La discussion politique en ligne. Enjeux théoriques et interrogations
Transcription
La discussion politique en ligne. Enjeux théoriques et interrogations
La discussion politique en ligne. Enjeux théoriques et interrogations méthodologiques. Atelier n° 8, IXème Congrès de l’Association Française de Science Politique, Toulouse, 57 septembre 2007 Responsables de l'atelier: Fabienne Greffet, Maître de conférences en science politique, Université Nancy 2IRENEE et Pacte-CNRS ([email protected]) Stéphanie Wojcik, LaSSP, IEP de Toulouse et assistante de recherche FNSP-CEVIPOF ([email protected]) Cet atelier abordera la question des discussions politiques en ligne. Il s’agit d’interroger un objet peu investi jusqu’alors, et d'amener à se rencontrer des secteurs et des problématiques de recherche dissociés, portant respectivement sur les usages de l’internet politique, l’essor de procédures « participatives » et les discussions politiques. Les rapports entre politique et technologies de l’information et de la communication n’ont pour l’instant suscité que peu d’intérêt dans le champ de la science politique française. Alors que les travaux foisonnent en langue anglaise (par exemple, Bimber, 2003 ; Chadwick, 2006 ; Davis, 2005 ; Hacker, van Dijk, 2000 ; Hoff & al., 2000 ; Shane, 2004 ; Toulouse & Luke, 1998), les analyses de la « démocratie électronique » semblent plus volontiers en France le fait de spécialistes des sciences de l’information et de la communication (Granjon, 2001 ; Monnoyer-Smith, 2004 ; Hermès, 2000 ; Mots, 2006 ; Sciences de la Société, 2003) que de politistes, à quelques exceptions près (Benvegnu, 2005 ; Vedel, 2003 ; Wojcik, 2006). Dans le même temps, un intérêt accru pour le possible renouvellement des modalités de la démocratie représentative s’exprime à travers d’abondantes analyses relatives aux divers dispositifs, procédures et techniques (ateliers d’urbanisme, budgets participatifs, enquêtes d’utilité publique, référendum local, fonds de quartier, commissions consultatives, concertation publique, conseils d’enfants, de jeunes, de sages, d’immigrés et conseils de quartier, conférences de consensus…) visant à accroître la participation des citoyens aux débats et/ou décisions politiques (Blondiaux, Sintomer, 2002). Enfin, des recherches récentes se développent sur les discussions politiques, articulées autour de deux axes : l’un interroge la discussion politique comme possible forme de délibération (Conover, Searing, Crewe, 2002 ; Manin, Lev-On, 2006) ; l’autre porte sur le rôle de la discussion dans la politisation des citoyens et mobilise notamment les notions de compétence politique, et de manière novatrice, de conflit (Duchesne, Haegel, 2006). Nourri de ces apports, cet atelier propose de s’intéresser aux nombreux espaces de discussion qu’esquisse l’appropriation d’Internet tant par les citoyens que par les responsables politiques. Des formes inédites de consultation et de débat publics semblent en effet à l’œuvre à travers les forums mis en ligne par diverses instances politiques et administratives (sites des assemblées parlementaires, des ministères, des collectivités territoriales, des préfectures…) et les procédés électroniques de consultation des citoyens, notamment dans le domaine de l’aménagement du territoire, de l’environnement, des transports, à l’échelon national et local (sites ad hoc de la Commission Nationale du Débat Public, des Directions Départementales de l’Equipement…). Les blogs de partis politiques, de citoyens et d’associations interrogent les 1 nouveaux modes de prise de parole et de discussion dans l’espace public et l’existence de formes alternatives d’engagement, de médiations et de militantisme. Plusieurs questionnements peuvent guider les interventions proposées, lesquelles pourront contribuer à réinterroger par la marge des concepts centraux de la discipline (par exemple, participation, délibération, politisation, compétence politique, engagement...) : - Quelles spécificités le média Internet présente-t-il par rapport à d'autres modalités de discussion politique (échange inter-personnel, entretien de groupe...)