17 juin 2014 - Région Nord
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17 juin 2014 - Région Nord
17 juin 2014 Mobilisation en faveur de l’égalité La Région Nord-Pas de Calais s’est engagée de longue date en faveur de l’égalité femmes hommes. Un engagement amplifié et renouvelé avec la signature de : la Charte européenne pour l'égalité des femmes et des hommes dans la vie locale, en mars 2011 ; la convention mixité égalité avec les branches professionnelles (transport-logistique, métallurgie, bâtiment), en novembre 2011 ; la convention Etat Région vers des professionnelle en novembre 2012. territoires d’excellence en matière d’égalité Les rencontres de l’égalité femmes hommes visent à : rendre visible la dynamique enclenchée au niveau régional par les différents acteurs du territoire ; valoriser et capitaliser les expériences régionales ; fixer un rendez-vous régional annuel qui associe l’ensemble de nos partenaires. Y seront présentées les avancées nationales et régionales ; celles des territoires, celles des autres collectivités territoriales et celles de nos voisins belges ; développer les réseaux et les ressources ; mobiliser les exécutifs locaux récemment élus et les inciter à signer la Charte européenne. Programme Animation de la journée par Pierre WOLF 8h30 Accueil 9h00 – 9h30 Ouverture des travaux Majdouline SBAÏ, Vice-présidente du Conseil régional en charge de la citoyenneté, de la coopération décentralisée et des relations internationales Myriam Vaudet-Laisné, Déléguée régionale aux Droits des Femmes 9h30 – 10h00 Pour en découdre avec les stéréotypes Brigitte GRÉSY, Secrétaire générale du Conseil supérieur de l'égalité professionnelle 10h30 - 12h00 Travail en ateliers Atelier 1 : S'impliquer pour faire reculer les préjugés liés au sexe auprès des jeunes - Animé par François-Xavier Salmon et Véronique Cochard Rectorat : Anne YEZNIKIAN, chargée de mission auprès du directeur académique du Pas-de-Calais - Rectorat. Lycée Baggio - Lille : présentation de l’action industrielles Nathalie DEU, Proviseure Adjointe SNCF, Caroline MASSIET et TRANSPOLE, Caroline HONORE : l'action Girl's day pour sensibiliser les jeunes filles aux métiers du transport et du ferroviaire Union des industries métallurgiques (UIMM) : les actions menées par la branche professionnelle, Nadine FICHEUX Atelier 2 : Construire l’égalité professionnelle, quelles contraintes, quelles opportunités ? co-animé par Pascal Lardeur, Maleka Dilmi Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRRECTE) : Florence TARLEE CFE - CGC : les projets mis en œuvre par les syndicats pour faire vivre l’égalité professionnelle, Monique LADSOU NORPAC : L'égalité professionnelle déclinée dans une entreprise du BTP, Julie LECOUTRE Mondial Relay : L'égalité professionnelle déclinée dans une entreprise du transport, Véronique GOSSELIN Atelier 3 : Accompagner les initiatives pour réussir l'égalité - animé par Thérèse Berger et Michèle Préfaut A Petits Pas : Création d’activités en milieu rural Aurore ROUSSEAUX Initiatives Plurielles : l’entreprenariat au féminin, Loïc BRABANT Maison de l’emploi (MDE) de Val Sambre : Samia IMADOUCHENE Collectif HF : l’égalité femmes hommes dans les arts et la culture, Stéphane GORNIKOWISKI 12h15 Vernissage de l'exposition "Infinités plurielles" avec Marie-Hélène LE NY, photographe en partenariat avec l'INRIA 12h30 - 13h 45 Déjeuner sur place 14h00 – 14h45 Les médias et le sexisme, étude comparée en France et en Belgique Natacha HENRY, journaliste 14h45-15h Parcours de femmes, documentaire web Horizons Carl CORDONNIER, Daily Life Véronique COCHARD, Corif Fred CZYSZ, Keblo 15h00 - 16h40 Travail en ateliers Atelier 4 : Utiliser la formation comme levier pour l’égalité animé par Hafida Elbaz et Maleka Dilmi - ERDF : l’apprentissage pour mixer les équipes techniques, Helen BURZLAF - Pôle Emploi : la mise en œuvre des clauses d’insertion, Sarah NIRAVONG - ICAM : la mixité dans les formations qualifiantes, Vincent GILLES Atelier 5 : Favoriser la mise en réseau, mutualiser les ressources pour faire vivre l'égalité en région animé par Dominique Pierre et Michèle Préfaut - Centre Hubertine Auclert : Ile de France, un centre de ressources pour une région, Clémence PAJOT - Maison de l'égalité d'Echirolles : un accompagnement au montage de projet, Laurie CHAMBON - Réussir en Sambre, une dynamique territoriale encouragée par la Région, Lorenzo CRISTANTE Atelier 6 : Mettre en place une démarche d’égalité dans les collectivités territoriales animé par Gwénael