etude et analyse strategiques et geopolitiques de la situation de la

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etude et analyse strategiques et geopolitiques de la situation de la
MISSION DE SOLIDARITE
EN GUINEE
15 – 20 mars 2010
Avec le soutien de: UNOWA
Financé par : UNIFEM,
Urgent Action Fund et AWDF
ETUDE ET ANALYSE STRATEGIQUES ET GEOPOLITIQUES DE
LA SITUATION DE LA REPUBLIQUE DE GUINEE
Par le Pr. EL HADJ MALICK SARR
POLEMOLOGUE, EXPERT EN ANALYSE STRATEGIQUE ET GEOPOLITIQUE
Commanditée par Femmes Africa Solidarité (FAS) pour le compte de la
Mission de Solidarité
DAKAR, MARS 2010
La République de Guinée, encore appelée Guinée – Conakry, est un pays d’Afrique
Occidentale d’une superficie de 242 857 km2. Elle est limitée au Nord – Ouest, par la Guinée
– Bissau ; au Nord, par le Sénégal ; au Nord – Est, par le Mali ; au Sud –Ouest, par la Sierra –
Leone ; au Sud, par le Liberia et au Sud – Est, par la Côte – d’Ivoire.
A l’instar des autres pays du continent, la République de Guinée dispose d’une population
caractérisée, d’une part, par une diversité ethnique ; d’autre part, par une extrême jeunesse et,
enfin, par un sex – ratio favorable aux femmes.
Ainsi, sur les 10.069.000 de Guinéens (estimation de 2009), les % sont des Peuls
(singulièrement installés en Moyenne Guinée), les % sont des Malinkés (Haute Guinée), les %
sont des Soussous (Guinée Maritime), les % sont répartis entre les Tomas, les Kissis et les
Guerzés (Guinée forestière, principalement).
Dans le même temps, les Femmes représentent 54% de la population totale et les moins de 15
ans, 44% de cette population qui a tendance à doubler tous les 30 ans.
Ce pays est, depuis bientôt un quart de siècle, plongé dans une grave crise politique,
économique et sociale de forte amplitude.
1. Tableau synoptique et analytique de la situation politique en Guinée
1.1 : un lourd héritage politique
Premier pays de l’ex – Afrique Occidentale française à accéder à la souveraineté
internationale, à la faveur du Referendum historique du 28 septembre 1958, la République de
Guinée a, 26 ans durant, vécu sous le régime autoritaire, de Ahmet Sékou TOURE.
Celui – ci, y géra le pouvoir d’une main de fer dans la pure tradition des dictatures classiques,
écrasant au passage, toutes les Institutions Républicaines, piétinant les principes élémentaires
de la Démocratie et du Droit. Au règne sans partage du Parti/Etat (le PDG, Parti
Démocratique de Guinée), s’ajoutaient le bâillonnement de toutes les Libertés et la traque de
tous les Opposants dont la plupart étaient contraints à l’exil en France et au Sénégal.
L’une des caractéristiques centrales du pouvoir de Sékou TOURE, était une tentative de briser
« l’hégémonie» des Peuls accusés d’avoir été les grands bénéficiaires de la politique
coloniale, notamment au niveau éducationnel et administratif. Cette vision, à forte
connotation ethnique, poussa, objectivement, le dictateur, à « ethniciser » son pouvoir
constitué par une alliance stratégique entre les Malinkés (Sékou TOURE en était un) et les
Soussous. Dans les cercles premiers du pouvoir de l’Etat et de l’Armée, figuraient,
principalement, les membres de ces deux Ethnies. On comprend, dès lors, que les grands
intellectuels peuls furent les principales cibles de la dictature. La plupart d’entre – eux finirent
leurs jours dans le tristement célèbre Camp BOIRO (BARRY 1, BARRY 2, BARRY
DIAWANDOU), s’ils ne furent pas froidement assassinés (DIALLO TELLI, ancien
Secrétaire Général de l’OUA).
En rompant avec l’ancienne Métropole Coloniale (la France), le régime de Sékou TOURE,
dans un contexte international de Guerre Froide, se rapprocha du Bloc Socialiste en général,
de l’URSS en particulier. La France du Général DE GAULLE avait fait le pari du
pourrissement interne du pouvoir dès lors qu’elle lui fermait les portes de l’aide bilatérale et
organisait son isolement au plan international. Du reste, les brouilles sénégalo – guinéenne et
ivoiro -guinéenne des années 70, étaient fondamentalement liées à l’extrême proximité entre
la France, Houphouët BOIGNY et SENGHOR.
Cependant, l’essoufflement économique du Bloc Socialiste et la situation interne de plus en
plus difficile, poussèrent, dès 1978, Sékou TOURE à réviser ses alliances internationales
(rapprochement avec la France, voyage au Sénégal) et à réajuster sa politique économique
intérieure (ouverture aux grandes Entreprises Françaises).
