evaluation de l`activité analgesique d`un extrait

Transcription

evaluation de l`activité analgesique d`un extrait
Article original
EVALUATION DE L’ACTIVITÉ ANALGESIQUE D’UN
EXTRAIT MÉTHANOLIQUE DES FEUILLES DE
MITRACARPUS SCABER ZUCC. (RUBIACEAE)
Auteurs
Résumé
Mitracarpus scaber Zucc. (Rubiaceae) est une herbe annuelle
répandue de la Mauritanie au Cameroun, très appréciée en
médecine traditionnelle pour soulager différentes douleurs.
Cependant, peu d’études font référence à une vertu antalgique
de cette plante. L’objectif de notre étude était de rechercher
chez le rat Rattus norvegicus, d’une part, un effet analgésique
périphérique par le test d’irritation de la patte du rat au
formaldéhyde et, d’autre part, une activité analgésique centrale
par le test du tail flick à partir d’un extrait méthanolique des
feuilles de Mitracarpus scaber Zucc.
S’agissant du tail flick, l’extrait n’induit aucune augmentation
du temps de latence de retrait de la queue. Par conséquent, il
Service
semble que l’extrait n’a pas d’activité analgésique centrale.
1 . Laboratoire de
Quant au test d’irritation au formaldéhyde, l’inhibition
Pharmacologie,
de la douleur est importante au cours de la phase tardive et
Pharmacocinétique et
cette activité anti-nociceptice de l’extrait est dose-dépendante.
Pharmacie Clinique, UFR
Cet effet inhibiteur de la douleur est supérieur à celui du
des Sciences Pharmakétoprofène à 10 mg/kg pc. Ainsi, l’effet inhibiteur de l’extrait
ceutiques et Biologiques,
sur la réponse nociceptive dans la phase tardive du test au
Université de Cocody,
formaldéhyde ainsi que l’absence d’inhibition au test du tail
Abidjan, Côte d’Ivoire.
flick suggèrent que le mécanisme de l’action anti-nociceptive
2.Coordination DEA de
de l’extrait serait d’origine périphérique.
G. KOUAKOU – SIRANSY1
(PhD.),
I. DALLY2 (M.D.),
G.IRIE NGUESSAN1
(M.D.),
A. KAMENAN1 (M.D.),
L. KOUAKOU1 (M.D.),
L. AKRE1,
J. KABLAN BROU1,2
(PhD.)
conception, réalisation, et
évaluation du médicament
issu de la Pharmacopée
africaine
Correspondance
G. Kouakou Siransy
[email protected]
Tel: (225)07494409.
Fax: (225)22486068.
BP.08 BP405 Abidjan 08
Côte d’Ivoire
Mots-clés : Mitracarpus scaber Zucc, tail flick, formaldéhyde,
analgésie
sUMMARY
EVALUATION OF THE ANALGESIC ACTIVITY OF A METHANOLIC
EXTRACT FROM MITRACARPUS scaber Zucc. (Rubiaceae)
Mitracarpus scaber Zucc. (Rubiaceae) is an annual herb, that
is widespread from Mauritania to Cameroon and highly valued
in traditional medicine to relieve various pains. However, few
studies refer to an analgesic under this plant. The aim of our
study was to investigate the rat Rattus norvegicus, on the one
hand a peripheral analgesic effect by testing the irritation of
the rat paw by formalin, on the other hand, a central analgesic
activity by tail flick test, from a methanol extract of Mitracarpus
Cah. Santé Publique, Vol. 9, n°2- 2010
© EDUCI 2010
scaber Zucc leaves of. The tail flick test showed that extract do not increase the withdrawal
latency of the tail. Therefore, it seems that the extract had no central analgesic activity.
Regarding the test to formalin irritation, inhibition of pain is important during the late phase
and this anti-nociceptice activity of the extract is a dose response relationships one. This
inhibitory effect of pain is greater than that of ketoprofen 10 mg / kg bw.
Thus the inhibitory effect of the extract on the nociceptive response in the late phase
of formalin test and the latency as well as the lack of inhibition to indicates that the antinociceptive activity of the extract could be due to a peripheral effect.
