Etudes experimentales sur la mentalisation des
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Etudes experimentales sur la mentalisation des
UNIVERSITE PARIS 8 VINCENNES - SAINT DENIS ECOLE DOCTORALE COGNITION, LANGAGE, INTERACTION Laboratoire de psychopathologie et neuropsychologie EA 202 Doctorat de psychologie Présenté par Anca-Maria SAV Sous la direction de : Prof. Michèle MONTREUIL Etudes expérimentales sur la mentalisation chez des adultes présentant le Syndrome d’Asperger Soutenue publiquement le 28 novembre 2011 Devant le jury composé de : M le Professeur Arnaud PLAGNON Président du jury Mme le Professeur Michèle MONTREUIL Directeur de thèse Mme le Professeur Carole TARDIF Rapporteur M le Professeur Jean-Louis ADRIEN Rapporteur Tous mes emerciements… Au Professeur Michèle Montreuil. Elle m’a guidée et accompagnée dans la construction de ce travail de thèse avec beaucoup de tact, d’encouragements et de confiance. Rien ne pourra suffire pour lui témoigner ma reconnaissance, ma gratitude. Au chercheur Tiziana Zalla, Institut Jean Nicod, CNRS, Ecole Normale Supérieure pour sa rigueur scientifique qui m’a permis de réorienter parfois mon travail et qui m’a aidée à recruter les patients. A Nadia Sachs, qui a rendu l’analyse statistique des données beaucoup plus facile. Aux collègues et amis qui ont lu, corrigé et m’ont offert un regard critique sur ce travail : Mihaela Călăţan, Francesca Ervas, Camelia Dascălu, Florence Meny, Catherine Chevalier, Erika Huerta, Samia Azi. A Dominique Plassat, de l’IME Alphée, le maitre de stage qui a changé mon orientation professionnelle. J’adresse également mes sincères remerciements aux membres du jury, qui me font le grand honneur d’avoir accepté de lire, de critiquer et d’évaluer la qualité de mon travail. Je tiens à remercier sincèrement toutes les personnes volontaires qui ont participé aux différentes études. A mes amis, proches ou lointains pr Răzvan, Hélène, Isabelle, Ioana, Livia, Bogdan, Anca, Maria et les autres, qui m’ont soutenu de tout leur cœur. Je remercie ma famille pour sa patience et sa compréhension: mon père, ma mère, Corina, Vlăduţ, Parascheva. Ils ont su attendre et me soutenir avec amour et délicatesse. 3 A mes parents 4 Résumé L’autisme est un trouble qui a fasciné et qui a représenté un chalenge autant pour les cliniciens que pour les chercheurs. Une des directions importantes de recherche sur l’autisme dans la dernière trentaine d’années concerne le déficit dans la théorie de l’esprit. Processus complexe, situé au carrefour de la psychologie cognitive et sociale, la théorie de l’esprit continue à être explorée. Le but de cette thèse a été d’analyser les différentes facettes du processus de mentalisation dans le contexte clinique du Syndrome d’Asperger, sous-catégorie des troubles autistiques. La première étude a permis d’étudier chez les personnes adultes avec Syndrome d’Asperger la compréhension d’un cas particulier de l’attribution de la non-intentionnalité, les faux pas. Les résultats de cette étude ont montré que les participants avec Syndrome d’Asperger ont identifié correctement l’occurrence des faux pas, mais ils ont présenté des difficultés au niveau de l’empathie et de la compréhension du contenu des faux pas. La deuxième étude nous a permis d’étudier l’implication du fonctionnement exécutif dans l’interprétation des situations sociales à travers une tâche aux choix multiples. Dans cette étude, nous avons également exploré la modulation d’opinion sur l’interprétation des situations sociales chez les personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Nos résultats ont mis en évidence une similarité des réponses des deux populations (adultes avec Syndrome d’Asperger et adultes sans trouble), ainsi qu’une tendance à accepter plus facilement l’avis extérieur chez les personnes avec Syndrome d’Asperger. Dans une troisième étude, nous avons étudié l’apprentissage basé sur renforcement chez des personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Nous avons discuté l’implication de la préservation de la capacité d’apprentissage associé au renforcement dans le contexte des possibles mécanismes compensatoires du déficit social dans cette population. Mots clefs : Syndrome d’Asperger, théorie de l’esprit, empathie, fonctionnement exécutif, apprentissage métacognitif 5 Experimental Studies on Mentalising in Adults with Asperger Syndrome Abstract Autism is a disorder that has fascinated and, at the same time has been a challenge for both clinical psychologists/clinicians and researchers. One of the main research fields in the autism arena during the past thirty years is related to the deficit of the theory of mind. Acknowledged as a complex process standing at the crossroad between cognitive and social psychology, the theory of mind continues to be explored. The aim of our PhD research was to analyse the different aspects of the metallization process in the clinical context of the Asperger Syndrome which is an autism spectrum disorder. Our first study explored the understanding of a particular case of non intentionality attribution, the fake steps, in adults with Asperger Syndrome. The findings of the study indicate that the adults with Asperger Syndrome identify correctly the occurrence of fake steps, but encounter empathy problems and difficulties in understanding the content of fake steps. The second study analyzed the role of the executive functioning in the interpretation of various social contexts using a multiple choice task in adults with Asperger Syndrome. The study has also examined the impact of the opinion modulation on the interpretation of social contexts. On one hand, the results have revealed that the responses in the two groups (the one of adults with Asperger Syndrome and the one of adults without any disorders) were similar. On the other hand, we observed that the adults with Asperger Syndrome tend to accept easier an external opinion when formulating their response. The third study investigated the reinforcement based learning in adults with Asperger Syndrome. The implication of the preservation of the learning capacity associated with reinforcement has been discussed considering possible compensation mechanisms of the social deficit within this population. Keywords: Asperger Syndrome, theory of mind, empathy, executive functioning, metacognitive learning. 6 TABLE DES MATIERES LISTE D’ABREVIATIONS ...................................................................................................... 9 PREAMBULE.......................................................................................................................... 11 INTRODUCTION.................................................................................................................... 13 REVUE DE LA LITTERATURE............................................................................................ 15 Chapitre 1. Le Syndrome d’Asperger dans le spectre autistique ............................................. 16 1.1. Troubles envahissants de développement : autisme, autisme de haut-niveau, Syndrome d’Asperger............................................................................................................................ 17 1.1.1. Autisme .............................................................................................................. 18 1.1.2. L’autisme de haut niveau ................................................................................... 20 1.1.3. Le Syndrome d’Asperger ................................................................................... 21 Les signes cliniques du Syndrome d’Asperger ............................................................ 22 Epidémiologie .............................................................................................................. 23 Critères diagnostiques .................................................................................................. 24 Nouvelle classification : DSM-V ................................................................................. 26 Etiologies...................................................................................................................... 27 Evolution, pronostic ..................................................................................................... 27 Chapitre 2. Modèles et développement des processus sociocognitifs...................................... 29 2.1. Cognition sociale........................................................................................................... 30 2.2. La théorie de l’esprit ..................................................................................................... 30 Le modèle de la lecture mentale (Baron-Cohen, 1995) ............................................... 31 La théorie de l’esprit dans le développement typique.................................................. 33 Tester la théorie de l’esprit........................................................................................... 34 La vision conceptuelle sur l’acquisition de la théorie de l’esprit ................................. 36 2.3. Fonctionnement exécutif ............................................................................................... 38 Le rôle du fonctionnement exécutif dans le développement de la théorie de l’esprit .. 39 Modèle du mécanisme de la théorie de l’esprit-processus de sélection (MTdE-PS) (Leslie, 1986, 2005) ..................................................................................................... 42 2.4. L’empathie .................................................................................................................... 45 2.5. La métacognition........................................................................................................... 50 Chapitre 3. Hypothèses cognitives de l’autisme ...................................................................... 53 3. 1. Hypothèse du dysfonctionnement exécutif .................................................................. 54 Syndrome préfrontal............................................................................................. 55 3. 2. Hypothèse de la faible cohérence centrale ................................................................... 56 3. 3. Hypothèse du déficit en théorie de l’esprit................................................................... 59 Critiques de la théorie du déficit en TdE.............................................................. 62 3. 4. Autres théories explicatives ......................................................................................... 63 3. 4. 1. La Théorie Empathique – Systématique (Empathizing-Systemizing) ............. 63 3. 4. 2. La théorie du cerveau masculin extrême.......................................................... 67 3. 4. 3. Théorie de l’amygdale...................................................................................... 68 3. 4. 4. Théorie d’un surfonctionnement perceptif....................................................... 68 3. 4. 5. Théorie d’un déficit émotionnel....................................................................... 69 Chapitre 4. Epreuves de théorie de l’esprit dans l’autisme ...................................................... 70 4.1. Epreuves de théorie de l’esprit chez les enfants avec autisme ...................................... 71 Les enfants de haut niveau ........................................................................................... 73 4. 2. Epreuves de Théorie de l’Esprit chez les personnes adultes avec Syndrome d’Asperger .............................................................................................................................................. 74 7 4.2.1. Le test de « Strange Stories » (Happé, 1994)..................................................... 74 4.2.2. Awkward Moments Test (Baron-Cohen, 2000)................................................. 77 4.2.3. Reading the Mind in Films (Goal, 2006) ........................................................... 79 4.2.4 Tâche d’attribution sociale (Klin, 2000) ............................................................. 81 4.2.5. Mesures implicites de la théorie de l’esprit (Senju, 2009)................................. 83 PARTIE EXPERIMENTALE.................................................................................................. 86 Chapitre 5. Etude des faux pas ................................................................................................. 87 Introduction .......................................................................................................................... 88 Méthode................................................................................................................................ 92 Résultats ............................................................................................................................... 96 Discussion ............................................................................................................................ 98 Chapitre 6. Etude des récits sociaux....................................................................................... 104 Introduction ........................................................................................................................ 105 Outils utilisés.............................................................................................................. 110 Méthode.............................................................................................................................. 112 Résultats ............................................................................................................................. 115 Discussion .......................................................................................................................... 118 Chapitre 7. La tâche de renforcement et d’extinction ............................................................ 121 Introduction ........................................................................................................................ 122 Méthode.............................................................................................................................. 126 Traitement des données et résultats.................................................................................... 129 Discussion .......................................................................................................................... 132 DISCUSSION GENERALE .................................................................................................. 136 La nécessité d’intégrer le soi dans les études sur la mentalisation..................................... 139 Par quel mécanisme accédons-nous aux états mentaux des autres ?.................................. 141 Métareprésentation et fonctionnement exécutif dans la tâche de renversement ................ 143 La vigilance épistémique et l’acceptation de l’opinion externe dans l’étude des récits sociaux................................................................................................................................ 144 Conclusion.......................................................................................................................... 147 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ............................................................................... 148 ANNEXES ............................................................................................................................. 166 8 LISTE D’ABREVIATIONS ADI-R : Autism Diagnostic Interview AHN : Autisme de haut niveau APA : American Psychological Association AQ : Autisme Spectrum Quotient AR : Apparence/Réalité ASDI : Asperger Syndrome Diagnostic Interview BI : Bonne intention CCC : Théorie de la Complexité Cognitive et du Contrôle CI : Contenu inattendu CIM-10 : Classification internationale des maladies de l’organisation mondiale de la santé, dixième édition. CP : Explication comportementale CS : Cognition sociale DSM : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux EDD : Détecteur de direction des yeux FC : Fausse croyance FCC : Faible cohérence centrale FE : Fonctions exécutives GC : Groupe de comparaison ID : Détecteur d’intentionnalité MI : Mauvaise intention MTE : Mécanisme de la théorie de l’esprit PAT : Physical attribution test (Test d’attribution physique) PS : Processus de sélection QI : Quotient Intellectuel QIG : Quotient Intellectuel global QIP : Quotient Intellectuel de performance QIV : Quotient Intellectuel verbal RMF : Reading the Mind in Films SA : Syndrome d’Asperger 9 SAM : Mécanisme d’attention partagée SAT : Social attribution test (Test d’attribution sociale) SP /PS : Processus de sélection SQ : Questionnaire de systématisation TdE : Théorie de l’esprit TED : Troubles envahissants de développement TED-NS : Trouble envahissant du développement non spécifié Théorie E-S : Théorie Empathique-Systématique TI : Transfert inattendu ToM : Theory of mind (Théorie de l’esprit) ToMM : Mécanisme de la théorie de l’esprit ToMM-SP : Théorie de l’esprit – processus de sélection TSA : Troubles du spectre autistique WAIS-III : Echelle d'intelligence pour adultes de Wechsler WCST : Test de Classement des Cartes du Wisconsin 10 PREAMBULE J’ai rencontré Daniel pendant un camp d’été où il était venu à la demande de son amie. Il avait 23 ans, et il était passionné par l’histoire de l’empire roman et l’Italie. Lors de nos réunions concernant l’organisation du camp, il se levait sans un mot et quittait le groupe au milieu d’une discussion pour aller dans sa chambre et lire. Quand on lui faisait une remarque par rapport à ce comportement, il semblait surpris et répondait qu’il ne savait pas qu’il fallait prévenir. On croisait rarement le regard de Daniel, et quand cela arrivait, le moment était court. Il ne parlait jamais en public. Quand il racontait les événements de la journée sa voix était basse et monotone, sans intonation. On le voyaitt rarement rire, il souriait le regard baissé. Daniel avait des gestes assez étranges en groupe. Il se frottait les mains sans arrêt, bougeait sa chemise ou s’étirait les bras peu importe le contexte. Quelques années plus tard, j’ai eu des nouvelles par son amie dont il s’était séparé. Elle dit que dans leur relation « Daniel s’est comporté comme s’il suivait un scénario, comme s’il reproduisait un film ». Il ne prêtait pas attention à l’état de l’autre et semblait ne pas comprendre la fatigue ou l’ennui de l’autre. Une fois, lorsqu’il était invité dans la famille de son amie, il s’est préparé pour luimême le poisson qu’il a trouvé dans le réfrigérateur et il l’a mangé seul. A la surprise du reste de la famille, il a répondu que le poisson était bon. Il fallait absolument que Daniel mange 3 fois par jour. S’il ratait un repas, il mangeait deux fois le repas d’après. Il avait une passion pour le cricket et il était convaincu que s’il courrait autour d’un arbre, il améliorerait ses performances au cricket. Il pouvait parler longtemps de ce sujet, sans tenir compte de l’intérêt de son interlocuteur. Au rendez-vous, Daniel était souvent très en retard (jusqu’à 2 heures). Si on lui demandait un service, il ne le faisait pas même s’il avait l’intention de le faire, car il était distrait par ses propres préoccupations. Quant aux projets d’avenir, Daniel ne semblait pas se préoccuper de trouver un emploi. Ses intérêts représentaient des passions abstraites, sans chercher à les appliquer. Souvent, il regardait la télévision pour apprendre et copier des comportements et des réactions des autres dans des diverses situations. Daniel n’avait pas d’amis. 11 Comme Daniel, il y a d’autres personnes qui se font diagnostiquer à l’âge adulte avec un Syndrome d’Asperger. Ainsi, un des patients de l’hôpital Albert Chenevier me déclare avoir été soulagé à la communication du diagnostic. Toute sa vie il a été traité de « méchant », « grincheux », « mécontent ». Il est allé avec sa femme voir un thérapeute de couple qui l’a dirigé vers le centre de diagnostique. Il avait enfin une explication pour ses comportements non appréciés par les autres, différente de la mauvaise volonté. 12 INTRODUCTION Le déficit le plus reconnu dans le spectre autistique en général et dans le Syndrome d’Asperger en particulier est le déficit social. Sous le terme de déficit social, les recherches visent des aspects différents, comme la compétence sociale générale, la théorie de l’esprit, l’empathie ou la métacognition. La théorie de l’esprit occupe une place centrale parmi ces processus interdépendants, autant sur un plan développemental que sur un plan fonctionnel. La difficulté en théorie de l’esprit est souvent évoquée comme problème définitoire du spectre autistique (Baron-Cohen, 1989 ; Perner, Leslie & Leekam, 1989). Les études exposées dans cette thèse s’inscrivent dans la direction de ces recherches, en se proposant d’apporter un éclairage sur la spécificité de ce déficit chez les personnes avec Syndrome d’Asperger qui ont un haut niveau de fonctionnement. Nous sommes partis de l’idée selon laquelle les épreuves classiques de théorie de l’esprit ne repèrent pas les difficultés des personnes avec troubles autistiques qui ont un haut niveau de fonctionnement. Les objectifs de cette thèse sont d’étudier les capacités de mentalisation et les capacités d’apprentissage exécutif chez les personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Une première partie, composée de 4 chapitres, sur la revue de la littérature situera le cadre de nos recherches et les définitions des différents concepts. Nous allons présenter dans le Chapitre 1 les caractéristiques du spectre autistique avec les différentes catégories diagnostiques, parmi lesquelles le Syndrome d’Asperger. Dans le Chapitre 2 nous présentons les modèles actuels de l’émergence de la capacité sociale et de son évolution typique. Le Chapitre 3 expose les différentes théories cognitives explicatives des troubles autistiques. Nous présentons plus particulièrement la théorie du déficit de la mentalisation, car elle a inspiré deux des études expérimentales de cette thèse. En fin, le Chapitre 4 dresse le tableau des plus importants paradigmes expérimentaux qui se proposent de tester la capacité de mentalisation. Suit une partie expérimentale divisée en trois chapitres qui comprend trois études effectuées chez des adultes avec Syndrome d’Asperger et chez des adultes sans trouble. Dans la première étude (Chapitre 5), nous avons employé la tâche des faux pas, une tâche avancée de théorie de l’esprit qui n’avait pas été utilisée auparavant chez des personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Notre étude a permis d’affiner l’analyse des différents aspects compris dans la mentalisation (ex., fausse croyance, compréhension de l’intentionnalité, empathie, attribution d’états mentaux). 13 Dans la deuxième étude (Chapitre 6) nous avons élaboré et testé une nouvelle tâche afin d’examiner les interprétations des situations sociales dans un groupe d’adultes avec Syndrome d’Asperger et dans un groupe de comparaison. Dans cette même étude nous avons étudié l’influence externe dans l’interprétation sociale dans les deux groupes. Une dernière étude (Chapitre 7) a visé les capacités d’apprentissage basé sur le renforcement chez des personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Nous terminerons par une discussion générale autour des nouvelles possibilités d’interprétation des résultats obtenus dans cette thèse et par une conclusion qui annoncera les perspectives de ce travail sur le plan thérapeutique. La recherche traditionnelle teste séparément des processus sociocognitifs fortement liés (comme mentalisation vs fonctionnement exécutif ou bien mentalisation vs métacognition). Le résultat de cette approche produit des théories séparées qui ne peuvent pas expliquer en totalité des déficits complexes comme le déficit social. Nous sommes en faveur d’une approche fonctionnelle qui intègre plutôt qu’elle ne sépare les dimensions impliquées dans le fonctionnement social typique ou perturbé. 14 REVUE DE LA LITTERATURE 15 Chapitre 1. Le Syndrome d’Asperger dans le spectre autistique 16 Dans ce premier chapitre, nous allons présenter les troubles du spectre autistique. Nous allons particulièrement détailler le Syndrome d’Asperger et nous allons souligner les signes cliniques qui le caractérise. On distingue des problèmes au niveau de la communication, de l’interaction sociale et du comportement qui définissent cette entité clinique. Nous allons également discuter les implications d’une nouvelle classification dans le DSM-V. 1.1. Troubles envahissants de développement : autisme, autisme de hautniveau, Syndrome d’Asperger L’autisme et le syndrome d’Asperger font partie des troubles envahissants de développement (TED), entité clinique issue de la traduction des termes pervasive developmental disorders et qui apparaît en 1980, dans le DSM-III (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, troisième édition) et en 1993 dans la CIM-10 (Classification internationale des maladies de l’organisation mondiale de la santé, dixième édition,1992). Actuellement dans sa quatrième version révisée, le DSM propose, concernant les TED, la définition suivante : ce sont des troubles qui se caractérisent par des déficits sévères et une altération envahissante de plusieurs secteurs du développement (capacités d’interaction sociales réciproques, capacités de communication) ou par la présence de comportements, d’intérêts et d’activités stéréotypés, restreints ou répétitifs. Ces déficiences qualitatives doivent être en net décalage par rapport au stade de développement du sujet ou à son âge mental. Le DSM-IV décrit cinq catégories de TED : · Le trouble autistique · Le syndrome de Rett · Le trouble désintégratif de l’enfance · Le syndrome d’Asperger · Le trouble envahissant du développement non spécifié (TED-NS). Epidémiologie des TED Une méta-analyse des études récentes effectuées par Fombonne (Fombonne, 2009), évalue la prévalence totale des TED incluant le trouble autistique, le Syndrome d’Asperger, le trouble désintégratif de l’enfance et le TED non spécifié, à 63,7 pour 10000. Une synthèse d’études plus anciennes (Fombonne, 2005) estimait la prévalence à 37 pour 10000. 17 Extrapolant ces résultats, à partir des données pour la population de la France au 1er janvier 2006, La haute autorité de santé estime qu’entre 91500 et 106000 jeunes de moins de 20 ans sont atteints d’un TED en France (Haute Autorité de Santé, 2010). L’augmentation de la prévalence des TED ces dernières années est attribuable à des facteurs méthodologiques avec notamment la variation des critères diagnostiques selon les études et l’extension du champ de l’autisme. Si dans les années 60 la définition de Kanner était utilisée, actuellement les critères internationaux vont dans le sens d’un élargissement de la fourchette de prévalence. Cette augmentation serait également attribuable à une sensibilisation et une disponibilité grandissante des services de soins permettant une meilleure reconnaissance du trouble par les professionnels et la population. Les variations de la politique sociale et de santé publique expliquent probablement aussi cette augmentation. Ainsi, du fait de biais méthodologiques, la question de l’augmentation réelle de la prévalence des TED reste ouverte (Sahnoun, 2010). Le sex-ratio est estimé à trois garçons pour une fille pour l’ensemble des TED (Muhle, Trentacoste, Rapin, 2004). 1.1.1. Autisme Léo Kanner, psychiatre américain d’origine autrichienne a décrit pour la première fois l’autisme en 1943. A partir de ses observations d’enfants âgés de 2 ans et demi à 8 ans, il a décrit les signes caractéristiques des enfants porteurs de cette pathologie. La plupart de ces signes restent encore valables à ce jour et constituent le tableau d’autisme dans sa forme la plus classique. Sa description initiale reposait sur une population de 11 enfants et les caractéristiques relevées étaient les suivantes:l’enfant manifeste une incapacité à développer des relations, il a des difficultés à interagir avec les personnes et a un intérêt plus grand pour les objets que pour les personnes, il a un retard dans l’acquisition du langage et certains enfants restent sans langage. Lorsque le langage apparaît, il est utilisé de manière non sociale. Les enfants autistes ont des difficultés à parler de manière adaptée dans une conversation même lorsqu’ils développent des structures de langage correctes. Le langage comporte des éléments d’écholalie (répète des mots et des phrases), l’inversion pronominale est fréquente (l’enfant utilise le « tu » ou son prénom à la place du « je »), l’utilisation du « oui » est souvent très retardée. Ses jeux sont répétitifs et stéréotypés : l’activité ludique est pauvre, dénuée de créativité et d’imagination (manipulations d’objets sur un mode répétitif), l’enfant a un désir d’immuabilité (« sameness ») : il manifeste une grande résistance au changement dans sa vie 18 quotidienne et son environnement. Il a une mémoire exceptionnelle (par cœur), son apparence physique est normale, et son intelligence également. Ce dernier point a été, par la suite, remis en question. Kanner (1943) a ensuite réduit ces signes à deux éléments principaux : la recherche d’immuabilité au travers de routines répétitives, et l’isolement extrême (« aloness »), avec un début des troubles dans les deux premières années. Cela a posé problème car ces critères ne retiennent qu’une forme très particulière d’autisme et ne permettent pas de faire le diagnostic pour toutes les autres formes appartenant pourtant au spectre autistique. Cette première description des comportements autistiques de Kanner reste valable, pour la majorité des signes. Le diagnostic Le diagnostic d’autisme repose sur des critères précis, établis par les classifications psychiatriques internationales (CIM-10 pour la classification de l’ organisation mondiale de la santé (OMS), 1992 ; DSM-IV pour la classification de l’American Psychological Association (APA, 1994). Les théories sous-jacentes de ces deux classifications sont communes et reposent sur une description catégorielle des troubles mentaux. La CIM-10 et le DSM-IV sont les deux outils nosographiques les plus employés pour les recherches internationales. Selon la CIM-10 (Classification Internationale des Maladies, dixième révision, 1993) l’autisme est un trouble envahissant du développement, dans lequel un développement anormal ou déficient est observé avant l’âge de trois ans. Les perturbations du fonctionnement se manifestent dans les domaines des interactions sociales, de la communication et du comportement qui est répétitif et lié à des intérêts restreints. Les anomalies qualitatives de l’interaction sociale peuvent se manifester par des anomalies nettes dans l’utilisation de comportements non verbaux tels que le contact visuel, l’expression faciale, les postures corporelles et les gestes qui servent à réguler l’interaction sociale. Les enfants sont en échec dans le développement des relations avec leurs pairs. On note également une incapacité de recherche spontanée à partager des activités ludiques ou des intérêts avec les autres (l’enfant ne pointe pas un objet qui l’intéresse, il ne désigne pas l’objet auquel il s’intéresse). Il manque la réciprocité sociale ou émotionnelle (DSM-IV, traduction française 2003). Les perturbations de communication sont observables par un retard, ou une absence totale de développement du langage (non accompagné d’un effort de compensation par d’autres moyens de communication tels que les gestes ou le mime). Chez les sujets ayant un langage correct on note de nettes anomalies dans la capacité à amorcer ou à poursuivre une 19 conversation avec les autres. Le langage est souvent utilisé de manière stéréotypée et répétitive. On remarque un manque de spontanéité dans les différents jeux de «fairesemblant» ou de jeu social imitatif correspondant au niveau de développement (DSM-IV, traduction française, 2003). Au niveau du comportement, on peut noter des intérêts restreints et des comportements et activités répétitifs et stéréotypés qui se manifestent par une préoccupation persistante pour un ou plusieurs centres d’intérêts stéréotypés et restreints, anormale par l’intensité ou le thème. Egalement, on note une adhésion apparemment inflexible à des routines ou rituels non fonctionnels, des mouvements stéréotypés et répétitifs (par exemple, battement des mains ou des doigts, torsion, ou mouvements complexes de l’ensemble du corps) (DSM-IV, traduction française, 2003). Quelles que soient les classifications, l’autisme est caractérisé par l’ensemble des signes du « trépied autistique ». Sont ainsi altérés les domaines de la socialisation, de la communication et des comportements. Les signes cliniques sont présents à l’âge de trois ans. Cependant, certaines études prospectives d’enfants à risques ont montré un déficit de la réponse sociale, de la communication et du jeu dès six à douze mois de vie (Volkman, Chawarska, 2008). 1.1.2. L’autisme de haut niveau Le concept d’autisme de haut niveau (AHN) apparait pour la première fois dans la littérature en 1981 (Gillberg, 1998). Il est définit comme un autisme sans déficience intellectuelle. Le DSM-IV définit quant à lui le retard mental par un QI inférieur à 70, avec déficits ou altérations du fonctionnement adaptatif. Malgré cette définition apparemment simple, on remarque quelques imprécisions dans les termes. Ainsi, le QI global ne rendant compte que partiellement du fonctionnement intellectuel, selon les auteurs, plusieurs définitions ont été employées pour les études. Le terme de haut niveau (HN) renvoie ainsi parfois au QI global (QlG), mais également au QI verbal (QIV) ou au QI de performance (QIP). En pratique, dans le cadre de la recherche, différents critères ont été utilisés : QIG>70, QIG ; QIP ou QIV>70 ; QIG, QIV et QIP tous trois>70 ; QIP et QIV >70 (Sahnoun, 2010). 20 1.1.3. Le Syndrome d’Asperger En 1944, Hans Asperger, psychiatre autrichien, décrit la symptomatologie de 4 enfants âgés de 6 à 11 ans dont il relate les cas de manière détaillée. S’il semble être établi que Kanner et Asperger ne se connaissaient pas, la convergence dans la description des traits fondamentaux de l’autisme est frappante. On retrouve ainsi dans la description faite par Asperger le repli sur soi, la tendance à la ritualisation, les troubles du langage, les bizarreries psychomotrices et l’importance de l’altération dans les capacités d’interaction sociale. Cependant, sa description concerne quatre cas d’enfants atteints de forme d’autisme d’intensité variable et dont les capacités intellectuelles se situent globalement au-dessus de celles des cas décrits par Kanner. Asperger considère que ces individus extravagants peuvent s’intégrer socialement dans la société. Quant à l’origine de ce trouble, il la considère héréditaire en constatant des similitudes de caractère entre les patients et des membres de leur famille, dont surtout le père : « Le fait que ces enfants soient autistiques n’est pas dû à des influences d’éducation défavorables d’un enfant unique, mais à des dispositions héritées des parents, lesquels sont aussi autistiques » (Asperger, 1944). Bien que présentant des déficits sociaux, ils étaient capables d’atteindre un certain niveau de réussite et d’être intégrés socialement. Ils possédaient de bonnes possibilités intellectuelles et avaient une expression moins sévère de l’autisme que celle décrite par Kanner. Lorna Wing fut la première à utiliser le terme du Syndrome d’Asperger (SA) dans son étude de 1981. Elle se préoccupait du fait que certains enfants présentaient les traits classiques de l’autisme dans leur jeune âge mais développaient ensuite un langage fluide et un désir de nouer des relations. Ces progrès permettaient de dépasser le diagnostic d’autisme classique (selon les critères basés sur les études de Kanner). Ils s’approchaient d’avantage de la description initiale de Hans Asperger. Lorna Wing (Burgoine & Wing, 1983) décrit les principaux signes cliniques du syndrome d’Asperger en ces termes: ces enfants manquent d’empathie, leurs interactions sont unilatérales, naïves et inappropriées (anomalies qualitatives dans les interactions sociales). Ils ont une incapacité ou une capacité restreinte à établir des relations amicales. Ils présentent un langage répétitif, pédant, leur communication non-verbale est pauvre, ils manifestent un 21 intérêt marqué pour certains sujets (intérêts restreints) sur lesquels ils reviennent avec insistance (activités répétitives). Ils présentent également une maladresse motrice, un défaut de coordination et des postures bizarres. Les signes cliniques du Syndrome d’Asperger Les sujets atteints de ce syndrome présentent un bon niveau de langage et sont en mesure de communiquer leurs expériences. De ce fait le syndrome d’Asperger est parfois considéré comme étant le trouble le plus évolué de la pathologie autistique. Il est aussi souvent utilisé pour décrire les personnes autistes qui ont un meilleur niveau intellectuel, avec un langage bien développé. 1. Altération des interactions sociales Les interrelations précoces semblent préservées puisque l’âge d’apparition du trouble est estimé entre cinq à huit ans (Ghaziuddin, 2011). L’enfant avec Syndrome d’Asperger montre un intérêt pour autrui sans parvenir à nouer des amitiés. Il peut au contraire parfois rechercher l’isolement. Sa conception des codes sociaux est limitée. Les enfants et adolescents avec syndrome d’Asperger sont souvent décrits comme excentriques dans leur apparence et leur comportement. Leur incompréhension du monde les rend parfois agressifs ou opposants. 2. Communication Bien que le DSM ne mentionne pas le critère trouble de la communication dans la définition du Syndrome d’Asperger, il semble que cette dimension soit cependant altérée. 2.a. Communication verbale Par définition, le langage se développe normalement, voire même précocement. Mais le ton est souvent pédant, formel ou idiosyncrasique, avec des néologismes et des formules répétitives. La compréhension du langage est souvent littérale, sans accès au sens implicite du discours ou à l’humour. L’intonation est souvent monocorde ou singulière, avec une limitation des inflexions. Au contraire, parfois le discours semble surjoué et donne à entendre une certaine théâtralisation. Des troubles de la pragmatique du langage, qui est la capacité d’utiliser le langage de façon fonctionnelle, sont spécifiquement notés chez les patients avec syndrome d’Asperger, entrainant des difficultés d’insertion sociale. La conversation est souvent orientée vers le centre d’intérêt du patient et ressemble parfois à un monologue avec menus détails et savoir encyclopédique sur le sujet. Si la 22 conversation est initiée par autrui, la réponse sera laconique. Un échange est difficilement alors établi, ou le patient peut prendre la parole de façon intempestive, faisant alors des commentaires inappropriés. 2.b. Communication non verbale On observe un déficit de la compréhension des signaux non-verbaux. De là découle une expression des émotions inadéquate, exagérée ou absente, avec usage de gestes limité. Le contact peut être excessivement proche ou trop lointain. 3. Intérêts restreints et comportements répétitifs Les routines et les rituels sont souvent présents avec une adhésion rigide aux horaires, un ordre immuable de réalisation des tâches quotidiennes, un collectionnisme et une faible tolérance aux changements. Les personne avec syndrome d’Asperger peuvent présenter des préoccupations envahissantes pour certains thèmes. Avec la caractéristique que ceux-ci sont souvent plus sophistiqués (astronomie, préoccupations existentialistes) que ceux des personnes avec autisme. Des compétences particulières isolées en lien avec les centres d’intérêts s’observent parfois et peuvent faciliter l’insertion sociale. Symptômes associés Sur le plan du fonctionnement cognitif, les patients avec syndrome d’Asperger n’ont, par définition, pas de retard mental. Cependant, certaines études montrent des particularités cognitives dont principalement un QI verbal supérieur au QI de performance (Ghaziuddin, Mountain-Kimchi, 2004). Du point de vue moteur, une maladresse, des troubles de la coordination peuvent être retrouvés. Certains signes sont également présents tels que l’hyperactivité, les troubles de l’attention, les automutilations ou l’hétéro-agressivité, les troubles de l’alimentation, du sommeil, et une hyperréactivité sensorielle (Sahnoun, 2010). A l’âge adulte, sont décrits des troubles de l’humeur avec des réactions dépressives aux difficultés de socialisation. Epidémiologie La prévalence du syndrome d’Asperger est variable selon les définitions choisies pour les études. 23 La première étude réalisée par Wing et Gould, en 1979, retrouvait une prévalence de 1,7 pour 10000, avec un sex-ratio de 3,8 garçons pour 8 filles. Utilisant leurs propres critères (Gillberg et Gillberg, 1989), Gillberg et Ehlers., en 1993, retrouve dans une population de 1500 jeunes âgés de 7 à 16 ans, une prévalence de 3,6 pour 1000 [23]. Cette étude semble confirmer les dires d’Asperger en 1944, qui disait que ce tableau clinique était fréquent pourvu qu’on sache le reconnaître. Dans une étude de Fombonne et al. de 2005 elle est de 3 pour 10000, en utilisant les critères DSM-IV. Dans son étude de 2009, elle est évaluée à 6 pour 10000. La fréquence du trouble est plus élevée chez le garçon, avec un sex-ratio de 3,8 garçons pour 8 filles dans l’étude de Wing et Gould (1979); de 4 garçons pour une fille pour Gillberg et Ehlers. Cette différence est parfois expliquée par une plus grande capacité chez les filles avec syndrome d’Asperger de « camouflage social ». Critères diagnostiques Dans les années 1990 et surtout sous l’influence de Lorna Wing, l’opinion dominante est que le syndrome d’Asperger représente une variante de l’autisme et un trouble envahissant du développement (TED). A partir de son étude (Wing, Gould, 1979), les travaux vont se multiplier pour identifier le syndrome d’Asperger et le positionner dans les classifications. Ce trouble est reconnu en 1993 dans la CIM-10 puis dans le DSM en 1994. La CIM-10 situe le Syndrome d’Asperger parmi les troubles envahissant du développement. Ainsi, le Syndrome d’Asperger est un trouble du développement dans lequel se retrouvent des anomalies qualitatives des interactions sociales réciproques qui ressemblent à celles qui sont observées dans l’autisme. Les intérêts restreints et les activités répétitives, stéréotypées sont également présents. Les troubles entraînent des anomalies significatives dans le fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants. Par contre, le développement cognitif et le développement du langage sont de bonne qualité. Il n’y a pas de retard significatif dans le développement du langage (mots isolés utilisés à deux ans, phrases fonctionnelles utilisées à trois ans). Il n’existe pas de retard significatif dans le développement cognitif ou dans le développement des compétences concernant l’autonomie personnelle, les comportements d’adaptation (autres que ceux qui appartiennent à l’interaction sociale) et de la curiosité à l’égard de l’environnement dans l’enfance (DSM-IV, traduction française, 2003). Les critères du DSM-IV, qui sont les plus utilisés pour la recherche, dérivent de ceux de la CIM-10. 24 La sphère la plus affectée dans le syndrome d’Asperger est celle des interactions sociales. La perturbation de la réciprocité sociale est traduite par une difficulté à utiliser certains comportements non-verbaux qu’y sont impliqués, comme le fait de regarder dans les yeux, l’expressivité faciale ou les postures corporelles. La difficulté à lier des relations avec ses pairs peut prendre différentes formes en fonction de l’âge. L’enfant avec le Syndrome d’Asperger a peu d’intérêt à se faire des amis, les adultes vont maquer le sens des conventions sociales. On retrouve également le manque de préoccupation à partager ses intérêts avec les autres. Le défaut de réciprocité sociale se manifeste dans le Syndrome d’Asperger par la tendance d’avoir des relations unilatérales, sans prendre en compte les réactions de l’autre (DSM-IV, traduction française, 2003). Des activités répétitives et la focalisation sur des centres d’intérêt restreints sont aussi observées. Ces particularités entraînent des problèmes d’adaptation sociale même chez les sujets dotés de bonnes capacités intellectuelles. Les intérêts peuvent être poursuivis très intensément, à l’exclusion d’autres activités (DSM-IV, traduction française, 2003). Les intérêts spécifiques sont facilement repérables dans la mesure où ils deviennent fréquemment le sujet essentiel de conversation. Ils envahissent alors la vie sociale sans que la personne Asperger ne puisse prendre en compte l’éventuelle lassitude qu’elle entraine chez ses interlocuteurs (car elle ne remarque pas les signaux sociaux). Les mouvements stéréotypés sont moins massifs que dans l’autisme : ils apparaissent lors d’un stress. Le langage n’est pas touché dans son développement comme il l’est dans l’autisme mais on relève cependant des anomalies qualitatives dans le choix des mots ou de formules peu courantes qui peuvent donner au discours un caractère pédant et renforcer l’inadaptation aux situations sociales. On peut noter des défauts de communication dus à la préoccupation excessive pour certains thèmes ou bien par le monopole de la conversation. Les difficultés de communication seront plus le résultat du dysfonctionnement social et du défaut d’application des règles conventionnelles (DSM-IV, traduction française, 2003) qu’à un défaut de langage. Le développement cognitif n’est pas systématiquement affecté. La curiosité à l’égard de l’environnement physique des personnes atteintes du syndrome d’Asperger est très importante. Peuvent alors s’installer des compétences particulières qui restent, éventuellement, peu fonctionnelles et alimentent ainsi des conduites répétitives ou limitées à un champ très restreint (Atwood T., 1998). 