Toutefois, cette volonté de projection sur le monde sur des bases nouvelles, contrastait avec
l’immobilisme politique intérieur. Il a fallu attendre la mort, au Maroc, de Sékou TOURE, en
mars 1984, pour assister à une profonde modification des règles du jeu et de la pratique
politiques en Guinée.
En effet, le dauphin constitutionnel (le Premier Ministre Louis Lassana BEAVOGUI), n’eut
pas le temps d’accéder au pouvoir. Car, le 03 avril 1984, un coup d’Etat militaire, porta au
pouvoir le Général Lassana KONTE.
Le long et sanglant règne (plus de 700.000 morts recensés rien que dans les geôles du Camp
BOIRO) du dictateur venait d’accoucher d’un nouveau pouvoir garant de la « continuité
antidémocratique ».
Le pouvoir militaire nouvellement installé reprenait, à son compte, quelques –unes des tares
de l’ancien régime : confiscation des Libertés, négation de l’Etat de Droit ; errements dans les
choix politiques et incapacité à résoudre les grandes équations sociales et économiques. Mais,
suite à la pression populaire et à celle de ses Partenaires au Développement (France, UE et
USA), les militaires finirent par jeter du lest en introduisant, officiellement, le Multipartisme,
en Guinée, en 1993.
Cependant, les militaires ne modifièrent, en rien, la situation économique, politique et sociale
de la Guinée. Désireux de préserver leur pouvoir, ils n’hésitèrent pas à user de la fraude
politicienne (Referendum de 2001, Législatives de 2002 et nouvelle Constitution en 2003 au
terme de laquelle, KONTE avait la possibilité de se présenter à un 3ème Mandat Présidentiel).
De tels dérapages sur fond de corruption généralisée, de paupérisation prononcée, de chômage
aigu, de difficultés sociales ténues, donnèrent vigueur, ampleur et radicalité à la contestation
populaire et démocratique.
On comprend, dès lors, que les 03 dernières années de règne de Lassana KONTE, furent
jalonnées de révoltes sociales, de grèves des travailleurs et des Etudiants, de la montée en
puissance de la défiance populaire. S’il est vrai que la réponse du pouvoir militaire aura été,
en permanence, la répression sanglante (les chiffres fournis par les ONG, notamment CRISIS
GROUP, HUMAN RIGHTS WATCH, TRANSNATIONAL TRAFFICKING IN WEST
AFRICA, cumulés, font état de près de 1321 morts dans les affrontements entre l’Armée et les
populations, durant le règne de KONTE), il n’en demeure pas moins que ce pouvoir dut
reculer, souventes fois. La profondeur de la résistance populaire et la pression de la
Communauté Internationale, ont régulièrement recadré le pouvoir militaire.
Malade et cédant de plus en plus à la manipulation (par son entourage direct, sa famille et ses
amis dont les hommes d’affaires véreux Mamadou SYLLA et Fodé SOUMAH), KONTE,
obstiné à mourir au pouvoir, dut s’employer à gérer les contradictions internes d’une armée
turbulente à qui il accordait de multiples avantages indus dans un pays vivant dans une crise
effroyable et à procéder à la manœuvre politicienne pour calmer l’effervescence populaire et
bénéficier de l’agrément de ses Partenaires extérieurs.
1.2. AMORCE D’EDIFICATION D’UN ETAT DE DROIT : LA TRANSITION
MANQUEE DE 2007/2008
Les révoltes estudiantines et populaires de 2006 avaient fortement écorné l’image du pouvoir
au niveau international, tout comme elles avaient témoigné de la fracture entre le pouvoir
militaire et les forces vives de la nation guinéenne. Dans les Chancelleries Occidentales,
notamment à Paris, des voix s’élevaient de plus en plus pour réclamer un nouvel ordre
politique en Guinée, sans que, pour autant, des solutions alternatives durables et de sortie de
crise, ne fussent concrètement formulées.
Tout au contraire, l’ONU, l’UE et les USA s’accordèrent sur un « modus operandi », proche
de leur nouvelle approche politique des « questions africaines » : le partage du pouvoir, par
l’ouverture de l’espace politique décisionnel, à de nouveaux Acteurs supposés crédibles et
garants d’une transition démocratique.
C’est, précisément, cette lecture, somme toute étriquée, voire terriblement simpliste, qui
aboutit à la nomination de M. LANSANA KOUYATE, ancien Représentant de l’Organisation
Internationale de la Francophonie en Côte d’Ivoire (OIF) par le Général KONTE, en 2007,
comme Premier Ministre.
Cette décision prise sous la pression extérieure (le choix de la personnalité révélant le poids
écrasant de Paris sur la décision), écartait de facto les Acteurs internes majeurs sans lesquels,
aucune solution durable n’était envisageable.
