Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d
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Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d
Catherine BERTHELON Claudine NACHTERGAELE Isabelle AILLERIE Christophe PERRIN Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident Apprentissage anticipé ou apprentissage traditionnel à la conduite ? Rapport de recherche n°276 Date Conformément à la note du 04/07/2014 de la direction générale de l'Ifsttar précisant la politique de diffusion des ouvrages parus dans les collections éditées par l'Institut, la reproduction de cet ouvrage est autorisée selon les termes de la licence CC BY-NC-ND. Cette licence autorise la redistribution non commerciale de copies identiques à l’original. Dans ce cadre, cet ouvrage peut être copié, distribué et communiqué par tous moyens et sous tous formats. Attribution — Vous devez créditer l'Oeuvre et intégrer un lien vers la licence. Vous devez indiquer ces informations par tous les moyens possibles mais vous ne pouvez pas suggérer que l'Ifsttar vous soutient ou soutient la façon dont vous avez utilisé son Oeuvre. 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Le service Politique éditoriale scientifique et technique de l'Ifsttar diffuse différentes collections qui sont le reflet des recherches menées par l'institut : • Les collections de l'INRETS, Actes • Les collections de l'INRETS, Outils et Méthodes • Les collections de l'INRETS, Recherches • Les collections de l'INRETS, Synthèses • Les collections du LCPC, Actes • Les collections du LCPC, Etudes et recherches des laboratoires des ponts et chaussées • Les collections du LCPC, Rapport de recherche des laboratoires des ponts et chaussées • Les collections du LCPC, Techniques et méthodes des laboratoires des ponts et chaussées, Guide technique • Les collections du LCPC, Techniques et méthodes des laboratoires des ponts et chaussées, Méthode d'essai www.ifsttar.fr Institut Français des Sciences et Techniques des Réseaux, de l'Aménagement et des Transports 14-20 Boulevard Newton, Cité Descartes, Champs sur Marne F-77447 Marne la Vallée Cedex 2 Contact : [email protected] Les auteurs : Catherine BERTHELON, Chargée de Recherche, INRETS-MA Claudine NACHTERGAELE, Ingénieur d’Etudes, INRETS-MA Isabelle AILLERIE, Ingénieur d'Etudes, INRETS-MSIS Christophe PERRIN, Chargé de Recherche, INRETS-MA Les Unités de recherche : MA, Département Mécanismes d'Accidents, Chemin de la Croix Blanche, 13300 Salon-de-Provence Tél. : (33) 4 90 56 86 30 Fax : (33) 4 90 56 25 51 MSIS, Modélisation, Simulation et Simulateurs de conduite 2, avenue du Général Malleret-Joinville 94114 Arcueil Cedex Tél. : (33) 1 47 40 70 23 Fax : (33) 1 45 47 56 06 Référés : Corinne BRUSQUE, Directrice du LESCOT, INRETS, Bron Pierre Denise, Professeur des Universités, UPRES-EA 3917, Caen Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité INRETS Service des publications 2, avenue du Général Malleret-Joinville 94114 ARCUEIL CEDEX Tél. : 33 (0)1 47 40 70 00 - Fax : (0)1 45 47 56 06 www.inrets.fr © Les collections de l’INRETS N ° ISBN N° ISSN En application du code de la propriété intellectuelle, l’INRETS interdit toute reproduction intégrale ou partielle du présent ouvrage par quelque procédé que ce soit, sous réserve des exceptions légales 2 Rapport INRETS n°276 Fiche bibliographique 1 UR (1er auteur) 3 INRETS 2 Projet n° Département Mécanismes d’Accidents 4 Titre Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident 5 Sous-titre 6 Langue Apprentissage anticipé ou apprentissage traditionnel à la Français conduite ? 7 Auteur(S) 8 Rattachement ext. Catherine Berthelon, Claudine Nachtergaële, Isabelle Aillerie, Christophe Perrin 10 N° contrat, conv. 9 Nom adresse financeur, co-éditeur 11 Date de publication 12 Remarques 13 Résumé Les travaux de recherche suggèrent que les habiletés des conducteurs expérimentés sont plus importantes que celles des conducteurs débutants, avec une meilleure coordination et de meilleures performances. Nous avons sélectionné des scénarios ou situations prototypiques d'accident et les avons implémentés sur simulateur de conduite à partir de données de cas réels d'accident. La tâche des participants consistait à conduire le simulateur. Durant le parcours, ils étaient confrontés aux scénarios présentés dans un ordre aléatoire. La population testée comprenait à la fois des conducteurs débutants qui avaient suivis un apprentissage traditionnel ou un apprentissage anticipé à la conduite, et des conducteurs expérimentés. Les variables dépendantes étaient la vitesse, les temps de réponse (accélérateur, frein), la position latérale du véhicule et le temps inter véhiculaire. Deux scénarios sur cinq témoignent d'un effet net de l'expérience de conduite. Les débutants ayant suivi un apprentissage traditionnel paraissent moins habiles que les expérimentés. Les débutants ayant suivi un apprentissage anticipé à la conduite semblent avoir un comportement plus sécuritaire. Ce type de scénarios pourrait être utilisé pour améliorer l'apprentissage des conducteurs, permettant aux conducteurs débutants d'être confrontés à des situations à risque, rarement rencontrées dans les environnements naturels. 14 Mots clés 15 Diffusion simulation, scénarios, expérience de conduite 16 Nombre de pages 63 Rapport INRETS n°276 17 Prix 18 Confidentiel jusqu'au 19 Bibliographie Oui 3 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident Publication data form 1 UR (1st author) Département Mécanismes d’Accidents 2 Projet n° 3 INRETS 4 Title Driving experience and simulation of prototypical situations of accident 5 Subtitle 6 Language Early driving education or traditional driving education? French 7 Author(s) 8 Affiliation Catherine BERTHELON, Claudine NACHTERGAELE, Isabelle AILLERIE, Christophe PERRIN, 10 Contract, conv. N° 9 Sponsor, co-editor, name and address 11 Date de publication 12 Notes 13 Summary Research works suggest that the skills of experienced drivers are better than the skills of novice drivers, with more efficient coordination and better performances. We selected scenarios which were prototypical situations of accident processes and implemented them using objective data from real accident cases. Participants had to drive the simulator. During driving, they were confronted to the scenarios presented in a random order. They were novice drivers with a very recent driving licence obtained through traditional driver education or early driver education, and experienced drivers. Dependent variables were speed, response time (accelerator, brake), lateral position of the vehicle and inter-vehicular time. Two scenarios out of five clearly reflected a driving experience effect. Novice with traditional driver education seem less skilful than experienced drivers. Novice with early driver education seem more safe. This type of scenarios could be used to improve driver education, enabling novice drivers to be confronted with ranges of risky situations rarely encountered in natural environments. 14 Key Words 15 Distribution statement simulation, scenario, driving experience 16 Nb of pages 63 4 17 Price 18 Declassification date 19 Bibliography Yes Rapport INRETS n°276 Table des matières Remerciements ........................................................................................................9 Synthèse .................................................................................................................11 Introduction ............................................................................................................13 Expérience et apprentissage de la conduite.......................................................13 Chapitre 1 ...............................................................................................................17 Les scénarios utilisés ...........................................................................................17 1.1. Définition.......................................................................................................17 1.2. Critères de choix...........................................................................................18 1.3. Implémentation des scénarios......................................................................19 1.3.1. Scénario "Piéton masqué traversant" ...................................................20 1.3.2. Scénario "Tourne-à-gauche d’un véhicule suivi" ..................................22 1.3.3. Scénario "Arrêt brutal à un feu tricolore d'un véhicule suivi" ................24 1.3.4. Scénario "Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie". ..................26 1.3.5. Scénario " Véhicule sortant de stationnement".....................................28 Chapitre 2 ...............................................................................................................31 Partie expérimentale..............................................................................................31 2.1. Dispositif expérimental .................................................................................31 2.2. Tâche............................................................................................................31 2.3. Sujets............................................................................................................31 2.4. Variables dépendantes.................................................................................32 2.5. Résultats.......................................................................................................32 2.5.1. Répartition des chocs et des manoeuvres d'évitement ........................32 2.5.2. Scénario "Piéton masqué traversant" ...................................................39 2.5.3. Scénario "Tourne à gauche d’un véhicule suivi"...................................41 2.5.4. Scénario "arrêt brutal à un feu tricolore d’un véhicule suivi".................44 2.5.4. Scénario "Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie" ...................45 2.5.5. Le scénario "Véhicule sortant de stationnement" .................................49 Chapitre 3 ...............................................................................................................55 Discussion et conclusions ...................................................................................55 Bibliographie ..........................................................................................................59 Annexe 1 .................................................................................................................63 Rapport INRETS n°276 5 Table des illustrations Figure 1. Le modèle d'analyse de découpage en phase permet de reconstituer le déroulement temporel de l'accident. ................ 18 Figure 2. Scénario piéton masqué traversant. Le piéton surgit de la droite 2,4 s avant que le conducteur ne croise sa trajectoire. A) Le déroulement temporel ; B) L'image............... 20 Figure 3. Le véhicule commence à tourner à gauche pour se garer en épis sur le trottoir. A) Le déroulement temporel ; B) L'image. ......................................................................................... 22 Figure 4. L'arrivée au carrefour est masquée par le bus garé sur la droite de la chaussée. A) Le déroulement temporel ; B) L'image. ......................................................................................... 24 Figure 5. Le véhicule commence à se rabattre devant le sujet. A et B) Le déroulement temporel ; C) L'image. ................................. 26 Figure 6. Le véhicule s'engage sur la voie du sujet alors que celuici est à une distance de 20 m derrière lui. A) Le déroulement temporel ; B) L'image. ........................................... 28 Figure 7. Scénario piéton. Un conducteur expérimenté tente d'éviter le piéton par la gauche et percute le piéton. Evolution de sa vitesse et de sa position sur la voie en fonction du temps......................................................................... 33 Figure 8. Scénario arrêt brutal à un feu tricolore d'un véhicule suivi. Un sujet expérimenté percute le véhicule suivi avant que celui-ci ne soit à l'arrêt. .............................................. 