Key words: Mitracarpus scaber Zucc, tail flick, formalin, analgesia
INTRODUCTION
Mitracarpus scaber Zucc. (Rubiaceae), une herbe annuelle répandue de la Mauritanie
au Cameroun, est très appréciée en médecine traditionnelle dans le traitement des
infections de la peau (dermatites, eczémas, dartres, teignes) et également pour soulager
les maux de tête ainsi que les douleurs des membres, les douleurs dentaires [Adjanohoun
et al 1986, 1989].
Plusieurs travaux scientifiques mettent en valeur ses propriétés antifongiques
[Ekpendu 1994, Sanogo et al 1996, Bisignano 2000], antibactériennes [Irobi 1994], et
hépatoprotectrices [Germano et al 1999]. Cependant, peu d’études font référence à une
vertu antalgique de cette plante. Sachant que l’OMS recommande la revalorisation des
ressources naturelles [le Pharo 2002], et que les produits à base de plante sont utilisés
en médecine complémentaire et alternative dans le traitement des douleurs [Kaboli et
al 2001], notre étude se propose d’évaluer, à partir d’un modèle animal [Le Bar 2001],
l’activité analgésique des feuilles de Mitracarpus scaber Zucc.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
I – Matériel
1 – Matériel végétal
L’organe végétal utilisé est la feuille de Mitracarpus scaber Zucc. (Rubiaceae). Elles
sont lavées à l’eau du robinet dans le but d’éliminer les impuretés avant d’être séchées à
la température ambiante de laboratoire pendant 10 jours. Elles sont ensuite pulvérisées
dans une broyeuse de marque Retsch SM 100 pour donner une poudre à partir de laquelle
un extrait méthanolique est réalisé.
2 – Matériel animal
Notre expérience s’effectue sur des rats de l’espèce Rattus norvegicus de souche Wistar
dont le poids est compris entre 81 et 118 grammes. Les animaux sont mis à jeun douze
heures avant l’expérimentation et reçoivent l’eau à volonté. Cinq lots homogènes de 4
rats sont constitués.
3 – Produits chimiques utilisés
Les produits chimiques utilisés pour la réalisation de notre étude sont :
Cah. Santé Publique, Vol. 9, n°2- 2010
© EDUCI 2010
8
- Le méthanol (PROLABO)
- La carboxyméthylcellulose (ou CMC) à 0,5%
- Le formol officinal (COOPER)
- Le kétoprofène (PROFENID®, AVENTIS)
- La morphine (chlorhydrate) à 10mg/ml (COOPER)
II – MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
1 – Préparation de l’extrait méthanolique
Cinquante grammes de poudre de feuilles de Mitracarpus scaber Zucc. sont mis à
macérer dans 300 ml de méthanol pendant 24 heures. Le macéré obtenu est filtré dans
un premier temps avec du coton hydrophile, puis avec du papier wattmann (3 mm). Le
filtrat est évaporé au rotavapor (Büchi R180) pour éliminer le méthanol. Après évaporation
le résidu obtenu se présente sous un aspect résineux qui est mis en suspension dans
la CMC 0,5%.
Nous avons préparé une gamme de concentration de l’extrait méthanolique : 1 mg/ml,
0,5mg/ml, et 0,25mg/ml.
2 – Méthodes d’étude de l’activité analgésique
2-1 Test du Tail flick
2-1-1 Principe
La méthode utilisé est celle décrite par D’Amour et Smith (1941) et modifié par Gray
et al., (1972). Le principe est d’explorer l’activité analgésique centrale des substances
en appliquant un stimulus thermique sur la queue du rat. Le test consiste à irradier
la queue de la souris par une ampoule émettant une chaleur irradiante de 55 à
60°C. Un chronomètre déclenché en même temps que la source de chaleur est arrêté
automatiquement par une cellule photoélectrique dès que l’animal retire sa queue.
Le reflexe de retirement de la queue est étudiée après administration de la substance
supposée analgésique.
2-1-2 Protocole opératoire
Les rats sont reparties en cinq lots homogènes. La CMC 0,5%, la morphine et l’extrait
de Mitracarpus scaber Zucc. sont administrés à raison de 0,2ml pour 20g de poids corporel
(PC) aux différents lots de la manière suivante :
- Un lot témoin traité à la CMC à 0,5% par gavage
- Un lot de référence traité à la morphine à 1mg/ml, soit 10 mg/kg de PC par voie
intrapéritonéale.
