Feuille de Route N o 7 - L`Association Défense du français

Transcription

Feuille de Route N o 7 - L`Association Défense du français
Feuille
de
route
7
Mai 2007
Association Défense du français
«L’abandon de sa propre langue
annonce toujours l’abandon
de son identité et la perte
de tout respect de soi.»
« Pourquoi veulent-ils tuer le français?»
B. Lecherbonnier
Billet du président
Nouvelles questions
au Conseil fédéral
«Il n’en a cure…»
Le conseiller national Didier Berberat
relance le gouvernement
Quelles mesures concrètes ont-elles été prises depuis
l’acceptation de son postulat en juin 2004? Le texte
demandait au Conseil fédéral de veiller à ce que
l’administration et les entreprises dépendant de la
Confédération évitent d’utiliser des expressions et des
mots anglais ou américains lorsque les équivalents
existent en allemand, français et italien.
Le Neuchâtelois veut aussi connaître l’avis du Conseil
fédéral sur le mot PostMail qui sera apposé sur les nouvelles boîtes aux lettres, en constatant que la page d’accueil de La Poste contient plus de 20 termes en anglais,
dont Track Trace, PickPost, DocuCenter ou Calculator.
Très prochainement, le Parlement doit débattre de la
nouvelle loi sur les langues en fixant des principes…
Lesquels? Et en incorporant des subventions, ce qui à
l’époque actuelle risque de faire sombrer le tout!
(Extrait de Alouette)
Comité:
Richard Ducret
Président de
l’Association Défense du français
Renouveler toutes les boîtes aux lettres publiques, quoi
de plus normal! Leur coller l’étiquette PostMail, quoi de
plus aberrant!
Ulrich Gygi, le directeur général de La Poste, fait un pas
de plus vers l’anglicisation rapide de son service. Mais
de quel droit ?
Cette mode méprisante, toujours plus gonflante, est
contraire au postulat déposé au Conseil national en
juin 2004 et accepté par le Conseil fédéral, postulat qui
exigeait que l’on bannît l’utilisation de termes anglais
dans l’administration fédérale.
La Poste désobéit. Mais cette insubordination ne trouble
pas pour autant la quiétude de son responsable politique. Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger en effet
laisse faire. Il reconnaît, à la rigueur, que l’anglicisation
de nos langues est un sujet préoccupant. Mais il n’en a
cure, en fin de compte, de cette petite criminalité d’Etat.
Il se dérobe, comme ses collègues d’ailleurs, et laisse
notre patrimoine linguistique sans défense devant une
agression vive et orchestrée. Nous allons leur dire avec
vous, chers membres, notre indignation citoyenne.
Association Défense
du français
case postale 68
Vice-président: Daniel Favre, 1001 Lausanne
Epalinges
www.defensedufrancais.ch
Président : Richard Ducret,
Yverdon-les-Bains
Secrétaire : Monique
Schafroth, Mont-la-Ville
Feuille de route :
Distribution postale: 2800
exemplaires aux membres de
Trésorière : Josiane Borioli,
l’association, aux parlemenYverdon-les-Bains
taires fédéraux, aux députés
cantonaux, aux directions
Membres :
des écoles secondaires et aux
Yvon Bordet, Vevey
directions universitaires de
Odile Jaeger Lanore, Lausanne Suisse romande.
Anne Leroy, Lausanne
Rédaction de ce numéro :
Catherine Roussy-Bauer,
Y. Bordet, R. Ducret, D. Favre,
Genève
E. Weider
Erich Weider, Champéry
«La petite criminalité d’Etat
commence quand il ne respecte plus
les langues dont il a la charge.»
Jean Clair
Echanges épistolaires
LE « POSTMAIL »
DE LA HONTE
Le 3 novembre 2006, nous avons écrit au directeur
général de La Poste, Ulrich Gygi :
« Nous sommes sidérés d’apprendre que le mot
PostMail figurera sur les boîtes aux lettres publiques
qui couvriront le territoire suisse dès 2007. Vous
faites un pas de plus vers l’anglicisation du service
postal et vous contribuez, une fois de plus, à la disqualification de nos langues nationales.
» Cette mode un peu folle qui vient de Suisse alémanique, sans justification sérieuse, nous la recevons
comme une gifle.
» Une expression traduite dans les quatre langues
nationales conviendrait parfaitement au domaine
public et à notre culture. Elle en dirait toute la richesse et le charme.