33 Figure 9. Scénario tourne-à-gauche d'un véhicule suivi. Un sujet DCT percute le véhicule devant lui. Evolution, en fonction du temps, du TIV et des vitesses du sujet et du véhicule suivi................................................................................................ 34 Figure 10. Scénario véhicule sortant de stationnement. Trois sujets DCT percutent le véhicule qui sort de son emplacement. Evolution en fonction du temps de leurs vitesses et TIV ainsi que ceux des autres sujets. ............................................... 34 Figure 11. Scénario Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie. Lorsque le véhicule se rabat devant eux, 5 sujets se déportent sur la voie de gauche afin de le dépasser. Evolution des positions latérales et vitesses de tous les sujets, de la position latérale de ces 5 sujets............................ 36 Figure 12. Scénario tourne-à-gauche du véhicule suivi. Un conducteur expérimenté dépasse par la droite le véhicule Rapport INRETS n°276 7 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident suivi. Evolution, en fonction du temps, des positions latérales et des vitesses du sujet et du véhicule suivi. ............ 36 Figure 13. Scénario arrêt brutal à un feu tricolore. Un sujet expérimenté dépasse l'autre véhicule par la droite. ................. 37 Figure 14. Scénario véhicule sortant de son emplacement de parking. Un conducteur expérimenté évite le véhicule en se déportant sur la voie de gauche. Evolution, en fonction du temps, de la position latérale du sujet, de sa vitesse et de celle des autres sujets........................................... 38 Figure 15. Evolution moyenne des vitesses en fonction du temps et de l'expérience de conduite......................................................... 39 Figure 16. Evolution des positions latérales en fonction du temps et de l'expérience de conduite......................................................... 40 Figure 17. Positions latérales moyennes en fonction du temps et de l'expérience de conduite. ............................................................. 41 Figure 18. Evolution des vitesses et TIV moyens en fonction du temps. ............................................................................................ 42 Figure 19. Evolution, en fonction du temps de la position latérale moyenne des sujets et du véhicule suivi. .................................. 43 Figure 20. Evolution des vitesses et positions latérales moyennes en fonction du temps. .................................................................. 44 Figure 21. Evolution des vitesses et positions latérales moyennes d’approche en fonction du temps. .............................................. 45 Figure 22. Evolution des vitesses moyennes en fonction du temps. ....... 46 Figure 23. Evolution des positions latérales moyennes en fonction de la manoeuvre. Lorsque le véhicule se rabat devant eux, 19 sujets restent sur la voie de droite, 5 sujets se déportent sur la voie de gauche.................................................. 47 Figure 24. Evolution des TIV moyens en fonction du temps. .................... 48 Figure 25. Evolution des vitesses et des TIV moyens en fonction du temps. ............................................................................................ 49 Figure 26. Temps de réponse moyens pour lâcher l'accélérateur et appuyer sur la pédale de frein en fonction de l'expérience de conduite.................................................................................... 50 Figure 27. Position latérale moyenne des sujets en fonction du temps et de l’expérience de conduite......................................... 50 Figure 28. Evolution des vitesses moyennes en fonction du temps et de l'expérience de conduite..................................................... 51 Figure 29. Evolution des TIV moyens en fonction du temps et de l'expérience de conduite. ............................................................. 52 8 Rapport INRETS n°276 Remerciements Les auteurs remercient toutes les personnes qui ont permis la réalisation de cette recherche, en particulier : - les membres de l'équipe du Département MA qui travaillent sur le recueil de données d'accidents et dont les cas d'accident ont permis l'implémentation des scénarios utilisés dans ce travail, - les membres de l'équipe MSIS qui ont permis au Département MA de se doter d'un simulateur de conduite performant. Nous remercions d'autre part nos amis et collègues qui ont été rapporteurs de ce travail et en ont permis l'amélioration par leurs remarques avisées. Rapport INRETS n°276 9 Synthèse Les jeunes conducteurs ont une probabilité d'être impliqués dans un accident largement plus importante que celle des conducteurs plus âgés. Etant donné que cette probabilité diminue à mesure que la durée d'obtention du permis de conduire augmente, on peut considérer que la performance des conducteurs débutants s'améliore avec la pratique et/ou l'entraînement, par exemple en ce qui concerne le temps mis pour réagir face à un risque routier ou la capacité à orienter son attention sur les éléments pertinents au moment adéquat. Pour contribuer à lutter contre cette sur implication des conducteurs novices dans les accidents, la France a mis en place une réforme du système de formation à la conduite avec la possibilité de suivre un Apprentissage Anticipé de la Conduite (AAC) dès 16 ans. Le travail présenté ici concerne les conséquences que cette formation est susceptible d'avoir sur le comportement de conduite. Nous avons donc comparé les comportements de conduite d'usagers ayant suivi un apprentissage de type AAC à ceux d'usagers ayant suivi un apprentissage de type traditionnel et à ceux d'usagers ayant une bonne expérience de conduite, afin de voir si l'expérience supplémentaire apportée par l'AAC était suffisante pour produire une habileté supérieure à celle obtenue par un apprentissage traditionnel. Pour ce faire, nous avons effectué une expérimentation sur simulateur de conduite dans lequel nous avons introduit de scénarios identifiés comme générateurs d'accidents. Ces scénarios ont été implémentés par des données issues de cas réels d'accident (EDA) et introduits dans un circuit urbain simulé. Les sujets avaient pour tâche de conduire le simulateur. Les variables analysées étaient leur vitesse et position latérale, leur temps de réponse face aux évènements qui se produisaient durant le parcours, et les temps inter véhiculaires. Les résultats indiquent que deux des cinq scénarios étudiés mettent clairement en évidence un effet de l'expérience de la conduite sur le comportement des participants. Ces scénarios mettent en scène des situations imprévues et peu prévisibles. Par ailleurs, les jeunes conducteurs ayant suivi un apprentissage anticipé à la conduite semblent avoir un comportement plus sécuritaire que les jeunes conducteurs ayant suivi un apprentissage traditionnel. Dans la perspective d'une amélioration de l'apprentissage à la conduite, d'autres scénarios vont être testés. Leur introduction dans des simulateurs pourrait, à terme, servir aux autos écoles pour sensibiliser les conducteurs novices à des situations difficiles, rarement rencontrées lors de la conduite naturelle. Rapport INRETS n°276 11 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident 12 Rapport INRETS n°276 Introduction Expérience et apprentissage de la conduite Les études épidémiologiques montrent que les jeunes conducteurs ont une probabilité d'être impliqués dans un accident largement plus importante que celle des conducteurs plus âgés. Les recherches concernant les facteurs qui peuvent contribuer à cette sur implication se sont axées autour de facteurs ponctuels tels que la prise d'alcool et/ou de drogues, la vitesse, ou autour de facteurs plus globaux tels que l'expérience de la conduite ou la maturation, cette dernière incluant des facteurs de style de vie liés à l'âge, par exemple la recherche de sensation facteurs sous tendant un style de conduite (Engströme & al., 2003). Une revue de la littérature suggère ainsi que les jeunes conducteurs adoptent probablement un style de conduite à risque et ont donc une probabilité forte de se trouver dans des situations potentiellement accidentogènes. Parallèlement, ils sont vraisemblablement peu aptes à gérer ces situations du fait de leur faible expérience en conduite. Toutefois, les interactions entre l'âge et l'expérience de conduite sont difficiles à dissocier. En effet, les jeunes conducteurs sont à la fois prédisposés à prendre des risques et débutants ce qui se traduit par le fait que, pour une même durée d'obtention du permis, les conducteurs débutants âgés de 20 ans et plus sont moins fréquemment accidentés que les conducteurs débutants de moins de 20 ans (Deery, 1999 ; McCarrt, Shabanova & Leaf, 2003 ; Williams, 2003). Etant donné que la probabilité des jeunes d'être impliqués dans un accident diminue à mesure que la durée d'obtention du permis de conduire augmente (Turner, McClure & Pirozzo, 2004 ; Williams, 2003), on peut cependant considérer que la performance (habileté de conduite) des conducteurs débutants, inférieure à celle des conducteurs expérimentés, s'améliore avec la pratique et/ou l'entraînement sur différents aspects, par exemple le temps mis pour réagir face à un risque routier ou la capacité à orienter son attention sur les éléments pertinents au moment adéquat. Ainsi, des aspects élémentaires de la performance varient en fonction de l'expérience et une expertise perceptive se met en place au fur et à mesure de la pratique. Cette expertise se caractérise par une meilleure capacité à prévoir les événements du contexte et à prélever les indices pertinents à cette anticipation. En ce sens, les recherches effectuées dans le domaine de la prise d'information visuelle indiquent une tendance de conducteurs débutants à prendre leur information visuelle à une distance proche et constante quelle que soit leur vitesse de déplacement. Ils regardent souvent les bords de la Rapport INRETS n°276 13 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident chaussée, prélèvent beaucoup d'informations et ont une sélection peu pertinente d'informations. Ils ont des délais de réponses longs, détectent moins les indices importants et lointains que les expérimentés. Ils ont du mal à analyser les situations difficiles. Les conducteurs expérimentés prennent leur information loin devant leur véhicule vers la zone d'expansion de la scène visuelle. Ils ont une sélection de l'information orientée vers les indices utiles entraînant ainsi des délais de réponses courts et une meilleure anticipation des évènements. Ils modifient leur stratégie de prise d'information en fonction de leur vitesse de déplacement et regardent plus loin lorsqu'ils vont plus vite. Ils détectent mieux les événements périphériques, se rappellent mieux les événements secondaires et consultent moins leur compteur de vitesse que les débutants (Mourant & Rockwell, 1972 ; Tétard, 1985 ; Crundall, Underwood & Chapman, 1999 ; Underwood & al., 2002 ; Underwood & al., 2003 ; Berthelon & al., 1997). L'expérience en conduite est donc liée à une augmentation de l'habileté à sélectionner rapidement l'information pertinente dans un environnement complexe, et à y percevoir avec une grande exactitude les caractéristiques de la trajectoire d'un autre véhicule. Par conséquent, la différence entre non conducteurs et conducteurs expérimentés réside moins dans leurs capacités visuelles de base que dans leur habileté à analyser rapidement et correctement les scènes visuelles complexes (Berthelon, Mestre & Taramino, 1995). D'un autre côté, l'expérience en conduite peut être liée à des activités cognitives de haut niveau, activités nécessaires pour faire face à des situations difficiles (Ranney, 1994 ; Gregersen & Bjurulf, 1996 ; Fisher & al., 2002). Elle fait donc appel à l'acquisition de coordinations complexes d'activités motrices, perceptives et cognitives (Mac Leod, 1987). Bien que le contrôle de base du véhicule et les règles de circulation soient appris assez rapidement, il a été suggéré que ces apprentissages étaient acquis en 15 heures de conduite environ (Hall & West, 1996), les conducteurs débutants témoignent d'une intégration et d'une coordination moins efficaces que les conducteurs expérimentés et leurs performances sont moins bonnes (Salthouse & Somberg, 1982 ; Mayhew, Simpson & Pak, 2003). En particuliers, l'effet du manque