25 Bien que proche du trouble autistique, ces critères présentent quelques différences : ainsi, l’altération de la communication ne figure pas dans les critères requis. Cependant, la CIM-10 précise que « le trouble peut s’accompagner de difficultés de communication similaires à celles observées dans l’autisme ». De plus, le diagnostic du SA n’implique pas des trouble de développement cognitif et de langage. Le critère « âge de début » (avant trois ans) n’est pas présent non plus. La présence d’intérêts spécifiques, d’une maladresse motrice et des anomalies du langage et du discours ne sont pas requises dans la définition du DSM-IV du syndrome d’Asperger. Nouvelle classification : DSM-V La question de la validité de cette entité (Syndrome d’Asperger) s’est posée dès son apparition dans les classifications. Ainsi, la CIM-10 précise que « le syndrome d’Asperger est un trouble de validité nosologique incertaine ». Dès son apparition dans les classifications en 1993, la validité diagnostique du syndrome d’Asperger et sa distinction avec l’autisme sans retard mental, a alimenté un nombre considérable de recherches. Ce débat, ouvrant sur la question de la validité des différentes sous-catégories des troubles envahissants du développement, a permis de proposer une nouvelle approche dans l’appréhension de l’autisme: d’une entité pathologique au pronostic sévère aux côtés d’autres troubles du développement, un glissement a eu lieu vers une compréhension dimensionnelle « du spectre de l’autisme » (Sahnoun, 2010). Dans cette conception, l’AHN et le SA ne diffèrent que sur des aspects quantitatifs de leur symptomatologie. La majorité des études concernant l’éventuelle différence entre le SA et l’AHN ne semble pas avoir montré de distinction catégorielle entre ces deux entités. Les distinctions entre différents troubles à l’intérieur du spectre sont inconsistantes dans le temps, elles changent en fonction du contexte et elles sont souvent associées plus à la sévérité, le niveau du langage ou l’intelligence qu’aux traits caractéristiques du trouble (http://www.dsm5.org). La distinction entre les différents troubles autistiques semble s’entendre plus en terme d’éléments quantitatifs, relatifs à la sévérité des symptômes, aux capacités intellectuelles et au niveau de fonctionnement, plutôt que qualitatifs. Ainsi, les psychiatres de l’APA proposent pour la prochaine édition du DSM, à paraître en 2013, de supprimer le diagnostic de syndrome d’Asperger, pour l’intégrer et le mettre à une extrémité d’une unique classe de troubles envahissants du développement, désormais appelée trouble du spectre autistique 26 (dont vont être exclus également le syndrome de Rett et les troubles désintégratifs de l’enfance). L’autisme (de haut niveau ou non), le SA et les TED-NS seraient inclus dans un même continuum, dont les différences seraient fonction de la sévérité des troubles. Le SA serait donc une forme d’autisme légère ou une forme d’autisme avec niveau intellectuel élevé (Sahnoun, 2010). Devant l’absence de validité des critères diagnostiques du SA, le manque de cohérence dans les différentes études comparant SA et AHN, et le choix d’une approche dimensionnelle des troubles mentaux, les psychiatres de l’APA (American Psychological Association) proposent la disparition du SA dans le DSM-V, situant alors ce syndrome à une extrémité du continuum autistique. Etiologies Les études portant sur ce thème sont peu nombreuses. Cependant, certains pensent que puisque le syndrome d’Asperger a été identifié comme une forme de TED, l’on peut envisager que les mêmes facteurs étio pathogéniques sont en jeu (Ghaziuddin, 2008). L’apparition précoce de troubles socio-émotionnels dans le développement de l’enfant avec TED a conduit à la formulation d’hypothèses génétiques. Actuellement, le substratum génétique est démontré : augmentation de la concordance chez les jumeaux monozygotes (60% à 90%) (Muhle et al, 2004), augmentation du risque de récurrence dans la fratrie (de 2 à 6%) et association à des pathologies génétiques (par exemple, Syndrome du X fragile, syndrome de Rett) (Sahnoun, 2010). Cette influence relative des facteurs génétiques est en faveur d’une étiologie plurifactorielle de l’autisme. La différence de concordance entre les jumeaux homozygotes et dizygotes suggèrent l’existence de facteurs épigénétiques tels que l’immunisation, l’exposition environnementale, l’intolérance alimentaire et les événements périnataux (revue de Inglese, Elder, 2009). Evolution, pronostic Peu de recherches ont spécifiquement étudié le devenir des patients avec syndrome d’Asperger. Cependant, extrapolant à partir d’études ayant été effectuées sur l’évolution des autistes, certains auteurs proposent de penser un meilleur devenir pour les patients avec SA que ceux avec autisme (Ghaziuddin, 2011). Cette suggestion est basée sur les meilleures compétences verbales et le niveau normal d’intelligence des sujets avec syndrome 27 d’Asperger. Cependant, d’autres ne trouvent pas de différence en terme de pronostic entre le syndrome d’Asperger et les patients avec autisme de haut niveau (Howlin, 2003). Ghiazzudin note que les patients avec syndrome d’Asperger sont pour la plupart autonomes, et que ceux qui sont mariés et bien insérés professionnellement n’attirent jamais l’attention des professionnels de santé. 28 Chapitre 2. Modèles et développement des processus sociocognitifs 29 Le déficit social est présenté souvent comme le sceau des troubles du spectre autistique. Nous allons présenter dans ce Chapitre 2 les processus liés habituellement dans la littérature spécialisée au fonctionnement social des personnes qui présentent des troubles autistiques, comme la cognition sociale, de théorie de l’esprit, d’empathie et de métacognition. La théorie de l’esprit occupe une place centrale parmi ces processus qui sont en effet interdépendants, autant sur un plan développemental que sur un plan fonctionnel. Nous allons prendre en compte le point de vue développemental ainsi que certains modèles théoriques pour décrire et expliquer l’émergence et l’évolution des compétences sociocognitives dans le développement typique. Dans ce chapitre nos présentons également le rôle du fonctionnement exécutif sur le plan social. Nous considérons fondamental d’exposer les théories et les modèles actuels pour mieux comprendre les perturbations de ces différents mécanismes dans le Syndrome d’Asperger. 2.1. Cognition sociale La cognition sociale désigne l'ensemble des processus cognitifs (perception, mémoire, raisonnement, émotion) impliqués dans les interactions sociales. Elle fait partie de la vie de tous les jours, elle est en jeu dans l'interaction sociale avec les proches, dans un entretien d'embauche comme dans une présentation formelle. Le bon déroulement de la société dépend du suivi des règles sociales établies; des mécanismes légaux ou/et moraux sont mis en place pour faire face à ceux qui ne suivent pas les règles. 2.2. La théorie de l’esprit Une composante importante de la compréhension sociale est la représentation d’états mentaux. L’habileté de se représenter les états mentaux des autres est prise en compte dans tout cadre théorique de la cognition sociale. Les humains utilisent une variété d’indices (expressions faciales, posture corporelle, le ton de la voix) afin de prédire le comportement des autres. Nous ajustons notre comportement non seulement en fonction du comportement de l’autre, mais également en fonction de leurs états mentaux, leur connaissances, intentions, croyances ou désirs. Pour expliquer le comportement humain de tous les jours nous sommes obligés de nous représenter les états 30 mentaux qui le sous-tendent. Nous faisons à chaque instant une « lecture de l’esprit1 » de l’autre afin de comprendre ses actions et d’adapter nos propres réactions. Cette capacité à faire des inférences sur l’état mental des autres a été nommée « théorie de l’esprit » (Premack & Woodruff, 1978; Wellman, 1990). Elle sert à la compréhension sociale, l’anticipation sociale, l’interaction sociale et à la communication (Baron-Cohen, 1995). D’une perspective sociale, la théorie de l’esprit (TdE) implique la reconnaissance de l’état mental d’un individu, l’intégration de l’information de la mémoire ou d’autre stimuli environnementaux, le raisonnement déductif, la représentation du comportement d’une autre personne et la formulation d’une réponse appropriée en fonction de la personne. Le modèle de la lecture mentale (Baron-Cohen, 1995) Baron-Cohen propose le modèle d’un système qu’il appelle « lecture mentale » (Fig. 1.). Ce système comprend 4 mécanismes : le détecteur d’intentionnalité (ID, Intentionality Detector), le détecteur de direction des yeux (EDD, Eye-Direction Detector), le mécanisme d’attention partagée (SAM, Shared-Attention Mechanism) et le mécanisme de la théorie de l’esprit (ToMM, Theory of Mind Mechanism) (Baron-Cohen, 1998, traduction francaise). L’ID représente la partie qui prend en compte les stimuli en mouvement (possibles agents) à partir des entrées perceptives (visuelle, tactile, auditive, etc). Il les interprète en termes de but et/ou désir. L’ID fonctionne sur une base sensorielle, donne une interprétation rapide et immédiate aux stimuli en mouvement et ne s’intéresse pas à la forme de ceux-là. Il est un dispositif inné, car il a une haute valeur adaptative en termes évolutionnistes (BaronCohen, 1998, traduction francaise). En faveur de l’existence de l’ID, Baron-Cohen (1995) souligne la sensibilité de très jeunes enfants aux changements de l’intention de l’adulte, la tendance des individus à attribuer de l’agentivité à des formes géométriques en mouvement (Heider et Simmel, 1994, cités par Baron-Cohen, 1995) et le fait que l’ID pourrait avoir un support cérébral localisé (Warringto Shallice, 1984, cités par Baron-Cohen, 1995). 1 Le terme « esprit » sera utilisé dans ce travail avec le sens de l'ensemble des activités mentales humaines, conscientes et non-conscientes. 31 Figure 1. Le système de lecture des états mentaux. L’EDD serait une partie qui lit les états mentaux, partie spécifique au système visuel humain. Baron-Cohen (1995) identifie trois fonctions de cette partie. La première détecte la présence des yeux et examine le comportement de l’œil. La deuxième fonction évalue la direction du regard (si les yeux sont dirigés vers soi ou non). La troisième fonction interprète le regard comme « voir ». Cela suppose la connaissance que les yeux ont la fonction de voir et que si le regard est dirigé vers un objet, cela veut dire qu’il voit l’objet (Baron-Cohen, 1998, traduction francaise). L’ID et l’EDD sont présents chez le très jeune enfant et ils permettent d’élaborer des représentations dyadiques qui précisent la relation intentionnelle entre agent et objet (par ex : « l’agent veut la nourriture » ou « l’agent me voit »). La fonction de créer des représentations triadiques revient au SAM. Dans une telle représentation, l’agent et le sujet sont intéressés par le même objet. L’attention partagée est repérée par le sujet en comparant l’état perceptif de l’agent à son propre état perceptif. SAM construit une représentation triadique après avoir vu ce qu’autrui regarde : « vous et moi voyons que nous voyons la même chose » (Baron-Cohen, 1998, traduction francaise). Le SAM dépend en grande partie de l’EDD pour construire des représentations triadiques, car les informations visuelles (comme le contrôle du regard) sont plus faciles à exploiter que les informations des autres modalités sensorielles. La relation entre les trois composantes du modèle (le lien entre EDD et ID via SAM) rend possible l’interprétation de la direction du regard en termes d’états mentaux de désir et 32 de but. Dans une étude (Baron-Cohen, Campbell, Karmiloff-Smith, 1995) chez des enfants de trois à quatre ans, les auteurs ont présenté l’image de 4 chocolats avec un visage (de Charlie) au centre qui fixe l’un des chocolats. Les enfants ont pu comprendre la direction du regard comme indicateur du désir d’un agent et de l’objet du désir. Le rôle de la quatrième composante, ToMM, est de représenter les états mentaux (penser, savoir, croire, imaginer, deviner, tromper etc) épistémiques et de rassembler ces connaissances mentalistes dans une théorie cohérente, théorie qui permet d’interpréter le comportement social (Baron-Cohen, 1998, traduction francaise). Selon Baron-Cohen (1995) ToMM se développe par la conversion des représentations triadiques de SAM en représentations des attitudes propositionnelles (ex : Il croit : « la bille est dans le panier ») nommées M-Représentations (Lesslie et Thaiss, 1992). La présence de SAM est indispensable au démarrage de ToMM. En termes développementaux, de la naissance à 9 mois, le bébé développe ID et les fonctions dyadique de EDD. De 9 à 18 mois apparaît SAM qui rend possible l’attention conjointe grâce aux représentations triadiques élaborées par celui-là. EDD et lié à ID par SAM et en conséquence, la direction du regard peut être chargée d’un état mental de base (but, désir). De 18 à 48 mois, ToMM se développe, en débutant avec le jeu de faire semblant et en progressant vers des états mentaux comme « savoir » et « croire ». L’origine de ces quatre mécanismes serait préspécifiée, avec une ressemblance plus grande entre les trois premiers mécanismes et les modules2 que ToMM, car ils ont des entrées spécialisées. Dans ToMM, l’expérience joue un rôle important, de ce fait il est plus souple et plus large en représentations d’états mentaux (Baron-Cohen, 1998, traduction francaise). La théorie de l’esprit dans le développement typique Par certains chercheurs, le fonctionnement de la théorie de l’esprit (TdE) est considéré modulaire. Ainsi, elle est rapide, automatique, ne demande pas des ressources attentionnelles (Heider & Simmel, 1944), universelle (Avis & Harris, 1991) et elle semble avoir un développement séquentiel figé. La psychologie de l’enfant offre de nombreuses preuves en faveur du développement de la théorie de l’esprit dans les premières années de vie de l’enfant, chez les enfants avec un développement normal (Baron-Cohen, Leslie, & Frith, 1985; Hogrefe, Wimmer, & Perner, 1986; Macnamara, Baker, & Olsen, 1976; Shantz, 1983; Shultz & Cloghesy, 1981; 2 Le module cognitif représente un outil spécialisé ou une sous-partie qui peut être utilisé par les autres parties dans la résolution d’une tâche ; il est rapide, automatique et indépendant d’autres parties. 33 Wellman, 1985; Wimmer & Perner, 1983). Les indices de la compréhension des états mentaux se manifestent par le développement moral normal (Wimmer, Gruber, & Perner, 1984), la compréhension de la conséquence de l’ignorance (Hogrefe et al., 1986), la compréhension de la fausse croyance (Baron-Cohen et al., 1985; Wimmer & Perner, 1983), la distinction apparence-réalité (Flavell, 1985; Flavell, Flavell, & Green, 1983; Harris, Donnelly, Guz, & Pitt-Watson, 1986), la compréhension de certains aspects de la communication (Robinson & Whittaker, 1986), et l’acquisition dans le langage d’expressions des états mentaux (Bretherton & Beeghly, 1982; Shatz, Wellman, & Silber, 1983). Tester la théorie de l’esprit Les interactions entre les individus impliquent l’attribution d’états mentaux aux autres à différents niveaux. Les croyances de premier ordre décrivent ce que les gens pensent des événements réels. Il est nécessaire également de comprendre ce que les gens pensent/ croient des pensées des autres (croyance de deuxième ordre). En fin, l’interaction sociale demande la prise en compte de ce que les gens croient que les autres pensent de leurs pensées/croyances (croyances de haut niveau). Dans l’ensemble des recherches il y a, pour l’instant, un accord général (mais la question devient de plus en plus discutable) sur le fait que la réussite à l’épreuve de fausse croyance de premier ordre fonctionne comme critère d’assimilation de la théorie de l’esprit. A la base de cette épreuve il y a l’idée de Dennett (1978b) selon laquelle pour évaluer la compréhension de la croyance chez un enfant, il faut vérifier s’il est capable de distinguer sa propre croyance de la croyance d’un autre. La compréhension de la fausse croyance permettrait à l’enfant de distinguer clairement entre sa propre croyance (la vraie) et la prise de conscience d’une croyance différente (la fausse). Ainsi, Wimmer et Perner (1983) créent le test de la fausse croyance, nommé aussi « Sally et Anne » ou « Maxi et le chocolat » selon les scénarios. Cette épreuve implique l’attribution à autrui d’une croyance dont on connaît la fausseté du contenu. Dans la tâche classique, celle du transfert inattendu, (TI) (Wimmer & Perner, 1983), un personnage met un objet dans un endroit X, objet transféré dans un autre endroit Y pendant l’absence du personnage. « Sally met une bille dans un panier et ensuite, elle sort de la pièce. Quand Sally est loin, Anne met la bille dans une boite. Sally revient dans la pièce et la question-test est : « Où Sally va-t-elle aller chercher sa bille ? » ». 34 Fig. 2. Illustration de la tâche classique « Sally et Ann ». Pour éliminer une possible incidence de la non-équivalence poupée (ou personnage) être humain, Perner, Leckam et Wimmer (1989) ont créé la tâche du contenu inattendu (CI). L’enfant découvre dans un récipient ( une boîte de Smarties) un objet différent (un crayon) de celui auquel s’attendait (des Smarties). La question - test se pose sur la croyance d’une autre personne (que l’enfant connaît) qui n’avait jamais regardé dans la boite : « Qu’est-ce que X croit que se trouve dedans ?). Dans ce cas, l’enfant doit attribuer une fausse croyance à une personne (et non pas à un personnage – poupée) pour donner la réponse correcte. En général, les enfants qui réussissent l’épreuve de transfert inattendu et l’épreuve de contenu inattendu réussissent aussi l’épreuve de l’apparence – réalité (AR). Dans cette tâche, un même objet présenté à l’enfant peut avoir deux identités différentes : une identité apparente (ex :un caillou) et une identité réelle (une éponge). La perception visuelle de l’objet donne l’image apparente mais une perception tactile ultérieure met en évidence l’identité réelle. L’erreur habituelle commise est de répondre systématiquement, une fois connue, par l’identité réelle de l’objet à la question d’apparence (« A quoi ressemble-t-il, l’objet ? »). Après 4 ans, les enfants peuvent dire à quoi cela ressemble (apparence) et aussi ce que c’est réellement. Ils font la distinction entre leur croyance initiale (basée sur la perception visuelle) et leur connaissance actuelle de l’objet (Flavell, Green et Flavell, 1986). 35 Gopnik et Astington (1988) utilisent cette dernière tâche dans une étude en corrélation avec les deux autres types. Ils montrent que les enfants qui échouent à l’une de ces tâches, ont tendance à échouer aussi, aux autres. La conséquence de cette corrélation est de considérer les trois types d’épreuves comme des tests spécifiques à la théorie de l’esprit. L’un des faits les plus controversé est le succès aux tests de théorie de l’esprit après l’âge de 5 ans chez les enfants sans troubles du développement, alors qu’avant les enfants échouent constamment. Les réussites partielles sont rarement observées, les résultats, très robustes, sont de type « tout ou rien ». Que se passe-t-il à ce moment du développement ? Comment l’enfant arrive-t-il à la compréhension de l’esprit dans une période si courte et si bien déterminée (entre 4 et 5 ans) ? Est-ce que la réussite reflète une acquisition conceptuelle - à cet âge ! - de la théorie de l’esprit, ou bien s’agit-il simplement d’une mise en œuvre d’habiletés déjà existantes? Les opinions sont partagées. La majorité des chercheurs considère que pour chaque « gain » sérieux (ici, la théorie de l’esprit) on doit prendre en considération la nature et les origines métareprésentationnelles (la compétence) d’une part et, d’autre part, le système de traitement (la performance) qui applique cette compétence. En revanche, les explications du changement qui a lieu entre 3 et 5 ans sont multiples et différentes. Pour un premier groupe de chercheurs, les changements observés constituent la preuve évidente d’un saut qualitatif dans la compétence conceptuelle, accordant un rôle mineur au changement de performance. Selon eux, le concept de croyance est une construction complexe acquise avec l’expérience. Pour un deuxième groupe de chercheurs, la réussite est la preuve du changement en performance seulement. La vision conceptuelle sur l’acquisition de la théorie de l’esprit Gopnik et Astington (1988) concluent, après leur étude corrélationnelle, que le succès ou l’échec à ces épreuves (TI, CI, AR) est soutenu par un aspect particulier de la cognition : la présence ou l’absence d’une théorie de l’esprit adéquate. Un échec sera lié au déficit dans la compréhension de la différence entre les objets et les représentations (ou croyances) des objets. Donc, la théorie de l’esprit représente un saut qualitatif et brusque, en quelque sorte, dans le développement. Perner (1988) voit le développement intellectuel de l’enfant en termes de niveaux de conscience sémantique. Au premier niveau – de présentation – l’enfant possède un modèle mental de la réalité concrète ; au deuxième niveau – de représentation – l’enfant est capable 36 de construire et d’utiliser les modèles mentaux pour penser à des situations hypothétiques. Dans un troisième temps – à 4 ans – se développe le niveau méta - représentationnel, quand l’enfant peut élaborer lui-même des modèles mentaux (Perner, 1988). Autrement dit, l’enfant acquiert l’habileté méta-représentationnelle de générer et de simuler des relations sémantiques entre les modèles et ce qu’ils désignent. Avant l’âge de 4 ans, les états mentaux ne sont pas vus comme des états représentationnels. La conceptualisation de l’esprit comme cadre représentationnel suppose l’acquisition d’une compréhension théorique de la façon dont l’esprit est en relation avec le monde extérieur et, en particulier, d’une compréhension du rôle des états mentaux dans l’acquisition de l’information et dans le guidage du comportement (Perner, 1988). Les problèmes de fausses croyances peuvent être résolus si l’on comprend que les personnes n’agissent pas nécessairement en accord avec les situations, mais en accord avec les représentations mentales de ces mêmes situations (Perner, 1988). La théorie représentationelle de Perner soutient que la compréhension des fausses croyances est conditionnée par la compréhension qu’une représentation peut mal refléter la réalité. L’enfant doit se représenter les propositions et les évaluer contre la réalité afin de penser en termes de situations possibles. La difficulté consiste dans la compréhension que le contenu d’une fausse croyance est plus qu’une proposition fausse : c’est une proposition tenue pour vraie en réalité (Perner, 2000). À l’âge de 4 ans environ, l’enfant développe la faculté de discernement selon laquelle autrui peut avoir des représentations mentales différentes des siennes et que certaines de ces représentations peuvent être fausses (Kloo & Perner, 2003). Perner considère que les enfants échouent aux tests de fausse croyance parce qu’ils ne comprennent pas que les gens prennent leurs croyances pour des vraies. Il échappe aux enfants la relation représentationnelle entre les croyances et la réalité, et aussi l’attitude de quelqu'un par rapport à la croyance d’un autre. Selon l’auteur, les enfants comprennent que les gens puissent avoir des pensées et qu’ils puissent aussi feindre. En revanche, les enfants ne savent rien sur leurs propres attitudes par rapport à leurs propres représentations mentales. Par exemple, si un enfant accepte le fait qu’une personne avec une fausse croyance n’en tienne pas compte, alors logiquement l’enfant ne s’attendra pas à ce que cette personne réagisse comme si cette fausse croyance suivait la réalité. Par conséquent, l’enfant ne sera pas capable de prédire qu’un protagoniste aille chercher l’objet désiré dans un mauvais endroit (Mitchell, 1996). 37 Quant à l’épreuve d’apparence - réalité, l’explication de Perner (1991) pour l’échec à cette épreuve est que même si les enfants âgés de moins de 4 ans sont capables d’utiliser l’information visuelle, ils manquent d’habileté métareprésentationnelle pour comprendre la nature représentationnelle de l’information visuelle. Ils ne peuvent pas concevoir la possibilité d’une perception mauvaise de la réalité. En conséquence, ils n’arrivent pas à distinguer l’apparence de la réalité. Il leur manque le concept de mauvaise représentation : pour les enfants, regarder quelque chose équivaut à savoir ce que c’est ; ils ne peuvent pas apprécier l’expression « ressemble à quelque chose ». Perner propose qu’une fois la notion de mauvaise représentation acquise, les enfants comprendront que l’information visuelle a un contenu représentationnel qui, dans le cas de l’apparence trompeuse, fait que le sens s’écarte de son référent (Perner, 1991). 2.3. Fonctionnement exécutif Fonctionnement exécutif est un terme spécifique au management, qui désigne les services responsables de la gestion de l’entreprise. Utilisé aujourd’hui en sciences neurocognitives, il met en relation les fonctions cognitives supérieures avec l’exécution des activités complexes. Le rôle principal des fonctions exécutives (FE) est représenté par la facilitation de l’adaptation du sujet à des situations nouvelles, quand les habiletés cognitives surraprises (les routines d’action) ne sont pas suffisantes. Les FE sont utilisées, donc, lorsque la tâche requiert la mise en œuvre des processus contrôlés. Globalement, elles recouvrent l’ensemble des capacités nécessaires à la réussite de tâches complexes : définition des objectifs, planification, adaptation du plan en fonction de l’environnement, inhibition de réponses non pertinentes, maintien de la réponse jusqu’à la fin de la tâche et l’autoréglage qui permet le réajustement des objectifs. Elles sont indispensables à une vie autonome, car elles permettent la création de plans d’action intégrant les besoins propres au sujet et les informations du monde extérieur. En résumé, les FE peuvent être définies comme l’ensemble des fonctions nécessaires au contrôle et à la réalisation de comportements dirigés vers un but. La planification c’est la capacité neuropsychologique d’anticiper et d’organiser la suite de nos actions afin d’arriver à un but. Un des tests utilisé pour vérifier cette fonction est « la tour de Hanoï ou la tour de Londres ». Le participant a trois piles d’anneaux rangés dans 38 une certaine configuration et il doit les déplacer de telle manière qu’il arrive à une autre configuration demandée. Pour cela, il peut faire un nombre limité de mouvements. Dans le cadre des fonctions exécutives, la flexibilité cognitive permet de passer d’un aspect à l’autre (du même problème), d’un point de vue à l’autre (sur la même situation) en fonction des changements de situation. Un problème de flexibilité cognitive se caractérise par un comportement stéréotypé et par des persévérations. Le contrôle inhibiteur correspond à l’habileté à inhiber les réponses aux stimuli nonpertinents par rapport au but visé (Carlson & Moses, 2001). L’inhibition cognitive peut fonctionner en parallèle avec l’activation cognitive, quand il est nécessaire de répondre à un stimulus et d'éviter un autre (régler les niveaux d’activation des stimuli en fonction de leur pertinence par rapport au but). Le fonctionnement inhibiteur contribue aux changements et à l’adaptation dans les registres cognitif (intelligence, attention, mémoire, compréhension de la lecture) et social (réglage des émotions, conscience, compétence sociale), au cours du développement de l’individu. Quant aux structures cérébrales dédiées au fonctionnement exécutif, trois réseaux sous-cortico-frontaux semblent particulièrement impliqués : le réseau dorsolatéral (la séléction du but, la planification, la flexibilité mentale, la mémoire de travail), le réseau orbitofrontal latéral (initiation de comportement sociaux et auto-générés, inhibition des réponses inappropriées) et le réseau cingulaire antérieur (correction d’erreurs et monitoring). Le rôle du fonctionnement exécutif dans le développement de la théorie de l’esprit L’une des approches qui proposent que l’émergence de la théorie de l’esprit s’appuie sur des habiletés exécutives, est la théorie de la complexité cognitive et du contrôle (CCC) de Zelazo et Frye, (1998). Selon cette théorie, la demande critique pour développer la théorie de l’esprit est le développement d’un niveau particulier de la complexité cognitive : l’habileté de formuler et d’utiliser une structure de raisonnement plus complexe (des règles si –si -alors) qui permettrait aux enfants d’encadrer un groupe de raisonnements dans un autre. La théorie CCC suggère que cette habileté se manifeste dans les tâches de fausse croyance, par exemple la tâche de contenu inattendu. Ce type de tâche demande le raisonnement suivant : SI moi – question sur le contenu de la boîte (antécédent 1) - ALORS crayons (conséquence 1), SI autre - question sur le contenu de la boîte (antécédent 2) – ALORS Smarties (conséquence 2). 39 Le SI ajouté permet aux enfants de raisonner de façon flexible en passant d’une perspective à l’autre. La théorie CCC suggère qu’une règle d’ordre supérieur est nécessaire à chaque fois que deux conditions antécédentes (si –si – alors) doivent être prises en compte explicitement afin de déterminer la règle d’ordre inférieur à appliquer (Müller, Zelazo, Imrisek, 2005). En l’absence d’habileté pour formuler une règle d’ordre supérieur, les enfants vont sélectionner automatiquement la règle qui leur apparaît la plus saillante. Selon eux, l’utilisation de certains concepts mentaux, comme « croyance » par exemple, implique nécessairement la flexibilité cognitive, qui pourrait constituer l’élément qui se développe dans la période préscolaire. Considérons la tâche classique de fausse croyance. Dans cette tâche, si les enfants peuvent adopter d’une manière flexible la perspective du protagoniste qui possède une fausse croyance, ils seront capables de prédire le comportement du protagoniste sur la base de cette perspective (erronée). Mais, s’ils ne sont capables de raisonner que dans une seule perspective, ils vont prédire le comportement du protagoniste de leur point de vue courant. Donc, pour résoudre correctement la tâche, il est nécessaire qu’ils soient flexibles dans leur pensée parce que la tâche demande plusieurs représentations conflictuelles d’un seul objet ou événement (Jaques & Zelazo, 2005). Mitchell se situe du même côté de la question, restant dubitatif sur le critère « tout ou rien », proposé par les théoriciens du déficit conceptuel, critère selon lequel l’absence d’un jugement correct reflète l’absence d’un réquisit qui soutient la cognition. Il propose une hypothèse de continuité, d’un changement graduel d’un facteur de base : le biais réaliste qui se réduit progressivement. Il considère que les enfants possèdent déjà très tôt une théorie informelle sur ce qu’est l’esprit. Ils sont capables de restituer aussi bien la réalité physique que la réalité hypothétique, dont ils savent qu’elle est fausse. Selon Mitchell, la réalité physique garde « un magnétisme attentionnel » pour le jeune enfant (Mitchell, 1996), d’où l’erreur. Il en résulte que les erreurs réalistes observées dans la tâche d’apparence – réalité ne sont pas la preuve de l’absence de la théorie de l’esprit chez l’enfant, mais elles montrent que la réalité courante est particulièrement saillante et qu’elle attire l’attention (Mitchell, 1996). Melot et Houdé (1998) soulignent que toute la difficulté de cette épreuve trompeuse d’apparence/réalité repose sur une programmation exécutive complexe qui requiert un double processus d’inhibition/activation : il s’agit, à propos d’un seul et même objet, d’inhiber l’apparence et d’activer la réalité, puis d’inhiber la réalité et d’activer l’apparence (Melot & Houdé,1998). 40 Russell admet que si la réalité et la croyance entrent en conflit, la réalité prendra le dessus par une capture attentionnelle (Russell, 1991). La réalité peut « séduire » l’enfant et le conduire à un jugement erroné. Autrement dit, les changements qui ont lieu à l’âge de 4 ans ne sont pas induits par un soudain basculement vers la croyance, mais plutôt par une chute graduelle du biais réaliste (Mitchell, 1996). Dans le développement précoce, les paramétrages sont fixés sur la réalité courante. L’expérience aide les enfants à comprendre que la réalité ne pèse pas autant. En conséquence, il n’y a pas de basculement conceptuel radical dans l’acquisition d’une théorie, mais un développement graduel de la capacité de mettre en balance le poids de la croyance et de la réalité. On retrouve le réalisme plus tard, chez l’enfant plus âgé et chez l’adulte ; ce biais perdure donc, dans une proportion plus réduite. L’auteur appelle sa théorie l’hypothèse du masquage par la réalité (reality masking) (Mitchell, 1996). Un argument pour cette position est la facilitation de la réussite de l’enfant aux épreuves de fausse croyance, par des protocoles qui offrent dans la réalité courante une contrepartie à la fausse croyance. Par exemple, dans la tâche du transfert inattendu, si le protagoniste est assis à côté de la location vide, les enfants s’en servent et répondent correctement dans une plus grande proportion qu’ils ne le font dans la tâche classique. Mais, d’habitude, les fausses croyances n’ont pas une contrepartie dans la réalité, et la réalité reste plus saillante (Mitchell, 1996). Une étude de Mitchell portant chez des enfants qui ont déjà réussi à l’épreuve classique du contenu inattendu, montre que ces enfants échouent ( ! ) à la même épreuve quand la réalité est renforcée. Ce résultat ne peut plus être expliqué par une position conceptuelle, mais uniquement par le biais de la réalité (Mitchell, 1996). Sur ce point, la position de Mitchell s’approche de l’hypothèse de la sélection de Leslie. Leslie (2005) considère qu’un système représentationnel (le modèle de Leslie sera présenté dans la section suivante) est à la base de la théorie de l’esprit et que ce système – appelé le mécanisme de la théorie de l’esprit - se met en route à partir de la deuxième année de vie. Ce mécanisme permet aux enfants d’atteindre les états mentaux qui, contrairement au comportement, sont invisibles et non détectables. Une fois ces états mentaux atteints, l’enfant sera capable de les maîtriser. Mais, dans les problèmes de fausse croyance, l’auteur considère qu’un processus de sélection exécutive est nécessaire pour inhiber l’attribution « par défaut » de la vraie croyance. Le fait que la majorité des croyances seraient vraies élimine l’intérêt de prendre en 41 compte la possibilité d’une fausse croyance chez l’individu. De son point de vue, il est plus simple et plus adaptatif de répondre plutôt à la réalité qu’à une croyance fausse. Ce processus de sélection se développe de manière relativement lente. Les deux principes sur lesquels il s’appuie sont, d’une part l’attribution automatique de la vraie croyance (conforme à la réalité) et, d’autre part, la sélection de la fausse croyance, par inhibition (Leslie, 2005). Pour Friedman aussi, un raisonnement efficient « croyance-désir », comme il appelle l’attribution de fausse croyance, dépendra d’un processus de sélection par inhibition, dans lequel la croyance correcte émerge d’un groupe de croyances candidates (Friedman, 2004). German (2005) prône l’idée de l’existence d’un système conceptuel représentationnel de base et souligne le rôle des fonctions exécutives – celui de sélectionner un état mental particulier attribué aux agents sociaux dans un problème de « raisonnement croyance- désir ». Dans une situation donnée, les descriptions perceptives du comportement d’une personne fonctionnent comme input pour le système représentationnel spécialisé qui, à son tour, va sortir un certain nombre d’états mentaux candidats à l’attribution (German, 2005). Modèle du mécanisme de la théorie de l’esprit-processus de sélection (MTdE-PS) (Leslie, 1986, 2005) Leslie (1986, 2005) considère que le mécanisme de la théorie de l’esprit n’est pas suffisant pour résoudre une tâche classique de fausse croyance. Selon lui, le MTdE propose automatiquement un petit nombre de contenus susceptibles d’être attribués. Ensuite, un processus d’attention/décision – processus de sélection (PS)– choisit le contenu le plus plausible parmi ceux qui sont disponibles. Le modèle se base sur quelques principes : • La saillance des contenus varie en différent degrés, et l’inhibition peut diminuer leur saillance. • Parmi les contenus, il y a toujours un qui est vrai (le contenu « vraie croyance »). Initialement, ce contenu est le plus saillant. • Afin de répondre correctement à une tâche de FC, le contenu « vraie-croyance » doit être inhibé (par le PS) pour que sa saillance descende en dessous du contenu « fausse croyance ». Sinon, la vraie croyance sera attribuée. Le modèle MTdE-PS peut répondre aux questions sur le « comment » acquiert-on la TdE. Ainsi, le MTdE est modulaire, se base peu sur les connaissances générales ou sur les 42 habiletés générales de raisonnement, mais le PS semble être ouvert aux connaissances et instructions. Les deux mécanismes se développent, mais en principal le PS peut être le locus pour les changements développementaux dans la mentalisation heuristique. Les deux mécanismes ensemble constituent les principes heuristiques de la TdE, de telle manière que l’enfant n’a pas besoin de se les représenter comme des états conceptuels (comme des théories). Ainsi, le mode d’opération de ce modèle a plusieurs propriétés : - émet des contenus candidats aux attributions des croyances ; - désigne les niveaux initiaux de saillance/confidence aux contenus, dont le plus élevé appartient à la vraie croyance ; - révise et réadapte les niveaux initiaux en fonction des circonstances spécifiques ; - en fonction de cette révision, le candidat avec la plus haute valeur est sélectionné. Selon ce modèle, la réussite aux épreuves de FC dépend du contrôle inhibiteur. L’échec est expliqué à travers la difficulté à inhiber la vraie croyance, attribuée par défaut. La capacité à inhiber cette réponse prépotente3 donne la possibilité de considérer les fausse croyances concevables. Ainsi, l’individu pourrait prendre en considération une perspective différente de la sienne ou de celle qui reflète la réalité. Le problème fondamental d’un jeune cerveau qui apprend sur l’invisible, l’intangible, états abstraits comme les croyances est d’être capable d’abord d'accéder à ces états. Sans les saisir, le cerveau ne peut apprendre sur ces états. Le premier processus qui représente les attitudes propositionnelles apparaît pendant le deuxième année de vie, quand le ToMM émerge. Le rôle du MTdE serait de permettre, promouvoir et diriger l’attention vers les états comme croire ou désirer afin d’apprendre des choses sur eux. Des concepts très abstraits de TdE apparaissent très tôt dans la vie quand les connaissances générales et les facultés du raisonnement sont encore très limitées. Les processus modulaires qui promeuvent l’attention vers les états mentaux et facilitent leur apprentissage émergent très tôt et se développent rapidement (MTdE). Des recherches (voir Klin 2006; Onishi, Baillargeon, 2004) mettent en évidence des capacités implicites de compréhension de la FC chez des bébés de 15 mois. Ces découvertes soulignent le rôle précoce du ToMM en tant que mécanisme central d’attention qui identifie les opportunités d’apprentissage et qui dirige l’attention vers les sources significatives d’information. 3 Nous allons utiliser le terme « prépotente » pour désigner la qualité d’une réponse qui a été préalablement activée et renforcée positivement 43 Les processus heuristiques qui sélectionnent le contenu approprié des états mentaux (PS) ont un développement très lent et déterminent des changements majeurs. Ces processus ont été modelés par Leslie et collaborateurs (1992, 2000, 2005) en tant qu’un mécanisme de sélection par inhibition. PS est un mécanisme non-modulaire, perméable aux connaissances et demandes externes, dont les décisions peuvent influencer le comportement volontaire, comme parler ou pointer. Dans le processus décisionnaire, le PS active une base apprise des circonstances déterminantes pour la sélection d’une des croyances candidates. Selon le modèle MTdE-PS (Fig. 3), les difficultés sociales des enfants avec autisme sont le résultat d’un déficit au niveau de base d’un mécanisme (mécanisme modulaire MTdE) plutôt qu’au haut niveau intellectuel de la construction d’une théorie. Ils disposent d’un SP opérationnel, capable de sélectionner la bonne représentation quand celle-là leur est accessible (comme dans le cas de la tâche de la photographie). Ce modèle et l’hypothèse explicative des déficits de TdE au niveau implicite qu’y émerge sont en accord avec les résultats de Klin (2006) selon lesquels les personnes avec une très bonne réussite aux épreuves explicites de TdE ont des difficultés à ce niveau primaire, du MTdE. Fig. 3. Le modèle du mécanisme de la théorie de l’esprit-traitement sélectif du développement de la théorie de l’esprit. Les enfants avec autisme représentent l’image-miroir des enfants de 3 ans,a vec un traitement sélectif approprié, mais déficitaires dans le mécanisme de théorie de l’esprit (selon Leslie et Thaiss, 1992) 44 2.4. L’empathie La capacité à comprendre les émotions et les sentiments des autres- qu'ils proviennent d'une photographie, d'un roman, d'une scène imaginée ou d'une situation dont on est témoin fait référence à une expérience phénoménologique, nommée l’empathie. Cette capacité à comprendre les autres et partager leur sentiments représente la preuve de la nature sociale du soi et de son inhérente intersubjectivité. L’empathie est une forme complexe d’inférence psychologique dans laquelle l’observation, la mémoire, la connaissance et le raisonnement sont combinés afin de produire un éclairage sur les pensées et sentiments des autres (Ickes, 1997). Il y a plusieurs définitions de l’empathie. Pour la plupart des psychologues, l’empathie implique au moins trois différents processus : ressentir ce qu’une autre personne ressent, savoir ce qu’une autre personne ressent et avoir l’intention de répondre avec compassion à la détresse d’une autre personne. Ainsi, on distingue trois composantes principales largement reconnues : la réponse affective envers une autre personne qui souvent (mais pas nécessairement) entraine le partage de l’état émotionnel de cette personne ; la capacité cognitive à prendre, à considérer la perspective de l’autre ; un mécanisme de régularisation qui est basé sur ses propres sentiments et de sentiments des autres (e.g., Batson, 1991a, 1991b; Davis, 1996). L’approche affective définit l’empathie en tant que réponse émotionnelle d’une personne à l’état émotionnel d’une autre. Selon différentes définitions de l’empathie affective, celle-là doit impliquer soit la concordance entre l’émotion de l’observateur et l’état de la personne observée (ex : avoir peur quand quelqu’un d’autre a peur (Eisenberg & Miller, 1987; Hoffman, 1984)), soit un appariement de l’état émotionnel de l’observateur à l’état de l’autre (ex : ressentir de la pitié quand quelqu’un est triste (Stotland, 1969)). Les théories cognitives stipulent que l’empathie implique la compréhension des émotions des autres (Kohler, 1929). Elles font référence aux processus cognitifs comme la prise du rôle, le changement de perspective ou bien, à la « décentration », comme l’appelle Piaget (1932). Dans la terminologie récente, la théorie de l’esprit (TdE) est considérée la composante cognitive de l’empathie. Brièvement, cela implique la prise en compte de la perspective de l’autrui, l’attribution d’un état mental à l’autre et l’inférence du contenu de cet état mental. Ce processus est considéré purement cognitif car il ne fait référence à aucun état émotionnel. Par exemple, on peut déduire qu’une personne absente à l'annonce d'un changement de lieu d'un événement ne saura pas que le changement aura lieu. En plus, à cette compréhension et processus déductif, s’ajoute la capacité à prédire le comportement ou l’état 45 mental de l’autre (Dennett, 1987). Ainsi, on peut prédire que la personne absente ira dans un mauvais endroit. Ainsi, l’empathie implique à la foi la capacité de partager l’expérience émotionnelle de l’autre personne (composante affective) et à la foi la compréhension de l’expérience de l’autre personne (composante cognitive). Composante affective Composante cognitive (Théorie de l’esprit) Sympathie Fig. 4. Modèle simple de la superposition des deux composantes de l’empathie, ainsi que du cas particulier de la sympathie en tant que partie affective (selon Baron-Cohen, Wheelwright, 2004). Par quel processus arrivons-nous à ressentir de l’empathie ? Decedty et Jackson (2004) proposent trois composantes fonctionnelles qui produisent l’expérimentation de l’empathie chez l’être humain par leur interaction dynamique. Premièrement il y aurait le partage affectif entre soi et l’autre, basé sur le couplage perception-action qui conduit à des représentations partagés. La conscience de la différenciation soi-autres serait la deuxième composante et la dernière est représentée par la flexibilité mentale nécessaire afin d’adopter la perspective subjective de l’autre et des processus de régulation. 