evaluation de l`activité analgesique d`un extrait
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Article original EVALUATION DE L’ACTIVITÉ ANALGESIQUE D’UN EXTRAIT MÉTHANOLIQUE DES FEUILLES DE MITRACARPUS SCABER ZUCC. (RUBIACEAE) Auteurs Résumé Mitracarpus scaber Zucc. (Rubiaceae) est une herbe annuelle répandue de la Mauritanie au Cameroun, très appréciée en médecine traditionnelle pour soulager différentes douleurs. Cependant, peu d’études font référence à une vertu antalgique de cette plante. L’objectif de notre étude était de rechercher chez le rat Rattus norvegicus, d’une part, un effet analgésique périphérique par le test d’irritation de la patte du rat au formaldéhyde et, d’autre part, une activité analgésique centrale par le test du tail flick à partir d’un extrait méthanolique des feuilles de Mitracarpus scaber Zucc. S’agissant du tail flick, l’extrait n’induit aucune augmentation du temps de latence de retrait de la queue. Par conséquent, il Service semble que l’extrait n’a pas d’activité analgésique centrale. 1 . Laboratoire de Quant au test d’irritation au formaldéhyde, l’inhibition Pharmacologie, de la douleur est importante au cours de la phase tardive et Pharmacocinétique et cette activité anti-nociceptice de l’extrait est dose-dépendante. Pharmacie Clinique, UFR Cet effet inhibiteur de la douleur est supérieur à celui du des Sciences Pharmakétoprofène à 10 mg/kg pc. Ainsi, l’effet inhibiteur de l’extrait ceutiques et Biologiques, sur la réponse nociceptive dans la phase tardive du test au Université de Cocody, formaldéhyde ainsi que l’absence d’inhibition au test du tail Abidjan, Côte d’Ivoire. flick suggèrent que le mécanisme de l’action anti-nociceptive 2.Coordination DEA de de l’extrait serait d’origine périphérique. G. KOUAKOU – SIRANSY1 (PhD.), I. DALLY2 (M.D.), G.IRIE NGUESSAN1 (M.D.), A. KAMENAN1 (M.D.), L. KOUAKOU1 (M.D.), L. AKRE1, J. KABLAN BROU1,2 (PhD.) conception, réalisation, et évaluation du médicament issu de la Pharmacopée africaine Correspondance G. Kouakou Siransy [email protected] Tel: (225)07494409. Fax: (225)22486068. BP.08 BP405 Abidjan 08 Côte d’Ivoire Mots-clés : Mitracarpus scaber Zucc, tail flick, formaldéhyde, analgésie sUMMARY EVALUATION OF THE ANALGESIC ACTIVITY OF A METHANOLIC EXTRACT FROM MITRACARPUS scaber Zucc. (Rubiaceae) Mitracarpus scaber Zucc. (Rubiaceae) is an annual herb, that is widespread from Mauritania to Cameroon and highly valued in traditional medicine to relieve various pains. However, few studies refer to an analgesic under this plant. The aim of our study was to investigate the rat Rattus norvegicus, on the one hand a peripheral analgesic effect by testing the irritation of the rat paw by formalin, on the other hand, a central analgesic activity by tail flick test, from a methanol extract of Mitracarpus Cah. Santé Publique, Vol. 9, n°2- 2010 © EDUCI 2010 scaber Zucc leaves of. The tail flick test showed that extract do not increase the withdrawal latency of the tail. Therefore, it seems that the extract had no central analgesic activity. Regarding the test to formalin irritation, inhibition of pain is important during the late phase and this anti-nociceptice activity of the extract is a dose response relationships one. This inhibitory effect of pain is greater than that of ketoprofen 10 mg / kg bw. Thus the inhibitory effect of the extract on the nociceptive response in the late phase of formalin test and the latency as well as the lack of inhibition to indicates that the antinociceptive activity of the extract could be due to a peripheral effect. Key words: Mitracarpus scaber Zucc, tail flick, formalin, analgesia INTRODUCTION Mitracarpus scaber Zucc. (Rubiaceae), une herbe annuelle répandue de la Mauritanie au Cameroun, est très appréciée en médecine traditionnelle dans le traitement des infections de la peau (dermatites, eczémas, dartres, teignes) et également pour soulager les maux de tête ainsi que les douleurs des membres, les douleurs dentaires [Adjanohoun et al 1986, 1989]. Plusieurs travaux scientifiques mettent en valeur ses propriétés antifongiques [Ekpendu 1994, Sanogo et al 1996, Bisignano 2000], antibactériennes [Irobi 1994], et