base en les isolant, d’une part, des fluctuations externes par le niveau managérial, en ce qui concerne ses inputs et ses outputs et, d’autre part, des autres influences de l’environnement opérationnel7 par le niveau institutionnel. Dans ce but, Thompson dérive quatre propositions, aussi intuitives que puissantes (voir Annexe I), relatives, respectivement, aux ‘buffering, leveling, forecasting’ et, dans les situations extrêmes au ‘rationing’. Ainsi, ces propositions, mises en oeuvre au niveau managérial, ont pour objectif d’améliorer la rationalité technique de l’organisation. Enfin, la typologie 4 U.N.I.D.O “Guidelines For Project Evaluation United Nations” New York, 1972 et, O.N.U.D.I. “Évaluation pratique de projets industriels” - Nations Unies, New York, 1982. 5 Le concept d’action instrumentale est enraciné, d’un côté, dans le désir de résultats et, de l’autre, dans la croyance au principe des relations de causes à effets. 6 Le cadre d’étude d’une organisation complexe est mixte. Il n’est ni celui d’un système rationnel (modèle fermé dont la rationalité technique est parfaite et donc maximum), ni celui d’un système naturel (modèle ouvert dont la norme n’est pas la rationalité mais la survie, face aux incertitudes provenant de son environnement. Une organisation complexe est un système mixte, au sens oú elle combine des aspects des deux systèmes. 7 L’environnement est divisé en deux : l’environnement opérationnel qui interfère avec l’organisation et le reste de l’environnement. ____________________ Copyright © HEC Montréal 4 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement recommandée retient trois grandes catégories de technologies: de production en chaîne, d’intermédiation et intensive. Avant d’aborder le chapitre sur l’évaluation des organisations complexes, une lecture sélective des questions sur les domaines d’activités des organisations est indispensable, notamment celle relative à l’environnement opérationnel et au domaine consensuel. Ainsi chaque organisation doit définir et établir son domaine d’intervention. Ce domaine, revendiqué par elle et reconnu par son environnement, détermine les points où l’organisation est dépendante face aux contraintes et contingences externes. Le concept du domaine consensuel ou du consensus repose sur le constat qu’un domaine ne devient opérationnel qu’après avoir été reconnu par l’environnement de l’organisation. Une fois son domaine reconnu, l’organisation techniquement rationnelle managera son interdépendance en chaque point de celui-ci, en limitant chaque fois que possible le pouvoir de son environnement opérationnel (stratégie compétitive), en augmentant le rapport de force en sa faveur (stratégie d’alliance) et enfin, en défendant son domaine (stratégie de compromis). Ici encore, des propositions intuitives et puissantes (voir Annexe I), au nombre de sept, sont faites. Elles montrent comment réduire l’interdépendance et, par conséquent, comment augmenter le degré de rationalité technique de l’organisation considérée. Cette fois, leur mise en oeuvre relève du niveau institutionnel. Il faut donc retenir que les organisations complexes en action sont constamment évaluées en terme de rationalité technique. Elles le sont non seulement par les éléments qui la composent mais également par leurs environnements opérationnels. Thompson ne rentre pas dans la controverse sur la question8 de savoir si une organisation complexe maximiserait ou tendrait à maximiser sa rationalité technique ou, au contraire, se satisferait ou chercherait à atteindre un état désirable. Il considère que l’important est de pouvoir évaluer, enregistrer, et comparer les performances des organisations complexes dans des normes de rationalité technique quand cela est possibles, sinon, dans des normes instrumentales et, en dernier recours, dans des normes sociales. Enfin, puisque les éléments fondamentaux de la théorie des organisations instrumentales sont contenus, d’une part, dans le principe des résultats désirables et, d’autre part, dans celui des relations de causes à effets, c’est donc là que les variables, servant de base à l’évaluation des organisations, se trouvent. Ces variables de base de l’évaluation sont: les standards de désirabilité, pour la première et la connaissance de la relation de Cause/Effet, pour la seconde. Le tableau ci-dessous indique que, selon les valeurs prises par les deux variables combinées, l’organisation peut se trouver dans quatre situations d’évaluation possibles. Connaissance de la relation Cause /Effet Complète Incomplète Standards de Clairs I II Désirabilité Ambigus III IV 8 Cette controverse est due au fait que le cadre d’étude d’une organisation complexe est mixte (voir bas de page 6, page 4). ____________________ Copyright © HEC Montréal 5 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement La case I du tableau, ci-dessus, correspond à une organisation en situation de rationalité technique parfaite ou presque parfaite ; pour son évaluation l’utilisation d’un test d’efficience (plus précisément, un test de rationalité) est adaptée. La méconnaissance de la relation de cause à effet dans la situation de l’organisation représentée dans la case II rend impossible l’utilisation d’un test d’efficience ; seul un test d’efficacité (plus précisément, un test instrumental) peut être exécuté pour cette organisation, en fait, en situation instrumentale d’évaluation. Pour les situations correspondant aux cases III et IV du tableau, Thompson indique que la théorie des organisations complexes serait impuissante à produire des tests d’évaluation. Dans ces cas précis, il recommande de recourir à la psychologie sociale et d’y emprunter le concept de groupe de référence pour concevoir un test social. Le choix du groupe de référence est au centre des questions liées à cette approche, notamment celles sur l’objectivité et la stabilité du référent. C’est dans ce cadre d’évaluation par rapport à un groupe de référence que le Benchmarking peut être conceptuellement justifié et appelé à la rescousse. Enfin, remarquons que le nombre de valeurs que peuvent prendre les deux variables, sur lesquelles le tableau précédent a été bâti, n’a été limité à deux que pour en faciliter la présentation. L’évaluation d’une organisation complexe peut être globale (niveau institutionnel) ou porter sur certaines de ses composantes. A cet égard, on notera que l’impact de l’environnement opérationnel au