46 Le couplage perception-action La notion des représentations partagées entre soi et les autres reflète l’idée que la perception d’un comportement chez un autre individu active automatiquement ses propres représentations de ce comportement (Knoblich & Flach, 2003). La continuité entre la cognition et l’action est basée sur les cycles perception/action, deux processus interdépendants fonctionnellement. Les activités sensorielles et les activités motrices sont liées chez les fœtus ou les bébés prématurés et ces liens sont prédéterminés (Bloch, 1997). Ainsi, l’enfant est né avec des instruments qui peuvent assurer la relation avec le monde externe. L’activité motrice spontanée du nouveau-né constitue la condition motrice nécessaire et suffisante pour les interactions naturelles avec les autres (Decety, 2002). La présence de l’imitation chez les nouveau-nés est une preuve du fonctionnement de ce couplage perception-action dès la naissance (Meltzof & Decety, 2003). Pourtant, l’imitation précoce ne peut pas s’expliquer seulement par un mécanisme de résonance motrice, c’est-à dire par une activité générée spontanément pendant la perception des mouvements, gestes et actions exécutés par l’autre. Elle est modulée par les représentations, car la réponse de l’enfant n’est pas nécessairement liée temporellement (Meltzoff, Moore, 1997), ni compulsionnelle. En plus, les enfants sont attirés par les personnes, ils imitent leur actions, mais pas celle des objets (Legerstee, 1991). Une interprétation possible serait la compréhension implicite de sa ressemblance aux personnes humaines. Ainsi, l’imitation précoce représente une réponse sociale. La compréhension d’autrui émerge en partie à partir « d’être comme eux » en action, par l’imitation. Ce fait serait le mécanisme de base de l’empathie (Meltzoff, Gopnik, 1993), la reconnaissance des équivalences entre soi4 et l’autre représente le point de départ pour la cognition sociale (Meltzoff, 2002). Nous notons, sans entrer dans les détails, l’existence des résultats des neurosciences qui montrent la superposition du circuit neural impliqué dans l’exécution de l’action avec celui qui s’active pendant l’observation des actions (le cortex pré moteur, le lobe pariétal, l’aire motrices supplémentaire et le cerebellum (Grèzes & Decety, 2001, Blakemore & Decety, 2001). 4 Dans ce travail, nous allons considérer le concept de « soi » de point de vu cognitif. Ainsi, le soi représente l'ensemble des informations (perceptives, cognitives, émotionnelles, sociales etc) qu'un individu possède à propos de lui-même. 47 Partage des émotions La perception et l’expression émotionnelle sont partie intégrale des interactions humaines (Schulkin, 2004). A un bas niveau, les expressions émotionnelles sont dirigées par certaines règles et peuvent être provoquées par des simples stimuli (par exemple, le dégout exprimé en présence du gout amer). Les êtres humains utilisent également les postures corporelle pour exprimer et communiquer différentes types d’informations. La compréhension des signaux émotionnels des autres a une valeur adaptative et elle est importante dans la formation et le maintien des relations sociales. La plus simple forme de partage émotionnel, qui ne nécessite pas une conscience est représenté par le phénomène de contagion émotionnelle. Celui-là est défini par la tendance à mimer automatiquement et synchroniser les expressions faciales, les vocalisations, les postures et les mouvements avec celles d’une autre personne, donc à converger émotionnellement avec l’autre (Hatfield, Cacioppo & Rapson, 1994). La composante affective de l’empathie peut être conceptualisée dans sa plus rudimentaire forme comme l’habileté à détecter l’état affectif immédiat d’une autre personne (Trevarthen & Aitken, 2001). Dès la naissance, nous exprimons le besoin d’être liés à d’autres personnes. Chez les très jeunes enfants il y a cette disposition à être sensible et réactif aux états subjectifs des autres ; cette disposition a été nommée « sympathie intersubjective » par Trevarthen (A979). La résonance émotionnelle – expression d’un état émotionnel similaire ou congruent à celui d’une autre personne - développée très rapidement dans l’enfance (ex : chez les nouveau-nés, les pleurs comme réaction à la détresse des autres nouveau-nés), représente un autre précurseur important de l’empathie (Hoffman, 2000). La référence sociale (« social referencing »), l’habileté à discriminer les différentes expressions faciales des émotions et à les interpréter en tant que communication émotionnelle (Campos & Stenberg, 1981) est une autre composante de l’empathie. Ce processus reflète un effort actif des bébés (à partir de 10 mois) à obtenir un indice émotionnel des autres dans une situation ambiguë ou incertaine (Rosen, Adamson & Bakeman, 1992). Vers la deuxième année de vie, l’empathie se manifeste par des comportements pro sociaux (aider, partager ou consoler). A cet âge, les enfants disposent des capacités cognitives, affectives et comportementales pour pouvoir exprimer des indices de la compréhension des difficultés des autres et avoir une réaction constructive (comme l’aide ou la consolation) (Zahn-Waxler, Radke-Yarrow, Wagner, & Chapman, 1992). 48 Le mécanisme des représentations partagées entre soi et les autres joue un rôle dans la compréhension de l’action et dans la reconnaissance émotionnelle. Il représente la base d’une cognition sociale opérationnelle par l’activation automatique des représentations motrices des émotions (Decety & Jackson, 2004). Distinction soi-les autres Le mécanisme des représentations partagées dégage l’idée qu’une même forme représentationnelle serait utilisée dans l’encodage des relations intentionnelles emboîtées (Gopnik, 1993). Cette idée est en accord avec la nature intersubjective de la conscience (consciouness) humaine, qui se forme à travers l’interrelation dynamique entre le soi et les autres (Thompson, 2011). Les connaissances sur soi préparent la voie pour l’acquisition des connaissances sur les états mentaux des autres. L’empathie suppose conscience de soi (self-awareness), « capacité à devenir l’objet de sa propre attention, d’expérimenter le sens d’une continuité psychologique dans le temps et l’espace » (Gallup, 1998). Selon Humphrey (1990), tous les individus capable de la reconnaissance de soi disposent d’une conscience (awareness) introspective de ses propres états mentaux et la capacité d'assigner des états mentaux aux autres. L’émergence de la représentation de soi dans le développement psychologique est essentielle pour le processus d’empathie (Lewis, 1999). La conscience de soi et la conscience des autres se développent en parallèle, en lien serré l’une avec l’autre, pendant la deuxième année de vie, car les deux sont basées sur la même capacité cognitive, celle de la représentation secondaire (Decety & Jackson, 2004). D’une part, la conscience de soi demande une capacité de représentation secondaire car le soi, en tant qu’objet de connaissance est une représentation . La conscience des autres requiert une capacité de représentations secondaire, car cela implique la prise en compte de la perspective de l’autre. Les premières années de vie représentent la scène d’acquisition des connaissances subjectives et objectives sur soi et sur les autres. Avant l’âge de 2 ans, les enfants reconnaissent leur image dans le miroir, montrent des émotions liées à la conscience de soi (comme l’embarras, la gêne (Lewis, Sullivan, Stanger, & Weiss, 1989), communique avec les pairs par l’imitation (Asendorpf, Warkentin, Baudonnière, 1996), coopèrent avec les pairs (Brownell & Carriger, 1990), réagissent par un comportement empathique à la détresse d’un autre (Zahn-Waxler, Radke-Yarrow, & King, 1979). 49 A l’âge préscolaire, les enfants développent la capacité de se représenter et d’identifier ses propres états mentaux et ceux des autres (théorie de l’esprit). Ce développement soutient l’habileté à reconnaître dans quelle situation sa perspective et celle des autres sont partagées (congruentes) et dans quelle situations elles sont différentes. Flexibilité mentale et auto - régulation La prise en compte de la perspective de l’autre est une source importante de l’empathie humaine (Batson, 1991). Notre mode de raisonnement sur les autres et biaisé par notre propre perspective et cela est un trait général de la cognition humaine. Autrement dit, les individus sont égocentrés et ont des difficultés à dépasser leur propre perspective quand il s’agit d’anticiper ce que les autres pensent ou ressent (Royzman, Cassidy & Baron, 2003). Une interaction sociale efficace et en particulier la compréhension empathique requiert l’adaptation et l’ajustement des représentations partagées. Ainsi, la flexibilité mentale et l’auto – régulation sont des composantes importantes de l’empathie. On doit régulariser sa propre perspective qui a été activée par l’interaction avec les autres. Cette régularisation est importante également dans la modulation de ses émotions. Decety et Jackson (2004) soulignent le rôle d’un mécanisme inhibiteur dans l’empathie. Grâce à ce mécanisme, une cognition ou une réponse peut être supprimée volontairement afin d’acquérir un but interne (Nigg, 2001). Cette partie inhibitrice est requise dans la régularisation et la diminution de notre propre perspective afin de permettre la prise en compte de la perspective des autres. Cela est nécessaire car notre perspective, guidée par le lien automatique entre la perception et l’action, représente la modalité par défaut. Cette régularisation est basée sur la flexibilité affective et cognitive. L’empathie implique également le raisonnement et la prédiction des intentions des autres et engage tant la planification que le niveau émotionnel. Selon Iacobini (2005), nous arrivons à comprendre les autres à travers l’imitation et l’imitation partage des mécanismes fonctionnels avec le langage et l’empathie. 2.5. La métacognition La métacognition renvoie à la conscience qu'ont les individus, adultes ou enfants, de leur propres processus de pensée et à l'habileté d'exercer un contrôle sur ces processus 50 (Brown, 1987, Flavell, 1979, Vygotsky, 1934/1962). Une des composantes de la métacognition correspond ainsi à une " prise en charge " par les individus de leur propre fonctionnement cognitif (Pinard, 1989). L'autre composante de la métacognition fait référence au "savoir" que possède l'individu relativement aux personnes, aux tâches et aux stratégies (voir Poissant, 1993). "La métacognition se rapporte à la connaissance qu'on a de ses propres processus cognitifs, de leurs produits et de tout ce qui y touche, par exemple, les propriétés pertinentes pour l'apprentissage d'information ou de données." (Flavell J.H., 1976) Nous nous représentons continuellement les états mentaux des gens qui nous entourent, en utilisant des méta représentations (représentations des états représentationnels). La vie mentale des humains est riche également en attributions mentales à nous-mêmes. Ce type de métareprésentation à la première personne est connue comme la métacognition. La métacognition implique de se représenter son propre esprit en train de représenter une information (Dehaene, 2011). Il se pourrait donc que nous utilisions le même format de représentation mentale pour représenter notre esprit et celui des autres qu’elles portent sur notre propre esprit ou sur celui de quelqu’un autre: « Je sais que tu ne sais pas quelque chose » versus « Je sais que je ne sais pas quelque chose ». Dans les deux cas, il faut spécifier l’agent (moi ou un autre), l’état mental (croire, savoir…), et la proposition examinée. Métacognition et la théorie de l’esprit Dahaene (2011) invoque plusieurs arguments en faveur d’un lien étroit entre la métacognition et la théorie de l’esprit : la connaissance de soi et la connaissance de l’autre se développent simultanément chez l’enfant, elles ne sont pas indépendantes, mais interagissent entre elles (de sorte que je confonds, en partie, ce que je sais et ce que tu sais) ; elles font appel à des réseaux cérébraux en partie communs ; l’introspection joue un rôle essentiel dans le dialogue social propre à l’espèce humaine. Les bases et la relation entre la mentalisation et la métacognition sont sujet de discussion de plusieurs chercheurs. Plusieurs approches de cette relation se distinguent dans la littérature spécialisée. Selon le modèle des deux mécanismes indépendants défendu par Nichols et Stich (2003), la mentalisation et la métacognition sont deux capacités basées sur deux mécanismes cognitifs distincts. En 1996 Carruthers propose l’existence d’une faculté métareprésentationnelle unique avec deux types d’accès aux états mentaux, utilisant deux canaux informationnels distincts (modèle nommé mécanisme unique, deux modalités d’accès). Cette capacité unique possède à 51 la fois une modalité basée sur la perception, utilisée dans l’interprétation des états mentaux des autres et une modalité introspective, utilisée à accéder et se représenter ses propres états mentaux. Ainsi, les connaissances de soi et les connaissances des autres utilisent les mêmes ressources conceptuelles. Selon le modèle la métacognition est prioritaire (Goldman, 1993, 2006) l’attribution des états mentaux aux autres dépend de notre accès introspectif à nos propres états mentaux. En fin, le modèle la mentalisation est prioritaire, (Carruthers, 2006) postule l’opposé : la métacognition est le résultat de l’orientation de nos capacités de mentalisation vers nousmêmes. Selon lui, il n’y a pas de dissociation entre la mentalisation et la métacognition, une capacité unique est impliquée dans les deux. 52 Chapitre 3. Hypothèses cognitives de l’autisme 53 Depuis les années 80, les liens entre les signes cliniques rencontrés chez les personnes autistes et leur fonctionnement cognitif ont été explorés. L’élaboration de ces théories a été influencée par la prégnance des difficultés d’ordre social et émotionnel. Nous présentons dans ce chapitre les théories cognitives explicatives de l’autisme actuellement prépondérantes dans la littérature : la théorie d’un déficit exécutif, la théorie de la faible cohérence centrale, la théorie d’un déficit dans la théorie de l’esprit. Brièvement, nous présentons d’autres théories explicatives : la théorie d’un déficit émotionnel, la théorie d’un surfonctionnement perceptif, la théorie empathiquesystématique, la théorie du cerveau masculin extrême et la théorie de l’amygdale. 3. 1. Hypothèse du dysfonctionnement exécutif Le comportement des personnes avec trouble du spectre autistique (TSA) semble parfois rigide et inflexible, le moindre changement dans l’environnement ou dans leur programme assez routinier peut leur causer un stress. A part le comportement répétitif, la concentration sur des intérêts restreints, ces personnes ne semblent pas avoir de buts orientés vers l’avenir, n’anticipent pas les conséquences à long terme de leur comportement et elles ont des difficultés dans l’auto – régulation. Elles peuvent être impulsives comme si elles ne pouvaient pas retarder ou inhiber certaines réponses ou comportements. Ces traits, déjà décrits pas ailleurs, ont été la première raison pour chercher une explication d’ordre exécutif aux troubles autistiques. L’étude d’Ozonoff, Pennington et Rogers (1991) est citée souvent comme l’origine de l’hypothèse exécutive dans l’autisme. Ces auteurs mettent en évidence des difficultés dans la planification exécutive (Tour de Hanoi), des persévérations (dans la tâche de classification des cartes de Wechsler) et des difficultés à maintenir une tâche dans la mémoire de travail (dans le test de Wechsler) chez des enfants avec TSA avec une intelligence normale. En effet, les enfants avec autisme ont des difficultés à réaliser la tâche de la tour de Hanoï ou la tour de Londres (présentée dans le Chapitre 2.3). Cette difficulté reste constante avec le temps (Ozonoff et al., 1991 ; Bennetto et al., 1996 ; Ozonoff & Jensen, 1999 ; Ozonoff, McEvoy, 1994 ; Ozonoff, 1995). Hughes (1994) confirme ce déficit dans son étude, mais uniquement pour les tâches qui impliquent une longue séquence de mouvements. Il montre une corrélation entre la réussite à l’épreuve de planification et l’âge mental non – verbal. Ce fait suggère que le QI a une influence sur la performance au test de planification et 54 donc, l’autisme ne serait pas la seule explication de ce déficit. Dans l’étude d’Adrien et al . (1995), les auteurs mettent en évidence le fait que les erreurs de persévérations des enfants avec TSA dépendent de la complexité de la tâche. La tâche de sélection de cartes de Wisconsin (a mis en évidence des difficultés à changer le comportement en fonction du changement des critères chez les enfants avec autisme (Chu, 2001). Dans ce test, on demande de classifier des images selon une règle (par la forme, par exemple) qui change après un certain nombre d’essais. La règle initiale (classifier selon la forme) n’est plus pertinente, le participant doit suivre la nouvelle règle (classifier selon la couleur). Les enfants avec autisme présentent des persévérations, ils continuent à classifier en suivant la première règle. Ce pattern est retrouvé également à l’âge adulte (Ozonoff & McEvoy, 1994). Etant donné que les enfants avec SA réussissent très bien les épreuves de premier ordre de TdE, les difficultés exécutives restent les seules que ces enfants partagent avec les enfants avec autisme « classique » de haut niveau. En conséquence, la partie exécutive serait le déficit commun principal dans le spectre autistique. L’universalité des déficits exécutifs qu’ils trouvent dans cette étude les amène à la conclusion que cela représente un déficit primaire dans l’autisme (Ozonoff et al., 1991 ; Plumet, Hughes, Tardif & Mouren-Simeoni, 1998). Ainsi, ils stipulent que le défaut exécutif représente le déficit sous-jacent dans l’autisme, qui explique à la fois les troubles cognitifs et sociaux. Ce défaut est en lient étroit avec le fonctionnement du cortex préfrontal, qui est impliqué dans le fonctionnement exécutif (persévérations, impulsivité, difficultés dans la planification de l’exécution d’une tâche) et dans le comportement émotionnel (isolation sociale, difficultés de communication et de compréhension des règles sociales) (Ozonoff et al., 1991). Syndrome préfrontal Le cortex préfrontal dorsolateral est particulièrement destiné à la régularisation et au contrôle du comportement et des réponses aux stimuli de l’environnement. Le cortex orbitofrontal serait attribué à l’intégration des informations sur les émotions, mémoire et l’environnement. Ainsi, le cortex orbitofrontal est important pour les réseaux cérébraux qui controlent la cognition sociale tandis que le contrôle du comportement suppose des réseaux préfrontaux (Wood, 2003). Les théories récentes suggèrent que l’autisme peut être considéré un trouble du système fronto-striatal (Bradshaw, 2001; Russell, 1997). L’hypo-activation des régions 55 préfrontales chez les personnes avec autisme a été mise en évidence à travers plusieurs paradigmes, comme les tâches de TdE (Happe et al., 1996; Baron-Cohen et al., 1999), les tâches de langage réceptif et expressif (Muller et al., 1998), recherches sur les figures encastrées (Ring et al., 1999), attention sélective (Belmonte and Yurgelun-Todd, 2003), tâche d’inhibition/activation (Kana et al., 2006). Pourtant, certaines études identifient une suractivation dans les régions cérébrales gauches pendant les tâches d’inhibition et de changement de comportement Schmitz et al. (2006). Le déficit des fonctions exécutives peut expliquer surtout les symptômes autistiques liés aux troubles de comportement tels que stéréotypies, persévérations et intérêts restreints (Lopez, Lincoln, Ozonoff & Lai, 2005 ; South, Ozonoff & McMahon, 2007). Sur un plan social, le manque de contrôle inhibiteur et de flexibilité mentale pourraient engendrer des difficultés dans l’adaptation aux situations diverses et complexes. 3. 2. Hypothèse de la faible cohérence centrale Dans l’autisme on remarque une énorme variabilité des performances selon les domaines. La même personne peut réussir très bien les tests de connaissances factuelles ou d’attention aux détails et échouer aux épreuves de compréhension d’une situation de sens commun. Cette particularité renvoie à un style cognitif de traitement de l’information. Chez les personnes ayant un développement normal, on retrouve une tendance naturelle à traiter de manière globale l’information perceptive et conceptuelle, à interpréter les stimuli globalement, dans le contexte, pour donner rapidement un sens, souvent au risque d’ignorer ou d’oublier les détails locaux (Frith, 1989). Ce besoin naturel d’intégrer les informations se fait donc, par un processus de type top-down, qui implique l’intégration et l’organisation des traits locaux dans un tout global et unitaire. Pour Uta Frith (1989) ce type de fonctionnement correspond à une forte cohérence centrale et l’auteur propose la théorie de la faible cohérence centrale (FCC) dans l’autisme. Cette théorie met en avance l’idée d’un style de traitement de l’information plus axé sur les détails chez les personnes avec autisme. En effet, une série d’études met en évidence un traitement local supérieur ou préférentiel chez les personnes avec autisme (Happé, 1999 ; Happé & Frith, 2006). Les bases neurales de la cohérence centrale ont été peu étudiées. Certaines études suggèrent que le traitement sensoriel de l’information aux premiers niveaux (des traits locaux 56 du stimulus) est intact dans l’autisme. En revanche il y a des difficultés dans la modulation top-down5 (Frith, C.D., 2003). La cohérence entre toutes les informations reçues à travers différents canaux sensoriels serait établie moins vite chez les personnes avec autisme. Une des conséquences les plus marquantes de cette difficulté serait visible sur le plan social car la compréhension de ces situations particulièrement complexes repose sur l’intégration de multiples informations. Uta Frith soutient également l’idée d’un déficit dans le traitement global des stimuli chez ces personnes (Frith, 1989). La forte validité de cette hypothèse vient du fait que le type de fonctionnement qu’elle décrit est retrouvé dans l’autisme dans plusieurs domaines. Ainsi, au niveau de la perception, les personnes avec TSA avec un QI normal, présentent des difficultés à percevoir en quoi consiste l’impossibilité des « figures impossibles », comme le triangle Penrose ( Mottron & Belleville, 1993). Ces personnes sont plus rapides que les personnes du groupe de comparaison dans la reproduction de ces figures, résultat interprété par le fait qu’elles sont moins perturbées par le manque du sens global de l’image à copier (Mottron, Belleville et Ménard, 1996). Fig. 5.Le triangle de Penrose Le même pattern est retrouvé dans la construction visuo-spatiale (Jolliffe & Baron-Cohen, 1997; Shah & Frith, 1993), le langage (Frith & Snowling, 1983; Happé, 1997) et la mémoire (Tager-Flusberg, 1991). Afin de tester la théorie de la FCC au niveau du traitement conceptuel de l’information visuelle et non seulement au niveau perceptuel, Jolliffe & Baron-Cohen (2001) proposent une étude sur l’intégration des éléments d’un objet pour le reconnaître. Leur population a été constituée d’un groupe de personnes autistes de HN, un groupe de personnes avec AS et un 5 Les processus top-down , ou descendants, sont contrôlés par les connaissances et caractérisés par un traitement global. Les processus bottom-up, ou ascendants, sont caractérisés par le traitement local de l’information. 57 groupe de comparaison d’âge adulte. Des images fragmentées d’objets ont été présentées aux participants, ainsi que des images des objets entiers. Dans les deux conditions, la tâche était de nommer plus rapidement possible l’objet (soit à partir de ses parties mises ensemble, soit à partir de son image entière). Le matériel a été construit de telle manière, qu’il ne facilitait pas une procédure d’appariement local des traits des objets. C'est-à-dire, l’assemblage des parties ne pouvait pas se faire qu’à partir des lignes ou les contours des objets. Un traitement local des fragments aurait été inefficace, en revanche, un traitement top-down est exigé. Comme dans les études précédentes, les résultats indiquent la difficulté d’intégrer de manière holistique les fragments, afin d’identifier l’objet global. Les auteurs expliquent ce résultat par la faiblesse dans la cohérence centrale, et soutiennent l’idée qu’un problème d’intégration de l’information représente un déficit central dans l’autisme. Ils éliminent les explications alternatives, comme la non familiarité avec le stimulus, le manque de motivation, l’impulsivité ou la difficulté à désengager leur attention une fois fixée sur un détail morphologique du stimulus (Jolliffe et Baron-Cohen, 2001). Une conséquence importante de la faible cohérence se reflète dans le déficit social de l’autisme. Le contexte social est définit par une cohérence qui donne le sens social. En l’absence de cette cohésion, le monde social interne peut être éclaté et dispersé. Par rapport aux autres théories explicatives de l’autisme (et en accord avec la théorie Emphatiser-Systématiser, présentée plus loin), la théorie de la FCC permet d’examiner les domaines dans lesquels la préférence pour le traitement des détails représente un avantage pour la résolution de certaines tâches. D’ailleurs, Utha Frith et Francesca Happé (Frith & Happé, 1994; Happé, 1999) nomment la FCC un style cognitif et non pas un déficit cognitif. Les personnes avec troubles du spectre autistique présentent des performances supérieures à certaines tâches qui requiert un traitement local, comme le Test des Figures Encastrées (Jolliffe & Baron-Cohen, 1997; Shah & Frith, 1993). Néanmoins, les personnes avec autisme peuvent traiter les informations plus globalement, en particulier quand la tâche exige explicitement de le faire (Snowling & Frith, 1986). Ainsi, la FCC serait plutôt une tendance spontanée ou une préférence pour le traitement automatique, observée plus nettement dans des tâches/situations naturelles ou proches des conditions naturelles. Les personnes avec troubles autistiques peuvent résoudre des problèmes en conditions de test et rester déficitaires quand il s’agit d’apprentissages dans les conditions de la vie courante. Prenons un exemple de scène couramment rencontrée dont on doit extraire le sens : entrer dans une cafétéria et comprendre ce qui s’y passe. Afin de comprendre et de s’adapter à la situation, il faut rassembler différents indices : les discussions, 58 la façon dont les personnes parlent, les postures, le volume des voix, les intonations, les réactions de ceux qui écoutent, le moment de la journée, les éléments de fond (lumière, musique etc). Il est probable que les personnes avec autisme vont se concentrer sur des éléments isolés de cette scène, vont répondre aux stimuli peu importants, ou ignorer les aspects essentiels de la situation. A l’origine, cette théorie expliquait les difficultés en théorie de l’esprit (TE) chez les personnes avec autisme par la faible cohérence. Actuellement, la tendance dans la littérature est de proposer des origines différentes pour les deux facultés cognitives – d’une part TE et de l’autre part, FCC (Happé, 2001). 3. 3. Hypothèse du déficit en théorie de l’esprit La théorie de l’esprit (TdE) a été considéré un pré acquis nécessaire aux interactions sociales et aux relations sociales. L’incapacité à développer la TdE est considérée par un large groupe de chercheurs l’explication principale des difficultés dans les interactions sociales retrouvées chez les personnes avec autisme (Baron-Cohen, 1989 ; Perner, Leslie & Leekam, 1989). En 1990 Baron-Cohen utilise pour la première fois le terme de « cécité mentale » (« mindblindness ») pour parler de l’autisme. Dans sa perspective, les personnes avec autisme ont des difficultés à inférer les intentions, les désirs, les savoirs (les états mentaux) qui déterminent le comportement humain. Cette théorie propose que les enfants avec autisme ont un retard dans le développement de la TdE et ce fait provoque différents dégrées de cécité mentale. Cette théorie est basée sur des preuves de la psychologie de développement en faveur de l’existence de ce retard chez les enfants avec autisme. Selon l’hypothèse avancée par Baron-Cohen et ses collaborateurs (1985), les anomalies du développement social, de la communication et du jeu symbolique peuvent avoir à l’origine un déficit développemental de la « lecture de l’esprit ». Précurseurs de la théorie de l’esprit Un enfant de 14 mois est capable d’utiliser l’attention conjointe (à travers le pointage ou suivi de la direction du regard de l’adulte). Les enfants typiques se servent des indices du visage de l’adulte pour comprendre dans quelle direction sont orientés son attention et son intérêt. Selon Swettenham et al. 1998, les enfants toddlerhood avec autisme ou SA présentent une fréquence réduite de l’attention conjointe. 59 A 24 mois, les enfants typiques s’engagent en jeux symboliques, en étant capables de comprendre que l’autre fait semblant (Leslie, 1987). Les jeux symboliques des enfants avec autisme sont moins fréquents, sont plus pauvres et limités à quelque règles (Baron-Cohen, 1987). Les enfants comprennent à partir de 3 ans que « voir c’est savoir ». Autrement dit, il ne suffit pas de toucher une boite pour connaître son contenu. Un retard est observé chez les enfants avec autisme ou SA (Baron-Cohen et Goodhart, 1994). La compréhension de la tromperie arrive chez les enfants sans troubles de développement vers 4 ans. Les enfants du même âge avec autisme ou AS ont la tendance à croire que tout le monde dit la vérité et ils semblent choqués par l’idée que quelqu’un ne veut pas dire ce qu’il dit (Baron-Cohen, 1992). A 9 ans, un enfant peut envisager ce qui peut blesser l’autre et donc, savoir ce qu’il ne faut pas dire pour éviter cette situation. Les enfants avec AS ou autisme présentent un retard de 3 ans, même quand leur intelligence est intacte (Baron-Cohen et al. 1999). A ce même âge, les enfants avec développement typique peuvent comprendre les pensées et les émotions d’une personne à travers l’expression de leurs yeux. Les enfants avec AS ont plus de difficultés à le faire (Baron-Cohen, et al. 2001). Ce pattern est retrouvé chez les adultes avec SA (Baron-Cohen et al., 2001). Leslie et Thaiss (1992) ont fait passer à des enfants avec autisme et à des enfants sans trouble de développement (âgés de 4 ans) le test standard de TdE (Wimmer et Perner, 1983) et ce qu’ils ont nommé « test de la photographie ». Dans ce test, on présente à l’enfant une scène dans laquelle un objet est positionné à l’endroit A. L’enfant est guidé à prendre en photo cette scène avec un appareil Polaroid (photo instantanée). Pendant que l’enfant et l’expérimentateur attendent que la photo soit tirée, la scène est changée : l’objet est déplacé dans un endroit B. L’expérimentateur demande l’enfant à quel endroit sera l’objet sur la photo. Leurs résultats montrent de très bonnes performances au test de la photographie chez les enfants avec autisme. Ils peuvent inférer correctement le résultat de la photographie, même si celui-là est contraire à la réalité. Ce résultat serait la preuve du fait que les enfants avec autisme possèdent la ressources générales de résolution de problèmes demandées dans la tâche de TdE, mais ils ont un défaut dans une compétence représentationnelle plus spécifique : le mécanisme de la TdE. En revanche, ils échouent l’épreuve de fausse croyance. Un résultat intéressant a été soulevé également dans le groupe d’enfants sans trouble : ils réussissent l’épreuve de FC plus facilement que la tâche de la photographie. Les auteurs interprètent cela par l’existence d’un mécanisme, chez les jeunes enfants sans trouble de 60 développement, qui compenserait l’invisibilité de la croyance. Ils proposent le mécanisme de la théorie de l’esprit (Baron-Cohen, 1986) en tant que mécanisme qui dirige l’attention vers les états mentaux autrement ignorés (ou en dehors de l’attention). Retard ou déviation dans le TdE chez les enfants avec autisme ? Différentes recherches sur les épreuves de premier ordre de TdE (réussies typiquement à 4 ans) chez les enfants autistes mettent en évidence une réussite pour 20%-35% d’entre eux à l’âge de 7-8 ans. Certains adultes avec autisme réussissent des épreuves de TdE de deuxième ordre. Est-ce qu’il s’agit d’un retard sur les mêmes processus impliqués dans le développement typique ou bien les individus avec autisme utilisent-ils une autre voie pour réussir les épreuves de TdE ? L’hypothèse d’un retard spécifique dans l’acquisition de la TdE chez les enfants autistes a été avancée (Baron-Cohen, 1991). Cette hypothèse se base notamment sur le fait que des précurseurs de la TdE, comme l’attention conjointe et le jeu symbolique développés typiquement entre 1 et 2 ans, sont également atteints (Baron-Cohen, 1987, 1989). Dans le temps, même si les enfants avec autisme développent ces capacités, ils vont échouer aux tâches d’attribution de croyances à l’âge de 4 ans. Les enfants qui réussissent les tâches de TdE de premier ordre à l’âge de 6-7 ans seront en retard par rapport aux enfants de leur âge sans troubles de développement qui passent avec succès les épreuves de deuxième ordre. En vue de tester ce modèle, Holroyd et Baron-Cohen (1993) réalisent une étude longitudinale sur 7-8 ans chez 17 enfants autistes. Leurs résultats montrent une faible amélioration de performances aux épreuves de TdE au cours du développement pour la majorité d’entre eux (70%-80%). Un petit pourcentage (20%-30%) atteint le niveau de 3-4 ans de développement à l’adolescence. Par rapport au modèle de la lecture de l’esprit que nous avons présenté dans le Chapitre 2, section Théorie de l’esprit, son auteur considère que le ID est intact chez les enfants avec autisme. Ces enfants identifient les désirs et les buts (utilisent le mot « veut »), ils distinguent l’animé (Baron-Cohen, 1991a) et ils peuvent comprendre que les désirs peuvent éveiller des émotions (Baron-Cohen, 1991b). Le fonctionnement de base de EDD est quasiment normal chez les enfants avec autisme; ils interprètent correctement la direction du regard de quelqu’un (Hobson, 1984 ; Baron-Cohen, 1989a). Baron-Cohen fait l’hypothèse que chez la plupart des enfants autistes il y a un problème central dans le fonctionnement de SAM. Le trouble de l’attention conjointe souvent signalé dans cette population représente un des arguments en faveur de cette idée. En effet, les 61 enfants avec autisme ne vérifient pas (ne contrôlent pas) le regard des autres (Leekam , 1993) et ils ne pointent pas pour diriger l’attention visuelle (Baron-Cohen, 1989a). Les deux conséquences immédiates consistent en l’impossibilité de créer des représentations triadiques dans aucune modalité sensorielle et au fait qu’il n’y a pas d’information sensorielle à transmettre au ToMM. Toute une série de recherches depuis une vingtaine d’années semble mettre en évidence une difficulté à comprendre les états mentaux épistémiques de croyance chez les enfants autistes. La présentation de ces épreuves fait le sujet d’un chapitre ultérieur (II. 1. 2.). Baron-Cohen en tire la conclusion que les enfants avec autisme sont déficitaires dans la représentation de l’ensemble des états mentaux (croire, imaginer, savoir etc.), donc de ToMM. Critiques de la théorie du déficit en TdE Baron-Cohen (2009) fait une évaluation de sa propre théorie de la « cécité mentale ». Ainsi, selon lui, la théorie de la « cécité mentale » a quelques points très forts, qui lui ont permis de résister et d’être une des plus importantes théories explicatives de l’autisme. Le premier point fort de cette théorie consiste au fait qu’elle couvre les difficultés sociales chez les personnes autistes et avec SA. Elle explique également les difficultés pragmatiques du langage et, donc, de communication (Baron-Cohen, 2009). Le caractère universel de cette théorie représente un deuxième point important. Le déficit de mentalisation, ou de TdE ou de la lecture de l’esprit qu’elle met en évidence est universellement retrouvable à différents degrés dans tout le spectre autistique, tous les âges, indépendamment du niveau du QI (Baron-Cohen, 2009). Troisièmement, des preuves de neuro-imagerie ont mis en évidence des aires, nommées « le cerveau social » qui sont activées pendant les tests de TdE chez les personnes sans troubles de développement : le cortex médial préfrontal, la jonction temporal-pariétale, le cortex cingulate antérieur, l’insula et l’amygdale. Ces mêmes aires sont sous activées chez les personnes avec autisme (Baron-Cohen et al. 1999; Castelli, Happe, et al. 2002; Frith & Frith 2003; Happe et al. 1996). Ces études soutiennent les différences psychologiques évoquées. Un quatrième point fort de la théorie est le fait que le retard dans le développement des précurseurs de la TdE (comme l’attention conjointe et le jeu symbolique) qui a pu prédire plus tard le diagnostic d’autisme (Baron-Cohen, 2009). L’identification de cet déficit dans l’autisme a servi au développement des outils d’apprentissage pour faciliter la lecture de l’esprit, outils utilisés avec succès et bons résultats (ex : le train Tomas). 62 Néanmoins, la théorie du déficit de mentalisation présente des faiblesses qui détermine les chercheurs à continuer à retrouver de nouvelles explications et formaliser autrement les données existantes (Baron-Cohen, 2009). Une faiblesse de cette théorie est, sans doute, le fait qu’elle ne se préoccupe pas des autres caractéristiques importantes (comme les intérêts très forts qu’une personne avec AS peut éprouver ou une excellente attention au détail). Un autre point discutable concerne le fait que la lecture de l’esprit ne représente qu’une partie de l’empathie, la partie cognitive. Mais l’empathie complète suppose une composante émotionnelle, une réponse émotionnelle envers l’état mental de l’autre. Parmi les personnes avec troubles du spectre autistique il y en a qui montrent des difficultés à répondre. Par exemple, si une personne en face d’elles pleure, elles peuvent comprendre le fait qu’elle est triste, mais elles ne savent pas comment réagir ou comment la réconforter (Grandin, 1996). Le déficit dans la théorie de l’esprit a été signalé chez d’autres populations cliniques, comme la schizophrénie (Corcoran & Frith, 1997), ou les troubles bipolaires (Fonagy, 1989),. Cela indique que cette difficulté ne soit pas spécifique à l’autisme, ce qui représenterait une autre faiblesse de cette théorie (Baron-Cohen, 2009). Chez les personnes avec SA, plusieurs tests avancés de TdE ont échoué à mettre en évidence une difficulté (par ex, les personnes avec AS réussissent les épreuves de TdE de 2ème ordre) à ce niveau. Même si en partie ce résultat peut être du à une faute d’adaptation d’épreuves à l’âge et au QI de la population ciblée, cet effet-plafond est signalé. Une dernière faiblesse de la théorie du déficit de mentalisation serait le fait qu’elle est concentrée sur les déficits et ignore une partie du fonctionnement des personnes avec troubles du spectre autistique (comme leurs capacités parfois surprenantes dans différents domaines) (Baron-Cohen, 2009). 3. 4. Autres théories explicatives 3. 4. 1. La Théorie Empathique – Systématique (Empathizing-Systemizing) En 2002, Baron-Cohen introduit une nouvelle dimension pour décrire le fonctionnement des personnes avec troubles du spectre autistique : systématiser. Cette capacité, de systématiser, expliquerait les domaines forts, les capacités exceptionnelles que ces personnes peuvent montrer. Ainsi, la théorie qu’il propose (E-S) fait référence aux deux pôles qui semblent caractériser la majorité de la population autiste : d’une part, les difficultés 63 sociales et de communication et d’autre part les performances élevées en raisonnement logique (Baron-Cohen, 2009). Nous rappelons que la TdE est considérée en général le composante cognitive de l’empathie. L’empathie suppose une autre composante: la réponse appropriée face aux pensées ou sentiments de l’autre. Cette partie a été nommée l’empathie affective (Davis, 1994). Selon les réponses au questionnaire Quotient d’Empathie (Baron-Cohen & Wheelwright, 2004) qui comprend les deux aspects de l’empathie, les personnes avec un trouble du spectre autistique ont des difficultés dans les deux dimensions. (Quelques exemples d’items de ce questionnaire sont les suivants : « Je peux facilement dire quand quelqu’un veut entamer une conversation. » ; « Je préfère les animaux aux êtres humains. » ; « Je détecte rapidement si quelqu’un dit une chose qui en signifie une autre. » ; « Voir quelqu’un pleurer ne me touche pas vraiment. » A ces énoncés, le participant répond par « tout à fait d’accord »/ « plutôt d’accord »/ « plutôt pas d’accord » ou « « pas du tout d’accord ».) L’autre facteur inclus dans cette théorie, la systématisation, fait référence à l’analyse et à la construction des systèmes. Selon sa définition, un système suit des règles. Quand nous sommes en train de systématiser, nous essayons d’identifier des règles qui gouvernent le système afin de prédire son fonctionnement (Baron-Cohen, 2006). On peut nommer quelques systèmes : systèmes mécaniques (ex : une caméra), systèmes numériques, systèmes plus abstraits (règles d’une langue), systèmes sociaux (une hiérarchie de management), systèmes moteurs etc. Systématiser suppose extraire des régularités et des règles. Les enfants avec autisme ou AS de 8 à 11 ans ont eu des performances supérieures aux enfants sans troubles de développement plus âgés qu’eux (adolescents) dans les test de physique (Baron-Cohen, Wheelwright, Scahill, et al. 2001). Le questionnaire du Quotient de Systématisation met en évidence un score plus élevé chez les personnes avec AHN ou SA que les personnes neurotypiques (Baron-Cohen, Richler, Bisarya, et al. 2003). Cette capacité est retrouvée également chez les enfants avec autisme avec un bas niveau de fonctionnement, non seulement chez les personnes avec SA ou AHN. Ils obtiennent des meilleures performances que les enfants de leur âge au test des séquences des images, dans la condition « cause-physique » (Baron-Cohen, Leslie, & Frith 1986). 