hépatoprotectrices [Germano et al 1999]. Cependant, peu d’études font référence à une vertu antalgique de cette plante. Sachant que l’OMS recommande la revalorisation des ressources naturelles [le Pharo 2002], et que les produits à base de plante sont utilisés en médecine complémentaire et alternative dans le traitement des douleurs [Kaboli et al 2001], notre étude se propose d’évaluer, à partir d’un modèle animal [Le Bar 2001], l’activité analgésique des feuilles de Mitracarpus scaber Zucc. MATÉRIEL ET MÉTHODES I – Matériel 1 – Matériel végétal L’organe végétal utilisé est la feuille de Mitracarpus scaber Zucc. (Rubiaceae). Elles sont lavées à l’eau du robinet dans le but d’éliminer les impuretés avant d’être séchées à la température ambiante de laboratoire pendant 10 jours. Elles sont ensuite pulvérisées dans une broyeuse de marque Retsch SM 100 pour donner une poudre à partir de laquelle un extrait méthanolique est réalisé. 2 – Matériel animal Notre expérience s’effectue sur des rats de l’espèce Rattus norvegicus de souche Wistar dont le poids est compris entre 81 et 118 grammes. Les animaux sont mis à jeun douze heures avant l’expérimentation et reçoivent l’eau à volonté. Cinq lots homogènes de 4 rats sont constitués. 3 – Produits chimiques utilisés Les produits chimiques utilisés pour la réalisation de notre étude sont : Cah. Santé Publique, Vol. 9, n°2- 2010 © EDUCI 2010 8 - Le méthanol (PROLABO) - La carboxyméthylcellulose (ou CMC) à 0,5% - Le formol officinal (COOPER) - Le kétoprofène (PROFENID®, AVENTIS) - La morphine (chlorhydrate) à 10mg/ml (COOPER) II – MÉTHODE EXPÉRIMENTALE 1 – Préparation de l’extrait méthanolique Cinquante grammes de poudre de feuilles de Mitracarpus scaber Zucc. sont mis à macérer dans 300 ml de méthanol pendant 24 heures. Le macéré obtenu est filtré dans un premier temps avec du coton hydrophile, puis avec du papier wattmann (3 mm). Le filtrat est évaporé au rotavapor (Büchi R180) pour éliminer le méthanol. Après évaporation le résidu obtenu se présente sous un aspect résineux qui est mis en suspension dans la CMC 0,5%. Nous avons préparé une gamme de concentration de l’extrait méthanolique : 1 mg/ml, 0,5mg/ml, et 0,25mg/ml. 2 – Méthodes d’étude de l’activité analgésique 2-1 Test du Tail flick 2-1-1 Principe La méthode utilisé est celle décrite par D’Amour et Smith (1941) et modifié par Gray et al., (1972). Le principe est d’explorer l’activité analgésique centrale des substances en appliquant un stimulus thermique sur la queue du rat. Le test consiste à irradier la queue de la souris par une ampoule émettant une chaleur irradiante de 55 à 60°C. Un chronomètre déclenché en même temps que la source de chaleur est arrêté automatiquement par une cellule photoélectrique dès que l’animal retire sa queue. Le reflexe de retirement de la queue est étudiée après administration de la substance supposée analgésique. 2-1-2 Protocole opératoire Les rats sont reparties en cinq lots homogènes. La CMC 0,5%, la morphine et l’extrait de Mitracarpus scaber Zucc. sont administrés à raison de 0,2ml pour 20g de poids corporel (PC) aux différents lots de la manière suivante : - Un lot témoin traité à la CMC à 0,5% par gavage - Un lot de référence traité à la morphine à 1mg/ml, soit 10 mg/kg de PC par voie intrapéritonéale. - Un lot essai 1 traité à l’extrait à 1 mg/ml soit 10 mg/kg de PC par gavage - Un lot essai 2 traité à l’extrait à 0,5 mg/ml soit 5 mg/kg de PC par gavage - Un lot essai 3 traité à l’extrait à 0,25 mg/ml soit 2,5 mg/kg de PC par gavage G. KOUAKOU – SIRANSY & al. : Evaluation de l’activité analgésique d’un extrait : ... pp. 7- 9 Ces différentes administrations sont effectuées 30 minutes avant l’utilisation du dispositif expérimentale qui est le Tail-flick. Le rat étant immobilisé, sa queue est positionnée à mi-longueur sur le trajet lumineux, reposant ainsi sur l’orifice photoélectrique situé à la même longueur. Le comptage du temps de latence de retrait de la queue et l’émission de la chaleur irradiante sont simultanément déclenchés. Trois essais sont successivement réalisés par intervalle de 30 minutes (30 min, 60 min et 90 min). A chaque essai, trois mesures sont effectuées à une minute