Management international / International Management / Gestión
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Management international / International Management / Gestión Internacional Fondateur / Founder / Fundador Rédacteurs en chef / Editors / Editores Taïeb Hafsi Patrick Cohendet Bachir Mazouz Rédacteurs en chef adjoints / Associate Editors / Editores adjuntos Jean-François Chanlat Jean-Claude Cosset Pascal Grandin Michel Kalika François Leroux Pierre Romelaer Comité scientifique / Scientific Committee / Comité científico Franck Aggeri MINES Paris Tech, France Boualem Aliouat Université de Nice, France Florence Allard-Poesi Paris-Est Créteil, IAE Gustave Eiffel David Arellano CIDE, Mexique Jean-Luc Arrègle EM Lyon, France Marie-José Avenier CNRS-CERAG, France Rodrigo Bandeira-de-Mello FGV, Sao Paulo, Brésil Christoph Barmeyer University of Passau, Allemagne Isabelle Barth École de Management de Strasbourg, France Jérôme Barthélemy ESSEC Paris, France Anissa Ben Hassine École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales de Tunis Faouzi Bensebaa Université Paris XII, France Nicolas Berland Université Paris Dauphine Luiz Bignetti Universidade Federal do Rio Grande do Sul, Brésil Olivier Boiral Université Laval, Canada Jean-Pierre Boissin Université de Grenoble – Pierre Mendez, France Yves Boisvert École nationale d’administration publique (ÉNAP) Dominique Bouchet Université d’Odense, Danemark Hamid Bouchikhi ESSEC New Business School, France Stefano Brusoni Université Bocconi, Italie Thierry Burger-Helmchen BETA, EM Strasbourg, Université de Strasbourg, France Enrique Cabrero Mendoza Centro de Investigación y Docencia Económicas, Mexique Louise Cadieux Université du Québec à Trois-Rivières, Canada John Cantwell Rutgers Business School, États-Unis Jamil Chaabouni FSEG Sfax, Tunisie Valérie Chanal Université de Grenoble – Pierre Mendez, France Jean-François Chanlat Université Paris Dauphine, France, HEC Montréal Stéphanie Chasserio Skema Business School, France Elie Chrysostome SUNY at Plattsburgh, États-Unis Stewart Clegg University of Technology of Sydney, Australie Patrick Cohendet HEC Montréal, Canada Bernard Colasse Université Paris Dauphine, France Annie Cornet UCL, Belgique Jean-Claude Cosset HEC Montréal, Canada Julien Cusin IAE de Bordeaux Stéphanie Dameron Université Paris Dauphine Éric Davoine Université de Fribourg, Suisse Maria Ester de Freitas Escola de Administração, FGV, São Paulo, Brésil François-Xavier De Vaujany Université Paris Dauphine, France Jean-Philippe Denis Université Paris 10 – Nanterre, France Ludovic Di Biaggio Skema Business School, France Yves Doz INSEAD, Campus Europe, France Thomas Durand CNAM, France Pierre Dussauge Groupe HEC, France Yves Emery Swiss Graduate School of Public Administration (IDHEAP) Mehdi Farashahi Université de Concordia, Canada Alain Fayolle EM Lyon, France Tania Fischer Université fédérale de Bahia, Brésil David Giauque Université de Lausanne Pierre-Yves Gomez EM Lyon, France Pascal Grandin Skema Business School, France Gilles Guieu Aix-Marseille Université, France Taïeb Hafsi HEC Montréal, Canada Louis Hébert HEC Montréal, Canada Isabelle Huault Paris Dauphine, France Marc Ingham ESC Dijon, France Henri Isaac Paris Dauphine, France Dominique Jolly Skema Business School, France Michel Kalika Paris Dauphine, France Emmanuel Kamdem Université de Douala, ESSEC, Cameroun Christian Kœnig ESSEC Paris, France Gérard Kœnig Université Paris 12 – Val-de-Marne, France Daniel Labaronne Université Bordeaux IV Gilles Lambert École de management de Strasbourg, France Ann Langley HEC Montréal, Canada Jean-Fabrice Lebraty Université de Lyon 3 Jean-François Lemoine Université Paris Panthéon Sorbonne Xavier Lecocq IAE Lille, France Albert Lejeune UQAM, Canada François Leroux HEC Montréal, Canada Alain Charles Martinet Université Lyon 3 – Jean Moulin, France Ulrike Mayrhofer IAE Lyon, Université Lyon 3, France Bachir Mazouz ENAP, Université du Québec, Canada Ababacar MBengue Université de Reims, France John McGee University of Warwick, Royaume-Uni Pierre-Xavier Meschi Université de la Méditerranée / Euromed Marseille, France Géraldine Michel Université du Maine – Le Mans, France Danny Miller HEC Montréal, Canada Philippe Monin École de Management de Lyon, France Caroline Mothe Université de Savoie, France David Oliver HEC Montréal, Canada Mustafa Ozbilgin Brunel Business School, Royaume-Uni Philippe Pailot IAE de Lille / Skema Business School, France Jean Pasquero UQAM, Canada Véronique Perret Université Paris Dauphine, France Eric Persais Université de Poitiers Andrew Pettigrew Saïd Business School, Royaume-Uni Alain Pinsonneault Université McGill, Canada Sébastien Point EM Strasbourg, Université de Strasbourg, France Salvador Porras UAM Iztapalapa, Mexique Ravi Ramamurti University Northeastern, États-Unis Emmanuel Raufflet HEC Montréal, Canada Joanne Roberts Newcastle Business School, United Kingdom Pierre Romelaer Université de Paris Dauphine, France Linda Rouleau HEC Montréal Anne Rousseau Université de Louvain Alan M. Rugman Henley Business School, Royaume-Uni Anne-Laure Saives UQAM, Canada Ali Smida Paris 13 – Sorbonne Paris Cité Howard Thomas Singapore Management University, Singapour Zhilong Tian Huazhong U. of Sci. And Techno., Chine Olivier Torrès Université de Montpellier 3, France Marie-France Turcotte UQAM, Canada Sabine Urban Université Robert Schuman, France Alain Vas Université catholique de Louvain Thierry Verstraete Université Montesquieu Bordeaux, France Shaker Zahra Carlson School of Management, États-Unis Assistante à la publication et à la diffusion / Publication and Distribution Assistants / Asistentas editorial y de distribución Anaïs Latulippe Réviseurs et traducteurs / Copy editors and translators / Revisores y traductores Cecilia Fasola, Nancy Dunham Publié par / Published by / Publicado por HEC Montréal et Université Paris Dauphine ISSN 1206-1697 Table des matières / Table of Contents / Índice Automne / Fall / Otoño 2013 Vol. 18 – Nº1 Mot de la rédaction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . V Le Global à l’écoute du local Jacques Jaussaud, Ulrike Mayrhofer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 Tissages locaux, maillages globaux : nouvelles dynamiques de la créativité et de l’innovation territorialisées pour la compétitivité internationale Laurent Simon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 Premier dossier thématique : Le Global à l’écoute du local Les tensions global-local : l’organisation et la coordination des activités internationales Jacques Jaussaud, Ulrike Mayrhofer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 « Traduttore, Traditore » ? La réception contextualisée des valeurs d’entreprise dans les filiales françaises et allemandes d’une entreprise multinationale américaine Christoph I. Barmeyer, Eric Davoine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26 Innovation Processes in Emerging Markets: Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry Mohit Anand, Philippe Monin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40 Effet de la corruption sur la survie des filiales de multinationales dans un pays émergent : Le cas de l’Indonésie Virginie Vial, Frédéric Prévot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58 L’influence du risque pays et de la distance culturelle sur les modes de présence et de contrôle des PME à l’étranger Carole Jean-Amans, Mahamat Abdellatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73 Innovation and internationalization of young entrepreneurial firms Olivier Lamotte, Ana Colovic . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 The Role of Partnerships in the Internationalisation Process of Small Knowledge Intensive Firms (SKIFs) Antonella Zucchella, Diala Kabbara . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104 Deuxième dossier thématique : Tissages locaux, maillages globaux : nouvelles dynamiques de la créativité et de l’innovation territorialisées pour la compétitivité internationale. Les pôles de compétitivité : morphologies et performances Caroline Hussler, Paul Muller, Patrick Ronde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117 Le rôle des pôles de compétitivité dans l’internationalisation des PME : Une étude exploratoire Ana Colovic . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138 L’écosystème d’innovation universitaire de Aalto : une contribution au repérage des acteurs impliqués lors de la phase d’émergence Franck Barès, Thomas Froehlicher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153 Note de lecture Bruno Amann . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166 Sélection du rédacteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170 Notes biographiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172 v Mot de la rédaction Numéro Thématique coordonné par Jacques Jaussaud, Ulrike Mayrhofer, et Laurent Simon C e numéro thématique exceptionnel de Management International est composé de deux sous-dossiers : d’une part nos collègues Jacques Jaussaud, et Ulrike Mayrhofer ont coordonné un premier dossier thématique sur le thème du global à l’écoute du local. Ce premier dossier est le fruit d’une sélection de textes choisis parmi les meilleures communications présentées au deuxième colloque d’Atlas/AFMI (Association Francophone de Management International) qui s’est tenu à Lyon, les 31 mai et 1er juin 2012. D’autre part, Laurent Simon a coordonné un dossier sur le thème Tissages locaux, maillages globaux : nouvelles dynamiques de la créativité et de l’innovation territorialisées pour la compétitivité internationale, à partir de contributions de collègues qui ont participé aux 7ième journées de la Proximité, sur le thème « créativité, innovation et proximités » qui se sont déroulées du 21 au 23 mai 2012 à HEC Montréal. Ces deux dossiers se font naturellement écho sur le thème central des rapports global/local qui au cœur de nombreuses recherches de management international. Nous tenons à remercier très vivement nos trois collègues qui ont tenu leur rôle d’éditeurs en chef invités avec enthousiasme, patience, rigueur et qui nous livre un numéro de Management International dont nous sommes très particulièrement fiers. Très bonne lecture ! International Management: Between Local and Global Thematic issue coordinated by Jacques Jaussaud, Ulrike Mayrhofer, and Laurent Simon T his exceptional thematic issue of International Management comprises two sub-files. Our colleagues Jacques Jaussaud and Ulrike Mayrhofer coordinated the first thematic file, with global in tune with local as its theme. This first file features a selection of texts chosen from among the best communications presented at the second Atlas/AFMI conference, held in Lyon on May 31 and June 1, 2012. Laurent Simon coordinated the second file with the following theme: local connections, global networking: new dynamics of territorialized creativity and innovation for international competitiveness, based on contributions from colleagues who participated in the 7th edition of Proximity Days with its theme “Creativity, Innovation and Proximity,” held at HEC Montréal from May 21 to May 23, 2012. These two files naturally echo the central theme of global/ local relationships that is at the heart of many of International Management’s research papers. We would like to sincerely thank our three editors for their enthusiasm, patience and rigour and for delivering an issue of International Management of which we are particularly proud. Happy reading! La gestión internacional entre local y global Número temático coordinado por Jacques Jaussaud, Ulrike Mayrhofer y Laurent Simon E ste número temático excepcional de Gestión Internacional se compone de dos dossiers: por un lado, nuestros colegas Jacques Jaussaud y Ulrike Mayrhofer coordinaron un primer dossier temático acerca del tema Lo global a la escucha de lo local. Este dossier es una selección de textos escogidos entre las comunicaciones del Segundo coloquio de Atlas/ AFMI (Association Francophone de Management International), el que tuvo lugar en Lyon, Francia, el 31 de mayo y el 1ero de junio 2012. Por el otro, Laurent Simon coordinó un dossier sobre el tema Tejidos locales, mallas globales: nueva dinámica de la creatividad y de la innovación territorializadas para la competitividad internacional, en base a las ponencias de colegas que participaron en la 7as Jornadas de la proximidad, sobre el tema « creatividad, innovación y proximidad », y que se llevaron a cabo del 21 al 23 de mayo 2012, en HEC Montreal. Ambos dossiers dialogan y se complementan con respecto a su tema central, o sea la relación global/local, tema que constituye el núcleo de numerosísimas investigaciones de gestión internacional. Agradecemos mucho a estos tres colegas que se desempeñaron como jefes editores invitados con entusiasmo, paciencia y rigor, y que nos brindan este número de Gestión Internacional del que estamos especialmente orgullosos. ¡Excelente lectura! © MI 2013 Le Management International entre local et global Introduction : numéro thématique Le global à l’écoute du local Jacques Jaussaud CREG, Université de Pau et des Pays de l’Adour Ulrike Mayrhofer IAE Lyon, Magellan, Université Jean Moulin Lyon 3 L e dossier thématique que propose ce numéro de Management International sur le thème du global à l’écoute du local est le fruit d’une sélection de textes choisis parmi les meilleures communications présentées au deuxième colloque d’Atlas/AFMI (Association Francophone de Management International), à Lyon, les 31 mai et 1er juin 2012. Le colloque s’est déroulé dans les prestigieux locaux de l’ancienne Manufacture des Tabacs, où se trouvent l’IAE Lyon et le Centre de Recherche Magellan. Les textes proposés dans ce dossier thématique ont fait l’objet d’une double sélection rigoureuse. Les communications au colloque Atlas/AFMI ont d’abord été choisies sur la base d’un processus d’évaluation anonyme, par atelier thématique. 60 contributions ont ainsi été retenues et présentées au colloque. Par la suite, les meilleures contributions ont été proposées à Management International, puis à nouveau évaluées en aveugle selon les règles de la revue. Les textes retenus qui composent ce numéro ont considérablement bénéficié des critiques constructives des évaluateurs, que nous remercions chaleureusement : Bernadette Andreosso, Christophe Baret, Jérôme Barthélémy, Jean-Pierre Bréchet, Franck Brillet, Franck Brulhart, Sam Dzever, Alain Fayolle, JeanPascal Gond, Birgit Hagen, Caroline Hussler, Héléna Karjalainen, Frédéric Leroy, Olivier Meier, François Meyssonier, Serge Rey, Emmanuelle Reynaud, Richard Soparnot, Barbara Stöttinger et Bruna Zolin. Le dossier thématique débute par un article de Jacques Jaussaud et Ulrike Mayrhofer, intitulé « Les tensions globallocal : l’organisation et la coordination des activités internationales ». Les auteurs s’attachent à cadrer dans ce texte la problématique générale du numéro, rappelant en quoi global et local ne peuvent plus simplement s’opposer, ne constituent plus une simple alternative stratégique. Ils expliquent comment les structures organisationnelles et les mécanismes de coordination et de contrôle peuvent être mobilisés au service de l’effort visant à être attentif au local dans une perspective globale. Christoph Barmeyer et Eric Davoine, dans un article intitulé « ‘Traduttore, Traditore’ ? La réception locale des valeurs d’entreprise dans les filiales françaises et allemandes d’une entreprise multinationale américaine », montrent que les valeurs d’entreprises, qui sont transférées de la maisonmère vers les filiales dans le but de partager un ensemble de références communes, sont en partie spécifiques à la langue et au contexte culturel et institutionnel dans lequel elles sont formulées. L’analyse comparée de la réception de ces valeurs dans les filiales françaises et allemandes permet de mettre en évidence leurs interprétations différenciées dans les deux pays et d’étudier les éléments, voire les processus de recontextualisation locale de ces valeurs. Mohit Anand et Philippe Monin nous livrent un article intitulé « Innovation Processes in Emerging Markets : Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry ». Ils s’efforcent, à partir de cas soigneusement choisis dans le secteur des assurances en Inde, de comprendre comment les organisations innovent pour répondre aux attentes des marchés émergents. Cela les conduit à identifier sept processus d’innovation différents, visant à répondre finalement à trois types d’enjeux fondamentaux sur ces marchés. Leur analyse contribue à une meilleure connaissance des processus d’innovation dans les pays émergents. Virginie Vial et Frédéric Prévot, pour leur part, étudient la délicate question que posent aux entreprises multinationales les pratiques de corruption dans certains pays. Dans leur article intitulé « Effet de la corruption sur la survie des filiales de multinationales dans un pays émergent : le cas de l’Indonésie », ils analysent l’influence de la corruption sur la survie des filiales. L’étude est menée à grande échelle, sur 3483 filiales d’entreprises multinationales en Indonésie, et sur une période de 33 ans. Cette recherche met en évidence un effet modérateur de la corruption sur le taux de mortalité des filiales étrangères les plus récentes, mais cet effet disparaît ensuite pour les plus anciennes filiales. Carole Jean-Amans et Mahamat Abdellatif examinent « l’influence du risque pays et de la distance culturelle sur les modes de présence et de contrôle des PME à l’étranger ». Les auteurs travaillent à partir d’une base de données qu’ils ont constituée par enquête, portant sur 2526 PME françaises implantées à l’étranger sous forme de filiales. Ils mesurent l’effet du risque pays et de la distance culturelle sur les deux variables que sont le type d’implantation (filiale détenue à 100 % ou coentreprise) et les pratiques d’expatriation. Leur analyse révèle que le risque pays et la distance culturelle influencent le type d’implantation, mais pas les pratiques d’expatriation. Olivier Lamotte et Ana Colovic, sur le cas des firmes entrepreneuriales, étudient l’incidence de l’innovation sur les processus d’internationalisation. Leur article, intitulé « Innovation and early internationalization of entrepreneurial firms : evidence from cross-country data », apporte un effort de quantification utile sur cette question importante. La recherche est conduite à partir de données de Global Entrepreneurship Monitor et de la Banque Mondiale, portant sur 64 pays. Les auteurs établissent que les jeunes entreprises Le global à l’écoute du local entrepreneuriales innovantes ont plus de chances de s’internationaliser que les autres. Ils trouvent en outre que l’impact de l’innovation sur l’internationalisation est plus fort pour les innovations de produits que pour les innovations de processus ainsi que dans les pays à revenus élevés que dans les autres pays. Antonella Zucchella et Diala Kabbara examinent, pour leur part, les processus d’internationalisation des petites entreprises fortement innovantes. Leur article, intitulé « The internationalisation process of small knowledge intensive firms (SKIFs) and the role of partnerships », souligne le rôle particulier des alliances dans le développement international de ce type de firmes. Sur la base d’études de cas comparatives, les auteurs analysent et décomposent en différentes phases le processus d’internationalisation de ces firmes. Ils distinguent en outre, parmi les différents types de partenariats envisageables, ceux qui contribuent le plus à ce processus. Au total, à l’étude de ces différents textes, notre compréhension de l’articulation global-local s’enrichit considérablement. L’ensemble ou presque des dimensions environnementales affectant les processus d’internationalisation sont étudiées dans ce numéro, dimensions culturelles, géographiques et institutionnelles (notamment à travers les pratiques de corruption). Tant le cas des grandes firmes que celui des PME s’internationalisant sont présentés dans ce dossier, et une large place est consacrée à l’innovation, pour en dégager l’impact sur les processus d’internationalisation. Nous espérons en conséquence que ces contributions retiendront l’attention de notre communauté des chercheurs en management international, et au nom de l’association Atlas/ AFMI, nous vous en souhaitons une excellente lecture. 7 Introduction: Thematic Issue The global listening to the local Jacques Jaussaud CREG, Université de Pau et des Pays de l’Adour Ulrike Mayrhofer IAE Lyon, Magellan, Université Jean Moulin Lyon 3 T his special issue of International Management on the theme of the global listening to the local results from the selection of the best papers presented at the second annual conference of Atlas/AFMI (French-Speaking Association for International Management) in Lyon on May 31st and June 1st 2012. The conference took place in the prestigious building of the former Manufacture des Tabacs, the location of IAE Lyon and the Magellan Research Centre. Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry”. They attempt, by using carefully selected cases in the insurance sector in India, to understand how organizations innovate to respond to emerging country expectations. This conducts them to identify seven different innovation processes, with the objective to respond to three different fundamental stakes on these markets. Their analysis contributes to a better knowledge of innovation processes in emerging countries. The texts proposed in this special issue were subject to a rigorous selection process. The papers of the Atlas/AFMI conference were first chosen on the basis of an anonymous evaluation process, organized by thematic tracks. 60 contributions were accepted and presented at the conference. The best papers were proposed to International Management and then again anonymously evaluated following the rules of the journal. The texts retained for this special issue have considerably benefited from the constructive comments of the reviewers whom we wish to thank very warmly: Bernadette Andreosso, Christophe Baret, Jérôme Barthélémy, Jean-Pierre Bréchet, Franck Brillet, Franck Brulhart, Sam Dzever, Alain Fayolle, Jean-Pascal Gond, Birgit Hagen, Caroline Hussler, Héléna Karjalainen, Frédéric Leroy, Olivier Meier, François Meyssonier, Serge Rey, Emmanuelle Reynaud, Richard Soparnot, Barbara Stöttinger and Bruna Zolin. Virginie Vial and Frédéric Prévot examine the delicate question posed to multinational companies by corruption practices in certain countries. In their article entitled “Effect of corruption on the survival of subsidiaries of multinationals in an emerging country: the case of Indonesia”, they analyse the influence of corruption on the survival of subsidiaries. The study is conducted on a large scale, on 3483 subsidiaries of multinational companies in Indonesia, during a period of 33 years. This research highlights a moderating effect of corruption on the mortality rate of the most recent foreign subsidiaries, but this effect disappears for the oldest subsidiaries. The special issue starts with an article of Jacques Jaussaud and Ulrike Mayrhofer, entitled “Global-local tensions: the organization and coordination of international activities”. The authors attempt to present the general theme of this special issue, reminding that the global and the local cannot be opposed anymore and represent no longer a simple strategic alternative. They also explain how organizational structures as well as coordination and control mechanisms can be used for the effort to integrate the local into a global perspective. Christoph Barmeyer and Eric Davoine, in an article entitled “‘Traduttore, Traditore’? The local reception of corporate values in French and German subsidiaries of a US multinational company”, try to understand how corporate values, which are transferred from headquarters to subsidiaries in order to share a set of common references, are partly specific to the language as well as to the cultural and institutional context where they are formulated. The compared analysis of the reception of these values in French and German subsidiaries allows to show their differentiated interpretations in the two countries and to study the elements and even the local recontextualization process of these values. Mohit Anand and Philippe Monin propose an article entitled “Innovation Processes in Emerging Markets: Carole Jean-Amans and Mahamat Abdellatif examine “the influence of country risk and cultural distance on foreign market entry and control modes of SMEs”. The authors use a data-base constituted by a survey of 2526 French SMEs with foreign subsidiaries. They measure the effect of country risk and cultural distance on two variables, which are the type of subsidiary (wholly-owned subsidiary or joint venture) and expatriation practices. Their analysis reveals that country risk and cultural distance influence the type of subsidiary, but do not shape expatriation practices. Olivier Lamotte and Ana Colovic, on the case of entrepreneurial firms, study the incidence of innovation on the internationalization process. Their article, entitled “Innovation and early internationalization of entrepreneurial firms: evidence from cross-country data”, brings a useful quantification effort on this important question. The research is based on data provided by the Global Entrepreneurship Monitor and the World Bank, concerning 64 countries. The authors establish that young innovative entrepreneurial firms have more chances to internationalize than other ones. They also find that the impact of innovation on internationalization is stronger for product innovations than for process innovations as well as for high-income countries than for other ones. Antonella Zucchella and Diala Kabbara examine the internationalization process of small companies that are highly innovative. Their article, entitled “The The global listening to the local internationalisation process of small knowledge intensive firms (SKIFs) and the role of partnerships”, underlines the particular role of alliances in the international development of this type of companies. On the basis of comparative casestudies, the authors analyze and decompose the different phases of the internationalization process of these firms. They also differentiate, among different types of possible partnerships, the ones that contribute most to this process. Finally, the study of these different texts considerably improves our understanding of the global-local articulation. All or nearly all dimensions of environmental dimensions that affect the internationalization process are studied in this special issue, cultural, geographic and institutional dimensions (more specifically corruption practices). Large companies as well as SMEs that internationalize are presented and an important place is provided to innovation, to determine its impact on the internationalization process. Consequently, we hope that the contributions will retain the attention of the community of researchers in international management, and in the name of the Atlas/AFMI association, we wish you an excellent reading. 9 Introducción : Número Temático Lo global a la escucha de lo local Jacques Jaussaud CREG, Université de Pau et des Pays de l’Adour Ulrike Mayrhofer IAE Lyon, Magellan, Université Jean Moulin Lyon 3 E l dossier temático que propone este número de Management International sobre el tema de lo global a la escucha de lo local es el fruto de una selección de textos escogidos entre las mejores comunicaciones presentadas en el segundo coloquio de la asociación Atlas/AFMI (Asociación Francófona de Management Internacional) en Lyon, el 31 de mayo y el 1ro de junio de 2012. Este coloquio tuvo lugar en los prestigiosos locales de la antigua Manufactura del Tabaco, donde se encuentra el IAE Lyon (Instituto de Administración de Empresas) y el Centro de Investigación Magellan. Los textos propuestos en este dossier temático fueron objeto de una doble selección muy rigorosa. Las comunicaciones en el coloquio Atlas/AFMI han sido escogidas en base a un proceso de evaluación anónimo por módulos temáticos. Es de este modo que 60 contribuciones han sido retenidas y presentadas en el coloquio. Seguidamente, las mejores contribuciones han sido propuestas a Management International, y fueron reevaluadas a ciegas siguiendo las reglas de la revista. Los textos retenidos de los cuales se compone este número han sido beneficiados considerablemente de críticas constructivas por parte de los evaluadores a quienes les damos un agradecimiento sincero: Bernadette Andreosso, Christophe Baret, Jérôme Barthélémy, Jean-Pierre Bréchet, Franck Brillet, Franck Brulhart, Sam Dzever, Alain Fayolle, Jean-Pascal Gond, Birgit Hagen, Caroline Hussler, Héléna Karjalainen, Frédéric Leroy, Olivier Meier, François Meyssonier, Serge Rey, Emmanuelle Reynaud, Richard Soparnot, Barbara Stöttinger y Bruna Zolin. El presente dossier temático se abre con un artículo de Jacques Jaussaud y Ulrike Mayrhofer, titulado “Las tensiones entre lo global y lo local: la organización y la coordinación de las actividades internacionales”. En este artículo, los autores se preocupan de poner énfasis la problemática general de este número, recordando de qué manera lo global y lo local no pueden simplemente oponerse y por lo tanto ya no constituyen una simple alternativa estratégica. Explican también el modo en el que las estructuras organizacionales y los mecanismos de coordinación y de control pueden ser movilizados al servicio del esfuerzo dirigido a un seguimiento local con una perspectiva global. Christoph Barmeyer y Éric Davoine, en un artículo titulado “¿‘Traduttore, Traditore’? La recepción local de los valores empresariales en las filiales francesas y alemanas de una empresa multinacional americana”, muestra que los valores de la empresa transferidos por la empresa matriz a las filiales, con el objetivo de compartir un conjunto de referencias comunes, son en parte específicas a la lengua y al contexto cultural e institucional en los cuales estos han sido formulados. El análisis comparativo de la recepción de estos valores en las filiales francesas y alemanas permite poner en evidencia sus diferentes interpretaciones en los dos países y estudiar los elementos e incluso el proceso de recontextualización local de esos valores. Mohit Anand y Philippe Monin proponen un artículo titulado “Procesos de innovación en los mercados emergentes: evidencia empírica de la industria aseguradora hindú”. Ellos intentan, comprender como las organizaciones innovan para responder las expectativas de los mercados emergentes basándose en casos cuidadosamente escogidos provenientes del sector de seguros en India. Eso los llevó a identificar siete procesos diferentes de innovación con el objetivo de responder a tres tipos de desafíos fundamentales en estos mercados. Su análisis contribuye a un mejor entendimiento del proceso de innovación en los países emergentes. Virginie Vial y Frédéric Prévot examinan, por su parte, la delicada problemática planteada en las empresas multinacionales por prácticas de corrupción en algunos países. En su artículo titulado “Efecto de la corrupción en la supervivencia de las filiales de las multinacionales en un país emergente: el caso de Indonesia”, analiza la influencia de la corrupción en la supervivencia de las filiales. El estudio se lleva a cabo a gran escala, en 3483 filiales de empresas multinacionales en Indonesia, durante un período de 33 años. Esta investigación pone de relieve un efecto moderador de la corrupción en la tasa de mortalidad de las filiales extranjeras más recientes, sin embargo este efecto desaparece en las filiales más antiguas. Carole Jean-Amans y Mahamat Abdellatif examinan “La influencia de riesgo país y la distancia cultural sobre la entrada y control de las PYMES en el extranjero”. Los autores trabajan haciendo uso de una base de datos constituida de encuestas dirigidas a 2526 PYMES francesas con filiales implantadas en el extranjero. Ellos miden el efecto de riesgo país y la distancia cultural sobre dos variables que son: el tipo de filial (filial totalmente controlada o joint venture) y las prácticas de expatriación. Su análisis da a conocer que el riesgo país y la distancia cultural influyen en el tipo de implantación de la filial, pero no en las prácticas de expatriación. Olivier Lamotte y Ana Colovic, estudian la incidencia de la innovación en el proceso de internacionalización en el caso de las firmas emprendedoras. Su artículo, intitulado “Innovación e internacionalización precoz de las firmas Lo global a la escucha de lo local emprendedoras: evidencia de datos entre distintos países”, aporta un esfuerzo de una cuantificación útil sobre esta importante problemática. La investigación se llevó a cabo a partir de datos del Global Entrepreneurship Monitor y del Banco Mundial en 34 países. Los autores establecen que las nuevas empresas emprendedoras e innovadoras tienen más oportunidades de internacionalizarse que las otras. Se observa que el impacto de la innovación sobre la internacionalización, es más contundente en las innovaciones de productos que en las innovaciones de procesos y por ende en los países con ingresos elevados, lo que no ocurre en los otros países. Antonella Zucchella y Diala Kabbara examinan, por su parte, los procesos de internacionalización de pequeñas empresas considerablemente innovadoras. Su artículo intitulado “El proceso de internacionalización de pequeñas firmas intensivas en conocimientos y el rol de sus asociados”, subraya en particular las alianzas dentro del desarrollo internacional de ese tipo de empresas. Basándose en estudios comparativos, los autores analizan y descomponen las diferentes fases del proceso de internacionalización de estas compañías. Asimismo, diferencian los tipos de alianza posible, aquellos que contribuyen más dentro de este proceso. Finalmente, el estudio de estos diferentes textos, enriquece considerablemente nuestra comprensión entre la articulación de lo global y de lo local. En este número, son estudiadas casi la totalidad del conjunto de las dimensiones contextuales tales como las dimensiones culturales, geográficas e institucionales (particularmente a través de las prácticas de corrupción) que afectan el proceso de internacionalización. No solamente las grandes compañías sino también las PYMES que se internacionalizan están presentes en este dossier en el cual damos una importancia relevante a la innovación, determinando así su impacto en el proceso de internacionalización. Esperamos que las contribuciones llamen la atención de la comunidad de investigadores en management internacional, y en nombre de la asociación Atlas/AFMI, le deseamos una agradable lectura. 11 Introduction : Numéro thématique Tissages locaux, maillages globaux : nouvelles dynamiques de la créativité et de l’innovation territorialisées pour la compétitivité internationale Laurent Simon HEC Montréal D u 21 au 23 mai 2012, se sont tenues à HEC Montréal les 7ième journées de la proximité, sur le thème « créativité, innovation et proximités ». À l’heure du global, du virtuel et de la distance, ces journées, initiées au tournant des années 2000 par quelques chercheurs éclairés, visent à réintroduire dans la réflexion les dynamiques du proche, de la rencontre, du contact et du lien. Où de plus en plus, dans les logiques économiques comme dans celles du social, on envisage les forces et les vertus de la diversité, sources de la créativité indispensable à l’évolution et à l’innovation, il nous faut aussi reconnaître qu’elles ne peuvent s’exprimer qu’en lien, et donc en lieux. Ces lieux physiques, géographiques, sociaux, cognitifs, symboliques, voire imaginaires parfois, reviennent ces dernières années au cœur des recherches économiques et organisationnelles. Car les organisations, les institutions, les firmes, sont avant tout des lieux et des espaces artificiellement créés, mais aussi des frontières érigées par souci d’efficacité (Williamson), dont il revient de questionner la perméabilité et la porosité relative. La question se pose aujourd’hui des formes d’aménagement et d’accompagnement des dynamiques locales et territoriales qui favorisent ce plein jeu de la diversité et ses expressions créatives pour l’amélioration des pratiques de l’innovation pour la compétitivité. Face à ces enjeux, les politiques publiques et les expérimentations institutionnelles se multiplient avec des résultats mitigés et des niveaux de performances variés qui appellent des évaluations et des recherches en forme de premiers bilans, abordés en particulier lors des Journées de la proximité. Ce dossier court se veut un écho de ces journées, en privilégiant ici deux initiatives institutionnelles majeures de pilotage du territoire, abordées dans trois articles qui se font écho et se complètent en alimentant la réflexion sur les dynamiques locales d’agglomération pour l’innovation qui supportent des stratégies globales de positionnement. Dans un premier article, Hussler, Muller et Rondé proposent une réflexion sur la nature et l’évaluation la performance des pôles de compétitivité français. Dispositif public de gestion territoriale implanté par vague de 2005 à 2010, les pôles visent la mise en réseau d’organisations sur le mode de la triple hélice (université, industries et acteurs publics) autour d’une thématique innovante. Les auteurs questionnent les limites opérationnelles d’un dispositif générique, dont chaque incarnation est par ailleurs soumise à des critères de performance multidimensionnels auxquels il apparait difficile de répondre également. À travers un exercice de typologie qui révèle la variété des expériences, des orientations et des pôles, les auteurs visent à « identifier et comprendre les formes organisationnelles les plus favorables à l’innovation et à la compétitivité ». Ils interrogent aussi les modes d’évaluation de la performance autour des axes de l’entrepreneurship, de la compétitivité/attractivité ou de l’activité innovante. Leurs analyses plaident pour une gestion différenciée de ces pôles, qui tienne compte de leur configuration structurelle, de leur morphologie et de leur singularité, et pour une appréciation pragmatique de leur performance plus sensible à leurs caractéristiques propres, marquées par le local. Dans un second article, Colovic aborde la dynamique interne des mêmes pôles de compétitivité français, considérés comme un cas particulier de cluster innovant, et mettant l’accent sur leur rôle de tremplin pour l’internationalisation des PME. Si l’engagement dans un pôle – « réseau territorial formel » - apporte à la PME des ressources cognitives et relationnelles, sur le mode classique des externalités d’agglomération, les effets sur son internationalisation dépendront aussi et surtout de son entrée en relations avec des partenaires étrangers via le jeu d’alliances inter-clusters, nous montre l’auteur. Un tel constat met en évidence le rôle stratégique des animateurs des pôles, et de leur propension à assurer leur inscription dans les réseaux internationaux pouvant bénéficier aux membres du pôle. Il porte aussi un éclairage sur le nécessaire dialogue entre les PME membres du pôle, son conseil d’administration et ses animateurs, pour assurer un alignement stratégique entre les intérêts des firmes membres et les alliances privilégiées par le CA et négociées par les animateurs. Dans une autre perspective, le troisième article réinterprète et réinterroge l’élaboration du positionnement de l’écosystème d’innovation d’Aalto, en Finlande, au tournant des années 2000, qui a conduit à sa reconnaissance internationale. Animés par une politique volontariste de différenciation et par une forte ambition de favoriser l’interdisciplinarité pour réinscrire utilement l’action de l’université dans le milieu socio-économique local, certains acteurs locaux mobilisent le Design Thinking comme un objet fédérateur et réconciliateur pour différentes facultés (sciences, génie, business school…). L’analyse des auteurs révèle un effort socio-institutionnel intense et réfléchi de Tissages locaux, maillages globaux : nouvelles dynamiques de la créativité et de l’innovation territorialisées pour la compétitivité... tissages de liens entre acteurs locaux par le maillage global avec les grands acteurs de référence du Design Thinking. Le double pilotage du réseau local et du réseau global assura à la fois le démarrage de projets interdisciplinaires autour de l’objet commun, l’attraction d’expertises internationales contribuant à la consolidation des projets, et l’élaboration rapide d’une identité à la fois singulière et légitime. À travers ces analyses, les trois articles contribuent à illustrer la diversité des dynamiques d’agglomération socio-économique locales engagées dans des stratégies globales d’innovation et de positionnement. Ils incitent aussi à nuancer et relativiser les approches unidimensionnelles qui pourraient inspirer les politiques publiques. En particulier, ils soulignent, s’il était nécessaire, la force de la singularité des synergies locales (Hussler et al), l’importance centrale de l’engagement et de la proactivité des acteurs économique dans leurs écosystèmes locaux (Colovic), mais aussi le rôle déterminant des efforts des porteurs de projets locaux dans l’élaboration socio-institutionnelle couplant local et global, ainsi que dans la construction et l’animation symbolique de ces pôles (Barès & Froelicher). 13 Introduction: Thematic Issue Local connections, global networking : New dynamics of territorialized creativity and innovation for international competitiveness Laurent Simon HEC Montréal F rom May 21 to 23, 2012, HEC Montréal hosted the 7th edition of Proximity Days, on the theme “Creativity, Innovation and Proximity.” In the present global, virtual and distance era, this event, begun in the early 2000s by a few informed researchers, aims to reintroduce into the reflection the dynamics of nearness, meeting, contact and connection. Whereas increasingly, in economic and social logics, we see the strengths and virtues of diversity, a source of creativity indispensable to development and innovation, we must also recognize that the strengths and virtues of creativity can only be expressed in connection, and therefore in location. These physical, geographical, social, cognitive, symbolic, and at times even imaginary spaces have in recent years resumed their place at the heart of economic and organizational research. Organizations, institutions, firms are mainly artificially created spaces, but also boundaries erected for the sake of efficacy (Williamson), and we must question their relative permeability and porosity. The question arises today of the forms of arrangement and support of local and territorial dynamics that promote the full play of diversity and its creative expressions to improve innovation practices for competitiveness. Given these issues, public policies and institutional experiments are multiplying with mitigated results and varied performance levels that require evaluation and research in the form of initial assessments, explored in particular during the Proximity Days. This brief record is illustrative of this event as it focuses on two major institutional initiatives of territorial management discussed in three articles that echo and complement one another while adding to the reflection on local agglomeration innovation dynamics that support global positioning strategies. In the first article, Hussler, Muller and Rondé offer a reflection on the nature and evaluation of the performance of French competitiveness clusters. These clusters are part of a government framework for territorial management introduced progressively between 2005 and 2010, with the objective to network organizations in a triple helix model (university, industries and public actors) around an innovating theme. The authors question the operational limits of a generic framework, each incarnation of which is subject to multidimensional performance criteria that the clusters have difficulty meeting uniformly. Through a typology that reveals the variety of experiences, directions taken and clusters, the authors aim to identify and understand the organizational forms most favourable to innovation and competitiveness. They also examine the methods used to evaluate performance around the axes of entrepreneurship, competitiveness/attraction or innovating activity. Their analyses argue for a differentiated management of these clusters, that takes into account their structural configuration, their morphology and their uniqueness, and for a pragmatic assessment of their performance that is more sensitive to their specific, locally influenced characteristics. In the second article, Colovic looks at the internal dynamic of the same French competitiveness clusters, considered as a particular case of innovating cluster and stressing their role as springboard for the internationalization of SMEs. The author shows us that while joining a cluster – a formal territorial network - brings the SME cognitive and relational resources, on the traditional model of agglomeration externalities, the effects on its internationalization will also and chiefly depend on its entering into relations with foreign partners via the inter-clusters alliances game. This observation highlights the strategic role of the cluster facilitators, and their propensity to ensure their enrolment in international networks that can benefit the members of the cluster. It also sheds light on the need for dialogue between the SME members of the cluster, its board of directors and its facilitators, to ensure a strategic alignment between the interests of member firms and the alliances favoured by the BD and negotiated by the facilitators. In another perspective, the third article reinterprets and re-examines the innovation ecosystem development of Finland’s Aalto University, in the early 2000s, which led to its international recognition. Driven by a proactive policy of differentiation and by a strong ambition to foster interdisciplinarity in order to intelligently reinsert university action in the local socio-economic milieu, some local actors drew upon Design Thinking as a unifying and reconciling element for various faculties (science, engineering, business school, etc.). The authors’ analysis reveals an intense and thoughtful socio-institutional effort to weave connections between local actors through global networking with key players from Design Thinking. The dual management of the local network and the global network will ensure the launch of interdisciplinary projects with a common goal, the attraction of international expertise contributing to the Local connections, global networking: New dynamics of territorialized creativity and innovation for international competitiveness consolidation of the projects, and the rapid development of an identity that is both unique and legitimate. Through these analyses, the three articles help to illustrate the diversity of local socio-economic dynamics of agglomerations engaged in global innovation and positioning strategies. They also require that the one-dimensional approaches that might inspire public policies be qualified and put into perspective. In particular, they emphasize, if necessary, the strength of the singularity of local synergies l (Hussler et al.), the central importance of the commitment and proactiveness of economic actors in their local ecosystems (Colovic), but also the decisive role of local project leaders’ efforts in the socio-institutional development connecting local and global, as well as the construction and the symbolic facilitation of these clusters (Barès & Froelicher). 15 Introducción : Número Temático Tejidos locales, mallas globales : nueva dinámica de la creatividad y de la innovación territorializadas para la competitividad internacional Laurent Simon HEC Montréal D el 21 al 23 de mayo 2012, en HEC Montreal, tuvieron lugar las 7as Jornadas de la proximidad, sobre el tema « creatividad, innovación y proximidad ». A la hora de lo global, de lo virtual y de la distancia, estas Jornadas -iniciadas alrededor del año 2000 por algunos brillantes investigadoresapuntan a reintroducir en la reflexión las dinámicas de lo cercano, del encuentro, del contacto y del nexo. Allí donde, cada vez más, en las lógicas económicas como en las de lo social se contemplan las fuerzas y las virtudes de la diversidad, fuentes de la creatividad indispensable para la evolución y la innovación, se debe reconocer también que ellas no pueden expresarse que en contactos y, por ende, en lugares. Estos lugares físicos, geográficos, sociales, cognitivos, simbólicos y, a veces, hasta imaginarios, vuelven ahora al centro de las investigaciones económicas y organizacionales. Porque las organizaciones, las instituciones, las firmas son, ante todo, espacios creados artificialmente, pero también son fronteras que se erigen por razones de eficacia (Williamson), y así se plantea cuestionar su permeabilidad y su porosidad. Actualmente, surge la cuestión sobre las formas de acondicionamiento y de acompañamiento de las dinámicas locales y territoriales que favorecen el juego de la diversidad y sus expresiones creativas para mejorar las prácticas de la innovación para una mayor competitividad. Frente a estas problemáticas, las políticas públicas y las experimentaciones institucionales se multiplican con resultados más bien modestos y niveles de desempeño variados, los cuales exigen evaluaciones e investigaciones que sirven de balances, abordados de manera especial en esas Jornadas de la proximidad. Este dossier breve es un eco de esas jornadas; en él se privilegian dos iniciativas institucionales mayores de dirección del territorio, tratadas en tres artículos que abordan y complementan la reflexión acerca de las dinámicas locales de aglomeración para la innovación que soportan las estrategias globales de posicionamiento. criterios de desempeño multidimensionales a los cuales es difícil responder. Por medio de un ejercicio de tipología que revela la variedad de las experiencias, de las orientaciones y de los polos, los autores apuntan a « identificar y comprender las formas organizacionales más favorables a la innovación y a la competitividad ». Ellos se interrogan, además, sobre los modos de evaluación del desempeño alrededor de los ejes de empresariado, de competitividad/atracción o de la actividad innovadora. Sus análisis se inclinan por una gestión diferenciada de esos polos, la cual tiene en cuenta la configuración estructural, la morfología y la singularidad de los mismos, y por una apreciación pragmática del desempeño más sensible a sus características, marcadas por lo local. En el primer artículo, Hussler, Muller y Rondé proponen una reflexión sobre la naturaleza y la evaluación del desempeño de los polos de competitividad franceses. Dispositivo público de gestión territorial implantado por etapas desde 2005 hasta 2010, los polos apuntan a crear una red de organizaciones con el modo triple hélice (universidad, industria y actores públicos) alrededor de una temática innovadora. Los autores cuestionan los límites operacionales de un dispositivo genérico, del cual cada concretización está sujeta a Desde otra perspectiva, el tercer artículo vuelve a interpretar e interrogar la elaboración del posicionamiento del ecosistema de innovación de Aalto, en Finlandia, alrededor del 2000, el cual condujo a su reconocimiento internacional. Animados por una política voluntarista de diferenciación y por una gran ambición de favorecer la interdisciplinaridad con el fin de inscribir de manera útil la acción de la universidad en el medio socio económico local, algunos actores locales movilizaron el Design Thinking como un objeto En el segundo artículo, Colovic trata la dinámica interna de esos mismos polos de competitividad franceses, considerándolos como un caso particular de reagrupamiento innovador (clusters de innovación), poniendo el acento en su rol de trampolín para la internacionalización de la PyME. El autor nos muestra que si la implicación de las PyME en un polo – « red territorial formal » - les aporta recursos cognitivos y relacionales sobre el modo clásico de las externalidades de aglomeración , los efectos sobre su internalización dependerán también, y sobre todo, de su entrada en relación con asociados extranjeros mediante un juego de alianzas inter-clusters. Esta constatación pone en evidencia el rol estratégico de los animadores de los polos y de su tendencia a asegurar la participación en aquellas redes internacionales que puedieran ser beneficiosas para los miembros del polo. El autor saca a la luz el diálogo necesario entre las PyME miembros del polo, su consejo de administración y sus animadores, para asegurar un alineamiento estratégico entre los intereses de las firmas miembros y las alianzas privilegiadas por los CA y negociadas por los animadores. Tejidos locales, mallas globales : nueva dinámica de la creatividad y de la innovación territorializadas para la competitividad... consensual y conciliador de las diferentes facultades (ciencias, ingeniería, comercio…). El análisis de los autores revela un esfuerzo socio institucional intenso y bien pensado que entreteje nexos entre actores locales y relaciones globales con los grandes actores de referencia del Design Thinking. Una doble dirección de red local y de red global asegura al mismo tiempo la iniciación de proyectos interdisciplinarios alrededor de un objeto común, la atracción de pericias internacionales que contribuyen a la consolidación de los proyectos, y la elaboración rápida de una identidad que es, a la vez, singular y legítima. A través de estos análisis, los tres artículos contribuyen a ilustrar la diversidad de las dinámicas de aglomeración socio económica locales implicadas en estrategias globales de innovación y de posicionamiento. También invitan a relativizar y a matizar los enfoques unidimensionales que pudieran inspirar las políticas públicas. En particular, ellos destacan la fuerza de la singularidad de las sinergías locales (Hussler y otros), la importancia central del compromiso y de la proactividad de los actores económicos en sus ecosistemas locales (Colovic), así como también el papel determinante que juegan los esfuerzos de quienes llevan los proyectos locales en la elaboración socio institucional que reúne local y global, y en la construcción y la animación simbólicas de estos polos (Barès y Froelicher). 17 Introduction Les tensions global-local : l’organisation et la coordination des activités internationales Jacques Jaussaud Université de Pau et des Pays de l’Adour Résumé La diversification des flux d’investissements directs et leur rééquilibrage en faveur des pays émergents augmentent l’hétérogénéité des environnements auxquels sont confrontées les entreprises à l’international. Se trouve ainsi renouvelée la question de la nécessaire prise en compte des particularités locales, y compris lorsque l’entreprise s’efforce de promouvoir une approche globale de ses marchés. Les structures, l’organisation, les mécanismes de coordination et de contrôle, comme le souligne cet article, en sont considérablement affectés. Mots clés : globalisation, investissement direct à l’étranger (IDE), local, usine mondiale, structures organisationnelles, expatriation, coordination, contrôle Ulrike Mayrhofer IAE Lyon, Magellan, Université Lyon 3 Abstract Resumen The diversification of direct investment flows and the rebalancing in favor of emerging markets increase the heterogeneity of environments faced by companies at the international scale. Thus comes back with strength the question of the need to take account of specific local conditions, even when the company seeks to promote a global approach of markets. Structures, organization, coordination and control mechanisms, as the article investigates, are considerably affected. La diversificación geográfica de los flujos de inversiones directas y su reequilibrio a favor de los países emergentes aumenta la heterogeneidad en los entornos con los cuales están confrontadas las empresas a nivel internacional. Resulta así, reiterada la necesidad de tomar en cuenta el tema de las particularidades locales, incluyendo cuando la empresa se esfuerza en promover un enfoque global de sus mercados. Las estructuras, la organización, las modalidades de coordinación y de control, están siendo considerablemente afectadas, como lo subraya este artículo. Keywords: globalization, Foreign Direct Investments (FDI), local, global factory, organizational structures, expatriation, coordination, control D ans un contexte de globalisation et d’élargissement des marchés, les entreprises cherchent à diversifier la localisation des activités de leur chaîne de valeur. Durant la dernière décennie, de nombreuses entreprises, notamment les grandes multinationales, ont renforcé de manière significative leur présence dans d’autres zones géographiques, en priorité dans les pays émergents (Mayrhofer et Urban, 2011). Par exemple, en 2012, le groupe Danone a réalisé un chiffre d’affaires plus important dans les pays émergents que dans les pays matures, et la Russie est devenue le premier marché de l’entreprise, devant la France. Parallèlement, on peut observer une progression sans précédent des investissements des acteurs des pays émergents dans les pays matures et dans d’autres pays émergents. Ces flux d’investissements NordSud, Sud-Nord et Sud-Sud soulèvent de nombreuses interrogations pour les entreprises. Ils sont susceptibles d’accentuer les tensions entre le global et le local, car les environnements locaux dans lesquels s’implantent les entreprises sont de plus en plus hétérogènes. Si le débat global-local alimente depuis plusieurs décennies les travaux en management international, le contexte actuel appelle à une nouvelle compréhension des relations qui peuvent exister entre le global et le local (Mayrhofer et Very, 2013). De nombreux chercheurs en management international s’intéressent à la question de la convergence ou de la Palabras claves: globalización, inversión extranjera directa (IED), contexto local, fábrica mundial, estructuras regionales, organización, coordinación, control, expatriación divergence des marchés nationaux. Les défenseurs de la convergence (par exemple, Levitt, 1983) prônent une conception universaliste qui est fondée sur l’idée que, dans une perspective de mondialisation économique, les différences entre les pays auraient tendance à s’estomper. En effet, la diffusion mondiale de nombreux produits et services, l’utilisation généralisée des technologies de l’information et de la communication, la mobilité croissante des individus et des organisations de même que la création d’espaces économiques intégrés seraient susceptibles de réduire les différences entre les marchés nationaux. Les tenants de cette approche, à la suite de Levitt (1983), prévoient un rapprochement entre les pays et, à terme, l’émergence d’une économie globale et sans frontières. Dans cette optique, les modes de management pourraient devenir universels et s’appliquer dans différents contextes nationaux, sans qu’il ne soit nécessaire de prendre en considération les spécificités locales. A l’inverse, d’autres spécialistes (par exemple, Davel, Dupuis et Chanlat, 2009; Lemaire, 2013) mettent en exergue la persistance des particularismes des systèmes nationaux, qui pourraient même s’accentuer dans les décennies à venir. Selon cette perspective, les marchés nationaux continueraient d’afficher des différences significatives qui seraient susceptibles d’influencer les comportements individuels et collectifs, de même que les pratiques de management. Les organisations 19 Les tensions global-local : l’organisation et la coordination des activités internationales devraient alors prêter une attention particulière à la gestion des diversités locales dans le cadre de leur développement international. Les différences observées concernent plusieurs dimensions liées aux environnements nationaux telles que la culture, le cadre institutionnel et réglementaire, le contexte économique, l’environnement technologique et le développement durable. Si les débats concernant la convergence et la divergence des marchés nationaux se poursuivent, il convient de remarquer que plusieurs auteurs ont récemment souligné les tensions qui peuvent exister entre ces deux conceptions du management international. Par exemple, Milliot et Tournois (2009) mettent en relief les forces contradictoires qui caractérisent les modes de fonctionnement et de développement des organisations dans un contexte de mondialisation économique. Ces paradoxes concernent différents domaines du management : la stratégie, le marketing, la logistique, la comptabilité, la gestion des ressources humaines, la finance, etc. Ils requièrent de repenser l’organisation des activités, comme l’avaient bien pressenti Bartlett et Ghoshal (1989). L’analyse proposée par Milliot et Tournois (2009) montre l’intérêt d’une conception du management international que l’on pourrait qualifier d’hybride. En effet, le processus de mondialisation modifie incontestablement de nombreuses caractéristiques des marchés nationaux, mais, en même temps, les différences subsistent et continuent d’influencer les pratiques de management et les comportements des acteurs. Pour mieux comprendre les enjeux auxquels sont confrontées les entreprises dans un contexte marqué par des tensions - qui peuvent être plus ou moins fortes - entre le global et le local, nous allons d’abord, dans une première partie, examiner quelques tendances concernant les flux d’investissements réalisés par les entreprises à l’échelle mondiale. Nous tenterons ensuite de mettre en relief les principaux questionnements liés au développement de chaînes de valeur mondiales (partie 2). De telles démarches, nous le préciserons enfin en partie 3, requièrent d’adapter les modes de coordination et de contrôle des activités. La montée en puissance des pays émergents dans les flux d’investissements En 2012, les investissements directs à l’étranger (IDE) s’élèvent à 1.350 milliards de dollars US. Pour la première fois, les pays en développement ont attiré davantage d’IDE que les pays développés. Comme le montre le tableau 1, les pays en développement comptabilisent désormais 52 % des flux d’IDE entrants (contre 41,5 % pour les pays développés et 6,5 % pour les pays en transition). Parmi les pays en développement, ce sont principalement les pays de l’Asie de l’Est et du Sud Est (24,1 %) et de l’Amérique latine et des Caraïbes (18,1 %) qui comptent le plus grand nombre d’investissements. Parmi les pays développés, les pays de l’Union européenne Tableau 1 Les flux d’IDE dans le monde (en 2012) Zone géographique Entrées d’IDE Sorties d’IDE Pays développés* 41,5 % 65,4 % dont Union européenne 19,1 % 23,2 % dont Amérique du Nord 15,8 % 27,5 % Pays en développement** 52,0 % 30,6 % 3,7 % 1,0 % 30,1 % (24,1 %) 22,2 % (19,8 %) 18,1 % 7,4 % dont Océanie 0,2 % 0,0 % Pays en transition** 6,5 % 4,0 % Total 100 % 100 % dont Afrique dont Asie (Asie de l’Est et du Sud Est) dont Amérique latine et Caraïbes * Pays développés : pays membres de l’OCDE (sauf le Chili, le Mexique, la République de Corée et la Turquie), plus les nouveaux pays membres de l’Union européenne qui ne sont pas membres de l’OCDE (Bulgarie, Chypre, Lettonie, Lituanie, Malte et Roumanie), plus l’Andorre, les Bermudes, le Liechtenstein, Monaco et Saint-Marin. ** Pays en développement : les pays qui ne figurent pas parmi les pays développés et les pays en transition. *** Pays en transition : pays d’Europe du Sud-Est, pays membres de la Communauté d’Etats indépendants et Géorgie. Source : A partir des chiffres fournis par l’UNCTAD (2013), p. 213-216 20 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) (19,1 %) et d’Amérique du Nord (15,8 %) sont toujours les plus attractifs en termes d’investissements. Concernant les sorties d’IDE, on peut remarquer que les investissements effectués par les pays développés (65,4 % des IDE sortants) continuent de dépasser ceux réalisés par les pays en développement (30,6 %) et les pays en transition (4 %). Ainsi, les pays d’Amérique du Nord (27,5 %) et de l’Union européenne (23,2 %) se montrent les plus actifs en matière d’IDE. Toutefois, avec 19,8 % des IDE sortants, les pays d’Asie de l’Est et du Sud Est contribuent désormais également de manière significative aux investissements réalisés à l’étranger (UNCTAD, 2013). Les statistiques publiées par l’UNCTAD (2013) montrent également que, si, dans le passé, les flux d’IDE concernaient principalement les pays de la Triade (Amérique du Nord, Europe occidentale, Japon), les pays en développement participent aujourd’hui de manière plus importante aux mouvements d’IDE, comme pays d’accueil, mais aussi comme pays émetteurs. Le tableau 2 montre les vingt premiers pays qui ont accueilli le plus d’IDE en 2012 : les Etats-Unis (12,4 % des entrées d’IDE) figurent au premier rang, devant la Chine (9 %) et Hong Kong, Chine (5,6 %). Il convient de remarquer que neuf des plus importants pays destinataires d’IDE sont des pays en développement et que les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine hors Hong Kong) accueillent désormais 19,5 % des flux d’IDE. peut être possédé à 100 % ou partagé, et de partenaires contractuels (qui peuvent intervenir en amont ou en aval du processus de production) (Colovic et Mayrhofer, 2011). Aujourd’hui, les chaînes de valeur mondiales coordonnées par les entreprises internationalisées comptent pour près de 80 % du commerce mondial (UNCTAD, 2013). Tableau 2 Les vingt premiers pays destinataires des IDE (en 2012) Flux d’IDE entrants (en milliards de dollars US) Flux d’IDE entrants (en %) 1. Etats-Unis (1) 168 12,4 % 2. Chine (2) 121 9,0 % 3. Hong Kong, Chine (4) 75 5,6 % 4. Brésil (5) 65 4,8 % Le tableau 3 présente les vingt premiers pays investisseurs dans le monde en 2012. Les Etats-Unis occupent toujours la première place (23,7 % des sorties d’IDE), suivis du Japon (8,8 %) et de la Chine (6 %). On peut noter que le classement reste dominé par les pays développés, même si la Chine s’est aujourd’hui hissée au rang de troisième pays investisseur au niveau mondial. 5. Îles Vierges britanniques (7) 65 4,8 % 6. Royaume-Uni (10) 62 4,6 % 7. Australie (6) 57 4,2 % 8. Singapour (8) 57 4,2 % Les variations géographiques des flux d’IDE et la participation croissante des marchés émergents comme pays d’accueil, mais aussi comme pays émetteurs, soulèvent de nouvelles interrogations concernant l’organisation des activités internationales. Le rééquilibrage entre pays émergents et pays développés comme récipiendaires des IDE renouvelle, par la diversité des situations locales, la tension entre global et local pour les firmes qui investissent à l’étranger. 9. Fédération de Russie (9) 51 3,8 % 10. Canada (12) 45 3,3 % 11. Chili (17) 30 2,2 % 12. Irlande (32) 29 2,1 % 13. Luxembourg (18) 28 2,1 % 14. Espagne (16) 28 2,1 % 15. Inde (14) 26 1,9 % 16. France (13) 25 1,9 % 17. Indonésie (21) 20 1,5 % 18. Colombie (28) 16 1,2 % 19. Kazakhstan (27) 14 1,0 % 20. Suède (38) 14 1,0 % De nouveaux questionnements liés à la multiplication des chaînes de valeur mondiales Sous l’impulsion de la mondialisation économique, de nombreuses entreprises multinationales ont mis en place des chaînes de valeur mondiales pour améliorer leur compétitivité globale et pour saisir les opportunités liées à l’élargissement des marchés. Dans ces chaînes de valeur, des biens et des services intermédiaires sont échangés selon des processus de production fragmentés et dispersés dans plusieurs pays. La coordination des chaînes de valeur mondiales s’effectue généralement à travers des réseaux de filiales, dont le capital Pays (rang en 2011) Source : A partir des chiffres fournis par l’UNCTAD (2013), p. 3. Les tensions global-local : l’organisation et la coordination des activités internationales Tableau 3 Les vingt premiers pays investisseurs (en 2012) Flux d’IDE sortants (en milliards de dollars US) Flux d’IDE sortants (en %) 1. Etats-Unis (1) 329 23,7 % 2. Japon (2) 123 8,8 % 3. Chine (6) 84 6,0 % 4. Hong Kong, Chine (4) 84 6,0 % 5. Royaume-Uni (3) 71 5,1 % 6. Allemagne (11) 67 4,8 % 7. Canada (12) 54 3,9 % 8. Fédération de Russie (7) 51 3,7 % 9. Suisse (13) 44 3,2 % 10. Îles Vierges britanniques (10) 42 3,0 % 11. France (8) 37 2,7 % 12. Suède (17) 33 2,4 % 13. République de Corée (16) 33 2,4 % 14. Italie (9) 30 2,2 % 15. Mexique (28) 26 1,9 % 16. Singapour (18) 23 1,7 % 17. Chili (21) 21 1,5 % 18. Norvège (19) 21 1,5 % 19. Irlande (167) 19 1,4 % 20. Luxembourg (30) 17 1,2 % Pays (rang en 2011) Source : A partir des chiffres fournis par l’UNCTAD (2013), p. 6. La dispersion géographique des activités montre que les entreprises opèrent aujourd’hui dans des pays souvent éloignés, mais aussi plus hétérogènes tant sur le plan économique que culturel et institutionnel. Cette hétérogénéité accroît le besoin de rester à l’écoute du local dans la démarche pourtant globale que constitue la mise en place de chaînes de valeur mondiales. Il peut en résulter des effets importants sur les structures organisationnelles. En effet, les unités fonctionnelles 21 (recherche, production, distribution etc.), souvent réparties à travers le monde, doivent contribuer à la chaîne de valeur mondiale. Il convient d’éviter que cela ne se traduise par une explosion des coûts de coordination de ces unités dispersées. Par ailleurs, les entreprises sont amenées à tisser des liens avec des acteurs locaux pour mieux accéder aux ressources locales spécifiques et mieux les exploiter (Hennart, 2009; Meier et Meschi, 2010). De nombreuses entreprises internationalisées ont ainsi adopté des structures en réseau, leur permettant de gérer les relations intra-organisationnelles (entre entités d’un même groupe) et inter-organisationnelles (avec de multiples partenaires). Il convient alors d’éviter que cela ne se traduise par une explosion des coûts de transaction entre acteurs du réseau, particulièrement difficiles à maîtriser en contexte international. Le modèle de « l’usine mondiale » (global factory) permet d’illustrer la diversité des relations intra- et inter-organisationnelles mises en place par les entreprises multinationales pour réduire les coûts, et pour gérer le cas échéant des systèmes de production flexibles permettant de répondre aux évolutions, parfois contrastées, des marchés locaux. L’usine mondiale est généralement organisée autour de plusieurs fonctions centrales qui sont souvent contrôlées par le siège de l’entreprise : le design, l’ingénierie, la stratégie de marque et le marketing. Certains aspects liés à ces fonctions centrales peuvent être sous-traités à d’autres entreprises. La fonction de production est souvent externalisée à des fournisseurs qui fabriquent différents composants du produit. L’assemblage des produits finals peut être effectué par l’entreprise ou soustraité, comme l’illustre par exemple la production de l’iPhone d’Apple, confiée par la firme américaine à son partenaire de Taiwan, lequel le fait assembler à moindres coûts dans ses usines chinoises. Dans d’autres cas, en particulier lorsque les économies d’échelle en matière de production sont moins cruciales, y compris dans l’automobile par exemple, l’entreprise multinationale assemble les produits à proximité des clients finals afin de les adapter aux exigences locales (Buckley et Ghauri, 2004; Buckley, 2011). La figure 1 illustre les principes de l’organisation de « l’usine mondiale ». Mondiale, elle peut l’être bien entendu, lorsqu’elle diffuse au niveau de la planète des produits standardisés, comme l’iPhone pour reprendre cet exemple. La différenciation éventuelle se fait alors aux stades ultimes de la production, par exemple en offrant les interfaces dans la langue du client. Mais la littérature récente suggère que, le plus souvent, l’entreprise adopte des stratégies régionales plutôt que mondiales, se focalisant sur une ou deux des grandes régions du monde, et non sur une approche globale des marchés (Rugman et Verbeke, 2004; Delios et Beamish, 2005; Osegowitch et Sammartino, 2008). La question de l’organisation régionale de ces entreprises multinationales, « semi-globalisées » (semi globalising multinationals, Ghemawat, 2005) ou réellement mondiales, reste toutefois encore peu explorée (Piekkari et al., 2010; Afoldi et al., 2012). Quoiqu’il en soit, le développement des structures à grande échelle à l’international nécessite la mise en place de 22 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) FIGURE 1 L’organisation de l’usine mondiale Fournisseur de pièces Fournisseur de pièces Fournisseur de pièces Contrat d’assemblage ENTREPRISE Design Ingénierie Stratégie de marque Marketing Sous-traitant R&D Fournisseur de pièces externalisé Contrat d’assemblage Sous-traitant design Sous-traitant ingénierie Fonctions centrales Produits et distribution Fournisseur de pièces Fournisseur de pièces Production distribuée Adaptation au marché local Source : Traduit et adapté de Buckley et Ghauri (2004), p. 89 mécanismes de coordination et de contrôle appropriés (Cohendet et Gaffard, 2012; Jaussaud et al., 2012). Il s’agit de préserver une cohérence interne et d’éviter les risques d’éclatement des organisations. Quels mécanismes sont mis en œuvre, comment le sont-ils, et comment sont-ils affectés par les tendances récentes que nous venons de dégager ? L’adaptation des mécanismes de coordination et de contrôle La littérature en management international souligne de longue date comment les entreprises recourent, pour garder le contrôle de leurs activités à l’étranger, à une large palette d’instruments qu’elles combinent judicieusement (Yan et Gray, 1994, 2001; Ambos et Schlegelmich, 2007). En cohérence avec l’essentiel de la littérature sur le sujet (Baliga et Jaeger, 1984; Ouchi, 1997, notamment), Geringer et Hébert (1989) définissent le contrôle comme le processus par lequel une entité influence le comportement, les productions et les résultats d’une autre entité par le jeu du pouvoir et le recours à un large éventail de mécanismes bureaucratiques, culturels et informels (p. 236-237). Comme le soulignent par ailleurs Jaussaud et Schaaper (2006a), dans cette acception large du contrôle, particulièrement pertinente lorsque l’on considère des questions de management international, les problématiques de coordination et de contrôle se rejoignent; les problèmes de coordination et de contrôle peuvent alors être étudiés conjointement, comme nous le faisons ici. Les instruments de contrôle que mobilisent les entreprises à l’international sont aussi divers que la part de capital détenue dans le cas d’une coentreprise, la détention des postes clés de direction de la filiale, la participation et les droits de vote au conseil d’administration, la formalisation de l’organisation, les procédures écrites, le reporting, la formation des employés, leur socialisation, etc. (Geringer et Hébert, 1989; Kumar et Seth, 1998). Les entreprises gagnent à utiliser conjointement l’ensemble de ces instruments, plutôt que d’exercer une forte pression sur un nombre restreint d’entre eux. Jaussaud et al. (2012) montrent comment les entreprises combinent à l’international ces différents types d’instruments, en identifiant Les tensions global-local : l’organisation et la coordination des activités internationales quatre « dimensions » du contrôle : le contrôle par la part de capital détenue, le contrôle par l’expatriation, le contrôle par la formalisation de l’organisation de la filiale, et le contrôle par la formation des employés locaux. Comment ces dimensions sont-elles affectées par les évolutions présentées précédemment, l’approfondissement du phénomène de mondialisation avec densification des implantations en pays émergents, et intensification des tensions global-local ? Pour ce qui est de la part de capital dans les filiales, celle-ci a considérablement augmenté au cours des dernières années, ne serait-ce que parce que la Chine, à partir du milieu des années 1980, a réalisé que les entreprises multinationales transféraient beaucoup plus de technologies et de savoir-faire vers des filiales contrôlées majoritairement ou totalement que vers des coentreprises au capital desquelles elles seraient minoritaires. Dès lors que les réglementations locales le permettent, à partir de 1986 dans le cas chinois dans un nombre croissant de secteurs, les entreprises multinationales augmentent leur part de capital dans les filiales, notamment à l’occasion d’investissements importants; elles créent par ailleurs de nouvelles unités totalement possédées (Hubler et Meschi, 2001; Jaussaud et Schaaper, 2006b). La même tendance se retrouve, sans surprise, dans la plupart des pays émergents, l’évolution des positions de la Chine ayant fait école (Jaussaud et al., 2012). La dimension expatriation est pour sa part soumise à des tensions contradictoires. Le coût de l’expatriation est extrêmement élevé (Latta, 1999; Selmer, 2003), pour des résultats souvent décevants (Tung, 1981; Black et al., 1991; Claus et al., 2011). En conséquence, les entreprises s’efforcent de limiter le nombre d’expatriés en localisant autant que faire se peut les postes de management, c’est-à-dire en les confiant à des cadres locaux (Harzing, 2001; Fayol-Song, 2011). Cela requiert toutefois le développement d’une politique complète de GRH des personnels locaux, en termes de formation (la quatrième dimension de contrôle considérée ici), d’évaluation, de promotion, et de fidélisation de ces personnels, comme l’ont étudié Schaaper et al. (2012) en contexte asiatique. La création de holdings et de structures régionales supervisant un ensemble de filiales permet également de réduire le nombre d’expatriés requis dans un pays ou une zone donnés (Jaussaud et Schaaper, 2006b). Un directeur financier expatrié au niveau d’une holding, en Chine par exemple, peut coordonner et appuyer des directeurs financiers locaux affectés à chacune des filiales qu’elle contrôle. Un directeur des ressources humaines affecté à un siège régional à Singapour par exemple peut de même encadrer les DRH locaux des filiales de la zone. De tels cas sont en fait de plus en plus fréquents. Globalement toutefois le nombre d’expatriés continue à croître, le nombre d’implantations à l’étranger ne cessant d’augmenter. La présence d’expatriés travaillant avec des collaborateurs locaux formés et fidélisés reste un atout maître dans la gestion des tensions global- local. Les expatriés, en 23 effet, sont exposés aux spécificités de l’environnement local, et s’efforceront d’y répondre en référence aux valeurs, pratiques, solutions et exigences de la maison mère diffusées mondialement, et en fonction de ses intérêts globaux. En outre, en appui des expatriés et pour en limiter le nombre, les entreprises ont développé massivement les missions de courte durée d’experts et techniciens à l’international, le recrutement local de ressortissants du pays ou la zone d’origine de l’entreprise multinationale, et autres formules intermédiaires n’impliquant plus le déménagement de la famille du cadre (Mayerhofer et al., 2004; Schaaper et al., 2012). Les missions de courte durée permettent à chaque filiale de bénéficier des compétences diversifiées disponibles dans l’ensemble du réseau de l’entreprise multinationale. Les cadres et techniciens sont envoyés pour résoudre des problèmes particuliers que peut rencontrer la filiale, problèmes industriels, commerciaux ou autres. Certaines entreprises identifient même systématiquement les détenteurs d’expertises particulières dans l’ensemble de leur réseau mondial, qu’elles peuvent ainsi mobiliser rapidement pour une mission courte auprès d’une filiale quelconque en cas de besoin. La formalisation de l’organisation des filiales a elle aussi été considérablement développée ces dernières années. Ce développement s’est fait sous l’impulsion de la généralisation de la certification qualité, de plus en plus souvent exigée par les grands clients mondiaux, puis par les clients locaux ensuite. On comprend dès lors l’engouement des partenaires locaux dans le cadre des coentreprises, et des salariés sur place quelle que soit la structure juridique de la filiale, pour ces démarches de formalisation et de certification qualité. Dans le même ordre d’idées, suite au scandale Enron en 2001 et au renforcement des législations que ce scandale a suscité, le reporting mondial pour les sociétés cotées aux Etats-Unis et en Europe requiert une plus grande formalisation des procédures comptables, financières, et en matière de systèmes d’information. Sur ce dernier point, enfin, le déploiement de plus en plus large de systèmes intégrés de type ERP, Enterprise Resource Planning, tels qu’Oracle ou SAP par exemple, donne également une large impulsion aux pratiques de formalisation et de standardisation de l’organisation des groupes à l’échelle mondiale. La quatrième dimension du contrôle identifiée par Jaussaud et al. (2012), à savoir la formation des salariés locaux, vise à garantir que soient effectuées les tâches, simples ou complexes, comme l’attend la maison mère du groupe. Les résultats pourront être en conséquence en ligne avec ce qui est espéré. Les méthodes de travail sont transférées vers les filiales via cet effort de formation, ainsi que, de manière plus diffuse, les valeurs et pratiques de l’entreprise. L’effort de formation gagne à s’inscrire dans le cadre d’une politique pleinement développée de gestion des ressources humaines locales, visant à fidéliser les personnes, et impliquant de meilleures méthodes de recrutement, d’évaluation, et de rétribution (Fayol-Song, 2011; Schaaper et al., 2012). 24 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Conclusion La diversification des flux d’investissements directs et leur rééquilibrage en faveur des pays émergents accentuent l’hétérogénéité des environnements auxquels sont confrontées les entreprises internationalisées. Cette tendance renouvelle la question de la nécessaire prise en compte des particularités locales même lorsque l’entreprise s’efforce de promouvoir une approche globale des marchés. Les structures, l’organisation, les modalités de coordination et de contrôle, nous l’avons vu, en sont considérablement affectées. Malgré le coût qu’ils induisent et leurs difficultés d’adaptation, les cadres expatriés jouent toujours un rôle clé dans le développement, le contrôle et la coordination des activités. Tout au plus la multiplication des missions de courte durée et des contrats locaux pour ressortissants de la zone d’origine du groupe permet-elle de limiter le nombre d’expatriés. Les expatriés restent pourtant au cœur de la régulation de la tension global-local, comme nous avons pu l’expliquer. Le développement et la fidélisation des ressources humaines locales au travers de pratiques élaborées de sélection, de formation, d’évaluation et de promotion, renforcent également les capacités de l’entreprise à percevoir et à traiter les spécificités du local sans sacrifier les exigences globales qui sont les siennes. Ces capacités sont par ailleurs considérablement renforcées par le développement massif de la formalisation de l’organisation des filiales aux quatre coins du monde, impulsé par le mouvement puissant de certification qualité, les exigences du reporting financier, et le déploiement des ERP. Que la formalisation soit au service de la réactivité et de l’adaptation locale, cela pourrait sembler paradoxal pour qui a en tête les conclusions de Burns (1963). Mais c’est en fait la combinaison de ressources humaines expatriées, en missions de courte durée, et locales d’une part, et d’une organisation formalisée d’autre part, qui permet de réguler au mieux les tensions global-local. Au-delà de ce panorama d’ensemble, envisageons maintenant plus précisément, avec les différents articles qui constituent ce numéro, comment s’exprime cette tension global-local dans différents contextes, sectoriels notamment, et pour ces différents types d’entreprises, y compris pour les plus petites d’entre elles. 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La réception contextualisée des valeurs d’entreprise dans les filiales françaises et allemandes d’une entreprise multinationale américaine Christoph I. BARMEYER Université de Passau / Allemagne Eric DAVOINE Université de Fribourg / Suisse Résumé Abstract Resumen Dans l’entreprise multinationale, les valeurs d’entreprise, instruments de la culture d’entreprise normative, sont « transférées » de la maison-mère vers les filiales pour partager un cadre de référence commun mais la signification de ces valeurs est en partie spécifique à la langue et au contexte dans lesquels elles sont formulées. Notre contribution présente le processus de réception et d’interprétation de valeurs d’entreprise de manière comparative dans les filiales françaises et allemandes d’une entreprise multinationale américaine. L’analyse comparée nous permet de mettre en évidence les interprétations différenciées des valeurs au sein des filiales ainsi que les éléments de la « recontextualisation » locale des valeurs. Within multinational enterprises, corporate values are instruments of a normative global corporate culture and are transferred from the parent company to the subsidiaries to create a common cultural framework. However, the meaning of corporate values is largely specific to the source language and the context in which they were formulated. Our paper presents a case study illustrating the process of value decoding and interpretation at the French and German subsidiaries of an American multinational enterprise. This binational comparative analysis allows us to highlight differences in the interpretation of values at subsidiary level and illustrates how corporate values are “recontextualised” locally. En las empresas multinacionales, los valores corporativos son instrumentos de la cultura normativa global de la empresa que se transfieren de la empresa madre a las filiales para crear un marco cultural común. No obstante, el significado de los valores corporativos es, en gran medida, específico de la lengua de origen y del contexto en que se formulan. En nuestro artículo presentamos un caso de estudio que describe el proceso de decodificación e interpretación de valores en las filiales francesas y alemanas de una empresa multinacional norteamericana. Este análisis comparativo binacional nos permite observar las diferencias en la interpretación de los valores corporativos por parte de las diferentes filiales e ilustra el modo en que dichos valores se “recontextualizan” a nivel local. Mots clés : valeurs d’entreprises, culture d’entreprise, entreprise multinationale, langue, traduction, recontextualisation, communication interculturelle, France, Allemagne, Etats-Unis L Keywords: corporate values, corporate culture, multinational enterprise, language, translation, recontextualisation, intercultural communication, France, Germany, United States es évolutions récentes de l’économie mondiale ont transformé les relations classiques de contrôle et de coordination entre maison-mère et filiales (Colovic, Mayrhofer, 2011a; Mayrhofer, 2011b). Pour coordonner l’activité de ses filiales, l’entreprise multinationale fait appel aujourd’hui à des mécanismes de coordination de plus en plus diversifiés, aussi bien formels qu’informels (Harzing, 1999, Mayrhofer, 2011a). A côté des mécanismes traditionnels du contrôle juridique et financier, du contrôle par les structures et les processus organisationnels et de l’envoi d’expatriés dans les filiales, la culture d’entreprise (via par exemple la socialisation et la formation des acteurs dans la culture de la maison-mère) peut être vue comme un quatrième mécanisme de coordination (Jausssaud, Schaaper, 2006) de plus en plus fréquemment utilisé. De nombreuses multinationales, en particulier les multinationales nord-américaines (Wächter et al. 2003), développent des instruments formalisé de culture d’entreprise, par exemple des « codes de conduite », des « principes de Palabras claves: valores corporativos, cultura de empresa, empresa multinacional, idioma, traducción, recontextualización, comunicación intercultural, Francia, Alemania, Estados Unidos management » ou des « valeurs d’entreprise » (D’Iribarne, 2009). Le transfert international d’instruments ou de pratiques organisationnelles vers les filiales locales ne se fait cependant pas sans difficultés. Des instruments de management trop encastrés ou enracinés dans le contexte culturel et institutionnel de la maison-mère peuvent entraîner lors du transfert de fortes résistances des filiales, mais peuvent également être adaptés ou intégrés plus ou moins fortement à ces cultures locales (Kostova, 1999; Geppert et al. 2003; Tempel et al., 2006 ). Comme pour le transfert d’autres instruments et pratiques de management de la maison-mère vers les filiales, le transfert des éléments de culture normative peuvent rencontrer des difficultés liées aux contextes locaux culturels et institutionnels de la maison-mère et des filiales (D’Iribarne 2002; Barmeyer et Davoine, 2007; Henry, 2011). La traduction de la langue de la maison-mère vers la langue des filiales aura un rôle central dans le transfert des « Traduttore, Traditore » ? La réception contextualisée des valeurs d’entreprise dans les filiales françaises et allemandes… pratiques et instruments organisationnels (Brannen, 2004; Welch et al., 2005) puisqu’elle définira un espace de significations commun qui permettra une communication et une coopération efficace. Lauring et Selmer (2010) comme Marschan, Welch et Welch (1997) constatent qu’il existe peu d’études qui prennent en compte les aspects linguistiques dans les processus de transfert ou leurs implications managériales au sein des multinationales. Pourtant la langue remplit dans la multinationale une fonction de vecteur d’information ainsi qu’une fonction de vecteur de coordination et de contrôle (Feely et Harzing, 2003, Fredriksson et al, 2006). Tous les processus organisationnels nécessitent une compréhension commune, un cadre de significations partagées par les acteurs qui leur servira de cadre de référence pour agir et communiquer. Or, certaines notions clés des instruments managériaux sont difficiles à traduire d’une culture à l’autre ou d’une langue à l’autre, ce qui pose des problèmes réels lors de leur déploiement dans les filiales de firmes multinationales (Chanlat, 2008; D’Iribarne, 2008; Welch et al. 2005). Le cas des valeurs d’entreprise est un cas intéressant et paradoxal, puisqu’elles visent à standardiser la culture et les cadres de représentations dans l’entreprise multinationale tout en étant traduites dans des langues différentes. Or les mots associés à ces valeurs ont dans chaque langue une signification souvent étroitement enracinée dans le système de significations culturelles du pays (Blazejewski, 2006). Sur la base d’une étude de cas, nous illustrons et analysons en suivant une démarche comparative (MarschanPiekkari et al., 2004) les différences de perception, de compréhension et d’adaptation des valeurs d’une maison-mère américaine par les managers allemands et français travaillant dans les filiales. La perspective comparée franco-allemande est intéressante car la France et l’Allemagne sont deux pays européens qui sont des partenaires économiques importants pour l’Amérique du Nord tout en présentant des distances culturelle et institutionnelle importantes entre eux et avec les Etats-Unis (Barmeyer, Davoine, 2005, 2007). En utilisant une approche culturaliste de type « sense-making » (Geertz, 1973; D’Iribarne, 2002, 2009; Primecz et al. 2012) qui considère la culture comme un système de significations partagé, construit et négocié par des acteurs sociaux dans leurs processus d’interactions, nous montrons comment les valeurs d’entreprise sont traduites et interprétées de manière différenciée par les acteurs des différentes filiales allemandes et françaises. Au-delà de la comparaison franco-allemande des filiales d’un même groupe, l’analyse permettra de souligner les limites des valeurs d’entreprise comme élément d’harmonisation et de construction d’une culture d’entreprise globale et homogène. Elle permettra surtout de mettre en évidence les facteurs linguistiques, culturels et organisationnels qui vont jouer un rôle dans le processus de transfert et de recontextualisation sémantique des valeurs dans les filiales. 