Étude des paramètres de fabrication d`un béton de bois à matrice
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Étude des paramètres de fabrication d`un béton de bois à matrice
TECHNICAL NOTES Materials and Structures/Matériaux et Constructions, Vol. 29, October 1996, pp 514-518 Étude des paramètres de fabrication d’un béton de bois à matrice argileuse (Study of parameters in making clayey concretes lightened with wood aggregates) K. Al Rim, A. Ledhem, M. Quéneudec-t’Kint de Roodenbeke Équipe Gestion Technique du Bâti-IUT-Département Génie Civil, Rue du clos Courtel – BP 1144 – 35014 RENNES Cedex – France R É S U M É A B S T R A C T Les résultats présentés par les auteurs concernent la valorisation de la fraction argileuse résultant de l’exploitation de carrières de granulats par leur utilisation dans des bétons argileux légers. L’allègement de la pâte d’argile-ciment est obtenu par addition de granulats de bois, eux-mêmes déchets d’exploitation. Les auteurs rendent compte de l’influence des constituants sur les caractéristiques mécaniques des bétons durcis et sur le comportement du matériau frais. Ils proposent une formulation permettant d’obtenir un matériau de masse volumique sèche 800kg/m3 et une résistance en compression à l’état d’équilibre hydrique égale à 2,5MPa en restant dans des conditions de coulabilité satisfaisantes. De plus, des essais de traitement des granulats de bois ont montré la nécessité d’une étude systématique prenant en compte la spécificité de l’argile. The subject of the present study is to highlight the use of clay waste resulting from the operations of aggregate quarries through developing lightened clayey concretes. The lightening is achieved by adding wood aggregates, which are waste materials from woodworking activities. The authors account for the influence of components on the mechanical characteristics of hardened concretes and on the behaviour of the material just after mixing. They propose a formulation allowing the development a dry material with a volumic weight equal to 800 kg/m3 and a compressive strength, at hydrous stability, equal to 2.5 MPa offering the possibility tof being poured easily. Attempts at treating wood aggregates have proved the necessity for a systematic study to take into account the specificity of clay. 1. INTRODUCTION 2. MATÉRIAUX UTILISÉS L’idée de réduire la masse volumique d’un béton argileux peut être une solution économiquement et techniquement intéressante. Dans des travaux précédents [16] nous avons montré que la création de cellules dans une pâte d’argile-ciment conduisait à des matériaux dont les performances permettaient leur utilisation comme matériaux de construction et en particulier comme isolants, porteurs ou non, suivant la formulation. Une autre méthode couramment utilisée pour l’allégement des bétons hydrauliques consiste à ajouter à la pâte de ciment des granulats légers. C’est cette seconde voie que nous avons, dans ces travaux, voulu explorer pour des pâtes argileuses. Les granulats légers utilisés dans ce travail sont des déchets de scieries que nous désignerons par le terme général de copeaux (les parties fines, la sciure, ne sont pas prises en compte). Ils correspondent aux essences généralement utilisées dans la construction et on peut apprécier la répartition comme suit : 60% de sapin du nord et 40% de bois exotiques. Le matériau argileux utilisé est un déchet d’exploitation de carrières. Le matériau exploité est un paléosol ferralitique de l’ère tertiaire, remanié. Les graviers et sables sont commercialisés, la fraction < 70 µm, jusqu’à présent inutilisée, est constituée de kaolinites pratiquement pures [7, 8] Leur surface spécifique déterminée au bleu de méthylène (NF P 18- Editorial note Madame Quéneudec-t’Kint de Roodenbeke est Membre Effectif de la RILEM. 0025-5432/96 © RILEM 514 Al Rim, Ledhem, Quéneudec-t’Kint de Roodenbeke 592) a conduit à une valeur voisine de 35 m2/g. Les valeurs des limites d’Atterberg sont : Wp = 48%, WL = 36 %, I p = 12 % et la densité absolue est : ρ = 2,65 g/cm3. Le ciment utilisé est un CPA 55 ( NF P 15-301). 3. TECHNIQUES OPÉRATOIRES Un malaxage préalable à sec des constituants minéraux et des copeaux est effectué avant l’addition d’eau de gâchage. Le mélange homogénéisé est ensuite introduit dans des moules 4 x 4 x16 cm3 conservés, après remplissage et jusqu’au démoulage dans une salle à température et hygrométrie contrôlée(Θ = 20°C, HR = 90%). 4. RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX 4.1 Formulation 4.1.1 Influence de la quantité de ciment Les proportions des différents constituants, exprimées en pourcentages massiques, étaient : A = 85% ; Cop = 15% ; E = 90% de (A + Cop). Le pourcentage pondéral de ciment par rapport au mélange (A + Cop.) varie de 10 à 35%. La Fig. 1a montre l’évolution de la masse volumique sèche en fonction du pourcentage de ciment ajouté. Ceci peut être expliqué par la densité absolue plus élevée du ciment, mais aussi par le fait que le ciment consomme de l’eau lors de son hydratation. Pour une même quantité d’eau, une quantité supérieure de ciment conduit donc à une quantité d’eau excédentaire plus faible et donc à une plus grande compacité. Les Figs. 1b et 1c montrent l’évolution des caractéristiques mécaniques avec la quantité de ciment ajoutée. On peut constater que, pour un pourcentage C/(A + Cop) = 25%, on obtient un matériau ayant des caractéristiques satisfaisantes dans l’hypothèse de l’utilisation en éléments de cloisons. Soit : d = 0,90, Rf = 1,2 MPa, Rc = 3,4 MPa, Rc eq = 2,5 MPa, avec : Rf, résistance à la flexion à l’état sec ; Rc, résistance à la compression à l’état sec ; Rc eq, résistance à la compression à l’état d’équilibre hydrique. De plus, l’ajout de ciment influence le rapport Rc/Rf qui devient quasi constant, et égal à 3, à partir de 20% de ciment (Fig. 1d) 4.1.2 Influence du pourcentage de copeaux Cette étude a été réalisé avec une matrice dont la composition est fixée comme suit : (A + x) = 80% et C = 20% où x est le pourcentage de copeaux. La Fig. 2 montre la baisse de densité obtenue en fonction du pourcentage de copeaux. On peut constater que, pour un pourcentage massique de copeaux variant de 0 à 50%, l’abaissement de densité augmente jusqu’à 65% Fig. 1 - Influence du ciment sur les caractéristiques physico-mécaniques d’un béton argileux à granulats de bois (A = 85%, Cop = 15%, E = 90%). 515 Materials and Structures/Matériaux et Constructions, Vol. 29, October 1996 Fig. 2 - Baisse de la densité sèche d’un béton argileux à granulats de bois, en fonction du pourcentage de granulats. (C = 20%, A + x = 80%, E = 0,35C + 0,7A + 1,8 x). 4.1.3 Influence de la quantité d’eau L’étude de l’influence de l’eau a été effectuée sur un mélange sec de composition pondérale : A = 50%, C = 25%, Cop = 25%. – 4.1.3.1 Influence de l’eau sur le comportement rhéologique du béton frais Dans ce travail, nous nous sommes limités à une étude expérimentale de l’ouvrabilité . Des essais ont été effectués au cône d’Abrams, pour une quantité d’eau variant de 70 à 100% du mélange sec. Sur la Fig. 3 nous avons représenté les valeurs d’affaissement en fonction de la quantité d’eau de gâchage. Si 70% < E < 80%, on observe une phase de comFig. 3 - Affaissement au cône d’Abrams en fonction de la portement analogue à celui d’un béton ordinaire ferme : quantité d’eau de gâchage (C = 25%, A = 50%, Cop = 25%, l’affaissement est nul ou reste inférieur à 1 cm. E = 0,35 C + 0,70 A + Wcop. Cop). Si 90% < E < 100%, le comportement est analogue à celui d’un béton mou : l’affaissement Tableau 1 – Influence de l’eau de gâchage est compris entre 12,5 et 17,5 cm. Dans ce cas, la (A = 50%, C = 25%, Cop = 25%, pâte est assez liquide pour bien enrober les soit A = 450 kg/m3, C = 225 kg/m3, Cop = 225 kg/m3 pour d = 0,9) copeaux. Le malaxage est facile et provoque la formation de mousses, quelle que soit la vitesse Eau en % 70 75 80 85 90 95 de malaxage. La mise en moule est facilitée non 3 945 911 873 806 761 644 Mv humide en Kg/m seulement par l’eau mais aussi par l’air entraîné. 880 834 798 739 699 596 Mv sèche en Kg/m3 Toutefois, en raison de la quantité importante Cl humide en m/s 1470 1295 1201 1144 1060 989 d’eau, le durcissement de la pâte argile-ciment est retardé. Cl à sec en m/s 1315 1164 1076 1022 950 868 Un compromis entre la facilité de mise en Ed* à 28j H.en MPa 2061 1528 1259 1055 855 630 moule, le démoulage et les caractéristiques Ed à 28j à sec. en MPa 1522 1130 924 772 631 449 mécaniques conduit à se situer dans une fourRf à sec en MPa 1,81 1,38 1,13 0,77 0,63 0,39 chette d’eau allant de 80 à 90%. – 4.1.3.2 Influence de l’eau sur les caractéristiques mécaniques du béton durci Le Tableau 1 regroupe les valeurs expérimentales pour un mélange sec de composition pondérale : A = 50%, C = 25%, Cop = 25%. 