Extraits PEA, personne ressource sur un territoire
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Extraits PEA, personne ressource sur un territoire
tique, le rôle de l’enseignant serait également de transmettre des critères de valeurs artistiques, ce qui implique une tension dynamique entre une posture 1. Enjeux et éléments pour la réflexion d’ouverture et une attitude plus conservatrice, entre la création et le répertoire : il s’agit dans le même temps de s’ouvrir La m mat atiè at ière iè re ttra rans ra nsmi mise mi se et les le s mo mode des de s de ttra rans nsmi ns mission Didier MOMO, professeur de saxophone au conservatoire de Saint-Malo aux pratiques artistiques issues de pratiques sociales, tout en transmettant une culture commune héritée, formant un Les PTEA sont au cœur d’un processus composite patrimoine commun. La question se pose et complexe : de savoir ce que l’on veut obtenir chez les Entre culture et éducation, entre art et pédagogie, élèves formés : quel est l’élève « attendu », ils sont une courroie de transmission indispensable qu’il soit rêvé ou idéalisé ? Celui qui reste vers leur(s) public(s). un décalque de l’enseignant ou celui à Entre production et communication, entre exigences qui l’on a transmis la capacité de s’appro- techniques et culture du sens, ils sont un socle prier un matériau musical, théâtral et / de qualité et de connaissance unique pour l’existence ou chorégraphique et de lui donner sens ? d’une vie artistique dans la cité. Le groupe réaffirme que l’objectif priori- Entre tradition et création, entre les diverses taire des établissements d’enseignement esthétiques, ils sont une passerelle sans laquelle artistique est de former des amateurs il serait impossible d’inventer le monde artistique autonomes. Dans cette perspective, d’aujourd’hui. quelle que soit la matière enseignée, Bien sûr, tout ne se passe pas « dans » les conservatoires, issue du répertoire ou de la création, toutefois leur place centrale en matière d’art la matière doit rester vivante, pour favo- nécessite de se préoccuper au premier chef de leurs riser le plaisir et l’émotion. moyens d’action. Les attentes des publics et les destinations des établissements ont beaucoup évolué tout en se diversifiant depuis vingt-cinq ans. Afin d’éclairer les rôles et fonctions du PTEA, examinons deux éléments essentiels de leur métier : 22 ce qu’ils transmettent et comment ils le transmettent. D’infinies variantes existent sur ces deux questions, toutefois l’exemple d’une classe de saxophone d’un établissement du réseau Bretagne permettra de se faire une idée de ce qu’elles recouvrent. Extraits de l'ouvrage Professeur d'enseignement artistique, personne ressource sur un territoire – Spectacle vivant en Bretagne Publications des travaux du Groupe de Recherche mené d’octobre 2005 à juillet 2007 L'intégralité de l'ouvrage peut être communiqué sur demande auprès de Yonne Arts Vivants 23 La matière transmise Les modes de transmission 1. Liée au lieu : 1. L’esthétique ou le courant culturel de la musique Héritiers de l’école de saxophone française, nous transmise : nous efforçons d’en transmettre l’esprit et la lettre. Chaque musique engendre elle-même son approche : 1. Enjeux et éléments pour la réflexion Par ailleurs, la musique contemporaine occidentale un solo de C. Parker ou un tango d’A. Piazzolla, sollicite beaucoup le saxophone et nécessite une place une rythmique cubaine ou bien une transcription importante dans nos classes. de J.S. Bach, une étude de C. Lauba ou un solo Enfin les traditions musicales de Bretagne sont nombreuses de G. Bizet ... et très vivantes. Elles ont ainsi, de fait, une place Quelques modes de transmission : la tradition dans notre enseignement. et la transmission orale, le travail avec ordinateur 2. Liée à l’instrument : de pupitre ou de quatuor, le soliste, le saxophoniste ou sur bande, l’improvisation collective, le son Le jazz et les musiques improvisées représentent un corpus d’orchestre ... essentiel du métier de saxophoniste, de son répertoire Depuis plusieurs années déjà, les perceptions et de ses aspirations musicales. La musique contemporaine sensorielles du musicien font l’objet d’un travail a su, elle aussi, tirer le meilleur des vastes possibilités spécifique essentiel au jeu du musicien. techniques et sonores de l’instrument. De manière générale, le saxophone est un instrument nomade, aux timbres poly- 2. Le projet et le profil de l’« élève » : morphes, qui se plaît aux rencontres et aux styles les La démocratisation de la musique et l’implication plus plus improbables. grande des PTEA dans la cité et sur leur territoire induisent aussi des modes de transmission différents. 3. Liée à l’époque : La conduite et l’accompagnement de projets (pédagogiques L’électronique, le traitement du son, les « mixages » ou du musicien) sont de plus en plus présents dans notre d’univers artistiques modifient et complètent aujourd’hui travail (un amateur adulte membre d’une fanfare, un groupe les techniques du saxophone.L’ensemble de la filière de rock en quête de « coaching », un violoniste classique des métiers de la musique ne cesse d’évoluer et de voulant travailler le phrasé bop ...). se transformer, il nous revient de préparer les musiciens à ces réalités et à leurs rouages. Notre métier est en profonde mutation depuis plusieurs années ; il en est d’autant plus passionnant et enrichissant à chaque minute. Mais ces mutations posent des questions cruciales en matière de reconnaissance, 24 de moyens et d’organisation. 