Les principaux blindés français (et franco-américains) en 1943-1944
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Les principaux blindés français (et franco-américains) en 1943-1944
Les principaux blindés français (et franco-américains) en 1943-1944 Extraits de l’ouvrage de Maurice Héninger « L’épreuve du feu – L’évolution des outils militaires durant la Deuxième Guerre Mondiale » (Plon Ed., Paris, 1985, rééd. 1995), avec l’aimable autorisation de l’auteur. Les nouveaux blindés français de 1943 (hors chars moyens) A partir de la fin de 1942 entrent en service dans l’armée française toute une nouvelle génération de blindés qui vont progressivement équiper ses unités au premier semestre 1943 et pourront être déployés lors de l’opération Dragon. Le char léger M7-F Surnommé Mouflon (dans la lignée des Bélier et Taureau) chez les Français, il entre en production dès le mois de septembre 1942. Sous le nom de Chaffee, il est également adopté par l’US Army comme son nouveau char léger standard, en remplacement des M3/M5 Stuart. Ce char est répandu partout : dans les unités de cavalerie (autonomes et divisionnaires) pour la découverte et la reconnaissance, mais aussi dans les DI, standards et de montagne, et dans les unités de la Légion Étrangère. Toutes les unités françaises participant à Dragon en sont équipées. Compte tenu de la priorité accordée à Dragon, les unités en Grèce et en Italie seront les dernières servies. Le chasseur de char US M10 L’armée française en a reçu un petit nombre de ces chasseurs de chars à tourelle découverte en 1943. Au moment de Dragon, ils forment un tiers de la dotation des deux RCC (soit chacun14 engins, réarmés juste avant Dragon avec le canon de 75 mm à haute vélocité SA-42). Le chasseur de char léger M11 Ces engins remplacent à partir d’octobre 1942 les canons de 47 et de 57 autopropulsés déployés dans les DB, les BMLE et les GRCA. D’abord armés d’un 6-pdr (57 mm), ils commencent à être réarmés avec des canons de 75 mm SA-41 (version embarquée du TAZ-39) en juin 1943, mais ce processus ne sera achevé qu’en fin d’année. Les DI n’en sont normalement pas dotées (selon le TOE 42), mais un certain nombre d’exemplaires ont pu “s’égarer” de ce côté. Le chasseur de char SAV-AU-42 Entré en production en décembre 42, c’est le chasseur de char standard de l’armée française, élaboré sur un châssis de SAV-42 Bélier et armé du canon SA-42. Il faut noter qu’au début de 1943, 120 SAV-AU-41 ont été réarmés avec ce canon ; le SAV-AU-41/75 était en pratique équivalent au SAV-AU-42. La fabrication à Savannah du SAV-AU-42 se poursuivra même après l’arrêt de celle du SAV-42 en avril 1943. En septembre, une version armée avec un canon de 90 mm américain, le SAV-AU42/90) commencera à être produite. Au moment de Dragon, l’intégralité de l’armée française est équipée de ce type de chasseurs de chars en casemate. Cependant, pour standardiser et rationaliser la production, la fabrication du SAV-AU-42 est interrompue en décembre 1943. Pour assurer son remplacement, un certain nombre de SAV-42 libérés par la mise en service du SAV-43 seront convertis dans les arsenaux d’AFN en SAV-AU42/90 avec des pièces importées des Etats-Unis. Deux cents engins environ seront ainsi convertis. Cependant, ce chiffre étant insuffisant, il faudra recourir aux chasseurs de chars américains à tourelle découverte M10B (à canon SA-42) et M36 (à canon de 90 mm). Le TAZ-39 automoteur Le canon de 75 mm TAZ-39 s’est généralisé dans les unités françaises, où il fait office à la fois de canon de campagne et de pièce antichar (en remplacement des 47 mm et 57 mm). Un certain nombre d’exemplaires sont montés sur châssis de half-track M2/M3 pour leur donner plus de mobilité. Le SAV-43/44, nouveau char moyen de l’Armée française Le SAV-43/44 Taureau n’est autre qu’une variante du M4 Sherman, ou plutôt une famille de variantes. Sa production commence en mai 1943 à Savannah. Les premiers Taureau, SAV-43/0 ou “Taureau-0”, sont des M4A3 standards, ou M4A3(75), un peu francisés (instrumentation en mesures métriques, inscriptions en français…). Les 72 exemplaires produits en mai sont donc équipés du canon court M3 de 75 mm. Ce premier lot permet avant tout la conversion de la ligne de production au nouvel engin et la formation des ouvriers et techniciens. A partir du mois de juin, est lancée la fabrication du SAV-43/1 ou Taureau I, armé du canon long SA-41 de 75 mm. L’utilisation de ce dérivé du TAZ-39 comme canon de blindé remonte à 1942 avec son installation sur les SAV-AU-41, eux aussi produits à Savannah. L’installation du