100 532 496 877 756 409 283 0,22 Rc à sec en MPa 4,18 3,65 2,77 2,06 1,58 0,88 0,44 Rc. s./Rf.s. 2,31 2,64 2.45 2.68 2,51 2,26 2,02 Rc éq. en MPa 3,98 3,26 2,59 1,95 1,35 0,73 0,42 95,21 89,32 93,5 94,66 85,44 82,95 95,45 3,18 3,5 3,74 Rc éq./Rc s. en % W éq en % 516 3,25 3,69 4,36 4,84 Al Rim, Ledhem, Quéneudec-t’Kint de Roodenbeke Fig. 4 - Résistance en compression en fonction de la densité sèche (C = 25%, A = 50%, Cop = 25%, E variable). À teneur en copeaux égale, l’augmentation de la quantité d’eau de 70 à 100% fait varier la masse volumique sèche de 880 à 496 kg/m3, et la relation entre Rc et d suit les courbes représentées en Fig. 4. En plus des modules d’élasticité majoré E*d, plus grands à l’état humide qu’à l’état sec, les résistances en compression du matériau humide toujours inférieures aux résistances à l’état sec, montrent la supériorité de la capacité du matériau humide à la déformation. L’eau est donc un élément important des caractéristiques du matériau et de la mise en œuvre qu’il faut donc déterminer avec précision. L’étude du seuil de cisaillement a permis de déterminer la quantité d’eau nécessaire à une bonne coulabilité dans le cas d’une pâte d’argile ciment [10]. Soit : E = 0,35C + 0,70A où C et A représentent respectivement les quantité massiques de ciment et d’argile. Nous avons montré plus haut que la quantité totale d’eau ajoutée était comprise entre 80 et 90% de la masse sèche, soit un supplément d’eau nécessité par l’introduction de copeaux estimé à 1,5 < Wcop < 1,8 si l’on veut rester dans des conditions de coulabilité satisfaisantes et de résistances mécaniques suffisantes. Nous adopterons donc la formulation générale suivante : E = 0,35C + 0 70A + (1,5 à 1,8)Cop. Ce dosage en eau permet d’obtenir des caractéristiques mécaniques acceptables sans addition prohibitive de ciment. Considérons, par exemple, un matériau de masse volumique sèche égale à 800 kg/m3 obtenu avec E = 80% (soit Wcop = 1,5). Un dosage en ciment de 200 kg/m3 et l’introduction de 200 kg de copeaux par m3, permettent d’obtenir une résistance en compression à l’état d’équilibre hydrique égale à Rceq = 2,5 MPa. particulier un effet retardateur de prise plus important pour les feuillus que pour les résineux, ainsi qu’une variation en fonction de la composition du ciment et en particulier de sa teneur en silicates tricalciques. Les auteurs sont, en général, unanimes à souligner la complexité des phénomènes et l’insuffisance des connaissances sur ces problèmes. Toutefois, on suppose en général que certains composés hydrosolubles et, en particulier, les sucres et l’hémicellulose, sont responsables de l’effet retardateur du bois sur la prise du ciment. Des traitements parfois très élaborés ont été proposés pour éviter la libération de ces composés hydrosolubles en milieu alcalin : imprégnation, traitements thermiques, traitements chimiques... Une étude systématique du traitement des granulats utilisés dans ce travail est en cours mais on peut signaler dès à présent quelques résultats partiels. Traitement à l’eau bouillante Les copeaux ont été soumis à un traitement à l’eau distillée bouillante afin d’éliminer une partie des composés hydrosolubles. Le dosage en ciment utilisé est un dosage extrême (350 kg/m3 de matière sèche) de l’ordre de ceux habituellement utilisés dans les bétons de bois. Le reste de la matière sèche est composé de 2/3 d’argile et 1/3 de copeaux. La masse volumique sèche est voisine de 900 kg/m3. La Fig. 5 montre l’évolution du retrait dans le temps pour des durées de traitement allant de 0 à 6 heures. Les résistances mécaniques reportées en Fig. 6a montrent une action positive du traitement. On peut également constater une action positive du traitement à l’eau bouillante sur le retrait. Toutefois, celle-ci n’apparaît que vers 14 jours et semble donc plus liée à des phénomènes physiques consécutifs à la pénétration du mélange matriciel dans les pores des granulats de bois.qu’à la cinétique d’hydratation du ciment. Les résistances mécaniques subissent également une augmentation. Fig. 5 - Influence du traitement des copeaux à l’eau bouillante