Villeneuve-d`Ascq (FR)
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Villeneuve-d`Ascq (FR)
ADEME/Energie-Cités Politiques de déplacement favorisant la marche à pied en ville La marche à pied en ville 2002-2003 Villeneuve-d'Ascq (FR) Le développement des déplacements à pied est parfois un véritable objectif que se fixent certains responsables d’autorités locales dans leur quête de villes moins polluantes, moins bruyantes, plus économes en espace et en énergie. Avec le développement des déplacements à vélo et en transports publics, c’est certainement l’un des moyens les plus efficaces pour tendre vers des villes où il fait bon vivre, volonté partagée par une proportion croissante de nos concitoyens. Si la marche à pied est généralement considérée comme un mode de déplacement "récréatif" (promenades, loisirs, tourisme, etc.) et à la portée du plus grand nombre, parvenir à lui conférer le statut de véritable mode de déplacement dans la ville (pensée et développée depuis des années pour être au service de la voiture) n’est pas simple. Elle demande volonté politique, courage, force de conviction et opiniâtreté pour les responsables d’autorités locales, intérêt, compétence et sens du dialogue pour les techniciens, patience et raison pour les piétons. A Villeneuve-d’Ascq, ces « ingrédients » ont pu être réunis. Qu’en est-il exactement ? Quels enseignements peut-on tirer et quelles perspectives peut-on dégager à la lumière de cette expérience ? ASPECTS GENERAUX Tres in uno, entendez : trois en une, telle est la devise de Villeneuve-d’Ascq (65 700 habitants), un exemple réussi de ville nouvelle, née de la fusion en 1970 de trois villages. Le nom de Villeneuve-d’Ascq sera trouvé en mémoire du massacre d’Ascq qui vit périr en avril 1944, 86 Ascquois victimes de la répression nazie. En 1974, l’Université est inaugurée, bientôt suivie par l’école d’architecture ainsi que de nombreux établissements techniques supérieurs, faisant de Villeneuve-d’Ascq la deuxième ville universitaire de France, après Paris. Située au carrefour des grandes voies de communication, au cœur de Lille Métropole, Villeneuve-d’Ascq est reliée à Lille par le VAL, premier métro entièrement automatisé. Devenue technopole en 1986, et depuis peu, ville numérique, la ville est aussi un véritable poumon vert de la métropole. 300 espaces verts sont aménagés autour d’une chaîne de lacs. POLITIQUE GLOBALE DES DEPLACEMENTS La Ville de Villeneuve-d’Ascq résulte de la fusion imposée par l’État le 25 février 1970 des trois villages d’Ascq, Annappes et Flers. L’histoire retiendra que celle-ci fait suite à une visite des lieux par les représentants du ministère… en hélicoptère. Il s'agissait alors de répondre aux besoins urgents en logements liés à l’accroissement de la démographie mais en même temps, d'éviter de commettre les mêmes erreurs que dans les ZUP (Zone d'Urbanisation Prioritaire) des années soixante. Dès sa conception, la ville nouvelle introduit la séparation des circulations : la circulation automobile est périphérique, celle des piétons centrale par les chemins paysagers. Grâce à des passerelles, les enfants peuvent aller à l'école sans rencontrer de voitures. Les quartiers anciens bénéficient quant à eux de nombreuses ruelles à caractère piétonnier. 1 ADEME/Energie-Cités Politiques de déplacement favorisant la marche à pied en ville 2002-2003 L'idée, à l'origine, n'est donc pas de développer en soi les déplacements à pied mais de favoriser une plus grande qualité de vie stimulant les relations sociales, une plus grande sécurité des piétons ainsi que des facilités pour les personnes à mobilité réduite. En effet, comme dans toute ville nouvelle, les nouveaux arrivants travaillent souvent à l'extérieur de celle-ci et utilisent pour leurs déplacements, véhicules individuels motorisés ou transports publics. Ces derniers sont particulièrement développés avec : • le VAL, premier métro entièrement automatisé (7 arrêts partagés entre deux lignes), • les bus (8 lignes en réseau urbain et 8 lignes en réseau suburbain), • le tramway (2 arrêts à Villeneuve d’Ascq sur la ligne Lille-Roubaix), • le train (3 arrêts). La ville a en tout cas connu un véritable bond démographique en voyant sa population tripler depuis sa création, passant de 23 400 habitants à plus de 65 000 aujourd'hui. Villeneuve-d’Ascq fait partie de la Communauté Urbaine de Lille (CUDL) et c’est cette dernière qui détient la compétence «Transports ». La CUDL a adopté son Plan de Déplacements Urbains (PDU) en