niveau institutionnel est certainement plus fort qu’au niveau d’une composante introduisant ainsi plus d’incertitude. En conséquence, les relations de cause à effet au niveau institutionnel sont plus incomplètes que celles de niveau inférieur. De plus les standards de désirabilité, déjà bien plus difficiles à établir au niveau global, le sont d’autant plus qu’à ce niveau, les organisations sont essentiellement préoccupées par leur aptitude à affronter le futur. On en conclut que les situations d’évaluation des organisations complexes au niveau global ne sont, en général, pas techniquement rationnelles, alors qu’elles le sont au niveau des composantes. Thompson complète ce résultat général, notamment, en distinguant le cas d’un environnement opérationnel stable, de celui d’un environnement dynamique ou encore, en considérant l’influence des relations d’interdépendance. Dans ce sens, son livre fournit un catalogue de dix nouvelles propositions (voir Annexe II), aussi intuitives et puissantes que les précédentes. De la même manière, mais plus précisément encore, pourra-t-on appliquer les résultats du modèle d’évaluation présentés juste avant sous forme de tableau, afin d’y choisir les tests adaptés à l’organisation, objet de l’étude. A l’évidence, toutes ces propositions, qui portent sur les situations d’évaluation des organisations aux niveaux institutionnels et de leurs composantes, devraient servir de base à la conception d’une méthodologie d’évaluation des organisations instrumentales. C’est en fait la question de ce projet, elle sera abordée plus loin dans ce rapport. 3.2 – Théorie et Méthodologie d’Évaluation des Projets de Développement Les limites de l’analyse classique des projets, basée sur le calcul des profits commerciaux et des rentabilités économique et financière, sont bien connues quand il s’agit d’évaluer des projets décidés dans le cadre de programmes gouvernementaux ou proposés par des Organisations de Développement. Dans ces cas, c’est le profit social, au sens profit de ____________________ Copyright © HEC Montréal 6 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement la société (nation) dans son ensemble, qui est recherché, il remplace donc le profit commercial. Dans la forme, les deux calculs sont identiques (Cash Flow Actualisé). Ils ne le sont, cependant, plus du tout dans le fond, puisque les coûts et bénéfices commerciaux sont remplacés par les coûts et bénéfices sociaux. Ainsi, le calcul du profit social passe par celui du calcul des coûts et bénéfices sociaux. Au plan de ce calcul, le concept fondamental est celui des ‘shadow prices’ qui sont, eux, par opposition aux ‘market prices’, évalués. Pour leur évaluation, I.M.D. Little and J.A. Mirrlees9 considèrent l’idée d’un véritable plan comptable et d’ailleurs, dans leur livre, ils adoptent le terme de ‘accounting price’ au lieu de celui de shadow price. Cependant, la mise en place d’un tel plan aurait, notamment, impliqué que les pays concernés abandonnent, dans une large mesure, les règles de contrôle quantitatif de leur commerce international et qu’ils les remplacent par des règles de contrôle par les prix. Little et Mirrless y voyaient là le principal obstacle à leur idée10. Quoiqu’il en soit, le cadre théorique de toutes ces questions méthodologiques est celui de l’Analyse Coûts/Bénéfices. Les projets d’investissement public, comme ceux dont la vocation fait qu’ils sont décidés sur la base de leur profit social, font soit partie des instruments de politique macro-économique des gouvernements11 en place, soit ils doivent être cohérents avec ces instruments. Dans leurs ‘Guidelines for Project Evaluation (UNIDO)’, Dasgputa, Sen et Marglin soulignent les avantages de compter les projets de développement parmi les instruments de politique macro-économique. Little et Mirrlees soulignent, quant à eux, que de nombreux macro-économistes du développement n’y seraient pas favorables. Néanmoins, dans les pays en développement où déjà les institutions économiques et politiques sont plus faibles, l’importance des projets d’investissement public en fait, sinon les instruments, des instruments indiscutables de politique économique de développement. C’est, en effet, à travers la détermination des shadow prices que l’Analyse Coûts/Bénéfices assure la cohérence des projets d’investissement avec les politiques macro-économiques. A ce propos, on notera que les shadow prices sont divisés en deux catégories : la première contient ceux pour lesquels la détermination est spécifique à un projet donné et la seconde, ceux pour lesquels la détermination est nationale. Ces derniers sont appelés paramètres nationaux. Plus concrètement, l’analyse coûts/bénéfices intègre l’évaluation d’un projet dans une logique de maximisation du profit social. Cette logique implique donc de pouvoir mesurer le profit du projet, en termes d’impacts directs et indirects sur les différents objectifs nationaux (consommation, emplois, re-distribution du revenu, taux de croissance, ...), mesurés en unités de consommation12. Pour cette mesure, des facteurs de conversion indépendants du projet 9 Project appraisal and planning for developping countries, Basic Books, Inc., Publishers New York. La globalisation, l’OMC et les Institutions Financières Internationales sont en train de faire disparaître cet obstacle. 11 F. Stewart critique cette conception de l’état, en tant que représentant de l’ensemble de la société, dans un article intitulé ‘ A note on social cost-benefit analysis and class of conflict in LDCs ’, dans World Development, vol. 3, Janvier 1975. 12 L’objectif de consommation étant le plus important. Dans la plupart des projets industriels, c’est l’objectif ultime, les autres ne lui étant pas séparables. 