On comprend, dès lors, que malgré ses efforts tendant à restructurer l’Etat et à définir des
lignes d’action de nature à améliorer la situation économique et sociale de la Guinée (cf. sa
Déclaration de Politique Générale du 28 mars 2007), M. KOUYATE allait buter sur deux
écueils : les forces sociales avides de changement et pressées de voir leur situation s’améliorer
d’une part, et les forces Organisées du pays, notamment les Partis d’Opposition et les
Syndicats des Travailleurs et des Etudiants (les premiers se sentant écartés d’un processus
qu’il avaient enclenché et les seconds, estimant que leurs revendications fondamentales
n’étaient pas prises en compte), d’autre part.
C’est pourquoi, en dépit des mesures d’apaisement prises par le nouveau Premier Ministre
(Séminaire Gouvernemental de recentrage autour de 06 points de Bel Air, destitution du
Gouverneur de la Banque Centrale de Guinée et de son Adjoint, au cœur de la corruption
d’Etat), les forces de ruptures ci – dessus évoquées réchauffèrent le front social. Les moyens
mis à la disposition du Premier Ministre, quelque importantes qu’ils puissent paraître,
n’étaient pas à la hauteur des immenses besoins socioéconomiques de la Guinée, surtout que
la période 2007/2008 marquait les débuts d’une grave crise économique et financière
internationale. Les Bâilleurs de Fonds publics traditionnels avaient des préoccupations
autrement plus importantes encore. La crise latente était aggravée par les dérives personnelles
du Premier Ministre dont le mode de gestion autoritaire des Dossiers sensibles et les
déclarations intempestives, exaspéraient les forces sociales structurées et poussaient les Partis
politiques à le soupçonner d’avoir des ambitions présidentielles. Cette dernière perspective
leur paraissait d’autant plus inacceptable que le Premier Ministre, adoubé par la Communauté
Internationale, serait un Challenger difficilement battable.
Ce fut la conjonction de tous ces facteurs crisogènes qui déboucha sur une situation
polémogène de moyenne amplitude durant laquelle, multiplication des révoltes sociales et
résurgence des turpitudes militaires, se conjuguèrent pour fragiliser le pouvoir du Général
grabataire. Le Gouvernement de Partage des responsabilités, initié par la Communauté
Internationale, fit long feu.
Car, les forces conservatrices, structurées en un puissant establishment dans l’entourage direct
du Général KONTE, imposèrent leur imperium qui rappelait la situation ante.
Homme du sérail, proche de KONTE dont il fut un des Ministre influents, quoique très
discret, le nouveau Premier Ministre, M. SOUMARE, tenta de s’inscrire dans la logique
rectificative de son prédécesseur, tout en ménageant l’Armée. Ce fut peine perdue au moment
où l’aggravation de la maladie du Général KONTE, reclus dans son village de MASSAYA,
mit au devant de la scène politique, la lancinante question de la vacance du pouvoir. De plus
en plus, l’application des dispositions constitutionnelles conférant, de manière transitoire, le
pouvoir à M. ABOUBABAR SOMPARE (Enarque formé à Dakar), Président de l’Assemblée
Nationale, était réclamée par de nombreux Citoyens et Démocrates Guinéens. Cette position
politique et républicaine juste, ne put prospérer suite à la résistance du Clan dirigeant qui se
servait d’un paravent momifié (le Général KONTE), de l’apathie des forces politiques
d’Opposition et du veto de l’Armée. Pire, au sein même de l’establishment, il n’y avait point
de consensus sur les modalités de gestion/dévolution du pouvoir, une sourde rivalité opposant
MM SOUMARE et SOMPARE, chacun étant soutenu par des ailes du bloc dirigeant.
C’est dans ces conditions de flou politique extrême, que survint la mort du Général KONTE,
le 22 décembre 2008. Dès le lendemain, l’Armée par la voix d’un illustre inconnu sur la scène
politique, le Capitaine Moussa DADDIS CAMARA, affichait sa volonté de garantir la
« continuité militaire» ou plutôt, de préserver l’ordre militaire qui s’était imposé, 24 ans
durant, en Guinée.
L’officialisation de la prise du pouvoir par une Junte dénommée CNDD (Comité National
pour la Démocratie et le Développement) et présidée par le Capitaine Camara, le 28 décembre
2008, confirmait, avec éclat, cette hégémonie de l’Armée sur toutes les autres forces
démocratiques et politiques du pays.
Une situation paradoxale se créa, alors, en Guinée. Si la volonté populaire et démocratique qui
s’est fortement exprimée pendant les 10 dernières années de règne de KONTE, était perçue
comme un ressentiment à l’égard de la toute puissance de l’Armée, l’on avait tôt fait de
considérer l’Opposition guinéenne comme républicaine et aspirant à l’installation, en Guinée,
d’un pouvoir civil, rampe du développement.