Pira et Véronique Cochard - Association française du conseil des communes et des Régions d’Europe (AFCCRE) : présentation de la charte européenne pour l'égalité entre les femmes et les hommes dans la vie locale, Valérie LOIRAT - Institut national des études territoriales INET : Egalité professionnelle hommes-femmes des clés pour agir et budget genré, Jehanne BENSEDIRA et Thomas DALARUN - Bruxelles Capitale : présentation d’un travail mené au niveau des communes de la région, Séverine VAN HERZEELE, coordinatrice égalité des chances 16h45 Synthèse des travaux 17h00 Clôture de la journée Photo de 100 femmes expertes Brigitte Grésy : Pour en découdre avec les stéréotypes Après que Majdouline Sbaï, vice-présidente de la Région Nord-Pas de Calais en charge de la citoyenneté, de la coopération décentralisée et des relations internationales et Myriam VaudetLaisné, déléguée régionale aux droits des femmes et à l'égalité, eurent ouvert les travaux de l'assemblée, Brigitte Grésy est entrée dans le détail pour en découdre avec les stéréotypes. Enseignante puis haut fonctionnaire, Brigitte Grésy se consacre depuis 1998 aux questions de l’égalité entre femmes et hommes. Comme directrice de cabinet de la ministre de la parité et de l’égalité professionnelle, elle s'est particulièrement attachée à promouvoir l’égalité dans l’ensemble des politiques publiques et à mettre en œuvre les modifications du cadre législatif de l’égalité : modification de la Constitution pour intégrer la parité politique, loi sur la parité, sur l’IVG et la contraception, sur l’égalité professionnelle, sur les violences, sur les propos sexistes etc. Elle est actuellement secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et membre du Haut conseil de l’égalité. Elle est aussi l'auteure de plusieurs ouvrages dont Petit traité contre le sexisme ordinaire et, donc, La vie en rose. Pour en découdre avec les stéréotypes. (Albin Michel) Dans son intervention, Brigitte Grésy est revenue sur ce constat têtu : malgré la prise de conscience et les actions engagées (lois, conventions, chartes, etc), les inégalités perdurent entre femmes et hommes. La force des stéréotypes à l'œuvre dès la petite enfance semble bien être à l'origine de cette résistance. Comme le rose et le bleu des layettes, l'intuition et l'empathie sont toujours l'apanage du féminin alors que la rigueur, la maîtrise de soi et le courage passent pour être des traits masculins. Masculin et féminin sont des constructions sociales explique Brigitte Grésy qui analyse la façon dont elles imposent des modes de socialisation différenciée. Consciente de l'ampleur des résistances mais optimiste, l'auteure a ouvert en conclusion des pistes très concrètes pour faire reculer les stéréotypes et partant les inégalités. Atelier 1 : S'impliquer pour faire reculer les préjugés liés au sexe auprès des jeunes « Mes parents ne souhaitaient que je fasse un métier d'homme » dit une conductrice de Transpole. C'est pour lutter contre ce type de barrières et ces stéréotypes que les participants à cet atelier ont confronté leurs expériences. L'égalité tout au long de la scolarité De l'école maternelle à l'entreprise, différentes initiatives sont menées pour permettre aux filles d'accéder aux formations et aux emplois disponibles, quel que soit le secteur d'activité, parce que dans l'industrie, les transports ou le bâtiment les femmes sont largement sous-représentées (16 % de femmes à la SNCF, 17,5 % à Transpole par exemple). Le travail doit donc se faire dès l'école et c'est l'une des missions de l'Education nationale. Le Rectorat a pour objectif d'organiser et encourager les initiatives prises dans les établissements scolaires. Cette politique se matérialise par un comité de pilotage un réseau de référents un séminaire sur la construction et la déconstruction des stéréotypes un site internet collaboratif pour comprendre, agir et partager une formation pour 100 référents sur le développement de l'esprit critique des élèves. A titre d'exemple, le lycée Baggio de Lille, qui propose des formations à forte dominante industrielle, n'accueille que 10,4 % de jeunes filles. Depuis 10 ans, de nombreuses initiatives visent à faire augmenter ce chiffre : cafés-nanas, débats, formation des professeurs, mais visiblement les filles restent rétives à ces formations. L'une des clés du changement réside sans doute dans la qualité de leur accueil. Pour l'instant « la non-mixité agit fortement sur le climat scolaire. La loi du plus fort, de la performance, de