10 ____________________ Copyright © HEC Montréal 7 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement doivent être disponibles ; ces facteurs font partie des paramètres nationaux. Dans la mesure où le profit d’un projet est une somme de coûts et bénéfices, leur évaluation doit donc se faire dans les mêmes termes que celle du profit du projet. De ces coûts et bénéfices, ainsi mesurés, résultent les shadow prices des produits et services considerés. Dans cette logique, l’idée déjà mentionnée d’un plan comptable national est naturelle. Si cela devenait possible, cette idée lèverait l’obstacle méthodologique, au centre du débat, sur les difficultés de mise en oeuvre et sur la qualité de l’évaluation des projets, selon l’approche de l’analyse des coûts et bénéfices. Alors que sur le plan théorique, l’analyse coûts /bénéfices qualifierait incontestablement d’instrument de politique macro-économique les projets de développement, notamment dans les pays en voie de développement, sur le plan méthodologique, ses difficultés de mise en oeuvre pourraient au contraire les disqualifier. Les documents de l’UNIDO, donnés en référence, devraient permettre d’aller plus avant dans cette question. Dans ces documents, la méthode de détermination de l’impact direct d’un projet sur l’objectif de consommation nationale est basée sur deux concepts simples: d’une part, la détermination des outputs et inputs nets et, d’autre part, le prix que le consommateur est prêt à payer (willingness to pay) pour ces inputs et outputs nets. L’output net, défini comme l’ensemble des biens et services qui ne serait pas disponible en l’absence du projet, se décompose en production additionnelle et ressources économisées. Dans la même logique, l’input net, comprenant les biens et services retirés de l’économie qui ne l’auraient pas été en l’absence du projet, se décompose en réduction de l’offre d’inputs et en consommation de ressources. Les outputs nets peuvent être des biens et des services de consommation et de production ou encore des moyens d’échange ou des facteurs de production. La liste des inputs nets possibles contient, quant à elle, les mêmes éléments que celle des outputs, moins les biens et service de consommation. Le principe du prix que le consommateur est prêt a payer permet de valoriser les différents outputs et inputs nets, en corrigeant leurs prix pour tenir compte des imperfections des marchés où ils s’échangent. Les ‘Guidelines for Project Evaluation’ de l’UNIDO, qui détaillent les mécanismes de ces calculs, montrent que si conceptuellement la méthode est relativement simple, son application paraît bien malaisée. Comme les externalités, l’épargne et l’investissement comptent parmi les impacts indirects13 d’un projet sur la consommation. Cependant, le sujet des externalités n‘est pas spécifique à l’analyse coûts/bénéfices14. C’est bien moins le cas de l’impact indirect de l’épargne et de l’investissement. Ainsi, un individu qui viendrait directement à bénéficier ou, au contraire, à subir un coût du fait du projet, ne répercuterait que partiellement (selon sa propension à consommer) ce bénéfice ou ce coût sur sa consommation. L’autre partie serait répercutée sur son épargne et donc sur l’investissement. L’impact sur l’investissement dont la valeur excède celle de la proportion de consommation épargnée qui l’a engendrée, génère donc un bénéfice ou un 13 Puisque indirects, ces impacts échappent aux corrections de prix, basées sur le concept de volonté du consommateur à payer. 14 L’analyse coûts/bénéfices ne prend, sinon pas du tout, qu’insuffisamment en compte l’environnement et le développement durable. Aujourd’hui, ces sujets sont cruciaux. ____________________ Copyright © HEC Montréal 8 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement coût indirect15, sur l’individu concerné. En toute rigueur, cet impact, ou plus précisément cette consommation indirecte, dépend de chaque individu. Cependant, dans la pratique, chacun des individus concerné est classé dans une catégorie, en général, au nombre de trois et l’impact est évalué pour toute la catégorie, sur la base du paramètre national d’investissement correspondant (voir bas de page 14 au bas de cette page). On notera, en passant, les vertus re-distributives de revenu de cette forme de coûts ou de bénéfices de consommation indirecte. Cette partie de la redistribution du revenu par le projet n’est pas séparable de l’objectif de consommation (voir bas de page 13, page 10). Les bénéfices directs de consommation, résultant du projet, sont évalués en termes de volonté du bénéficiaire de payer, alors que ce dernier paye, en fait, un autre prix. La différence entre ces deux prix (bénéfice redistribué) mesure l’effet re-distributif du projet sur cet individu. De la même manière, l’effet redistributif des coûts directs de consommation est déterminé. La somme de ces effets à toute la population concernée mesurerait l’effet re-distributif total du projet. On notera que cet effet redistributif est, quant à lui, séparable de l’objectif de consommation. Encore une fois, cette approche au niveau individuel n’est pas praticable. Il faudra encore diviser la population en groupes sociaux ou en régions ciblées et effectuer les calculs à ce niveau. Ainsi, les bénéfices redistributionnels d’un groupe sont égaux aux bénéfices directs de consommation qu’il reςoit, moins les paiements compensatoires faits aux autres groupes. Les coûts redistributionnels de consommation du groupe sont égaux aux coûts directs de consommation qu’il subit, moins les revenus compensatoires qu’il reςoit. Aprés avoir évalué l’impact redistributionnel du projet, au niveau de chaque groupe ou région, le résultat devra être ajusté pour tenir compte de l’effet du multiplicateur de revenu régional ou du groupe. En fait, ces bénéfices redistributionnels correspondent à des transferts de bénéfices qui, dépensés dans la région vont créer une chaîne infinie de bénéfices indirects, déterminés par γ (la proportion marginale des bénéfices directs redistributionnels). Le multiplicateur de revenu régional 1/( 1 - γ ) se déduit directement de γ. Enfin, le bénéfice total re-distributionnel Rt généré par le bénéfice direct redistributionnel Rd est donné par la formule ci-dessous : Rt = Rd . 