Mais, les réactions et scènes de liesse populaire qui ont accompagné la naissance du CNDD,
imposent une révision de cette lecture de la situation politique en Guinée.
Nous pensons que le « TOUT, SAUF KONTE » l’a emporté sur toute autre perception des
exigences et impératifs politiques, surtout que le nouvel homme fort, le Capitaine Camara,
s’avéra d’un populisme débordant et d’une démagogie qui ont séduit les imaginaires de
l’écrasante majorité des populations dont le faible niveau et les travers du pouvoir de
KONTE, inhibaient toute capacité d’analyse de la nouvelle donne.
Toutefois, la rhétorique populiste s’épuisait, progressivement, tant il fut vrai que le CNDD,
pire que les Gouvernements civils qui l’ont précédé, ne sut résoudre les grandes équations
socioéconomiques du pays.
Enivré par le pouvoir, sûr de sa popularité, certain du soutien de l’Armée, le Capitaine
Camara, commit un parjure politique qui lui sera fatal. Après avoir proclamé que la Junte ne
devait gérer qu’une Transition de Redressement et de préparation à l’avènement d’un Etat de
Droit, d’une durée de 02 ans (qu’il ramena à un an, suite à la pression, tant interne qu’externe)
et qu’aucun membre de la Junte ne serait candidat à la prochaine Présidentielle, le Capitaine
se dédit et affichait, ouvertement, sa volonté de participer aux futures joutes électorales.
Cette nouvelle posture du chef de la Junte, fut perçue, à juste titre, par les forces politiques et
démocratiques, comme une véritable « trahison » et donna une nouvelle vigueur aux révoltes
sociales. De juin à octobre 2009, 127 mouvements de grèves furent enregistrés en Guinée,
dans tous les secteurs d’activités, malgré la dureté de la répression. Incapable de contrer le
mouvement social et populaire, DADDIS usa et abusa de la répression perpétrée par l’Armée
et la Police. Mais, loin de céder aux menaces musclées et à la violence militaire, les forces
démocratiques et populaires, au premier desquelles le Mouvement Syndical dirigé par
Madame KHADIDIATOU DIALLO, ne faiblirent point. Elles défièrent, frontalement, le
pouvoir de DADDIS, lors d’un exceptionnel Rassemblement populaire, rarement organisé en
Guinée, le 28 septembre 2009, jour du 51ème Anniversaire de l’Indépendance du pays, dans le
Stade mythique qui immortalise ce grand évènement historique. Paniqué et ébranlé par
l’ampleur de la mobilisation populaire, le pouvoir de DADDIS mobilisa la grande artillerie et
tira, froidement, sur la foule de civils, tuant près de 200 innocents. Ce véritable massacre, à la
limite du carnage, marquait le début de la fin du pouvoir de DADDIS CAMARA.
Cette sanglante forfaiture dénoncée par toutes les Institutions Internationales, ébranla,
fortement, le CNDD dans lequel l’autorité de DADDIS était mise en cause. Gênant et obstacle
à la mainmise de la Junte sur tous les ordres de pouvoir, DADDIS ne tardera pas à être
l’agneau du sacrifice. Ainsi, le 03 décembre 2009, dans des conditions opaques, son Aide – de
Camp, Aboubacar DIAKITE dit « TOUMBA » l’agressa par balle à la tête. Evacué d’urgence
au Maroc (non au Sénégal qui, pourtant, avait offert ses services), DADDIS était, de fait, hors
– circuit, comme le confirme sa rencontre, à OUAGADOUGOU avec son ancien Vice –
Président et désormais nouvel homme fort, le Général SEKOUBA KONATE, en présence du
médiateur Blaise COMPAORE, le 12 janvier 2010.
La déchéance de DADDIS différait les oppositions frontales, mais ne constituait, nullement,
une résolution durable de la crise politique qui prévaut en Guinée. La mise sur la touche du
Capitaine populiste entraîna, certes, un répit dans le cycle des luttes politiques internes qui,
dans leurs fondements et finalités, ne pouvaient, aucunement, se satisfaire d’une portion
politique aussi incongrue. Sous la double pression de la Communauté Internationale et des
forces politico – démocratiques internes, la Junte est contrainte de lâcher du lest. La
nomination de M. Jean M. DORE, Doyen de l’Opposition comme nouveau Premier Ministre
et celle de Madame KHADIDIATOU DIALLO, à la tête du Conseil Consultatif, en sont les
éléments les plus saillants. Certainement, elles ont le mérite d’élargir la base du pouvoir, en
termes de réajustement majeur (M. DORE est un Forestier, Mme DIALLO, une Peule, toutes
deux nominations atténuant l’hégémonie de l’alliance Malinké/Soussou, socle du pouvoir en
Guinée, depuis Sékou TOURE). Le fragile équilibre politique (le rôle et les pouvoirs de la
Commission Electorale Nationale Indépendante née sous KOUYATE, confirmés) ne semble
pas pouvoir résoudre les urgences socioéconomiques, même s’il ouvre de nouvelles et
intéressantes perspectives politiques à la Guinée.