SA-41 sur les SAV-43 à construire à Savannah a été prévue dès l’origine (les insuffisances du canon M3 comme arme antichar ont été notées de longue date). Le SA-41 sera standardisé sur les M4 de l’US Army peu de temps après (voir ci-après le débat interne à l’US Army). ……… La nécessité d’augmenter la capacité antichar du Sherman/Taureau se fait néanmoins sentir assez tôt. Elle est confirmée par les résultats des combats de la campagne d’Italie entre les M4 et les Panzer V Leopard et par les renseignements transmis par les Soviétiques, concernant notamment le char lourd Panzer VI Tiger. Les débuts de la campagne de Provence ne font qu’accélérer le mouvement. C’est dans cette optique qu’est mis au point le SAV-44 ou Taureau II, doté du canon SA-42. Ce canon, dérivé du CA-40S AA, est utilisé comme canon de blindé depuis son installation, fin 1942, sur les SAV-AU-42. Il sera également installé sur certains des M4 de l’US Army (voir ci-après). La production du Taureau II débute en novembre 1943 à Savannah. Compte tenu de l’importance des modifications à apporter à la tourelle du Sherman pour y loger le nouveau canon, la montée en production est progressive et le SAV-43 continue d’être fabriqué parallèlement au SAV-44 jusqu’à fin mars 1944. Les SAV-44 seront au début “saupoudrés” dans les unités blindées avec un char par peloton, puis deux… SAV-43 et 44 étant mécaniquement identiques en dehors de la tourelle et les canons SA41 et 42 tirant les mêmes munitions, cela ne posera pas de problème de maintenance ni de logistique. L’évolution du char M4 de l’US Army sous l’influence française Devant les innovations françaises, l’armement du char M4 fait l’objet de débats vigoureux au sein de l’US Army. En effet, selon la doctrine américaine, les chars moyens sont avant tout consacrés au soutien de l’infanterie : ils doivent être relativement compacts et disposer de bonnes capacités en tout-terrain pour accompagner les fantassins, et ils doivent être armés de pièces de calibre relativement élevé mais à faible vélocité pour la suppression des points de résistance adverses. Ils ne sont pas destinés à la destruction des chars adverses, mission qui incombe aux tank-destroyers, regroupés en unités constituées. C’est selon ce cahier des charges qu’ont été conçus les chars moyens M3 (Grant/Lee) et M4 (Sherman). L’expérience des combats de 1940-1941 a conduit les Français à tirer la conclusion inverse : la meilleure arme antichar, c’est le char lui-même, qui doit opérer en unités homogènes. Quant aux éventuels chasseurs de char, ce sont des armes d’appui qui doivent constituer la défense antichar des autres unités. Si les contacts entre militaires français et américains sont étroits et les échanges intenses, ils ne conduisent cependant pas immédiatement à une réévaluation de la doctrine officielle US. Les officiers américains transférés en AFN avec leurs unités (les trois premières Armored Divisions US), s’entraînant régulièrement avec les forces françaises et dont certains ont été engagés en Grèce, sont plus sensibles au point de vue français, mais ils n’en sont pas moins tenus par la doctrine officielle de l’Armée et leurs unités ont été formatées en fonction de celle-ci. Le char M4, armé du canon court de 75 mm M3, est donc produit en très grande série dès le second semestre de l’année 1942. Les premières confrontations de l’US Army avec les panzers ne sont guère engageantes : la 1st Armored, engagée en Italie, subit à plusieurs reprises de très lourdes pertes. Le problème devient politique avec la mission sur place des sénateurs Truman et Cabot-Lodge. De hauts gradés (dont les commandants de la 1st AD et du IIe CA) sont démis et l’US Army est bien forcée d’admettre que sa doctrine n’a pas résisté à la confrontation avec l’ennemi et qu’elle est inadaptée. Le pragmatisme des militaires américains reprend alors le dessus : à Savannah, les Français s’apprêtent à lancer la production de leur version du M4 réarmée avec le SA-41, décision est prise au printemps 1943 d’en faire autant avec les matériels de l’US Army. Ce d’autant plus que, dérivé d’un canon de campagne, le SA-41 a l’avantage d’être tout aussi efficace en antichar qu’en soutien à l’infanterie. Il est donc susceptible de concilier les différentes doctrines. Ce sera le M4A3(75-LB) (pour Long Barrel). La conversion des lignes de production est ordonnée, mais ne peut être que progressive. Ce n’est qu’à l’automne 1943 que tous les M4 sortiront des chaines avec le canon SA-41. A l’automne 1943, justement, vient le retour d’expérience des combats de Provence avec