la concurrence de mec à mec s'impose alors » explique Nathalie Deu, proviseure adjointe. Le sexisme et la mauvaise ambiance peuvent aussi pousser les filles à décrocher plus que les garçons. Concrètement, le Conseil régional peut agir dans les lycées en offrant des places supplémentaires en internat pour les jeunes filles, en proposant des vestiaires et des sanitaires adaptés et en soutenant des initiatives telles que la Semaine de l'industrie, dédiée cette année à la place des femmes. Pour de nombreux participants, la lutte contre les stéréotypes doit commencer plus tôt. Pour Nicole Gadrey, « il faut repenser le contenu des programmes scolaires et notamment la place des femmes dans les manuels. » Virginie Mullet, du Forum départemental des sciences, rappelle qu'il existe une exposition à destination des maternelles pour promouvoir l'égalité. Enfin, Majdouline Sbaï, vice-présidente du Conseil régional, explique qu'un groupe de travail avec les Conseils généraux du Nord et du Pas de Calais permettra la mise en place d'ateliers citoyens sur cette thématique dans les collèges . Après la formation, des débouchés pour toutes et tous Cela dit, il faut aussi assurer aux filles des débouchés dans ces secteurs d'activités pour l'instant essentiellement masculins. « C'est très dur, très compliqué. Il faut unir les forces » explique Caroline Massiet, correspondante régionale mixité à la SNCF. L'entreprise a signé un accord en faveur de la mixité en 2006 et tente depuis de faire une place aux femmes. Un « girl's day » permet ainsi aux lycéennes de découvrir les métiers, les formations et de visiter des sites de la SNCF. De même, Transpole mène différentes actions pour recruter plus de femmes. Le nombre de conductrices a sensiblement augmenté (10 % en 2000, 17,5 % en 2013), mais pour Caroline Honoré, chargé du recrutement et de la mixité, le travail ne s'arrête pas là : « le sens de la démarche aujourd'hui, c'est le bien-vivre ensemble et l'action auprès des jeunes ». De son côté, l'Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie du Nord Pas-de-Calais agit également pour combattre les clichés : « les filles sont minutieuses », « les filles ne peuvent pas soulever de charges lourdes » (mais apparemment les infirmières le peuvent...). Nadine Ficheux, chargée d'information métiers à l'UIMM présente ainsi le concours « 24h de ma vie » où des jeunes réalisent un clip vidéo sur la journée d'une femme qui travaille en milieu industriel. « Ne faudrait-il pas aussi attirer les garçons dans des filières dites féminines ? » interroge Majdouline Sbaï. « Oui, répond Nicole Gadrey, la mixité c'est la mixité, il faut aussi agir sur les garçons ». L'égalité d'accès aux emplois et aux formations est un chantier qui implique la mobilisation de tous les acteurs dans les établissements scolaires, y compris des jeunes eux mêmes et l'implication des entreprises. Elle nécessite une dynamique forte, de tous les instants et qui s'inscrive dans la durée. Ont participé à l'atelier : Anne Yeznikian, chargée de mission auprès du directeur académique du Pas de Calais Nathalie Deu, proviseure adjointe du lycée Baggio de Lille Nadine Ficheux, chargée d'information métiers à l'UIMM Caroline Massiet, correspondante régionale mixité SNCF Caroline Honoré, chargé du recrutement et de la mixité Atelier 2 : Construire l'égalité professionnelle, quelles contraintes, quelles opportunités ? La loi du 9 novembre 2010 impose à toutes les entreprises de plus de 50 salariés d'être couvertes par un accord collectif (ou au minimum par un plan d'action) relatif à l'égalité professionnelle. Dans le Nord Pas-de-Calais, 31 % de ces entreprises sont aujourd'hui en conformité avec cette loi et pour l'instant, 3 pénalités ont été appliquées à des sociétés suite à leur mise en demeure. Une étude réalisée par l'INSEE et financée par le Conseil régional et l'Etat révèle une réelle inégalité entre hommes et femmes dans la région. Florence Tarlee, directrice adjointe de la DIRRECTE, pointe par exemple une différence de salaire de 24 % dans la catégorie des cadres et cette inégalité ne cesse d'augmenter avec l'âge. Les syndicats, un levier à bouger en priorité Pour faire bouger les choses, la Région a choisi de s'adresser en particulier aux partenaires sociaux. Une enveloppe financière leur a été attribuée pour former leurs membres à cette question. Mais les organisations syndicales elles-mêmes sont confrontées au problème de l'égalité. Pour certaines d'entre elles, ce sujet n'est pas une