Manuscrit thèse
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Manuscrit thèse
UNIVERSITE D’ANGERS FACULTE DE MEDECINE Année 2014 N°. . . . . . . . . . . THESE pour le DIPLOME D’ETAT DE DOCTEUR EN MEDECINE Qualification en : ONCOLOGIE RADIOTHERAPIQUE Par Sena YOSSI Né le 31/03/1982 au Mans Présentée et soutenue publiquement le : 12 septembre 2014 ETUDE DES SITES DE RECIDIVE APRES RADIOTHERAPIE CONFORMATIONNELLE EN MODULATION D’INTENSITE DES CARCINOMES EPIDERMOÏDES DES VOIES AERODIGESTIVES SUPERIEURES Président : Monsieur Le Professeur CALAIS Gilles Directeur : Monsieur Le Docteur TUCHAIS Claude A Monsieur Le Professeur Calais de m’avoir fait l’honneur de présider ce jury de thèse et de juger ce travail. A Monsieur Le Docteur Tuchais d’avoir accepté la direction de cette thèse ainsi que pour son humanité et ses qualités pédagogiques. A Monsieur Le Docteur Capitain d’avoir accepté de participer à ce jury de thèse, ainsi que pour ses qualités pédagogiques et son accessibilité en tant qu’enseignant qui m’ont permis de progressé tout au long de mon cursus. A Monsieur Le Professeur Laccourreye d’avoir accepté de participer à ce jury de thèse. Remerciements Je dédie cette thèse à ma famille présente ou absente. Je remercie ma compagne Anne pour son aide, son soutien, sa patience et ses sacrifices. Je remercie tous mes amis et co-internes pour leur soutien indéfectible. Je remercie Monsieur le Docteur Pointreau pour l’ensemble de ses relectures, son esprit critique et sa disponibilité à toute épreuve. Je tiens à remercier Monsieur le Docteur Cellier ainsi que tous praticiens hospitaliers du service de radiothérapie d’Angers (Dr Mesgouez Nebout, Dr Paumier, Dr Rousseau, Dr Jadaud, Dr Hamidou, Dr Georgin-Mège, Dr Vinchon-Petit) pour l’ensemble de la formation qu’ils m’ont transmis. Je remercie toute l’équipe de physique médicale (dosimétristes, physiciens, manipulateurs de radiothérapie…) pour leurs enseignements au quotidien. Je remercie les oncologues médicaux du Centre Paul Papin. Je remercie tous les praticiens de la clinique Victor Hugo au Mans notamment les Docteurs Denis, Ganem, et Lafond qui m’ont aidé à améliorer ma formation. Je remercie Anne Lise Poirier, biostatisticienne, pour son aide indispensable et sa disponibilité. UNIVERSITE D’ANGERS FACULTE DE MEDECINE Année 2014 N°. . . . . . . . . . . THESE pour le DIPLOME D’ETAT DE DOCTEUR EN MEDECINE Qualification en : ONCOLOGIE RADIOTHERAPIQUE Par Sena YOSSI Né le 31/03/1982 au Mans Présentée et soutenue publiquement le : 12 septembre 2014 ETUDE DES SITES DE RECIDIVE APRES RADIOTHERAPIE CONFORMATIONNELLE EN MODULATION D’INTENSITE DES CARCINOMES EPIDERMOÏDES DES VOIES AERODIGESTIVES SUPERIEURES Président : Monsieur Le Professeur CALAIS Gilles Directeur : Monsieur Le Docteur TUCHAIS Claude 1 2 LISTE DES ENSEIGNANTS DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE D’ANGERS Doyen Vice doyen recherche Vice doyen pédagogie Pr. RICHARD Pr. PROCACCIO Pr. COUTANT Doyens Honoraires : Pr. BIGORGNE, Pr. EMILE, Pr. REBEL, Pr. RENIER, Pr. SAINT-ANDRÉ Professeur Émérite : Pr. Gilles GUY, Pr. Jean-Pierre ARNAUD Professeurs Honoraires : Pr. ACHARD, Pr. ALLAIN, Pr. ALQUIER, Pr. BASLÉ, Pr. BIGORGNE, Pr. BOASSON, Pr. BOYER, Pr. BREGEON, Pr. CARBONNELLE, Pr. CARON-POITREAU, Pr. M. CAVELLAT, Pr. COUPRIS, Pr. DAUVER, Pr. DELHUMEAU, Pr. DENIS, Pr. DUBIN, Pr. EMILE, Pr. FOURNIÉ, Pr. FRANÇOIS, Pr. FRESSINAUD, Pr. GESLIN, Pr. GROSIEUX, Pr. GUY, Pr. HUREZ, Pr. JALLET, Pr. LARGET-PIET, Pr. LARRA, Pr LE JEUNE, Pr. LIMAL, Pr. MARCAIS, Pr. PARÉ, Pr. PENNEAU, Pr. PENNEAU-FONTBONNE, Pr. PIDHORZ, Pr. POUPLARD, Pr. RACINEUX, Pr. REBEL, Pr. RENIER, Pr. RONCERAY, Pr. SIMARD, Pr. SORET, Pr. TADEI, Pr. TRUELLE, Pr. TUCHAIS, Pr. VERRET, Pr. WARTEL PROFESSEURS DES UNIVERSITÉS ABRAHAM Pierre Physiologie ASFAR Pierre Réanimation médicale AUBÉ Christophe Radiologie et imagerie médicale AUDRAN Maurice Rhumatologie AZZOUZI Abdel-Rahmène Urologie BARON Céline Médecine générale BARTHELAIX Annick Biologie cellulaire BATAILLE François-Régis Hématologie ; Transfusion BAUFRETON Christophe Chirurgie thoracique et cardiovasculaire BEAUCHET Olivier Médecine interne, gériatrie et biologie du vieillissement BEYDON Laurent Anesthésiologie-réanimation BIZOT Pascal Chirurgie orthopédique et traumatologique BONNEAU Dominique Génétique BOUCHARA Jean-Philippe Parasitologie et mycologie CALÈS Paul Gastroentérologie ; hépatologie CAMPONE Mario Cancérologie ; radiothérapie CAROLI-BOSC François-Xavier Gastroentérologie ; hépatologie CHABASSE Dominique Parasitologie et mycologie CHAPPARD Daniel Cytologie et histologie COUTANT Régis Pédiatrie COUTURIER Olivier Biophysique et Médecine nucléaire DARSONVAL Vincent Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique de BRUX Jean-Louis Chirurgie thoracique et cardiovasculaire DESCAMPS Philippe Gynécologie-obstétrique ; gynécologie médicale DIQUET Bertrand Pharmacologie fondamentale ; pharmacologie clinique DUVERGER Philippe Pédopsychiatrie ENON Bernard Chirurgie vasculaire ; médecine vasculaire FANELLO Serge Épidémiologie, économie de la santé et prévention FOURNIER Henri-Dominique Anatomie 3 FURBER Alain Cardiologie GAGNADOUX Frédéric Pneumologie GARNIER François Médecine générale GARRÉ Jean-Bernard Psychiatrie d’adultes GINIÈS Jean-Louis Pédiatrie GOHIER Bénédicte Psychiatrie GRANRY Jean-Claude Anesthésiologie-réanimation GUARDIOLA Philippe Hématologie ; transfusion HAMY Antoine Chirurgie générale HUEZ Jean-François Médecine générale HUNAULT-BERGER Mathilde Hématologie ; transfusion IFRAH Norbert Hématologie ; transfusion JEANNIN Pascale Immunologie JOLY-GUILLOU Marie-Laure Bactériologie-virologie ; hygiène hospitalière LACCOURREYE Laurent Oto-rhino-laryngologie LASOCKI Sigismond Anesthésiologie-réanimation LAUMONIER Frédéric Chirurgie infantile LE JEUNE Jean-Jacques Biophysique et médecine nucléaire LEFTHÉRIOTIS Georges Physiologie