? - Internet permet-il, outre le partage d’informations et d’opinions, la confrontation avec des idées adverses ? - Quelles conséquences l’absence physique des participants à l’échange peut-elle avoir sur les sujets qu’ils abordent, la « qualité » de leur argumentation et le déroulement des débats ? - Les hiérarchies sociales et culturelles qui grèvent traditionnellement la prise de parole en public sont-elles également déterminantes dans les discussions en ligne ? - La discussion en ligne permet-elle d’inscrire des sujets dans l’espace public et, plus avant, sur l’agenda politique ? - Les discussions en ligne ont-elles une influence sur les pratiques participatives, conventionnelles ou non, des citoyens ? - Discuter sur Internet permet-il l’acquisition ou le développement de connaissances et compétences politiques ? - La discussion politique en ligne est-elle significative d’un engagement « distancié » ? Seront particulièrement bienvenues les contributions interrogeant l’apport de la comparaison entre pratiques en ligne et hors ligne et, de manière non exclusive, celles manifestant une attention méthodologique particulière quant à la manière d’appréhender scientifiquement, qualitativement ou quantitativement, l’objet sans cesse changeant des discussions politiques électroniques. Organisation de l’atelier Quatre ou cinq interventions peuvent être envisagées dans le temps imparti (deux heures). L’animation de l’atelier sera confiée à un(e) président(e), qui pourra le cas échéant intervenir sur les contributions présentées. Le déroulement de l’atelier s’effectuera de la manière suivante : - Présentation des travaux par les contributeurs - Débat avec l’ensemble des participants - Synthèse par les responsables de l’atelier Propositions de communications 1. Les propositions de communication (3500 signes maximum, espaces compris) doivent être envoyées aux deux organisatrices de l’atelier : [email protected] [email protected] La date limite de réception des propositions de communication est le 30 janvier 2007. 2. Aux auteurs retenus, il sera demandé d’établir un résumé en français et en anglais (2000 signes maximum) de leur communication pour le 20 février 2007. 2 3. Le programme définitif sera établi le 1er mars 2007. 4. Afin que les différentes contributions circulent entre participants avant le congrès, il est souhaité que les textes des contributions (30 000 signes maximum, espaces compris) soient envoyés aux organisatrices pour le 15 juillet 2007. Références bibliographiques « Démocratie locale et Internet », Sciences de la Société, n° 60, 2003. « La politique mise au Net », Mots. Les langages du politique, n° 80, mars 2006. « www.démocratie.locale.fr », Hermès, n° 26-27, 2000. Benvegnu, N. (2005). Le débat public en ligne. Eléments sur l’équipement d’une démocratie dialogique, 8ème Congrès de l’Association Française de Science Politique, Table ronde 2 « Mots et dispositifs du gouvernement démocratique », Lyon, septembre. Bimber, B. (2003). Information and American Democracy. Technology in the Evolution of Political Power, Cambridge, Cambridge University Press. Blondiaux, L., Sintomer, Y., dir. (2002). « L’impératif délibératif », Politix, vol. 15, n° 57. Chadwick, A. (2006). Internet Politics: States, Citizens, And New Communication Technologies, Oxford, Oxford University Press. Conover, P. J., Searing D., Crewe, I. M. (2002). “The Deliberative Potential of Political Discussion”, British Journal of Political Science, vol. 32, part 1, January, p. 21-62. Davis, R. (2005). Politics Online. Blogs, Chatrooms, and Discussion Groups in American Democracy, London/New York, Routledge. Duchesne, S., Haegel, F. (2006). “Avoiding or Accepting Conflict in Public Talk”, ECPR Joint Sessions of Workshops, Nicosia, Workshop 23 The Role of Political Discussion in Modern Democracies, April 25th – 30th. Granjon, F. (2001). L’Internet militant. Mouvement social et usage des réseaux télématiques, Rennes, Editions Apogée, coll. « Médias et Nouvelles technologies ». Hacker, K. L., van Dijk, J., eds. (2000). Digital Democracy. Issues of Theory & Practice, London, Sage Publications. Hoff, J., Horrocks, I., Tops, P., eds. (2000). Democratic Governance and New Technology : Technologically Mediated Innovations in Political Practices in Western Europe, London/New York, Routledge. Manin, B., Lev-On, A. (2006). « Internet : la main invisible de la délibération », Esprit, mai, <http://www.esprit.presse.fr/review/article.php?code=13254>, 22/09/06. Monnoyer-Smith, L. (2004). « Systèmes participatifs sur Internet : vers une nouvelle ère de la délibération publique ? », in Castagna, B. et al. dir., La situation délibérative dans le débat public, Tours, Presses Universitaires François Rabelais, coll. « Villes et territoires », vol. 2, p. 71-86. Shane, P., M., ed. (2004). Democracy Online. Prospects for Political Renewal Through the Internet, London/New York, Routledge. Toulouse, C., Luke, T. W., eds. (1998). The Politics of Cyberspace: A New Political Science Reader, London/New York, Routledge. Vedel, T. (2003). « L’idée de démocratie électronique : origines, visions, questions », in Perrineau, P. (dir.), Le désenchantement démocratique, Paris, Editions de l’Aube, p. 243-264. Wojcik, S. (2006). « Les forums électroniques municipaux : un espace délibératif inédit », Hermès, n° 45, p. 177-182. 3