priorité et les aspects techniques de la question sont largement méconnus par les élus. Dans ce cadre, la CFE-CGC est un syndicat atypique car il compte 20 % de femmes. Monique Ladsou y est la correspondante régionale du réseau Equilibre, créé en 2004 et qui agit comme un laboratoire d'idées sur l'égalité professionnelle. Le réseau a permis de mettre en lumière les difficultés des femmes en termes de carrière et de salaires mais aussi de faire émerger des besoins au sein de l'organisation syndicale. L'expérience des militants syndicaux prouve que le sujet de l'égalité bien que récurrent, mobilise assez peu à cause du manque de données exploitables, du formalisme des accords et surtout de leur faible opérationnalité. En bref, il lasse. Le réseau Equilibre prévoit donc de se développer grâce à la mise en place de débats, d'un séminaire et d'une campagne de communication, « l'égalité n'a pas de sexe ». Le rôle des organisations syndicales sera déterminant pour l'égalité professionnelle et seul un dialogue social de qualité pourra faire avancer les choses. Mobiliser les employeurs Un dialogue implique évidemment la présence d'un interlocuteur engagé: les entreprises. Julie Lecoutre, responsable des ressources humaines de Norpac, détaille les actions de cette société du secteur du bâtiment. Depuis le premier accord d'égalité professionnelle, signé en 2007, l'entreprise a développé une stratégie en direction des femmes : une formation « réussir au féminin » et un réseau, « bâtir pluri'elles » qui regroupe plus de 500 adhérent-e-s. Concrètement, le réseau, connecté avec Bouygues, organise des temps de rencontres avec des grands témoins, des clients, des partenaires. Il accompagne des jeunes femmes en insertion sur des chantiers pilotes, part à la rencontre des filles au cours de leur formation et organise le marrainage des jeunes professionnelles. De même, Véronique Gosselin, directrice des ressources humaines de Mondial Relay, une société qui propose des services de livraison aux particuliers est confrontée à de fortes résistances dans son secteur d'activité. Les métiers de la livraison ne seraient ainsi pas accessibles aux femmes, pour des questions de force physique. Pour tordre le cou à ces préjugés, Mondial Relay a signé un accord sur l'égalité professionnelle, récompensé par le trophée d'or de l'APEC en 2012. L'accord prévoit notamment de nombreuses actions en matière de sensibilisation : une charte diversité-mixité signée par tous les managers, un forum, un film, une pièce de théâtre, des conférences de la direction des ressources humaines. Une formation spécifique des chargé-e-s de recrutement a également été mise en place. Enfin, pour assurer l'égalité des salaires, la direction des ressources humaines valide systématiquement les rémunérations et les promotions. Ces exemples prouvent qu'en matière d'égalité professionnelle, une politique volontariste de tous les acteurs est indispensable : managers et représentants des salariés ont besoin d'outils comme la loi pour avancer et mettre en place des actions dont les résultats seront visibles. Ont participé à l'atelier : Florence Tarlee, directrice adjointe de la DIRRECTE Monique Ladsou, correspondante régionale du réseau Equilibre CFE-CGC Julien Lecoutre, responsable ressources humaines NORPAC Véronique Gosselin, directrice des ressources humaines Mondial Relay Atelier 3 : Accompagner les initiatives pour réussir l'égalité Quel est le féminin de « chef d'entreprise »? Cette lacune de la langue française traduit une réalité : créer une société et la diriger est encore plus dur pour une femme que pour un homme. Loïc Brabant, co-directeur de l'association Initiatives plurielles, chargée de promouvoir l'entrepreneuriat au féminin constate que 32 % seulement des créateurs d'entreprises sont des femmes. L'autocensure, un facteur aggravant Les freins viennent de l'extérieur, des banques notamment qui se révèlent frileuses pour accorder des prêts aux femmes (encore plus que pour les hommes) mais aussi de l'environnement où les notions de risque, de performance, de combativité sont plus souvent associées aux hommes. A l'école, dans les familles, les entreprises, ces représentations sont encore vivaces. Mais le débat a aussi permis de mettre en lumière l'autocensure que s'imposent les femmes. Face aux banquiers, elles ont plus de mal à défendre leurs projets et à vendre leurs qualités. Dans leurs choix de formation, leurs recherches d'emploi et leurs projets elles minimisent leurs capacités et