27 Culture organisationnelle et diffusion des valeurs d’entreprise La culture organisationnelle La culture organisationnelle peut être considérée comme un système de normes, d’orientations et de valeurs reconnues et partagées par les acteurs d’une organisation (Brown, 1998). Ce cadre systémique est internalisé par chaque acteur au cours d’un processus de socialisation. Il correspond à un cadre de référence collectif qui définit les comportements appropriés, oriente certaines décisions et solutions, et lie les individus en leur donnant un cadre de référence commun à l’action (Godelier, 2006). Selon Schein (1986) la culture organisationnelle fonctionne à différents niveaux, plus ou moins conscients, du système psychique des individus. Dans l’entreprise multinationale, la culture organisationnelle peut être considérée comme un instrument de coordination plus ou moins informel des relations de la maison-mère avec les filiales (Waechter et al., 2003). La littérature permet de distinguer deux approches, la première étant orientée vers la performance et la seconde vers l’identité. La première approche se réfère à Peters et Waterman (1982) et Deal et Kennedy (1982) qui affirment que la culture organisationnelle exerce une influence déterminante sur la performance de l’entreprise et qu’une culture forte peut être utilisée comme un outil de gestion pour promouvoir l’excellence. D’autres études et auteurs soutiennent cette approche (Denison, 1990; Pascale et Athos,1981; Wilkins, Ouchi, 1983). La seconde approche de la culture met l’accent sur les identités sociales dans l’organisation : l’entreprise n’est pas seulement considérée comme un lieu de travail, mais aussi comme un lieu de socialisation. Elle participe ainsi à la construction des identités professionnelles, comme le soulignent les sociologues Osty, Sainsaulieu et Uhalde (1995). C’est à travers l’entreprise et le travail que se construit une part importante des identités individuelles et collectives. L’entreprise est en effet un lieu où se construisent des identités multiples qui peuvent se définir à partir de parcours différents de socialisation professionnelle (Dubar, 1991, Sainsaulieu, 1988) et de logiques d’appartenance à des groupes hiérarchiques, à des groupes de métiers ou à d’autres groupes spécifiques liés à des statuts, à une unité ou à une situation géographique (Sainsaulieu 1988; Chevrier, 2004, Ségal 2009). Le tableau suivant présente les principales différences entre ces deux approches. Sans être antagonistes, ces deux perspectives ne sont pas toujours faciles à concilier. La première débouche sur une approche plutôt normative dont l’objectif serait d’obtenir des salariés des comportements loyaux et efficaces. Cette approche est souvent critiquée (Shepherd et Pringle, 2000; Cuche, 2004) comme manipulation idéologique du concept ethnologique de la culture, dont la finalité est de légitimer l’organisation du travail au sein de chaque entreprise. De fait, de fortes dissonances peuvent exister entre la culture 28 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Tableau 1 Deux approches de la culture organisationnelle : performance économique ou identité sociale Orientation générale Performance économique : outil de management Identité sociale : processus de construction de significations, de pratiques et de lien s sociaux Postulat Normative, positiviste, fonctionnelle : une culture organisationnelle peut être prescrite (consciemment) Construction sociale, interprétative : une culture organisationnelle émerge (plus ou moins consciemment) Paradigme La finalité prédomine : la culture organisationnelle permet d’augmenter l’efficacité et la valeur économique des pratiques Le processus prédomine : la culture organisationnelle se construit et elle permet aux acteurs de construire du sens et de l’identité sociale Implications managériales L’accent est mis sur la standardisation des pratiques organisationnelles et des valeurs d’entreprise L’accent est mis sur la différenciation et l’adaptation des pratiques organisationnelles et des valeurs d’entreprise organisationnelle normative, la culture proclamée, souhaitée ou prescrite par les dirigeants (celle des discours, des chartes éthiques et des codes de conduite) et la culture vécue réellement, produite et reproduite par les acteurs organisationnels (Thévenet, 1986). Dans la multinationale, la question de la culture organisationnelle normative est encore plus complexe car elle implique l’adéquation des valeurs, normes et pratiques, souvent définies au niveau de la maison-mère, avec les différents contextes des filiales, plus particulièrement avec les contextes des cultures nationales (Schneider et Barsoux, 2004; Pesqueux, 2004, Segal 2004). Cette diffusion de la culture par le biais d’instruments normatifs comme les codes de conduite (Barmeyer et Davoine, 2011) ou les valeurs d’entreprise (Blazejewski, 2006; Pesqueux et Biefnot, 2002) donne lieu à des résistances, des adaptations ou interprétations locales. Valeurs d’entreprise Les valeurs d’entreprise représentent selon Schein (1986, 2006) un niveau de liaison entre le niveau visible des artefacts et le niveau inconscient des postulats fondamentaux. La vision du monde formée par les postulats fondamentaux se concrétise par des phrases formulant les valeurs. Les valeurs sont des croyances génériques, plus émotionnelles que rationnelles mais le plus souvent socialement indiscutables, sur ce qui est bien ou mal, beau ou laid, normal ou anormal, décent ou indécent, etc. (Hofstede, 2001). Elles reflètent donc la tendance d’une personne à préférer une certaine opinion, une certaine situation ou un certain comportement. Elles sont mutuellement liées entre elles et forment des systèmes hiérarchisés. Dans les organisations, on peut distinguer deux types de valeurs : d’une part les valeurs déclarées, qui sont explicitées dans la communication, les discours et chartes d’entreprises, et d’autre part les valeurs opérantes, plus implicites, qui sous-tendent les décisions, stratégies et modes de fonctionnement (Thévenet, 1999). Les valeurs déclarées et les valeurs opérantes ne sont pas forcément en harmonie et peuvent parfois être contradictoires. Dans notre étude, nous nous intéressons aux valeurs déclarées et à l’articulation avec les valeurs opérantes, à la manière dont elles sont perçues et vécues par les managers. Dans une perspective positiviste et normative, pour le bon fonctionnement d’une organisation ses membres devraient partager des valeurs relativement similaires en vue d’obtenir un effet d’homéostasie (processus de stabilisation) et d’harmonie des représentations et des pratiques. Une culture est relativement stable lorsque les pratiques reflètent les valeurs (Schreyögg, 1990). Dans le souci de développer une telle cohérence et de promouvoir une identité de groupe forte, un nombre croissant d’entreprises tente de formuler et de communiquer leurs valeurs par des chartes de valeurs explicites. Souvent, ces valeurs d’entreprise représentent des concepts plutôt généraux et universels, qui ne sont pas concrètement liés aux activités quotidiennes de l’entreprise, comme le souligne l’étude de Mercier (2001) dans 40 grandes entreprises françaises. Il examine dans des entreprises de différents secteurs industriels la fréquence de certaines valeurs et en déduit une classification en deux catégories : les valeurs qui affectent les performances économiques et opérationnelles, telles que la « valeur ajoutée », « l’innovation » ou « l’excellence » et les valeurs qui se réfèrent aux relations humaines et sociales telles que « le respect », « la confiance » et « l’intégrité » (Tableau 2). Il est intéressant de constater que, dans les entreprises qu’il étudie, la catégorie des valeurs sociales apparaît plus fréquemment que la catégorie des valeurs économiques. L’articulation de ces valeurs normatives à la culture organisationnelle pose de nombreuses questions : Comment identifier nos valeurs clés ? Comment les formuler ? Comment identifier les comportements clés dans lesquels ces valeurs « Traduttore, Traditore » ? La réception contextualisée des valeurs d’entreprise dans les filiales françaises et allemandes… Tableau 2 Fréquence des valeurs d’entreprise dans 40 grandes entreprises (Mercier, 2001, p. 67) Valeur d’entreprise formalisée Fréquence in % Respect des personnes 55 Respect des clients 55 Confiance 40 Création de valeur 35 Responsabilité 30 Esprit d‘équipe 27 Respect de l‘environnement 27 Intégrité 25 Professionnalisme 25 Innovation 22 Excellence 22 Qualité 22 Respect des engagements 22 s’incarnent ? Comment faciliter leur appropriation par les acteurs ? Tous ces problèmes se posent déjà dans un contexte national unique et sont difficiles à résoudre. Ils semblent plus complexes encore dans un environnement multinational où ces valeurs n’ont pas la même importance ou la même signification. De nombreuses études de management interculturel, dont les plus connues sont celles de Hofstede (2001), Trompenaars (1993) et du groupe GLOBE (House et al., 2004), mettent en effet en évidence de fortes différences nationales de résultats sur des échelles de valeurs. Toutefois, peu d’études s’intéressent à la manière dont valeurs d’entreprise et valeurs nationales s’articulent dans les perceptions et les pratiques des acteurs. Un tel questionnement nécessite de s’intéresser de manière compréhensive aux significations que les acteurs associent à leurs pratiques, significations étroitement associées à la langue (Chanlat, 2008). Transfert des pratiques organisationnelles par la communication interculturelle Le transfert international d’instruments de management peut être compris comme une reconstruction de pratiques sociales dans un autre contexte : contexte organisationnel, culturel, institutionnel et sémantique (D’Iribarne, 2009; Henry, 2011; Barmeyer et Davoine, 2011). Lüsebrink (2001) identifie trois types de processus dans le transfert : (1) les processus de sélection, (2) les processus de décision et (3) les processus de réception. Nous nous intéresserons ici surtout à la réception des valeurs d’entreprise dans les filiales. 29 Ce transfert international des pratiques organisationnelles constitue un processus de traduction et d’interprétation (Welch et al. 2005), puisqu’il passe par une formulation linguistique et même par un transfert d’une langue à une autre, par exemple le passage de l’anglais au français ou à l’allemand. Selon les modèles de communication (Hall, 1959; Saussure, 1913), la langue est un système de signes porteurs de sens et la communication se fait par codage et décodage de messages entre l’émetteur et le récepteur. Le linguiste suisse de Saussure (1913) a introduit les notions de « signifiant » et de « signifié » qui constituent le signe. Le signifiant désigne la représentation formelle, acoustique, ou l’aspect matériel du signe, tandis que le signifié désigne la représentation mentale et conceptuelle associée au signe. Le récepteur devra pouvoir identifier le signifiant et y associer des représentations mentales de concepts similaires à celles de l’émetteur. Lorsqu’il s’agit de traduction de notions d’une langue à l’autre, le processus de décodage et d’interprétation effectué par le récepteur, est plus difficilement contrôlable et peut donner lieu à des malentendus (Chanlat, 2008), par exemple le mot anglais « but » marque une opposition rhétorique beaucoup plus forte que sa traduction française « mais ». D’une langue à l’autre, il n’y a pas toujours d’équivalents sémantiques, et la compréhension d’un phénomène peut être conditionnée par la signification des mots disponibles. Davoine (2002) souligne les effets de signifiant dans les mots décrivant la temporalité en France et en Allemagne : ainsi le mot allemand « Termin » – tout comme le mot anglais « deadline » – invite à plus de respect que le mot français « échéance », les mots « Zeitpunkt » et « Zeitraum » reflètent et conditionnent une conception plus structurée et homogène de la temporalité que les mots français « instant » et « période ». Dans un ouvrage récent, Philippe d’Iribarne (2009) analyse la traduction anglaise des « principes d’action » du groupe français Lafarge pour les Etats-Unis, et souligne la traduction des termes « provide » et « delivering » par les mots « offrir » et « proposer » qui ne mettent pas en scène aussi clairement le rapport commercial que dans la langue anglaise mais qui lui semblent mieux adaptés aux acteurs du contexte français pour lesquels l’activité mercantile est moins honorable que les acteurs du contexte américain. Pour Brannen (2004), tout transfert international de pratiques entraîne une recontextualisation, c’est-à-dire une interprétation locale ou une association nouvelle de « signifié » au « signifiant » transféré. Avec cette approche de recontextualisation, Cardel Gertsen et Zølner (2012) montrent par exemple que la valeur d’entreprise « empowerment », signifiant invariant dans les documents d’une entreprise multinationale danoise, va se voir associer des signifiés différents dans la maison-mère et dans la filiale indienne de Bengalore, les acteurs interprétant ou recontextualisant le mot anglais avec les filtres sémiotiques de leurs pratiques et de leurs cadres cognitifs locaux. En théorie, la langue « commune » qu’est l’anglais devrait remplir un rôle « harmonisateur » dans la multinationale (Fredriksson et al, 2006; Lauring et Selmer, 2010; MarschanPiekkari et al. 1999b) mais les langues locales conditionnent aussi, dans le processus de réception, la compréhension et la 30 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) création de sens dans les processus de management de l’organisation multinationale (Brannen, 2004; Chanlat, 2008). Une langue non comprise ou mal utilisée peut aussi avoir des effets désintégrateurs pour l’organisation (Piekkari et al. 2005) ou peut être utilisée comme instrument d’exercice de pouvoir (Marschan-Piekkari et al. 1999a; Vaara et al. 2005). Les langues locales peuvent être utilisées à leur tour comme instrument de résistance (Chevrier, 1998). Le processus de transfert apparaît clairement plus difficile pour les valeurs d’entreprise qui sont des notions-clés particulièrement riches en contexte signifié. Leur traduction dans les filiales étrangères peut entraîner une complexité sémantique élevée à cause d’une multitude de significations possibles liées aux nuances de traduction et aux différences de contextes. Méthodologie de l’étude de cas Nous nous intéressons au processus de réception ou de recontextualisation des valeurs d’entreprise d’une multinationale d’origine américaine dans deux contextes nationaux et linguistiques très différents, les contextes français et allemand. Dans l’analyse du processus, nous étudierons plus précisément l’articulation entre l’harmonisation culturelle souhaitée par la maison-mère et les adaptations locales nécessaires pour atteindre cette harmonisation. L’étude de cas a été réalisée dans le cadre d’un programme de recherche plus vaste portant sur les pratiques de GRH et de management dans les filiales de multinationales et comportant une vingtaine d’études de cas. Compte tenu du caractère récent des études portant sur la recontextualisation des valeurs, une approche qualitative par étude de cas exploratoire nous paraissait pertinente (Eisenhardt, Gräbner, 2007; Ghauri, 2004). Le cas de Pharmatix est ici présenté comme un cas exemplaire que l’on peut qualifier d’« embedded case study » (étude de cas encastrée) au sens de Yin (2003) : le phénomène de réception des valeurs est observé dans le même groupe au niveau de cinq sites en France et en Allemagne, dont les caractéristiques culturelles, organisationnelles et stratégiques varient : il s’agit de cinq unités d’analyse, encastrées dans le contexte d’un même cas. La comparaison du discours des acteurs sur des sites allemands et français d’une entreprise multinationale américaine est d’autant plus intéressante que les différences linguistiques, culturelles et institutionnelles pertinentes pour comprendre les pratiques managériales franco-allemandes ont fait l’objet de nombreuses études (Baasner, 2003; Brink et al., 1999). La perspective croisée et comparée de deux cas d’interaction (franco-américain et germano-américain) au sein de la même entreprise permet de mieux distinguer ce qui est spécifique à la relation maison-mère/filiale de ce qui est spécifique aux contextes nationaux (Marschan-Piekkari et al., 2004). L’entreprise du cas : La multinationale Pharmatix Pharmatix est une multinationale US-américaine du secteur pharmaceutique ayant plus de 38.000 salariés dans le monde entier avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 20 mrd $, sa maison-mère se trouve aux Etats-Unis dans le Middle West. C’est une entreprise qui communique fortement sur sa culture d’entreprise et sa responsabilité sociale, régulièrement bien placée dans les classements de meilleurs employeurs de la revue Fortune. Les filiales allemandes et françaises ont respectivement environ 1.000 et 2.500 salariés et ont été fondées dans les années 1960. En Allemagne, le groupe a trois sites : un site de production dans le Nord de l’Allemagne issu d’une fusion avec un site d’un groupe d’origine allemande (environ 300 salariés), le siège allemand avec les services commerciaux et de R&D, et un centre d’emballage et de logistique dans la région de Francfort. En France, le groupe a deux sites, un site de production dans l’Est de la France (1.600 salariés) et le siège français avec les services commerciaux en région parisienne. Pour ses salariés, Pharmatix a développé depuis 1918 un discours centré sur trois valeurs fondamentales, « excellence », « intégrité », « respect », discours qui s’est progressivement développé en code de conduite au cours du 20e siècle. Les salariés sont supposés adhérer aux valeurs de l’entreprise et signer un code de conduite en même temps que leur contrat de travail. Les définitions des trois valeurs d’entreprise sont rédigées par les services de la maison-mère américaine et traduites au niveau du siège. Les filiales ont un droit de regard sur la qualité de la traduction. Démarche de l’étude empirique Le cas a été construit sur la base des règles méthodologiques de la recherche qualitative sur l’entreprise multinationale (Marschan-Piekkari et al., 2004). En effet, en menant une « description dense » (D’Iribarne, 2009; Redding, 2005) sur la base de données et de sources diverses, l’étude vise à construire un ensemble relativement complet des facteurs explicatifs des phénomènes sociaux observés (Berry 1999). Notre étude de cas a ainsi été réalisée à partir de différentes sources afin d’assurer une triangulation des données et des perspectives (Jonsen et Jehn, 2009; Yin, 2003, p. 97-102) : entretiens semi-structurés, étude documentaire sur un ensemble d’outils de management, entretiens d’experts et discussions de groupe pour valider nos hypothèses. Deux séries d’entretiens semi-structurés ont été ensuite menées avec une vingtaine d’interlocuteurs de Pharmatix (voir tableau 3). Les entretiens d’une durée de 60 et 90 minutes étaient structurés par le même guide et portaient sur le rôle de la maison-mère en général et de la relation à la filiale, sur les perceptions individuelles (de l’interlocuteur) et collectives (de l’équipe ou du site) des valeurs de l’entreprise, et des codes de conduite, sur leur utilité et leur utilisation, et sur le processus de transfert et les éléments de contexte susceptibles de l’avoir favorisé ou freiné. La moitié de nos interlocuteurs (les Français comme les Allemands) avaient vécu une expérience d’expatriation dans la maison-mère ou dans une filiale nord-américaine. 31 « Traduttore, Traditore » ? La réception contextualisée des valeurs d’entreprise dans les filiales françaises et allemandes… Tableau 3 Caractéristiques des interlocuteurs rencontrés Filiales françaises Filiales allemandes Région Est Paris Francfort A Francfort B Allemagne du Nord Managers RH 3 1 2 1 1 Représentants du personnel 1 0 1 0 0 Managers autres que RH 5 1 4 1 0 Interlocuteurs (total) 9 2 7 2 1 Sites Une série d’entretiens a fait l’objet d’une présence de trois journées sur un des sites allemands, et une série d’entretiens en France a fait l’objet d’une présence de trois journées sur un des sites français. Pendant ces deux séjours, tous les entretiens ont été menés conjointement par deux chercheurs, un Français et un Allemand, dans la langue maternelle des interlocuteurs. Les entretiens ont été retranscrits sur fichier word sur la base de la prise de notes exhaustive des deux chercheurs, comprenant les réponses et des notes d’observation sur le comportement et l’environnement de travail de chaque interlocuteur. Nous avons cherché à diversifier les interlocuteurs en privilégiant les responsables RH qui ont souvent une vision d’observateur interne de leur organisation (Bergadaa, Vidaillet, 1996). Comme ces derniers étaient également responsables de la mise en œuvre du processus de transfert, il était important d’interroger également des managers de ligne ainsi que des représentants des salariés des sites français et allemands. Les entretiens retranscrits dans leur langue d’origine et les documents ont fait ensuite l’objet d’une analyse de contenu et d’un codage en parallèle par les deux chercheurs, à partir de catégories liées 1) à la coordination de pratiques chez Pharmatix, et au caractère ethnocentrique (ou non) de la coordination 2) à l’interprétation des instruments (valeurs et codes), aux significations et aux expériences clé associées à la culture d’entreprise normative et perçue, plus particulièrement aux valeurs 3) aux effets de contextes et de souscultures pouvant influencer cette interprétation. Après les deux séjours, nous avons réalisé trois entretiens complémentaires pour valider nos hypothèses et constater que les catégories développées permettaient d’interpréter des données nouvelles sans avoir à développer de nouvelles catégories, selon le principe de saturation dans l’analyse de données qualitatives (Strauss, Corbin, 1998). Une validation a été réalisée sous la forme d’une présentation d’effet miroir chez les interviewés des deux pays et a permis de faire valider les principaux résultats par les acteurs (Yin, 2003). La recontextualisation des valeurs d’entreprise Nous présenterons les résultats en quatre temps qui correspondent aux différents aspects de notre démarche d’analyse. D’abord, nous nous focaliserons sur le processus de traduction des valeurs d’entreprise, caractéristique à nos yeux d’une approche ethnocentrique de transfert, puis nous présenterons les positions des acteurs, étonnamment unanimes sur les valeurs et leur capacités à refléter la culture d’entreprise, avant de nous intéresser aux différences de compréhension, d’abord à partir de l’analyse sémantique des traductions, puis à travers les spécificités des différents contextes de l’organisation. Le processus de traduction des valeurs Dans la relation de transfert des pratiques et instruments de la maison-mère vers les filiales, le degré d’asymétrie est perçu comme assez fort par les acteurs des filiales et ne leur laisse que peu de marge de manœuvre, ce qui correspond, selon Perlmutter (1969), à une approche ethnocentrique de transfert de pratiques. Cette hypothèse a été validée par la plupart des personnes interviewées, et cela dans les deux pays. La maison-mère de Pharmatix tenait à avoir des instruments de culture d’entreprise les plus standardisés possibles, avec une volonté explicite d’utiliser cette culture normative d’entreprise pour une meilleure coordination des activités et des représentations. Dans le cas des valeurs et du code de conduite, la maison-mère américaine prenait même la traduction en charge avant de l’envoyer aux filiales, ce qui a donné lieu à de premiers problèmes lors de la réception. Le service RH de la direction allemande a immédiatement réagi en renvoyant la traduction à la maison-mère avec des demandes de correction en rouge de toutes les phrases et exemples qui ne faisaient pas sens en allemand. Le premier retour de document avec des demandes explicites de modification de la traduction allemande a été interprété par la maison-mère comme une forme de résistance, selon les 32 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) déclarations des managers RH allemands, qui eux le considéraient comme un processus classique de concertation. La maison-mère a accepté d’entrer en matière sur les demandes d’amélioration de traduction et d’équivalence sémantique, mais pas sur les exemples utilisés dans les codes de conduite et les principes de management. On retrouve cette procédure de concertation, où le consensus est construit dans une certaine forme de confrontation (un consensus par Auseinandersetzung, voir Barmeyer et Davoine, 2005), pour la traduction d’autres documents : « Tous les ans, les objectifs et la vision de Pharmatix sont définis et traduits aux USA. Et c’est souvent traduit dans un allemand catastrophique. On le contrôle et on le renvoie, ce que les Américains n’apprécient pas trop. Ils ont tendance à considérer ça comme une forme de désobéissance (DM111). » Dans le cas francophone, la première traduction des valeurs et du code de conduite a posé aussi problème. La traduction avait été réalisée par un traducteur québécois de la maison-mère et les équivalences sémantiques ne semblaient pas fonctionner pour les lecteurs français. Comme le code de conduite posait aussi des problèmes juridiques, le service RH français a été appuyé par la direction juridique pour adapter la traduction française des documents. Comme pour l’Allemagne, seules les demandes d’amélioration de traduction et d’équivalence sémantique ont été acceptées par la maisonmère. En France comme en Allemagne, on constate donc la même demande exprimée d’adapter les traductions localement. Un grand nombre des responsables RH des filiales allemandes et françaises de Pharmatix avaient aussi une expérience de la culture américaine de la maison-mère, et ont pu proposer des traductions des valeurs mieux adaptées à leurs contextes nationaux, mais les traductions devaient rester les plus littérales possibles. Le tableau 4 ci-dessous présente les traductions dans leurs formes finales. Tableau 4 Valeurs de l’entreprise Pharmatix – sites web 2005 Values Unsere Werte Nos valeurs We are guided in all that we do by our long-established core values : Bei der Umsetzung unserer Strategien und beim Verfolgen unserer Ziele lassen wir uns von unseren bewährten Grundsätzen leiten : En tant qu’entreprise, nous sommes déterminés à baser nos décisions et notre comportement sur les valeurs suivantes : Respect for people that includes our concern for the interests of all people who touch - or are touched by - our company : customers, employees, shareholders, partners, suppliers, and communities Respektvoller Umgang mit allen Menschen, insbesondere mit denen, die weltweit direkt oder indirekt von unserem Unternehmen berührt werden : Patienten, Ärzte, Kunden, Mitarbeiter, Aktionäre, Partner, Lieferanten und Einwohner unserer Standortgemeinden. Le respect d’autrui, qui comprend le souci que l’on a pour l’intérêt de tous ceux qui, dans le monde entier, sont touchés d’une manière ou d’une autre par notre société : les clients, collaborateurs, actionnaires, partenaires, fournisseurs et communautés. Integrity that embraces the very highest standards of honesty and ethical behaviour Integrität, die durch Ehrlichkeit, ethisch korrektes Verhalten und beispielhaften Charakter gekennzeichnet ist. L’intégrité, qui englobe les principes les plus stricts sur l’honnêteté, le comportement éthique et le caractère moral. Excellence that is reflected in our unsurpassed focus on quality and a continuous search for new ways to improve everything we do Hervorragende Leistung, verbunden mit der ständigen Suche nach noch besseren Ergebnissen. L’excellence, qui est reflétée dans notre recherche constante de nouveaux moyens d’améliorer la performance de notre société afin de devenir le chef de file dans notre domaine. 1. Codification des interlocuteurs : DF est l’abréviation pour une personne interrogée allemande (D) et féminine (F), FM pour une personne française (F) et masculine (M). « Traduttore, Traditore » ? La réception contextualisée des valeurs d’entreprise dans les filiales françaises et allemandes… Des valeurs normatives et partagées ? L’analyse du discours des acteurs révèle une perception des valeurs assez conforme à l’approche ethnocentrique de la maison-mère. Trois types d’apport reviennent de manière récurrente dans le discours des personnes interrogées, et ce dans toutes les filiales des deux pays : 1. les valeurs normatives de l’entreprise sont majoritairement perçues comme des valeurs vécues dans les filiales; 2.les valeurs sont perçues comme une aide pour orienter l’action et les décisions; 3.les valeurs sont perçues dans une perspective historique comme un élément de continuité et de constitution de l’identité de l’entreprise. Dans leurs réponses, peu de managers parlent de décalage ou de contradictions entre les valeurs normatives et les valeurs vécues dans l’entreprise. La plupart des managers rencontrés insistent sur le fait que la culture normative de Pharmatix est aussi une culture vécue qui permet de développer une certaine cohérence dans les pratiques. DF8 : Il y a une grande cohérence entre les valeurs et les comportements. En particulier si l’on compare avec nos concurrents. Il existe bien évidemment des écarts selon le contexte et les individus. En revanche, tout ce qui se trouve sur le papier n’est pas qu’utopie. FF1 : Les valeurs reflètent bien la culture de l’entreprise. 33 La majorité des managers interrogés font référence à la signification historique et de la tradition des trois valeurs. Ils rappellent souvent l’histoire de l’entreprise, le premier code développé par le fondateur, un ensemble d’éléments qui définissent un style de management prôné par le fondateur. Les valeurs sont perçues dans une perspective historique comme un élément de continuité et de constitution de l’identité de l’entreprise. Presque tous les responsables RH interrogés font explicitement référence à cet historique derrière les valeurs : officiellement responsables de la diffusion de la culture et des valeurs, ils reprennent dans les entretiens plusieurs éléments clés de l’instrumentation de la culture normative en en explicitant les significations qui y sont associées pour les managers américains de la maison-mère. FM12 : Les valeurs sont à la base de la fondation de Pharmatix. Les valeurs ont été formulées dès le début. Il n’y a pas eu de rupture DM 9 : En 1919, quand le taylorisme et le fordisme étaient relativement forts, le petit-fils du fondateur a rédigé un texte en faveur d’un travail plus humain. La durabilité dans les organisations peut être apportée non seulement techniquement et mécaniquement, mais le facteur humain reste très important. Les collaborateurs doivent comprendre et être respectés, et c’est de cette manière que leur motivation et leur rendement augmentent. C’est là que les trois valeurs « respect de l’individu », « intégrité » et « performance » prennent leur source. Nos interlocuteurs ayant effectué des mobilités internationales considèrent aussi que les valeurs ne reflètent pas seulement la culture vécue au niveau national; il semblerait que les valeurs correspondent aussi à une certaine homogénéité culturelle au niveau international : « Il est toujours surprenant de voir à quel point on rencontre des valeurs semblables quand on se rend dans les différents sites de Pharmatix dans le monde. Ce sont des valeurs fortes. » (DF1) Ces trois apports laisseraient supposer une grande cohérence d’interprétation des valeurs dans les filiales de la multinationale, pourtant nous constatons aussi des différences de significations sur les sites allemands et français, différences que nous présenterons dans les paragraphes suivants. Pour les managers interrogés, surtout les managers allemands, les valeurs d’entreprise semblent remplir leur fonction d’orientation. Elles sont perçues et présentées comme des instruments d’orientation de l’action qui permettent de donner du sens. Elles sont également présentées comme facilitant le sentiment d’appartenance et d’identification. nuances dans les traductions officielles des valeurs FM7 : On a eu besoin de cette culture forte lorsqu’on était en phase de croissance et qu’on a dû intégrer 20 % de nouvelles têtes en un an. DF8 : Il existe un potentiel élevé d’identification. La culture d’entreprise attire et engage les collaborateurs aux valeurs bien déterminées. La culture influence la stratégie et les comportements. Nous ne ferions par exemple jamais des choses comme notre principal concurrent. DF4 : Les valeurs forment la base pour les décisions importantes. Et on s’y tient. Ces bases de décision permettent souvent de remplacer des demandes au supérieur. Un premier indice de recontextualisation : les d’entreprise Notre analyse sémantique des documents nous a permis de souligner des différences dans la manière dont les filiales traduisent et présentent les valeurs. Par exemple, l’entreprise Pharmatix communique sur ses sites web de manière explicite sur ses trois valeurs mais différemment selon les pays. Sur le site web des Etats-Unis, les valeurs apparaissent deux fois : une fois sous la rubrique « Corporate Governance » et une fois sous la rubrique « Corporate Social Responsibility ». Elles s’adressent donc à toutes les parties prenantes. Sur le site web français, les valeurs sont communiquées moins explicitement. On les trouve sous la rubrique Personnel (carrières) et elles s’adressent donc prioritairement aux employés et futurs employés, moins aux autres parties prenantes, comme les clients ou fournisseurs. Sur le site web allemand, ces valeurs se trouvent dans la sous-rubrique « Was uns wichtig ist » (=ce qui est important pour nous) sous la rubrique « Unternehmen » (=entreprise). 34 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Cependant, les différences de formulation des trois versions constituent l’élément le plus important de notre analyse documentaire. Si l’on compare attentivement les traductions du tableau 4, on peut identifier quelques légères adaptations sémantiques locales. Dans les trois textes, on retrouve une phrase soulignant le fait que les valeurs de Pharmatix forment la base des décisions et des comportements, mais la version allemande est moins directive que la version française ou la version américaine. La traduction allemande n’utilise par exemple qu’une seule fois les pronoms personnels et possessifs « nous », « notre » et « nos » pour décrire les valeurs, plus fréquents dans les textes français (5 fois) et anglais (3 fois). La première valeur « Respect for people » est formulée en anglais de manière abstraite et générique : la définition pourrait être applicable à n’importe quelle entreprise de n’importe quel secteur; dans la traduction allemande, les médecins et les patients sont également ajoutés à la liste des parties prenantes, la rendant plus spécifique au secteur. Ces deux parties prenantes identifiées sont même placées avant les autres. La deuxième valeur « Integrity » concerne explicitement le comportement éthique, en particulier l’honnêteté. La version française de la définition ajoute la notion de « caractère moral » à la définition américaine. Les « highest standards » de la version anglaise ont en allemand un caractère exemplaire « beispielhafter Charakter » plus orienté vers la personnalité et correspondent en français aux « principes les plus stricts », une formulation plus exigeante et plus directive. Enfin, pour la troisième valeur « Excellence », les traductions sont extrêmement libres : aucune des deux traductions française et allemande ne reprend la notion de « unsurpassed focus on quality » de la version originale, qui reflète clairement une vision compétitive de la performance et de la qualité. La traduction française est probablement la plus proche, ajoutant la notion non utilisée dans la version originale de « chef de file dans notre domaine » - traduisant aussi une conception compétitive de l’excellence. Par contre, la traduction allemande insiste sur la performance produite (« Leistung ») et sur une volonté constante d’amélioration des résultats indépendamment de la concurrence. La traduction allemande traduit une conception plus factuelle et plus « orientée produit » de l’excellence, conception qui est enracinée dans une vision plus professionnalisée de la performance. Dans la traduction allemande, l’excellence est comprise comme une expertise technique de pointe alors que la traduction française reflète une compréhension plus élitiste du « chef de file » plus proche de la notion « unsurpassed » mais aussi plus personnalisée. Eléments de recontextualisation des trois valeurs dans les représentations des acteurs Après avoir présenté les nuances des traductions officielles, nous nous concentrons dans ce paragraphe sur les interprétations de chacune des trois valeurs à partir des représentations des managers français et allemands interrogés. Pour les managers allemands, la valeur « intégrité » est considérée comme une valeur importante et représentative de la culture organisationnelle de Pharmatix. Cette valeur correspond à l’honnêteté dans les pratiques, par exemple dans les pratiques administratives, les dépenses de notes de frais, mais aussi la publication de résultats d’études pharmaceutiques qui montrent des résultats moins positifs que prévus : « L’honnêteté et la confiance sont importantes. Même quand il s’agit de petites choses, comme les notes de frais. Chaque euro dépensé doit correspondre à ce qui a effectivement été dépensé. Sinon, la valeur de base qu’est l’intégrité n’est pas totalement respectée. Un abus de confiance peut être un motif de renvoi. » (DM9). Pour les managers français, cette valeur « intégrité » semble moins représentative de la culture organisationnelle. Ils se montrent plus critiques, plus réticents à utiliser la notion que leurs homologues allemands, peut-être (comme le souligne D’Iribarne, 2002) parce qu’ils ont plus de mal que les Américains ou même les Allemands à accepter que l’entreprise soit légitime pour définir des normes en matière de morale ou d’éthique : « La moins représentative, pour moi, c’est l’intégrité, pas au 1er degré (ne pas se faire acheter, ne pas voler la société …) mais c’est le problème de l’intégrité dans la manière de dire ce qu’on pense (problème du politiquement correct). Il est difficile d’annoncer les mauvaises nouvelles sur le site, même si le big boss essaie de nous apprendre. Les feed-back sont souvent trop positifs. On essaie de mettre en place du 360° pour objectiver. On fait une HR Survey tous les deux ans, c’est un outil de mesure aussi, parce qu’il y a une crainte de dire ce qu’on pense à son boss. » (FM3). L’interprétation de l’intégrité semble différente chez les interlocuteurs allemands et français. La signification française de l’intégrité semble fortement associée à des exemples d’évaluation individuelle de la performance, une interprétation liée à des messages récents de la direction française, qui assimilent l’intégrité à la sincérité dans la communication et les évaluations de performance. Cette thématique, récurrente dans nos entretiens, apparaît comme conjoncturellement importante pour nos interlocuteurs français. Les interlocuteurs français que nous avons rencontrés ont par contre insisté sur l’ « excellence » comme valeur la plus caractéristique de la culture d’entreprise : « excellence de performance », « toujours mieux » pour les commerciaux comme pour la production, « excellence de qualité qui s’applique au management comme à la production », « des produits excellents », « un processus d’amélioration continue »... Les interlocuteurs allemands rencontrés ont certes repris le même type d’éléments de définition mais sans faire de l’excellence la valeur principale de l’entreprise. Les interlocuteurs allemands ont plutôt exprimé avoir un problème avec la notion d’excellence, trop abstraite, qui reste d’ailleurs incorrectement traduite dans la charte car indissociée de la qualité produite, de la très concrète « Leistung » (performance) : « En Allemagne, l’excellence n’est pas appréciée de la même manière. L’élite et la productivité sont plutôt associées à un certain arrivisme. Etre excellent conduit presque à être « Traduttore, Traditore » ? La réception contextualisée des valeurs d’entreprise dans les filiales françaises et allemandes… 35 asocial, c’est déjà ce qu’on apprend au jardin d’enfants : « soit un bon perdant ». Les éléments compétitifs sont faiblement exprimés en Allemagne. Dans le monde anglo-saxon, il y a beaucoup plus de concurrence, beaucoup de distinctions (awards). Cela amène de l’estime de soi, même si aux USA il y en a parfois trop et ça devient parfois peu crédible. » (DM6) valeur de respect des personnes, valeur jugée représentative pour la culture organisationnelle, semble aussi très liée, dans les deux pays, à des événements conjoncturels marquants (reclassements et plans sociaux). De même, la définition de l’intégrité chez nos interlocuteurs français semblait fortement liée à un contexte plutôt conjoncturel des discours de dirigeants. Dans nos entretiens avec les managers allemands, c’est la valeur « respect d’autrui » qui est la valeur la plus souvent citée comme caractéristique de la culture organisationnelle de Pharmatix. Nous avons été frappés par les similitudes de définition d’un interlocuteur à l’autre, d’autant plus que les définitions données ne s’inspiraient pas de celle de la charte mais plutôt de l’évangile de Saint Mathieu ou de l’impératif catégorique kantien : « traiter les gens avec le respect avec lequel je souhaiterais moi-même être traité par eux », « être avec eux comme j’aimerais qu’ils soient avec moi ». D’autres éléments de définition ont été donnés, par exemple l’équité ou la fairness, l’acceptation de l’autre malgré ses différences, éléments que l’on retrouve également dans certaines réponses des Français. Chez les interlocuteurs allemands, la valeur « respect » est souvent mentionnée en relation avec la politique d’emploi de Pharmatix, en relation avec des événements particuliers du site. L’histoire et les pratiques du site vont marquer les significations associées à la notion dans les représentations des acteurs : « Avant que des collaborateurs soient licenciés à cause des restructurations, on leur propose des emplois alternatifs. Cela a été le cas dans mon service. Je devais me séparer de 4 collaborateurs sur 10. Le service du personnel m’a aidé. Au fur et à mesure que la situation devenait financièrement serrée chez Pharmatix, on se retrouvait dans ses valeurs » (DM10). De même, plusieurs interlocuteurs associent cette valeur à des événements spécifiques de restructuration de leur site. Alors que, paradoxalement, nos interlocuteurs considèrent être dans une entreprise à culture forte et homogène que les valeurs d’entreprise reflètent relativement fidèlement, la comparaison de l’interprétation des valeurs d’entreprise par les managers français et allemands révèle plusieurs différences dans la manière dont les deux groupes comprennent ces valeurs au quotidien. Cette différence de compréhension n’est pas seulement d’ordre linguistique (les équivalences de traduction), elle est aussi d’ordre culturel et institutionnel (le cas de la relation à l’excellence ou de la relation au consensus), et elle est, enfin, relative aux contextes différents des sites concernés, car les valeurs sont souvent réinterprétées à partir d’événements importants du site (restructuration, évaluations…) ou associées à des discours de personnes clés (dirigeants du groupe mais aussi dirigeants de la filiale locale). Pour les Français, la valeur « respect » est aussi vue comme représentative de la culture organisationnelle mais elle est plus souvent décrite comme source de problèmes, parce qu’elle peut entrer en conflit avec la valeur « excellence » en contribuant à une culture de « consensus mou » qui cherche à éviter les remises en question : « On n’est pas très efficace ici par rapport à d’autres endroits. On a intégré de nouveaux cadres qui sont partis à cause du « monde Pharmatix », du « consensus mou ». Des gens avec de l’expérience ont du mal à s’intégrer, ils ont voulu très vite changer les choses mais c’était voué à l’échec. Le consensus, ça se retrouve partout ici. Pour arriver à une décision, vous devez impliquer des personnes. Ici les décisions peuvent être remises en question. » (FF10) Là encore, nous avons identifié dans les discours des interlocuteurs français des éléments d’interprétation récurrents liés à des pratiques et des discours spécifiques au site : des décisions trop consensuelles critiquées, des polémiques locales sur la « culture maison ». Les significations associées aux valeurs sont marquées par un contexte conjoncturel particulier lié à des actions et à des discours des sites. La Discussion, limites et implications de l’étude Comme d’autres études récentes portant sur le transfert international de valeurs d’entreprise (Blazejewski, 2006; d’Iribarne, 2009; Henry, 2011; Cardel Gertsen, Zølner, 2012), notre étude met en évidence un phénomène de recontextualisation, au sens de Brannen (2004), c’est-à-dire une interprétation locale des signifiants de pratiques ou de concepts managériaux venant de la maison mère. Mettre ce phénomène de recontextualisation en évidence dans le cas Pharmatix nous paraît particulièrement intéressant, d’une part parce que contrairement aux entreprises européennes des cas précédents, l’entreprise américaine Pharmatix affiche une volonté explicite de logique ethnocentrique de transfert de pratiques managériales, et d’autre part parce que les acteurs rencontrés reconnaissent être dans une organisation à forte culture homogène, même au niveau international (la moitié de nos interlocuteurs avaient une expérience d’autres sites du groupe, aux Etats-Unis et dans d’autres pays). De plus, la logique ethnocentrique de Pharmatix, caractéristique des entreprises multinationales américaines (Wächter et al., 2003), en fait un cas exemplaire, mais dans une entreprise où la culture normative est relativement bien acceptée et ne fait pas l’objet de rejet fort ou de résistances, comme c’est parfois le cas dans les filiales françaises (d’Iribarne, 2002). De plus, par rapport aux études précédentes, notre étude présente l’intérêt d’étudier le phénomène de recontextualisation à partir de deux contextes nationaux très différents et sur plusieurs sites. Nous montrons que la recontextualisation se joue d’abord au niveau des équivalences linguistiques puis les signifiants résonnent dans les représentations des acteurs. Derrière les nuances de traduction demandées par les filiales, on identifie de véritables différences d’interprétation des différentes 36 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) valeurs dans les discours, les représentations et les pratiques des acteurs. Ces différences d’interprétation nous semblaient plus marquées pour la valeur « excellence », ce qui est d’autant plus intéressant qu’il ne s’agit pas d’une valeur liée aux relations humaines mais aux performances économiques et opérationnelles de l’entreprise (au sens de Mercier, 2001). Nous avons vu que les traductions française et allemande de la définition de l’excellence reflètent des différences de compréhension et de la manière de mettre en scène la performance de l’entreprise (au sens de d’Iribarne, 2009 et Henry, 2011). Ces significations peuvent être aussi conditionnées par certaines valeurs nationales (par exemple les valeurs de « rang » ou d’ « honneur » qui sont pour d’Iribarne (1989) des notions clé pour comprendre la culture française) ou par le contexte institutionnel du pays. L’excellence semble ainsi, dans nos entretiens, être une notion plus facilement compatible avec le système scolaire et l’environnement culturel français qu’avec le système scolaire et l’environnement culturel allemand. De même, la notion d’intégrité trouve une résonance sémantique particulière dans les représentations des acteurs allemands : la notion semble associée en Allemagne à un impératif catégorique kantien que nous avons retrouvé spontanément dans de nombreux entretiens allemands mais jamais dans les entretiens français. Ces quelques exemples mettent en évidence les différents éléments de la traduction culturelle qui vont interagir pour finalement associer des significations spécifiques ancrées dans un contexte national particulier. Cette recontextualisation ne rend pas pour autant l’effet de coordination caduque. Le transfert entre la maison-mère et les filiales d’éléments de culture d’entreprise, c’est-à-dire d’un cadre de référence commun aux actions et aux décisions, reste possible mais partiel. De nombreux auteurs considèrent que le processus de confrontation interculturelle dans les joint-ventures ou les filiales de multinationales est souvent une étape dans un processus de construction de « culture de travail » commune, c’est-à-dire de co-construction d’un cadre de significations négociées (Brannen et Salk, 2000). Dans le processus d’interaction entre la maison mère et les filiales, les protagonistes peuvent transformer leurs contextes de codage et de décodage, et peuvent arriver à développer un cadre de référence de significations communes dont le périmètre sera plus ou moins important (Primecz et al. 2012). Pour construire ce cadre de référence de significations communes, le travail de traduction d’une pratique ou d’un concept de management nécessite des adaptations ou des négociations. Henry (2011) montre la nécessité d’adapter fortement la traduction des injonctions et des principes d’action du code de conduite de Nexans du français au vietnamien pour tenir compte des différences locales de comportement hiérarchique et de relation au monde. Ce que notre étude nous permet aussi de mettre en évidence, par son dispositif multi-sites, c’est l’importance du contexte organisationnel (de chaque site) pour les significations associées aux valeurs : une même valeur peut être interprétée de manière différente sur deux sites du même pays. Si nous retrouvons, dans les discours de nos interlocuteurs, des références aux discours du dirigeant américain du groupe et à la vision stratégique du groupe, leurs représentations des valeurs font aussi la part belle aux événements et aux acteurs des contextes organisationnels locaux : par exemple la valeur « intégrité » perçue à travers la discussion sur les évaluations dans un site de production français, ou la valeur « respect d’autrui » perçue à travers les décisions et les actions des dirigeants des sites dans le cas de restructuration… Au-delà de la dimension nationale, linguistique, culturelle et institutionnelle, notre étude rappelle aussi la complexité de l’entreprise multinationale (Marschan-Piekkari et al., 2004) et l’importance des pratiques, de l’histoire et de la personnalité des acteurs de chaque site pour comprendre cette recontextualisation. Ce dernier point rappelle aussi les limites de l’étude, plus particulièrement les limites méthodologiques de l’analyse de discours de managers qui peuvent être décalées ou qui ne reflètent pas la totalité des pratiques. L’étude de Cardel Gertsen et Zølner (2012) comporte des entretiens en face à face mais aussi une observation ethnographique directe (shadowing) de 22 de leurs interlocuteurs pendant une demijournée environ. Cette démarche complémentaire d’observation ethnographique, qui se justifie d’autant plus dans une situation où les chercheurs ne maîtrisent pas la langue maternelle des employés de la filiale, apparaît comme une méthode à développer dans le cadre de recherches futures. De même, nous n’avons pu réaliser d’étude croisée complémentaire en interrogeant des managers de la maison-mère, notre compréhension des pratiques de la maison-mère nous vient de l’expérience filtrée d’anciens impatriés. Enfin, une étude plus systématique de l’interaction entre les valeurs d’entreprise et l’ensemble des pratiques managériales de l’entreprise permettrait sans doute de montrer plus explicitement les pratiques, les règles et les mécanismes par lesquels, au-delà des valeurs proclamées, la culture d’entreprise se transmet et se construit au niveau du groupe. En effet, les managers rencontrés ont fréquemment insisté sur le rôle joué par la mobilité internationale – extrêmement développée chez Pharmatix pour tous les niveaux d’encadrement, là encore une pratique courante dans les multinationales américaines (Wächter et al., 2003) – pour le transfert de représentations, de cadres de références communs et de pratiques. De même, il semblerait que les directeurs expatriés venant de la maisonmère jouent un rôle clé dans le recrutement des managers locaux. Il est probable que les mobilités croisées font des expatriés et anciens impatriés de la maison-mère des vecteurs forts de « pollinisation » de la culture d’entreprise (au sens de Harzing, 2001). Ces limites représentent des possibilités de recherches futures. Les implications pour les recherches futures sont d’ordre méthodologique : compléter par des observations ethnographiques, diversifier les cas, approfondir les études sur les spécificités de recontextualisation des différents sites. Elles sont aussi liées à des questionnements ou des objets de recherche nouveaux : l’étude du rôle des expatriés et des anciens impatriés dans la recontextualisation des pratiques. « Traduttore, Traditore » ? La réception contextualisée des valeurs d’entreprise dans les filiales françaises et allemandes… Pour les managers, notre étude présente d’autres implications, elle montre que la traduction des valeurs, mais aussi des pratiques, passe nécessairement par une adaptation, par une recontextualisation, par une association de signifiés nouveaux aux pratiques d’origine. La traduction – ou la recontextualisation – est-elle pour autant une trahison ? Faut-il traduire les valeurs dans d’autres langues ? La paronomase italienne « Traduttore, traditore » nous ramène aux débats du XVIème siècle, où sous la plume d’un Joachim du Bellay, se posait la question de la traduction des grands auteurs latins et grecs dans cette langue littéraire nouvelle qu’était le français. Traduire, c’est faire vivre des mots dans un autre univers que celui dans lequel ils sont nés, c’est transposer une représentation dans un autre contexte de significations. Traduire, c’est aussi transformer le sens initial, accepter les influences vivantes de l’univers de sens et du contexte des acteurs de la réception. Comme les travaux récents d’Henry (2011) et de d’Iribarne (2009) le soulignent, le traducteur doit parfois être un traître – ou en tout cas un adaptateur – s’il veut traduire un ensemble de significations d’une langue à l’autre, d’un contexte de travail vers un autre contexte, ancrés dans des univers de significations et de représentations différents. Comme les auteurs précités, nous pensons que ce travail de traduction et d’adaptation doit être fait par des managers qui connaissent les pratiques et les significations des deux contextes de travail. De plus, nous pensons aussi que ces différences de traduction doivent être discutées et rendues visibles à l’intérieur de la multinationale. D’un côté elles révèlent et mettent en évidence des différences mais de l’autre elles permettent aussi de construire un dialogue sur ces différences en établissant des liens entre les significations et leurs contextes. Conclusion La traduction des valeurs d’entreprise nécessite des adaptations. Les particularités ou différences locales observées ne s’expliquent pas seulement par des différences de culture ou de langue locales, elles sont dues aussi aux contextes conjoncturels des actions et des discours, et sont associées à des événements, par exemple des restructurations, ou à des personnes clés des sites. Au-delà des traductions de termes, les entretiens que nous avons menés révèlent aussi une réception et une compréhension des valeurs relativement différenciée dans les différents sites. Le transfert des valeurs d’entreprise apparaît comme un processus inachevé et imparfait puisque la signification associée aux valeurs dans les filiales semble fortement influencée par le contexte de réception. L’histoire de la multinationale, ses étapes et ses événements, la personnalité et les discours de ses dirigeants, la stratégie commune, les relations étroites entre filiales et maison-mère, les expériences d’autres unités au sein du groupe par de nombreux acteurs, tous ces éléments permettent sans doute, au-delà des mots que sont les valeurs, de construire aussi un cadre commun de référence de significations. Une étude plus approfondie sur un plus grand nombre 37 d’interlocuteurs, ou sur les sites américains, nous permettrait sans doute de souligner plus précisément quels sont les éléments de signification communs à la multinationale, quels sont les éléments plus spécifiquement liés aux filiales, ainsi que la manière dont ces éléments se confrontent pour construire une culture de travail commune et négociée. Bibliographie Baasner, F. (2003)(sous la direction de). Gérer la diversité culturelle. Théorie et pratique de la communication interculturelle franco-allemande. Frankfurt, Peter Lang. Barmeyer, C.; Davoine, E. (2005). « Problèmes interculturels du management franco-allemand. Théories et pratiques », Revue d’Allemagne, Vol. 37, N°3, p. 15-430 Barmeyer, C.; Davoine, E. (2007). « Les résistances européennes aux codes de conduite nord-américains : une étude de cas franco-allemande », Revue Sciences de Gestion, No 60, p. 51-74. Barmeyer, C.; Davoine, E. 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Dans une première étape, nous identifions sept processus d’innovation : démystification, ‘technologisation’, distribution de masse, ‘commodification’, assemblage, indigénisation et segmentation. Dans une seconde étape, nous suggérons que ces sept processus d’innovation agissent comme réponses génériques à trois enjeux typiques des marchés émergents : le management du sens et des valeurs, l’accessibilité et le caractère abordable (‘abordability’) d’une offre. Nos résultats contribuent à mieux comprendre l’innovation dans les marchés émergents. Abstract Mots clés : innovation, services, marchés emergents, base de la pyramide, assurance, Inde. W How do organizations innovate to respond to emerging market issues? Building on a multiple-case research design, we study four cases of innovation in the Indian insurance industry. In the first stage of our analysis, we identify seven innovation processes: Demystification, technologization, bundlization, indigenization, retailization, commoditization and segmentation. In the second stage, we find that these seven processes serve as generic responses to three typical issues: management of meanings and values, accessibility and affordability that firms face in emerging markets. Our findings contribute to a better understanding of innovation processes in emerging markets. Keywords: Innovation; Services; Emerging Markets; Bottom of the Pyramid; Insurance; India ith developed world markets becoming increasingly mature and saturated, emerging markets (hereafter as EMs) such as Brazil, Russia, India, China, Indonesia, etc. have become key sources for innovation and growth (Cavusgil et al., 2013). Arnold and Quelch (1998: 9) noticed that multinational companies (hereafter as MNCs) have often erroneously adopted a ‘less developed countries’ mindset to address EMs, assuming that these EMs are at an early stage of the same development path as followed by advanced or developed countries’ - this is often referred to as an ‘imperialist mindset’ in that MNCs must think and act like westerners (Prahalad and Lieberthal, 1998; Peng, 2001). Fortunately, many MNCs are progressively moving beyond the traditional view of the transnational model (Bartlett and Ghoshal, 1989) and are striving to invent new strategies to address the opportunities and challenges in emerging economies (London and Hart, 2004). Of late, researchers have urged the need to elucidate on the processes by which innovative business models emerge in EMs (George et al., 2012), and have emphasized the socio-political behavior of MNCs in EMs, i.e. the interactions between MNCs, state and society in EMs (Hadjikhani et al., 2012). Our paper engages in the ongoing debate about MNCs’ global capabilities and local Resumen ¿Cómo innovan las empresas para responder a los problemas propios de los mercados emergentes? A partir de una investigación basada en múltiples casos, estudiamos cuatro casos de innovación en la industria de servicios en India. En la primera etapa identificamos siete procesos de innovación: desmistificación, tecnologización, combinación, inculturación, ‘retailización’, comoditización y segmentación. En la segunda etapa, encontramos que estos siete procesos sirven como respuestas genéricas a tres problemas típicos: la gestión de significados y valores, el acceso y la asequibilidad que las empresas enfrentan en mercados emergentes. Nuestros hallazgos contribuyen a una mejor comprensión de la innovación en mercados emergentes. Palabras claves: Innovación; Servicios; Mercados Emergentes; Base de la Pirámide; Seguros; India. innovative strategies in EMs. Specifically, we wish to identify and analyze service innovation processes that MNCs develop in emerging markets, through joint ventures with local partners. In the recent past, the literature on innovation was primarily concerned with innovations related to technological artefacts or, in other words, new products and we know much less about innovation processes that are inherent in the development of new services (Droege et al., 2009; Menor and Roth, 2007: 825). Moreover, much of the empirical research on service innovation to date has been conducted in developed countries (Droege et al., 2009). Yet EMs foster a different genre of innovations vis-à-vis matured markets (Khanna et al, 2005: 64). EMs often address large populations, a large proportion of which have low incomes. Moreover, they still have to cope with issues such as poor infrastructure, weak institutions, scarce technological skills and know-how etc. (Peng et al, 2008; Dawar and Chattopadhyay, 2002). Our study adopts an exploratory and inductive research strategy (Yin, 2009; Eisenhardt, 1989). Based on primary and secondary data, we analyze four cases of service innovation in the Indian insurance industry that all aim at Innovation Processes in Emerging Markets: Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry low-income groups - often referred to as the ‘BoP’ (bottom of the pyramid) market. Three of the four cases fall purely under the BoP and rural market category, whereas the remaining one - though targeting low-income customers - is also positioned for the middle income urban population that has some awareness and understanding of insurance. In the first stage of the analysis, we identified seven innovation processes, namely: Demystification, Technologization, Retailization, Commoditization, Bundlization, Indigenization and Segmentation. These processes were observed across several cases, and each process aimed at addressing some central issue or challenge in the market. In the second stage of our analysis, we clustered these seven innovation processes around three overarching issues: management of meanings and values, accessibility, and affordability. Our contributions are twofold. First, we go beyond the few empirical observations - quantitative (i.e., Alam, 2007) and qualitative (i.e., Wooder and Baker, 2012) - that have particularly examined service innovation in EMs. Beyond dominant stage models of service innovation, we identify seven generic processes for new service development that are likely to be found – and used by managers - in many emerging countries. These innovation processes are generic because they are intimately tied to three broader issues that many if not all MNCs face in EMs: management of meanings and values, accessibility and affordability. Second, our perspective on innovation, that can be qualified as an ‘emerging marketcentric’ perspective, contributes to the on-going debate among international business scholars and practitioners on the dialectical global / local forces that shape MNCs’ strategies. Service innovation in emerging markets Service innovation research. For decades, product innovation (also called research on New Product Development) has been leading the development of innovation research, and it was not until the mid 2000s that service innovation (also called research on New Service Development) emerged as an important research field in its own right (Miles, 2006), with important reports by consulting firms (IfM and IBM, 2007), reviews of existing works (DeJong and Vermeulen, 2003; Droege et al. 2009) or economic contributions (de Vriess, 2006; Drejer, 2004). In their article “Fundamentals of service science”, Maglio and Spoher (2008: 18) wrote: “service innovation is poorly understood (e.g. Gadrey and Gallouj, 2002). To remedy this, we and others have been cultivating service science, aiming to create the basis for systematic service innovation”. Most of the empirical studies to date have been conducted in developed countries and established stage-based models of service innovation, for instance in the U.S. financial industry (eight linear stages, Bowers, 1989) or among Australian service firms (10 stages, Alam and Perry, 2002). Service innovation in emerging markets. What is true in developed markets is also true in emerging markets: with the exception of financial services, most empirical studies 41 of innovations in EMs have examined product innovation. According to the World Resource Institute (2007), organizations (both multinationals and large national companies) have been innovative in meeting the needs of consumers and producers, especially in such sectors as housing, agriculture, consumer goods, and financial services. Examples include innovations that target customers at the low-income segment, for example ‘Jaipur Foot’ and ‘Aravind Eye Care’ solutions in India, and business models such as ‘Casas Bahia’ in Brazil or ‘Cemex’ in Mexico (Prahalad, 2004). Not surprisingly, the few empirical studies on service innovation in developing countries have often adopted the same stage-based approach. For instance, using a quantitative approach, Alam (2007: 49-) compared how a ten-stage new service development model was implemented among financial service firms in the USA and in India, and found significant cross-national differences. Notably, firms emphasize different sets of developmental stages, and differences in the interaction between customers and front-line personnel are an explanatory factor. With a qualitative perspective, a recent special issue by the Journal of Product Innovation Management (29(1): 2012) examined the creation of new products and services for and with the Base of the Pyramid. For instance, Wooder and Baker (2012) examine the launch of a new mobile money transfer and payment service in Kenya, applying at the same time a stage-like life cycle model with five phases: value creation, value delivery, value capture, value defense and value sustainability. Aside theoretical contributions, more managerial contributions have also flourished, and in India have notably been published in the ASCI (Administrative Staff College of India) Journal of Management (see for instance Krishnan and Jha, 2011 on the influence of deregulation in India on service innovation in five leading Indian firms: Bajaj, Tata, Titan, Bioccon and Pantaloon). In short, all these empirical contributions have provided evidence that service innovation in EMs typically differs from service innovation in more developed markets. What is missing though is an overarching framework that would relate common service innovation processes to issues that are typical of emerging countries. Our intuition is that EMs share – up to a certain degree – several characteristics that should influence the way MNCs locally innovate in their provision of service. Emerging markets and bottom of the pyramid (BoP). EMs can be defined as economies with high growth potential, but without the sophistication of the institutional framework seen in developed markets (Meyer and Tran, 2006). Although a source of potential growth, these markets also present a unique set of environmental features and challenges for firms from developed countries (Hoskisson et al, 2000; Baack and Boggs, 2008). First, EMs have large populations, a substantial proportion of which lives below the poverty line, currently defined as $2 USD/day (based on 2005 Purchasing Power Parity). It is estimated that 2.6 billion people or 47 per cent of the world population lives below the poverty line with almost all this percentage residing in the emerging and 42 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) developing markets of Asia and Africa (World Bank, Development Indicators - Poverty Data, 2008). Therefore any research looking at characteristics of EMs inevitably includes a perspective on the low-income or the poorest of the poor segment of this market, often referred to as bottom or base of the pyramid (hereafter as BoP). The concept of BoP was initially articulated by Prahalad and Hart (2002) and Prahalad and Hammond (2002). It refers to the 4 billion people at the bottom of the economic pyramid with an annual per capita income of less than $1,500 (PPP in US$), the minimum considered necessary to sustain a decent life (Prahalad and Hart, 2002: 3). Second, EMs often show a huge socio-economic divide across their urban and rural areas. The latter suffers from disparities on basic development parameters such as infrastructure, health, education, sanitation, financial inclusion, etc. Third, EMs are often embedded in specific ecosystems in which institutional voids (Mair et al. 2012) or institutional deficiencies often disrupt or impede formal connection between actors (Pitta et al., 2008; London et al., 2010). In short, EMs present an altogether different set of characteristics that should impact innovation processes. Strategies in emerging markets. For more than a decade now, EMs have been called the new frontier in international business and strategy research (Ricart et al., 2004). MNCs (and also large national firms) had traditionally focused on serving the upper-middle class (top of the pyramid) and the emerging middle-class markets - often referred to as ‘low hanging fruit’, and ignored the vast majority of people considered too poor to be viable customers (De Soto, 2000). The central view was to market products that had proved useful in developed countries and many MNCs and large local firms that emulated their MNC competitors have suffered from a deeply-etched dominant logic that restricted their ability to see a vibrant market opportunity at the BoP. Yet EMs call for a different genre of innovations vis-à-vis matured markets (Khanna et al., 2005), in order to bring the desired products and services to the un-served and underserved market segment. In The Innovation Sandbox, Prahalad (2006: 9) suggested that generating the capacity for low income customers to consume is based on four simple principles best described as the ‘Four As’: Access, Awareness, Affordability and Availability. Anderson and Billou (2007) and Anderson and Markides (2007) further interpreted this ‘4A approach’ by developing a framework for strategic innovation that specifically addresses BoP and rural segments in EMs. And Vachani and Smith (2008: 53-) illustrated innovative distribution strategies in EMs to insure the 4th A, the one of Availability. That said, although the 4A approach – a largely managerial recipe - is widely accepted as a way of identifying key challenges in serving the poor effectively and profitably, the very processes by which the 4As are innovatively realized remain largely unexplored, especially in a nascent service industry such as microinsurance. In addition, successfully addressing the 4 As raises particularly tough challenges for MNCs, as only those that are grounded in the reality of their customers’ lives will understand their priorities. Eventually, the lack of specific empirical research on service innovation processes by MNCs in EMs leads us to formulate our research question as follows: How do organizations innovate to respond to emerging market issues? Context and research design Research context: service innovation in micro-insurance. Banking and insurance are of special interest to service scholars. It is estimated that 2.5 billion adults, just over half of the world’s adult population, do not use formal financial services to save or borrow (Chaia et al, 2009). In developing countries, between 50 and 80 percent of adults have inadequate access to financial services (World Bank, 2008), hence the need for innovative business models that can provide low cost and innovative financial services (savings, credit, insurance, etc.) with effective and novel means of accessibility, particularly in remote and rural areas. Not surprisingly, studies on microfinance have burgeoned and elaborated on the impact of microfinance on the poor. The ongoing debate revolves around the following two issues: does microfinance favorably impact the socio-economic condition of the poor (in terms of poverty reduction, income generation, human development and empowerment)? And are microfinance institutions sustainable in the long term and able to scale up and widen their outreach? (e.g. Hermes and Lensink, 2011; Roodman and Morduch, 2009). In sum, “the phenomenon (of microfinance) is emerging, multifaceted, and engaging for management scholars who are prepared to roll up their sleeves, cross disciplinary boundaries, and move between levels of analysis” (Khavul, 2010: 59) Compared to (micro)-finance however, studies on (micro)insurance are rather scant and often limited to industry reports. And in these studies, microinsurance is often and primarily accounted for as a by-product, i.e. as one among many offerings in a bouquet of micro financial services. We strongly believe that the current insufficient understanding of microinsurance is a curse. Remember that poverty is not just a state of deprivation; it is also about latent vulnerability, namely the impossibility to project oneself beyond the very short-term. Essentially, microinsurance is about providing greater economic and psychological security to the poor, i.e. reducing the potentially detrimental consequences of exposure to multiple risks and cushioning against the impact of disasters (NABARD, 2008). Microinsurance typically refers to insurance products designed for low-income people. The word ‘micro’ represents the relatively small transaction size or low premium, a concept similar to microfinance with small ticket loans. Microinsurance differs from traditional insurance in many ways, such as the size of premiums, the coverage scope, the product features, distribution, policy administration and target customers. The global microinsurance market could cover up to 4 billion Innovation Processes in Emerging Markets: Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry people living on less than $4 USD/day (based on 2005 PPP), which amounts to USD 40 billion in direct premiums (Swiss Re, 2010). For insurers, this translates into an opportunity to tap into new market segments and support the economic and insurance growth of EMs. Microinsurance is still in its infancy. Several industry and research organizations are analyzing the scale, scope and impact of microinsurance through pilot projects. ILOMIF (International Labour Organizations’ Microinsurance Innovation Facility) has examined several ongoing pilot studies in EMs to generate knowledge to support microinsurance development. Thanks to innovation grants, several cases are prepared (termed ‘learning journey’) and key issues and challenges as well as innovative means of serving the insurance market are examined. For instance, ILO’s cases include a migrant worker’s personal accident and health insurance aiming at covering Chinese migrant workers and streamlining the procedure for non-local claims processing and settlement (ILO-MIF, 2010). Another pilot study examines a cattle insurance project using RFID (Radio Frequency Identification) technology in rural parts of India to monitor and reduce fraudulent claims. That innovation will ultimately benefit farmers as they will pay lower insurance premiums (ILO-MIF, 2011). Besides the typically low income of customers in EMs, two other dimensions contrast emerging and developed markets as regards to microinsurance: low awareness towards financial products and poor accessibility particularly in the rural areas. Several initiatives to innovatively reach and service the poor with financial offerings, especially with the development of mobile telephony and card-based technologies for remittance transfers and payments have been reported, such as ‘M-PESA’ mobile payments in Kenya (Mas and Radcliffe, 2011), ‘WIZZIT’ in South Africa and ‘No Borders’ in Ecuador, El Salvador and Mexico (Mendoza and Thelen, 2008). Research design. Given the relatively unexplored nature of the phenomenon under study, we adopted an exploratory and inductive research strategy (Eisenhardt, 1989; Yin, 2009). Qualitative research, rather than traditional quantitative empirical tools, is particularly useful for exploring implicit assumptions and examining new relationships, abstract concepts, and operational definitions (Weick, 1996). An exploratory methodology has been recognized as being particularly useful for researchers interested in examining strategies in emerging economies (studies by scholars such as Hoskisson et al., 2000; Prahalad 2004, London and Hart, 2004; Sanchez and Ricart, 2010; London et al, 2010 are testimony of this). In addition, qualitative research has provided some critical insight into innovation (Galunic and Eisenhardt, 2001). Below, we report on a sample of four cases that we used to uncover the innovation processes that insurance players literally invented to address the Indian insurance market. These cases of innovation in the Indian insurance industry post-liberalization in early 2000 were not selected randomly, 43 but based on the adoption of the three following criteria: (1) the cases had to offer truly novel and hitherto non-existent innovations in the Indian insurance industry; (2) the cases had to highlight different facets of service innovation (product, marketing, distribution, delivery, etc.); and (3) multiple and reliable sources of data should be available. Case studies are rich empirical descriptions of particular instances of a phenomenon that are typically based on a variety of data sources (Yin, 2009). In our case the data was collected from both primary and secondary sources. Personal interviews ranged from senior and middle management at their head and regional offices respectively, to field and sales staff at local offices as well as existing and prospective customers, cooperative officers, self-help groups (hereafter as SHGs), and rural entrepreneurs whom we met during field visits. We interviewed 48 participants across 10 cities and villages (spanning 6 Indian states and a union territory). Other sources of data include direct observations through field trips, internal documents of the companies related to innovation (such as survey reports, learning diary, findings from pilot study, consultant presentations, etc.) sourced from and accessed with due permission of the companies, physical evidence (e.g. insurance product brochures, proposal forms, specimen copies of policies, marketing posters, premium payment coupons, etc.). Secondary data also include archival records, write-ups on the innovations from the public domain, complementary information from the insurance regulatory authority, etc. There is no such thing as an ideal number of cases to conduct an exploratory qualitative research. Having in mind both the required diversity of innovation cases and the manageability of the data, we selected 4 case studies. The identification and selection of cases started in early 2009 and ended by mid 2011. On average each case took around 7-8 months from initial contact with the company official to completing the data collection. Research setting: the deregulated Indian insurance industry. The insurance industry in India was liberalized in 2000 with the enactment of a Parliament of India act called the IRDA Act, 1999. The Insurance Regulatory and Development Authority (IRDA) is an autonomous statutory body that protects the interests of holders of insurance policies and regulates, promotes and ensures orderly growth of the insurance industry. The IRDA Act 1999 allowed private local and foreign players to enter the insurance sector with up to a maximum foreign equity of 26 per cent in a private insurance company that has operations in India. Since then, the Indian insurance sector has witnessed a tremendous transformation: the number of players in the sector has increased from 6 in 1999 (all public players with one monopolistic player in life-insurance and 5 players in non-life insurance) to 48 in 2011. Out of the 42 new entrants, 37 are international joint ventures (IJVs) between foreign multinational insurance companies and local players diversifying in the insurance sector. In our study, we explicitly examined innovations brought by IJVs. The insurance market 44 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) grew at a robust CAGR (Compound Annual Growth Rate) of 27.1% during 2001-2008 (Ernst & Young, 2009), proof of the massive potential of this industry to grow even further. And the premium volume grew from USD 8.4 billion in 1999 to USD 78.3 billion in 2009 (Swiss Re, 2011). The entry of new players increased competition and triggered the introduction of several novel and unique products and services for the industry hitherto non-existent prior to liberalization of the industry. The deregulated Indian insurance industry provides an ideal quasi-experimental setting to examine MNCs’ innovations while entering an EM, as the characteristics of the Indian insurance industry are very similar to many other EMs. Four of them are noteworthy. (1) People’s awareness regarding insurance was very low, primarily due to high illiteracy rates coupled with minimal marketing campaigns by the seven public sector players before 2000. For those who were aware, the perception of insurance coverage was quite negative because of certain cultural and religious factors (such as a belief in destiny or karma) as well as the optimistic risk-taking approach that the Indian society broadly retains. For this reason, Indian customers prefer to buy traditional financial investments such as equity stocks, mutual funds, bank deposits, or other attractive savings-linked products. Those who bought insurance did it merely as a tax saving option (e.g. Unit Linked Insurance Plans (ULIPs) by ICICI Prudential, health insurance, etc.) or as a compulsory obligation (e.g. vehicle for third-party liability cover, travel insurance). (2) The distribution channels and processes were particularly ineffective and limited: marketing, selling and servicing insurance to customers restricted the market mainly to urban areas. Coupled with bureaucratic and complicated procedures to buy insurance and delays in claim settlements, it further fueled negativism and mistrust towards insurance1. (3) Moreover, the low demand for insurance was aggravated by the low income levels of the vast majority of the Indian population that cannot afford the standard high premium insurance plans. (4) Finally, in the absence of customized insurance plans catering to different market segments (e.g. BoP, rural, agriculture, health, etc.), existing products were considered rigid, expensive and unsuitable. Mallassurance (life and non-life insurance products), Max Vijay (savings-linked life insurance), Sarve Shakti Suraksha (group life insurance for dairy cooperatives) and Grameen Shakti (life insurance product with refund of premium). The objective was to analyze how the players innovated and what issues they responded to while innovating. In the first stage of our analysis, we delved into our extremely rich material and listed many innovation tactics. It took us months to cluster and merge together these tactics and eventually identify seven families of innovation processes: Demystification, Technologization, Retailization, Commoditization, Bundlization, Indigenization and Segmentation. Table 2 below provides definitions for seven innovation processes and lists the ones that were found in each case. Below we present the findings for each innovation process. Demystification. Demystification can be defined as a process of ‘reducing or eliminating complexities and vagueness attached to insurance’. Information and simplification, notably, contributes to demystification. Information contributes to the education of prospective customers about the general concept of insurance (what is insurance? why is it needed? how does it work? What are the benefits and value?). This is largely done by organizing insurance seminars and workshops and engaging in group discussions with the view to ward off any apprehensions, queries or misconceptions about insurance and its processes. Providing information about insurance helps to ‘un-complicate’ things and reduces ‘mysticism’, vagueness and negativism often attached with insurance. Through such lectures and awareness campaigns, the players aim at instilling trust and faith in insurance (and the company), which at the starting point is often low, if not missing among prospective customers. Examples include organizing lectures or seminars for self-help groups (SHGs), microfinance firms (MFIs), rural banks (Grameen Shakti) and dairy cooperatives (SSS). Our paper finally focuses on four cases of service innovation in the Indian insurance industry (see Table 1 below), namely: Simplification includes the definition of what is and what is not covered under the policy. It also relates to the reduction of complicated insurance procedures, notably the collection of the documentation related to underwriting, claim settlement, policy renewal or cancellation, etc. One-page proposal forms (Max Vijay, SSS, Grameen Shakti), on-the-spot enrolment and issuance of welcome letter (Mallassurance, SSS), or absence of medical or age proofs required at the time of enrolment (Max Vijay, SSS) are examples of such simplifications. 