1 / (1- γ) On conclura cette question sur les bénéfices re-distributionnels, en notant que le prix fixé par le gouvernement aux consommateurs de la production d’un projet public détermine, 15 Une unité d’investissement génère, en cascade, une suite infinie de consommations dont la somme des valeurs actualisées est, en général, supérieure à l’unité qui l’a générée. Cette somme, la valeur de cette unité d’investissement (shadow price), dépend de la propension de l’individu considéré à épargner et, biensûr, du taux d’actualisation. C’est donc la valeur de la consommation, rendue possible par cette unité d’investissement. Cette valeur, qui définit le paramètre national d’investissent noté Pinv, l’est, en théorie pour chacun des individus concernés par le projet, mais. en pratique elle n’est estimée que pour chaque catégorie de la population. ____________________ Copyright © HEC Montréal 9 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement directement, la redistribution de ses bénéfices. Ainsi, si les consommateurs appartiennent à un groupe ou à une région en faveur de laquelle le gouvernement souhaite appliquer une politique de redistibution du revenu, ce gouvernement y fixera un prix bas aux produits de son projet. Au contraire, si les consommateurs ont une propension marginale à économiser, bien plus basse que la sienne, et si la valeur sociale de l’investissement excède la valeur sociale de la consommation, le gouvernement fixera un prix élevé pour que la contribution aux bénéfices de consommation de la nation soit plus forte. Le gouvernement gardera l’essentiel des bénéfices dans ce cas-là. Il est probable que la raison, la plus simple expliquant l’importance accordée partout à l’emploi, est que la force de travail est une ressource économique rare. Si l’emploi n’est donc pas une fin en soi, mais est recherché pour la production qu’il génère, alors, l’emploi n’est que, dans une certaine limite, un objectif et, il est inclus dans celui de la consommation. Dans d’autres situations encore, l’objectif de l’emploi ne se distingue pas de celui de la redistribution des revenus. A cet egard, les politiques de création d’emplois dans les pays en voie de développement visent, en fait, des objectifs de redistribution du revenu. Dans le même ordre d’idée, il est important de faire la différence entre chômage visible et chômage déguisé. Enfin, l’amélioration de la force de travail à travers un objectif d’emploi mérite considération, aspect qui est, lui aussi, pris en compte par l’objectif de consommation. Dasgupta, Sen et Marglin concluent dans leur ‘Guidelines pour l’UNIDO’ que, tout compte fait, il apparaîtrait que l’emploi ne serait qu’un moyen et non une fin en soi et, qu’en conséquence, un objectif dévolu à l’emploi ne se justifierait pas. Pour ce qui est des coûts sociaux, ils indiquent que, même dans les pays où le sous-emploi sévit et où les coûts d’opportunité des emplois additionnels sont nuls, leurs coûts sociaux ne le sont pas. A cet égard, ils recommandent que, comme les bénéfices de l’emploi sont calculés en terme de création de richesse, d’impacts sur la redistribution du revenu et sur d’autres objectifs, de la même manière, leurs coûts sociaux doivent l’être. Finalement, tout comme ces trois auteurs, nous relèverons que les créations d’emplois pèsent sur les deux plateaux de la balance coûts/bénéfices, puisque les emplois additionnels affectent l’objectif de consommation, sous forme de coûts, et l’objectif de redistribution du revenu, sous forme de bénéfices. Ainsi, en suivant Dasgupa, Sen et Marglin à travers leurs Guidelines serait-on déjà presque tenté d‘aller confronter leurs démarche à la réalité16, notamment d’aujourd’hui. On pourrait, avant cela, remarquer que, finalement, parmi tous les objectifs vis à vis desquels l’opportunité d’un projet pouvait, à priori, être mesurée, deux seuls sont retenus: Consommation, Redistribution du Revenu17. Les autres, Emploi, Croissance, Balance des Payements, etc..., ne sont considérés que comme des moyens (objectifs dérivés) de réaliser les deux premiers. Ils sont, en conséquence, traités méthodologiquement, de manière non séparable, des deux premiers objectifs. Remarquons que, dix ans après, l’UNIDO, dans son rapport intitulé ‘Evaluation pratique de projets industriels ’, maintient de ce point de vue la démarche, confirmant ainsi les 16 Les ‘Guidelines for Project Evaluation’ de l’UNIDO sont considérés comme un document plus théorique que pratique par Little et Mirrlees dans leur livre ‘Project appraisal and Planning for Developing Countries’. A cet égard, on remarquera que l’UNIDO a produit, en 1982, un rapport ‘Evaluation de projets industriels’ basé sur les Guidelines, en introduisant certaines adaptations qu’il conviendrait de considérer. 17 L’objectif de mérite social aurait pu être ajouté sans rien changer au texte de ce rapport. Les auteurs des guidelines considèrent cet objectif négligeable pour l’évaluation des projets industriels. ____________________ Copyright © HEC Montréal 10 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement positions des auteurs qui, anticipant le débat sur cette question, y avait déjà répondu dans leurs ‘Guidelines’. Quoiqu’il en soit, avant de confronter leur démarche, il resterait encore à analyser leur approche, en ce qui concerne l’évaluation des paramètres nationaux. C ‘est en effet, en matière d’évaluation de projets de développement, la dernière question fondamentale encore à considérer. Rappelons que la démarche des ‘Guidelines’ de l’UNIDO divise les paramètres nationaux en deux catégories : les ‘facteurs de pondération’ et les ‘shadow prices’. Les facteurs de pondération reflètent des jugements de valeur quant aux poids relatifs à accorder aux objectifs de consommation et de redistribution du revenu, éventuellement décomposés en autant d’objectifs régionaux. Ces facteurs doivent permettre d’additionner toutes les contributions d’un projet à ces objectifs pour en dégager l’indicateur global de profitabilité sociale de ce projet. La catégorie des shadow prices inclut le taux d’escompte social ; notons que ce choix est plus méthodique que théorique. Les autres shadow prices parmi lesquels les principaux sont les prix de l’investissement, du travail et des taux de change de la monnaie, n’impliquent aucun autre jugement que ceux contenus dans leurs définitions. A l’évidence, une bonne évaluation des paramètres nationaux est indispensable au calcul de la profitabilité sociale des projets et, à fortiori, à la cohérence d’un plan de développement vis-à-vis des objectifs nationaux. Le modèle théorique de détermination des paramètres nationaux suppose que l’on dispose, d’une part, d’iso-hypersurfaces nationales de bien-être définies dans un espace à ‘n’ dimensions correspondant aux ‘n’objectifs retenus dans le plan national18 et, d’autre part, du domaine de définition des plans nationaux contenu lui aussi dans le même espace19. Ces deux éléments disponibles, la détermination des paramètres nationaux reposera, dans une première étape, sur la recherche de la combinaison d’objectifs optimale. Cette combinaison correspond au point de tangence du domaine avec l’iso-surface la plus élevée. Une fois celle-ci obtenue, il suffira de trouver l’équation de l’hyperplan tangeant à l’iso-hypersurface