d'expérience des jeunes conducteurs pourrait être marqué lors de situations de conduite difficiles (Ranney, 1994) ou de situations nouvelles auxquelles ils n'ont pas forcément été confrontés lors de leur apprentissage. Pour contribuer à lutter contre la sur implication des conducteurs novices dans les accidents de la route, et après concertation nationale, en 1988, la France a mis en place une réforme du système de formation à la conduite avec la possibilité de suivre un Apprentissage Anticipé de la Conduite (AAC) dès 16 ans. L'AAC se situe comme une étape d'un système d'accès graduel à la conduite. Globalement, cet apprentissage comprend une formation initiale en auto-école (obtention de l'épreuve théorique et nombre minimal d'heures de conduite) à l'issue de laquelle est délivrée une attestation de fin de formation dont le niveau est estimé équivalent à ceux des jeunes qui passent par une formation traditionnelle pour obtenir le permis à 18 ans. Ensuite, le postulant 14 Rapport INRETS n°276 Expérience et apprentissage de la conduite acquiert une expérience complémentaire, qui consiste à conduire avec un adulte (accompagnateur) pendant 3 000 km au minimum. Parallèlement, des réunions pédagogiques sont organisées avec l'auto-école. La présentation au permis de conduite se fait dans tous les cas à 18 ans minimum. Bien que les taux de réussite à l'épreuve du permis B pour les candidats ayant opté pour l'AAC semble diminuer depuis 1997, ils restent largement supérieurs à ceux des candidats ayant suivi une formation traditionnelle (Chatenet & Leroux, 1999). Il apparaît d'autre part que les conducteurs ayant suivi ce type d'apprentissage, supervisés par un conducteur expérimenté pendant les premiers temps, sont moins susceptibles d'être impliqués dans un accident que les conducteurs ayant suivi un apprentissage traditionnel pour lesquels cette probabilité est importante dans les premiers mois d'obtention du permis (Mayher & al., 2003 ; Sagberg & Bjørnskau, 2006). Nous centrerons le travail présenté ici sur les conséquences que cette formation est susceptible d'avoir sur le comportement de conduite lui même. Il s'agit donc, en comparant les comportements de conduite d'usagers ayant suivi un apprentissage de type AAC à ceux d'usagers ayant suivi un apprentissage de type traditionnel et à ceux d'usagers ayant une bonne expérience de conduite, d'estimer si l'AAC favorise la capacité à percevoir et à anticiper le comportement des autres usagers, tout en rendant prévisible le sien, et permet à l'apprenti conducteur d'avoir un comportement plus proche de celui d'un conducteur expérimenté qu'il ne l'aurait été s'il avait suivi un apprentissage traditionnel. En d'autre terme, l'expérience supplémentaire apportée par l'AAC est-elle suffisante pour produire une habileté supérieure à celle obtenue par un apprentissage traditionnel ? Pour ce faire, nous avons effectué une expérimentation sur simulateur de conduite dans lequel nous avons introduit de scénarios identifiés comme générateurs d'accidents ce qui a pour conséquence de rendre réalistes les situations étudiées. Rapport INRETS n°00 15 Chapitre 1 Les scénarios utilisés 1.1. Définition Le concept de scénarios, pris au sens large, renvoie à la mise en place de situations dans lesquelles des évènements se produisent dans le but de provoquer un comportement (Fischer & al., 2002). Dans la littérature relative à la sécurité routière ce concept renvoie plutôt à une classe ou à un type d'accidents. Les scénarios reproduisent des infrastructures et des situations prototypiques génératrices d'accidents. Ils correspondent à un groupe d'accidents présentant des similitudes d'ensemble du point de vue de l'enchaînement des faits et des relations de causalité, dans les différentes phases conduisant à la collision, donc à des prototypes de déroulement (Fleury & Brenac, 2001). La méthode d'analyse séquentielle utilisée pour regrouper les accidents sous forme de scénarios repose sur une segmentation du déroulement de l'accident en plusieurs phases (Brenac & Fleury, 1999 ; Brenac, Delcamp, Pelat & Teisseire, 1996). La situation de départ décrit les conditions générales du déplacement et le contexte dans lequel celui-ci s'effectue ; la situation de conduite rend compte des conditions de conduite dans les quelques minutes précédant le lieu d'accident ; la situation d'accident est celle où un élément de rupture entraîne un basculement vers une situation critique ; la situation d'urgence est celle durant laquelle une manœuvre peut encore être tentée pour éviter ou amoindrir les conséquences du choc, et enfin la situation de choc ellemême (Ferrandez & al., 1995 ; voir Figure 1). L'analyse séquentielle et causale permet ainsi de caractériser des situations prototypiques génératrices d'accidents (Brenac, Nachtergaële & Reigner, 2003 ; Brenac & al., 1996) et d'en effectuer une sélection à l'usage des simulateurs de conduite. Rapport INRETS n°276 17 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident Figure 1. Le modèle d'analyse de découpage en phase permet de reconstituer le déroulement temporel de l'accident. Situation de départ Ø Situation de conduite Situation d'accident Situation d'urgence Ø Ø Ø Comportement en approche du lieu Instant de rupture Situation de choc Ø Eventuelles manœuvres d'évitement et sollicitations dynamiques Nature du choc et dommages 1.2. Critères de choix D'une façon générale, du fait des limitations actuelles de notre simulateur, le choix que nous avons effectué a exclu un certain nombre de situations répertoriées comme accidentogènes. Ainsi, dans la mesure où notre dispositif de simulation a une ouverture angulaire de 58°, les scénarios d'accidents se produisant en intersection n'ont pas été conservés. En effet, le conducteur à l'origine de la situation accidentogène y est souvent détecté comme un usager non prioritaire qui s'engage au carrefour sans avoir vu l'usager adverse, ou qui a mal évalué le créneau temporel nécessaire à la traversée du carrefour ou à son insertion dans le trafic. La reproduction d'une telle situation implique donc que le conducteur du simulateur puisse prendre une information visuelle à droite et à gauche avant de s'engager sur le carrefour, ce qui exige une ouverture angulaire plus importante que celle dont nous disposons. Le même type de problème nous a conduit à éviter de reproduire les accidents s'étant produits en virage de faible rayon de courbure c'est-à-dire les virages dits serrés. Nous avons également exclus les scénarios dans lesquels les conditions d'adhérence, de luminosité ou météorologiques étaient particulières (par exemple pluie, nuit ou verglas...), ceux qui impliquaient un état particulier du conducteur tel qu'une consommation excessive d'alcool ou un malaise, et ceux dans lesquels un problème mécanique sur le véhicule s'était déclaré. Par ailleurs, la définition des scénarios telle que nous l'avons adoptée sous tend la description de facteurs et combinaisons de facteurs ayant conduit à l'accident mais n'implique pas la description des mécanismes de défaillance comportementale sous jacents à leur occurrence. Dans cette mesure, chaque scénario retenu peut avoir eu comme facteur explicatif l'inexpérience ou le peu d'expérience du conducteur, mais ce facteur n'était pas forcement présent dans chaque accident de l'échantillon constituant le scénario. Le fait de confronter des conducteurs ayant une expérience plus ou moins importante de la conduite 18 Rapport INRETS n°276 Les scénarios utilisés à de tels scénarios permettra d'estimer si une différence d'expérience est susceptible de se traduire de façon significative par une réaction plus ou moins adaptée à l'évitement d'accident. La sélection de trois des scénarios prototypiques utilisés s'est faite à partir des travaux de Brenac, Nachtergaële & Reigner (2003), Blancher, Brenac & Fleury (1998) et Brenac & al. (1996). Deux autres scénarios se sont directement inspirés de données détaillées d'accidents, données disponibles dans la banque de l'INRETS/MA. Ces deux derniers correspondent ainsi à des situations moins représentatives en accidentologie mais toutefois typiques de ce que tout conducteur est amené à rencontrer dans ses déplacements. 1.3. Implémentation des scénarios Comme décrit ci-dessus, l'analyse séquentielle et causale du déroulement de l'accident permet d'en caractériser temporellement les différentes phases. Dans la mesure où notre objectif est de reproduire des situations à la fois interactives et "difficiles" à travers la mise en œuvre de ses caractéristiques physiques, nous sommes partis de la situation de choc (Figure 1) et avons repositionné les véhicules impliqués dans l'espace temps jusqu'à la situation d'accident, situation de rupture. Pour ce faire, nous nous sommes inspirés des données issues de cas d'accidents disponibles dans la banque de données des Etudes Détaillées d'Accident de Salon-de-Provence. Ces cas constituent des situations de référence et chaque scénario a été implémenté par un cas 1 d'accident qui en était représentatif . 1 Un des objectifs des études détaillées d'accidents (EDA) est le développement des connaissances sur les mécanismes générateurs d'accidents et sur les processus de dysfonctionnement du système routier. Dans ce but, l'accident est considéré comme objet de recherche. A partir d'un recueil de données de qualité, il s'agit de reconstruire et décrire le déroulement de l'accident, d'expliciter les enchaînements de causalité qui rendent compte de ce déroulement, et d'identifier parmi les caractéristiques des usagers, des véhicules et des infrastructures, les facteurs dont le contrôle permettront l'action de prévention. L'EDA s'appuie sur : - une approche système de l'accident qui met l'accent sur les interactions entre usagers, les outils de déplacement et les infrastructures ; - un modèle d'analyse reposant sur le découpage en phases du déroulement de l'accident (Figure 1) ; - un modèle cinématique permettant la reconstruction et le paramétrage dans le temps et l'espace de la dynamique du phénomène ; - un modèle du fonctionnement de l'opérateur humain assimilé à un système de traitement de l'information, modèle qui s'appuie sur les formalismes de la psychologie cognitive. Ces méthodologies orientent la collecte des données, leur traitement et leur interprétation. Ces données sont centrées sur le déroulement de l'accident, ceci permet d'effectuer une synthèse sur les circonstances de l'accident et son déroulement (Ferrandez & al., 1995 ; Perrin & al., 2004). Les données sont donc précises, elles permettent un positionnement temporel des véhicules et/ou piéton impliqués dans un scénario ainsi que la description de l'infrastructure dans lequel se produit ce scénario, ceci sur les quelques secondes précédents l'accident. Rapport INRETS n°00 19 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident 1.3.1. Scénario "Piéton masqué traversant" Figure 2. Scénario piéton masqué traversant. Le piéton surgit de la droite 2,4 s avant que le conducteur ne croise sa trajectoire. A) Le déroulement temporel ; B) L'image. Sujet Bus Le piéton apparaît 2,4 s avant que le sujet ne croise sa trajectoire. La distance au piéton est donc fonction de la vitesse du sujet. Le piéton est masqué par un bus. Il traverse rapidement la voie sur laquelle circule le sujet et apparaît 2,4 s avant que le véhicule du sujet ne croise sa trajectoire. A B 20 Rapport INRETS n°276 Les scénarios utilisés Un véhicule circule en agglomération sur la voirie principale, de tracé rectiligne, généralement hors intersection. Le scénario est décrit comme suit : "Un piéton s'apprête à traverser la chaussée hors passage piéton. Le piéton, initialement masqué à la vue du conducteur, généralement par un véhicule immobile, engage sa traversée alors que le conducteur survient. Le conducteur ne détecte pas le piéton, ou très tardivement. Le piéton ne voit pas le véhicule" (Brenac, Nachtergaële & Reigner, 2003 ; scénarios types 1 et 2). Dans notre simulation, le piéton est masqué par un bus stationné à droite de la chaussée, il traverse brusquement la chaussée devant le bus alors que le conducteur arrive de sa gauche. Afin d'implémenter ce scénario, nous avons repositionné le moment où le piéton apparaît dans le champ de vision du conducteur en partant de la situation de choc (Figure 2, A et