1. The distribution dimension is of special interest to service innovation in EMs and especially in the microinsurance industry. In the marketing literature, distribution is conceived as the provision of availability. This literature assumes a developed world marketplace of intense competition and a highly developed communications and distribution infrastructure. The developing world, particularly its rural markets, is almost entirely ignored. Swiss Re’s Sigma report (2010) identifies distribution models, infrastructure availability and institutional support among the critical challenges faced by microinsurance practitioners. Identification, availability and support of appropriate intermediaries remain major concerns for risk carriers as existing distribution channels tend to be weak. Market access (ineffective delivery and distribution channels) is one of the key challenges of operating in EMs, and this problem is further amplified when a sizeable, poor population is scattered over a large land mass (such as in China, India or Brazil) in rural and remote areas. Service innovation processes in the Indian insurance industry Grameen Shakti is a group life insurance plan with a ‘refund of premium’ benefit at the maturity of the policy if there is no claim. It provides low cost lifetime coverage to groups of economically weaker sections of society and is sold through regional rural banks, cooperatives, microfinance firms (MFIs), SHGs, NGOs, etc. This flexible and simple life microinsurance-cum-savings product is being sold as a group policy to members of Dairy Cooperatives and Federations. The generic group policy can be customized by each union with regard to risk coverage, premiums and payment terms, as well as benefits and conditions. Max Vijay is an affordable and flexible life insurance-cumsavings product with premium payments adopting a ‘pay as and when you can’ approach. Sold at unconventional distribution channels like local grocery stores, it leverages on Hand-Held Terminals and mobile telephony for instant premium transactions and other services. Mallassurance provides a new way of marketing and selling simple and low cost insurance products, selling it over the counter to people frequenting shopping malls. Along with the use of automated insurance kiosks, sales in the mall provide instant policy information and issuance. Case details Strategic issues in the industry Designing a product that evokes the benefits of insurance for millions of low income rural customers, with effective sales and distribution points to serve them Designing a customized, low cost and simple insurance product to be sold through an effective delivery channel enabling the insurance to reach millions in the rural population Providing a simple and low cost insurance product to millions of economically weaker sections of society with an effective, credible and convenient distribution channel Approaching customers who might be hesitant or reluctant to buy insurance or approach an insurance company in a cost-effective way Product and delivery Product and delivery Delivery and distribution SBI Life Insurance State Bank of India BNP Paribas (France) GRAMEEN SHAKTI Marketing and distribution Bajaj Allianz Life Insurance Bajaj Finserv (India) Allianz SE (Germany) SSS Kind of innovation Max New York Life Insurance Max (India) New York Life LLC (US) Max Vijay Future Generali Insurance Future Group (India) Generali Azzucurani (Italy) Mallassurance Insurance company (IJV) Partners Insurance Strategic issues in the industry and innovations Table 1 Innovation Processes in Emerging Markets: Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry 45 Mallassurance Use of malls and insurance kiosks to sell simple insurance products as tasters, often with promotion saying that buying insurance is as easy as buying onions. It indicates that the insurance process is fast, simple and easy for customer. Web-based system FG Connect and automated insurance kiosks provide instantaneous insurance quotes, receipts and policy issuance. Organized retail formats such as malls and hypermarkets are used to sell, distribute and service insurance. Positions insurance as a commodity being offered in the mall and sold over the counter to the shoppers. Insurance products are often bundled and sold through promotional offers, discounts or as free tasters to the customers as part of their shopping bill. Insurance DEMYSTIFICATION Reducing or eliminating complexities and vagueness attached to insurance TECHNOLOGIZATION Using technology to address the shortcomings of insurance offerings RETAILIZATION Leveraging on the retail industry to market, sell, distribute and service insurance. COMMODITIZATION Marketing, distributing and selling insurance as any other consumption item sold by a vendor. BUNDLIZATION Clustering insurance with other products or services to upgrade its value proposition and saleability. Bundling life insurance with savings-cum-investment product. Insurance is positioned more as a savings product than as an insurance product (the logo says: Max Vijay, Insurance savings box). Local retailers keep and sell insurance like any other FMCG commodity in their shop. Selling and servicing insurance through unorganized retail stores, telecom outlets, photostation shops, etc. Uses of mobile telephony, premium top-up coupons and HHTs devices provide instant transaction receipts and other information. Minimal documentation process: one page proposal form. Novel use of DVD box. Premium payment through mobile and HHTs generates instant premium receipts and provides transparency to customer, thus minimizing insurance-related hassles. Max Vijay SSS Life insurance is packaged with a saving component that appeals to the dairy farmers, as it provides prudent risk coverage along with investment. — — — Product plan and features are kept simple and easy to understand. One page form is all it takes to sign up. Moreover being a group policy the dairy union (group) decides the risk cover, premium payments and other policy conditions. Innovation Processes by case Table 2 The insurance is positioned as one offer among a bouquet of financial services being sold, such as bank account, fixed deposit, loan etc. — — — Simple product features with easy underwriting and claim settlement process. Organizing group sessions with rural bank, SHGs or MFIs facilitates discussion to ward off any perceptions or apprehensions about the product. GRAMEEN SHAKTI 46 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Indians still don’t have the required pull / motivation to buy insurance on their own, so insurance companies need to gain closer access to the customer in the fast-emerging Indian environment of organized retail malls. - SEGMENTATION Being responsive to the needs of various segments of the market. Mallassurance INDIGENIZATION “Indian-ization”, adaptation of insurance to local conditions Insurance Designing insurance products that primarily focus on the low income segment of the populace in rural and semi-urban India. Max Vijay includes a savings product since Indians prefer to buy savings-linked insurance plans. Accessibility is increased with the use of unorganized retail shops present throughout the country in venues where the majority of Indians shop. Max Vijay Table 2 (continued) Targeting dairy federations and unions to sell and deliver a microinsurance product that has been customized for and by them. Mindful of the fact that Indians prefer to save, the microinsurance product includes a saving component within the life insurance coverage. Moreover using dairy cooperatives and unions as a conduit is a novel way of selling and delivering the product. SSS The product is customized according to the needs, preferences and paying capacity of different self-help groups. Designing product features such as the sum insured and the policy duration according to the group’s need. The refund of premium was launched due to customer discomfort with the absence of a maturity benefit if a claim doesn’t arise. GRAMEEN SHAKTI Innovation Processes in Emerging Markets: Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry 47 48 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Simplification (Mallassurance) We have made this product (insurance) a little complicated. We believe that if we explain a product, and do not try to sell them big things on day one, it would help. …We want to expose the product to them and make it as simple as possible. We are building a kiosk wherein you can put in money and buy a policy on the spot. (Future Group CEO, Interview to CNBC - August 6, 2008) Simplification (Max Vijay) The posters and the Bima Gullak (insurance piggy bank) at our store help to increase curiosity and awareness among customers and passers-by [...] Amitabh Bachan (a Bollywood superstar) holding a DVD (Max Vijay insurance is sold and packaged in a DVD box) also increased awareness. At first they thought it was his new movie, but then much to their surprise they realized that it was an insurance policy (for which he is the brand ambassador)… People may not buy it, but at least it increases the desire to know what the fuss is all about. (Distributor) Education (SSS) Another challenge (of microinsurance) is the educational challenge. Insurance is a concept that is well known in western markets. For somebody who is living on two dollars per day, these people have other worries on their mind than thinking about such a complicated construct as insurance service. So explaining insurance through Bollywood sketches in India, local songs, theatre performances or comics is something we actually invest in quite a lot, in order to get across the concept of insurance and the various details of how a particular insurance product is actually working (Head Microinsurance at Allianz SE. Allianz Press Article, October 28 2010) Technologization. Technologization can be defined as the process of ‘using technology to address the shortcomings of insurance offerings’. This process essentially uses novel or existing technology to target the marketing of insurance. An example is the case of Mallassurance, where insurance kiosks use FG Connect software to provide automated information about product selection, as well as about the purchasing and issuance of insurance coverage. Another example is Max Vijay’s delivery and distribution of insurance product and premium transactions. Here, hand-held terminals (HHTs), mobile telephony, and top-up cards are used to pay for subsequent premiums. The use of these technologies also helps to reduce transaction or administrative costs which are otherwise associated with conventional delivery channels (insurance offices, salaried staff, etc.), and makes insurance available in close proximity to customers. Using technology (mobile and ICT) to reduce costs (Max Vijay) Premium coupons resembling mobile talk time top-up cards can be bought from local FMCG/retail shops. The policy holder then calls the Max Vijay toll free number, thereafter providing the policy number and premium coupon scratch card code, and the policy premium receipt is acknowledged via SMS. It provides customers with the flexibility to top-up their accounts anytime during the tenure of the policy, starting at Rs. 10 ($0.20) to Rs. 2500 a day. Hand-Held Terminals (HHTs) provide the infrastructure necessary for cash payment at network agent locations (e.g. a local retail store or mobile shop). The parent company Max New York Life has entered into an agreement with IBM to provide end-to-end technology support to facilitate the use of HHTs, enabling data transfer to the back end through GPRS. This facilitates on-the-spot receipt on premium paid. The real-time flow of information and instant confirmation boosts customer confidence and provides instant gratification, as the process is quick, fair, transparent and cost-effective at every step. (Sourced from interviews, observations, physical evidence, official product brochure and sales advertisements). Leveraging technology for enhanced customer experience (Mallassurance) The company is coming up with ‘automated insurance kiosks’ similar to ATM machines. The goal is to use technology to provide a seamless consumer experience at all points of sales and service. The web-based system FG Connect serves as the single log-in platform for all our multi-channel distributors including mall advisors, allowing them to generate quotes, issue receipts and perform auto-underwriting and policy issuance for low ticket size policies over the counter. (Regional Manager, Learning and Development, Mallassurance) Retailization. Retailization can be defined as the process of ‘leveraging on the retail industry to market, sell, distribute and service insurance’. This process makes use of existing and omnipresent retail stores both in the (apparently) unorganized sector like local mom-and-pop stores in both urban and rural areas (Max Vijay), as in the organized sector such as malls (Mallassurance), which are primarily located in urban and semi-urban centres. The idea is to ride the coattails of the booming retail industry, with its extensive and unmatched reach across the length and breadth of the vast country (reaching where banks, post offices and even roads cannot). Insurance products like most FMCG / retail products are therefore positioned and sold as an ‘over the counter’ pre-underwritten product (Mallassurance, SSS). The premise behind partnering with retail shops is that people may or may not go to a bank or insurance office, but they ‘have’ to Innovation Processes in Emerging Markets: Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry go to local grocery stores to buy food - a basic necessity to survive. It is interesting to note however that retailization as an innovation process is explicitly identified in only two cases (Mallassurance and Max Vijay), even though the significance of this process was strongly reflected across other cases in interviews with management. 49 process is somewhat similar and linked to retailization, yet it stands out as a distinct innovation process because here insurance is positioned, marketed and sold as a commodity like any other consumption item such as rice, milk, vegetables, or soap. It was noticed that often the product is sold along with other grocery items (in the case of Max Vijay and Mallassurance). Leveraging on emergent industries The insurance industry could leverage on the success and presence of other industries to their advantage by creating an opportunity for delivering products and services through multiple and alternative distribution channels. (Interview with the managing director of LIC, Life Insurance Corporation of India - November 5th 2009) From retail purchase to insurance purchase (Mallassurance) One of our regular customers wanted some help buying an expensive watch for his son, as a gift for passing his exams. While proposing the brand of watch, the Mallassurance officer suggested that he buy an endowment policy (insurance coverage that pays a lump-sum amount at the policy maturity date or at the death of the insured, whichever is earlier) for his son, thus ensuring his future. Though he didn’t buy it right away, he expressed his interest in knowing more about the product. He requested that the sales executive come to his home for further discussion. We sold the endowment policy to him for his son two weeks later. So you see… extending sales of watches to insurance… Now we’ll try to see if we can sell him auto or health insurance. (channel development manager) Accessibility: Insurance virtually on the consumers’ doorstep (Max Vijay) The distribution approach adopted for this product is designed to make insurance available in the most remote areas of the country. The company has tie-ups to sell this product through multiple and unconventional distribution channels, including ‘kirana stores’ (neighbourhood grocery stores), telecom outlets (selling mobile pre-paid cards, telephone calling booths and mobile repair shops), and electronic and photo-station shops where customers usually go to buy FMCG/retail products. Such distribution channels significantly challenge the norm and sophistication which is usually associated with the insurance business. (Sourced from interviews, observations, physical evidence, official product brochure and sales advertisements) Commoditization. Commoditization can be defined as the process of ‘marketing, distributing and selling insurance like any other consumption item sold by a vendor’. This Tangibility: Insurance in a box (Max Vijay) The Max Vijay policy is packaged and made available in a DVD box and assembled along with other grocery/ FMCG items on the retail store’s shelf. For the first time in the history of life insurance in India, insurance is available in a box. This gives tangibility to a product that is in essence a ‘service’, in addition to providing instant product recognition. Insurance as a commodity like grocery or FMCG goods (Max Vijay) The product is visually very simple and easy to understand, so even an illiterate person can understand it... So we don’t oversell it, as it is only one of the hundreds of commodities that we are selling here. It’s not our only source of income. (Distributor) There are customers who literally come to the retail shops to buy grocery items and, while asking the vendor for products, will ask for premium coupons or top-ups through HHTs… This was something unheard of and unseen before… and is truly out of the box thinking by our company. So it’s like buying a commodity: rice, milk, flour, lentils, Max Vijay premium coupon, bread, eggs etc. can all be on a list that the consumer makes. (Interview with Territory and Relationship Manager, Department Distribution for New Markets, Max New York Life Ins. Co. Ltd. - June 17th 2010) Positioning insurance as a commodity (Mallassurance) Future group attracted over 250 million visitors to their retail outlets in 2010. This offers a significant opportunity for the company to tap into their existing customer base and try to sell insurance products through Mallassurance distribution channels. And why not… if we are selling customers thousands of merchandise and consumption items through our malls and retail stores… insurance can also be positioned accordingly and sold. (Manager, Learning and Development) Closely related to commoditization is the well-known process, in the field of product innovation, of miniaturization. Miniaturization is the process of reducing the size of the product, providing simpler product features, and of course 50 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) lowering the price, hence increasing affordability and consumption. Sachetization is one way to miniaturize the product: it refers to the single unit-use of sachets of consumer goods such as shampoos, hair oil, soap, snacks etc. In many ways, minimum premium payments through ITC or mobile technology and without imposed and regular schedules, is a service-specific miniaturization process Bundlization. Bundlization can be defined as the process of ‘clustering insurance with other products or services to upgrade its value proposition and saleability’. Insurance as a stand-alone product is often unattractive to customers. Combining insurance with other products and services strengthens its marketing and selling capability and tempts customer to consider buying it. Bundling elevates the meaning and value proposition attached to insurance. Examples include clustering insurance with savings and banking products (Max Vijay, SSS, Grameen Shakti), offering a discount or selling it as free ‘taster’ on the shopping bill (Mallassurance). Savings and insurance is not the same as insurance and savings (Max Vijay) If the product is savings-oriented and if there is some aspect of insurance, perhaps the customer may buy, but if it is purely an insurance product with some traces of savings, then don’t even consider selling it to customer (interview with the Vice President, Strategic Projects, Max New York Life Ins. Co. Ltd. - March 10th 2010) Bundling insurance with retail billing / shopping (Mallassurance) Often the company uses the Mallassurance channel to bundle insurance products with the customer’s retail business. This is particularly the case for loyal and high value customers. Sometimes it involves providing free or discounted insurance cover in the form of a scheme or retail bill offered to selected customers… This strategy is used to create attention and, in a way, lure shoppers to extend their patronage beyond retail, to insurance business. (Manager, Learning and Development) Indigenization. Indigenization can be defined as a process of ‘Indian-ization or adaptation of insurance to local conditions’. This essentially means ‘Indianizing’ the features of insurance to enhance receptivity and the perceived benefits and value for the customer. For instance, it includes ‘synchronizing’ insurance processes and services with the local and prevalent systems, such as being ready to market insurance in dairy cooperative societies between four and six in the morning in villages, in order to be in-sync with the milk collection cycle of dairy farmers at the village cooperative (SSS case). Indigenization here also means being receptive and mindful of local sensitivities and being sensitive to the socio-cultural and religious sentiments of the customers, i.e. managing their belief systems rather than questioning them. Synchronizing insurance companies’ with other organizations’ processes (SSS) It is we (insurance company) who have to synchronize with their (dairy cooperatives) processes and not the other way around. For instance, in banks we cannot dictate how the processes should be carried out; instead we must follow and adjust to their processes... we say ‘this is your (dairy cooperative) process I’ll follow your process, I’ll synchronize my process with yours’. This is how they are motivated, and they are also very supportive’ (interview with Manager Bajaj Allianz Life Ins. Co. Ltd.) Local market orientation (Max Vijay) A 15-member senior management team was created, devoting time to go into the field themselves to get the feel of the nerve of the market, to know what’s really happening […]. What can we do for the underserved population of this country? That is the way the idea came […]. Let’s first get their sound bites. What is it that they want?’ (Interview with Director and Chief Distribution Officer, New Markets SBU, Max New York Life Ins. Co. Ltd. - June 28th 2010) Segmentation. Segmentation can be defined as the process of ‘being responsive to the needs of various segments of the market’. This involves designing and introducing custom-built products oriented for a particular segment of the market, such as for dairy groups, SHGs and for the low income percentage of society (SSS, Grameen Shakti, and Max Vijay). Segmentation allows for the creation of a focused and dedicated insurance product, process or service for a given group of customers. This helps to streamline costs related to product design, marketing and often selling group policies in bulk. Designing customized insurance for rural areas (Grameen Shakti) Opportunities are plenty (in rural areas) you know. You can double your business every year in villages, as there are also some very resourceful people (rich). You need to approach them with different, top -end products for farming or family-related insurance etc. So they need different product features... (Assistant Manager - Krishna Grameena Bank - February 15, 2011) Designing customized insurance for dairy farmers (SSS) This is the first time that an insurance company has offered a customized insurance solution for the needs of our members (dairy farmers). We are glad to be associated with them (insurance company), as this will Innovation Processes in Emerging Markets: Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry encourage the rural population of Punjab to better mobilize their savings. It will also give them an opportunity to participate in investments and secure their future financial requirements. (General Manager, Ludhiana Milk Union, Allianz article, January, 2011). Designing customized insurance for the underserved segment (Max Vijay) Max Vijay has been designed specifically for the underserved segment of the society... keeping in mind the lifestyle, income patterns and needs of the rural and semi-urban population... Deeply rooted in the understanding of this segment, Max Vijay combines the best of insurance and savings and gives customers a means to aggregate his earnings in a structured and well-planned manner. (Max New York Life Ins. Co. Ltd., Press Release - July 24th 2008). Innovation processes as generic responses in emerging markets In the second stage of our analysis, we examined whether, beyond insurance and beyond India, these innovation processes could be theorized as generic responses to general issues that MNCs face in many, if not all EMs. Building on extant work related to some of these processes, notably Anderson and Markides (2007) and Anderson and Billou (2007), yet with our focus on service innovation, we finally clustered the seven innovative processes around three issues: management of meanings and values, accessibility and affordability. Table 3 below illustrates how the innovation processes can be seen as generic responses in EMs. Management of meanings and values is about generating and cultivating the ‘insurance need’. In EMs, insurance is not taken-for-granted. We found that five innovation processes contribute to the management of the meaning and values associated with the idea of insurance: demystification, commoditization bundlization, indigenization and segmentation. They all provide partial responses to questions such as: What does insurance mean to the customer? Will insurance be needed to cover the customer’s livelihood (i.e. crop and cattle insurance) in addition to life? Does the customer need health and life coverage? Will it be a savings-linked product? How will this product help to improve (or at least maintain the status-quo of) the customer’s life and assets (be it health, home, cattle, crops, savings, etc.). Developing awareness is a crucial part in the management of meaning and values. In the case of insurance, developing awareness is imparted by organizing lectures, group discussions and seminars, while simultaneously promoting product propositions. Taken together, these innovative processes change meanings and dispel myths associated with insurance, and improve the values and perceptions attached to insurance. 51 Accessibility comes as an intermediate issue in EMs between management of meanings and value and affordability. Even if the customer foresees the need and value of insurance and possesses the financial ability to buy it, in the absence of an effective delivery and distribution channel for servicing insurance (at both the pre and post sales stages), the whole exercise is futile. Accessibility here means making insurance available to prospective customers through diverse, convenient and cost-effective delivery and distribution channels. Our cases suggest a significant variation in accessibility options for insurance, ranging from demystification to technologization, retailization and indigenization. Affordability is a paramount issue in EMs, since consumers are extremely price sensitive and certainly more than in many developed markets. This does not mean that they will accept low-quality products at a low price; on the contrary they demand high quality at an attractive price point. The challenge is to provide a delicate ‘price-performance’ balance for low income masses in markets where every penny is frugally spent. We found that technologization, retailization, commoditization, bundlization and segmentation played a significant role in building affordability in the Indian insurance industry. Of course this is not to say that affordability is not relevant for consumers in developed markets, it certainly is. But for them it is likely among many other factors, while for the vast majority of consumers EMs, affordability is the most important factor. Affordability therefore sits at the top of the typical issues that firms face in EMs. We mean that even if the customer’s meaning and value (generating or cultivating need) towards a product or service (insurance in our case) is well managed, and it is readily or conveniently accessible, until and unless the product is within the price range acceptable to the customer, addressing the first and second issues remains a futile exercise. Almost all our cases demonstrated that cost was ultimately the core consideration of customers buying the product, whether it was the initial premium of Rs 1000/- (US$ 20) for Max Vijay with subsequent add-on premiums starting as low as Rs. 10/- (US$ 0.2), or the minimum premium amount of Rs. 45/- and Rs. 500/- (US$ 10) per annum within the group insurance policy under Grameen Shakti and SSS respectively. This sensitivity towards cost was not only restricted to the low income or rural market, it was also critically (if not equally) relevant for urban and semi-urban markets. This is aptly reflected in Mallassurance operations, where the insurer markets ‘small size’ insurance tickets that are attractively priced at Rs. 99/-, 199/, 299/- etc. The need is not only to reduce the insurance ticket size (which subsequently reduces the insurance premium and margin), but also to re-engineer the price and payment structure by collecting the insurance premium on a daily, weekly, monthly, quarterly or bi-annual basis as opposed to the conventional practice of a one time or annual premium with traditional insurance policies. Figure 1 summarizes our findings: the seven servicebased innovation processes serve as generic responses to COMMODITIZATION RETAILIZATION Positioning insurance as a consumption item by selling it over the counter like any other tangible commodity, be it in malls (promoting insurance in grocery stores) or at local kirana stores (using DVD boxes). The intent is to make customers believe in the very idea of ‘consuming’ insurance. – – Building insurance awareness among customers with lectures, group discussions, and seminars, while simultaneously promoting product proposition. Simplification increases customer confidence and builds trust. This helps to reduce the vagueness and mysteriousness of the insurance concept and dispels negativism. DEMYSTIFICATION TECHNOLOGIZATION MANAGEMENT OF MEANINGS AND VALUES GENERIC RESPONSES TYPICAL ISSUES IN EM – Marketing, selling and servicing of insurance through various retail formats (local FMCG vendors, malls, telecoms, photostat outlets, etc.) increase insurance visibility and availability, i.e. accessibility, even in the remotest parts of the country. Mobile telephony, IT-enabled services, insurances kiosks, premium scratch cards (top-up coupons) and HHTs provide instant premium transactions and receipts, along with anytime/ anywhere insurance information that is particularly beneficial for distant customers. Leveraging on unconventional distribution channels like unorganized retail stores, dairy cooperatives, malls, MFIs, SHGs, insurance kiosks, rural banks, agricultural cooperatives, etc. amplifies the reach and presence of insurance in virtually every corner of the country specifically in rural areas, i.e. accessibility ACCESSIBILITY – AFFORDABILITY Positioning insurance as a consumption item often miniaturized. For example, providing premium top-ups (like mobile top-ups) as low as Rs. 10/- (US$ 0.2), and selling mini versions of insurance products as tasters at Rs. 99/-, 199/- etc. enhances affordability. Employing trusted and omnipresent retail stores for servicing customers pre/post sales reduces administrative and fixed costs of insurance companies usually associated with conventional issuing channels, such as branch offices, agents, permanent staff, etc. Using technology helps to reduce cost on the supply side and enhance affordability on the demand side. HHTs, mobile telephony, and insurance kiosks provide instant information and premium transactions in a cost-effective way, while also handling low premium transactions. Innovation processes as generic responses to typical issues in emerging markets Table 3 52 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) MANAGEMENT OF MEANINGS AND VALUES Applying a ‘push’ model wherein insurance needs to be bundled with financial or non-financial products and services commensurate with the needs and preferences of the customer. This tends to elevate the meaning and value proposition attached to insurance ‘Indianizing’, i.e. localizing insurance features generates greater receptivity towards its benefits and value. Examples include a ‘refund of premium’ benefit if there is no claim, or promotion and sales that are synchronized with the dairy cooperative farmers’ own rhythm of labor. Designing and introducing products oriented for a particular segment of the market, such as microinsurance (life) for the low income segment, dairy groups, and SHGs contribute to increasing the value of the proposition. GENERIC RESPONSES BUNDLIZATION INDIGENIZATION SEGMENTATION TYPICAL ISSUES IN EM – Leveraging on local distribution channels that are reliable and trustworthy for both insurance companies and customers. Examples include local retail stores where the majority of Indians shop, cooperative banks, dairy cooperatives, MFIs, SHGs, NGOs etc. – ACCESSIBILITY Table 3 (continued) Segmentation allows for the creation of a focused and dedicated insurance response targeted at a given group of customers. This helps to streamline costs related to product design, marketing and selling, hence increases affordability. – Insurance as a stand-alone product is often unattractive to customers. Bundlization strengthens saleability. Of course, bundling insurance with non-insurance products and services increases the overall price. Nevertheless and ironically, the customer perceives it as ‘attractive’ since it provides additional benefits to insurance and hence insurance now appear ‘affordable’. So here attractiveness lures in affordability. AFFORDABILITY Innovation Processes in Emerging Markets: Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry 53 54 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) typical issues that firms face, in relation with the broader society-level (Indian) environment, the (insurance) industry in general and the typical features of customer behaviour in EMs. Demystification and indigenization contribute to the management of meanings and values and to accessibility, two generic issues that are related to customer behaviour and the Indian insurance industry (negativism, etc.). Technologization and retailization respond to issues of accessibility and affordability that stem primarily from the insurance industry and the broader environment. Finally, the three remaining processes: bundlization, segmentation and commoditization address issues that are largely driven by customer behaviour and the market environment, and aim at enhancing accessibility and affordability of insurance among the Indian people. CONTRIBUTIONS In this research, we have attempted to better understand how organizations respond to typical issues that they face in EMs. We found that seven innovation processes can be seen as generic responses to three issues in EMs. Our findings eventually contribute to innovation and international business studies. Contributions to service innovation research. Service research has predominantly examined stage-based models of new service development in developed markets (see Alam, 2007 for a review). We have provided a complementary perspective to this dominant stream. Namely, we have argued that a process perspective brings additional insight into the way MNCs innovate in services. In detail, several features FIGURE 1 Innovation processes as generic responses to typical issues in EMs Environment • Geographic factor : vast country, weak infrastructure • Economic factor : rapid pace of economic development and liberalization • Education factor : high illiteracy rate in rural areas • Complementary industries : retail, banking, IT, Telecom, etc. AFFORDABILITY Bundlization Technologization Segmentation Retailization ACCESSIBILITY Commoditization MANAGING MEANINGS AND VALUES Demystification Customer Behaviour • Demographics : population, education, health, employment etc. • Income levels: bottom of the pyramid, middle class, well-off • Cultural factors : risk taking affinity, perception of death and losses • Customer psychology : regarding saving, investment, insurance, taxes Indigenization Insurance Industry • Nascent - developing stage • History of trust deficit and negativism towards insurance • Regulatory regime (political decisions, IRDA Act) • Low financial awareness and inclusion Innovation Processes in Emerging Markets: Empirical Evidence from the Indian Insurance Industry of our findings are noteworthy. First, while existing approaches describe stage-like models to service innovation, our findings suggest that innovative firms develop complementary processes simultaneously. Second, we find that each innovation process can address more than one typical issue of emerging markets. For instance, technologization and retailization both contribute to increasing accessibility and affordability. Third, most of the organizations’ innovations relate, not surprisingly, to the management of meaning and values, a typical dimension in EMs that service scholars have not clearly established and studied. Contributions to international business research. While some of the seven innovation processes that we have identified and explained may have been described before in international business (see notably Prahalad, 2006 and followers on the 4As), we believe that this research is the first to explicitly tie innovation processes with typical issues that firms face in EMs. By doing so, we move beyond an illustrative / managerial account of MNCs’ successes and failures in EMs and offer a perspective that relates typical EM issues to a portfolio of seven (and possibly more) typical responses, i.e. innovation processes. Second, we also find that there seems to be a logical and temporal order to the process of innovating in emerging markets, whereby only once has the process of meanings and values management been successful, i.e. potential customers accept the idea of the need for and purchase of insurance, then accessibility and affordability come into question. Third, the three broad issues that emerge and to which innovation processes respond to indeed support the argument that a mere ‘western mindset’ would not accommodate what we observed. The innovations that we have described go beyond local responsiveness, defined as adaptation to local needs and preferences, to local infrastructures, etc. They may be more adequately described as local inventions. It implies that innovations from EMs cannot only be transferred to other EMs for replication and adaptation, but also have the potential to become world-class products and services that can succeed in developed countries, further supporting the notion of reverse innovation (Immelt et al., 2009). Contributions to research on innovation strategies in EMs. As a minor result, our research further supports the major role of IJVs as drivers of innovation in EMs, a wellknown result among international business scholars interested in the role of IJVs in international strategies (for instance Zhou and Li, 2008; Hadjikhani et al., 2012). In our case, the many IJVs that were created following the deregulation of the insurance industry combined the western partners’ knowledge and experience of the insurance technology globally with the Indian partners’ understanding of the local market, and led to truly innovative offerings. Another contribution deserves to be noted. Our findings extend our understanding of the nascent concept of ‘affordability innovation’, which is not only relevant for EMs but can also be transplanted to developed markets. The application of frugality and constrained (scarcity)-based innovation strategies seen in EMs 55 can provide many lessons for western multinationals and for corporations operating in developed markets. This is particularly true in these tumultuous times of recession and economic downturn in the global economy. By implementing or aiming at frugal innovation, companies can disrupt their business models by using existing capabilities but at a lower cost, modify their organizational capabilities, and/or create new capabilities (Prahalad and Mashelkar, 2010). Our study empirically enriches the ongoing research on the concept(s) of ‘frugal innovation’ or ‘Jugaad innovation’. Limitations. As a caveat, it is wise to mention some inherent limits to this study. The cases are relatively new and in the early stages of market diffusion, hence the impact and success of these innovations are not yet known. Whether they are fully sustainable and scalable to reach a wider customer segment remains to be seen. Therefore their real impact needs to be ascertained and analyzed over a long term period of at least 5-7 years. Also, our study focuses solely on the business strategy perspective of firms targeting EMs, however its impact on poverty alleviation or on other socio-economic benefits is not explicitly assessed. Indeed we were more interested in identifying ‘how’ the companies innovate in these EMs than in studying ‘what’ the impact of such innovations is. Finally, we have focused on innovations ushered by IJVs that were all new entrants in the insurance space, hence inherent limits to the generalizability of our findings to other industries, countries or types of firms. CONCLUSION This paper advances the novel yet fast developing field of EM strategy that is relevant for scholars interested in innovation studies and international business, and offers an ‘Emerging Market-centric’ innovation perspective that explains how organizations use different innovation processes to respond to three typically EM issues. Management of meanings and values, accessibility and affordability are supported by several (we found seven but there might be more) innovation processes that carry a distinct hallmark when compared to innovation processes in developed markets. This is not to say that management of meanings and values and concerns with accessibility and affordability could not also be issues in developed markets. But their salience is likely to be higher in emerging economies, as are the supportive innovative processes specified in this paper. We have also suggested that service innovation processes aim not only at providing innovative solutions for customers, but also in triggering the further evolution and development of the industry in EMs. Finally, we believe that the Indian (insurance) market reflects many of the typical issues of other emerging markets with a similar development trajectory (Brazil, Russia, China, etc.). 56 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) REFERENCES Alam, Ian (2007). “New service development process: emerging versus developed markets,” Journal of Global Marketing, Vol. 20, No 2-3, p. 43-55. Anderson, Jamie; Billou, Niels (2007). “Serving the world’s poor: innovation at the base of the economic pyramid,” Journal of Business Strategy, Vol. 28, No 2, p. 14-21. Anderson, Jamie; Markides, Costas (2007). “Strategic innovation at the base of the pyramid,” MIT Sloan Management Review, Vol. 49, No 1, p. 83-88. Arnold, David J.; Quelch, John A. 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Les résultats montrent que la corruption a un effet modérateur sur le taux de mortalité des filiales étrangères récentes, mais cet effet disparait pour les plus anciennes. In this paper, using single-country firmlevel corruption data, we analyze the effect of corruption on foreign wholly-owned subsidiary survival in an emerging country. Applying an event history analysis to a population of 3 483 wholly-owned subsidiaries in Indonesia over a 33-year period, we test the influence of bribes and indirect taxes on survival. Results show that corruption moderates the hazard rate for young subsidiaries, but this corruption effect disappears for older ones. En este articulo, analizamos la influencia de la corrupción en la sobrevida de filiales de empresas multinacionales en un país emergente utilizando un modo que permite tomar en consideración el pago en efectivo de coimas o sobornos por parte de las firmas. Basándonos en un estudio de sobrevida empresarial llevado a cabo en 3.483 filiales de multinacionales en Indonesia en un lapso de 33 años, hemos probado la influencia del pago de sobornos (o coimas) y de tasas indirectas. Los resultados muestran que la corrupción tiene un efecto moderador sobre la tasa de mortalidad de las filiales extranjeras recientes aunque este efecto desaparece en aquellas asentadas desde hace mucho tiempo. Mots clés : corruption, multinationales, liability of foreignness, pays émergents, investissement direct à l’étranger, survie, études d’événements D Keywords: corruption, MNE, liability of foreignness, emerging markets, foreign direct investment, survival, event history analysis ans cet article, nous analysons l’effet de la corruption sur la survie des filiales de multinationales dans un pays émergent. Les économies en transition sont caractérisées par un niveau faible de développement des institutions formelles et ceci crée un vide comblé par des institutions et pratiques informelles, comme la corruption (Puffer, McCarthy et Boisot, 2009). Celle-ci est répandue dans la plupart des pays émergents. Les recherches passées ont étudié l’influence de la corruption sur les modes d’entrée des multinationales dans un pays étranger (Habib et Zurawicki, 2002; Henisz, 2000; Javorcik et Wei, 2009; Rodriguez, Uhlenbruck et Eden, 2005; Tekin-Koru, 2007) et certaines recherches ont analysé la relation entre corruption et survie ou performance des filiales étrangères dans les pays émergents (Meschi, 2009; Mezias et Mezias, 2010). Toutes ces études se sont focalisées sur la corruption au niveau gouvernemental, mais elles n’ont pas testé l’effet du paiement de pots-de-vin au niveau des filiales. Rares sont les études analysant l’influence de la corruption effectivement payée par les firmes sur leur entrée, leur performance ou leur survie. Cela limite la compréhension du fonctionnement des marchés dans les pays émergents et de la manière dont les entreprises s’adaptent à ces environnements complexes. Nous proposons donc une approche nouvelle car notre étude intègre des mesures de la corruption au Palabras claves: corrupción, multinationales, liability of foreignness, países emergentes, inversión directa en el extranjero, sobrevida, estudios de eventos niveau des filiales. Cette étude est menée sur une large population d’entreprises (3 483 filiales de multinationales) et sur une période étendue (1975-2007) dans un pays, l’Indonésie. La relation entre corruption et investissement direct à l’étranger est relativement paradoxale. D’un côté, la corruption est un indicateur de l’inefficacité des institutions. Elle est généralement considérée comme néfaste pour la croissance économique, l’entrepreneuriat et les investissements étrangers car elle induit un gaspillage des ressources, qui se trouvent transférées vers des activités improductives. Le paiement de pots-de-vin détourne les ressources et menace ainsi la survie des entreprises en créant une allocation contre-productive des ressources. D’un autre côté, le paiement de pots-de-vin par les firmes permet de « mettre de l’huile dans les rouages » (c’est le principe qualifié en Anglais de grease the wheel) et compenser ainsi les effets des excès de certaines régulations imposées par des institutions inefficaces. Pour les filiales étrangères, cela peut compenser les effets de ce qui est connu sous le nom de liabilities of foreignness et qui désigne les handicaps que subissent les entreprises étrangères par rapport aux entreprises locales. Le paiement de pots-de-vin par les entreprises étrangères permet d’alléger des procédures complexes, de réduire des délais et de compenser le manque de Effet de la corruption sur la survie des filiales de multinationales dans un pays émergent : le cas de l’Indonésie capital social lié à la méconnaissance du marché (Dreher et Grassebner, 2007; Ngunjiri, 2010; Tonoyan, Strohmeyer, Habib et Perlitz, 2010). Dans la présente recherche, nous testons le rôle modérateur que peut jouer la corruption sur la liability of foreignness. Notre recherche propose d’améliorer notre compréhension de la corruption et de certains de ses effets. Nous adoptons une approche nouvelle et apportons des résultats originaux en utilisant une base de données incluant des mesures de la corruption telle qu’elle est payée par les firmes. Nous étudions la population totale des filiales détenues à 100 % par des entreprises étrangères dans le secteur manufacturier en Indonésie en menant une analyse longitudinale sur une période de 33 ans. Nos résultats montrent que la corruption augmente la probabilité de survie pour les filiales étrangères récentes. Cependant, nous constatons également que cet effet disparaît pour les filiales plus anciennes. Notre étude s’inscrit dans une réflexion sur l’engagement international à l’écoute du local. En effet, la corruption apparait dans certains pays comme une véritable institution informelle. Elle est une norme de comportement collectif faisant partie intégrante de l’environnement institutionnel (Earle, Spicer, Peter, 2010). Elle devient alors un élément difficilement contournable pour les firmes étrangères qui souhaitent entrer sur le marché local. Ceci souligne la contradiction qui apparaît dans le management international entre d’une part la volonté de défendre des valeurs considérées comme fondamentales dans le pays d’origine et d’autre part la pression à s’adapter à des normes et des comportements institutionnalisés dans l’environnement local, mais qui sont contraires à ces valeurs. Dans la première partie de cet article, nous proposons une discussion sur les conséquences positives ou négatives liées au fait d’être une entreprise étrangère dans un pays émergent (premium to foreignness / liability of foreignness) et nous présentons les arguments justifiant l’hypothèse d’un rôle modérateur de la corruption sur la liability of foreignness. Dans la deuxième partie, nous présentons les données, les variables et la méthodologie. La troisième partie expose les résultats, que nous discutons dans la quatrième partie. Corruption et survie des filiales étrangères Filiale étrangère dans un pays émergent : avantages et inconvénients Les théories classiques de l’internationalisation et de l’entreprise multinationale (Buckley et Casson, 1976; Caves, 1996; Dunning, 1981; Hennart, 1982) reposent sur l’idée que la décision et le succès de l’investissement direct à l’étranger dépendent de l’existence d’avantages liés à la propriété, la localisation et l’internalisation des activités. Ces avantages permettent de créer une valeur supérieure aux coûts induits par l’implantation et le management d’activités à l’étranger. 59 Ces approches ont ainsi contribué à l’identification des avantages que les firmes multinationales possèdent par rapport aux firmes locales. Ces avantages peuvent reposer sur des capitaux, des avances technologiques, une image de marque ou des capacités organisationnelles et managériales. Dans une perspective différente, un courant de recherche a souligné l’existence de handicaps liés au fait d’être une entreprise étrangère (liability of foreignness) (Eden et Miller, 2004; Hymer, 1976; Mezias, 2002; Nachum, 2010; Zaheer, 1995). Un ensemble de coûts et de menaces pour la position concurrentielle peuvent être engendrés par des éléments tenant à la situation de l’entreprise en pays étranger : coordination des activités, transport, méconnaissance de la culture locale et des conditions locales du marché, manque de réseau pour obtenir l’information, absence de légitimité, incompréhension des exigences règlementaires, des taxes et autres restrictions, ou, plus généralement, nécessité d’investir du temps et de l’argent pour améliorer la connaissance de l’environnement (Mezias, 2002; Sethi et Gusinger, 2002; Zaheer, 1995). Pour préciser le concept de liabilities of foreignness, Johanson et Vahlne (2009) expliquent que les problèmes ou les opportunités des firmes à l’international tiennent moins aux particularités des pays qu’aux relations et à la présence des entreprises dans des réseaux. Ainsi, ils proposent une autre terminologie, liabilities of outsidership, qui définit l’incapacité à identifier les acteurs locaux importants sur le marché et le manque de connaissance du type de relation qu’entretiennent ces acteurs. D’un point de vue théorique, il existe des arguments pour défendre tout autant l’idée d’avantages que celles d’inconvénients liés au fait d’être une entreprise étrangère. Il n’est donc pas surprenant que les études empiriques proposant de tester l’influence du caractère étranger sur la survie aient apporté des résultats contrastés, impliquant que les filiales étrangères ont à la fois des avantages et des inconvénients par comparaison aux entreprises locales. L’influence du caractère étranger dépend en fait de l’environnement local et de la distance institutionnelle entre le pays d’accueil et le pays d’origine de la filiale étrangère (Gaur et Lu, 2007). D’un côté, certaines études ont montré l’absence d’influence du caractère étranger sur la survie. Dans leur analyse de la survie des entreprises nouvellement créées au Portugal, Mata et Portugal (2002) ont démontré qu’il n’y a pas de différence de taux de survie entre les firmes étrangères et les firmes locales. De nombreuses études récentes sur les joint ventures ont montré qu’il n’y a pas d’influence de la part de capital détenue par le partenaire étranger sur la probabilité de survie de la filiale commune (Makino, Chan, Isobe, et Beamish., 2007; Meschi, 2009; Xu et Lu, 2007). Ainsi un caractère étranger plus fort (mesuré par le niveau de contrôle du capital par le partenaire étranger) ne semble pas influencer la survie. Les résultats de Délios et Beamish (2001) prolongent cette idée. Ils ont en effet montré une absence de différence dans les taux de survie des filiales détenues à 100 % et des joint ventures. Cependant, Chung 60 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) et Beamish (2005), Papyrina (2007), et Dhanaraj et Beamish (2009) ont obtenu des résultats plus contrastés. Ils montrent que la différence de taux de survie entre filiales détenues à 100 % et joint ventures dépend de l’environnement institutionnel et économique, de l’ouverture politique du pays d’accueil, de l’existence de crises et des réformes institutionnelles engagées localement. D’un autre côté, certaines études ont identifié une influence du caractère étranger sur la survie, qu’elle soit positive ou négative. Zaheer et Mosakowski (1997), dans une analyse portant sur 47 pays différents, ont identifié l’existence d’une liability of foreignness pour les agents de change. Ils ont cependant montré que cette liability of foreignness est plus faible pour les entreprises les plus anciennes. A l’opposé, d’autres résultats ont mis en avant l’existence d’avantages liés au caractère étranger (premium to foreignness). Li et Gusinger (1991) ont montré qu’en moyenne, les filiales étrangères ont des taux de survie plus élevés que les entreprises locales. Kronborg et Thomsen (2009) ont comparé les entreprises locales et étrangères au Danemark et ont souligné que les filiales étrangères ont des taux de survie plus élevés. Ils démontrent également que le premium to foreignness est plus élevé pour les filiales les plus anciennes. Hormis l’accord sur le fait que les filiales étrangères les plus anciennes jouissent d’avantages supérieurs, les études empiriques analysant l’influence du caractère étranger sur la survie ont apporté des résultats contradictoires. Ainsi, il semble particulièrement intéressant de mieux comprendre le rôle positif ou négatif du caractère étranger pour les filiales les plus récentes. Cela suppose d’introduire de nouvelles variables explicatives afin d’identifier les facteurs influençant la relation entre caractère étranger et survie des filiales. L’environnement institutionnel influence fortement la survie des investissements directs à l’étranger (Dhanaraj et Beamish, 2009; Zaheer et Mosakowski, 1997). Les pays émergents présentent un environnement particulièrement intéressant pour l’étude de la survie des investissements directs à l’étranger car ils sont considérés comme étant caractérisés par un niveau de risque institutionnel supérieur à celui des économies développées (Hoskisson, Eden, Lau et Wright, 2000). Etant donné ce risque lié aux environnements des économies émergentes et son influence sur la survie des investissements directs à l’étranger, les filiales de multinationales peuvent avoir des désavantages liés à leur caractère étranger du fait non seulement des particularités de l’environnement local, mais également du fait de leur méconnaissance des réseaux d’affaires et des acteurs locaux influents (Johanson et Vahlne, 2009). L’effet modérateur de la corruption La corruption se définit comme l’acte par lequel des agents investis d’un pouvoir officiel utilisent celui-ci à des fins d’enrichissement personnel (Jain, 2001). Cette poursuite d’un intérêt économique personnel se fait aux dépends du bien commun. En général, les moyens utilisés sont illégaux ou, s’ils ne tombent pas sous le coup de la loi, sont susceptibles d’être désapprouvés par l’opinion publique. Toutefois, la corruption peut être institutionnalisée. Dans des pays où les institutions formelles sont peu développées ou inefficaces, la corruption peut devenir une institution informelle qui vient combler un vide et sert à compenser cette inefficacité des institutions formelles en permettant de contourner les rigidités d’une administration centralisée et éloignée des réalités, de dépasser des barrières réglementaires excessives, ou de compenser l’incompétence propre à certaines bureaucraties (Leff, 1964; Puffer, McCarthy, Boisot, 2009). La plupart des recherches sur la corruption se situent au niveau macro-économique et analysent d’une part l’influence des institutions gouvernementales sur le niveau de corruption, et d’autre part l’effet de la corruption sur la croissance économique (Jain, 2001; Rose-Ackerman, 1999; Shleifer et Vishny, 1993; Treisman, 2000). Parmi ces recherches, certaines ont porté sur l’étude de l’influence de la corruption au niveau macro (corruption mesurée par un index au niveau du pays) sur les stratégies d’entrée des multinationales (Habib et Zuraicki, 2002; Javorcik et Wei, 2009; Mezia et Mezias, 2010; Rodriguez et al., 2005; Uhlenbruck, Rodriguez, Doh et Eden, 2006). Ces études permettent de mesurer l’effet de la corruption sur la prise de décision des multinationales. Cependant, les recherches analysant plus particulièrement l’effet de la corruption sur la performance ou la survie restent rares. Une exception notable est celle de l’étude menée par Meschi (2009). Mais celle-ci repose sur des données au niveau macro pour mesurer la corruption. Lorsqu’elles portent sur la corruption au niveau des firmes, les recherches tendent en général à analyser les raisons pour lesquelles une entreprise en particulier s’est engagée dans des pratiques de corruption (Ashforth, Gioia, Robinson et Treviño, 2008; Collins, Uhlenbruck et Rodriguez, 2009) ou à comprendre comment les entreprises réagissent face à la corruption et quels sont les coûts associés à celle-ci (Doh, Rodriguez, Uhlenbruck, Collins et Eden, 2003). Mais les recherches utilisant des mesures au niveau des firmes pour étudier les conséquences de la corruption sont très rares, essentiellement du fait de la difficulté d’obtenir des données. La question des conséquences de la corruption sur la performance des firmes conduit à une opposition entre l’hypothèse de « l’huile dans les rouages » (grease the wheel) et celle du « grain de sable dans les rouages » (sand the wheel). La première hypothèse suppose que la corruption, bien qu’elle soit négative pour la croissance économique d’un point de vue général, peut avoir des effets positifs car elle contribue à accroitre l’efficacité dans une situation de régulation excessive et de bureaucratie inefficace (Bardhan, 1997; Méon et Sekkat, 2005). Cette hypothèse peut être transférée au niveau de la firme : la corruption pourrait permettre de contourner les difficultés liées à l’entrée sur un nouveau marché (Boddewyn et Brewer, 1994) et pourrait compenser certains effets de la liability of foreignness comme le manque de légitimité et le manque de connaissance de l’environnement Effet de la corruption sur la survie des filiales de multinationales dans un pays émergent : le cas de l’Indonésie et du marché local (Ahlstrom et Bruton, 2001). A l’opposé, l’hypothèse « sand the wheel » souligne les effets négatifs de la corruption. Les résultats des rares études ayant testé les effets du paiement de la corruption par les firmes sur leur performance ont été contradictoires. McArthur et Teal (2002) et Fisman et Svensson (2007) ont contredit l’hypothèse « grease the wheel », leurs résultats ayant démontré un effet négatif de la corruption sur la productivité et la croissance de la production. En revanche, Vial et Hanoteau (2010) ont montré une influence positive du paiement de pots-de-vin sur la croissance de la production et de la productivité des entreprises. A ce jour, nous n’avons pas connaissance d’études empiriques qui auraient analysé l’effet de la corruption au niveau des firmes sur leur survie. La corruption entraîne de nombreux coûts directs et indirects (Doh et al., 2003). Au niveau de la firme et d’un point de vue d’analyse de la performance, un des plus grands effets négatifs tient au fait que la corruption détourne les ressources qui auraient pu être investies dans des activités productives. Cela menace la performance et la survie de l’entreprise. Nous proposons donc une première hypothèse relative aux effets négatifs de la corruption portant sur l’ensemble des firmes (locales et étrangères). Hypothèse 1 : Les firmes participant à la corruption ont une probabilité de survie plus faible. Cependant, la corruption peut aider à minimiser certains aspects de la liability of foreignness comme le manque de légitimité, le manque d’informations, les complexités bureaucratiques et les barrières règlementaires. En effet, les études inscrites dans le cadre de l’hypothèse « grease the wheel » soulignent des aspects facilitateurs de la corruption qui sont particulièrement liés à la situation des filiales étrangères (Boddewyn et Brewer, 1994). Selon cette hypothèse, la corruption permet de compenser des dysfonctionnements du système et de contourner des difficultés liées à son inefficacité. Les problèmes d’accès aux marchés, les barrières réglementaires et les complexités administratives s’imposent avec plus de rigueur aux filiales étrangères car celles-ci disposent d’une connaissance plus faible du système que les entreprises locales. Elles subissent les effets de la liability of foreignness et de la liability of outsidership (Johanson et Vahlne, 2009). Elles ont en effet une moindre connaissance de l’environnement local et un accès plus complexe aux réseaux d’affaires et aux personnes influentes localement. La corruption permet de favoriser ces accès et elle permet de contourner des complexités liées aux dysfonctionnements ou aux défauts des institutions locales. Ainsi les aspects facilitateurs de la corruption soulignés par les études inscrites dans l’hypothèse « grease the wheel » (Bardhan, 1997; Méon et Sekkat, 2005) sont particulièrement importants pour les filiales étrangères. Nous supposons donc que les filiales étrangères participant à la corruption auront une probabilité de survie supérieure à celle des filiales qui ne participent pas. Nous proposons de mesurer les effets de la corruption selon deux perspectives. Tout d’abord, dans l’hypothèse 2a 61 énoncée ci-dessous, nous testons les effets de la corruption sur la survie des filiales étrangères quel que soit le montant payé (nous comparons les filiales qui paient et celles qui ne paient pas). Ensuite, nous mesurons l’influence du montant de pots-de-vin payés sur la possibilité de survie. Nous supposons que plus la filiale paie, plus sa probabilité de survie sera élevée. Hypothèse 2a : Les filiales étrangères participant à la corruption ont une probabilité de survie supérieure. Hypothèse 2b : Plus le montant versé pour corrompre est élevé, plus la probabilité de survie est élevée. Les études passées montrent que la liability of foreignness a un impact supérieur sur les filiales les plus récentes. Les effets de la liability of foreignness déclinent avec le temps au fur et à mesure que la filiale étrangère acquiert de l’expérience locale (Barkema, Bell et Pennings, 1996; Zaheer et Mosakowski, 1997). Ainsi, les filiales les plus anciennes devraient pouvoir bénéficier des avantages liés à leur caractère étranger en supportant moins le poids de la liability of foreignness (Kronborg et Thomsen, 2009; Li et Guisinger, 1991). L’hypothèse 2 suggère que corruption permet de modérer les effets de la liability of foreignness. Etant donné le moindre effet de la liability of foreignness sur les filiales étrangères les plus anciennes, le caractère modérateur de la corruption devrait être moins marqué pour celles-ci. Ainsi, nous supposons que la corruption aura un effet positif sur la probabilité de survie des filiales étrangères durant les premières années. Cependant, comme les effets de la liability of foreignness décroissent avec le temps, le caractère modérateur de la corruption devrait disparaitre. Nous supposons donc que l’effet de la corruption décline avec le temps. Hypothèse 3 : L’influence de la corruption sur la survie décline lorsque l’âge de la filiale étrangère augmente. Notre étude se situe dans un cadre particulier. L’Indonésie présente une spécificité en termes de corruption qui a l’avantage de rendre possible l’étude de la corruption au niveau des firmes sur un large échantillon (des éléments apparaissant dans les statistiques officielles collectées au niveau des entreprises permettent d’établir des proxys pour la mesure de la corruption). Mais cette spécificité présente par ailleurs l’inconvénient de conduire à des résultats fortement contextualisés. Nous présentons donc dans l’encadré ci-dessous quelques éléments qui permettent de décrire les caractéristiques du contexte indonésien. En Indonésie, la corruption a une longue tradition. Elle est emblématique de la longue ère du président Suharto (1965-1998), mais les pratiques ont perduré après la chute du régime. Le système mis en place repose essentiellement sur des fondations (les yayasans) qui en tant qu’associations à but non lucratif servent à blanchir l’argent acquis par les de pots-de-vin : elles collectent l’argent sous forme de donations et le réinvestissent dans des activités et des entreprises contrôlées par les proches 62 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) du régime. Ce système est de notoriété publique et a été décrit aussi bien dans la presse (The Economist, 1993) que dans les recherches académiques sur l’Indonésie (McLeod, 2000; Robertson-Snape, 1999; Schwarz, 2004). Il présente une apparence ambigüe car les yayasans sont des entités légales dont le but est de collecter des fonds pour financer des activités et des programmes religieux, éducationnels ou humanitaires. Mais ces entités servent en parallèle de leurs activités humanitaires à la collecte et la redistribution des pots-de-vin. Une partie des donations représente des rémunérations en échange de faveurs accordées par les représentants officiels du régime et les bureaucrates influents (pour une présentation de ce système, voir Behrman et Deolalikar, 1989). La corruption en Indonésie est également une institution qui sert à asseoir le pouvoir du gouvernement et à s’attacher la fidélité des bureaucrates. Les salaires des fonctionnaires sont très bas. Mais, en compensation, la corruption se retrouve à tous les niveaux de l’Etat et des administrations locales (les Kabupaten) et les fonctionnaires sont encouragés à participer à ce système. Les bureaucrates locaux ont un pouvoir discrétionnaire pour appliquer des taxes indirectes qu’ils utilisent pour soutirer des pots-de-vin aux entreprises. Celles-ci participent à ce système car le paiement de ces taxes indirectes leur permet de réduire la pression bureaucratique (volontairement poussée à l’extrême par les bureaucrates pour favoriser la corruption) : réduction des taxes officielles, accords de licences, certificats et permis, réduction de délais administratifs, gains de contrats publics, autorisations d’exploitation… (ce système a été décrit avec précision par Henderson et Kuncoro, 2006). L’Indonésie présente donc une situation particulière de corruption. L’intérêt est que des données relatives à la corruption apparaissent dans des statistiques officielles, permettant ainsi des études de la corruption au niveau des firmes comme celle présentée dans cet article. complète et non un échantillon, nous pouvons considérer que l’apparition d’un nouveau numéro d’identification est une entrée (création d’entreprise) et la disparition d’un numéro d’identification une sortie (fermeture d’entreprise). Cela implique certes une limite car certains établissements peuvent être créés avec un nombre d’employés inférieur à 20 (ils n’apparaissent alors pas dans la base de données), et certaines sorties peuvent être liées au fait que le nombre d’employés passe en dessous de 20. Cependant les effets de cette limite sont très restreints car le nombre moyen d’employés des filiales étrangères est de 519 et celui des entreprises locales est de 152. La base de données couvre une période de 33 ans, de 1975 à 2007. Nous pouvons donc comptabiliser les entrées à partir de 1976 et les sorties jusqu’à 2006. La période étudiée couvre six épisodes macro-économiques différents : de 1975 à 1980, le pays voit la croissance de son économie portée par les revenus pétroliers; dans la période 1981-83, le pays fait l’expérience d’une première crise due à la baisse des revenus pétroliers, ce qui entraine une série de réformes de 1984 à 1989 visant à ouvrir l’économie pour attirer les investissements étrangers; en 1990-96, de nombreux investissements locaux et étrangers conduisent à une très forte augmentation du taux de croissance économique et cette période s’achève avec la crise asiatique en 1997-98 et la fin de la dictature Suharto qui a duré 33 ans; 1999-2007 est une période de transition et de rétablissement de l’économie, qui précède la crise économique mondiale actuelle. La population totale d’entreprises du secteur manufacturier en Indonésie sur la période 1975-2007 est constituée de 67 721 établissements. Sur la période d’étude, en ne conservant que les entreprises dont nous pouvons observer l’année d’entrée (à partir de 1976), nous avons 360 588 observations qui représentent 55 183 entreprises dont 51 700 entreprises locales et 3 483 filiales détenues à 100 % par des multinationales étrangères. Variables représentant les entreprises Données et méthodologie Présentation des données Nous utilisons la base de données Statistik Industri qui présente des données sur la population totale des entreprises de l’industrie manufacturière en Indonésie dont l’effectif est supérieur à 20 employés. L’industrie manufacturière se divise en neuf secteurs : alimentaire, boissons et tabac (31), textile, vêtements et cuirs (32), produits en bois (33), papier, peinture et impression (34), chimie, caoutchouc et plastique (35), minéraux non métalliques (36), métaux basiques (37), produits en métal et machines (38) et autres productions (39). Chaque établissement peut être suivi dans la base de données au fil des années grâce à un même numéro d’identification. Comme nous travaillons sur une population En utilisant la date d’entrée, nous pouvons obtenir l’âge des établissements en nombre d’années. Etant donnée la nature du modèle (modèle de survie), nous utilisons cette variable uniquement comme variable d’interaction avec la variable indicatrice du type d’entreprise (filiale_étr) et la variable de corruption afin d’estimer l’effet de celles-ci modéré par l’âge de la firme. La taille est exprimée par le logarithme du nombre annuel d’employés (log taille). La littérature souligne l’importance des cycles de vie industriels dans la dynamique des marchés : les entreprises présentes dans des industries en phase de lancement ont une probabilité de disparition plus faible dans les premières années suivant l’entrée massive sur le marché. Il s’en suit une période de difficulté (et de disparition d’entreprises) qui précède la maturité de l’industrie. Les entreprises présentes dans des industries en déclin ont une probabilité de survie Effet de la corruption sur la survie des filiales de multinationales dans un pays émergent : le cas de l’Indonésie plus faible (Baden-Fuller, 1989; Horvath, Schivardi et Woywode, 2001). Nous ajoutons à cet effet de l’industrie un indicateur de performance au niveau de l’entreprise, qui est la croissance de la production, et nous mesurons ainsi la croissance de la production de l’entreprise comparée à la croissance de la production totale dans l’industrie (production). Ceci nous permet de mesurer la croissance de la production de l’entreprise en l’ajustant en fonction du cycle de vie du secteur. Comme indicateur de performance, nous avons mesuré la productivité de la main d’œuvre (production par employé). Cette mesure permet de souligner l’efficacité technique de l’entreprise. Afin de tenir compte des particularités de l’industrie, nous avons calculé la productivité de la main d’œuvre de l’entreprise par rapport à la moyenne dans le secteur (productivité). Variables relatives au secteur Nous utilisons deux variables de contrôle liées à la structure et à la dynamique de l’industrie susceptibles d’influencer la survie des firmes (Baden-Fuller, 1989; Horvath et al., 2001; Mata et Portugal, 2002; Kronborg et Thomsen, 2009). Le premier est l’index d’Herfindhal de la concentration du secteur calculé pour chaque année en prenant la somme des carrés de la part de marché de chacune des entreprises dans le secteur (concentration). Le second indicateur est la proportion d’entreprises étrangères dans le secteur (part filiales_étr). Indicateurs macroéconomiques Nous étudions une période de 33 années qui a été marquée par 6 épisodes macro-économiques. Deux de ces épisodes sont susceptibles d’influencer fortement la survie des entreprises : les deux crises de 1981-83 et 1997-98. Nous mesurons leur effet en créant deux variables binaires (crise 1 et crise 2). La valeur de crise 1 est égale à 1 si l’année de l’observation est 1981, 1982 ou 1983 et la valeur de crise 2 est égale à 1 si l’année de l’observation est 1997 ou 1998. La probabilité de survie des entreprises devrait être plus faible durant ces deux périodes. Indicateurs de corruption au niveau de la firme L’Indonésie présente l’un des niveaux de corruption les plus élevés dans le monde (Mauro, 1995). Cette corruption est caractérisée par sa quasi-institutionnalisation au plus haut niveau de l’Etat (Schwarz, 2004; Robison, 1986). Ce phénomène a été étudié par de nombreux autres auteurs (Mc Leod, 2000; Robertson-Snape, 1999; Behrman et Deolalikar, 1989), et tous distinguent au moins deux voies de corruption. La première voie passe par les donations aux yayasans, associations légales et a but caritatif, exemptes de taxes et non auditées et qui sont traditionnellement dirigées par des individus proches des élites locales. Les yayasans sont utilisées par les élites locales comme voies de corruption. Ainsi 63 comme le souligne The Economist (1993), et en ligne avec les articles cités ci-dessus, « en sus de leur travaux de charité, [les yayasans] agissent comme des caisses noires géantes, allouant des faveurs et accaparant des contrats lucratifs ». La seconde voie de corruption passe par la collecte des taxes indirectes. McLeod (2000, p. 24) indique que « la bureaucratie indonésienne est adepte de la création de réglementations innombrables qui requièrent toutes une forme d’action bureaucratique avant que les firmes du secteur privé ne puissent effectuer quelque activité normale que ce soit : la délivrance de licences, autorisations, certificats, permis, etc… la plupart des gens savent qu’il leur sera nécessaire de graisser des pattes s’ils ne veulent pas être bloqués par la bureaucratie dans tout ce qu’ils veulent faire. » Notre base de données nous permet de mesurer la corruption pour chacune de ces deux voies, qui sont deux mesures de la corruption au niveau des entreprises. La première mesure est dénommée dans la base de données « cadeaux, œuvres de charité, donations » et la seconde « taxes indirectes », qui est une sous section de la catégorie « autres dépenses ». Cette rubrique recouvre les taxes sur les ventes, les licences d’établissement, les taxes sur l’immobilier, les taxes sur les véhicules à moteur, les frais d’importation et les frais de douane. Ces taxes sont un bon indicateur de corruption dans le contexte indonésien car elles sont utilisées par les officiels et bureaucrates pour collecter des pots-de-vin (voir en particulier les explications de Behrman et Deolalikar, 1989; Henderson et Kuncoro, 2006; Kuncoro, 2004; McLeod, 2000; Vial et Hanoteau, 2010). Pour cette première mesure, nous avons construit deux variables. La première est une variable binaire égale à 1 si l’établissement paie des pots-devin via les yayasans dans l’année d’observation (donations). Cela permet de tester l’effet du paiement ou du non-paiement de pots-de-vin sur la survie, indépendamment du montant payé. La seconde variable est la part des pots-de-vin dans la valeur ajoutée, qui permet de tenir compte du montant de pots-de-vin payé (niveau donations). Cette variable constitue un proxy pour la mesure de la corruption. La totalité du montant des donations ne constitue pas un paiement de corruption, mais les élites locales faisant transiter la corruption via ces donations, leur montant est un indicateur du niveau de corruption. Pour la seconde mesure, nous avons là aussi construit deux variables. La première est une variable binaire qui prend la valeur 1 si l’entreprise paye des taxes indirectes (taxes indirectes). La seconde indique la part de ces taxes dans la valeur ajoutée (niveau taxes indirectes). L’absence de paiement des taxes indirectes n’est pas un indicateur d’un refus volontaire de ne pas participer à la corruption. C’est un indicateur d’un paiement ou non. Les taxes indirectes sont liées à des licences et des droits accordés aux entreprises (par exemple une licence d’importation). L’entreprise qui n’a pas à se procurer de licence n’aura effectivement pas à participer au système de corruption. Mais en se procurant des licences, elle sera amenée à payer des taxes indirectes et c’est par cette voie que les bureaucrates font passer la corruption. Ces deux mesures (donations et taxes 64 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) indirectes) donnent une indication assez complète sur la corruption au niveau des firmes car elles permettent de tenir compte à la fois de la corruption collectée par la « voie privée », c’est à dire par les élites locales au travers des associations et œuvres de charité, et par la « voie des transactions officielles », c’est-à-dire par les bureaucrates au travers des taxes indirectes. On distingue les firmes qui participent à la corruption de celles qui n’y participent pas au travers de la mesure du paiement ou non de donations et/ou taxes indirectes. Payer des donations ou des taxes indirectes signifie automatiquement que l’on participe à la corruption puisque le bureaucrate corrompu se sert sur chaque transaction d’un pourcentage certes inconnu mais supérieur à zéro. Les montants des donations et taxes ne représentent pas à 100 % les pots de vin versés, mais ils sont un bon proxy de ceux-ci. On note également que les sommes déclarées sont en toute vraisemblance inférieures aux sommes réellement versées. est de 69 %. Le taux de risque pour les filiales étrangères est plus élevé : il est en moyenne de 0.72. L’âge moyen des filiales étrangères est de 6,81 ans et celui des établissements locaux est de 7,38 ans. Les entreprises domestiques ont une taille moyenne d’environ un tiers celle des filiales étrangères (177 employés pour les premières et 489 employés pour les secondes). La proportion de filiales étrangères payant des donations est de 54 %, et elle est de 75 % pour les entreprises locales. De même, la part moyenne que représentent les donations dans la valeur ajoutée est inférieure pour les entreprises étrangères (0,5 %) comparées aux entreprises locales (0,7 %). La proportion d’entreprises étrangères payant des taxes indirectes (61 %) est également inférieure à la proportion d’entreprises locales (82 %). Il en va de même pour la part représentée par les paiements de taxes indirectes dans la valeur ajoutée (2,7 % pour les entreprises étrangères et 2,9 % pour les locales). Globalement, 67 % des entreprises locales participent à la corruption par les deux voies, contre 43 % des filiales étrangères. Statistiques descriptives Le tableau 2 présente la matrice des corrélations des variables utilisées dans nos modèles. Le tableau 1 présente les statistiques descriptives pour les principales variables de notre modèle. Pour les deux types d’entreprises étudiées (locales et étrangères), nous donnons le nombre total d’observations (nombre d’entreprises multiplié par nombre d’années d’observation) et la valeur moyenne des variables sur la période 1975-2007. Le taux de risque pour les entreprises locales est de 0.69, ce qui signifie que la probabilité de disparition sur la période La matrice montre que le taux de risque est positivement corrélé au fait d’être une filiale étrangère. Le taux de risque est également positivement corrélé aux donations mais négativement aux taxes indirectes. Il est positivement corrélé au taux de croissance de la production mais négativement corrélé à la productivité des firmes. Il est négativement corrélé à la concentration des secteurs et au niveau de présence des filiales étrangères dans ces secteurs. Enfin, il est positivement corrélé aux deux périodes de crise. Tableau 1 Statistiques descriptives Entreprises locales Variable Filiales étrangères Observations Moyenne Observations Moyenne Taux de risque 352050 0.69 8538 0.72 Âge (nbr années) 352050 7.38 8538 6.81 Taille (nbr employés) 352050 177 8538 489 Donations1 352050 75 % 8538 54 % Taxes indirectes1 352050 82 % 8538 61 % Donations x Taxes indirectes1 352050 67 % 8538 43 % Niveau donations2 352050 0.7 % 8538 0.5 % Niveau taxes indirectes2 352050 2.9 % 8538 2.7 % 1. Le pourcentage représente la part d’entreprises payant des donations, des taxes indirectes ou les deux 2. Le niveau des donations et des taxes indirectes est exprimé en pourcentage de la valeur ajoutée créée par l’entreprise -0.1963* 0.1890* -0.0556* 0.0128* -0.0048* 0.0088* -0.0166* -0.0071* -0.2109* 0.1066* 0.0236* log taille production productivité donations taxes indirectes niveau donations niveau taxes indirectes concentration part filiales_étr crise 1 crise 2 * p<0.05 0.0149* Fililale_étr taux de risque -0.0035* -0.0178* 0.1701* -0.0056* -0.0030* -0.0097* -0.0769* -0.0661* 0.1088* -0.0337* 0.1618* 0.0073* -0.0168* 0.0976* -0.0126* 0.0855* -0.0307* -0.1039* -0.1192* 0.3199* 0.0109* -0.0203* 0.1670* -0.2069* -0.0160* 0.0373* 0.0071* 0.0265* 0.0128* 0.0817* -0.0007 0.0135* -0.0067* 0.0009 0.0817* -0.0539* -0.0885* -0.0943* 0.0470* -0.0083* -0.0916* 0.0079* 0.0034* 0.1637* 0.3503* 0.0810* -0.0100* -0.1070* 0.0052* 0.1724* 0.0376* 0.0091* 0.0213* -0.0344* -0.0011 0.0825* 0.0151* 0.0249* -0.0323* -0.0071* -0.0628* -0.0307* -0.0375 -0.0257* -0.1050* niveau Taxes niveau taxes part Fililale_étr log taille production productivité donations indirectes donations indirectes concentration filiales_étr Matrice des corrélations Tableau 2 -0.0485* crise 1 Effet de la corruption sur la survie des filiales de multinationales dans un pays émergent : le cas de l’Indonésie 65 66 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Résultats Méthodologie Nous utilisons le modèle de risque proportionnel de Cox pour tester nos hypothèses. L’application du modèle à notre étude empirique est : ⎡ ⎧⎪ ⎛ filiale _ étr, filiale _ étrXâge,log_ taille,production, ⎞ ⎫⎪ ⎤ ⎢ h ⎨( t ) , ⎜ ⎬⎥ productivité,concentration,part_filiales_étr,crise1,crise2 ⎝ ⎠⎟ ⎭⎪ ⎥ ⎢ ⎪ log ⎢ ⎩ ⎥= h0 ( t0 ,i ) ⎢ ⎥ ⎢ ⎥ ⎣ ⎦ b1 filiale _ étr + b2 filiale _ étrXâge + b3 log_ taille + b4 production +b5productivité + b6corr + b7corrXâge + b8corrXfiliale_étr +b9corrXfiliale_étrXâge + b10 concentration + b11part _ filiales _ étr +b12crise1+ b13crise2 où t0 représente l’année d’entrée et i le secteur, qui permettent de stratifier les estimations du modèle; filiale_étr est une variable binaire qui identifie les filiales étrangères (cette variable permet de comparer les effets du type de propriété, étranger ou local, sur la probabilité de survie); filiale_étr X âge est la variable d’interaction entre la variable binaire filiale_étr et l’âge de la filiale étrangère (cette interaction permet de tester la variation de la probabilité de survie en fonction de l’âge qui s’exprime par une contradiction de la prémisse de proportionnalité de la fonction de risque (voir Bhattacharjee, 2005 et Taymaz et Özler, 2007 pour une présentation précise de cette méthodologie); log_taille est le logarithme du nombre d’employés qui permet d’indiquer la taille; production est la croissance de la production de l’entreprise comparée à la moyenne du secteur; productivité est la productivité de l’entreprise comparée à la moyenne du secteur; corr est la variable de corruption calculée alternativement par les variables binaires donations et taxes indirectes, et les variables continues niveau donations et niveau taxes indirectes. Nous avons fait interagir la variable corruption avec la variable binaire filiale_étr de manière à mesurer l’effet de la corruption sur la survie des filiales étrangères. Nous l’avons également mise en interaction avec à la fois la variable filiale_étr et la variable âge de manière à capturer les changements d’effets dus au temps; concentration est l’index d’Herfindhal de concentration du secteur; part filiales_étr est le ratio du nombre d’entreprises étrangères sur le nombre total d’entreprises dans chaque secteur; crise1 et crise2 sont des variables binaires permettant d’identifier les années pendant lesquelles ont eu lieu les deux crises économiques (respectivement 1981-83 et 1997-98). Nous testons les variations du risque de base en fonction du secteur et de la date d’entrée afin d’avoir une expression non-paramétrique des variations potentielles liées à ces deux variables. Des taux de risque spécifiques au secteur peuvent être dus à des politiques sectorielles, un niveau élevé d’investissement ou des particularités dans la structure du marché. Les effets temporels couvrent les effets de vieillissement des actifs, les décisions de politique économique spécifiques à une année et les conditions économiques particulières. Le tableau 3 présente les résultats de l’application de la fonction de risque proportionnel de Cox suivant quatre modèles. L’hypothèse 1 est validée dans les quatre modèles. Lorsque l’analyse se situe au niveau général (entreprises locales et filiales étrangères confondues), les résultats montrent que les entreprises participant à la corruption ont un taux de survie inférieur (dans le tableau, un signe positif indique un risque supérieur, et donc une probabilité de survie plus faible). Nos résultats valident l’hypothèse 2a. Les filiales étrangères qui paient des pots-de-vin ont une probabilité de survie supérieure. L’hypothèse 2b n’est que partiellement validée. Un niveau de corruption plus élevé accroit la probabilité de survie pour les donations, mais pas pour les taxes indirectes. Les statistiques descriptives montrent que la proportion d’entreprises étrangères participant à la corruption est moindre que celle des entreprises locales. Cela pourrait apparaitre contradictoire avec l’hypothèse d’un effet de la corruption sur la liability of foreigness. Cependant les résultats des tests statistiques montrent que l’effet modérateur de la corruption sur la survie existe spécifiquement pour les filiales étrangères et non pas pour les entreprises locales. Ce qui tend à valider l’hypothèse d’un effet de la corruption sur la liability of foreignness. Nos résultats corroborent l’hypothèse 3 en montrant que l’effet de la corruption disparaît lorsque l’âge de la filiale étrangère augmente. Ces résultats sont statistiquement significatifs pour toutes les différentes mesures de la corruption mis à part la proportion de taxes indirectes dans la valeur ajoutée. Les résultats portant sur la proportion de donations dans la valeur ajoutée montrent cependant qu’un paiement plus élevé influence positivement la survie des filiales étrangères, mais cet effet disparaît avec l’âge. Les résultats sur les différentes variables de contrôle sont cohérents avec les résultats des recherches passées. Les entreprises plus grandes et présentant une productivité supérieure à la moyenne ont une probabilité de survie supérieure. Cependant, les entreprises ayant une croissance de la production supérieure à la moyenne ont une probabilité de survie plus faible. Cela s’explique par le fait qu’elles ont une exposition supérieure aux risques de conjoncture. Les entreprises présentes dans des industries plus concentrées ont une probabilité de survie plus faible car elles doivent faire face à la concurrence d’entreprises de grande taille. Les entreprises présentes dans des industries avec un taux élevé d’entreprises étrangères ont plus de chances de survie. Logiquement, les entreprises ont une plus grande probabilité de disparaitre pendant les périodes de crise économique. Discussion Nos résultats mettent tout d’abord en évidence les effets négatifs de la corruption sur la survie des firmes en général. Ils viennent modérer des résultats antérieurs qui montraient 67 Effet de la corruption sur la survie des filiales de multinationales dans un pays émergent : le cas de l’Indonésie Tableau 3 Résultats de l’analyse de survie fililale fililale X âge log taille production productivité donations donations X filiales_étr donations X âge donations X filiales_étr X âge taxes indirectes taxes indirectes X filiales_étr taxes indirectes X âge taxes indirectes X filiale_étr X âge niveau donations niveau donations X filial-étr niveau donations X âge niveau donations X filiale_étr X âge niveau taxes indirectes niveau taxes indirectes X filiale_étr MODELE 1 MODELE 2 MODELE 3 MODELE 4 0.752*** 0.720*** 0.520*** 0.471*** [0.107] [0.125] [0.0790] [0.0817] -0.264*** -0.222*** -0.116*** -0.0923** [0.0553] [0.0614] [0.0399] [0.0415] -0.171*** -0.169*** -0.161*** -0.159*** [0.00593] [0.00590] [0.00587] [0.00587] 0.00872*** 0.00856*** 0.00862*** 0.00846*** [0.00161] [0.00161] [0.00161] [0.00161] -0.0834*** -0.0855*** -0.0749*** -0.0742*** [0.00476] [0.00477] [0.00475] [0.00474] H1 0.114*** [0.0342] H2a -0.438*** [0.153] -0.141*** [0.0149] H3 0.269*** [0.0770] H1 0.268*** [0.0384] H2a -0.312** [0.157] -0.229*** [0.0165] H3 0.151* [0.0789] 1.097*** [0.369] H2b -6.209* [3.303] -0.517*** [0.191] H3 2.898* [1.545] 0.018 [0.199] H2b 0.485 [0.801] 68 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) MODELE 1 MODELE 2 MODELE 3 MODELE 4 -0.186** [0.0898] H3 -0.298 [0.476] -0.0375*** -0.0369*** -0.0376*** -0.0376*** [0.00507] [0.00507] [0.00507] [0.00507] -54.04*** -51.69*** -56.77*** -56.86*** [3.456] [3.450] [3.381] [3.376] 0.837*** 0.809*** 0.896*** 0.900*** [0.139] [0.139] [0.140] [0.140] 1.515*** 1.549*** 1.508*** 1.509*** [0.0669] [0.0666] [0.0681] [0.0682] Observations 360588 360588 360588 360588 Entreprises 55183 55183 55183 55183 Sorties 27412 27412 27412 27412 Chi2 2817.13 3060.88 2461.8 2485.52 niveau taxes indirectes X âge niveau taxes indirectes X filiale_étr X âge concentration part filiales_étr crise 1 crise 2 * p<0.1, **p<0.05, *** p<0.01 Un signe positif indique un risque supérieur, et donc une probabilité de survie plus faible Tous les modèles sont stratifiés en fonction du secteur et de l’année d’entrée que la corruption tendait à accroitre la croissance de la production et de la productivité des firmes (Vial & Hanoteau, 2010). Si la corruption peut paraitre accroitre la performance moyenne individuelle des firmes en termes de croissance, elle est néanmoins néfaste à ces mêmes entreprises en termes de survie. Nos résultats rejoignent des travaux plus macroéconomiques qui soulignent que la corruption tend à détruire de la valeur (Mauro, 1995; Méon et Sekkat, 2005). Pour les entreprises, la corruption n’est donc pas avantageuse. Le comportement corrompu peut alors s’expliquer de deux manières. Soit elle est un effet de la rationalité limitée et d’une vision à court terme : la corruption semble mettre de l’huile dans les rouages et permettre l’accès à certains avantages, mais elle est finalement destructrice de valeur et elle menace la survie des firmes à long terme. Soit elle est un mal nécessaire qui s’impose aux entreprises du fait de dysfonctionnements institutionnels. Notre étude montre cependant un effet de la corruption qui apparait positif sur la survie des filiales étrangères dans un pays émergent caractérisé par une importante économie informelle et une généralisation de la corruption. Nos résultats empiriques corroborent l’hypothèse que la corruption contribue à diminuer les effets négatifs liés au fait d’être étranger pour les filiales les plus récentes. En effet, les pots-de-vin facilitent l’insertion dans les réseaux locaux et de créer des contacts utiles parmi les personnalités influentes pour obtenir des permis et des licences. Ainsi, ils facilitent et accélèrent la mise en œuvre des opérations. Mais ils permettent également d’accélérer l’apprentissage de l’environnement local en termes de connaissance de la culture, de création d’une légitimité et d’insertion dans les réseaux. Ils contribuent ainsi à réduire les coûts liés à l’entrée sur un nouveau marché. Il est intéressant de constater que l’effet modérateur de la corruption disparaît avec le temps. Ceci laisse supposer que les filiales étrangères qui survivent réalisent un apprentissage de l’environnement rendant de fait l’effet modérateur de la corruption inutile. Ainsi, on constate également à travers ce résultat que l’effet facilitateur de la corruption est limité au court terme. Les recherches passées ont en général souligné les effets négatifs de la corruption et ont mis en avant les nombreux coûts qu’elle implique pour les filiales étrangères (Doh et al., 2003). La corruption détourne des ressources qui auraient pu être investies dans des activités productives. Mais les problèmes liés à la corruption ne se limitent pas aux coûts, les principaux enjeux étant la légalité, l’éthique et l’équité dans la pratique des affaires. Nos résultats montrent que le paiement de la corruption contribue à accroître la probabilité de survie des filiales étrangères récentes. Une explication simple pourrait être que les filiales étrangères sont forcées de payer parce que celles qui refusent seront pénalisées par les autorités locales corrompues. Mais nos résultats indiquent que l’explication n’est pas si simple. Car la corruption a une Effet de la corruption sur la survie des filiales de multinationales dans un pays émergent : le cas de l’Indonésie influence seulement sur les filiales étrangères récentes. A l’opposé, elle a un effet négatif sur la survie des filiales étrangères plus anciennes. Ainsi, nous expliquons l’influence de la corruption sur la survie des filiales étrangères récentes par ses effets modérateurs sur la liability of foreignness. Ceci est confirmé par l’effet de l’âge mis en avant dans nos résultats. Il y a une liability of foreignness pour les filiales les plus récentes mais pas pour les filiales les plus anciennes. Les premières doivent faire face à un environnement inconnu et dans ce cas la corruption peut jouer un effet modérateur et influencer positivement la probabilité de survie. Cependant, la corruption a une influence strictement négative sur les filiales étrangères les plus anciennes car les effets de la liability of foreignness ont déjà été compensés par un apprentissage de l’environnement local au niveau de la filiale étrangère. Nos résultats soulignent ainsi une des raisons pour lesquelles la corruption peut être amenée à perdurer, voire à se développer. Les managers des filiales étrangères peuvent tenter de justifier leur acceptation de la corruption sur la base d’arguments ancrés dans une logique de darwinisme social : payer est une condition nécessaire pour survivre, au moins à court terme. C’est un argument moralement inacceptable. Cependant, les managers sont confrontés à un dilemme entre d’un côté des standards moraux et de l’autre des impératifs économiques. Si la corruption est une condition de survie, il est difficile de refuser individuellement de payer des potsde-vin. La solution du dilemme peut seulement provenir d’un comportement collectif soutenu par des institutions. Comme le soulignent Persson, Rothstein et Teorell (2012), la plupart des réformes et politiques visant à combattre la corruption échouent parce qu’ « elles sont basées sur une conceptualisation de la corruption en tant que problème principal-agent, mais dans un cadre de corruption généralisée, la corruption ressemble plutôt a un problème d’action collective. Ceci aboutit en conséquence à l’échec des réformes anticorruption qui se construisent sur le cadre principal-agent, considérant comme acquise l’existence de principaux incorruptibles » (p. 1). La solution est alors d’éduquer à la fois les dirigeants institutionnels et les dirigeants d’entreprises quant à la vision court-termiste du lien qu’il peut exister entre corruption et entrée, corruption et croissance, et corruption et survie. Cependant, il est illusoire de penser qu’un système intégralement corrompu peut changer simplement par des actions individuelles. Comme le soulignent Persson, Rothstein et Teorell (2012), il se pourrait que seule une politique de « big push » pour combattre la corruption soit efficace. Notre étude porte sur un environnement spécifique. Les économies émergentes sont en général caractérisées par un environnement souvent qualifié d’hostile (Hoskisson et al., 2000). Cette hostilité influence la survie des investissements directs étrangers (Dhanaraj et Beamish, 2009). Les effets de la liability of foreignness sont plus élevés pour les filiales étrangères dans un environnement hostile et complexe. Dans ce type d’environnement, se plier aux pratiques de corruption va conduire à une réduction des principaux effets négatifs 69 de la liability of foreignness. Ainsi, ceux-ci sont pleinement supportés par les filiales étrangères récentes à moins qu’elles n’entrent dans le système de corruption, alors que les filiales les plus anciennes souffrent moins de ces effets. L’environnement institutionnel influence les actions des firmes et la prise de décision (Hirsh, 1975). Plus spécifiquement, les stratégies des filiales de multinationales dans les pays émergents dépendent du contexte institutionnel local (Meyer, Estrin, Bhaumik et Peng, 2009). Le cadre institutionnel d’une société comprend les institutions formelles définies par la constitution et les règles légales et organisationnelles, mais il comprend également des institutions informelles qui sont des codes de conduite, des valeurs, des normes et des attitudes non codifiées qui sont profondément ancrées dans les structures de la société (North, 1990). Nombre de pays émergents sont caractérisés par un faible développement des institutions formelles et ceci crée un vide généralement comblé par des institutions informelles (Puffer, McCarthy et Boisot, 2009). La corruption s’apparente à une institution informelle, elle devient une pratique largement répandue et acceptée qui s’intègre aux comportements dans les affaires. Ceci contribue à donner des arguments aux décideurs pour justifier leur propre comportement face à la corruption (Tonoyan, Strohmeyer, Habib et Perlitz, 2010). Dans un environnement corrompu, le paiement de pots-de-vin trouve une explication dans le cadre d’une stratégie de réduction des risques ou de garantie de survie. Ceci souligne une première limite de notre étude en termes de généralisation des résultats puisqu’elle porte sur un environnement particulièrement corrompu et dans lequel la corruption est institutionnalisée. Le cadre de notre étude se situe dans un environnement économique particulier. La corruption est en général considérée comme négative à la fois au niveau macro-économique (pour la croissance du pays) et au niveau micro-économique (pour les entreprises dont les ressources sont détournées). Cependant, des études ont démontré le caractère spécifique des pays asiatiques, mettant en avant ce qui a été désigné comme le « paradoxe asiatique » : la corruption est une pratique courante, établie depuis de très longues années et elle ne semble pas freiner la croissance de l’économie (Kaufmann et Wei, 1999; Rajan et Zingales, 1998). En outre, comme nous l’avons précisé précédemment, l’Indonésie présente une situation particulière en termes de corruption. Celle-ci y est institutionnalisée et se retrouve des plus hauts sommets de l’Etat jusqu’aux plus petites institutions locales. Le cadre est donc particulier. Par ailleurs, la mesure de la corruption est spécifique. Elle repose sur une analyse des donations aux yayasans et sur les taxes indirectes. Cette mesure a l’avantage de permettre une identification de la corruption au niveau des firmes mais elle n’est pas directement transposable dans le contexte d’un autre pays. Il serait donc intéressant de prolonger les résultats obtenus en menant des recherches dans des pays différents en utilisant d’autres mesures de la corruption. 