les premières confrontations contre les Tiger. Il faut encore renforcer la puissance de feu du M4 avec le canon SA-42 – l’expérimentation a déjà été conduite par les Français. L’utilisation du canon M1 de 76 mm, un moment envisagée, est abandonnée : pas supérieur en antichar et moins performant contre l’infanterie, le M1 aussi l’inconvénient de tirer des munitions d’un calibre différent, alors que le SA-42 utilise des 75 mm standards, ce qui simplifie la logistique et l’approvisionnement. Mais monter le SA-42 réclame des modifications substantielles de la tourelle et pour éviter la désorganisation de la production, seule une partie des chaînes (dont l’usine de Savannah) sont converties pour produire cette version. En 1944, deux versions du M4A seront produites en parallèle : celle à canon SA-41 : M4Ax(75-LB) et celle à canon SA-42 : M4Ax(75-LB2). La production du SAV-43/44 à Savannah La tendance à la standardisation (et à la massification) de la production industrielle américaine s’accroît en 1943 et connaît son apogée en 1944. La fabrication des matériels hors standards US (comme le SAV-42 et ses dérivés) s’interrompt progressivement. L’expérience française a cependant influencé lesdits standards, modifiant l’évolution de certains matériels (réarmement du M4 avec le SA-41, ou du M10 avec le SA-42) ou favorisant la production de matériels qui seraient sans elle restés à l’état de prototypes (comme le M7 ou le M11). En échange en quelque sorte, l’usine de Savannah, dont les avoirs français ont été repris par le gouvernement US au début de 1943, profite des dispositifs et de l’expérience de production de masse des Américains. De ce fait, sa production s’accroît considérablement, y compris pour les modèles destinés à l’Armée française. De mars 1942 à avril 1943, la production du SAV-42 atteint 1 785 exemplaires en tout, ce qui représente une moyenne de 120 à 130 engins par mois (ce chiffre a atteint 140 durant les derniers mois). En mai 1943, seuls 72 SAV-43 sont fabriqués, car il s’agit d’un début et il faut convertir au nouvel engin la ligne de production. Cette conversion est rapide : à la différence du Bélier, le SAV-43 Taureau est un engin standardisé par l’industrie américaine et produit en masse depuis plusieurs mois. La disponibilité des pièces permet donc une montée en cadence très rapide de la production. Le canon SA-41 est lui aussi un matériel standardisé, déjà monté sur des blindés, et également produit en masse – de même que l’armée française, l’US-Army a adopté le TAZ-39 comme canon antichar standard et comme pièce de campagne. C’est pourquoi, dès juillet 1943, la production du SAV-43 à Savannah atteint 150 exemplaires mensuels. En plus des 72 SAV-43/0 Taureau (à canon M3) produits en mai 1943, environ 100 SAV-43/1 Taureau I (à canon SA-41) sont donc produits en juin et environ 150 chaque mois à partir de juillet. En novembre commence la production du SAV-44 Taureau II à canon SA-42. Les modifications à apporter au char pour y loger le nouveau canon étant substantielles, la montée en cadence de la production est progressive et les SAV-43 et 44 sont produits en parallèle pendant plusieurs mois : en novembre 1943, le SAV-44 représente seulement environ un sixième de la production (~25 exemplaires) ; environ un tiers (~50) en décembre 1943 ; la moitié (~75) en janvier 1944 ; les deux tiers (~100) en février 1944 ; les cinq sixièmes (~125) en mars 1944 et la totalité (~150) à partir d’avril 1944. Au total, entre mai 1943 et la capitulation allemande, environ 2 600 chars moyens produits à Savannah ont été livrés à la France, dont à peu près 1 150 SAV-43 et 1 450 SAV-44. Le rééquipement des unités blindées françaises en SAV-43 Le rythme de ce rééquipement est soumis à un délai incompressible : celui du transport du matériel depuis les Etats-Unis (un mois environ entre la sortie d’usine et l’arrivée en unité) et celui de la prise en main et de la formation des équipages en unités (deux à trois semaines). – La première unité convertie sera, en juillet 1943, la 4e BMLE. Celle-ci percevra 45 chars du premier lot de production (SAV-43 à canons M3 fabriqués en mai). Le reliquat de ce premier lot, une vingtaine d’engins, sera dans un premier temps destiné à familiariser les futurs équipages avec leur nouvelle monture sous forme de présentations ou de “stages de découverte” tournants. – Ce sera ensuite le tour de la 1ère DB, convertie en août avec 180 chars (tout le lot de production de juin et la première moitié de celui de juillet). – Les deux régiments de chasseur de chars (2e et 6e RCA), dont