B). Dans ce cas, le piéton est visible 2,4 s avant que le conducteur n'arrive à son niveau, soit un temps à l'obstacle de 2,4 s. Cette configuration ne reste effective que si le conducteur n'effectue aucune manœuvre pour l'éviter (freinage ou évitement par déport latéral). Rapport INRETS n°00 21 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident 1.3.2. Scénario "Tourne-à-gauche d’un véhicule suivi" Figure 3. Le véhicule commence à tourner à gauche pour se garer en épis sur le trottoir. A) Le déroulement temporel ; B) L'image. La vitesse du véhicule qui va tourner à gauche est asservie à celle du sujet jusqu'à T0. Interdistance =25 m Véhicule suivi Véhicule sujet T0 : Le véhicule suivi commence à freiner, l'asservissement disparaît T1 : 1,9 s après le début du freinage, le véhicule suivi circule à 10 km /h T2 : 5,9 s après T0, le véhicule suivi circule encore à 10 km /h, il met son clignotant T3 : 9 s après T0, le véhicule suivi commence à tourner à gauche pour se garer A B 22 Rapport INRETS n°276 Les scénarios utilisés Le conducteur circule en ligne droite, la chaussée est composée de 2 voies séparées par un marquage axial. Devant lui (assez loin), un autre véhicule se prépare à tourner à gauche à une intersection ou à une voie privée non perceptible de loin. Il n'y a pas d'aménagement spécifique pour tourner à gauche et aucun véhicule n'arrive en sens inverse. Le conducteur ne comprend pas la manœuvre de tourne-à-gauche du véhicule précédant (Brenac & al., 1996, scénario n° 25, Blancher, Brenac & Fleury, 1998 ; scénarios 11a et 11b). Afin d'implémenter ce scénario, la vitesse du véhicule qui circule devant le sujet est, dans un premier temps, asservie à celle du sujet de manière à ce que la distance séparant les deux véhicules soit de 25 m. Cette période d'asservissement est longue, elle est dépendante de la vitesse du sujet. Le véhicule circulant devant le sujet commence alors à freiner et atteint une vitesse de 10 km/h au bout de 1,9 s, sa vitesse n'est plus asservie à celle du sujet. Il roule ensuite à 10 km/h pendant 4 s, puis met son clignotant et signale ainsi son intention de tourner à gauche. Ce n'est que 3 s après la mise en route du clignotant que le véhicule tourne effectivement à gauche pour se garer en épis sur le trottoir. Ceci fait un total d'environ 9 s entre le début du freinage et la manœuvre de tourne-à-gauche (Figure 3, A et B). Rapport INRETS n°00 23 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident 1.3.3. Scénario "Arrêt brutal à un feu tricolore d'un véhicule suivi" Figure 4. L'arrivée au carrefour est masquée par le bus garé sur la droite de la chaussée. A) Le déroulement temporel ; B) L'image. Véhicule suivi Véhicule sujet Le véhicule précède le sujet de 25 m, il commence à freiner. 2,93 s après le début du freinage, le véhicule s’arrête au feu. Feu A B 24 Rapport INRETS n°276 Les scénarios utilisés Le conducteur circule en file sur une chaussée rectiligne, à deux voies et à double sens de circulation. Des véhicules et des poids lourds le précèdent, ce qui masque l'arrivée sur un carrefour en T ainsi que sur le feu qui régule ce carrefour. C'est le premier feu rencontré sur l'itinéraire. Le feu passe au rouge, les véhicules devant freinent sur une distance de 25 m environ afin de se retrouver à l'arrêt au niveau du feu. Le conducteur est surpris et freine trop tard. Pour implémenter ce scénario, nous avons défini une file de trois véhicules dont le premier est un bus ce qui masque l'arrivée au carrefour règlementé par feu. La vitesse de la file est asservie à celle du conducteur du simulateur de manière à ce que l'inter distance entre ce conducteur et le dernier véhicule de la file soit de 25 m sur une distance de 500 m environ. Le bus, suivi du second véhicule, tourne à gauche au carrefour. Un autre bus est garé sur la droite de la chaussée ce qui masque le passage du feu au rouge. Le véhicule précédant le conducteur freine pendant 2,9 s afin de s'arrêter au feu (Figure 4, A et B). Rapport INRETS n°00 25 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident 1.3.4. Scénario "Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie". Figure 5. Le véhicule commence à se rabattre devant le sujet. A et B) Le déroulement temporel ; C) L'image. Véhicule dépassant Véhicule sujet T-2 : Le véhicule sur la voie de gauche est 10 m derrière le véhicule sujet. Sa vitesse est supérieure de 10 km/h à celle du sujet. T-1 : 1,6 s avant le début du rabattement, les 2 véhicules sont au même niveau. T0 : le véhicule est à 20 m devant le sujet. Il va commencer à ralentir et à se déporter vers la voie de droite. A T1 = 2,05 s après T0 Le véhicule est à la limite de la voie de droite et il débute son insertion sur la voie des sujets. T2 = 4 s après T0 Fin de l’insertion du véhicule sur la voie des sujets, sa vitesse est de 30 km/h. B 26 Rapport INRETS n°276 Les scénarios utilisés C Le sujet circule sur la voie de droite d'une artère urbaine rectiligne à trois voies, deux voies sont attribuées à son sens de circulation. Un véhicule dépasse le sujet, sa vitesse est de 10 km/h supérieure à celle du sujet. Ce véhicule commence à se rabattre en ralentissant lorsqu'il est 20 m devant le sujet. Trois secondes plus tard, il est complètement inséré sur la voie du sujet et a adopté une vitesse de 30 km/h, il tournera à droite à l'intersection suivante (Figure 5, A, B et C). Rapport INRETS n°00 27 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident 1.3.5. Scénario " Véhicule sortant de stationnement" Figure 6. Le véhicule s'engage sur la voie du sujet alors que celui-ci est à une distance de 20 m derrière lui. A) Le déroulement temporel ; B) L'image. sujet sujet T0 : Le véhicule stationné à droite commence à sortir de son emplacement alors que le sujet est à 20 m de lui. T1 : 5 s après le début de sa manœuvre le véhicule est totalement inséré sur la voie du sujet. A B Le conducteur vient d'effectuer un tourne-à-gauche à une intersection, il est en phase d'accélération. Des véhicules sont stationnés à sa droite et à sa gauche. Un véhicule garé à droite sort de son emplacement alors que le conducteur est à une distance de 20 m. 28 Rapport INRETS n°276 Les scénarios utilisés Une fois implémentés, les scénarios sont introduits dans le dispositif de simulation par l'équipe Modélisations, SImulations et Simulateurs de conduite (MSIS) de l'INRETS. L'objectif est ensuite d'évaluer les capacités des sujets à éviter ces situations répertoriées comme génératrices d'accidents. Rapport INRETS n°00 29 Chapitre 2 Partie expérimentale 2.1. Dispositif expérimental L'expérimentation se déroule sur le simulateur de conduite de Salon-deProvence. Ce simulateur est constitué d'un poste de conduite interactif (quart de véhicule) dont la base est fixe. La surface de projection des images (1,9 m de haut et de 2,3 m de large, soit 58° en horizontal et 45° en vertical) placée devant le poste de conduite permet de visionner l'environnement routier de type urbain dans lequel sont introduits des scénarios d'accident (voir Figure 2). 2.2. Tâche Chaque sujet est soumis à 3 tours de circuit urbain d'une durée d'environ 7 minutes chacun. Quelques véhicules autonomes, aux comportements non conflictuels, circulent sur le circuit. Le premier tour permet de prendre en main les commandes du simulateur, les sujets sont incités à accélérer et à freiner afin de prendre en main les commandes du simulateur. Ce premier tour est considéré comme un entraînement. Les scénarios d'accident sont introduits aléatoirement dans le second et le troisième tour afin d'éviter tout effet d'ordre. La consigne donnée aux sujets est de suivre les panneaux directionnels indiquant le centre-ville et de conduire comme ils le feraient dans la réalité, à une vitesse d'environ 50 km/h. Il n'est pas précisé que des évènements imprévus, les scénarios, se produiront. 2.3. Sujets Les critères d’inclusion ont été définis avec un objectif d'homogénéité de chaque groupe de sujets, quant à l’âge et l’expérience de conduite. En étudiant les comportements de sujets expérimentés et débutants de même sexe, appartenant à des tranches d'âge le plus équivalentes possibles, nous avons tendu à homogénéiser le facteur risque. Les sujets sont ainsi tous de sexe masculin, insensibles au mal des transports. Les conducteurs débutants ont suivi une formation traditionnelle à la conduite (N=12) ou une formation d'apprentissage anticipé à la conduite (N=7). Ils sont âgés en moyenne et respectivement de 19,6 ans (SD=1,4) et 18,4 ans (SD=0,5), ont passé leur permis de conduire depuis moins de 2 mois et ne possèdent pas de véhicule personnel. Les conducteurs expérimentés (N=11) Rapport INRETS n°276 31 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident ont un âge moyen de 24,5 ans (SD=2,9), possèdent le permis et un véhicule depuis plus de 3 ans. Le protocole de recherche a été présenté et considéré hors du champ de la loi Hurriet par le Comité Consultatif Interne d'Ethique sur la Recherche Biomédicale et Comportementale de l’INRETS lors de sa séance du 19 octobre 2005. Les participants ont signé un formulaire de consentement libre et éclairé. En dédommagement des contraintes expérimentales, une indemnité a été versée à chacun d'entre eux. 2.4. Variables dépendantes Les variables enregistrées concernent la vitesse adoptée par le conducteur, le temps de réponse face à l'évènement imprévu (lâché de la pédale d’accélération, pied sur frein), la trajectoire ou position latérale du véhicule sur la chaussée. Les temps inter véhiculaires ont été enregistrés dans tous les scénarios excepté celui du « Piéton masqué traversant ». Le temps inter véhiculaire (TIV) est le temps mis par un véhicule pour parcourir la distance séparant, à un moment donné, l’avant de son véhicule de l’arrière du véhicule précédant sur la même voie. Les principales variables sont traitées par t de student et sont considérées 2 comme significativement différents au seuil de ,05 . Elles sont décrites et illustrées mais, étant donné leur grand nombre et leur évolution au fur et à mesure de la progression, les écarts type n'ont pu être représentés. La répartition des chocs et des évitements en fonction du groupe et des scénarios est également présentée. 2.5. Résultats 2.5.1. Répartition des chocs et des manœuvres d'évitement Les chocs Les chocs sont attribuables à cinq conducteurs sur 30, dont 2 conducteurs EXP (N=11) et 3 conducteurs DCT (N=12), aucun conducteur DCA (N=7) n'est impliqué dans une collision (Tableau 1, Annexe 1). Les chocs se répartissent sur 4 des 5 scénarios expérimentaux. Le seul scénario qui ne provoque pas d'accident est celui du "véhicule dépassant et se rabattant sur la voie". Un conducteur EXP percute le piéton (scénario piéton masqué traversant). Ce conducteur circule à une vitesse de 60 km/h environ, freine rapidement dès qu'il voit le piéton mais fait un écart sur la gauche sans doute dans le but de l'éviter (Figure 7). Le piéton continuant sa progression, l'écart du conducteur a l'effet inverse de celui escompté. Le conducteur semble ainsi avoir fait une erreur d'anticipation de la progression du piéton. Etant donné sa vitesse et sa 2 Les valeurs de t ne seront données dans ce rapport que lorsqu'elles sont associées à un résultat significatif. 