25 1. Enjeux et éléments pour la réflexion 26 1.2. Elém El émen ém ents en ts d de e cont co ntex nt extu ex tual tu alis al isat is ation Les Le s mi miss ssio ss ions io ns dév évolues aux au x ét étab abli ab liss li ssem ss ements em d’en d’ ense en seig se igne ig neme ne ment me nt artistique Les missions de l’établissement d’ensei- d’art polyphonique et missions voix, cen- tures en charge de la pratique en amateur, tres de pratique instrumentale amateur, organismes culturels et sociaux). La for- pôles de musiques actuelles, centres mation et l’accompagnement des ama- régionaux de musiques et danses tradi- teurs constitue le cœur de mission des tionnelles …). établissements d’enseignement artisti- Ils sont des lieux de ressources pour les que, puisque la Charte de l’enseignement amateurs ; ils les informent, les aident à artistique spécialisé en musique, danse et définir et éventuellement à assurer leurs théâtre de 2001 définit ainsi leurs mis- formations ; ils les accueillent dans leurs sions : locaux et favorisent le développement d’échanges et de collaborations entre « Pôles de référence en matière d’en- groupes amateurs, soit dans les établis- seignement artistique, les établisse- sements eux-mêmes, soit en dehors de ments d’enseignement en danse, musi- leurs murs. que et théâtre ont pour mission centrale gnement artistique ont, depuis deux Ils sont des centres d’animation de la vie la sensibilisation et la formation des décennies, largement évolué. Le rappel culturelle, proposant au public leurs acti- futurs amateurs aux pratiques artis- de ce contexte paraît nécessaire pour vités (travaux d’élèves) ; ils entretiennent tiques et culturelles ; certains d’entre eux mieux saisir le rôle que le professeur des relations privilégiées avec les parte- assurent également la formation pré- d’enseignement artistique est appelé naires artistiques professionnels et favo- professionnelle. » à occuper dans les années qui viennent. risent les échanges avec les structures et La Charte de l’enseignement artistique spé- associations culturelles, locales ou non. Cette même charte insiste sur l’ouverture cialisé définit ainsi les missions cultu- Ils contribuent à la réduction des inégali- des formations et des démarches péda- relles et territoriales des établissements tés sociales d’accès aux pratiques culturel- gogiques vers de nouvelles disciplines, d’enseignement artistique : les au travers d’actions de sensibilisation les pratiques collectives et la culture et d’élargissement des publics. artistique. « Les établissements d’enseigne- L’accès de la population à l’ensemble des ment en danse, musique et théâtre formations artistiques d’aujourd’hui doit rayonnent sur un territoire ; ils suscitent être facilité par l’organisation des éta- et accueillent les partenariats culturels blissements en réseaux non hiérarchisés nécessaires à l’exercice de leurs mis- de réflexion et de collaboration dans le Les Le s im impl plic pl icat ic atio at ions ns territoriales de lla a lo loii du 113 3 ao août 2004 sions. cadre de schémas intercommunaux, La loi du 13 août 2004, dite loi relative Ils travaillent également en étroite col- départementaux et régionaux ». aux libertés et responsabilités locales, a en place conjointement par les collecti- L’établissement apparaît ainsi comme première implication concerne les effets vités territoriales et l’État (associations centre de ressources pour toutes les pra- des nouvelles responsabilités des collec- régionales et départementales, centres tiques artistiques (milieu scolaire, struc- tivités sur l’enseignement artistique. La laboration avec les structures relais mises une double implication territoriale. La 27 seconde implication concerne les consé- riales pour la culture (FNCC ) 11 et, d’autre instituée par le ministère de la Culture l’ensemble des partenaires, puis un effort quences de ces nouvelles responsabilités part, un représentant de l’État. dès sa création 13. Le fait de privilégier de visibilité du projet commun. Cette pro- l’œuvre d’art au détriment d’une concep- cédure de co-construction oblige à tra- tion de l’art comme processus favorise vailler à partir du territoire et non plus enseignants. Pour un développement de la co-construction de politiques publiques également l’élaboration des politiques seulement à partir des institutions, ce Notons tout d’abord que les articles de la À l’occasion de son intervention 12, Guy culturelles à partir d’équipements et qui bouscule les missions de chaque par- sur les missions des établissements et donc, par ricochet, sur les missions des 1. Enjeux et éléments pour la réflexion 28 loi, qui concernent spécifiquement les Dumélie, vice-président de la FNCC , moins à partir des attentes des popula- tenaire, et ce qui aura nécessairement enseignements artistiques, fondent les revient sur la Charte de l’enseignement tions. Malgré les avancées des lois sur les des répercussions sur les missions, voire compétences désormais attribuées aux artistique spécialisé de 2001, formalisée intercommunalités (1992 et 1999) et sur sur le statut, des enseignants. collectivités sur une approche territoriale, par le ministère de la Culture. Elle inscrit les pays (1999), ces différentes représen- que ce soit à l’échelon communal, inter- clairement l’enseignement artistique tations créent des freins pour penser le communal, départemental ou régional. dans le territoire, sous la responsabilité territoire dans une vision globale et La mise en place des schémas départe- principale des collectivités territoriales. concrète. Ainsi, Guy Dumélie remarque Suite à l’intervention de Guy Dumélie, mentaux