64 Ils réussissent très bien à découvrir le mécanisme d’une caméra Polaroid, leurs performances étant supérieures à la moyenne (Baron-Cohen et al. 1985; Perner, Frith, Leslie, et al. 1989). Toutes ces preuves indiquent des capacités de systématiser intactes ou supérieures. L’originalité de la Théorie E-S consiste au fait qu’elle tend à expliquer l’autisme et le SA par les deux facteurs : l’empathie (inférieure à la moyenne) et la capacité à systématiser (égale ou supérieure à la moyenne). Ce n’est plus que les déficits qui déterminent l’autisme, mais le contraste entre les mauvaises capacités d’empathie et les bonnes performances dans la systématisation. Selon Baron-Cohen (2009), les capacités d’empathie situées en dessous de la moyenne, peuvent expliquer les difficultés dans la communication et dans la vie sociale chez les personnes avec TSA (troubles du spectre autistique). En revanche, leurs fortes capacités à systématiser peuvent être à la base des comportements répétitifs, intérêts restreints ou résistance au changement. Quand on essaye de systématiser, on doit garder constant la plupart des variables et on ne change qu’une à la foi. De cette façon, on peut déterminer la cause de chaque effet afin de pouvoir faire des prédictions, si nécessaires dans la vie de tous les jours. Cette théorie semble décrire et saisir le profil unique du spectre autistique. Dans la population normale il y a des personnes qui ont des difficultés d’empathie, sans pour autant être diagnostiquées avec ce trouble de développement. Selon cette théorie, les personnes TSA sont décrites mieux par ce contraste entre les niveaux de performances dans les deux domaines (empathie et systématisation). Cette théorie peut expliquer la difficulté à généraliser les acquis au-delà des conditions d’apprentissage chez les personnes autistes (Plaisted, O’Riordan, & Baron-Cohen 1998). Si quelqu’un essaye de comprendre et de considérer chaque système comme un système unique, il aura des difficultés à généraliser les propriétés de ce système à d’autres. Un enfant avec TSA à qui on apprend à prendre sa douche à l’école (ou dans un établissement spécialisé) ne saura pas forcement prendre sa douche à la maison. Cette difficulté à généraliser peut être expliquée à travers cette théorie par la fait que l’enfant considère les caractéristique de chaque douche séparément, comme faisant partie de deux systèmes différents. Dans ce cas, il est concentré sur les détails qui différencient les deux douches et non pas sur les propriétés qui les rapprochent. Baron-Cohen fait une évaluation de sa théorie et souligne le fait qu’il n’y a pas beaucoup de preuves dans son sens. Néanmoins, elle permet à faire des prédictions sur les 65 préférences d’une personne avec TSA, par ex : mouvements prédictibles, information structurée etc. Cette théorie s’applique avec succès chez les personnes atteintes d’AHN et SA et elle se reflète dans leur préférence pour les Sciences exactes (IT, Mathématiques) (Baron-Cohen, Wheelwright, Stone, et al. 1999). Chez les personnes avec un bas fonctionnement, il est plus difficile de le mettre en évidence. Le développement des nouvelles méthodes pour étudier les deux dimensions proposées par cette théorie reste un domaine à exploiter. La théorie E-S part de l’idée d’un style cognitif différent. En cela, elle s’approche de la théorie FCC de Frith (1989). E-S intègre des points forts comme l’attention au détails soulignée dans plusieurs reprises (Jolliffe & Baron-Cohen 2001; Mottron, Burack, Iarocci, et al. 2003; O’Riordan, Plaisted, Driver, et al.2001; Shah&Frith 1983, 1993) dans l’explication du fonctionnement des personnes avec TSA. Selon cette théorie, l’attention pour les détails représente une partie importante dans la systématisation à cause du rôle des détails dans un système. Néanmoins, la différence entre les deux théories est importante, selon Baron-Cohen (2009). Si la théorie de FCC explique la préférence pour le traitement local des stimuli par leur incapacité à intégrer les détails dans un tout, la théorie E-S l’explique par le but de ces personnes à comprendre un système (peu importe la taille et l’importance de ce système). La théorie de FCC prédit que les personnes avec TSA n’arriveront pas à la compréhension du système en tant qu’entité unitaire (car cela demanderait des capacités de traitement global). En revanche, selon la théorie E-S, ces personnes peuvent atteindre un très bon niveau de compréhension du système, une fois que toutes les variables ont été observées. Baron-Cohen (2009) donne l’exemple des mathématiciens avec TSA très doués qui on fait preuve de compréhension des systèmes complexes. Selon Baron-Cohen (2009), secouer sans arrêt un objet devant ses yeux, comportement considéré comme une persévération selon la théorie du DE, représente une preuve de compréhension de ce mouvement selon la théorie E-S. La partie la plus attractive de cette théorie est probablement le fait qu’elle offre une nouvelle perspective sur les comportements inadaptés notés dans l’autisme. Ainsi, taper sur les surfaces ou choisir le même plat chaque jour peut être interprété comme une systématisation sensorielle ; tourner, se balancer en avant et en arrière ou apprendre une technique de tennis peut signifier une systématisation motrice ; aligner les jouets ou éviter de changer la place d’un objet dans sa pièce serait la systématisation de l’environnement ; 66 regarder la même vidéo sans arrêt ou bien analyser les techniques de danse pourrait être la preuve d’une systématisation des séquences d’actions etc. 3. 4. 2. La théorie du cerveau masculin extrême Les différences observées entre les sexes – de manière générale et très schématique, les femmes sont meilleures en empathie et les hommes sont meilleurs à systématiser – ont été évoquées afin de proposer une extinction de la théorie E-S. Il s’agit de la théorie du cerveau masculin extrême. Le fonctionnement autiste serait décrit par l’exagération des traits typiques masculins : mauvaises performances en empathie et bonnes capacités de systématisation. La recherche offre quelques preuves dans le sens de cette « sous- théorie ». Premièrement, au questionnaires d’empathie (Quotient d’Empathie, 2004) les femmes obtiennent un score plus élevés que les hommes ; au questionnaire de systématisation la situation est inverse. Au test de faux pas (présenté dans la partie expérimentale de ce travail), un test dans lequel le participant doit comprendre quelle réaction peut blesser un autre, les filles sont plus précoces que les garçons et les enfants autistes ont des performances plus basses que les garçons de leur âge (Baron-Cohen, O’Riordan, Jones, et al. 1999). Le même pattern est retrouvé dans les résultats au test de reconnaissance des émotions à travers le regard (Baron-Cohen, Jolliffe, Mortimore, et al. 1997). En revanche, les personnes autistes réussissent mieux que les hommes les tests des figures encastrées et les hommes performent mieux que les femmes (Jolliffe & Baron-Cohen 1997). La neuro imagerie apporte quelques preuves en accord avec cette théorie, dans le sens où certaines aires cérébrales qui sont plus grandes chez les femmes que chez les homme sont encore plus réduites chez les personnes avec TSA (cortex cingulaire antérieur, gyrus temporal supérieur, cortex préfrontal et thalamus). Et à l’inverse, certaines aires plus développées chez les hommes que chez les femmes (l’amygdale, le poids et la dimension globale du cerveau, et la circonférence du crane) sont encore plus grandes chez les personnes avec TSA (BaronCohen, Knickmeyer, et al. 2005). L’apport principal de cette théorie réside dans sa qualité à pouvoir expliquer les proportions différentes de certaines aires cérébrales chez les hommes et les femmes dans le spectre autistique (4/1). 67 3. 4. 3. Théorie de l’amygdale Souvent, l’intelligence sociale est considérée synonyme de la théorie de l’esprit et le terme est utilisé dans le même sens (Wellman, 1990). Par sa définition, l’intelligence sociale représente notre capacité d’interpréter le comportement des autres en termes d’états mentaux (pensées, intentions, désirs et croyances), d’interagir avec d’autres personnes à l’intérieur d’un groupe ou dans une relation étroite, d’éprouver de l’empathie pour les autres et de prédire comment les autres sentent, pensent ou agissent. Plusieurs recherches (Kling & Brothers, 1992 Brothers, Ring & Kling, 1990) indiquent quelques aires cérébrales impliquées principalement dans l’intelligence sociale : l’amygdale, le cortex orbito-frontal et le gyrus temporal supérieur. Ces trois aires sont nommées « le cerveau social ». Une étude en imagerie fonctionnelle de Baron-Cohen et al. (1999) met en évidence une moindre activation de l’amygdale pendant les tâches de mentalisation chez les personnes avec TSA que chez les personnes sans trouble. Par la suite, Baron-Cohen et al. (2000) propose la théorie de l’amygdale qui postule le fait que le fonctionnement de l’amygdale est nécessairement atteint dans l’autisme et que l’amygdale serait l’endroit dans lequel les concepts d’états mentaux sont traités. Dans ce sens, ils rassemblent également des arguments neuro-anatomiques – la densité cellulaire réduite dans l’amygdale chez les personnes autistes et le volume réduit de l’amygdale- (Bauman&Kemper, 1994 ; Abel et al., 1999) ; des similarités au niveau du comportement social entre la population avec TSA et les personnes avec lésions de l’amygdale (Adolphs, Sears, Piven, 2000) ; des arguments de la neuro imagerie fonctionnelle – pression sanguine réduite dans les lobes temporal chez les personnes avec TSA (Gillberg et al., 1993). 3. 4. 4. Théorie d’un surfonctionnement perceptif La théorie du surfonctionnement perceptif, proposée par Mottron et Burjack (2001) et révisée par Mottron, Dawson, Soulières, Hubert & Burack (2006) attribue la supériorité du traitement local observée chez les personnes autistes à une supériorité générale des processus perceptuels de bas niveau. La perception joue un rôle distinct et important dans les processus cognitifs qui influerait les apprentissages des comportements et des habiletés sociales. Une 68 sur-perception des traits des visages empêcherait la perception globale du visage et altérerait la reconnaissance des expressions faciales émotionnelles. Cette prédominance des éléments locaux détériore également la reconnaissance des indices émotionnels des différentes modalités sensorielles ( comme la posture corporelle, l’intonation de la voix). Contrairement à la théorie de la faible cohérence centrale qui met l’accent sur le déficit du traitement global, la théorie du surrfonctionnement perceptif accentue la supériorité des processus perceptuels. 3. 4. 5. Théorie d’un déficit émotionnel Kanner, suggérait que les enfants autistes venaient au monde avec une incapacité innée à établir le contact affectif avec autrui (1947). Plus tard, Hobson (Hobson, 1986a, 1991, 1993) attribue le déficit « primaire » et spécifique de l’autisme à une incapacité innée à interagir de façon émotionnelle avec les autres individus. Le déficit à percevoir et à évoquer les émotions serait fondateur des troubles développementaux de l’autisme. Selon Hobson (1993), la perception des émotions chez les personnes autistes serait différente de celle des personnes typiques. De nombreuses études mettent en évidence ce déficit spécifique de la reconnaissance des émotions chez les personnes autistes (Hobson, 1986a, 986b ; Hobson, Ouston & Lee, 1988 ; Ozonoff, Pennington & Rogers, 1991). Les difficultés des personnes autistes dans le domaine des émotions entrainent une incapacité à reconnaître les états mentaux d’autrui. Cette théorie représente un précurseur de la théorie du déficit de mentalisation dans cette population. 69 Chapitre 4. Epreuves de théorie de l’esprit dans l’autisme 70 Une partie de ce travail de thèse est représentée par la création d’une épreuve de mentalisation (présentée dans la partie expérimentale) et son application chez des personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Afin de comprendre les implications méthodologiques et conceptuelles de cette élaboration, il est important de connaître le travail expérimental déjà existant dans ce domaine. Nous nous proposons de présenter dans ce Chapitre 4 la performance des personnes (enfants et adultes) avec troubles du spectre autistique à différentes épreuves de mentalisation. Nous allons mettre en évidence l’apport de chaque manipulation expérimentale à la compréhension des particularités de fonctionnement des personnes avec autisme. 4.1. Epreuves de théorie de l’esprit chez les enfants avec autisme Une adaptation de la tâche du transfert inattendu (décrite dans le chapitre 2.2.)a été employée chez des enfants avec autisme, chez des enfants atteints de trisomie 21 et chez des enfants sans trouble de développement (Baron-Cohen, Leslie, Frith, 1985). Contrairement aux enfants typiques et aux enfants trisomiques, les enfants avec autisme ont tendance à répondre par leur propre croyance (la vraie) à la question – test. Ils font ce qu’on appelle « l’erreur réaliste », en donnant la vraie location de la bille (dans la boite). On retrouve à nouveau l’erreur réaliste dans l’épreuve du contenu inattendu (décrite dans le chapitre 2.2.) chez les enfants avec autisme (Perner et al., 1989), car ils répondent en considérant leur connaissance de ce qu’il y a en réalité dans la boite (le crayon) plutôt que leur croyance initiale (fausse) ou la croyance d’autrui, qui ignore le contenu réel. Ce phénomène assez solide mis en évidence chez les enfants avec autisme renforce l’hypothèse de leur incapacité à comprendre les croyances d’autres personnes. Baron-Cohen, Leslie et Frith (1986) utilisent un test non-verbal de théorie de l’esprit, en demandant aux enfants de mettre en ordre des bandes dessinées afin de créer une histoire. Ces histoires peuvent contenir une fausse croyance (Fig. 6.a), un désir/but (b) ou une causalité physique (c). 71 Fig. 6. a. Bande dessinée qui contient une fausse croyance Fig. 6. b. Bande dessinée illustratrice d’un désir/but. Fig. 6. c. Bande dessinée qui illustre une causalité physique De nouveau, les enfants avec autisme réussissent aussi bien que les enfants sans troubles ou les enfants trisomiques les histoires de désir/but et celles de causalité physique, mais ils ont des difficultés à comprendre la croyance en tant que cause psychologique du comportement. Les enfants autistes font ce qu’on appelle « l’erreur phénoméniste » dans l’épreuve de l’apparence-réalité (voir 2.2.) ils disent : « Cela ressemble à un œuf, c’est vraiment un œuf. » sans pouvoir se détacher de leurs perception actuelle (visuelle) et de prendre en compte leur savoir. « Si, comme c’est apparemment le cas, la plupart des enfants autistes sont réellement ignorants de la distinction apparence-réalité, de même qu’ils sont aveugles à leurs propres pensées antérieures et aux pensées potentiellement différentes des autres personnes, leur monde doit être largement dominé par les perceptions et sensations présentes. » (BaronCohen, 1995 – Mindblindness. An Essay on Autism and Theory of Mind). 72 Aux tâches de théorie de l’esprit de second ordre ( Perner & Wimmer, 1985; Happé, 1994) la majorité des adolescents avec autisme y échouent (Ozzonoff, Pennington et Rogers, 1991 ; Holroyd et Baron-Cohen, 1993). Les enfants de haut niveau Une étude de Bauminger et Kasari (1999) réalisée chez des enfants avec AHN (âgés de 7 à 14 ans) sur les performances aux tâche de TdE de deuxième ordre met en évidence leur succès à ce type d’épreuves. Les auteurs ont utilisé la tâche fausse croyance de Wimmer et Perner (1985). Elle contient un scénario avec 4 personnages (deux enfants, la maman d’un des enfants et le vendeur de glaces) et porte sur la prise en considération de ce que les individus pensent des pensées/croyances/raisons des autres. La présentation du scénario se fait en même temps que sa mise en scène devant l’enfant à l’aide des poupées et jouets. Le scénario est le suivant : « L’histoire commence quand John et Mary voient le vendeur de glaces arrivant dans le parc. John veut s’acheter une glace, mais il n’a pas d’argent sur lui. Le vendeur de glace lui dit qu’il peut aller chez lui chercher de l’argent, car il prévoit de rester dans le parc tout l’après-midi. Ensuite, John part chez lui pour chercher de l’argent. Pendant ce temps, le vendeur de glaces change d’avis et décide d’aller vendre ses glaces à l’école. Mary sait que le vendeur de glaces a changé d’avis. Elle sait également que John ne peut pas le savoir (car John est déjà parti). Le vendeur de glaces va vers l’école et sur son chemin, il passe devant la maison de John. John le voit et lui demande où il va. Le vendeur lui répond qu’il va à l’école pour y vendre ses glaces. Pendant tout ce temps, Mary est restée dans le parc, elle ne peut pas entendre leur conversation. Ensuite, Mary rentre chez elle et plus tard, elle passe chez John. La maman de John lui dit qu’il est parti s’acheter une glace. » Les questions – test sont la question de croyance : « Où pense Mary que John est allé s’acheter la glace ? » et la question de justification : « Pourquoi ? ». La bonne réponse à la première question est « dans le parc », car Mary ne sait pas que le vendeur a croisé John. La question de justification permet de vérifier si l’enfant prend en compte le point de vue de Mary. Cela implique l’attribution de fausse croyance de deuxième ordre, car l’enfant doit comprendre : Mary pense que John pense que le vendeur se trouve dans le parc, quand en réalité John sait que le vendeur se trouve à l’école. 73 Des questions contrôle sont également posées. Ainsi, l’enfant doit répondre à la question de la réalité : « Où est-il allé John pour s’acheter une glace ? » et la question de mémoire : « Où se trouvait le vendeur de glaces au début de l’histoire ? ». Les enfants avec AHN réussissent à cette épreuve en même proportion que les enfants sans trouble de développement. La complexité de leurs explications est également au même niveau que celle des enfants sans trouble. Les auteurs trouvent une corrélation forte entre la performances à ces tâches et le score QI chez les enfants avec autisme HN, mais pas dans le groupe de comparaison. Ce résultat suggérerait le fait que la capacité de répondre aux tâches avancées de TdE serait liée plus au bon niveau cognitif général, ce qui n’est pas le cas pour les enfants typiques. L’habilité cognitive élevée pourrait compenser les difficultés dans la compréhension sociale. En revanche, dans les situations sociales réelles, les enfants avec AHN semblent ne pas appliquer cette compréhension théorique de la TdE (Ozonoff, 1995 ; Bowler, 1992 ; Ozonoff, 1994). Il y a un écart entre la performance aux tâches de TdE de type crayon-papier et la performance dans les situations du monde réel. 4. 2. Epreuves de Théorie de l’Esprit chez les personnes adultes avec Syndrome d’Asperger Chez les personnes adultes avec un Syndrome d’Asperger les résultats des études concernant leur performance aux tâches de théorie de l’esprit sont contradictoires. Ces personnes réussissent les épreuves de premier et second ordre, mais elles ont des difficultés aux tâches plus avancées, comme le test « Strange Stories » (Happé, 1994) ou le test de Faux Pas (Baron-Cohen et al., 1999, Zalla et al., 2009). 4.2.1. Le test de « Strange Stories » (Happé, 1994) Ce test comprend des scénarios de théorie de l’esprit insérés dans un contexte social. Ces scénarios décrivent des situations dans lesquelles les mots des personnages ne doivent pas être compris dans leur sens propre. Dans le test « Strange Stories » les participants doivent comprendre l’ironie, le sarcasme, les blagues, les malentendus, les sous-entendus etc. Un exemple de scénario de mécompréhension est le suivant : « Un soir la vielle dame Peabody rentre chez elle très tard. Elle n’aime pas marcher seule dans la nuit, car elle a toujours peur que quelqu’un puisse l’attaquer et lui voler son sac. Elle est vraiment très nerveuse. Tout d’un 74 coup, un homme sort de l’ombre. Il veut demander l’heure à Mme Peabody et il se dirige vers elle. Mme Peabody voit l’homme qui s’approche, commence à trembler et dit : « Prend mon sac mais ne me fait pas de mal ». Est-ce que l’homme est surpris par ce que Mme Peabody lui dit ? Pourquoi lui dit elle cela alors qu’il voulait seulement lui demander l’heure ? » Le scénario de faire semblant est le suivant : « Katie et Emma jouent dans la maison. Emma prend une banane du panier des fruits et elle l’approche de son oreille. Elle dit à Katie : « Regarde Katie ! Cette banane est un téléphone ! » Pourquoi Emma dit cela ? Ce test a été construit de telle manière que les intentions qui déterminent les comportements décrits dans les énoncés soient interprétées d’une seule façon par les personnes ayant un développement normal. Les personnes avec autisme, même avec un bon niveau de compréhension de la théorie de l’esprit, ont des difficultés à générer une interprétation d’énoncés appropriée au contexte (Happé, 1994 ; Jolliffe & Baron-Cohen, 1999). Une réplication de l’étude de Happé (1994) montre des difficultés dans les questions qui demandes des aptitudes de lecture de l’esprit chez les personnes avec autisme de hautniveau ou avec le Syndrome d’Asperger (Jolliffe et Baron-Cohen, 1999). Les participants à cette recherche avaient tous passé et réussi aux tâches standard de TdE de deuxième ordre. Les auteurs ont pris en considération la différence de diagnostique entre les participants avec autisme et ceux qui avaient le Syndrome d’Asperger. Ce fait a eu pour but de vérifier les éventuels effets du retard dans l’acquisition du langage (observé chez les personnes autistes et non chez les personnes avec AS) sur le traitement des histoires du test. Les auteurs ont inclut un groupe de comparaison, apparié en QI, âge, sexe et latéralisation manuelle (gaucher/droitier) avec le groupe AS. A la base, l’étude visait à trouver des arguments pour l’une des hypothèses importantes dans l’autisme (celle du déficit de mentalisation de Baron-Cohen, Leslie et Frith (1985) et celle de la faible cohérence centrale, de Frith (1989)). La première hypothèse aurait été confirmée par des difficultés dans l’élaboration et la production des réponses faisant référence à des états mentaux. L’hypothèse de la faible cohérence centrale expliquerait mieux l’échec des personnes avec AS à se servir du contexte pour interpréter la situation-test d’une manière appropriée au contexte. Le matériel comprenait 9 types d’histoires avec des états mentaux : double bluff, les figures de style, blagues, mensonge, incompréhension, persuasion, faire semblant, sarcasme et les pieux mensonges. 6 histoires contrôle (condition « physique ») sans référence aux états mentaux ont été inclues également. 75 Un exemple de scénario faisant référence à un état mental serait le suivant « Aujourd’hui James va chez Claire pour la première fois. Il veut voir son chien dont elle en parle sans cesse. James aime beaucoup les chiens. Quand James sonne à la porte de Claire, elle lui ouvre la porte et le chien saute sur James. Le chien de Claire est très grand, il fait presque la même taille que James. Quand James voit le chien de Claire, il dit : « Claire, tu n’as pas un chien, tu as un éléphant !». Pourquoi James dit cela ? » Dans ce cas, la réponse correcte est que James fait une blague. Les histoires contrôle (physiques) demandent également des capacités d’inférence, mais non pas de raisonnement sur les états mentaux. Exemple d’histoire contrôle : « Deux pouvoirs sont en guerre depuis longtemps. Chaque armée a gagné quelques batailles, mais à présent la victoire peut appartenir à n’importe laquelle. Les forces sont équilibrées. Néanmoins, l’armée Bleue est plus forte que l’armée Jaune en soldats terrestres et en artillerie. Mais l’armée Jaune est plus forte que l’armée Bleue en pouvoir aérien. Au jour de la bataille finale, qui décidera le résultat de la guère, un gros brouillard est descendu sur les montagnes où la bataille a lieu. A la fin de la journée, l’armée Bleue est gagnante. Question : Pourquoi l’armée Bleue a gagné ? » Il n’y a pas eu de différence entre les groupes cliniques et le groupe de comparaison dans le nombre de justifications faisant référence aux états mentaux. La différence consiste dans la difficulté des groupes cliniques à utiliser l’état mental adéquat au contexte de l’histoire. (Par exemple, dans une histoire contenant le sarcasme, un patient répond que le personnage fait semblant ou qu’il fait des blagues. ) Ce fait suggère une faiblesse dans le traitement de l’information sur les états mentaux dans le contexte. Cela serait en faveur de l’explication par la faible cohérence centrale. Les participants du groupe clinique ont tendance à se concentrer plus sur l’énoncé isolé. En l’occurrence, ils génèrent une réponse en cohérence avec le détail local en non pas avec la globalité de l’histoire. Par exemple, un participant avec autisme qui interprète les pieux mensonges (« Un jour, tante Anne vient visiter Peter. Peter aime beaucoup sa tante, mais aujourd’hui elle porte un nouveau chapeau. Peter trouve que ce chapeau est vraiment hideux. Peter pense que sa tante semble ridicule avec ce chapeau, et qu’elle est beaucoup plus jolie avec son vieux chapeau. Mais tante Anne demande à Peter : « Comment trouves-tu mon nouveau chapeau ? ». Peter lui répond : « Oh, il est très joli. ») en tant que blague, il peut ignorer le contexte dans la construction de sa réponse. Ces personnes peuvent faire une inférence sur ce que le personnage pourrait ressentir, mais pas sur ce qu’il ressent en réalité. Cela est en accord avec l’hypothèse de Frith (1989) 76 que les personnes avec autisme ont une préférence pour le traitement local de l’information (Jolliffe & Baron-Cohen, 1998a). Les auteurs (Jolliffe & Baron-Cohen, 1999) se posent la question si les participants du groupe clinique peuvent apprécier entièrement le sens des états mentaux utilisés dans le test. Certains états mentaux, comme le sarcasme, l’ironie ou le double bluff semblent poser des difficultés dans leur compréhension. Les participants du groupe de comparaison répondent mieux aux questions sur les états mentaux qu’aux questions contrôles (condition « physique »). En revanche, cette différence n’est pas observable dans les groupes cliniques. Une des explications des auteurs renvoie à un possible avantage dû à la compréhension des différents types d’états mentaux pour les personnes sans trouble. Elles tirent bénéfice de leur familiarité avec l’utilisation d’états mentaux, ce qui n’est pas le cas chez les personnes avec autisme. 4.2.2. Awkward Moments Test (Baron-Cohen, 2000) Les tâches avancées de TdE sont peu nombreuses et ce fait explique la recherche de nouvelles mesures. Le retard mental souvent associé à l’autisme rend difficile la compréhension du déficit social et des mécanismes qui le sous-tendent chez ces personnes. Dans le Syndrome d’Asperger, appelé parfois « autisme pur », le retard mental et le retard du langage ne font pas partie de la sémiologie. Cela permet une mesure plus nette des déficits spécifiques à l’autisme. Dans la vie courante, ces personnes rencontrent des difficultés dans les interactions sociales, difficultés dont ne rendent pas compte les tests existants (Ozonoff, Rogers, & Pennington, 1991; Bowler, 1992). Le développement de nouveaux outils s’impose ainsi que l’adaptation de leur contenu à l’âge adulte. Un des intérêts des tests pour adultes autistes et Asperger est représenté par la nécessité de comprendre les effets à long terme du déficit de TE chez les enfants. Il est également nécessaire de concevoir des tests plus naturels, au niveau de la forme et du contenu afin d’augmenter leur sensibilité aux aspects plus subtils de TE. Baron-Cohen et co. (2000) proposent une tâche utilisant des petites vidéos. Les participants doivent inférer les pensées et les émotions des acteurs/ personnages. Le test, « Awkward Moments Test » (le test des situations bizarres) présente un personnage qui vit une situation désagréable. Les questions du test portent sur les états mentaux et sur la compréhension des intentions. Le test a été appliqué chez des personnes avec Autisme de Haut Niveau et Syndrome d’Asperger et dans un groupe de comparaison équivalent en âge, sexe, niveau intellectuel. 77 Les 8 vidéos du test sont des extraits de clips publicitaires ou de séries télévisées suivies de questions. Un synopsis d’une des vidéos est le suivant : « Un jeune homme se réveille chez ses parents. Il a fait une fête la nuit précédente et il doit nettoyer la maison avant que ses parents rentrent de vacances. Il observe que la table a une rayure et il fait venir un artisan pour la réparer. Au moment où il pense que toute trace a été effacée, il voit qu’un des tableaux accrochés au mur a été endommagé. Question test : Qu’a ressenti le garçon quand il a vu le tableau ? Réponse : Choqué (autres variantes de réponse : endormi, déçu, malheureux). Question contrôle : Au début du film, combien de personne étaient dans la maison ? Réponse : Deux (autre variante : personne, 5, 7). Un exemple de réponse à la question sur l’intention : le garçon essaye de cacher à ses parents le fait qu’il a fait une soirée chez eux. ». Les résultats chez les personnes avec troubles autistiques mettent en évidence des difficultés aux questions basées sur les états mentaux ainsi qu’à expliquer les intentions des personnages. Les situations extraites du monde social réel pourraient représenter des items moins artificiels, sensibles aux difficultés fines dans la TE. Selon les auteurs, les difficultés pourraient s’expliquer par la complexité des scènes vidéos, la grande demande d’attention aux détails ou bien par la nécessité de monitoriser la grande quantité d’information qui repose sur les fonctions exécutives. Le test sollicite les fonctions exécutives et la cohérence centrale par le fait que la compréhension des vidéos demande une capacité d’extraire l’information importante, de sélectionner des indices pertinents et d’intégrer ces informations afin de donner le sens global. Il est difficile de créer une épreuve à la fois proche des conditions naturelles et à la fois propre au niveau des variables visées. La compréhension de la vie sociale de tous les jours implique des processus exécutifs aussi bien qu’un traitement local et global des stimuli. Un résultat robuste de ce test porte sur les réponses aux questions sur l’intentions des personnages. Les participants devaient produire eux-mêmes les explications des intentions des personnages, ce qui pourrait poser des problèmes au niveau des compétences verbales. Mais l’accent dans l’étude n’a pas été mis sur le degré d’élaboration des réponses (longueur, complexité linguistique). Des réponses courtes et simples pourraient saisir la bonne explication. Néanmoins, une différence significative entre les deux groupes a été soulevée. Les auteurs mentionnent le fait que certaines personnes du groupe avec troubles autistiques ont donné des réponses très complexes, bien construites mais qui manquaient de préciser les raisonnes correctes du comportement des personnages. 78 4.2.3. Reading the Mind in Films (Goal, 2006) On a pu remarquer l’incapacité des tests de TdE à discriminer nettement entre les performances des personnes avec SA et les personnes avec un développement typique. Les adultes avec SA peuvent compenser leurs déficits dans ce domaine et montrer des performances semblables aux personnes de comparaison, ou un effet plafond, si les tâches sont simples. C’est le cas de la reconnaissances des émotions de base (joie, tristesse, peur, colère, surprise et dégout (Ekman, 1993)). La question qui s’est posée était de savoir quelles étaient les capacités des personnes avec SA à reconnaître les émotions dans un contexte plus naturel et dans des situations semblables à la vie courante. Ce type de situations demande l’assemblage des expressions faciales, du langage corporel, de l’intonation, du contenu verbal et des indices contextuels dans une image plus large et cohérente. Les enfants et les adultes avec un développement typique intègrent tous ces traits et ces indices d’une manière automatique et non consciente pendant le traitement des situations sociales. Goal et al. (2006) développent un test, Reading the Mind in Films (RMF) qui cible la recognition d’émotions et d’états mentaux complexes. L’avantage de cette tâche par rapport au « Awkward Moment Test » et à la tâche de Klin consiste dans le plus grand nombre de scènes présentées et leur qualité à représenter plus fidèlement les situations typiques la vie courante. La tâche est réalisée à partir de 22 courtes scènes de film. Elle offre la possibilité de combiner plusieurs types d’information : visuelle (les expressions faciales, le langage corporel, l’action), auditive (le contenu verbal, la prosodie) et le contexte. Cela donne le côté naturel de la tâche, plus proche des situations réelles. Cette tâche est, ainsi, multimodale, car elle permet le traitement de plusieurs informations en parallèle, au lieu de les traiter individuellement. Les émotions et les états mentaux choisis sont de différentes intensités, complexités et valences. Ils ont été sélectionnés selon leur importance dans les interactions de tous les jours. Les participants du groupe clinique ont été diagnostiqués avec Autisme de Haut Niveau ou Syndrome d’Asperger. Le groupe de comparaison a été appariés en sexe, âge, QI performance et QI verbal avec le groupe clinique. Les 22 scènes durent entre 5 et 30 secondes, et elles ont été choisies en fonction de leur valeur dramatique et la fréquence des scènes émotionnelles. Dans chaque scène il y a une 79 interaction entre 2, 3 ou 4 personnages, qui peuvent exprimer des états mentaux ou des émotions complexes. Les émotions et les états mentaux inclus dans le test sont : ennuyé, étrange, déconsidéré, bitter, concerné, déconcerté, déplaisant, embarrassé, plaisant, exaspéré, furieux, surpassé, content, irrité, réflective, fier, résigné, sombre, modeste, troublé, inquiété. A la fin de chaque vidéo, le personnage principal a été identifié et les participant devaient attribuer son émotion ou état mental. Pour chaque bonne réponse proposée, il y a eu 3 réponses pièges. Celles-là ont été appariées en difficulté verbale avec la bonne réponse à l’aide d’une taxonomie des émotions (Baron-Cohen, Golan, Wheelwright, & Hill, 2004). Les réponses pièges ont été au même niveau de difficulté que les réponses correctes ou bien moins difficiles. Les réponses « trompeuses » étaient en accord avec une partie des informations, mais pas avec l’ensemble. Par exemple, elles étaient en accord avec le contenu verbal de la scène, mais pas avec l’intonation. Photo. 1. Deux items du test de la lecture de l’esprit dans les films. (A) Comment se sent la vielle dame à la fin de la scène ? 1. sociable ; 2. admiratrice ; 3. dépassée ; 4. aimée. (B) Comment se sent l’homme à la fin de la scène ? 1. gêné ; 2. incertain ; 3. bizarre ; 4. ennuyé. Un exemple de scène présente une jeune femme qui fait des compliments à une femme plus âgée pour avoir bien élevé les enfants. La femme plus âgée remercie plusieurs fois calmement et elle s’approche de l’autre avec des larmes aux yeux et dit : « Oh, mademoiselle, je suis si contente que vous soyez là ! » La question posée est : « Comment se sente la femme plus âgée à la fin de la vidéo ? » et les variantes de réponse sont : « sociable », « admiratrice », « dépassée » ou « aimée » dont la bonne réponse est « dépassée ». 80 Les résultats mettent en évidence un score plus bas dans le groupe clinique que dans le groupe de comparaison. Un autre résultat intéressant de cette étude (Golan et al., 2006) est le fait que la performance au test ne corrèlent pas avec l’âge des participants dans le groupe clinique. Cela pourrait indiquer la qualité de ce test à surprendre les difficultés rencontrées par les personnes avec AS dans la vie de tous les jours, difficultés qui peuvent ne pas être mises en évidences par les tests de laboratoire. 4.2.4 Tâche d’attribution sociale (Klin, 2000) Selon la théorie de la FCC, les personnes avec autisme ont une adaptation perceptive, cognitive, langagière et sociale fragmentée. Néanmoins, les difficultés spécifiques au domaine social nécessitent plus d’explications. Les données développementales peuvent apportent un éclairage supplémentaire. La prédominance du traitement global versus local est notée déjà dans la petite enfance. Des capacités d’intégration (« binding », attacher) dans les phénomènes perceptifs de base par lesquelles le cerveau met ensemble les traits d’un stimulus encodé afin de former une représentation unitaire de l’objet ont été mises en évidence chez les bébés de 8 mois (Csibra, Davis, Spratling,& Johnson, 2000). Dans les troubles de développement (comme l’autisme ou le syndrome de Williams) il y a des évidences d’une perturbation (Grice et al.,2001). Néanmoins, il n’y a pas des réponses concernant la spécificité de cette perturbation pour un certain syndrome. De quelle manière peut-on lier ces capacités d’intégration au développement de la sociabilité ? L’adaptation sociale est une réaction à l’environnement extrêmement conservée, dont l’existence ne dépend pas d’un processus d’intégration. Conformément à l’hypothèse de le FCC, les capacités d’intégration sont nécessaires pour que la compréhension cognitive sociale génère et serve l’adaptation sociale. Klin (2004), basé sur les preuves de l'apparition précoce de l’autisme et des réponses sociales extrêmement précoces (Farroni, Csibra, Simion, & Johnson, 2002) qui peuvent être gravement touchées dans l’autisme, propose une perspective qui va à l'encontre de cette relation : les capacités d’intégration ne sont pas celles qui conduisent au sens social, mais elles sont plutôt le résultat des expériences sociales importantes. Au cours du développement de l’enfant, un facteur puissant qui demande l’intégration des multiples sources d’information dans un sens holistique peut être représenté par la entourage social (ex : les demandes permanentes des nourrices pour avoir le contact). La 81 relation entre l’adaptation sociale et le traitement intégratif (des différents éléments, comme le nouveau stimulus, les expressions faciales, les gestes corporelles, l’intonation de la voix etc.) est en jeu quand l’enfant apprend à chercher le sens d’un nouveau stimulus en regardant les réactions des nourrices pour avoir des indices (comme dans la référence sociale, Campos & Sternberg,1981). Bien qu’on peut considérer la possibilité d’apprentissage des formes compensatoiredans les deux catégories d’aptitudes (d’intégration ou sociales), la question sur la primauté et la direction de la causalité entre ces deux reste ouverte (aptitudes de cohérence et adaptation sociale). Afin de tester l’importance du social dans l’attribution du sens aux stimuli visuels ambigus, Klin (2000) utilise une courte vidéo (crée par Heider & Simmel, 1944) dans laquelle des formes géométriques bougent et réagissent comme des humains. Les « personnages » sont La tâche (SAT – social attribution test) suppose la reconnaissance et l’interprétation des stimuli visuels en tant que phénomènes sociaux et demande l’extraction d’indices visuels afin de créer un contexte social. Les « personnages » sont représentés par un grand triangle, un petit triangle et un petit disque (Fig.7.). Ces formes géométriques se déplacent et bougent d’une manière contingente, soit en se synchronisant, soit en s’opposant, soit l’action d’une d’entre elles est le résultat de l’action de l’autre. La question du test est : « Que vient-il de se passer dans cette vidéo ? ». Les réponses sont enregistrées et analysées ultérieurement (la vidéo intégrale est disponible en ligne : www.autism.fm/sat.html ). Les participants typiques reconnaissent rapidement la nature sociale de l’animation. Dans leur récits autour de la vidéo, ils attribuent du sens social aux scènes visuelles : des relations humaines entre les éléments (être ami etc), actions spécifiquement humaines (protéger, trahir etc). Ces participants attribuent des états mentaux aux formes géométriques, comme « penser », « être surpris ». Les participants avec autisme, même s’ils ont tous la capacité de passer avec succès des épreuves de deuxième ordre de TdE, ont plus de difficultés à interpréter ces scènes en termes sociaux. Ce résultat suggère un défaut de TdE intuitive chez les personnes avec autisme, celleslà ne cherchant pas spontanément le sens social dans l’environnement. En 2006, Klin crée le test d’attribution physique (PAT) selon le modèle de la tâche précédente. Cette fois, les participants doivent extraire les indices visuels présentés dans la vidéo et les interpréter en tant que phénomènes physiques, en créant un contexte physique. Les mouvements des formes géométriques décrivent/ suggèrent le lancement d’une raquette 82 de la terre vers la lune. Il applique les deux tests à un groupe de comparaison formé d’enfants et d’adolescents sans trouble de développement et à un groupe apparié en âge, sexe et IQ (échelle verbale et de performance) avec autisme. Fig. 7. Extrait de la vidéo du SAT (test d’attribution sociale) utilisée par Klin et al. 2000. Tandis qu’une différence significative a été constaté entre les performances des deux groupes à la tâche d’attribution sociale, les résultats à la tâche d’attribution physique sont similaires. Les capacités d’attribution physique relativement préservées par rapport aux déficits dans les capacités d’attribution sociale renforce la dualité sociale versus physique existante dans le traitement des stimuli et dans le raisonnement chez les personnes avec autisme (Baron-Cohen, 2002; Klin et al., 2003). 4.2.5. Mesures implicites de la théorie de l’esprit (Senju, 2009) Malgré la présence des traits sociaux atypiques, caractéristiques à l’autisme, les personnes avec une haute habileté verbale, notamment les personnes avec SA réussissent les tests de deuxième ordre. Elles ont acquis la capacité de raisonner explicitement sur les fausses croyances grâce aux apprentissages compensatoires, tandis que la difficulté dans l’attribution spontanée d’états mentaux est toujours présente (Frith, 2004). Senju et al. (2009) s’inspire d’une tâche de la TdE utilisée chez les bébés (Southgate, Senju, Csibra, 2007) afin de mesurer leur capacité préverbale d’anticiper le résultat d’une action et ainsi, vérifier si les bébés ont accès à la compréhension de la croyance de l’auteur de l’action. 83 Fig. 8. Conditions de la manipulation expérimentale de Senju, 2009. Ainsi, ils sélectionnent dans leur étude les personnes avec un Syndrome d’Asperger qui réussissent aux tests de second ordre de théorie de l’esprit et au test de « Strange Stories » de Happé (1994). Ils proposent une tâche implicite de la théorie de l’esprit. L’épreuve présente deux boites vides couvertes, placées devant un écran. Une poupée cache une balle dans une des deux boites, remet le couvercle et part (Fig. 8. A). Cette scène se déroule devant une personne placée de l’autre côté de l’écran, dont le regard est caché. La personne ouvre une fenêtre pour chercher la balle (8. C). Son intervention est précédée par un signal lumineux et sonore (8.B). Dans l’essai test, la poupée change la localisation de la balle pendant que la personne ne regarde pas les boites (8. D). La direction du regard des participants est enregistrée à l’aide de l’eye tracker. Le groupe des participants neurotypiques présente un « biais »: regarde spontanément la fenêtre correcte, tandis que cet effet n’est pas observé dans le groupe AS. Ce résultat a permis de conclure que les adultes AS n’anticipent pas spontanément les actions des autres, même s’ils passent facilement les tâches classiques de fausse croyances. Leur réussite aux tests explicites avancés de TdE reflète plutôt une mise en place des stratégies compensatoires qui n’éliminent pas la cause originaire de leur difficulté. Ces apprentissages compensatoires peuvent expliquer le paradoxe entre la réussite aux épreuves explicites de fausses croyances et les difficultés rencontrées chaque jour par les personnes avec Syndrome d’Asperger. 84 Problématique et objectifs La théorie de l’esprit, les fonctions exécutives, la métacognition et l’empathie renvoient aux processus complexes qui font partie de la cognition sociale. Différentes approches théoriques ont mis en évidences des relations dynamiques et interdépendantes dans le développement typique de ces capacités. Le Syndrome d’Asperger, considéré parfois comme la forme pure de l’autisme, semble caractérisé principalement par un déficit social visible dans la vie de tous les jours, mais masqué souvent dans les situations de test. Ce déficit est identifié à différents niveaux de la capacité sociale. La littérature spécialisée révèle, chez les personnes adultes avec troubles du spectre autistique qui ont un haut niveau de fonctionnement, la mise en œuvre des mécanismes compensatoires. Afin de mieux comprendre les mécanismes de ce déficit nous nous proposons d’étudier les capacités d’apprentissage exécutif et les capacités de théorie de l’esprit dans une série d’études expérimentales. Nous présentons dans les chapitres 5, 6 et 7 les expériences réalisées auprès d’une population de patients avec Syndrome d’Asperger ou Autisme de Haut-Niveau de l’Hôpital Albert Chenevier de Créteil et des personnes de comparaison (volontaires) recrutées au cours des années 2006 à 2010. Un total de 45 de patients (14 dans l’étude sur l’apprentissage, 15 dans l’étude des faux pas et 16 dans l’étude des récits sociaux) et 47 de participants dans les groupes de comparaison (16, 15 et 16) ont participé aux expériences de ce travail. 