70 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Conclusion Nous avons testé l’effet modérateur de la corruption sur la survie des filiales étrangères. Contrairement aux précédentes recherches qui ont proposé des comparaisons internationales en utilisant une mesure de la corruption au niveau macro, nous avons basé notre analyse sur des données au niveau des firmes. Nos résultats montrent que la corruption joue un rôle modérateur sur le taux de disparition des filiales étrangères récentes. La corruption tend donc à compenser les effets de la liability of foreignness associée à l’entrée sur un nouveau marché. Cette influence de la corruption disparaît lorsque l’âge de la filiale étrangère augmente. Nous avons concentré notre analyse sur les filiales détenues à 100 % par des multinationales. Afin de compléter ces résultats, des études futures pourraient prendre en compte différents modes d’entrée sur un marché étranger comme les joints ventures et comparer les effets de la corruption sur les filiales à 100 %, les joint ventures détenues majoritairement par des entreprises étrangères et les joint ventures à capital local majoritaire. Cela permettrait d’affiner l’analyse de l’influence de la corruption en fonction du niveau de contrôle exercé par les entreprises étrangères sur la filiale locale. Par ailleurs, il serait utile de prendre en compte d’autres indicateurs de performance, au-delà de la survie, en vue de contrôler les résultats. Notre étude est basée sur l’analyse de données au niveau d’une population d’entreprises et non pas d’un échantillon. Elle apporte en outre de nouveaux résultats sur le rôle de la corruption en utilisant des mesures au niveau des firmes et non des comparaisons d’index entre pays. Cependant une limite importante tient au fait qu’elle se concentre sur un pays en particulier : l’Indonésie. Des études passées ont souligné l’existence d’un « paradoxe asiatique » : la corruption est omniprésente, mais elle n’a pas nécessairement un effet négatif sur la croissance économique (Rajan et Zingales, 1998). Afin de prolonger et discuter nos résultats, il serait intéressant d’étudier l’effet de la corruption sur la survie des filiales étrangères dans d’autres pays. Bibliographie Ahlstrom, D.; Bruton, G. D. (2001). « Learning from Successful Local Private Firms in China : Establishing Legitimacy ». Academy of Management Executive, vol. 15, n° 4, p. 72-83. Ashforth, B. E.; Gioia, D. A.; Robinson, S. L.; Treviño, L. K. (2008). « Re-Viewing Organizational Corruption ». Academy of Management Review, vol. 33, n° 3, p. 670-684. Baden-Fuller, C. W. F. (1989). « Exit from Declining Industries and the Case of Steel Castings ». Economic Journal, vol. 99, p. 949-961 Behrman, J. 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Notre contribution montre que le risque pays et la distance culturelle sont associés à la forme de la filiale implantée à l’étranger, mais n’influencent pas les pratiques d’expatriation mobilisées. This research aims to analyze the influence of country risk and cultural distance on entry mode and control of SMEs over their subsidiaries. Two variables reflecting the entry mode were used : type of implantation (wholly-owned subsidiaries and international joint venture) and expatriation practices. To carry out this study, an online survey was conducted through a database constructed by ourselves and consists of 2526 French SMEs located abroad as subsidiaries. Our contribution shows that the country risk and cultural distance associated with the form of the subsidiary located abroad, but do not influence practices of expatriation. Esta investigación tiene como objetivo analizar la influencia del riesgo país y la distancia cultural en los modos de presencia y control de las PYME en sus filiales. Se utilizaron dos variables relacionadas con la estrategia de implantación en el exterior : el tipo de implantación (filial al 100 % y la empresa conjunta internacional) y las prácticas de expatriación. Para llevar a cabo este estudio, una encuesta en línea se realizó a través de una base de datos que hemos totalmente desarrollado y se compone de 2.526 pymes francesas radicadas en el extranjero en forma de filiales. Nuestra contribución demuestra que el riesgo país y la distancia cultural son asociados a la forma de la filial en el extranjero, pero no influyen en las prácticas de expatriación movilizados. Mots clés : stratégies d’implantation à l’étranger, PME, risque pays, distance culturelle perçue, expatriation. Keywords: international strategies, SMEs, country risk, perceived cultural distance, expatriation. L a gestion des relations siège-filiales est un défi majeur pour les entreprises qui s’internationalisent, en particulier, face aux mutations récentes des pays émergents à croissance rapide (Milliot et Tournois, 2009; Mayrhofer, 2011). Ces relations s’inscrivent dans un contexte d’évolution des pratiques managériales à l’international (Mayrhofer et Urban, 2011). La fragmentation de la production ouvre de nouvelles opportunités pour les PME sur les marchés internationaux (OECD, 2007). L’augmentation croissante des investissements réalisés par les PME sous la forme de filiales à l’étranger (European Commission, 20101) nécessite un examen approfondi des modes de contrôle et de coordination. Toutefois, les travaux consacrés à ce thème restent limités dans le cas des PME (Beamish et Lee, 2003; Brouthers et Nakos, 2004; Vachani, 2005; Obadia et Vida, 2006). La contribution économique des PME est considérable, représentant dans la plupart des pays plus de 95 % de l’ensemble des entreprises nationales (OCDE, 2004). Dans la majorité des économies, elles constituent l’épine dorsale de l’activité 1. Survey 2010, Internationalisation of European SMEs, European Commission - Enterprise and Industry. Palabras claves: Estrategias de implantación en el exterior, PYME, Riesgo país, Distancia cultural percibida, Expatriación. économique. Face à la crise majeure survenue en 2008, les gouvernements accordent une importance croissante à cette forme d’entreprises et développent des plans pour soutenir leur expansion internationale. Dans le contexte de la France par exemple, les PME détenant des filiales à l’étranger affichent une performance supérieure à celles qui se concentrent exclusivement sur le marché national (Gazaniol et al., 2010). L’implantation d’activités à l’étranger suppose la détention de ressources spécifiques mais aussi la maîtrise de facteurs externes. À l’international, les entreprises doivent faire face à de multiples formes d’incertitudes (Holburn et Zelner, 2010). La nationalisation de certains secteurs d’activité, les menaces physiques sur le personnel expatrié, la défaillance et l’opportunisme de certains partenaires locaux, l’instabilité politique et socioéconomique, l’éloignement institutionnel et culturel... sont autant de facteurs externes qui perturbent l’exercice normal d’une activité à l’étranger. Les entreprises doivent alors concilier leur engagement international avec les caractéristiques du pays hôte. 74 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) L’instabilité de l’environnement rend les entreprises plus vulnérables, particulièrement dans le cas des PME, moins préparées que les grandes entreprises à faire face à la complexité environnementale du pays d’accueil (Lu et Beamish, 2006). L’implantation d’une filiale à l’étranger représente un challenge pour les PME. Ces formes d’entreprises doivent préserver l’investissement réalisé et s’assurer des modalités de contrôle et de coordination des activités géographiquement dispersées. L’élargissement du périmètre de fonctionnement de la PME qui s’engage dans l’implantation de filiales à l’étranger va imposer au dirigeant de s’adapter à cette nouvelle configuration organisationnelle (Chen et Martin, 2001). pour maîtriser les facteurs de risques inhérents au pays de localisation (Feinberg et Gupta, 2009). Parmi les modalités de contrôle et de coordination qui pourraient être envisagées, la littérature en management international a examiné la mobilité des salariés à l’international, notamment dans un contexte d’émergence des cadres à fort potentiel dans les économies à croissance rapide (Ghemawat et Hout, 2008; Ghemawat, 2011). Examinons, à partir de la littérature, l’influence du risque pays (1.1) et de la distance culturelle (1.2) sur le mode d’implantation des filiales à l’étranger et le contrôle par l’expatriation. En dépit d’une littérature importante sur l’internationalisation des PME, peu de choses sont connues « sur la façon dont elles gèrent les relations avec leurs filiales internationales » (Obadia et Vida, 2006, p. 57-58). Plus récemment, quelques études se sont attachées à mettre en perspective le choix du mode d’entrée de PME danoises et le niveau de contrôle attendu de la part de la maison mère sur ses opérations internationales (Hollensen et al., 2011; Dyhr Ulrich et al., 2012). Toutefois, ces études sont essentiellement concentrées sur les facteurs internes. Il serait donc nécessaire de prendre en compte des facteurs externes liés à l’incertitude environnementale. Cela permettrait d’enrichir la compréhension des stratégies d’implantation à l’étranger des dirigeants de PME. L’influence du risque Compte tenu de la spécificité des PME et du choix des modes de présence et de contrôle des activités qu’elles opèrent sur les marchés étrangers, nous tenterons de répondre à la question suivante : en quoi le risque pays et la distance culturelle influencent-ils le type de filiales à l’étranger et les pratiques de mobilité internationale des PME françaises ? Ces deux facteurs contextuels retiennent l’attention des praticiens et des chercheurs (Ghemawat, 2011). En effet, ils ont pour conséquence d’affecter les résultats (Feinberg et Gupta, 2009) et la survie des filiales d’entreprises étrangères (Chung et Beamish, 2005; Meschi et Riccio, 2008). Les PME qui engagent des ressources à l’international doivent alors s’adapter aux facteurs contextuels des pays d’accueil. Cette recherche s’articule autour de trois points. Dans un premier temps, une revue de la littérature relative au risque pays et à la distance culturelle donnera lieu à quatre hypothèses de recherche. Dans un second temps, nous aborderons le cadre empirique et méthodologique de notre étude. Enfin, le dernier point s’attachera à présenter et à discuter les résultats obtenus. Modes de présence des PME sur les marchés étrangers et contrôle par l’expatriation Les firmes établissent à l’étranger des coentreprises ou des filiales détenues à 100 % et déploient des stratégies post-entrée 2. International Country Risk Guide (ICRG). Le risque international a été largement mobilisé dans la littérature en mesurant son influence vis à vis des modes d’entrée sur les marchés étrangers (Brouthers, 1995; Jaussaud et Schaaper, 2006; Abdellatif et al., 2010). Pour Knight (1921), le risque désigne une situation où les probabilités qu’un événement se produise sont connues, par opposition à l’incertitude qui ne permet pas de prédire l’éventualité d’un événement futur sur des bases probabilistes. La littérature académique souligne que les entreprises sont exposées à l’international aux risques globaux supportés par tous les opérateurs, et aux risques particuliers, spécifiques à un secteur d’activité par exemple (Alon et Herbert, 2009). Les risques dits globaux tendent à éroder le résultat attendu et cela quel que soit le niveau de développement des pays. Toutefois, les menaces majeures qui entraveraient l’exploitation d’activités à l’étranger sont récurrentes dans les économies émergentes (Henisz et Zelner, 2010) et sont pour la plupart de nature politique (Alon et Herbert, 2009). A partir d’une importante base de données sur les investissements étrangers des multinationales allemandes sur la décennie 1996-2006, Kesternich et Schnitzer (2010) ont étudié l’impact du risque politique sur la répartition du capital des filiales. Ils ont distingué trois dimensions du risque sur la base de l’indicateur2 du risque politique mesuré par l’agence américaine de notation du risque pays (Political Risk Services). Ainsi, les filiales à l’étranger peuvent être confrontées au risque de nationalisation, d’expropriation rampante ou de perte sur les résultats attendus. Ces auteurs établissent une relation négative entre le niveau de risque politique et la participation au capital des filiales à l’étranger des grands groupes allemands. Dans certains pays d’accueil, il peut exister des restrictions sur la détention d’une activité par des investisseurs étrangers. Par exemple, lorsque la législation locale interdit la création de filiales à capitaux totalement détenus par une entreprise étrangère, surtout dans certains secteurs d’activités jugés stratégiques par les pouvoirs publics, l’implantation peut se réaliser en partenariat avec une entreprise locale. La création de filiales conjointes avec un partenaire local permet de L’influence du risque pays et de la distance culturelle sur les modes de présence et de contrôle des PME à l’étranger réduire l’incertitude par le partage des coûts et des risques, ou de contourner certaines barrières imposées par la réglementation locale (Feinberg et Gupta, 2009). La coentreprise internationale permet de créer, de développer et de maintenir un avantage compétitif sur des marchés étrangers, difficilement maîtrisables pour une multinationale (Demirbag et al., 2010). Brouthers et Nakos (2004) montrent que sur les marchés où les incertitudes environnementales sont considérées comme élevées, les PME ont tendance à préférer les modes d’entrée de type contractuel (contrat de licence, de franchise ou une alliance). Toutefois, le recours à la coentreprise permet aux PME d’avoir accès aux ressources du partenaire local (Lu et Beamish, 2006) et de bénéficier de ses compétences relatives au contexte juridique, politique, économique, social et culturel. Ces travaux de recherche concluent à une relation négative entre la forte détention d’une part du capital et le fort degré de risque. Par ailleurs, la recherche de Bontempi et Prodi (2009) permet de compléter et nuancer ces résultats. En effet, ces deux auteurs, dans leur étude portant sur les stratégies d’entrée de PME italiennes en Chine, soulignent que les entreprises créent des coentreprises lorsque l’activité concerne un secteur de biens intermédiaires avec des produits matures (textile, produits chimiques, métalliques, plastiques); en revanche elles optent pour des filiales possédées à 100 % en cas d’investissements à fort contenu technologique qui nécessitent un niveau de protection plus élevé. Dans le contexte des PME, les travaux de Bontempi et Prodi (2009) mettent donc en exergue les caractéristiques du produit (produit mature ou produit innovant) comme facteurs d’influence du choix du mode d’entrée sur les marchés étrangers. Toutefois, le choix d’un mode d’entrée en capital pour un dirigeant de PME semble se dissocier de la question du risque pays (Pinho, 2007). Conduit à prendre des risques pour implanter des activités sur les marchés à l’étranger (Nakos et Brouthers, 2002), le dirigeant de PME est également caractérisé la plupart du temps par une volonté de conserver son pouvoir de décisions (Raymond et Blili, 2005). La centralisation des décisions préservée par une filiale à 100 % permet de résoudre les problèmes de coordination et de réduire la divergence potentielle des objectifs avec le partenaire d’une coentreprise, particulièrement sur des marchés à forte incertitude environnementale. Nous pouvons supposer que : H1a – Plus le risque pays est élevé, plus les PME optent pour l’implantation d’une filiale qu’elles détiennent à 100 %. Les filiales à l’étranger évoluent dans un environnement peu familier, ce qui rend difficile de définir a priori la totalité des variables et des modalités de contrôle à mobiliser. Il devient parfois nécessaire de recourir à des méthodes plus informelles de contrôle, reposant en particulier sur l’envoi de cadres expatriés. Selon le code de la Sécurité sociale en France, possède le statut d’expatrié tout salarié envoyé à l’étranger sans être 75 détaché. La principale différence entre le détachement et l’expatriation résulte du fait que le salarié expatrié n’est plus affilié au régime français de Sécurité sociale. Toutefois, les politiques d’expatriation varient selon les pays de destination. Dans les pays d’affectation, les cadres expatriés sont tenus de développer leurs propres compétences sur les marchés locaux, particulièrement lorsque l’activité est localisée dans un pays émergent ou dans un pays jugé très instable (Collings et al., 2007; Li et Scullion, 2010). L’expatriation est certes une alternative mais aussi un moyen pour que les autres mécanismes de contrôle soient efficaces. Elle permet d’agir sur les pratiques et le comportement des cadres locaux (Takeuchi et al., 2009). En cas de restriction légale sur la détention du capital par exemple, le parent étranger peut compenser par l’envoi des cadres non locaux au sein des filiales. La présence des cadres étrangers au sein de la direction des filiales permet d’anticiper et de répondre à certaines formes d’incertitudes liées à l’environnement transactionnel, institutionnel (Boyacigiller, 1990) ou culturel (Wilkinson et al., 2008; Okpara et Kabongo, 2011). S’agissant du contexte chinois par exemple, Li et Scullion (2010) observent que les connaissances accumulées par les expatriés sur le marché local leur permettent de gérer avec succès les difficultés rencontrées par les filiales. Ces connaissances acquises et développées localement ont un caractère tacite, en constante évolution et diffèrent de celles véhiculées par le siège. Face à ce constat, les entreprises ont tendance à envoyer plus d’expatriés vers les pays jugés à risque élevé (Boyacigiller, 1990; Chung et Beamish, 2005). En effet, les expatriés aident à gérer des situations imprévues qui surviennent dans le pays hôte. L’envoi du personnel d’encadrement en direction des filiales créées au sein des pays perçus comme potentiellement risqués permet de sécuriser les investissements (Chung et Beamish, 2005). Leur présence au sein des filiales à l’étranger contribue à la congruence des attentes du siège et des directions locales (Collin et Rouach, 2009). Cependant, le niveau des qualifications et des compétences tend également à augmenter dans les économies émergentes (Ghemawat et Hout, 2008). Par la présence des cadres non locaux, de nombreuses entreprises étrangères tirent avantage des investissements réalisés dans les pays perçus comme très risqués (Okpara et Kabongo, 2011). Face aux difficultés observées sur les marchés d’accueil (relations avec les clients, les fournisseurs, les concurrents, les conditions de transfert technologique, etc.), le siège devrait souvent rendre plus flexible la gestion des unités à l’étranger par une décentralisation et une accentuation du pouvoir des dirigeants de la filiale. C’est pourquoi, le choix et l’effectif des dirigeants non locaux au sein des filiales à l’étranger sont déterminants en matière de relation siègefiliales (Widmier et al., 2008). La politique de mobilité internationale à mettre en place va donc dépendre à la fois des caractéristiques de l’entreprise et du pays d’accueil, dont les risques inhérents au lieu de localisation. Par conséquent, nous supposons que : 76 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) H1b - Plus le risque pays est élevé, plus les dirigeants de PME ont tendance à recourir à l’expatriation. L’influence de la distance culturelle L’influence de la distance sur la conduite des opérations internationales a été abordée à travers la littérature sous un angle multidimensionnel. Les travaux de Ghemawat (2008) distinguent quatre dimensions de la distance (culturelle, administrative, géographique, économique). Pour traiter des effets de la distance sur les coopérations internationales, Angué et Mayrhofer (2010) ont introduit une cinquième dimension d’ordre technologique. Toutefois, dans le cadre de la présente étude, nous considérons la distance culturelle et le risque pays qui semblent être les deux facteurs d’influence déterminants les plus étudiés, mais de façon isolée, dans les travaux de recherche en management international (LópezDuarte et Vidal-Suárez, 2013). La distance culturelle se comprend ici comme un ensemble des différences de croyances ou de valeurs entre deux organisations, deux équipes ou deux groupes d’individus de deux pays différents (Luo et Shenkar, 2011). Cependant sa mesure suscite de nombreuses controverses (Drogendijk et Slangen, 2006; Angué et Mayrhofer, 2008). Par exemple, pour analyser l’influence de la distance culturelle sur le choix du mode d’implantation entre une filiale 100 % et une entreprise conjointe dans le cas d’entreprises espagnoles, López-Duarte et Vidal-Suárez (2013) ont mobilisé trois mesures distinctes de la distance culturelle. Ces chercheurs ont en effet combiné la mesure proposée par Hofstede (1980, 2001), complétée de celle de Hofstede et al. (2010); les travaux de Schwartz (1994) et enfin, la mesure résultant du projet Globe (House et al., 2004). L’étude Globe (Global Leadership and Organizational Behavior Effectiveness) s’appuie sur les travaux pionniers menés par Hofstede (1980) et complétés par Schwartz (1994). Menée dans le milieu des années 1990, le projet Globe a mobilisé plus de 170 chercheurs à travers le monde et a permis de recueillir des données auprès de 951 organisations et 61 cultures différentes. À titre de comparaison, les dimensions de la culture proposées par Hofstede (1980) sont construites à partir d’enquêtes conduites auprès des travailleurs et dirigeants d’une entreprise multinationale (IBM) et ses filiales. Pour comparer les deux modèles (Hofstede et Globe), une recherche a été réalisée par Shi et Wang (2011) et publiée dans la revue International Journal of Business and Management. Il ressort de ces travaux des similarités entre les deux modèles mais également des divergences. En effet, l’étude Globe semble plus complète. Elle prend en compte à la fois les travaux antérieurs (Hofstede, Schwartz) et résulte d’une large collaboration de 170 chercheurs. Elle est réalisée sur plusieurs organisations, ce qui permet de prendre en compte leur diversité. L’étude Globe propose une approche multidimensionnelle de la culture sur la base de 9 dimensions (House et al., 2004) : la distance du pouvoir, l’égalitarisme entre les sexes, l’affirmation de soi, le contrôle de l’incertitude, le collectivisme I (collectivisme institutionnel), le collectivisme II (collectivisme en groupe), l’orientation future, l’orientation vers la performance, l’orientation humaine. L’objectif du projet Globe est de comprendre l’impact des spécificités culturelles sur le leadership et les processus organisationnels, et d’évaluer l’efficacité de ces processus (House et al., 2004). Ce projet donne lieu à une définition de la culture selon laquelle la culture est un ensemble de « motifs, valeurs, croyances, interprétations ou significations d’événements importants résultant des expériences communes des membres d’un groupe qui se transmettent à travers les générations » (House et Javidan, 2004, p.15). Toutefois, malgré les nombreuses controverses d’ordre conceptuel et méthodologique (Brouthers et Brouthers, 2001), la distance culturelle est souvent mobilisée dans la littérature pour mesurer le degré de l’éloignement culturel (Luo et Shenkar, 2011) et les implications sur les décisions stratégiques (Drogendijk et Slangen, 2006). Les recherches menées sur le lien entre la distance culturelle et le choix du mode d’entrée ont conduit à des résultats contradictoires. Certains auteurs ont souligné le recours à une filiale détenue à 100 % comme mode d’entrée (Anand et Delios, 1997; Erramilli, Agarwal et Kim, 1997). D’autres chercheurs, en revanche, ont conclu au choix d’une entreprise conjointe comme forme privilégiée d’implantation de filiale (Kogut et Singh, 1988; López-Duarte et Vidal-Suárez, 2013). Par-delà ces conclusions contrastées, peu d’études se sont concentrées sur le choix des modes d’entrée en capital réalisés par les PME (Brouthers et Nakos, 2004). Dans le contexte des PME, le recours à un partenaire permet de compenser le manque de ressources et de combler la faible expérience en matière d’implantation de filiales à l’étranger (Lu et Beamish, 2001; Kirby et Kaiser, 2003). Les PME tendent alors à préférer les alliances dans le cadre de leur expansion internationale (Nakos et Brouthers, 2008). Par ailleurs, Obadia et Vida (2006, p. 57) soulignent que « les PME sont moins bien préparées que les grandes entreprises pour faire face à des questions telles que la distance géographique, culturelle et institutionnelle entre les pays d’origine et le pays dans lequel l’investissement a été réalisé (Mayrhofer, 2004; Root 1994; Vachani 2005) ». Dans la perspective de la théorie processuelle, on peut supposer que les risques sont plus grands pour les primo-investisseurs, dépourvus de l’expérience d’un investissement à l’étranger. Toutefois, la gestion des PME est caractérisée par une logique de centralisation des décisions (Raymond et Blili, 2005). Le partage des décisions que suppose l’établissement d’une filiale conjointe à l’étranger peut se heurter à la résistance du dirigeant de PME à consentir un pouvoir de décision à un tiers. Dans cette perspective, l’implantation d’une filiale détenue à 100 % permet de répliquer le mode de gestion des PME et de maintenir un degré élevé de contrôle de la part du siège. En synthèse, nous proposons que : L’influence du risque pays et de la distance culturelle sur les modes de présence et de contrôle des PME à l’étranger H2a – Plus la distance culturelle est élevée, plus les dirigeants de PME optent pour l’implantation d’une filiale qu’elles détiennent à 100 %. La politique de mobilité internationale dépend à la fois des caractéristiques de l’entreprise elle-même et de celles du pays d’accueil (Jiménez, 2010; Al Khattab, 2011). La distance culturelle accroît l’incertitude et présente un risque potentiel d’asymétrie d’informations entre la filiale et le siège. Elle renforce les problèmes d’agence dans le cas de filiales conjointes (Glaister et al., 2003), justifiant dans cette perspective le recours à l’expatriation. Gong (2003, p. 729) mentionne que « lorsque la distance culturelle augmente, l’information concernant les actions et la performance de la filiale devient difficile et coûteuse à obtenir, et les activités deviennent ainsi plus dures à interpréter, rendant le contrôle comportemental et le contrôle des résultats par le siège social plus difficile ». Certains travaux de recherche ont montré qu’en présence d’une forte distance culturelle entre le pays d’origine et le pays d’accueil, les multinationales ont tendance à accroître le nombre d’expatriés envoyés à la filiale étrangère (Gong, 2003; Colakoglu et Caligiuri, 2008; Abdellatif, 2011), particulièrement sur les marchés émergents à forte croissance (Jaussaud et Schaaper, 2009). Dans le cas des PME, les pratiques d’expatriation sont faiblement explorées par la littérature (Cheng et Lin, 2009). Une forte distance culturelle entre deux pays est associée à des différences de pratiques organisationnelles importantes (Kogut et Singh, 1988; Jiménez, 2010). Le recours à l’envoi d’expatriés se justifie car ils sont familiers de la culture du pays d’origine et des modalités de contrôle pratiquées par la maison mère. Dans ce sens, le siège s’attend à ce que les expatriés facilitent la coordination et le retour d’informations provenant de la filiale étrangère (Rabbiosi, 2011). D’autre part, le manque de ressources augmente chez les PME le désavantage d’être étranger (Hymer, 1976) et renforce les difficultés de ces entreprises à recruter et à retenir des salariés locaux compétents (Lu et Beamish, 2006). Sur les marchés émergents à forte incertitude environnementale, les PME tendent à contrôler leurs filiales par le biais de l’expatriation (Cheng et Lin, 2009). En conséquence, on peut s’attendre à ce que : H2b – Plus la distance culturelle est élevée, plus les dirigeants de PME ont tendance à recourir à l’expatriation. Méthodologie de la recherche Pour conduire la phase empirique de notre recherche, présentons maintenant la constitution de l’échantillon de l’étude (2.1), et les mesures de l’opérationnalisation des variables (2.2). 3. Site officiel de LimeSurvey : http://www.limesurvey.org/ 77 Echantillon et collecte des données Usuellement la PME est définie sur la base de critères quantitatifs tels que l’effectif ou le chiffre d’affaires. Il n’existe pas pour autant de définition unitaire des PME dans le monde (Hooi, 2006). Par exemple, le seuil fixé par le Small Business Administration (SBA) sur le continent américain est de 500 salariés, alors que le Japon définit ainsi une PME comme une entreprise de moins de 300 salariés. Ces différences d’acception de la PME au plan international rendent compte de la difficulté de généralisation des observations à l’ensemble des PME dès que l’on ne prend en compte que le seul critère quantitatif. Néanmoins, la taille demeure le critère quantitatif le plus utilisé, bien qu’il ne soit pas universel. La délimitation par les effectifs présente en effet l’avantage de fournir une définition opératoire et permet un accès plus facile à l’identification de ces entreprises. Considérant notre terrain d’étude centré sur les PME françaises, la définition opératoire retenue a été celle d’une entreprise de moins de 250 salariés, conformément au critère d’effectif proposé par la recommandation européenne 2003/361/CE du 6 mai 2003, entrée en vigueur le 1er janvier 2005. Sur la question des investissements directs à l’étranger réalisés par les PME, la plupart des travaux scientifiques mobilisent le cas des PME japonaises (Lu et Beamish, 2001; 2006). L’accès aux données est particulièrement facilité par l’édition d’un répertoire des investissements étrangers japonais, publié annuellement par Toyo Keizai Inc. En l’absence d’une base de données recensant les PME françaises implantées à l’étranger, la démarche a consisté à multiplier les sources pour constituer notre base de référence (Kirby et Kaiser, 2003). L’élaboration de cette base de données s’est appuyée sur les annuaires édités par l’agence Ubifrance recensant les implantations à l’étranger d’entreprises françaises, combinée à d’autres sources telles que les annuaires d’organisations et fédérations professionnelles, des sites institutionnels, la presse économique et internationale et des recherches par mots clés sur Internet. La population de la base de données constituée s’élève à 2 526 PME françaises implantées à l’étranger. Les données de cette étude ont été collectées à partir d’une enquête en ligne administrée sur la période courant du mois d’avril 2011 à juillet 2011, à l’aide du logiciel LimeSurvey3. Le questionnaire a été envoyé aux dirigeants de PME ou à leurs plus proches collaborateurs. In fine, 201 questionnaires remplis intégralement ont été retournés. Tenant compte d’un nombre important d’adresses électroniques invalides et de mails considérés comme Spam, le taux de réponses s’élève à 9,9 %. Ce taux est acceptable compte tenu de la difficulté d’accès aux dirigeants de PME engagés dans une démarche internationale et de la réticence pour ce type d’entreprises à divulguer des informations stratégiques (Pangarkar, 2008) et à remplir des questionnaires (Bell et al., 2004). Par ailleurs, il est conforme à la moyenne des 78 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) taux obtenus dans ce type d’enquête via Internet (Jaussaud et Schaaper, 2006). L’échantillon final est constitué de 201 maisons mères françaises détenant 469 filiales implantées à travers 69 pays. Les données primaires recueillies sont extraites d’une étude plus large menée en 2011 (Jean-Amans, 2011) et traitant des modalités de contrôle et de coordination des PME françaises implantées à l’étranger. Dans le cadre de cette étude, les informations relatives à la distance culturelle perçue et aux pratiques d’expatriation ont été collectées de façon globale sur l’ensemble des filiales détenues par les 201 maisons mères. Or, ces données varient d’un pays à un autre et conditionnent les résultats obtenus pour les maisons mères détenant plusieurs filiales à l’étranger. Dans ce sens, afin d’éviter tout biais d’interprétation, le choix de sélectionner le sous-échantillon correspondant aux PME ne détenant qu’une filiale à l’étranger a été retenu pour la présente étude. Ce sous-effectif de l’échantillon s’élève à 81 PME implantées dans 24 pays à travers le monde entre 1956 et 2011. Parmi ces 24 pays d’implantation, 43 PME sont implantées dans la zone Europe / Moyen Orient et 38 dans tout le reste du monde. Par ailleurs, 30 de ces 81 PME ont recours à l’expatriation au sein de leurs filiales étrangères. Mesures Avant de pratiquer les tests statistiques sur les hypothèses formulées, il convient de définir l’ensemble des variables retenues. Variables dépendantes Concernant le mode de présence (TFIL), la démarche retenue est conforme à celle de Beamish et Lee (2003), Gomez et Werner (2004) ou Demirbag et al. (2010). Le choix entre filiale possédée à 100 % et filiale conjointe est une variable dichotomique codée 0 si la filiale est totalement détenue, et 1 dans le cas d’une coentreprise internationale. L’expatriation (EXPAT) est mesurée à l’aide d’une variable qualitative ordinale appelant à une réponse du type oui/non sur le recours au transfert d’expatriés à la filiale étrangère. Variables indépendantes La mesure du risque pays (RPAYS) suppose de s’intéresser soit au risque « subjectif » soit au risque « objectif ». Dans le premier cas, elle repose sur la perception du déroulement de certains évènements et de leur interprétation par les dirigeants d’entreprises. Dans le second, on mobilise les données proposées par les agences de notations pays et qui reposent sur des informations agrégées à deux niveaux, national et 4.http://www.coface.fr sectoriel. Pour cette recherche, nous n’avons pas collecté des données sur le risque pays tel qu’il est perçu par les dirigeants de PME. Nous utiliserons les notations existantes, particulièrement celles de la Coface (Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur). Plusieurs agences de notations procèdent à l’évaluation du risque pays. Pour notre part, nous adoptons les notations pays proposées par la Coface (note pays @rating) pour deux raisons fondamentales. Primo, notre échantillon est constitué de PME françaises internationalisées. Secundo, la Coface est un assureur-crédit qui agit pour le compte de l’Etat français et pour son propre compte en proposant des solutions de gestion des créances commerciales afin de protéger les entreprises contre les risques politiques et commerciaux. L’évaluation proposée par la Coface « indique dans quelle mesure un engagement financier d’une entreprise est influencé par les perspectives économiques, financières et politiques du pays concerné »4. Les notations du risque pays de la Coface se composent d’une batterie d’indicateurs macroéconomiques (financiers et politiques), d’une expertise de l’environnement des affaires et d’un suivi régulier d’une importante base d’entreprises (expertise microéconomique). La notation développée par cet organisme prend donc en compte à la fois les caractéristiques de l’entreprise et les spécificités du pays hôte. Nous avons repris les 7 familles des risques pays identifiés par la Coface et mis à jour en octobre 2011. La carte des risques est diffusée trimestriellement et propose une évaluation des risques sur 156 pays. Les pays sont regroupés au sein des classes de risques en fonction de la probabilité de défaut des entreprises comme suit : A1 (très faible); A2 (peu élevé); A3 (niveau convenable); A4 (niveau acceptable); B (assez élevé); C (élevée); D (très élevé). La distance culturelle perçue (DCULT) est mesurée par l’échelle de Drogendijk et Slangen (2006) réduite à 5 points. Cette mesure est composée d’un seul item agrégé, conformément aux auteurs. Elle fait référence aux différences culturelles perçues par le dirigeant de la maison mère française vis à vis du pays d’accueil de la filiale, telles que les différences de normes et de valeurs, les habitudes et coutumes, les comportements, les différences de pratiques managériales, de pratiques organisationnelles, de langues, les façons de communiquer et les relations avec les personnes. Bien que multidimensionnelle, la mesure proposée par l’étude Globe ne permettait pas d’intégrer les 24 pays d’implantation de la présente étude. Les neuf dimensions de pratiques et valeurs culturelles partagées du projet Globe ont été regroupées par Gupta et Hanges (2004) en un ensemble de 10 clusters régionaux. La mesure élaborée par Drogendijk et Slangen (2006) a été mobilisée pour étudier l’influence des différences culturelles sur le mode d’implantation à l’étranger. Compte tenu 79 L’influence du risque pays et de la distance culturelle sur les modes de présence et de contrôle des PME à l’étranger de la spécificité managériale des PME où la perception et la vision du dirigeant priment sur la stratégie internationale adoptée, la mesure de la distance culturelle perçue a été privilégiée. Après avoir vérifié la normalité de la distribution, cette variable a été recodée en élaborant deux classes. Avec une moyenne de la distribution égale à 3.8, la première classe regroupe les valeurs comprises entre 1 et 4 de l’échelle. Elle est codée 0 et correspond à la distance culturelle non très élevée. La valeur 5 de l’échelle de mesure, codée 1, constitue la deuxième classe qualifiée de distance culturelle très élevée. Variables de contrôle Deux variables de contrôle viennent enrichir le traitement statistique des données collectées : le secteur d’activité de l’entreprise et la nature industrielle ou commerciale de l’activité de la filiale. En effet, un investissement à fort contenu technologique ainsi que le niveau de ressources financières et humaines que représente l’installation d’un site de production à l’étranger peuvent influencer les dirigeants de PME sur le recours ou non à un partenaire étranger et à l’expatriation. La nature de l’activité de la filiale (NACTIV) permet de distinguer les filiales dotées d’un outil de production des autres filiales, même si certaines filiales couplent les activités de production et de commercialisation. Cette variable prend deux modalités, 1 pour les filiales de production et 0 pour les filiales exclusivement à vocation commerciale. Résultats et discussion Des tests de Khi-deux de Pearson ont été réalisés pour mesurer la liaison statistique entre les variables mobilisées (cf. tableau 1). Dans le but de renforcer les résultats obtenus par les tests du khi-deux, des régressions logistiques ont été effectuées selon la méthode descendante par rapport de vraisemblance. La régression logistique permet de modéliser une réponse Y dichotomique (0,1) en fonction de variables explicatives dont certaines peuvent être qualitatives. Les deux modèles testés sont spécifiés de la manière suivante : Modèle 1 : TFIL = α + β1(DCULT) + β2 (RPAYS) + β3(SACTIV) + β4 (NACTIV) + ε Modèle 2 : EXPAT = α + β1(DCULT) + β2 (RPAYS) + β3(SACTIV) + β4 (NACTIV) + ε Une répartition ex-post des maisons mères a été effectuée, en les regroupant autour de deux secteurs d’activité (SACTIV) : le secteur traditionnel et le secteur de la hautetechnologie. Face à l’absence de définition communément acceptée pour les PME de haute-technologie, nous avons retenu la définition proposée par le Manuel d’Oslo (OCDE, 2005). Elle présente l’avantage d’inclure les entreprises mettant en œuvre l’innovation sans pour autant se référer à un taux d’investissement en Recherche & Développement, plus difficilement mesurable dans les PME. La régression logistique nécessite l’absence de multicolinéarité entre les variables explicatives. Les tests de corrélation de Pearson entre les variables indépendantes doivent présenter des coefficients inférieurs à 0,7 pour garantir l’absence de multicolinéarité (Evrard et al., 2003). Le tableau 2 présente la matrice de corrélation de Spearman effectuée sur les variables explicatives et les variables de contrôle. Les corrélations réalisées confirment l’absence de problème de multicolinéarité. Nous avons par conséquent fait le choix de retenir la définition opératoire de sous-groupes spécifiques au sein de l’industrie, que sont les entreprises des technologies de l’information et les sociétés de biotechnologie. Les entreprises appartenant au secteur de la haute-technologie sont codées 0, tandis que les PME ancrées dans le secteur traditionnel sont codées 1. Par ailleurs, des tests complémentaires ont été menés à l’aide des facteurs d’inflation de la variance (VIF : Variance Inflation Factors). Le coefficient prend des valeurs situées entre 1 et ∞. Plus le coefficient est proche de 1, moins le risque de colinéarité est présent. Dans notre cas, l’indice VIF est proche de 1. Le tableau suivant présente les résultats des régressions logistiques menées sur le modèle 1. Tableau 1 Résultats des tests de Khi-deux χ² Ddl Sign Type de filiale (H1a) 5.161 2 p<0.1 (+) Envoi d’expatriés (H1b) 1.581 2 p>0.1 (-) Type de filiale (H2a) 4.272 1 p<0.05 (+) Envoi d’expatriés (H2b) 0.100 1 p>0.1 (-) Hypothèses Risque pays élevé Distance culturelle très élevée N = 81 80 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Le pouvoir explicatif de ce modèle est de 25,7 %, avec un pourcentage de reclassement de 76,5 %. Les variables explicatives (distance culturelle; risque pays) sont statistiquement significatives à 5 % et influencent négativement la probabilité de recourir à une coentreprise. Tableau 2 Matrice de corrélation des variables indépendantes 1 2 3 4 1. Distance culturelle 1,000 2. Risque Pays -,165 1,000 3. Secteur Activité ,209 -,224 1,000 4. Nature de l’activité de la filiale -,196 ,035 -,262 1,000 Tableau 3 Résultats des régressions logistiques du modèle 1 Variables B Wald Exp(B) 1,510 5,921* 4,526 - 0, 886 4,948* 0,412 Secteur d’activité 1,277 4,165* 3,586 Nature de l’activité de la filiale -1,157 3,925* 0,314 Distance culturelle Risque pays R2 (Nagelkerke) 15,768** Pourcentage de reclassement Intéressons-nous à présent à l’analyse de l’influence du risque pays et de la distance culturelle sur les modes de présence à l’étranger (3.1) et sur les pratiques d’expatriation (3.2) mobilisées par les PME. Les modes d'implantation sur les marches étrangers La répartition par type de filiales selon la notation du risque pays de la Coface est indiquée dans le tableau 4. Nous observons que les PME sont très fortement présentes au sein des pays notés A1, A2 et A3 sur l’échelle de la Coface, soit un effectif de 53 sur un total de 81 filiales (65.43 %). En revanche, elles sont très faiblement représentées dans les notations A4, B, C et D, soit un effectif de 28 sur un total de 81 filiales (34.57 %). Sur le lien supposé entre le risque pays et le choix du mode d’entrée sur les marchés étrangers, le test du khi-deux indique que l’hypothèse H1a est validée modérément au seuil de 10 % (χ² = 5.161; p<0.1). Ce seuil est acceptable dans une démarche exploratoire, c’est-à-dire que ce résultat doit être 0,257 χ² Les tests statistiques effectués sur le modèle 2 indiquent que seule la « Nature de l’activité de la filiale » est retenue comme une variable prédictive significative du recours à l’expatriation (R2 = 0,229; Pourcentage de reclassement : 72,8 %). 76,5 ** p < 0,01; * p < 0,05; N = 81 Tableau 4 Distribution des types de filiales selon le risque pays Coface Rating Probabilité de défaut des entreprises A1 Très faible Australie; Canada; Japon; Luxembourg; Singapour; Suède 2 7 9 A2 Peu élevée Allemagne; Belgique; USA 6 16 22 A3 Niveau convenable Brésil; Chine; Espagne; Ile Maurice; Inde; Italie; Pologne; Slovaquie 6 16 22 A4 Niveau acceptable Algérie; Maroc; Tunisie 4 10 14 B Assez élevée Gabon; Roumanie 2 7 9 C Elevée Grèce; Mali 1 4 5 D Très élevée Pas représenté dans l’échantillon 0 0 0 Pays d’implantation Filiale 100 % Coentreprise Total N = 81 81 L’influence du risque pays et de la distance culturelle sur les modes de présence et de contrôle des PME à l’étranger interprété avec prudence5. Il est en effet d’usage en Sciences sociales de ne pas dépasser le seuil de p<0.05. En croisant le type de filiales et la distance culturelle, nous obtenons le tableau 5. Le test statistique effectué sur l’hypothèse H2a confirme une liaison statistique entre les variables « distance culturelle perçue » et « mode de présence ». Plus précisément, les résidus standardisés (cf. tableau 5) autorisent à valider une association entre un degré très élevé de distance culturelle perçue et le choix d’une filiale détenue à 100 %. Notre hypothèse H2a est donc validée. Les résultats obtenus à l’aide du modèle 1 de régression montrent que plus le risque pays est élevé, plus la probabilité que les PME soient implantées sous la forme de filiales totalement détenues est forte. Dans une première approche de marchés jugés risqués, sur le cas de grands groupes, la création d’une filiale conjointe est la forme d’implantation préférée des investisseurs étrangers. La présence d’un partenaire local permet de réduire l’exposition au risque et de bénéficier de sa connaissance du marché local (Delios et Beamish, 1999; Meschi et Riccio, 2008). Toutefois, dans le contexte des PME, le recours à un partenaire local tend à être délaissé au profit d’un contrôle total de la filiale étrangère. Par ailleurs, en ce qui concerne l’influence supposée de la distance culturelle perçue sur le mode de présence à l’étranger, nous observons que moins la distance culturelle est élevée, plus les dirigeants de PME font le choix d’une implantation sous la forme de filiale conjointe à l’étranger. Ces résultats confirment les conclusions des travaux de Anand et Delios (1997) et de Erramilli et al., (1997). Or, la littérature s’accorde sur le fait que les PME caractérisées par un manque de ressources et d’expérience sur les marchés étrangers tendent généralement à privilégier le recours à un partenaire (Lu et Beamish, 2001). Le partenaire étranger est vu comme une ressource complémentaire permettant de compenser les limites auxquelles sont confrontées les PME lorsqu’elles s’engagent sur les marchés internationaux par le biais d’une implantation à l’étranger. Beamish et Lee (2003), dans leur étude portant sur les filiales coréennes détenues par des PME, notent que les PME ont tendance à se tourner vers la forme des coentreprises afin de réduire le coût lié à l’origine étrangère (« cost of foreignness », Hymer, 1976). Toutes les entreprises sont confrontées, à des degrés différents, au désavantage d’être étranger quand elles réalisent des investissements à l’étranger (Hymer, 1976). Cependant, les petites entreprises sont plus handicapées que les grandes, du fait qu’elles tendent, de façon générale, à avoir une expérience internationale plus limitée Tableau 5 Répartition par type de filiales selon la distance culturelle perçue Type de filiale Filiale 100 % Coentreprise Total 13 48 61 % du total 21,31 % 78,69 % 100,0 % Résidu standardisé -0,9 0,5 9 11 20 % du total 45,0 % 55,0 % 100,0 % Résidu standardisé 1,5 -0,9 Effectif 22 59 81 27,20 % 72,80 % 100,00 % Effectif Distance non très élevée Distance culturelle perçue Effectif Distance très élevée Total % du total 5. Dans des recherches futures, en travaillant sur un échantillon plus large, ce résultat pourrait être confirmé avec un seuil de signification amélioré (5 % ou de préférence 1 %). 82 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) (Lu et Beamish, 2001; 2004), à l’exception des PME nées globales dont le dirigeant, ou son proche collaborateur, est la plupart du temps doté d’une forte expérience internationale antérieure (Oviatt et McDougall, 1994; Rialp et al., 2005). Néanmoins, nos résultats renforcent le paradoxe de la distance culturelle (Brouthers et Brouthers, 2001) en montrant que les PME françaises, par crainte de malentendus et d’asymétrie d’informations, optent pour le choix d’un contrôle total de la filiale (filiale 100 %). La forme d’une filiale totalement détenue permet au dirigeant de PME de préserver son pouvoir de décisions. Il est en effet communément admis que la gestion des PME est fortement centralisée (Raymond et Blili, 2005), voire personnalisée autour du dirigeant. « Les dirigeants de PME se montrent réticents à déléguer à d’autres un pouvoir de gestion » (Wtterwulghe, 1998, p. 36). Par ailleurs, le secteur d’activité et la nature de l’activité de la filiale ont une influence sur le type de filiales implantées à l’étranger. En effet, nos résultats statistiques montrent que les entreprises évoluant dans un secteur d’activité traditionnel ont une probabilité plus forte à recourir à un partenaire étranger, alors que les entreprises issues de la haute-technologie privilégient un contrôle total par le biais d’une filiale totalement détenue. Ce résultat corrobore les conclusions avancées par Anderson et Gatignon (1986) ou Bontempi et Prodi (2009). En présence d’un investissement à fort contenu technologique nécessitant un niveau de protection et de surveillance plus élevé, les entreprises se tournent vers la forme d’une filiale détenue à 100 %, alors qu’elles ont tendance à opter pour une coentreprise concernant la fabrication de produits plus matures tels que les biens intermédiaires. Enfin, un investissement industriel n’influence pas les dirigeants de PME à se tourner vers un partenaire étranger. La faible taille de l’échantillon nous invite néanmoins à considérer ce résultat avec précautions. l’effectif de notre échantillon ayant recours à l’expatriation (30 PME sur 81). Néanmoins, cet élément donne une indication sur les pratiques d’expatriation des dirigeants de PME, contraints généralement par un manque de ressources, ce qui pourrait expliquer ce faible taux. Les PME, contrairement aux grandes entreprises, n’ont pas nécessairement la capacité d’envoyer leurs propres salariés dans un pays étranger pour une période prolongée (Lu et Beamish, 2001). En revanche, la probabilité de transférer des expatriés dans les filiales de production détenues par des PME est forte. Le transfert du processus de production est souvent complexe à codifier (Kogut et Zander, 1993; Vachani, 2005), particulièrement dans le contexte des PME moins formalisées que les grandes entreprises et où la connaissance et le savoirfaire sont la plupart du temps de caractère tacite. L’expatriation permet de réduire l’usage de mécanismes bureaucratiques (Paik et Sohn, 2004) et de veiller à la qualité des produits fabriqués à l’étranger. Par ailleurs, le parent étranger s’expose à un risque d’appropriation de la technologie. Le cadre expatrié va se porter garant des intérêts de la maison mère. Le contexte de globalisation et les mutations observées dans les pratiques actuelles en management international (Mayrhofer et Urban, 2011), ainsi que le relèvement du niveau de compétences des salariés des pays hôtes (Björkman et al., 2008; Ghemawat et Hout, 2008) induiraient une baisse du niveau d’expatriation (Okpara et Kabongo, 2011). En comparant les pratiques de GRH de 1996 et 2006 au sein des coentreprises sino-européennes, établies en Chine, Björkman et al., (2008) soulignent qu’on observe une tendance à une convergence de ces pratiques sur une dizaine d’années, ce qui a priori pourrait induire un fléchissement du nombre d’expatriés. Sur la question de la mobilité internationale dans un contexte d’émergence des cadres qualifiés et compétents au sein des pays à croissance rapide, nous avons supposé un lien entre un niveau de risque pays élevé et le recours à l’expatriation d’une part (H1b); puis une relation entre une distance culturelle forte et l’envoi d’expatriés d’autre part (H2b). Contrairement à nos prédictions, les résultats du test pratiqué sur le modèle 2 de régression indiquent que nos hypothèses H1b et H2b sont rejetées. Pour baisser les coûts afférents à la gestion des cadres expatriés, les entreprises adoptent de nouvelles pratiques de mobilité internationale. Elles tendent à privilégier les visites en entreprise de courte durée, les réunions inter-unités, la participation à des programmes de formation et de perfectionnement… (Bonache et al., 2010). Elles s’orientent vers des formes de mobilité moins onéreuses quelle que soit la taille, en développant par exemple le commuting (Abdellatif, 2011). Cette forme de mobilité consiste à envoyer des salariés du siège vers les filiales pour des missions de courte durée. Les « commuters » sont salariés du siège et vont travailler dans les filiales quelques jours de la semaine ou toute la semaine puis reviennent le week-end. Ce résultat suggère que la politique de transfert des cadres au sein des filiales étrangères des PME françaises n’est pas influencée par la distance culturelle, ni par le degré du risque pays. Le risque pays et la distance culturelle ne sont pas des facteurs prédictifs du recours à l’expatriation dans les filiales détenues par les PME. Nos résultats, dans le contexte des PME, infirment les conclusions avancées dans le cas des entreprises de plus grande taille (Gong, 2003; Colakoglu et Caligiuri, 2008; Okpara et Kabongo, 2011). L’absence de relation peut trouver une justification dans la petite taille de Le commuting est adopté par les entreprises pour répondre à une opération temporaire (par exemple à l’occasion d’un rachat), à un besoin soudain (coordination d’opérations de production) ou bien lorsqu’il y a des salariés qui travaillent sur différents sites géographiques. Cette forme de mobilité est souvent utilisée lorsque les distances géographiques sont faibles ou bien quand le pays hôte est jugé très instable ou en situation d’insécurité (Bonache et al., 2010). Pour les entreprises, cette forme de mobilité présente beaucoup d’avantages par rapport à une expatriation classique. Le « commuter » Les pratiques d’expatriation L’influence du risque pays et de la distance culturelle sur les modes de présence et de contrôle des PME à l’étranger se déplace dans plusieurs pays, ce qui constitue un gain en termes de coûts et de flexibilité pour les entreprises, et particulièrement pour les PME qui s’inscrivent dans une optique de centralisation des décisions (Raymond et Blili, 2005) et aussi compte tenu du fait que la perception et la vision du dirigeant prédominent sur la stratégie d’internationalisation. Conclusion Cette recherche avait pour objectif d’étudier l’influence du risque pays et de la distance culturelle perçue sur les modes d’implantation et de contrôle des PME à l’étranger. En effet, la gestion des affaires en contexte international, dans un environnement peu connu et non maîtrisé, nécessite des précautions supplémentaires par rapport à l’exercice d’une activité dans le cadre national. La littérature suggère que dans le processus d’implantation et de contrôle des activités à l’étranger, les entreprises adaptent leur stratégie d’internationalisation en fonction des facteurs contextuels du pays hôte (Kumar et Seth, 1998; Wilkinson et al., 2008; Okpara et Kabongo, 2011). Nos résultats montrent qu’en présence d’un risque pays élevé, les dirigeants de PME préservent un contrôle total de leurs implantations à l’étranger par le biais d’une filiale détenue à 100 %. De même, confrontés à une distance culturelle perçue élevée, les dirigeants de PME ont tendance à implanter des filiales totalement détenues. Ces résultats confirment les conclusions de Brouthers et Brouthers (2001) sur l’influence du risque et l’impact de la distance culturelle. En effet, ces auteurs montrent que les managers optent pour l’implantation de filiales 100 % sur des marchés à fort risque d’investissement simultanément à une distance culturelle élevée. Par ailleurs, un degré élevé de risque pays et une distance culturelle perçue forte ne sont pas des facteurs prédictifs du recours à l’expatriation. Toutefois, le transfert d’expatriés se justifie néanmoins dans les filiales de production. Sur ces résultats, certaines limites peuvent être exprimées quant à la répartition du capital au sein des filiales conjointes. Nous avons considéré les coentreprises comme un groupe homogène, ce qui pourrait occulter le caractère volontaire ou imposé d’une position minoritaire, égalitaire ou majoritaire dans une filiale conjointe. Par ailleurs, contraints par l’absence de données relatives à l’évolution des notations pays au fil du temps, l’analyse du mode de présence à l’étranger sous la forme de filiales n’a pas pu prendre en compte la dimension temporelle dans le choix initial du mode d’entrée des PME sur les marchés internationaux. Nous avons également mesuré les pratiques d’expatriation par une variable qui appelait à une réponse binaire de type « oui/non ». Cette mesure pourrait être améliorée en s’intéressant à l’évolution du nombre d’expatriés sur des périodes relativement longues pour intégrer l’expérience internationale accumulée par les entreprises (Jiménez, 2010; Rabbiosi, 2011). 83 Les investigations futures devraient également porter sur la mesure du risque international perçu (Brouthers et al., 2002; Demirbag et al., 2010) et l’influence de l’approche multidimensionnelle du risque international perçu sur la nature d’activités développées à l’étranger (activités de services aux entreprises / activités industrielles), comme le montre l’étude conduite par Brouthers et al., (2002) sur le cas d’entreprises européennes. D’autre part, il serait pertinent d’envisager l’influence de l’âge de la filiale sur le recours à l’envoi d’expatriés de la part des PME. En effet, il est envisageable que la maison mère s’appuie sur l’expatriation comme modalité de coordination des activités dans les premiers stades de la création de la filiale étrangère (Fang et al., 2010). Par ailleurs, de futures recherches pourraient s’attacher à évaluer la performance des filiales de PME en fonction du mode d’entrée retenu, et de déterminer l’influence du risque pays et la distance culturelle perçue sur la base des résultats financiers obtenus (Dyhr Ulrich et al., 2012). Dans le contexte de PME danoises, un haut degré de contrôle sur l’investissement réalisé permet d’optimiser la performance financière de la filiale étrangère (Dyhr Ulrich et al., 2012). Au-delà des critères financiers objectifs, il serait à cet égard envisageable de se tourner vers la perception de la performance en évaluant le degré de satisfaction de la maison mère vis à vis des objectifs pour lesquels la filiale étrangère a été créée (Geringer et Hebert, 1991; Child et Yan, 2003). Ces investigations permettraient de mettre les spécificités managériales et structurelles des PME, en perspective de l’atteinte des résultats obtenus dans une diversité d’environnements internationaux. Bibliographie Abdellatif, M. (2011). « Le contrôle des filiales à l’étranger. Une analyse de la mobilité des cadres selon le risque pays perçu », Revue française de Gestion, N° 212, p. 157-170. Abdellatif, M.; Amann, B.; Jaussaud, J. (2010). « International Firm Strategies : Is Cultural Distance a Main Determinant ? », Transition Studies Review, Vol. 17, N° 4, p.611-623. Al Khattab, A. (2011). « The Role of Corporate Risk Managers in Country Risk Management : A Survey of Jordanian Multinational Enterprises », International Journal of Business and Management, Vol. 6, N° 1, p. 274-282. Alon, I.; Herbert, T. T. (2009). « A stranger in a strange land : Micro political risk and the multinational firm », Business Horizon, Vol. 52, p. 127-137. Anand, J.; Delios, A. 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Based on data from the Global Entrepreneurship Monitor and the World Bank for 64 countries during the 2001-2008 period, this study demonstrates that young entrepreneurial firms involved in product and/or process innovation are more likely to be internationalized. Moreover, the results of our study reveal that the impact of innovation is greater for product innovation than for process innovation and for highincome countries than for low- or middleincome countries. Este artículo estudia la relación entre innovación e internacionalización en las jóvenes empresas emprendedoras. Con datos de la Global Entrepreneurship Monitor y del Banco Mundial de 64 países entre 2001-2008, este estudio demuestra que las jóvenes empresas emprendedoras involucradas en la innovación de producto y/o de proceso son más propensas a internacionalizarse. Por otra parte, los resultados de nuestro estudio revelan un mayor impacto de la innovación de producto que de la innovación de proceso, así como un mayor impacto en los países de altos ingresos que en los países de bajos y medianos ingresos. Keywords: international entrepreneurship, product innovation, process innovation, Global Entrepreneurship Monitor Palabras claves: iniciativa empresarial internacional, innovación de productos, innovación de procesos, Global Entrepreneurship Monitor Mots clés : Mots-clés: entrepreneuriat international, innovation de produit, innovation de procédé, Global Entrepreneurship Monitor S ince the seminal work of Oviatt and McDougall (1994), the phenomenon of early firm internationalization has been studied extensively, improving our understanding of so-called international new ventures. Although several studies have attempted to better define the concept of international new ventures (Gabrielsson et al., 2008; Baum et al., 2011), most of the research on this topic to date has focused on the drivers of early firm internationalization (Rialp et al., 2005). Several factors have been identified as influencing the early internationalization of start-ups (Oviatt and McDougall, 1994; Johnson, 2004; Weerawardena et al., 2007): internal firm factors, (i.e., characteristics of the entrepreneurs and firm resources), external factors (i.e., features of the industry and the competitive environment), and facilitating factors. According to Zucchella et al. (2007), location-specific factors, such as presence within a cluster or a district, might positively impact early firm internationalization. Moreover, Fan and Phan (2007) argue that economic factors and socio-cultural forces also play a significant role in a firm’s decision to internationalize. However, the literature on the drivers of early internationalization has devoted little attention to the role of innovation. In their extensive survey of the literature on early internationalizing firms, Rialp et al. (2005) do not even mention the term innovation. This gap is particularly surprising because (i) early works in the field of international entrepreneurship emphasize the role of innovation and technology as important drivers of early internationalization (Oviatt and McDougall, 1994; Knight and Cavusgil, 1996) and (ii) numerous studies on incumbent firms – and on small and medium-sized enterprises (SMEs) in particular – indicate that there is a positive relationship between innovation and internationalization at the firm level (Cassiman and Golovko, 2011; Ganotakis and Love, 2011; among others). Moreover, existing empirical studies on the relationship between innovation and the internationalization of new ventures are typically small-scale qualitative studies with findings that are not entirely conclusive (Ramos et al., 2011). In summary, the literature has not sufficiently recognized the role of innovation as a determinant of young firm internationalization. Our research fills this gap in the literature by examining the relationship between the innovation in young entrepreneurial firms and their internationalization. Studying this relationship is important; as Aggarwal (1999) argues, the modern information age has led to competition based on ideas and technology and to the broadening of the geographical competition space. Moreover, at the firm level, innovation and internationalization are traditionally considered 88 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) alternative growth options, whereas “nowadays, especially for young technology-based firms, innovation and internationalization are more likely to be instantaneous, fast and inter-related” (Onetti et al., 2012, p. 339). We use the Global Entrepreneurship Monitor (GEM) database to empirically test the relationship between innovation and internationalization in young entrepreneurial firms that are located in 64 countries during the 2001-2008 period. This paper contributes to the literature in two ways. First, we offer empirical evidence for the role of innovation as a factor that influences early firm internationalization. Second, this paper is based on a large cross-country dataset, which increases the generalizability of the findings and allows possible country differences in the innovation-internationalization nexus to be identified in a single dataset. To our knowledge, previous studies have focused on one country, primarily Spain (Caldera, 2010; Cassiman and Golovko, 2011; Monreal-Perez et al., 2012), Italy (Basile, 2001; Nassimbeni, 2001) or the United Kingdom (UK) (Wakelin, 1998; Ganotakis and Love, 2011); only two studies have focused on an emerging country, China (Guan and Ma, 2003) and Turkey (Ozcelik and Taymaz, 2004). Expanding the research to other developed and emerging countries is important because international entrepreneurship research has devoted little attention to new ventures in emerging economies compared to developed economies (Yamakawa et al., 2008). The paper is organized as follows. The first section analyzes the interplay between innovation and internationalization of young firms and enables us to formulate and justify our hypotheses. The second section explains the method and data used in our study. The third section presents and discusses the empirical findings. The concluding section outlines the major contributions of the study in addition to its limitations and future research directions. Innovation and internationalization: Literature review and hypotheses A significant number of firm-level studies have investigated the role of both innovation and productivity in internationalization in two distinct – but sometimes overlapping – strands of the literature. Recently, Cassiman and Golovko (2011) cleverly connected these two strands by noting that innovation, particularly product innovation, may have both direct and indirect effects on internationalization. First, innovation increases the likelihood of SME internationalization because of increased foreign demand for new products, which is consistent with several previous studies that have related innovation and internationalization directly (see Appendix 1). Second, research and development (R&D) and innovation positively impact productivity, which enhances a firm’s export orientation and is consistent with the findings of Bernard and Jensen (1999) that there are differences in firm performance between exporters and non-exporters. In an extensive review of the literature on this topic, Wagner (2007) points out that most studies have concluded that exporters are more productive than non-exporters and that more productive firms self-select into export markets. The literature on international entrepreneurship emphasizes that young firms that internationalize early are typically knowledge intensive with a strong orientation toward innovation and technology. Knight and Cavusgil (1996, p. 11) define born globals as “small technology oriented companies that operate in international markets from the earliest days of establishment”. This accelerated pace of internationalization is most associated with “high technology, knowledgebased and service intensive firms” (Coviello and Munro, 1997, p. 362). Such firms are less constrained by distance and national boundaries and can more flexibly exploit international opportunities (Autio et al., 2000). According to Oviatt and McDougall (1994), early internationalization is also associated with the development of an entrepreneurial orientation that is primarily characterized by an innovative orientation (Miller, 1983). The results of a recent empirical study confirm that an innovative orientation accelerates companies’ internationalization time and allows them to implement more activities and opt for high-control entry modes in foreign markets (Melia et al., 2010). Thus, innovation appears to be an important motive for early internationalization of young entrepreneurial firms. Both product and process innovation stimulate firms to undertake international activities (Lopez Rodriguez and Garcia Rodriguez, 2005). Firms involved in product innovation are more likely to make a rapid international appearance for several reasons. First, according to Vernon (1966) entrepreneurs are more likely to identify opportunities to introduce new products in their domestic market because of their geographic proximity. Innovation is therefore driven by domestic demand; however, when the demand for new products expands abroad, entrepreneurs begin to export. Internationalization therefore allows firms to exploit their market power (Hirsch and Bijaoui, 1985). Second, the development of unique products allows firms to serve niche markets and to attain superior levels of performance in international markets (Knight and Cavusgil, 2004). Third, product innovation may result in higher quality products, which increases the probability of internationalization (Roper and Love, 2002). Fourth, the impact of product innovation on internationalization is expected to be particularly strong for young entrepreneurial firms because product innovation dominates the early stage of the product life cycle (Cassiman et al., 2010). Based on the literature, we formulate hypothesis 1 as follows: H1. Young entrepreneurial firms that are involved in product innovation are more likely to be internationalized. It has also been noted that early internationalization is largely a consequence of firms increasing their investment in technology (Saarenketo et al., 2008). Indeed, the Innovation and Internationalization of Young Entrepreneurial Firms 89 acquisition of a new process technology improves productivity, product rationalization and costs (Ramos et al., 2011), which motivates firms to internationalize for several reasons. First, firms that innovate in technology are more likely to enter foreign markets “to increase sales volumes and spread the fixed costs of innovation over a larger number of units” (Pla-Barber and Alegre, 2007, p. 278). Second, firms that reduce costs through process innovation can charge lower prices, increase sales and obtain higher returns from internationalization (Caldera, 2010). Third, the need to exploit a proprietary technology or process internationally to set a global standard and preempt competitors is an important factor of early internationalization (McDougall and Oviatt, 1991; Bloodgood et al., 1996). There is an extensive literature that supports the effect of technology on internationalization (Ramos et al., 2011). In particular, the literature examines the probability that a firm’s export behavior and performance will depend on technology. Ito and Pucik (1993) find that R&D expenditures influence a firm’s competitiveness, which affects its export behavior and the yields obtained through exporting. Similarly, Chetty and Hamilton (1993) find a positive relationship between technological intensity and export results. Other studies describe technology as aiding exporting (Moon and Lee, 1990) and facilitating export success (Gomez-Mejia, 1988). It is also argued that the ability to use technological capabilities leads to faster international growth (Crick and Jones, 2000). fundamental to our understanding of the early internationalization phenomenon, although the effect of the sector is important. Therefore, in our study, we include both the technological and non-technological sectors. Consistent with these studies, we postulate the following hypothesis: H2. Young entrepreneurial firms that are involved in process innovation are more likely to be internationalized. The analysis of the literature suggests that both product and process innovations lead to the internationalization of new ventures. We can therefore assume that there might be a cumulative effect, i.e., a firm that both employs a new process and has a new product is more likely to be internationalized. Accordingly, we formulate hypothesis 3 as follows: H3. Young entrepreneurial firms that are involved in both product and process innovations are more likely to be internationalized. This type of behavior is believed to be the most common in technology-intensive sectors (Weerawardena et al., 2007). For example, Wakelin (1998) finds that there is a significant relationship between capital intensity and exporting, which is conditioned on the specific characteristics of the environment in which firms operate. Focusing on international new ventures or the born-global phenomenon, the majority of empirical studies are conducted in technology-intensive sectors (Autio et al., 2000; Rialp et al., 2005). However, some authors argue that it is possible to identify this type of firm regardless of the characteristics of the sector in which it operates (Knight and Cavusgil, 1996; Madsen and Servais, 1997). This argument suggests that the firm’s strategy is To summarize, the literature suggests that innovation generally encourages the internationalization of young entrepreneurial firms, although this literature is primarily based on small-scale qualitative studies and lacks conclusive empirical findings. In the following section, we explain how we aim to fill this knowledge gap and contribute to the international entrepreneurship literature. Methods and data In this section, we present the variables, data and econometric techniques used in our empirical work. The aim of this paper is to estimate the relationship between the innovation and internationalization of young entrepreneurial firms during the 2001-2008 period. We make use of GEM data and World Bank Development Indicators (WDI); both of these data sources are annual and cover the same 2001-2008 period. Detailed definitions of the variables, data sources, and descriptive statistics are presented in Table 1. GEM is an annual assessment of the level of entrepreneurial activity within and between countries. GEM data are taken from surveys on representative samples of at least 2,000 randomly selected adults per country, including both entrepreneurs and non-entrepreneurs. In 2008, the data covered 64 developed and developing countries (see Appendix 2). The full sample therefore includes 69,054 observations. Our study focuses on entrepreneurial firms and aims to understand the role of innovation as a determinant of internationalization. We therefore consider only individuals engaged in entrepreneurial activity, using the total early-stage entrepreneurial activity (TEA) subset, i.e., nascent entrepreneurs and new businesses three to 42 months old. In the GEM database, entrepreneurial firm internationalization is measured by the percentage of customers abroad and placed into one of five categories according to the number of customers that normally live abroad. In particular, entrepreneurs are asked not about their ratio of foreign sales to total sales but about the number of customers that live abroad. However, it is a reasonable assumption that the responses of the entrepreneurs are based on the foreign sales/total sales ratio. The variable we want to explain, internationalization dummy, is expressed by the GEM variable teayyint and is built on the teaexp5c variable (see Table 1). This variable identifies early-stage entrepreneurial firms with at least 25% of their customers living abroad that are between three and 42 months old, which is consistent with the definition of early international firms from Servais et al. (2007) and may facilitate comparison with past or future studies. In additional estimations, we also use the categorical variable internationalization intensity (which is represented by the GEM variable teaexp5c) as the dependent variable. No information is 90 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Table 1 Definitions of variables, sources and descriptive statistics. Descriptive statistics Variable* Variable definition # Source observations Mean SD Min Max Internationalization dummy (teayyint) = 1 if at least 25% of the customers come from other countries. GEM 53,329 0.15 0.36 0 1 Internationalization intensity (teaexp5c) Share of customers abroad, organized into five categories. GEM 69,054 1.67 1.14 1 5 Process innovation (teatech) = 1 if the technology or the procedure required for the product has been available for less than 5 years. GEM 69,054 0.42 0.49 0 1 Product innovation (teayynwp) = 1 if the product is new to all or some costumers, 0 otherwise. GEM 69,054 0.07 0.25 0 1 Product and process innovations (teatech and teayynwp) = 1 if the entrepreneur enters the market with a relatively new product using a relatively new technology, 0 otherwise. GEM 69,054 0.04 0.19 0 1 Age (age) Age of the individual in years at the time of the survey. GEM 67,292 38.52 12 9 104 Male (gender) = 1 if the individual is a male, 0 otherwise. GEM 69,054 0.60 0.49 0 1 Post-secondary education (gemeduc) = 1 if the individual has attained a postsecondary or higher education level, 0 otherwise. GEM 69,054 0.40 0.49 0 ‘1 Opportunity (teayyopp) = 1 if the individual reports an opportunity (as opposed to necessity) motive for entrepreneurship, 0 otherwise. GEM 69,054 0.72 0.45 0 1 Technology sector (teayytec) = 1 if the entrepreneurial activity occurs in the medium- or hightechnology sector, 0 otherwise. GEM 69,054 0.06 0.25 0 1 Size (teayyjnw) Number of persons working for the business, organized into four categories. GEM 34,443 1.85 0.78 1 4 Patents per capita Number of patent applications filed directly with a national patent office or using the Patent Cooperation Treaty procedure. WDI 58,239 0.0002 0.0003 0 0.003 GDP Log of GDP at purchaser’s prices in USD. WDI 68,998 26.69 1.71 22.57 30.29 GDP per capita PPP Log of GDP per capita based on purchasing power parity in constant 2005 USD. WDI 68,998 9.75 0.85 6.67 11.12 Notes: * Names of the GEM variables that are used to build the estimation variables are in parenthesis. The exact GEM survey questions and answers are presented in Appendix 3. Innovation and Internationalization of Young Entrepreneurial Firms 91 available on the type of presence abroad, the number of value chain activities conducted abroad, or the number of countries in which the new venture is present. It is therefore impossible to classify the firms on which we focus according to any typology of international ventures. of European SMEs finding that 24% of European microenterprises exported directly in 2009 (European Commission, 2010). Detailed characteristics of the sample are presented in Table 2. Among the 53,329 entrepreneurs who responded to the question on internationalization, 8,317 (15.6%) declared that at least 25% of their customers live abroad. For developed countries, that portion of entrepreneurs rises to 18.2%, which is comparable to a recent survey on the internationalization The dependent variables also originate from the GEM data. These variables are product innovation (teayynwp) and process innovation (teatech). Details about these variables are presented in Table 1. Product innovation determines whether a product is new to all or some customers. Process innovation determines whether a technology or procedure required for the manufacturing of a product has been available for less than five years. The product and process innovations Table 2 Characteristics of the sample Binary variables # observations # observations if variable = 1 % of observations if variable = 1 Full sample International. dummy Men Women 53,329 31,828 21,501 8,317 5,560 2,257 15.6 17.5 12.8 Process innovation Men Women 69,054 41,470 27,584 4,807 2,815 1,991 7.0 6.8 7.2 Product innovation Men Women 69,054 41,470 27,584 28,771 17,168 11,603 41.7 41.4 42.1 Prod. and proc. innov. Men Women 69,054 41,470 27,584 2,602 1,533 1,069 3.8 3.7 3.9 Internationalized young entrepreneurial firms Process innovation 8,317 958 11.5 Product innovation 8,317 4,755 57.2 Prod. and proc. innov. 8,317 638 7.7 High-income countries International. dummy 35,874 6,539 18.2 Process innovation 45,682 2,516 5.5 Product innovation 45,682 18,604 40.7 Prod. and proc. innov. 