32 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale distance au piéton lorsqu'il commence à freiner, un simple freinage aurait suffit à éviter le choc. Un autre conducteur EXP percute le véhicule suivi avant que ce véhicule ne soit arrêté au feu (scénario arrêt brutal à un feu tricolore d'un véhicule suivi). Ce sujet circule à vitesse élevée et adopte ainsi un TIV court. Au moment où le véhicule suivi commence à freiner, son TIV est d'environ 1 s. Ce sujet a freiné mais il ne pouvait éviter le choc, son TIV était trop court pour lui permettre l'arrêt (Figure 8). Figure 7. Scénario piéton. Un conducteur expérimenté tente d'éviter le piéton par la gauche et percute le piéton. Evolution de sa vitesse et de sa position sur la voie en fonction du temps. gauche * ** *** **** 60 50 400 40 300 30 200 20 100 0 Vitesse (km/h) Position latérale (cm) 500 * le piéton est visible ** laché accélérateur *** appuie frein **** choc piéton 10 Position latérale 0 Vitesse 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5 5,5 6 6,5 7 droite Temps (s) 90 4 80 3,5 70 3 60 2,5 50 2 40 1,5 30 20 1 10 0,5 0 vitesse moyenne TIV (s) Vitesses (km/h) Figure 8. Scénario arrêt brutal à un feu tricolore d'un véhicule suivi. Un sujet expérimenté percute le véhicule suivi avant que celui-ci ne soit à l'arrêt. vitesse sujet TIV moyen TIV sujet 0 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 Temps (s) Rapport INRETS n°00 33 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident Un conducteur DCT percute le véhicule qui circule devant lui (scénario tourne-à-gauche d'un véhicule suivi). Ce conducteur roule légèrement à gauche de la voie par rapport au véhicule situé devant lui (10 cm), sa vitesse est très élevée au moment ou l'autre véhicule commence à freiner, plus de 57 km/h alors que la vitesse moyenne des sujets est de moins de 36 km/h au même moment. Cette vitesse provoque un temps inter véhiculaire de 1,5 s au moment où le véhicule qui circule devant lui commence à freiner. Malgré ses réactions rapides, le conducteur ne peut éviter le choc (Figure 9). Figure 9. Scénario tourne-à-gauche d'un véhicule suivi. Un sujet DCT percute le véhicule devant lui. Evolution, en fonction du temps, du TIV et des vitesses du sujet et du véhicule suivi. gauche * ** 60 * laché accélérateur *** 1,8 50 1,4 40 1,2 1 30 0,8 20 TIV (s) Vitesse (km/h) ** appuie frein *** choc 1,6 vitesse sujet vitesse vl suivi TIV sujet 0,6 0,4 10 0,2 0 0 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Temps (s) droite Figure 10. Scénario véhicule sortant de stationnement. Trois sujets DCT percutent le véhicule qui sort de son emplacement. Evolution en fonction du temps de leurs vitesses et TIV ainsi que ceux des autres sujets. Choc 60 4 3 3 40 vitesse moyenne 2 30 2 20 1 10 TIV (s) vitesses (km/h) 50 vitesse 3 DCT TIV DCTchoc TIV moyens 1 0 0 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 Temps (s) 34 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale Trois conducteurs DCT percutent le véhicule qui sort de son stationnement (scénario véhicule sortant de stationnement). L'un d'entre eux avait déjà percuté dans le scénario "tourne-à-gauche du véhicule suivi". Ces trois sujets DCT circulent plus vite, en moyenne, que les autres sujets, et lorsque l’autre véhicule sort de son emplacement de parking, leur TIV est donc plus faible. Ils circulent, en moyenne, 27 cm plus à gauche de leur voie que les autres DCT. Ces sujets n'ont pas le levé le pied de l’accélérateur avant de percuter le véhicule qui sort de son emplacement de parking ce qui démontre l'élément de surprise provoqué par cette manœuvre (Figure 10). On note toutefois qu'ils tentent, bien que tardivement, d’éviter le choc en se déportant vers la gauche de la chaussée. Les évitements Six sujets effectuent des manœuvres de déport latéral afin d'éviter l’usager interférant, ce sont 4 conducteurs EXP (dont l'un a percuté le piéton et effectue un évitement dans 3 autres scénarios) et 2 conducteurs DCT. On remarque une absence d'évitements dans le groupe des DCA, quel que soit le scénario présenté (Tableau 1, Annexe 1). Les manoeuvres d'évitement ou de déport latéral se distribuent dans l'ensemble des scénarios prototypiques d'accidents. Le scénario "Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie", qui ne donne lieu à aucun choc, est celui qui provoque le plus de déport à gauche. En effet, lorsque le véhicule se rabat sur la voie de droite après avoir effectué son dépassement, 5 sujets (3 EXP et 2 DCT) décident de doubler ce véhicule qui en ralentissant devant eux devient un obstacle à leur progression. Avant que ce véhicule ne commence à se rabattre sur la voie de droite, la vitesse moyenne de ces 5 sujets (52 km/h) ne diffère pas de celle des autres sujets (48 km/h). Lorsque le véhicule commence à se rabattre sur la voie de droite, leur TIV moyen (1,25 s) n'est guère inférieur à celui des autres sujets (1,44 s). C’est donc la stratégie de conduite adoptée par ces 5 conducteurs qui les singularise. Ils ralentissent très peu (pas de freinage ou alors freinage rapide et léger) et ils se déportent sur la voie de gauche avant que le véhicule adverse ne soit entièrement inséré sur leur voie (Figure 11). Rapport INRETS n°00 35 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident Figure 11. Scénario Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie. Lorsque le véhicule se rabat devant eux, 5 sujets se déportent sur la voie de gauche afin de le dépasser. Evolution des positions latérales et vitesses de tous les sujets, de la position latérale de ces 5 sujets. gauche 60 ** * 100 50 50 40 0 30 -50 20 -100 10 -150 0 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5 5,5 6 6,5 7 droite Vitesse (km/h) Position latérale (cm) 150 * véhicule en limite de voie de droite ** véhicule complètement rabattu devant le sujet 3EXP et 2DCT position moyenne vitesse moyenne Temps (s) Le conducteur expérimenté qui a percuté le piéton dépasse par la droite le véhicule suivi (scénario tourne-à-gauche du véhicule suivi). On remarque que l'intention de dépasser est antérieure au moment ou le véhicule a signalé sa manœuvre de tourne à gauche par la mise en route du clignotant (Figure 12). Les temps de réponse de ce sujet sont très courts, sa vitesse en approche ne se différencie pas de celle des autres sujets. Figure 12. Scénario tourne-à-gauche du véhicule suivi. Un conducteur expérimenté dépasse par la droite le véhicule suivi. Evolution, en fonction du temps, des positions latérales et des vitesses du sujet et du véhicule suivi. * ** *** **** 50 -250 40 -150 30 -50 20 50 10 0 150 0 droite 36 60 1 2 3 4 5 6 7 8 Vitesse (km/h) Position latérale (cm) gauche -350 * laché accélérateur ** appuie frein *** clignotant **** le véhicule suivi commence sa manoeuvre position sujet vitesse sujet vitesse vl ii 9 Temps (s) Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale Dans le scénario arrêt brutal à feu tricolore, ce même sujet EXP évite le véhicule en freinant et se déportant sur la droite. Sa vitesse est élevée et donc son TIV faible au moment où le véhicule suivi freine. On remarque que sa position sur la voie à cet instant est décalée sur la droite par rapport à la position moyenne des autres sujets. Il est donc probable que ce sujet avait déjà décidé de dépasser le véhicule avant que celui ci ne commence à freiner (Figure 13). Figure 13. Scénario arrêt brutal à un feu tricolore. Un sujet expérimenté dépasse l'autre véhicule par la droite. 0 -50 -100 -150 -200 -250 -300 -350 -400 position latérale (cm) Vitesse (km/h) gauche 50 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 vitesse moyenne vitesse sujet position moyenne position sujet -450 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 droite Temps (s) Un conducteur EXP réussit à éviter le véhicule qui sort de son emplacement de parking en se déportant sur la voie de gauche. La vitesse moyenne de ce sujet est supérieure à celle des autres sujets (ainsi que son temps de réponse pour lâcher l’accélérateur). C’est un sujet qui ne freine pas et c'est donc un rapprochement rapide du véhicule s’insérant sur sa voie qui provoque la manœuvre d’évitement (Figure 14). Rapport INRETS n°00 37 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident Figure 14. Scénario véhicule sortant de son emplacement de parking. Un conducteur expérimenté évite le véhicule en se déportant sur la voie de gauche. Evolution, en fonction du temps, de la position latérale du sujet, de sa vitesse et de celle des autres sujets. -100 Vitesse (km/h) 50 0 40 100 30 20 200 10 0 300 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 Gauche position latérale (cm) 60 Vitesse moyenne vitesse sujet position sujet Droite 4,5 Temps (s) Synthèse des chocs et évitements Les conducteurs EXP percutent 2 fois et évitent 6 fois (dont 3 évitements par le même sujet). Les conducteurs DCT se singularisent par un taux plus élevé de chocs (4 dont 2 sont dus au comportement du même sujet) que d'évitements (2). Il se pourrait ainsi que les sujets EXP évitent plus souvent le conflit par un déport latéral alors que les sujets DCT entrent plus fréquemment en collision. Par ailleurs, les sujets qui effectuent des manœuvres d'évitement ne sont pas les mêmes que ceux qui percutent (Tableau 1, Annexe 1) et l'on relève une absence d'évitement et de chocs dans le groupe des DCA, quel que soit le scénario présenté. Six sujets (4 DCT et 2 EXP) percutent l’usager interférant sur leur trajectoire. Notamment, le scénario "Véhicule sortant de stationnement" entraîne un choc pour 3 DCT et le scénario "Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie" est le seul pour lequel aucun accident n'est relevé. Cinq des 6 sujets qui percutent (4 DCT et 1 EXP) circulent à une vitesse supérieure aux autres sujets et par conséquent ont des TIV courts réduisant la possibilité d’éviter le choc par un simple freinage. Six sujets (4 EXP et 2 DCT) évitent l’usager interférant en faisant une manœuvre de déport latéral et le scénario "Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie", qui ne donne lieu à aucun choc, est celui qui provoque le plus de déport à gauche (changement de voie). Un conducteur EXP a un comportement caractéristique dans 4 scénarios sur 5. C’est un conducteur qui pouvait théoriquement, dans ces 4 scénarios, gérer l’interaction rencontrée par un freinage, comme les autres sujets dont il ne se démarque pas vraiment que ce soit du point de vue de la vitesse ou du TIV initial. Cependant, et compte tenu de l’engagement précoce de certaines manœuvres qu'il a réalisées, il semble avoir choisi d’effectuer systématiquement des déports latéraux associés ou non à un freinage (3 38 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale déports sur la gauche dont un l’entraînant à percuter le piéton, et un déport sur la droite vers un espace hors voie de circulation). L’hypothèse est donc émise d’une recherche de sensations ludiques, amplifiée par l'utilisation d’un simulateur de conduite le soustrayant à tout risque réel d’accident. Dans un environnement routier naturel, ces comportements seraient assimilés à une prise de risque en terme de confiance excessive en ses propres capacités ou en terme d'exposition accrue, due aux conditions de circulation (Summala, 1987). Nous ne pouvons, à partir de données issues d'une situation simulée donc sans risque réel, qu'émettre une telle hypothèse et cela fait partie des limites de notre travail. Un sujet DCT percute dans 2 scénarios. Dans les 2 cas, il circule à grande vitesse ce qui induit un TIV trop court pour pouvoir éviter un choc avec l’autre véhicule. Pour le scénario "véhicule qui sort de son emplacement de parking", ce sujet va vainement tenter de passer devant ce véhicule en accélérant, pour le scénario où le véhicule suivi tourne-à-gauche, ce sujet freine très rapidement mais il a un TIV trop court pour pouvoir s’arrêter. 