sur le retrait du béton argileux à granulats de bois. 4.2 Influence du traitement des copeaux Le problème de l’interaction bois-ciment a déjà été étudié [11] en fonction, d’une part, de l’essence des bois et, d’autre part, de la nature des ciments. On signale en 517 Materials and Structures/Matériaux et Constructions, Vol. 29, October 1996 très complexe de l’interaction matrice-granulat de bois signalé dans la bibliographie. En effet, dans le cas des bétons de granulats de bois à matrice argileuse,l’argile est majoritaire en masse, sa prise se superpose à la prise hydraulique du ciment, et elle intervient fortement dans les variations dimensionnelles. Son rôle ne pourra être déterminé qu’au terme d’une étude systématique en cours actuellement. RÉFÉRENCES [1] Al-Rim, K., Al Cheikh, N., Queneudec, M., et Decamps, E.A., ‘Modernisation des géomatériaux locaux : propriétés physiques de matériaux argileux légers’, ‘Colloque Franco-Maghrébin : Construire en matériaux locaux’, Marseille 15-17, Octobre (1991) 14p. [2] Al-Rim, K., Queneudec, M., T’kint De Roodenbeke, A. et Decamps, E.A., ‘Valorisation des déchets argileux de carrières de granulats dans la perspective des constructions en terre du futur’, ‘Congrès Mondial du Bâtiment, CIB 92’ Montréal-Canada, (1822 Mai 1992) 2 p. [3] Morteveille, M.-A., Al-Rim, K. et Queneudec, M., ‘Utilisation de la poudre d’hémoglobine animale dans la conception d’un nouveau béton léger à base d’argile stabilisée à froid : l’HémoBAL’, ‘Colloque international Énergie-HabitatEnvironnement’ COMPLES 93, Rennes (1-2 Avril 1993). [4] Al-Rim, K., Morteveille, M-A. et Queneudec, M., ‘Influence de l’addition d’un entraîneur d’air protéinique sur un mélange argile-ciment : l’Hémobal et ses caractéristiques mécaniques’, Rev. Internationale d’héliotechnique, 9 (Avril 1994) 26-36. [5] Al-Rim, K., Bouguerra, A., Cheik-Kassem, N.A., Queneudec, M. et T’kint De Roodenbeke, A., ‘The thermal conductivity of lightweight clay concrete’, à paraître. [6] Queneudec, M., ‘Béton argileux léger obtenu par l’ABC Proteolith’, Rapport de recherche, (Mars 1994) 64 p. [7] Esteoule-Choux, J., ‘Contribution à l’étude des argiles du Massif Armoricain. Argiles des altérations et argiles des bassins sédimentaires tertiaires’, Thèse de Doct. ès Sciences, Université de Rennes (1967) 319 p. [8] Esteoule-Choux, J., ‘Contribution à l’étude des argiles du Massif Armoricain’, et notamment : ‘Gisements des Côtes-du-Nord-22 (Plémet-carrière d’Illifaut)’ pp. 77-79, Mém. Soc. Géol. Min. Bretagne, Rennes (1970) 14, 271 p. [9] Al-Rim, K., L’Haridon, B. et Queneudec, M., ‘Application des différentes méthodes d’allègement des argiles à la préfabrication d’éléments de construction’, Revue Internationale d’Héliotechnique 10 (1994) 33-47. [10] Al-Rim, K. ‘Étude de l’influence de différents facteurs d’allègement des matériaux argileux : Le Béton Argileux Léger. Généralisation à d’autres fines de roches et Applications à la conception d’éléments de construction préfabriqués’, Thèse de Doctorat, Université de Rennes, (1994). [11] Pimentia, P., Chandellier, J., Rubaud, M., Dutruel, F. et Nicole, H., ‘Étude de faisabilité des procédés de construction à base de béton de bois’, Cahiers du CSTB - 346- (Janvier-Février, 1994). Cahier 2703. Fig. 6 - Influence du traitement des copeaux sur les résistances mécaniques des granulats de bois, (a) traitement à l’eau bouillante, (b) influence des ions Cl-. Ajout d’ions Cl - (Fig. 6b) Afin de compenser les effets retardateurs de prise des composés hydrosolubles du bois, il est parfois conseillé d’ajouter des accélérateurs de prise. Dans l’étude présente, le choix s’est porté sur les ions Cl - ; on peut constater que les variations de résistances mécaniques sont trop faibles devant l’erreur expérimentale (∆R ∼ 0.05MPa) pour pouvoir conclure dès à présent. 5. CONCLUSION L’étude de l’inf luence des différents constituants nous a permis de proposer une formule empirique permettant de déterminer la quantité d’eau de gâchage nécessaire pour obtenir un matériau léger, de performances mécaniques suffisantes pour des éléments autoporteurs à partir de densités voisines de 0,8. L’amélioration des résistances mécaniques par traitement des granulats de bois a été envisagée. Il s’agit d’un vaste travail, car une inconnue s’ajoute au problème déjà 518