de développement des ensei- Pourtant, malgré un accueil favorable, que le statut des enseignants, qui date Jean-Marie Colin, inspecteur de la créa- gnements artistiques en musique, en le constat que l’on peut poser, six ans de 1991 et qui n’a toujours pas été revu, tion, des enseignements artistiques et de danse et en théâtre, comme l’adoption après, est que l’on se préoccupe encore n’évoque pas la dimension territoriale l’action culturelle à la MCC / DMDTS 14, de plans régionaux de développement des insuffisamment des aspects territoriaux des missions des enseignants. présente la genèse et l’esprit des schémas formations professionnelles, qui incluent de l’enseignement artistique. La loi La loi d’août 2004 fournit alors l’occasion départementaux tels qu’ils sont envisa- Pour une politique de démocratisation et de solidarité territoriale l’organisation de cycles d’enseignement d’août 2004 semble, selon Guy Dumélie, d’une meilleure inscription de l’établis- gés dans la loi d’août 2004. Il rappelle professionnel initial (CEPI ), nécessitent avoir des difficultés à s’incarner sur le sement d’enseignement artistique sur le qu’ils sont le fruit d’une convergence une adaptation des établissements à ce terrain et dans les pratiques profession- territoire. Ainsi, par exemple, la ques- d’intérêts entre professionnels, collecti- nouveau contexte. C’est pourquoi le nelles. Les raisons de ces lenteurs dans tion de l’égalité d’accès posée dans le vités et État, et qu’ils ont été élaborés groupe de recherche a pris connaissance la prise de conscience du territoire sont cadre des schémas départementaux dans un climat de consensus politique. des enjeux et des modifications récentes plurielles. On peut citer, notamment, le oblige à une large réflexion entre collec- En effet, dès le milieu des années 1990, du contexte politique, en sollicitant, poids de la centralisation qui a conduit tivités et partenaires concernés. Pour le ministère de la Culture se posait la d’une part, un représentant de la Fédé- trop souvent les collectivités à reproduire élaborer un projet commun de territoire, question des pans d’action publique qui ration nationale des collectivités territo- l’organisation par discipline artistique il s’agit de partager des objectifs, après pouvaient être décentralisés, tandis que l’état des lieux des projets et des besoins se poursuivait la réflexion sur l’avenir du territoire. Cette démarche exige, des Départements. Par ailleurs, les expé- d’une part, un travail de conviction de riences de l’Ille-et-Vilaine (« plan Dubost » 11 12 29 La FNCC est née en 1960 à l’initiative d’un groupe de maires de toutes tendances politiques, et placée sous la présidence de Michel Durafour, alors maire de SaintÉtienne. La fédération rassemble aujourd’hui 460 communes et regroupements de communes, beaucoup de Départements et une majorité de Régions de France. Elle a contribué à la prise de conscience de l’importance des politiques culturelles locales. Séminaire des 29 et 30 juin 2007, conservatoire à rayonnement intercommunal de Saint-Malo. 13 14 Le ministère des Affaires culturelles, en 1959, organise son intervention par le biais de directions sectorielles qui gèrent un secteur artistique particulier. Il faut attendre la fusion de la Direction de la Musique et de la Danse et de la Direction du Théâtre et du Spectacle en 1998 et la création de la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles pour voir apparaître des directions transversales. Jean-Marie Colin a quitté ses fonctions au sein de la DMDTS en juin 2007. lancé dès 1988) et de la Mayenne, jugées culturel et territorial, il s’appuie sur positives par l’État, servaient de modèles l’analyse d’expériences réussies. pour une décentralisation des enseignements artistiques. Jean-Marie Colin tient 1. Enjeux et éléments pour la réflexion à souligner la volonté historique, en Bretagne, de valoriser l’approche territoriale de l’enseignement artistique. Contrairement au rapport sur la décentralisation culturelle de René Rizzardo 15, Du b bon on u usa sage sa ge d des es s sch chém émas dépa dé part pa rtem rt emen em enta en taux ta ux de e déve dé velo ve lopp lo ppem pp emen em entt de ll’e ’ens ’e nsei ns eign ei gnem gn emen em ent ar en artist stique Bernard BRETONNEAU, directeur de l’addm22 qui proposait des transferts vers les collectivités locales en fonction des cycles d’enseignement, les responsabilités Les schémas, instaurés par la loi du 13 août 2004, transférées par la loi de 2004, si elles permettent aux départements de réaliser un outil adapté sont moins définies et moins faciles à et structurant pour l’enseignement artistique. Ils mettre en œuvre, sont plus stimulantes. s’appuient sur les états des lieux, et sont construits Elles touchent en effet à deux objectifs en concertation avec les acteurs (lieux d’enseignement, partagés par l’État et les collectivités : la collectivités) et les représentants de l’État. démocratisation culturelle et artistique Prenant en compte les objectifs départementaux en matière (faciliter et élargir socialement l’accès de d’aménagement culturel, les besoins des territoires, la population à l’art et à la culture) et la les orientations de l’État en matière d’enseignement solidarité territoriale (corriger les inéga- artistique, ils sont donc spécifiques et adaptés à chaque lités sur un territoire par des dispositifs département. Ce sont des leviers pour le développement de péréquation). Ces nouvelles compé- des structures grâce aux dispositifs d’accompagnement tences impliquent de travailler en concer- qu’ils