Éthique et démence : une expérience de trois ans de l`Espace
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Éthique et démence : une expérience de trois ans de l`Espace
L’Encéphale (2008) 34, 274—279 Disponible en ligne sur www.sciencedirect.com journal homepage: www.elsevier.com/locate/encep PSYCHOGÉRIATRIE Éthique et démence : une expérience de trois ans de l’Espace éthique Alzheimer grenoblois Ethics and dementia: A three years’ experience of a French ‘‘Alzheimer’s ethico-clinic workshop’’ C. Montani ∗, M. Molines, O. Moreaud, A. Franco Département de médecine gériatrique et communautaire (DMGC), centre mémoire de ressources et de recherche Grenoble-Arc-Alpin (CMRR GAA), Elisée-Chatin, CHU de Grenoble, BP 217, 38043 Grenoble cedex 9, France Reçu le 4 octobre 2006 ; accepté le 24 avril 2007 Disponible sur Internet le 24 octobre 2007 MOTS CLÉS Éthique ; Alzheimer ; Démence ; Personnes âgées ; Centre Mémoire Ressources et Recherche ∗ Résumé L’intérêt porté aux questions éthiques ne cesse de croître. Cette exigence s’impose aujourd’hui plus que jamais dans le champ de la démence. Ainsi, face à cette situation des débats éthiques s’organisent. Après trois années d’expérience, il nous paraît opportun de procéder à une évaluation de l’Espace éthique Alzheimer du Centre mémoire ressources et recherche Grenoble-Arc-Alpin, impulsé par un plan national concernant la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées. Nous comptabilisons 24 ateliers mensuels, dont dix en visioconférence, qui traitent le plus souvent de situations cliniques rencontrées dans notre pratique quotidienne. En l’absence de situations pratiques, nous nous consacrons à des lectures critiques de textes de loi ou à des commentaires d’articles sur l’Éthique. Nous retenons quatre questionnements éthiques principaux : l’information au malade et à sa famille ; le consentement de la personne ; la balance bénéfice/risque ; l’éthique de la personne confrontée à l’éthique collective. La multidisciplinarité de l’Espace éthique Alzheimer favorise une ouverture de pensée et enrichit la pratique de chacun et constitue un cadre de références communes. Ces ateliers constituent également des terrains de recherche et répondent aux exigences de formation et de recherche des missions d’un Centre mémoire. © L’Encéphale, Paris, 2008. Auteur correspondant. Adresse e-mail : [email protected] (C. Montani). 0013-7006/$ — see front matter © L’Encéphale, Paris, 2008. doi:10.1016/j.encep.2007.04.001 Éthique et démence : une expérience de trois ans de l’Espace éthique Alzheimer grenoblois KEYWORDS Ethical; Alzheimer’s disease; Old people; Workshop; Memory Centre 275 Summary There is a growing interest concerning ethical questions. This ethical need is the more important in the field of dementia. Indeed, the ethical concerns related to this field are highly specific, which leaves some of our questions without pertinent answers. Methods. — After three years of experience, it is a good time to assess the Alzheimer ethicoclinic workshop created by a French memory centre (in Grenoble) and encouraged by the French national Alzheimer disease plan. Results. — Since their implementation, we have recorded 24 monthly coordination meetings, 10 of which have been held through videoconferences with various participants. Most of the time during the workshops, clinical situations that are experienced in our daily activities are brought up by one of us and then exposed for collective discussion. If no practical situation is available, we organize the meetings through critical readings of texts of law or through comments on articles dealing with Ethics. We retain four main ethical topics: the information given to the patient and his family, the acceptance of the person, the balance of benefits/risks and one’s individual ethics as opposed to the ethics of a group. At this point in time, we are pleased with the organization of these workshops and feel that they meet our expectations. Thanks to the diverse experiences and activities of each participant, the discussions on Ethics are of high quality. Prospectives. — As a place of shared discussions/thoughts, these ethical workshops could constitute a reference to be used when making decisions in complex situations. Other than the importance of the ethical questions that