leurs ambitions. Initiatives plurielles propose donc un accompagnement individuel, avec en particulier un marrainage actif. Les femmes peuvent ainsi bénéficier des expériences des autres, gagner en confiance et mener une réflexion plus aboutie sur leur projet. Initiatives plurielles accompagne actuellement 250 femmes et 400 créatrices d'entreprises ont déjà bénéficié de ce soutien. Donner du temps Au cours de cet atelier, il est apparu que le temps est extrêmement important. Le temps de réfléchir quand on construit son projet, le temps à partager entre vie familiale et vie professionnelle, le temps de la formation... A Fruges, l'association « A petit pas » a créé une couveuse d'entreprises qui permet à des porteurs et porteuses de projets de tester leurs produits et prestations et de se tester eux-mêmes dans la peau du chef d'entreprise pendant un peu plus d'un an. En 2013, la moitié des bénéficiaires étaient des femmes. La culture n'échappe pas au sexisme Le plafond de verre qui empêche les femmes d'accéder à des postes de responsabilité existe aussi dans le milieu des arts et de la culture. Le chiffre est parlant : sur 33 centres dramatiques en France, un seul est dirigé par une femme ! Le collectif H/F Nord Pas-de-Calais créé en 2011 et soutenu par le Conseil régional Nord Pas-de-Calais met en lumière les inégalités dont les femmes sont victimes dans le milieu du spectacle vivant. Stéphane Gornikowski, administrateur du collectif, remarque que les décideurs pratiquent souvent le sexisme ordinaire, particulièrement dans ce milieu où la réputation est essentielle, se fait et se défait très facilement. Le collectif a donc publié une brochure, « Où sont les femmes ? » et organisé la Saison de l'égalité, lancée en octobre 2013. Ont participé à l'atelier : Aurore Rousseaux, accompagnatrice de porteurs de projets pour A petits pas Loïc Brabant, co-directeur d'Initiatives plurielles Samia Imadouchène, responsable du secteur formation Réussir en Sambre Stéphane Gornikowski, administrateur du collectif H/F Nord Pas-de-Calais L’exposition itinérante "Infinités Plurielles" Réalisée par l’artiste photographe Marie-Hélène Le Ny, présente les portraits de 140 femmes scientifiques. Cette série de portraits et témoignages, issue d’une commande du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, met en avant des femmes qui poursuivent des carrières scientifiques bien souvent majoritairement masculines. Du 16 au 27 juin, en partenariat avec le Conseil régional du Nord-Pas de Calais, le centre de recherche Inria Lille - Nord Europe, établissement public de recherche en sciences du numérique, propose cette sélection de 9 portraits, personnalités d’Inria ou de la région. Inria s’implique pour valoriser la mixité et soutenir l’égalité hommes-femmes, notamment dans la recherche, bien souvent à dominante masculine. En donnant la parole à des femmes expertes dans leur domaine de recherche, l’exposition "Infinités Plurielles" a l’ambition de susciter des vocations, d’apporter un nouveau regard sur la recherche en France, de créer une alchimie entre l’art et les sciences et d’agir pour plus d’égalité. Natacha Henry : les médias et le sexisme De son côté, en ouverture des travaux de l'après-midi, Natacha Henry a questionné le rôle des médias, au sens large, dans la reproduction des inégalités femmes-hommes. Historienne, essayiste et journaliste, Natacha Henry travaille sur le sexisme dans la culture populaire. Elle est notamment l’auteure de Frapper n’est pas aimer, enquête sur les violences conjugales (Denoël), Les « mecs lourds » ou le paternalisme lubrique (Gender Company), Marthe Richard, l’aventurière des maisons closes (Punctum). Publicité, presse, communication... dans les médias, images et articles révèlent de nettes différences de traitement entre femmes et hommes, filles et garçons. Non mixité et déséquilibres genrés caractérisent cette production, ce qui n’est pas sans conséquence sur la construction de la société. De la place des femmes dans le monde à la réalité des violences sexistes et des meurtres conjugaux, les médias vont-ils rejoindre la voie du progrès ? Face au sexisme, conclut Natacha Henry, les médias doivent changer de camp. Atelier 4 : utiliser la formation comme levier pour l'égalité Pour ouvrir de nouvelles portes aux jeunes filles et femmes, la formation est un levier important. Pour cela, tous les acteurs du secteur doivent être mobilisés : CFA, organismes de formation, professionnels de l'insertion et de l'orientation etc. Dans