proposent : aides au fonctionnement, aides tation, dans un esprit ouvert et créatif. aux postes et plan de formation continue. C’est pourquoi, en 2004, un vade-mecum 30 sur les schémas départementaux a été Les schémas incitent à réfléchir au parcours de l’amateur élaboré ; réalisé en partenariat entre les et à sa formation, aux modes de l’action culturelle directions régionales des affaires cultu- sur le territoire, donc à penser un service au public relles, l’Association des Départements plus en lien avec la cité.La matérialisation des de France, la Fédération nationale des orientations d’un schéma départemental se traduit par collectivités pour la culture et l’ensemble un conventionnement d’objectifs, entre la collectivité du réseau des associations départemen- et le Département, conventionnement qui intègre le projet tales et régionales de développement d’établissement (les orientations de la structure et les moyens mis en œuvre), les objectifs culturels des collectivités. 15 René Rizzardo, avec la collaboration de Pierre Moulinier, La Décentralisation culturelle, rapport au ministre de la Culture, Paris, La Documentation française, 1991. 31 Cela définit un « territoire » dans lequel l’enseignant sera amené à exercer, avec diverses casquettes : professeur, formateur, encadrant de pratiques amateurs, artiste ... Une information et une concertation au sein de la structure, 1. Enjeux et éléments pour la réflexion associant le PTEA à l’élaboration des orientations de celle-ci, seront gage d’efficacité, de « calage » des missions. Écol Éc ole ol e dé dépa part pa rtem rt emen em enta en tale et sché sc héma hé mas ma s dé dépa part pa rtem emen em entaux Jean-Marie COLIN, directeur du conservatoire à rayonnement départemental de l’Aveyron Vu sous cet angle, le PTEA est donc ressource dès lors qu’il est en phase avec ce territoire, ses attentes et les actions culturelles délimitées par ce conventionnement. Il appartient aux équipes de s’approprier pleinement ce dispositif pour en saisir les enjeux. Entretien avec Jean-Marie COLIN, directeur du conservatoire à rayonnement départemental de l’Aveyron (inspecteur de la création, des enseignements artistiques et de l’action culturelle MCC/DMDTS au moment de la réflexion menée par le groupe de recherche). L’école départementale est-elle l’alternative à un schéma départemental ? Non, c’est un aboutissement possible, qui dépend du contexte territorial et d’opportunités politiques. Ainsi, dans le département de l’Aveyron, lorsque l’école a été créée, il y a vingt ans, le territoire était pourvu de quelques écoles associatives mal structurées et souvent en difficulté. Les collectivités se sont tournées vers le conseil général, qui a joué un rôle fédérateur, dans un esprit, finalement, proche de celui des schémas départementaux actuels, avec des objectifs relativement similaires. Le conseil général de l’Aveyron, alors conseillé par les services du ministère de la Culture, a proposé une structure gérée par un syndicat mixte, intégrant dans un même établissement les écoles existantes. L’école départementale est à présent classée conservatoire à rayonnement départemental et doit choisir sa deuxième discipline (danse ou théâtre), afin de répondre à l’ensemble des critères de classement. 32 Aujourd’hui, suite à l’état des lieux mené par le conseil général dans le cadre de la mise en place des schémas départementaux, elle est officiellement désignée comme l’outil de mise en œuvre du schéma, du moins pour la musique. 33 Ainsi, au vu des textes référents concer- due des autres tâches de l’enseignant. préparation soit suffisant. Cette prépa- pratique amateur, ou dans une perspec- nant l’enseignement artistique, on peut C’est pourquoi le groupe de recherche a ration de cours requiert, en fonction des tive professionnelle, tout comme la com- considérer que l’enseignant a deux mis- souhaité explorer les formes que prend cas et des disciplines, l’élaboration de munication des évaluations et la relation sions principales : une mission d’ensei- la mission pédagogique et les temps mul- situations, l’écriture d’exercices, la avec les parents d’élèves, appartiennent 2. Le métier d’enseignant artistique et les spécifités du PTEA, personne ressource sur un territoire gnement, qui constitue le « cœur de tiples qu’elle implique, laissant de côté recherche de répertoire, l’écriture de aux tâches d’évaluation. L’enseignant métier » et une mission d’action cultu- une réflexion approfondie sur les ques- partitions, l’écriture de mouvements doit également être à même d’évaluer son relle, sur laquelle les textes récents insis- tions de contenu et/ou de démarches chorégraphiques ou de chorégraphies propre travail. De façon ponctuelle, essen- tent tout particulièrement. Notons que pédagogiques 22. Sans être dans une énu- spécifiques, l’écriture d’arrangements, tiellement à l’issue des cycles, l’évalua- le pré-requis à l’exécution de ces deux mération qui se voudrait exhaustive 23, missions est constitué par la dimension le groupe de recherche a considéré que le la lecture de partitions, la consultation tion concerne l’ensemble des activités d’ouvrages, l’écoute de morceaux instru- liées aux jurys, organisés localement, régionalement, voire nationalement. artistique du métier. L’enseignant trans- temps pédagogique réel se composait de mentaux, le visionnage de spectacles, la met une matière artistique. On pourrait ces principales tâches : collecte de morceaux instrumentaux ou alors dire que l’artistique forme le socle vocaux, mais aussi l’utilisation d’outils Recherches personnelles