45,682 1,448 3.2 Low- and middle-income countries International dummy 17,455 1,778 10.2 Process innovation 23,372 2,290 9.7 Product innovation 23,372 10,167 43.5 Prod. and proc. innov. 23,372 1,154 4.9 92 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) variable is the product of two GEM variables: product innovation and process innovation. Product and process innovations, therefore, identifies entrepreneurs entering the market with a relatively new product using a relatively recent technology. Among the 69,054 entrepreneurs who responded to the question on the newness of their product and their technology, 41.7% (28,771) reported that their product is new, 7% (4,807) indicated that their technology is new, and 3.8% (2,602) that both their technology and product are new (Table 2). Many empirical studies on the innovation-internationalization nexus employ productivity measures instead of innovation because innovation is difficult to measure (Anon Higon and Driffield, 2011) and because of the absence of data measuring innovation (Silva et al., 2012). Moreover, there is little distinction in the literature between R&D and innovation because R&D often leads to product or process innovation (Harris and Moffat, 2011). However, Ganotakis and Love (2011, p. 280) suggest that “what really matters for exporting is product innovation rather than R&D because the ability to compete in international markets is ultimately influenced by the firm’s capacity to successfully market new and improved products, rather than its investment in research activity”. This observation is particularly accurate with respect to SMEs whose innovations are primarily exogenous and consist of incremental modifications (Nassimbeni, 2001). The GEM data are also used for several control variables. Entrepreneurs’ personal characteristics, such as age, gender and education, may impact the internationalization of their firms because they impact entrepreneurial activity in general. Regarding gender, there are relatively few differences in terms of product and process innovation but rather important differences in terms of internationalization (Table 2). In our sample, for 17.5% of male entrepreneurs, at least 25% of their customers are abroad, whereas only 12.8% of female entrepreneurs report the same foreign market penetration. Other GEM-based control variables include the opportunity versus necessity motivation for entrepreneurship (teayyopp) and the technology sector (teayytec) of the nascent or new activity. Size is also included as a control variable because its positive impact on exports has been demonstrated theoretically and empirically (Majocchi et al., 2005). This impact is explained by the fact that entry into foreign markets requires resources that often depend largely on firm size. However, the introduction of the size variable reduces the number of observations by almost 50% (see Table 1); thus, although our primary estimations include the size variable, we run additional estimations without this variable. The remaining control variables are drawn from the WDI. Because several studies show that economic development and economic conditions in a country may impact entrepreneurial entry (Wennekers et al., 2005; Van Stel et al., 2007), we introduce gross domestic product (GDP) per capita as a variable, which also controls for heterogeneity across countries with respect to the institutional environment in which entrepreneurial firms are located. In fact, entrepreneurial firms in developed countries are more likely to benefit from an environment that favors internationalization. These benefits include subsidies or insurance for prospecting and exports, easier access to information about foreign markets through public services and/or a supportive legal framework. Economic conditions are also controlled for with the introduction of GDP. Fan and Phan (2007) demonstrate that the size of the home country market negatively impacts the decision of a new venture to internationalize at inception. Table 2 presents statistics that illustrate the differences between young firms originating in high-income countries, on the one hand, and low-/middle-income countries, on the other, in terms of internationalization and innovation. The distinction between the two categories of countries depends on the World Bank’s classification, which is based on gross national income per capita. Notably, the share of early international firms is higher in high-income countries (18.2%) than in low- and middle-income countries (10.2%), but the share of process and product innovators is higher in low- and middle-income countries (9.7% and 43.5%, respectively) than in high-income countries (5.5% and 40.7%). This result may be explained by a differing perception of innovation across countries. In particular, entrepreneurs from low- and middle-income countries might not have a global understanding of the market in which they operate and might therefore incorrectly identify their products or their processes as innovative. The correlation between the variables is provided in Table 3. Because the primary explained variable is a dummy variable, we use a probit estimator. Annual dummies are included in the estimations to control for external shocks that may affect all countries in the sample. Additional estimations are run using IV-probit with Roodman’s (2011) cmp module and ordered logit estimators. Results and discussion The estimations of our optimal fitted model are reported in Table 4. The model selection is based on the Akaike Information Criterion (AIC) and Bayesian Information Criterion (BIC); i.e., the chosen model has the minimum values for AIC and BIC. In column (1), the estimation includes only the control variables; in columns (2)-(4), we alternatively include the three explanatory variables to test our three hypotheses. All estimated coefficients on the dependent variables are significant at the 1% level. All estimated coefficients on the control variables are significant at the 10% level except age and, in certain estimations, opportunity and technology sector. In accordance with Hoetker (2007), we report McFadden’s and McKelvey and Zavoina’s pseudo-R2, which conform to comparable empirical studies with similar data (Aidis et al., 2012). However, pseudo-R2 in probit estimations cannot be interpreted as R2 in OLS because these “do not correspond to the percent of variance explained” (Hoetker, 2007, p. 339). 93 Innovation and Internationalization of Young Entrepreneurial Firms Table 3 Correlation matrix (1) (1) International. dummy (2) Product innovation 0.11*** (3) (2) (3) (4) (5) (6) (7) 1.00 1.00 Process innovation 0.05 *** 0.07*** 1.00*** (4) New Prod. & Techno. 0.06*** 0.23*** 0.72*** (5) Age -0.05 -0.03 (6) Male 0.06 *** -0.01 (7) Post-Sec. Education 0.06 *** 0.08 (8) Opportunity 0.05 *** 0.08 (9) Technology 0.04*** (10) Size (11) Patents per capita (12) (13) 1.00 -0.02*** 1.00 -0.01 -0.00 -0.01 -0.00 0.02 0.01 -0.01 0.02 0.04*** 0.01*** 0.15*** 0.08*** -0.00 GDP GDP per capita 0.01 *** *** *** *** *** 1.00 0.03*** 1.00 -0.04 0.06 *** 0.14*** 0.02*** -0.03*** 0.09*** 0.10*** 0.03*** 0.03*** -0.02*** 0.10*** 0.07*** -0.03*** -0.06*** -0.03*** 0.1*** 0.04*** 0.11*** -0.02*** -0.02*** -0.05*** -0.03*** 0.10*** 0.02*** 0.12*** 0.11*** -0.00*** -0.06*** -0.02*** 0.17*** 0.06*** 0.20*** (8) (9) (10) (11) (12) (13) (8) Opportunity 1.00 (9) Technology 0.05*** (10) *** *** *** *** 1.00 Size 0.10 *** 0.02*** 1.00 (11) Patents per capita 0.03*** 0.04*** 0.03*** 1.00 (12) GDP 0.08*** 0.02*** 0.00 0.36*** 1.00 (13) GDP per capita 0.17*** 0.07*** 0.06*** 0.33*** 0.49*** 1.00 Note: *** indicates parameter significance at the 1% level. The coefficients of interest in this study are the innovation variables. All hypotheses are validated. In all estimations, the estimated coefficient of product innovation is positive and significant, which indicates that entrepreneurial firms with a new product are more likely to enter foreign markets. To facilitate the interpretation of the results, we compute the marginal values of the probit estimates. The marginal values indicate the change in the observed outcome if the explanatory variable changes from zero to one. Proposing a new product increases the probability that an entrepreneur is internationalized by 6.8%. The estimated coefficient of process innovation is also positive and significant in all estimations, which indicates that the use of a new or recent technology positively impacts the capacity of an entrepreneurial firm to internationalize. The magnitude of the marginal effect is 5.5%, which is lower than that for a new product and is consistent with other studies on incumbent firms that distinguish between product and process innovators that have found that product innovation has greater impact on internationalization than process innovation (Caldera, 2010; Cassiman et al., 2010). The positive coefficient of product and process innovations indicates that entrepreneurial firms that offer new products and use new technology are more export oriented than other young entrepreneurial firms; thus, proposing a new product and using a new technology increases the probability that an entrepreneur is internationalized by 9.4%. The estimated coefficients for the control variables largely conform with the literature. Several results are worth interpreting. First, personal characteristics of the entrepreneurs, such as gender and education, impact entrepreneurial firm internationalization. Males and educated entrepreneurs are more likely to internationalize their business. The latter result is not surprising because entering foreign markets may require specific skills (such as the ability to speak a foreign language) or specific intellectual orientations (such as openness to foreign cultures). Age is the only individual characteristic that does not affect internationalization. Second, the estimated coefficient of opportunity is positive, although not always significant. This coefficient indicates that internationalization is the result of opportunity rather than economic necessity. Third, the estimated coefficient of the technology sector variable, which indicates whether internationalization is 94 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Table 4 Probit regression results Dependent variable: Internationalization dummy 1 2 3 4 0.3301*** (0.0199) Product innovation 0.2437*** (0.0369) Process innovation 0.3853*** (0.0478) Prod. and proc. innov. Age 0.0004 (0.0008) 0.0011 (0.0009) 0.0006 (0.0008) 0.0006 (0.0008) Male 0.1174*** (0.0204) 0.1242*** (0.0206) 0.1173*** (0.0204) 0.1176*** (0.0205) Post-Sec. Education 0.1040*** (0.0201) 0.0879*** (0.0202) 0.1040*** (0.0201) 0.1023*** (0.0201) Opportunity 0.0482* (0.0236) 0.0223 (0.0238) 0.0482* (0.0237) 0.0454 (0.0237) Technology sector 0.1138** (0.0385) 0.0862 (0.0389) 0.1095** (0.0385) 0.1058** (0.0385) Size 0.2655*** (0.0119) 0.2523*** (0.0120) 0.2634*** (0.0119) 0.2629*** (0.0119) GDP -0.0785*** (0.0066) -0.0794*** (0.0067) -0.0772*** (0.0066) -0.0778*** (0.0066) GDP per capita 0.3128*** (0.0162) 0.3282*** (0.0166) 0.3198*** (0.0163) 0.3200*** (0.0163) Constant -2.7469*** 0.1849 -3.0136*** 0.1889 -2.8828*** 0.1878 -2.8610*** 0.1868 Yes Yes Yes Yes 27,631 27,631 27,631 27,631 Wald Chi squ. 1,209.69 1,402.92 1,240.12 1,263.77 Log likelihood -10,349.367 -10,211.987 -10,328.806 -10,318.748 McFadden’s R2 0.056 0.068 0.058 0.059 McKelvey & Zavoina’s R2 0.109 0.133 0.112 0.114 AIC 0.750 0.740 0.749 0.748 BIC -261,701.184 -261,965.716 -261,732.079 -261,752.19 Annual dummies # obs. Notes: Models 1-4 report the results for probit estimations using the robust estimator of variance. All models are based on the 2001-2008 period. Coefficients on annual dummies are not reported. Standard errors appear in parentheses. ***, ** and * indicate parameter significance at the 1%, 5% and 10% levels, respectively. Innovation and Internationalization of Young Entrepreneurial Firms 95 more likely to occur in medium- or high-technology sectors, is significant and positive in high-income countries but not in low- and middle-income countries. Fourth, the estimated coefficients of size are positive and highly significant, confirming the importance of access to resources in entering foreign markets. Fifth, our results with respect to the levels of economic size and development are significant and consistent with the literature. The negative impact of GDP on the capacity to internationalize indicates that new ventures will be less likely to go abroad if the home market is sufficiently large because the cost of entering foreign markets is higher than the cost of accessing the home market. The GDP per capita variable is a proxy for the quality of the institutional framework in which young firms operate. Higher GDP per capita is typically correlated with better legal frameworks, better access to capital and insurance and better infrastructure, all of which strongly facilitate the internationalization process for entrepreneurial firms. dummy (Table 3). The results of the IV-probit estimation in which patents per capita is used as an instrument for innovation are presented in columns 13 and 14. The results are consistent with previous estimates and confirm our finding that young firms that are involved in product and/or process innovation are more likely to be internationalized. We also test the robustness of our results using an alternative explained variable. In Appendix 4, columns 15 and 16, the explained variable is not the internationalization dummy but rather internationalization intensity, a categorical variable that indicates the number of customers that normally live abroad (see Table 1 for details). Previous results are not significantly affected. In Tables 5 and 6, we run estimations for high- and low-/ middle-income countries separately to identify country-group differences. As suggested by Hoetker (2007), comparisons across groups in probit estimations should be based on the comparison of estimated coefficients obtained from separate equations rather than on an interaction term. The coefficients on the innovation variables are positive and significant for both groups of countries. However, innovation’s impact on internationalization is greater for high-income countries than for low-/middle-income countries. Proposing a new product or using a new process increases the probability that an entrepreneur is internationalized by 7.9% and 8.1% in higherincome countries but only by 4.3% and 2.4% in low-/middleincome countries. In the final step of our empirical analysis, we test the robustness of our results by employing alternative estimators and an alternative explained variable1. One major issue regarding our estimations is a potential reverse causality bias. New ventures may be more internationalized because they are more innovative, and new ventures may be more innovative because they are internationalized. Kafouros et al. (2008, p. 70) show that “the returns to innovation become higher as the firm becomes more international”. Neglecting this endogeneity bias would result in inconsistent and biased estimates. To alleviate this problem, a common approach has been the use of instrumental variable regressions. We therefore test our hypotheses using an IV-probit estimator (Appendix 4, columns 13 and 14). As demonstrated by Colovic and Lamotte (2011) through the use of several variables that measured the technological environment, the propensity of young entrepreneurial firms to innovate is affected by the technological environment at the country level. Among these variables, patent applications appear to be a good instrument because they are correlated with the innovation of young entrepreneurial firms but not with the internationalization 1. We also test the robustness of our results using an alternative sample by dropping the size variable because its inclusion significantly Conclusions Our study of young entrepreneurial firms in 64 countries during the 2001-2008 period provides empirical evidence on the impact of innovation on internationalization. As such, our research contributes to the stream of the literature that explores the determinants of internationalization of young entrepreneurial firms. Several empirical results are noteworthy. First, we identify a greater capacity to internationalize in young firms that offer new products and/or use new processes than in other firms. Second, the results reveal that product innovation has a stronger impact on internationalization than process innovation. Third, innovation’s impact on internationalization is greater in high-income countries than in low-/middle-income countries, which suggests that innovators in the latter group may face specific obstacles that hamper their entry into foreign markets and therefore reduce the gains that they acquire from innovations. Fourth, we demonstrate that entrepreneurs’ individual characteristics are significant with respect to the internationalization of their firms. International entrepreneurs are more likely to be males with a high level of education. Fifth, this study confirms the role of firm size and, more generally, the role of resources, regarding the capacity to internationalize. However, this research is not without its limitations, which also indicate directions for future research. First, our innovation variables are based on declarative information from individuals collected by the GEM teams. Although entrepreneurs may have identified their products and technology as being relatively new, as Koellinger (2008, p. 22) suggests, “innovation is a subjective concept and whether some activity qualifies as innovative or not depends on the perspective of the observer”. This notion has been confirmed in our study because entrepreneurs from emerging countries have higher perceptions of the innovation of their product and process than those in developed countries. Second, more research is needed to understand why innovators in some countries are more likely to penetrate foreign markets than innovators in other countries. Our study demonstrates that reduces the size of the sample. Previous results are not significantly affected. 96 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Table 5 Probit regression results for high-income countries Dependent variable: Internationalization dummy 5 6 7 8 0.3251*** 0.0222) Product innovation 0.3022*** 0.0458) Process innovation 0.4292*** (0.0604) Prod. and proc. innov. Age 0.0009 (0.0009) 0.0016 0.0009) 0.0011 0.0009) 0.0011 (0.0009) Male 0.1134*** (0.0229) 0.1200*** 0.0230) 0.1136*** 0.0229) 0.1138*** (0.0229) Post-Sec. Education 0.0837*** (0.0220) 0.0710*** 0.0221) 0.0843*** 0.0220) 0.0831*** (0.0220) Opportunity 0.0015 (0.0271) -0.0210 0.0274) 0.0018 0.0272) -0.0002 (0.0272) Technology sector 0.1217* (0.0412) 0.0924* 0.0416) 0.1179** 0.0412) 0.1149** (0.0413) Size 0.2491*** (0.0132) 0.2387*** 0.0133) 0.2476*** 0.0132) 0.2473*** (0.0132) GDP -0.0656*** (0.0077) -0.0668*** 0.0077) -0.0623*** 0.0077) -0.0629*** (0.0077) GDP per capita 0.2342*** (0.0375) 0.2572*** 0.0374) 0.2253*** 0.0374) 0.2273*** (0.0374) Constant -2.2250*** (0.3813) -2.5781*** (0.3831) -2.2582*** (0.3799) -2.2503*** (0.3792) Yes Yes Yes Yes # obs. 19,798 19,798 19,798 19,798 Wald Chi squ. 550.37 739.23 590.82 600.31 Log likelihood -8,464.1926 -8,357.1749 -8,443.5787 -8,440.2014 McFadden’s R2 0.032 0.044 0.034 0.035 McKelvey & Zavoina’s R2 0.058 0.080 0.062 0.062 AIC 0.857 0.846 0.855 0.854 BIC -178,771.698 -178,975.840 -178,803.033 -178,809.787 Annual dummies Notes: Models 5-8 report the results for probit estimations using the robust estimator of variance. Standard errors appear in parentheses. Coefficients on annual dummies are not reported. ***, ** and * indicate parameter significance at the 1%, 5% and 10% levels, respectively. 97 Innovation and Internationalization of Young Entrepreneurial Firms Table 6 Probit regression results for low-/middle-income countries Dependent variable: Internationalization dummy 9 10 11 12 0.3715*** (0.0467) Product innovation 0.1876*** (0.0672) Process innovation 0.3720*** (0.0831) Prod. and proc. innov. Age -0.0033 (0.0020) -0.0027 (0.0020) -0.0032 (0.0020) -0.0030 (0.0020) Male 0.1184* (0.0466) 0.1260** (0.0472) 0.1180* (0.0467) 0.1182* (0.0467) Post-Sec. Education 0.1634*** (0.0487) 0.1377*** (0.0496) 0.1626*** (0.0487) 0.1587*** (0.0489) Opportunity 0.1424** (0.0476) 0.1035* (0.0484) 0.1431** (0.0477) 0.1383** (0.0478) Technology sector 0.0895 (0.1103) 0.0704 (0.1119) 0.0814 (0.1096) 0.0704 (0.1089) Size 0.3500*** (0.0288) 0.3253*** (0.0296) 0.3453*** (0.0290) 0.3443*** (0.0291) GDP -0.1339*** (0.0153) -0.1337*** (0.0159) -0.1352*** (0.0153) -0.1371*** (0.0155) GDP per capita 0.1532*** (0.0414) 0.1319*** (0.0423) 0.1598*** (0.0413) 0.1608*** (0.0413) Constant -0.0511*** (0.4466) 0.0375*** (0.4669) -0.1029*** (0.4492) -0.0630*** (0.4490) Yes Yes Yes Yes # obs. 7,833 7,833 7,833 7833 Wald Chi squ. 323.58 348.78 329.62 339017 Log likelihood -1,837.1858 -1,805.3668 -1,833.3604 -1,827.4951 McFadden’s R2 0.080 0.096 0.082 0.085 McKelvey & Zavoina’s R2 0.136 0.164 0.139 0.143 AIC 0.473 0.466 0.473 0.471 BIC -66,404.673 -66,459.345 -66,403.357 -66,415.088 Annual dummies Notes: Models 9-12 report the results for probit estimations using the robust estimator of variance. Standard errors appear in parentheses. Coefficients on annual dummies are not reported. ***, ** and * indicate parameter significance at the 1%, 5% and 10% levels, respectively. 98 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) the determinants of internationalization in young firms might be country specific; however, the determinants of such differences have yet to be investigated. Third, this research has focused on innovation’s impact on internationalization; however, one strand of the literature, known as the learning-byexporting literature, has revealed a reverse causality. Theoretical explanations of the impact of internationalization on innovation can be found in endogenous growth-based models (Grossman and Helpman, 1995). These authors argue that firms that are exposed to foreign technology and knowledge through the export of tangible commodities incorporate this intangible knowledge into their production. More research must be conducted in this area regarding young entrepreneurial firms. Fourth, the period of analysis (20012008) may have an impact on our results, because the behavior of entrepreneurial firms with respect to internationalization might have changed after the recent economic crisis. Our results have significant implications. First, in terms of policy making, creating a favorable environment for young firm innovation is essential to improving their prospects for internationalization and competitiveness. This appeal in favor of the support of young, innovative companies is consistent with recent European Union (EU) initiatives in favor of such firms. Second, in terms of managerial implications, a strong commitment in young entrepreneurial firms to innovate is essential for their entry into foreign markets. This commitment is important because young firms that are willing to go abroad experience liabilities because of their newness, inexperience and foreignness and because they may “understate the subtle and profound role of national cultures, history and geography” (Zahra, 2005, p. 24). Thus, innovation strategies may allow young firms to satisfy local demand abroad despite their lack of knowledge about local markets and their difficulties in accessing local networks. Moreover, our study shows that focusing on product innovation, i.e., on a strategy of product differentiation, appears to be a better strategy than focusing on process innovation because the return in terms of internationalization is higher. References Aggarwal, Raj (1999). “Technology and globalization as mutual reinforcers in business: Reorienting strategic thinking for the new millennium”, Management International Review, Vol. 2, N° 2, p. 83-104. 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Basile (2001) Italy, 4,000 firms, 1991-1997 Probit and 2SLS Innovation is an important factor of competitiveness and explains firm-level heterogeneity in export behavior. Caldera (2010) Spain, 21,949 firms, 1991-2002 Probit Innovation positively affects participation in export markets. Product innovation has a stronger impact than process innovation. Cassiman and Golovko (2011) Spain, 8,402 firmyear observations, 1991-1998 Matching estimations Product innovation partially explains the productivity-exports association. Product innovation improves productivity levels and pushes firms to export. Product innovation directly affects the probability that a firm will begin export operations. Cassiman, Golovko and Martinez-Ros (2010) Spain, 9,300 firmyears, 1990-1998 KolmogorovSmirnov equalityof-distributions test Product innovation, not process innovation, affects productivity and induces small non-exporting firms to enter the export market. Dhanaraj and Beamish (2003) Canada and USA, 87 and 70 SMEs Structural equation modeling Technological intensity impacts the degree of internationalization positively in the case of US firms but not in the case of Canadian firms. Ganotakis and Love (2011) UK, 2001-2004, 412 firms IV estimation Guan and Ma (2003) China, 213 firms, 1996-1998 Multiple regression rate Core findings Product innovators are more likely to export; however, conditional on entering export markets, innovation does not increase subsequent export intensity. R&D fosters innovation. Export growth is related to the improvement of innovation capability dimensions. 101 Innovation and Internationalization of Young Entrepreneurial Firms Study Dataset Methodology Hirsch and Bijaoui (1985) Israel, 111 firms, 1977-1981 OLS R&D intensity positively impacts export growth. Ito and Pucik (1993) Japan, 271 firms, 1983 OLS Export sales are positively associated with R&D expenditures. Lachenmaier and Wossman (2006) Germany, 981 firms, 2002 2SLS, OLS, Tobit Being innovative causes firms to have substantially larger exports shares than non-innovative firms. Melia, Perez and Dobon (2010) Spain, 105 SMEs Structural equation model Strong emphasis on innovation helps firms to enter foreign markets quickly. Monreal-Perez et al. (2012) Spain, 2001-2008, 14,142 firms Random effect probit, 2SLS, GMM Innovation increases export intensity; productivity and innovation do not interact. Nassimbeni (2001) Italy, 165 small and very smallfirms, 1990s Logit, Tobit The propensity of SMEs to export is linked to their ability to innovate products and develop valid interorganizational relations, whereas it is less related to the technological profile. Ozcelik and Taymaz (2004) Turkey, 968 SMEs, 1997 Tobit Ramos, Acedo and Gonzalez (2011) Spain, 945 SMEs, 1990-2006 Duration model The more innovative firms are, the more likely they are to make a rapid first appearance. Roper and Love (2002) 1,087 UK plants, 1,190 German plants, 1991-1994 Tobit Positive link between product innovation and export performance at the plant level. Tobit, Probit Given their size, innovating firms are less likely to enter export markets than non-innovating firms. Large innovative firms are likely to export, and the more innovations they have had, the higher the probability is that they will enter export markets. However, smaller innovative firms with one or two innovations are less likely to export and more likely to service the domestic market alone than the equivalent non-innovative firms. Wakelin (1998) UK, 320 firms, 1988-1992 Core findings Innovations (product and process) and R&D activities positively impact exports. Appendix 2 Countries included in the empirical study Angola, Argentina, Australia, Austria, Belgium, Bolivia, Bosnia-Herzegovina, Brazil, Canada, Chile, China, Colombia, Croatia, Czech Republic, Denmark, Ecuador, Egypt, Finland, France, Germany, Greece, Hong Kong, Hungary, Iceland, India, Indonesia, Iran, Ireland, Israel, Italy, Jamaica, Japan, Jordan, Kazakhstan, Korea, Latvia, Macedonia, Malaysia, Mexico, Netherlands, New Zealand, Norway, Peru, Philippines, Poland, Portugal, Puerto Rico, Romania, Russia, Serbia, Singapore, Slovenia, South Africa, Spain, Sweden, Switzerland, Thailand, Turkey, Uganda, United Kingdom, United Arab Emirates, United States, Uruguay, Venezuela. 102 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Appendix 3 GEM survey questions and answers Variable Questions Proposed responses Do at least 25% of your customers normally live outside your country? Yes No Don’t know Refused teaexp5c What proportion of your customers normally lives outside your country? More than 75% More than 50% More than 25% More than 10% 10% or less teatech How long have the technologies or procedures required for this product or service been available? teayynwp Is the product new to all or some customers? age What is your current age? teayyint gender What is your gender? Less than a year Between one to five years Longer than five years Don’t know Refused Yes No Don’t know Refused None Male Female Don’t know Refused gemeduc What is the highest level of education you have completed? None Some secondary Secondary degree Post-secondary University bachelor’s degree or higher Don’t know Refused teayyopp Are you involved in this start-up to take advantage of a business opportunity or because you have no better choices for work? Take advantage of business opportunity No better choices for work teayytec What type of business is this? teayyjnw Right now, how many people, not counting the owner but including exclusive sub-contractors, are working for this business? Responses are coded “no/low technology” or “medium/high technology” No people 1-5 people 6-19 people 20+ people 103 Innovation and Internationalization of Young Entrepreneurial Firms Appendix 4 Additional estimations Dep. var.: Intern. dummy 13 Product innovation 14 0.3597*** (0.0599) Dep. var.: Intern. intensity 15 0.5394*** (0.0248) 0.2590*** (0.0902) Process innovation 16 0.3765*** (0.0488) Age 0.0012 (0.0008) 0.0005 (0.0008) -0.0018 (0.0011) -0.0027* (0.0010) Male 0.1258*** (0.0205) 0.1192*** (0.0204) 0.1497*** (0.0250) 0.1358*** (0.0248) Post-Sec. Education 0.0844*** (0.0205) 0.1022*** (0.0200) 0.2365*** (0.0250) 0.2680*** (0.0249) Opportunity 0.0234 (0.0240) 0.0516** (0.0234) 0.0423 (0.0289) 0.0832** (0.0287) Technology sector 0.0838** (0.0395) 0.1089*** (0.0391) 0.1351** (0.0501) 0.1735*** (0.0492) Size 0.2497*** (0.0124) 0.2620*** (0.1201) 0.4259*** (0.0155) 0.4419*** (0.0154) GDP -0.0806*** (0.0067) -0.0783*** (0.0067) -0.1405*** (0.0080) -0.1381*** (0.0079) GDP per capita 0.3272*** (0.0161) 0.3179*** (0.0159) 0.6776*** (0.0201) 0.6637*** (0.0198) Constant -3.0229*** (0.1837) -2.8766*** (0.1809) - - Yes Yes Yes Yes 32,916 32,916 33,694 33,694 - - 841,933.33 821,349.73 1,930.23 1,481.81 - - Log likelihood -30.642.181 -8,381.4367 -30,456.99 -30,664.118 McFadden’s R2 - - 0.110 0.104 AIC - - 1.809 1.821 BIC - - -290,129.572 -28,975.317 Annual dummies # obs. Wald Chi squ. LR Chi squ. Notes: Models 13-14 report the results for IV-probit estimations using Roodman’s (2011) cmp module. Models 15-16 report the results obtained using internationalization intensity as a dependent variable and an ordered logit estimator. All models are based on the 2001-2008 period. Standard errors appear in parentheses. Coefficients on annual dummies are not reported. ***, ** and * indicate parameter significance at the 1%, 5% and 10% levels, respectively. The Role of Partnerships in the Internationalisation Process of Small Knowledge Intensive Firms (SKIFs) Antonella Zucchella Diala Kabbara Université de Pavie, Italie Université de Pavie, Italie Résumé D’importantes preuves ont démontré que, les Petites Entreprise à Savoir Intensif (PESI) ont, durant leur processus d’internationalisation, d’uniques caractéristiques. Ce processus a lieu tôt dans la vie de l’Entreprise et se développe grâce aux rôles que jouent les partenariats. Cet article analyse les 3 différentes PESI, utilisant une étude de cas comparatif. Nous avons construit différents modèles de processus, étudiant l’avancement vers l’internationalisation des entreprises internationales. Découvrant ainsi que l’internationalisation des PESI se passe en plusieurs phases caractérisées par des facteurs déclencheur. Cet article présente donc les différents types de partenariat qui importe le plus pour le développement des PESI. Mots clés : Processus d’internationalisation, entreprise à savoir intensif, partenariat T Abstract There is important evidence that Small Knowledge Intensive Firms (SKIFs) have demonstrated some unique characteristics in their internationalisation process. The process takes place earlier in the life of the firm and develops due to the role played by partnerships. The paper analyzes three different SKIFs through a cross case study method. We build on different process based models that have studied the internationalisation process of international ventures. The findings show that the SKIFs internationalisation consists of a series of phases characterised by triggering factors. The paper sheds new light into which type of partnerships mostly matter in the growth of SKIFs. Keywords: Internationalization process, knowledge intensive firms, partnerships he development of Knowledge Intensive Business Firms (KIBFs) is interpreted as an important trend in industrialized countries. This contribution highlights their international growth and thus adopts the perspective of international entrepreneurship studies (Coviello et al., 2011). In these studies, little attention has been paid to the drivers and the dynamics of internationalisation after the initial stage (Weerawerdena et al., 2007). In particular, there is a research gap in the understanding of the internationalisation process and of the overall growth path after the first years of existence. More specifically, different studies acknowledge the role of collaborations in the internationalisation process, but do not answer to the question of which typologies of partnerships have a major role, in which ways and in which stages of growth they impact foreign markets growth (Freeman, Cavusgil, 2007; Street and Cameron, 2007; Johanson and Vahlne, 2009). In developing this perspective, this contribution also highlights the nexus of foreign and local partnerships in driving global growth. It also shows how the international commitment of Small Knowledge Intensive Firms (SKIFs) has roots both in local and in foreign ties. Resumen Existe importante evidencia en la cual, las pequeñas empresas intensivas en conocimiento (SKIFs) han demostrado poseer algunas características únicas en su proceso de internacionalización. El proceso inicia en las etapas tempranas de la vida de la empresa y se desarrolla debido al papel desempeñado por las asociaciones. El presente artículo analiza tres SKIFs a través de un estudio de casos. Nos fundamos en diferentes modelos que han estudiado el proceso de internacionalización de las empresas. Los resultados muestran que la internacionalización de las SKIFs consiste en una serie de fases caracterizadas por factores desencadenantes. El documento arroja nueva luz a qué tipo de alianzas son las más importantes para el crecimiento de las SKIFs Palabras claves: Proceso de internacionalización, empresas intensivas en conocimiento, asociaciones This research addresses the gap and focuses on the role of partnerships in explaining the evolution over time of international ventures, and small knowledge intensive firms (SKIFs) in particular. There is important evidence that SKIFs have demonstrated acceleration in the internationalisation process (Crick and Jones, 2000) and are often examples of Born Global Firms (BGs) or International New Ventures (INVs) (Rennie, 1993). SKIFs are a relevant study field because they are paradigmatic of new industries and new typologies of firms where the internationalisation dimension is embedded from the beginning in firm processes and may be triggered by the development of partnerships more than any other business (Coviello and Munro, 1995; Keeble et al., 1998; Bell et al., 2004). Also in this specific field, it is however still unexplored the “which”, “how” and “when” partnerships mostly matter and trigger the international growth path (Prashantham and Berry, 2004). The gap addressed in this paper is not only relevant for theory development purposes, but also for policy making. The sustainable growth of knowledge intensive ventures can contribute to economic development and innovation The Role of Partnerships in the Internationalisation Process of Small Knowledge Intensive Firms (SKIFs) as well as management practices, since entrepreneurs and managers need to develop a better awareness of which typologies of collaborations mostly affect the internationalisation ,and consequently the growth, of their businesses. The entrepreneurs also need to develop an understanding of collaborations along the different stages of growth and the impact of partnering decisions on the speed and scope of international expansion. Several authors have studied the internationalisation process of new and young firms. Given the positioning of this study in the international entrepreneurship field, we discuss some models, developed in this stream, which can be applied in addressing our research questions (Jones and Coviello, 2005, Zucchella and Scabini, 2007, Gabrielsson et al., 2008). We think that these models may be applied to SKIFs as well, since the latter usually pertain to the international entrepreneurship field. In particular, this paper will adopt the recent model of Gabrielsson et al., (2008), and it will try to apply this model on three SKIFs, in order to improve the understanding of their internationalisation process. This model permits to track along stages the longitudinal growth of a firm and permits to highlight critical events, triggering factors and subsequent path changes in the international growth of a company. This model also acknowledges the relevant and differentiated role of partnerships in different stages of growth. It mostly addresses distribution partnerships and does not deliver a thorough representation and interpretation of the issue. We expect to contribute to a further development of this model, by focusing on SKIFs and on their partnerships. The paper aims to answer the following research questions: What are the factors that trigger the internationalisation process of SKIFs and, hence, affect their growth path? More specifically, it focuses on which partnerships mostly matter; when do they trigger most international growth and how do collaborations with other firms play their role? Therefore, this paper proceeds to review some models of the internationalisation processes of international ventures as to be applied to SKIFs. by following a presentation of the methodology and data collection. A discussion of the findings and analysis of case studies follow, while concluding with the contributions and limitations of the study, as well as suggestions for future investigation in the area. The internationalisation proces of small knowledge intensive firms ‘Knowledge-intensive’ firms are defined, following Coviello (1994), as those “having a high added value of scientific knowledge embedded in both product and process”. To go somewhat deeper into this knowledge intensive character Groen (2004) referred to technological changes 105 in, for example, information and communication technology, biotechnology, which induce important strategic changes. Bell, Crick and Young (2004) suggest that differences exist in the patterns, processes and pace of internationalisation between small ‘knowledge-intensive’ and ‘traditional’ manufacturing firms. Differences between the two groups were evident in levels of commitment to internationalisation, the extent to which international strategies are planned, and regarding the methods. Among ‘knowledge-intensive’ manufacturing firms, findings include an international orientation from inception; a new product development process focusing upon the requirements of international markets and rapid internationalisation (ibid.). Knowledge intensive firms show a strong growth orientation, they expand rapidly into a greater number of markets and they tend to adopt a more proactive approach to internationalisation. Rather than entering geographically or psychologically ‘close’ countries, SKIFs target lead markets or lead customers, regardless the distance between countries (Ojala, 2009; Arenius et al., 2005). For the above reasons, these firms can be approached under the lenses of international entrepreneurship studies, in order to uncover their growth path and the factors which trigger them. A significant factor that influences the accelerated internationalisation of SKIFs is reported to be inter-firm relationships, where the international network might include customers, competitors, suppliers, support agencies, research institutions. These network relationships influence SKIFs’ choice of markets and market entry mode (Prashantham and Berry, 2004; Coviello and Martin, 1999; Coviello and Munro, 1995). The role of networks and partnerships is widely acknowledged in international business and international entrepreneurship literature (Mayrhofer, 2004); this paper supports the idea that this is even more true in the case of SKIFs. In fact, they are operating in a complex environment and have to deal with it notwithstanding the liability of smallness -as well as the one of newness in most cases (Freeman et al., 1983; Brüderl and Schüssler, 1990). The latter two go together with the liability of foreignness when these firms enter new markets abroad (Zaheer, 1995). In this context, the role of networks and alliances may be a key triggering factor for international growth. The term network defines in different disciplines a set of nodes and relationships among them (Fombrun, 1982). International business studies acknowledge networks as structural models of cooperation (Holm et al., 1996), and consider networks as a major conduit to foreign markets (Johanson and Vahlne, 2009). Their relevance is particularly highlighted in international entrepreneurship studies (Coviello, 2006; Kabbara, 2009). However, a few studies consider the perspective of dyadic partnerships and compare their role to the more general network construct (Anderson et al.,1994). Dyadic relationships are defined as 106 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) pairs of firms that are connected by an exchange relationship. According to Johanson and Mattson (1992), the term network refers to sets of two or more connected exchange relationships, supporting the idea that “building blocks of a network are dyads, which are specifically concerned with the ties between a pair of actors” (Larson, 1992, p.80). Our research perspective is represented by dyads and more specifically by those relationships which emerge; they are particularly influential in setting the path, rhythm, speed and scope of the international growth of SKIFs. Different models of internationalisation process The aim of this research is the study of influential factors in the international growth of SKIFs, focusing on the role of partnerships. The choice for an international entrepreneurship (IE) perspective led us to find descriptive and interpretive models to support our research in this field. We acknowledge alternative models in other research domains. In different domains, there is a growing consensus that inter-organizational alliances have significant impacts on firm-level outcomes such as the performance of startups and new firms (Baum et al., 2000; Stuart, 2000). In this contribution, we opted for models which are specific to our research field. These contributions, developed in the international entrepreneurship literature, however, took into account and applied to the international business studies the more general contribution deriving from major studies in related disciplines. International entrepreneurship is a relatively young research domain, and there is still scarcity of models which can explain the international growth of young ventures, especially in a longitudinal and long term perspective (Jones et al., 2011). Research has targeted both the antecedents and the outcomes of the internationalisation of these businesses. (Rialp et al., 2005). Less attention has been paid to the drivers and the dynamics of internationalization after the initial stage (Weerawerdena et al., 2007). Building on recent and thorough literature reviews in the IE domain (Keupp and Gassmann, 2009; Jones et al., 2011), we identified only four models which could be adopted for our study. In particular, we searched for models characterised by the following elements: focus on the internationalisation process (as organisational behaviour over time across geographic markets), recognition of networks and partnerships among influential factors, modelling potential (potential of extant model to evolve further into a temporal and action/event based frame of reference). This paper first addresses the four models (Jones and Coviello, 2005, Johanson and Vahlne, 2009, Zucchella and Scabini, 2007, Gabrielsson et al., 2008). After discussing their properties and their fit with our research aims and scope, we select one of them as the supporting frame of reference and of data representation for the case study analysis. The objective is to develop further or to disconfirm the chosen model. In Table 1, we found it relevant to separate the first two models – Jones and Coviello, 2005, Johanson and Vahlne, 2009- from the latter two, because the first ones provide a more general theoretical frame and key constructs (time, behaviour, value creating events, learning and knowledge, opportunities, networks, commitment). The latter two provide a frame for analyzing the development of the internationalisation process of entrepreneurial firms (Zucchella and Scabini, 2007; Gabrielsson et al., 2008), identifying phases in their international growth and related internal and external triggering factors. Jones and Coviello (2005) developed a model where entrepreneurial internationalisation behaviour is described as it might be experienced by any firm, in any industry. This general model considers many variables affecting internationalisation concerning the dimensions of time and behaviour. The most relevant variables regard entrepreneurial and firm factors, but also environmental and performance factors. According to the authors, internationalisation of any entrepreneurial typology of firm occurs as ‘value-creating events’, consisting of cross-border business activities between the firm and organizations or individuals in foreign countries. Among value creation events, collaborations with other firms thus play a significant role. The recent Johanson and Vahlne (2009) model provides a revised version of the original model that the authors proposed in 1977. The authors claim that internationalisation depends on a firm’s relationships and business networks. The model depicts dynamic cumulative processes of learning. According to the authors, internationalisation is seen as the outcome of the focal firm embedded in networks. This is fundamental when knowledge intensive industries are involved, because the literature associates their early and fast international growth with an orientation to seek knowledge opportunities through network commitment and learning. Zucchella and Scabini (2007) propose a theoretical frame where learning and capabilities are the fundamental issues. The international entrepreneurship process first involves international opportunities scanning, enacting and evaluation. Once opportunities in the overall market-place are identified and evaluated, the entrepreneur or top management team mobilizes resources in order to develop new combinations for the market. This leads the international entrepreneurial organizations to develop dynamic capabilities (Teece et al., 1997). Networking and learning from multiple sources, such as experiential, congenital, vicarious, grafting (Huber, 1991) feed intense and rapid learning processes in international entrepreneurial organisations. In this way, dynamic capabilities are developed, which enable the firm to perform along its life. Inter-organizational partnerships represent a potentially important resource for the development of ambidexterity (Kauppila, 2010). An ambidextrous organizational context (O’Reilly and Tushmann, 2008) enables the firm to reap the distinct benefits of both The Role of Partnerships in the Internationalisation Process of Small Knowledge Intensive Firms (SKIFs) exploration and exploitation partnerships and supports long term growth. These processes are expected to be particularly relevant in knowledge intensive firms and to affect in a significant way their international growth, even though there is scarce evidence on the differentiated nature of alliances in international entrepreneurship studies. The three mentioned models provide key constructs for this research and have in common the idea that networks and partnerships are highly influential factors for the internationalisation process, but remain vague about the timing of this influence along the growth path of the firm (When?) and about the typology of collaborations which most matter (With whom? Which strategic aim?). Concerning Gabrielsson et al. (2008, p.388) model, the authors focus on born global firms, defined as “one having products with global market potential, it can combine this potential with an entrepreneurial capability to seek methods of accelerated internationalisation”. The definition may well fit with the young SKIFs, especially when they have to compete in businesses where the scale is naturally global, such as in the science-based and high tech ones. In this model the authors consider that these firms progress through three phases: Phase One is the introduction and initial launch phase. Phase Two comprises growth and resource accumulation. Phase Three is the break-out phase where born global firms can elect to break out onto a new path and/or new market. In the introductory phase, the authors suggest that the born global firm has limited resources. The entrepreneurs needs to possess an advanced level of international business expertise in order to accelerate the internationalisation’ process. The firm seeks to collaborate with a larger multinational enterprise or with foreign distributors to gain markets access. In the second phase, the authors consider that the firm’s organizational learning occurs by learning from the partners and initial customers with whom it cooperates. At this stage, the firms may plan a global market positioning of their own, which can be totally or partially independent of the original key customers and develops new strategic partnerships. The model by Gabrielsson et al., (2008) emphasises the importance of partnerships as a triggering factor of the internationalisation of the firm. It also highlights along different stages the timing of key collaborations and supports the idea that some types of partnerships matter more, in different stages of the life of the firm. This model also addresses more specifically the perspective of dyadic partnerships and not only the general network structure, therefore, permitting to uncover which ties most support growth and when this happens. This model will be applied in this paper on a typology of firms (SKIFs) in order to understand their growth path and recognize the triggering factors of their internationalisation. Though Gabrielsson et al. 107 model was conceived for understanding the growth of born global firms, we hypothesize it can provide a frame for our research purposes because it addresses firms characterised by high knowledge intensity and positioning in (potentially) global niches. Through this research we expect to contribute to the further development of this model. Research methodology Qualitative methods usually prove particularly useful in addressing explorative research and in answering questions regarding the “how” some processes occur. Therefore, and following suggestions by Eisenhardt (1989), the multiple case-study method was selected for this study. In order to answer the research question and for our observation of potential phases in growth processes, it is essential to adopt a longitudinal approach (Matthyssens and Pauwels, 2001). We contacted twenty small-medium sized knowledge intensive firms, with similar foundation period and governance, but only six accepted to be studied for a long period. From the six case studies, three companies closed their business or changed governance during the study period. Consequently, three longitudinal case studies are discussed in this paper. The three firms allowed for interviews to be held with their senior executives (entrepreneur and CEO) along their life since their foundation and showed rich secondary sources of data, to enable accurate triangulation with interviews. The three firms are relatively new (on average ten to fifteen years of operations) but still provide adequate temporal horizon for a longitudinal approach. They are located in the Lombardy region, which provides a common institutional framework where business actions develop and allow the concentration on these firms, instead of assessing differentiated impacts of different institutional frameworks. The firms belong to three different industries: software development, biotechnology and laser technology. Software firms have commonly been used as a target group when analyzing internationalisation of knowledgeintensive SMEs (Bell, 1995; Coviello, 2006; Moen et al., 2004; Zain and Ng, 2006). This has been mainly connected to the intangible nature of product and dependence on adequate knowledge (Almor and Hashai, 2004). The biotechnology industry should be viewed as a scientific and technological platform that provides new knowledge to a series of downstream sectors. It is a case of industry where international entrepreneurship, science and technology are inter-related (Onetti et al., 2012). The biotech industry is widely recognised as one of the main cases of distributed innovation (for red biotechnology in particular), and its development rests primarily on networks and strategic partnerships (Hagedoorn, 1993; Powell et al., 1996). The production of laser technology-based devices is another case of high tech industry where the manufacturing The internationalisation process International markets Cyclical behaviour • Entrepreneur • Value creating events • Performance • Fingerprint patterns • Profile/dynamic profiles Temporal orientation Spatial orientation Process Variables triggering internationalisation Model reference Source: the authors Theories underlying Entrepreneurial process model (Brazael and Herbert, 1999) Entrepreneurial firm Jones and Coviello (2005) Unit of analysis Characteristics The IEO life International entrepreneurial organization (IEO) Zucchella and Scabini, (2007) Early stages of BG life Born global firm Gabrielsson et al., (2008) Uppsala model (J&V, 1977), network model of internationalisation (J&M, 1988) Firm’ relationship State variable • Knowledge, opportunity • Network position Change variable • Relationships, commitment decision • Learning, trust building Inter-relation of state and change dimensions based on business networks Dynamic Capabilities (Teece et al, 1997) Learning process • Entrepreneur/TMT capability • Resources mobilization • Network access and learning • Industry positioning • Organization learning and dynamic capabilities Four recursive steps • International opportunity • International resource mobilization • Dynamic capabilities • Performance INVs and BGs theories Importance of channels and networks. Phase1: international business expertise of the entrepreneur Network channel established by the firm Phase 2: learning from partners/network members operating firm in global industry Phase 3: firm’s independence from customers Three phases: Phase 1: introduction Phase 2: growth Phase 3: break out Glocal (global orientation and local Industry and customer driven From psychic distance from markets (1977) to network distance clusters embeddedness) (2009) Industry positioning (ex. niche) and lead customers determine space orientation The internationalisation process Internationalising firm Johanson and Vahlne (2009) A comparative table of internationalisation’s process models Table 1 108 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) The Role of Partnerships in the Internationalisation Process of Small Knowledge Intensive Firms (SKIFs) activity is as important as the research and development and the international distribution ones. Developments in science and technology on a global scale need to be monitored and collaborations might affect both R&D and product distribution in different countries. Data collection involved a series of inductive interviews at each site using the procedures outlined by Eisenhardt (1989). The type of interview (with the CEO or the founders) was face-to-face and in-depth enabling the interviewer to explore a few general topics through discovering the participant’s view (Marshall and Rossman, 1999). The interviews in each firm were repeated every three years starting from 2004, with a total of three interviews for each company. In collecting the data, we framed the interview around a series of questions related to the following topics: the background of the managers, the origins of the firm and its collaborations, the internationalisation of the firm in terms of how and why it internationalised, and its national and international collaborations. Complete case reports were sent back to the persons interviewed to ensure validity and authenticity of the collected data. Whenever interviewees in the case firms found some inaccuracies in the text, these were corrected based on their comments. In addition, some telephone and e-mail interviews were used to collect further information from the interviewees. Besides, the process of data collection relied on a triangulation of sources, namely personal interviews, on-site observations, verbal reports and archival data analysis. By ensuring data collection from several sources, we increased the quality of the data obtained (Eisenhardt, 1989). The interview notes were carefully transcribed and read in order to form a general understanding of the studied phenomenon. The theoretical (theory building) analysis was conducted through theoretical memos in a team (the two co-authors), to ensure confrontation of perspectives and triangulation of interpretations following the prescription of grounded theory protocol (Corbin and Strauss, 1990). 109 Cross case studies analysis A first finding is that the companies reported three distinct stages in their life, with little differences in terms of duration of each phase, confirming the basic frame of Gabrielsson et al. (2008). The key issue in each of the three phases corresponds nicely to the content suggested by the mentioned authors. We outline below each stage with a selected verbatim, in order to illustrate this finding. In order to answer to the research questions, we then framed the case evidence in the above model and explored the behaviour of the three firms (and especially the characteristics and the role of partnerships along their international growth) throughout each phase of their life cycle. In doing this, we could also highlight some differences with the adopted model. • Phase 1: the introductory phase “Our first two-three years have been very difficult. At the start we thought we could conquer the world with our bright ideas, but we soon had to face the reality of business. And business management was so different from managing a research project in a lab” In all the cases, the start-up phase lasts approximately three years and is characterised by high uncertainty regarding industry positioning and growth perspectives. The role of the entrepreneurial team is crucial in identifying the core business. They are all run by scientists or by people with academic background, but limited managerial expertise. In all these cases, as it frequently happens in the knowledge intensive industry, commercial, marketing, administrative and financial skills are scarce and the firm is mostly focused on developing new products/services. In the case of Molmed, the biotech firm, the founder is a well renowned scientist, surrounded by a strong team and supported by private equity. The other two companies are founded by younger people, and relied extensively on own resources and self-financing to set up the business and to grow. FMR was founded by two young PhD scholars of Physics. The collaboration with universities is vital for supporting the firm Presentation of the three companies 1) Molmed is a medical biotechnology company focused on the discovery, development and clinical validation of innovative therapies for the treatment of some forms of cancer. Since March 2008, its shares are traded on the Milan Stock Exchange. It was founded in 1996 on the pioneering clinical expertise of a team of scientists led by the company’s chairman and chief executive officer (the entrepreneur) and located the Science Park of San Raffaele University and Hospital in Milan. 2) FMR Consulting is a company specialized in quantitative finance and especially in software for financial analysis; it was founded in 1994 in Voghera, close to Milan. The mission is to translate the new discoveries that emerge from the world of research into new technologies and products, and to distribute innovative solutions to the global final users. 3) Bright Solutions was founded in 1998 close to Pavia (like in the previous cases, in the metropolitan area of Milan) by a small group of Italian laser scientists with a thorough experience in laser engineering. It is oriented towards the development of state-of-the-art diode-pumped solid-state laser systems (DPSS). 110 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Table 2 Key information on the case firms Name of the firm Type of industry Year of foundation Number of employees in 2010 Turn over (€ 000s) in 2010 Date of first foreign collaboration MOLMED Biotechnology 1996 85 2,676 2001 Asia (Japan) Europe (UK) FMR Software for finance (analytic libraries, pricing engines) 1994 22 2,135 1999 UE Israel Asia (Malaysia) BRIGHT SOLUTIONS Laser industrial applications 1998 20 3,000 2001 Europe Asia (China, Korea) USA Israel Geographic scope Source: the authors access to advanced knowledge in quantitative methods. FMR has always conceived its products as naturally global ones, because the main customers are international banks. Bright Solutions was founded in 1998 by two professors in engineering and by a young PhD, who had developed research projects on laser technology with the former two during his academic activity. Licensing this technology to lead customers in the world has been the main company strategy from the beginning. Notwithstanding a naturally global orientation, the company did not report foreign sales until 2001, which may be considered the take-off year. The role of collaborations in the case firms can be described as vital in this introductory phase. Each firm followed different channels available in order to access the rapid growth in the global marketplace, but for all of them, relationships with distributors and final key customers have been crucial in the beginning stages. In Molmed’s introductory phase, the main concern was about establishing partnership in order to in-license technologies and to develop its research activity. The same research collaborations with universities and research centres are fundamental to nurture continually the core activity, which is R&D based. These relations depend on the international reputation of its entrepreneur supported by a hundred of top publications. The company has a naturally global orientation, due to the nature of its research activity, even though it does not report any sales both in the domestic and in the international markets (Zucchella and Kabbara, 2011). This is coherent with the peculiar characteristics of the industry, characterized by long research pipelines and deferred revenues. • Phase 2: growth and resource accumulation After the rollercoaster of the first years, I soon realised that the entire organisation needed to grow and get ready for new challenges. It was longer about me getting ready for business. There were people and other assets to work on, but the speed of competition was too fast for only internal learning. The organisation needed to learn from a few valuable partners. And foreign markets access was achieved effectively through key partnerships. All this effort took 5-6 years’ time. The findings revealed that in this stage the organizational learning becomes crucial, even though the sources of learning differ from one case to another. While FMR and Bright Solutions take their source of learning from lead customers, Molmed learned from a variety of partners with highly differentiated knowledge bases, ranging from big pharmaceuticals to research centres and health care institutions, to venture capitalists. Learning from the management was also important to Molmed, by hiring highly qualified staff with both managerial expertise and knowledge of the specific business. Molmed experiences a first take-off in 2001, three years after foundation, when its R&D activity matures up to a point where it can build collaborative in and out licensing agreements with different organisations (Japan and UK). After 2001 the company also decided to start a production activity rather than focusing solely on R&D. This allows to stabilize long term returns and to move towards a more vertically integrated business model. FMR experiences a second stage of growth from 1998 to 2001. During this period, the employees grew from nine to twenty units while sales doubled, exceeding one million Euro. The growth pace, especially considering revenues, reduces significantly compared to the first period. The idea The Role of Partnerships in the Internationalisation Process of Small Knowledge Intensive Firms (SKIFs) is to concentrate on lead customer needs, trying to provide a more complete and updated range of products and services. As a consequence, the secondary business of aerospace physics activities is allocated to a spin-off company dedicated to software development and data analysis in this area. This re-focusing permits to FMR to launch new projects in the core business, to develop new products and project development and consulting services. For Bright Solutions after 2001 a time of high growth begins, after a relatively slow start up period. This second phase corresponds to the start of the internationalisation activity, with an export intensity rate jumping in 2001 from 0% to 47% through the development of ties with foreign distributors. The CEO manages directly commercial relationships and meets both distributors and final customers, in order to support the understanding of the firm’s technology. • Phase 3: break-out phase “After some years into the business, I had to confront myself with the question: should I stay or should I go? Should I try to maintain the business as it is or should I jump to the next level?” The case findings indicate that the three firms interpreted in different ways their break out phase. The latter might frequently not occur at all, leaving the firm in a steady state of “not fulfilled growth”, which is particularly frequent in small Italian companies. This state might depend on lack of resources and strategic vision for growth, as well as in a deliberate willingness by entrepreneurial team to avoid changes in governance. In other cases, the firm might not survive to the fast growth phase due to imbalances in financial variables and in market consolidation. For Molmed the break phase corresponds to its listing in Milan Stock Exchange in 2008, ten years after foundation, leveraging on the support of venture capitalists and financial institutions which boosted growth. The firm has no profits and low revenues: this is a common feature in red biotech research intensive business. If we look instead at the employees figures, Molmed has more staff than the other two firms. In its third stage Molmed becomes more international and more independent from its initial partners, paving the way to expand further its partnerships at a global level. Bright Solutions experiences from 2005 an even more pronounced growth path than in its previous stages of life, with average revenues growth by 60% each year, still maintaining its limited staff. The introduction of new production lines of laser from 2004 and the establishment of strong relationships with a US and an Israeli distributor are the triggering factors. Growth is quickly achieved through commercial partnerships. The export intensity rate has reached 80% in 2007. Bright Solutions pointed out the Asiatic, American and Chinese markets. However, the company experiences a stagnation period, especially after 2008. 111 The company is not willing to engage into new partnerships, the governance is afraid to lose control on operations and does not also consider the hypothesis of finding more resources and competencies with new shareholders. FMR had a different path to break out. Being established three or four years before the other two firms, it did not experience break out until 2007. From 2002 to 2006, the company’s revenues and employees stabilize, while the firms continues on the strategy set up in the previous stage. From the commercial point of view, export intensity rates rise from 9% in 2006 to 16% in 2008 and the firm gains access to new foreign markets. The firm consolidates links with key customers and a few partners. Among the latter, the List Group, a privately owned company and representing a relevant partner since 1997, evolved into main partner. List is market leader in the development of technology for electronics markets and has a worldwide distribution network in Europe, USA and the Far East. In 2006, List acquired the majority stake of FMR. Discussion The analysis of the case studies framed along Gabrielsson et al. (2008) model is summarized in Table 3. The three companies belong to three very different domains in the knowledge intensive sector but still can be compared, thanks to a common founding background (the university, which nurtures science-intensive firms), and a common institutional background. In fact, they are all located in Northern Italy, in the metropolitan area around Milan, which is one of the most economically advanced Italian regions. There companies were new ones and may suffer presumably from similar financial constraints such as shortage of external sources of finance, absence of public support, and limited managerial skills markets for science intensive firms. Apart from industry specific traits, which may be particularly evident in biotechnology, where capital needs are large and break even time much uncertain and anyway postponed of many years, the analysis of the three companies permits highlighting some common factors which have influenced their growth path, with different outcomes. Comparability is also ensured by similar demographic traits such as the age, the founders still manage the companies, a similar exposure to global competition, a knowledge-based type of business. The firms show some common traits in the internationalisation decisions, because they tend to rely on developing their products and services in the home country and then exporting directly or via intermediaries. The firms respond well to a concept of international growth driven by value creating events (Jones and Coviello, 2005). More precisely, the capacity of the firms to maximize the knowledge opportunities embedded in relationships depends in the first years on the firm strategic intent and vision and on the founders’ preparedness to cope with the challenges of global competition. In the following years the 112 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) capacity of top managers and founders to enhance organisational learning becomes increasingly relevant (Zucchella and Scabini, 2007). In knowledge intensive firms, long term growth seems to leverage on maintaining the capacity to innovate, and at the same time improving the existing products and processes. In both activities, the role of partnerships is very important due to the system of dyadic ties. This includes both partnerships aimed at exploring new opportunities. Some examples include the ties with university research centres, as well as with key customers and partnerships aimed at exploiting existing opportunities, like commercialisation agreements and alliances with distributors). The long term development of these firms thus requires organisational ambidexterity (O’Reilly and Tushman, 2008) and partnerships support the mentioned ambidexterity. Our study thus supports the finding that inter-organizational activities, such as customer relationships (Im and Rai, 2008), and strategic alliances (Lin et al. 2007, Rothaermel and Deeds, 2004), can enable both exploitative and explorative knowledge processes. In these industries the firms access to global customers directly or through distributors. This access is the triggering factor which mostly explains the growth path in all the three cases studied. Though this finding may appear obvious, it is surprising how scarce literature is regarding the role of distribution and commercialisation partnerships as key drivers of international performance, along both the speed and the scope dimensions (Nummela et al., 2005). The role of collaborations with other firms is confirmed and it is possible to develop a better understanding of the timing of key relationships and how their nature affects speed and scope of the international growth. Our research findings point out the double edged sword of these collaborations: in providing fast access to global markets, they also create dependence, unless they are structured to generate both general and specific market knowledge (Johanson and Vahlne, 1977) for the SKIF. Molmed is the most successful and growing firm, in part due to its capacity to diversify and to manage commercial collaborations in order to extract, not only sales opportunities, but also knowledge about markets, final customers and channels. The other two companies are more passive partners; they miss learning opportunities and gradually become dependent on the other party. Consequently, they enter either into a stagnate (Bright Solutions) phase or into a ‘take over’ stage (FMR, acquired by its main partner). These findings permit to highlight a substantial development of Gabrielsson et al. model, regarding the third phase (the so-called break out). The exact nature of this phase remained somehow undetermined in the above mentioned model, though it is critical in order to understand the effective long term performance of firms. We can now hypothesise three different outcomes, take off, stagnation and exit), which can be validated in further studies and with quantitative analyses. The aim is to measure how the content, evolution and learning of partnerships affect the outcome of the internationalisation process. In addition to this, we find evidence that commercial and distribution agreements are vital for early and fast start of international sales, but their double edged sword nature becomes progressively more evident along time. As a consequence, the second stage is particularly important for establishing more diversified partnerships and for the development of the double learning activity: first, extracting knowledge about markets and customers from partners and second, setting up organisational learning routines, in order to share the new knowledge in the organisation, outside the entrepreneurial team. In the second stage, the role of the entrepreneur, which in the first stage was a key driver of success, may become a limit to growth, unless the entrepreneur is capable of supporting organisational learning. From this point of view, our findings highlight that, notwithstanding the key role of distribution partnerships, other typologies of collaboration need to be considered. In fact, an additional fundamental difference from Gabrielsson et al. model, rests in the relevance of partnerships with broadly intended ‘suppliers’, like suppliers of science (universities and research institutions), of technology (in-licensing), of patient capital and managerial support (venture capitalists). Many of these collaborations are more frequent in knowledge and research intensive industries, so they may reflect partially the specificities of SKIFs. The integration of Gabrielsson et al. model with a boarder range of partnerships, which have a relevant role as ‘value creating events’, can provide a more complete picture of organisational learning and performance over time. In a longitudinal perspective, maintaining and diversifying R&D and technology partnerships contributes to enhance absorptive capacity, organisational learning and finally dynamic capabilities (O’Reilly and Tushman, 2008). Also from this perspective, the three companies show different outcomes, the most “open” to diversified sources of learning and to in-source knowledge through partnerships is Molmed, which takes off via public offering. Bright solutions and. to a less extent, FMR maintain a stable collaboration with some researchers, but does not enlarge and diversify over time their research network. They also both reject the idea of external managers, of venture capitalists or business angels, thus limiting further their capacity to learn and to grow. Conclusions The theoretical contribution of this research is to the theory development process, because it integrates extant stage models of internationalisation in two ways. First, we define better the different stages of international growth of entrepreneurial firms, identifying three phases, specifying how each phase contributes to the firm long term performance, and developing a different perspective about the third stage. Source: the authors BRIGHT SOLUTIONS FMR MOLMED Founded by an academic and young PhDs. The governance is short of managerial skills Founders from academia, physics and management Phd., but the latter exits soon, failure in integrating managerial competences in top management team Highly reputated founder from academia, highly skilled and diversified management team Entrepreneurial team Distribution and commercial relationships Distributor Distribution partnership Partnership Lead customers Distributors Private equity Research & development agreement Universities Research centers, hospitals Venture capitalists Type Partner Collaborations Phase 1 (foundation-2001) Set up entrepreneurial governance Italy UK Europe Europe Europe Location Lead customers Lead customers Big Pharma research center healthcare institution venture capitalists new management Organisational learning Final customers Distributors Customer (banks, insurance) Commercial partnership Commercial partnership Commercial partnership Distribution partnership InLicensing Research centers and hospitals Distributor Outlicensing Partnership Type Big Pharma Universities, Biotechnology companies Partner Collaborations Phase 2 (2001-2007) Organizational learning Italy Korea China Italy Korea China USA Israel Turkey UK Malaysia Israel Spain Poland Italy UK Japan Italy UK Location The phases of international growth observed in the case studies Table 3 Stagnation Take over Public offering Break out strategy - The firm becomes a subsidiary Pharmaceutical companies, Distributors, Hospitals Research centers Partner Difficulties in establishing new partnerships UK Spain France EastAsia Italy Europe USA Japan Licensing In and Out - Location Type Collaborations Phase 3 (2008-2012) Break out The Role of Partnerships in the Internationalisation Process of Small Knowledge Intensive Firms (SKIFs) 113 114 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) The latter is hypothesised as articulated along three different outcomes; take off, stagnation, and exit, depending how the move from the first to the second stage is managed. Second, we find that the different outcomes are the consequence not only of the successful establishment, but also of successful management over time of relationships with other organisations, especially in terms of learning enhancement for the entire organisation. The growth process of SKIFs is entangled in the internationalisation one, but in more complex ways than in traditional businesses, being deeply embedded in partnerships with customers, distributors and knowledge providers, which determine the process timing, speed and scope. For small firms in the knowledge intensive arena, the global niche positioning is fundamental for survival and success and provides a naturally born global orientation, but when and how effective this orientation is, depends on the types of partnerships established. These findings raise new issues and research questions. First, the role of commercial partnerships is crucial for the understanding of global growth in SKIFs from the start, and there is a need to generalise this outcome for different types of firms and to further develop the knowledge about this scarcely explored field. Moreover, it is understudied their double edged sword nature, even though it represents a key issue in the success or failure of international growth. Second, the analysed case studies are evidence that diversified learning processes are a relevant driver of international growth (learning from partners, learning for professional management, etc). Molmed is an excellent example of the last case, as it calls for a systematization of multiple learning sources in young ventures. From the managerial point of view, the findings indicate that managers should actively and early develop their core relationships to achieve market entry to the leading markets. Moreover, managerial work should be addressed to assessing potential and actual partnership performance in terms of learning, and not only for short term profit contribution). Finally, the activities of learning from multiple sources are frequently left to a spontaneous approach, which in many new ventures is only based on personal ties of the entrepreneurial team. Successful business planning should also include organisational learning issues and scanning of partners with relevant learning potential. Bibliography Almor, T.; Hashai, N. (2004). « The competitive advantage and strategic configuration of knowledge-intensive, small- and medium-sized multinationals: A modified resource-based view », Journal of International Management, Vol. 10, No4, p. 479–500. Anderson, J. C.; Hakansson, H.; Johanson, J. (1994). « Dyadic business relationships within a business network context », Journal of Marketing, Vol. 58, p.1-15. Arenius, P.; Sasi, V.; Gabrielsson, M. 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PAUL MULLER INRA, AgroSup Dijon GRAICO, IUT de Mulhouse Abstract In this paper we propose a more comprehensive understanding of the (recent) contrasted assessment of French competitiveness clusters, by exhibiting the protean nature of both clusters’ structures and clusters’ performances. Applying data analysis techniques to clusters’ scoreboard data, we build an original typology of French clusters. We conclude that clusters’ morphology may explain their performance, thus calling for a more differentiated governance of those meta-organisations. Keywords: clusters, typology, cluster governance and management, performance, data analysis Mots clés : Pôles de compétitivité, typologie, gouvernance et pilotage des pôles, performance, analyse de données L Patrick RONDE Université de Strasbourg Laboratoire BETA ancée à la fin de l’année 2004 à la suite du rapport Blanc (2004) analysant les origines du ralentissement économique français, et effective en juillet 2005, la politique des pôles de compétitivité a connu deux autres vagues de labellisation en 2007 et en 2010. En 2011, 71 pôles de compétitivité répartis sur l’ensemble du territoire national et couvrant de nombreux secteurs d’activité étaient labellisés. Parmi eux, 7 pôles mondiaux, 11 pôles à vocation mondiale et 53 pôles nationaux. Le 24 septembre 2008, la deuxième phase de déploiement des pôles de compétitivité a été lancée. Avec elle, un deuxième volet de financement de 1,5 milliard d’euros a été alloué à leur fonctionnement pour la période 2009-2012. Préalablement à cette reconduction, l’Etat français a lancé une première évaluation de cet instrument de politique économique (CM International et BCG, 2008). Les résultats de cette première évaluation témoignent d’une grande variété dans la performance des divers pôles : 39 pôles ont pleinement atteint les objectifs, 19 en ont atteint certains et 13 pôles pouvaient « tirer parti d’une reconfiguration en profondeur ». De tels résultats appellent à mener une réflexion plus approfondie sur les objectifs assignés aux 71 pôles de compétitivité et leur capacité à y parvenir. La récente vague de dé-labellisation (6 pôles ont perdu leur label en mai 2010) Resumen Este artículo propone una explicación a los resultados contrastados de las evaluaciones de los polos franceses de competitividad, mostrando su realidad multifacética tanto en sus características estructurales como en sus desempeños. Aplicando técnicas de análisis de datos sobre las informaciones provistas en los paneles de control de estos polos, hemos hecho emerger una tipología original de los polos franceses de competitividad. Concluimos que la morfología de los polos influye sobre sus desempeños, lo cual pide el reconocimiento de objetivos distintos, de criterios de desempeño adaptados y finalmente una gestión diferenciada del manejo público de estas méta-organizaciones. Palabras claves: polos de competitividad, tipología, gobernanza y pilotaje de polos, desempeño concomitante à la création de 6 nouveaux pôles de compétitivité autour des éco-technologies nous encouragent également sur cette voie. Un pôle de compétitivité se définit comme : « [L]a combinaison, sur un espace géographique donné, d’entreprises, de centres de formation et d’unités de recherche publiques ou privées, engagées dans une démarche partenariale destinées à dégager des synergies autour de projets communs au caractère innovant, conduits en commun en direction d’un (ou de) marché(s) donné(s). Par cette mise en réseau des acteurs de l’innovation, la politique des pôles a comme objectifs : développer la compétitivité de l’économie française en accroissant l’effort d’innovation; conforter sur des territoires des activités, principalement industrielles, à fort contenu technologique ou de création; accroître l’attractivité de la France, grâce à une visibilité internationale renforcée et favoriser la croissance et l’emploi. » (site http : //www.competitivite.gouv.fr/) Les pôles semblent ainsi soumis à des injonctions différentes telles que collaborer pour innover tout en devant 118 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) être plus compétitifs sur un marché donné. Atteindre l’ensemble de ces objectifs semble donc ambitieux, d’autant que derrière le label pôle de compétitivité se cachent des entités fort différentes. Au-delà de savoir si les pôles tiennent leurs promesses, il convient tout d’abord de se demander si ces derniers ont les moyens de telles ambitions. Un seul pôle peut-il atteindre tous les objectifs fixés par les textes, ou certains pôles offrent-ils des conditions favorables à un type d’objectif particulier alors que d’autres pôles sont plus propices à la réalisation d’un autre type d’objectif ? Enfin, peut-on et doit-on attendre la même chose de chaque pôle ? De récents travaux en sciences de gestion se sont penchés sur la question en proposant une collection variée d’études de cas riches en enseignements sur les pôles de compétitivité français et leur fonctionnement (Chabault, 2010; Gosse, Sprimont, 2010; Corbel et al. 2011, numéros spéciaux des revues Management et Avenir, 2009, Revue française de gestion, 2009). Nous adoptons ici un positionnement méthodologique alternatif. Nous choisissons de mener une étude comparative systématique de l’ensemble des pôles de compétitivité français, de leurs formes et de leurs performances. Nous exploitons les données de l’enquête réalisée par la Direction Générale de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services (DGCIS) auprès des structures de gouvernance des pôles et publiées dans les tableaux de bords 2009. Grâce à des techniques d’analyse de données, nous leur « donnons la parole » et tentons de faire émerger une typologie de pôles, afin de la lier à des indicateurs de performance. Nous ambitionnons de dévoiler la réalité protéiforme des pôles de compétitivité, en rendant compte à la fois de leur hétérogénéité et de leurs similitudes, tant sur le plan de leurs caractéristiques structurelles que de leurs performances. En confrontant nos résultats aux typologies existantes issues d’une littérature internationale qui analyse principalement des clusters spontanés, nous pourrons ainsi voir s’il émerge (ou non) une originalité (tant dans leurs formes que dans leurs performances) au sein des pôles de compétitivité inscrits au cœur de la politique industrielle française. L’objectif ultime de notre typologie est d’identifier et de comprendre les formes organisationnelles les plus favorables à l’innovation et à la compétitivité afin de soutenir, orienter et accompagner les pôles de compétitivité vers plus d’efficacité et d’efficience. Dans une première partie, nous présentons la diversité des approches théoriques qui ont été développées pour analyser les pôles et leur performance. Cette revue de la littérature nous permet d’amorcer une réflexion sur les indicateurs pertinents pour notre analyse. Dans un deuxième temps, nous explicitons nos choix méthodologiques et détaillons nos bases de données. Dans une troisième partie, 1. Nous utilisons le terme cluster pour alléger l’écriture et ne pas répéter « formes d’organisation territorialisée » tout en long de cette première partie, mais aussi pour faire écho à la terminologie anglosaxonne. Néanmoins, nous restons conscients des différences pouvant nous présentons et discutons nos résultats empiriques. Dans la conclusion, nous insistons sur les apports théoriques et les implications managériales de notre contribution. Les formes d’organisation territorialisée : idéaux-types et efficacité Dans cette première partie nous reviendrons tout d’abord sur les principales formes d’organisation territorialisée identifiées dans la littérature et leurs principales caractéristiques structurelles. Nous présenterons les conclusions quant aux facteurs explicatifs de la performance de ces différents clusters. Puis nous aborderons les différentes mesures de performance proposées dans la littérature. A l’issue de cette partie, nous serons en mesure de préciser l’originalité de notre travail et d’identifier des indicateurs permettant de répondre à notre questionnement. Les formes d’organisation territorialisée : des configurations structurelles multiples... Depuis les travaux de Krugman (1991) et Porter (1990 et 1998), les clusters, définis par ce dernier comme « des concentrations géographiques de firmes et d’institutions interconnectées autour d’une spécialisation donnée » (Porter, 1998, p.78) donnent lieu à un intérêt grandissant tant de la part des universitaires que des décideurs politiques. Les modèles fondateurs d’agglomération à l’origine d’économies de spécialisation (Marshall, 1925), d’urbanisation (Jacobs, 1969), du développement d’un marché du travail spécialisé localisé (Krugman, 1991) et de la création d’externalités d’information et de connaissances (Jaffé, 1986), ont ainsi été progressivement enrichis. Aujourd’hui deux modèles de clusters1 font l’objet d’une attention particulière : les clusters Porteriens et les districts italiens. Les travaux de Porter (1990, 1998) placent au cœur de l’analyse la question du comportement des firmes au sein du cluster. En développant l’idée que la compétitivité des territoires est déterminée par plusieurs facteurs (stratégie, structure et rivalité des firmes, facteurs de production, caractéristiques de la demande, industries liées et de soutien) formant son fameux « diamant de la compétitivité », Porter soutient que leurs interactions sont d’autant plus fortes que les firmes partagent la même localisation. De manière plus précise, Porter émet l’hypothèse que la colocalisation des firmes donne lieu à des comportements mêlant coopération et concurrence (désignés par le néologisme coopétition), facteurs de performance. Ces dernières peuvent coopérer durant certaines étapes de la chaîne de valeur (principalement durant les phases amont de recherche et exister entre les différents termes employés dans la littérature (pôle de compétitivité, grappe d’entreprises, cluster, district…), comme l’ont bien montré Defelix et al. (2008) et Bocquet et Mothe (2009). 