2. DANS UN ETAT EN FAILLITE : UNE ECONOMIE DELABREE, UNE SOCIETE
ANEMIEE
Classée 170ème sur 182 Etats, par l’indice des Nations – Unies portant sur la pauvreté, la
Guinée vit une situation économique et sociale des plus difficiles. Aujourd’hui, en effet, près
de 70% de la population (plus de 55% dans les villes, plus de 76% dans les campagnes),
vivent au – dessous du seuil de pauvreté (1,25 dollars US par jour). L’instabilité politique
permanente a pour effet majeur, la chute drastique de l’APD (l’Aide Publique au
Développement) qui, en 1999, représentait 3,7% du PIB et ne représentant que 0,6% du PIB,
actuellement. Dans le même temps, l’inflation atteint son plus haut niveau depuis plus une
décennie (39,1% en 2007), avec pour conséquence centrale, la baisse dramatique du pouvoir
d’achat des populations. Pire encore, la Guinée n’ayant pas atteint le point d’achèvement de
l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés), le poids de la Dette publique Extérieure
s’avère insoutenable : l’encours de la Dette représente 100% du PIB et, à lui seul, le Service
de la Dette absorbe le ¼ des ressources budgétaires.
Pour un pays en proie à des difficultés de tous ordres, le paiement de la Dette apparaît
impossible. On comprend, dès lors, que le cumul des arriérés de paiements, puisse atteindre,
en 2009, 60 millions de dollars US. L’ampleur et le poids de la Dette Extérieure, ne devraient
point occulter, l’impact de la Dette intérieure qui, en 2008, flirtait avec les 06 milliards de
FCFA.
La Guinée, apparaît, dans ces conditions, comme un pays bloqué où les opportunités
d’Emplois sont nulles et dans lequel, la pauvreté, la paupérisation et la misère sociale
s’amplifient. A preuve, l’incidence de pauvreté s’est particulièrement aggravée, passant de
49,2 en 2002, à 53,6 en 2005. Les impacts négatifs de la Dette, de l’instabilité politique, de la
chute de l’APD et de la rareté des Investissements, expliquent la forte détérioration des
services sociaux de base que sont l’Education, la Santé, le ravitaillement en eau potable et en
denrées de première nécessité.
Du reste, les résultats de la 3ème Enquête Démographique et de Santé effectuée en Guinée, en
2005, révèlent des situations effarantes : 35% des enfants de moins de 5ans, souffrent de la
malnutrition ; près de 1/6 des enfants (163/1000), meurent avant 05 ans ; plus de la moitié des
femmes enceintes, est anémiée ; et une 1 femme/16 (980/1000 naissances), risque de mourir
pour cause de maternité ; plus de 55% des ménages à Conakry et 73% dans les campagnes,
n’ont pas accès à 03 repas par jour. Enfin, l’illettrisme frappe 71% des femmes de plus de 20
ans.
Autrement dit, dans la situation présentement en cours en Guinée, ce sont les femmes et les
enfants qui paient les plus lourds tributs aux errements des classes dirigeantes qui confisquent
le pouvoir.
3. UNE GEOPOLIQUE SOUS – REGIONALE EBRANLEE
Pour un pays de taille très moyenne (moins 300.000 km2), partager des frontières (compte
non tenu de la façade maritime) avec 06 Etats, est source potentielle de difficultés
géopolitiques. Si on y ajoute un contexte Sous – Régional ambiant dominé par la
conflictualité de forte amplitude, l’on mesure les impacts de la situation géopolitique oust –
africaine, sur le cours intérieur en Guinée.
De fait, la Guinée est intégrée dans « la dorsale forestière de feu » en Afrique Occidentale.
Longtemps durant, elle a subi les contre – coups des conflits qui ont miné certains de ses
voisins, notamment la Sierra – Leone, la Guinée - Bissau et le Liberia, ensanglantés, entre le
début des années 80 du 20ème Siècle et le début des années 2000, par de meurtrières guerres
civiles. Deux de ses voisins, le Sénégal, dans sa partie Sud et la Côte d’Ivoire, abritent des
conflits de faible amplitude.
Ces conflits, notamment ceux de forte amplitude, ont profondément déteint sur la vie
politique, économique et sociale de la Guinée. Entre 1989 et 2002, la Guinée a abrité plus de
200.000 Réfugiés Sierra – Léonais et Libériens fuyant les ravages prévalant dans leurs pays.
L’afflux massif de Réfugiés dans un pays aussi pauvre que la Guinée, ne manqua pas
d’aggraver les difficultés intérieures, malgré l’accompagnement substantiel du HCR.