are raised, it should encourage open-minded attitudes and enrich the actions of each of us by making us more aware of the ethical concerns in daily situations. Finally, these workshops could be a field of research for theses, dissertations and answer the training and research needs of a memory centre. © L’Encéphale, Paris, 2008. Introduction Les considérations éthiques dans la démence ne cessent de croître comme en témoigne l’étude de Baldwin et Hugues [1] qui répertorie à partir d’une méthode originale les nombreux travaux sur le sujet de 1980 à 2000. Cette exigence éthique s’impose aujourd’hui plus que jamais en gériatrie et cela sous l’impact d’un certain nombre de constats : • l’augmentation du nombre de sujets âgés de plus en plus fragiles au sein des structures hospitalières et d’hébergement, associée à un contexte de contraintes économiques, provoque chez les professionnels un sentiment de malaise et de cas de conscience dans leur exercice au quotidien [6] ; • le caractère spécifique de la démence bouleverse nos références et nos pratiques soignantes laissant certaines de nos questions sans réponses convaincantes. Ainsi, face à cette situation d’exception et à la carence de certains dispositifs institutionnels actuels, une forme de résistance éthique se met en place [5]. En effet, dans la pratique clinique toute prise de décision nous confronte d’emblée à une multitude de questions, en particulier celles relevant de la sphère intime, personnelle, familiale, qui nécessitent une prise de position sur des choix de vie. Si « la réflexion éthique désigne une réflexion sur le sens de nos actes, la nature des normes qui les guident, les objectifs qu’ils poursuivent et les limites qui les bornent » [3] alors la mise en place d’ateliers de réflexions éthiques se justifie. Ainsi à Grenoble sont créés des Espaces éthique Alzheimer, ouverts aux personnes concernées par le sujet (professionnels, représentants de famille, étudiants. . .). Après trois années d’expérience, il nous paraît opportun de procéder à une évaluation de ces ateliers éthicocliniques, d’apprécier les points forts mais aussi les limites d’un tel dispositif mis au service de la réflexion éthique. Méthodes Objectifs des ateliers Trois objectifs principaux ont guidé leur mise en place dans la perspective de l’éthique clinique qui repose sur la rencontre du patient et du professionnel de santé [8] : • offrir aux professionnels et aux volontaires un lieu de réflexion, d’échanges et d’élaboration sur des situations éthiques complexes, un lieu où le débat éthique puisse se déployer, enrichi par la multidisciplinarité et les regards croisés encadrant sa mise en place ; • valoriser les droits et les intérêts des patients déficitaires psychiquement sans oublier ceux de leurs aidants ; • développer un lieu de formation et de recherche sur les problématiques éthiques rencontrées dans la clinique de la démence. Organisation Les réunions prennent la forme d’ateliers cliniques mensuels. Elles ont lieu au Centre mémoire ressources et recherche du CHU de Grenoble et peuvent faire appel à la visioconférence avec les correspondants de l’Arc-Alpin, en particulier ceux de l’hôpital d’Annecy et de Chambéry. À plus long terme l’objectif est d’intégrer au débat 276 C. Montani et al. éthique les acteurs des consultations mémoires de proximité. L’Espace éthique Alzheimer est ouvert à toute personne désireuse d’y participer et fonctionne avec un groupe de permanents, professionnels du CHU et de la communauté (médecins, psychologues, assistantes sociales, équipe soignante) et de personnes qui apportent le regard du philosophe, du théologien, du juriste et du représentant de familles de malades (association France Alzheimer Isère). Il est aussi ouvert à des étudiants dans une visée de formation et de recherche (étudiants en masters de psychologie clinique, médecins inscrits à la capacité nationale de gérontologie. . .). Un compte rendu rédigé par l’animateur de l’atelier (psychologue clinicienne) est diffusé par courriel aux participants et aux personnes qui le souhaitent. Résultats Évaluation de l’Espace éthique Alzheimer La France compte aujourd’hui 24 Centre mémoire ressources et recherche. Actuellement peu d’entre eux organisent des réunions d’éthique spécifiques à la démence sous la forme d’ateliers. L’Espace