juin 2000, qui a pour objectif de favoriser l’utilisation des modes de déplacements alternatifs : le train, le métro, le tram, le vélo ou la marche à pied. EXPERIENCE DE VILLENEUVE-D’ASCQ (FR) Planification La planification doit être distinguée selon deux périodes : la conception de la ville nouvelle et l'adoption du PDU de la Communauté Urbaine Lille Métropole. Villeneuve-d'Ascq est née sur le papier en 1966. Edgar Pisani, ministre de l'Équipement et du Logement, lance alors la réalisation d'une ville nouvelle à l'est de Lille, comparable à celles qui entourent Paris : ce sera « Lille-Est », destinée à « servir d'accompagnement urbain aux universités », dont le transfert sur le futur campus d'Annappes avait été décidé en 1958. L'Établissement public d'aménagement de Lille-Est (EPALE) est créé le 11 avril 1969. • • • • • 1969 : l'État décide la création dans la métropole lilloise d'une des 9 villes nouvelles prévues au Vème Plan quinquennal, 1970 : le choix se porte sur l'est de Lille en raison de l'existence de vastes zones agricoles et la présence de la Cité Scientifique ouverte en 1965, 1972 : arrivée des premiers habitants dans la ville nouvelle, 1978 : la commune récupère un droit de regard sur les aménagements et à partir de février 78, les habitants participent à la construction de leur ville grâce à la mise en place de procédures de chartes d'aménagement concerté de quartiers, 1983 : fin de l'opération "ville nouvelle". La question de la propriété des itinéraires piétonniers est posée et la réintégration de la quasi-totalité de ceux-ci dans le domaine public (un propriétaire : Lille Métropole Communauté Urbaine, un gestionnaire : la ville ou L.M.C.U) est décidée de 1995 à 2001 afin d'effectuer le travail de rénovation pour des premières créations âgées de 30 ans. En 1998, la CUDL réalise une enquête-ménages auprès de ses habitants sur leurs pratiques de déplacements. 5 100 familles, soit 13 000 personnes, sont interrogées pour reconstituer les déplacements d’une journée moyenne de semaine. Elle a servi de base de travail dans le cadre de l’élaboration du PDU de la CUDL. Celui-ci a été adopté en juin 2000. Faciliter le cheminement des piétons en est l'un de ses principes directeurs avec la publication d'une charte piétons-vélos. 2 ADEME/Energie-Cités Politiques de déplacement favorisant la marche à pied en ville 2002-2003 Aménagements et mesures S'inspirant de l'urbanisme britannique et surtout néerlandais, le choix de voiries courbes et de multiples impasses afin de casser la vitesse automobile a été fait. La distinction entre voiries automobiles et piétonnes étant acquise, les responsables optèrent pour des cheminements piétonniers rectilignes faisant figure de raccourcis. Ce principe de séparation n'a été rigoureusement appliqué que dans le quartier dénommé « Triolo » : le cheminement réservé aux piétons dessert directement la majorité des logements ainsi que la totalité des équipements scolaires, commerciaux et sociaux. A la « Cousinerie », un axe routier nord-sud croise un axe piéton ouest-est. Un axe piéton majeur est constitué par la chaussée haute qui prend naissance au cœur des Facultés des Lettres et de Droit et conduit au quartier de l'Hôtel de ville. La différence de hauteur entre réseaux automobiles et piétons accentue encore ici leur séparation. Les « rues hautes » reçoivent toute une série d'équipements : les Facultés, une maison de quartier, un petit centre commercial, l'Hôtel de Ville, le théâtre, le centre de la petite enfance, une station de métro et un jardin public. Le vaste centre commercial du centre ville ouvre directement sur la place piétonne de l'Hôtel de Ville, la face parking tournant le dos à la ville, performance jamais réalisée jusque là. Le réseau piéton du quartier « Triolo » Voie piétonne L'espace piéton s'efforce d'être un espace public agréable. Ainsi, le traitement minéral et végétal des cheminements et de leurs abords a-t-il été étudié de façon à protéger le piéton contre le vent au moyen de plantations, haies ou murs-écrans. Climatiquement à l'abri, sans déclivité importante, le cheminement est ponctué de points forts : d'ouest en est, le square avec son école, le centre commercial, la place de l'école, l'espace central du Triolo est, autour duquel les bâtiments s'organisent en gradins. De l'esplanade du campus à la place de l'Hôtel de Ville, le long de la Chaussé-Haute, se succèdent des placettes et la place Léon Blum. Le secteur piétonnier représente actuellement plus de 