au point de la combinaison optimale. Les facteurs de pondération se déduisent alors des coefficients de l’équation par identification. Ainsi, le calcul des paramètres nationaux est basé sur la résolution d’un problème classique d’optimisation20. Bien sûr, dés que ‘n’ est grand, et en dehors de la classe des problèmes convexes, la résolution devient rapidement impossible. A ce sujet les trois auteurs des guidelines ont relevé que cette approche était impraticable en raison des contraintes: de la programmation mathématique, des données insuffisantes, de l’approche basée sur les systèmes input/output linéaires, des capacités des ordinateurs, des modèles économiques de commerce extérieur et enfin, et surtout par ignorance des réalités politiques. Une telle approche aurait eu l’avantage évident de mettre en place une démarche logique (top-down approach) de planification des projets, avec les paramètres définis d’en haut par l’autorité politique (CPO)21, pour être ensuite 18 Un plan national est une combinaison de ‘n’objectifs ; c’est un être mathématique dont le domaine de définition appartient donc à un espace à ‘n’ dimensions. 19 Dans les guidelines, la frontière du domaine est seulement nécessaire, limitant, implicitement, le modèle à ceux de programmation convexe. 20 Les shadow prices des objectifs nationaux sont en fait la solution optimale du problème dual. 21 Le CPO (Central Planning Office), en liaison avec le Gouvernement, fixe les paramètres nationaux et les transmet aux concepteurs et évaluateurs de projets. Little et Mirrlees qui se réfèrent à une entité similaire, le COPE, s’interrogent, quelque peu sceptiques, sur le nombre de pays ayant mis en place de telles entités. ____________________ Copyright © HEC Montréal 11 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement utilisés par les différents concepteurs et évaluateurs de projets. Devant l’impossibilité de cette approche, une alternative (bottom-up approach) est proposée dans les guidelines de l’UNIDO. Cette alternative implique que les évaluateurs de projets considèrent comme des inconnues, les paramètres nationaux ou plus justement les facteurs de pondération nationaux. Ils doivent donc identifier ceux des facteurs dont la profitabilité sociale du projet dépend particulièrement et, préparer un ensemble de variantes de ce projet, chacune optimale pour les valeurs des facteurs de pondération incluses dans leurs domaines de variation respectifs. Les variantes sont soumises à l’autorité politique qui, en acceptant une variante particulière du projet, choisit le domaine de variation correspondant. Ainsi, définit-elle, implicitement, ou plutôt découvre ses intervalles d’incertitude relatifs aux facteurs de pondération. Cette approche qui ressemble à une méthode par approximations successives, une fois systématisée, pourrait conduire au jour où ces facteurs deviendraient, tous, disponibles avant même la conception et l’évaluation du projet. C’est ce que, apparemment, les auteurs des ‘guidelines’ espéraient. Dès maintenant, cette approche suscite au moins trois remarques : les paramètres sont déterminés au niveau projet ; ils ne sont pas optimaux et ne peuvent être considérés comme des shadow prices au sens de la théorie de la dualité en optimisation ; les conditions de convergence de cette méthode ne sont pas explicités. En conséquence, cette approche ( Bottom-up approach ) est théoriquement incompatible avec la logique de maximisation du profit social des projets sur laquelle se fonde l’analyse coûts/bénéfices. Compte tenu de l’importance de ces questions liées à la méthodologie développée dans les guidelines de l’UNIDO, cette approche devra être réévaluée. A ce propos, le contexte d’aujourd’hui pèse en faveur d’une réévaluation des contraintes qui avaient pénalisé l’approche de haut en bas ( Top-down Approach). Les aspects liés aux externalités ou plus précisément au développement durable n’échapperont, maintenant, plus à un traitement particulier. Ainsi, l’addition, à la liste, d’un objectif spécifique ne serait plus seulement l’option des environnementalistes. En effet, dans certains pays développés, ils existent déjà des marchés de permis de polluer (sulfur emission permits in the US), au niveau international, le protocole de Kyoto sur les Changements Climatiques22 introduit des marchés de permis d’émission de gaz à effet de serre. Bien que, dans sa phase actuelle, seuls les pays développés sont concernés, l’objectif ultime du protocole est d’étendre ces marchés à tous ses signataires. D’ailleurs, au niveau de projets menés conjointement avec des pays développés, les pays en voie de développement sont déjà impliqués par ce principe (Clean Development Mechanisms). De plus, certaines grandes compagnies internationales ont annoncé leur intention de mettre en place de tels marchés à l’intérieur de leurs groupes. En tous les cas, cette option technique ainsi que d’autres devront être examinées dans le cadre général du développement durable. Enfin, bien que développés, surtout, pour des projets localisés dans des pays en voie de développement, ces méthodes sont aussi largement applicables à des projets et 22 D’autres conventions internationales engagent à une plus grande considération des effets indirects sociaux et environnementaux (externalités) aux niveaux national et international. Notons, encore, que le sujet des externalités est complètement absent de la littérature des années 60-70, relative à l’analyse des coûts / bénéfices et qu’ il est, aujourd’hui, souvent confronté au principe de la priorité au développement. ____________________ Copyright © HEC Montréal 12 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement organisations des pays développés traitant de questions socio-économiques concernant une région ou un groupe social spécifiques 4- Évaluation des Organisations et des Projets de Développement Ce paragraphe se propose de poser ou plutôt d’esquisser, dans le cadre de la théorie des organisations complexes, les grandes lignes du problème de l’évaluation d’une Organisation de Développement. Il s’agira, tout d’abord, de décrire cette organisation comme une organisation instrumentale, de la classer et d’en définir son environnement opérationnel. Ceci accompli, le problème consistera à concevoir un certain nombre de situations d’évaluation caractéristiques de telles organisations puis à sélectionner celles qui se conforment aux options