» Pourquoi cette rage, jusque dans l’administration
fédérale et les services publics, de gommer ce qui fait
notre identité ? Et de quel droit ? »
En envoyant la copie de cette lettre à M. Leuenberger,
alors président de la Confédération, nous lui avons
posé ces deux questions :
« L’Etat protège tous les patrimoines. Pourquoi pas le
patrimoine linguistique, composante essentielle de
notre culture ? Pourquoi les grandes entreprises privées et publiques peuvent-elles disqualifier nos
langues nationales d’une manière outrancière et accélérée depuis une quinzaine d’années au profit d’un
pseudo-anglais ? »
Réponse de la direction de La Poste :
« Je peux vous assurer que nous manipulons les anglicismes avec grande précaution. Ainsi, j’ai récemment
pris la décision de bannir tout anglicisme dans le langage postal, autant dans la désignation des unités
d’organisation que dans la dénomination des produits[…] Le nom de l’unité PostMail devra apparaître
sur les nouvelles boîtes aux lettres dans toutes les
régions linguistiques, en tant que marque déposée… »
mation. De nombreuses associations de défense de la
langue, notamment l’Organisation internationale de
la francophonie, ont essayé d’enrayer ce phénomène.
Elles ont cependant beaucoup de mal à se faire
entendre… »
Notre réplique au directeur de La Poste :
« Comment se fait-il que vous contrevenez au postulat de 81 parlementaires, accepté par le Conseil fédéral en juin 2004, exigeant que l’administration et les
entreprises fédérales bannissent l’anglais lorsque les
équivalents existent dans les langues nationales ? Or,
l’équivalent de PostMail est évidemment Courrier
postal qui se traduit aisément dans nos quatre
langues. »
Et notre réplique enfin au conseiller fédéral
M. Leuenberger :
« Sont très surprenants
• le constat que vous faites de votre propre impuissance devant la disqualification de nos langues
officielles,
• votre laisser-faire dans les cas d’infraction, par la
direction de La Poste, aux décisions d’autorités
fédérales en matière linguistique,
• la manière dont vous vous retranchez derrière des
organisations de défense de nos langues pour en
déplorer aussitôt l’inefficacité, ce qui est plutôt
comique de la part d’une personne investie du pouvoir exécutif national ! »
Commentaire final : « Les anglicismes nous dérangent,
nous partageons votre point de vue,
…mais nous nous empressons de ne rien faire du
tout ! » (cf. le billet du président, p. 1)
Réponse du président de la Confédération :
« Je partage entièrement votre point de vue dans la
mesure où l’ingérence toujours plus marquée de l’anglais dans notre langue (sic) me dérange également.
» Toutefois, force est de constater que l’invasion d’expressions anglo-américaines dans notre langue est
directement liée à la toute-puissance des grandes
compagnies de logiciels et de technologie de l’infor-
Pour nos actions ciblées:
• Signons des lettres collectives
• Envoyons des messages personnels
• Répliquons aux directions des entreprises
• Retournons à l’expéditeur les dépliants publicitaires
Richard Ducret
L’anglomanie les exaspère…
Beaucoup ne savent pas
ce que cela veut dire
M. Philippe Rérat d’Onex s’indigne : «Il est invraisemblable que dans notre pays un organisme comme La
Poste se permette de publier ses documents avec autant
de termes anglais… member services, postMail, e-mail,
letter, postbutler, product manager… Beaucoup de gens
ne savent pas ce que cela veut dire. Etant moi-même
bilingue, j’affirme que tous vos termes anglais ont un
parfait équivalent dans nos langues nationales… »
Pro Helvetia,
la culture populaire
et la réflexion abyssale
« Echos-culture populaire pour demain », lance une
newsletter.
«Mais si vous ne désirez plus recevoir la newsletter dans
le futur, nous dit Mme K. Rieder, vous pouvez annuler
votre inscription. »
Non, en effet, à l’avenir nous ne désirons plus la recevoir!
Mme Yvonne Jordan de Morges propose au directeur de
La Poste «Logistique de la Poste » au lieu du ridicule
Postlogistics. «Nous sommes dans un pays où trois,
voire quatre langues se côtoient avec bonheur depuis
assez longtemps pour qu’on n’ait pas besoin d’utiliser
un terme anglais… Je vous prie de respecter nos langues
qui ne doivent pas devenir un succédané de l’anglais ou
de l’américain. »
Et Mme Jordan relève au dos des étiquettes pour les colis:
«Poids et dimensions minimals ».
Minimaux aurait fait moins minimaliste !
Mais la réponse de Mme D. Nanchen de la Fondation
suisse pour la culture (sic) à Mme Monique Schafroth de
Mont-la-Ville vaut son pesant d’or:
«S’agissant du terme newsletter, nous nous sommes permis de privilégier un vocabulaire que nous avons estimé plus en phase avec notre époque» !
On pourrait interdire la langue française pour être encore plus en phase. Et Mme Nanchen de poursuivre: «Nous
ne sommes toutefois pas opposés à entamer une
réflexion plus approfondie sur une utilisation future de
ses équivalents français…»
C’est indéniable qu’il faut une longue et très profonde
réflexion à Zurich pour traduire newsletter. On aura
peut-être la réponse dans une année ou deux.
Palais des expositions à Genève
Une mode désastreuse
Geneva Palexpo : Moving up the league among
European expo cities, etc.