LEGRAND Erick Rhumatologie LEROLLE Nicolas Réanimation médicale LERMITE Emilie Chirurgie générale LUNEL-FABIANI Françoise Bactériologie-virologie ; hygiène hospitalière MALTHIÉRY Yves Biochimie et biologie moléculaire MARTIN Ludovic Dermato-vénéréologie MENEI Philippe Neurochirurgie MERCAT Alain Réanimation médicale MERCIER Philippe Anatomie NGUYEN Sylvie Pédiatrie PICHARD Eric Maladies infectieuses ; maladies tropicales PICQUET Jean Chirurgie vasculaire ; médecine vasculaire PODEVIN Guillaume Chirurgie infantile PROCACCIO Vincent Génétique PRUNIER Fabrice Cardiologie REYNIER Pascal Biochimie et biologie moléculaire RICHARD Isabelle Médecine physique et de réadaptation RODIEN Patrice Endocrinologie et maladies métaboliques ROHMER Vincent Endocrinologie et maladies métaboliques ROQUELAURE Yves Médecine et santé au travail ROUGÉ-MAILLART Clotilde Médecine légale et droit de la santé ROUSSEAU Audrey Anatomie et cytologie pathologiques ROUSSELET Marie-Christine Anatomie et cytologie pathologiques ROY Pierre-Marie Thérapeutique ; médecine d’urgence ; addictologie SAINT-ANDRÉ Jean-Paul Anatomie et cytologie pathologiques SENTILHES Loïc Gynécologie-obstétrique SUBRA Jean-François Néphrologie 4 URBAN Thierry Pneumologie VERNY Christophe Neurologie WILLOTEAUX Serge Radiologie et imagerie médicale ZANDECKI Marc Hématologie ; transfusion MAÎTRES DE CONFÉRENCES ANNAIX Claude Biophysique et médecine nucléaire ANNWEILER Cédric Médecine interne, gériatrie et biologie du vieillissement AUGUSTO Jean-François Néphrologie BEAUVILLAIN Céline Immunologie BELIZNA Cristina Médecine interne, gériatrie et biologie du vieillissement BLANCHET Odile Hématologie ; transfusion BOURSIER Jérôme Gastroentérologie ; hépatologie ; addictologie BOUTON Céline Médecine générale CAILLIEZ Éric Médecine générale CAPITAIN Olivier Cancérologie ; radiothérapie CASSEREAU Julien Neurologie CHEVAILLER Alain Immunologie CHEVALIER Sylvie Biologie cellulaire CONNAN Laurent Médecine générale CRONIER Patrick Anatomie CUSTAUD Marc-Antoine Physiologie de CASABIANCA Catherine Médecine générale DUCANCELLE Alexandra Bactériologie-virologie ; hygiène hospitalière DUCLUZEAU Pierre-Henri Nutrition FORTRAT Jacques-Olivier Physiologie GOHIER Bénédicte Psychiatrie d’adultes GUARDIOLA Philippe Hématologie ; Transfusion HINDRE François Biophysique et médecine nucléaire JEANGUILLAUME Christian Biophysique et médecine nucléaire JOUSSET-THULLIER Nathalie Médecine légale et droit de la santé KEMPF Marie Bactériologie-virologie ; Hygiène hospitalière LACOEUILLE Franck Biophysique et médecine nucléaire LERMITTE Emilie Chirurgie Générale LETOURNEL Franck Biologie cellulaire LOISEAU-MAINGOT Dominique Biochimie et biologie moléculaire MARCHAND-LIBOUBAN Hélène Biologie cellulaire MAY-PANLOUP Pascale Biologie et médecine du développement et de la reproduction MESLIER Nicole Physiologie MOUILLIE Jean-Marc Philosophie PAPON Xavier Anatomie PASCO-PAPON Anne Radiologie et Imagerie médicale PELLIER Isabelle Pédiatrie PENCHAUD Anne-Laurence Sociologie PIHET Marc Parasitologie et mycologie PRUNIER Delphine Biochimie et biologie moléculaire 5 PUISSANT Hugues Génétique ROUSSEAU Audrey Anatomie et cytologie pathologiques SAVAGNER Frédérique Biochimie et biologie moléculaire SIMARD Gilles Biochimie et biologie moléculaire TANGUY-SCHMIDT Aline Hématologie ; transfusion TURCANT Alain Pharmacologie fondamentale ; pharmacologie clinique septembre 2013 6 COMPOSITION DU JURY Président du jury : Monsieur Le Professeur CALAIS Gilles Directeur de thèse : Monsieur Le Docteur TUCHAIS Claude Membres du jury : Monsieur Le Docteur TUCHAIS Claude Monsieur Le Docteur CAPITAIN Olivier Monsieur Le Professeur LACCOURREYE Laurent 7 8 LISTE DES ABREVIATIONS AJCC: American Joint Committee on Cancer CTV: Clinical target volume CUP: carcinome de primitif inconnu EGFR: Epidermal growth factor receptor FDG: Fluoro-deoxy-glucose GTV: Gross tumor volume Gy: Gray IC95% : Intervalle de confiance à 95% IRM: Imagerie par résonnance magnétique PTV: Planning target volume RCMI : Radiothérapie conformationnelle par modulation d’intensité TDM : Tomodensitométrie TEP : Tomographie par émission de positons VADS : Voies aérodigestives supérieures 9 Plan : Introduction ............................................................................................................................ 11 Patients, Matériels et Méthodes ............................................................................................ 13 Résultats .................................................................................................................................. 17 Discussion ................................................................................................................................ 22 Conclusion ............................................................................................................................... 25 Bibliographie........................................................................................................................... 26 Tableaux et figures ................................................................................................................. 30 Table des matières .................................................................................................................. 42 10 Introduction : Les cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS) se situent au 5ème rang des cancers les plus fréquents en France avec environ 16000 nouveaux cas par an [1]. Il existe une grande hétérogénéité parmi ces tumeurs. Les cancers épidermoïdes représentent en France plus de 90% des cancers des VADS [1]. Les modalités thérapeutiques optimales reposent essentiellement sur l’association radio-chirurgicale avec éventuellement l’adjonction d’une chimiothérapie ou d’une thérapie ciblée. Certains patients présentant des maladies localement avancées ou des contre-indications chirurgicales seront pris en charge par une chimioradiothérapie concomitante. 