- Un lot essai 1 traité à l’extrait à 1 mg/ml soit 10 mg/kg de PC par gavage
- Un lot essai 2 traité à l’extrait à 0,5 mg/ml soit 5 mg/kg de PC par gavage
- Un lot essai 3 traité à l’extrait à 0,25 mg/ml soit 2,5 mg/kg de PC par gavage
G. KOUAKOU – SIRANSY & al. : Evaluation de l’activité analgésique d’un extrait : ... pp. 7-
9
Ces différentes administrations sont effectuées 30 minutes avant l’utilisation du dispositif
expérimentale qui est le Tail-flick. Le rat étant immobilisé, sa queue est positionnée à
mi-longueur sur le trajet lumineux, reposant ainsi sur l’orifice photoélectrique situé à la
même longueur. Le comptage du temps de latence de retrait de la queue et l’émission de
la chaleur irradiante sont simultanément déclenchés. Trois essais sont successivement
réalisés par intervalle de 30 minutes (30 min, 60 min et 90 min). A chaque essai, trois
mesures sont effectuées à une minute d’intervalle. La moyenne de ces trois mesures sert
à déterminer le seuil nociceptif. Le temps maximum d’irradiation est de 15 secondes
après l’administration des produits, afin d’éviter les brûlures de la queue qui rendraient
la suite des essais aléatoires.
Le calcul du pourcentage d’augmentation du temps de la latence de retrait de la queue
se fait selon la formule suivante :
- Pourcentage d’augmentation du temps de latence (%) = [(M2-M1) / M1] X 100
- M1 : Moyenne des temps de retrait enregistré dans le lot de témoin
- M2 : Moyenne des temps de retrait enregistrés aussi bien dans le lot de référence
que dans les lots des essais.
2-2 Test d’irritation au formaldéhyde
2-2-1 Principe
Il est basé sur l’oedème provoqué par formaldéhyde selon la méthode de Dubuisson et
Denni (1977) et modifiée par Tjolsen et al. (1992). L’injection d’une substance étrangère
de référence, le formaldéhyde, sous l’aponévrose plantaire de la patte postérieure d’un
rat entraîne l’apparition d’un syndrome douloureux. Les animaux sont placés dans une
enceinte qui permet d’observer la patte traitée, l’effet anti-nociceptif est évalué suivant les
deux phases du syndrome douloureux. La première phase de 0 à 5 minutes correspond
à une stimulation chimique directe, et la seconde de 15 à 30 minutes avec une période
intermédiaire de 10 minutes correspond à une inflammation périphérique.
L’administration préventive par voie intra-péritonéale d’un produit analgésique central
ou périphérique réduit de façon significative l’apparition du syndrome douloureux. Les
analgésiques centraux inhibent les deux phases de façon égale. Les antalgiques ou
analgésiques périphériques inhibent uniquement la seconde phase.
2-2-2 Protocole opératoire
Les rats sont repartis en lots de 4 rats. Les lots sont les suivants :
- Pour évaluer la relation dose/effet, trois lots essais sont traités par la solution de l’extrait
de la plante à différentes concentrations (10mg/kg pc; 5mg/kg pc; 2,5 mg/ kg pc).
- Un lot témoin reçoit la CMC à 0,5%,
- Un lot de référence reçoit la substance de référence, le kétoprofène à la dose de
10mg/kg
L’extrait méthanolique végétal et le kétoprofène sont dilués dans une solution de CMC
à 0,5% et une solution de NaCl à 0,9%, respectivement. L’extrait végétal est donné par
gavage aux rats à raison de 1ml/100g de poids corporel. Le kétoprofène (Profenid®) est
injecté par voie intrapéritonéale aux rats à raison de 1ml/100g de poids corporel.
Cah. Santé Publique, Vol. 9, n°2- 2010
© EDUCI 2010
10
30 minutes après ce traitement on injecte sous le coussinet plantaire de la patte arrière
droite des rats 50 μl d’une solution de formaldéhyde à 2,5% puis les rats sont placés en
observation pendant 1 heure.