et concertation Face-à-face pédagogique pédagogiques ou ceux liés aux nouvelles Le face-à-face pédagogique suit un dérou- technologies. La dimension pédagogique s’accompagne lement particulier, suivant le type de cours La préparation du face-à-face pédagogi- de recherches personnelles, par la lecture (collectif ou individuel), mais le temps de que exige également, pour la plupart des d’ouvrages didactiques ou la participa- travail avec l’élève comporte dans tous les disciplines, une pratique instrumentale, tion à des colloques ou symposiums. Des cas un certain nombre de phases : accueil, vocale ou corporelle régulière, qui peut temps de réflexion partagés sont égale- présentation et explication du cours, mise alors s’apparenter à un entretien quoti- ment nécessaires ; il s’agit essentielle- pédagogique, il ne reprend pas non plus en pratique, évaluation sur la prestation dien. Pour certaines disciplines spécifi- ment de réunions en interne ou en l’ensemble des composantes de cette mis- de l’élève, prospective pour orienter le ques, la pratique instrumentale est externe de l’établissement, dans le cadre, sion pédagogique. En effet, lors des travail de celui-ci. de sa pratique professionnelle. Le « cœ cœur ur d de e mé métier » : l’en l’ ense en seig se igne ig neme ne ment me nt Si le statut ne mentionne que le temps échanges avec les élus 20 et les responsables administratifs 21, il est apparu que cette indication horaire, qui ne considère Préparation du face-à-face pédagogique requise de fait, simultanément à l’acte notamment, de réseaux professionnels pédagogique (accompagnement, direc- (conseil pédagogique, conseil de dépar- tion de chœur ou d’orchestre, …). Dans tement, réunion d’équipes, réseau dépar- ce cas est exigée une pratique instrumen- temental, régional ou national, …). Ces que le temps de face à face pédagogique, Le face-à-face pédagogique n’est fruc- tale soutenue. Ceci tend à montrer qu’il réunions exigent, parfois, des temps de empêche de penser la diversité et l’éten- tueux qu’à la condition que le temps de est difficile de distinguer trop stricte- préparation ou la formalisation de ment une dimension pédagogique et une comptes-rendus. La définition des objec- dimension artistique. tifs de cycle, des objectifs à long terme 20 48 21 22 23 Rencontres avec Richard Ferrand, 9 janvier 2006, CEFEDEM Bretagne - Pays de la Loire, site de Saint-Brieuc et Christian Provost, 30 juin 2007, conservatoire à rayonnement intercommunal de Saint-Malo. Rencontres avec Françoise Chomette et Anne-Marie Derrien, 6 novembre 2006, conservatoire à rayonnement départemental de Brest. Celles-ci pourraient constituer l’objet et la matière d’un groupe de recherche ultérieur, parce qu’elles constituent le noyau même de la pratique professionnelle de l’enseignant. Voir le référentiel de compétences de l’enseignant artistique du CNFPT en annexe. pour les élèves, comme la programmaÉvaluation tion d’événements dans le cadre pédago- L’évaluation du travail de l’élève, qu’elle gique, nécessite également le repérage soit continue ou en fin de cycle, nécessite de ressources et de moyens internes ou l’élaboration d’outils spécifiques. L’orien- externes, ainsi que le repérage et la mobi- tation de l’élève, au sein d’un parcours de lisation de partenaires potentiels. 49 Logistique et organisation administrative La fonction pédagogique génère des tâches de logistique et d’administration, 2. Le métier d’enseignant artistique et les spécifités du PTEA, personne ressource sur un territoire qui peuvent être variables selon la discipline ou l’esthétique enseignée. Ces tâches sont plurielles et variées : expertise Péda Pé dago da gogi go gie gi e et m mod odul od ules es : une un e ex expé péri pé rien ence en ce van anne an netaise Anne LE BORGNE, professeure de formation musicale au conservatoire de Vannes-Pontivy-Sarzeau pour le choix de matériels et la politique d’acquisition, veille documentaire, installation des espaces de pratique, accord En septembre 2007, le département de formation musicale des instruments, gestion du parc instru- avait pressenti, en concordance avec l’orientation mental, relation aux luthiers avec une du nouveau schéma directeur, le besoin de mettre en place fonction d’expertise, … un fonctionnement modulaire, pour le second cycle. La question de l’établissement d’ensei- En effet, le conservatoire a pour devoir de porter gnement artistique comme lieu de travail les élèves qui le souhaitent vers un niveau professionnel ; personnel et lieu de ressources paraît mais aussi d’accompagner une majorité d’entre eux au sein cruciale, en raison de la montée en puis- d’un cursus amateur, en répondant à leurs attentes sance des tâches de recherche, de logis- et leurs besoins. tique et d’administration qui se ratta- La constatation qui est faite bien souvent pour un chent à la fonction pédagogique. Les bâti- adolescent de second cycle est la perte de motivation ments ne sont pas aujourd’hui prévus en formation musicale. pour accueillir dans des conditions satis- Pour pallier ce problème, notre objectif était que faisantes l’ensemble des membres de l’élève réfléchisse (avec son professeur d’instrument, l’équipe pédagogique. ou d’autres acteurs de sa formation) sur ses besoins, ses envies ; et qu’il soit l’acteur de son parcours musical, au moins pour la période du second cycle. La base de départ est la mise en place d’un « tronc commun » obligatoire (de 45 minutes) où sont traités les incontournables de l’apprentissage, soit par l’instrument, soit par le chant, auquel s’ajoute un module choisi par