éthique Alzheimer Grenoble-Arc-Alpin privilégie l’échange multidisciplinaire autour d’un travail d’élaboration des problématiques éthiques générées par les pathologies démentielles. Nous considérons que les problèmes « techniques » soulevés lors de la présentation de cas difficiles doivent être discutés dans un autre lieu (Unité de Concertation, staffs médicaux). Cela étant, la complexité clinique de certaines situations ne permet pas toujours une démarcation précise technique/éthique. Depuis sa mise en place, en janvier 2003, (Tableau 1) nous comptabilisons 24 réunions, dont dix en visioconférence. Elles durent environ une heure et demie et rassemblent en moyenne 11 participants. Les ateliers traitent le plus souvent (17/27) de situations cliniques rencontrées dans notre pratique quotidienne et exposées par l’un d’entre nous, puis soumises au débat collectif. Toutefois, la perspective de ces réunions ne se restreint pas à la discussion de cas uniques concrets. Trois réunions ont ainsi été consacrées à des lectures critiques de textes de lois : la proposition sénatoriale présentée par M. Dreyfus-Schmidt relative « au droit de bénéficier d’une euthanasie » et la proposition de loi de J. Leonetti Tableau 2 Tableau 1 L’Espace éthique Alzheimer en chiffres. Période de l’évaluation 2003—2005 Nombre total de réunions Nombre de visioconférences Durée des réunions Nombre moyen de participants 24 11 1 heure 30 11 Support au débat : Présentations cliniques Textes de lois Articles Film 17 3 3 1 Moyens alloués : Organisation, animation Rédaction, diffusion du CR Assistance technique visioconférence 2 heures 3 heures 1 heure 30 à l’Assemblée nationale concernant les « droits des malades et à la fin de vie ». Trois autres ateliers ont été dédiés à des commentaires d’articles sur l’Éthique et un, à la diffusion du film « entretien avec le philosophe Jean-Pierre Vernant ». Les situations contextuelles suscitant des questionnements éthiques Au cours de ces trois années ont pu être abordées plusieurs thématiques éthiques s’inscrivant dans divers contextes illustrés par un inventaire classificatoire (Tableau 2). Ce repérage brut des situations dévoile l’étendue des thématiques inhérente à la clinique de la démence. Loin de les lister d’un point de vue quantitatif il s’agit plutôt de les nommer en les juxtaposant comme elles se sont présentées au cours de ces trois années. Cet article n’a pas pour objectif d’analyser l’occurrence des situations contextuelles suscitant des questionnements éthiques. Il nous faudrait plus de recul pour le faire de façon scientifique. Ainsi, ce sont les enjeux éthiques soulevés par l’annonce du diagnostic (quatre réunions) et ceux liés à la maltraitance familiale (quatre réunions) qui sont les plus fréquents. Puis viennent les questions liées aux problèmes de nutrition (trois réunions) et celles impliquant le placement institutionnel (trois réunions). Les interrogations au regard des textes de lois (trois réunions), des pratiques hospitalières et soignantes sont également récurrentes. Un peu moins souvent Situations contextuelles générant des questions éthiques. Éthique et démence : une expérience de trois ans de l’Espace éthique Alzheimer grenoblois ont été débattues les thématiques autour de la sexualité en unités psychogériatriques (deux réunions), de prises de décisions face à des investigations médicales (deux réunions) et des interventions chirurgicales (deux réunions). Certaines situations contextuelles ont fait l’objet d’une seule réunion (la dialyse, l’éthique du dépistage prenant pour exemple la chorée de Huntington, l’euthanasie et les protocoles de recherche impliquant des patients Alzheimer). Les situations contextuelles suscitant des questionnements éthiques autour de la clinique démentielle sont donc multiples. Nous observons que ces questionnements touchent plusieurs sphères qui souvent s’interpénètrent : familiale, sociale, médicale, psychologique et juridique. Cet enchevêtrement dévoile toute la complexité de l’approche gérontoclinique qui ne peut se contenter d’un regard aussi pointu soit-il sur un des champs précités sans tenir compte des autres. D’où l’intérêt d’ouvrir de façon systématique ces espaces éthiques à la pluridisciplinarité et aux personnes concernées. Questions éthiques repérées Si les situations