stratégiques de l’organisation considérée. Une fois ces situations identifiées, il faudra les représenter sous forme de relations de cause à effet, de les analyser en ces termes et de les classer selon la nomenclature proposée par Thompson (voir tableau page 6). Il en résultera alors une liste de situations d’évaluation et une série de tests correspondant à chacune des relations de cause à effet sélectionnées qui structureront et serviront à la préparation du rapport d’évaluation. Bien que ne se référant ni à Thompson ni même à la théorie des organisations complexes, M. Anshen23, d’une part, et M. J. Epstein, E. G. Flamholtz et J. J. McDonough24, d’autre part, dans des livres intitulés respectivement ‘Corporate Strategies for Social Performance’ et, ‘Corporate Performance The Measurement of Product and Service Contributions, une monographie de la NAA’ posent et analysent, selon leurs termes, le problème du management de la performance sociale des entreprises. Malgré cette absence de référence, le lien de ces travaux avec ceux de Thompson est direct puiqu’ ils couvrent des domaines qui se recoupent, sinon complètement, au moins très largement. De plus, alors que les travaux sur les performances sociales des entreprises sont à vocation nettement appliquée, les autres sont plus conceptuels. A cet égard, leur connaissance devrait faciliter la mise en oeuvre de la théorie des organisations complexes au cas pratique considéré dans ce rapport. Ainsi, pour Anshen, les objectifs sociaux et économiques d’une entreprise vont de pair et, ce lien dynamique serait compatible avec le principe de maximisation du profit à long terme. Il ajoute que le concept de performance sociale qui est plus opérationnel, doit remplacer celui de responsabilité sociale. Dans les deux livres cités juste avant, la performance sociale est définie comme le reflet de l’impact des activités d’une entreprise ou d’une organisation sur la société. Cela inclut la performance des fonctions économiques et des autres actions prises afin d’améliorer la qualité de vie. Thompson dirait que ce sont là tous les impacts d’une organisation instrumentale sur elle-même et sur son environnement opérationnel qui résultent de toutes les relations de cause à effet la caractérisant. Dans la monographie de 23 Corporate Strategies For Social Performance, Melvin Anshen, MacMillan Publishing Co., Inc. New York, 1980. 24 Corporate Performance: The Measurement of Product and Service Contributions by M. J. Epstein, E. G. Flamholtz, J. J. Mcdonough, National Association of Accountants, New York, N.Y. 1977. ____________________ Copyright © HEC Montréal 13 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement la ‘National Association of Accountants’ (NAA), ses trois auteurs remarquent, à l’examen de deux cas réels d’évaluation de performance sociale, que la partie concernant les objectifs économiques est bien mieux traitée que celle relative aux objectifs purement sociaux. Ils en attribuent la responsabilité à l’absence de standards en matière d’objectifs et d’environnements légal et industriel. A cet égard, ils considèrent, tout comme Ashen, qu’un processus dynamique, visant à réduire ce problème, a démarré dès les années 1960 aux USA. Ainsi, une part importante de l’étude des stratégies des entreprises porterait sur l’anticipation des évolutions de ce processus pour, bien à l’avance, se positionner25, au mieux, en se fixant des objectifs sociaux correspondant à ces anticipations. Notons que, en toute probabilité et selon Thompson, les tests de performance associés à de tels objectifs appartiendraient aux catégories III ou IV (voir annexe II). Enfin, un parallèle entre ce processus et la progression au niveau international des principes de la bonne gouvernance et du développement durable, semble devoir être établi, ici. Cela impliquerait qu’une extension au niveau mondial du concept évolutif de ‘good corporate citizen’ (voir ci-dessous, bas de page 25) serait déjà en cours et donc que le Benchmarking devrait, lui aussi, s’internationaliser. Dans cette monographie de la NAA, il est fait état du Comité en charge, dans cette association, de la conception d’une comptabilité adaptée à l’évaluation de la performance sociale. Ainsi, ce Comité propose de répertorier les zones d’impact social26 de l’activité de l’entreprise en quatre classes : implication communautaire, ressources humaines, ressources naturelles et environnement, et produits et services. Ces zones d’impact (voir annexe III) définissent autant de variables causales à travers lesquelles l’organisation agit afin d’obtenir des résultats désirables sur son environnement opérationnel ou sur ellemême. Par ailleurs, ce même Comité postule que la comptabilisation de la performance sociale de l’entreprise nécessite des mesures systématiques qu’il définit de la manière suivante : ‘la mesure est le procédé d’évaluation d’objets ou d’évènements par l’application consistante de règles ; l’unité monétaire n’est pas la seule métrique, il arrive qu’elle soit complétée par d’autres formes de mesures’. L’analogie avec la théorie des organisations complexes est, ici, complète tant au niveau des relations de cause à effet qu’à celui de la comptabilisation de la performance sociale qui pourrait facilement se formaliser en termes de tests dans des normes de rationalité technique, instrumentale ou sociale. Cette analogie permet, d’ores et déjà, d’identifier au moins quatre zones sur lesquelles opèreraient les relations de cause à effet dans le cas d’une Organisation de Développement. Il est, de plus, probable que l’étude des travaux de ce Comité apporte encore d’autres enseignements directement applicables à notre projet de recherche. Il est tout aussi vraisemblable que l’utilisation du Benchmarking y soit developpé puisque l’évaluation de la performance sociale souffre de l’absence de standards. S’il le fallait, l’analogie entre la mesure de la performance sociale et l’analyse des tests de la théorie des organisations complexes confirmerait le besoin d’un recours au 25 Tous les auteurs cités ici indiquent que les entreprises mettent en place, depuis les années 1960, de telles stratégies en ne se limitant pas seulement à respecter la loi (fundamental change in the concept of ‘ good corporate citizen ‘ ). 