d’intervalle. La moyenne de ces trois mesures sert à déterminer le seuil nociceptif. Le temps maximum d’irradiation est de 15 secondes après l’administration des produits, afin d’éviter les brûlures de la queue qui rendraient la suite des essais aléatoires. Le calcul du pourcentage d’augmentation du temps de la latence de retrait de la queue se fait selon la formule suivante : - Pourcentage d’augmentation du temps de latence (%) = [(M2-M1) / M1] X 100 - M1 : Moyenne des temps de retrait enregistré dans le lot de témoin - M2 : Moyenne des temps de retrait enregistrés aussi bien dans le lot de référence que dans les lots des essais. 2-2 Test d’irritation au formaldéhyde 2-2-1 Principe Il est basé sur l’oedème provoqué par formaldéhyde selon la méthode de Dubuisson et Denni (1977) et modifiée par Tjolsen et al. (1992). L’injection d’une substance étrangère de référence, le formaldéhyde, sous l’aponévrose plantaire de la patte postérieure d’un rat entraîne l’apparition d’un syndrome douloureux. Les animaux sont placés dans une enceinte qui permet d’observer la patte traitée, l’effet anti-nociceptif est évalué suivant les deux phases du syndrome douloureux. La première phase de 0 à 5 minutes correspond à une stimulation chimique directe, et la seconde de 15 à 30 minutes avec une période intermédiaire de 10 minutes correspond à une inflammation périphérique. L’administration préventive par voie intra-péritonéale d’un produit analgésique central ou périphérique réduit de façon significative l’apparition du syndrome douloureux. Les analgésiques centraux inhibent les deux phases de façon égale. Les antalgiques ou analgésiques périphériques inhibent uniquement la seconde phase. 2-2-2 Protocole opératoire Les rats sont repartis en lots de 4 rats. Les lots sont les suivants : - Pour évaluer la relation dose/effet, trois lots essais sont traités par la solution de l’extrait de la plante à différentes concentrations (10mg/kg pc; 5mg/kg pc; 2,5 mg/ kg pc). - Un lot témoin reçoit la CMC à 0,5%, - Un lot de référence reçoit la substance de référence, le kétoprofène à la dose de 10mg/kg L’extrait méthanolique végétal et le kétoprofène sont dilués dans une solution de CMC à 0,5% et une solution de NaCl à 0,9%, respectivement. L’extrait végétal est donné par gavage aux rats à raison de 1ml/100g de poids corporel. Le kétoprofène (Profenid®) est injecté par voie intrapéritonéale aux rats à raison de 1ml/100g de poids corporel. Cah. Santé Publique, Vol. 9, n°2- 2010 © EDUCI 2010 10 30 minutes après ce traitement on injecte sous le coussinet plantaire de la patte arrière droite des rats 50 μl d’une solution de formaldéhyde à 2,5% puis les rats sont placés en observation pendant 1 heure. La classifi cation de la réponse douloureuse est basée sur l’échelle suivante : 0 : les rats marchent ou s’appuient fermement sur la patte traitée et ne sentent aucune douleur ; 1 : la patte traitée est partiellement levée ; 2 : la patte traitée est franchement levée et semble douloureuse ; 3 : le rat lèche, mâchonne ou agite la patte traitée et semble avoir mal. Les animaux sont placés dans une enceinte qui permet d’observer la patte traitée, l’effet anti nociceptif est déterminé suivant les deux phases du syndrome douloureux. Dans chaque phase l’intensité de la douleur est calculée en faisant la moyenne des réponses douloureuses, ainsi que le pourcentage d’inhibition de la réponse douloureuse. Pourcentage d’inhibition : [(Intensité douleur du lot témoin – Intensité douleur du lot de référence ou lot essai X100] / Intensité douleur du lot témoin 3- Analyse statistique La comparaison des moyennes des mesures entre les différents lots constitués (témoin, référence et essais) a été faite à l’aide du test t de Student au risque α= 0,05, pour un degré de liberté DDL=( n1+n2)-2 RÉSULTATS Tableau I : Effet de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber sur la latence de retrait de la queue du rat Temps de latence de retrait de la queue en secondes Traitement Dose 30 min 60 min 90 min CMC 0,5% 10ml/kg PC 7,53± 0,31 7,7±0,49 7,19±0,26 Morphine 10 mg/kg PC 15 15 15 Extrait 10 mg/kg PC 5,92±0,98 5,77±0,43 5,7±0,36 Extrait 5 mg/kg PC 5,42±1,19 5,38±0,32 5,04±0,33 