La classifi cation de la réponse douloureuse est basée sur l’échelle suivante :
0 : les rats marchent ou s’appuient fermement sur la patte traitée et ne sentent aucune
douleur ;
1 : la patte traitée est partiellement levée ;
2 : la patte traitée est franchement levée et semble douloureuse ;
3 : le rat lèche, mâchonne ou agite la patte traitée et semble avoir mal.
Les animaux sont placés dans une enceinte qui permet d’observer la patte traitée, l’effet
anti nociceptif est déterminé suivant les deux phases du syndrome douloureux. Dans
chaque phase l’intensité de la douleur est calculée en faisant la moyenne des réponses
douloureuses, ainsi que le pourcentage d’inhibition de la réponse douloureuse.
Pourcentage d’inhibition :
[(Intensité douleur du lot témoin – Intensité douleur du lot de référence ou lot essai
X100] / Intensité douleur du lot témoin
3- Analyse statistique
La comparaison des moyennes des mesures entre les différents lots constitués (témoin,
référence et essais) a été faite à l’aide du test t de Student au risque α= 0,05, pour un
degré de liberté DDL=( n1+n2)-2
RÉSULTATS
Tableau I : Effet de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber sur la latence de
retrait de la queue du rat
Temps de latence de retrait de la queue en secondes
Traitement
Dose
30 min
60 min
90 min
CMC 0,5%
10ml/kg PC
7,53± 0,31
7,7±0,49
7,19±0,26
Morphine
10 mg/kg PC
15
15
15
Extrait
10 mg/kg PC
5,92±0,98
5,77±0,43
5,7±0,36
Extrait
5 mg/kg PC
5,42±1,19
5,38±0,32
5,04±0,33
Extrait
2,5 mg/kg PC
5,03±1,16
4,46±0,07
4,5±0,27
Les valeurs représentent les moyennes ± écart type ; n=4 pour chaque groupe
Le tableau I représente les effets de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc.
sur la latence de retrait de la queue du rat. L’extrait n’induit aucune augmentation du
temps de latence de retrait de la queue.
G. KOUAKOU – SIRANSY & al. : Evaluation de l’activité analgésique d’un extrait : ... pp. 7-
11
Tableau II : Effet de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber sur la douleur induite par le
formaldéhyde sur la patte du rat
1ère phase
Traitement
Dose
2ème phase
Intensité de la
douleur
Inhibition (%)
Intensité de la
douleur
Inhibition (%)
CMC 0,5%
10ml/kg PC
2,75 ± 0,29
-
2,75 ± 0,29
-
Kétoprofène
10 mg/ kg PC
2,37 ± 0,29*
13,81 ± 0,29
1,75 ± 0,5***
6,36 ± 0,5
Extrait
10 mg/ kg PC
2***
27,27
0,05 ± 0,58***
98,18 ± 0,58
Extrait
5 mg/ kg PC
2,16 ± 0,29**
21,45 ± 0,29
0,5 ± 0,29***
81,81
Extrait
2,5 mg / kg PC
2,83 ± 0,29
-
0,83***
69,81 ± 0,29
Les valeurs représentent la moyenne ± écart type, n=4 pour chaque lot, p < 0,001, p
< 0,01 ou p < 0,02 du test t de Student par rapport au groupe témoin (CMC 0,5%).
*** : p <0,001 : significativement différent par rapport au groupe témoin (CMC 0,5%)
** : p <0,01 : significativement différent par rapport au groupe témoin (CMC 0,5%)
* : p <0,02 : significativement différent par rapport au groupe témoin (CMC 0,5%)±
Le tableau II représente les effets de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc.
sur la douleur induite par le formaldéhyde et le pourcentage d’inhibition de la douleur.
Au cours de la première (0 à 5minutes) nous observons :
- Une faible inhibition de la douleur
- L’intensité de la douleur des lots essais à 10 mg/kg pc et 5 mg/kg pc ainsi que le
lot kétoprofène, sont significativement inférieurs (p<0,001; p<0,01; p<0,02) à l’intensité
de la douleur dans le lot témoin.
- Par contre, il n’y a pas de différence significative entre le lot essai à 2,5 mg/kg PC
et le lot témoin.
- S’agissant de la deuxième phase (15 à 20 minutes) :
- Une importante inhibition de la douleur est observée.