Ainsi, tout le long des régions guinéennes frontalières à ces pays en conflit, l’on a assisté à
des exodes massifs de population (plus 130.000) vers l’intérieur du pays en général, vers les
villes en particulier, voire vers le Sénégal.
Plus grave encore, singulièrement durant les conflits en Sierra – Leone et au Liberia, la
Guinée fut, de fait, impliquée, militairement dans les combats, en raison des nombreuses
incursions, menées, tant par les Armées Régulières que par les Rébellions, en territoire
guinéen (obligation de poursuite pour les premières, disposition de base de repli, pour les
secondes). Pays de la ligne de front, avant de devenir, en de multiples occasions, pays engagé,
la Guinée vit la pénétration considérable d’armes légères sur son territoire. Situation qui
déboucha sur la naissance de groupes armés versant dans la rapine et de milices fortement
armées et promptes à servir de mercenaires à des factions internes impliquées dans la lutte
pour le pouvoir à Conakry.
Ce fut durant ces conflits, que la Guinée fut l’un des terreaux pour le trafic des enfants et des
femmes. Selon TRANSNATIONAL TRAFFICKING IN WEST AFRICA, entre 1990 et
2002, près de 7651 enfants et 8413 femmes ont été vendus à des groupes occultes d’Europe et
du Golfe Persique, voire à de richissimes particuliers d’Afrique, aux fins d’exploitation
domestique, de travail dans les Plantations, dans les Entreprises, ou, simplement, pour
« adoption » (pour ce qui concerne les enfants). La « guerre nomade » dont parle Michel
GHALY, relativement à l’Afrique forestière, s’est traduite par la porosité des frontières, les
trafics d’armes, la généralisation de la corruption et une insécurité qui gagne toutes les zones
du pays.
Le pays souffre, aujourd’hui, du dérèglement géopolitique qui caractérise l’Afrique
Occidentale. Le réseau d’alliances politiques tissé par KONTE dans la Sous –Région a volé
en éclats. Le Sénégal, ayant perdu de son influence politique sous – régionale, au profit du
Burkina et la Côte d’Ivoire, terre d’afflux principale des Guinéens expatriés, ne sont plus les
interlocuteurs privilégiés de Conakry, surtout que le Président Wade a, trop tôt, misé sur le
Capitaine DADDIS CAMARA, pour reconquérir un leadership ouest – africain perdu et pour
garantir un soutien de poids dans sa gestion du conflit en Casamance (contourner « l’obstacle
gambien », ne pas trop dépendre de l’instable Guinée –Bissau).
Le nouveau pouvoir de SEKOUBA KONATE semble regarder ailleurs et à aucun moment
des prises de décision majeures, il n’a du solliciter l’avis du Sénégal ; et depuis sa prise de
fonction effective, il n’a fait de l’axe Dakar-Conakry, une priorité de sa politique Sous –
Régionale.
Dans une période des incertitudes ouvertes et de recherche de nouvelles voies garantes de
stabilité durable, la Guinée est en passe de redessiner les contours de sa nouvelle politique
Sous –Régionale.
Cependant, même si les autorités politiques du Sénégal et de la Côte d’Ivoire semblent hors –
jeu dans la gestion sous –régionale actuelle de la crise guinéenne, les enjeux et inter –actions
démographiques et économiques sont tels que, dans le moyen terme, ces deux pays
s’avéreront incontournables dans toute résolution durable de la crise.
4. UN PAYS « RICHE » APPAUVRI ET OBJET DE MULTIPLES CONVOITISES
A l’instar de la République Démocratique du Congo, la Guinée est considérée comme un
véritable « scandale géologique ». La plupart des matières premières de première importance,
y sont trouvées. C’est le cas de la bauxite (qui assure la production d’aluminium) pour
laquelle, avec une production annuelle de 15 millions de tonnes, la Guinée dispute le premier
rang mondial à l’Australie et dont les Réserves, revues en 2007, sont estimées à 40 milliards
de tonnes. La Guinée est, également un grand pays producteur d’or, de diamant, de fer, de
nickel et d’uranium. Son potentiel hydro – électrique (estimé à 26.000 gigawatts/ha) est l’un
des plus importants d’Afrique, le FOUTA DJALLON étant le véritable Château d’eau de
l’Afrique Occidentale, à partir duquel, plusieurs grands fleuves Ouest – Africains (Sénégal et
Niger, principalement), tirent leur source.
Les Grandes Puissances du G8, tout comme les Grandes Firmes Multinationales, ne sont pas
insensibles à cette formidable richesse du Sous –Sol guinéen.