74% des patients atteints d’un cancer des VADS nécessiteront une radiothérapie exclusive ou post opératoire [2]. La richesse de l’anatomie ORL peut complexifier les modalités de l’irradiation notamment par la proximité de certaines structures à risque (moelle épinière, nerfs optiques, chiasma, parotides…). Le développement de la radiothérapie conformationnelle par modulation d’intensité (RCMI) des tumeurs des VADS a permis un net gain en terme de conformité balistique à la tumeur avec notamment une diminution des doses reçues par certains organes à risque ou tissus sains, une augmentation du gradient de doses délivré au niveau tumoral comparativement aux anciennes techniques de radiothérapie (2D, 3D) [3-7]. Les indications de la RCMI supplantent progressivement celles des techniques classiques sur le plan dosimétrique [8]. L’amélioration de l’index de conformation en RCMI, l’étroitesse du gradient de doses, exigent de l’oncologue radiothérapeute une plus grande précision dans la délinéation des divers volumes cibles mais également un temps de planification, d’optimisation, de contrôle qualité, plus important de la part du physicien médical entrainant ainsi un coût plus important comparativement aux techniques classiques [9,10]. La mise en place et l’utilisation de la RCMI en routine sont conditionnées par une courbe d’apprentissage de l’ensemble de l’équipe médico-physique afin d’affiner les protocoles de traitement ainsi que les protocoles d’assurance qualité. D’autre part, l’implémentation de cette technique dans un centre de radiothérapie nécessite de manière régulière une revue critique des pratiques médicales et un retour d’expérience afin d’optimiser la prise en charge ultérieure des patients. C’est la raison pour laquelle nous avons revu au travers d’une étude monocentrique rétrospective, l’ensemble des carcinomes épidermoïdes des VADS traités par RCMI dans 11 notre centre les premières années de l’utilisation de cette technique de 2006 à 2011. Nous avons exclu les tumeurs primitives cutanées ou sinusiennes. 12 Patients, Matériels et Méthodes : Caractéristiques des patients (Tableau I): Cent soixante-sept patients dont 145 hommes et 22 femmes présentant un carcinome épidermoïde des VADS traité dans notre centre ont été revus rétrospectivement. Cent soixante-quatre patients (98,2%) présentaient un score PS à 0 ou 1. L’âge médian était 60 ans (31-83). La topographie initiale des tumeurs était : la cavité buccale (n=20), l’oropharynx (n=76), l’hypopharynx (n=39), le larynx (n=15), les adénopathies sans porte d’entrée (n=9). Huit patients présentaient initialement deux localisations synchrones des voies aérodigestives supérieures (hypopharynx et larynx, oropharynx et larynx, oropharynx et hypopharynx). La majorité des patients (n=123) de notre cohorte présentait des cancers localement avancés stade III ou IVa, IVb de la classification American Joint Committee on Cancer (AJCC). Un seul patient présentait un carcinome épidermoïde métastatique stade IVc (localisation osseuse cervicale unique au niveau de C2 d’un carcinome épidermoïde oropharyngé qui a été traitée en même temps que la localisation primitive). Chirurgie (Tableau II) : Quarante neuf patients ont été pris en charge par une chirurgie d’exérèse carcinologique. Parmi ces patients, 46,9% (n=23) avaient des marges d’exérèse positives. Soixante et un patients ont bénéficié d’un curage ganglionnaire uni ou bilatéral. Le nombre médian d’adénopathies atteintes histologiquement prouvées était de 2 (0-18). Vingt quatre patients présentaient au moins une adénopathie en rupture capsulaire. Quatorze patients dont six présentant un carcinome de primitif inconnu (CUP) ont eu un curage ganglionnaire unilatéral (n=8) ou bilatéral (n=6). 13 Radiothérapie (Tableau II) : Pour chaque patient, un scanner de 2,5 mm d’épaisseur de coupe a été réalisé en position de traitement avec mise en place d’un masque de contention thermoformé. La planification du traitement a été effectuée en utilisant EclipseTM (Varian®, Palo Alto, CA, Etats-Unis). Le traitement a été délivré à l’aide d’un accélérateur linéaire Clinac® (Varian ®). Les volumes cibles tumoraux ont été contourés selon les recommandations de Lapeyre et al. [11] et Grégoire et al. [12]. Ainsi, en l’absence de chirurgie, nous avons défini le volume tumoral macroscopique ou GTV à l’aide du bilan initial (examen clinique, endoscopique, sur scanner ou TEP-TDM au 18F-FDG ou éventuellement l’IRM). Un volume cible anatomoclinique (CTV2) dit « à haut risque » a été délinéé autour du GTV ou du lit opératoire avec marge positive ou des adénopathies en rupture capsulaire (66 à 70 Gy en 33–35 fractions de 2 Gy). Le CTV2 a été défini autour du GTV avec une marge variable de 3 à 10 mm. Pour les adénopathies, la marge était de 3 à 5 mm selon les données de l’imagerie. Une marge de 1 cm de muscle sain pouvait être ajoutée si l’adénopathie était au contact de celui-ci. En situation postopératoire, le CTV2 correspondait au lit tumoral initial en incluant les marges chirurgicales atteintes, avec une expansion de 0,5 à 1 cm selon les barrières anatomiques. En cas de rupture capsulaire, la marge incluait la zone de l’adénopathie initiale plus 1 cm. Un volume cible anatomoclinique (CTV1) « à faible risque » (50 Gy en 25 fractions) a été défini. Pour les aires ganglionnaires, le CTV1 était basé sur la description de niveaux anatomiques ganglionnaires [12] en fonction du risque d’atteinte tumorale. La délinéation du CTV1 péritumoral était basée sur le risque de diffusion tumorale en tenant compte des barrières anatomiques. En situation postopératoire, le CTV1 comprenait le lit opératoire selon les barrières anatomiques. Les volumes cibles prévisionnels (PTV1 et 2), liés aux erreurs de positionnement ont été obtenus en ajoutant une marge de 4 à 5 mm autour des CTV1 et CTV2. La majorité des patients a eu une irradiation ganglionnaire cervicale bilatérale (89,2%). 