Extrait 2,5 mg/kg PC 5,03±1,16 4,46±0,07 4,5±0,27 Les valeurs représentent les moyennes ± écart type ; n=4 pour chaque groupe Le tableau I représente les effets de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. sur la latence de retrait de la queue du rat. L’extrait n’induit aucune augmentation du temps de latence de retrait de la queue. G. KOUAKOU – SIRANSY & al. : Evaluation de l’activité analgésique d’un extrait : ... pp. 7- 11 Tableau II : Effet de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber sur la douleur induite par le formaldéhyde sur la patte du rat 1ère phase Traitement Dose 2ème phase Intensité de la douleur Inhibition (%) Intensité de la douleur Inhibition (%) CMC 0,5% 10ml/kg PC 2,75 ± 0,29 - 2,75 ± 0,29 - Kétoprofène 10 mg/ kg PC 2,37 ± 0,29* 13,81 ± 0,29 1,75 ± 0,5*** 6,36 ± 0,5 Extrait 10 mg/ kg PC 2*** 27,27 0,05 ± 0,58*** 98,18 ± 0,58 Extrait 5 mg/ kg PC 2,16 ± 0,29** 21,45 ± 0,29 0,5 ± 0,29*** 81,81 Extrait 2,5 mg / kg PC 2,83 ± 0,29 - 0,83*** 69,81 ± 0,29 Les valeurs représentent la moyenne ± écart type, n=4 pour chaque lot, p < 0,001, p < 0,01 ou p < 0,02 du test t de Student par rapport au groupe témoin (CMC 0,5%). *** : p <0,001 : significativement différent par rapport au groupe témoin (CMC 0,5%) ** : p <0,01 : significativement différent par rapport au groupe témoin (CMC 0,5%) * : p <0,02 : significativement différent par rapport au groupe témoin (CMC 0,5%)± Le tableau II représente les effets de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. sur la douleur induite par le formaldéhyde et le pourcentage d’inhibition de la douleur. Au cours de la première (0 à 5minutes) nous observons : - Une faible inhibition de la douleur - L’intensité de la douleur des lots essais à 10 mg/kg pc et 5 mg/kg pc ainsi que le lot kétoprofène, sont significativement inférieurs (p<0,001; p<0,01; p<0,02) à l’intensité de la douleur dans le lot témoin. - Par contre, il n’y a pas de différence significative entre le lot essai à 2,5 mg/kg PC et le lot témoin. - S’agissant de la deuxième phase (15 à 20 minutes) : - Une importante inhibition de la douleur est observée. - Lorsqu’on compare les différents lots au lot témoin nous observons que l’intensité de la douleur aussi bien des lots essais à 10mg / kg pc, 5mg / kg pc, 2,5mg / kg pc que le lot kétoprofène, sont significativement inférieurs (p<0,001) à l’intensité de la douleur dans le lot témoin. - Par ailleurs, l’effet de l’extrait a montré un effet inhibiteur de la douleur supérieur à celui du kétoprofène dosé à 10mg /kg pc (98,18% d’inhibition pour l’extrait à 10mg / kg pc contre 36,36% d’inhibition pour le kétoprofène) (tableau II). La recherche d’un effet dose-dépendant donne les résultats suivants - Au cours de la première phase nous constatons que l’intensité de la douleur du lot essai dosé 5mg / kg PC est significativement inférieure (p<0,01) à celle du lot essai à 2,5mg / kg PC. Ce dernier lot ne présente pas d’effet inhibiteur de la douleur. De plus l’intensité de la douleur du lot essai dosé à 10mg / kg PC n’est pas significativement inférieure à celle du lot extrait à 5mg / kg PC. Ce résultat ne montre donc pas un effet dose-dépendant Cah. Santé Publique, Vol. 9, n°2- 2010 © EDUCI 2010 12 de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. sur la première phase. - Au cours de la seconde phase nous constatons que l’intensité de la douleur du lot essai dosé à 10 mg / kg PC est significativement inférieure (p<0,01) à celle du lot extrait à 5 mg / kg PC. De même le lot extrait à 5 mg / kg PC présente une intensité de douleur signifi cativement inférieure (p<0,01) à celle du lot essai à 2,5 mg / kg PC. Ceci montre que l’activité de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. est dose-dépendante sur la seconde phase. DISCUSSION Mitracarpus scaber Zucc. est couremment utilisée en médecine traditionnelle pour ses vertus analgésiques. Nos résultats mettent en évidence un effet inhibiteur significatif dosedépendant sur la réponse nociceptive principalement sur la phase tardive de la douleur inflammatoire. Le test au formol est un modèle couramment utilisé de la douleur clinique dans laquelle la première phase semble être liée à une