la région, 75 000 demandeurs d'emplois accèdent chaque année à des formations : 49 % d'hommes et 51 % de femmes. Le chiffre paraît égalitaire, mais si on l'examine dans le détail, on observe que les femmes suivent essentiellement des programmes sur les compétences et les savoirs de base. Le pourcentage de femmes diminue nettement dans les formations qui permettent d'accéder à une certification, une qualification ou un diplôme. Par ailleurs, la répartition hommes-femmes par secteurs professionnels reste marquée : toujours autant de femmes dans les métiers du sanitaire, du social, le secteur tertiaire et toujours autant d'hommes dans le transport et l'industrie. Des formations industrielles accessibles aux femmes Amener les femmes dans les formations industrielles, c'est le pari que s'est lancé l'ICAM. Pour l'instant, l'école accueille une trentaine de femmes sur 400 adultes en formation. Or, Vincent Gilles, coordinateur de la formation pour adultes note que bien souvent « les premiers sont des premières ». C'est à dire que les femmes réussissent mieux. Malgré cela, les freins sont tels dans les entreprises qu'il est toujours difficile d'intégrer les femmes dans l'emploi durable même si elles obtiennent de meilleurs résultats. Le problème se situe souvent dans la hiérarchie intermédiaire : la direction décide d'aller vers la parité, sur le terrain ça se passe bien et c'est entre les deux que ça bloque... ERDF : des stratégies pour attirer les femmes ERDF affiche une tradition d'actions en faveur de la mixité en particulier dans le recrutement des jeunes en alternance. Helen Burzlaff, DRH adjointe d'ERDF Manche Mer du Nord, explique notamment que les offres d'emploi ne sont pas sexuées mais « la manière dont est rédigé le libellé du poste va attirer les profils recherchés. » Ainsi, plus l'offre va spécifier de contraintes, moins les femmes vont postuler. De même, mettre en valeur la dimension de la relation clientèle sur un poste technique va attirer plus de femmes. Par ailleurs, l'entreprise multiplie les partenariats avec Pôle Emploi, l'Education nationale, la Ville de Lille, les missions locales, les maisons de l'emploi, le Greta... Elle associe aussi les managers de terrain au moment de la pré-sélection des jeunes et tout au long de leur formation. Helen Burzlaff précise tout de même qu'il faut « toujours remettre l'ouvrage sur le métier, recommencer sans cesse car le turn over est important dans les équipes. » Agir sur les représentations Ouvrir ces emplois aux femmes implique de casser les stéréotypes, de travailler sur les représentations des managers, des familles, des conseillers pour l'emploi, des femmes ellesmêmes. C'est un travail de longue haleine, que mène aussi la cellule Passerelle de Pôle Emploi. Elle tente en particulier de permettre aux femmes d'accéder aux emplois de l'IAE (insertion par l'activité économique). Ce dispositif permet de concilier difficultés sociales et éloignement de l'emploi, mais pour l'instant on n'y compte que 30 % de femmes. Les structures de l'IAE ont souvent une activité traditionnellement réservée aux hommes (jardinage, bâtiment...) et les professionnels du secteur sont très rétifs à l'embauche des femmes. L'un des leviers de Pôle Emploi réside dans les clauses d'insertion des marchés publics (rappel de l'obligation faites aux entreprises par le commanditaire public d'employer des personnes éloignées de l'emploi et donc notamment des femmes) mais pour cela, Pôle Emploi doit aussi lutter contre les préjugés de ses propres conseillers et met en place des formations sur la lutte contre les stéréotypes. Ont participé à l'atelier : Helen Burzlaff, DRH adjoint ERDF Manche Mer du Nord Sarah Niravong, conseillère à l'emploi, Pole Emploi Christian Tomczak, responsable recrutement formation professionnelle, ICAM Vincent Gilles, coordinateur de la formation pour adultes, ICAM Atelier 5 : Favoriser la mise en réseau, mutualiser les ressources pour faire vivre l'égalité en région Les rencontres de l'égalité femmes hommes le prouvent bien, de nombreux acteurs se préoccupent de cette question dans la région Nord Pas-de-Calais. Malheureusement, ils ne se connaissent pas forcément. Cet atelier met en exergue l'utilité de travailler ensemble. Dominique Pierre, chargée de mission à la Direction des partenariats internationaux et régionaux présente le projet de « ruche à projets » porté par la Région, une structure qui permettrait de rassembler tous les porteurs de projets sur un territoire donné, mais aussi