14 Chimiothérapie (Tableau II) : Vingt neuf patients ont reçu une chimiothérapie d’induction avant la réalisation d’une radiothérapie seule (n=12) ou concomitante à une nouvelle chimiothérapie (n=9) ou une thérapie ciblée (Cetuximab) (n=8). Le principal protocole de chimiothérapie d’induction utilisé TPF associait respectivement Docetaxel et Cisplatine à la posologie de 75 mg/m², 5FU à la posologie de 750 mg/m² tous les 21 jours. Ce protocole d’induction pouvait être adapté (mTPF) à l’état général initial et aux comorbidités du patient avec l’administration tous les 15 jours de Docetaxel et Cisplatine à la posologie de 40 mg/m², 5-Fluorouracile à la posologie de 1000 mg/m². Dans l’ensemble de notre cohorte, 77,8% (n=130) des patients ont reçu pendant la radiothérapie, une chimiothérapie ou une thérapie ciblée anti EGFR concomitante. Le principal protocole utilisé (n=77) consistait à administrer 5-Fluorouracile (1000 mg/m²) sur pompe portable pendant 5 jours avec Cisplatine (100 mg/m²) à J1 ou Carboplatine 70 mg/m2 de J1 à J4 les semaines 1, 4 et 7. Diagnostic des sites de rechute: Les sites de rechute étaient diagnostiqués par l’examen clinique avec pan-endoscopie et une ou plusieurs modalités d’imagerie pouvant être soit une TDM cervico-thoracique, une IRM cervicale ou une TEP-TDM au 18F-FDG. Les rechutes suspectées à l’examen clinique et à l’imagerie ont dans la plupart des cas été prouvées histologiquement lorsqu’elles étaient accessibles. Les imageries de rechute lorsqu’elles étaient disponibles, étaient fusionnées par recalage rigide avec le scanner dosimétrique initial afin de déterminer la topographie exacte des récidives. En l’absence de disponibilité de ces imageries, les comptes rendus ainsi que les scanners dosimétriques ont été revus afin de déterminer la dose reçue au niveau des zones de rechute. Les sites de récidives étaient classés ainsi : dans le volume cible à haut risque irradié à pleine dose PTV70 ou PTV66, dans le volume cible irradié à dose prophylactique PTV50, régionalement hors du volume cible, métastatique. 15 Analyse statistique : Le logiciel SAS® JMP 11 (SAS® Institute Inc. Cary, NC, Etats-Unis) a été utilisé pour l'analyse statistique. Une description globale de la population a été effectuée. Pour les données qualitatives, des effectifs et des pourcentages ont été calculés. Pour les données quantitatives, la médiane ou la moyenne selon la normalité, ainsi que les valeurs extrêmes avec le minimum et le maximum ont été estimés. Le temps de survie globale (OS) est défini comme le délai entre la date du diagnostic et la date de décès, quelle qu’en soit la cause. Le temps de survie sans progression (PFS) est défini comme le délai entre la date du diagnostic et la date de la première progression de la maladie ou la date du décès si celui-ci est en lien avec le cancer ou la date des dernières nouvelles de suivi si le patient est censuré. Le contrôle local a été estimé entre la date du diagnostic et la date de la première progression locale de la maladie ou la date des dernières nouvelles si le patient est censuré. Des courbes de survie ont été tracées en utilisant les estimations de Kaplan-Meier et comparées en utilisant le test du Log-Rank. Une analyse univariée selon le modèle de régression des risques proportionnels de Cox, a été réalisée avec un seuil de significativité p<0,05. Les variables pour lesquelles p<0,10 en analyse univariée, ont été sélectionnées pour constituer un modèle multivarié final de Cox, le critère d’information d’Akaike a été évalué afin de sélectionner le meilleur modèle. Les interactions entre les variables du modèle multivarié ont été étudiées, l’hypothèse de la proportionnalité des risques a également été vérifiée. Pour chaque groupe comparé, des estimations des rapports de risque et des intervalles de confiance ont été effectuées. 16 Résultats : Patients non opérés traités à la dose de 70 Gy (figure 1-2, tableau III) : Ces patients ont rechuté en majorité dans le volume à haut risque (n=28). Six rechutes isolées sont apparues en dehors du volume d’irradiation (figure 1). Ainsi, un patient présentant une tumeur du sillon amygdalo-glosse T2N2bM0 a récidivé au niveau de la fosse infra-temporale (figure 2). Les autres sites de récidive hors volume sont précisés dans le tableau III. Trois récidives marginales en regard d’une des limites du PTV70 ont été notées et sont imputables à une sous estimation initiale des extensions microscopiques de la maladie. Ainsi, un patient présentant un carcinome amygdalien T3N2bM0 a récidivé au niveau de la base du crâne et de l’apophyse styloïde homolatérale. Un autre présentant un carcinome de l’amygdale gauche étendu à la base de langue T3N2bM0 a récidivé au niveau de la partie antérolatérale du PTV70 dans la base de langue. Un dernier patient présentant un carcinome du trigone rétro-molaire T1N2aM0 a récidivé marginalement au niveau de la fosse infra-temporale homolatérale (figure 3). Cinq rechutes ganglionnaires isolées ont été notées. Trois de ces récidives étaient en rapport avec une poursuite évolutive d’adénopathies contenues dans le volume d’irradiation à haut risque. Une récidive était liée à l’apparition d’une adénopathie dans le volume d’irradiation à bas risque; une autre se situait en région péri-stylienne. Patients opérés traités à la dose 66 Gy (figure 3, tableau III) : Les rechutes des patients traités à 66 Gy étaient situées soit dans le volume à haut risque irradié à 66 Gy (PTV66) (n=3), soit localement en dehors du volume irradié (n=4). Les sites de récidive hors volume sont détaillés dans le tableau 3. Une seule de ces récidives était 17 en rapport avec une sous estimation de l’extension tumorale initiale. Trois