85 PARTIE EXPERIMENTALE 86 Chapitre 5. Etude des faux pas 87 Cette étude a fait l’objet d’une publication dans Journal of Autism and Developmental Disorders, 39, 373–382 (Zalla T, Stopin A, Ahade S, Sav A-M., Leboyer M., (2009). Faux pas detection and intentional action in asperger syndrome. A replication on a french sample) à laquelle nous sommes associés. Dans la partie suivante, nous reprenons certains éléments de cet article, sans pour autant faire une traduction. Résumé Les déficits sociaux souvent signalés chez les personnes avec des troubles du spectre autistique ne sont pas toujours mis en évidence en situation de test. En effet, les personnes adultes avec Syndrome d’Asperger réussissent les tâches classiques de théorie de l’esprit. Dans cette étude, nous avons utilisé une tâche avancée de théorie de l’esprit chez des adultes avec Syndrome d’Asperger, la tâche des faux pas. Nos résultats mettent en évidence des difficultés assez subtiles dans la mentalisation dans cette population. Introduction Pour expliquer le comportement humain de tous les jours nous sommes obligés de nous représenter les états mentaux qui le sous-tendent. Nous faisons à chaque instant une « lecture de l’esprit » (Baron-Cohen, 1995) de l’autre afin de comprendre ses actions et d’adapter nos propres réactions. Appelée également « mentalisation » (Fletcher et al., 1995) ou « théorie de l’esprit » (TdE) (Astington, Harris, & Olson, 1988), cette capacité sert à la compréhension sociale, l’anticipation sociale, l’interaction sociale et la communication (Baron-Cohen, 1995). La définition de Icke (1997) met en évidence la nature multidimensionnelle de l’empathie et fait référence à la capacité de mentalisation. Si les concepts d’empathie et de mentalisation se superposent, cela reste une niche théorique à étudier. De manière générale, les émotions et les sentiments sont inclus dans le TdE et leur reconnaissance est un processus direct, automatique qui n’implique pas l’inférence psychologique ou la métareprésentation. Néanmoins, la reconnaissance des émotions plus complexes, comme celles liées à la conscience de soi demande un traitement cognitif (Decety, Jackson, 2004). Dans le Syndrome d’Asperger, appelé parfois « autisme pur », le retard mental et le retard du langage ne font pas partie de la sémiologie. Cela permet une mesure plus nette des déficits spécifiques à l’autisme. Dans la vie courante, ces personnes rencontrent des difficultés 88 dans les interactions sociales, difficultés dont ne rendent pas compte les tests existants (Ozonoff, Rogers, & Pennington, 1991; Bowler, 1992). La TdEa été considérée un pré acquis nécessaire aux interactions sociales et aux relations sociales. L’incapacité à développer la TdE, ainsi que les capacités d’empathie situées en dessous de la moyenne sont considérées par un large groupe de chercheurs l’explication principale des difficultés dans les interactions sociales retrouvées chez les personnes avec autisme (Baron-Cohen, 1989 ; Perner, Leslie & Leekam, 1989 ; Baron-Cohen, 2009). Tester la théorie de l’esprit a été la besogne de plusieurs chercheurs dans la psychologie de développement. Ainsi, la réussite à l’épreuve de fausse croyance de premier ordre (Wimmer et Perner, 1983) fonctionne comme critère d’assimilation de la théorie de l’esprit. La compréhension de la fausse croyance permettrait à l’enfant de distinguer clairement entre sa propre croyance (la vraie) et la prise de conscience d’une croyance différente (la fausse). Tandis que les enfants avec un développement typique réussissent ce test vers l’âge de 4 ans, les enfants avec autisme échouent (Baron-Cohen, Leslie, Frith, 1985). Les tâches de théorie de l’esprit de second ordre ( Perner & Wimmer, 1985; Happé, 1994) demandent de faire des inférences sur la fausse attribution d’une croyance: « Ann pense que Sally croit que la bille se trouve dans l’endroit X, alors que la bille se trouve dans l’endroit Y ». Pour le réussir, on doit comprendre les croyances cachées ou « emboitées ». Ce test est réussi par des enfants de 10 – 11 ans sans troubles de développement, tandis que la majorité des adolescents avec autisme y échouent (Ozzonoff, Pennington et Rogers, 1991 ; Holroyd et Baron-Cohen, 1993). Chez les personnes adultes avec Syndrome d’Asperger les résultats des études concernant leur performance aux tâches de théorie de l’esprit sont contradictoires. Ces personnes réussissent les épreuves de premier et second ordre, mais elles ont des difficultés aux tâches plus avancées, comme le test « Strange Stories » (Happé, 1994), Dans le test « Strange Stories » les participants doivent comprendre l’ironie, le sarcasme, les blagues, les malentendus, les sous-entendus etc. Les personnes avec autisme, même avec un bon niveau de compréhension de la théorie de l’esprit, ont des difficultés à interpréter (Happé, 1994 ; Jolliffe & Baron-Cohen, 1999). Baron-Cohen et co. (2000) proposent une tâche utilisant des petites vidéos. Les participants doivent inférer les pensées et les émotions des acteurs/ personnages. Le test, « Awkward Moments Test » (le test des situations bizarres) présente un personnage qui vit une situation désagréable. Les questions du test portent sur les états mentaux et sur la compréhension des intentions. 89 Les résultats chez les personnes avec troubles autistiques mettent en évidence des difficultés aux questions basées sur les états mentaux ainsi qu’à expliquer les intentions des personnages. Les situations extraites du monde social réel pourraient représenter des items moins artificiels, sensibles aux difficultés fines dans la TE. Goal et al. (2006) développent un test, Reading the Mind in Films (RMF) qui cible la reconnaissance d’émotions et d’états mentaux complexes. L’avantage de cette tâche par rapport au « Awkward Moment Test » consiste dans le plus grand nombre de scènes présentées et dans le fait de représenter plus fidèlement les situations typiques la vie courante. Les résultats mettent en évidence un score plus bas dans le groupe clinique que dans le groupe de comparaison. Malgré la présence des traits sociaux atypiques, caractéristiques à l’autisme, les personnes avec une haute habileté verbale, notamment les personnes avec SA réussissent les tests de deuxième ordre. Elles ont acquis la capacité de raisonner explicitement sur les fausses croyances grâce aux apprentissages compensatoires, tandis que la difficulté dans l’attribution spontanée d’états mentaux est toujours présente (Frith, 2004). Baron-Cohen et Stone (Stone, Baron-Cohen & Knight, 1998) ont conçu un nouveau test avancé afin d’évaluer les capacités de TdE des individus qui réussissent aux épreuves de fausse croyance de deuxième ordre : le test des Faux pas. Les déficit fins de TdE ne sont détectables que par des tests avancés, qui représentent un indice de sévérité du déficit. Le test de faux pas est considéré une bonne mesure de la TdE, car il permet d’identifier les subtilités de ce déficit. Entre 9 et 11 ans, les enfants développent d’autres habilités de TdE, comme celle de comprendre un faux pas (Stone et al., 1998). Le faux pas se produit lorsque quelqu’un dit quelque chose qu’il fallait pas dire, sans savoir qu’il ne fallait pas le dire. Quand un individu (l’émetteur) dit quelque chose sans tenir compte de l’effet de ses mots sur l’écouteur, un faux pas peut se produire. Il s’agit de situations dans lesquelles le récepteur est censé ne pas connaître un aspect de la réalité (par exemple, il ne doit pas savoir qu’on lui prépare une fête surprise) ou bien quand cette information peut lui causer un état émotionnel négatif. L’émetteur n’a pas l’intention de créer cet effet sur l’autre, il le fait par inattention, malentendu, oubli ou ignorance. Ce qu’il peut ressentir ensuite par rapport à son interlocuteur c’est un mélange de regret et de gène. Un exemple de faux-pas serait celui offert par Baron-Cohen (1999) : « Steve, un chercheur, voyage en avion avec sa femme, Betsy. Un autre chercheur le tape sur l’épaule, Steve le regarde et se rend compte qu’il le connaît. Il dit : «Oh, bonjour, je suis ravi de te revoir ». Ensuite, il se retourne vers sa femme et lui dit : 90 « Chérie, je te présente Jeffrey, un très bon ami de l’époque de mes études ». Betsy dit : « Je suis ravie de faire votre connaissance, Jeffrey ». Celui-là répond : « Hm, je ne suis pas Jeffrey, mon nom est Mark. » ». Afin d’identifier un faux pas, on doit se représenter deux états mentaux : le fait que la personne qui dit ne sait pas qu’il ne fallait pas dire et le fait que la personne qui entend peut se sentir insultée ou blessée (Stone et al., 1998). La compréhension d’un faux pas suppose d’une part, la capacité de se représenter l’état mental d’un autre (différent du sien) et d’autre part, la capacité de prévoir l’impact émotionnel de son énoncé sur l’autre. Les deux composantes de l’empathie sont, ainsi, impliquées : la composante cognitive et la composante affective. Le test de faux pas contient dix histoires qui décrivent des interactions entre deux ou trois personnages, dont l’un d’entre eux commet un faux pas. Pour contrebalancer, dix histoires contrôle sont incluses dans le test. Dans les histoires contrôle il y a un petit conflit ou incident entre deux personnages, mais cela n’a pas l’intensité ou la valeur d’un faux pas. Par exemple, une histoire contrôle décrit une situation comme la suivante : « Rémi fait les boutiques pour trouver une chemise assortie à son costume. Le vendeur lui montre plusieurs chemises. Rémi les regarde et finalement il en trouve une de la bonne couleur. Mais quand il va dans la cabine d'essayage et qu'il l'essaie, la chemise ne lui va pas. "J'ai bien peur qu'elle soit trop petite" dit-il au vendeur. Celui-ci répond alors: "Ne vous inquiétez pas, nous en recevrons d'autres et dans de plus grandes tailles la semaine prochaine ". Rémi dit "Super, je reviendrai alors ». Les recherches qui ont utilisé ce test chez une population avec SA ont donné des résultats contradictoires. Dans une étude utilisant ce test, Baron-Cohen et al. (1999) l’ont fait passer à des enfants avec un développement typique de 7, 9 et 11 ans qui avaient réussit aux épreuves de TdE de deuxième ordre. Leurs résultats montrent une amélioration des performances avec l’âge indépendamment des compétences verbales des enfants. Les filles réussissent mieux que les garçons du même âge à ce test, résultat qui est en accord avec d’autres études (Happé, 1995) montrant la supériorité des filles au niveau de développement social. Ce même test a été ensuite appliqué à un groupe d’enfants âgés de 12 ans avec Syndrome d’Asperger ou AHN (les auteurs ne différencient pas entre les deux dans cet étude) ayant réussit auparavant aux épreuves de TE de premier et deuxième ordre. Ce groupe obtient des résultats inférieurs au groupe d’enfants sans troubles de développement (Baron-Cohen et al., 1999). Les auteurs excluent l’influence des capacités verbales sur ces résultats, car l’âge mental verbal est équivalent pour les deux groupes. Les auteurs concluent en faveur d’une 91 hypothèse de déficit de TdE à un niveau plus élevé que le niveau identifiable par les tâches de fausse croyance de premier et deuxième ordre chez les enfants avec Syndrome d’Asperger ou AHN. Ce même test a été repris par Shamay-Tsoory et co. (2002) dans deux études de cas chez des adolescents avec le SA. Contrairement aux résultats d’études précédentes, les participants identifient les faux pas sans difficulté. Néanmoins, des difficultés dans la compréhension des faux pas sont évidentes dans les explications que les deux adolescents donnent à ce type de situations. Ils ne font pas référence aux états émotionnels négatifs que les faux pas auraient pu produire chez les personnages des histoires. L’intérêt principal d’une étude chez des personnes adultes est représenté par la possibilité d’apporter un éclairage sur la contradiction des résultats antérieurs. Une réussite aux faux pas par les personnes avec AS adultes pas rapport à la population plus jeune testée dans les études précédentes, pourrait prouver la mise en place des stratégies compensatoires basées sur des habilitées cognitives préservées acquises tardivement dans le développement. Le fonctionnement social suppose différents components, comme l’empathie affective, prise en compte d’une perspective différente de la sienne, raisonnement sur les états mentaux ou bien, l’attribution de fausses croyances. A part l’identification du faux pas, ce test vise également ces différentes habilités ou outils sociaux. Ainsi, il permet d’obtenir un tableau plus complet des difficultés cognitives qui influencent la compréhension sociale chez les adultes avec SA. Une analyse approfondie des explications des faux pas que les participants ont offert afin de comparer les éventuelles différences entre les deux groupes dans le mode de raisonnement sur le plan social a été réalisée. Méthode L’étude présente a été approuvée par le comité d’étique local (Inserm, C07). Tous les participants ont signé un accord avant de participer volontairement à cette étude. La recherche a respecté les principes exprimés dans la déclaration de Helsinki (1983). Participants. Deux groupes d’adultes appariés au niveau d’âge, sexe, éducation et QI ont participé à cette étude (voir tableau 1). Le français a été la langue maternelle de tous les participants. Le premier groupe (N=15) a été composé d’adultes diagnostiqués SA ou Autisme de Haut Niveau (AHN) selon le DSM-IV et ASDI (Asperger Syndrome Diagnostic Interview, 92 Gillberg et al. 2001). Ils ont été recrutés dans le service de professeur Leboyer, à l’Hôpital Albert Chenevier de Créteil. Les diagnostics ont été posés par les cliniciens expérimentés à travers les observations pendant les entretiens et les résultats au ADI-R (Autism Diagnostic Interview, Lord et al., 1994). Suite aux entretiens avec les parents ou tuteurs, les personnes qui ont eu un retard dans l’acquisition du langage ont été exclues de l’échantillon. Un participant qui a eu des temps de réponse très longs a été également exclu de l’étude. Tous les participants ont passé la WAISIII (Wechsler, 1999) et ont tous obtenu un score supérieur à 70. Le groupe de comparaison a été recruté parmi les étudiants de l’Université Paris 8 et par des bénévoles. Les différences d’âge et de QI entre les deux groupes ne sont pas significatives (t(28) = 0.124, ns) ; t(28) = -0.34, p = ns)). Les QI verbal et les QI performance sont aussi équivalents (t-test: t(29) = 1.30, ns; t(29) = -0.334, ns). Les deux groupes ont le même niveau d’éducation ((t(28) = -0.656, ns).). GROUPE AS (N=15) Age (années) 28 (7) GROUPE DE COMPARAISON (N=15) 27.8 (4.5) Gendre F/M 3/15 4/15 Education (années d’études) QI totale (WAIS-III) 15.5 (2.7) 16 (1.4) 114.8 (16.7) 115.3 (14.6) QI verbal 119.2 (19.8) 117.9 (17.5) QI performance 105.3 (14.7) 110.2 (7.7) Faux pas (score total) 39.7 (9.9) 54 (5.8) Histoires contrôle (moyenne) Questions contrôle (moyenne) 15.4 (5.2) 19 (1.8) 20 20 Tableau .1. La caractérisation de la population et les scores aux faux pas 93 Procédure Dans cette étude, la version française du test de faux pas incluant les histoires contrôles a été employée (http://www.autismresearchcentre.com/tests/fauxpas_test_adult.asp). Le même protocole a été utilisé pour tous les participants. L’expérimentateur a été seul dans une pièce avec le participant. Les histoires on été introduites de manière suivante : «Je vais vous lire quelques histoires. Chaque histoire est suivie des questions auxquelles vous devrez répondre. Vous pouvez lire vous-même les histoires en même temps que moi. » Les 20 histoires (10 histoires qui contiennent un faux pas et 10 histoires contrôles) ont été lues à haute voix aux participants et présentées sous forme écrite sur papier devant leurs yeux (voir Annexe 1). Les participants ont pu regarder les histoires pendant leur réponse, afin que la tâche ne demande pas ou peu de ressources mnésiques. Un exemple d’histoire avec faux pas est le suivant : « Le mari d'Hélène organise une fête surprise pour l'anniversaire de sa femme. Il a invité Sarah, une amie d'Hélène, en lui disant: "ne le dis à personne, surtout pas à Hélène." La veille de la fête, Hélène se trouvait chez Sarah quand celle-ci renversa du café sur sa nouvelle robe qui était accroché à sa chaise. "OH!" dit Sarah, "j'allais la porter à ta fête!". Hélène répondit alors: "Quelle fête?". "Bon" dit Sarah, allons voir si nous pouvons enlever cette tâche." » Les histoires contrôles suivent le même schéma de complexité linguistique, mais il n’y a qu’un conflit mineur au niveau du contenu entre deux personnages : « Fabien est à la bibliothèque. Il a trouvé le livre qu'il voulait au sujet d'une randonnée dans les montagnes. Il va voir la bibliothécaire pour l'emprunter. Quand il regarde dans sa poche, il découvre qu'il avait laissé sa carte de bibliothèque à la maison. "Je suis désolé" dit-il à la femme derrière le comptoir, "je pense avoir laissé ma carte de bibliothèque à la maison." "C'est pas grave," répond elle, "donnez moi votre nom, et si vous êtes enregistré dans l'ordinateur, vous pourrez emprunter le livre juste en me montrant votre permis de conduire." » Après chaque histoire, les participants ont répondu aux différentes questions (voir annexe). La question de détection du faux pas : « Est-ce que quelqu’un a dit/fait quelque chose qu’il n’aurait pas du dire/faire ou quelque chose de maladroit? » vise la discrimination des situations qui contiennent le faux pas d’histoires contrôles. L’identification de la personne qui fait le faux pas « Qui ? » confirme le fait que la détection n’était pas due au hasard. Les participants doivent ensuite répondre à la question du contenu du faux pas : « Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? ». Chaque réponse 94 qui suppose la compréhension du faux pas est considérée correcte, même si le participant ne fait pas appel aux états mentaux. Des réponses comme : « Sarah ne répond pas à la question qu’Hélène lui a posée » est considérée incorrecte, car elle n’identifie pas ce qui est maladroit dans cette histoire (le fait que Sarah gâche la surprise). Les participants doivent ensuite développer une explication du faux pas : « Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit ? ». Là, encore une fois, ils doivent faire référence au faux pas. Il est obligatoire qu’ils soulignent le fait que le comportement du personnage n’est pas intentionné. La question de fausse croyance : « X savait-il que ? » cible plus précisément la compréhension de la non intentionnalité du faux pas. Le personnage commet le faux pas parce qu’il a oublié quelque chose, parce qu’il a fait une confusion, parce qu’il ignorait la réalité. La dernière question liée au faux pas et la question d’empathie: « Qu'est ce que X a ressenti selon vous » ? Les participants doivent identifier des états mentaux du personnage qui souffre à cause du faux pas : se sentir blessé, furieux, embarrassé, déçu, vexé etc. Deux questions contrôles ont été posées à la fin pour s’assurer de la bonne compréhension du texte. La cotation. En ce qui concerne la décision d’accorder ou non les points, les deux expérimentateurs ont fait appel aux instructions de cotation des auteurs du test (Baron-Cohen et al, 1999). Chaque réponse correcte aux questions liées au faux pas a reçu 1 point (6 point par histoire). Si quelqu’un ne détecte pas le faux pas (répond « non » à la première question) reçoit 0 points (sur 6). Les histoires contrôles peuvent apporter 20 points (2 point par histoire, si réponse « non » à la première question). Les questions contrôles du chaque type d’histoire valent 1 point (40 points pour les 20 histoires). Les réponses des participants ont été analysées et cotées par deux expérimentateurs différents (Zalla et Sav). Il y a eu une corrélation très élevée entre les deux évaluations (r=0.95). 95 Résultats Les participants du groupe de comparaison ont réussi mieux à l’ensemble de questions : t(28) = -4.85; p<0.0001; d = -1.83 que le groupe AS. Une analyse détaillée sur chaque question a été ensuite effectuée à travers le test t de Student. Il n’y a pas de différence entre les deux groupes en ce qui concerne la détection du faux pas (t(28) =-0.89; p = ns; d = -0.33) et l’indentification de la personne qui le commet (t(28) = -1.82; p = ns; d = -0.68). La différence est, par contre, significative pour la question du contenu (t(28) = -3.55; p<0.001; d = -1.34), l’explication du faux pas (t(28) = -5.36; p<0.0001; d =-2.02) et la question de fausse croyance question (t(28) =-3.84; p<0.001; d = -1.45) et celle de l’empathie(t(28) = -5.69; p<0.0001; d = -2.15). 60 Scores moyens 50 40 SA GC 30 20 10 Ex pl ica tio Fa n* us * se cr oy an ce ** Em pa th Q ie ue ** st * io ns co nt ro le s Sc or e to ta l** ** * Co nt en u on ne Pe rs De te c tio n 0 Questions du test Graph. 1 Scores moyens (et écart-types) des deux groupes (SA en bleu et GC en rouge) à chaque question du test des faux pas. Le score maximal est 10 points aux questions : détection, personne, contenu, explication, fausse croyance et empathie. Aux questions contrôle le score maximal est de 20 points et le score total est de 60 points. Les différences significatives entre les deux groupes sont marquée par des astérisques. Les participants du groupe AS reconnaissent le faux pas, ainsi que la personne qui l’a fait. Quand il s’agit de développer leur réponse et de décrire en quoi consiste l’erreur ou la faute, ils répondent plus en termes de transgression de règles : « ça ne se fait pas », « il ne faut 96 pas mentir » etc. Ils ne prennent pas souvent en compte l’effet que le faux pas peut causer sur quelqu’un ou, de toute façon, ils n’en font pas référence dans leur réponse. La question « Pourquoi pensez-vous qu’il l’a fait ? » a posé des problèmes dans le groupe AS. D’une part, les participants de ce groupe ont tendance à attribuer une intention au comportement du personnage qui fait le faux pas et d’autre part, cette intention est souvent négative : il veut humilier l’autre, il le faix exprès, il n’aime pas l’autre et veut lui offrir une leçon etc. En plus, ils attribuent des caractéristiques aux personnages, caractéristiques qui ne sont pas mentionnées dans le texte, pour expliquer le comportement : il/elle est méchant, arrogant, égoïste, prétentieux. Les participants du groupe AS ont aussi tendance à répondre affirmatif à la question de fausse croyance : oui, le personnage connaissait et possédait une compréhension correcte de la perception de l’autre sur la réalité. Ils n’arrivent pas à comprendre que le faux pas est la conséquence d’une action involontaire et que l’acteur ne détient pas sur le moment toutes les informations pour comprendre le résultat de ses actes sur un autre. Les réponses des participants du groupe AS à la question d’empathie ont été assez pauvres. Le même état mental a été rappelé à presque chaque histoire, avec peu de variabilité. Plusieurs participants ont répondu par « je ne sais pas » ou bien ils ont donné une mauvaise réponse, un état mental erroné par rapport à la situation. Les explications des faux pas ont été ensuite analysées par trois expérimentateurs différents (r=0.89) qui ont classifié les types de réponses en plusieurs catégories : explications en termes de raisons (bonne attribution de croyances/ fausses croyances au personnage qui commet le faut pas), explications en termes d’attribution d’une intention à l’acte du personnage (il a intentionnellement eu tel comportement), explications par des états internes du personnage (ex : il était en colère), explications par les traits psychologiques du personnage (il est méchant) et des réponses « je ne sais pas » (figure 2). En comparant les deux groupes, la proportion d’explications en termes de raison est plus grande dans le groupe de comparaison que dans le groupe AS (group (t(28) = -5.09; p<0.0001; d = -1.95). Par contre, les participants du groupe AS explique le faux pas plus par des états internes du personnage (t(28) = 2.24; p < 0.03; d = 0.86) que le groupe de comparaison. Ils sont plus nombreux que ceux du groupe CP à ne pas connaître la réponse(t(28) = 2.76; p<0.01; d = 1.06). Les attributions de mauvaises intentions ont été présentes seulement dans le groupe AS 97 Groupe AS raisons états internes Groupe GC traits de personnalité faux pas non détectés mauvaise intention réponses« sais pas » Graph.2. Différents types d’explication produits par les participants avec Syndrome d’Asperger (AS) et par les participants du groupe de comparaison (GC). La source principale des erreurs dans les deux groupes (t(28) = 1.72 ; p = 0.09) a été l’attribution de traits négatifs au personnage. Une analyse par groupe, toutes histoires confondues, montre que 12 participants sur 15 du groupe AS ont la tendance d’expliquer en termes de traits psychologiques négatifs le comportement du personnage qui fait le faux pas. Une autre différence entre les deux groupe est la tendance à sur détecter les faux pas dans le groupe AS (t(27) = -3.14; p = 0.004). Les questions contrôles ont été bien comprises par les deux groupes. Discussion Les adultes avec SA réussissent à identifier les situations de faux pas, quand quelqu’un dit ou fait quelque chose de maladroit ou d’inapproprié. Contrairement à l’étude de BaronCohen (1999) ou le même test a été employé chez les enfants, les performances sont nettement supérieures. Les personnes adultes saisissent le faux pas et la personne qui le commet. Néanmoins, leurs explications ne repèrent pas les raisons ou intentions correctes qui ont déterminé les personnages de faire une faute dans l’interaction avec les autres. Ils ont des difficultés à identifier la fausse croyance ou connaissance qui est souvent à l’origine du faux 98 pas. Les états mentaux attribués au personnage victime du faux pas sont peu variés et souvent ils ne sont pas pertinents par rapport à la situation. Une analyse qualitative de leurs explications du contenu du faux pas révèle souvent le même type d’erreur. Les participants du groupe AS semblent ne pas accorder d’importance au fait que l’interlocuteur peut être blessé par un faux pas. Le faux pas signifie plutôt une transgression de règle dans leur conception. Ainsi, des réponses comme « ça ne se fait pas », ou « il ne faut pas dire ça », sans faire référence à l’effet que le faux pas produit sur l’écouteur sont assez fréquentes. Il y a eu des situations quand le participant avec SA a correctement repéré l’histoire qui contient un faux pas et la personne qui l’a commis et, pourtant, l’explication du faux pas portait sur d’autres aspects de la situation. Par exemple, dans l’histoire « Jean Merain, un directeur de la conception du logiciel Abco, a organisé une réunion pour tout le personnel. "J'ai quelque chose à vous dire " dit-il, "Pierre Moroux, un de nos comptables, est très malade, il est atteint d'un cancer et se trouve à l'hôpital". Tout le monde reste silencieux, endossant la nouvelle, quand Robert, un ingénieur, en retard, dit: "hé, j'ai entendu une bonne blague la nuit dernière! Qu'est ce qu'un patient malade en phase terminale dit à son docteur?" Jean dit: "bien, passons aux choses sérieuses." Un des nos participants avec SA considère que Robert fait un faux pas (ce qui est correct) parce qu’il arrive en retard à la réunion et « ça ne se fait pas ! ». Il ne saisit pas l’impact de la blague dans le contexte décrit auparavant. Bien que l’identification de la personne qui commet le faux pas n’a pas posé de difficultés à l’ensemble du groupe AS, nous avons des exemples dans lesquels le participant avec SA a bien identifié le scénario, mais il attribue le faux pas à l’écouteur. C’est le cas du scénario de la coupe en cristal : « Sandrine a acheté pour son amie, Anne, une coupe en cristal pour son cadeau de mariage. Anne a fait un grand mariage et il y avait beaucoup de cadeaux à ouvrir. Environ un an après, Sandrine est invitée un soir chez Anne pour un dîner. Sandrine laisse tomber une bouteille de vin par accident sur la coupe en cristal qui se brise. "Je suis vraiment désolée. J'ai cassé la coupe!" dit Sandrine. "Ne t'inquiète pas," répond Anne, "je ne l'ai jamais aimée de toute façon. Quelqu'un me l'a offert pour mon mariage." Le participant considère que Sandrine est la responsable du faux pas, car elle a cassé la coupe en cristal. La question de fausse croyance ( est-ce que l’émetteur savait, connaissait l’état réel des choses) a pour but de vérifier si le participant est conscient du fait que sa propre représentation sur la réalité présentée dans l’histoire est différente de celle de l’émetteur. A cette question, la majorité des participants avec SA répond positivement, en attribuant le 99 même état mental (ici, le savoir, la connaissance) à l’émetteur que le leur. Ce résultat suggère d’une part la difficulté à prendre en compte la perspective de l’autre et la considérer différente de la leurs, pattern signalé dans d’autres études aussi (Baron-Cohen, Leslie & Frith, 1985) et d’autre part, l’attribution de l’intentionnalité au comportement de l’émetteur. Un des traits qui définit les faux pas est leur caractère involontaire, sans intention. Comprendre un comportement suppose la compréhension de l’intention qui le sous-tend, car la simple action donne une description du comportement et non pas son explication. Les intentions sont les premiers états mentaux compris pas les enfants avec un développement ordinaire. Selon Tomasello et al. (1993), les enfants comprennent les autres en tant qu’agents avec intentions dans leur première année de vie. Très vite, les enfants comprennent la relation intention – comportement. A la question « Pourquoi ? » Les participants avec le SA ont eu la tendance à considérer que le comportement de l’émetteur est soutenu par une intention, qu’il « a fait exprès » pour se venger, pour blesser l’autre ou pour se moquer de l’autre. Ainsi, ils trouvent que le faux pas est provoqué par une mauvaise intention de l’émetteur. Dans la vie de tous les jours, les motivations des comportements humains se distinguent par plusieurs facteurs, comme le contexte, l’émotion, la relation entre l’émetteur et le récepteur. Le fait que les participants adultes avec SA ont des difficultés à comprendre l’intention d’un énoncé a été déjà signalé dans les études sur la compréhension des blagues, des mensonges blanc, ou de l’ironie (Happé et al., 1994). Mais l’étude présente souligne leur difficulté à comprendre le manque d’intention d’un énoncé ou d’un comportement. Appelée « question d’empathie », « Qu’est ce que X a ressenti ? » suppose l’identification de l’émotion éprouvée par le récepteur. Les réponses des participants du groupe SA a placé correctement dans le registre d’états émotionnels négatifs le ressenti du personnage. Néanmoins, ils ont donné souvent la même réponse pour tous les scénarios, l’identification de l’émotion restant assez ambiguë. Souvent l’émotion attribuée à l’écouteur n’était pas appropriée au contexte de l’histoire. Contrairement à l’étude de Happé (1999), les participants avec SA de cette étude ont eu également des difficultés à utiliser et à attribuer une émotion au personnage, le nombre des réponses « je ne sais pas » étant plus élevé que dans le groupe de comparaison. Selon Pacherie (2004), une forme élaborée de compréhension des émotions comprend non seulement la nature de l’émotion considérée mais encore son pourquoi. « Ceci suppose que l’on soit en mesure de mettre en relation, situation, potentiel motivationnel et comportement émotionnel. » 100 Dans le test présent, l’émotion ressentie par le récepteur doit être mise en relation avec le contexte de l’histoire et la compréhension de l’effet causal du faux pas sur l’état émotionnel de l’écouteur. La difficulté à identifier l’émotion appropriée à chaque contexte (illustrée par la variation réduite dans les réponses et par l’inexactitude des réponses) peut suggérer un répertoire restreint d’émotions (hypothèse rejetée par Happé, 1999) ou bien un défaut à comprendre la modulation de l’émotion par ce qui la produit. Par exemple, nous sommes plutôt attristés quand on apprend que notre cadeau n’est pas apprécié, gênés quand quelqu’un fait une blague inapproprié ou bien en colère quand quelqu’un parle mal de nous. En fonction de sa nature, le pourquoi d’une émotion détermine son type. Dans cet étude, les réponses des personnes avec SA semblent passer à côté de cette relation, en étant souvent les mêmes dans plusieurs histoires. Une réponse particulière d’un participant avec SA nous a attiré notre attention dans le traitement qualitatif des données. Ce participant a identifié l’émotion du récepteur comme étant de la surprise, car « dans le texte je vois orthographié le signe d’exclamation à coté, et cela signifie de la surprise dans les textes écrits ». Cela nous offre une image de quel type d’indices utilisent les personnes avec de troubles autistiques afin de comprendre le monde des états mentaux ou émotionnels. La question d’identification du faux pas et celle d’explication du comportement de l’émetteur diffèrent par le niveau d’interprétation demandé. Ainsi, la première suppose un niveau bas d’interprétation et la deuxième implique un niveau plus haut. Le première question demande au participant de détecter s’il y a une maladresse dans l’énoncé d’un personnage, quelque chose « qu’il fallait pas dire ». Pour y répondre, la compréhension de tout le contexte n’est pas nécessaire. En revanche, la deuxième question implique l’intégration de l’état mental de l’émetteur (il ne savait pas) avec le contexte de l’histoire et élaborer une explication du comportement appropriée au contexte. Le résultat obtenu dans cette étude, en particulier cette difficulté à expliquer correctement un comportement, suggère une faiblesse à traiter dans le contexte l’information sur les états mentaux. Cette explication est cohérente avec d’autres études, comme celles de Happé (1994, 1999), (voir Partie Théorique, Chapitre 3) et avec l’hypothèse de la faible cohérence centrale (Frith, 1989). Un autre résultat important de cette étude est représenté par la tendance, chez les personnes avec SA, de « surdétecter » les faux pas. Ils ont considéré certaines histoires contrôles (pas les même à chaque fois) comme des faux pas. Un refus, un erreur mineure ou un conflit qui n’entraine pas des conséquences sur l’état mental du récepteur sont considérés 101 comme des faux pas par les participants du groupe SA. Cette interprétation erronée, exagérée des histoires contrôle peut être le résultat de la concentration sur l’interaction strictement comportementale des personnages. En effet, une compréhension complète du faux pas porte non seulement sur la « faute » du comportement ou de la communication, mais aussi sur sa cause de nature mentale (une fausse croyance dans le cas du faux pas) et sur l’impact émotionnel de cette faute, maladresse etc. Par exemple, quand le coiffeur coupe les cheveux de Paul un peu plus court (histoire no. 5, Annexes 1), cela représente une faute de comportement. Mais la faute n’est pas due à une fausse croyance (comme c’est le cas du faux pas) et elle n’induit pas une émotion négative chez Paul (il dit : « eh bien, ça repoussera ! »). Nous considérons que la tendance à surdétecter les faux pas est due à une faiblesse à extraire l’information de nature mentale d’un contexte et à l’intégrer dans l’analyse d’un comportement (Happé, 1999 ; Shamay-Tsoory, 2002 ; Barnes, Lombardo, Wheelwright, Baron-Cohen, 2009). Cette étude soutient la théorie selon laquelle les personnes avec SA ont une moindre tendance à se concentrer sur le contenu mental d’une scène sociale. Les états mentaux sont « invisibles », tandis que le comportement peut être décrit par une suite d’actions percevables. Attribuer aux états mentaux le poids correct et comprendre la modulation réciproque entre l’état mental/émotionnel et le comportement reste une difficulté dans les situations sociales pour les personnes avec SA. Ce qui prime dans le discours explicatif du faux pas est la violation de la norme sociale. L’acteur est considéré coupable, car il a délibérément provoqué cette situation. Un autre type d’explication du faux pas retrouvé dans le groupe SA est la sincérité de l’émetteur. Celui-là a dit ou fait l’acte qui va provoquer un état négatif sur le récepteur, « parce qu’il est sincère », et surtout, parce qu’il « faut dire la vérité ». Leslie (1987) souligne que dans le domaine des états mentaux, les « vraies relations » sont difficile à surprendre, à cause de la possible opacité d’états mentaux. Par exemple, l’énoncé « Marie croit que John a une aventure avec sa collègue » est vraie si Marie la croie, indépendamment du fait que John a ou non une aventure avec sa collègue (exemple pris de Baron-Cohen, 2008). Quand on fait « la lecture de l’esprit », on doit suspendre ce que nous pensons être vrai (John n’a pas une aventure) et considérer ce que quelqu’un d’autre pense être vrai. L’empathie est difficile sans cette capacité à suspendre la vérité. La recherche de la vérité constatée dans la présente étude, et dans bien d’autres (Baron-Cohen, 2008) est mise en relation avec la tendance à systématiser notée chez les personnes avec SA. La systématisation peut expliquer la préférence des personnes avec SA pour les systèmes prédictibles, et la difficulté pour les situations qui n’ont pas de règles fixes 102 de fonctionnement, comme les situations sociales. Le désir de respecter la vérité serait ici traduit par le besoin de trouver des règles, des lois de fonctionnement. Ainsi, les situation sociales très complexes comme celles des faux pas deviennent plus facilement compréhensibles pour ces personnes par la transgression de cette loi de « dire la vérité ». Les difficultés du groupe SA ne sont pas dues à l’incapacité de compréhension des histoires, car les questions contrôles ne leur ont pas posé des problèmes. Par rapport à l’étude réalisée chez les enfants (Baron-Cohen et al., 1999), ces résultats suggèrent que les capacités de mentalisation se développent jusqu’à l’âge adulte. Celles-là peuvent se baser sur des stratégies cognitives compensatoires comme la construction des schémas de règles et de normes sociales. 103 Chapitre 6. Etude des récits sociaux 104 Les données préliminaires de cette recherche ont été publiées dans Le bulletin scientifique de l’Arapi, 25, 85-88 (Sav, A-M., Sachs N., Paredes C., Herbrecht, E., Ahade, S., Leboyer, M., Zalla, T., Montreuil, M., (2010). Interprétation de situations sociales dans le Syndrome d’Asperger). A l’époque nous n’avions testé qu’une douzaine des patients. Dans l’étude présentée ci-dessous nous avons rajouté des nouveaux éléments et nous avons réalisées des analyses différentes par rapport à l’article publié. Résumé Le déficit exécutif et le déficit de mentalisation soulignés dans l’autisme sont rarement testés dans la même étude. La tâche sociale que nous proposons dans cette étude permet de tester à la fois les habiletés sociales et exécutives. Nous nous proposons d’étudier également la prise en compte d’un avis externe dans l’interprétation des situations sociales chez des personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Nos résultats sont discuté par rapport à l’implication de la métacognition dans le processus de mentalisation. Introduction La compréhension et la prédiction des comportements d’autrui en termes de croyances notée chez les personnes avec autisme (Baron-Cohen, Leslie & Frith, 1985; Leslie,1991; Baron-Cohen, 1989, 1995) est présente également dans le Syndrome d’Asperger (Abell, Happe, & Frith, 2000; Happé, 1994; Jolliffe & Baron-Cohen, 1999; Zalla, Sav, Stopin, Ahade, & Leboyer, 2009). L’hypothèse d’un déficit spécifique en théorie de l’esprit dans le trouble du spectre autistique a été avancée (voir Chapitre 3). Les résultats des études concernant la performance aux tâches de théorie de l’esprit chez les personnes avec le Syndrome d’Asperger sont contradictoires. Ces personnes réussissent les épreuves de premier et second ordre, mais elles ont des difficultés aux tâches plus avancées, comme le test « Strange Stories » (Happé, 1994) ou le test de faux pas (BaronCohen et al., 1999, Zalla et al., 2009). L’étude précédente a mis en évidence une difficulté à interpréter une catégorie d’actions non-intentionnelles – les faux pas - chez les personnes adultes avec Syndrome d’Asperger (Zalla et al., 2009). La tâche de faux pas (Baron-Cohen et al., 1999) demande une interprétation élaborée par les participants, car après avoir identifié le faux pas ils doivent expliquer son contenu 105 (Pourquoi était-ce maladroit ?). Les personnes avec le Syndrome d’Asperger réussissent à identifier le faux pas. Cependant, elles sont défaillantes dans l’interprétation en termes d’intention et d’états mentaux. L’analyse des types d’interprétations des faux a permis l’extraction de plusieurs catégories : explications en termes de raisons (bonne attribution de croyances/ fausses croyances au personnage qui commet le faut pas), explications en termes d’attribution d’une intention à l’acte du personnage (il a intentionnellement eu tel comportement), explications par des états internes du personnage (ex : il était en colère), explications par les traits psychologiques du personnage (il est méchant) et des réponses « je ne sais pas ». Dans le groupe avec SA se distingue en particulier la tendance à attribuer une mauvaise intention au personnage qui commet le faux pas. Est-ce que cela représente une caractéristique générale du raisonnement social chez les personnes avec SA ? L’attribution de la mauvaise intention représente-t-elle l’interprétation « par défaut » des conflits sociaux chez les SA? Que se passe-t-il dans les situations sociales ambigües ? En quelle mesure les personnes avec SA sont disposées à accepter et intégrer une opinion externe dans leur point de vue dans un problème social ? Ces sont quelques questions auxquelles nous nous proposons de répondre dans cette étude. L’attribution des croyances chez les adultes engage des régions cérébrales associées à la sélection des réponses (au contrôle exécutif) et des régions impliquées spécifiquement dans la mentalisation (Saxe, Schulz & Jiang, 2006). Le contrôle exécutif (la sélection des réponses, l’inhibition, la flexibilité) est nécessaire dans la performance à certaines tâches de TdE chez les adultes, mais la construction de représentations des pensées des autres est liée aux souscouches cognitives indépendantes est domaine-spécifiques (Saxe et al., 2006). Selon Saxe et al. (2006) les composantes exécutives les plus impliquées dans une tâche de TdE sont le monitoring et la détection du conflit entre les représentations ou réponses compétitives, la sélection de la réponse correcte et l’inhibition de la réponse incorrecte. Cela est en accord avec le modèle à deux composantes de Leslie (1986, 2005) : le mécanisme de la TdE (MTdE), domaine-spécifique, qui génère des représentations possibles d’états mentaux et le processus de sélection (PS), qui sélectionne une réponse parmi plusieurs plausibles (voir partie théorique, Chapitre 2). Le mode d’opération de ce modèle a plusieurs propriétés : il émet des contenus candidats aux attributions des croyances ; désigne les niveaux initiaux de saillance/confidence 106 aux contenus ; révise et réadapte les niveaux initiaux en fonction des circonstances spécifiques; en fonction de cette révision, le candidat avec la plus haute valeur est sélectionné. Selon le modèle MTdE-PS, les difficultés sociales des enfants avec autisme sont le résultat d’un déficit au niveau de base du mécanisme MTdE, car ils disposent d’un PS opérationnel, capable de sélectionner la bonne représentation quand celle-là leur est accessible. Ce modèle prédit des déficits au niveau implicite de TdE, en accord avec les résultats de Klin (2006) selon lesquels les personnes avec une très bonne réussite aux épreuves explicites de TdE ont des difficultés à ce niveau primaire, du MTdE. Appliqué à la tâche des faux pas, le modèle de Leslie stipule que les explications possibles du faux pas ont différents niveaux d’activation. La mauvaise intention attribuée souvent par les participants SA serait la plus activée parmi toutes les alternatives. Nous pensons que sa valeur adaptative dans les situations ambigües avec une nuance négative (comme les faux pas) amplifie son niveau d’activation et la rend la plus probable. Néanmoins, il est possible que l’explication correcte ne soit même pas disponible, à cause d’un défaut du mécanisme ToMM, qui ne considère pas la non-intentionnalité comme éventuelle justification du faux pas. La mise à la disposition du participant des multiples choix de réponses déjà formulés peut réduire l’éventuel défaut de production d’explications. Proposer des réponses déjà faites leur assure le même niveau d’activation (au détriment de leur spontanéité). Ainsi, nous proposons dans cette étude une nouvelle tâche de TdE afin de vérifier les différentes manières d’interprétation des situations sociales dans une population de personnes avec SA et dans une population typique. La nouveauté de cette tâche consiste dans la proposition de plusieurs explications et ainsi dans l'uniformisation de leurs niveaux d’activation. Prendre en considération l’avis de quelqu’un d’autre est une composante centrale d’une prise de décision réaliste, car en général, les problèmes de décision ne contiennent pas d’emblée toutes les informations importantes. Les « décisionnaires » s’engagent dans un processus interactif en vue d’établir une base informationnelle adaptée au problème. Ils sollicitent les opinions de conseillers avisés, mettent en balance le poids de chaque opinion et les combinent. Par exemple, dans le bus on demande des informations sur une adresse, on se consulte avec un collègue sur un projet de recherche etc. Une variété de processus sociaux ou cognitifs, comme demander l’avis des gens, évaluer leur expertise, combiner leur opinions et tendre à réconcilier les inconsistances, joue un rôle dans la prise de décision individuelle (Harvey & Fischer, 1997; Sniezek & Buckley, 1995). 