Ainsi, malgré la longue brouille franco – guinéenne générée par le « NON » historique de
Sékou TOURE à DE GAULLE, le 28 septembre 1958, les Entreprises françaises sont
fortement présentes en Guinée. Elles sont même, de toutes celles des pays du G8, les mieux
représentées en Guinée. On recense, en 2007, l’implication de 70 grandes Entreprises
françaises en Guinée, dont 25 ont des Filiales présentes sur le territoire guinéen. Parmi, elles,
les plus significatives sont BNP PARIBAS dans le secteur bancaire et financier, le Groupe
BOLLORE dans les Services Maritimes, TOTALFINA dans les hydrocarbures et ALCATEL
dans les Télécommunications.
L’intérêt que Paris accorde à l’exploitation des ressources minières et minérales de la Guinée,
s’est vérifié à travers l’important Forum des Affaires en Guinée, organisé, en 2007, à Paris
sous la présidence du Premier Ministre de l’époque, M. L. KOUYATE et qui mobilisa 300
Entreprises françaises. C’est, également, pour cette raison, que Paris en pleine difficulté pour
l’identification et la matérialisation d’une « nouvelle politique africaine de la France », aborde
le problème guinéen, avec une extrême prudence. Coincée entre son désir de voir les intérêts
français consolidés et élargis d’une part et les obligations de respect de la Démocratie et de
l’Etat de Droit, d’autre part, Paris se contente de Déclarations Générales et utilise les grandes
Institutions Internationales engagées dans le conflit, pour mieux cacher son jeu. L’analyse du
Discours dominant, aussi bien à l’Elysée qu’au Quai d’Orsay, témoigne d’une ligne fondée
sur la « rectification graduelle » qui pousse les militaires à assurer des concessions sur des
questions sensibles et, dans le même temps, à éviter tout basculement de la Guinée dans une
guerre civile grosse toutes les dérives et incertitudes. Cette position signifie que Paris
privilégie les Réformes graduelles qui évitent tout délitement de l’Armée qui, à ses yeux,
demeure encore indispensable à l’équilibre et à la cohésion de la nation guinéenne.
Pourtant, la France n’est pas le seul pays du G8 impliqué dans les affaires économiques de la
Guinée. Les USA y sont fortement présents, notamment par le biais d’ALCOA/ALCAN,
HEWLETT PACKART, XEROX et GENERAL ELECTRIC et BP BILLINTON.
Pour sa part, le Canada, via, principalement, le Consortium ALUMINIA GLOBAL, est au
cœur de l’exploitation de la bauxite, de l’or et du nickel. La Firme RIO TINTO, permet au
Royaume – Uni et à l’Australie, de garantir une présence soutenue en Guinée.
Quant à la Russie, elle gère, par le biais du Groupe ROUSSAL, d’importantes positions dans
la bauxite et la production d’uranium, au moment où les Japonais investissent le fer, la bauxite
et la construction d’un important Port Minéralier.
Depuis le dernier Trimestre de 2009, la Chine fait son entrée dans le secteur minier, par le
bais de 03 grands Groupes et l’Inde n’est pas en reste, par l’intermédiaire de RUSKI
ALIMINIUM.
Au total, la Guinée intéresse par ses formidables richesses minières et agricoles (notamment
fruitières, avec en ligne de mire, la banane). Mais, elle ne bénéficie pas, en retour d’un appui
international à la hauteur de ce que son potentiel géophysique devrait susciter.
A la vérité, seules les Nations – Unies apportent un concours substantiel à ce pays meurtri et
malade de ses Elites politiques et Militaires. L’aide Onusienne se décline en 03 points :
a) l’appui à l’élaboration de politiques nationales basées sur les Objectifs du Millénaire
pour le Développement (OMD), s’appuyant sur un DSRP (Document de Réduction de
la Pauvreté). Le coût global de l’engagement institutionnel est estimé, d’ici à 2015, à
99,4 dollars par personne et par an (soit, environ, entre 10 et 12 milliards de dollars en
10 ans),
b) l’alignement du processus de programmation du Système des Nations – Unies sur les
priorités Nationales, par les soins : d’un Plan – cadre pour l’aide au développement
(d’un coût de 100 millions de dollars) ; d’une contribution technique et financière dans
l’élaboration et la mise en œuvre d’un Programme Minimum d’Urgence pour répondre
aux besoins immédiats des populations (d’un coût de 12,5 millions de dollars) ; d’un
appui aux dynamiques Locales (avec un Budget de 80 millions de dollars)
c) le renforcement du cadre de concertation et de coordination sous –régionales avec un
budget estimatif de 200 millions de dollars
Malgré tous ces efforts ainsi déployés, la Guinée sombre dans la banqueroute économique, la
faillite de l’Etat et dans une insoutenable situation sociale qui confine les populations dans les
limites de la survie.