patients ont eu une évolution métastatique isolée principalement pulmonaire. Patients opérés et traités à la dose de 50 Gy (figure 5, tableau III) : Les patients irradiés à la dose prophylactique de 50 Gy ont présenté des rechutes essentiellement en dehors du volume irradié (n=2). Les sites de récidive hors volume sont répertoriés dans le tableau III. Une seule des ces récidives semble liée à une sous estimation de l’extension de la maladie. Un patient a eu une évolution métastatique pulmonaire isolée. Compliance au traitement : Dix patients n’ont pas achevé le traitement à la dose prescrite. Parmi eux, quatre patients présentant tous un carcinome épidermoïde de stade IV, sont prématurément décédés avant la fin de la radiothérapie. Ces décès précoces étaient pour deux patients, imputables à des co-morbidités (décompensation cardiaque ou infarctus mésentérique). Les deux autres ont présenté une progression de la maladie en cours d’irradiation. Ces deux patients ont été traités d’emblée par radio-chimiothérapie exclusive. Parmi les autres malades non décédés prématurément, trois ont reçu 2 Gy de moins que la dose prescrite. Parmi ces trois patients, deux n’ont pas récidivé. Trois autres ont respectivement reçu 4 Gy, 6 Gy et 12 Gy de moins que la dose prévue en raison essentiellement d’une toxicité cutanée et muqueuse majorée par la chimiothérapie ou l’utilisation d’une thérapie ciblée. Aucun de ces trois patients n’a récidivé. Il est important de noter que 35,3% des patients (n=59) ont présenté un étalement du traitement d’au moins une semaine supplémentaire par rapport à la durée initialement prévue. Ces allongements de l’étalement étaient rapportés dans 34% des cas à des toxicités cutanéomuqueuses en lien avec l’utilisation de la chimiothérapie concomitante par doublet 5FUCisplatine (n=8), Cisplatine en monothérapie (n=1) ou thérapie ciblée Cetuximab (n=11). Les autres causes de l’allongement de l’étalement étaient : une toxicité digestive ou 18 hématologique de la chimiothérapie (n=3), des évènements de santé intercurrents (n=14), des causes multifactorielles intriquées dont notamment jours fériés, maintenance ou panne des accélérateurs linéaires, compliance du patient (n= 22). Parmi les patients en rechute locorégionale traités à la dose de 70 Gy, l’étalement initial a été dépassé dans 15 cas (délai de plus de 56 jours soit 8 semaines). Les causes d’allongement pour ces patients étaient : des toxicités cutanéo-muqueuses (n=7), des évènements de santé intercurrents (n=5), des causes intriquées (n=3). L’analyse par sous groupes de localisation tumorale montre que l’allongement de l’étalement n’est pas associé à une plus mauvaise survie sans récidive locorégionale pour les patients présentant un cancer de l’oropharynx (p=0,73), de l’hypopharynx (p=0,57), un CUP (p=0,53). Cette analyse statistique n’a pas pu être effectuée pour les autres localisations tumorales par manque d’effectif. D’autre part, pour les patients irradiés à 66 Gy après chirurgie, l’allongement de l’étalement ne semble pas influer sur le contrôle locorégional des cancers hypopharyngés (p=0,81). L’analyse n’a pu être réalisée pour les autres localisations tumorales. Paramètres de survie (tableau IV, figure 6-7) : Le temps de suivi médian était de 35,2 mois (2,4-88 mois). 78 patients sont décédés dans notre cohorte. Les causes de décès sont rapportées sur la figure 7. La majorité (35,2%) des décès liés au cancer est imputable à des rechutes ou des poursuites évolutives locorégionales isolées. La survie globale médiane était de 59,3 mois (39,7 - NV). Le taux de survie globale à 1 et 2 ans étaient respectivement de 88,6% (IC95%= [82,7% ; 92,5%]) et 69,8% (IC95%= [62,1% ; 76,1%]). Les taux de contrôle locorégional à 1 et 2 ans étaient respectivement de 87,9% (IC95%= [81,6% ; 92,1%]) et 77,6% (IC95%= [70,1% ; 83,5%]). Pour les patients traités sans chirurgie, lorsque l’étalement dépassait d’au moins une semaine la durée prévue, il n’a pas été noté de différence significative en termes de survie globale (p= 0,49) ou sans progression locorégionale (p=0,95) par rapport aux patients pour lesquels l’étalement avait été respecté. Une analyse en sous groupe de ces patients par stade tumoral n’a pas mis en évidence de différence significative pour la survie globale ou sans 19 progression locorégionale. On note toutefois pour les stades III non opérés un taux de survie globale à 1 an et à 2 ans de 93,7% [63.2% ; 99.0%], lorsque l’étalement a été respecté. Par contre, en cas de non respect de l’étalement, le taux de survie globale à 1 an est de 85,7% [33,4% ; 97,8%] et de 57,1% [17,1% ; 83,7%] à 2 ans (Log Rank 2,42, p= 0,12). Analyse univariée et multivariée (Tableau IV) : En analyse univariée, les patients présentant une tumeur de stade III et IV de l’AJCC ont un risque significatif de décès deux fois plus élevé que les autres (HR = 2,024, IC95%= [1,072 ; 3,741], p=0,03). Il n’existe pas pour ces patients une survie sans progression significativement plus mauvaise (HR= 1,657, IC95%= [0,863 ; 3,184], p= 0,13). Les patients pour lesquels une chirurgie de rattrapage a été envisagée présentent un risque de décès significativement plus faible que les autres (HR = 0,538, IC95%= [0,373 ; 0,775], p<0,0009) ainsi qu’un risque de progression de la maladie toutes causes confondues significativement plus faible (HR = 0,147, IC95%= [0,067 ; 0,320], p <0,0001). La survie sans progression locorégionale n’était pas significativement améliorée en cas de chirurgie de rattrapage (HR=0,714, IC95%= [0,471 ; 1,081], p=0,117). Treize patients ont bénéficié d’une chirurgie de rattrapage. Parmi eux, 4 patients ont eu une exérèse du carcinome primitif. Huit de ces patients (61,5%) traités par chirurgie de rattrapage présentaient une tumeur initiale de stade III ou IV. Quatre patients ont eu une exérèse carcinologique incomplète. Parmi les patients qui ont bénéficié d’une chirurgie de rattrapage, un seul présentant un carcinome de l’hypopharynx avait été traité dans le cadre d’une préservation d’organe. Ce patient est décédé d’une évolution métastatique pulmonaire après chirurgie de rattrapage. Il n’existait pas d’association statistiquement significative entre la survie globale ou la survie sans progression locorégionale et l’allongement de l’étalement d’au moins une semaine (p=0,98 et p=0,43) (tableau IV). En analyse multivariée, les tumeurs de stade III et IV ne sont pas significativement corrélées à une plus mauvaise survie globale (p=0,65) comparativement aux autres. La 20 chirurgie de rattrapage après radiothérapie est associée à une meilleure survie globale (HR=0,559, IC95%= [0,398 ; 0,783], p<0,0007). 