26 Ces zones d’impact correspondraient aux situations d’évaluation dans la théorie des organisations complexes, voir page 6 de ce rapport. ____________________ Copyright © HEC Montréal 14 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement Benchmarking. En conséquence, les implications d’un tel recours sur l’évaluation d’une Organisation de Développement devront être prises en compte dans le rapport final de ce projet. En ce qui concerne l’analyse des projets de développement, la littérature de la décennie 1970 tend à confirmer le caractère très accompli des ‘Guidelines’ de l’UNIDO. En effet, le symposium sur l’utilisation des critères socio-économiques pour l’évaluation des projets d’investissements qui s’est tenu en 1973 au siège de la Banque InterAméricaine de Développement27 consacre ces Guidelines28 dans le statut de référence. Dans son ‘Guide to Practical Project Appraisal ‘ édité par l’UNIDO en 1978, R Hansen de la Banque Mondiale confirme ce statut en présentant son livre comme une introduction au sujet difficile couvert par les Guidelines et dont l’objectif viserait à les rendre accessibles à un plus grand nombre de lecteurs. On se rappelle qu’au paragraphe 3 de ce rapport, l’absence de traitement de la question des externalités avait été notée. A ce propos, on relevera avec surprise, la réponse de Marglin durant le symposium de la Banque Inter-Américaine de Développement (c’est aussi celle de Little) qui, tout en concédant cette absence, la justifie à plusieurs reprises en remarquant que les principes des guidelines s’adressaient spécifiquement aux projets industriels29. On comprendra, par contre, mieux sa position telle qu’elle ressort de son introduction officielle de ses Guidelines à ce symposium, quand il déclare que : ‘de tels aspects de l’évaluation des projets sont inaccessibles à l’analye des coûts/bénéfices’. Dans son guide pratique, Hansen n’en dit guère plus quand il mentionne que : ‘chaque fois que des inputs ou des outputs non-marchands peuvent être valorisés, alors leurs valeurs actualisées doivent être ajoutées au calcul du cash-flow’, ou encore, lorsqu’il ne propose qu’une évaluation qualitative des impacts sur l’environnement. En fait, aucun début de direction sur un comment ‘internaliser les externalités’ n’est suggéré dans le cadre de l’analyse coûts/bénéfices. Comme le recommandait E. Bacha (voir, ci-dessous, bas de page 29) plus de recherche est encore nécessaire pour espérer améliorer le traitement des externalités dans l’évaluation des projets de développement. A cet égard, la littérature des années 60 et 70 n’y aura que peu contribué. Il faudra donc regarder celle des décennies 80 et 90 où le traitement des externalités a été au centre des débats visant à la prise en charge de questions majeures de société par les communautés aux plans national et international. Dans ce contexte, ce travail de recherche devra impérativement, dans sa prochaine phase théorique, analyser les choix méthodologiques des guidelines, leurs limites et celles de l’analyse coûts/bénéfices. Ainsi, les guidelines valorisent les coûts et bénéfices par la correction des prix, rendue nécessaire par les imperfections des marchés, sur la base du principe de la volonté des consommateurs à payer pour les inputs et outputs nets du projet (objectif de consommation). Une telle valorisation ne 27 Inter-American Development Bank, Social and Economic Dimensions of Project Evaluation, Editors H. Schwartz and R. Berney Washington, D.C. 1977 28 Même Little accepte cette consécration quand il concède que son livre et les guidelines se ressemblent complètement. On notera que les auteurs des guidelines ne partagent pas l’opinion de Little quant à la ressemblance de leurs livres. 29 Edmar Bacha, représentant le Brésil, a contesté fortement cette réponse en soulignant que les externalités représentent au contraire un problème majeur pour les projets industriels et que plus de recherche sur ce sujet était nécessaire. ____________________ Copyright © HEC Montréal 15 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement laissait, en effet, aucune place aux externalités; qu’en est-il aujourd’hui, notamment, avec l’introduction des marchés de permis de polluer ? Enfin, est-ce que les limites de l’analyse avaient, effectivement, été atteintes et, étaient-elles conjoncturelles ou définitives 30? Tout comme le symposium de la Banque Inter-Americaine de Développement, le guide pratique de Hans, pourtant paru bien plus tard, laisse toutes ces questions en suspens. Avant d’aller plus loin encore dans cette recherche, il est intéressant de noter les avis des experts sur les aspects des guidelines relatifs à l’estimation suivant l’approche ‘Bottom-up’ des paramètres nationaux. Les mêmes réserves que celles exprimées au paragraphe 3 de ce rapport ont été faites durant le symposium de la Banque InterAmericaine. Plus précisément, selon certains les conditions nécessaires à la convergence de cette méthode seraient irréalisables, d’autres, comme Little31, lui préfèreraient une démarche similaire mais cette fois Top-down et enfin les derniers s’interrogeaient déjà sur l’aide que la programmation mathématique pouvait apporter à la résolution de ce probleme. Dans son ‘Guide to Practical Project Appraisal’, Hansen se borne à décrire la méthode des guidelines et à remarquer qu’elle n’est pas, à proprement parler, une methode Bottom-up; elle serait plutôt itérative puisqu’elle permet des inter-actions entre le CPO et les évaluateurs de projets. Quoiqu’elle soit, les cas présentés montrent bien le caractère pour le moins laborieux de la démarche et, Hansen32, lui-même, admet qu’elle devient très rapidement inopérante. Les réserves, exprimées juste avant mises à part, le ‘Guide to Practical Project Appraisal’ est en effet un excellent complément, nécessaire à une meilleure compréhension et à la mise en pratique des principes présentés dans les Guidelines. La recherche sur l’évaluation des Projets de Développement devrait donc continuer à reposer sur ces deux références auxquelles s’ajoutera le nouveau livre annoncé alors par Little. Il conviendra aussi de compléter ces références par des documents plus récents traitant, notamment, des deux questions qui font encore l’objet de nos réserves. Bien-sûr, il appartiendra, d’abord, à la seconde phase d’évaluation théorique du sujet de confirmer cette option de recherche documentaire. 