de mobiliser les partenaires plus timorés. La mise en réseau a pour objectif d'accompagner les acteurs, de mieux les outiller et de qualifier tous les porteurs de projets. Pour alimenter la réflexion, 3 expériences menées dans différents territoires sont présentées. Le centre Hubertine-Auclert, en Ile de France Clémence Pajot, la directrice, présente le travail de cette association, créée en 2009 sous l'impulsion de la vice-présidente du Conseil régional d'Ile de France en charge de l'égalité femmes-hommes, Claude Villiers. Elle rassemble une centaine d'adhérents, regroupés en 4 collèges : syndicats, institutions, associations et élus. Le centre Hubertine Auclert est d'abord un centre de ressources, avec une base de données en ligne, l'égalithèque, dont le téléchargement est gratuit. Il aide les associations, dont les moyens sont souvent très modestes, à faire un état des lieux de leurs forces et faiblesses et à renforcer leurs actions. Il offre un accompagnement aux structures qui le souhaitent, par l'aide à la réalisation de projets ou à la réflexion. Dans le cadre d'un partenariat avec l'Education nationale, il mène chaque année une étude sur la place des femmes dans les manuels scolaires. Enfin, il aide à la lutte contre les violences faites aux femmes, par le biais d'un observatoire, lancé en novembre 2013. La maison pour l'égalité d'Echirolles Créée en 2005 dans le cadre de la politique de la ville, cette structure est portée par deux collectivités locales : Alpes métropole et la Ville de Grenoble. Une obligation venue de l'Union Européenne qui n'accorde de financements sur la rénovation qu'à la condition d'un engagement sur l'égalité hommes-femmes. La maison de l'égalité emploie 2,5 équivalents temps plein et couvre un territoire de 500 000 habitants, dont beaucoup de communes de montagne. Laurie Chambon, responsable de la structure, a opté pour une politique de « petits pas ». Les moyens de la maison de l'égalité sont très limités, elle préfère donc s'engager sur des projets dont les résultats sont accessibles, visibles, et auront valeur d'exemple pour avancer. Ainsi, la maison de l'égalité fournit des supports de travail aux porteurs de projets (expositions, jeux, salles de réunion), organise et anime des formations et crée des outils pédagogiques. Elle anime un réseau avec différents collectivités locales et développe ses propres projets (par exemple, l'accès des femmes au sport). Laurie Chambon souligne la difficulté de travailler avec l'Education nationale. La qualité du partenariat dépend beaucoup de l'implication personnelle des interlocuteurs. Par ailleurs, la polémique récente sur la théorie du genre a causé du tort à la question de l'égalité : des projets en cours ont été freinés. Le partenariat CORIF-Région dans le programme de formation de la Sambre-Avesnois Depuis 2013, la région a décliné son Plan régional de développement économique (PRDE) en différents Plan locaux de développement économique (PLDE) et la thématique de l’égalité femmes-hommes y a été intégrée en posant notamment la question de la diversification des choix professionnels. Lorenzo Cristante, en charge du programme régional de formation sur le territoire de la SambreAvesnois, présente le groupe de travail monté dans ce cadre et dans lequel intervient le Corif. Le Collectif régional pour l'information et la formation des femmes apporte son expertise et aide à définir une méthode de travail pour aboutir à un plan d'actions. Des points d'étapes sont régulièrement faits pour évaluer les actions qui marchent et celles qui ne marchent pas. La démarche permet de mettre en œuvre des actes concrets, de leur donner du sens et de motiver tous ceux qui y prennent part. Cette dynamique de territoire implique la présence de partenaires à toutes les étapes et dans tous les secteurs abordés. En pratique, le dispositif tient par la volonté de quelques personnes et pourrait être menacé sans elles. Ont participé à l'atelier : Clémence Pajot, directrice du centre Hubertine-Auclert Lorenzo Cristante, chargé de mission territorial, Région Nord Pas de Calais Laurie Chambon, responsable de la maison pour l'égalité d'Echirolles Atelier 6 : Mettre en place une démarche d'égalité dans les collectivités locales Les collectivités territoriales n'échappent pas à la problématique de l'égalité femmes-hommes. La région Nord Pas-de-Calais emploie 6000 agents, dont 4000 dans les lycées. Guenaël Pira, le DRH note que les agents des lycées sont majoritairement masculins alors que le personnel du siège est majoritairement féminin. Une charte pour les collectivités Depuis 2006, la Charte européenne pour l'égalité des femmes et des hommes dans la vie locale guide les collectivités signataires. 