2.5.2. Scénario "Piéton masqué traversant" Les résultats sont représentés sur une plage temporelle de 7 s qui intègre le comportement des sujets pendant un temps de 1,4 s avant que le piéton ne soit visible et les 5,6 secondes suivantes. Figure 15. Evolution moyenne des vitesses en fonction du temps et de l'expérience de conduite. EXP 60 * ** *** DCT DCA Vitesse (km/h) 50 * le piéton est visible ** laché accélérateur *** appuie frein 40 30 20 10 0 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5 5,5 6 6,5 7 Temps (s) Il n'y a pas de différence significative entre les vitesses moyennes pratiquées par les trois groupes de sujets (EXP : m=35 km/h et SD=11 ; DCT : m=34 km/h et SD=6 ; DCA : m=31 km/h et SD=7) mais le temps influe sur ces vitesses. Les vitesses commencent à diminuer environ 0,7 s après que le piéton soit visible soit après que les sujets lèvent le pied de l'accélérateur. La diminution de vitesse se poursuit pendant environ 3,5 s, puis la vitesse se Rapport INRETS n°00 39 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident stabilise et enfin les sujets accélèrent après avoir dépassé le niveau du piéton (Figure 15). Les temps de réponse suite à l'apparition du piéton diffèrent peu en fonction de l'expérience de conduite que ce soit lors du lâché de la pédale d'accélérateur (expérimentés, EXP : m=0,64 s et SD=0,1 ; débutants conduite traditionnelle, DCT : m=0,7 s et SD=0,23 ; débutants conduite accompagnée, DCA : m=0,79 s et SD=0,08) ou lors de l'appui sur la pédale de frein (EXP : m=0,98 s et SD=0,14 ; DCT : m=1,11 s et SD=0,38 ; DCA : m=0.96 s et SD=0,19). On note toutefois que les EXP lèvent plus rapidement le pied de l'accélérateur que les DCA bien que 2 DCA n'ont pas le pied sur l'accélérateur lorsque le piéton surgit ; t(14)=-2,77 ; p<,01. Un sujet expérimenté est exclu de la représentation des positions latérales, il est en effet le seul à effectuer un déport latéral vers la gauche, ce qui a pour conséquence un choc avec le piéton. On ne relève pas de différence significative des positions latérales moyennes en fonction de l'expérience de conduite. Les valeurs du simulateur (EXP : m=181,3 cm et SD=56 ; DCT : m=182,6 cm et SD=32 ; DCA : m=195,1 cm et SD=27,6) correspondent à un positionnement moyen des conducteurs situé 1,5 m à droite du marquage central. Figure 16. Evolution des positions latérales en fonction du temps et de l'expérience de conduite. gauche Position latérale (cm) 210 * * le piéton est visible ** lâché accélérateur *** appuie frein ** *** 200 190 180 170 EXP 160 DCT 150 DCA 140 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5 5,5 6 6,5 7 droite Temps (s) Cependant, les positions latérales évoluent en fonction du temps et témoignent d'une tendance des sujets à se déporter vers la droite de la chaussée 3 s environ après que le piéton ne soit visible. Ce déport augmente pendant 2 s, puis les positions sur la chaussée restent stables. Il apparaît que le déport vers la droite est dû au groupe des conducteurs expérimentés. Ceux-ci commencent à se déporter environ 2 s après que le piéton soit visible, le déport augmente pendant 1,5 s environ, son amplitude maximale est toutefois limitée à 43 cm. Les débutants qu'ils aient suivi un apprentissage traditionnel ou anticipé à la conduite ne modifient pas 40 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale significativement leur position sur la voie au fur et à mesure de leur progression (Figure 16). Synthèse du scénario "Piéton masqué traversant" Lorsqu'ils aperçoivent le piéton, tous les conducteurs commencent par freiner avant de tenter une éventuelle manœuvre. Les EXP lèvent plus rapidement le pied de l'accélérateur que les DCA mais les temps mis pour appuyer sur la pédale de frein ne varient pas significativement en fonction de l'expérience de conduite. Le ralentissement des sujets intervient ainsi 0,7 s après que le piéton soit visible, il est suivi par une tendance générale à se déporter vers la droite de la chaussée. Cette tendance est particulièrement nette dans le groupe des conducteurs EXP et semble ainsi correspondre à une manœuvre volontaire correspondant à des capacités d'anticipation de la dynamique du piéton supérieure à celle des 2 autres groupes de conducteurs. 2.5.3. Scénario "Tourne à gauche d’un véhicule suivi" Phase d'approche Les premières données concernent les variables enregistrées alors que les vitesses du sujet et du véhicule qui le précède sont asservies, c'est-à-dire avant que le véhicule suivi par le sujet ne commence à freiner. On rappelle que pendant cette phase d'asservissement la distance inter véhiculaire est de 25 m quelle que soit la vitesse des sujets. Les analyses ne montrent pas d'effet du groupe sur les vitesses d'approche (EXP : m=34 km/h et SD=17 ; DCT : m=38 km/h et SD=14 ; DCA : m=30 km/h et SD=17) ou sur les TIV (EXP : m=3,66 s et SD=2,36 ; DCT : m=2,86 s et SD=1,47 ; DCA : m=4,24 s et SD=2,74). D'autre part, ces deux variables sont stables et n'évoluent pas au fur et à mesure de la progression des sujets. Figure 17. Positions latérales moyennes en fonction du temps et de l'expérience de conduite. gauche Position latérale (cm) 204 206 208 210 212 214 216 218 220 0 0,5 1 droite Rapport INRETS n°00 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5 5,5 6 6,5 7 Temps (s) 41 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident La position latérale moyenne des sujets semble indiquer une tendance à se déporter vers la droite de la voie pendant les 2 s précédant le freinage du véhicule suivi mais ne varie pas significativement en fonction de l'expérience de conduite (EXP : m=212 cm et SD=42 ; DCT : m=209 cm et SD=27 ; DCA : m=225,5 et SD=16,6 ; Figure 17). Phase de réalisation effective de la manoeuvre du véhicule suivi Les données ont été représentées sur une durée de 10 s à partir du moment où le véhicule précédant le sujet commence à freiner. Les vitesses moyennes commencent à diminuer après que le véhicule suivi commence à freiner. La diminution se poursuit pendant quelques secondes, puis les vitesses semblent se stabiliser (Figure 18). Figure 18. Evolution des vitesses et TIV moyens en fonction du temps. * ** * laché accélérateur ** appuie frein *** clignotant 7 *** 6 8 5 6 4 4 3 2 0 TIV (s) V itesse (m /s) 10 2 Vitesse 1 TIV 0 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Temps (s) Ni les vitesses moyennes (EXP : m=17 km/h et SD=6 ; DCT : m=18 km/h et SD=7 ; DCA : m=15 km/h et SD=4), ni les temps de réponse ne varient significativement en fonction de l'expérience de conduite que ce soit lors du lâché de la pédale d'accélérateur (EXP : m=1,3 s et SD=0,8 ; DCT : m=1,32 s et SD=0,79 ; DCA : m=1,49 et SD=0,47), ou lors de l'appui sur la pédale de frein (EXP : m=1,6 s et SD=0,33 ; DCT : m=1,94 s et SD=1,3 ; DCA : m=1,86 et SD=0,49). Un sujet expérimenté a été exclu de la représentation des positions latérales et de celle des TIV, il a en effet dépassé par la droite le véhicule qui était en train de manœuvrer devant lui. Sa manœuvre rend atypique sa trajectoire par rapport à celle des autres conducteurs et son TIV n'a donc pas pu être enregistré sur l'ensemble des 10 s. Les TIV moyens diminuent logiquement dès le début du ralentissement de l'autre véhicule. La diminution dure environ 1,5 s, puis le ralentissement produit pas le freinage des sujets devient effectif et entraîne une stabilisation des TIV 42 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale qui augmentent ensuite pour atteindre une valeur constante (Figure 18). Les TIV moyens ne varient pas significativement en fonction de l'expérience de conduite (EXP : m=4,82 s et SD=3,02 ; DCT : m=4,52 s et SD=4,42 ; DCA : m=4,9 et SD=2,9). Les positions latérales moyennes évolue légèrement en fonction du temps. Ainsi, au bout de 8,5 s d'enregistrement, les conducteurs commencent à se déporter vers la droite de la chaussée, soit 2,5 s après que le véhicule suivi mette son clignotant, signalant ainsi son intention de tourner à gauche. L'amplitude de ce décalage est cependant assez faible (Figure 19). Les positions latérales ne varient pas significativement en fonction de l'expérience de conduite (EXP : m=230,4 cm et SD=26,3 ; DCT : m=210,9 cm et SD=22,8 ; DCA : m=223,8 cm et SD=16,6). Figure 19. Evolution, en fonction du temps de la position latérale moyenne des sujets et du véhicule suivi. Position latérale (cm) gauche le véhicule suivi met son clignotant 240 230 220 210 sujets véhicule suivi 200 190 0 1 droite 2 3 4 5 6 7 8 9 Temps (s) Synthèse du scénario "Tourne à gauche d’un véhicule suivi" Les variables d'approche, précédant le freinage du véhicule suivi, (vitesse et TIV) sont stables et ne témoignent d'aucun effet net de l'expérience de conduite. On note toutefois une légère tendance de tous les sujets à se déporter sur la droite de la chaussée au bout de 5 s de suivi du véhicule. Lorsque le véhicule suivi commence à freiner, les TIV diminuent ce qui provoque un freinage des sujets et donc une diminution de leur vitesse visant à préserver une certaine distance de sécurité. Ensuite, lorsque le véhicule met son clignotant, la majorité des sujets se déporte sur la droite de la voie de circulation ce qui témoigne d'une intention délibérée de dépassement par la droite. En ce sens, un conducteur expérimenté effectue d'ailleurs le dépassement par la droite avant que le véhicule ne mette son clignotant. Rapport INRETS n°00 43 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident 2.5.4. Scénario "arrêt brutal à un feu tricolore d’un véhicule suivi" Les données sont représentées sur une durée de 5 s, à partir du moment où le véhicule suivi par le sujet commence à freiner. Les vitesses moyennes évoluent au fur et à mesure de la progression des conducteurs et diminuent 0,5 s après le freinage du véhicule suivi par les sujets, la diminution se poursuit jusqu'à la fin de l'enregistrement (Figure 20). Les vitesses moyennes ne varient pas significativement entre les EXP (m=26 km/h et SD=16), les DCT (m=24 km/h et SD=8) et les DCA (m=22 km/h et SD=6). Les temps de réponse des sujets suite au freinage du véhicule suivi ne varient pas significativement en fonction de l'expérience de conduite que ce soit lors du lâché de la pédale d'accélérateur (EXP : m=1,09 s et SD=0,65 ; DCT : m=1,06 s et SD=0,6 ; DCA : m=1,03 s et SD=0,48) ou lors de l'appui sur la pédale de frein (EXP : m=2,08 s et SD=1,28 ; DCT : m=1,85 s et SD=0,81 ; DCA : m=2,09 s et SD=1,29). Les positions latérales moyennes sujets n'évoluent pas en fonction du temps (Figure 20) et ne diffèrent pas significativement entre les 3 groupes de sujets (EXP : m=182,55 cm et SD=44,14 ; DCT : m=174,26 cm et SD=20,98 ; DCA : m=163.87 cm et SD=24,97). Figure 20. Evolution des vitesses et positions latérales moyennes en fonction du temps. gauche position latérale 40 vitesse 35 -200 30 -190 25 -180 20 15 -170 10 -160 Vitesse (km/h) position latérale (cm) -210 5 -150 0 0 0,5 droite 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 temps (s) Les TIV moyens ne témoignent pas de différence significative en fonction de l'expérience de conduite (EXP : m=3,63 s et SD=2,27 ; DCT : m=2,96 s et SD=1,66 ; DCA : m=3,19 s et SD=1,22), ils ne paraissent pas évoluer au fur et à mesure de la progression des conducteurs. Synthèse scénario "Arrêt brutal à un feu tricolore d’un véhicule suivi" Les variables analysées ne mettent pas en évidence de différence comportementale en fonction de l'expérience de conduite. Tous les sujets 44 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale freinent très rapidement derrière le véhicule suivi et les TIV moyens restent stables. Les deux conducteurs dont le comportement se singularise appartiennent au groupe des EXP (voir partie 2.5.1). Tous deux circulent plus rapidement que l'ensemble des autres conducteurs et ont ainsi des TIV très courts. L'un percute le véhicule suivi, le second, qui circulait sur la droite de sa voie et témoignait d'une intention de dépassement, met en oeuvre cette intention et dépasse le véhicule par la droite alors que celui ci est arrêté au feu. 2.5.4. Scénario "Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie" Phase d'approche Les premières données incluent tout ce qui précède la manœuvre de rabattement proprement dite c'est-à-dire toute la phase où le véhicule dépassant circule sur la voie de gauche : arrivée derrière le sujet, puis arrivée au niveau du sujet puis dépassement du sujet de 20 mètres. Globalement, on note une évolution des vitesses moyennes au fur et à mesure de la progression des sujets. Elles diminuent légèrement durant les 3 premières secondes pour se stabiliser ensuite (Figure 21). Cette diminution inclut ainsi une plage temporelle dans laquelle l'autre véhicule n'est pas encore visible. Les vitesses moyennes pratiquées par les trois groupes de conducteurs ne diffèrent pas significativement (EXP : m=53 km/h et SD=6 DCT : m=50 km/h et SD=3 ; DCA : m=49 km/h et SD=6). Figure 21. Evolution des vitesses et positions latérales moyennes d’approche en fonction du temps. 