5- Proposition de travail futur sur le sujet Jusque-là, les recherches sur l’évaluation d’une organisation de développement et sur celle de projets de développements ont été conduites de manière indépendante. Pourtant, 30 C’est dans une large mesure la question que posait Bacha E. (voir footnote 29, page 20) devant la surprenante réponse de Marglin, supportée par Little, quant à la raison de l’absence des externalités dans les guidelines. La position de Bacha est reflétée dans le contenu de la seconde phase théorique de recherche recommandée 31 Little annonςait que dans son prochain livre, il présenterait une méthode ‘Top-down’ dont les conditions de mise en oeuvre seraient bien plus réalistes. 32 En page 69 de son guide, Hansen indique que: This procedure for determining weights, and thus adjustment factors, for income distribution works well if only two groups are involved. However, if more than two are involved, this bottom-up procedure becomes unworkable. ____________________ Copyright © HEC Montréal 16 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement les méthodes d’évaluation de projets font partie des instruments de management de ces organisations ; elles reflètent les choix stratégiques de celles-ci et se reflètent dans l’ évaluation de leurs performances. En depit de celà, les liens entre ces deux thèmesn’apparaissent jamais de manière explicite dans cette première phase de recherche. Dans la mesure où la seconde phase doit couvrir ces deux thèmes dans tous leurs aspects, elle devra donc être menée dans un cadre plus intégré et établir de manière explicite ces liens. Cette seconde phase devra aussi introduire sa phase de mise en oeuvre en identifiant parmi ses résultats théoriques, ceux susceptibles d’applications pratiques nouvelles. Cette phase pratique établira une sélection parmi ces résultats. Les résultats sélectionnés devront, alors, faire l’objet de propositions concrètes de mise en oeuvre qui devront ensuite être intégrées dans un document méthodologique pratique33 d’ensemble. Pour cela, un bilan de la situation actuelle d’un certain nombre d’organisations représentatives devra être établi. Ce bilan déterminera ceux des résultats qui devront être pris en compte pour améliorer les rapports d’évaluation des performances de ces organisations et leurs techniques d’évaluation de projets. 33 Une sorte de guide comme le ‘Guide for Practical Project Appraisal, UNIDO’ de Hansen. ____________________ Copyright © HEC Montréal 17 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement Annexe I Organizational rationality: Proposition 1: Under norms of rationality, organizations seek to seal off their core technologies from environmental influences. Proposition 2: Under norms of rationality, organizations seek to buffer environmental influences by surrounding their technical cores with input and output components. Proposition 3: Under norms of rationality, organizations seek to smooth out input and output transactions. Proposition 4: Under norms of rationality, organizations seek to anticipate and adapt to environmental changes which cannot be buffered or leveled. Proposition 5: When buffering, leveling, and forecasting do not protect their technical cores from environmental fluctuations, organizations under norms of rationality resort to rationing. ____________________ Copyright © HEC Montréal 18 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement Annexe II (1) Situations and types of assessment: Proposition 1: Under norms of rationality, assessors prefer efficiency tests over instrumental tests and instrumental tests over social tests. Proposition 2: At the institutional level, organizations subject to norms of rationality measure their fitness for the future in satisficing terms: - Proposition 2.a : Under norms of rationality, organizations facing relatively stable task environments seek to demonstrate fitness for future action by demonstrating historical improvement; - Proposition 2.b: Under norms of rationality, organizations facing dynamic task environments seek to score favorably in relation to comparable organizations. Proposition 3: When the organization cannot hope to show improvement on all relevant dimensions, it seeks to hold constant on some and show improvement on those of interest to task-environment elements on which the organization is most dependent. Proposition 4 : Under norms of rationality, complex organizations are most alert to and emphasize scoring well on those criteria which are most visible to important task-environment elements. Proposition 5 : When the organizations find it difficult to score on intrinsic criteria, they seek extrinsic measures of fitness for the future : - Proposition 5.a: When task-environment elements lack technical ability to assess performance, organizations seek extrinsic measures of fitness for future action; Proposition 5.b: When cause/effect knowledge is believed incomplete, organizations seek extrinsic measures of fitness for future action. (2) Organizational assessments of components : Proposition 6: When technologies are instrumentally perfected, and taskenvironments stable or well buffered, organizations under rationality norms measure components in terms of (past) efficiency. ____________________ Copyright © HEC Montréal 19 Évaluation des Projets et des Organisations de Développement Proposition 7: When task-environments are relatively stable or well buffered and knowledge of cause and effect believed reasonably complete, organizations under rationality norms seek to account for interdependence and to assess each unit in efficiency terms. Proposition 8: When knowledge of cause/effect relationships is known to be incomplete, organizations under rationality norms evaluate component units in terms of organizational (rather than technical) rationality; - Proposition 8.a : Where interdependence is controlled through rules, such units are measured in terms of quota filling; - Proposition 8.b: Where interdependence is controlled through scheduling, such units are measured in terms of quota filling; - Proposition 8.c: Where interdependence is controlled through mutual adjustments, units are measured in terms of the confidence expressed in them by coordinate units. Proposition 9: When units operating imperfect technologies are conditionally autonomous, they are measured by extrinsic standards. Proposition 10: As the organization’s posture with respect to the task environment fluctuates, the organization adjusts relative weightings of the multiple criteria by which it evaluates component units. ____________________ Copyright © HEC Montréal 20