107 Recevoir un avis expose souvent la personne à un conflit potentiel entre son opinion initiale et l’avis et conduit à une difficulté à combiner les opinions. La question clé dans beaucoup de situations pratiques est de décider quel poids est à accorder à un avis afin d’arriver une combinaison efficiente des opinions. Cela peut varier entre l’ignorance totale de l’autre opinion, l’ajustement de sa propre opinion ou bien l’adhérence complète à l’autre opinion. Le poids accordé à sa propre opinion est plus important que le poids accordé à une opinion différente. Cette asymétrie est due à l’impossibilité d’accéder aux justifications de l’opinion de l’autre. On peut apprécier ses propres connaissances et la valeur de son opinion, mais on est moins capable d’apprécier ce que le conseiller connaît et les raisons qui soutiennent son opinion. Naturellement, la confidence dans une opinion reçue est liée aux preuves recueillies avant. Ainsi, on est plus confiant en sa propre opinion qu’en une opinion différente, car le poids de son opinion est plus important (Yaniv, 2004). Le niveau des connaissances influe la prise en compte d’un avis extérieur. Dans une situation de conflit entre sa propre opinion et l’avis externe, un juge avec des connaissances dans le domaine va considérer que « le conseiller se trompe », tandis qu’un juge qui dispose de moins de connaissances tend à considérer que sa propre opinion est erronée. Ainsi, de manière générale, plus expert un juge est, moins élevé est son niveau d’acceptation. Une distinction importante qui se fait dans les recherches sur l’acceptation d’un avis concerne le contenu de la décision à prendre. Ainsi, il y a une différence entre les opinions quantitatives, sur les faits (ex : estimations, dates, événements) et celles qualitatives, sur le gout (évaluations ou attitudes). Le bénéfice obtenu par la prise en compte d’un avis est bien démontré et semble évident dans le premier cas. En revanche, considérer le gout d’une autre personne afin de prendre une décision sur quelque chose d’inconnu provoque des difficultés conceptuelles (Yaniv, 2004). Est-ce que la qualité de la décision est améliorée en consultant d’autre opinion concernant les problèmes de gout ? Yaniv (2004) considère qu’un avis qualitatif aide ceux qui prennent une décision à dépasser une certaine faiblesse dans le raisonnement. La faiblesse importante inclue l’échec des juges à produire un nombre suffisant d’alternatives pour le choix et leur tendance à essayer de confirmer plutôt que d’infirmer leurs propres visions. D’ailleurs, selon la théorie de la différenciation-consolidation (Svenson, 1996 cité par Yaniv, 2004) la confirmation du soi est un processus continu par lequel les individus construisent les justifications pour leurs décisions. 108 Recevoir un avis (de tous type) favorise une fonction adaptative, car cela aide les individus à dépasser les tendances de confirmation du soi (Yaniv, 2004). Les alternatives proposées par les conseillers peuvent inciter les juges à reconsidérer et réviser leurs propres opinions et le poids qu’ils en ont accordé à travers une sorte de « processus de négociation interne » (Sniezek & Van Swol, 2001). Quand on dépend de quelqu’un d’autre pour des informations ou opinions, on est confronté à l’incertitude sociale, c’est-à-dire à l’incapacité à prédire le comportement de l’autre (Sniezek & Spurlock, 1996). Un facteur qui peut réduire l’incertitude sociale est le crédit. La confiance représente la supposition que l’autre est à la fois compétent et qu’il sert nos intérêts (Barber, 1983). Une autre variable importante dans la diminution de l’incertitude sur l’avis proposé par une autre personne est le niveau de confiance du conseiller. La confiance représente la puissance par laquelle une personne croit qu’une décision, opinion ou proposition est la meilleure possible (Peterson & Pitz, 1988; Zarnoth & Sniezek, 1999). Chez la population avec SA, la problématique de la confiance et de l’acceptation d’un avis externe a été peu explorée. Le deuxième but de cette étude est d'explorer la manière dont cette problématique est liée à la méat représentation ou aux habilités exécutives des personnes avec SA et des personnes neurotypiques. Pour résumer, l’étude présente a un double objectif. D’une part, il se propose d’étudier l’interprétation de situations sociales dans une tâche à choix forcés chez des personnes avec un Syndrome d’Asperger. Les choix forcés permettent d’éliminer les éventuelles différences d’habilités verbales entre le groupe des personnes avec le Syndrome d’Asperger et le groupe témoin, ainsi que les faiblesses dans la production spontanée d’interprétations. Le modèle de Leslie (1986, 2005), qui soutient l’idée du déficit au niveau du mécanisme de la TdE, prédit l’absence des différences entre les deux populations. Et cela, car la construction de la tâche compenserait les difficultés au niveau de la production d’explications des situations sociales dans le groupe SA. La prédilection pour un certain type d’interprétation suggérerait une particularité au niveau du raisonnement social. D’autre part, le deuxième objectif de cette étude est de vérifier dans quelle mesure les participants sont prêts à moduler leur choix en fonction d’un avis externe et de voir s’il y a des différences entre les deux populations participantes. Nous nous attendons à observer un manque de flexibilité chez les personnes avec le Syndrome d’Asperger (cf. Minshew et al., 2002), se traduisant par une difficulté dans la 109 modulation des réponses en fonction d’un avis extérieur, comparativement à un groupe témoin. Nous avons ajouté une question sur le degré de certitude dans leur choix, afin d’obtenir des informations sur le poids que les participants accordent à leurs réponses. Outils utilisés La tâche des récits : développement et description Initialement, nous avons créé une trentaine d’histoires sociales qui décrivent une interaction entre deux ou plusieurs personnages. L’interaction incluait un conflit mineur, qui devait être expliqué par le participant. Nous avons proposé plusieurs variantes de réponses, issues des catégories d’explications formulées par les patients dans l’étude précédente (Zalla et al, 2009). Aucune information comprise dans le texte ne devait influer sur l’interprétation de l’histoire. La neutralité de ces histoires a été testée par leur passation à un groupe d’étudiants volontaires de l’institut Jean Nicod, Paris. Ainsi, les histoires qui favorisait un certain type de réponse ont été éliminées. Au final, 24 histoires ont été gardées et utilisées dans le test proprement dit (voir Annexe 2). Elles ont quasiment le même niveau de complexité linguistique et conceptuelle. Un exemple de scénario est le suivant : « Joëlle partage un appartement avec Frank, un autre étudiant. C’est le tour de Joëlle de faire le ménage. Elle range les papiers et jette des notes de cours que Frank avait laissé sur la table de la cuisine. Question : Pourquoi Joëlle a-telle jeté les notes de Frank? » Pour interpréter le comportement des personnages, les participants doivent choisir parmi les quatre propositions suivantes : bonne intention (BI : « Joëlle a voulu que tout soit bien rangé. »), mauvaise intention (MI : «Joëlle en a marre du bazar de Frank et a voulu le punir. »), fausse croyance (FC : «Joëlle a cru que c’était des brouillons. ») ou bien, choisir une explication comportementale (CP : « Joëlle aime jeter tout ce que traîne.»). Les participants évaluent également leur niveau de confiance, sur une échelle de 1 (pas du tout sûr) à 5 (absolument certain), chaque fois qu’ils choisissent une réponse. Après avoir fait le choix d’une des 4 propositions, il leur est ensuite présenté l’avis d’un tiers (ex: L’ancien colocataire de Joëlle pense que…), respectivement celui de plusieurs personnages (ex: Toutes les amies de Joëlle pensent que…). Ils doivent choisir entre leur réponse initiale et le nouvel avis présenté. Tous les participants ont rempli le questionnaire du quotient autistique (AQ) afin de vérifier les éventuelles corrélations. 110 Le quotient autistique : AQ Tous les participants ont passé l’AQ (Autisme Spectrum Quotient), un auto questionnaire qui fourni un score aux traits autistiques (Annexe 3). Selon certaines conceptions (Baron-Cohen, 1995; Frith, 1991; Wing, 1981; Wing, 1988), l’autisme et le SA se situent sur un continuum du déficit social et de la communication. Le SA serait donc le « pont » entre l’autisme et la population typique. Cette vision du continuum (voir les arguments du prochain DSM-V) s’approche d’un paradigme quantitatif et se différencie du diagnostique basé sur les catégories. En 2001, Baron-Cohen, Wheelwright, Skinner, Martin et Clubley se proposent de créer un outil rapide à utiliser, destiné à positionner un adulte avec une intelligence normale sur ce continuum et à identifier en quelle mesure l’adulte avec une intelligence normale peut avoir des traits du phénotype autistique. Cet outil répondrait à une requête scientifique (celle de permettre des comparaisons entre les individus) et également à une demande plus appliquée, celle de dépister les éventuels individus touchés. Ils développent un auto questionnaire (voir Annexe 3), Autism Spectrum Quotient (AQ), contenant 50 items qui ciblent 5 aspects différents : habilités sociales, changement attentionnel, attention aux détails, communication et imagination. La déviance/anomalie serait indiqué par des pauvres habilités sociales, pauvres habilités de communication, pauvre imagination, une attention excessive aux détails, une attention focalisée et difficile à réorienter. Chaque question permet à l’individu de choisir en quelle mesure le comportement décrit par l’item lui correspond. 1. Je préfère réaliser des activités avec d’autres Tout à fait Plutôt d’accord personnes plutôt que seul(e). 2. 3. d’accord d’accord Je préfère tout faire continuellement de la même Tout à fait Plutôt d’accord manière. Plutôt d’accord d’accord Quand j’essaye d’imaginer quelque chose, il est Tout à fait Plutôt très facile de m’en représenter une image d’accord Plutôt Plutôt d’accord d’accord pas Pas du tout d’accord pas Pas du tout d’accord pas Pas du tout d’accord mentalement. 4. Je suis fréquemment tellement absorbé(e) par Tout à fait Plutôt d’accord une chose que je perds tout le reste de vue. Tableau 2 . Exemples d’items de l’AQ. 111 Plutôt d’accord d’accord pas Pas du d’accord tout Chaque item qui décrit un comportement autistique est noté avec un point si on choisi les réponses qui le confirment (« tout à fait d’accord » et « plutôt d’accord »). Afin d’éviter un biais dans les réponses, la moitié d’items sont formulés de cette manière, tandis que l’autre moitié énonce un comportement opposé (ex : « Quand j’essaye d’imaginer quelque chose, il est très facile de m’en représenter une image mentalement. ») qui vaudra un point si on répond par « plutôt pas d’accord » ou « pas du tout d’accord ». Selon l’étude de Baron-Cohen et al. (2001), 80% des adultes avec Syndrome Asperger obtiennent un score supérieur à 32. En revanche, les adultes du groupe de comparaison ne dépassent le score de 32 qu’en proportion de 2%. Le AQ n’est pas un outil de diagnostique (le diagnostique n’est pas posé quand la personne ne souffre pas d’une détresse clinique à cause de ses traits autistiques), mais le seuil de 32 points sur 50 peut identifier les personnes qui présentent des traits autistiques de niveau clinique. En conséquence, cet auto-questionnaire est conseillé plutôt pour le dépistage et peut servir au diagnostique si la présence des traits autistiques est associée à une détresse (BaronCohen, 2001). Méthode L’étude présente a été approuvée par le jury étique local (Inserm, C07). Tous les participants ont signé un accord avant de participer volontairement à cette étude. La recherche a respecté les principes exprimés dans la déclaration de Helsinki (1983). Participants Deux groupes d’adultes appariés au niveau d’âge, sexe, éducation et QI ont participé à cette étude (voir tableau…). Le français a été la langue maternelle de tous les participants. Le premier groupe (N=16) a été composé d’adultes diagnostiqués SA ou Autisme de Haut Niveau (AHN) selon le DSM-IV et ASDI (Asperger Syndrome Diagnostic Interview, Gillberg et al. 2001). Ils ont été recrutés au service de professeur Leboyer, à l’Hôpital Albert Chenevier de Créteil. Les diagnostics ont été posés par les cliniciens expérimentés à travers les observations pendant les entretiens et les résultats au ADI-R (Autism Diagnostic Interview, Lord et al., 1994). Suite aux entretiens avec les parents ou tuteurs, les personnes qui ont eu un retard dans l’acquisition du langage ont été exclues de l’échantillon. Tous les participants ont passé la WAIS-III (Wechsler, 1999) et ont tous obtenu un score supérieur à 70. 112 Le groupe de comparaison a été recruté parmi les étudiants de l’Université Paris 8 et par des bénévoles. AS (N=16) GC (N=16) 28(7.8) 30.4(6) Sexe (F/M) 4/12 3/13 Education 14.6 (3.5) 15.5(2.7) 99.07 (21.58) 104 (13.7) QI Verbal 103.7 (19.5) 102.3(14.96) QI Performance 93.4 (22.1) 106.3(14) Age QI Total (WAIS-III) Tableau 3. Caractérisation de la population. Les deux groupes sont appariés au niveau d’âge (t(30)=-1.32, p=0.19), d’éducation (t(30)=0.81, p=0.42), QI (t(30)=-0.69, p=0.49), QI verbal (t(30)=0.19, p=0.84), QI de performance (t(30)=-1.75, p=0.09). Procédure La tâche des récits comprend trois parties. Chaque partie commence avec une histoire modèle et l’expérimentateur donne les explications sur le déroulement de la tâche. C’est le participant qui décide à quel moment il se sent prêt à commencer. C’est lui, également, celui qui contrôle le rythme du défilement des histoires. Au début de la première partie, les instructions sont les suivantes : « Vous allez lire quelques petites histoires qui vous seront affichées sur l’écran. Après chaque histoire il y aura une question sur le comportement d’un des personnage de l’histoire. Vous devrez choisir parmi quatre variantes de réponse celle qui explique le mieux son comportement, selon vous. Vous devrez indiquer aussi le degré de certitude concernant la justesse de votre réponse sur une échelle allant de 1 (pas sûr du tout) à 5 (absolument certain)». Les histoires sont présentées sur ordinateur (Fig. 9) les unes après les autres. Chaque page comprend le texte d’une l’histoire, la question (qui est toujours la même), les variantes de réponses et l’échelle de certitude. 113 Figure 9 . Présentation d’un scénario dans la première partie de la tâche. Une fois que le participant a répondu aux 24 questions, la deuxième partie commence, avec une histoire modèle. Les instructions sont les suivantes : « La première partie est terminée. Vous allez maintenant passer à la seconde partie. Vous allez lire exactement les mêmes histoires que toute à l’heure, avec les mêmes questions. La différence consiste au fait qu’après chaque histoire vous verrez sur l’écran votre réponse initiale ainsi que l’avis d’un autre personnage de l’histoire. Vous devrez formuler une nouvelle réponse qui pourra ou non tenir compte de l’avis de ce dernier personnage. Il vous sera demandé encore une fois d’indiquer votre degré de certitude concernant votre nouvelle réponse. » L’avis externe est offert par une seule personne (ami, sœur, frère, professeur etc du personnage). Si le participant ne change pas son avis, une proposition de plusieurs personnes est présentée, afin de vérifier si le poids de cette proposition peut être manipulé par l’augmentation du nombre de conseillers. 114 Pendant la passation du test, l’expérimentateur est présent dans la salle, mais n’intervient pas dans le déroulement. Figure 10 . Présentation d’une histoire dans la deuxième partie de la tâche. Résultats Nous avons considéré la valeur 0.05 le seuil de signification pour toutes les analyses statistiques. Afin de comparer les types de réponses choisis par les deux groupes (SA et GC), nous avons procédé à une ANOVA. L’interaction groupe X types de réponse n’est pas significative : F=0.52, p=0.66). Les pattern de réponses sont très similaires dans les deux groupes (Graph. 3). Ce résultat peut être attribué à la connaissance culturelle similaire : croyances culturelles partagées, modèles sociaux. 115 Moyennes des réponses 12 10 8 SA GC 6 4 2 0 Comportementale Fausse croyance Bonne intention Mauvaise intention Types de réponses Graphique 3. Type d’interprétation de situations sociales dans les deux groupes de participants (AS en bleu et GC en rouge). Le changement d’opinion est le même dans les deux groupes (t(30)=0.93, p=0.36). Nous avons constaté une certaine influence du groupe sur le type de proposition acceptée. Le groupe AS accepte plus les opinions de type FC et MI que le groupe GC, mais Proportion d'acceptation de l'avis externe cela n’est pas significatif au seuil 0.05 : F=3.47, p=0.06. 0,70 0,60 0,50 0,40 AS GC 0,30 0,20 0,10 0,00 Comportementale Fausse croyance Bonne intention Mauvaise intention Type d'opinion accepté Graphique 4. Type d’opinion acceptée dans les deux groupes de participants (AS en bleu et GC en rouge). Il n’y a pas de différences entre les deux groupes au niveau du degré de confiance dans leurs réponses, t(30)=0.74, p=0.46. Il n’y a pas non plus d’effet du type de réponse sur le niveau de confiance des deux groupes (F=0.26, p=0.85). 116 Certains participants acceptent une opinion extérieure même si le degré de certitude dans leur réponse initiale était maximal. 3 participants du GC et 7 participants du groupe SA ont changé leur opinion, même s’ils étaient « absolument certains » de leur premier choix. La fréquence dont ils change d’opinion dans ce cas est une ou deux fois pour les 3 participants du groupe de comparaison (1,1,2), tandis que dans le groupe AS, un participant change 11 fois son option (1, 1, 1, 1, 2, 4, 11). La durée des réponses a été également mesurée. Les participants n’ont reçu aucune instruction par rapport à la vitesse de réponse. Nous avons noté une grande variabilité dans la durée, mais globalement, les participants du groupe GC ont été plus rapides que les participants du groupe AS (t(30)=9.06, t=0.07). Pour la deuxième et troisième phase du test, le niveau d’acceptation d’une opinion externe a été calculé. Cette analyse a été faite par histoire (combien de sujets changent d’avis dans chaque histoire) et par participant (combien de fois change d’avis chaque participant). L’analyse par histoire sert à vérifier si l’autorité de la troisième personne joue un rôle dans le changement d’avis. Les résultats de cette étude n’indiquent pas une importance significative des caractéristiques de la troisième personne (le conseiller) sur le niveau d’acceptation. La proportion d’avis accepté a été calculée pour chacune des 24 histoires dans les deux groupes. Les participants peuvent changer d’opinion après le premier avis ou après le deuxième, où le poids a été manipulé par la multiplication des conseillers (plusieurs personnes qui pensent la même chose). Le niveau d’acceptation a été comparé après la première possibilité de changement et totalement, en cumulant le premier avec le deuxième avis donné. Le test non paramétrique de Wilcoxon pour les groupes appariés a été utilisé et le résultat est significatif, le niveau d’acceptation est plus élevé dans le groupe AS que dans le groupe GC (p=0.053 après le premier avis ; p=0.027 au total). Quant au scores au AQ, nos résultats montrent une différence entre le deux groupes (t(30)=7.67, p=0.01). Nous avons également trouvé une corrélation significative entre le score au AQ et le niveau d’acceptation d’un avis externe, le rho de Spearman, est de 0.56, p=0.03). Le degré de certitude ne change pas après l’acceptation de l’avis externe en aucun de deux groupes (t()=0.70, p=0.50 dans le groupe AS et t()=-0.626, p=0.54 dans le groupe GC). Le degré de certitude dans la réponse initiale est plus important quand les participants rejette l’avis externe par rapport à la situation quand ils l’accepte (t=-2.57, p=0.02), mais cet effet est significatif seulement dans le groupe AS (p=0.03). 117 Quand la proposition externe coïncide avec le choix initial, cela détermine l’augmentation de la certitude dans les deux groupes. Discussion Nos résultats montrent que les personnes du groupe Asperger préfèrent attribuer des bonnes intentions et des fausses croyances à la conduite humaine de manière similaire au groupe témoin. Un déficit de théorie de l’esprit aurait pu se traduire ici par un choix réduit d’explications du type « fausses croyances ». L’infirmation de ce pattern de réponses dans le groupe Asperger peut suggérer qu’il existe une compensation du déficit de mentalisation par des aptitudes linguistiques et métalinguistiques, comme le proposent d’autres études (Klin, 2000 ; Klin et al., 2006), ou par des surapprentissages (Senju et al., 2009). Pour aller dans le sens de ces études, on peut avancer l’idée qu’il y aurait un effet facilitateur des capacités verbales de la tâche que nous avons utilisée. Ce résultat s’inscrit dans la ligne des études qui indiquent la réussite aux épreuves de théorie de l’esprit, quand celles-ci ne demandent pas une explication spontanée d’états mentaux (Bowler, 1992; Happé, 1995). A cet égard, pour mieux contrôler l’effet des aptitudes verbales, une des particularités de notre tâche est de mettre à la disposition des participants des réponses fermées qui sont affichées simultanément sur un écran. Ceci a pour effet d’homogénéiser le niveau d’activation de chaque type de réponse (en mémoire de travail ). Ces conditions ne se retrouvent pas naturellement dans les situations de la vie courante. Ainsi, en situations écologiques, les tâches sont plus complexes. Les individus doivent traiter les informations en attention divisée sur des tâches multiples et hiérarchisées afin de sélectionner la réponse pertinente en fonction de la situation immédiate. De ce fait, les personnes avec un Syndrome d’Asperger rencontrent plus de difficultés dans les conditions sociales naturelles qu’en situation de test. Une des questions à laquelle nous avons essayé de répondre dans cette étude a été si les personnes ace SA ont la tendance générale à attribuer une mauvaise intention. Nos résultats infirment cette hypothèse. Dans le cas des faux pas, où ce pattern de réponse avait été remarqué, il peut s’agir plutôt d’une difficulté à attribuer la non intentionnalité du faux pas. La similarité des choix dans les deux groupes est flagrante. Par construction, les scénarios ne favorisent pas un type particulier de réponse. En revanche, une explication 118 plausible de cette similarité serait l’empreinte des modèles culturels sur la cognition sociale ou bien des schémas des événements (Wood & Grafman, 2003). Wood et Grafman (2003) proposent le terme de « complexe d’événements structurés » (SEC – structured event complexes) pour définir les schémas ou les scénarios des événements séquentiels. Les SEC contiendraient des informations sur les séquences des événements et sur les buts. Ils sont composés autour de thèmes, comme « sortie au diner » etc. L’activation d’une séquence de comportement par l’observation du comportement d’un individu détermine l’activation des représentations des connaissances associées. Celles-là pourraient inclure des connaissances stockées sur les réponses comportementales qui sont associées avec nos propres expériences passées ou états émotionnels. Cela peut permettre la prédiction du comportement futur de l’individu observé. Nous considérons que l’interprétation des situations sociales dans notre tâche s’est basées sur l’utilisation des scripts/schémas comme des procédures à adopter plutôt que sur une vraie mise en situation. D’ailleurs, un seul participant (du groupe contrôle) a exprimé à haute voix qu’il se mettait à la place du personnage pour comprendre la situation. La composante exécutive de cette tâche a pu contribuer également à ce résultat. Tandis que dans les situations naturelles, les individus n’ont pas les mêmes alternatives de réponses, ce test uniformise le niveau d’activation des différentes alternatives et rend, ainsi, possible l’accès aux interprétations autrement moins activées. Le deuxième objectif de cette étude visait la modulation du choix, la considération de l’avis de l’autre dans la prise de décision. Une manière d’éviter la désinformation est de faire confiance à l’informateur en fonction de ses connaissances et de son honnêteté. En général, les humains se basent sur deux dimensions afin de caractériser les autres et de prédire leur comportement : la bienveillance (les bonnes ou les mauvaises intentions) et la compétence. Ces deux dimensions sont essentielles dans l’identification des bons informateurs, c’est-à-dire, des informateurs qui veulent et qui peuvent aider. Dans le cas de la communication, les informateurs compétents sont ceux qui peuvent apporter une information pertinente et les informateurs bienveillants sont ceux qui veulent apporter cette information (Sperber, 1994). Dans cette étude les personnes du groupe AS prennent en compte l’avis de l’autre autant que les personnes du GC. Cependant, plusieurs personnes AS changent d’avis même quand elles sont sûres de leur réponse initiale. Ce fait peut indiquer une suggestibilité ou un conformisme plus important aux règles externes chez ces personnes que chez les personnes neurotypiques. 119 Nous interprétons ce résultat en rapport avec ce que Sperber (1994) appelle « la vigilance épistémique » qui représente la capacité à filtrer et éliminer l’information incorrecte d’un contenu communiqué. Avoir accès aux connaissances des autres et au partage des connaissances représente une importante source d’information, beaucoup plus riche que si nous avions pu avoir pas nos propres apprentissages. La communication des connaissances est, également une source de désinformation. Les « agents » de la communication doivent exercer « la vigilance épistémique ». Vu que les personnes du groupe AS prennent en compte plus facilement l’avis externe, malgré la confiance haute dans leur réponse initiale, suggère une sorte « d’optimisme naïf » (Sperber, 1994) chez elles. Au cours du développement, nous devenons plus prudents. Le passage entre l’optimisme naïf et l’optimisme prudent se fait à travers la capacité de distinguer entre les bonnes et les mauvaises intentions des autres. Comme nous l’avons signalé déjà dans l’étude précédente, les personnes avec SA ont des difficultés dans l’attribution de l’intention. Cela pourrait confirmer ce stade d’optimisme naïf chez les personnes avec SA. Mais l’optimisme naïf n’explique pas la corrélation entre le pourcentage d’acceptation d’un avis externe et le score au questionnaire du quotient autistique qui a été mise en évidence. La corrélation suggère que plus les personnes sont conscientes de leur traits autistiques, plus elles acceptent l’opinion d’un autre dans ce cas spécifique des situations sociales. Une explication alternative de cet effet est liée à la composante métacognitive de l’auto-questionnaire de QA. Ainsi, la conscientisation de ses faiblesses (ici, des difficultés sociales illustrées dans les items du questionnaire) amène à l’acceptation de l’autre opinion disponible, celle d’autrui. La tâche employée dans cette étude ne donne aucun indice sur le « comment » nous raisonnons dans un contexte social. Elle nous permet seulement l’accès au résultat direct, sans savoir la voie par laquelle a été il obtenu. Une discussion plus large sur la modalité et les processus (comme la simulation, par exemple) que nous utilisons afin de comprendre les complexes réactions sociales des autres sera portée dans le dernier chapitre de ce travail. 120 Chapitre 7. La tâche de renforcement et d’extinction 121 La recherche présentée ci-dessous a fait l’objet d’une publication dans Research in Autism Spectrum Disorders, Volume 3, Issue 4, 913-923 (Zalla, T., Sav, A-M., Leboyer, M., (2009). Stimulus-reward association and reversal learning in individuals with Asperger Syndrome) à laquelle nous sommes associés. Dans le cadre de ce travail, nous apportons une interprétation différente des résultats obtenus. Cette présentation n’est pas la reprise stricte de l’article. Résumé L’apprentissage basé sur le renforcement requiert une dimension exécutive. Parallèlement, il semble impliqué dans le comportement et dans l’adaptation sociale. Dans cette étude, nous avons testé les capacités d’un groupe d’adultes avec Syndrome d’Asperger et d’un groupe de comparaison à un test de renversement-extinction. Nous avons montré l’existence des capacités d’apprentissages dans cette population. L’implication de la possibilité de transfert métacognitif de cette capacité dans le plan social est discutée. Introduction La littérature spécialisée signale un déficit des fonctions exécutives chez les personnes avec troubles du spectre autistique. Les fonctions exécutives incluent la capacité de planifier une action, la mémoire de travail, la flexibilité mentale, l’activation et l’inhibition cognitive, la correction des erreurs. Un déficit des fonctions exécutives peut expliquer surtout les symptômes autistiques liés aux troubles de comportement tels que stéréotypies, persévérations et intérêts restreints (Lopez, Lincoln, Ozonoff & Lai, 2005 ; South, Ozonoff & McMahon, 2007). Ozonoff, Pennington et Rogers (1991) sont considérés à l’origine de l’hypothèse exécutive dans l’autisme. Ces auteurs mettent en évidence des difficultés dans la planification exécutive (Tour de Hanoi), des persévérations (dans la tâche de classification des cartes de Wisconsin) et des difficultés à maintenir une tâche dans la mémoire de travail (dans le test de Wechsler) chez des enfants avec TSA qui ont une intelligence normale. Sur un plan social, le manque de contrôle inhibiteur et de flexibilité mentale pourraient engendrer des difficultés dans l’adaptation aux situations diverses et complexes. 122 C’est pourquoi, dans cette étude, nous nous sommes proposés de tester les performances de patients avec le Syndrome d’Asperger (SA) à une tâche de flexibilité et d’inhibition cognitive. La flexibilité mentale permet de changer le cours d’une pensée ou d’une action en fonction des demandes de la situation, en étant une condition importante dans la régularisation du comportement (Lezak, 1995). Un problème de flexibilité cognitive se caractérise par un comportement stéréotypé, rigide et par des persévérations. Chez les enfants autistes ce déficit est mis en évidence par le test de sélection des cartes de Wisconsin (Ozonoff et al., 1991, Chu, 2001), le même pattern de comportement étant signalé également chez les adultes (Ozonoff et al., 1994) : une difficulté à changer le comportement quand le critère change. Plus récemment, Shamay-Tsoory, Tomer, Yaniv & Aharon-Peretz (2002) distingue entre la flexibilité réactive et la flexibilité spontanée. La flexibilité réactive suppose la disponibilité immédiate de la cognition et du comportement à changer en fonction des demandes et du contexte de la situation. La flexibilité spontanée suppose des réponses et des stratégies automatiques mises en place dans le but d’apprendre des nouvelles connaissances (Shamay-Tsoory et al., 2002). Leur étude (Shamay-Tsoory et al., 2002) met en évidence un déficit dans la flexibilité spontanée et dans la pensée créative, tandis que la flexibilité réactive semble préservée chez deux adolescents avec AS. Les résultats concernant un déficit spécifique d’inhibition chez les personnes avec SA ou Autisme de Haut-Niveau sont également controversés. Ces personnes ont des difficultés à inhiber la réponse préalablement activée mais qui n’est plus pertinente pour la tâche en cours. Ce type de difficulté a été mis en évidence par différents tests : Windows Task (Russell, Mauthner, Sharpe, & Tidswell, 1991), la tâche des anti saccades oculomotrices (Luna, Doll, Hegedus, Minshew, & Sweeney, 2007). Par contre, le test de Stroop (Ozonoff & Jensen, 1999), Stop Signal (Ozonoff & Strayer, 1997) et la tâche Go-NoGo (Ozonoff & McEvoy, 1994) ne révèlent pas de difficulté importante chez ces personnes. Hill et Bird (2006), utilisent la tâche de Six éléments et le test de Hayling pour tester les performances d’ordre exécutif, et inhibiteur en particulier. Ils montrent des difficultés à ce niveau chez des personnes avec SA seulement quand la tâche suppose l’implication de ressources attentionnelles en plus du contrôle inhibiteur. 123 Parmi les aires corticales impliquées dans le fonctionnement exécutif, le cortex préfrontal semble rassembler le plus d’arguments. Comme nous l’avons déjà précisé, le réseau orbito-frontal est un des circuits les plus importants dans le contrôle exécutif (Drewe, 1975). Une autre fonction importante du cortex orbito-frontal est l’apprentissage par association stimulus-renforcement et la correction de cette association quand les contingences du renforcement dans l’environnement changent. Les mécanismes de récompense activent les régions inférieures du cortex orbito-frontal (Roger, 1999). Décoder la valeur de renforcement6 des stimuli, qui implique pour les stimuli neutres l’apprentissage de leur association avec un renforçateur primaire et qui peut impliquer également le réapprentissage ou la modification des réponses quand les contingences du renforcement changent, est un rôle attribué au cortex orbito-frontal (Rolls, 2004). Cette modalité de produire des réponses comportementales est importante dans le comportement motivationnel et émotionnel. En ce qui concerne le comportement émotionnel, décoder et réajuster rapidement la valeur de renforcement des signaux visuels est primordiale, car les émotions peuvent être décrites comme des réponses provoquées par les signaux renforçateurs. Dans les situations sociales, l’habileté d’acquérir cet apprentissage très rapidement est d’une grande importance, car les stimuli renforçants changent en permanence et la valeur du renforcement est réévaluée continuellement. Les récompenses traitées par le cortex orbito-frontal incluent (à part les renforçateurs primaires comme le gout, l’odeur etc) les renforçateurs généraux comme obtenir « des points ». Les paradigmes d’apprentissage du renversement et de l’extinction, incluses dans l’apprentissage de l’association stimulus-renforçateur, font partie du travail de recherche sur la modulation du comportement dirigé par le but (goal-directed behaviour). L’apprentissage du renversement passe par deux étapes. D’abord, le participant doit discriminer entre deux stimuli et choisir celui pour lequel il est renforcé. Une fois appris, ce premier stimulus n’est plus gagnant, la récompense est inversée. Le participant doit changer son comportement, le moduler afin de continuer à obtenir une récompense. En conséquence, il doit inhiber la réponse préalablement renforcée et 6 On considère renforçateur positif le stimulus que le sujet cherche à obtenir ; le renforçateur négatif est le stimulus que le sujet cherche à éviter (Rolls, 1990). 124 « switcher »7 en faveur de la réponse inhibée initialement. Il est évident que le renversement se base sur des capacités de contrôle inhibiteur et sur la flexibilité. L’extinction représente la diminution d’un comportement par l’élimination du renforçateur qui le maintenait. Un comportement appris à travers le renforcement positif (obtenir une récompense à chaque fois que le comportement est observé) va diminuer/disparaître quand son effet est annulé. L’extinction suppose l’habilité d’inhiber un comportement préalablement acquis. Les patients avec des lésions orbito-frontales rencontrent des difficultés dans ce type de tâches. Ils présentent des persévérations (continuent à répondre au premier stimulus qui n’est plus pertinent). Ces patients présentent également des déficits dans le fonctionnement social (Rolls, 1994). Le déficit signalé chez les patients fronto-lésés mérite être exploré chez les personnes avec un trouble autistique, vu certaines ressemblances de fonctionnement entre les deux populations et le déficit préfrontal noté également chez les personnes avec SA. Notre étude a pour but de déterminer si les personnes avec SA ont des difficultés dans l’apprentissage de l’association stimulus-renforcement. Le test employé implique l’identification et l’extraction d’une règle implicite et l’apprentissage de la bonne association (répondre au stimulus gagnant et ne pas répondre au stimulus couteux). Des capacités d’inférence qui sous-tendent ces processus sont, ainsi, vérifiées. Cette étude vise, également, à tester la capacité de modulation du comportement en fonction du renversement du stimulus pertinent (flexibilité cognitive) et de la capacité à inhiber (inhibition cognitive) toutes les réponses qui ne rapportent plus de gain. Nous spécifions que ce test cible la flexibilité réactive, c’est-à-dire la flexibilité sensible au changement de l’environnement (cf. Shamay-Tsoory, 2002). L’ADI-R est un entretien semi-structuré avec les parents, ou une personne qui s’occupe de la personne avec autisme, permettant de compléter un premier diagnostic de l’autisme. L’ADI-R est axé sur trois critères principaux du diagnostique d’autisme : interactions sociales réciproques ; langage et communication ; comportements stéréotypés, répétitifs et restreints. Des corrélations entre la performance au test de renversement - extinction et les scores de l’ADI-R (Autism Diagnostic Interview-Revised, Lord, Rutter, & Le Couteur, 1994) dans 7 Par économie de mots, nous allons utiliser le terme « switcher » afin de définir un changement particulier d’un type de réponse à un stimulus en un autre. Ce changement implique l’inhibition de la première réponse en faveur de l’activation de la deuxième. 125 les domaines de comportements répétitifs et interaction sociale ont été réalisées, afin d’étudier un éventuel lien. Méthode L’étude présente a été approuvée par le jury étique local (Inserm, C07). Tous les participants ont signé un accord avant de participer volontairement à cette étude. La recherche a respecté les principes exprimés dans la déclaration de Helsinki (1983). Participants Le groupe clinique a été composé d’adultes avec Syndrome d’Asperger ou Autisme de Haut-Niveau. Nous n’avons pas distingué entre les deux catégories du spectre autistique, car nous avons considéré sans importance significative leur différenciation (voir la partie ) pour les aspects visés dans cette étude. Le groupe de 14 adultes avec SA et AHN a été recruté à l’Hôpital Albert Chenevier de Créteil. Le diagnostique a été posé par l’équipe de cliniciens de l’Hôpital, en conformité avec le DSM-(American Psychiatric Association, 1994) et le ASDI (Asperger Syndrome Diagnostic Interview, Gillberg, Gillberg, Rastam, & Wentz, 2001). Les membres de la famille des patients ont rempli également le ADI-R (Autism Diagnostic Interview, Lord et al., 1994). Leur réponses ont mis en évidence les même difficultés au niveau de l’interaction sociale, communication et comportement stéréotypé. Age (années) Genre M/F GROUPE ASPERGER 28.5 (7.3) 10:4 GROUPE COMPARAISON 28.9 (4.9) 12:4 Education (années, mois) 16 (2.4) 16.4 (1.5) QI Total (WAIS-III) 106 (23.5) 108.2 (12.1) QI verbal 111.7 (25.8) 108 (16.1) QI performance 97.5 (17.4) 105.3 (10.1) ADI-R Interaction sociale 17.7 (4.5) réciproque 11.25 (5.7) Communication Comportement stéréotypé 6.9 (3.9) - Tableau 4. Les données démographiques des participants à l’étude de renforcement et extinction. 126 Le groupe de comparaison (GC) a été formé de 16 personnes sans troubles autistiques. Ce groupe est équivalent avec le groupe AS en âge (t(28) = -0.195, p = 0.84), QI ( les scores au test t pour le IQ total, l’échelle verbale et l’échelle de performance : t(28) = -0.30, p = 0.75; t(28) = -0.46, p = 0.64; t(28) = -1.47, p = 0.1), sexe et éducation (t(28) = -0.46, p = 0.6). Une partie de ces participants a été recrutée parmi les étudiants de l’Université Paris 8 et l’autre partie a été constitué des bénévoles. Nous précisons que le QI a été estimé à l’aide d’une variante abrégée de la WAIS (Annexe 4), utilisée déjà dans d’autres études (Cyr & Brooker, 1984, Spaendonck, Berger, Horstink, Buytenhuijs & Cools, 1996). Ainsi, les échelles employées sont l’échelle arithmétique et de similitudes pour le coefficient verbal et l’échelle de complètement d’images et le code pour le coefficient de performance. L’avantage principal de cette variante est la durée de passation plus courte, ainsi que la diminution et l’accessibilité du matériel nécessaire. Procédure Le test utilisé comprend deux parties (1 et 2 dans le tableau 5). Dans un premier temps, les participants doivent apprendre à répondre à un des deux stimuli qui apparaissent l’un après l’autre sur un écran. Un de ces stimuli apportait un gain, et les participants devaient identifier le stimulus gagnant et le choisir systématiquement afin de gagner des points. Un point est accordé à chaque bon choix (ici, le pattern bleu) et un point est enlevé pour chaque mauvais choix (ici, le pattern rouge). Si les participant ne touchent pas du tout l’item, ils perdent un point si c’était le bon et gagnent un point si c’était l’item mauvais. Image 2.Exemple d’item gagnant. Si le sujet décide d’appuyer sur le pattern affiché sur l’écran, un point lui est accordé. Le participant est informé par le message affiché sur l’écran (« Vous avez gagné ! ») et par le point marqué en haut de l’écran. 127 Image 3. Exemple d’item perdant. Si le sujet décide d’appuyer sur le pattern affiché sur l’écran, un point lui est enlevé. Le participant est informé par le message affiché sur l’écran (« Vous avez perdu ! ») et le score marqué en haut de l’écran diminue. Le feed-back est donné après chaque essai par le score (qui diminue ou augmente) et par le message « vous avez gagné » ou « vous avez perdu » qui s’affiche sur l’écran. Le test a deux parties, chaque partie étant composée à son tour de deux blocs d’essais. Entre chaque bloc les participants ont réalisée une autre tâche pendant 5 minutes, sans lien avec ce test. Les deux blocs de la première partie (1a tâche de renversement) sont identiques, la couleur des patterns est le seul élément qui change. Dès que le participant touche un des patterns (carrés colorés) sur la partie haute de l’écran s’affichent le score et le message de feed-back apparaît. L’item reste affiché sur l’écran pendant 8 secondes quand il n’est pas touché et disparaît dès qu’on le touche. Le même item reste gagnant jusqu’à ce que le participant réussisse pendant 9 ou 10 essais successifs, réussite considérée le critère d’apprentissage. Ensuite la règle change et l’item perdant auparavant devient gagnant. Les participants ne reçoivent pas une instruction supplémentaire explicite. Au cours du premier bloc de la phase de renversement, la règle change maximum 3 fois. Les règles du deuxième bloc (1b) sont identiques. La deuxième partie du test (2), comprend une phase d’apprentissage et une phase d’extinction. Dans un premier temps (d’apprentissage), la tâche est la même que pour la première partie du bloc, mais à partir du moment où le participant identifie le bon item (critère atteint, 9 essai successifs réussis), une nouvelle règle est mise en place : pour gagner des points, il ne faut plus toucher aucun item (extinction). Si les items sont touchés, le participant perd des points. 