5. QUELLES PERSPECTIVES DE SORTIE DE CRISE ?
Plus d’un demi – siècle après son avènement à la souveraineté internationale, la Guinée
n’arrive toujours pas à décoller, en dépit de ses immenses richesses naturelles. Elle fait partie
des PMA, les Pays les Moins Avancés du monde.
Il est donc temps que de nouvelles voies de sortie de crise soient explorées et matérialisées.
Nous pensons, à la lumière de notre lecture de la situation qui prévaut dans ce pays et ci –
dessus exposée, que parmi ces voies nouvelles, figurent :
5.1.
La Refondation de l’Etat et la Restauration de la République. Depuis l’Indépendance,
l’Etat de Droit a été piétiné et les principes élémentaires de la République, foulés au
pied. L’impératif de construction d’un nouvel Etat est consubstantiellement lié à
l’émergence d’un « patriotisme citoyen ». Celui – là même qui permettrait de dépasser
les clivages ethniques factices, pour valoriser le concept « GUINEE » seul paradigme
à l’aune duquel se jugent et se jaugent les actions.
5.2.
La promotion de l’approche « GENRE » dans toute politique de redressement
national, est indiscutable. La situation peu enviable des femmes en Guinée, exposée en
supra, exige une vigoureuse politique orientée vers : la scolarisation massive des
jeunes filles ; l’alphabétisation des femmes ; leur libération économique et sociale par
le biais de politiques volontaristes ; la lutte contre les violences faites aux femmes
combattues avec fermeté et vigueur (les massacres et viols, comme ceux du 28
septembre 2009, ne devraient pas restés impunis) ; un rôle plus accru des femmes dans
les instances décisionnelles de tous les secteurs d’activités (aujourd’hui, 1/8,
Gouverneur, 1/33, Préfet). Sous ce rapport, une place de choix devrait être accordée
aux ONG de Femmes, pour accompagner le processus de reconstruction politique,
économique et sociale de la Guinée.
Nous pensons que FAS, au regard de son capital d’expérience et de son expertise,
devrait prendre l’initiative de la constitution d’un pool d’ONG devant aider les
Femmes de Guinée, dans cette phase décisive de leur histoire nationale.
5.3.
La révision du Code Minier en termes d’avantages à accorder aux populations locales
impliquées dans l’extraction des matières premières de leurs zones, voire pour le
financement des Secteurs sociaux de base à caractère national et stratégique
(Education et Santé, prioritairement). Il est inconcevable que moins de 10 % des
Guinéens aient accès à l’électricité et que ce pays soit déficitaire au plan agricole et
alimentaire, au regard de ses immenses potentialités.
5.4.
Une politique sécuritaire visant à désarmer les Milices et autres Groupes Armés, est à
l’ordre du jour. Mieux encore, il faut, en Guinée, une politique de RRD
(Réconciliation -Reconstruction – Développement) encadrée par la Communauté
Internationale. Le format et les modalités d’une pareille politique peuvent être
clairement exposés
5.5.
Le retour de l’investissement, tant privé que public doit aller de paire avec le processus
de reconstruction de l’Etat de Droit, qui minore la corruption et garantit une stabilité
intérieure indispensable à un environnement favorable aux Affaires et à la relance de
l’économie nationale.
5.6.
L’Aide Publique au Développement doit être révisée, à la hausse, tout comme la
Guinée doit bénéficier de mesures « de sauvegarde » (moratoires, allègement voire
suppression de la Dette Extérieure).
5.7.
La Guinée doit être aidée dans sa politique de gestion des Réfugiés (dans le sens de sa
résolution définitive). Cette nouvelle dynamique permettrait un nouvel aménagement
du territoire.
5.8.
Le retour (ou une meilleure implication) des « Guinéens de la Diaspora » doit être au
centre des politiques de redressement du pays.
5.9.
L’intégration de la Guinée dans l’espace UEMOA se pose avec acuité. Dans un délai
de 05 à 10 ans, la Guinée devrait être un membre du « Club CFA » et participer,
pleinement, à la vitalité de la CEDEAO.
Il est ahurissant de constater qu’aucun guinéen ne préside à l’une quelconque des
grandes Institutions du continent, depuis DIALLO TELLI, en 1972.
5.10. La mise en place d’un Tribunal International, pour juger les criminels impliqués dans
les divers massacres de ces dernières années, nous semble une exigence. Ce serait, en
plus de l’instauration d’un Etat de Droit, un moyen supplémentaire pour briser la toute
puissance de l’Armée, clé de voûte du pouvoir, aujourd’hui, en Guinée.
Nous pensons que la matérialisation de ces propositions pourrait favoriser le décollage
effectif de ce grand de l’Afrique Occidentale que les travers de ses Elites et l’absence de
soutien de la part de la Communauté Internationale, ont trop longtemps marginalisé.