60 0 -10 vitesse v ite s s e (k m /h ) position latérale 55 * * -20 -30 -40 -50 -60 ** 50 -70 -80 -90 45 40 Po s itio n la té ra le (c m ) gauche * Le véhicule qui dépasse arrive au niveau du sujet 1,16 s avant de commencer à se rabattre. ** Le véhicule est 20 m devant le sujet, il va commencer à ralentir et à se rabattre vers la voie de droite. -100 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 Te mps (s) 4 4,5 5 5,5 6 droite Les analyses ne révèlent pas d'évolution des positions latérales moyennes au cours du temps, ni de différence significative de position en fonction de Rapport INRETS n°00 45 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident l'expérience de conduite (EXP : m=-89,75 cm et SD=26,47 ; m=-107,20 cm et SD=37,30 ; DCA : m=-87,33 cm et SD=29,02). DCT : Phase de réalisation effective de la manœuvre de rabattement Dans le déroulement de cette phase, le scénario n'a pas pu se dérouler comme prévu pour six sujets (3 EXP, 1 DCT et 2 DCA). Ces 6 sujets sont donc exclus de toutes les données suivantes pour lesquelles nous n'avons gardé que les sujets qui ont réellement été confrontés au scénario complet (N=24). La représentation graphique des données débute au moment où le véhicule en dépassement commence à ralentir et à se rabattre vers la droite devant les sujets. Elle inclut les 4 s correspondant à la totalité de la manœuvre de rabattement ainsi que les 3 s qui succèdent à cette manœuvre. Globalement, les vitesses moyennes diminuent 1 s après le début du ralentissement/rabattement du véhicule adverse. Ce ralentissement dure environ 4,5 s, puis les vitesses se stabilisent (Figure 22). Il n’y a pas de différence significative entre les vitesses moyennes pratiquées par les 3 groupes de conducteurs (EXP : m=41 km/h et SD=9 ; DCT : m=38 km/h et SD=4 ; DCA : m=36 km/h et SD=5). Figure 22. Evolution des vitesses moyennes en fonction du temps. 60 * * Le véhicule qui se rabat est en limite de voie de droite (T1). ** Le véhicule est totalement inséré sur la voie du sujet. ** Vitesses (km/ 50 40 30 20 10 0 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5 5,5 6 6,5 7 Temps (s) Les temps de réponse des sujets varient peu en fonction de leur expérience de conduite, que ce soit pour lâcher l’accélérateur quand l’interaction avec l’autre véhicule est reconnue (EXP : m=1,77 s et SD=0,38 ; DCT : m=1,58 s et SD=0,79 ; DCA : m=1,26 s et SD=0,41), ou pour appuyer sur la pédale de frein (EXP : m=2,83 s et SD=0,79 ; DCT : m=2,51 s et SD=0,59 ; DCA : m=2,06 s et SD=0,54). On note cependant que les DCA lèvent plus rapidement le pied de l'accélérateur que les EXP ; t(11)=2,38; p<,04. Les positions latérales moyennes évoluent au cours du temps. De fait, les sujets se déportent vers la gauche de leur voie 5,5 s après le début de la manœuvre de ralentissement/rabattement de l'autre véhicule, soit 1,5 s après que ce véhicule se soit totalement rabattu sur leur voie (Figure 23). On constate 46 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale que 5 sujets (3 EXP et 2 DCT) se sont déportés sur la voie de gauche au cours du rabattement effectué par le véhicule adverse (voir partie 2.5.1). Si l'on exclut ces 5 sujets, il n’y a plus d’évolution significative de la position moyenne sur la voie (Figure 23). Les positions latérales moyennes ne varient pas significativement en fonction de l'expérience de conduite (EXP : m=-55,59 cm et SD=85,29 ; DCT : m=-93,04 cm et SD=54,90 ; DCA : m=-78,93 et SD=26,60). Figure 23. Evolution des positions latérales moyennes en fonction de la manoeuvre. Lorsque le véhicule se rabat devant eux, 19 sujets restent sur la voie de droite, 5 sujets se déportent sur la voie de gauche. Erreur ! Liaison incorrecte. gauche L’enregistrement des TIV s’interrompt prématurément pour les 5 sujets qui se sont déportés sur la voie de gauche. La représentation graphique des TIV est donc effectuée sur 19 sujets et sur 5 s : les 2 s permettant l’insertion du * Le véhicule se rabat est véhicule sur la voie de droite, et les 3 s de suivi de ce véhicule par le qui sujet. en limite de voie de droite. ** Le véhicule est totalement inséré sur la voie du sujet. droite Rapport INRETS n°00 47 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident Figure 24. Evolution des TIV moyens en fonction du temps. 4 3,5 * Le véhicule commence à s’insérer sur la voie du sujet. ** Le véhicule est totalement inséré sur la voie du sujet. TIV (s) 3 2,5 ** * 2 1,5 1 0,5 0 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5 Temps (s) Les TIV moyens évoluent au fur et à mesure de la progression des conducteurs. Ils diminuent 0,5 s après le début de l’insertion de l'autre véhicule sur la voie de droite pour se stabiliser ensuite jusqu’à l’insertion totale de ce véhicule (durée de 1,5 s). Puis les TIV augmentent à nouveau pendant les 3 s de suivi du véhicule (Figure 24). L'expérience de conduite n'influe pas significativement sur les TIV moyens (EXP : m=2 s et SD=1 ; DCT : m=1,92 s et SD=0,84 ; DCA : m=2,24 s et SD=0,99). Synthèse du scénario "Véhicule dépassant et se rabattant sur la voie" L'expérience de conduite ne permet pas de différencier le comportement des sujets pendant la phase d'approche soit jusqu'au moment ou le véhicule dépassant commence à se rabattre sur leur voie de circulation. La diminution générale de vitesse observée pendant les 3 premières secondes de cette phase ne peut être attribuée à la perception physique du véhicule en dépassement. En effet, celui-ci n’est pas encore arrivé au niveau du sujet et n'est donc pas encore visible. Par contre, l’environnement sonore simule le bruit de son moteur et il est ainsi probable que ce soit cette modification sonore qui provoque le ralentissement des conducteurs. Les variables enregistrées à partir du moment où le véhicule dépassant commence à se rabattre ne témoignent que de peu d'effet de l'expérience de conduite. L'on relève uniquement le fait que les DCA lèvent plus rapidement le pied de l'accélérateur que les EXP. Lorsque le véhicule dépassant commence à se rabattre, la vitesse des sujets diminue rapidement, diminution qui se poursuit jusqu'à ce que le véhicule soit totalement inséré sur la voie de droite. A ce moment, 5 sujets adoptent une stratégie volontaire de dépassement de l'autre véhicule dans le but d'éviter la gêne à la progression occasionnée par la présence de ce véhicule sur leur voie de circulation. Les autres conducteurs ralentissent fortement, restent sur leur voie de circulation, et suivent l'autre véhicule jusqu’à ce que celui-ci tourne à droite au 48 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale carrefour suivant. L'analyse de leurs TIV indiquent que ceux ci diminuent 0,5 s après le début de l'insertion de l'autre véhicule sur la voie de droite, puis se stabilisent. Lorsque l'autre véhicule est totalement inséré devant eux, les sujets reprennent leurs distances (augmentation des TIV). 2.5.5. Le scénario "Véhicule sortant de stationnement" Phase de réalisation effective de la sortie de stationnement Les données sont représentées sur 5 s, à partir du moment où le véhicule sort de son stationnement. Elles s'interrompent lorsque le véhicule est totalement inséré sur la voie de circulation des sujets. Les vitesses moyennes évoluent au fur et à mesure de la progression des sujets et baissent dès que l'autre véhicule commence à sortir de son emplacement de parking. Cette baisse dure 2,5 s puis la vitesse semble se stabiliser pendant un temps très court, pour augmenter à nouveau vers la fin de l'enregistrement. Les vitesses ne varient pas significativement en fonction de l'expérience de conduite (EXP : m=28 km/h et SD=8 ; DCT : m=31 km/h et SD=11 ; DCA : m=27 km/h et SD=4). Figure 25. Evolution des vitesses et des TIV moyens en fonction du temps. 3,50 40 * ** * Lâché accélérateur ** Appuie frein 3,00 30 2,50 25 2,00 20 1,50 15 TIV(s) vitesses (km/ 35 vitesse 1,00 10 TIV 0,50 5 0 0,00 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5 Temps (s) Les temps de réponse moyens pour lâcher l’accélérateur sont significativement plus longs pour les conducteurs DCT que pour les conducteurs EXP. Ceci est lié au fait que 3 sujets DCT ont percuté le véhicule sortant de stationnement avant de lever le pied de l’accélérateur (voir analyse spécifique de leur comportement). Les DCT mettent également plus de temps que les EXP pour freiner, ceci indépendamment du fait que ceux d'entre eux qui ont percuté n'ont pas freiné. Les temps de réponse des conducteurs DCA ne se différencient pas significativement de celui des autres conducteurs (Figure 25). Rapport INRETS n°00 49 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident Temps de réponse (s) Figure 26. Temps de réponse moyens pour lâcher l'accélérateur et appuyer sur la pédale de frein en fonction de l'expérience de conduite. 1,8 1,6 1,4 1,2 1 0,8 0,6 0,4 0,2 0 accélérateur Frein EXP DCT DCA Expérience de conduite Les TIV des trois sujets DCT qui ont percuté le véhicule en train de s’insérer sur leur voie, et d'un sujet EXP qui réalise un déport sur la voie de gauche n’ont pu être enregistrés durant la totalité de la manoeuvre de l'autre véhicule. Ces 4 sujets sont donc exclus des représentations graphiques de TIV présentées ici. Les TIV moyens diminuent 0.5 s après le début du déboîtement du véhicule et pendant 1 s, puis ils se stabilisent durant 0.5 s, pour augmenter significativement pendant les 3 dernières secondes (Figure 26). Ils ne varient pas significativement en fonction de l’expérience de conduite (EXP : m=2,08 s et SD=1,31 ; DCT : m=2,02 s et SD=1,22 ; DCA : m=2,02 s et SD=1). Figure 27. Position latérale moyenne des sujets en fonction du temps et de l’expérience de conduite. Position latérale (cm) 60 70 Gauche 80 90 100 EXP 110 DCT DCA 120 130 Droite 140 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 temps (s) 50 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale Les positions latérales moyennes n'évoluent pas au fur et à mesure de la progression des sujets, et elles ne se différencient pas significativement en fonction de l’expérience de conduite (EXP : m=104,81 cm et SD=36,50 ; DCT : m=110,11 cm et SD=50,2 ; DCA : m=106,94 cm et SD=16,36). Toutefois, on remarque que les conducteurs DCT sont positionnés plus à droite de leur voie de circulation que les conducteurs expérimentés au moment ou le véhicule sort de son emplacement de parking (23 cm de différence ; Figure 27). Les conducteurs EXP se déportent sur la droite de la voie de façon significative lors de la manoeuvre de l'autre véhicule. Les conducteurs DCT se caractérisent par un déport sur la gauche de leur voie de circulation, ce déport est d'une durée de 1 s environ, puis leur position se stabilise. La position latérale des conducteurs DCA est stable tout le long des 5 secondes analysées. La manoeuvre effective de sortie de stationnement est terminée Les données ont été représentées sur les 5 s qui suivent l’insertion totale de l’autre véhicule sur la voie des sujets. Elles excluent les trois sujets qui percutent le véhicule et le sujet qui l'évite par la gauche. Les vitesses et les TIV moyens augmentent régulièrement tout au long de ce passage mais l'expérience de conduite ne permet pas de mettre en évidence de différence significative que ce soit pour les vitesses moyennes (EXP : m=30 km/h et SD=5 ; DCT : m=33 km/h et SD=7 ; DCA : m=33 km/h et SD=5), ou les TIV moyens (EXP : m=4,63 s et SD=2,37 ; DCT : m=3,73 s et SD=1,35 ; DCA : m=3,58 s et SD=1,30). Figure 28. Evolution des vitesses moyennes en fonction du temps et de l'expérience de conduite. Vitesse (km/h) 45 40 EXP 35 DCT 30 DCA 25 20 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 Temps (s) Toutefois, la régulation temporellement de vitesse et de TIV semble plus stable pour les sujets EXP que pour les sujets des 2 autres groupes. Ainsi, la vitesse des EXP augmente durant 1,5 s puis elle se stabilise et leur TIV Rapport INRETS n°00 51 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident augmentent parallèlement tout le long des 5 secondes analysées (Figures 28 et 29). Les vitesses et les TIV des conducteurs DCT et DCA semblent soumises à plus de variations comme si les sujets de ces 2 groupes de conducteurs mettaient un certain temps pour les réguler. Figure 29. Evolution des TIV moyens en fonction du temps et de l'expérience de conduite. 