119 Les pôles de compétitivité : morphologies et performances développement), tout en se concurrençant durant les phases aval de commercialisation. De tels comportements ont été détectés dans des industries à forte intensité de R&D, telles que l’industrie pharmaceutique et les biotechnologies (Hendry et Brown, 2006). Selon Porter, la clé du succès des clusters réside donc principalement dans le développement d’interactions volontaires entre acteurs en vue d’un meilleur partage d’informations et de connaissances entre eux (Bocquet et Mothe, 2009). La littérature italienne sur les districts industriels (Brusco, 1982; Becattini, 1991) met pour sa part en avant le rôle joué par les dimensions humaine, historique et culturelle. Une condition nécessaire au développement des districts se situe dans l’existence d’un contexte institutionnel favorable (Gertler, 2003) conjugué à un encastrement historique (Vertova, 1998), relationnel et social (Granovetter, 1985; Uzzi, 1997) facilitant la circulation de connaissances (souvent) tacites entre des PME spécialisées (Garofoli, 1991). Les connaissances sont supposées se diffuser suivant plusieurs canaux : relations personnelles (Cumbers et al., 2003), syndicats et associations professionnelles (Benner, 2003; Faulconbridge, 2007), mobilité de la main d’œuvre (Breschi et Malerba, 2001), projets et partenariats interorganisationnels (Amin et Cohendet, 2003). Les districts performants parviennent à favoriser la circulation de connaissances au travers de communautés de pratique interconnectées (Lissoni, 2001, Suire et Vicente, 2008). Ils donnent lieu à une multiplication de relations inscrites dans le long terme et à des comportements coopératifs (Samaganova, 2008). Se développent entre les acteurs des liens d’interdépendance souvent informels (Nooteboom, 1996), une forme d’encastrement social (Granovetter, 1985), et finalement un climat de confiance favorable à la performance individuelle des acteurs. Des typologies de clusters alternatives reprennent certaines des caractéristiques mises en avant dans les littératures Porterienne et/ou italienne. Au travers d’un examen des types de liens économiques existant entre les firmes, Gordon et McCann (2000) ont opéré une distinction entre trois « idéaux »-types de clusters : un modèle d’agglomération pure, un modèle qualifié de complexe industriel et un modèle basé sur les réseaux sociaux. De la même manière, Markusen (1996) a proposé de classer les clusters suivant trois dimensions : la configuration des firmes, l’orientation du cluster (interne ou externe) et la structure de gouvernance. Si Gallié et al. (2010) ont distingué les clusters en fonction des niveaux de R&D privée et publique disponibles dans leur région d’implantation, Morosini (2004), 2. Toutes ces typologies font l’hypothèse que la structure des clusters est déterminée et relativement stable. Pourtant, Longhi (1999) a montré, au travers de l’exemple du cluster de télécommunications de Sophia Antipolis, qu’ils sont susceptibles de modifier leurs caractéristiques principales, passant d’un mode de gouvernance public à un mode privé et d’un modèle d’agglomération à un modèle de réseau social. Pour leur part, Amisse et Muller (2011) se sont attachés à préciser les conditions sous-tendant cette possible mutation en montrant l’influence du déve- dans la lignée de l’approche des clusters basée sur les connaissances (Maskell et Malmberg, 1999; Maskell, 2001; Bidan et Dherment-Férère, 2009; Retour, 2009) fonde sa typologie sur les connaissances caractérisant les clusters. Plusieurs éléments comme le tissu institutionnel, la proximité géographique ou les liens économiques lui permettent de lier la performance économique du cluster au degré d’intégration des connaissances et à l’intensité concurrentielle en son sein. Dans la même lignée, Calmé et Chabault (2007) développent une typologie croisant deux dimensions (le patrimoine cognitif des acteurs et les interactions qu’ils développent entre eux) qui leur permet de mettre à jour quatre types de « formes d’organisation territorialisée » : les pôles techniques, les districts industriels, les technopôles et les milieux innovateurs, chacun reposant sur un socle cognitif différent, plus ou moins partagé et favorable aux interactions2. Enfin Koschatzky et Lo (2007) identifient, sur la base d’une synthèse de la littérature sur les clusters, dix facteurs permettant d’expliquer l’existence et la pérennité d’un cluster (proximité spatiale des acteurs, masse critique de firmes, environnement concurrentiel, capital humain, clientèle exigeante, secteurs d’activités liés et complémentaires, effets d’échelle, spillovers, développement de relations de confiance, densité et cohérence de réseaux), ces facteurs faisant ainsi écho à l’ensemble des configurations structurelles type identifiées jusqu’alors. Derrière la multiplication de ces idéaux-types de clusters se cachent des logiques d’agglomération différentes. Les travaux de Mc Cann et Folta (2009) montrent que les clusters prennent des formes hétérogènes du fait de logiques d’agglomération différentes. Ils distinguent les clusters fondés sur des logiques d’agglomération poussées par l’offre de ceux où l’agglomération est principalement tirée par la demande. Chacun de ces deux types de clusters bénéficient d’externalités de nature différente, qui reposent sur une structure organisationnelle distincte et suivent une dynamique d’évolution (et donc de performance ) qui lui est propre. Pour autant, ces idéaux-types de clusters ne sont pas exempts de limites et ne permettent pas toujours d’expliquer leur réussite (ou leur échec), comme nous l’expliquons dans la section suivante. … qui n’expliquent pas toujours la performance… Bien qu’ayant largement influencé les politiques publiques de nombreux pays (Royaume-Uni, France, Allemagne, Pays-Bas…) et de nombreuses institutions (OCDE, Banque loppement de différents types de relations entre acteurs (de court terme et de long terme) sur les dynamiques des clusters. Au final, si nous identifions des idéaux-types structurels et un lien entre ces idéaux-types et leur performance, il nous faut bien garder à l’esprit que les idéauxtypes les moins performants ne sont pas nécessairement condamnés à le rester, une mutation structurelle pouvant être entreprise dans certains cas. 120 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Mondiale), l’approche Porterienne a fait l’objet de nombreuses critiques venant fragiliser sa capacité à expliquer la performance des membres des clusters : – Martin et Sunley (2003) dénoncent tout d’abord le manque de clarté du concept présenté et le flou des frontières des clusters Porteriens. Ils insistent également sur les déséconomies d’agglomération (congestion, coût du foncier, pollution, etc.) dont peuvent parfois souffrir les membres d’un cluster et qui sont occultés dans la littérature alors même qu’elles peuvent venir obérer la performance du cluster et de ses membres. –D’autres contributions ont analysé la nature des liens de partenariat au sein des clusters, et leurs résultats ne soutiennent que partiellement les positions de Porter. Dans une étude du district des industries textiles du Baden Wurtemberg, Staber (2001) a observé que les coopérations se produisent principalement entre des firmes ayant des activités complémentaires. De plus, il a établi le fait que la probabilité de succès d’un cluster est positivement influencée par la variété et la complémentarité des activités des firmes précisément du fait qu’elles contribuent à réduire la pression concurrentielle locale. Vicente (2005) et Boari et al. (2003) ont confirmé ces résultats dans des études portant, respectivement, sur une comparaison de clusters d’industries informatiques et sur le cluster de l’industrie des emballages d’Italie du Nord. –En considérant surtout les relations de collaboration formelles, l’approche de Porter éprouve également des difficultés à rendre compte de la circulation des connaissances tacites car les modalités de leur transfert ne peuvent pas être spécifiées a priori en raison de la nature spécifique de ces dernières. Par ailleurs, en se concentrant sur les déterminants prévus par son diamant de la compétitivité, il ne parvient pas à prendre en compte des facteurs essentiels au succès et aux spécificités du cluster comme sa culture locale ou la possibilité de relations de long terme dépassant l’intérêt immédiat des partenaires. Enfin, plusieurs clusters ont été considérés comme performants tout en menant peu de projets collaboratifs. C’est le cas des districts de la mécanique de Brescia (Lissoni, 2001), de l’industrie des emballages d’Italie du Nord (Boari et al. 2003; Boari et Lipparini, 1999), de l’horticulture ornementale jusque dans les années 1980 (Amisse et Muller, 2011). Pour sa part, la littérature italienne souffre de nombreux défauts, principalement imputables à la difficulté de distinguer des critères de performance directs, fiables et uniformes suivant ce référentiel théorique, dans la mesure où une part importante de l’activité des clusters se déroule 3. Nous résumons ici les critères les plus récurrents dans la littérature, sans préjuger de l’intensité ou de la direction de leur influence, dans la mesure où certains travaux peuvent proposer des conclusions opposées. précisément en dehors de tout cadre formalisé. De plus, si les relations au sein du cluster font l’objet d’une attention soutenue, les liens externes ne sont que peu abordés. Ceci mène donc à une situation paradoxale où le cluster est influencé par son contexte local tout en faisant abstraction d’un contexte concurrentiel plus large. Si une telle hypothèse peut s’appliquer à certaines industries encore dominées par des considérations locales (par exemple, certaines industries de l’agroalimentaire, The Economist, 2007) ceci n’est plus le cas dans un nombre croissant de secteurs d’activité sujets à une concurrence mondialisée. Si dans un premier temps, cette littérature s’est focalisée sur les caractéristiques internes des clusters, d’importants développements ont récemment milité pour une meilleure prise en compte de leur insertion dans un environnement productif et concurrentiel plus large (Coenen et al., 2004; Boschma et Ter Wal, 2007; Hussler et al, 2011). Il a été montré la complémentarité entre des flux d’informations internes et des flux externes pour le maintien et le développement de la compétitivité du cluster (Bathelt et al., 2004; Giuliani et Bell, 2005). Finalement, il apparaît que chaque type de cluster se base sur des critères de réussite différents aussi bien en termes d’organisation interne que de stratégie relationnelle. Ceci suggère qu’il n’existe pas un modèle unique de cluster et nous encourage à préciser la forme des 71 pôles de compétitivité français. Dans cette perspective, il est intéressant de noter que les typologies proposées dans la littérature empruntent souvent des arguments à chacun des courants de pensée présentés ci-dessus. De ce fait, la recombinaison des indicateurs issus de chaque courant de littérature pourra nous être utile pour proposer une caractérisation la plus exhaustive possible. Nous proposons donc une synthèse des caractéristiques structurelles présentées comme déterminantes dans la performance d’un cluster. Tableau 1 Caractéristiques structurelles à l’origine de la performance d’un cluster3 Intensité de l’agglomération des acteurs Nombre, nature et diversité des acteurs/industries présentes Rivalité entre acteurs/ Liens de dépendance entre acteurs Nature de la gouvernance et encastrement Degré d’ouverture vers l’extérieur Ressources internes au cluster (RH, financières, autres) / implication des institutions publiques Si, pour certains auteurs, la diversité sectorielle est un gage de performance, pour d’autres, une forte concentration sectorielle est préférable au développement d’un cluster. 121 Les pôles de compétitivité : morphologies et performances Mais si chaque cluster est caractérisé par des cadres institutionnels spécifiques (Gertler, 2003) et est focalisé sur des industries spécifiques, un problème important soulevé par Peters et Hood (2000) réside dans la difficulté d’application de méthodes d’identification, de caractérisation et d’évaluation uniformes quant à leur développement, alors même que de telles évaluations sont souhaitées par les acteurs publics lorsqu’ils mettent en œuvre une politique de type « top-down » (voir Fromhold-Eisebith et al., 2005). Pour Martin et Sunley (2003) il est nécessaire d’avoir une connaissance très précise du cadre dans lequel les clusters évoluent. Il semble donc particulièrement important de mettre en œuvre des évaluations de la performance des clusters suivant des indicateurs précis tout en parvenant à rendre compte des spécificités de chacun d’eux. En proposant de mettre en évidence des idéaux-types au sein de l’ensemble des pôles de compétitivité français, nous adoptons donc un positionnement intermédiaire entre une évaluation au cas par cas empêchant toute comparaison et une caractérisation unique trop généralisante et ne permettant, ni d’expliquer, ni de piloter la performance des clusters. La section suivante revient précisément sur la notion de cluster performant. … d’autant que la performance est polymorphe Plusieurs contributions se sont proposé de construire des jeux d’indicateurs de mesure de la performance des clusters. Koschatzky et Lo (2007) ont identifié quatre mesures d’impact des clusters (compétitivité du secteur au niveau international, avantages concurrentiels durables, innovation continuelle, attractivité du lieu pour les entreprises). Pour leur part, Graversen et Rosted (2009) proposent une grille d’indicateurs capables de rendre compte de l’impact des politiques de clusters. Leur analyse distingue cinq principaux types d’indicateurs : ceux rendant compte des ressources humaines disponibles et créées (niveau de qualification des employés et adéquation entre les qualifications et les besoins des entreprises), ceux mesurant les connaissances créées (capacité à produire des innovations et leur influence sur le développement des entreprises), ceux faisant écho au dynamisme en matière d’activités entrepreneuriales (dynamisme des entreprises et ouverture de ces dernières tant au niveau régional que national, voire international), ceux faisant état de la perception du rôle de régulation joué par les pouvoirs public (dans le soutien et l’encadrement de l’activité du cluster) enfin ceux décrivant la forme, l’intensité et la pertinence des coopérations mises en œuvre. Cette analyse a été affinée par Meier zu Köcker et Rosted (2010) qui ont retenu huit dimensions d’analyse des clusters et de leur performance : les activités liées à la recherche et la technologie, l’évolution de l’activité et de l’emploi, la qualité de la stratégie du cluster et de son opérationnalisation, son animation et sa gouvernance, les résultats obtenus en son sein, les formes et l’intensité des collaborations, le nombre de créations d’entreprises et d’implantations au sein du cluster, l’accomplissement de ses objectifs et sa visibilité. Cependant, chacune de ces contributions peine à se départir de son parti-pris résolument Porterien, qui est d’ailleurs explicitement revendiqué dans la plupart d’entre elles. Il existe donc une forte probabilité que les indicateurs de performance, en soient biaisés en faveur des clusters répondant au mieux aux critères tels qu’édictés dans le cadre du « diamant de la compétitivité ». En vue d’éviter un tel écueil, Bocquet et Mothe (2009) se sont attachées à dresser une liste de critères de performance et à préciser la nature de cette performance selon que l’on soit confronté à un cluster de type Porterien ou italien. Pour ces auteurs, la performance ne peut se comprendre indépendamment de la structure dans laquelle elle prend vie. Dès lors, les auteurs proposent une liste d’indicateurs permettant à la fois de mesurer et d’expliquer la performance et s’articulant autour de plusieurs thèmes : indicateurs de diversité interne du cluster, intensité de l’innovation, type d’innovation se produisant au sein du cluster, existence de barrières à l’entrée, modes de coordination, indicateurs de performance économique et sociale à l’échelle du territoire, indicateurs de performance collective à l’échelle du cluster, indicateurs de performance à l’échelle des entreprises. Au travers de l’étude du cas d’Arve Industries, elles montrent que les clusters n’obéissent pas à un modèle particulier (soit d’inspiration Porterienne, soit italienne) mais peuvent partager des caractéristiques des deux approches. Les critères Tableau 2 Indicateurs de la performance des clusters (synthèse de la littérature) Nature de la performance Indicateurs proposés dans la littérature Activité entrepreneuriale au sein du cluster Nb. de création d’entreprises, évolution (diversité) de l’activité du cluster, évolution de l’emploi, performance économiques des entreprises du cluster, etc. Attractivité/compétitivité du cluster Nouvelles implantations d’entreprises au sein du cluster, avantages concurrentiels durables au sein du cluster, visibilité etc. Innovation Connaissances nouvelles, forme et intensité des collaborations en matière d’innovation etc. 122 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) de performance en découlant peuvent, de ce fait, être différents selon les configurations structurelles analysées. En résumé, la littérature propose une multitude d’indicateurs de performance possibles (que nous avons résumés dans le tableau suivant) complexifiant encore la possibilité d’une évaluation des clusters. Pourtant après la mise en place en 2009 de contrats de performance, on observe du côté des pouvoirs publics français une réelle volonté d’évaluation de cet outil de politique industrielle. Ceci nous encourage à identifier des structures types dans la population des pôles de compétitivité (afin de pouvoir tester si celles-ci influencent leur performance). La partie suivante précise la façon dont nous couplons les apports théoriques précédents pour les décliner en indicateurs empiriques (de structure et de performance) afin de faire émerger une typologie des pôles français. En confrontant nos résultats aux typologies existantes nous pourrons voir si les types de clusters sponsorisés par la puissance publique (tels que les pôles de compétitivité) s’apparentent ou non aux types spontanés, traditionnellement analysés dans la littérature. Eléments méthodologiques Données et variables utilisées Pour construire notre typologie de pôles, nous cherchons à confronter les caractéristiques structurelles des pôles à un ensemble d’indicateurs de performance, afin de tester l’influence de leur morphologie sur leurs résultats. Ceci nous permettra de faire émerger des idéaux-types. Afin de disposer d’éléments de comparaison et pour bénéficier de la vision la plus exhaustive possible de l’ensemble des 71 pôles français, nous faisons le choix de baser notre analyse empirique sur les données recueillies dans les tableaux de bord publiés par la Direction Générale de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services (DGCIS) du ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi en 2009. Ces données sont recueillies dans le cadre de l’enquête annuelle réalisée auprès des structures de gouvernance et donnent des renseignements sur la situation de chaque pôle au 31 décembre 2008. Bien que relativement anciennes, les données regroupées dans ces tableaux de bord donnent une information systématisée pour les 71 pôles. Elles permettent de renseigner l’implantation géographique des membres de chaque pôle, la nature et le nombre d’entreprises impliquées, la démographie, le Tableau 3 Indicateurs retenus pour caractériser la structure des pôles de compétitivité Indicateur utilisé Abréviation Dimension approchée (cf tableau 1) Nb. d’entreprises ayant un établissement membre du pôle en 2008 Nb. membres Nb. d’acteurs/intensité de l’agglomération Nb. de groupes étrangers ayant un établissement membre du pôle en 2008 Nb. groupes Nb. et diversité des acteurs/ degré d’ouverture vers l’extérieur % d’entreprises indépendantes en 2008 %_ent indpdtes Diversité des acteurs/ liens de dépendance Nb. de salariés en 2008 Nb. salariés Nb. d’acteurs/intensité de l’agglomération Taux d’encadrement (cadres/salariés) en 2008 taux d’encadrement Ressources humaines du pôle Part du principal secteur dans l’effectif salarié du pôle en 2007 % secteur principal Diversité des industries présentes Nature du secteur principal Secondaire Nature des industries présentes Montant des financements obtenus en 2008 Montants cumulés Ressources financières du pôle Répartition des financements par origine % fui % coll % anr Provenance des fonds (FUI, collectivités, ANR, Fonds européens) % fonds européens % des effectifs localisés dans le principal département d’implantation % d’emploi dans département Intensité de l’agglomération des acteurs 123 Les pôles de compétitivité : morphologies et performances positionnement sectoriel des établissements, le nombre de projets de R&D financés par sources (Fonds Unique Interministériel, Agence Nationale de la Recherche, OSEO, Collectivités), les niveaux de financement obtenus, les productions industrielles et scientifiques, la gestion des compétences et le rayonnement international du pôle (cf. site http : //www.competitivite.gouv.fr). Ces données sont enrichies par appariement à plusieurs bases statistiques de l’INSEE. Nous ne disposons donc pas de données primaires et basons nos analyses sur les réponses des structures de gouvernance des pôles à leur organisme de tutelle (ce qui peut biaiser les chiffres). Néanmoins, dans la mesure où ces données ont été recueillies de façon identique pour l’ensemble des 71 pôles français, nous pouvons réaliser une analyse de données sur l’intégralité de la population des pôles de compétitivité français et ainsi établir des comparaisons instructives. Plutôt que de traiter l’ensemble des données fournies pour chaque pôle, nous faisons le choix de ne retenir que celles les mieux à-même de rendre compte des traits structurels identifiés par la littérature comme décisifs dans la performance des pôles et synthétisés dans le tableau 3. Nous retenons donc 13 variables (directement issues ou calculées à partir des informations fournies dans les tableaux de bord) pour tenter de caractériser les formes organisationnelles des pôles français4. Les variables que nous utilisons pour caractériser les pôles de compétitivité ne couvrent pas l’ensemble des facteurs identifiés comme déterminants pour expliquer le plus ou moins grand succès d’un cluster (cf. tableau 1). Ainsi, aucune de nos variables ne rend explicitement compte du contexte institutionnel ou encore de la structure de gouvernance des pôles. Ces dimensions nécessitant une analyse de nature plus qualitative sur chaque pôle sont en effet absentes des tableaux de bord utilisés. Nous demeurons conscients de cette limite, mais pensons que le choix de nos variables reste pertinent dans la mesure où il nous permet Tableau 4 Indicateurs de performance utilisés5 (tous les indicateurs sont calculés par les auteurs à partir des données des tableaux de bord) Objectif Accroissement de la compétitivité Renforcement de l’innovation Amélioration de la dynamique collaborative Indicateur de performance retenu Abréviation Variation du nombre de groupes étrangers membres sur la période (en %) Vgroupes en % % de PME réalisant plus de 5 % de leur CA à l’export % PME avec CA à l’étranger >5 % Nombre de brevets déposés/nb d’entreprises membres brevet/ent Nombre d’articles scientifiques produits/ nb d’entreprises membres art/ent Nombre de projets labellisés/ nb d’entreprises membres projet lab/ent Nb de mises en relation par le pôle de PME avec des business angels/nb. d’entreprises membres rel/ent Nb. de formations mises en place/nb d’entreprises membres formation/ent Apparition de tous les types d’acteurs (PME, GE, labos et organismes de formation) parmi les bénéficiaires des financements publics du pôle triple hélice Variation du nombre d’emplois ( %) Vsalariés en % Variation du nombre d’entreprises membres ( %) Vmembres en % % d’entreprises crées entre 2006 et 2008 % entre crées/ent membres Création d’emplois 4. Les statistiques sommaires de ces variables sont résumées et commentées dans l’annexe 1a. 5. Les statistiques descriptives de ces variables sont fournies en annexe 1b. 124 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) de disposer de données renseignées de façon identique par l’ensemble des pôles français, et couvrant la majeure partie des facteurs identifiés comme importants par la littérature. La définition de nos indicateurs de performance se base elle aussi sur notre revue de littérature ainsi que sur les travaux de Bocquet et alii. (2009) selon lesquels : « Le rôle [des pôles de compétitivité] est de renforcer les synergies et d’améliorer la dynamique collaborative entre les acteurs publics et privés dans le but de renforcer les capacités d’innovation et la compétitivité à long terme des entreprises. La création de richesses et d’emplois à l’échelle des territoires et des régions est souvent sous-entendue comme objectif final » (p.227). Nous faisons le choix de rendre compte de chacun de ces objectifs par un ou plusieurs indicateurs de mesure contenus dans les tableaux de bord. A cette fin, nous utilisons la liste d’indicateurs décrits dans le tableau 4. Si nous rendons ici compte de la dimension plurielle de la performance des pôles de compétitivité, il est important de noter les limites des indicateurs de performance retenus. Tout d’abord nous voyons qu’ils ont une dimension temporelle forte et que la réalisation de certains d’entre eux peut se dérouler de manière séquentielle (alors même que nous les mesurons à la même date). Chronologiquement on peut ainsi penser que les pôles cherchent à être innovants dans un premier temps, avant, si la phase innovante se déroule bien, de créer de l’emploi ou de valoriser leur innovation pour devenir plus compétitifs. Par ailleurs, nous pouvons d’ores et déjà anticiper que certains pôles seront plus ou moins performants en matière d’innovation, si l’on mesure celle-ci uniquement par l’activité de dépôt de brevets et de rédaction d’articles scientifiques, ceci dû notamment au fait que les innovations menées dans leur secteur d’activité principal soit plus ou moins brevetables6. De plus, nos indicateurs ne sont pas capables de rendre compte des retombées indirectes sur leur territoire d’implantation. En effet, nous ne disposons d’aucune information sur les externalités générées hors les frontières des pôles, que celles-ci soient géographiques et/ou sectorielles. Par ailleurs, il est nécessaire de préciser que nous ne considérons aucun indicateur de performance individuelle (des entreprises et/ou autres acteurs impliqués dans le pôle), et que seule la performance collective est évaluée, au contraire de certains travaux existants (Folta et al., 2006; McCann et Folta, 2008). Finalement, nous envisageons la performance comme l’atteinte (plus ou moins exhaustive) par les pôles de compétitivité des objectifs qui leur ont été assignés par les 6. Néanmoins, un contrôle sectoriel n’est pas envisageable dans la mesure où une grande majorité des pôles étudiés sont multisectoriels. De plus, il faut rappeler que si ces variables peuvent sembler biaisées car surreprésentées dans certains secteurs, elles ne sont utilisées qu’en tant que variables illustratives dans notre analyse et ne participent donc pas à la détermination des classes de notre typologie, mais uniquement à leur interprétation. pouvoirs publics lors de leur création. Notre originalité ne consiste donc pas en l’élaboration d’une nouvelle notion de performance7, mais en la recherche et la caractérisation éventuelle d’une typologie de pôles reliant les formes organisationnelles et les performances de ces derniers. En identifiant précisément une relation entre la morphologie des pôles français et leur profil de performance (mesuré par les indicateurs utilisés par l’organe de pilotage de la politique de pôles) nous pourrons mettre en avant la pertinence relative d’une batterie d’indicateurs de performance homogène pour évaluer l’ensemble des pôles français. La section suivante détaille la méthodologie retenue pour traiter les données et élaborer notre typologie. Méthodologie retenue Nous adoptons une méthodologie exploratoire suivant une démarche abductive. De ce fait, si nous avons utilisé les résultats des travaux théoriques sur les clusters pour identifier des indicateurs de caractérisation des pôles potentiellement pertinents, nous mobilisons à présent des techniques d’analyse de données afin d’explorer les données de terrain et de faire émerger des régularités dans la structure des pôles et leurs performances. Ceci nous permettra, in fine, de proposer une typologie des pôles français et, ainsi, d’enrichir la littérature théorique. Concrètement, nous nous proposons de réduire les données dont nous disposons par le biais de méthodes factorielles dont l’ambition est de représenter un grand nombre de variables dans un espace de faible dimension. La possibilité de réduire le nombre de dimensions de l’espace provient précisément de l’existence de corrélations entre les variables caractéristiques des pôles. Du fait de la nature essentiellement quantitative de nos données, la méthode utilisée est une analyse en composantes principales (ACP) que nous couplons à l’utilisation d’algorithmes de regroupement afin de définir le nombre de classes homogènes de pôles à caractériser (pour plus de détails, le lecteur peut se reporter à l’insert méthodologique de l’annexe 2). La méthode utilisée est une classification hiérarchique ascendante (CHA)8. Elle consiste à effectuer un partitionnement de la population des pôles en différentes classes en cherchant à maximiser l’inertie inter-classes. Les résultats de la classification hiérarchique ascendante nous permettent de faire émerger une typologie des pôles de compétitivité français en 5 classes (cf. annexe 2). Au cours de notre démarche, l’ACP portant sur les variables de structure des pôles nous permet d’identifier les 7. Bien qu’une telle réflexion semble particulièrement riche dans le cas d’une application à un objet inter-organisationnel aussi particulier, récent et évolutif que les pôles; nous y reviendrons en conclusion. 8. Les méthodes d’analyse factorielle et de classification sont en effet complémentaires (Lebart et al., 2006). 125 Les pôles de compétitivité : morphologies et performances traits distinctifs de chaque classe de pôles. Les variables structurelles jouent alors le rôle de variables actives car elles servent à construire les classes. Notre originalité consiste ensuite à projeter dans l’espace factoriel ainsi obtenu les variables de performance que nous avons créées. Ces variables de performance jouent alors un rôle de variables illustratives car elles n’ont pas participé à la détermination des classes (Lebart et al., 2006). Il s’agit alors de voir si les indicateurs de performance vont être clivés par les caractéristiques structurelles des pôles français, c’est à dire si certains indicateurs de performance vont être sur-représentés (ou sous-représentés) dans les classes identifiées. Nous utilisons le logiciel SPAD pour réaliser notre analyse. Nous commençons par repérer les relations existantes entre nos variables de structure à la lecture du cercle des corrélations. Puis, après avoir repéré les régularités structurelles par le biais de l’ACP, nous étudions plus en détails les variables de structure pour lesquelles les pôles de compétitivité membres de l’une des 5 classes données présentent des valeurs moyennes soit très supérieures soit très inférieures à la moyenne de la population des pôles de compétitivité français. Ceci nous permet d’identifier les variables clivantes de façon plus fine. Enfin, nous comparons la moyenne d’une variable dans la classe à la moyenne de cette variable dans la population totale des pôles afin de déterminer les variables de performance les plus clivées (différenciées) par chacune des 5 classes identifiées. La partie suivante présente nos résultats. Résultats empiriques Emergence d’une typologie de pôles… La représentation des indicateurs de structure et de performance sur le cercle des corrélations est fournie par les figures 1a et 1b9. Les flèches pleines représentent les variables de structure (variables actives) tandis que les flèches en pointillés représentent les variables de performance (variables illustratives). La lecture du cercle des corrélations nous apprend que les variables structurelles retenues ne sont pas toutes positivement corrélées les unes aux autres. Nous pouvons observer que les variables de structure (figure 1a) contribuent de manière plus ou moins forte et dans des sens parfois opposés à l’explication des facteurs synthétiques (axes 1 et 2). Les variables de concentration (tant sectorielle que géographique) sont positivement corrélées entre elles et sont négativement corrélées au nombre de groupes étrangers membres des pôles, au nombre d’entreprises ou au nombre de salariés. Ceci témoigne d’une opposition entre, d’une 9. Afin d’améliorer la lisibilité des libellés des variables sur le cercle de corrélation, nous faisons le choix de présenter des variables de structure et les variables de performance sur des cercles différents. part, des pôles très concentrés à la fois géographiquement et sectoriellement et, d’autre part, des pôles davantage ouverts sur l’extérieur et plutôt de grande taille. Par ailleurs, la variable « fonds européens » est négativement corrélée aux variables % FUI, taux d’encadrement ou % d’entreprises indépendantes, ce qui suggère une substituabilité des financements (ministériels versus européens), les premiers s’adressant plutôt aux pôles composés d’entreprises indépendantes régionales. La comparaison des moyennes des caractéristiques structurelles par classe de pôle nous permettra d’affiner cette première analyse en identifiant, parmi toutes nos variables de structure, les FIGURE 1 Une représentation des variables actives et illustratives sur le cercle des corrélations Figure 1a : variables actives nb groupes étrangers membres industrie fonds européens nb d’entreprises membres montants cumulés 2008 % FUI montants cumulés % ANR % secteur principal % d’emploi dans taux d’encadrement % entreprises indépendantes département principal Figure 1b : variables illustratives % PME avec CA à l’étranger >5% % formation/ent art/ent V salariés en % % entre créés/ent membres 126 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) variables les plus clivantes, à la base de notre typologie structurelle des pôles de compétitivités. axes factoriels qui expliquent un peu plus de 35 % de la variance totale des indicateurs10). Le cercle des corrélations nous permet également de mettre en évidence des liens (forts ou faibles) entre les différentes variables de performance retenues. En opérant une projection des indicateurs de performance sur le cercle des corrélations (figure 1b), nous constatons que les variables de performance rendant compte de la dynamique de création d’emplois (VMEMBRES, VSALARIE, % ENT) sont opposées aux activités de développement de la compétitivité à l’international ( %PME) et semblent orthogonales aux variables relatives au renforcement de l’innovation (REL_ENT, ART_ENT, FORMATIO, NB_PROJE). Nous avons couplé l’ensemble des résultats issus de l’analyse en composante principale et de la classification hiérarchique ascendante avec le calcul des valeurs moyennes des variables actives et illustratives. En comparant les moyennes obtenues sur l’ensemble des 71 pôles et les moyennes calculées au sein de chaque idéal-type, il émerge une typologie en 5 classes dont les caractéristiques structurelles et de performance sont résumées dans le tableau 511. Par ailleurs, la longueur significative des flèches suggère que les variables illustratives (de performance) en pointillés sont différenciées par les variables actives (structurelles) en traits pleins, nous appelant à préciser cette relation entre structure et performance des pôles. La section suivante revient plus en détails sur notre typologie ainsi que sur la relation entre formes structurelles et performances. … Aux caractéristiques structurelles et aux performances spécifiques La figure 2 propose une représentation des individus (pôles de compétitivité) dans l’espace factoriel (deux premiers – Type 1 étiqueté « pôles de service mixtes » (PSM) : il regroupe 16 pôles situés plutôt dans le cadran Sud-Ouest de l’espace factoriel. Ses membres sont des pôles plutôt de grande taille, accueillant des entreprises indépendantes dotées d’une main d’œuvre qualifiée. Ces pôles bénéficient de financements importants principalement issus du Fond Unique Interministériel et des collectivités (et très peu des fonds européens ou de l’Agence Nationale de Recherche). Les pôles de compétitivité appartenant à cette classe sont plus souvent actifs dans le secteur des services que la moyenne des pôles français et se différencient par une concentration sectorielle de leurs membres plus limitée que la moyenne. Par ailleurs, les pôles à vocation mondiale et mondiaux sont surreprésentés parmi les pôles de compétitivité de ce type. Les pôles les plus représentatifs de ce type FIGURE 2 Les classes (idéaux-types) de pôles de compétitivité 10.Notre ACP a été menée sur 5 axes factoriels. La figure 2 ne présente donc qu’une représentation partielle des classes, puisqu’elle projette les individus sur les deux premiers axes exclusivement (qui expliquent 35.29 % de la variance). 11.Le détail des calculs des moyennes et de leurs différences est disponible auprès des auteurs. 127 Les pôles de compétitivité : morphologies et performances sont les pôles Mer PACA, Images et Réseaux et Cancer Bio-santé (la valeur des variables structurelles de chacun de ces trois pôles de compétitivité est sensiblement égale à la moyenne des variables structurelles calculées pour le type dans son ensemble). Les pôles de type 1 se singularisent par une performance supérieure à la moyenne en matière de mise en réseau des acteurs de l’innovation et de création d’emplois. Ils se caractérisent aussi par un score faible en matière de projets innovants. – Type 2 étiqueté « pôles majeurs » (PMa) : il concerne deux pôles mondiaux. Il s’agit de System@tic et Aerospace Valley. Les pôles de ce type se positionnent dans le cadran Nord-Ouest de l’espace factoriel et se caractérisent par un nombre conséquent d’acteurs impliqués dans chacun des pôles, une forte dimension internationale et un montant de financement conséquent. Par ailleurs, les pôles de compétitivité de cette classe développent leurs activités dans les secteurs des services et sont géographiquement peu concentrés. Concernant leur performance, les pôles de ce type ne présentent pas de performances supérieures à la moyenne et ce quelle que soit la nature de la performance analysée. Par contre, ils se distinguent par leur faible efficacité en matière de création de nouvelles formations, de production d’articles scientifiques, d’attraction de groupes étrangers ou encore d’entrepreneuriat, soit un indicateur de chaque type de performance poursuivie par la politique des pôles de compétitivité. – Type 3 étiqueté « systèmes d’innovation locaux » (SIL) : il s’applique à 16 pôles situés dans le cadran SudEst de l’espace factoriel. Il s’agit de pôles de PME indépendantes, très fortement concentrés géographiquement, jouissant de financements conséquents provenant principalement de l’Agence Nationale de la Recherche. Ils sont principalement actifs dans les activités industrielles. Les pôles de ce type sont de plus petite taille et font peu appel aux fonds du FUI et des collectivités. Les pôles de compétitivité nationaux sont surreprésentés dans cette catégorie. Pour autant ils ne sont pas tous des pôles nationaux, à l’image des parangons de cette classe : Alsace Biovalley (pôle à vocation mondiale), Atlantic Biothérapies (pôle national), Lyonbiopole (pôle mondial). Les pôles de type 3, se caractérisent par des outputs de l’innovation nombreux et supérieurs à la moyenne des pôles français mais par une performance plus faible en matière de mise en réseau des acteurs de l’innovation et d’ouverture à l’international. De plus, ils éprouvent des difficultés à attirer de l’activité dans leur bassin économique. – Type 4 étiqueté « pôles de production » (PPr) : il englobe 9 pôles situés dans le cadran Nord de l’espace. Les pôles de ce quatrième type affichent un taux d’encadrement Tableau 5 Types de pôles de compétitivité associés aux caractéristiques structurelles et principaux indicateurs de performance issus de l’analyse de donnée (analyse hiérarchique ascendante et analyse en composante principale) Caractéristiques structurelles les plus clivantes Type Indicateurs de performance les plus clivés Supérieures à la moyenne des 71 pôles Inférieures à la moyenne des 71 pôles Supérieures à la moyenne des 71 pôles Inférieures à la moyenne des 71 pôles PSM taux d’encadrement; % FUI; % ent indptes; nb membres; nb salariés secondaire; % fonds européens; % secteur principal % entre crées/ent membres; trple hélice; vgroupes; rel/ent projets/ent; % PME avec CA à l’étranger PMa nb salariés; montants; nb membres; nb groupes; % fonds européens secondaire; % d’emploi dans département / formation/ent; % entre crées/ent membres; art/ ent; vgroupes SIL % ent indpdtes; % d’emploi dans département; % ANR % FUI; % collectivités; nb salariés; nb groupes % entre crées/ent membres; brevet/ent; projets/ent; art/ent % PME avec CA à l’étranger; vsalariés; trple hélice; vgroupes PPr % collectivités; nb groupes; nb membres; nb salariés taux d’encadrement; % FUI; montants; % d’emploi dans département % PME avec CA à l’étranger % entre crées/ent membres; projets/ent; rel/ent; brevet/ent SSO % fonds européens; % secteur principal; secondaire % ent indpdtes; nb membres; taux d’encadrement; montants % PME avec CA à l’étranger; formation/ ent; projets/ent; vgroupes % entre crées/ent membres : art/ent; trple hélice 128 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) significativement plus faible que la moyenne des pôles français, et peu de financements (à l’exception de ceux des collectivités territoriales) alors même que l’on retrouve des pôles de grande taille, accueillant des grands groupes internationaux parmi les pôles de cette catégorie. Ces pôles sont très dispersés tant dans leurs activités que dans leur géographie. Aucun pôle mondial n’appartient à ce type. Valorial, Cosmetic Valley ou encore le Pôle Européen d’innovation fruits et légumes sont des parangons de ce type. Les pôles de type 4 se distinguent surtout par une performance à l’international légèrement plus affirmée que leurs homologues des autres clusters (alors qu’ils sont plus faibles pour créer de l’activité et pour stimuler l’innovation). – Type 5 étiqueté « systèmes de sous-traitance ouverts » (SSO) : il regroupe 28 pôles principalement situés à l’Est de l’espace factoriel. Les pôles de ce type sont de petite taille mais aussi caractérisés par une sous-représentation des PME indépendantes, un taux d’encadrement de la main d’œuvre plus faible et une prédilection pour les financements européens. Ces pôles sont principalement actifs dans les secteurs industriels et très concentrés dans leur secteur d’activité principal. Les pôles nationaux sont surreprésentés. Techtera, Prod’innov et S2E2 apparaissent comme les plus représentatifs des pôles de ce type. Les pôles de type 5 affichent une performance supérieure en ce qui concerne l’activité des PME à l’international, la création de nouvelles formations ou l’initialisation de projets collaboratifs. Les pôles de type 5 apparaissent comme des pôles « touche-àtout » puisqu’ils ne se distinguent pas par une performance inférieure ou supérieure à la moyenne sur un objectif de nature précise (en matière de renforcement de l’innovation, ils affichent une performance tantôt supérieure tantôt inférieure à la moyenne, selon que l’on considère l’un ou l’autre des indicateurs de performance retenus; ce résultat se retrouve lorsqu’on considère l’objectif de création d’emploi ou d’accroissement de la dynamique collaborative). Un tableau présentant la liste détaillée des pôles par classes est fourni en annexe 3. Discussion La typologie structurelle des pôles issue de l’analyse de données nous permet tout d’abord de mettre en évidence une opposition marquée entre des pôles plutôt agglomérés, concentrés, de petite taille et peu ouverts (tant du point de vue des sources de financement privilégiées que de la participation d’entreprises étrangères) et des pôles de grande taille, moins concentrés, aussi bien géographiquement que sectoriellement, et plus ouverts. Il semblerait que, du point de vue de leur structure, les systèmes d’innovation locaux 12.Nous restons ici parfaitement conscients que la méthode ACP permet seulement de mettre en évidence des corrélations entre le type de pôle et la nature de sa performance, et ne valide pas de liens de causalité entre ces deux variables. Des travaux complémentaires, plus (SIL) s’opposent aux pôles majeurs (PMa) (comme on peut le remarquer dans la figure 2 représentant la position des individus de chaque groupe dans l’espace factoriel). Outre cette dichotomie forte, l’analyse met en évidence trois autres types de pôles (PSM, PPr, SSo) qui combinent les caractéristiques structurelles des deux extrêmes selon la nature de leurs activités. Par exemple, les pôles de production (PPr) présentent des spécificités structurelles très proches des pôles majeurs mais sont moins ouverts aux financements européens, ce qui explique que leurs financements sont plus limités. Les pôles de service mixtes (PSM) montrent une configuration voisine des PPr mais avec une diversification sectorielle plus importante associée à un resserrement géographique. Enfin, les systèmes de soustraitance ouverts (SSo) paraissent très variés comme le met en évidence un positionnement des individus de ce groupe au centre de l’espace factoriel (cf. figure 2). A ce stade, il est intéressant de noter que notre typologie ne coïncide que peu avec les labels décernés aux pôles lors de leur création par l’acteur public (pôle mondial, à vocation mondiale ou national). A l’exception des pôles de type PMa qui ne regroupent que des pôles mondiaux, on retrouve des pôles de labels différents dans chacun de nos types. Ceci suggère que l’attribution d’un label prend peu en compte les caractéristiques structurelles des pôles. Finalement, si Barabel et alii. (2009) mentionnaient déjà les spécificités historiques, territoriales et industrielles des pôles, notre typologie permet à la fois de définir plus finement leurs traits distinctifs mais aussi de mette en évidence des similarités structurelles au sein de la population des pôles. De plus, notre étude met en évidence une hétérogénéité significative dans les objectifs atteints par les pôles de compétitivité. Les performances en matière de réseau et d’innovation sont plutôt l’apanage des SIL, et beaucoup moins systématiques dans les PPr. On observe donc une relation assez explicite entre la concentration (sectorielle et géographique) des membres d’un pôle de compétitivité et la performance de ce dernier à l’innovation12. De plus, les PSM et les SIL s’opposent quant à leurs performances en termes de création d’activité les PSM étant particulièrement performants dans ce domaine. Finalement notre ACP suggère que la poursuite des objectifs de performance en matière de mise en réseau et d’innovation est rarement concomitante avec la poursuite de l’objectif de création d’emplois. Pour autant, les PSM semblent les mieux armés pour s’atteler simultanément à ces deux objectifs. De plus, l’objectif d’accroissement de la compétitivité permet aussi de mettre en évidence des divergences comportementales parmi les 71 pôles de compétitivité français, puisque la variable % PME_AV apparaît comme l’apanage des PPr et des SSO. dynamiques, permettraient de voir si ces corrélations subsistent au fil du temps, ou, plutôt, d’observer une évolution de la typologie et/ou des performances recherchées. Les pôles de compétitivité : morphologies et performances On observe aussi que les seize pôles du groupe des PSM sont particulièrement performants en termes de développement de l’emploi et de l’activité économique tout en affichant une activité d’innovation faible. Ceci est cohérent avec la présence d’une proportion importante de PME indépendantes en leur sein. Il apparaît donc que, pour contrer les effets négatifs potentiels liés à la petite taille de leurs membres, les pôles de ce type misent sur une forte implication de ces derniers dans des réseaux et encouragent la mise en contact des entrepreneurs et des business angels financeurs. Une autre explication de ce constat est très probablement à chercher du côté de la sur-représentation des activités de services parmi les pôles de ce type. L’innovation dans les activités de service n’est très probablement qu’imparfaitement mesurées par les indicateurs que nous retenons pour évaluer l’output d’innovation des pôles (Djellal et Gallouj, 2008). Enfin, les projets menés dans ce type de pôles de compétitivité sont probablement moins assis sur la recherche fondamentale mais plus orientés vers des applications (on retrouve ici les conclusions de la typologie de Gallié et al. (2009)). Dans ce contexte d’innovation spécifique, on voit que les pôles de ce type peuvent bénéficier et/ou stimuler un apprentissage inter-organisationnel fort grâce à une grande variété d’acteurs en leur sein. Il parait bien délicat de conclure précisément quant au comportement et à la performance des pôles de type PMa étant donnée leur position centrale sur le plan factoriel (et les faibles différences à la moyenne de leurs variables de performance). On peut penser que ces pôles n’opèrent pas un choix clair entre les objectifs qui leurs sont assignés et tendent à subir les inconvénients de cette stratégie intermédiaire (ou « d’enlisement dans la voie médiane », pour utiliser la terminologie de Porter). Une explication alternative pourrait être que les PMa sont des pôles de trop grande taille. En effet, Folta et al. (2006) ont montré qu’au-delà d’une certaine taille, les clusters pouvaient générer de déséconomies d’agglomération limitant leurs effets bénéfiques sur la performance de leurs membres. Cette typologie en 5 idéaux-type nous permet d’apporter un éclairage nouveau à la relation structure – performance au niveau des pôles de compétitivité. Tout d’abord, le lien entre structure et performance n’est pas évident pour tous les types de pôles : il est – pour l’heure – impossible d’associer un type de structure à un type de performance particulier. En dépit de cette remarque, il est intéressant de constater que les variables structurelles indicatrices de la diversité des financements obtenus par les pôles ( % fonds européens, % collectivités) sont liées à la variable de performance indicatrice de la compétitivité et de la capacité à l’export du cluster. Ceci est particulièrement vrai pour les PPr et SSO qui se distinguent en termes de performances à l’export mais qui montrent leurs limites lorsqu’on considère leurs comportements dans les domaines de l’innovation (brevets ou articles), ou de la création d’entreprises. Ensuite, conformément à la littérature, les variables structurelles caractéristiques des systèmes locaux d’innovation 129 tels que le degré de concentration géographique ( % d’emploi dans le département), l’importance du tissus local de PME ( % d’entreprises indépendantes) ou le financement de la recherche ( % ANR) sont associées à des variables de performance relatives à l’efficacité de ces systèmes à l’innovation (nombre de projets labellisés / nombre d’entreprises, nombre de brevets déposés / nombre d’entreprises, nombre d’articles scientifiques / nombre d’entreprises). Cette configuration particulière du lien structure - performance est l’apanage des SIL et, dans une moindre mesure, des PSM. Ces derniers compensent leur relative faiblesse en termes d’output de l’innovation (brevets et articles), peut-être liée à la faible taille des membres (des PME qui déposent moins de brevets) et à la nature de leur activité principale (essentiellement de services), par une sur-performance en termes de dynamique collaborative (apparition de tout type d’acteurs, nombre de mises en relations) et de création d’emplois ( % d’entreprises créées). Au final, si l’on se réfère à la littérature théorique, nos idéaux-types apparaissent difficilement classables dans les deux catégories de modèles de clusters particulièrement discutés à l’heure actuelle : clusters Porteriens et districts italiens. Les pôles de compétitivité ont donc des profils plus diversifiés que les clusters spontanés étudiés jusqu’à présent. Une exception de taille concerne les SIL qui présentent des caractéristiques très proches des districts italiens, à ceci près que les SIL apparaissent peu performants en termes d’amélioration de la dynamique collaborative (triple hélice notamment). Il faut cependant garder à l’esprit que nos indicateurs relationnels se cantonnent aux relations inter-organisationnelles « labellisées » alors que précisément la circulation de connaissances dans les districts relève davantage de relations informelles (relations personnelles, communautés de pratiques interconnectées etc…) plus difficilement quantifiables, ce qui peut expliquer cette apparente contradiction. Ce travail nous permet également de compléter les premiers résultats d’évaluation des pôles proposés dans le cadre du rapport CMI et BCG (2008). Nous pouvons remarquer que les PMa et PSM se retrouvent de manière quasi exclusive parmi les 39 pôles « ayant atteint les objectifs de la politique des pôles de compétitivité ». Les PPr sont essentiellement (pour 2/3 d’entre eux) des pôles « ayant atteint partiellement les objectifs et devant travailler à l’amélioration des certaines dimensions de leur action »; or d’après nos travaux ils ne satisfont pas d’objectifs particuliers parmi ceux imposés par l’Etat. Enfin les SIL et SSO sont présents dans chacune des catégories proposées par le rapport, mais il est intéressant de constater que 10/13 des pôles qui « pourraient tirer parti d’une reconfiguration en profondeur » sont des pôles de type SSO, alors que, selon nos résultats, les pôles de ce type éprouvent des difficultés particulières pour insuffler une dynamique collaborative entre acteurs de l’innovation. Enfin, parmi les 6 pôles ayant vu leur label retiré en mai 2010 (Enfant, Génie civil, Mobilité, Innoviande, Prod’innov et Sportaltec), 5 étaient 130 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) de type SSO (Innoviande étant de type 3 ou SIL), ce qui nous encourage à repenser les objectifs assignés aux pôles de compétitivité, comme nous l’expliquons dans la partie conclusive. Conclusion Apports théoriques Grâce à une analyse systématique de l’ensemble de 71 pôles de compétitivité français, nous avons montré que les pôles de compétitivité ne sont homogènes ni dans leurs caractéristiques structurelles ni dans leurs performances. En appliquant des techniques d’analyse de données aux informations fournies dans les tableaux de bord des pôles publiés par la DGCIS en 2009, nous avons fait émerger une typologie originale (en 5 catégories) des pôles de compétitivité français, témoignant du fait qu’il n’existe pas un modèle unique de « pôle de compétitivité à la française ». Chaque type de pôles de compétitivité présente des caractéristiques structurelles qui lui sont propres et qui, souvent, empruntent simultanément à plusieurs idéaux-types de clusters d’ores et déjà identifiés dans la littérature. Nous pouvons conclure à la spécificité des structures des pôles de compétitivité par rapport aux formes de clusters spontanés présentées jusqu’à présent. Notre typologie s’avère également originale et non redondante avec celle proposée par l’évaluation du BCG et de CMI en 2008 ou encore indirectement suggérée par l’octroi des labels (pôles mondiaux, à vocation mondiale ou national). Notre analyse de données nous a également permis de mettre en évidence un lien entre la structure des pôles et leurs performances, les pôles d’un certain type étant plus performants sur certains objectifs et moins sur d’autres, et aucun d’entre eux ne semblant à-même d’atteindre simultanément tous les objectifs fixés par la puissance publique. Enfin, notre revue de la littérature a mis en lumière l’incomplétude des informations contenues dans les tableaux de bord des pôles de compétitivité : ces outils standardisés d’évaluation et de suivi des pôles français ne sont en effet pas à même de rendre pleinement compte de l’activité des pôles et de l’interaction à l’œuvre en leur sein. Dès lors notre travail appelle-t-il a repenser et compléter ces outils afin qu’ils puissent mieux décrire la diversité des pôles de compétitivité, aussi bien dans leurs caractéristiques structurelles que dans leurs performances. Implications managériales pour les décideurs publics et les structures de gouvernance des pôles A la fin de l’année 2009, les pôles de compétitivité se sont engagés dans le processus de finalisation et de signature des contrats de performance, dans lequel ils s’engagent vis-àvis de l’Etat et des collectivités locales à l’atteinte d’objectifs de performance à trois ans sur la base d’une feuille de route stratégique qu’ils ont élaborée (site : http : //www. competitivite.gouv.fr). La réflexion menée dans la présente contribution semble pertinente pour éclairer à la fois les acteurs des pôles et les décideurs politiques dans l’élaboration de contrats adaptés aux spécificités de chacun. Nous avons vu que les pôles de compétitivité apparaissent soumis à des injonctions contradictoires : par exemple les objectifs liés à l’innovation ne sont pas (linéairement) corrélés à ceux en termes d’attractivité territoriale et de création d’emplois. De ce fait, l’atteinte simultanée de l’ensemble de ces objectifs par chaque pôle semble difficile. Notre analyse montre cependant que certains pôles offrent des conditions favorables à la réalisation d’un type d’objectif alors que d’autres pôles sont plus propices à la réalisation d’un autre type de performance sur une période donnée. Dès lors, les décideurs publics sont encouragés à redéfinir les objectifs fixés afin de les adapter aux spécificités des pôles, à réfléchir à une éventuelle priorisation des objectifs, et à adopter un usage circonstancié des indicateurs de performance disponibles dans les tableaux de bord pour leurs évaluations. Par ailleurs, notre étude montre que la majorité des pôles de compétitivité ayant perdu leurs labels en 2010 présentent des caractéristiques structurelles communes et des performances de même nature (en l’occurrence ils souffrent d’une difficulté à mettre les acteurs de l’innovation en réseau). Si 6 pôles ont perdu leur label, la volonté politique d’encourager l’ensemble des pôles à développer des liens inter-pôles (en favorisant l’octroi de fonds du FUI aux projets co-labellisés par plusieurs pôles) et les partenariats de long terme (au travers des appels à projets de plateformes technologiques ou de R&D structurants) semble une solution intéressante pour permettre aux pôles moins bien lotis a priori d’accéder à des financements et à des connaissances nouvelles issues d’autres pôles et ainsi devenir plus performants. Pour autant, nous n’avons pas identifié de caractéristiques structurelles idéales pour les pôles de compétitivité, puisqu’aucun des 5 idéaux-types que nous voyons émerger ne peut se targuer de performances supérieures aux autres sur l’ensemble des critères retenus. De plus, à ce stade, nos travaux ne permettent pas de savoir si les relations formes des pôles/ nature des performances obtenues sont plutôt expliquées par l’existence de phénomènes de dépendance du sentier (voir Amisse et Muller, 2011; Hamza-Sfaxi et al., 2011a) ou sont de nature plus délibérée, influencées par les choix stratégiques pris par la structure de gouvernance des pôles. Peut-on affirmer que certains pôles « choisissent » de se spécialiser dans la recherche d’un certain type de résultats, d’autres se focalisant sur un autre objectif, ou la performance est-elle déterminée a priori par la forme même des pôles ? De même si un type de pôle apparaît plus efficace pour un type de mission, est-ce à dire que l’ensemble de ses membres ne briguent que cet objectif, ou les acteurs se répartissent-ils l’ensemble des missions assignés aux pôles, seuls certains réussissant à avoir un effet significatif et visible au niveau collectif ? Une littérature naissante Les pôles de compétitivité : morphologies et performances présente la gouvernance des pôles comme un intermédiaire entre la structure d’un pôle et sa performance (Bocquet et Mothe, 2009), alors que d’autres travaux portant sur différents pôles français témoignent de la diversité des structures de gouvernance à l’œuvre (Bocquet et alii, 2009; Bocquet et Mothe, 2009; Gadille et Pélissier, 2009; Gomez, 2009; Mendez et Bardet, 2009; Hamza-Sfaxi et al., 2011b). Dans ce contexte, notre étude encourage la mise en place de structures et de modes de gouvernance adaptés à chacun des 5 types de pôles, chacun d’eux faisant face à des défis et/ou des opportunités qui lui sont propres. Limites et prolongements Si ces premiers résultats ouvrent des perspectives de recherche intéressantes, ils n’en sont pas moins exempts de limites. Nous demeurons tout d’abord parfaitement conscients d’imperfections liées au traitement des données effectué. Si notre analyse de données nous a permis d’identifier des corrélations significatives entre les variables structurelles et les indicateurs de performance des pôles français, celles-ci ne constituent en rien une relation de causalité et ne nous permettent pas de prouver qu’une forme structurelle particulière garantit une forme de performance donnée. Par ailleurs, nos conclusions reposent sur l’exploitation de données caractérisant la structure et la performance des pôles en 2008. Hormis le fait que ces données sont relativement anciennes, il serait intéressant de compléter cette photographie par une analyse plus dynamique sur la base de séries temporelles qui pourraient ainsi nous permettre de suivre au fil des années les modifications structurelles qu’ont connues les pôles ainsi que les évolutions dans la relation structure/performance. D’autres développements pourraient consister en l’enrichissement des indicateurs mobilisés au travers de la collecte de données qualitatives. Comme nous l’avons mentionné dans le corps du texte, nos indicateurs ne rendent que partiellement compte de la complexité du phénomène étudié, tant au niveau de la structure des pôles (par exemple, rien n’est dit quant à leur structure de gouvernance) que de leur performance (quid des retombées économiques au niveau local du pôle de compétitivité ?). La voie reste ouverte pour de nombreux travaux sur la question. Bibliographie AMIN A., COHENDET P., 2003, Architecture of knowledge : firms, capabilities and communities, Oxford University Press, New York. 131 titivité : le cas de Cosmetic Valley” Revue Management & Avenir, n°25, pp.144-163. BATHELT H., MALMBERG A., MASKELL P., 2004, “Cluster and knowledge : Local buzz, global pipelines and the process of knowledge creation”, Progress in Human Geography, vol.28, n°1, pp. 31-56. 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Par ailleurs, le montants des financements obtenus s’échelonnent entre zéro et près de 100 000 euros, le nombre d’entreprises membres varie entre 16 et 290, alors que pourcentage d’entreprises indépendantes est très faible dans au moins un pôle (7 %) et beaucoup plus fort dans d’autres (85 %) avec une moyenne de 46 %. La concentration sectorielle des membres du pôle est aussi fort différente selon le pôle considéré (avec une valeur minimum de 9 % des effectifs salariés actifs dans le secteur principal du pôle, contre 81 % dans d’autres cas). Cette diversité nous encourage à raffiner ce premier constat d’hétérogénéité en tentant de faire émerger des types/classes de pôles homogènes au sein de la population. La présence de certains gros pôles (ou de pôles aux caractéristiques très excentriques) entraîne une distribution des variables très éloignée d’une loi normale. Pour autant nous avançons que cela ne vient pas limiter la robustesse de notre analyse, dans la mesure où nous menons des travaux de statistique exploratoire (sur la population des pôles de compétitivité français dans son ensemble) non de statistique inférentielle. Nous faisons le choix de conserver ces « gros » pôles pour l’analyse, car en les retirant nous obtenons bien une information plus homogène, mais ne rendons plus compte de l’intégralité de la population. 135 Les pôles de compétitivité : morphologies et performances Annexe 1b Statistiques sommaires des variables mesurant la performance (variables illustratives) Objectif Accroissement de la compétitivité Renforcement de l’innovation Amélioration de la dynamique collaborative Création d’emplois Indicateur retenu Min Max Moyenne écart-type Variation du nombre de groupes étrangers membres sur la période (en %) -100 400 21,842 56,828 % de PME réalisant plus de 5 % de leur CA à l’export 6 81 39,871 17,048 Nombre de brevets déposés/nb d’entreprises membres 0 0,523 0,066 0,101 Nombre d’articles scientifiques produits/ nb d’entreprises membres 0 2,468 0,343 0,534 Nombre de projets labellisés/ nb d’entreprises membres 0,035 1,615 0,362 0,311 Nb de mises en relation par le pôle de PME avec des business angels/nb d’entreprises membres 0 0,492 0,038 0,082 Nb de formations mises en place/nb d’entreprises membres 0 0,510 0,027 0,070 Apparition de tous les types d’acteurs (PME, GE, labos et organismes de formation) parmi les bénéficiaires des financements publics du pôle 0 1 0,285 0,455 Variation du nombre d’emplois ( %) -39,42 476,271 21,314 76,849 Variation du nombre d’entreprises membres ( %) -55,045 171,428 24,988 31,040 % d’entreprises crées entre 2006 et 2008 0 34,782 8,882 6,409 On observe également une dispersion importante des variables indicatrices de performance. Les variables indicatrices de création d’emplois ne rendent compte que de « fausses » créations d’emplois. En effet, nos indicateurs ne sont pas calculés à périmètre constant : lorsqu’un pôle accueille une nouvelle entreprise, les effectifs de celleci sont comptés comme création d’emplois. Faute d’informations plus précises, il nous a été impossible de distinguer les « vraies » créations d’emplois, c’est à dire celles d’entreprises déjà incluses dans le pôle en 2007. 136 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Annexe 2 Insert méthodologique Au tableau défini par les 71 pôles (individus-lignes) et des caractéristiques structurelles (colonnes -variables numériques actives) est d’abord appliquée une Analyse en Composantes Principales (ACP). Nous appliquons ensuite une Classification Hiérarchique Ascendante (CHA) aux individus-pôles en utilisant des distances mesurées sur les coordonnées de ceux-ci sur les premiers axes factoriels. Cinq types de pôles sont alors identifiables (cf dendogramme ci-dessous). Afin de leur donner un sens, nous identifions les caractéristiques structurelles (variables « actives ») clivantes, c’est à dire celles dont les moyennes par type sont fortement différentes de la moyenne pour l’ensemble des 71 pôles. Les indicateurs de performance, qui ont ici le statut de variables illustratives- supplémentaires sont ensuite calculés par type. Celles dont les moyennes diffèrent sont alors clivées par les types. Classification hiérarchique directe 90 elas 82 91 lyon 84 rout aqui MAUD pega SSo 86 0% adva i-tr mobi up-t emc2 xylo céré spor arve cosm PPr véhi 78 0% vege fibr inno 92 81 imag fili qual 83 SiL atan 0% lyon 85 derb capé tenn indu PMa nutr 0% syst aero medi solu 74 mina PSM cap 0% 87 88 89 5 (Villette, 2011) 137 Les pôles de compétitivité : morphologies et performances Annexe 3 Liste des pôles par type Type Nom Pôles 1 PSM Agrimip innovation, Cancer bio-santé, Cap digital, Finance innovation, Images et réseaux, Industries du commerce, Medicen, Mer bretagne, Mer PACA, Minalogic, Mov’eo, Optitec, Pegase, Solutions communicantes sécurisées, Transactions électroniques sécurisées, Vitagora, 2 PMa Aerospace valley, System@tic 3 SIL Alsace biovalley, Atlantic biotherapies, Capénergies, Derbi, Elopsys, Eurobiomed, Filière équine, Imaginove, Lyon biopole, Microtechniques, Qualimed, Parfums, Arômes, Risques, Nutrition santé, Qualitropic, Tennerdis 4 PPr Arve industries, Cosmetic valley, Européen d’innovation fruits et légumes, Fibres grand est, Innoviande, Valorial, Véhicule du futur, Vegepolys, Xylofutur SSo Advancity, Aquimer, Astech, Axelera, Céramique, Céréales vallée, Elastopole, Emc2, Enfant, Génie civil écoconstruction, Idforcar, I-trans, Industries et agroressources, Lyon truck, Materalia, MAUD, Mobilité, Novalog, Nucléaire bourgogne, Plastipolis, Prod’innov, Route des lasers, S2E2, Sporaltec, Techtera, Trimatec, Up-tex, Viameca 5 Le rôle des pôles de compétitivité dans l’internationalisation des PME : Une étude exploratoire Ana Colovic Neoma Business School Résumé Cet article explore le rôle d’un pôle de compétitivité, que l’on peut considérer comme un cluster formel, dans l’internationalisation des petites et moyennes entreprises (PME). Sur la base d’une étude de cas multiples, nous mettons en évidence la manière par laquelle les pôles de compétitivité facilitent le développement international des PME. De plus, nous identifions les avantages perçus de l’internationalisation à travers les pôles et les caractéristiques des PME les plus à même de tirer des bénéfices de ce mode d’internationalisation. Mots clés : PME, cluster, internationalisation Abstract This article explores the role of industrial clusters in France, which can be regarded as formal clusters, in the internationalization of Small and Medium-Sized Enterprises (SMEs). Based on a multiple case study, we shed light on the ways in which clusters facilitate the international development of SMEs. Furthermore, we identify the perceived advantages of internationalization through clusters and the characteristics of SMEs which tend to benefit the most from this internationalization mode. Keywords: SMEs, cluster, internationalization L a recherche sur l’internationalisation des entreprises s’est considérablement développée ces dernières décennies (Mayrhofer et Urban, 2011). De nombreux travaux portent sur les motivations et les modes d’implantation des entreprises qui s’engagent dans des opérations internationales (Verdier et al., 2010). Il apparaît ainsi que les petites et moyennes entreprises (PME) font face, dans leurs trajectoires d’internationalisation, à davantage de contraintes que les firmes multinationales (Leounidou, 2004). Elles sont en particulier confrontées à des contraintes internes (Kalantaridis, 2004), et notamment la pénurie de ressources financières et humaines, le manque de compétences managériales (Buckley, 1997) et de connaissance des marchés étrangers. Ces contraintes peuvent empêcher les PME d’identifier les opportunités internationales (Johanson et Vahlne, 2009). Les chercheurs s’accordent toutefois sur le fait que l’insertion dans des réseaux améliore considérablement la capacité des PME à s’internationaliser (Johanson et Mattsson, 1988; Oviatt et McDougall, 2005; Zain et Ng, 2006; Prashantham et Young, 2011), réduisant ainsi ce que Johanson et Vahlne (2009) nomment liability of outsidership. En ce sens, l’insertion dans des réseaux territoriaux au sein d’agglomérations industrielles est considérée comme un facteur pouvant faciliter l’internationalisation des petites entreprises (Fernhaber, Gilbert et McDougall, 2008; Libaers et Meyer, 2011). Des recherches précédentes ont en effet démontré le rôle du clustering dans l’internationalisation Resumen Este artículo explora el rol de los clusters industriales en Francia, que pueden considerarse como clusters formales, en la internacionalización de las pequeñas y medianas empresas (PYMES). Basado en un estudio de casos múltiples, este artículo arroja luz sobre las formas en que los clusters facilitan el desarrollo internacional de las PYMES. Además, identificamos las ventajas percibidas de la internacionalización a través de los clusters y las características de las PYMES que son las que tienden a beneficiarse más de esta modalidad de internacionalización. Palabras claves: PYMES, cluster, internationalización des PME (Mittelstaedt, Word et Nowlin, 2005; Fernhaber et al., 2008). Les clusters fournissent de nombreuses ressources aux entreprises (Saxenian, 1990; Audretsch et Feldman, 1996; Lee, 2009), notamment celles qu’elles peuvent utiliser pour se développer à l’international (Fernhaber et al., 2008). Les ressources situées dans le territoire d’implantation d’une entreprise constituent en effet un déterminant clé du degré d’internationalisation (Porter, 1990; Dunning, 1998). En même temps, la concentration industrielle accroit la concurrence entre les entreprises qui y sont localisées, pour accéder aux ressources nécessaires pour se développer (Fernhaber et al., 2008). Le lien entre la localisation au sein d’un cluster et l’internationalisation des entreprises attire l’intérêt croissant des chercheurs. Néanmoins, ce sujet nécessite d’être davantage étudié, car au-delà du fait d’être localisé au sein d’un cluster, les dynamiques d’internationalisation sont influencées par les activités des réseaux territoriaux qui existent au sein de ces zones. En particulier, il semble important de comprendre les moyens concrets par lesquels ces réseaux peuvent contribuer au développement international des PME. Dans cet article nous souhaitons apporter une contribution à l’analyse du rôle du clustering dans le processus d’internationalisation des PME en nous intéressant plus particulièrement aux pôles de compétitivité mis en place par le gouvernement français. Ces clusters version française Le rôle des pôles de compétitivité dans l’internationalisation des PME : Une étude exploratoire (Suire et Vicente, 2008) ont été créés en 2005 pour améliorer la compétitivité de la France dans le domaine de l’innovation et pour promouvoir l’excellence mondiale des territoires français (DGE, 2008). Bien que les pôles aient 7 années d’existence, leur implication dans le développement international est relativement récente et insuffisamment étudiée dans la littérature. L’objectif de notre étude exploratoire est par conséquent d’apporter des connaissances sur la façon dont les réseaux territoriaux, notamment les pôles de compétitivité contribuent au développement international des PME1. Pour répondre à cette question nous avons mené une étude de terrain dans quatre pôles de compétitivité français : Systematic, Lyonbiopôle, Cap Digital et Mov’eo. Les deux premiers pôles sont labellisés « pôles mondiaux », les deux suivants « pôles à vocation mondiale ». La méthodologie de la recherche est qualitative dans le cadre d’une approche basée sur des études de cas. La collecte de données repose principalement sur des entretiens semi-directifs auprès de dirigeants et de managers de PME et de membres des équipes d’animation des pôles. Les résultats de la recherche suggèrent que l’internationalisation à travers les pôles a pour forme privilégiée la mise en place d’alliances inter-clusters. Ils montrent également que les PME ne bénéficient pas des actions des pôles de manière identique, certaines étant plus à même de tirer des avantages de ce mode d’internationalisation. L’article est organisé comme suit. La première section présente la littérature sur le rôle des réseaux et de la co-localisation des firmes dans le processus d’internationalisation. La deuxième section s’intéresse aux pôles de compétitivité et vise à familiariser les lecteurs avec l’origine, les objectifs et les principales caractéristiques de ces entités. La troisième section détaille la méthodologie mise en place et les données utilisées. La quatrième section présente les résultats de la recherche. Ces résultats sont discutés dans la cinquième section. Dans la conclusion, les contributions, les limites et les implications de l’étude sont mises en évidence et des directions de recherche futures sont proposées. Les reseaux, Le clustering et l’internationalisation des entreprises La littérature sur l’internationalisation, notamment celle qui se focalise sur les PME, a examiné le rôle des réseaux, de la localisation au sein d’une zone industrielle et plus spécifiquement au sein des clusters, dans le processus d’internationalisation de ces entreprises. Dans cette section nous nous intéressons à cette littérature, dont l’analyse nous a permis d’affiner nos questions de recherche. 1. Selon la loi française, les PME sont des entreprises qui ont moins de 250 salariés et un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros. 139 Les réseaux et l’internationalisation Un nombre important de travaux a démontré le rôle des réseaux dans l’internationalisation des firmes (Meier et Meschi, 2010). Dans la version revisitée du modèle d’internationalisation d’Uppsala, Johanson et Vahlne (2009) avancent que c’est l’insertion dans les réseaux qui va permettre à une entreprise de s’internationaliser avec succès, grâce à la confiance, à l’apprentissage et au développement d’opportunités dans un environnement qui facilite sa conquête des marchés étrangers. Le rôle des réseaux est particulièrement important pour l’internationalisation des PME du fait de leur manque de ressources et de compétences pour se développer à l’international (Coviello et Munro, 1995, 1997; Chetty et Blankenburg Holm, 2000; Lu et Beamish, 2001, 2006). Selon McDougall et al. (1994), les réseaux aident les fondateurs des born globals à identifier les opportunités d’affaires internationales. De solides réseaux d’affaires internationaux semblent ainsi être l’une des caractéristiques importantes d’une démarche mondiale (Oviatt et McDougall, 2005). La sélection des marchés étrangers et la participation à des activités internationales émanent des opportunités créées par des contacts du réseau, et non pas uniquement des décisions stratégiques des managers (Coviello et Munro, 1995). Les relations de réseau, y compris celles dans le pays d’origine (Lin et Chaney, 2007; Zhou, Wu et Luo, 2007) déclenchent et motivent l’internationalisation des firmes, influencent leur sélection du marché et le mode d’entrée, les aident à acquérir de la crédibilité, permettent l’accès à d’autres relations et canaux établis, contribuent à réduire les coûts ainsi que les risques, et enfin, influencent leurs rythmes et motifs d’internationalisation (Zain et Ng, 2006). La localisation dans une agglomération industrielle et l’internationalisation Au-delà des réseaux individuels des entrepreneurs, les chercheurs ont examiné le rôle que peut jouer la localisation au sein d’une agglomération industrielle (comme les districts industriels, systèmes productifs locaux, etc.) dans l’internationalisation des petites entreprises. Ainsi, les entreprises localisées dans un district industriel semblent être plus « globales » (Illeris, 1992) et présentent des résultats d’exportation supérieurs aux entreprises se trouvant en dehors de districts (Becchetti et Rossi, 2000; Mittelstaedt et al., 2005). En ligne avec ce constat, Deshais, Joyal et Julien (1992) soulignent que 43,5 % des PME exportatrices dans trois régions québécoises ont eu recours au milieu, c’est-à-dire qu’elles ont profité des avantages de leur environnement pour se développer à l’international. Le milieu semble ainsi jouer un rôle important dans l’internationalisation de ces entreprises. Toutefois, plus la PME exporte plus le territoire géographique dans lequel elle puise des 140 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) ressources s’élargit, en dépassant les frontières du milieu local (Deshais et al., 1992). Les entreprises localisées dans un district industriel semblent avoir des liens très développés avec les firmes locales au sein du district (Johanisson, 1994), suggérant ainsi que les efforts d’internationalisation et leurs résultats sont localement diffusés et que l’internationalisation devient ainsi une propriété collective. Les entreprises qui ont atteint des niveaux élevés d’internationalisation semblent en effet avoir des niveaux importants de réseautage local, notamment dans le domaine de la coopération en R&D, l’internationalisation étant en effet encastrée dans le réseau local et la collaboration en termes de recherche (Keeble et al., 1998; Libaers et Mayer, 2011). Toutefois, plus l’entreprise est petite et nouvelle, plus elle est encastrée dans le milieu local, alors que les entreprises plus grandes et plus expérimentées sont moins dépendantes des liens locaux (Keeble et al., 1998). Ces résultats suggèrent que les agglomérations industrielles possèdent les caractéristiques d’un « milieu internationalisant » (Torrès, 1999), défini comme « l’ensemble des acteurs et des facteurs qui facilitent l’internationalisation des PME et du tissu entrepreneurial local » (Fourcade et Torrès, 2003, p. 3) ou comme « un système de coopération durable (« milieu »), où les acteurs locaux (PME, collectivités territoriales, institutions publiques ou parapubliques, centres de recherche universitaires, systèmes bancaires...) travaillent ensemble pour créer une dynamique d’internationalisation » (Torrès, 2003, p. 29). Les PME peuvent en effet développer leur compétitivité sur les marchés mondiaux à partir d’une forte intégration locale (Torrès, 2003). Ainsi, il semblerait qu’en général, la position de la PME au sein d’une agglomération industrielle influence positivement son internationalisation (Belso-Martinez, 2006). Le cluster et l’internationalisation Selon Porter (2000), les clusters concentrent dans une zone relativement restreinte des fournisseurs spécialisés, des universités, des coopératives, une main d’œuvre expérimentée, des entreprises domestiques et internationales, des canaux de distribution et des services logistiques qui desservent les marchés internationaux. Cependant, comme l’expliquent Porter et Ketels (2009, p.174), les clusters englobent plusieurs configurations différentes. Certains se sont développés à partir de réseaux de PME, certains sont liés à une entreprises centrale qui a fait émerger le cluster en assurant une base de création de nouvelles entreprises ou en attirant des fournisseurs, d’autres se sont développés autour des universités où le capital humain et les idées des chercheurs ont conduit à de nombreux spin-offs. Les auteurs concluent qu’il n’existe pas de modèle unique pour les clusters, mais plutôt une multitude de configurations qui reflètent les circonstances particulières d’un territoire. Les clusters contiennent beaucoup de ressources que les petites entreprises peuvent utiliser pour débuter ou pour accélérer leur internationalisation (Libaers et Meyer, 2011). Par exemple, les entreprises localisées dans les clusters ont un accès plus facile au capital-risque et au transfert de connaissances, ce qui peut accroître leur capacité technologique (Fernhaber et al., 2008). De plus, les filiales des entreprises multinationales sont souvent localisées dans les clusters (Birskinshaw et Hood, 2000; Shaver et Flyer, 2000) et la co-localisation avec ces entreprises accroît l’intérêt des entrepreneurs pour des opportunités dans des marchés internationaux (Vernon, 1996) ainsi que la connaissance de ces opportunités (Karagozoglu et Lindell, 1998; Westhead et al., 2001). Un niveau avancé de clustering industriel accroit la quantité et la diversité des ressources locales dans lesquelles les PME peuvent puiser, à condition qu’elles aient accès à ces ressources (Breshnan, Gambardella et Saxenian, 2001). En effet, les entreprises peuvent avoir un accès différent aux ressources disponibles, en fonction de leur légitimité organisationnelle perçue (Zimmerman et Zeitz, 2002). Il semblerait ainsi que les entreprises les plus innovantes bénéficient le plus des effets du clustering dans leur processus d’internationalisation (Libaers et Meyer, 2011). Une bonne réputation de l’entreprise permet aussi d’établir des liens de confiance avec les entreprises environnantes, cette confiance étant essentielle pour partager les informations ou créer des liens plus étroits entre les acteurs (Saxenian, 1990; Johanson et Vahlne, 2009; Colovic, 2010). Ces liens peuvent faciliter l’internationalisation d’une petite entreprise à la recherche d’opportunités. De même, une solide réputation du cluster peut aider au processus d’internationalisation des entreprises, en particulier lorsque ces entreprises sont de petite ou de moyenne taille (Zyglidopoulos, De Martino et McHardy Reid, 2006). En définitive, la littérature suggère que les réseaux peuvent jouer un rôle important dans l’internationalisation des entreprises, notamment des PME. De plus, l’insertion des PME dans des réseaux territoriaux semble faciliter l’approche des marchés étrangers car le clustering leur permet d’accéder aux différentes ressources nécessaires pour se développer à l’international. En accord avec la définition des clusters de Porter et Ketels (2009), les pôles de compétitivité français peuvent être considérés comme une forme particulière de clusters. La section suivante présente l’historique du développement des pôles et leurs spécificités. Pôles de compétitivité en france : un cas particulier dE clustering industriel Afin d’accroître sa compétitivité et son attractivité, notamment pour la localisation d’entreprises étrangères, la France s’est engagée dans une nouvelle politique industrielle depuis les années 2000. Dans ce cadre, les pôles de compétitivité ont été créés en 2005. Les pôles de compétitivité sont définis par les pouvoirs publics comme « la combinaison, sur Le rôle des pôles de compétitivité dans l’internationalisation des PME : Une étude exploratoire un espace géographique donné, d’entreprises, de centres de formation et d’unités de recherche publiques et privées, engagés dans une démarche partenariale destinée à dégager des synergies autour de projets communs, au caractère innovant » (DGE, 2008). Un pôle de compétitivité est donc une initiative qui rassemble des entreprises, des centres de recherche et des établissements de formation afin de coopérer et de développer des synergies. Les autres membres des pôles peuvent inclure les autorités locales et nationales et les services associés aux activités des membres des pôles. Les principaux objectifs des pôles sont les suivants : développer la compétitivité de l’économie française à travers l’innovation, développer les industries locales et créatives; attirer les entreprises en France grâce à un rayonnement international; stimuler la croissance et l’emploi. Ces objectifs stratégiques doivent être atteints par l’action des pôles, notamment le développement de partenariats entre les différentes parties prenantes; la construction de projets de Recherche et Développement (R&D) conjoints; la promotion d’un environnement favorable à l’innovation; l’encouragement du développement des partenariats technologiques avec des partenaires internationaux et l’attraction d’investisseurs en France. Des mesures politiques spécifiques ont été développées pour les pôles, notamment le financement de projets de R&D, des exonérations fiscales, le financement de structures de management des pôles et le soutien aux projets R&D à travers les agences gouvernementales (comme Oséo-ANVAR ou l’Agence de l’Innovation Industrielle – AII). Pour Bardet et al. (2010), les pôles de compétitivité sont une forme hybride d’agglomération des activités car ils intègrent à la fois une logique territoriale et une logique d’innovation. Ils peuvent donc être considérés comme une forme nouvelle d’agglomération, se caractérisant par des propriétés spécifiques. Cependant, malgré ces spécificités, les pôles de compétitivité représentent une forme de clustering d’entreprises et sont de ce fait censés apporter des bénéfices aux entreprises qui en font partie. Soixante et onze pôles de compétitivité ont été labélisés par le gouvernement en 2005. Ils ont le statut d’association à but non-lucratif et sont dotés d’une équipe d’animation dont la taille dépend de la taille du pôle. Ils rassemblent des grandes entreprises, des établissements de recherche et de formation ainsi que des PME qui intègrent les pôles pour acquérir de la légitimité et pour s’insérer dans des réseaux économiques et sociaux (Bardet et al., 2010). Trois types de pôles peuvent être distingués : les pôles mondiaux, reconnus au niveau mondial, les pôles à vocation mondiale, qui, par leurs actions, devraient devenir des pôles mondiaux dans les années à venir, et les pôles régionaux. Les pôles mondiaux et dans une moindre mesure les pôles à vocation mondiale sont ceux qui sont les plus engagés dans le soutien à l’internationalisation de leurs membres. Les pôles peuvent être définis comme des clusters formels car ils sont labélisés par le gouvernement, leurs frontières sont définies ainsi que leurs règles de fonctionnement. 