l’élève, pour une période de 6 à 7 semaines 50 (entre deux périodes de vacances). Ainsi, sur une année, chaque jeune aura participé à 4 modules qui auront été validés par les professeurs. Les modules que nous avons mis en place sont : la culture musicale, la pratique rythmique (avec ou sans percussions), le travail d’écoute, 51 Le b bes esoi es oin oi n d’ d’in info in formation et d de e fo form rmat rm atio at ion n Pour bien saisir l’environnement professionnel et territorial, ainsi que le contexte politique, la circulation de l’in- La dimension de professeur ressource 2. Le métier d’enseignant artistique et les spécifités du PTEA, personne ressource sur un territoire 86 formation est cruciale. La documenta- implique des compétences et des connais- tion qui arrive dans un établissement sances que la formation initiale ou conti- d’enseignement artistique doit être nue ne dispense guère. Les deux domaines transmise de façon efficace et pertinente dans lesquels les besoins en formation à l’équipe pédagogique, ce qui relève du sont les plus flagrants sont les domaines management. Afin que l’information du partenariat et de la pédagogie. Pour le destinée aux élèves, aux professeurs, aux Et d dan ans an s un s siè iècl cle ? Marc SCHUSTER, conseiller aux études au conservatoire de Brest métropole océane En ce début d’année 2104, centenaire de la fameuse loi premier domaine, plusieurs thématiques, élus, aux partenaires soit efficace (lisible ayant réorganisé durablement l’enseignement de la musique, qui pourraient être dispensées sous forme et attractive), les établissements auraient de la danse et du théâtre, j’ai la grande chance de modules de formation spécifique, ont intérêt à définir et à mettre en œuvre une de travailler dans un conservatoire riche en professeurs été évoquées : conduite de projets, suivi stratégie de communication. Ainsi, le aux multiples ressources. Le professeur ressource : de projets ouverts, mécanismes de ges- professeur ressource doit être capable de il y a 100 ans, une simple et belle idée encore à l’état tion culturelle, information et commu- présenter, de décrire et de communiquer de germe dans notre pays mais que quelques Bretons nication, connaissance des réseaux de sur les projets et les activités qu’il met ont décidé de faire fructifier. diffusion, travail partenarial avec d’autres en place. Enfin, dans le respect du fonc- Aujourd’hui, dans les quelque 30 000 conservatoires enseignants, encadrement et structura- tionnement hiérarchique interne à l’éta- de France tous rayonnements confondus 1, année après tion de la pratique amateur extérieure à blissement, il est important pour le profes- année, je reste fasciné par le foisonnement d’idées et l’établissement … Pour le second domaine, seur ressource de bénéficier d’échanges de propositions émanant des professeurs, par la capacité pédagogique, le développement des par- avec les élus. de chacun à toujours rechercher, inventer, créer ... cours diversifiés pour les élèves et la mul- à donner de la vie dans nos écoles. Oui, je rencontre tiplication des situations de formation de tous les jours des « enseignants-chercheurs », avides de formateurs dans lesquelles sont amenés nouveautés, d’expériences artistiques ou pédagogiques, à se retrouver les PTEA suscitent de leur de répertoires encore inconnus, de nouvelles technologies, part une demande de formation. Les solu- remettant chaque année en question le fonctionnement, tions de mission-conseil auprès de l’en- l’organisation même de leurs classes. Ces professeurs seignant, de coaching et/ou d’échanges curieux (certains auraient dit, il y a encore un siècle, pédagogiques réguliers entre pairs ont été « ces curieux professeurs ») travaillent toujours en évoquées. À propos de l’orientation pro- véritables équipes, non plus constituées par la direction fessionnelle, les membres du groupe de qui, par le passé, décrétait qu’« il faut travailler recherche se sentent relativement dému- en équipe ! », mais bien nées de la nécessité absolue d’être nis. Il leur semble nécessaire de disposer ensemble pour pouvoir échanger, puis développer ses idées. d’informations sur les formations professionnelles existantes. 1 Notons ici que le tout-puissant ministère de la Culture a dû recruter 3 596 nouveaux inspecteurs généraux afin de classer ces écoles. 87 C’est devenu une évidence aujourd’hui, alors qu’à près de 150 ans, j’approche de l’âge de la retraite ... Mais que les premiers temps ont été beaux et riches ! J’étais alors un jeune enseignant de 50 ans. À cette époque, 2. Le métier d’enseignant artistique et les spécifités du PTEA, personne ressource sur un territoire 88 nous étions déjà nombreux, par exemple, à pratiquer notre art entre collègues au sein de l’établissement, nous positionnant ainsi comme partenaires artistiques. Le ttem emps em ps p pro rofe ro fess fe ssio ionnel de ll’e ’ens ’e nsei ns eign ei gnan gn antt an Isabelle PONCET, professeure de piano au conservatoire de Brest métropole océane Nous nous retrouvions souvent en réunions pédagogiques avec la direction, mais encore plus dans celles, informelles, en salle des professeurs lors d’une pause- Ces dix dernières années, j’ai vraiment ressenti déjeuner, entre enseignants de disciplines en apparence l’évolution du métier d’enseignant en musique à travers un « éloignées » (« Dis donc, pour l’année prochaine, ça te accroissement de notre domaine d’intervention à l’intérieur dirait de travailler sur ...»). Il y avait les meneurs, et à l’extérieur de la classe. Ceci touche particulièrement les pionniers du mouvement « professeur ressource », ceux le professeur territorial d’enseignement artistique qui qui étaient toujours à l’initiative d’un nouveau projet devient, de fait, un professeur de musique qui n’est plus ou d’une expérience pédagogique et ceux qui suivaient, centré sur sa seule discipline instrumentale. participant d’abord timidement puis avec plus d’assurance. Souvent, ceux-là étaient à l’origine, l’année suivante, C’est pourquoi le rapport au temps m’apparaît de plus d’une action leur tenant particulièrement à cœur. Et s’il en plus comme une notion centrale de mon vécu quotidien arrivait une année que l’un d’entre nous, ayant beaucoup d’enseignante et d’artiste musicienne, facettes qui expérimenté, innové, ressente le besoin de souffler, s’interpénètrent en permanence. Le temps du PTEA s’est de revenir à des « fondamentaux », de se recentrer pluralisé et démultiplié à travers l’accroissement sur « sa classe » (autres manières finalement tout aussi et la diversification des compétences requises et pertinentes de se ressourcer), d’autres prenaient des missions qui en résultent. L’évolution de la demande le relais et le fourmillement était toujours aussi fort. sociale d’un public en constante mutation nous conduit Évidemment, il ne s’agissait pas d’activisme forcené, à nous ouvrir sur des domaines esthétiques de plus en de créer du mouvement, de l’agitation, il s’agissait plus éclectiques et à faire preuve d’innovation (création, simplement de ne pas rester dans l’immobilisme, d’être improvisation, croisement des arts), ce qui engendre en phase avec les élèves, avec la musique, la danse, des recherches incessantes de nouveaux répertoires et le théâtre. Avec ces disciplines où tout est mouvement, méthodologies temps de la recherche et de l’expérimentation. jeu, action ... comment aurions-nous pu avoir un système Les missions confiées au PTEA ont été aussi démultipliées d’enseignement qui ne prenne pas en compte cette vie (conseil, évaluation, orientation, encadrement, médiation, intense ? Aujourd’hui, les pionniers ont fait école agent de pôle culturel, animateur d’équipe, chef de pour le plus grand bonheur de l’enseignement artistique. projet ...) car elles se font l’écho du projet d’établissement « Qui n’avance pas, recule », disaient autrefois et de sa transversalité nos anciens : depuis un siècle, nous n’avons pas reculé. de la réflexion pédagogique. temps de la concertation et 89 Si nous, enseignants, ne sommes pas animés par cette sensibilité artistique, notre enseignement ne pourra être que purement technique, formel et désincarné. Cette dichotomie entre l’enseignant et l’artiste n’est 4. L’adaptation de la formation aux nouvelles missions et compétences Écha Éc hang ha nges ng es a aut utou ut our de la notion ou d’ « ar arti tist ti stest e-en eense en seig se igna nant » Dominig BOUCHAUD, professeur de harpe celtique 1, Soazig LE FRENE-MADIEU, professeure de danse jazz 2 et Anne MAGADUR, professeure de piano 3 sans doute pas étrangère aux difficultés que rencontre aujourd’hui la danse jazz en France : en effet, cette discipline chorégraphique est la plus enseignée dans notre pays (même si elle est encore trop peu présente dans les conservatoires) ; pourtant, elle demeure pratiquement invisible sur scène : nous souffrons d’un Entretien du 7 janvier 2008, ADDAV 56 Qu’évoque pour vous le terme d’ « artiste » ? déficit flagrant de chorégraphes et de compagnies. Depuis quelques années, nous observons que les élèves Anne : Ce terme est complètement lié à ma formation. viennent prendre des cours pour le plaisir de prendre Au conservatoire national supérieur de Paris, j’ai été des cours. Beaucoup d’élèves veulent devenir professeurs, formée pour être « artiste ». Puis, la vie nous oblige mais trop peu ambitionnent une carrière de danseur à redescendre sur terre. ou de chorégraphe. Et si des professeurs ne forment que Dominig : Mon métier, c’est d’être musicien, un musicien l’ensemble des acteurs de la danse jazz de plus en plus d’autres professeurs, le risque est grand de voir qui enseigne à temps plein dans un conservatoire mais déconnecté du monde artistique ... Il me semble primordial qui a aussi une activité artistique. Si j’utilise le mot et urgent que nous, enseignants artistiques, privilégions activité artistique, je me méfie du mot artiste qui, et facilitions ce lien entre enseignement et création. dans notre société, a une connotation péjorative (personne La transmission d’un univers va plus loin que le cadre à côté de ses pompes, complètement ingérable !) pédagogique, cela veut dire être soi-même dans une position ou excessive (personne géniale et inaccessible !). de représentation, c’est un tout. On risque de se scléroser en n’étant que dans la transmission avec l’élève. Soazig : En tant qu’enseignante d’une discipline On a besoin de se ressourcer en allant vers d’autres chorégraphique – la danse jazz –, il me paraît important artistes, en faisant des échanges avec eux, en prenant de rappeler que nous sommes avant tout des enseignants des cours soi-même. d’une discipline artistique ; notre instrument est notre corps, et du geste naît l’émotion. Nous transmettons 114 Anne : Oui, c’est très important. Mais il faut d’abord, à nos élèves bien plus qu’un langage technique : à la base, avoir eu une formation d’artiste, si on veut nous nous attachons à développer leur sensibilité transmettre une sensibilité. et devons les amener à découvrir des états de corps porteurs de véritables univers. 