contextuelles sont extrêmement variées, les problématiques éthiques rencontrées lors des ateliers sont plus restreintes. À partir de l’analyse des comptes rendus, nous retenons quatre questionnements éthiques principaux de par leur récurrence (Tableau 3) : l’information au malade et à sa famille (trois fois), le consentement de la personne (12 fois), la balance bénéfice/risque (dix fois) et de l’éthique de la personne confrontée à l’éthique collective (trois fois). Ces quatre principes éthiques sont transcendés par les principes éthiques d’autonomie, de bienfaisance et d’équité. L’information au malade et à sa famille La problématique éthique de l’information porte essentiellement sur l’annonce du diagnostic et sa médiatisation. Tous les participants de l’atelier estiment important de réévaluer les modalités d’annonce du diagnostic dans le sens d’une plus grande acceptabilité, c’est-à-dire d’une moins grande technicité. En effet, du fait de la médiatisation des pathologies démentielles et du libre accès aux informations sur la maladie, l’annonce du diagnostic ne revêt-il pas une forme de violence ? Le descriptif des symptômes évolutifs qui en est fait ne risque-t-il pas de « chosifier » le malade en Tableau 3 Fréquence des problématiques éthiques abordées. 277 l’identifiant à un stade, à un score ou à un symptôme ? Ainsi, le besoin que l’annonce du diagnostic ne soit pas simplement un constat mais qu’il figure comme le premier maillon de l’accompagnement du malade et de sa famille sont souvent évoqués. La question cruciale du droit à l’information ne nous fait-il pas oublier le droit à la non-information ? Par ailleurs, la sémantique utilisée lors de l’annonce du diagnostic n’est pas anodine et fait écho aux représentations individuelles de la pathologie. Si le vocable « démence » renvoie à la « folie » celui d’« Alzheimer » revêt une connotation beaucoup plus somatique. De plus, les représentations du malade et celles de ses proches ne sont pas superposables à celles des professionnels. Au moment de l’annonce, si les personnes touchées par la maladie peuvent la vivre comme une rupture, pour les professionnels il s’agit le plus souvent d’une démarche diagnostique et du début de la prise en charge. Comment informer le malade et sa famille en préservant des possibilités d’intégration, voire de dépassement de l’annonce ? [4] et qu’en est-il du principe d’autonomie qui incite à accorder au malade un statut de partenaire à la décision médicale alors même qu’une information claire et éclairée ne peut être partagée ? [7] Selon l’article 35 du Code de déontologie médicale lorsque la personne n’est plus en état de saisir l’information, cette dernière doit être communiquée à un proche. Mais en présence de conflits familiaux sur quelle base choisir la personne à informer ? Le consentement de la personne Les enjeux éthiques générés par le contexte particulier de la démence s’articulent souvent autour de la question du consentement libre et éclairé à toute décision ; de l’adhésion aux soins, de l’impossibilité de consentir aux projets thérapeutiques ou de s’exprimer quant à des choix de vie réalistes et compatibles avec le degré d’autonomie. Les situations abordées dans les ateliers nous révèlent que la personne « incapable de discernement » au sens légal du terme peut néanmoins conserver une certaine autonomie de pensée. Cette capacité qui s’exprime de façon fugace et fluctuante dans des sursauts de lucidité pose un vrai problème décisionnel. Cependant, en privilégiant les souhaits supposés des malades on se heurte parfois aux résistances des familles qui pour différentes raisons (inquiétude, épuisement voire rejet) élaborent des projets allant à l’encontre des vœux du patient. Quand bien même des directives anticipées (personne de confiance, loi no 2002-303 du 4 mars 2002/article 11) seraient envisagées au préalable, quelles 278 valeurs leur accorder quand on sait comment peut évoluer le regard porté par la personne malade, sur son attachement à la vie et sur ses capacités d’acceptation face au grand âge et à la souffrance. Quoi qu’il en soit on recherchera « l’assentiment » de la personne malade (accord de participation basé sur une compréhension incomplète) par des signes marquant un climat de confiance [9]. On peut aussi se heurter comme nous le verrons