- Lorsqu’on compare les différents lots au lot témoin nous observons que l’intensité
de la douleur aussi bien des lots essais à 10mg / kg pc, 5mg / kg pc, 2,5mg / kg pc que
le lot kétoprofène, sont significativement inférieurs (p<0,001) à l’intensité de la douleur
dans le lot témoin.
- Par ailleurs, l’effet de l’extrait a montré un effet inhibiteur de la douleur supérieur
à celui du kétoprofène dosé à 10mg /kg pc (98,18% d’inhibition pour l’extrait à 10mg /
kg pc contre 36,36% d’inhibition pour le kétoprofène) (tableau II).
La recherche d’un effet dose-dépendant donne les résultats suivants
- Au cours de la première phase nous constatons que l’intensité de la douleur du lot
essai dosé 5mg / kg PC est significativement inférieure (p<0,01) à celle du lot essai à 2,5mg
/ kg PC. Ce dernier lot ne présente pas d’effet inhibiteur de la douleur. De plus l’intensité
de la douleur du lot essai dosé à 10mg / kg PC n’est pas significativement inférieure à
celle du lot extrait à 5mg / kg PC. Ce résultat ne montre donc pas un effet dose-dépendant
Cah. Santé Publique, Vol. 9, n°2- 2010
© EDUCI 2010
12
de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. sur la première phase.
- Au cours de la seconde phase nous constatons que l’intensité de la douleur du lot
essai dosé à 10 mg / kg PC est significativement inférieure (p<0,01) à celle du lot extrait
à 5 mg / kg PC. De même le lot extrait à 5 mg / kg PC présente une intensité de douleur
signifi cativement inférieure (p<0,01) à celle du lot essai à 2,5 mg / kg PC. Ceci montre
que l’activité de l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. est dose-dépendante
sur la seconde phase.
DISCUSSION
Mitracarpus scaber Zucc. est couremment utilisée en médecine traditionnelle pour ses
vertus analgésiques. Nos résultats mettent en évidence un effet inhibiteur significatif dosedépendant sur la réponse nociceptive principalement sur la phase tardive de la douleur
inflammatoire. Le test au formol est un modèle couramment utilisé de la douleur clinique
dans laquelle la première phase semble être liée à une stimulation chimique directe
des nocicepteurs alors que la deuxième phase dépend de l’inflammation périphérique
[Tjølsen 1992]. Les médicaments qui agissent principalement sur le système nerveux
central inhibent les deux phases de façon égale tandis que ceux agissant en périphérie
inhibent la deuxième phase seulement [Shibata 1989]. Des résultats expérimentaux
antérieurs ont démontré que la substance P et la bradykinine participent à la phase
précoce. Cette première phase dure quelques minutes et reflète la composante neurogène
de la nociception, celle-ci étant réduite principalement par les opioïdes. La composante
inflammatoire de la réponse nociceptive (deuxième phase) démarre après une période de
silence de 10-15 min et est médiée par la libération de médiateurs, comme la bradykinine,
l’histamine, les amines sympathomimétiques, le facteur de nécrose tumorale-α et les
interleukines [Hong 1996, Jourdan 1997, Hama 2001, Le Bars 2001, Parada 2001).
Outre ces médiateurs, les niveaux locaux de prostaglandines participent à la progression
de la nociception et sont la cible de l’action de la plupart des anti-inflammatoires non
stéroïdiens (AINS) [Hunskaar 1987, Ferreira 2002]. Par conséquent, nous avons utilisé le
kétoprofène, un inhibiteur non sélectif de la COX (cyclo-oxygénase), comme un contrôle
positif pour la deuxième phase de la réponse au formol. De façon similaire à l’effet du
kétoprofène, le pré-traitement avec l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc.
inhibe préférentiellement la seconde phase de la réponse au formol. Ainsi, l’inhibition de
la réponse nociceptive dans la phase tardive suggère que l’effet anti-nociceptif de l’extrait
pourrait être lié à un effet périphérique (ou anti-inflammatoire). L’hypothèse d’un effet
anti-inflammatoire pourrait être prise en compte dans le mécanisme d’action antalgique
de Mitracarpus scaber Zucc. d’autant plus qu’Ekpendu (1994) met en évidence un effet
inhibiteur d’un extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. sur l’inflammation
provoquée par l’albumine de l’oeuf sur la patte du rat.