7 6 TIV (s) 6 5 EXP 5 DCT 4 DCA 4 3 3 2 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 Temps (s) Les positions latérales ne varient pas significativement en fonction de l'expérience de conduite (EXP : m=132 cm et SD=24,67 ; DCT : m=130 cm et SD=41,33 ; DCA : m=110 cm et SD=20,48), et n'évolue pas en fonction de la progression des sujets. Synthèse du scénario "Véhicule sortant de stationnement" L'analyse des vitesses et TIV moyens, ces derniers analysés sur 26 sujets, ne met pas en évidence d'effet significatif de l'expérience de conduite. Toutefois, les conducteurs DCT mettent significativement plus de temps que les conducteurs EXP pour lever le pied de l'accélérateur et pour freiner alors que les temps de réponse des conducteurs DCA ne se démarquent pas significativement de ceux des autres groupes. D'autre part, les DCT circulent plus à droite de leur voie de circulation que les EXP, notamment au moment où l'autre véhicule sort de son emplacement de parking, ensuite ils se déportent sur la gauche où ils stabilisent leur position. Ce déport vers la gauche est particulièrement marqué pour 2 des DCT qui ont percuté l'autre véhicule ce qui témoigne d'une tentative d'évitement non aboutie. En ce qui concerne les EXP, ils se déportent significativement sur la droite de leur voie alors que l'autre véhicule est déjà largement sorti de son emplacement de parking. Il semble s'agir ici non pas d'une manœuvre destinée à éviter le choc, comme pour le groupe des DCT, mais plutôt d'une intention volontaire et calculée dans le but de continuer leur progression. Toutefois, un 52 Rapport INRETS n°276 Partie expérimentale EXP, surpris par la manœuvre de l'autre véhicule, ne freine pas mais évite ce véhicule en effectuant un déport vers la gauche de la chaussée, son comportement se rapproche ainsi de celui des DCT. Des analyses complémentaires indiquent qu'après la réduction de vitesse provoquée par l'insertion de l'autre véhicule sur leur voie de circulation, les sujets mettent environ 2 s pour réguler leur vitesse et augmenter leurs TIV. Cette régulation semble se faire de manière plus stable et sur une durée moins importante pour les EXP que pour les 2 autres groupes de conducteurs. Rapport INRETS n°00 53 Chapitre 3 Discussion et conclusions Dans ce travail, nous avons sélectionné des situations prototypiques génératrices d'accidents ou scénarios d'accidents (Brenac & Fleury, 1999 ; Fleury & Brenac, 2001) et les avons introduits dans un simulateur de conduite afin d'augmenter le réalisme des images et situations utilisées dans ce type de dispositif. Les scénarios d'accidents ont été implémentés par des données objectives issues de cas réels d'accidents (EDA). La méthode utilisée fait appel à des compétences pluridisciplinaires issues de l'accidentologie, de la simulation et de l'expérimentation. Des sujets expérimentés et débutants ont été confrontés à ces situations difficiles. L'objectif était de tester si des jeunes conducteurs ayant suivi un apprentissage anticipé à la conduite avait un comportement plus proche de celui des conducteurs expérimentés ou un comportement plus sécuritaire que des jeunes conducteurs ayant suivi une formation traditionnelle à la conduite. D'une façon générale, les données enregistrées ont permis une analyse très fine et détaillée du comportement des participants confrontés à ces situations à risque. Bien entendu, dans la mesure où l'accident est d'origine multi factorielle, un faible pourcentage d'entre eux est réellement entré en collision dans les situations présentées. En ce qui concerne le comportement des conducteurs en fonction de leur expérience de conduite, les résultats sont variables en fonction des scénarios mais relativement conformes à ceux de la littérature. En particulier, deux scénarios mettent clairement en évidence l'effet de l'expérience sur la conduite : - le scénario "piéton masqué traversant" peut être considéré comme un évènement complètement inattendu dans la mesure où le piéton n'est visible que tardivement et traverse la chaussée hors passage protégé. Si les EXP lèvent le pied plus tôt de l'accélérateur que les DCA, l'ensemble des sujets pose le pied sur le frein dans des délais temporels équivalents. Le fait que seuls les conducteurs expérimentés combinent le freinage avec un déport vers la droite avant d'arriver au niveau du piéton témoigne probablement de capacités d'anticipation et d'habiletés supérieures à celles des conducteurs débutants (Berthelon, Mestre & Taramino, 1995 ; Underwood, Chapman, Bowden & Crundall, 2002). Ils semblent ainsi capables d'anticiper sur la dynamique du piéton qui arrive de leur droite et se dirige vers la gauche de la chaussée, ce qui motiverait leur déplacement vers la droite. Les conducteurs EXP reprennent Rapport INRETS n°276 55 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident également plus rapidement de la vitesse que les débutants (DCA et DCT) après être passés au niveau du piéton. - Confrontés à un "véhicule sortant de stationnement", les conducteurs DCT mettent plus de temps que les conducteurs EXP à lever le pied de l'accélérateur et à freiner alors que les conducteurs DCA ne se différencient pas des 2 autres groupes sur cette variable. Ce temps de réponse long, associé à une vitesse élevée, entraîne d'ailleurs un choc avec l'autre véhicule pour 3 DCT. L'on remarque également que, lors des 1ères s de ce scénario, les DCT circulent plus à droite de leur voie de circulation que les EXP, ils se déportent sur la gauche de leur voie lorsqu'ils perçoivent l'autre véhicule surgir de leur droite. Parallèlement, le déport sur la droite remarqué dans le groupe des EXP est plus tardif et correspond à un évitement calculé plus qu'à une manœuvre d'urgence. Enfin, lorsque le véhicule sortant de son emplacement est positionné devant les sujets, les régulations de vitesse et de TIV semblent plus stables pour les conducteurs EXP que pour les conducteurs DCT et DCA. Dans ces deux scénarios, les sujets sont confrontés à un évènement imprévu et peu prévisible, la situation est assimilable à une situation d'urgence Globalement, en ce qui concerne le scénario "tourne à gauche d'un véhicule suivi" et le scénario "arrêt brutal à un feu tricolore d'un véhicule suivi", aucune des variables analysées ne permet de différencier nettement le comportement des conducteurs en fonction de leur expérience de conduite. On relève, pour le premier scénario, le fait qu'au bout de quelques secondes de suivi de l'autre véhicule et lorsque celui-ci signale son intention de tourner à gauche par son clignotant, tous les conducteurs tendent à se déporter sur la droite de leur voie de circulation signifiant ainsi leur volonté de dépasser ce véhicule par la droite. Enfin, chacun de ces deux scénarios entraîne un accident, l'un avec un EXP, l'autre avec un DCT. Dans ces 2 cas la vitesse élevée adoptée par les conducteurs et le faible TIV qui y est associé ne permettent pas de réagir suffisamment tôt pour éviter le choc. Le scénario "véhicule dépassant et se rabattant sur la voie" ne permet pas non plus de mettre nettement en évidence de différences liées à l'expérience de conduite bien que les DCA lèvent plus vite le pied de l'accélérateur que les EXP. La plupart des conducteurs ralentissent fortement lorsque l'autre véhicule se rabat devant eux, puis ils suivent ce véhicule jusqu'à ce que ce dernier tourne à droite au carrefour suivent. Toutefois, 5 conducteurs (3 EXP et 2 DCT) adoptent une stratégie de dépassement de l'autre véhicule. Finalement, les chocs et les évitements ne sont attribuables qu'aux conducteurs EXP et aux conducteurs DCT. En fait, cinq sujets appartenant pour 3 d'entre eux aux DCT et 2 d'entre eux aux EXP (dont 1 au comportement très ludique) se sont mis en situation de collision. Pour le groupe des EXP, les évitements sont plus fréquents que les chocs et sont localisés sur l'ensemble des scénarios mais la moitié d'entre eux viennent d'un seul conducteur au comportement ludique. Pour le groupe des DCT, les accidents sont plus fréquents que les évitements et correspondent majoritairement à des chocs avec l'usager qui sort de son emplacement de 56 Rapport INRETS n°276 Discussion et conclusions parking. Cette situation pourrait ainsi être rarement rencontrée lors de la vingtaine d'heures de conduite sous tendues par ce type de formation. L’absence de chocs et d'évitements dans le groupe des DCA, quel que soit le scénario présenté, laissent supposer que ces sujets adoptent un style de conduite plus "sécuritaire" leur permettant de gérer les situations rencontrées par une simple décélération (avec ou sans freinage). Il semble ainsi que la pratique supplémentaire apporté par cet apprentissage à la conduite, relativement à un apprentissage traditionnel (DCT), permet d'acquérir plus d'habileté et/ou d'être confronté à plus de situations. Toutefois, le faible effectif de ce groupe de sujets ne permet que de formuler une telle hypothèse et d'autres recherches sont nécessaires afin de la confirmer. En particulier, si l'on part de l'hypothèse que l'expérience de conduite permet une meilleure utilisation des ressources mentales nécessaires à la conduite, il s'agira de vérifier que l'extension de la durée de conduite préalable à l'obtention du permis sous tendue par l'AAC est suffisante pour acquérir l'habileté nécessaire à l'automatisation des actions et réactions nécessaires à une conduite sûre ainsi qu'à une augmentation de mise en situations d'interactions donc à une augmentation du "catalogue" de situations rencontrées lors de l'apprentissage. Notons enfin que le simulateur utilisé dans cette recherche ne dispose pas de boîte de vitesse, ce qui a pu masquer certaines différences comportementales inter groupes. Nos deux groupes de débutants ont en effet probablement eu plus de ressources cognitives à attribuer aux évènements qui se produisaient autour d'eux que s'ils avaient eu à se concentrer sur les changements de vitesse dont on sait qu'ils peuvent être difficiles à gérer dans les premiers temps de conduite. Ceci a d'ailleurs incité certains chercheurs à proposer des boîtes de vitesse automatiques comme alternative (Groeger et Clegg, 1997). D'autre part, l'absence de rétroviseur arrière ne devrait pas avoir eu un effet important sur les comportements observés dans ce travail. La consultation des informations qu'il fournit ne tient en effet pas une part essentielle dans le contrôle longitudinal et latéral du véhicule (si ce n'est lors d'un changement de file) dont on sait qu'il demande une concentration plus importante chez les conducteurs débutants que chez les conducteurs expérimentés (Lansdown, 2002). En conclusion, les résultats obtenus dans ce travail paraissent donc prometteurs. Ils permettent de placer les sujets dans des situations accidentogènes réalistes et de pouvoir ainsi étudier le comportement de conducteurs confrontés à des situations de conduite a priori difficiles. Les résultats obtenus sur les vitesses pratiquées, les temps de réponses des sujets placés en situation d’urgence, ainsi que les manœuvres d’évitement par déport latéral, sont autant d’informations utilisables, à terme, pour améliorer les connaissances dans le domaine des mécanismes intervenant dans les différentes phases du déroulement des accidents. D'autres scénarios doivent être testés et introduits dans les simulateurs de conduite, et dans la perspective d'une amélioration de l'apprentissage à la Rapport INRETS n°00 57 Expérience de conduite et simulation de scénarios prototypiques d'accident conduite, pourraient permettre de confronter les jeunes conducteurs à des gammes de situations peu fréquemment rencontrées lors de la conduite naturelle. Ces scénarios pourraient alors être utilisés dans le cadre d'un entraînement à la conduite dans la mesure où ils sont susceptibles de constituer une prise de conscience de situations inhabituelles mais potentiellement existantes et d'acquérir une expérience qualitativement variée (Page, Ouimet et Cuny, 2004). En ce sens, Fisher et al. (2002) montrent que des conducteurs inexpérimentés entraînés à réagir à des scénarios sur ordinateurs, ont des comportements moins risqués sur simulateur, que des conducteurs inexpérimentés qui n'ont pas subi un tel entraînement. Leur comportement est d'autre part plus proche de celui de conducteurs expérimentés n'ayant pas non plus suivi d'entraînement. De même les travaux de Chapman, Underwood et Roberts (2002) suggèrent un transfert d'habiletés apprises par vidéo sur le comportement de conduite. 58 Rapport INRETS n°276 Bibliographie Berthelon, C., Mestre, D., Pottier, A., & Pons, R. (1997). 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C=Choc ; E=Evitement : EG=Evitement par déport latéral à Gauche ; ED=Evitement par déport latéral à Droite Piéton Tourne à Arrêt Véhicule Véhicule masqué Gauche brutal à dépas- sortant traversant d’un un feu tricolore sant et de se rabattant stationnement véhicule suivi EXP EXP C C EG Total par sujet 1C ED EG 1 C et 3 E EXP EG 1E EXP EG 1E EXP EG 1E Total EXP 1C 1 EG 1C 1 ED 3 EG DCT DCT C DCT 1 EG C 1C C 2C C 1C DCT EG 1E DCT EG 1E Total DCT Total par scénario 1C 1C Rapport INRETS n°276 1C 2 EG 1EG 1C 1ED 3C 5EG 3C 1EG 63