128 PHASES/BLOCS APPRENTISSAGE EXTINCTION 1a (renversement) x - 1b (renversement) x - 2a x x 2b x x Tableau 5 . Le déroulement du test : phase 1a, de type apprentissage avec 2 ou 3 changements de règle au cours d’une trentaine d’essais ; phase 1b est identique, à part la couleur des items ; dans la phase 2a, après une première partie d’apprentissage suit l’extinction ; la phase 2b , identique avec la phase précédente diffère de celle-là seulement par la couleur des items. Pareil, cette phase (2) est composée de deux blocs d’essais (a et b) identiques au niveau de déroulement et différents par la couleur des items. Pour résumer, le déroulement du test d’al capo al fine peut être présenté de la manière suivante : Renversement phase apprentissage bloc a → premier renversement bloc a → 2ème renversement bloc a → 3ème renversement →PAUSE Renversement phase apprentissage bloc b → 1er renversement bloc b → 2ème renversement bloc b → 3ème renversement → PAUSE Extinction phase apprentissage bloc a → extinction →PAUSE Extinction phase apprentissage bloc b → extinction → FIN Les participants sont assis devant l’écran de l’ordinateur et l’expérimentateur leur donne les instructions suivantes : « Vous allez voir des dessins qui apparaissent sur cet écran. Il va falloir parfois appuyer, parfois ne pas appuyer selon une règle que vous allez trouver. A chaque fois que vous allez répondre correctement, vous allez gagner un point. Votre but est de gagner le maximum de points. Vous ne pouvez pas accélérer, il faut attendre que le message s’affiche sur l’écran pour pouvoir continuer. » Traitement des données et résultats Dans l’analyse des performances, plusieurs variables ont été considérées. D’abord, le nombre d’erreurs que les participants font avant de comprendre la bonne règle a été noté (dans la partie d’apprentissage). Le nombre des renversements de la règle dépend de la rapidité de l’apprentissage. Plus rapidement quelqu’un apprend la règle et l’applique, plus de renversements (max 3) sont possibles au cours des 30 essais totaux. Le nombre d’erreur qui 129 ont eu lieu après le premier renversement de la règle a été considéré une autre variable, afin d’obtenir des information sur la flexibilité (dans le renversement) et l’inhibition (dans l’extinction). Nombres d’erreurs commises avant d’obtenir le critère de réussite. Chaque participant commet un certain nombre d’erreurs avant de comprendre et appliquer la règle. Nous avons fixé comme critère d’acquisition de la règle la réussite à 9 essais consécutifs (dans les deux blocs d’essais de la partie renversement). Nous avons compté les erreurs commises avant. Dans le GC, les participants ont eu besoin de peu d’essais (m=1.9 ; t=0.9), tandis que les participants du groupe AS ont fait plus d’erreurs pour apprendre la règle (m=5.4 ; t=5.3). L’analyse ANOVA effectuée met en évidence un effet de groupe (F(1,28) = 6.21, p = 0.018), un effet du bloc d’essais (F(3,28) = 16.6, p < 0.0001), ainsi qu’une interaction groupe x bloc (F(1,28) = 5.67, p = 0.0014). Cela montre une meilleure performance des participants du groupe GC que ceux du groupe AS sur les deux blocs ensemble. Moyennes d'erreurs dans l'apprentissage 12 10 8 AS GC 6 4 2 0 1a 1b 2a 2b Les block d'essais Graphique 5. Les erreurs faites par les deux groupes (AS en bleu et CG en rouge) dans la phase d’apprentissage (avant l’acquisition du critère de réussite) dans les blocs d’essais du renversement (1a et 1b) et de l’extinction (2a et 2b). Une différence significative entre les deux groupes est mise en évidence dans le premier bloc de stimuli (1a). Tous les participants améliorent leur performances au cours du deuxième bloc par rapport au premier. Cet effet d’apprentissage est présent dans les deux groupes de participants. L’interaction groupe et bloc s’explique par le fait que la différence de performance entre les deux groupes n’est significative que pour le premier bloc. Dans le 130 deuxième bloc d’essais, les deux groupes apprennent la règle à la même vitesse et il n’y a plus de différence en nombre d’erreurs commises. Nombres de renversements. Pendant la passation d’un bloc d’essais il peut y avoir 3 renversements maximum (dans 1a et 1b). L’analyse de cette variable indique un effet de bloc (pour les deux groupes le nombre de renversements est plus élevé dans le deuxième bloc) (F(1,28) = 16.6, p = 0.0003). Ni l’effet groupe, ni l’effet d’interactions ne sont significatifs (F(1,28) = 1.55, p = 0.22 ; F(1,28) = 3.4, p = 0.07). Les deux groupes de participants ont une meilleure performance dans la deuxième série de patterns (1b). Erreurs commises et erreurs par omission après le premier renversement. Des points ont été enlevés quand le participant à raté le bon item (il n’a pas appuyé dessus) et on a appelé cela « erreur par omission ». Si le participant appuyait sur le mauvais item (« erreur commise »), il perdait également des points. Pour les deux séries d’essais (phase de renversement) nous avons compté les erreurs de chaque type qui ont eu lieu après le premier changement de règle. Pour la phase d’extinction, il ne s’agit que d’erreurs commises, que nous avons également compté. Moyennes d'erreurs après le changement de la règle 12 10 8 AS GC 6 4 2 0 1a 1b 2a 2b Les blocks d'essais Graphique 6 . Les erreurs faites par les deux groupes (AS en bleu et CG en rouge) après le changement de la règle dans les blocs d’essais du renversement (1a et 1b) et de l’extinction (2a et 2b). La seule différence significative entre les deux groupes est retrouvée dans le bloc 2a. Les résultats des statistiques montrent une diminution des erreurs dans le deuxième bloc (F(1,28) = 13.1, p = 0.001) pour les deux groupes. L’effet groupe (F(1,28) = 3.16, p = 0.09) et l’interaction groupe x bloc (F(1,28) = 1.91, p = 0.17) ne sont pas significatives. 131 Dans la phase d’extinction, la différence entre les performances des deux groupes, les deux blocs confondus, n’est pas significative. Néanmoins, une tendance à commettre plus d’erreurs dans le groupe AS que dans GC a été remarquée (F(1,28) = 2.9, p = 0.09). Il y a un effet des blocs dans cette phase : les deux groupes améliorent leur réponses dans le deuxième bloc d’essais (F(1,28) = 57.3, p < 0.0001). Le groupe AS fait plus d’erreurs que le GC dans le premier bloc (p = 0.03), mais cette différence n’est plus significative dans le deuxième bloc (effet d’interaction groupe x bloc : F(2,28) = 8.3, p = 0.007). Corrélation avec ADI-R Le nombre d’erreurs faites pendant l’apprentissage de la phase de renversement corrèle positivement avec le score d’interaction sociale (r = 0.69, z = 2.84; p = 0.004) obtenu à l’ADI-R (Autism Diagnostic Interview-Revised, Lord et al., 1994). Les autres mesures (nombre de renversements, erreurs commises ou par omission) ne sont pas liées aux scores cliniques d’interaction sociale et des comportements stéréotypés. Discussion Un test d’apprentissage des associations stimulus-récompense, d’apprentissage du renversement et extinction du comportement en réponse à un stimulus a été fait passer aux adultes avec SA afin de tester leurs performances. Ce test avait mis en évidence auparavant des difficultés dans l’adaptation du comportement en fonction du renforcement chez des patients avec des lésions cérébrales préfrontales (Rolls et al.,1994). La tâche proposée (avec la phase de renversement et phase d’extinction) a permis de tester la modulation du comportement (ici, la réponse au stimuli) en fonction de la valeur de sa conséquence (gain ou perte). Après l’apprentissage d’une certaine règle (répondre à un stimulus et ignorer l’autre), la règle change. Le stimulus préalablement renforcé n’est plus pertinent pour la tâche, el celui qui avait été ignoré devient adapté. Les participants doivent changer le comportement préalablement acquis afin de répondre correctement. Dans la phase d’extinction, une fois que la règle (la même) a été appliquée correctement, il n’est plus adapté de répondre à aucun des deux stimuli. Ainsi, cette tâche demande la suppression du comportement préalablement renforcé. Il y a des évidences du rôle de ce type de mécanisme dans l’auto réglage des comportements sociaux et émotionnels (Bachevalier & Loveland, 2006; Bechara et al., 2000; Rolls et al., 1994). Ces résultats ont mis en évidence une difficulté dans l’apprentissage d’un comportement de réponse à un stimulus suivi d’une récompense chez les personnes avec SA. 132 Cette difficulté est illustrée par le nombre d’erreurs plus grand dans la phase d’apprentissage chez le groupe AS que chez GC. La performance à ce test s’améliore dans les deux groupes, ainsi que dans la deuxième phase, les différences ne sont plus significatives. Les participants des deux groupes réalisent le même nombre de renversements. Ce fait indique que le changement de la règle dans les deux sens (changement du stimulus pertinent) ne pose pas des difficultés chez les participants. Ils changent leur réponse (appuient sur l’autre stimulus) dès que la précédente n’est plus renforcée (n’est plus suivi par la récompense, mais au contraire, elle fait perdre des points). Le nombre d’erreurs réalisées après le premier renversement, c’est-à-dire après le premier changement de règle (le stimulus préalablement renforcé n’est plus pertinent) est le même dans les deux groupes. Ce résultat suggère que la capacité d’inhiber une réponse apprise pour répondre à un autre stimulus est intacte. L’adaptation du comportement au changement de règles fait la preuve d’une flexibilité réactive préservée chez les personnes avec AS, ce résultat étant en accord avec celui de Shamay-Tsoory et al. (2002). Au cas de l’extinction, la tâche est de ne plus répondre aux stimuli. Au deuxième bloc d’essais, les performances des deux groupes sont similaires, même si les participants du groupe AS avaient fait plus d’erreurs que les groupe GC au premier bloc d’essais. La tâche d’extinction vise plus précisément la capacité d’inhibition. On observe un apprentissage plus lent chez le groupe AS, mais le contrôle inhibiteur n’est pas atteint. On observe également l’effet d’apprentissage à travers les deux bloc d’essais dans les deux groupes. Cela indique la capacité de transfert des règles apprises dans un certain contexte à une nouvelle situation. Le transfert de règles suppose une capacité métacognitive. Néanmoins, dans ce test, les situations sont quasiment similaires, et donc une éventuelle application rigide du principe appris peut fonctionner. L’apprentissage d’une nouvelle règle stimulus-récompense se fait plus lentement chez les personnes avec AS. Elles peuvent rencontrer des difficultés à allouer une valence positive au stimulus, quand cette attribution doit se faire rapidement. En revanche, une fois que le critère (arbitrairement fixé à 9 essais consécutifs réussis) est touché, les personnes avec AS changent leur réponse ou bloquent les réponses non appropriées. Le renversement de la règle suppose une flexibilité réactive à l’œuvre. Un comportement récemment appris, celui de répondre au stimulus X et ne pas répondre au stimulus Y doit se modifier vite. Le changement de la règle implique l’inhibition de la 133 réponse préalablement activée (appuyer sur X) et l’activation de la réponse préalablement inhibée (appuyer sur Y). Les deux populations participantes au test ont fait plus d’erreurs avant d’apprendre cette nouvelle règle que pour identifier, apprendre et appliquer la première règle. Ces réapprentissages sont couteux au niveau de temps et des performances en même mesure dans les deux groupes. Dans la vie de tous les jours, l’environnement est en permanent changement. Nous sommes obligés de nous adapter en permanence à ces changements et nous le faisons en utilisant ce jeu d’activation-inhibition pour donner des réponses pertinentes. Les personnes avec SA, qui semblent déficitaires dans l’adaptation aux changements dans le milieu naturel, ont le même pattern de réponses que les personnes typiques dans la situation spécifique de ce test. Dans la vie de tous les jours, la résistance au changement, le passage difficile d’une activité à une autre ou bien la présence des comportements stéréotypés ou répétitifs semblent confirmer un trouble au niveau de la flexibilité (South, Ozonoff, & Mcmahon, 2007). Pourquoi donc ces deux populations se différencient tant dans les tâches de flexibilité imposées par l’environnement ? Certes, le test employé dans cette étude visait la capacité de flexibilité « pure cognitive », si on peut l’appeler ainsi. Les stimuli sont neutres, sans aucune valence sociale comme c’est le cas dans la plupart des situations quotidiennes. En plus, une fois appris, le principe des règles de ce test est simple, de type : A, nonB. Il reste le même (à part la phase d’extinction, quand il devient nonA, nonB), ce ne sont que les stimuli qui changent. Ainsi, quand la règle change, la conséquence devient prévisible et sa résolution toujours fixe: B, nonA, ce qui est rarement le cas dans l’environnement courant. On peut suggérer que les capacités d’apprentissage des règles, d’application des règles apprises à d’autres situations, l’extraction d’une règle implicite et de changement du comportement en fonction des demandes du contexte sont préservés tant que l’environnement reste prévisible, sans impliquer des conséquences « nuancées ». Globalement, les résultats de notre étude sont en accord avec des recherches antérieures soutenant l’idée de la préservation de la capacité inhibitrice. En absence du renforcement positif, une réponse à un stimulus est estompée dans les deux groupes participants. Pourtant, dans le premier bloc d’essais de l’extinction, qui demande la suppression de toutes les réponses, on a noté une différence entre les deux groupes. Interprétable plus comme une tendance qu’un trait définitoire du groupe SA (étant donné la petite taille de l’échantillon), la difficulté à inhiber pareillement le comportement 134 préalablement renforcé et l’alternative opposée est présente dans ce groupe. Dans l’extinction, le participant doit inhiber toutes les variantes de réponse connues par les épreuves précédentes - A, nonB (appuyer sur A), nonA, B (appuyer sur B), ainsi que le raisonnement « si A et non B, alors non A et B » qui a permis de comprendre et d’appliquer le changement de la règle dans le cas du renversement. On peut assumer que l’extinction suppose une double inhibition, une fois au niveau de la règle proprement dite et ensuite, au niveau du « switch ». Ainsi, le comportement compulsif d’appuyer sur un stimulus ou sur l’autre est estompé plus lentement dans le groupe avec SA que dans le groupe typique. Les bonnes capacités d’apprentissage des personnes avec SA soulignées dans cet étude montrent leur sensibilité face au renforcement. Cette sensibilité représente le principal outil dans le travail avec les enfants autistes dans plusieurs approches actuelles, comme l’ABA (Applied Behaviour Analysis). La motivation obtenue par le principe du renforcement est le moteur de base dans les apprentissages, apprentissages possibles tant au plan cognitif que social, avec une riche variation des situations, des stimuli et des conséquences. 135 DISCUSSION GENERALE 136 Les objectifs de cette thèse étaient d’étudier les capacités de mentalisation et les capacités d’apprentissage exécutif chez les personnes adultes avec troubles du spectre autistique avec un haut niveau de fonctionnement. Nous avons présenté dans le Chapitre 1 les caractéristiques du spectre autistique avec les différentes catégories diagnostiques, parmi lesquelles le Syndrome d’Asperger. Nous avons décrit le tableau clinique et les déficits principaux du spectre, parmi lesquels se situe le déficit social. Dans le Chapitre 2 nous avons défini les différents processus liés à la cognition sociale en présentant les modèles actuels de leur émergence et de leur évolution dans le développement typique. Nous avons considéré essentiel d’expliquer le fonctionnement de ces processus en condition ordinaire, afin de mieux comprendre les implications d’une difficulté à leur niveau. Cette partie a été nécessaire pour la compréhension des théories explicatives de l’autisme, le sujet du Chapitre 3. En effet, dans le Chapitre 3 nous avons exposé les différentes explications théoriques des troubles autistiques. Nous avons insisté plus sur la théorie du déficit de la mentalisation, car elle présente une importance particulière pour les études expérimentales de cette thèse. Dans le Chapitre 4 nous avons présenté les plus importants paradigmes expérimentaux destinés à tester la capacité de mentalisation, ou la théorie de l’esprit. Cet exposé offre le cadre qui permet de situer deux de nos études (étude des faux pas et étude des récits sociaux) dans la dynamique des recherches actuelles sur ce sujet. La partie expérimentale comprend trois études effectuées chez des adultes avec Syndrome d’Asperger et chez des adultes sans troubles. Dans les deux premières études (Chapitre 5 et Chapitre 6) nous sommes partis de l’idée selon laquelle les épreuves classiques de théorie de l’esprit ne repèrent pas les difficultés des personnes avec troubles autistiques qui ont un haut niveau de fonctionnement. Dans la première étude (Chapitre 5), nous avons employé la tâche des faux pas, une tâche avancée de théorie de l’esprit qui n’avait pas été utilisée auparavant chez des personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Nos résultats ont mis en évidence des déficits au niveau de l’interprétation des actions non intentionnelles et au niveau de l’empathie chez personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Notre analyse a permit de décortiquer différents aspects compris dans la mentalisation (ex., fausse croyance, compréhension de l’intentionnalité, empathie, attribution d’états mentaux). Dans la deuxième étude (Chapitre 6) nous avons élaboré et testé une nouvelle tâche afin d’examiner les interprétations des situations sociales dans un groupe d’adultes avec 137 Syndrome d’Asperger et dans un groupe de comparaison. Dans cette même étude nous avons étudié l’influence externe dans l’interprétation sociale dans les deux groupes. Nous avons montré une similarité surprenante entre les deux groupes dans la manière d’interpréter les interactions sociales neutres. Un autre résultat intéressant a été la tendance, chez les personnes avec Syndrome d’Asperger, à moduler leur avis en fonction d’un avis externe. Nous avons discuté le premier résultat en termes d’implication des fonctions exécutives dans la résolution de la tâche. La flexibilité de l’opinion notée chez les participants du groupe avec Syndrome d’Asperger a été mise en rapport avec une « naïveté épistémique » soupçonnée chez cette population. Une dernière étude (Chapitre 7) a visé les capacités d’apprentissage basées sur le renforcement chez des personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Nous avons montré des capacités préservés d’apprentissage dans la population avec Syndrome d’Asperger, tout en soulignant une difficulté au niveau de la flexibilité cognitive. Ce résultat peut répondre en partie à la question du comportement stéréotypé signalé dans le spectre autistique. Il peut également expliquer par quel mécanisme (celui de l’apprentissage renforcé) se mettent en place les mécanismes compensatoires chez les personnes avec un haut niveau de fonctionnement au niveau de la compréhension sociale et du comportement social. Ce fait peut avoir des implications sur la prise en charge des personnes avec troubles autistiques. Le déficit le plus reconnu et intrigant dans le spectre autistique en général et dans le Syndrome d’Asperger en particulier est le déficit social. Depuis une trentaine d’années les recherches sur la mentalisation chez les personnes avec troubles du spectre autistique se sont multipliées et diversifiées. Elles visent des aspects différents de la mentalisation. Les études exposées dans cette thèse s’inscrivent dans la direction de recherches traditionnelles. Nous avons essayé d’apporter une perspective nouvelle dans l’interprétation des résultats. En revanche, notre matériel ne nous a pas permis d’obtenir beaucoup d’informations sur des difficultés mentales plus spécifiques comme celle en métacognition, que nous pouvons seulement déduire. Nous allons situer par la suite les implications de nos résultats dans la scène plus générale de la recherche actuelle. Nous allons également proposer des directions possibles de recherches qui pourraient être explorées dans l’avenir. 138 La nécessité d’intégrer le soi dans les études sur la mentalisation Il est généralement accepté qu’au moins une partie des personnes avec autisme acquièrent une capacité rudimentaire explicite de mentalisation même si ceci apparait à un moment plus tardif dans le développement (Happé, 1995). Cette capacité peut masquer les vrais déficits dans la compréhension et l’attribution d’états mentaux, comme le montrent les études sur la mentalisation automatique ou implicite (Klin, 2000 ; Senju et al., 2010). D’ailleurs, une des principales prémisses de la théorie de la cécité mentale est l’idée selon laquelle tandis que la population générale possède un mécanisme (unique, selon certains auteurs, comme Carruthers) ou mécanismes (selon Baron-Cohen, 1995 ; Leslie, 1994) intact pour se représenter ou attribuer états mentaux à soi-même ou aux autres, ce mécanisme est profondément perturbé chez les personnes avec autisme. Nous observons que les mécanismes de mentalisation proposés dans la litérature spécialisée sont centrés sur les autres par leur nature (Baron-Cohen, 1995, Leslie, 1994) : comment les individus lisent les indices sociaux des autres (expressions faciales, direction du regard, posture corporelle etc.), comment ils détectent l’intentionnalité ou la représentation d’un état mental. Néanmoins, ces mécanismes « centrés sur les autres » n’arrivent pas à expliquer comment les personnes avec autisme réussissent à naviguer et à interagir avec le monde social. En effet, l’exécution des deux tâches que nous avons utilisées dans nos études (la tâche des faux pas et la tâche des récits sociaux) requiert la compréhension des mécanismes de mentalisation centrés sur les autres. Nous notons que les dernières années, le soi a commencé à être dans l’attention des approches de la cécité mentale dans l’autisme par plusieurs chercheurs (Carruthers, 2009; Frith, 2003; Frith & Happe, 1999; Happe, 2003; Williams & Happé, 2010). Le but central de ces recherches est de mettre à jour l’approche de la cécité mentale à travers l’intégration de nouveaux facteurs qui prennent en compte l’importance du processus autoréférentiel (selfreferential). La tendance actuelle est, ainsi, de considérer une perspective plus équilibrée sur les difficultés sociales des personnes avec autisme, perspective qui implique à la fois les mécanismes sociocognitifs et le processus atypique d’autoréférence retrouvé chez ces personnes. Chacun d’entre nous est un soi dans un monde sociale riche, plein d’autres soi. Le soi n’est pas unidimensionnel, au contraire. Le concept de soi est représenté par un groupe de traits dans un espace multidimensionnel. Cette multidimensionnalité nous permet de partager 139 des traits communs avec les autres, tout en restant uniques. Lombardo et Baron-Cohen (2010) appelle cette qualité « la dualité du soi ». La dualité du soi est importante dans la mentalisation, car le permanent trafic entre les similarités et les différences entre nous et les autres peut être utilisé à combler la différence entre la perception des autres et de nous-mêmes (Lombardo, Baron-Cohen, 2010). Les relations que nous avons avec les autres ont un rôle dans la perception multidimensionnelle que nous avons sur les autres et sur nous-mêmes (Andersen & Chen, 2002). Par exemple, la relation unique qu’on développe avec une personne proche affecte la façon dont on perçoit cette personne en particulier, indépendamment de la façon dont on perçoit les autres en général. Cet effet est nommé l’effet de la relation (relationship-effect) et représente une propriété émergente de l’interaction entre la cible (une autre personne) et celui qui perçoit (soi-même). Comme on a noté toute à l’heure, une grande partie des recherches sur les difficultés sociales dans l’autisme est plutôt limitée, car elles se concentrent sur la lecture des indices sociaux des autres (traitement des visages, reconnaissance des émotions, compréhension des actions etc). Nous considérons qu’il est nécessaire d’adopter une perspective plus relationnelle, afin de mettre en évidence des complexités plus profondes des relations interpersonnelles. Les mécanismes de la compréhension des indices sociaux qui viennent des autres, en conditions expérimentales, ne couvrent pas toute la variabilité des difficultés sociales des personnes avec autisme dans le monde réel. Par exemple, certaines propriétés des interactions sociales sont exclues dans les conditions de laboratoire. Une de ces propriétés qui n’est pas prise en compte dans les conditions de test est l’effet de la relation entre les participants à l’interaction. L’approche traditionnelle a souligné des effets plus généraux qui font partie du processus de mentalisation (e.g. la capacité de représenter des états mentaux) mais qui sont plutôt indépendants des effets qui émergent de l’interaction sociale proprement dite, comme les effets de la relation. Les deux manières d’étudier la mentalisation - pendant une interaction sociale ou en dehors d’une interaction sociale - sont importantes et apportent des informations complémentaires sur les mécanismes impliqués dans la cécité mentale. Dans la nouvelle perspective, le mécanisme qui est à la base de la mentalisation est un mécanisme qui intègre l’information issue de la relation entre soi et l’autre plutôt qu’un mécanisme qui attribue une attitude propositionnelle à un agent (Lombardo & Baron-Cohen, 2010). 140 Vu la richesse des avantages issues de la perception des différences et des similarités entre soi et les autres pour la compréhension de l’esprit, nous considérons qu’il est important de prendre en compte le soi quand on parle de la cécité mentale et des difficultés sociales dans l’autisme. Par quel mécanisme accédons-nous aux états mentaux des autres ? En théorie, la mentalisation permet l’accès aux états mentaux des autres. La « lecture de l’esprit » et des pensées des autres reste encore sujet de la littérature science-fiction. Néanmoins, la recherche et l’expérience pratique a permis l’élaboration des théories sur la modalité d’accéder aux états mentaux des autres. Selon certains auteurs (Goldman, 2006) nous nous servons de nos propres connaissances de nos états mentaux pour simuler et ainsi comprendre les états mentaux des autres. Comme nous avons accès direct à nos propres expériences et vie mentale, nous exploitons cette information dans des contextes sans accès direct aux pensées et aux émotions des autres. Ce processus a été nommé « simulation » (Goldman, 2006) et il est sujet d’étude dans plusieurs domaines, comme cognition sociale, neurosciences et philosophie. Le consensus général est que nous utilisons l’accès à notre phénoménologie afin de gagner une fenêtre vers la phénoménologie des autres. Ce n’est pas la seule modalité de connaître l’esprit des autres, mais c’est une voie importante quand il n’y a pas beaucoup d’information sur l’autre personne. Toutefois, selon d’autres auteurs comme Carruthers (2009) : l’introspection implique les mêmes fondements que la mentalisation (comprendre l’état mental des autres). Ces résultats suggèrent l’existence d’un mécanisme commun au processus autoréférentiel et à la cognition sociale. Ce mécanisme serait impliqué dans la représentation d’états mentaux proprement dite (autant pour soi-même que pour les autres). Des études récentes montrent que les personnes avec autisme ont des difficultés autant dans le traitement autoréférentiel que sociocognitif (Williams & Happe, 2009, 2010), les personnes avec Syndrome d’Asperger ont des difficultés dans la reconnaissance de leurs propres états mentaux et de ceux des autres et qu’un mécanisme unique soutiennent les deux. Tandis que Carruthers (2010) considère ce mécanisme unique, d’autres auteurs (Lombardo & Baron-Cohen, 2010) stipulent qu’il y a plusieurs mécanismes qui contribuent à la cécité mentale concernant le soi ou les autres. Selon ces mêmes auteurs, certains de ces 141 mécanismes ont un effet sur soi, sur les autres ou bien sur l’interaction entre les deux au cours d’une interaction sociale. Notre étude des faux pas met en évidence une difficulté à accepter et reconnaître la non-intentionnalité chez les personnes adultes avec Syndrome d’Asperger. Sans se proposer de tester par quel mécanisme ces personnes identifient le faux pas, cette étude apporte pourtant quelques indices. Ainsi, il semble que l’identification du faux pas se fait par un processus extérieur à soi, comme celui de la reconnaissance d’une règle non respectée. Sans pouvoir exclure la simulation, les patients participants montrent plutôt que l’attribution d’états mentaux se base sur des signes externes (comme la ponctuation du texte). Dans ce sens peut s’expliquer la difficulté à la question d’empathie mise en évidence dans ce test. Williams et Happé (2010) suggèrent que les individus avec Syndrome d’Asperger ont une conscience faible de leur propres états intentionnels. Dans leur étude, les participants avec Syndrome d’Asperger ont présenté des difficultés à ne pas attribuer une intention à leur réflexe rotulien (qui est automatique) et à reconnaître la non intentionnalité de leurs propres actions erronées. Ces difficultés sont associées aux déficits dans la représentation des fausses croyances. Leurs résultats indiquent le fait que la reconnaissance des intentions et des fausses croyances dépend du même mécanisme représentationnel. L’argument de Williams et Happé peut expliquer pourquoi les questions d’empathie et de non-intentionnalité (ou de fausse croyance) ont été les plus difficiles pour les participants avec SA. Autrement dit, un même mécanisme représentationnel est responsable des intentions et des fausses croyances et ce mécanisme est perturbé chez les personnes avec Syndrome d’Asperger. Les déficits dans la représentation de ses propres états mentaux sont au moins aussi profonds que les déficits dans la représentation des états mentaux des autres dans le Syndrome d’Asperger. Cela rejoigne d’autres preuves de la conscience de soi (self-awarnes) diminuée chez les personnes avec Syndrome d’Asperger et des déficits dans la « théorie de son propre esprit » (Frith & Happé, 1999). Dans notre étude des faux pas, seule la question sur l’empathie peut donner des informations sur les états mentaux propres aux participants (à travers la simulation). Et cela reste une mesure indirecte de « la théorie de son propre esprit » et donc, elle est exposée aux spéculations. 142 Métareprésentation et fonctionnement exécutif dans la tâche de renversement Le lien entre la métareprésentation et le fonctionnement exécutif a été suggéré par différents chercheurs. Ce lien peut permettre une perspective nouvelle sur la tâche de renversement utilisée dans notre troisième étude. Russel (1998) affirme que les tests classiques de fonctionnement exécutif (comme le WCST) requièrent des métareprésentations. Dans ces tests, les participants doivent former des pensées de deuxième ordre, qu’on peut considérer comme métareprésentationnelles. Par exemple, dans le WCST, après un signal d’erreur, ils doivent abandonner l’ancienne règle (par exemple, « classer par la couleur ») pour en adopter une nouvelle (comme « classer par la forme »). Selon Russel (1998), on ne peut pas le faire sans avoir la représentation de second ordre de l’ancienne règle, dans le sens où l’attribut « erroné » doit lui être associé une fois que son résultat a été observé. L’attribut « approprié » doit être associé au classement par forme. Un tel processus est présent quand le sujet change sa stratégie de manière plus ou moins immédiate, par opposition à un changement graduel de comportement adapté à la nouvelle situation dans le cas du renforcement. Russel (1998) distingue deux composantes de métareprésentation impliquées dans ce type d’activité exécutive : la cognition surordonnée et l’application d’une règle. La littérature spécialisée n’offre pas d’études précises sur la capacité de surordonner chez les personnes avec autisme. La faible cohérence centrale (Frith, 1989) pourrait représenter une forme de cognition surordonnée qui est perturbée chez les personnes avec autisme. Par ailleurs, la tâche de renversement que nous avons utilisée dans la troisième étude apporte des informations sur les difficultés d’application d’une règle. Certains tests exécutifs impliquent des règles, arbitraires ou non arbitraires. Les règles arbitraires sont des constructions mentales qui ne supposent pas un effet immédiat perceptible sur le monde. Les règles non arbitraires ont un effet perceptible sur l’environnement et elles se réduisent à la structure causale du monde. Même si toutes les tâches exécutives supposent que l’on résiste à des réponses prépotentes et qu’on garde en tête une information pendant que la réponse prépotente est inhibée, il se peut que cette information n’ait pas la forme d’une règle arbitraire. Quand ce n’est pas le cas, le participant doit garder à l’esprit un état du monde plutôt que la marche à suivre dans une procédure arbitrairement choisie. 143 Dans notre tâche de renversement-extinction, les règles arbitraires nécessaires à l’exécution réussie de la tâche doivent être représentées comme nécessaires à la réussite : « cesser de choisir le pattern 1 et choisir le pattern 2 ». Autrement dit, les participants doivent construire la copie mentale de ce qu’ils ont appréhendé, la traiter comme une règle et guider leur comportement par son aide. La vigilance épistémique et l’acceptation de l’opinion externe dans l’étude des récits sociaux Par le prisme de la littérature spécialisée très récente (2009, 2010), la modulation de l’opinion en fonction d’un avis externe peut être interprétée non pas comme une preuve de flexibilité préservée, mais plutôt d’une immaturité épistémique. Ainsi, dans la lumière de nouvelles approches, la tendance à changer son propre avis en fonction de l’autre notée dans notre étude des récits sociaux chez les personnes avec Syndrome d’Asperger reçoit une autre possible explication. La prise de décision s’améliore-t-elle quand on demande à plusieurs personnes de se mettre d’accord? En effet, la performance conjointe dépasse celle de chacun des individus, de leur moyenne, ou même du meilleur des deux. Les capacités métacognitives et la conscience ont peut-être évolué précisément afin de faciliter l’échange entre individus et la prise de décision en société (Bahrami, Olsen, Latham, Roepstorff, Rees & Frith, 2010). En accord avec cette hypothèse, dans notre étude des récits sociaux, les patients avec Syndrome d’Asperger qui sont conscients de leurs déficits sociaux (vu les résultats à l’autoquestionnaire) prennent en compte l’avis externe. Quand les gens font des jugements en condition d’incertitude, ils commencent par une valeur automatique basée sur l’information disponible immédiatement et ensuite, ils passent par un processus sériel d’ajustements. D’habitude, le résultat de ces ajustements est biaisé en faveur de la valeur initiale (Lombardo & Baron-Cohen, 2010). Les valeurs initiales dans le jugement social sont basées sur l’information la plus disponible. Comme l’information sur soi-même est la plus disponible, elle semble représenter automatiquement la valeur initiale « par défaut » dans les jugements sociaux. Dans l’étude des récits, les participants du groupe de comparaison changent rarement d’avis. Leur réponse initiale peut correspondre à l’information sur soi-même, qui est la plus disponible. C'est-à-dire, la réponse initiale représente la valeur initiale qui va biaiser les 144 ajustements ultérieurs. Les adultes typiques excluent l’avis extérieur, car ils sont fortement centrés sur la valeur initiale de leur réponse. D’un autre point de vue, celui de Sperber (1994), les adultes typiques possèdent une vigilance épistémique mure. Ils se méfient de l’avis externe, car ils savent que cela peut être source de désinformation. Une capacité mure de vigilance épistémique suppose trois aspects : un aspect moral (lié à la bienveillance), un aspect épistémique (reconnaissance du faux) et un aspect mental (comprendre l’intention de tromperie) (Mascaro & Sperber, 2009). Vers l’âge de 4 ans, les enfants comprennent les deux premiers aspects, tandis que la dimension de mentalisation est comprise plus tard dans le développement typique (entre 5 et 6 ans). Comprendre que A essaie de tromper B implique le fait d’attribuer à A l’intention de causer à B une fausse croyance. Cette attribution est une méta représentation de deuxième ordre. Sperber (1994, 2010) considère qu’une vigilance épistémique complète suppose à la fois des capacités épistémiques (reconnaître la fausseté d’une affirmation) et des capacités de mentalisation (comprendre les intentions de l’informateur). Chez les enfants plus jeunes de 5 ans, la capacité épistémique peut exister sans la mentalisation. Ils ne peuvent pas inférer la fausseté d’une affirmation à partir de la compréhension de l’intention de tromperie de l’informateur. Sperber (2010) prétend que les humains possèdent des mécanismes cognitifs dédiés à la vigilance épistémique. Les gens peuvent gagner beaucoup à travers la communication avec les autres, mais cela les expose au risque d’être accidentellement ou intentionnellement désinformés, ce qui peut réduire ou annuler ces gains. Malgré ces risques, la communication reste une des sources les plus importantes d’information. Cela montre que les individus sont capables d’ajuster leur confiance de telle manière que la communication reste avantageuse autant pour l’émetteur que pour le récepteur (Sperber, 2010). Dans la situation de tromperie, la vigilance épistémique requiert la compréhension de l’état épistémique et, également, de l’état intentionnel de celui qui donne une information. Cela implique l’utilisation des méta représentations d’ordre supérieur, comme par exemple : « il croit « p », mais il veut me faire croire « non-p » ». Autrement dit, il faut comprendre une attribution de croyance de premier ordre (il croit « p ») en combinaison avec une attribution d’intention de deuxième ordre (il veut me faire croire « non-p »). Dans le développement de la vigilance épistémique il y a des parallèles avec la mentalisation. 145 A l’âge de 4 ans, les enfants commencent à comprendre la qualité épistémique des croyances des autres. Ils deviennent sélectifs dans la confiance aux autres et désirent manipuler les croyances des autres. Comme précisé dans la première partie de ce travail, 4 ans est l’âge auquel les enfants passent avec succès la tâche de fausse croyance. La conscience (awareness) de la fausseté des croyances des autres représente la base de la vigilance épistémique à l’âge adulte (Sperber, 2010). En revanche, comme l’indique notre étude, les adultes avec Syndrome d’Asperger se situent au stade « d’optimisme naïf », quand l’attribution même de l’intentionnalité est difficile (vu les résultats aux faux pas). Ils seront plus ouverts à l’acceptation de l’avis externe, car ils sont moins conscients du danger de la désinformation et donc, ils sont moins prudents. 146 Conclusion Nos études confirment la présence du déficit social chez les adultes avec Syndrome d’Asperger, même s’il se situe à un niveau plus subtil. Néanmoins, un résultat de grande importance pour les prises en charge éducatives et de réhabilitation sociale est représenté par les bonnes capacités d’apprentissage exécutif renforcé retrouvées chez ces personnes. La littérature spécialisée dans la psychologie développementale dévoile des preuves de transfert métacognitif qui a lieu des fonctions exécutives vers les capacités de théorie de l’esprit (Carlson & Moses, 2001 ; Perner & Lang, 2002). De plus, Kloo et Perner (2003) avaient mis en évidence des bénéfices réciproques dans les deux domaines après un apprentissage de l’un ou de l’autre. Les méthodes comportementales de prise en charge des personnes avec troubles du spectre autistique se penchent vers l’apprentissage renforcé. Malheureusement, cet apprentissage cible des compétences purement cognitives, comme le classement, la catégorisation, l’assimilation d’informations. Mises ensemble, ces informations donnent la possibilité d’entrainement de certaines capacités d’apprentissage et leur transfert dans le domaine social. La situation idéale serait que ce transfert ait lieu dans un contexte naturel, dans l’environnement courant de la personne avec trouble autistique. Ainsi, des compétences sociales comme le contact visuel, l’interpellation, la communication de ses désirs et souhaits et la modulation de son comportement en fonction du feed-back d’autrui peuvent faire l’objet d’ apprentissages renforcés. Les fonctions exécutives demandées dans toutes les situations de résolution de problème s’appliquent très bien dans le domaine social. L’entrainement de ces fonctions peut avoir des effets positifs sur le plan social. Prenons l’exemple de la flexibilité mentale : l’entrainement de cette capacité et le transfert immédiat dans un contexte social concret peut se traduire par une réduction de la rigidité des routines. Nous évoquons une situation à laquelle nous avons été témoin. Une petite fille avec Syndrome d’Asperger joue à côté d’un adulte, mais veut jouer avec l’adulte. L’adulte lui explique qu’elle doit regarder la personne qu’elle a en face d’elle afin de pouvoir l’interpeller et commencer un jeu interactif. Et la petite fille répond : « Oh, je ne savais pas ! Merci de me l’avoir appris ! » . 147 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 148 Abell, F., Happe, F., & Frith, U. (2000). Do triangles play tricks? Attribution of mental states to animated shapes in normal and abnormal development. Cognitive Development, 15, 1-16. Abell, F., Krams, M, Ashburner, J., Passingham, R., Friston, K., Frackowiak, R., Happe, F., Frith, C., & Frith, U. (1999). The neuroanatomy of autism: a voxel-based whole brain analysis of structural scans. Neuroreport, 10, 1647-1651. Adolphs, R., Sears, L., & Piven, J. (2001). Abnormal processing of social information from faces in autism. 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Amsterdam: John Benjamins. http://www.autismresearchcentre.com/tests/fauxpas_test_adult.asp http://www.dsm5.org www.autism.fm/sat.html 165 ANNEXES 166 Annexe 1 : Test des faux pas (Baron-Cohen, S. & Stone, V. 1998) Scenario 1 Julie se trouve à une fête chez son ami Oliver. Elle parle à Olivier quand une autre femme s'approche d'eux. C'est une des voisines d'Olivier. La femme dit: "Bonjour!" puis elle se retourne vers Julie et ajoute: "Je ne pense pas que nous nous connaissons, je m'appelle Marie, et vous?"; "Julie!" répond-elle. A ce moment, Olivier demande: "Quelqu'un veut-il quelque chose à boire?" Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit ? • Oliver savait-il que Julie et Marie ne se connaissaient pas ? • Qu'est-ce que Julie a ressenti selon vous? Questions contrôle : • Dans l'histoire, où était Julie ? • Julie et Marie se connaissaient elles ? Scenario 2 Le mari d'Hélène organise une fête surprise pour l'anniversaire de sa femme. Il a invité Sarah, une amie d'Hélène, en lui disant: "ne le dis à personne, surtout pas à Hélène." La veille de la fête, Hélène se trouvait chez Sarah quand celle-ci renversa du café sur sa nouvelle robe qui était accroché à sa chaise. "OH!" dit Sarah, "j'allais la porter à ta fête!". Hélène répondit alors: "Quelle fête?". "Bon" dit Sarah, allons voir si nous pouvons enlever cette tâche." 167 Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit ? • Sarah s'est-elle rappelé que la fête était une surprise ? • Qu'est-ce qu’Hélène a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, pour qui était la fête surprise ? • Qu'est ce qui a été renversé sur la robe ? Scenario 3 Rémi fait les boutiques pour trouver une chemise assortie à son costume. Le vendeur lui montre plusieurs chemises. Rémi les regarde et finalement il en trouve une de la bonne couleur. Mais quand il va dans la cabine d'essayage et qu'il l'essaie, la chemise ne lui va pas. "J'ai bien peur qu'elle soit trop petite" dit-il au vendeur. Celui-ci répond alors: "ne vous inquiétez pas, nous en recevrons d'autres et dans de plus grandes tailles la semaine prochaine ". Rémi dit "Super, je reviendrai alors. " Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit ? • Quand il essaie la chemise, Rémi sait-il que ce n'était pas à sa taille? • Qu'est-ce que Rémi a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, pourquoi Rémi faisait des achats ? • Pourquoi doit-il revenir la semaine prochaine ? 