Les médicaments à effet analgésique central sont connus pour être sélectifs des stimuli
thermiques douloureux, contrairement aux analgésiques à action périphérique [Chang
1989]. Dans la présente étude, la morphine, un médicament à action analgésique centrale,
a induit un effet inhibiteur sur la réponse nociceptive dans le test du tail flick, alors que
l’extrait de Mitracarpus scaber Zucc. n’a aucun effet. Par conséquent, cette observation
suggère que l’extrait n’a pas d’activité analgésique centrale.
G. KOUAKOU – SIRANSY & al. : Evaluation de l’activité analgésique d’un extrait : ... pp. 7-
13
Les feuilles de Mitracarpus scaber Zucc. possèdent dans leurs compositions chimiques
des saponosides, des triterpènes, des flavonoïdes [Okunade, 1999]. L’action antiinflammatoire des triterpènes, par un effet inhibiteur de cyclo-oxygénase 2 a été signalée
par de nombreux chercheurs [Vasquez 1996, Suh 1998, Huss 2002]. Les flavonoïdes et les
saponosides sont des inhibiteurs des prostaglandines et des phénomènes inflammatoires
[Ferreira 2002]. Par ailleurs, les saponosides auraient des propriétés anti-inflammatoires
par inhibition de la cyclo-oxygénase 2 et la lipo-oxygénase [Kim 2002]. Les effets de
l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc. pourraient être liés à l’inhibition de
la lipo-oxygénase et/ou de la cyclo-oxygénase, qui entraineraient une diminution de la
douleur périphérique. On pourrait donc attribuer l’activité analgésique de la plante à la
présence de flavonoïdes, saponosides et triterpènes.
En conclusion notre étude met en évidence un effet inhibiteur de la douleur induit
par l’extrait méthanolique de Mitracarpus scaber Zucc, effet médié préférentiellement par
un mécanisme périphérique plutôt que central. Cependant, le mécanisme exact ainsi
que les fractions actives impliquées dans cet effet analgésique devront être clarifiés dans
des études futures.
REMERCIEMENTS
Nous remercions le Pr Aké Assi (Centre National de Floristique de l’Université de
Cocody) pour l’identification de la plante.
RÉFÉRENCES
Adjanohoun E J, Ahyi A M R, Ake Assi L, Chibon P, Eyme J, Garba M, Gassita J N, Goudote E, Giunko S,
Keita A, et Lo I. (1986) Contribution aux études ethnobotaniques et fl oristiques au Togo. ACCT Paris, pp
121-33.
Adjanohoun E J, Ahyi A M R, Ake Assi L, Boukef K, Gusset G, Dramane K, Eyme J, Gassita J N, Goudote
E, Guinco S, Lo I, Keita A, Kiniffo H V, Kone Bamba D, Musampa Nseyya A, et Saadou M. (1989)
Contribution
aux études ethnobotaniques et floristiques en Republique Populaire du Benin. ACCT Paris, pp 185-95.
Bisignano G, et Sanago R. (2000) Antimicrobial activity of Mitracarpus scaber extract and isolated constituents.
Letters in Applied Microbiology; 30: 105-8.
Chang JY, Lewis AJ. (1989) Pharmacological methods in the control of inflammation (Modern methods in
Pharmacology), vol. 5, Wiley-Liss, New York, pp. 195–212.
Dubuisson D et Dennis SG. (1977) The formalin test: a quantitative study of the analgesic effects of morphine,
meperidine, and brain stem stimulation in rats and cats. Pain; 4(2): 161-74
D’Amour FE, et Smith DL. (1941) A method for determining loss of pain sensation. Journal of Pharmacology
and Experimental Therapeutics; 72: 74-9.
Ekpendu T et Akah PA. (1994) Anti-inflammatory and antimicrobial activities of Mitracarpus scaber.
International Journal of Pharmacognosy; 32: 191-6.
Ferreira SH. (2002) Peripheral analgesic sites of action of anti-inflammatory drugs. International Journal of
Clinical Practice; Supplement 128: 2-10
Germano MP, Sanogo R, Costa C, Fulco R, D’Angelo V, Torre EA, Viscomi MG, et De Pasquale R. (1999)
Hepatoprotective properties in the rat of Mitracarpus scaber (Rubiaceae). Journal of Pharmacy and
Pharmacology; 51: 729-34.