30 articles établissent des principes de fonctionnement pour les collectivités en tant qu'employeurs, donneurs d'ordre ou prestataires de services. Valérie Loirat, chef de projet à l'association française du conseil des communes et régions d'Europe (AFCCRE), présente cette charte, signée par 169 collectivités en France. Chaque signataire est tenu de rédiger un plan d'actions pour l'égalité qui fixe les priorités, les actions et les ressources nécessaires dans les 2 ans. « Le principal appui de ces plans d'action, explique-telle, est le volet interne : tout ce qui concerne le recrutement, les offres de postes, la carrière et la conciliation des temps par exemple. » Pour Guenaël Pira, DRH de la Région, la charte sert de levier. En Nord Pas-de-Calais, deux agents des ressources humaines ont travaillé sur les indicateurs de l'égalité femmes-hommes et les ont intégrés dans le bilan social annuel. Une commission égalité femme/homme a également vu le jour. Anne Mikolajczak, adjointe aux droits des femmes à la Ville de Lille, note que le volet interne est peu valorisé : « c'est le travail le moins visible et le plus difficile à partager avec d'autres communes. » Mélanie Vallée, collaboratrice de Majdouline Sbaï, vice-présidente du Conseil régional, fait remarquer que lors du recrutement des emplois d'avenir, la Région n'a embauché que 6 femmes sur 135 animateurs numériques, faute de candidatures. L'exemple de Bruxelles Dans la plupart des 19 communes bruxelloises, il y a un référent égalité. Un budget de 120 000 euros leur est alloué et un budget supplémentaire est consacré à la mise en réseau des initiatives. Séverine Van Herzeele, coordinatrice égalité des chances à Bruxelles Capitale, insiste sur l'intérêt de fédérer ces communes, très différentes entre elles. La mise en œuvre de cette politique peut prendre des formes très variées : publication d'une brochure sur les stéréotypes dans la littérature jeunesse, sensibilisation du personnel communal au congé paternité par exemple. « Le gendermainstreaming, explique-t-elle, c'est la prise en compte du genre dans les politiques publiques en amont. » Le budget genré de Vienne Jehanne Bensidera, élève à l'Institut national des études territoriales (INET), présente le cas de Vienne, en Autriche, qui pratique le « gender budgeting » depuis 2006. Dans cette capitale de 1,6 millions d'habitants, on compte aujourd'hui un référent égalité dans toutes les directions et les budgets sont tous évalués sous l'angle de l'égalité femmes-hommes. « L'un des principaux avantages du budget genré est l'allocation efficace des budgets de la collectivité. » Les élèves de la promotion Simone de Beauvoir de l'INET travaillent en ce moment à l'élaboration d'un guide de l'égalité à destination des collectivités et en particulier à l'application de ces budgets genrés. Quelques exemples existent déjà en France : en Bretagne, l'analyse genrée d'une subvention aux créateurs d'entreprises de moins de 35 ans a permis de réaliser que les femmes étaient souvent exclues du dispositif, tout simplement parce qu'elles attendent que leurs enfants soient plus autonomes pour lancer une activité. La Région a ainsi pu rectifier le tir pour s'adresser également aux femmes. Ont participé à l'atelier : Valérie Loirat, chef de projet, Association Française du conseil des communes et régions d'Europe Jehanne Bensedira et Thomas Dalarun, élèves administrateurs territoriaux, INET Séverine Van Herzeele, coordinatrice égalité des chances, Bruxelles pouvoirs locaux Merci à Catherine Picot, pôle éducation jeunesse Amandine Sossa, Direction Europe Sandrine Coquet, Direction de l’action économique Magali Martineau, Direction du développement durable de la prospective et de l’évaluation Frédéric Defrancq, Direction des sports Gilles Didier, Direction des moyens logistiques Rachida Guercioueur, Direction de la formation professionnelle Léa Rouzé, Direction de la culture Augustin Ali, direction des partenariats internationaux et régionaux Anne-France Larivière, Direction du développement durable de la prospective et de l’évaluation Yann Derlyn, Direction des ressources humaines Amandine Sossa, Direction Europe Armelle Bonvarlet, Direction aménagement durable aux référent-es égalité femmes-hommes qui ont contribué à l’écriture de ces actes