15 km auxquels il faut ajouter la chaîne des lacs, vaste espace vert où les berges et les chemins ont été aménagés, et qui constitue l'un des lieux de promenade favoris des habitants de la Communauté Urbaine. Suite à l'adoption du PDU et de la charte piétons-vélos, un certain nombre de mesures ont été prises ou prévues pour toute la Communauté Urbaine afin de favoriser les déplacements à pied : • trottoirs larges, sans émergences, adaptés aux flux piétons (largeur de 1,5 m libre de tout mobilier humain), • trottoirs adaptés aux déplacements des personnes à mobilité réduite (abaissement ponctuel de trottoirs, revêtement adapté, largeur adaptée, cheminement sans obstacles), • itinéraires continus, • reconquête des espaces piétons (implantation de bornes, potelets, barrières, etc.), • développement des zones 30 km/h, 3 ADEME/Energie-Cités • Politiques de déplacement favorisant la marche à pied en ville 2002-2003 renforcement de la sécurité des piétons (aménagement des traversées en section et en carrefour, aménagements à proximité des arrêts de transports publics, prise en compte dans la définition des plans de feux, répétiteurs piétons sonores ou tactiles, renforcement de la visibilité, éclairage adapté, etc.). C'est dans ce cadre qu'une enveloppe de plus d'un million et demi d'Euros a été attribuée par la CUDL pour la rénovation des cheminements piétons à Villeneuve-d’Ascq dans les "quartiers nouveaux" de 2001 à 2003. De plus, chaque année, une opération ponctuelle est entreprise dans les quartiers anciens pour un montant d'environ 76 000 à 91 000 Euros. Communication et sensibilisation La ville de Villeneuve-d’Ascq, conçue en tant que telle pour faciliter les déplacements à pied (même s'il ne s'agissait pas de l'objectif principal), n'a pas cherché à communiquer d'une manière spécifique sur ce sujet en dehors de l'édition de « guides de ballades » dont le but relève plus des loisirs. Par contre, l'adoption du PDU à l'échelle communautaire et la publication de la charte piétons-vélos, popularisée par plusieurs articles dans la presse locale, ont contribué à mieux faire connaître un mode de déplacement qui n'est pourtant pas encore estimé à sa juste valeur. EVALUATION ET PERSPECTIVES Même si Villeneuve-d’Ascq peut se targuer d'être l'une des seules villes nouvelles de France à connaître un réel succès auprès de ceux qui l'habitent, il n'en reste pas moins que sa conception d'origine a provoqué une certaine perte de repères avec l'impression d'une ville sans rues. La séparation radicale et systématique entre les différents modes de circulation a souvent abouti à l'absence de « rues traditionnelles », ce qui peut désorienter. Mal comprise, cette séparation a fini par être assouplie sans être abandonnée lors de la construction des quartiers suivants. Quant à l'évolution de la part modale des déplacements, elle n'est toujours pas connue à ce jour. Seul existe l'évaluation effectuée lors de l'enquête-ménages sur les différentes pratiques de déplacement. Selon ses résultats, les Villeneuvois effectuent un nombre moyen de 3,96 (±0,31) déplacements par jour. Nombre moyen de déplacements / jour A pied 1.13 ( ± 0.21) soit 28.5% En 2 roues 0.07 ( ± 0.05) soit 1.8% En voiture 2.35 ( ± 0.28) soit 59.3% En transports publics ou autres 0.41 ( ± 0.11) soit 10.4% 4 ADEME/Energie-Cités Politiques de déplacement favorisant la marche à pied en ville 2002-2003 Répartition selon le motif des déplacements Travail 23% Études 13% Achats - services 22% Loisirs 27% Accompagnement 13 % Autres motifs 2% Durées moyennes en minutes des déplacements 35 30 25 20 15 10 5 0 Ensemble des modes Transports publics + autres Voiture deuxroues Marche mn L'étude et la future mise en place d'un « micro-PDU » (subdivision par quartier du PDU communautaire) ainsi que le lancement en 2003 par Villeneuve-d’Ascq de son Agenda 21 local devrait accélérer dans les années à venir la promotion des modes de déplacement respectueux de l'environnement. POUR ALLER PLUS LOIN Lille Métropole Communauté Urbaine Jean-Louis SEHIER Chef de projet PDU (Plan de Déplacements Urbains) 1, rue du Ballon BP 749 F-59034 LILLE Cedex Tél. : +33 (0)3 20 21 22 23 Fax : +33 (0)3 20 21 22 99 E-mail : [email protected] Cette fiche de cas a été réalisée par Energie-Cités grâce à la collaboration des responsables de la ville de Villeneuve-d’Ascq, de la Communauté urbaine Lille Métropole et au soutien technique et financier de l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME, DR FrancheComté). 5