21 Discussion : La plupart des rechutes que nous avons observées dans notre étude se situent soit dans le volume à haut risque (n=31), soit régionalement mais hors volume d’irradiation (n=15), ou encore à distance sous forme de métastases viscérales isolées (n=10). La radiothérapie par modulation d’intensité est une technique d’irradiation hautement conformationnelle. Au début de son utilisation, il existait des problématiques liées à un potentiel risque de sous dosage des cibles tumorales qui aurait pu induire un nombre plus élevé de récidives locorégionales notamment en bordure de volume irradié. Cependant, plusieurs études ont démontré que ces récidives locorégionales après RCMI se situaient en majorité dans le champ ou volume d’irradiation [13-16]. Dans l’étude du Groupe Oncologie Radiothérapie Tête et Cou (GORTEC) 2004-03, Toledano et al.[16] rapportent sur un ensemble de 208 patients inclus, 29 rechutes locorégionales. Vingt quatre récidives étaient localisées dans les champs de radiothérapie. Une récidive hors champ et 3 rechutes marginales étaient notées. Ferlito et al rapportent des taux de rechutes métastatiques variant de 9,5 à 23,8% [17]. Nous avons observé des taux similaires dans notre cohorte avec environ 10,8% de lésions secondaires se situant en majorité au niveau pulmonaire. Les rechutes métastatiques hépatiques ou osseuses isolées sont rares et le plus souvent associées à des rechutes pulmonaires [18]. Duprez et al ont observé dans leur étude des taux de rechute isolée régionale, locale, à distance respectivement de 5,6%, 12,3% et 16,5% [19]. Dans notre étude, les taux de récidive isolée ganglionnaire cervicale, locale, à distance étaient respectivement de 4,2%, 10,2% et 5,4%. Le taux de rechute locorégional isolé estimé à 18% est comparable à celui observé dans notre cohorte (22,8%). Toutefois, les comparaisons entre plusieurs études des résultats thérapeutiques de la RCMI doivent rester prudentes puisqu’il existe une très grande variabilité en termes de caractéristiques de patients, de sites et stade tumoral, d’histologies mais surtout de doses de radiothérapie et de fractionnement [20]. D’autre part, notre cohorte était constituée en majorité de patients présentant un cancer des VADS localement avancé stade III ou IV (74%) de la classification internationale AJCC. Plusieurs études ont démontré que la taille tumorale et le nombre d’adénopathies étaient corrélés à la rechute locorégionale [21-25]. Cette donnée est confirmée en analyse univariée par notre étude puisque les tumeurs de stades III et IV étaient significativement associées à une plus 22 mauvaise survie globale et sans progression. L’implémentation rapide de la radiothérapie par modulation d’intensité en cancérologie ORL nécessite une analyse régulière des pratiques de la part de l’oncologue radiothérapeute afin d’optimiser les traitements ultérieurs. Nous avons observé dans 35,3% des cas, un étalement de la radiothérapie de plus d’une semaine par rapport au délai initialement prévu. Cet allongement du temps de traitement pouvait être en rapport avec une mauvaise compliance au traitement, des toxicités notamment cutanées dues à l’utilisation d’une chimiothérapie (association 5-FU et Cisplatine ou Carboplatine) ou d’une thérapie ciblée radio-sensibilisante concomitante mais également à des contrôles qualités et maintenance des accélérateurs linéaires de notre centre. Plusieurs études notamment celle de Overgaard et al [26] ont démontré l’importance du respect de l’étalement initialement prévu afin de diminuer le phénomène de repopulation cellulaire tumoral. Eriksen et al [27] ont observé une corrélation entre l’étalement de la radiothérapie et la différentiation cellulaire ainsi que l’expression de l’EGFR. En analyse univariée, l’allongement de étalement de plus d’une semaine dans notre cohorte n’était pas significativement associé à une plus mauvaise survie globale ou sans progression. En analyse multivariée, cet allongement n’est pas significativement associé à une plus mauvaise survie globale. D’autre part, la chirurgie de rattrapage était associée à une meilleure survie globale ou sans progression. Les patients éligibles à ce traitement présentaient des tumeurs souvent de stade III ou IV (61,5%) situées au niveau de l’hypopharynx (n=5), au niveau de l’oropharynx (n=4) ou de la cavité buccale (n=3). Un patient présentait une tumeur intéressant l’oropharynx et l’hypopharynx. Righini et al [28] ont observé dans leur étude sur la chirurgie de rattrapage oropharyngée, une survie sans rechute médiocre de 21% à cinq ans et un nombre élevé de complications locales (39%) et générales (19%). Les résultats de la chirurgie de rattrapage des tumeurs laryngées et hypopharyngées sont toutefois plus contrastés [29-30] puisque en situation de rechute, elle semble apporter un gain de survie. L’ensemble de ces données met en évidence l’importance de sélectionner les patients susceptibles de tirer profit d’une chirurgie de rattrapage. L’ensemble de ces résultats reflète nos premières années d’expérience sur l’utilisation de la RCMI pour traiter les carcinomes épidermoïdes des VADS. Plusieurs actions correctrices ont été engagées dans notre centre pour améliorer nos pratiques notamment pour réduire l’étalement de la radiothérapie. Nous avons amélioré la prise en charge des toxicités cutanées par la mise en place de consultations de soins infirmiers quotidiens en lien également 23 avec un réseau d’infirmières libérales. Les oncologues radiothérapeutes ont essayé d’améliorer la délinéation des volumes cibles au vue de certains échecs constatés lors des premières années. Il persiste toujours les problèmes en lien avec les maintenances ou les pannes des accélérateurs linéaires. Il serait souhaitable de disposer d’appareils de traitement en miroir afin de pouvoir éviter les interruptions de traitement liées à des problèmes techniques. 