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le patron du mois DRÔME PHILIPPE JOFFARD LAFUMA (ANNEYRON) L’optimiste inquiet En 27 ans, il a transformé la PME familiale en groupe international. Cet homme d’action incarne le renou veau d’une entreprise de venue incontournable sur le marché de l’outdoor. Sa stratégie : la construction d’un groupe fondé sur la diversification des mar ques, aux dimensions pla nétaires, arrimé à un ver sant industriel fort, en pri se avec l’air du temps. CV EXPRESS Par Carina ISTRE L’ allure est élégante, le regard bleu intense. Après avoir sillonné méthodiquement l’Hexago ne et la planète pour tra vailler au plus près du ter rain, c’est ici qu’il revient, dans son bureau d’Anney ron, siège historique de l’en treprise familiale restée drô moise tout en se mondiali sant. Quand il a pris les rênes, en 1984, Lafuma était une Pme en difficulté, réali sant moins de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. Après des études de scien ces politiques, Philippe Jof fard avait rêvé d’une tout autre carrière. Il s’était es sayé au journalisme avant de bifurquer vers le marke ting et le conseil, chez Bos sard Consultants. Rien ne le prédestinait,lui“lefilsd’une fille” de la famille Lafuma, à prendre la tête d’une société dynastique, où le pouvoir se transmettait d’homme à hommeenmêmetempsque le nom. Jusqu’au jour où, l’entreprise étant mise en danger, il interroge Yves Bossard, son patron d’alors, qui lui dit : “Reprenez”. Le jeune consultant rongeait déjà son frein, brûlant de passer du conseil à l’action. En 1984, il quitte Paris pour débarquer à Anneyron. “Quand je suis arrivé, j’ai li cencié un tiers du personnel et déposé le bilan”, se sou vientil. Une entrée en ma tière musclée, sur fond de crise sociale et familiale. “Mégalo et un peu parano” “Ces événements sont loin et le contexte apaisé”, note til aujourd’hui. 27 ans après, la Pme fragile est de venue un groupe internatio nal incontournable sur le marché de l’outdoor. Les clés de cette réussite ? D’abord, l’analyse claire d’une nouvelle donne en train de s’établir au début des années 80, à savoir “l’ar rivée des produits à bas prix, liée aux changements dans ladistributionetaudévelop pement de la concurrence J’AIME étrangère. Il fallait lutter contre, tout en restant en croissance à l’international, remettreleproduitetledesi gn au centre, ce que nous avons fait”, explique Philip pe Joffard. Ensuite, une mé thode. Une présence systé matique dans les filiales et les usines, auprès des équi pes. Un esprit d’innovation qu’il s’emploie à stimuler en créant “L’Observatoire de l’air du temps”, pour cerner les tendances. “Le premier sac à dos écolo en coton bio, baptisé green bag, est né ainsi en 1993 pour répondre à des attentes émergentes. À l’époque, parler de coton et de bio semblait une aber ration !”, s’amuse Philippe Joffard. “De l’Observatoire est née aussi l’idée d’un groupe multimarques. Nous avons racheté Millet, Oxbow, etc. Surdesmarchésproches,el les avaient leur identité pro pre, que nous avons gardée. Cela permet de jouer sur la diversité, tout en instaurant dessynergiesdegroupe.Par exemple, une base commu ne de sac à dos permet d’acheter dans de meilleu res conditions du tissu polai re ou du GoreTex.” Pour être crédible, et tester ses produits, ce passionné de voile s’est mis à l’épreuve delamontagne,cette“gran de mangeuse d’hommes”, et des sommets qu’il par court aux côtés de ses amis guides. Le sens du concret vient étayerchezluila vision planétaire, à l’échelle de ses ambitions. Mégalomane ? “Il faut être un peu mégalo quand vous êtes patron. Vous ne pouvez pas déve lopper des usines ni vous projeter à l’international sans cela. Mégalo et un peu parano aussi, tout cela dans le cadre d’un plan, en sa chant où vous allez et com ment. Cela dit, je préfère la définition d’Umberto Ecco : je suis un optimiste inquiet.” PHILIPPE JOFFARD 56 ans, marié, un enfant. Lieu de résidence : Paris et Anjou (Isère) Diplômes : bac D, maîtrise de droits (Nanterre), DEA de Sciences politiques (Nanterre) Parcours professionnel : depuis février 1986, Pdg du groupe Lafuma. mai 1984février 1986 : directeur délégué de Lafuma SA janvier 1983mai 1984 : collaboration avec Yves Bossard (groupe Bossard) octobre 1980 décembre 1982 : Société d’Édition Parisienne Associée : stagiaire puis responsable du service “économie et entreprise” GROUPE LAFUMA EN BREF Activité : équipementier (marques Lafuma, Millet, Eider, Oxbow, Le Chameau, Ober) Date de création : 1930 Implantations : France, Europe, Asie, Amérique du Nord. Siège social : Anneyron (26). Chiffre d’affaires : 250 M€ pour la période d’octobre 2010 à septembre 2011 Effectifs : 2 000 salariés Résultat net : NC Répartition du capital : Comir 20 %, familles 15,4 %, CDC Elan Pme 14,6 %, BNP Paribas Fortis : 7,7 %, public : 42,3 % MON RÉSEAU “Je fais partie du club Siparex, société de capitalrisque, où je retrouve notamment MichelPierre Deloche, chef d’entreprise et expert en assurance. Je suis membre du club Prisme à Lyon, auquel participe également Richard Brumm, avocat et adjoint aux finances. Je me méfie des réseaux, je m’appuie plutôt sur quelques amis que je peux appeler pour échanger. Je ne crois pas aux chapelles, je suis assez désobéissant. J’entretiens des relations très amicales avec les guides Patrick Gabarrou et Catherine “Les sceptiques, les modérés, les Destivelle, qui m’ont aidé à comprendre la montagne. J’ai une amitié admirative pour Michel Cicurel, boursicoteurs, les blasés, l’ennui patron de la Compagnie financière Edmond de Rotschild. Côté famille et entreprise, je m’appuie sur les et la télé.” conseils précieux de Pierre Lafuma, François et Christine Chapuis, ainsi que sur quelques collaborateurs clés du groupe qui sont, en fait, mon premier réseau.” “L’autodérision, lire, le sport, l’action, la musique, l’Italie et Séville.” J’AIME PAS 5 entreprises OCTOBRE 2011 SE5-5
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Activité : conception et commercialisation de
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(marques Lafuma, Millet, le Chameau, Oxbow,
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