Cah. Santé Publique, Vol. 9, n°2- 2010
© EDUCI 2010
14
Gray WD, Osterberg AC, et Scute JT. (1972) Measurement of the analgesic effi cacy and potency of pentazocine by
the d’Amour and Smith method. Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics; 172: 154-62.
Hama A et Menzaghi F. (2001) Antagonist of nicotinic acetylcholine receptors (nAChR) enhances
formalininduced nociception in rats: tonic role of nAChRs in the control of pain following injury, Brain
Research 888: 102–6.
Hong Y et Abbott FV. (1996) Contribution of peripheral alpha 1A-adrenoceptors to pain induced by formalin
or by alpha-methyl-5-hydroxytryptamine plus noradrenaline, European Journal of Pharmacology 301:
41–8.
Hunskaar S et Hole K. (1987) The formalin test in mice: dissociation between inflammatory and noninflammatory
pain, Pain 30: 103–14.
Huss U, Ringbom T, Perera P, Bohlin L et Vasange M. (2002) Screening of ubiquitous plant constituents for
COX-2 inhibition with a scintillation proximity based assay, Journal of Natural Products 65: 1517–21.
Irobi ON, et Daramola SO. (1994) Antifungal activities of crude extracts of Mitracarpus villosus (Rubiaceae).
Journal of. Ethnopharmacology; 40: 137-40.
Jourdan D, Ardid D, Bardin L, Bardin M, Neuzeret D, Lanphouthacoul L et Eschalier A. (1997) A new
automated method of pain scoring in the formalin test in rats, Pain 71: 265–70.
Kaboli PJ, Doebbeling BN, Saag KG, et Rosenthal GE. (2001) Use of complementary and alternative medicine
by older patients with arthritis: a popular-based study. Arthritis and Rheumatism; 45: 398-403.
Kim YK, Kim RG, Park SJ, Ha JH, Choi JW, Park HJ et Lee KT. (2002) In vitro antiinfl ammatory activity of
kalopanaxsaponin A isolated from Kalopanax pictus in murine macrophage RAW 264.7 cells. Biological
and Pharmaceutical Bulletin 25: 472–6.
Le Bars D, Gozariu M, et Cadden SW. (2001) Animal models of nociception. Pharmacological reviews; 53:
597- 652.
G. KOUAKOU – SIRANSY & al. : Evaluation de l’activité analgesique d’un extrait ... pp. 7-. 1 5
Le Pharo (2002) Revue française de pathologie et de santé publique tropicale, Institut de médecine tropicale
du service de santé des armées, Médecine tropicale, 1 (62), 114p
Okunade A, Clark AM. (1999) Aza-anthraquinone, an antimicrobial alkaloïd from Mitracarpus scaber. Planta
Medica, 65: 447-8.
Parada CA, Tambeli CH, Cunha FQ et Ferreira SH (2001) The major role of peripheral release of histamine
and 5-hydroxytryptamine in formalin-induced nociception, Neuroscience 102: 937–44.
Sanogo R, Germano MP, De Pasquale R, Keita A, Bisignano G. (1996) Selective antimicrobial activities of
Mitracarpus scaber Zucc. against Candida and Staphylococcus sp. Phytomedicine ; 2: 265-8.
Shibata M, Ohkubo T, Takahashi H et. Inoki R. (1989) Modifi ed formalin test: characteristic biphasic pain
response, Pain 38: 347–52.
Suh N, Honda T, Finaly HJ, Barchowsky A, Williams C, Benoit NE, Xie QW, Nathan C, Gribble GW et
Sporn MB. (1998) Novel triterpenoids suppress inducible nitric oxide synthase (iNOS) and inducible
cyclooxygenase (COX-2) in mouse macrophages, Cancer Research 58: 717–23.
Tjolsen A, .Berge OG, Hunskaar S, Roland JH, Hole K. (1992) The formalin test: an evaluation of the method.
Pain; 51: 5-17.
Vazquez B, Avila G, Segura D et Escalante B. (1996) Antiinflammatory activity of extracts from Aloe vera gel.
Journal of Ethnopharmacology 55: 69–75.
G. KOUAKOU – SIRANSY & al. : Evaluation de l’activité analgésique d’un extrait : ... pp. 7-
15