stimulation chimique directe des nocicepteurs alors que la deuxième phase dépend de l’inflammation périphérique [Tjølsen 1992]. Les médicaments qui agissent principalement sur le système nerveux central inhibent les deux phases de façon égale tandis que ceux agissant en périphérie inhibent la deuxième phase seulement [Shibata 1989]. Des résultats expérimentaux antérieurs ont démontré que la substance P et la bradykinine participent à la phase précoce. Cette première phase dure quelques minutes et reflète la composante neurogène de la nociception, celle-ci étant réduite principalement par les opioïdes. La composante inflammatoire de la réponse nociceptive (deuxième phase) démarre après une période de silence de 10-15 min et est médiée par la libération de médiateurs, comme la bradykinine, l’histamine, les amines sympathomimétiques, le facteur de nécrose tumorale-α et les interleukines [Hong 1996, Jourdan 1997, Hama 2001, Le Bars 2001, Parada 2001). Outre ces médiateurs, les niveaux locaux de prostaglandines participent à la progression de la nociception et sont la cible de l’action de la plupart des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) [Hunskaar 1987, Ferreira 2002]. Par conséquent, nous avons utilisé le kétoprofène, un inhibiteur non sélectif de la COX (cyclo-oxygénase), comme un contrôle positif pour la deuxième phase de la réponse au formol. De façon similaire à l’effet du kétoprofène, le pré-traitement avec l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. inhibe préférentiellement la seconde phase de la réponse au formol. Ainsi, l’inhibition de la réponse nociceptive dans la phase tardive suggère que l’effet anti-nociceptif de l’extrait pourrait être lié à un effet périphérique (ou anti-inflammatoire). L’hypothèse d’un effet anti-inflammatoire pourrait être prise en compte dans le mécanisme d’action antalgique de Mitracarpus scaber Zucc. d’autant plus qu’Ekpendu (1994) met en évidence un effet inhibiteur d’un extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. sur l’inflammation provoquée par l’albumine de l’oeuf sur la patte du rat. Les médicaments à effet analgésique central sont connus pour être sélectifs des stimuli thermiques douloureux, contrairement aux analgésiques à action périphérique [Chang 1989]. Dans la présente étude, la morphine, un médicament à action analgésique centrale, a induit un effet inhibiteur sur la réponse nociceptive dans le test du tail flick, alors que l’extrait de Mitracarpus scaber Zucc. n’a aucun effet. Par conséquent, cette observation suggère que l’extrait n’a pas d’activité analgésique centrale. G. KOUAKOU – SIRANSY & al. : Evaluation de l’activité analgésique d’un extrait : ... pp. 7- 13 Les feuilles de Mitracarpus scaber Zucc. possèdent dans leurs compositions chimiques des saponosides, des triterpènes, des flavonoïdes [Okunade, 1999]. L’action antiinflammatoire des triterpènes, par un effet inhibiteur de cyclo-oxygénase 2 a été signalée par de nombreux chercheurs [Vasquez 1996, Suh 1998, Huss 2002]. Les flavonoïdes et les saponosides sont des inhibiteurs des prostaglandines et des phénomènes inflammatoires [Ferreira 2002]. Par ailleurs, les saponosides auraient des propriétés anti-inflammatoires par inhibition de la cyclo-oxygénase 2 et la lipo-oxygénase [Kim 2002]. Les effets de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. pourraient être liés à l’inhibition de la lipo-oxygénase et/ou de la cyclo-oxygénase, qui entraineraient une diminution de la douleur périphérique. On pourrait donc attribuer l’activité analgésique de la plante à la présence de flavonoïdes, saponosides et triterpènes. En conclusion notre étude met en évidence un effet inhibiteur de la douleur induit par l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc, effet médié préférentiellement par un mécanisme périphérique plutôt que central. Cependant, le mécanisme exact ainsi que les fractions actives impliquées dans cet effet analgésique devront être clarifiés dans des études futures. REMERCIEMENTS Nous remercions le Pr Aké Assi (Centre National de Floristique de l’Université de Cocody) pour l’identification de la plante. 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