141 L’étude de la littérature montre que la majorité des travaux examine le rôle du cluster en tant qu’environnement informel dans l’internationalisation des firmes. En revanche, le cas des réseaux territoriaux formalisés, comme les pôles de compétitivité français n’a, à notre connaissance, pas été étudié. Dès lors, nous nous intéressons dans cette recherche au rôle que pourrait jouer un tel réseau dans le processus d’internationalisation des PME membres. Par quels modes les PME s’internationalisent-elles à travers les pôles ? Quels sont les avantages perçus par les dirigeants de PME de l’internationalisation par l’intermédiaire des pôles ? Certaines PME bénéficient-elles plus particulièrement de l’action des pôles ? Notre recherche a pour objectif d’apporter des éléments de réponse à ces questions. Nous étudions ainsi les spécificités et les raisons motivant le choix de l’internationalisation à travers les pôles. Les quatre pôles étudiés dans notre recherche sont particulièrement pertinents pour répondre aux questions de recherche que nous étudions. En effet, parmi les quatre pôles, deux sont mondiaux (Systematic et Lyonbiopôle), et ainsi font partie des pôles les plus avancés dans le développement vers l’international. Les deux autres pôles, à vocation mondiale (Mov’eo et Cap Digital) s’engagent progressivement vers cette voie et peuvent servir de point de comparaison avec les deux pôles mondiaux. Pour étudier le rôle des pôles de compétitivité dans l’internationalisation de PME membres, nous avons mené une étude exploratoire en appliquant une méthodologie qualitative. Elle est présentée dans la section suivante. Methode et donnees Les cas étudiés Le terrain d’étude est constitué de quatre pôles de compétitivité : Systematic, Lyonbiopôle, Mov’eo et Cap Digital. Nous présentons brièvement chacun de ces pôles. • Systematic est un pôle de compétitivité mondial. Il rassemble plus de 500 acteurs clés dans la région parisienne dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC). Son action se focalise sur la maîtrise des outils et des technologies clés dans le domaine des systèmes à logiciel prépondérant. Environ 100 000 postes sont impliqués dans les activités du pôle. Systematic a signé plusieurs accords internationaux. En Europe, son réseau inclut les clusters DSP Valley en Belgique, Point One aux Pays Bas, BICC Net et Safetrans en Allemagne. Il a également plusieurs partenaires aux Etats-Unis, au Brésil, au Vietnam, en Tunisie, au Maroc et en Chine. • Lyonbiopôle est un pôle mondial dans le domaine de la biotechnologie. Il se situe dans la région Lyon-Grenoble. Il s’agit d’un centre d’excellence mondial dans le domaine des vaccins et du diagnostique. Parmi ses membres on trouve des entreprises leaders en biotechnologie comme 142 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Sanofi Pasteur, qui propose la gamme la plus étendue de vaccins dans le monde; bioMérieux, leader mondial dans le domaine du diagnostique in vitro; et Becton Dickinson, une entreprise leader dans le domaine des technologies médicales. En 2011 Lyonbiopôle comptait 85 adhérents dont 4 grandes entreprises, 67 PME et 14 centres de compétences. Dans le cadre de son développement international, des accords de coopération ont été mis en place avec des partenaires aux Etats-Unis, au Canada, au Japon et en Chine. Par ailleurs, le pôle fait partie de « Life science corridor France », un accord regroupant trois pôles de compétitivité français dans le domaine de la biotechnologie. • Mov’eo est un pôle de compétitivité à vocation mondiale implanté en Normandie et en Ile-de-France. Il est spécialisé dans le transport avec un accent sur les solutions de mobilité, la sécurité routière, les voitures électriques et la mécatronique. Il compte parmi ses membres 76 grandes entreprises, 178 PME, une soixantaine d’établissements de recherche et de formation, 7 collectivités territoriales et une vingtaine d’autres membres. Le pôle a signé plusieurs accords internationaux, avec des clusters situés en Italie, en Allemagne, en Suède et aux Pays-Bas. • Cap Digital Paris Région est un pôle de compétitivité dans le secteur des TIC. Parmi les 700 adhérents engagés dans le développement de contenu et de services digitaux, 620 sont des PME, 20 sont des grands groupes, 50 sont des établissements publics, des écoles et des universités et 10 sont des investisseurs en capital. Le pôle englobe des communautés qui se focalisent sur des domaines comme les jeux vidéo; le design digital; la culture, la presse et les média; l’image, le son et l’interactivité; l’ingénierie de la connaissance, la robotique; le e-learning; le style de vie et les services mobiles; et la technologie et l’intelligence collaborative. Cap Digital accompagne les PME membres dans leur internationalisation, à la fois vers l’Europe et vers l’international. Cependant, aucun accord de coopération spécifique avec un cluster étranger n’avait été signé au moment de notre étude. Méthodologie de la recherche En accord avec les recherches précédentes sur les PME et leurs réseaux (Human et Provan, 1997; Jack et Anderson, 2002; Jack et al., 2008; Colovic, 2012) une approche par études de cas (Yin, 1994) basée sur une méthodologie qualitative a été choisie pour cette recherche. L’utilisation des études de cas dans l’analyse du processus d’internationalisation des entreprises est également en accord avec les études précédentes traitant ce sujet (Andersen, 1993; Lamb et Liesch, 2002; Fletcher, 2004; Terjesen, O’Gorman et Acs, 2008). Nous avons déployé une méthodologie qualitative basée sur des entretiens avec des dirigeants et managers de PME et des institutions locales dans les quatre pôles de compétitivité qui font partie des pôles les plus importants dans les secteurs des TIC, du transport et de la biotechnologie. Dix-huit entretiens semi-directifs ont été menés durant une période de plusieurs mois, d’abord en 2009, puis en 2010. Nous avons interviewé 12 dirigeants et managers de PME et 6 membres d’équipes d’animation des pôles, en particulier les personnes en charge des affaires internationales et du soutien des PME. Etant donné que les pôles français sont des structures formalisées dans lesquelles les équipes d’animation jouent un rôle important, il nous a semblé pertinent d’inclure ces personnes dans notre étude. Par conséquent, au lieu d’adopter une approche à un seul niveau, portant exclusivement sur les entreprises, nous avons opté pour une approche à deux niveaux portant sur les entreprises d’une part et sur les équipes managériales des pôles d’autre part. Des recherches antérieures ont suggéré qu’un cadre à plusieurs niveaux permet d’étendre notre compréhension de l’internationalisation (Andersson, 2000) et que, dans le but de comprendre les processus d’internationalisation au niveau des entreprises, il est nécessaire d’inclure les forces qui influencent ces processus (Poole et al., 2000). Les principaux thèmes abordés lors des entretiens avec les PME étaient les suivants : l’activité de l’entreprise et ses principales caractéristiques; la coopération inter-entreprises et les réseaux; le pôle de compétitivité comme environnement de travail de l’entreprise; l’implication de l’entreprise dans le pôle; le rôle du pôle dans l’internationalisation de l’entreprise; les alliances inter-clusters; les avantages perçus de l’internationalisation à travers le pôle. Les entretiens avec les équipes d’animation des pôles étaient quelque peu différents. Les répondants ont fourni un aperçu de la situation dans le pôle puis se sont focalisés sur leurs actions destinées à soutenir les efforts d’internationalisation des PME. L’échantillon d’entreprises a été choisi en deux étapes. Dans un premier temps, nous avons sélectionné des PME réalisant des opérations à l’international. Lors de cette étape nous avons examiné essentiellement les sites Internet des PME. De plus, nous avons consulté les membres des équipes d’animation afin qu’ils nous indiquent les entreprises pouvant fournir des réponses aux questions posées. Cette première étape a été suivie d’une deuxième au cours de laquelle nous avons contacté les PME. L’échantillon final est composé des entreprises qui ont bien voulu répondre à nos questions. Les entretiens ont duré de 45 minutes à 2 heures, avec une moyenne d’une heure et quart, ils ont été enregistrés et transcrits intégralement. De plus, nous avons pris des notes pendant les entretiens et nous les avons ensuite utilisées pour écrire des comptes-rendus de chaque entretien. Ces comptesrendus ont été élaborés le jour de l’entretien et comportaient nos impressions et remarques ainsi que les résumés des entretiens. En plus des entretiens, des sources de données secondaires, telles que les rapports statistiques, les brochures des pôles ou des entreprises, ont été recueillis et analysés. L’analyse des données a été réalisée suivant les recommandations de Miles et Huberman (1984). Pour condenser les données et les préparer pour l’analyse, nous avons codé Le rôle des pôles de compétitivité dans l’internationalisation des PME : Une étude exploratoire les entretiens en utilisant les codes thématiques et conceptuels. La liste des codes a été élaborée avant le processus de codage, mais elle a été modifiée pendant le processus afin d’inclure des thèmes ou concepts émergents. Pour s’assurer de la fiabilité du codage, un échantillon d’entretiens a été double-codé par un chercheur qui n’a pas participé à l’étude. Nous avons ensuite calculé le taux de fiabilité (Holsti, 1969), qui était de 93 %. Il s’agit donc d’un taux de fiabilité exprimé par la mesure du pourcentage d’accord (Evrard, Pras et Roux, 2003) et qui correspond aux standards requis. L’analyse des données proprement dite a été organisée en deux étapes. D’abord, chaque cas a été analysé séparément à travers une analyse intra-cas. Nous avons utilisé les matrices à groupements conceptuels (Miles et Huberman, 1984) et nous avons identifié des concepts, thèmes et patterns dans les réponses des interlocuteurs. Une fois les études intra-cas terminées, nous avons procédé à une analyse inter-cas, qui consiste en une comparaison des cas (Miles et Huberman 1984; Silverman 2000) par rapport aux éléments identifiés dans l’analyse intra-cas. Pour illustrer cette étape de l’analyse, nous proposons un extrait de l’analyse comparative dans l’annexe 1. L’objectif de cette étape de la recherche était de distinguer des similarités et des différences entre les cas, d’identifier et de généraliser les processus pour tous les cas (Eisenhardt, 1989). Cette approche méthodologique est en effet la plus utilisée dans le domaine du management international (Welch et al., 2010). L’analyse des données recueillies nous a permis d’apporter des éléments de réponse aux questions de recherche posées. Ils sont présentés dans la section suivante. Résultats Dans cette section, nous présentons les résultats pour chaque question de recherche étudiée. Quelques verbatims illustrent les résultats, des exemples complémentaires de verbatims sont disponibles en annexe 2. Par quels modes les PME s’internationalisent-elles à travers les pôles ? La première question à laquelle nous avons souhaité répondre dans cette recherche porte sur le rôle potentiel que peut jouer un cluster formel, tel qu’un pôle de compétitivité, dans l’internationalisation de ses PME membres. Nous avons notamment souhaité comprendre par quels modes les PME s’internationalisent à travers les pôles. Alors que le pôle contribue au développement international des PME par des actions variées (participations dans des salons internationaux, organisation de missions à l’étranger, recherche de partenaires internationaux pour les PME, etc.) les résultats indiquent que le mode d’internationalisation privilégié à travers les pôles semble être la création d’alliances inter-clusters avec des pôles étrangers. Dans ce processus, l’acteur-clé est l’équipe d’animation du pôle 143 qui cherche des partenaires étrangers, mène les discussions, prépare les accords de collaboration et assure leur mise en place et leur suivi. La création d’alliances inter-clusters permet à plusieurs entreprises membres du pôle de trouver des partenaires étrangers. En effet, en raison de la petite taille des équipes d’animation (la plupart d’entre elles ont une dizaine d’employés) leur objectif est de trouver les partenaires internationaux pour plusieurs PME à la fois et ceci est possible par la création d’alliances avec d’autres clusters. Concrètement, ce sont les conseils d’administration des pôles qui mandatent les équipes d’animation pour établir des alliances inter-clusters avec des partenaires étrangers : Le conseil d’administration étudie différents partenaires possibles et puis il décide quelles sont les priorités. Après, nous, on essaie de mettre en place les partenariats avec les clusters visés. (membre de l’équipe d’animation de Systematic) Les alliances sont créées au niveau du pôle et elles sont en quelque sorte des alliances « parapluie » au sein desquelles plusieurs projets et/ou partenariats d’affaires au niveau des entreprises membres du cluster peuvent avoir lieu. Comme l’explique la personne en charge du développement international chez Lyonbiopôle, Ces alliances nous permettent de créer des contacts pour plusieurs de nos membres. L’objectif est de former des groupes de travail en fonction des thématiques, dans lesquelles de nombreuses PME peuvent participer. En outre, l’équipe d’animation assure la confiance entre les partenaires, au niveau du cluster. Elle incite également les PME membres à s’impliquer dans des projets de collaboration qui se mettent en place au sein du partenariat inter-clusters. Quels sont les avantages perçus par les dirigeants de PME de l’internationalisation par l’intermédiaire des pôles ? Notre deuxième question de recherche porte sur les avantages perçus de l’internationalisation à travers les pôles. Alors que les répondants reconnaissent la nature récente de ce type d’internationalisation, qui est due au manque d’expérience dans ce domaine, la majorité d’entre eux pensent que l’internationalisation à travers un cluster peut constituer une alternative à l’internationalisation individuelle des PME. En effet, parmi les 12 PME étudiés, 10 étaient déjà internationalisées avant leur implication dans le pôle. Ainsi, les dirigeants de ces entreprises ont pu identifier l’apport de l’internationalisation à travers un pôle par rapport à l’internationalisation individuelle. Selon les résultats de la recherche, les avantages perçus de ce type d’internationalisation peuvent être regroupés en quatre catégories : 1) comblement du manque de ressources par l’utilisation des ressources du pôle; 2) mise en réseau; 3) gain en termes de légitimité; et 4) accroissement de la vitesse d’internationalisation. 144 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Le premier avantage perçu porte sur l’utilisation des ressources du pôle de compétitivité. En effet, le pôle dispose de plusieurs ressources qui peuvent être utilisées pour approcher des marchés internationaux, ces ressources étant généralement le temps et l’argent nécessaires à la recherche de partenaires. En fournissant le personnel qui se consacre à l’établissement de contacts avec des partenaires étrangers, l’équipe d’animation du pôle peut considérablement aider les PME membres dans leurs efforts d’internationalisation. Comme l’a expliqué un membre de l’équipe managériale de Cap Digital : Les PME ont besoin de toute l’aide qu’elles peuvent obtenir, car aller à l’étranger prend du temps et a également un coût, et elles ont peu d’argent et peu de personnes. La personne en charge de ces actions est généralement le patron, le propriétaire de la société, et il a trop de choses à faire à la fois. Il est occupé à gérer la société. Ce constat est renforcé par les perceptions des dirigeants de PME. En effet, plusieurs d’entre eux ont souligné que le pôle de compétitivité leur permet d’accéder à des marchés étrangers grâce à l’organisation de missions internationales et la recherche de partenaires, ces activités étant très coûteuses pour une PME isolée : Par exemple, il y a un salon en Inde, ils vont avoir un budget et ceux qui postulent peuvent en bénéficier. (PME membre de Mov’eo) Le deuxième avantage perçu est la mise en réseau. Grâce à l’appartenance au pôle de compétitivité, les PME s’insèrent tout d’abord dans un réseau local, constitué des autres membres du pôle. A travers ces réseaux, les PME reçoivent des informations, des contacts des clients ou partenaires potentiels et bénéficient du transfert de connaissances dans le domaine des activités internationales. Les propos d’un dirigeant de PME illustrent ce point : Grâce à Mov’eo j’ai rencontré beaucoup d’entreprises, des PME mais aussi des plus grandes. On se voit dans des réunions, on échange, on apprend des choses. Le pôle joue également un rôle dans l’insertion au sein de réseaux internationaux. Comme nous l’avons expliqué précédemment, trois des pôles que nous avons étudiés ont signé des partenariats inter-clusters avec des clusters étrangers. A travers ces partenariats les PME sont mises en relation avec des partenaires étrangers. Un membre de l’équipe de Lyonbiopôle a expliqué : Pour les PME de Lyonbiopôle il est très important d’avoir une croissance à l’extérieur, à l’échelle internationale, d’avoir l’occasion de rencontrer plus d’entreprises, plus de laboratoires, ... Donc, nos alliances à l’international sont fondées sur la nécessité de nos entreprises d’avoir des partenariats avec des sociétés étrangères afin de développer leurs activités. Le troisième avantage perçu de l’internationalisation à travers un pôle est le gain en légitimité. En effet, Lire phonéla réputation d’un pôle permet aux PME de rejoindre des partenaires étrangers de haut niveau. Ceci est particulièrement vrai pour des pôles de compétitivité dont le rayonnement est mondial, comme Lyonbiopôle ou Systematic. Un dirigeant dont l’entreprise est membre de Systematic a expliqué : Avec Systematic on va m’aider à entrer en contact avec le MIT, par exemple, avoir un contact avec certains clients ou un laboratoire de recherche renommé. Les pôles Lyonbiopôle et Systematic comptent parmi leurs membres des leaders mondiaux dans les domaines des biotechnologies et des TIC et les PME peuvent bénéficier de la renommée du pôle grâce à ces entreprises. Ainsi, pour la création d’une alliance inter-clusters avec le cluster de Boston, Lyonbiopôle a bénéficié de la présence d’entreprises comme Sanofi Pasteur, BioMérieux ou Becton Dickinson au sein du pôle. Par ailleurs, les responsables du développement international de ces deux pôles mondiaux nous ont expliqué qu’ils recevaient beaucoup de demandes de visites et de rencontres de la part des clusters étrangers. On a beaucoup de demandes de visites, mais on ne peut pas recevoir tout le monde. On regarde si c’est intéressant pour nous et on les rencontre si on pense que cela peut aboutir à quelque chose d’intéressant. (Systematic) Enfin, le quatrième avantage perçu de l’internationalisation à travers un pôle est l’accroissement de la vitesse d’internationalisation. Autrement dit, ce type d’internationalisation peut réduire considérablement les délais nécessaires à l’établissement de contacts ou de relations de travail avec des partenaires internationaux. Un entrepreneur de Systematic a expliqué : Pour moi, Systematic et la stratégie des clusters peuvent être une occasion énorme pour être plus rapide et pour connaitre rapidement tous les bons contacts que je pourrais avoir dans d’autres pays. Plus particulièrement, la mise en place d’alliances interclusters semble être un moyen d’accélérer le développement international des PME car plusieurs partenaires peuvent être trouvés relativement rapidement au sein de ces alliances. Certaines PME bénéficient-elles plus particulièrement de l’action des pôles ? Notre troisième question de recherche porte sur l’existence possible de différences entre les PME bénéficiaires des activités du pôle. De fait, les répondants s’accordent pour dire que les PME bénéficient de manière différente des activités du pôle. D’une part, il semblerait que les bénéfices tirés soient proportionnels à l’implication des PME dans les activités du pôle. Plusieurs dirigeants de PME nous ont expliqué qu’ils n’avaient commencé à bénéficier du 145 Le rôle des pôles de compétitivité dans l’internationalisation des PME : Une étude exploratoire pôle pour s’internationaliser qu’à partir du moment où ils se sont impliqués de manière significative dans le pôle. L’implication suppose la participation régulière aux réunions, des contacts fréquents avec l’équipe d’animation, la proposition de projets collaboratifs, la participation dans des salons et missions à l’étranger organisés par le pôle et la participation active à d’autres activités organisées par le pôle. Les dirigeants de PME doivent en effet investir du temps et être très proactifs dans le pôle. Un dirigeant est même entré dans le conseil d’administration du pôle afin de pouvoir influencer ses orientations stratégiques. Il a témoigné : Je pense que pour moi Systematic est une maison. Vous êtes invités à entrer dans la maison, vous avez plusieurs outils, cuisine, et ainsi de suite, mais vous avez, vous, à gérer ou à être proactif afin d’utiliser cet outil ou ces outils pour aller plus loin. Ca marche lorsque vous comprenez comment ça marche. D’autre part, les PME qui semblent bénéficier le plus de l’internationalisation à travers le pôle sont celles qui ont des ressources ou des compétences distinctives, des produits très innovants ou uniques et qui sont capables de monter des projets de R&D au sein des pôles et recevoir des financements publics. Les équipes d’animation et les conseils d’administration semblent porter une attention particulière à ces entreprises. De ce fait elles semblent capables d’exercer une influence sur les décisions d’approcher les partenaires internationaux particuliers. Les propos d’un entrepreneur, membre de Mov’eo, illustrent bien ce résultat : J’ai compris qu’aujourd’hui avoir une petite entreprise innovante dans les projets est une bonne chose d’un point de vue global. Donc, je joue avec ça. A chaque fois je dis « Hé, vous voulez avoir une petite entreprise avec vous ? Je suis là ». Ainsi, les résultats montrent que l’internationalisation à travers les pôles peut représenter une alternative à l’internationalisation individuelle des PME, sous certaines conditions. En effet, toutes les entreprises ne bénéficient pas de FIGURE 1 Internationalisation à travers les pôles de compétitivité Conseil d’administration du pôle (cluster A) Conseil d’administration du cluster B Mandate l’équipe d’animation pour établir des alliances inter-clusters Mandate l’équipe d’animation pour établir des alliances inter-clusters Equipe d’animation du pôle (cluster A) Equipe d’animation du cluster B Assure la confiance et facilite la mise en place des groupes de coopération inter-clusters et des relations d’affaires A2 A1 B1 A3 Groupes de coopération / Relations d’affaires Assure la confiance et facilite la mise en place des groupes de coopération inter-clusters et des relations d’affaires Alliance “parapluie” B3 A4 B4 A5 Note: Les groupes de coopération sont constitués d’entreprises. B2 B5 B6 146 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) la même manière de l’activité du pôle. Nous discutons ces résultats dans la section suivante. Discussion Notre recherche visait à explorer le rôle que peut jouer un réseau territorial formel, comme un pôle de compétitivité, dans l’internationalisation des PME. Les résultats suggèrent que les pôles de compétitivité, à travers les actions menées par les équipes d’animation, peuvent permettre aux PME de se développer à l’international. Ce faisant, ils agissent en quelque sorte comme intermédiaires ou « catalyseurs » (Avenier, 2000) dans la mise en place de comportements collaboratifs internationaux. Le mode d’internationalisation privilégié semble être la création d’alliances inter-clusters. Dans ces alliances, les équipes d’animation assurent la confiance entre les partenaires, au niveau du cluster entier et interviennent si des problèmes de confiance se présentent dans les partenariats entre les firmes. Ce rôle est particulièrement important car le mode d’internationalisation par le biais d’alliances stratégiques peut être perçu comme problématique en raison des préoccupations des PME concernant le piratage de la propriété intellectuelle ou des problèmes de protection des marques. Les résultats de la recherche nous conduisent à proposer une modélisation du processus d’internationalisation des PME à travers les pôles de compétitivité en France (figure 1). Comme la figure 1 le suggère, les équipes d’animation établissent des partenariats avec les clusters étrangers, sous forme d’une alliance parapluie, assurent la confiance et facilitent la création de relations de coopération entre les entreprises membres. Ces relations peuvent prendre différentes formes, comme la collaboration sur des projets spécifiques, notamment ceux orientés vers la R&D, mais aussi comme la mise en place de relations d’affaires basées sur des transactions commerciales. Dans ce mode d’internationalisation, les pôles agissent comme intermédiaires permettant aux PME membres de s’étendre à l’international. Bien que le concept d’intermédiation ait été mobilisé dans l’explication de l’internationalisation des PME à travers les firmes multinationales (Terjensen et al., 2008), il n’a pas été mis en évidence dans le cas du développement international à travers les réseaux territoriaux formels, comme les pôles de compétitivité, ce qui constitue une contribution de notre recherche. Terjesen et al. (2008) ont montré que dans le cas de l’intermédiation par les multinationales, des problèmes de respect de la propriété intellectuelle et de rente demandée par les multinationales se posaient pour les PME. Nous n’avons pas identifié ces problèmes dans le cas de l’intermédiation par les pôles de compétitivité. Les résultats de notre recherche ont également permis d’identifier les bénéfices perçus d’une internationalisation à travers les pôles. Tout d’abord, les pôles fournissent des ressources nécessaires pour la recherche de partenaires internationaux. Ce résultat confirme les analyses précédentes (Buckley, 1997, Kalantridis, 2004) qui suggèrent que la pénurie de capitaux et de compétences managériales sont les contraintes les plus importantes pour l’internationalisation des PME. Celles-ci ne disposent souvent que d’informations limitées sur les marchés, et beaucoup d’entre elles manquent d’expérience en termes d’opérations à l’étranger. Deuxièmement, les pôles aident les PME à constituer des réseaux, qui, comme les recherches précédentes l’ont montré, sont indispensables pour se développer à l’international (Chetty et Blankenburg Holm, 2000; Lu et Beamish, 2001, 2006; Johanson et Vahlne, 2009). Il a en effet été démontré que les réseaux locaux ou nationaux peuvent jouer un rôle dans l’internationalisation des entreprises (Torrès, 2003; Lin et Chaney, 2007; Zhou et al., 2007). Notre recherche a mis en évidence le rôle des équipes d’animation des pôles dans ce processus. Troisièmement, les pôles de compétitivité apportent de la légitimité aux PME car Lire phonéla réputation d’un cluster permet aux PME de rejoindre des partenaires étrangers de haut niveau, qu’elles auraient eu beaucoup de difficultés à atteindre individuellement. Ce résultat rejoint les analyses de Zyglidopoulos, DeMartino et McHardy Reid (2006) qui ont démontré que les PME membres d’un cluster réputé bénéficient des retombées de cette réputation. Nous avons mis en évidence ce fait dans le cas de l’internationalisation. Quatrièmement, nous avons mis en évidence que les clusters accroissent la vitesse d’internationalisation. Ils peuvent ainsi être considérés comme des véritables accélérateurs de l’internationalisation des PME. Ce résultat n’a pas été identifié auparavant. Cependant, toutes les entreprises ne bénéficient pas de la même manière de l’action des pôles. Comme le suggèrent nos résultats, celles qui semblent en bénéficier particulièrement sont les entreprises qui s’impliquent dans la vie des pôles. Ainsi, la motivation des PME pour ce mode d’internationalisation et une attitude proactive semblent être primordiales pour que les PME puissent en tirer des bénéfices. De même, les PME ayant des compétences particulières, notamment en matière d’innovation semblent pouvoir tirer davantage de bénéfices de ce mode d’internationalisation. Ce constat rejoint les résultats de Libaers et Meyer (2011) qui ont montré que les entreprises les plus innovantes bénéficient le plus des effets du clustering. Dans le cas des pôles de compétitivité, la force de négociation des entreprises innovantes semble accentuée par les conditions requises par les financeurs des pôles. Ceux-ci demandent en effet l’insertion de PME innovantes dans les activités des pôles. Ces résultats nous conduisent à suggérer que l’internationalisation à travers les pôles n’est pas forcément un mode d’internationalisation pertinent pour toutes les PME. Seules celles qui sont prêtes à investir beaucoup de temps et d’effort pour s’impliquer dans les actions des pôles et celles qui ont des compétences particulières devraient envisager ce mode d’internationalisation. En effet, ces entreprises 147 Le rôle des pôles de compétitivité dans l’internationalisation des PME : Une étude exploratoire semblent être plus à même de mobiliser les ressources disponibles dans les pôles pour se développer à l’international. Notre recherche a ainsi permis de confirmer certains résultats précédents. Premièrement, comme la littérature le suggère, nos résultats montrent que les clusters apportent des ressources complémentaires aux PME pour se développer à l’international. Deuxièmement, nous avons confirmé le résultat selon lequel les clusters permettent la mise en réseau des PME. Troisièmement, nous avons montré que les PME bénéficient de la réputation du cluster, comme cela a été suggéré précédemment (Zyglidopoulos et al., 2006). Enfin, les entreprises les plus innovantes semblent bénéficier particulièrement des effets du clustering, ce qui rejoint d’autres études, comme celle de Libaers et Meyer (2011). Cependant, d’autres résultats n’ont pas été identifiés auparavant et constituent par conséquent un apport original de notre travail. Ainsi, nous avons proposé une modélisation du mode de l’internationalisation à travers un cluster formel et nous avons mis en évidence le rôle central que jouent les équipes d’animation des clusters dans ce processus. De plus, nous avons identifié l’accroissement de la vitesse d’internationalisation comme un bénéfice supplémentaire de l’internationalisation à travers les clusters. Enfin, nous avons mis en évidence que ce mode d’internationalisation est pertinent pour une PME à condition qu’elle adopte une attitude proactive au sein du cluster. Conclusion Cet article a exploré le phénomène émergent de l’internationalisation des PME à travers un cluster formel, comme un pôle de compétitivité. Les résultats de la recherche suggèrent que les PME peuvent s’internationaliser grâce aux activités internationales du pôle, et notamment la mise en place d’alliances avec des clusters étrangers. Ce type d’internationalisation présente plusieurs avantages pour les PME, notamment la possibilité d’utiliser les ressources du pôle pour se développer à l’international, la mise en réseau, un gain en termes de légitimité et l’accélération du processus d’internationalisation. Toutefois, les PME bénéficient de ce processus de manière différente, celles qui s’investissent le plus dans les activités du pôle et celles ayant des compétences particulièrement valorisées par le pôle et par les financements publics étant plus à même de tirer des avantages de l’internationalisation à travers le pôle. En mettant en lumière le mode d’internationalisation à travers un pôle, cette recherche contribue à la littérature sur l’internationalisation des PME en explorant les effets du clustering formel sur ce processus. Toutefois, notre recherche n’est pas sans limites qui restreignent la généralisation des résultats et, en même temps, indiquent des pistes de recherches futures. Puisqu’elle étudie un phénomène récent cette recherche n’est qu’exploratoire et elle nécessite un approfondissement afin de valider les résultats et d’apporter des réponses plus détaillées aux questions soulevées. De plus, la recherche souffre certainement d’un biais de sélection car nous n’avons pas inclus dans notre étude empirique les entreprises qui ne font pas appel aux pôles de compétitivité pour s’internationaliser. Ce biais est toutefois à nuancer. En effet, la plupart des PME que nous avons interrogées (10 sur 12) ont eu recours à la fois à l’internationalisation indépendante et à l’internationalisation à travers un pôle et de ce fait ont pu avoir un regard critique sur l’internationalisation à travers les pôles de compétitivité. Une autre limite de notre recherche est le fait que des analyses structurales des réseaux n’ont pas été effectuées comme cela aurait été idéalement le cas, car les données collectées ne le permettent pas. En effet, notre recherche étant exploratoire nous n’avons pas mené d’enquête auprès d’un grand nombre de PME constituant les réseaux, ce qui nous aurait permis de mener une analyse des réseaux de ce type. Néanmoins, une telle analyse est certainement à envisager dans le prolongement de cette recherche. Enfin, notre recherche porte uniquement sur les pôles de compétitivité français qui, comme nous l’avons expliqué, présentent certaines spécificités par rapport aux autres types d’agglomérations industrielles. Une étude de plus grande envergure devrait être envisagée afin de réduire l’effet des spécificités liées aux caractéristiques locales. Les implications de cette recherche concernent à la fois les entreprises et les autorités publiques qui proposent des financements aux clusters industriels. Lorsqu’elles intègrent les clusters industriels, les PME doivent adopter une attitude proactive et s’impliquer dans les activités du cluster. Elles doivent également mettre en valeur leurs compétences distinctives et collaborer avec d’autres membres du cluster sur des projets spécifiques. Ceci leur permettrait de renforcer les liens au sein des clusters et d’y occuper des positions plus centrales. Quant aux autorités publiques qui fournissent généralement les fonds pour les initiatives des clusters, afin d’assurer que les PME soient impliquées dans les activités de ces structures, elles doivent trouver des moyens incitatifs en proposant des mesures politiques adaptées. Bibliographie Andersen, Otto (1993). “On the internationalization process of firms : A critical analysis”, Journal of International Business Studies, Vol. 24, N° 2, p. 209-231. Andersson, Svante (2000). “Internationalization of the firm from an entrepreneurial perspective”, International Studies of Management and Organization, Vol. 30, N° 1, p. 63-92. Audretsch, David; Feldman, Maryann (1996). “R&D spillovers and the geography of innovation and production”, American Economic Review, Vol. 86, N° 3, p. 630-639. Avenier, Marie-José (2000). « Intermédiation et catalyse. 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Tableau 1 : Les actions menées par le pôle pour l’internationalisation des PME Actions Pôle de compétitivité Systematic Lyonbiopôle Mov’eo Cap Digital Salons internationaux Plusieurs fois par an, en France et à l’étranger. Les PME sont invitées à se présenter sur le stand de Systematic. Salons de renommée dans le domaine des vaccins, du diagnostique, de la biotechnologie en général. Les PME sont représentées. Domaine de l’automobile et du transport en général, en Europe surtout, parfois sur d’autres continents. De nombreuses PME participent (aide financière fournie par le pôle). Participations régulières, en France et à l’étranger. Les PME sont toujours présentes. Missions à l’international Missions organisées dans différents pays, rencontre des partenaires potentiels, visite des institutions et des clusters renommés. Certaines PME font partie des missions (aide financière fournie). Missions organisées plusieurs fois par an (Etats-Unis, Canada, Japon). Rencontre des laboratoires et d’autres partenaires, rencontre des clusters étrangers. Quelques missions (voyages d’étude) organisés, les PME sont invitées à postuler pour participer à ces missions. Parfois, mais moins que les autres pôles. Recherche de partenaires internationaux pour les PME, au niveau individuel Oui, à la demande des PME. Cependant, pas une pratique généralisée. Oui, parfois. Recherche de partenaires dans le réseau de Lyonbiopôle. Rarement, à la demande de la PME. Très rarement. Création d’alliances inter-clusters Oui, plusieurs alliances créées. Identifié comme action privilégiée d’aide au développement international des PME et du pôle en général. Oui, plusieurs alliances, en Europe et à l’étranger. Action cruciale pour Lyonbiopôle. Commencent à les mettre en place. Actuellement à la recherche de clusters partenaires et en cours de négociations. Cependant, les alliances sont considérées cruciales par Mov’eo. Pas encore, mais certainement à développer dans le futur. Idéalement, ce serait la voie du développement international du pôle. Le rôle des pôles de compétitivité dans l’internationalisation des PME : Une étude exploratoire 151 Annexe 2 Exemples de verbatims utilisés dans l’analyse Question de recherche 2 : Quels sont les bénéfices perçus par les dirigeants des PME de l’internationalisation par l’intermédiaire des pôles ? Bénéfices Ressources Verbatim -Pour une petite entreprise comme nous, c’est très utile. Le coût va être moindre. -Ils ont proposé d’aller au Japon, c’était pas cher. Ils peuvent nous aider par rapport à une opportunité de ce genre dans un salon, je ne sais pas, en Iran, en Inde, ça peut être intéressant. -J’ai participé à ces voyages avec Mov’eo et Systematic pour deux raisons. La première c’est qu’ils ont organisé les voyages, ce qui m’a permis de ne pas perdre trop de temps pour cela, et de continuer à faire mon business, vous savez. Et la deuxième c’est qu’ils participent dans le coût de votre voyage, donc ça revient beaucoup moins cher. -Au Japon, je n’ai pas d’expérience et c’était très utile d’avoir quelqu’un pour traduire. Mise en réseau -Le pôle nous a donné l’opportunité d’avoir de vrais partenariats avec les grandes entreprises. Nous sommes aussi liés à un laboratoire à travers le pôle. -Nous avons l’opportunité d’échanger avec plusieurs personnes que nous ne connaissions pas avant. -Aujourd’hui, concrètement, depuis le début du pôle, est-ce qu’on a fait un projet via Mov’eo ? Non. Non. Par contre, là ce qu’on a fait dernièrement, la fameuse carte avec mon nom en japonais, ils ont fait avec Ubi France, avec Mov’eo… ils ont organisé un voyage au Japon avec un certain nombre de chefs d’entreprise et le pôle de compétitivité, et là, pour la première fois je peux dire que vraiment c’était intéressant, c’était intéressant concrètement. -Il y avait des contacts extrêmement intéressants, les contacts sont beaucoup plus simples, beaucoup plus faciles, avec des chefs d’entreprise, avec les pôles, maintenant ils nous connaissent un petit peu mieux, ça leur permet de voir un petit peu l’esprit, de voir un peu ce qu’ils peuvent apporter à des sociétés et ce que nous aussi on peut leur apporter. Légitimité - Quand vous parlez à des clients « Je suis dans le pôle de compétitivité de Mov’eo, etc. », il peut y avoir… on peut réfléchir avec le client à initier un projet commun, à parler autrement. -Ils communiquent beaucoup dans des journaux. Donc une petite société comme la nôtre va profiter de cette communication. -Ce qui est intéressant c’est la partie notoriété, quand vous êtes petit vous avez un problème de notoriété, donc il faut des… des palliatifs entre guillemets par rapport à ça. -Vous dites « Nous on fait partie du pôle Mov’eo, etc. » donc ça rajoute un petit quelque chose, aussi bien à l’étranger parce qu›on connaît maintenant les pôles de compétitivité en France, on connaît un petit peu… surtout Mov’eo , il communique pas mal, voilà ce genre de petites choses, ça donne une notoriété, ça donne une confiance au client, voilà c’est ce genre de choses aussi qu’on cherche quand on est petit. Vitesse d’internationalisation -Systematic m’aide à entrer rapidement en contact avec le MIT par exemple ou un laboratoire connu. -Des fois je dis « Ouah, Systematic, ils y vont très vite [à l’international] ». -S’il n’y avait pas eu ces missions d’organisées, je ne pense pas qu’on y serait allé, en tout cas, pas maintenant, pas déjà. 152 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Question de recherche 3 : Certaines PME bénéficient-elles plus particulièrement de l’action des pôles ? Caractéristiques des PME Les PME qui s’impliquent. Verbatim - J’ai en tête l’exemple d’une petite entreprise, que j’ai rencontrée une fois, le patron me dit « Je rêve qu’un jour une grande boîte du pôle vienne et me dise « nous avons besoin de quelqu’un comme vous » ». Je lui ai dit non, si tu travailles comme ça, oublie, tu vas perdre ton temps. Tu dois venir avec tes idées, tu dois prendre de l’initiative et dire « Voici mon idée, êtes-vous intéressés ? ». - Les petites entreprises qui se disent « OK, maintenant je suis dans le club » et qui attendent que les grandes entreprises les choisissent perdent leur temps. - Donc, vous me verrez plusieurs fois dans les photos etc., car je sais que c’est bien pour mon entreprise d’être visible. - Par exemple la Chine, j’ai proposé la Chine avec une autre personne dans le conseil d’administration, nous avons expliqué que c’est une bonne idée d’aller en Chine. J’ai convaincu Gérard P. de Dassault que c’est bien d’aller en Chine. Et puis, nous y sommes allés. - Si vous le voulez, vous pouvez influencer le conseil d’administration, que ce soit d’aller en Chine ou aux Etats-Unis, n’importe où, mais il faut donner des arguments et montrer que c’est réaliste. Je suis très content, parce que les deux projets sont sur la bonne voie. - Il faut bien aller chercher des projets, on ne peut pas rester longtemps comme ça à attendre des choses qui ne viennent pas, et comme je vous dis c’est très politique. - Prendre des responsabilités effectivement dans les pôles, ça change tout, clairement. Parce que c’est là où on va défendre des budgets, parce qu’il ne faut pas oublier, à partir de là eh bien on va connaître les projets, à partir de là on va essayer de s’intégrer. Les PME ayant des compétences spécifiques. - Nous étions la première PME leader d’un programme […] Maintenant, la deuxième étape est de développer cette façon de travailler avec d’autres clusters. Nous sommes partis au MIT et en Chine avec Systematic, pour voir ce qu’on peut faire. […] Donc, mon idée est d’utiliser cette relation du cluster pour atteindre un marché ou plusieurs marchés. - Si vous comprenez aussi les relations politiques, qu’est-ce qui est important etc., aussi comment construire un projet, il y a des bonnes chances que ce soit un succès. L’écosystème d’innovation universitaire de Aalto : une contribution au repérage des acteurs impliqués lors de la phase d’émergence Thomas Froehlicher University of Liege Franck Barès HEC Montréal Résumé Abstract Resumen L’objectif de cet article est de mieux comprendre comment l’écosystème d’innovation de Aalto, dans la région d’Helsinki en Finlande, s’est structuré au début des années 2000. En s’appuyant tant sur une analyse de données secondaires que sur les principes d’une analyse structurale de réseau, nous avons procédé au repérage des acteurs et de leurs liens au cours de la période dite d’émergence de cet écosystème. Les résultats montrent la coexistence de deux espaces organisés comme des réseaux sociocognitifs pouvant entrer en interaction et se renforcer mutuellement. Un espace territorialisé, centré sur une dynamique d’innovation s’appuyant sur la stratégie de convergence des trois recteurs impliqués sur Aalto. Un espace déterritorialisé construit par une communauté d’acteurs centrée sur l’affirmation de propositions et d’idées destinées à la mise en œuvre de nouvelles pratiques de gouvernance de l’innovation. Mots clés : écosystème, innovation, réseau, communauté, gouvernance The aim of this article is to better understand how the innovation ecosystem of Aalto University, in Helsinki, Finland, was structured in the early 2000s. Relying on an analysis of secondary data as well as on the principles of a structural analysis of the network, we located the actors and their connections over the emergence period of this ecosystem. The results show the coexistence of two spaces organized as socio-cognitive networks able to interact and reinforce each other. A territorialized space, focused on an innovation dynamic built on the convergence strategy of the three university rectors involved at Aalto; and a deterritorialized space built by a community of actors focused on the affirmation of proposals and ideas to implement new innovation governance practices. Keywords: ecosystem, innovation, network, community, governance El objetivo de este artículo apunta a una mejor comprensión del modo en que fue estructurado el ecosistema de innovación de Aalto, en la región de Helsinki, Finlandia, a comienzos de la década del 2000. En base a un análisis de datos secundarios y de los principios de un análisis estructural de red, procedimos a detectar los actores y sus lazos durante el período de emergencia de dicho ecosistema. Los resultados muestran una coexistencia de dos espacios organizados como redes socio cognitivas capaces de entrar en interacción y de reforzarse mutuamente : un espacio territorializado, centrado en una dinámica de innovación, apoyado en una estrategia de convergencia de los tres rectores implicados en Aalto, y un espacio desterritorializado, construido por una comunidad de actores, centrado en la afirmación de propuestas y de ideas destinadas a la ejecución de nuevas prácticas de gobernanza de la innovación. Palabras claves: ecosistema, innovación, red, comunidad, gobernanza D ans le contexte des politiques de développement régional, si le concept générique d’écosystème a beaucoup évolué il apparaît toujours adapté pour rendre compte d’une double volonté : dégager des axes d’excellence et miser sur la capacité des acteurs privés et publics de se mettre en réseau pour faire œuvre de créativité et de logiques entrepreneuriales en multipliant les projets innovants. connaissance. Enfin Zahra et al. (2011) insistent quant à eux sur l’importance de « s’appuyer sur des réseaux de savoir dispersés pour développer et acquérir les innovations nécessaires aux clients. A partir de plateformes reliant des start-ups, petites entreprises et des universités, il devient alors possible de contribuer à des découvertes et innovations dans un écosystème global ». Si un écosystème peut s’envisager à partir des principes hérités de l’analyse déjà ancienne du district industriel et du système régional d’innovation, il est aujourd’hui classique de dépasser l’inscription spatiale généralement associée à ces derniers pour s’engager sur la voie de l’innovation ouverte. Afin de préciser cette évolution, nous proposons de mentionner Moore (1996) qui entend par écosystème d’affaires « une communauté économique fondée sur l’interaction entre entreprises et acteurs individuels ». Puis Cooke et al. (1997) qui envisagent l’écosystème sous l’angle de l’innovation permise par « l’ouverture sur l’extérieur et l’adoption d’une vision plus holistique » dans une économie du savoir et de la Dans cette perspective, l’article a pour objectif le repérage des communautés impliquées lors de la phase d’émergence (Haught, 2007; Peredo et Christman, 2006) et la mise en exergue de la dynamique relationnelle et sociale de cet écosystème (Froehlicher, 2000). En effet, l’écosystème intègre une dimension sociotechnique et cognitive qui recoupe également l’idée de communauté, un élément central fédérateur autour duquel se développe un sentiment d’appartenance (Amin, Cohendet 2005). Pour Torrès-Blay (2000), « cette coalition releve de secteurs différents et offre une communauté stratégique d’intérêts ou de valeurs structurée en réseau autour d’un leader qui doit réussir à imposer ou à faire partager 154 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) sa conception commerciale ou son standard technologique ». En revanche, l’initiative de multiples acteurs aux intérêts souvent divergents se heurte à la difficulté d’organiser cette phase d’émergence tant au niveau des dynamiques collectives qu’à sa délicate gouvernance (Gueguen et al., 2004). Ben Letaifa et Rabeau (2012, 57) soulignent d’ailleurs que ce nouvel « impératif d’innovation requiert de la coinnovation et qu’il se matérialise par des relations complexes de coopétition au sein d’un écosystème global ». Ainsi, l’analyse ne va pas seulement se focaliser sur les capacités de développement endogène mais aussi sur les relations qui apparaissent peu à peu au cours d’interactions individuelle et spontanée hors des frontières territoriales de la région donnée. Pour atteindre notre objectif de recherche, une méthode de collecte à partir de bases de données a été privilégiée pour l’obtention d’un matériau retrospectif riche et diversifié sur la constitution de l’université Aalto (Aalto U) dans la région d’Helsinki en Finlande. Cette méthode a ensuite été prolongée en s’appuyant sur les principes d’une analyse structurale de réseau. L’analyse de réseau peut aussi s’avérer précieuse pour l’examen de ces processus dynamiques et innovations. Dans cette perspective, la sociologie de l’innovation, initiée par M. Callon et B. Latour est mobilisée dans la mesure où elle fait appel à la notion de réseau sans se confondre avec l’analyse stratégique. Notre enjeu d’ordre méthodologique situé dans le contexte de Aalto U est important. Cela justifie sa présentation en première partie de l’article. En effet, l’approche retenue permet de saisir un phénomène émergent et de le reconstruire à posteriori. Dans un deuxième temps, il convient de proposer notre grille de lecture théorique et les résultats obtenus. Ce décryptage du phénomène relationnel, tant au plan temporel que spatial, nous amène enfin sur le caractère socialement et cognitivement construit de cet écosystème finlandais ainsi que sur une discussion ouvrant sur de nouvelles perspectives. Contexte et analyse de l’écosystème : la notion de stratégies rhétoriques et d’arènes structurant consistant à créer une nouvelle université dite de l’innovation à Helsinki (Aalto U) par le rapprochement de trois établissements prestigieux et reconnus au plan international dans les domaines respectivement du business, du design et des technologies : Helsinki School of Economics (HSE), Helsinki School of Arts and Design et Helsinki Institute of Technology. Ce projet a finalement été baptisé Aalto University du nom du designer finlandais. En cours de création, l’université sera dotée à travers une Fondation d’un capital de près de 700 millions d’euros. Les données historiques et macroéconomiques indiquent que cette région est exemplaire dans sa manière d’innover (Castells, Himanen 2002, Himanen 2004, Florida, Tinagli 2004, Prager 2005, 2007). Pour des raisons évidentes de faisabilité, il ne s’agissait pas d’observer in situ ces premières années. Aussi, nous avons progressivement recensé plusieurs centaines de sources intéressantes pour en retenir uniquement au final 154 différentes. Ces sources d’informations ont toutes été identifiées à partir d’une recherche itérative, réintroduisant le nom des acteurs, des institutions et des « événements » rencontrés. Cette quête d’informations s’est achevée quand nous avons pu constater qualitativement un phénomène de saturation de l’information, notamment par le « bouclage » et la répétition de la citation des mêmes acteurs et thématiques. Cette étape préliminaire consistait à identifier les principaux acteurs impliqués. Nous avons ainsi construit une base de données des acteurs récurrents construisant par leurs interrelations et celles de leurs institutions, un champ sociocognitif engageant un certain nombre d’ « événements » de différentes natures. Ces « événements » sont les supports de ces relations et des « conversations » qui en découlent1. Il apparaît au fur et à mesure des concepts, des croyances et des idées évoqués, un nouveau paradigme constituant un cadre relationnel qui décrit une manière originale de penser et mettre en œuvre l’innovation au sein d’une large communauté (Favereau 1989, Amin, Cohendet 2004). Premier cadre méthodologique s’appuyant sur des données secondaires : un matériau propice à la détection des acteurs incontournables L’étude est fondée sur la période dite d’émergence, à partir du début des années 2000. Les données ont été collectées durant plusieurs mois au cours de l’année 2008 et 2009. L’analyse de l’écosystème débute donc par une recherche d’informations robustes et fiables concernant un projet Le caractère exploratoire de la recherche ainsi que la nature des questionnements ont donné lieu au choix d’une démarche originale pouvant cerner les différents réseaux sociaux en vigueur (Barès, Bourgne et Froehlicher, 2010). Cette dernière a orienté l’élaboration du protocole de recherche ainsi que 1. On renvoie le lecteur à une analyse comparable réalisée en 2006 intégrant la notion de stratégies rhétoriques et d’arènes : Froehlicher T., Kuhn A. et Moulin Y. (2006), « Ressources rhétoriques et structuration d’un contexte concurrentiel : les enseignements de l’émergence du nouveau marché français de l’électricité, Finance, Contrôle, Stratégie. De la même manière sur la notion « d’espaces conversationnels » : Detchessahar M. (1997), « Eléments pour une théorie de l’espace de discussion en situation de gestion », Thèse de doctorat en Sciences de Gestion, Université de Rennes I. Detchessahar M. (2001a), « Quand discuter c’est produire », Revue Française de Gestion, n°132, p. 32-43. Detchessahar M. (2001b), « Le dire et le faire – contribution à l’étude des nouvelles forme d’organisation », Revue de Gestion des Ressources Humaines, n°39, p.43-56. Detchessahar M. (2003), « L’avènement de l’entreprise communicationnelle », Revue Française de Gestion, n°142, p. 65-84. L’écosystème d’innovation universitaire de Aalto : une contribution au repérage des acteurs impliqués… 155 les modalités d’analyse retenues. Au plan méthodologique, il s’agit de mettre en œuvre une méthode de recherche documentaire (Angot et Josserand, dans Thiétart et al. 2007) fondée une utilisation de données secondaires (Chabaud et Germain, 2006). Ce recueil opéré visait deux objectifs principaux2 : compréhension de l’évolution du réseau (Wacheux, 1996), connaissance des pratiques de l’écosystème (Loubès et al., 2012). compétences et mode de fonctionnement, etc.) ainsi que de l’observation d’un objet d’analyse en émergence. En effet, à l’occasion de certains de ces « événements » les acteurs prennent la parole dans un même « colloque ». Ils sont cités simultanément dans ces sources documentaires comme par exemple : presse économique, actes de congrès, ouvrages et/ou articles scientifiques, rapports de recherche ou d’études. A partir de ces « événements » permettant l’identification des acteurs impliqués, nous avons alors mis en œuvre un second dispositif méthodologique pouvant s’apparenter à l’analyse structurale de réseau. Cette dernière s’intéresse particulièrement à la structuration sociale de la sphère économique enchâsseé dans le social (Granovetter 1985, Burt 1992, White 1992). Les « 154 événements » pris en compte dans l’analyse finale traduisent ainsi la trame de relations qui ressort de la détection d’acteurs individuels ayant comme caractéristique de s’exprimer de manière simultanée dans des événements, que nous qualifions d’espace relationnel, de type « colloque3 ». Enfin, ils peuvent également se citer mutuellement directement dans des comptes rendus de type « rapport »4. Le développement constant de l’utilisation d’information secondaires et de la diffusion simultanée de documents numériques et supports (powerpoint de présentation, podcast, …) sur le web augmente l’impact des événements dans les milieux économiques, culturels ou scientifiques. Autrement dit, nous avons généré une base de données d’acteurs de manière qualitative par une recherche exploratoire de type snow-ball sample. Un échantillon de ce type se construit en élargissant le nombre des personnes interrogées par de nouvelles personnes mentionnées par les premières et ainsi de suite. Il intègre donc un biais méthodologique évident qui tient au déterminisme de la structuration sociale de l’échantillon interrogé selon le choix des personnes de départ. Ce biais est évidemment pleinement assumé et souhaité. C’est donc le choix d’un événement qui a permis de choisir les personnalités de départ. On a ensuite cherché à identifier les personnalités liées directement et indirectement. A partir de l’identification de mots clés et documents préalables, les acteurs identifiés et les événements qui les réunissent ont donc été ensuite en permanence réintroduits dans nos bases de données pour élargir le champ observé. Cette démarche à partir de sources d’informations secondaires semble particulièrement bien adaptée compte tenu de la faible lisibilité des acteurs du domaine considéré à cette époque (difficultés à formaliser précisément les missions, leur importance relative les uns par rapport aux autres, leurs complémentarité et / ou articulation, à définir l’étendue de leurs 2. Nous n’avons pas mené d’entretiens semi-directifs mais un troisième objectif pouvait s’envisager dans le cadre d’une validation et objectivation du discours d’acteurs éventuellement rencontrés. 3. Nous utilisons le vocable « colloque » de manière très large pour désigner des événements regroupant sur une durée brève de l’ordre de la journée un ensemble de personnalités. Il peut s’agir de colloques scientifiques, de réunions récurrentes à l’initiative d’un laboratoire, d’une Second cadre méthodologique s’appuyant sur les principes de l’analyse structurale de réseau : une approche utile au repérage de la dynamique relationnelle existante L’étude de cette base de données constituée facilite l’observervation de plusieurs éléments clés pour notre questionnement : les acteurs clés, leurs liens réciproques, les espaces relationnels ou « événements » qui supportent leurs relations et qui les rendent publiques, les thèmes, concepts, idées et expériences échangés qui constituent une trame cognitive et permettent de la représenter et enfin, la configuration relationnelle et cognitive générale induite. L’utilisation du matériel collecté a consisté ensuite à réduire la masse d’informations obtenues, en les catégorisant, afin d’aboutir à une description stylisée du phénomène étudié. L’objectif était de passer d’une information dispersée à une information organisée. Autrement dit, il s’agit de préciser la nature des réseaux mobilisés à la frontière de l’écosystème et leurs porosités. Plutôt que la simple description, l’analyse s’est donc intéressée à un « archipel » d’écosystèmes à travers le monde fondé sur un ensemble d’apports réciproques, de relations interpersonnelles et inter-organisationnelles mais néanmoins centré sur une communauté très cohésive car située dans un territoire particulier, la région d’Helsinki. Celle-ci en assure l’ancrage dans le temps et l’espace. L’analyse s’est intéressée, par ailleurs, aux « lignes de fuite » vers d’autres acteurs, institutions et espaces à travers le monde. Cela nous a conduit à répertorier puis construire des illustrations graphiques pour recenser les dynamiques d’acteurs participant/citation et d’observer les co-occurrences de participation/citation dans ces « événements ». journée d’étude, d’une manifestation professionnelle (design days, …) ou de manifestations tournées vers la cocréation (workshops, …). 4. Nous utilisons le vocable « rapport » de manière très large pour désigner tous les types de programmes, compte-rendus ou documents écrits susceptibles de renseigner les co-présences et interventions ayant eu lieu. 156 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) La théorie de la traduction : un outil d’interprétation de la construction d’un écosystème d’innovation répondant à une nouvelle représentation collective émergente Pour approfondir nos résultats, notre approche conceptuelle se fonde principalement sur la sociologie de la traduction (Callon, Latour 1986, Latour, 2004) qui considère les processus réticulaires d’innovation. Originalité forte de cette sociologie, les acteurs, « actants », sont aussi bien des sujets humains, individus, groupes de personnes, entreprises, que des objets non-humains, technologies, dispositifs contractuels, etc. qui entrent en coalition pour former des réseaux. L’actant est stratégique mais dans certains cas, c’est une entité non humaine qui est investie d’une fonction ou affectée d’un rôle. La lutte de pouvoir, le cas échéant, a lieu entre plusieurs réseaux sociotechniques mobilisés pour des objets différents. L’existence d’un projet commun définit un espace de négociation qui se constitue par un processus de traduction dans lequel des projets, des intérêts, des buts et des objets séparés sont progressivement rapprochés et rendus équivalents par les actants. Dans leurs interactions, ils utilisent des intermédiaires : des textes, des technologies, des individus et leurs compétences. La traduction est un investissement de formes : des ressources, nombreuses, hétérogènes et difficiles à manipuler deviennent moins nombreuses, plus homogènes et plus faciles à contrôler tout en conservant les propriétés qui leur confèrent une utilité. Cet investissement de formes apparaît comme un processus cognitif et nous considérons qu’une nouvelle proposition concernant des modalités de gouvernance de l’innovation apparaissant comme des « technologie organisationnelles » ou « technologies invisibles », assimilables à des actants ou intermédiaires au sens de Callon et Latour. On peut alors saisir dans une même construction les acteurs et leurs représentations, donc également leurs projets et discours, et également de saisir la dynamique des liens qui s’établissent entre tous ces éléments. Nous faisons alors l’hypothèse que le réseau ainsi établi constitue le moteur sociocognitif de l’écosystème considéré. A partir de cet ancrage théorique, il devient possible d’approcher les ressorts informels de la dynamique de cet écosystème d’innovation territorialisé mais aussi d’en situer les origines et les dépassements territoriaux au plan international. Un système d’acteurs extrêmement ouvert sur d’autres « espaces de conversation » non strictement spatialisés apparaît. Mise en évidence des dynamiques conjointes d’acteurs et réseaux structurants au plan relationnel Un premier éclarage sur les participations conjointes d’acteurs Pour accompagner la création de l’écosystème d’Helsinki, nous avons pu dégager six « événements agrégés ». L’encadré 1 résume ce regroupement en indiquant les acteurs les plus significatifs. Par exemple, 57 pourcents des acteurs présents ou cités lors de « l’événement agrégé » Living Lab (un ensemble de colloques et d’articles consacrés aux principes et expériences de Living Labs, relayés également par l’association ENoLL) sont également présents ou cités dans « l’événement agrégé » CKIR (suite de colloques annuels organisés par ce laboratoire de recherche universitaire). A l’inverse, 16 % des acteurs présents/cités dans l’événement agrégé CKIR sont présents/cités dans l’événement agrégé Living Lab. Globalement, le rôle central joué par CKIR au cœur du réseau s’aperçoit alors plus nettement. Encadré 1 Les six « évenements agrégés » CKIR, Laboratoire de Helsinki School of Economics. 24 acteurs individuels sont ciéts dont les pricnipaux sont les suivants : Sotamaa (Taik), Ahlstrom (Taik, Desigence), Kulkki (Ckir), Niitamo (Ckir, Nokia), Kosonen (Nokia, Sitra), Saarinen (HSE), Luotonen (EU), Ormala (Nokia), saari (Ckir, Temple University), Straub (IBM EMEA) Culminatum, Agence de développment régional de la région d’Helsinki. 15 acteurs individuels dont : Sotamaa (taik), Ahlstrom (Taik, Desigence), Kulkki, Niitamo, Nosonen (nokia, sitra), Ormala (nokia) Aalto University, fusion de Helsinki School of Economics, Helsinki Institue of Technology et Helsinki School of Art and Design. 47 acteurs individuels dont : Sotamaa (taik), Ahlstrom, Niitamo, Saarinen, Ekman (HSE, Idbm) Design, l’ensemble des événements organisés pour faire la promotion du design et des industries créatives. 19 acteurs individuels dont : Sotaama, Ahlstrom, Kulkki, Kosonen, Saari Living Lab, ensemble des événements mettant en avant le concept de Living Lab en Finlande et en Europe. 7 acteurs individuels dont : Kulkki, Niitamo, Luotonen, Straub International, toutes les interventions se situant dans des événements internationaux faisant intervenir des représentants de la région d’Helsinki. 10 acteurs individuels dont : Sotamaa, Ekman, Luotonen, Saari. Les Figures 1, 2 et 3 insérées dans le corps du texte fournissent une représentation stylisée indiquant la proportion, en pourcentage, de participations conjointes des acteurs référencés d’un événement à un autre ou le nombre d’événements partagés entre acteurs. Dans la région d’Helsinki, une analyse plus fine des coparticipations Figure 1 rend possible une déconstruction du processus dynamique qui a permis l’instauration d’un 157 L’écosystème d’innovation universitaire de Aalto : une contribution au repérage des acteurs impliqués… FIGURE 1 Les événements marquants dans la région d’Helsinki 20 Culminatum Report 2003-05 40 25 16 26 21 Living Lab 57 CKIR (2006-08) 16 Design Promotion (2005-08) 21 16 Aalto University (2007-08) 20 20 20 International Perspective consensus sur une vision et une stratégie dédiée à l’innovation. En effet, on peut apercevoir une chronologie associée aux événements auxquels participent les acteurs centraux de manière intensive. Les nombres représentent en pourcentage le nombre de participants communs à deux événements. Plusieurs enseignements ressortent de cette analyse. En premier lieu, l’agence de développement régional Culminatum permet entre 2003 et 2005 d’établir à travers ses différents rapports une première plateforme stratégique. En décembre 2003, Seija Kulkki, Directrice du CKIR rend un rapport qui servira de base à de nombreux événements où le laboratoire fait la synthèse de cent interviews réalisés pour décrire la potentialité d’une vision partagée du futur de cette région. « The (100) interviewees believed in Helskinki chances to act as a hub of the global information, a hub where arts and culture, sciences and social life develop side by side with new technology and economy. At best, he can be a global growth center and cultural metropolis. To raise Helsinki’s profile as an Ideapolis. Co-operation between local players could, at best, provide a rich multi-disciplinary basis for development. It could contribute to social-technological-financial innovation springing from the notion that the behaviour and action of people and communities constantly challenge the developers of services and technologies. Cities can act as « living labs » for a cultural, social, technological and financial renewal ». A cette démarche fait écho une volonté de mettre en avant le design finlandais sur le modèle anglais des industries créatives de 2005 à 2008. Dans ce contexte, largement soutenu par Nokia dont on peut noter l’omniprésence des dirigeants et cadres de haut niveau, apparaît le phénomène des living labs. Là encore, le déploiement de cette idée de living labs engendre de multiples événements. Ces différents événements se déploient avec une grande ouverture internationale. On note l’existence au cœur de la dynamique de l’écopolis/ ideapolis d’Helskinki d’un think tank qui occupe une position nodale, le Center for Knowledge and Information Research (CKIR), qui appartient à la Helsinki school of Economics (HSE). Acteurs et thématiques clés y sont tous présents, notamment à l’occasion d’une université d’été organisée chaque année. A ce séminaire annuel sont conviés chaque année des 158 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) professeurs invités qui incarnent chacun à leur façon une des dimensions clés de cette ouverture (Yves Doz, Nonaka, Richard Straub d’IBM, …). Le titre donné à cet événement global chaque année fournit une bonne illustration de la cristallisation des idées. « CKIR annual Workshop as a prominent think tank in the area with international connectivity : 2006, the challenge of open innovation to firms, regions and public agencies (e.g. Yves Doz, INDEAD, on changing nature of innovation, strategic agility, bridging brains, Humanand group-centric technology), 2007 : open innovation and renewal (strategic sensitivity through opening the strategy process, Y. Doz, open innovation, its key modes and challenges, living labs as open innovation environments in regions, industries and public services, human centric service, business and technology design, design rules for psychological customization, 2008 : how do firms, societies and people co-innovate for new value and wealth creation : The challenge of theory and practice, (managing flow : a process-view of knowledge-based firm, Nonaka, new relational dynamism of firms, human communities, social networks and societies from the viewpoint of new social and institutional forms of governance and new value and wealth creation, multidisciplinarity human-centered ICT and service design. » C’est ainsi que sera porté le projet de création d’une Université de l’Innovation, Aalto University, préfigurée dès 1995 par un programme conjoint aux trois partenaires qui fusionnent, International Design Business Management. « Arising from the needs of industry, this programme gives future marketers, engineering experts and designers an opportunity to practice important interpersonal skills through projects and courses. The programme teaches students to make full use of their own potential as members of interdisciplinary teams ». En 2005, Jaima Suominen, qui intervient comme Professeur à Helsinki School of Art and Design mais aussi auprès de William Mitchell, à l’Ecole d’Architecture du MIT à Boston, explique la nécessité d'aller vers une nouvelle manière d'inventer les produit et services à partir de plateformes que sont les living labs. « He discussed demand and desire, and the role of users. Living labs are seen as innovation platforms. Like ships, they shake, but generally do not sink. He considered the separation of work and leisure time, and changes due to industrial revolution. He had researched mobile work with Nokia, and found a blur between work and life, which, some say, could make us crazy. […] This represents a paradigm shift, from inidvidual, business and societal perspectives. New approachs are needed. From the customer side, there has been a move from products and services to emotional factors and customer experience (May 2005) ». 5. Un traitement simple a permis de produire des matrices croisées de deux types : l’une permet de croiser les acteurs en fonction de leur coparticipation aux mêmes événements; l’autre permet inversement de préciser les liens qui s’établissent entre les événements internationaux du fait de la participation des mêmes acteurs. Les deux analyses, dans Un second éclairage amenant une lecture stratégique des relations d’acteurs La seconde analyse s’appuie sur les Figure 2 et 3 pour tenter de saisir une toile de fond plus générale qui irrigue conceptuellement la définition de la stratégie d’innovation de l’écosystème finlandais5. Plus ouverte sur le monde, cette analyse met moins en exergue un écosystème territorialisé mais plus un réseau de « personnalités remarquables » incarnant une nouvelle orientation « d’innovation créative », engagées pleinement dans sa légitimation. Dans le cas d’Helsinki, nous qualifions ainsi cette nouvelle réception « d’innovation créative ». Elle agrège au moins six conceptions originales qui s’enchevêtrent pour se faire valoir dans une même manière de repenser le rapport à l’innovation de façon idéaltypique : 1. Favoriser une innovation discontinue et de rupture qui valorise une innovation guidée par la détection de nouveaux usages, de nouvelles pratiques auprès des clients potentiels, de nouvelles solutions et instaurer la pratique du « co-développement » des nouvelles solutions, produits et/ou services, en lien étroit avec consommateurs, clients et usagers et en misant sur l’expérimentation in situ, (Von Hippel 2002, Birkinshaw, Bessant, Delbridge 2007, Vinck 2003, Mallein, 2003, 2007, Veyrat, Blanco, Trompette 2007 ) ou, à l’inverse, d’expliciter de nouveaux modes de consommation (Dujarier 2008) 2. Investir dans le secteur du design et de la créativité (évocation du phénomène des industries créatives) et adopter dans la réflexion stratégique et organisationnelle une nouvelle manière de penser et de résoudre les problèmes hérités du design, le Design Thinking, (Hamel 2006, Hamel, Breen 2007) 3. Intégrer l’organisation-réseau et les réseaux d’organisation, l’idéal du cluster en adoptant l’usage de l’open innovation/source, en mutualisant systématiquement au sein des clusters les innovations et les technologies (Castells, Himanen 2002, Von Hippel 2002, 2005) 4. Le nouveau « champion » dans l’organisation, figure du salarié idéaltypique, est le travailleur créatif, creative worker, dont l’intelligence et la créativité sont valorisée par un fonctionnement plus démocratique de l’organisation pour faciliter la mobilisation volontaire de l’intelligence et de la créativité des individus et, de là, un élargissement au champ sociétal d’une problématique économique et organisationnelle, (Florida, Goodnight 2005, Leadbeater, O’Connor 2007, Von Hippel 2005) 5. Mettre en œuvre le modèle Bump & Connect, ou Innovation Triangle, en associant dans une même démarche créative trois pôles constitués, en premier lieu, le contexte de la région d’Helsinki et au plan international, conduisent sensiblement aux mêmes proportions d’acteurs centraux. Dans les deux cas, environ 27 % des acteurs accumulent près de 50 % des participations croisées aux mêmes événements, respectivement 13/47 et 9/33 cités au moins à deux reprises. Nokia Ollila Stanford Pfeffer Himanen Berkeley Chesborough Leadbeater Toronto G. Hamel R. Florida UK / Finland G. Cox Apple Ive D-School D. Kelley R. Martin 52 P&G Kotchka Ligne de partage US Est-Ouest San Francisco T. Brown 46 L. Kelley Chicago, Michigan Steelcase P. Whitney 57 New Bauhaus Réseau des acteurs structurants au plan international FIGURE 2 Boston MIT B. Nussbaum NY Business Week JK Vanpatter Moma A. Paola E. Von Hippel L’écosystème d’innovation universitaire de Aalto : une contribution au repérage des acteurs impliqués… 159 Nesta / Demos Davos World Economic Forum Cox Review UK / India Harvard Business Review Business Week New York “Californian London” Mlab London Business School ITT Design + Strategy Chicago Réseau des « événements » marquants au plan international FIGURE 3 Toronto Rotman Creative Age Next Design Design in India 160 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) L’écosystème d’innovation universitaire de Aalto : une contribution au repérage des acteurs impliqués… par les dimensions artistiques, sociologiques et anthropologiques, en second lieu, scientifiques, technologiques, notamment prototypiques et, en troisième lieu, managériales/entrepreneuriales. Cette modalité se joue tout particulièrement dans le contexte d’un enseignement supérieur ouvert au développement socio-économique. Il faut aussi « éduquer » les futurs acteurs. Aalto University à Helsinki semble être une des formes la plus aboutie et ambitieuse de ce modèle (Florida 1999, réf. 88) 6. Situer l’organisation dans un environnement qui dépasse des frontières et tout particulièrement dans des « espaces ouverts » dédiés à la réalisation du projet d’innovation partagé qui le favorise permettant d’actualiser les potentialités de ces multiples réseaux. L’espace-type est représenté par le « Living Lab », concept qui s’étend progressivement au plan international mais qui a été théorisé et appliqué de manière intensive dans le contexte finlandais (Nonaka 1998, Mitchell 2005, Florida 2002, 2004, 2008, Himanen 2004, Kulkki, Eriksson, Niitamo 2005) Ces six modalités constituent un mécanisme cognitif intégrateur attesté par l’homogénéité des verbatims rencontrés. Pour définir une vision commune, il est fait référence dès 2002 à la notion d’ideapolis / ideopolis, termes qui intègrent sémantiquement écosystème, créativité, ville/cité et citoyenneté. La construction sociale du dispositif emprunte différents moyens pour que cette affirmation soit progressivement instituée. Ces « personnalités remarquables » sont servies par le soutien actif d’institutions puissantes, notamment dans le monde des affaires anglosaxon. Ainsi, le design thinking connaît une véritable consécration à partir de 2006 en faisant son apparition dans un article publié par Tim Brown dans Harvard Business Review, à l’Université de Stanford qui fonde sa nouvelle D-School sur le concept et finalement au Forum de Davos. Quatre « personnalités remarquables » sont au cœur d’une stratégie de légitimation du projet partagé d’innovation d’Helsinki : Roger Martin à Toronto, Directeur de la Rotman School of Business, Tim Brown, CEO de IDEO en Californie, cette agence de design est une filiale du Groupe Steelcase que l’on retrouve en proximité de Chicago où se trouve l’Institute of Design Illinois Institute of Technology dirigé par Patrick Whitney. Ce dernier fut le conseiller de Bill Clinton et, à ce titre, contribua à engager une politique de soutien du design aux Etats-Unis. Cet Institut n’est autre que l’héritière du New Bauhaus qui s’est refondée aux Etats-Unis après que ces principaux membres aient fui l’Allemagne nazi avantguerre. Enfin, sur la côte Est des Etats-Unis, on trouve un consultant Larry Kelley, très proche de plusieurs personnalités clés comme Antonella Paola, Directrice du MOMA, Bruce Nussbaum, emblématique journaliste très actif dans le champ de la créativité et du design au sein de Business Week et Eric Von Hippel, Professeur influent du MIT à Boston. Ce quadrilatère de personnalités constitue une « clique » très cohésive du point de vue de l’analyse structurale de 161 réseau. Des liens étroits et directs unissent ces quatre personnalités qui à leur tour constituent des « trous structuraux » permettant d’ouvrir des liens avec d’autres acteurs promoteurs de concepts clés comme Richard Florida, Gary Hamel ou encore Sir Georges Cox en direction du Royaume-Uni. Ce réseau met en exergue l’initiative britannique Cox Report commanditée en 2005 par le Ministère des Finances ainsi que les deux missions d’étude d’approfondissement aux Etats-Unis, Canada et en Europe du Nord. Parmi les recommandations au plan des pratiques managériales et éducatives figurent les suivantes : « Different types of creative professionals – specialist designers, design managers and design “thinkers”, who can operate across disciplines : • To promote multidisciplinary teamwork, involving business, design, science and engineering students, and to include new disciplines within design teams working in area of innovation, especially the social and life sciences, and humanities (eg. Anthropology, psychology and the creative arts), specially ethnographic research as key component of development. • More creative spaces – physical environments and resources for prototyping, brainstorming, project development and creative teamwork. “Importance of flexible places and task/mood specific spaces, neighborood spaces, a neutral middle space shared : physical space that is “non-territorial.” La pratique managériale associée de design thinking résume une conviction partagée par toutes les « personnalités remarquables » mentionnées. “The use of design processes and methods which included the questioning of briefs, making early speculative proposals and developing iterative prototypes to foster innovation and contribute to business growth. […] The development of a creative business culture, generating new business models as well as customer focused products and services (Cox Review)”. “IDEO’s T-shaped model (vertical specialist depth at the undergraduate level plus an horizontal appreciation and understanding of other disciplines at the postgraduate level) : an ethos of designway-of-thinking (The Power of Design, in 2004 on IDEO (David Kelley, co-foundator of IDE0 and Stanford D-School, Time Magazine). “Thinking like a designer can transform the way you develop products, services, processes – and even strategy (Tim Brown, Design Thinking, Harvard Business review, June 2008).” En somme, après bien des instruments managériaux, le design acquiert à son tour un caractère stratégique et une forte légitimation managériale. Le cas d’Helsinki a permis de décrire la construction sociale et cognitive conduisant progressivement au consensus sur une vision partagée initié par un nombre très limité d’acteurs mais, pourtant à travers une configuration relationnelle très synergique et cohésive. 162 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) On trouve ainsi des racines très profondes au projet de création d’une nouvelle université de l’innovation (Aalto University), notre point de départ dans l’analyse. La construction territorialisée d’un écosystème est directement liée à l’existence d’un réseau de « personnalités remarquables », keynote speakers de think tanks et d’institutions, notamment universitaires, puissantes leur servant de véhicules pour imposer leurs conceptions de l’innovation. Un écosystème doit aussi rester un espace ouvert. “We talk about open societies, open innovation, open standards, open ecosystems, open source and open architecture. The idea of “openness” is emerging as a determinant attribute of key developments in our economic and social fabric. […] “Openness” is the defining quality of 21st century globalization. (Richard Straub, 30/04/08 Global Focus, Vol.12, issue 1, EFMD Publication)”. Par ailleurs, l’émergence d’un écosystème passe certainement par la capacité à reconnaître les configurations relationnelles en jeu au plan social et cognitif les caractéristiques qui assurent à l’écosystème trois propriétés essentielles : sa capacité créative et la manière dont il sait penser et inventer collectivement son futur ou ses futurs potentiels, les instruments de « gouvernementalité » qui lui assure un degré suffisant de consensus général pour implémenter une stratégie écosystémique et, enfin, le degré d’ouverture de l’écosystème aux influences, apports et contributions extérieures pour assurer son adaptabilité par une grande perméabilité aux nouvelles idées en circulation à travers le monde. Helsinki est ainsi un écosystème d’innovation qui se nourrit d’une très forte capacité d’absorption et d’ouverture internationale tout en restant très cohésif au plan régional. Cela se traduit à deux niveaux. Le premier niveau se déploie sous la forme d’un réseau sociocognitif, que nous décrivons comme un réseau mobilisant des acteurs individuels, des personnalités très « centrales » au sens de l’analyse structurale de réseau, et des événements de nature diverse qui les mobilisent régulièrement en leur permettant de faire valoir leurs idées, leurs connaissances des nouvelles notions, concepts, pratiques, et/ou d’inventer collectivement de nouvelles modalités d’action. Ce réseau se concrétise en tant qu’espace territorial au service d’une communauté. Il assure aux acteurs publics une meilleure « gouvernementalité » en « fabriquant » du consensus. Sa configuration détermine la capacité stratégique (strategizing) du territoire. Le second niveau constitue la toile de fond du premier. En élargissant l’analyse des acteurs et des événements, on aperçoit alors sa capacité d’ouverture à d’autres espaces sociocognitifs « peuplés » qualifiés de « personnalités remarquables », souvent citées et présentes dans des événements d’envergure internationale, fortement légitimées au plan médiatique. Ce second réseau se révèle dans le cas étudié très cohésif autour de personnalités dont on devine la proximité intellectuelle mais également les relations personnelles. A leur tour, ces « personnalités remarquables » se font ou feront valoir et reconnaître du fait de leur présence sur invitation ou de leurs propositions reprises dans le fonctionnement des écosystèmes d’innovation reconnus comme celui d’Helsinki. Finalement, nos analyses permettent de référencer les acteurs centraux. Le premier type de rapprochement s’est organisé pour mettre en exergue les acteurs installés dans la région d’Helsinki. Le second regroupe les acteurs pour tous les événements se déroulant dans le reste du monde, tout particulièrement aux Etats-Unis, au Canada, au RoyaumeUni et en Inde. Propositions pour une meilleure gouvernance territoriale des écosystèmes d’innovation par le repérage des acteurs « écosystémiques » L’analyse doit permettre d’induire des enseignements à visée managériale en vue d’appréhender le pilotage stratégique d’un écosystème d’innovation territorialisé par les acteurs qui le constituent, le coordonnent et le co-développent mais aussi par l’Etat, les pouvoirs publics et les collectivités territoriales qui le supportent. En ce qui concerne l’Etat ou la force publique, C. Hood a étudié les instruments et les technologies de gouvernement et a cherché à proposer une typologie en croisant les formes d’intervention et les ressources mobilisées par les pouvoirs publics (Hood 1983, Hood, Margetts 2007). Il met en exergue quatre ressources : autority, la capacité d’imposer et d’interdire, d’ordonner et de permettre, à travers des procédures légitimes et des symboles identifiants, treasure, pour évoquer toutes les incitations positives qu’un gouvernement peut introduire pour sécuriser l’information ou changer les comportements, organization, le label pour définir un « stock » de territoires, de bâtiments et d’équipement, ainsi qu’un panel d’individus avec leurs relations et leurs compétences à la disposition du gouvernement, et, enfin, nodality, la propriété d’être au centre d’un réseau social de pouvoir en influencer les relations. Pour l’Etat, le principe de « nodalité » prime clairement sur celui d’autorité dans l’accompagnement d’un écosystème d’innovation régional. Le cas Helsinki nous amène à poser quelques propositions permettant d’amplifier cette compétence de « nodalité » dans la gouvernace grâce à un meilleur repérage des acteurs « écosystémiques », ceux qui contribuent directement à la construction de l’écosystème ou ceux qui en sont le produit afin de le consolider. Dynamique informelle de maturation des esprits dans le domaine de l’innovation sur le territoire. L’émergence d’un écosystème d’innovation est directement influencée par son histoire territoriale. Il procède généralement d’une histoire relativement longue sous la forme de clubs, de réseaux ou d’associations ayant œuvré pour faciliter relations et projets ouverts. L’écosystème d’innovation universitaire de Aalto : une contribution au repérage des acteurs impliqués… Dans tous les cas, l’existence d’une communauté d’acteurs préalable semble un élément déterminant et le « marqueur » également d’un premier niveau de faisabilité d’un futur succès. Cette communauté constitue le premier capital « relationnel » de l’écosystème. A Aalto, on note l’ancienneté des relations qui ont largement contribué à l’apparition du rapprochement des trois écoles, de valoriser les complémentarités et dépasser les « frontières » administratives et culturelles issues des champs disciplinaires. De la même manière, à travers différentes initiatives plus anciennes la cartographie des compétences existantes a conduit à l’invention d’un véritable thésaurus des « briques » de compétences élémentaires existantes au niveau des laboratoires et des entreprises dans le contexte de Aalto. A titre d’exemple, on pense à Nokia comme acteur incontournable dans cette dynamique informelle de maturation des esprits dans le domaine de l’innovation sur le territoire. Des rencontres formelle, hors territoire Nos documents ont aussi souligné la multiplicité des démarches de rencontres formelles ou l’existence de différents « cercles » de rencontres, souvent transversaux. L’enjeu est de permettre progressivement le passage d’un niveau informel, créatif et capable d’entraîner une dynamique entrepreneuriale, vers une reconnaissance plus large et légitimée par la force publique et médiatique. Exprimé autrement, ce processus qui va de l’informel à la mise en œuvre d’un écosystème, détermine deux espaces efficaces de discussion, de lieu d’expression. Confrontés à la multitude des niveaux et des institutions, les acteurs institutionnels ont su inventer leur capacité à se coordonner en évitant les blocages inter-institutionnels, relevant d’une approche transversale entre enseignement supérieur, recherche et développement économique. L’apparition et la légitimation d’une plateforme relationnelle structurante pour renforcer la dynamique de l’écosystème. L’émergence d’Aalto University met en exergue un réel potentiel d’innovation. Aalto U, nouveau type d’université, à caractère écosystémique, joue un rôle central de plateforme relationnelle, véritable hub créatif. Produit de l’écosystème émergent, celle-ci va permettre à son tour de consolider l’écosystème régional. En effet, son évolution et adaptabilité provient en grande partie de la mise en place d’une gouvernance réunissant des personnalités reconnues et pour la plupart extérieures au pôle. Cette instance peut faciliter le passage d’une approche « politique » (recherche d’un équilibre politique concernant les retombées sur le territoire impliqué) à une approche plus « stratégique » (affirmation de la qualité des projets soutenus par les acteurs de l’écosystème dans une perspective de développement et d’une reconnaissance nationale et internationale). Le CKIR semble avoir au regard de notre analyse un rôle considérable lors de cette période d’émergence de Aalto. 