1 2 3 Conservatoire de Quimper Conservatoire de Vannes-Pontivy-Lorient Conservatoire de Saint-Brieuc 115 Le fait d’avoir suivi une formation au sein de laquelle vous je me pose la question de la place de l’artistique dans étiez préparés à être de futurs artistes influence-t-il votre ma pratique. Si je ne fais plus de scène, même si je danse pratique ? avec mes élèves, je développe en revanche une pratique Dominig : Au CNSMD de Paris, on nous disait : « vous serez chorégraphique, avec des élèves ou pour des commandes. 4. L’adaptation de la formation aux nouvelles missions et compétences des solistes », jamais « vous serez des enseignants ». Les choses évoluent peut-être aujourd’hui, mais c’est Anne : En musique aussi, notre activité artistique évolue. comme cela que nous avons été formés. Je ne fais plus de concerto, mais je fais de la musique Le côté soliste renforce la dimension narcissique de chambre. On a toujours besoin de se ressourcer. de l’artiste. En tant qu’artiste, tout tourne autour de toi : tes émotions, tes douleurs, tes conflits internes ... Dominig : J’ai eu la chance de faire un disque très jeune, Quand on enseigne, on est obligé de mettre cela un peu d’être un peu novateur dans le domaine de la harpe de côté. Ce qui est important c’est que la personne celtique. Actuellement, j’ai plus de peine à mener en face de soi, l’élève, arrive à s’exprimer les deux, les cours et les concerts. Toute activité personnellement. artistique demande un réel travail d’engagement personnel dans le domaine de la création, on pourrait oser dire Anne : Il faut se remettre en question en permanence. une introspection narcissique qui demande beaucoup Pour nos élèves, nous sommes des modèles. Nous de temps et de disponibilité ... ce qui n’est pas toujours devons leur montrer que nous travaillons comme eux, compatible avec le quotidien d’un PTEA qui s’investit que nous nous remettons en question, qu’à travers eux, dans son établissement. D’autant plus que le monde nous apprenons à trouver des solutions techniques ou actuel exige qu’une démarche de création soit accompagnée musicales. Ainsi, confrontés au répertoire contemporain, d’une démarche promotionnelle qui seule permettra il nous faut nous mettre au même stade de « départ » de « décrocher » des dates de concerts et des aides afin de transmettre les messages du compositeur et, financières. Cela demande beaucoup d’énergie. Il ne pour cela, trouver des touchers inédits, de nouveaux faudrait pas que le PTEA qu’on est en train de construire effets sonores. étouffe l’artiste que l’on a envie d’être. Dans votre carrière d’enseignants, existe-t-il des moments où Quel est le « plus » de l’artiste pédagogue qui a eu une vous n’avez plus ressenti le besoin d’une démarche personnelle formation artistique et une formation pédagogique ? de réalisation artistique ? Dominig : On a appris à avoir du recul, à réfléchir Anne : On a tous des moments de doute, mais on se ressource sur nos pratiques, on a quand même l’habitude de parler et on repart. en public. Quand on invite des artistes intermittents du spectacle, ils sont bien sûr d’un très bon niveau 116 Soazig : Moi, c’est ma sonnette d’alarme. Quand je me sens artistique, mais ils ont quelquefois des difficultés envahie par tous les papiers, les dossiers à monter, à parler de ce qu’ils font. On est moins dans différents les réunions, les projets pédagogiques à construire, styles très pointus, mais on sait expliquer. les formations de futurs professionnels à organiser, Notre point fort, en tant que PTEA , c’est notre compétence 117 à transmettre l’univers de la musique, à divers publics, par notre jeu instrumental, mais aussi par la parole. Cela nous permet d’être à l’aise dans de nombreux événements autour de la musique en tant que pédagogues 4. L’adaptation de la formation aux nouvelles missions et compétences et artistes. Cela implique de réfléchir à des thématiques originales, de se « mélanger » avec d’autres pratiques artistiques, de trouver d’autres lieux que « la » salle 4.2. La ffor orma or mati ma tion ti on ini niti tiale et ti cont co ntin nt inue in ue d du u fo fonc ncti nc tion onnaire de concert pour jouer. Je fais notamment des stages, où je suis en fait artiste associé. Ce n’est pas de la pédagogie quotidienne, il y a Une fois recruté, le PTEA , en tant que des cours, certes, mais je fais aussi un concert, on peut fonctionnaire, doit suivre la formation organiser également une conférence sur un thème général. initiale d’application (FIA ) 28. Par la suite, C’est la formation que j’ai eue en tant que professeur au cours de sa carrière, il peut bénéficier qui me permet de faire cela. de stages de formation continue. Le groupe de recherche a pointé qu’au sein de la profession, la multiplication des examens et des concours suscite quelquefois un sentiment de malaise, que peut renforcer l’obligation de poursuivre une formation une fois le concours de la FPT obtenu. Il a donc souhaité entendre les interventions de responsables de la formation initiale ou continue du PTEA : Sylvie Sierra Markiewicz, responsable du pôle de compétence « culture » du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT - ENACT DE NANCY), ainsi qu’Ehouarn Auffret et Patricia Poupon, responsables respectivement de la formation culture à la délégation régionale de Bretagne et des Pays de la Loire du CNFPT 29. 118 28 29 La loi du 19 février 2007 a considérablement modifié la formation professionnelle des agents territoriaux. On ne parle plus aujourd’hui de FIA (formation initiale d’application) mais de formation d’intégration et formation de professionnalisation. Interventions du 26 mars 2007, Le Triangle, Rennes. 119