chacun dispose de 6 chars moyens en plus de ses 28 SAV-AU-42 et de ses 14 M10, recevront eux aussi des SAV-43 avant Dragon. ……… Ces unités seront les seules dotées du nouveau char au moment de Dragon, les autres utilisant encore le SAV-42 Bélier (char cependant encore très correct à ce stade de la guerre, avec son canon de 57 mm très efficace en antichar). ……… – La 5e DB, gardée en réserve, sera convertie en novembre 1943. Elle sera totalement rééquipée lorsqu’elle relaiera la 3e DB. – La 3e DB sera convertie après avoir été retirée du front pour repos (la première brigade en décembre 1943, la seconde en janvier 1944). – Au premier trimestre 1944 seront converties la 6e BMLE et la Brigade Blindée belge Tancrémont. – La 2e DB sera convertie en Angleterre en mars-avril 1944 (ce sera la seule DB presque intégralement équipée de SAV-44 dès l’origine). – Enfin, la 3e BMLE sera convertie au début du printemps 1944, suite à son retrait du front balkanique pour envoi en France. ……… Les SAV-42 retirés du service dans les unités blindées seront versés dans les DI, cédés à la 2e Armée française dans les Balkans (c’est à dire aux unités blindées polonaises et yougoslaves) ou convertis en SAV-AU-42/90 et autres engins d’appui ou de soutien. Les unités blindées françaises après Dragon D’un point de vue qualitatif, les unités blindés françaises engagées dans Dragon représentent ce que les Alliés peuvent aligner de mieux en Méditerranée. Bien équipées, elles bénéficient aussi d’une expérience et d’un savoir-faire sensiblement supérieurs à leurs consœurs américaines. Néanmoins, si elles sont à plein effectif au 6 septembre, cela ne durera pas. En effet, la principale limite de l’armée française pendant la plus grande partie de la guerre est la faiblesse de son réservoir humain. Faiblesse qui est encore plus sensible pour les effectifs de spécialistes (dont les tankistes). Presque tous ceux qui peuvent être formés l’ont déjà été, et il va donc devenir de plus en difficile de remplacer les pertes. Même si l’expérience, la doctrine et le rapport de forces éviteront aux unités blindées françaises de subir une catastrophe même lors de la contre-offensive allemande (bataille de la poche de Valence), leur attrition était inévitable, compte tenu de la vigueur de la défense allemande. Cette usure ne se fera pas sentir immédiatement, car dans les mois qui suivront Dragon les unités blindées fonctionneront en alternance, avec des unités de première vague (1ère DB, 3e DB, 4e BMLE, 2e DB-US) qui seront ensuite relayées par des unités de seconde vague (5e DB, Brigade Tancrémont, 1ère et 3e DB-US). Mais à partir du début de 1944, l’arme blindée française commencera à souffrir d’un réel problème d’effectifs (sauf bien sûr à la 2e DB, pas encore engagée). Bien sûr, de nouveaux tankistes auront commencé à être recrutés dans les territoires métropolitains libérés, mais les former prendra du temps et ils ne seront pas immédiatement disponibles. En toute logique, l’état-major cherchera à conserver à ses DB le maximum de punch possible pour les opérations décisives du printemps et de l’été 1944. La seule décision possible sera de verser progressivement les personnels des bataillons autonomes de chars moyens des DI dans les DB, jusqu’à la disparation de ces bataillons 1. Les nouvelles DI formées à la Libération seront dès l’origine dépourvues de ces bataillons autonomes. Les DI conserveront uniquement les compagnies de chars légers et de chasseurs de chars intégrées aux brigades d’infanterie. 1 Un peu particulier est le cas des fameux 64e et 66e BCC (Bataillons de Chars de Combat), qui s’étaient couvert de gloire après le Sursaut, dans les conditions d’urgence de l’été 1940 à l’été 1942 et sur des théâtres d’opérations limités. Il avait été envisagé de les regrouper au sein du 502e RCC (Régiment de Chars de Combat), mais un tel régiment n’avait plus de sens en 1943, à côté de DB modernes et opérationnelles. Une unité blindée de ce type, faiblement interarmes (avec peu d’infanterie et d’artillerie d’accompagnement), était d’ailleurs en contradiction avec la nouvelle doctrine française et tous les enseignements du terrain depuis 1940. Finalement le 502e RCC, avec ses 64e et 66e BCC, ne devait être qu’une création purement administrative qui allait servir de cadre aux unités de chars spéciaux, de débarquement et du génie (les fameux “clowns” du colonel Adrien Conus), qui rendirent tant de service lors de l’opération Dragon (avant de voir leurs personnels reversés aux différentes DB dans les semaines et les mois suivant le débarquement).