163 Dans le contexte de l’enseignement supérieur, la formation apparaît comme un dispositif susceptible de favoriser l’innovation ouverte. Aalto a rapidement traduit cette possibilité dans le domaine du « design thinking ». Cette rhétorique liée au design fait le lien avec l’importance donnée à une transversalité plus globale où les projets peuvent s’alimenter en termes de créativité et d’innovation. Le thème des « industries créatives » apparaît comme essentiel pour permettre la transversalité de manière créative et innovante. Le but est de construire plus de liens entre acteurs de telle sorte qu’ils partagent leurs idées et projets sur et hors du territoire. Les entreprises et les laboratoires identifient leurs partenaires en priorité pour l’excellence et la complémentarité de leurs compétences et non pas dans un rapport de proximité géographique. On peut alors combiner ancrage territorial et un nécessaire rayonnement international. Aalto U tire l’essentiel de son efficacité de sa capacité à « fabriquer » des projets innovants. Cette capacité ne peut venir que d’une volonté des acteurs de terrain que sont les « entreprises » ou « chercheurs » de travailler ensemble. Cette volonté ne va pas de soi. Elle doit être « négociée » entre les animateurs de l’écosystème, d’une part, et, d’autre part, les porteurs de projets innovants, prêts à partager leur projet avec des partenaires économiques et scientifiques. Il semble que dans la phase d’émergence d’un écosystème, l’activité primordiale et prioritaire soit la « prospection » des compétences et des talents en vue de les enrôler dans le dispositif sans garantie du succès des projets. C’est une activité relationnelle devant être assumée par les structures de gouvernance de l’écosystème de manière prioritaire. Elle est seule à même de garantir un flux continu de projets. Pour conclure, un écosystème d’innovation se caractérise fortement par la qualité et l’intensité de son capital relationnel. Celui-ci traduit le volume et l’intensité des liens existants entre les acteurs, leur capacité réciproque à se connaître et à se réunir autour de projets. Ce capital relationnel définit aussi la réactivité de l’écosystème : fréquence des rencontres, rapidité d’émission et de réception de l’information. Cette réactivité est également définie par la configuration générale des relations entre les acteurs et notamment l’existence de « ponts relationnels » (acteurs d’interface) au sens de R. S. Burt (1992). Dans la dynamique d’un écosystème, on peut considérer que les capitaux humains (compétences) et financiers constituent des ressources disponibles tandis que le capital relationnel caractérise la capacité à les mobiliser, à identifier des « opportunités » d’investissement. Le projet de nouvelle université définit un « cadre » aux multiples interactions entre acteurs. Celui-ci agrège plusieurs modalités de gouvernance originales de l’innovation souvent inspirées par des pratiques en provenance de l’étranger. Les multiples réseaux sociaux et inter-organisationnels qui véhiculent ces échanges se cristallisent pour rendre compréhensible la dynamique d’évolution du projet (Boyer, Orléan 1994, Froehlicher 2000). 164 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Bibliographie Amin A. et Cohendet P. (2005), Geographies of Knowledge Formation in Firms, Industry and Innovation, vol. 12, n.4, p. 465-486. Barès F., Bourgne P., Froehlicher, T. 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L’introduction met en exergue les profondes mutations auxquelles les organisations sont confrontées. Sont concernées, tant les entités publiques (États, collectivités locales, institutions publiques nationales et inter-gouvernementales) que les entités privées (entreprises, organisations non gouvernementales). Comme le précise l’auteur, l’esprit de l’ouvrage, à la différence de ce que proposaient il n’y a pas si longtemps les manuels de stratégie, est de mettre en évidence le fait que l’internationalisation tend à devenir l’axe central du développement des organisations et non, une simple option de développement. D’où une démarche fort logique en deux parties. : la première s’attache à mesurer l’impact pour l’organisation des mutations de l’environnement international; la deuxième, tirant les conséquences de ces mutations, va opérationnaliser la mise en œuvre de la stratégie d’internationalisation des organisations. Avant d’entrer dans le détail de l’ouvrage, plusieurs de ses traits caractéristiques qui contribuent largement à sa qualité et à l’intérêt qu’il suscite, peuvent être soulignés : -l’objet, cela a été évoqué, est multiple : il va des entreprises aux territoires concernés par l’ouverture internationale. Dans la même logique, il prend en compte les différentes économies (matures, émergentes, à croissance rapide); -la démarche est à la fois théorique, (l’auteur discute et présente à chaque étape les grands travaux académiques sur les points concernés), méthodologique, et vise à apporter des réponses concrètes. Les outils sont nombreux (série de questions posées en ouverture de chaque chapitre, exemples multiples tirés de l’actualité, repères, cas introductif à chaque chapitre, tableaux, schémas, cas d’application, questions de réflexion à la fin de chaque chapitre, encadré « l’essentiel » qui clôt chaque chapitre …), ce qui oriente l’ouvrage vers un public très diversifié, de l’étudiant au professionnel, en passant par l’enseignant concerné par les questions internationales. Au risque de faire preuve de peu d’originalité, mais de fidélité (ce que l’on espère) à la démarche de Jean-Paul Lemaire, l’auteur de cette note a fait le choix de reprendre la logique de l’ouvrage en deux parties. Évolutions et défis de l’ouverture internationale pour les territoires, les activités et les organisations. -dans les deux parties (un fort bienvenu « mode d’emploi » précède l’ouvrage détaillant la démarche suivie), l’auteur va progresser à travers les trois niveaux – macro, méso et micro – largement sous-tendus par la logique du modèle PREST2; Cette partie est le temps de l’analyse de l’environnement, de ses mutations, de ses bouleversements. On y retrouve la triple logique macro-méso-micro. On va ainsi cheminer de l’analyse de l’environnement avec l’intensification de l’ouverture internationale (chapitre 1) à la dynamique internationale des territoires (chapitre 2), en passant par la dynamique des activités (chapitre 3) pour finir avec la dynamique internationale des organisations (chapitre 4). 1. Jean-Paul Lemaire est Professeur Émérite à ESCP Europe. 2. Politico Réglementaire, Économique et Social, Technologique Stratégies d’internationalisation. Nouveaux enjeux d’ouverture des organisations, des activités et des territoires Le chapitre 1 (c’est le niveau macroéconomique) dresse sur trois décennies un bilan des nombreux bouleversements de l’environnement international. Le phénomène d’ouverture internationale et de décloisonnement des économies est préféré aux termes de « globalisation » et de « mondialisation ». On retrouve ici également la logique évoquée plus haut puisque l’on procède en trois temps : celui de l’explication des faits (portée et limites de l’ouverture internationale), celui de l’analyse théorique (le renouvellement des théories de l’échange international) et celui de la présentation d’une démarche méthodologique (introduction au modèle PREST). Dans un premier temps, c’est l’analyse méthodique de l’ouverture internationale qui est menée à travers une mise en lumière des facteurs saillants qui ont contribué, depuis la Seconde Guerre mondiale, à modeler le phénomène tel qu’il apparaît aujourd’hui. L’analyse est historique, politique, géopolitique, historique et sociale et met en lumière une évolution, pas nécessairement linéaire, pas nécessairement exempte de coups d’arrêt, voire de reculs. Dans un second temps, c’est au renouvellement des théories de l’échange international que l’on va s’attacher. Les transformations intervenues dans l’ouverture internationale remettent profondément en cause les théories de l’échange international héritées du XIXème siècle. C’est cette évolution que dresse l’auteur avec, et cela fait une différence importante comparé aux manuels plus « classiques », une approche pluridisciplinaire qui mobilise l’économie internationale, l’économie industrielle, la stratégie, le marketing international… Dans un troisième temps, c’est le modèle PREST qui est présenté. Ce modèle permet d’analyser de manière dynamique l’évolution de l’environnement des espaces de référence visés par l’organisation qui cherche à définir (ou à redéfinir) sa stratégie d’internationalisation. Ce troisième temps constitue en fait une grille de lecture des trois autres chapitres de cette partie. Le chapitre 2 (à l’articulation du macroéconomique et du mesoéconomique) va s’attacher à apprécier la dynamique internationale des territoires. Au sens large, c’est un questionnement sur le positionnement des territoires dans ce nouvel environnement international, largement décloisonné, comme mis en lumière dans le premier chapitre. La proximité géographique des territoires ne suffit plus. Des paramètres très nombreux influent sur l’évolution de leur rôle. Ce constat va permettre de mettre en évidence plusieurs éléments qui conditionnent cette dynamique internationale des territoires. C’est tout d’abord une volonté d’identifier les déterminants de la dynamique d’ouverture de ces territoires. Les développements de cette première section permettent une analyse très intéressante autour de l’alternative protection (avec ses nouveaux visages) ou promotion. L’adoption d’une attitude proactive sera l’une des clés importantes de cette attractivité. C’est ensuite une interrogation sur les bases d’une démarche active de 3. L’espace ici limité ne permet pas de rendre pleinement compte de l’analyse. Le lecteur se référera aux développements consacrés au 167 positionnement des territoires et d’orientation géographique des organisations qui sont examinées. La question ici posée est, partant des différentes pressions externes susceptibles d’affecter leur attractivité, et donc leur devenir, quels sont les enjeux auxquels les territoires auront à faire face ? Un croisement entre deux axes permettra de mesurer d’une part leur niveau de « résilience » (c’est-à-dire la capacité du territoire à résister à l’instabilité et aux chocs conjoncturels, conjugués à la continuité de la gouvernance politico-économique et à la cohésion sociale), d’autre part leur niveau de « ressources » (c’est à dire ce dont ils disposent pour développer des infrastructures)3. C’est enfin, une analyse des risques potentiels qui affectent ou sont susceptibles d’affecter ces territoires. Du niveau macroéconomique des macrorisques, on passera au niveau microéconomique des microrisques. Le chapitre 3 est le niveau mesoéconomique. C’est celui de l’activité, le secteur ou l’industrie dans lequel opère chaque organisation. La démarche plus haut évoquée se poursuit. À la dimension géographique abordée au chapitre 2, vient s’ajouter la dimension sectorielle. L’élément est indispensable à la prise en compte de l’environnement par l’organisation qui s’engage dans une démarche d’internationalisation. D’emblée, le cas introductif, consacré au secteur du vin en Argentine, pose les grandes pistes de réflexion : les contours de l’espace de référence au sein duquel les acteurs se meuvent et ont à prendre des décisions qui combinent le géographique et le sectoriel; comment se déployer à l’international (collectivement ou non) ? Comment mesurer ou observer le comportement des autres acteurs du secteur ? Il en découle naturellement trois développements dans ce chapitre. Le premier développement est consacré à la portée de la distinction « global/local » dans la définition des activités. La question (ou plutôt la réponse à la question) est celle de la détermination du potentiel d’internationalisation de toute activité. La grille « global/ local » présentée par l’auteur ainsi que le Repère 3.1. qui y sont consacrés le mettent bien en évidence. Au-delà de cette identification du potentiel d’internationalisation, le développement passe en revue les caractéristiques des activités à dominante globale, à dominante locale et le cas des industries mixtes. De nombreux exemples, appuyés sur une littérature reconnue en management international, émaillent cette section qui se termine par le positionnement consécutif des activités et des acteurs. Le deuxième développement est consacré à la dynamique internationale des secteurs : facteurs de mutation intra-sectoriel. Les mutations permanentes de l’environnement viennent compléter la réflexion sur le positionnement « global/local ». Ce sont ici les évolutions du commerce croisé intra-branche et intra-zone qui sont concernées. C’est l’occasion, entre autres, d’un retour intéressant sur les limites, mises en évidence au chapitre 1, des théories classiques de la spécialisation et d’intéressants modèle 4 x i pp. 111 et s. 168 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) moments sur les théories « éclectiques » (sur lesquelles il sera revenu au chapitre suivant). Bien évidemment, cette remise en cause de la spécialisation internationale ne se limite pas au constat théorique, mais s’appuie sur des exemples pratiques. Des enjeux qui sont évoqués dans le chapitre (et dans les chapitres précédents) découlent les leviers stratégiques mobilisables par les organisations, ce qui est l’objet du chapitre suivant. Le chapitre 4 est le niveau microéconomique. C’est celui de la dynamique internationale des organisations et de ses déterminants. Pour mettre en évidence cette dynamique d’internationalisation des organisations, le cas introductif choisi est celui de l’entreprise chinoise Huawei qui montre bien les nouvelles dimensions de la dynamique d’internationalisation des organisations : fruit, dans ce cas, de la dynamique de croissance de son pays d’origine, de l’appui des parties prenantes, de l’explosion du secteur d’activité comme de sa très rapide diffusion géographique. Là encore, le chapitre va s’appuyer sur constat pour successivement aborder les logiques du développement international des organisations, les déterminants de ces dynamiques d’internationalisation et les leviers stratégiques utilisables. L’examen des logiques du développement international des organisations va permettre de faire le point sur les évolutions de la réflexion théorique face aux transformations de l’environnement international. Avec toujours la même démarche : une analyse serrée des évolutions théoriques, des questionnements proposés au lecteur et des exemples pratiques (l’exemple de la born global française Archos est particulièrement révélateur). Avec les développements consacrés aux déterminants internes et externes de la dynamique d’internationalisation des organisations, l’auteur envisage d’abord les incitations au développement des organisations (tant internes – recherche de ressources, recherche de débouchés, recherche d’efficacité, recherche d’actifs – qu’externes – effet de grand marché, opportunité des zones de proximité, effet de diffusion des IDE, appui de l’État –). Il envisage ensuite le processus de développement international des organisations. Les grandes questions sont ici revisitées : découpage en phases du développement international, développement concentrique, éclaté, accéléré. Le chapitre se termine sur une analyse des réponses internes de l’organisation aux mutations de l’environnement international. C’est l’identification des leviers sur lesquels il conviendra d’agir (levier d’amélioration de la rentabilité, levier d’adaptation et d’organisation des structures, levier d’innovation), autant que faire se peut et dans l’espace de référence que l’organisation concernée envisage. 4. Qui dans la même logique que celle de la première partie, correspond au déroulé des chapitres. L’audit d’internationalisation des organisations. Cette partie est le temps de la décision. L’auteur va ici rester fidèle à la démarche en entonnoir annoncée dès l’introduction, du niveau macroéconomique au niveau mesoéconomique et au niveau microéconomique4. Les quatre chapitres composant cette partie mobilisent les modèles, grilles développées dans la première partie en introduisant parallèlement des outils et concepts nouveaux. On passera de la structuration de la démarche d’audit d’internationalisation (chapitre 5) à l’analyse de l’activité dans l’espace de référence (chapitre 6), au diagnostic et formulation de la stratégie d’internationalisation (chapitre 7) et à la mise en œuvre de la stratégie d’internationalisation (chapitre 8). Le chapitre 5 a le triple objectif de présenter les étapes de la démarche d’audit d’internationalisation, de mettre en avant les caractéristiques clés de l’organisation à auditer afin de comprendre les spécificités de son « modèle d’affaire international » et d’identifier les problématiques internationales auxquelles elle se trouve confrontée. Un premier développement est consacré aux étapes de la démarche d’audit d’internationalisation. Il va s’agir pour l’organisation concernée de suivre un processus structuré que l’auteur détaille5 et qui a pour objectif de recenser en permanence les différents éléments issus des transformations de l’environnement et de les intégrer dans le processus de décision stratégique. Tous les niveaux de l’organisation seront impactés. Il s’agira de réagir, d’anticiper pour s’adapter aux contraintes et tirer parti des opportunités qui ressortiront de l’analyse de ces éléments contextuels. Dans cette partie consacrée à la démarche d’audit d’internationalisation, l’auteur évoque successivement la succession des étapes de cet audit puis la constitution d’un système de veille ou d’intelligence économique. Le deuxième développement est consacré au passage du « modèle d’affaire international » aux problématiques d’internationalisation et à la détermination de l’espèce de référence. Cette analyse du « modèle d’affaire international » a pour but, en introduction à l’audit d’internationalisation, de mettre en avant les caractéristiques majeures de l’organisation, et ce dans une perspective dynamique. C’est ensuite que l’on pourra dégager sa logique d’internationalisation, tant passée que future ainsi que les problématiques qui l’affectent ou sont susceptibles de l’affecter. La démarche est déclinée en trois temps : les différentes dimensions du « modèle d’affaire international » : quatre dimensions sont concernées : économique, techniques, juridico-financières, sociales et sociétales; l’approche chronologique de l’internationalisation : il va s’agir de faire ressortir les principales étapes de la trajectoire de l’organisation; et la mise en évidence des problématiques prioritaires (ce sont celles auxquelles aura a répondre prioritairement) et l’espace de référence et/ou d’expansion 5. Le cadre, nécessairement limité de cette note de lecture ne permet pas d’entrer dans le détail de la démarche. Le lecteur se référera aux pp.281 et s. Stratégies d’internationalisation. Nouveaux enjeux d’ouverture des organisations, des activités et des territoires à envisager (c’est l’espace dans lequel l’audit devra être mené afin de répondre aux problématiques dégagées). Le chapitre 6 est consacré à l’analyse de l’activité dans l’espace de référence. L’objectif est de procéder à une analyse méthodique et dynamique de l’espace géo-sectoriel considéré. Seule cette démarche permettra à la fois d’évaluer le potentiel et les conditions de développement d’une entité et de la positionner par rapport à ses concurrents dans un cadre donné en lui permettant d’anticiper les évolutions, ce qui lui permettra de prendre les bonnes décisions stratégiques. C’est cette logique qui structure le chapitre. Elle débute par l’analyse des lignes de force dans l’espace géo-sectoriel considéré. Le but à ce niveau est d’évaluer le niveau d’homogénéité et d’attractivité du domaine étudié. Elle se poursuit par le positionnement concurrentiel. Elle se termine par le développement des voies d’évolutions stratégiques. L’auteur le précise, on est dans une analyse sectorielle ou concurrentielle assez classique en stratégie, mais, et c’est l’un des intérêts du chapitre, elle doit systématiquement prendre en compte la dimension internationale en fonction de l’approche retenue. Le chapitre 7 aborde le diagnostic et la formulation de la stratégie d’internationalisation. Après la phase externe menée dans l’espace de référence, on passe de manière classique à une analyse interne (mais en ayant en tête les remarques qui terminent l’analyse du chapitre 6). Le cas introductif utilisé, Comin Asia, est particulièrement révélateur des questions abordées dans ce chapitre, mais au sens plus large dans la partie concernée. Le chapitre s’inscrit dans la logique des étapes de l’audit d’internationalisation. Avec une première étape consacrée au diagnostic international de l’organisation. Ici encore, l’utilisation de Comin Asia permet de souligner certaines particularités des économies à croissance rapide. La deuxième étape est consacrée à la formulation de la stratégie d’internationalisation à travers d’abord la mise en évidence des orientations majeures dans l’espace de référence et ensuite la formulation de la stratégie d’internationalisation dans l’espace de référence. Le chapitre 8 qui termine l’ouvrage est consacré à la mise en œuvre de la stratégie d’internationalisation. On est à l’issue d’un processus d’audit qui va aborder deux questions essentielles : celle de la dynamique des modes d’approche et l’évolution des schémas organisationnels et, l’intégration de la composante culturelle. Bien évidemment, ces deux questions principales sont sous-tendues par d’autres questions. Elles sont également conditionnées par un suivi et un contrôle permanent de la mise en œuvre de la stratégie d’internationalisation. S’agissant de la dynamique des modes d’approche, la double question est celle de la finalisation des localisations cibles et celle du choix des modes d’entrée et de l’évolution des modes de présence. La deuxième question dans ce chapitre est celle de l’évolution des schémas organisationnels et l’intégration de la composante culturelle. Le cas introductif qui sert de fil rouge à ce chapitre est profondément marqué de cette composante 169 culturelle. C’est là encore, selon la méthode de l’auteur un cheminement incessant entre situations concrètes, prescriptions et retours sur les grands travaux académiques. Conclusion Les lecteurs de cette note en sont maintenant convaincus. L’auteur de ces lignes a été extrêmement séduit par la lecture de l’ouvrage de Jean-Paul Lemaire. Tout auteur sait que dans la démarche intellectuelle de construction d’un ouvrage, puis dans sa réalisation, il y a deux contraintes souvent difficilement conciliables. Celle tout d’abord de faire le tour d’une question, d’un domaine, vaste, technique, et en l’occurrence totalement changeant, tellement mouvant, tellement turbulent. Celle ensuite de rendre l’ouvrage séduisant, accessible et lisible par tous. Jean-Paul Lemaire réussit avec brio à concilier ces deux contraintes. Par là même cette édition de « stratégie d’internationalisation » a vocation à un intéresser un très large public. Parmi les nombreuses qualités de l’ouvrage, elles ont été soulignées, il y a cette poursuite permanente, à chaque chapitre, à chaque développement d’une logique intellectuelle annoncée dès le début de l’ouvrage. C’est certainement cette maturité de la réflexion qui conduit à son caractère pédagogique. SÉLECTION DU RÉDACTEUR Face à la montée en puissance des économies à croissance rapide, les économies matures apparaissent sur la défensive, et ont à relever plusieurs grands défis qui conduisent à dessiner les nouveaux champs du Management International. Cet ouvrage analyse particulièrement trois défis incontournables en alliant concepts théoriques et observations de terrain. La première partie présente le défi du redéploiement international face aux bouleversements d’un nouvel environnement décloisonné et à la nécessaire prise en compte du poids accru de l’offre et de la demande émanant des économies émergentes. Les organisations - quelles que soient leur taille et leur origine -, confrontées à la montée de la concurrence et de l’instabilité, accèdent, en effet, à des marchés comme à des facteurs de production précédemment hors de portée, sans avoir, pour autant, de garantie de conserver leurs positions acquises. La deuxième partie aborde le défi de l’adaptation organisationnelle, facilitée par l’efficacité des moyens de communication et de la circulation de l’information, qui poussent à reconsidérer leur chaîne d’approvisionnement et de production, leur approche marketing d’ensemble, comme son adaptation à chaque contexte géographique, leurs outils comptables, leurs circuits financiers, leurs modes de recrutement, comme la gestion de leurs équipes dans un cadre géographique élargi. La troisième partie développe le défi de l’interaction culturelle. Les bouleversements en cours, intensifiant et diversifiant les relations entre cultures, conduisent les acteurs à rechercher une meilleure maîtrise des implications culturelles des dynamiques d’internationalisation des acteurs et de leur mise en œuvre à une échelle élargie. L’interaction des cultures se pose, dès lors, de manière plus prégnante, au sein d’un nombre croissant d’organisations de toutes origines, de manière permanente et omniprésente. Le Management International à l’écoute du local, Ulrike Mayrhofer et Philippe Very (sous la direction de), Gualino/Lextenso, collection « Management interna tional », 2013. La globalisation se manifeste comme une dynamique qui dessine des convergences tangibles et intangibles à l’échelle planétaire : elle rapproche producteurs et consommateurs; elle encourage le dialogue entre régulateurs nationaux et internationaux; elle tend à abolir les frontières physiques et mentales, en s’appuyant sur des moyens de communication, de traitement et de transmission de l’information qui laissent entrevoir un « village mondial » en voie de constitution. Mais ce village est encore en gestation et la confrontation des organisations aux particularités locales souligne des réalités contrastées, contradictoires, suscitant des processus d’ajustement, mais aussi des blocages et des conflits. Les organisations opérant sur la scène internationale doivent trouver les moyens de gérer ces forces divergentes émanant, d’une part, des pressions globales et, d’autre part, d’un éventail de pressions locales relevant de la variété de leurs théâtres d’opération. Cet ouvrage collectif traite de la gestion de ces tensions entre global et local : les contributions s’appuient sur de multiples exemples d’organisations de toute taille, qu’elles soient entreprises privées, acteurs publics ou organisations non gouvernementales. La partie 1 est consacrée à la localisation géographique des investissements, et traite en particulier des motivations et du choix des pays et des modes d’implantation. La partie 2 porte sur l’organisation et le contrôle des activités locales et les questions managériales qui sont liées à ces deux éléments clés du management international. La partie 3 aborde la problématique de l’intégration des pratiques locales au sein des entreprises internationalisées, notamment au niveau de la gestion des ressources humaines et de la responsabilité sociétale des organisations. Fusions-Acquisitions : stratégie, finance, management, Olivier Meier et Guillaume Schier, 4e éd., Dunod, 2012. Les fusions-acquisitions sont des opérations de regroupement ou de prises de contrôle d’entreprises cibles, réalisées par l’intermédiaire d’un achat ou d’un échange d’actions. Elles concernent aussi bien les grands groupes que les petites et moyennes entreprises devant faire face à des problèmes de croissance (développement international) ou de succession. Pourtant, en dépit de leur rôle dans l’économie mondiale, ces opérations enregistrent des résultats décevants dans près de 50 % des cas, notamment dans le cas de fusionsacquisitions internationales compte tenu des problèmes de distances culturelles et géographiques. Ce livre entend par conséquent mieux cerner les logiques économiques et financières qui sous-tendent ces politiques de rapprochements et s’interroger sur les critères de performance dans un contexte de concurrence internationale. Ces interrogations débouchent sur l’analyse des enjeux et des risques inhérents aux différentes phases du processus de croissance externe. Cette nouvelle édition entièrement actualisée met l’accent sur les étapes critiques d’une opération de fusion-acquisition, de la phase de préparation à sa mise en œuvre opérationnelle. Les auteurs apportent un éclairage précis sur les facteurs de réussites et d’échecs de ces manœuvres à partir d’une démarche © MI 2013 Nouveaux défis du management international, Valentina Carbone, Sophie Nivoix et Jean-Paul Lemaire (sous la direction de), Gualino/Lextenso, collection « Management international », 2013. 171 rigoureuse et solidement étayée. De nombreux exemples et schémas illustrent les thèmes traités (croissance, synergies, taille critique, distance culturelle et géographique…) et plusieurs études de cas approfondies viennent mettre en lumière la complexité stratégique et organisationnelle de ces opérations. Cet ouvrage offre ainsi une présentation globale du traitement des fusions-acquisitions internationales, à la fois sous un angle théorique et pratique, en proposant une synthèse des connaissances sur le sujet dans les domaines de la stratégie (motivations, sélection, négociation), de la finance (évaluation et montages financiers) et du management (politique d’intégration). Ce livre se révèle par conséquent un guide utile et pratique pour les dirigeants qui souhaitent initier une politique de fusions-acquisitions internationales, pour les cadres et managers amenés à vivre la réalité culturelle et sociale de ces rapprochements et pour l’ensemble des étudiants désireux de mieux comprendre les stratégies de croissance des entreprises. This book examines innovation in a digital world. Nowadays, innovation and IT are intertwined. In order to understand how, this book addresses strategic and operational aspects of R&D and new product development, taking an interdisciplinary view of innovation in an international and digital world. The introduction develops a systemic view of innovation in this context and explains the choice of disciplines the editors chose to include in this book. From the discussions in this book, the editors identify four themes that emerge at the intersection of innovation and IT, especially in the international context. These themes are: knowledge management, configurational design, distance matters and diversity of agents and behaviors. From an economics and strategic management perspective, its first chapters deal with degree of openness, distance and specialization, and examine innovative performance in terms of patents, mergers-acquisitions and exports. The second part takes a configurational approach, either at a theoretical level for general design, or in a managerial way for implementing Product Lifecycle Management (PLM) systems. It also treats how communities of practice and PLM use in co-developed projects with China influence coordination, reliability and productivity. In the third part, which considers the operational level, the issues of diversity and distance are addressed more specifically and in an international context. The final chapter offers a perspective on knowledge accumulation and value in NPD projects. The conclusion proposes new avenues for research which should only be interpreted as indicative of the unlimited and probably very enduring richness of research questions relevant to innovation and information systems in an international context. © MI 2013 IT-enabled R&D in an international context, Frantz Rowe et Dove Te’eni (sous la direction de), Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014. 172 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Bruno Amann est professeur en sciences de gestion à l’Université Paul Sabatier de Toulouse (France). Il est le directeur du laboratoire « Gouvernance et Contrôle Organisationnel » de cette université. Il a publié plusieurs contributions dans des revues internationales sur les entreprises familiales, la gouvernance d’entreprise et le management international. Publications les plus récentes : International Journal of Human Resources Management (2013), Asia Pacific Business Review (2011, 2012), Journal of Transition Economies (2010), Ebisu (2010), Journal of Family Business Strategy (2010), et Family Business Review (2008). Plus d’informations : http://bruno-amann.fr Jacques Jaussaud est professeur des universités en sciences de gestion à l’UFR Droit, Economie, Gestion de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Il est directeur du Centre de Recherche et d’Etudes en Gestion (CREG, EA 4580). Ses recherches portent principalement sur l’organisation et le contrôle au sein des multinationales européennes et japonaises, ainsi que sur leurs pratiques de gestion des ressources humaines. Il a codirigé plusieurs ouvrages chez Palgrave et Chandos, et deux numéros de revues, Journal of the Asia Pacific Economies en 2001, et Asian Business and Management en 2012. Il a publié de nombreux articles en revues francophones (Revue Française de Gestion, Revue Française de Gestion des Ressources Humaines, Management et Avenir, Finance-Contrôle-Stratégie, entre autres) et anglo-saxonnes (Journal of the Asia Pacific Economies, Asia Pacific Business Review, Asia Business and Management, Journal of International Management, Journal of International Human Resource Management, etc.). Ulrike Mayrhofer est professeur des universités en sciences de gestion à l’IAE Lyon, Université Jean Moulin Lyon 3. Elle est directeur du centre de recherche Magellan (EA 3713) où elle anime l’axe de recherche « Management international ». Vice-présidente d’Atlas/AFMI – Association Francophone de Management International, ses travaux portent principalement sur les stratégies d’internationalisation des entreprises. Elle a écrit plusieurs ouvrages - dont « Le management des firmes multinationales », Vuibert, 2011 (éd.) et « Management international. Des pratiques en mutation », Pearson Education, 2011 (avec Sabine Urban, Prix de l’Académie des Sciences Commerciales 2012) – ainsi que de nombreux articles publiés dans des revues comme European Management Journal, European Management Review, Finance-Contrôle-Stratégie, International Business Review, M@n@gement, Management International et Revue Française de Gestion. Mohit Anand est professeur assistant en management international et directeur du ‘Centre for Emerging Markets’ à FORE School of Management, New Delhi. Il est également professeur visitant à EMLYON Business School, campus en Chine et en France. Ses intérêts de recherche résident à l’intersection des études sur l’innovation, les marchés émergents et la Base de la Pyramide, donc dans les champs plus larges de la stratégie et du management international. Avant ses cinq années d’expérience dans le monde académique, il a travaillé six ans comme consultant dans l’industrie de l’assurance. Philippe Monin est professeur titulaire de la Chaire TOUPARGEL en management stratégique, et directeur général délégué en charge de la recherche à EMLYON Business School, France. Ses intérêts de recherche sont éclectiques et portent sur les processus post-intégration dans les fusions et acquisitions, la construction des marchés à la Base de la Pyramide, les processus de rattrapage dans les marchés internationaux, les institutions et les mouvements sociaux, et les marchés de l’opinion critique. Ses travaux les plus récents (2013) ont été publiés dans Academy of Management Journal et Human Relations. Christoph Barmeyer est professeur à l’Université de Passau et titulaire de la chaire de communication interculturelle. Il est membre des comités de rédaction de revues scientifiques comme Management International, Gestion et Revue de Gestion des Ressources Humaines (RGRH). Ses principaux intérêts de recherche portent sur la gestion interculturelle et comparative (notamment le management franco-allemand), les cultures organisationnelles et le transfert international, les aspects institutionnels et culturels des systèmes économiques. Il est auteur et co-auteur de nombreux ouvrages et articles dans le domaine de la gestion interculturelle et franco-allemande. Eric Davoine est professeur de gestion des ressources humaines et de l’organisation à l’Université bilingue de Fribourg en Suisse. Il est vice-président de l’Association des francophones de chercheurs en GRH (AGRH), et membre des comités des plusieurs revues scientifique comme la Revue GRH, International Journal of Organizational Analysis (Emerald), @ GRH, Management International. Eric Davoine a publié plusieurs ouvrages et articles dans le domaine du management franco-allemand, le transfert international des pratiques de GRH dans les multinationales, la mobilité internationale et l’internationalisation des profils de managers en Europe. Carole Jean-Amans Maître de Conférences en Sciences de Gestion – Université de Toulouse III Laboratoire de Gouvernance et de Contrôle Organisationnel (LGCO) 129 A, avenue de Rangueil - 31077 TOULOUSE Cedex 4 [email protected] Mahamat Abdellatif Maître de Conférences en Sciences de Gestion Université de Toulouse – Université Sabatier – IUT A Laboratoire de Gouvernance et de Contrôle Organisationnel (LGCO) 129 A, avenue de Rangueil - 31077 TOULOUSE Cedex 4 [email protected] ISTA – CEMAC B.P. 3910 LIBREVILLE (Gabon) 173 Notes bibliographiques Virginie Vial, PhD en Histoire Economique, London School of Economics (2005), est Professeure Associée en Economie du Développement et Entrepreneuriat à Kedge Business School. Ses recherches portent sur les interactions entre les institutions, l’entrepreneuriat, la performance des firmes, et la croissance économique. Frédéric Prévot est professeur associé de stratégie à Kedge Business School. Il a obtenu son Doctorat en Sciences de Gestion à l’Université Aix-Marseille et son Habilitation à Diriger des Recherches à l’Université Lyon III. Il a suivi l’International Teachers Program à l’IMD (Lausanne, Suisse). Ses recherches portent sur les relations inter-organisationnelles (alliances et joint-ventures) et le management des ressources et compétences. Antonella Zucchella est professeur de Marketing à l’Université de Pavie en Italie, directeur du département d’Economie et de Gestion à l’Université de Pavie ainsi que Président du Centre de Recherche en Gestion et Economie International (CIBIE, Université de Pavie). A part son intérêt pour l’Entreprenariat International, ses recherches se centre aussi sur les PME et leur processus d’internationalisation, les régions industrielles et les groupes High Tech. [email protected] Via San.Felice 5, 27100 Pavie- ITALIE Diala Kabbara est professeur en Entreprenariat International et en Finance de Nouvelles Entreprises à l’université de Pavie, Italie. Chercheuses adjoint dans le Centre de Recherche d’Affaires et d’Economie International à l’université de Pavie, elle obtient en 2008 son doctorat en Gestion à l’Université de Pavie. Ses intérêts de recherches sont : l’Entreprenariat International, le processus d’internationalisation des petites entreprises, le réseau des nouvelles entreprises internationales, l’internationalisation du High Tech et les Petites Entreprises à Savoir Intensif. [email protected] Via San.Felice 5, 27100 Pavie- ITALIE Olivier Lamotte est professeur à l’ESG Management School, dont il dirige le département de recherche « Performances économiques et financières ». Il enseigne les stratégies d’internationalisation des entreprises. Titulaire d’un doctorat de l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, ses travaux de recherche portent sur l’internationalisation et l’innovation des entreprises. Il est lauréat du prix du meilleur article de la conférence 2012 de l’Association Francophone de Management International (Atlas-AFMI). Franck Barès est professeur agrégé à HEC Montréal (Canada). Docteur en Sciences de Gestion, ses recherches et enseignements s’inscrivent dans le champ de l’entrepreneuriat et plus particulièrement de l’accompagnement à la création d’entreprise à fort potentiel de croissance. Il a été responsable du Département Stratégie et Entrepreneuriat d’ICN Business School (Nancy – France) et chargé de la valorisation et du transfert des activités de recherche pour le laboratoire CEREFIGE (Centre Européen de Recherche en Economie Financière et Gestion des Entreprises). Thomas Froehlicher est Directeur Général & Doyen de HEC-Ecole de Gestion de l’Université de Liège. Professeur Agrégé des Universités, Docteur en Sciences de Gestion et diplômé en Sociologie, il est titulaire de la Chaire Accenture “Sustainable Strategy”. Son expertise porte sur la gouvernance de l’innovation et de la créativité entre management, ingénierie et art/design. Il fut Délégué Général d’ARTEM Nancy - Art, Technologie & Management - fédérant trois Universités au croisement de la création artistique et du design, des sciences et des technologies, du management et de l’entrepreneuriat. Il a publié de nombreux articles et ouvrages dont Design Organisationnel et métamorphose des organisations, et Working Spaces in Art, Science and Business. Ana Colovic est professeur de management international et de stratégie et responsable du pôle de recherche « Entrepreneuriat et innovation » à Neoma Business School. Docteur en Sciences de Gestion de l’Université Paris Dauphine, elle est habilitée à diriger des recherches. Elle a publié plusieurs travaux de recherche en stratégie, en management international et en entrepreneuriat. Elle est lauréate du prix du meilleur article de la conférence 2012 de l’Association Francophone de Management International (Atlas-AFMI). Caroline Hussler est professeur des universités en sciences de gestion à l’IAE de Lyon et chercheur au Centre Magellan (Université Jean Moulin, Lyon 3). Ses travaux de recherche - qui portent sur les stratégies d’innovation ouverte et leurs logiques spatiales - ont été publiés dans de nombreuses revues nationales et internationales. [email protected] Centre Magellan, IAE, Université Jean Moulin, Lyon 3, 6 cours Albert Thomas, F- 69008 LYON cedex, France 174 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Paul Muller est docteur de sciences économiques et est actuellement maître de conférences à AgroSup Dijon. Ses recherches analysent les déterminants des coopérations dans les clusters industriels. [email protected] 1.INRA, UMR1041 CESAER, F-21000 Dijon, France 2.AgroSup Dijon, UMR1041 CESAER, F-21000 Dijon, France 3.GRAICO, IUT de Mulhouse, Université de Haute Alsace, F-68000 Mulhouse, France Patrick Ronde est maître de conférences HdR en Sciences Economiques la faculté de sciences économiques et de gestion de l’université de Strasbourg et membre du laboratoire BETA. Il a publié de nombreux articles en économie de l’innovation, économie géographique, mais aussi sur la perception et l’analyse des risques technologiques. BETA (Bureau d’Économie Théorique et Appliquée), UMR 7522 du CNRS, Pôle Européen de Gestion et d’Économie, Université de Strasbourg, 61 avenue de la Forêt-Noire, 67085 STRASBOURG Cedex (France), Téléphone : (33). 03.68.85.21.94 [email protected] 175 Biographical Notes Bruno Amann is Professor in Management Sciences at the University Paul Sabatier of Toulouse (France). He is the Director of the “Governance and Organizational Control” Research team of that University. He has published several contributions in leading academic journals on family business, corporate governance, and international management. AMANN’s most recent publications have been released International Journal of Human Resources Management (2013), Asia Pacific Business Review (2011, 2012), Journal of Transition Economies (2010), Ebisu (2010), Journal of Family Business Strategy (2010), et Family Business Review (2008). For more information, see: http://bruno-amann.fr Jacques Jaussaud is Professor in Management Sciences at the Faculty of Law, Economics and Management at the University of Pau (Université de Pau et des Pays de l’Adour). He is director of the CREG Research Team in Management. His research focuses on the organization and control of European and Japanese multinationals, particularly as regards Human Resources Management. He co-edited books for Palgrave and Chandos, and two issues of journals, Journal of the Asia Pacific Economies in 2001, Asian Business and Management in 2012. He has published numerous articles in French journals (Revue Française de Gestion, Revue Française de Gestion des Ressources Humaines, Management et Avenir, Finance-Contrôle-Stratégie, among others) and in international journals (Journal of the Asia Pacific Economies, Asia Pacific Business Review, Asia Business and Management, Journal of International Management, Journal of International Human Resource Management, etc.). Ulrike Mayrhofer is a University Professor of Management at IAE Lyon (Institut d’Administration des Entreprises), Jean Moulin Lyon 3 University. She is the Director of the Magellan Research Centre (EA 3713), where she leads the international management team. Vice-President of Atlas/AFMI – Association Francophone de Management International, her work mainly focuses on internationalization strategies of companies. She has written several books, including “Le management des firmes multinationales” (ed., Vuibert, 2011; “Management of Multinational Companies. A French Perspective”, ed., Palgrave Macmillan, 2013) and “Management international. Des pratiques en mutation” (Pearson Education, 2011, with Sabine Urban, Prize of ‘Académie des Sciences Commerciales’ 2012), and numerous articles published in journals such as European Management Journal, European Management Review, Finance-ContrôleStratégie, International Business Review, M@n@gement, Management International and Revue Française de Gestion. Mohit Anand is an Assistant Professor in international Business and Prof.-in-charge ‘Centre for Emerging Markets’ at FORE School of Management, New Delhi. He is also a visiting faculty at EMLYON Business School Campus in China and France. His research interest lies at the intersection of innovation, emerging markets and Bottom-of-the-Pyramid studies, therefore touching upon the broad fields of strategy and international business. Prior to his five years of experience in academia, he worked for six years as a senior consultant in the insurance industry. Philippe Monin is the TOUPARGEL Chair Professor of Strategic Management and Vice-President, Research at EMLYON Business School, France. His eclectic research interests focus on post-integration processes in mergers and acquisitions, market-building in BoP markets, catch-up processes in international markets, institutions and social movements, and markets for critical opinion. His most recent publications (2013) have appeared in Academy of Management Journal and Human Relations. Christoph Barmeyer is Full Professor at the University of Passau and holds the Chair for Intercultural Communication. He is a member of editorial boards committees of scientific journals as Management International, Gestion and Revue de Gestion des Ressources Humaines (RGRH). His main research interests are in Intercultural and Comparative Management (especially French-German Management), Organizational Culture and International Transfer, Comparative Institutional and Cultural Aspects of European Business Systems. He has authored and co-authored several books and articles in the field of Intercultural and French-German Management. Eric Davoine is Full Professor of Human Resource Management and Organization at the bilingual University of Fribourg in Switzerland. Eric Davoine is Vice-President of the Association of French speaking HRM Researchers (AGRH), and a member of editorial boards/scientific committees of Revue GRH, International Journal of Organizational Analysis (Emerald), @grh, Management International. Eric Davoine has published several books and articles about French-German Cross-cultural Management, transfer of HRM practices within German, French and US multinational companies, international mobility and about the globalization of national top manager profiles in Europe. Carole Jean-Amans Associate Professor in Management – University of Toulouse III LGCO Research Team 129 A, avenue de Rangueil - 31077 TOULOUSE Cedex 4 [email protected] Mahamat Abdellatif Associate Professor in Management University of Toulouse – University Paul Sabatier – IUT A LGCO Research Team 129 A, avenue de Rangueil - 31077 TOULOUSE Cedex 4 [email protected] ISTA – CEMAC B.P. 3910 LIBREVILLE (Gabon) 176 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Virginie Vial, PhD in Economic History, London School of Economics (2005), is Associate Professor in Development Studies and Entrepreneurship at Kedge Business School. Her research focuses on the interactions between institutions, entrepreneurship, firms performance, and economic growth. Frédéric Prévot is associate professor in strategy at Kedge Business School. He obtained his PhD at Aix-Marseille University and his HDR (Qualification to supervise doctoral dissertations) at Lyon University. He is an alumnus of the International Teachers Program at IMD (Lausanne, Switzerland). His research interests include inter-firm relationships (alliances and joint-ventures), competence-based management and resource-based theory. Antonella Zucchella is Full Professor of Marketing at the University of Pavia, Italy. Director of the Department of Economics and Management at the university of Pavia, President of the Centre of Research in International Business and Economics (CIBIE, University of Pavia). Besides her interest in international Entrepreneurship, her research activities focus on SMEs internationalisation processes; industrial districts and high tech clusters. [email protected] Via San.Felice 5, 27100 Pavia- ITALY Diala Kabbara is professor in International Entrepreneurship and new Ventures Finance at the University of Pavia, Italy. She is an assistant researcher in the Centre of Research in International Business and Economics (CIBIE, University of Pavia). In 2008, She obtained her PhD degree in Business Administration from the University of Pavia. Her research interests are: International Entrepreneurship, internationalization’s process of small firms, network of International New Ventures, the internationalization of High-tech and knowledge intensive firms. [email protected] Via San.Felice 5, 27100 Pavia- ITALY Olivier Lamotte is professor of International business and the head of the Research Department “Economic and Financial Performances” at ESG Management School (Paris, France). He holds a Ph.D. from the University of Paris 1 Pantheon Sorbonne. His research interests include internationalization and innovation of firms. In 2012 he won the best paper award at the 2012 Conference of the French Association of International Management (ATLAS-AFMI). Franck Barès is an associate professor at HEC Montréal (Canada). He holds a Ph.D. in management science, and his research and teaching interests are in the field of entrepreneurship, with particular emphasis on support frameworks for enterprise creation with a strong potential for growth. In the past, he has been the head of the Department of Strategy and Entrepreneurship at the ICN Business School (Nancy, France), and he has also been in charge of research development and knowledge transfer at the CEREFIGE (Centre Européen de Recherche en Economie Financière et Gestion des Entreprises). Thomas Froehlicher is dean and Director general of the Liège University School of Management (HEC-ULg). He is a university professor, has a PhD in management sciences and a licence in sociology, and holds the Accenture chair in sustainable strategy. His research, publications and expertise relate to new ways of introducing innovation, namely the strategic network between management, engineering and art/design. He was general delegate at ARTEM Nancy – Art, Technology and Management (FR), which groups three universities at the crossroads of artistic creation and design; science and technology; management and the entrepreneurial world. He has published a series of articles and books on the field: Design organisationnel et métamorphose des organisations and Working Spaces in Art; Science and Business. Ana Colovic is Professor of International management and strategy and the Head of the “Entrepreneurship and Innovation” research group at Neoma Business School. She holds a PhD from the university of Paris Dauphine. She conducts research in the fields of International business, Strategy and Entrepreneurship. She won the Best paper award at the annual conference of the Association Francophone de Management International (AtlasAFMI) in 2012. Caroline Hussler is Professor of Management at IAE Lyon and member of the Magellan Research Center (Jean Moulin, Lyon 3 University). Her main research interests lie in the determinants of territorial innovation and the stakes of social network building. Her works have been published in major international journals such as Research Policy, International Journal of Technology Management, Technological Forecasting and Social Change, Regional Studies, etc. [email protected] Centre Magellan, IAE, Université Jean Moulin, Lyon 3, 6 cours Albert Thomas, F- 69008 LYON cedex, France Biographical Notes Paul Muller holds a PhD in Economics and is currently an Associate Professor at AgroSup Dijon. His research focuses on the determinants of cooperations in industrial clusters. [email protected] 1.INRA, UMR1041 CESAER, F-21000 Dijon, France 2.AgroSup Dijon, UMR1041 CESAER, F-21000 Dijon, France 3.GRAICO, IUT de Mulhouse, Université de Haute Alsace, F-68000 Mulhouse, France Patrick Ronde is Associate Professor in Economics at BETA and FSEG (Strasbourg University). He published numerous papers focused on economics of innovation, geographical economics, technological risk analysis and risk perception. BETA (Bureau d’Économie Théorique et Appliquée), UMR 7522 du CNRS, Pôle Européen de Gestion et d’Économie, Université de Strasbourg, 61 avenue de la Forêt-Noire, 67085 STRASBOURG Cedex (France), Telephone: (33). 03.68.85.21.94 [email protected] 177 178 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Bruno Amann es profesor en Ciencias de la gestión, en la Universidad Paul Sabatier de Toulouse (Francia), y director del laboratorio « Gobernaza y control organizacional » en la misma universidad. Publicó numerosos artículos en revistas internacionales sobre temas como las empresas familiares, la gobernanza de empresas y la gestión internacional.Sus publicaciones más recientes aparecen, entre otros, en International Journal of Human Resources Management (2013), Asia Pacific Business Review (2011, 2012), Journal of Transition Economies (2010), Ebisu (2010), Journal of Family Business Strategy (2010), y Family Business Review (2008). Más información en : http://bruno-amann.fr Jacques Jaussaud es catedrático en Ciencias de Gestión en la Facultad de Derecho, Economía y Gestión de la Universidad de Pau y Pays de l’Adour. Es también director del Centro de Investigaciones y de Estudios en Gestión (CREG, EA4580). Sus investigaciones se centran principalmente en la organización y el control dentro de las multinacionales europeas y japonesas así como sus prácticas de gestión en recursos humanos. Codirigió numerosas obras con las editoriales Palgrave y Chandos, y también dos números de revistas, Journal of the Asia Pacific Economies el 2001, y Asian Business and Management el 2012. Asimismo, publicó numerosos artículos en revistas francófonas (Revue Française de Gestion, Revue Française de Gestion des Ressources Humaines, Management et Avenir, Finance-ContrôleStratégie, entre otros) y anglosajonas (Journal of the Asia Pacific Economies, Asia Pacific Business Review, Asia Business and Management, Journal of International Management, Journal of International Human Resources Management, etc.). Ulrike Mayrhofer es catedrática en Ciencias de Gestión en el Instituto de Administración de Empresas de Lyon de la Universidad Jean Moulin Lyon 3. Directora del centro de investigaciones Magellan, anima el eje de investigación en « Management internacional ». Vice-presidenta de Atlas/AFMI – Asociación Francófona de Management Internacional, sus investigaciones se centran especialmente en las estrategias de internacionalización empresarial. Es autora de varias obras entre ellas « Le management des firmes multinationales », Vuibert, 2011 (ed.) y « Management international. Des pratiques en mutation », Pearson Education, 2011 (con Sabine Urban, Premio de la ‘Académie des Sciences Commerciales’ 2012) además de numerosos artículos publicados en diferentes revistas tales como European Management Journal, European Management Review, Finance-Contrôle-Stratégie, International Business Review, M@n@gement, Management International y Revue Française de Gestion. Mohit Anand es Profesor Adjunto en Negocios Internacionales y Profesor a cargo del Centro para Mercados Emergentes en FORE School of Management, Nueva Delhi. Además es Profesor visitante en EMLYON Business School, en los campus en China y Francia. Su investigación se concentra en la intersección de innovación, mercados emergentes y base de la pirámide, abarcando amplios temas de estrategia y negocios internacionales. Previamente a sus cinco años de experiencia académica, trabajó durante seis años como consutlor sénior en la industria de seguros. Philippe Monin es Profesor Titular de la Cátedra TOUPARGEL en Estrategia de Negocios y Director General Delegado de Investigación en EMLYON Business School, Francia. Sus intereses de investigación son eclécticos y abarcan procesos de integración seguidos a fusiones y adquisiciones, la construcción de mercados en la base de la pirámide, los procesos de recuperación y desarrollo de los mercados internacionales, las instituciones y los movimientos sociales y los mercados de opinión y crítica. Sus trabajos más recientes fueron publicadoes en Academy of Management Joournal y Human Relations. Christoph Barmeyer es Profesor Titular de la Universidad de Passau y titular de la Cátedra de Comunicación Intercultural. Es miembro de comités de redacción de revistas científicas como Management International y Gestion y Revue de Gestion des Ressources Humaines (RGRH). Sus principales intereses de investigación se centran en la gestión intercultural y comparativa (especialmente la gestión franco-alemana), la cultura organizacional y la transferencia Internacional y los aspectos institucionales y culturales de los sistemas económicos. Es además autor y coautor de varios libros y artículos en el campo de la gestión intercultural y franco-alemana. Eric Davoine es Profesor Titular de Gestión de Recursos Humanos y de Organización de la Universidad bilingüe de Friburgo en Suiza. Eric Davoine es Vicepresidente de la Asociación de Investigadores de GRH de habla francesa (AGRH) y miembro de comités de varias revistas científicas como International Journal of Organizational Analysis (Emerald), @ GRH y Management International. Eric Davoine ha publicado varios libros y artículos sobre la gestión intercultural franco-alemana, la transferencia de prácticas de gestión de recursos humanos en empresas alemanas, francesas y multinacionales norteamericanas, la movilidad internacional y la globalización de los perfiles nacionales de altos directivos en Europa. Carole Jean-Amans Profesor de Ciencias de la Administración - Universidad de Toulouse III Centro de Investigación 129 A, avenue de Rangueil - 31077 TOULOUSE Cedex 4 [email protected] Mahamat Abdellatif Profesor de Ciencias de la Administración Universidad de Toulouse – Universidad Paul Sabatier – IUT A Centro de Investigación LGCO 129 A, avenue de Rangueil - 31077 TOULOUSE Cedex 4 [email protected] ISTA – CEMAC B.P. 3910 LIBREVILLE (Gabon) 179 Notas biográficas Virginie Vial, PhD en Historia Económica de la London School of Economics (2005), es profesor asociado en Economía del Desarrollo y Emprendimiento en Kedge Business School. Su investigación se centra en las interacciones entre las instituciones, el espíritu empresarial, el rendimiento de la empresa y el crecimiento económico. Frédéric Prévot es profesor asociado de estrategia en Kedge Business School. Obtuvo su doctorado en gestión en la Universidad de Aix-Marsella II y su Habilitación a dirigir investigaciones en la Universidad Lyon III. Ha participado al International Teachers Program del IMD en Lausanne, Suiza. Sus trabajos se basan en las relaciones interorganizacionales (alianzas y joint-ventures) y el management de recursos y competencias. Antonella Zucchella es catedrática de Marketing en la Universidad de Pavia, Italia, Directora del Departamento de Economía y Administración de la Universidad de Pavia, Presidente del Centro de Investigación en Economía y Negocios Internacionales (CIBIE, Universidad de Pavia). Además de su interés en Emprendimiento Internacional, sus actividades de investigación se centran en los procesos de internacionalización de las PYMEs; los distritos industriales y los clústeres de alta tecnología. Franck Barès es profesor adjunto en la HEC Montreal (Canadá). Doctor en Ciencias de la Gestión, sus investigaciones y enseñanza se inscriben en el campo del empresariado, especialmente en el tema del acompañamiento para la creación de empresas con alto potencial de crecimiento. También se desempeñó como responsable del Departamento Estrategia y Empresariado en la ICN Business School (Nancy – Francia) y como encargado de la valorización y la transferencia de las actividades de laboratorio del Centro Europeo de Investigación en Economía Financiera y Administración de Empresas (CEREFIGE). Thomas Froehlicher es Director General & Decano de la HEC-Escuela de Gestión de la Université de Liège. Profesor adjunto de distintas universidades, Doctor en Ciencias de la Gestión y diplomado en sociología, Froehlicher es titular de la Cátedra Accenture “Sustainable Strategy”. Su trabajo de experto se centra en la gobernanza de la innovación y de la creatividad entre gestión, ingeniería y arte/diseño. Se desempeñó además como Delegado General de ARTEM Nancy - Art, Technologie & Management – federando tres universidades en la interacción de la creación artística y el diseño, de las ciencias y las tecnologías, y de la gestión y el empresariado. Publicó numerosos artículos y libros, entre los cuales figuran Design Organisationnel et métamorphose des organisations, y Working Spaces in Art, Science and Business. [email protected] Via San.Felice 5, 27100 Pavia- ITALIA Diala Kabbara es profesora de Emprendimiento Internacional y Finanzas de Nuevas Empresas en la Facultad de Economía de la Universidad de Pavia, Italia. Ella es asistente de investigación en el Centro de Investigación en Economía y Negocios Internacionales (CIBIE de la Universidad de Pavia). En el 2008, obtuvo su doctorado en Administración de Empresas en la Universidad de Pavia. Sus áreas de investigación son : Emprendimiento Internacional, el proceso de internacionalización de las empresas pequeñas, la red de compañías nuevas e internacionales, la internacionalización de empresas de alta tecnología o/e intensivas en conocimiento. [email protected] Via San.Felice 5, 27100 Pavia- ITALIA Olivier Lamotte es profesor en la ESG Management School, donde dirige el departamento de investigación “Desempeño Económico y Financiero”. Es profesor de estrategias de internacionalización de empresas. Es doctor de la Universidad de París 1 Panthéon Sorbonne. Sus investigaciones tratan sobre la internacionalización y la innovación empresarial. Ganó el premio al mejor artículo de la conferencia de la Asociación Francófona de Management Internacional (Atlas-AFMI) en el 2012. Ana Colovic es profesora de gestión internacional y directora del centro de investigación “Emprendimiento y Innovación” de la Neoma Business School. Doctora en ciencias de gestión de la universidad Paris Dauphine, posé la habilitación para dirigir tesis. Ha publicado varios trabajos de investigación en estrategia, gestión internacional y emprendimiento. Ganó el premio al mejor artículo de la conferencia de la Asociación Francófona de Management Internacional (Atlas-AFMI) en el 2012. Caroline Hussler es Profesora de Adiministración en el IAE de Lyon y miembro del Centro de investigación Magellan (Universidad Jean Moulin, Lyon 3). Sus intereses de investigación se centran en los determinantes de la innovación territorial y la importancia de la construcción de redes social. Sus trabajos han sido publicados en revistas cientificas internacionales como Research Policy, International Journal of Technology Management, Technological Forecasting and Social Change, Regional Studies, etc. [email protected] Centre Magellan, IAE, Université Jean Moulin, Lyon 3, 6 cours Albert Thomas, F- 69008 LYON cedex, France 180 Management international / International Management / Gestión Internacional, 18 (1) Paul Muller es Associate Professor en Agrosup Dijon. Sus intereses de investigación se centran en los determinantes de cooperaciones en los clusters industriales. [email protected] 1.INRA, UMR1041 CESAER, F-21000 Dijon, France 2.AgroSup Dijon, UMR1041 CESAER, F-21000 Dijon, France 3.GRAICO, IUT de Mulhouse, Université de Haute Alsace, F-68000 Mulhouse, France Patrick Ronde es Associate Profesor en la Universidad de Strasbourg. Sus intereses de investigación se centran en la economía de la innovación, la economía geográfica, en el análisis de riesgos. BETA (Bureau d’Économie Théorique et Appliquée), UMR 7522 du CNRS, Pôle Européen de Gestion et d’Économie, Université de Strasbourg, 61 avenue de la Forêt-Noire, 67085 STRASBOURG Cedex (France), Téléphone : (33). 03.68.85.21.94 [email protected] Politique rédactionnelle Résumé : Le résumé ne doit pas dépasser 100 mots. Article dans un recueil : Longueur : L’article est limité à 6 000 mots ou 30 pages de format lettre (références comprises − tableaux, figures et annexes non compris) saisis à double interligne, format lettre É.-U. (215,9 × 279,4 mm), police 12 pts. Toulouse, Jean-Marie; Bourdeau, Gilles (1995). « Taux de croissance et stratégies des nouvelles entreprises technologiques », dans A. Noël, P. Very et M. Wissler (sous la direction de), Perspectives en management stratégique, Economica, Tome III, p. 365-392. La note de recherche est limitée à 4 000 mots ou 20 pages (références comprises − tableaux, figures et annexes non compris) saisis à double interligne, format lettre É.-U. (215,9 × 279,4 mm), police 12 pts. La note de lecture est limitée à 2 000 mots ou 10 pages (références comprises) saisis à double interligne, format lettre É.-U. (215,9 × 279,4 mm), police 12 pts. Le compte rendu de lecture est limité à 1 000 mots ou 5 pages (références comprises) saisis à double interligne, format lettre É.-U. (215,9 × 279,4 mm), police 12 pts. Titres et sous-titres : Ils doivent être courts et ne pas faire l’objet d’une numérotation (I, II A, B, etc.). Tableaux, graphiques, organigrammes, cartes : Ils sont numérotés et présentés sur des feuilles à part. L’emplacement de ces tableaux doit être clairement indiqué dans l’article. Livres : Deulceux, M. (1996). Les grandes politiques européennes, Montréal, Les Publications du CETAI, HEC Montréal, 194 p. Gauthier, Gilles; Huppé, François (1991). Cost-benefit analysis: An extensive bibliography, Montréal, Gaëtan Morin Éditeur, 324 p. Note biographique : Si votre article est accepté, vous devrez nous fournir une note biographique d’environ 60 mots pour chaque auteur. La note doit inclure l’adresse électronique et l’adresse professionnelle complète, le grade universitaire le plus élevé et où il a été obtenu, l’affiliation et le titre d’emploi ainsi que le domaine de recherche. Les tableaux, graphiques, organigrammes et dessins doivent être noirs sur fond blanc. Citations : Si elles dépassent cinq lignes dactylographiées, elles font l’objet d’un paragraphe en retrait de cinq espaces et non guillemeté. Références : Dans le texte : Auteur, date (Dupont, 1987) ou (Dupont, 1987; Smith, 1990; Faucher, 1988) ou (Dupont, 1987, p. 10-13; Smith, 1990, chap. 2). Sous forme de notes : Elles sont numérotées et présentées en bas de page. Ici aussi, on ne mentionnera que le nom, la date et, le cas échéant, les pages appropriées. Bibliographie : Article dans une revue : Bogner, William C.; Thomas, Howard (1996). « Sustaining international linkages: A dynamic competence view », Management international, vol. 1, no 1, p. 1-14. Erutku, Can; Vallée, Luc (1996). « Analyse des perceptions et des préférences des travailleurs quant à leur manager », Management international, vol. 1, no 1, p. 23-33. Les droits d’auteur et l’autorisation de reproduire Pour reproduire un article au complet ou un texte de plus de 500 mots, on doit obtenir une autorisation écrite de Mana gement international (MI) et de l’auteur. Normalement, MI accorde sa permission si l’auteur donne la sienne et si une note indiquant le copyright de MI figure en première page du texte reproduit. L’autorisation de MI n’est pas nécessaire pour ne reproduire qu’un seul tableau ou qu’une seule f igure, à condition qu’on obtienne au préalable la permission de l’auteur et qu’on donne la référence complète (Management international et auteur). Les auteurs qui veulent reproduire leurs propres écrits pour usage personnel sont dispensés de ces formalités. Par contre, les auteurs qui utilisent leurs propres travaux à des fins commerciales doivent obtenir l’autorisation de MI. Les professeurs d’établissements d’enseignement ne sont pas tenus de demander une autorisation pour distribuer des photocopies. Les bibliothèques ne sont pas astreintes au copyright pour les photocopies. Pour toute autorisation, veuillez contacter le rédacteur en chef. IM Style Guide Abstract: The abstract must not exceed 100 words. Article in a collection: Length: Articles should not exceed 6000 words or 30 pages (including references; excluding tables, figures, and appendices). Please use double-spacing, North American letter-size format (215.9 × 279.4 mm; 8.5 × 11 in), and font size 12. Toulouse, Jean-Marie; Bourdeau, Gilles (1995). “Taux de croissance et stratégies des nouvelles entreprises technologiques,” in A. Noël, P. Very and M. Wissler (Eds), Perspectives en management stratégique, Economica, Tome III, p. 365-392. Research notes should not exceed 4000 words or 20 pages (including references; excluding tables, figures, and appendices). Please use double-spacing, North American letter-size format (215.9 × 2794 mm; 8.5 × 11 in), and font size 12. The commentary should not exceed 2000 words or ten pages (including references). Please use double spacing, North American letter-size paper (215.9 mm × 279.4 mm), and font size 12. The book review should not exceed 1000 words or five pages (including references), double spaced, on North American letter-size paper (215.9 mm × 279.4 mm), and font size 12. Titles and headings: Titles and headings must be short. They must not be numbered (i.e., do not use I, II, A, B, etc.). Tables, graphs, figures, and maps: These should be numbered and presented on separate pages. The location of the tables must be indicated clearly in the body of the text. Tables, graphs, figures, and drawings must be printed in black on a white background. Quotations: If quotations exceed five typed lines, they should be indented five spaces and should not have quotation marks. References: In text: Author, date (Dupont, 1987), or (Dupont, 1987; Smith, 1990; Faucher, 1988), or (Dupont, 1987, p. 10-13; Smith, 1990, chap. 2). In notes: They should be numbered and presented at the bottom of the page. Again, give only the name, date and, if necessary, appropriate pages. Reference list: Article in a journal: Bogner, William C.; Thomas, Howard (1996). “Sustaining international linkages: A dynamic competence view,” International Management, Vol. 1, No 1, p. 1-14. Erutku, Can; Vallée, Luc (1996). “Analyse des perceptions et des préférences des travailleurs quant à leur manager,” International Management, Vol. 1, No 1, p. 23-33. Book: Deulceux, M. (1996). Les grandes politiques européennes, Montreal: Les Publications du CETAI, HEC Montréal, 194 p. Gauthier, Gilles; Huppé, François (1991). Cost-benefit analysis: An extensive bibliography, Montreal: Gaëtan Morin Éditeur, 324 p. Biographical Note: If your article is accepted for publication, you will be asked to submit a biographical note of about 60 words for each author. The note should indicate your e-mail address and complete professional address, where the highest degree was earned, present affiliation and position, and current research interest. Copyright and reproduction To reproduce an International Management (IM) paper in its entirety or in an excerpt of over 500 words you must obtain written permission from both IM and the author. Under normal circumstances, IM will grant permission if the author does the same, provided that IM’s copyright is indicated on the first page of the texts reproduced. Permission from IM is not required if only one table or one figure is reproduced, provided that the author’s permission has been obtained and a complete reference to International Management and the author identifies its origin. Permission is granted to authors who wish to reproduce their own material for personal use. However, authors wishing to use their work for commercial purposes must obtain permission from IM. Permission to make photocopies is granted to professors of educational establishments. Libraries are not required to pay copyright fees for photocopies. For authorization, please contact the Editor. Política de edición Resumen: El resumen del artículo no tendrá más de 100 palabras. Longitud: El artículo tendrá hasta 6.000 palabras o 30 páginas (se incluyen las referencias; no se incluyen las tablas, las figuras y los anexos) a doble espacio, formato carta 8,5 x 11 pulg., tamaño de letra de 12 pts. La nota de investigación tendrá hasta 4.000 palabras o 20 páginas (se incluyen las referencias; no se incluyen las tablas, las figuras y los anexos) a doble espacio, formato carta 8,5 x 11 pulg. y tamaño de letra de 12 pts. El apunte de lectura tendrá hasta 2.000 palabras o 10 páginas (se incluyen las referencias; no se incluyen las tablas, las figuras y los anexos) a doble espacio, formato carta 8,5 x 11 pulg. y tamaño de letra de 12 pts. El informe de lectura tendrá hasta 1.000 palabras o 5 páginas (se incluyen las referencias; no se incluyen las tablas, las figuras y los anexos) a doble espacio, formato carta 8,5 x 11 pulg. y tamaño de letra de 12 pts. Títulos y subtítulos: Serán cortos y nunca enumerados (I, II, A, B, etc.). Cuadros, gráficas, organigramas, mapas: Estarán numerados y presentados en hojas separadas. La ubicación de cada uno de estos cuadros, etc., estará claramente indicada en el texto del artículo. Los cuadros, gráficas, organigramas y dibujos deben estar realizados en negro sobre fondo blanco. Citas: si las citas superan las cinco (5) líneas dactilografiadas, formarán un párrafo aparte, dejando cinco (5) espacios a la izquierda y sin entrecomillar. Referencias: En el texto: Autor, fecha (Dupont, 1987) o bien (Dupont, 1987; Smith, 1990; Faucher, 1988) o bien (Dupont, 1987, p. 10-13; Smith, 1990, cap. 2). En forma de notas: Deberán estar numeradas al pie de página. Como en el texto, sólo se mencionará el nombre, la fecha y, eventualmente, las páginas de referencia. Bibliografía: Artículo de una revista: Bogner, William C.; Thomas, Howard (1996). “Sustaining international linkages: A dynamic competence view”, International Management, vol. 1, no 1, p. 1-14. Erutku, Can; Vallée, Luc (1996). “Analyse des perceptions et des préférences des travailleurs quant à leur manager”, Management international, vol. 1, no 1, p. 23-33. Artículo de una colección de textos: Toulouse, Jean-Marie; Bourdeau, Gilles (1995). “Taux de croissance et stratégies des nouvelles entreprises technologiques”, en A. Noël, P. Véry y M. Wissler (bajo la dirección de), Perspectives en management stratégique, Economica, Tome III, p. 365-392. Libro: Deulceux, M. (1996). Les grandes politiques européennes, Monographies en gestion et économie internationales, n° 96-03, Montréal, Centre d’études en administration internationale, HEC Montréal, 194 p. Gauthier, Gilles; Huppé, François (1991). Cost-benefit analysis: An extensive bibliography, Montréal, Gaëtan Morin Éditeur, 324 p. Nota biográfica: Si se acepta la publicación de su artículo, envíenos una nota biográfica de aproximadamente 60 palabras por cada autor. Incluya en la nota la dirección de correo electrónico y la dirección profesional completa, el más alto grado académico alcanzado y dónde se obtuvo, y la afiliación, el empleo y el área de investigación actuales. Los derechos de autor y la autorización de reproducción Los autores deben obtener de Gestión Internacional (GI) y ésta de los autores un permiso escrito, respectivamente, antes de reproducir un artículo completo o un texto de más de 500 palabras. Normalmente, GI da el permiso si el autor está de acuerdo y si una nota que indique los derechos de autor y la autorización de reproducción de GI aparece en la primera página del texto reproducido. El permiso de GI no es necesario cuando el autor reproduce un solo cuadro o una sola figura con la condición de que previamente se haya obtenido el permiso del autor y que se haga una referencia completa (Gestión Internacional y autor). Si los autores quieren reproducir sus propios escritos para uso personal, no están obligados a cumplir con estos requisitos; por el contrario, los autores que utilizan sus propios trabajos con fines comerciales deben obtener el permiso de GI. El permiso no se aplica a las fotocopias hechas por los profesores de instituciones dedicadas a la enseñanza. Para las fotocopias, las bibliotecas no están obligadas a derechos de autor y autorización de reproducción. Para obtener cualquier permiso, se ruega dirigirse al redactor jefe de la revista. Modes d’acheminement des articles Instructions pour les soumissions électroniques Les soumissions électroniques doivent être envoyées : Les manuscrits doivent être soumis en format électronique Word de Microsoft Office. À l’attention du professeur Bachir Mazouz, rédacteur en chef [email protected] Joindre à un courriel deux versions de la soumission : une avec une page titre qui contient les coordonnées complètes de l’auteur et, le cas échéant, les remerciements et une avec une page titre sans identification. Ces deux fichiers doivent être nommés respectivement NOMINATIF et NON-NOMINATIF. Une fois accepté pour publication, l’article devra être présenté en format PDF ou en sortie papier ainsi qu’en format électronique Word de Microsoft Office. Il n’y a rien dans le fichier non-nominatif qui puisse identifier l’auteur. Les articles sur support papier et toute correspondance au sujet du contenu de la revue Management international doivent être adressés au : L’anonymat de la propriété électronique du fichier NON-NOMINATIF doit être également respecté. Inclure dans votre courriel le champ d’intérêt et le thème dont votre article relève afin de nous aider à identifier les évaluateurs appropriés. Champs d’intérêt Administration et politique publiques Économie Finance/comptabilité Gestion des opérations et de la production Gestion des ressources humaines Management général Marketing Thèmes Communication/négociation Éthique Gestion de projets Gestion de la connaissance Gestion de projets Gestion de risques Gestion du changement Gestion interculturelle Innovation et entrepreneurship Internationalisation Leadership Mondialisation/PVD/NPI/PET Performance des organisations Privatisation Rapprochement d’entreprises Réformes administratives Stratégie/concurrence Technologie de l’information Autres (prière de spécifier) Instructions pour les envois postaux Professeur Bachir Mazouz Rédacteur en chef HEC Montréal 3000, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 2A7 CANADA Sending papers Instructions for submitting papers electronically Electronic submissions should be sent to the attention of: Papers should be submitted in electronic format using Microsoft Word. Bachir Mazouz, Editor [email protected] Attach two electronic copies of your submission to an e-mail message. One of the copies should include a title page that contains the author’s name and complete contact information and, if any, the acknowledgements. The other copy should have a title page that does not include any information that might identify the author. These two files should be named NOMINATIVE and NON-NOMINATIVE, respec tively. Your submission will be acknowledged electronically when reviewers have been assigned. Once accepted for publication by the evaluation committee, the paper should be presented in PDF format or hard copy, and in electronic format (Microsoft Word). There should be nothing in the NON-NOMINATIVE file that might identify the author. Likewise, there should be nothing in the electronic properties of the NON-NOMINATIVE file that might identify the author. Please indicate in your e-mail the field of interest and theme that best fit your paper, in order to help us identify the appropriate reviewers: Fields of interest: Economics Finance/Accounting General management Human resources management Marketing Production and Operations Management (POM) Public administration and Policy Themes: Administrative reforms Change management Communication/ negociation Ethics Globalization/LDCs/ NICs/EITs Information Technologies Innovation and entrepreneurship Intercultural management Interfirm cooperation Internationalization Knowledge management Leadership Organizational performance Privatization Project management Risk management Strategy/competition Other (please specify) Instructions for sending by mail Hard-copy articles and any correspondence regarding the content of International Management should be sent to: Professor Bachir Mazouz Editor HEC Montréal 3000, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal, Québec H3T 2A7 CANADA Formas de enviar los artículos Instrucciones para los envíos electrónicos Los envíos electrónicos se enviarán al: Los manuscritos se deben presentar en formato electrónico Word de Microsoft Office. Profesor Bachir Mazouz, Editor [email protected] Adjunte al correo electrónico dos copias del documento que va a presentar: Una copia tendrá una página de presentación con todos las coordenadas del autor y, si es el caso, los agradecimientos, y la otra copia tendrá una página de presentación sin identificación. Estos dos archivos se denominarán NOMINAL y NO-NOMINAL. Una vez que se acepte el artículo para ser publicado, éste se presentará en formato PDF o impreso en papel y, además, en formato electrónico Word de Microsoft Office. En el archivo NO-NOMINAL no habrá ninguna información que identifique al autor. Los artículos impresos en papeles y cualquier correspondencia acerca del contenido de la revista Gestión Internacional se debe enviar a la siguiente dirección: Se respetará también el anonimato de la propiedad electrónica del archivo NO-NOMINAL. Incluya en su correo electrónico el dominio de interés y el tema de los que trata su artículo. Esto nos ayudará a identificar adecuadamente a los revisores. Dominios de interés Administración y política públicas Economía Finanzas y contabilidad Gestión de operaciones y de la producción Gestión de recursos humanos Gestión general Mercadotecnia (Marketing) Temas Comunicación/negociación Ética Gestión de proyectos Gestión del conocimiento Gestión de riesgos Gestión del cambio Gestión intercultural Innovación y espíritu empresarial Internacionalización Liderazgo Mundialización/PVD/NPI/PET Performance de organizaciones Privatización Cooperación empresarial Estrategia/competencia Reformas administrativas Tecnologías de la información Otros (por favor, especifique) Instrucciones para los envíos por correo postal Profesor Bachir Mazouz Editor HEC Montréal 3000, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 2A7 CANADA L’abonnement papier Management international HEC Montréal, 3000, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 2A7 CANADA Publiée quatre fois l’an 514 340-6806 514-340-7814 managementinternational.ca [email protected] Nouveau ! Possibilité de payer en ligne par carte de crédit. (managementinternational.ca) L’abonnement est payable par chèque libellé au nom de HEC Montréal. ISSN: 1206-1697 TPS : R107278905 TVQ : 1006085748TQ0001SS Québec Autres provinces TVQ et TPS incluses TPS incluse Étranger* Étudiant Toutes taxes incluses Individuel (1) – 1 an – 2 ans – 3 ans 76,00 $ CA 127,00 $ CA 172,00 $ CA 70,00 $ CA 115,00 $ CA 160,00 $ CA 110,00 $ CA 170,00 $ CA 235,00 $ CA Institutionel (1) – 1 an – 2 ans – 3 ans 117,00 $ CA 187,00 $ CA 263,00 $ CA 105,00 $ CA 170,00 $ CA 240,00 $ CA 190,00 $ CA 260,00 $ CA 350,00 $ CA 40,00 $ CA 80,00 $ CA 120,00 $ CA * Les paiements venant de l’étranger doivent être faits sous forme de mandat-poste ou de chèque tiré sur une banque canadienne ou américaine seulement. Nom Prénom Titre Société Adresse Ville Province Pays Code postal Télécopie Téléphone Courriel Signature (1)Les individus abonnés à la version papier ont accès également à la version électronique de la revue pour toute la durée de leur abonnement. Les institutions (entreprise, société, association, etc.) abonnées à la version papier qui veulent avoir accès à la version électronique doivent souscrire à l’abonnement électronique institutionnel. Pour toute question relative à l’abonnement électronique, les abonnés sont invités à prendre contact avec la Rédaction : [email protected]. Hard Copy Subscription International Management HEC Montréal, 3000, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 2A7 CANADA Published four times a year 514 340-6806 514-340-7814 managementinternational.ca [email protected] New! On-line payment by credit card possible. (managementinternational.ca) Your subscription is payable by cheque to HEC Montréal. ISSN: 1206-1697 GST: R107278905 QST: 1006085748TQ0001SS Québec Other provinces QST and GST included GST included Other countries* Student All taxes included Invividual (1) – 1 year – 2 years – 3 years CAN$76,00 CAN$127,00 CAN$172,00 CAN$70,00 CAN$115,00 CAN$160,00 CAN$110,00 CAN$170,00 CAN$235,00 Institutional (1) – 1 year – 2 years – 3 years CAN$117,00 CAN$187,00 CAN$263,00 CAN$105,00 CAN$170,00 CAN$240,00 CAN$190,00 CAN$260,00 CAN$350,00 CAN$40,00 CAN$80,00 CAN$120,00 * All payments from outside Canada must be in the form of a money order or cheque drawn on a Canadian or American bank only. Last name First name Title Company Address City State Country Postal Code Fax Telephone E-mail Signature (1) Individuals with a subscription to the hard-copy version of IM have access to the electronic version of the journal at no additional cost for the duration of the subscription. Institutions (businesses, societies, associations, etc.) with a subscription to the hard-copy version that would like access to the electronic version must subscribe to the electronic subscription for institutions. For questions regarding the electronic subscription, subscribers are invited to contact the Editors: [email protected]. Suscripción a la edición impresa Gestión Internacional HEC Montréal, 3000, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 2A7 CANADA Publicado cuatro veces por año 514 340-6806 514-340-7814 managementinternational.ca [email protected] Nuevo! Posibilidad de efectuar los pagos en línea con tarjeta de crédito. (managementinternational.ca) La suscripción deberá pagarse por medio de un cheque a nombre de HEC Montréal. ISSN: 1206-1697 Impuesto federal : R107278905 Québec Impuestos incluidos Impuesto provincial : 1006085748TQ0001SS Otras provincias canadienses Otros países* Estudiante Todos impuestos incluidos Impuesto federal incluido Individuo – 1 año – 2 años – 3 años 76,00 $ CA 127,00 $ CA 172,00 $ CA 70,00 $ CA 115,00 $ CA 160,00 $ CA 110,00 $ CA 170,00 $ CA 235,00 $ CA Institución (1) – 1 año – 2 años – 3 años 117,00 $ CA 187,00 $ CA 263,00 $ CA 105,00 $ CA 170,00 $ CA 240,00 $ CA 190,00 $ CA 260,00 $ CA 350,00 $ CA (1) 40,00 $ CA 80,00 $ CA 120,00 $ CA * Los pagos que provengan del extranjero deben hacerse por medio de un giro postal o con un cheque únicamente de un banco canadiense o de Estados Unidos. Apellido(s) Nombre(s) Título Empresa Dirección Ciudad Provincia País Código postal Fax Teléfono Correo electrónico Firma (1)Las personas abonadas a la edición impresa de Gestión Internacional tienen acceso a la versión electrónica de la revista durante su suscripción. Las instituciones (empresa, sociedades, asociaciones, etc.) abonadas a la edición impresa que desean tener acceso a la versión electrónica se deben abonar a la suscripción electrónica de institución. Para hacer cualquier pregunta acerca de la suscripción electrónica, invitamos a los suscriptores a que se pongan en contacto con la Redacción: [email protected].