24 Conclusion : Suite à cette étude, il apparaît que la plupart de nos résultats sont en adéquation avec les données de la littérature. La radiothérapie conformationnelle par modulation d’intensité est une technique innovante dont l’efficacité et la tolérance ont été largement éprouvées ces dernières années. Cette étude rétrospective nous a alors permis d’améliorer nos pratiques. 25 Bibliographie : [1] http://www.invs.sante.fr/surveillance/cancers [2] Delaney G, Jacob S, Barton M. Estimating the optimal radiotherapy utilization for carcinoma of the central nervous system, thyroid carcinoma, and carcinoma of unknown primary origin from evidence-based clinical guidelines. Cancer. 2006 Jan 15;106(2):453–65. [3] Lee NY, de Arruda FF, Puri DR, Wolden SL, Narayana A, Mechalakos J, et al. 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Late esophageal toxicity after radiation therapy for head and neck cancer. Head Neck. 2010 Feb;32(2):178–83. [7] Nutting CM, Morden JP, Harrington KJ, Urbano TG, Bhide SA, Clark C, et al. Parotidsparing intensity modulated versus conventional radiotherapy in head and neck cancer (PARSPORT): a phase 3 multicentre randomised controlled trial. Lancet Oncol. 2011 Feb;12(2):127–36. [8] Lee N, Puri DR, Blanco AI, Chao KSC. Intensity-modulated radiation therapy in head and neck cancers: an update. Head Neck. 2007 Apr;29(4):387–400. 26 [9] Miles EA, Clark CH, Urbano MTG, Bidmead M, Dearnaley DP, Harrington KJ, et al. The impact of introducing intensity modulated radiotherapy into routine clinical practice. Radiother Oncol. 2005 Dec;77(3):241–6. [10] Van de Werf E, Lievens Y, Verstraete J, Pauwels K, Van den Bogaert W. Time and motion study of radiotherapy delivery: Economic burden of increased quality assurance and IMRT. Radiother Oncol. 2009 Oct;93(1):137–40. [11] Lapeyre M, Toledano I, Bourry N, Bailly C, Cachin F. [Target volume delineation for head and neck cancer intensity-modulated radiotherapy]. Cancer Radiother. 2011 Oct;15(67):466–72. [12] Grégoire V, Daisne JF, Bauvois C, Coche E, Duprez T, Hamoir M, et al. [Selection and delineation of lymph node target volumes in head and neck neoplasms]. Cancer Radiother. 2001 Oct;5(5):614–28. [13] Yao M, Dornfeld KJ, Buatti JM, Skwarchuk M, Tan H, Nguyen T, et al. Intensitymodulated radiation treatment for head-and-neck squamous cell carcinoma--the University of Iowa experience. Int J Radiat Oncol Biol Phys. 2005 Oct 1;63(2):410–21. [14] Chao KSC, Ozyigit G, Tran BN, Cengiz M, Dempsey JF, Low DA. Patterns of failure in patients receiving definitive and postoperative IMRT for head-and-neck cancer. Int J Radiat Oncol Biol Phys. 2003 Feb 1;55(2):312–21. [15] Lee N, Xia P, Fischbein NJ, Akazawa P, Akazawa C, Quivey JM. 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Annales françaises d’Oto-rhino-laryngologie et de Pathologie Cervico-faciale. 2012 Oct;129(4):A65–A66. 29 Tableaux et figures : Tableaux 30 Tableau I: Caractéristiques des patients Table 1: Patients characteristics n=167 Paramètres Sexe Homme Femme 145 22 Score PS OMS 0 1 2 145 19 3 Cavité buccale Oropharynx Hypopharynx Site tumoral primitif Larynx Adénopathie sans porte d'entrée Double localisation 20 76 39 15 9 8 Stade T Tx T is T1 T2 T3 T4 10 1 13 50 56 37 Stade N N0 N1 N2a N2b N2c N3 Nx 49 16 16 31 31 21 3 Stade AJCC I II III IV A,B IVC X 8 26 31 91 1 10 TEP au 18F- FDG oui non 85 82 31 Tableau II: Caractéristiques des traitements Table II: Treatments characteristics Caractéristiques des traitements Doses (Gy) / Fractionnement (Gy) 30 (2) 50 (2) 54 (2) 58 (2) 60 (2) 64 (2) 66 (2) 68 (2) 70 (2) 72 (2) 74(2) N=167 1 10 1 1 7 2 23 3 116 2 1 Protocoles: TPF 5FU-CDDP-CETUXIMAB N=29 28 1 Chimiothérapie concomitante Protocoles: CDDP 5FU-CDDP 5FU-CARBOPLATINE CETUXIMAB 5FU-CDDP-CETUXIMAB N=130 27 63 7 32 1 Chirurgie Chirurgie d'exérèse du primitif: Oui Non Marges de resection: in sano envahies Curage cervical: Non Unilatéral Bilatéral Radiothérapie Chimiothérapie néoadjuvante 49 118 26 23 106 31 30 32 Tableau III: Sites de récidives hors volume Table III: Recurrence sites out of irradiation volume Localisation TNM Sites de récidive hors volume Dose de 70 Gy Sillon amygdalo-glosse T2N2bM0 Fosse infra-temporale Paroi pharyngée postérieure T2N0M0 Récidive péri-stylienne droite isolée Sinus piriformes T4N2cM0 Foramen lacerum Oropharynx étendu au voile du palais T3N0M0 Sphénoïde et cavum CUP TxN3M0 Nodules de perméation cervico-thoraciques en dehors du volume irradié TxN2M0 Aire ganglionnaire sus claviculaire droite et prolongement au niveau du médiastin antérieur CUP Dose de 66 Gy Gencive supérieure T3N1M0 Sinus maxillaire homolatéral, base du crâne et orbite homolatérale Double localisation néoplasique (sinus piriforme droit et carrefour des trois replis) T1N2aM0 / T1N0M0 Lit opératoire de laryngectomie sus glottique épargné lors de l'irradiation Sinus piriforme droit T4N2aM0 Région péri-stylienne gauche CUP TxN2bM0 Aires ganglionnaires III et IV controlatérales Dose de 50 Gy Trigone rétro-molaire gauche T4N1M0 Région para-pharyngée homolatérale Joue T3N0M0 sinus maxillaire et