ultérieurement aux exigences institutionnelles. La balance bénéfice/risque Ce questionnement est au centre de nombreuses situations débattues comme celles concernant la fin de vie des personnes déficitaires. Jusqu’où aller dans l’acte thérapeutique ? Quel sens donner à une action chirurgicale chez un sujet dont l’évolution de la maladie chronique est à moyen terme fatale ? La chirurgie peut-elle aider le patient à mourir de façon moins douloureuse et dans un contexte relationnel de meilleure qualité ? Alors ne pourrait-on pas dans certains cas considérer l’intervention comme une mesure palliative ? Et, sur quels critères privilégier une attitude qui pourrait être perçue comme palliative par rapport à une attitude pouvant être jugée plus invasive ? À travers ces questionnements nous saisissons combien les repères habituels se bousculent tant ils sont mis à l’épreuve de la clinique au cas par cas. À un autre niveau, la recherche en psychogériatrie est aussi au cœur de la balance bénéfice/risque. Rappelons que la philosophie initiale de la loi Huriet—Sérusclat était pour une part centrée sur la recherche médicamenteuse. Dans ce contexte, en cas d’incapacité du sujet, la recherche ne pouvait se faire que dans l’intérêt de la personne. Actuellement, la prise en considération nouvelle de la balance bénéfice/risque, imposée par la loi no 2004-806-8 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique semble plus équitable d’un point de vue scientifique et éthique. En effet, sous certaines conditions, les personnes dans l’incapacité d’exprimer leur consentement ou faisant l’objet d’une mesure de protection légale peuvent dorénavant être incluses dans un essai clinique pouvant présenter un certain avantage, pour elles mais aussi pour d’autres personnes atteintes de la même affection. Éthique de la personne et Éthique collective Les problématiques individuelles apparaissent le plus souvent intriquées aux problématiques institutionnelles ou collectives. Cette question se retrouve notamment dans les discussions autour du temps d’hospitalisation et de la décision de sortie d’un malade ou encore de la sélection des malades à l’entrée des structures d’hébergement. Cette difficulté à intégrer des principes éthiques a priori antagonistes alimente de nombreux ateliers. Nous sommes tiraillés entre le principe de bienfaisance pour un malade en particulier et le principe de solidarité qui suppose un accès aux soins le plus large possible ; entre le point de vue « hippocratique » [2] et celui d’une équité redistributive [10]. Dans toute prise de décisions deux conceptions sont à prendre en compte au cas par cas : en outre, la conception médicale française qui ne fait intervenir aucune autre considération que l’intérêt immédiat du malade et celle C. Montani et al. de certains autres pays, notamment celle de la RoyaumeUni selon laquelle le soin donné à un malade s’intègre à la prise en charge de l’ensemble des malades devant être soignés. L’Éthique médicale hippocratique repose sur le devoir d’assistance, quel que soit le résultat attendu et quel que soit le coût : financier, technique, humain, nécessaire à la mise en œuvre du soin. Or nous ne pouvons passer sous silence la prise en considération d’une éthique communautaire. Comment concilier l’exigence bien légitime, d’une qualité de soin humaniste, personnalisée et le souci d’une Éthique de santé qui se veut collective, c’est-à-dire solidaire et équitable, face à la contrainte toujours plus importante des coûts ? Discussion L’Espace éthique Alzheimer s’inscrit dans une politique générale du plan national français sur la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées qui, rappelons le, demande aux Centres mémoire de considérer et de traiter les questions à caractère éthique. Du point de vue organisationnel, le cadre actuel des Espaces éthiques Alzheimer correspond à nos attentes. La fréquence des ateliers nous parait suffisante pour aborder les sujets que nous avons à traiter et pour créer une dynamique de travail et d’échange entre les participants. La multidisciplinarité des membres et la complémentarité des expériences fédérées autour d’objectifs communs confèrent à la réflexion éthique sa qualité attendue. Cependant, nous souhaiterions une présence plus régulière des équipes de soin, qui apportent l’expérience