168 Scenario 4 Marie vient juste d'emménager dans son nouvel appartement. Elle est partie faire des achats et a acheté des nouveaux rideaux pour sa chambre. Après avoir juste fini de décorer l'appartement, sa meilleure amie, Lise, est venue lui rendre visite. Marie lui fit visiter son appartement et lui demande: "aimes-tu ma chambre?" Lise répond : "ces rideaux sont horribles! J'espère que tu vas en mettre des nouveaux!" Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit ? • Lise savait-elle qui avait acheté les rideaux ? • Qu'est-ce que Marie a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, qu'est-ce que Marie vient d'acheter ? • Depuis combien de temps Marie vivait dans cet appartement ? Scenario 5 Paul va chez le coiffeur pour une coupe de cheveux. Le coiffeur demande "comment je vous les coupe?" Paul répond : "je voudrais la même coiffure que maintenant, mais avec un centimètre en moins". Le coiffeur s'apercevant qu'il avait coupé de manière inégale à l'avant, dû couper plus court pour égaliser. "J'ai peur que ce soit un peu plus court que vous l'aviez demandé," dit le coiffeur. "Eh, bien" répond Paul, "Ca repoussera!" Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? 169 • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit ? • Tandis qu'il se faisait coiffer, Paul savait-il que le coiffeur le coupait trop court ? • Qu'est-ce que Paul a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, comment Paul voulait-il qu'on le coiffe?\ • Comment le coiffeur a-t-il coupé ses cheveux ? Scenario 6 Lionel s'est arrêté à la station-service avant de rentrer chez lui, pour faire le plein de sa voiture. Il donne au caissier sa carte bleue. Le caissier part au comptoir pour la passer dans la machine. De retour, il dit: "je suis désolé, la machine n'accepte pas votre carte." Lionel répond: "Hmmm, c'est bizarre, bien, je vais payer en liquide." Il lui donne vingt euros et dit, "j'ai rempli le réservoir avec de l'essence sans plomb." Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit ? • Quand il donne sa carte au caissier, Lionel savait-il que la machine n'accepterait pas sa carte ? • Qu'est-ce que Lionel a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, qu'est-ce que Lionel s'arrête acheter ? • Pourquoi a-t-il payé en liquide ? Scenario 7 Céline est une petite fille de 3 ans avec un visage rond et des cheveux blonds courts. Elle se trouve chez sa tante Carole. La sonnette retentit, sa tante Carole ouvre la porte. C'est Marie, une voisine. Sa tante Carole dit alors: "bonjour! Ravie que tu te sois arrêtée." Marie répond: 170 "bonjour" et ajoute en regardant Céline "Oh, je ne pense pas avoir déjà rencontré ce petit garçon. Quel est ton nom?" Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit ? • Marie savait-elle que Céline était une fille ? • Que pensez-vous Céline ait ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, où est Céline ? • Qui est venu rendre visite? Scenario 8 Vanessa promène son chien, Zack, au parc. Elle lui jette un bâton pour qu'il l'attrape. Au bout d'un moment, Pamela, une de ses voisines, les rejoint. Elles discutent pendant quelques minutes. Puis Pamela demande: " vous rentrez chez vous ? On y va ensemble?" "Bien sûr" répond Vanessa. Elle appelle Zack, mais il est occupé à chasser des pigeons et ne vient pas. Elle dit alors à Pamela: "il n'a pas l'air de vouloir rentrer, on va rester un peu plus longtemps." "D'accord" dit Pamela, "à plus tard!" Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Quand Pamela l'invite, savait-elle que Vanessa ne pouvait pas rentrer avec elle? • Qu'est-ce que Pamela a ressenti selon vous? 171 Questions contrôle: • Dans l'histoire, où Vanessa a emmené Zack ? • Pourquoi n'est-t-elle rentrée avec son amie Pamela? Scenario 9 Caroline avait eu un rôle important dans la pièce de théâtre de l'école l'année dernière et elle voulait vraiment avoir le rôle principal cette année. Elle prend des cours de théâtre, et au printemps, elle auditionne pour le rôle. Le jour des résultats, elle va voir la liste avant d'aller en classe, pour voir qui a le rôle. Elle n'a pas le rôle principal mais elle a été choisie pour jouer un rôle mineur. Elle rejoint son petit ami dans le couloir et lui raconte ce qui s'est passé. "Je suis désolé" dit-il, "tu dois être déçue." Caroline répond :"oui, je dois décider si j'accepte ce rôle." Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Quand ils se rejoignent dans le couloir, le petit ami de Caroline savait-il qu'elle n'avait pas le rôle? • Qu'est-ce que Caroline a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, quel rôle Caroline a-t-elle obtenu ? • Quel genre de rôle avait-elle eu l'année précédente ? • Que dit son petit ami? Scenario 10 Fabien est à la bibliothèque. Il a trouvé le livre qu'il voulait au sujet d'une randonnée dans les montagnes. Il va voir la bibliothécaire pour l'emprunter. Quand il regarde dans sa poche, il découvre qu'il avait laissé sa carte de bibliothèque à la maison. "Je suis désolé" dit-il à la femme derrière le comptoir, "je pense avoir laissé ma carte de bibliothèque à la maison." 172 "C'est pas grave," répond elle, "donnez moi votre nom, et si vous êtes enregistré dans l'ordinateur, vous pourrez emprunter le livre juste en me montrant votre permis de conduire." Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Quand Fabien est entré dans la bibliothèque, a-t-il réalisé qu'il n'avait pas sa carte de bibliothèque ? • Qu'est-ce que Fabien a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, quel livre Fabien a-t-il trouvé à la bibliothèque ? • Allait-il pouvoir l'emprunter? Scenario 11 Jean Merain, un directeur de la conception du logiciel Abco, a organisé une réunion pour tout le personnel. "J'ai quelque chose à vous dire " dit-il, "Pierre Moroux, un de nos comptables, est très malade, il est atteint d'un cancer et se trouve à l'hôpital". Tout le monde reste silencieux, endossant la nouvelle, quand Robert, un ingénieur, en retard, dit: "hé, j'ai entendu une bonne blague la nuit dernière! Qu'est ce qu'un patient malade en phase terminale dit à son docteur?" Jean dit: "bien, passons aux choses sérieuses." Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Quand Robert est entré savait-il que le comptable était atteint d'un cancer ? • Qu'est-ce que Jean, le directeur, a ressenti selon vous? 173 Questions contrôle: • Dans l'histoire, qu'est ce que Jean, le directeur, a dit aux personnes lors de la réunion ? • Qui est arrivé en retard à la réunion ? Scenario 12 Nicolas, un garçon âgé de neuf ans, vient juste d'arriver dans une nouvelle école. Il se trouvait dans les toilettes de l'école quand Marc et Ludovic, deux autres garçons, entrent dans les toilettes et discutent en se tenant devant les lavabos. Marc dit: "connais-tu ce nouveau type dans la classe ? Il s'appelle Nicolas. Il n'est pas bizarre ? Et il est très petit!" A ce moment, Nicolas sort des toilettes. Lorsque Marc et Ludovic le voient, Ludovic dit: "Oh salut, Nicolas! Tu viens avec nous jouer au football?" Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Quand Marc parlait à Ludovic, savait-il que Nicolas se trouvait dans les toilettes ? • Qu'est-ce que Nicolas a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, où était Nicolas pendant que Marc et Ludovic parlaient ? • Qu'est-ce que Marc a dit au sujet de Nicolas ? Scenario 13 Le cousin d’Aurélie, Laurent, est venu lui rendre visite. Aurélie a préparé une tarte aux pommes spécialement pour lui. Après dîner, elle dit: "j'ai fait une tarte juste pour toi. Elle est dans la cuisine." "Mmmm," répond Laurent, "Ca sent bon! J'adore les tartes, sauf celles aux pommes, bien sûr." 174 Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Quand il a senti la tarte, Laurent savait-il qu'elle était aux pommes? • Qu'est-ce qu’Aurélie a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, quelle sorte de tarte Aurélie a-t-elle fait? • Comment Aurélie et Laurent se sont-ils connus ? Scenario 14 Sandrine a acheté pour son amie, Anne, une coupe en cristal pour son cadeau de mariage. Anne a fait un grand mariage et il y avait beaucoup de cadeaux à ouvrir. Environ un an après, Sandrine est invitée un soir chez Anne pour un dîner. Sandrine laisse tomber une bouteille de vin par accident sur la coupe en cristal qui se brise. "Je suis vraiment désolée. J'ai cassé la coupe!"dit sandrine. "Ne t'inquiète pas," répond Anne, "je ne l'ai jamais aimé de toute façon. Quelqu'un me l'a offert pour mon mariage." Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Anne se rappelait-elle que Sandrine lui avait offert la coupe en cristal? • Qu'est-ce que Sandrine a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, qu'est-ce que Sandrine offre à Anne pour son mariage ? • Comment la coupe a-t-elle été cassée? 175 Scenario 15 Dans une école primaire, une compétition de la meilleure histoire est organisée. Tout le monde a le droit d'y participer. Plusieurs élèves des grandes classes y participent. Christine, une élève de CM2 aime l'histoire qu'elle a écrite pour la compétition. Quelques jours plus tard, les résultats sont annoncés : l'histoire de Christine n'a rien remporté et son camarade de classe, Stéphane, a gagné le premier prix. Le jour suivant, Christine est assise sur un banc avec Stéphane. Ils regardent son trophée. Stéphane dit: "il était super facile à gagner ce concours! Toutes les autres histoires de la compétition étaient horribles." Christine demande "où vas-tu le mettre ton trophée?". Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Stéphane savait-il que Christine avait écrit une histoire pour la compétition? • Qu'est-ce que Christine a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, qui a gagné le concours? • L'histoire de Christine a-t-elle été récompensée? Scenario 16 Thomas était dans un restaurant. Il a accidentellement renversé du café sur le sol. Le serveur dit "je vous apporte une autre tasse de café". Le serveur part un moment. Jacques, un autre client du restaurant, attend à la caisse pour payer. Thomas rejoint Jacques et dit, "j'ai renversé du café sur ma table. Pouvez-vous venir l'essuyer?" Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? 176 Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Thomas savait-il que Jacques était un autre client? • Qu'est-ce que Jacques a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, pourquoi Jacques se trouve près de la caisse ? • Qu'est-ce que Thomas a renversé? Scenario 17 Eléonore attend à l'arrêt de l'autobus. Le bus est en retard et cela fait longtemps qu'elle attend. Elle a 65 ans et ça la fatigue d'attendre aussi longtemps. Quand le bus arrive, il est plein de monde et il ne reste plus de places assises. Elle voit un voisin, Paul, qui se tenait debout. "Bonjour, Eléonore," dit-il, "vous attendiez depuis longtemps?" "Environ 20 minutes," répond elle. Un jeune homme qui était assis se lève et dit: "M'dam, voulez vous mon siège?" Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Quand Eléonore était dans l'autobus, Paul savait-il combien de temps elle avait attendu? • Qu'est-ce qu’Eléonore a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, pourquoi Eléonore a attendu à l'arrêt de bus 20 minutes? • Y'avait-il des sièges libres dans l'autobus? 177 Scenario 18 Roger vient juste d'être embauché dans un nouveau bureau. Un jour, dans la salle de café, il parle à un nouvel ami, Vincent. Vincent demande "Que fait votre épouse?", "elle est avocate" répond Roger. Quelques minutes plus tard, Claire rentre dans la salle de café l'air en colère. Elle leur dit: "je viens d'avoir le pire appel téléphonique, les avocats sont tous arrogants et avides. Je ne peux pas les supporter." Vincent demande à Claire "voulez vous que je vienne voir ces rapports?". "Pas maintenant," répond elle, "j'ai besoin de mon café." Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Claire savait-elle que l'épouse de Roger était avocate? • Qu'est-ce que Roger a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, quel est le métier de l'épouse de Roger? • Quel est l'endroit où parlent Roger et Vincent? Scenario 19 Pascal a acheté une nouvelle voiture, une Peugeot rouge. Quelques semaines après, il recule dans la vieille Volvo de son voisin Patrick. Sa voiture n'a rien et celle de Patrick a juste une éraflure au dessus de la roue. Pascal va taper à sa portière et lui dit: "je suis vraiment désolé, il y a juste une petite éraflure sur ta voiture." Patrick jette un coup d'œil sur sa voiture et dit: "ça va, c'était seulement un accident." Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? 178 • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Pascal pensait-il que son voisin Patrick allait avoir cette réaction? • Qu'est-ce que Patrick a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, qu'est-ce que Pascal fait à la voiture de Patrick? • Comment Patrick a-t-il réagi? Scenario 20 Louise va chez le boucher pour acheter de la viande. Il y a beaucoup de monde dans le magasin et c'est bruyant. Elle demande au boucher: " avez-vous un poulet fermier?" Il acquiesce et commence à emballer un poulet rôti pour elle. "Excusez-moi" dit-elle, "je ne dois pas vous avoir parlé assez clairement, j'ai demandé si vous aviez un poulet fermier." "Oh, désolé" répond le boucher, "nous n'en avons plus." Question : • Est-ce que quelqu'un a dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire ou a dit quelque chose de maladroit ? Si la réponse est « Oui » demandez: • Qui a dit quelque chose qu'il ne devait pas dire ou a dit quelque chose de maladroit ? • Pourquoi il/elle n'aurait-il pas dû le dire ou pourquoi était-ce maladroit? • Pourquoi pensez-vous qu'il/elle l'a dit? • Quand le boucher commence à emballer du poulet rôti pour Louise, savait-il qu'elle voulait un poulet fermier? • Qu'est-ce que Louise a ressenti selon vous? Questions contrôle: • Dans l'histoire, où Louise est-elle entrée? • Pourquoi le boucher a-t-il commencé à emballer du poulet rôti pour elle? 179 Annexe 2 : Les récits sociaux de la deuxième étude Réponse FC= réponse de type fausse croyance Réponse MI = réponse de type mauvaise intention Réponse BI = réponse de type bonne intention Réponse CP = réponse de type comportemental Avis 1 = l’avis d’un autre personnage Avis 2 = proposition de plusieurs personnages Ex Récit: Louise va chez le boucher pour acheter de la viande. Plusieurs personnes sont servies en même temps par les vendeurs du magasin. Elle demande au boucher: avez-vous un poulet fermier? Il acquiesce et commence à emballer un poulet rôti « Excusez-moi dit-elle, j'ai demandé si vous aviez un poulet fermier». « Oh, désolé» répond le boucher « nous n'en avons plus. » Question: Pourquoi le boucher avait-il commencé à emballer du poulet rôti pour Louise ? Réponse FC: Il y a beaucoup de monde et le boucher a mal compris à cause du bruit Réponse MI: Le boucher voulait vendre les poulets restants et faute de poulet fermier il a voulu vendre le poulet rôti Réponse BI : Le boucher pense que Louise aimerait davantage le poulet rôti Réponse CP: Le boucher a donné à Louise par erreur le poulet rôti commandé par un autre client Avis: Or, Marie qui connait bien le boucher, dit qu'il a mal compris à cause du bruit Récit 1: Anne est à une fête chez son ami Jean qui a beaucoup d’invités. Une des voisines de Jean, Marie, s'approche d'eux quand Jean part chercher quelque chose à boire. Marie se retourne vers Anne et dit: « Je ne pense pas que Jean nous ait présentées. » Question: Pourquoi Jean n’a-t-il pas présenté les deux filles ? Réponse FC: Il a dû croire que les deux filles se connaissaient. 180 Réponse MI: Il ne veut pas que Marie soit intégrée dans son cercle d’amis. Réponse BI: Il est parti leur chercher des boissons. Réponse CP: Il n’a pas l’habitude de présenter les gens. PropAvis1: Luc, un ami de Jean, pense qu’il n’a pas l’habitude de présenter les gens. PropAvis2: Or, tous les amis de Jean, pense qu’il n’a pas l’habitude de présenter les gens. Récit 2: Paul va dans une boutique pour s’acheter un pull. Il demande au vendeur : « Pourriez-vous me montrer un pull bleu en taille 44, s’il vous plaît ? » Le vendeur lui apporte un pull vert en taille 44. Question: Pourquoi le vendeur lui apporte un pull d’une couleur différente de celle que Paul a demandée ? Réponse FC: Le vendeur a cherché la bonne taille et il n’a pas fait attention aux couleurs. Réponse MI: Comme il n'y a plus de pull bleu, le vendeur essaie (fait) tout pour vendre sa marchandise. Réponse BI: Le vendeur considère que cette couleur lui ira bien. Réponse CP: Le vendeur propose toujours les nouvelles collections PULL. PropAvis1: Un autre client de ce magasin pense que le vendeur essaie (fait) tout pour vendre sa marchandise. PropAvis2: Or, tous les clients de ce magasin pensent que le vendeur essaie tout pour vendre sa marchandise. Récit 3: Marine est en visite chez sa copine, Laura. 10 minutes après son arrivée, le téléphone de Laura sonne, celle-ci décroche et parle pendant une demi-heure. Pendant ce temps, Marine regarde une émission à la télé. A la fin, Laura se tourne vers Marine et lui dit : « C’était ma sœur qui m’a appelée de l’étranger. » Question: Pourquoi Laura reste une demi-heure au téléphone pendant la visite de Marine ? Réponse FC: Laura pense que sa copine Marine veut regarder l’émission de télé. Réponse MI: Laura n’a pas envie de discuter avec Marine et préfère parler au téléphone. Réponse BI: Laura veut aider sa sœur qui est à l’étranger. Réponse CP: Laura parle souvent au téléphone, même en présence des autres. PropAvis1: La cousine de Laura pense qu’elle veut aider sa sœur qui est à l’étranger. PropAvis2: Or, tous les membres de la famille de Laura pensent qu’elle veut aider sa sœur qui est à l’étranger. 181 Récit 4: Sarah, une jeune femme enceinte, monte dans un bus. Il y a beaucoup de monde et il ne reste plus de places assises. Sarah s’approche de Louise qui bouquine (en train de lire un bouquin), assise à côté d’une personne âgée. Louise la regarde mais ne lui cède pas sa place. Question: Pourquoi Louise ne cède pas sa place à Sarah ? Réponse FC: Louise ne s’est pas aperçue que Sarah était enceinte. Réponse MI: Louise pense qu’elle doit (aller s’asseoir) s’asseoir sur des places prioritaires réservées aux femmes enceintes. Réponse BI: Louise ne veut pas déranger la personne âgée assise à la place d’à côté. Réponse CP: Louise est passionnée par son bouquin et veut (continuer à lire) poursuivre sa lecture. PropAvis1: Le passager assis à coté de Louise pense qu’elle ne s’est pas aperçue que Sarah est enceinte. PropAvis2: Or, tous les passagers dans le bus pensent que Louise ne s’est pas aperçue que Sarah était enceinte. Récit 5: Il fait beau et Anne est dans le jardin devant la maison avec son fils. Florence, une voisine qui a besoin d’aide demande : « Anne, peux-tu passer chez moi car j’ai besoin d’aide?» Anne lui répond : « Mon fils est en train de jouer on reste encore un peu dans le jardin. » Question: Pourquoi Anne refuse-t-elle d’aller chez Florence ? Réponse FC: Anne n’a pas compris qu’il fallait y aller tout de suite. Réponse MI: Anne ne veut pas allez chez Florence, car elle ne l’aime pas. Réponse BI: Anne veut surtout faire plaisir à son enfant. Réponse CP: Anne essaie toujours de profiter au maximum du soleil. PropAvis1: La meilleure amie d’Anne pense qu’elle ne veut pas aller chez Florence car elle ne l’aime pas. PropAvis2: Or, toutes les amies d’Anne pensent qu’elle ne veut pas aller chez Florence car elle ne l’aime pas. Récit 6: Claire aime les gâteaux au chocolat. Dans quelques jours c’est son anniversaire . Elle appelle sa tante, qu’elle n’a pas vue depuis deux ans, pour l’inviter à sa fête. Elle lui demande aussi de lui préparer son gâteau préféré. Le jour de son anniversaire sa tante lui apporte un gâteau aux carottes, une de ses spécialités. 182 Question: Pourquoi la tante de Claire lui fait un gâteau aux carottes alors qu’elle voulait un gâteau au chocolat? Réponse FC: Sa tante a oublié que Claire adorait les gâteaux au chocolat. Réponse MI: Sa tante qui s’est sentie délaissée par sa nièce, fait exprès de ne pas lui faire plaisir. Réponse BI: Sa tante considère que le gâteau aux carottes, plein de vitamines est meilleur pour la santé. Réponse CP: Sa tante fait toujours des gâteaux aux carottes pour les événements spéciaux. PropAvis1: La sœur de Claire pense que sa tante considère que le gâteau aux carottes plein de vitamines, est meilleur pour la santé. PropAvis2 : Or, toute la famille de Claire pense que la tante considère que le gâteau aux carottes plein de vitamines, est meilleur pour la santé. Récit 7: Solange va chez le boucher pour acheter des saucisses; d’habitude elle achète des saucisses de porc. Ce jour-là, il y a beaucoup de monde et elle demande au boucher des saucisses de poulet. Le boucher acquiesce et commence à emballer des saucisses de porc. «Excusez-moi» dit-elle, « j'ai commandé des saucisses de poulet !». « Désolé, nous n'en avons plus.» répond le boucher." Question: Pourquoi le boucher avait-il commencé à emballer des saucisses de porc? Réponse FC: Le boucher croit que Solange veut, comme d’habitude, des saucisses de porc. Réponse MI: Le boucher veut vendre sa marchandise et, faute de saucisses de poulet, il veut vendre à Solange des saucisses de porc. Réponse BI: Le boucher pense que Solange aimerait davantage les saucisses de porc. Réponse CP: Le boucher a mal compris à cause du bruit. PropAvis1: L’autre employé de la boucherie pense que le boucher suppose que Solange veut, comme d’habitude, des saucisses de porc. PropAvis2: Or, tous les autres clients présents pensent que le boucher suppose que Solange veut, comme d’habitude, des saucisses de porc. Récit 8: Lucas, un des membres de l’association écologiste WWF est dans la rue avec ses collègues pour populariser l’association aux passants. Il n’a pas de montre et il veut savoir l’heure. Il demande à Nathalie, une fille qui se rend à un rendez-vous: « Excusez-moi… ? » Nathalie passe sans s’arrêter. Question: Pourquoi Nathalie ne s’arrête pas pour entendre la question de Lucas ? 183 Réponse FC: Nathalie croit qu’il veut lui parler de l’association. Réponse MI: Nathalie traite les écolos avec mépris. Réponse BI: Nathalie est pressée pour ne pas arriver en retard à son rendez-vous. Réponse CP: Nathalie ne répond pas aux gens qui l’abordent dans la rue. PropAvis1: Le petit copain de Nathalie pense qu’elle ne répond pas au gens qui l’aborde dans la rue. PropAvis2: Or, tous les amis de Nathalie pensent qu’elle ne répond pas au gens qui l’aborde dans la rue. Récit 9: Jules a une affaire urgente à communiquer à son ami Dominique et l’appelle à l’entreprise qu’il dirige. Dominique est en réunion quand la secrétaire lui annonce qu’un ami veut lui parler d’urgence. Dominique lui dit de répondre qu’il le rappellera plus tard. Question: Pourquoi Dominique ne répond pas à son ami Jules? Réponse FB: Dominique ne pensait pas qu’il s’agissait d’une affaire vraiment urgente. Réponse MI: Dominique n'aime pas Jules et ne veut pas lui parler. Réponse BI: Dominique veut lui parler calmement une fois la réunion terminée. Réponse CP: Dominique n’aime pas interrompre une activité en cours. PropAvis1: La secrétaire pense que Dominique n’a pas cru qu’il s’agissait d’une affaire vraiment urgente. PropAvis2: Or, tous ces collègues présents à la réunion pensent que Dominique n’a pas cru qu’il s’agissait d’une affaire vraiment urgente. Récit 10: Emilie envoie souvent des lettres à sa grand-mère qui habite loin. Elles ne se voient qu’une fois par an, à Noël. Dans une des lettres, elle avait écrit à sa grand-mère qu’elle aimerait bien un Scrabble comme cadeau de Noël. Quand elle ouvre les cadeaux, elle découvre que sa grand-mère lui a offert un dictionnaire. Question: Pourquoi sa grand-mère lui a offert un dictionnaire au lieu d’un Scrabble? Réponse FC: La grand-mère a oublié qu’Emilie désirait un Scrabble, comme cadeau de Noël. Réponse MI: La grand-mère veut la critiquer pour les fautes d’orthographe qu’elle fait à l’écrit. Réponse BI: La grand-mère considère qu’un dictionnaire est très utile pour jouer au Scrabble. Réponse CP: La grand-mère aime choisir ses propres cadeaux. PropAvis1: La petite-sœur d’Emilie pense que sa grand-mère considère qu’un dictionnaire est très utile pour jouer au Scrabble. 184 PropAvis2: Or, toute la famille d’Emilie pense que la grand-mère considère qu’un dictionnaire est très utile pour jouer au Scrabble. Récit 11 : Julie veut remplacer l’évier en céramique ébréché dans la cuisine. Julie reçoit le plombier, lui montre l’évier et le laisse travailler. Quand elle revient, elle voit que le plombier a installé un évier en acier inoxydable. Question : Pourquoi le plombier installe un évier en acier inoxydable, alors que Julie voulait un évier en céramique ? Réponse FC : Le plombier n’a pas compris que Julie voulait un évier en céramique. Réponse MI : Le plombier voulait installer un évier en acier inoxydable au prix d’un évier en céramique pour se faire un bénéfice. Réponse BI : Le plombier pensait que Julie apprécierait l’acier inoxydable qui est très durable et donne un look contemporain. Réponse CP : L’acier inoxydable est le matériau de référence pour les cuisines, c’est ce que le plombier installe d’habitude. PropAvis1 : Le co-équipier du plombier pense qu’il n’a pas compris que Julie voulait un évier en céramique. PropAvis2 : Or, tous ses collègues d’entreprise pensent que le plombier n’a pas compris que Julie voulait un évier en céramique. Récit 12 : Michel décide d’aller à la montagne pour faire du ski et demande à sa copine, Amélie, de lui acheter un gros pull pendant qu’elle fait ses courses à elle. Amélie achète un pull très épais en acrylique. Quand il ouvre le paquet et voit le pull, Michel dit : « je suis allergique à l’acrylique. » Question : Pourquoi Amélie a acheté un pull en acrylique à Michel, alors qu’il est allergique ? Réponse FC : Amélie avait oublié que Michel était allergique à l’acrylique. Réponse MI : Amélie veut se venger car Michel ne lui a pas proposé de partir avec lui. Réponse BI : Amélie a choisi un pull beau et épais. Réponse CP : D’habitude Amélie ne prête pas attention au matériel. PropAvis1: La sœur d’Amélie pense qu’elle a choisi un pull beau et épais. PropAvis2 : Or, toutes les amies d’Amélie pensent qu’elle a choisi un pull beau et épais. 185 Récit 13 : Dans une soirée chez Luc, Stéphane, étudiant en 3ème année de médecine, rencontre Jennifer, la petite amie de Luc, qui vient de s’inscrire dans la même faculté. Stéphane invite Jennifer à prendre un verre sans Luc. Question : Pourquoi Stéphane n’a-t-il pas aussi invité Luc? Réponse FC : Stéphane ne savait pas que Luc était le petit ami de Jennifer. Réponse MI : Stéphane est jaloux de Luc et veut draguer Jennifer. Réponse BI : Stéphane veut aider Jennifer à mieux s’orienter à la fac. Réponse CP : Stéphane aime bien se faire des nouveaux amis. PropAvis1 : Un ami de Stéphane pense qu’il est jaloux de Luc et veut draguer Jennifer. PropAvis2 : Or, tous les camarades de Stéphane pensent qu’il est jaloux de Luc et veut draguer Jennifer. Récit 14 : Joëlle partage un appartement avec Frank, un autre étudiant. C’est le tour de Joëlle de faire le ménage. Elle range les papiers et jette des notes de cours que Frank avait laissées sur la table de la cuisine. Question : Pourquoi Joëlle a-t-elle jeté les notes de Frank? Réponse FC : Joëlle a cru que (c’était) qu’il s’agissait de brouillons. Réponse MI : Joëlle en a marre du bazar de Frank et a voulu le punir. Réponse BI : Joëlle a voulu que tout soit bien rangé. Réponse CP : Joëlle aime jeter tout ce qui traîne. PropAvis1: L’ancien colocataire de Joëlle pense qu’elle en a marre du bazar de Frank et a voulu le punir. PropAvis2 : Or, toutes les amies de Joëlle pensent qu’elle en a marre du bazar de Frank et a voulu le punir. Récit 15 : Marie a préparé une pizza pour le dîner. C’est une nouvelle recette et elle est fière du résultat obtenu. Son mari, Mathieu, rentre de son travail, entre dans la cuisine et lui dit : « Mmm, ça sent bon les pâtes, merci! ». Question : Pourquoi Mathieu remercie Marie pour les pâtes, alors qu’elle avait préparé une pizza ? Réponse FC : Mathieu n’a pas vu le plat et il a dû confondre l’odeur. Réponse MI : Mathieu n'aime pas la cuisine de Marie et il se moque d'elle. Réponse BI : Mathieu est pris par l'envie de faire un compliment à Marie. Réponse CP : Mathieu a l’habitude de nommer tous les plats italiens des pâtes. 186 PropAvis1 : Un ami d’enfance de Mathieu pense qu’il a l’habitude de nommer tous les plats italiens des pâtes. PropAvis2 : Or, tous les amis de Mathieu pense qu’il a l’habitude de nommer tous les plats italiens des pâtes. Récit 16 : Georges, chef de projet qui a récemment apporté des bénéfices à l’entreprise, demande une prime à son chef, Gilles. Celui-ci lui donne une réponse négative par email. Quand Georges reçoit la réponse, il voit qu’elle a été envoyée à tous les membres de son équipe. Question : Pourquoi Gilles envoie-t-il sa réponse à tous les membres de l’équipe? Réponse FC : Gilles a cru qu'il s'agissait d’une demande collective. Réponse MI : Gilles n’aime pas George et veut l’humilier devant tout le monde. Réponse BI : Gilles tient à la transparence des relations et pense que tout le monde doit être informé. Réponse CP : Gilles fait souvent des renvois automatiques. PropAvis1: Un autre membre du projet pense que Giles veut humilier George devant tout le monde. PropAvis2 : Or, les autres membres du projet ainsi que le chef de Gilles pensent qu’il veut humilier George devant tout le monde. Récit 17 : Paul étant parti en vacances demande à sa concierge de (’aller) nourrir son chat à la maison. Le jour de son retour, il voit le facteur partir et, à sa grande surprise, il trouve dans son appartement la concierge. Question : Pourquoi la concierge était-elle dans l’appartement de Paul ? Réponse FC : La concierge a oublié la date de son retour. Réponse MI : La concierge aime fourrer son nez dans les appartements des locataires. Réponse BI : La concierge était venue apporter tout son courrier retenu pendant les vacances. Réponse CP : La concierge jette régulièrement un œil dans tous les appartements. PropAvis1 : Un autre locataire de l’immeuble pense que la concierge a oublié la date du retour de Paul. PropAvis2 : Or, tous les locataires de l’immeuble pensent que la concierge a oublié la date du retour de Paul. 187 Récit 18 : Comme l'ordinateur portable de Nicole est en panne, elle demande de l’aide à son collègue Patrick. Après une heure de travail Patrick lui dit : « Voilà, ton ordinateur est maintenant réparé! ». Nicole allume son ordinateur et s’aperçoit que Patrick a effacé toutes ses données. Comme elle n’avait pas fait de sauvegarde, elle a perdu tout son travail. Question : Pourquoi Patrick a perdu toutes les données de Nicole ? Réponse FC : Patrick croyait que Nicole avait sauvegardé les données. Réponse MI : Patrick est jaloux de la position de Nicole et il veut lui nuire. Réponse BI : Patrick a reformaté le disque dur pour résoudre complètement le problème. Réponse CP : Patrick aime les solutions simples et rapides. PropAvis1 : Le chef du groupe pense que Patrick croyait que Nicole avait sauvegardé les données. PropAvis2 : Or, tous les collègues de la boite pensent que Patrick croyait que Nicole avait sauvegardé les données. Récit 19 : Un samedi matin, Pierre, un collègue de travail, appelle Nathalie pour l’inviter au cinéma. C’est son copain Thierry, qui, étant à la maison, répond au téléphone et prend le message. De retour des courses, Nathalie dit : « Salut. Quoi de neuf? ». Thierry qui est occupé à faire du bricolage, répond : « Rien ». Question : Pourquoi Thierry n’a pas transmis le message de Pierre à Nathalie ? Réponse FC : Thierry pense que la question de Nathalie s’adresse à son travail de bricolage. Réponse MI : Thierry est jaloux et ne veut pas que sa copine sorte avec Pierre. Réponse BI : Thierry connaît Pierre et ne croit pas que ce soit un bon ami pour Nathalie. Réponse CP : Thierry oublie toujours de transmettre les messages. PropAvis1 : La sœur de Nathalie pense que Thierry est jaloux et ne veut pas que sa copine sorte avec Pierre. PropAvis2 : Or, tous les copains de Thierry pensent qu’il est jaloux et ne veut pas que Nathalie sorte avec Pierre. Récit 20 : Il pleut et sous son grand parapluie, Marion marche vers l’école. En chemin, elle croise sa professeur de Mathématiques qui discute avec une amie. Marion ne dit pas ‘Bonjour’ à sa prof de math alors qu’elles avancent dans la même direction. Question : Pourquoi Marion ne dit-elle pas bonjour à sa professeur? 188 Réponse FC : A cause du parapluie, Marion n’a pas vu sa professeur. Réponse MI : Marion déteste les Mathématiques et aussi sa professeur. Réponse BI : Marion ne voulait pas interrompre la conversation de sa prof de math avec son amie. Réponse CP : Marion ne sait pas trop quand saluer ou pas. PropAvis1 : Sa professeur pense que Marion ne sait pas trop quand saluer ou pas. PropAvis2 : Or, tous ses camarades de classe pensent que Marion ne sait pas trop quand saluer ou pas. Récit 21 : Deux copains Simon et Vincent jouent ensemble dans un groupe. Un soir après un concert dans une boîte de nuit un producteur propose à Simon de faire un disque solo. Il accepte l’offre sans rien dire à Vincent. Question : Pourquoi Simon n’a rien dit à Vincent ? Réponse FC : Simon était trop excité par la nouvelle et a oublié d’en parler à son copain. Réponse MI : Simon veut d’abord travailler sur le disque pour après se vanter auprès de son copain. Réponse BI : Simon n’a pas voulu faire de la peine à son ami Vincent. Réponse CP : Simon a l’habitude de différer les situations gênantes. PropAvis1 : Le frère de Simon pense qu’il a l’habitude de différer les situations gênantes. PropAvis2 : Or, toute la famille de Simon pense qu’il a l’habitude de différer les situations gênantes. Récit 22 : C’est le jour de l’anniversaire de mariage de Philippe et Claude. Ce jour-là, Philippe s’aperçoit qu’il doit terminer un rapport en vue d’une réunion importante qui aura lieu le lendemain matin. Philippe appelle sa femme pour lui dire qu’il rentrera plus tard que prévu car il a beaucoup de travail. Question : Pourquoi Philippe va-t-il être en retard le jour de son anniversaire ? Réponse FC : Philippe a complètement oublié que c’était le jour de leur anniversaire. Réponse MI : Philippe n’aime pas sa femme et n’a pas envie de fêter son anniversaire avec elle. Réponse BI : Philippe considère qu’il pourra mieux fêter l’anniversaire plus tard une fois terminé le travail. Réponse CP : Philippe n’accorde pas trop d’importance aux anniversaires. 189 PropAvis1 : Son collègue de bureau pense que Philippe considère qu’il pourra mieux fêter l’anniversaire plus tard une fois le travail terminé. PropAvis2 : Or, tous les amis de Philippe pensent qu’il considère qu’il pourra mieux fêter l’anniversaire plus tard une fois terminé le travail terminé. Récit 23: Hélène invite son cousin Vincent à dîner. Vincent arrive avec 45 minutes de retard. Alors qu’elle est en train de faire cuire les steaks, elle s’éloigne de la cuisine pour le saluer. Quand le dîner est prêt, Vincent qui aime la viande saignante s’assoit à table et constate que la viande est trop cuite. Question : Pourquoi Hélène a-t-elle servi de la viande trop cuite à Vincent ? Réponse FC : Hélène croit que Vincent aime la viande bien cuite. Réponse MI : Hélène ne tient pas particulièrement à la réussite de cette soirée. Réponse BI : Hélène a oublié la viande sur le feu lors des salutations. Réponse CP : Hélène fait toujours trop cuire la viande. PropAvis1 : Une amie d’Hélène pense que celle-ci a oublié la viande sur le feu lors des salutations. PropAvis2 : Or, tous les amis d’Hélène pensent que celle-ci a oublié la viande sur le feu lors des salutations. Récit 24 : Dans leur maison à la campagne, la mère de Joseph passe l’aspirateur dans le salon. Il fait un temps de chien dehors, Joseph rentre et met plein de boue dans la maison. Question : Pourquoi Joseph salit-il le salon que sa mère vient de nettoyer ? Réponse FC : Joseph ne s’est pas aperçu qu’il avait marché dans la boue. Réponse MI : Joseph prend du plaisir à énerver sa mère. Réponse BI : Joseph content de rentrer, et de voir sa mère, n’a pas essuyé ses pieds à l’entrée. Réponse CP : Joseph ne s’essuie jamais les pieds avant d’entrer dans la maison. PropAvis1 : Un copain de Joseph pense qu’il ne s’essuie jamais ses les pieds avant d’entrer dans la maison. PropAvis2 : Or, tous ses copains de Joseph pensent qu’il ne s’essuie jamais ses les pieds avant d’entrer dans la maison. 190 Annexe 3 : Le Quotient du Spectre Autistique (QA) Version pour adultes (16 ans et +) (Baron-Cohen, Wheelwright, Skinner, Martin and Clubey, 2001) Adaptation française Veuillez compléter ces informations et ensuite lire les instructions ci-dessous. TOUTES LES INFORMATIONS RESTERONT STRICTEMENT CONFIDENTIELLES. Identifiant :.........................................….. Date de naissance :................................... Sexe :.........................................……… Date de passation :................................. Comment remplir cette échelle : Voici une liste de situations. Veuillez lire chacune d’elles très attentivement et précisez en entourant la réponse comme dans les exemples ci-dessous dans quelle mesure vous êtes d’accord ou pas. Pour que cette échelle soit valide, vous devez répondre à chaque question. Exemples : Tout à fait d’accord Tout à fait E2. J’aime jouer à des jeux de plateau. d’accord E3. Je trouve qu’il est facile d’apprendre à jouer d’un Tout à fait d’accord E1. Je suis prêt(e) à prendre des risques. instrument de musique. Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Plutôt pas Pas du tout Tout à fait Plutôt d’accord d’accord d’accord d’accord E4. Je suis fasciné(e) par les autres cultures. 1. Je préfère réaliser des activités avec d’autres Tout à fait d’accord personnes plutôt que seul(e). 2. Je préfère tout faire continuellement de la même Tout à fait d’accord manière. 3. Quand j’essaye d’imaginer quelque chose, il est Tout à fait très facile de m’en représenter une image d’accord mentalement. 4. Je suis fréquemment tellement absorbé(e) par Tout à fait d’accord une chose que je perds tout le reste de vue. 5. Mon attention est souvent attirée par des bruits Tout à fait d’accord discrets que les autres ne remarquent pas. 6. Je fais habituellement attention aux numéros de Tout à fait plaques d’immatriculation ou à d’autres types d’accord d’informations de ce genre. 191 Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord 7. Les gens me disent souvent que ce que j’ai dit Tout à fait était impoli, même quand je pense moi que d’accord c’était poli. 8. Quand je lis une histoire, je peux facilement Tout à fait imaginer à quoi les personnages pourraient d’accord ressembler. Tout à fait 9. Je suis fasciné(e) par les dates. Plutôt Plutôt pas Pas du tout d’accord d’accord d’accord Plutôt Plutôt pas Pas du tout d’accord d’accord d’accord Plutôt Plutôt pas d’accord d’accord d’accord Plutôt pas 10. Au sein d’un groupe, je peux facilement suivre Tout à fait Plutôt d’accord d’accord d’accord les conversations de plusieurs personnes à la fois. 11. Je trouve les situations de la vie en société Tout à fait d’accord faciles. 12. J’ai tendance à remarquer certains détails que les Tout à fait d’accord autres ne voient pas. 13. Je préfèrerais aller dans une bibliothèque plutôt Tout à fait d’accord qu’à une fête. Tout à fait 14. Je trouve facile d’inventer des histoires. Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord d’accord 15. Je suis plus facilement attiré(e) par les gens que Tout à fait Plutôt d’accord d’accord par les objets. 16. J’ai tendance à avoir des centres d’intérêt très Tout à fait Plutôt importants. Je me tracasse lorsque je ne peux d’accord d’accord m’y consacrer. 17. J’apprécie le bavardage en société. Tout à fait d’accord 18. Quand je parle, il n’est pas toujours facile pour Tout à fait d’accord les autres de placer un mot. Tout à fait 19. Je suis fasciné(e) par les chiffres. d’accord 20. Quand je lis une histoire, je trouve qu’il est Tout à fait difficile de me représenter les intentions des d’accord personnages. 21. Je n’aime pas particulièrement lire des romans. 22. Je trouve qu’il est difficile de se faire de nouveaux amis. 23. Je remarque sans cesse des schémas réguliers dans les choses qui m’entourent. 24. Je préfèrerais aller au théâtre qu’au musée. Tout à fait d’accord Tout à fait d’accord Tout à fait d’accord Tout à fait d’accord Tout à fait d’accord Tout à fait d’accord Tout à fait d’accord Tout à fait d’accord 25. Cela ne me dérange pas si mes habitudes quotidiennes sont perturbées. 26. Je remarque souvent que je ne sais pas comment entretenir une conversation. 27. Je trouve qu’il est facile de « lire entre les lignes » lorsque quelqu’un me parle. 28. Je me concentre habituellement plus sur l’ensemble d’une image que sur les petits détails de celle-ci. 29. Je ne suis pas très doué(e) pour me souvenir des Tout à fait d’accord numéros de téléphone. 30. Je ne remarque habituellement pas les petits Tout à fait changements dans une situation ou dans d’accord l’apparence de quelqu’un. 192 Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord 31. Je sais m’en rendre compte quand mon Tout à fait d’accord interlocuteur s’ennuie. 32. Je trouve qu’il est facile de faire plus d’une Tout à fait d’accord chose à la fois. 33. Quand je parle au téléphone, je ne suis pas sûr(e) Tout à fait d’accord de savoir quand c’est à mon tour de parler. Tout à fait 34. J’aime faire les choses de manière spontanée. Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord d’accord 35. Je suis souvent le(la) dernier(ère) à comprendre Tout à fait Plutôt d’accord d’accord le sens d’une blague. 36. Je trouve qu’il est facile de décoder ce que les Tout à fait Plutôt autres pensent ou ressentent juste en regardant d’accord d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord leur visage. Plutôt pas Pas du tout 37. Si je suis interrompu(e), je peux facilement Tout à fait Plutôt d’accord d’accord d’accord d’accord revenir à ce que j’étais en train de faire. Tout à fait Plutôt Plutôt pas Pas du tout 38. Je suis doué(e) pour le bavardage en société. d’accord 39. Les gens me disent souvent que répète Tout à fait d’accord continuellement les mêmes choses. 40. Quand j’étais enfant, j’aimais habituellement Tout à fait d’accord jouer à des jeux de rôle avec les autres. 41. J’aime collectionner des informations sur des Tout à fait catégories de choses (types de voitures, d’accord d’oiseaux, de trains, de plantes, ...). 42. Je trouve qu’il est difficile de s’imaginer dans la Tout à fait d’accord peau d’un autre. 43. J’aime planifier avec soin toute activité à Tout à fait d’accord laquelle je participe. Tout à fait 44. J’aime les événements sociaux. d’accord 45. Je trouve qu’il est difficile de décoder les Tout à fait d’accord intentions des autres. 46. Les nouvelles situations me rendent anxieux(se). Tout à fait d’accord Tout à fait d’accord 48. Je suis une personne qui a le sens de la Tout à fait d’accord diplomatie. 49. Je ne suis pas très doué(e) pour me souvenir des Tout à fait d’accord dates de naissance des gens. 50. Je trouve qu’il est très facile de jouer à des jeux Tout à fait d’accord de rôle avec des enfants. 47. J’aime rencontrer de nouvelles personnes. 193 d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Plutôt pas d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Pas du tout d’accord Annexe 4 : Forme abrégée de calcul du QI Le QI global peut être estimé à partir des subtests de la WAIS (Cyr & Brooker, 1984 ; Van Spaendonck, Berger, Horstink, Buytenhuijs & Cools, 1996): On peut faire : - une estimation du total standard verbal: (arithmétique + similitudes) x 6/2 ; une estimation du total standard performance: (complètement d'images + code) x 5/2 - une estimation du total standard: somme des deux totaux précédents. Ces calculs peuvent être effectués à partir des notes standard corrigées pour l'âge. Puisque la correction pour l'âge est déjà effectuée, ces notes peuvent ensuite être transformées en QI à partir de la table 25-34 ans. Pour avoir la dispersion des différents groupes, il faut effectuer ces transformations sur les notes obtenues par chacun des sujets. Imaginons qu'un sujet ait en verbal les notes standard corrigées pour l'âge suivantes: Arithmétique: 7 Similarités: 9 Son total standard verbal estimé sera: (7 + 9) x 6/2 = 48, ce qui à la table des QI pour la WAIS-R de 25 à 34 ans donne: WAIS-R estimated verbal IQ: 86. Imaginons que le même sujet ait en performance les notes standard corrigées pour l'âge suivantes: Complètement d’images : 7 Code : 6 Son total standard performance estimé sera: (7 + 6) x 5/2 = 32, 5 (arrondi à 33), ce qui à la table des QI pour la WAIS-R de 25 à 34 ans donne: WAIS-R estimated performance IQ: 79. Son total standard estimé sera: 48 + 33 = 81ce qui à la table des QI pour la WAIS-R de 25 à 34 ans donne: WAIS-R QI estimé: 82. 194