plancher orbitaire homolatéral 33 Tableau IV: Analyse univariée Table IV: Univariate analysis UNIVARIE VARIABLES SURVIE GLOBALE OR [IC 95%] STADE I II III IV 1 1,525 [0,333 ; 6,970] 2,127 [0,483 ; 9,362] 3,041 [0,757 ; 12,880] STADE I et II 1 III et IV 2,003 [1,072 ; 3,741] CHIRURGIE PRIMITIVE Non Oui CHIRURGIE PRIMITIVE ET MARGES Aucune chirurgie Chirurgie avec marge saine Chirurgie avec marge non in sano CHIMIOTHERAPIE NEOADJUVANTE Non Oui CHIMIOTHERAPIE CONCOMITANTE Non Oui ALLONGEMENT D’ETALEMENT DE PLUS D’UNE SEMAINE Non Oui ARRET PRECOCE DE RADIOTHERAPIE Non Oui TEP Non Oui CHIRURGIE DE RATTRAPAGE EN FONCTION DU TEMPS Non Oui 1 1,005 [0,621 ; 1,626] 1 0,785 [0,388 ; 1,592] p 0,0854 0,0293 SURVIE SANS PROGRESSION LOCOREGIONALE OR [IC 95%] p 1 0,509 [0,122 ; 2,129] 0,634 [0,164 ; 2,451] 0,995 [0,302 ; 3,286] 1 0,4462 0,3671 1,426 [0,659 ; 3,086] 0,9843 0,4977 1,278 [0,721 ; 2,266] 1 0,856 [0,450 ; 1,626] 1 0,802 [0,336 ; 1,915] 0,6343 0,8836 0,957 [0,423 ; 2,164] 1 0,568 [0,292 ; 1,105] 0,568 1 0,883 [0,412 ; 1,895] 0,7498 1 1,468 [0,845 ; 2,551] 0,1736 1 1,366 [0,658 ; 2,834] 0,4026 0,9774 1 0,993 [0,627 ; 1,573] 0,4306 1 0,780 [0,421 ; 1,446] 1 1,980 [0,859 ; 4,562] 0,1088 1 0,646 [0,089 ; 4,696] 0,6663 1 0,843 [0,539 ; 1,318] 0,4533 1 0,934 [0,523 ; 1,667]] 0,8172 1 0,538 [0,373 ; 0,775] <0,0009 1 0,714 [0,471 ; 1,081] 0,1117 34 Figures Figure 1: Description des sites de récidives des patients traités à la dose de 70 Gy. Figure 1: Description of recurrence sites for patients treated with 70 Gy. 35 Figure 2: Patient présentant un carcinome epidermoïde du sillon amygdalo-glosse T2N2bM0 récidivant au niveau de la fosse infra-temporale (en rouge). Figure 2: Patient with a recurrence of squamous cell carcinoma of furrow amygdalo-glosse T2N2bM0. This failure was located in infra temporal fossa (in red). 36 Figure 3: Patient présentant un carcinome du trigone rétro-molaire T1N2aM0 récidivant marginalement au niveau de la fosse infra temporale homolatérale (en rouge, la récidive. En vert, le PTV70. En bleu, le PTV50). Figure 3: Patient with a marginal recurrence of squamous cell carcinoma of retromolar trigon T1N2aM0. This failure was located in infra temporal fossa (recurrence in red. PTV70 in green. PTV50 in blue). 37 Figure 4: Description des sites de récidives des patients traités à la dose de 66 Gy. Figure 4: Description of failure sites for patients treated with 66 Gy. 38 Figure 5: Description des sites de récidives des patients traités à la dose de 50 Gy. Figure 5: Description of failure sites for patients treated with 50 Gy. 39 Figure 6: Courbes de survie selon les estimations de Kaplan Meier. En haut à gauche, courbe de survie globale. En bas à gauche, courbe de survie globale selon la localisation tumorale. En haut à droite, courbe de survie sans progression. En bas à droite, courbe de survie sans progression selon la localisation tumorale. Figure 6: Kaplan Meier survival curves. Overall survival curve (top left). Overall survival curve according to the tumor site (bottom left). Progression free survival curve (top right). Progression free survival curve according to the tumor site (bottom right). 40 Figure 7: Diagramme représentant les causes de décès dans notre cohorte de patients. Figure 7: Diagram representing the causes of death in our cohort. 41 Table des matières : Introduction ............................................................................................................................ 11 Patients, Matériels et Méthodes ............................................................................................ 13 Caractéristiques des patients ................................................................................................. 13 Chirurgie ............................................................................................................................... 13 Radiothérapie ........................................................................................................................ 14 Chimiothérapie ..................................................................................................................... 15 Diagnostic des sites de rechute ............................................................................................. 15 Analyse statistique ................................................................................................................ 16 Résultats .................................................................................................................................. 17 Patients non opérés traités à la dose de 70 Gy ...................................................................... 17 Patients opérés traités à la dose 66 Gy ................................................................................. 17 Patients opérés et traités à la dose de 50 Gy ......................................................................... 18 Compliance au traitement : ................................................................................................... 18 Paramètres de survie ............................................................................................................. 19 Analyse univariée et multivariée .......................................................................................... 20 Discussion ................................................................................................................................ 22 Conclusion ............................................................................................................................... 25 Bibliographie........................................................................................................................... 26 Tableaux et figures ................................................................................................................. 30 42