difficile de la proximité corporelle et de l’intimité avec ces malades. Au niveau du contenu des ateliers, outre la diversité des thèmes abordés et l’intérêt des questions éthiques soulevées, ils incitent à une ouverture de pensée, à enrichir la pratique de chacun en étant plus attentif aux situations quotidiennes. L’Espace éthique Alzheimer, lieu de pensée collective, constitue ainsi un certain cadre de référence qui nous aide à prendre position dans les situations complexes rencontrées. L’ouverture de ces ateliers aux étudiants nous conforte dans l’idée qu’ils sont un lieu de formation éthicopratique encourageant la vigilance éthique. Il s’agit de sensibiliser chacun d’entre eux à une analyse réflexive et critique des pratiques cliniques. L’aspect formatif équivalent à des « travaux pratiques » n’est pas le seul, l’exigence universitaire se tourne aussi du côté de la recherche. Ainsi, ces ateliers peuvent constituer un terrain de recherche pour des mémoires et des thèses portant sur les problématiques éthiques liées à la pathologie démentielle. Ces exigences de formation et de recherche répondent aux missions d’un Centre mémoire ressources et recherche. L’Espace éthique Alzheimer ne nous donne pas toujours de solutions aux problèmes rencontrés et quand bien même nous en trouvons elles ne sont pas forcément généralisables. Il a pour fonction de porter un avis sur une situation particulière. De ce fait cet espace doit rester ouvert à la multidisciplinarité, dynamique dans ses choix de sujets abordés comme dans ses échanges pour continuer à être un lieu de repères pour tout un chacun. Éthique et démence : une expérience de trois ans de l’Espace éthique Alzheimer grenoblois Consentement et participation aux études cliniques (loi no 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique) Article L. 1121-8. Les personnes majeures faisant l’objet d’une mesure de protection légale ou hors d’état d’exprimer leur consentement ne peuvent être sollicitées pour des recherches biomédicales que si des recherches d’une efficacité comparable ne peuvent être effectuées sur une autre catégorie de la population et dans les conditions suivantes : • soit l’importance du bénéfice escompté pour ces personnes est de nature à justifier le risque prévisible encouru ; • soit ces recherches se justifient au regard du bénéfice escompté pour d’autres personnes placées dans la même situation. Dans ce cas, les risques prévisibles et les contraintes que comporte la recherche doivent présenter un caractère minimal [. . .]. Article L. 1122-2.1. Les mineurs non émancipés, les majeurs protégés ou les majeurs hors d’état d’exprimer leur consentement et qui ne font pas l’objet d’une mesure de protection juridique reçoivent lorsque leur participation à une recherche biomédicale est envisagée, l’information prévue à l’article L. 1122-1 adaptée à leur capacité de compréhension, tant de la part de l’investigateur que des personnes, organes ou autorités chargés de les assister, de les représenter ou d’autoriser la recherche, eux-mêmes informés par l’investigateur. Ils sont consultés dans la mesure où leur état le permet. Leur adhésion personnelle en vue de leur participation à la recherche biomédicale est recherchée. En toute hypothèse, il ne peut être passé outre à leur refus ou à la révocation de leur acceptation [. . .]. Lorsqu’une recherche biomédicale satisfait aux conditions édictées par l’article L. 1121-8 et est envisagée sur une personne majeure hors d’état d’exprimer son consentement et ne faisant pas l’objet d’une mesure de protection juridique, l’autorisation est donnée par la 279 personne de confiance prévue à l’article L. 1111-6, à défaut de celle-ci, par la famille, ou à défaut, par une personne entretenant avec l’intéressé des liens étroits et stables [. . .]. Remerciements A. Barral-Barron, P. Bolle, M. Boucharlat, R. Culet, M. Debray, E. Dell’Accio, C. Duguay, N. Gomes, D. Grunwald, H. Halvick, C. Hofer, C. Hohn, C. Marquis, A. Memin, B. Moheb, C. Mosca, N. Musitelli, M. Puyo, E. Orban, C. Persod, S. Renaut, A. Rolin, M. Ruffiot, L. Rys. Références [1] Baldwin C, Hugues J, Hope T, et al. Ethics and dementia : mapping the literature by bibliometric anlysis. Int J Geriatr Psychiatry 2003;18:41—54. [2] Benaroyo L. 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