Remarque de M. Robert Freiburghaus: «C’est donc vrai
que Genève n’est pas en Suisse. Si vous restez indifférents à nos langues nationales, moi, je reste indifférent à
Geneva. Il y a tellement d’autres choses à voir ailleurs…»
Si Geneva (djin y va), moi j’y vais pas !
Mme Odile Jaeger Lanore de Lausanne déplore que le
projet de dynamiser la ville porte le nom de City
Management, et le fait savoir à M. C. Masserey, City
Manager: « Je suis désolée de constater que vous avez
suivi la tendance générale d’utiliser des termes anglais
pour cette future fondation. Pourquoi suivre cette mode
désastreuse alors que ce serait facile de trouver des
termes français?
»Encore une nouvelle horreur. Il est vrai qu’une gestion
plus professionnelle permettrait de revitaliser les villes
d’une certaine importance. C’est certainement une
bonne réponse à la déperdition des commerces urbains.
Mais pourquoi en anglais ? La dénomination City
Manager a entraîné un débat au Conseil communal de
Lausanne. Ne peut-on pas améliorer l’identité d’une
ville en utilisant des mots français: animateur du
centre-ville, gestionnaire de la vie commerciale?…»
Poste minimaliste
Quand l’expression le ticket my
climate revient 11 fois
Aberrant
Hits et News, une rubrique de l’hebdomadaire
Coopération, nous apprend que l’Office fédéral de
l’énergie va nous infliger le slogan Stand-by is out,
stand-off is in.
Voilà un office qui pourrait économiser de l’énergie et
respecter les consommateurs en parlant leur langue!
Envoi de Mme Danielle Nobs de Chêne-Bougeries.
C’est dans un petit dépliant publicitaire, en français (! ),
qui présente my climate, the climate protection partnership, leader des projects de protection du climat. Un de
ses fans supporters, membre du comité de « patronat»
(sic) n’est autre que l’anglomaniaque postal et ferroviaire, M. Moritz Leuenberger, conseiller fédéral.
Cet organisme met en place de plein «grès» (sic) des
solutions innovantes.
Gageons que ce dépliant s’est fait à l’insu du plein gré
de Monsieur le Conseiller fédéral.
Une FLEUR à…
Echallens qui a eu la bonne idée de
remplacer le logotype consommatoire Halloween par « COURGE en
FÊTE »
Information reçue de M. Paul Helfer
d’Assens.
L’Université de Neuchâtel qui, selon la Feuille officielle du canton N° 6 de 2007, a prévu dans son
Règlement d’études et d’examens du « Baccalauréat
universitaire en lettres et en sciences humaines » de
placer le terme anglais adopté par Bologne entre
parenthèses et en italique (Bachelor of arts) après
avoir présenté le titre en français.
L’Université de Neuchâtel s’est souvenue qu’elle était
en terre francophone et qu’elle vivait aussi de la
manne des contribuables neuchâtelois.
Information fournie par M me Josiane Borioli
d’Yverdon-les-Bains.
Dosenbach-Ochsner AG (Chaussures et sport) qui a
répondu à M. Michel Mégevand de Neuchâtel, écœuré
par une débauche de panneaux en anglais dans leur
nouveau magasin de la Maladière, et à Mme Ingeborg
Theek, indignée pour les mêmes raisons lors de l’ouverture de Ochsner Sport à Yverdon, ceci :
« Par le passé, notre agence de publicité avait projeté
sa campagne dans l’avenir en utilisant l’anglais qui, à
cette période, était annoncée comme LA langue de
l’avenir. Ce choix s’étant avéré peu représentatif de
l’envie de nos clients, nous avons d’ores et déjà, avec
la collaboration de notre nouvelle agence de publicité, décidé de revenir à l’utilisation des trois langues
nationales dans leurs régions respectives. Le changement s’effectuera dans le courant de l’année 2007. »
Nous avons vu aussi une réponse de DosenbachOchsner en allemand, dont le contenu était le même
dans le fond.
Il s’agit là d’une information sensationnelle, mais
nous attendons une confirmation par les actes, avant
de revenir sur le sujet cet automne.
Echos de campus
Oui ! L’esbroufocratie règne à l’EPFL.
On n’y entend parler que la langue de Bush.
Le mépris de la vie est dans toutes les bouches
Et celui du pays s’y déploie avec zèle.
On oublie le sens du mot « scientifique »
Pour y substituer les effets médiatiques
En étouffant les voix demandant de l’éthique
Et celles qui seraient un petit peu critiques.
Ah ! Quand donc reviendra le temps des ingénieurs ?
Tous ne cultivaient pas l’amour de la nature,
Mais ils en respectaient, bien qu’un peu immatures,
Le mystère profond sans s’en croire l’auteur.
Que ceux qui sont encore poussés par des valeurs
Autres que de la Bourse y reprennent couleur !
Pierre Santschi, Lausanne
(Sonnet malencontreusement tronqué dans la Feuille de route
N° 6)
Brèves
Bonne nouvelle :
Swiss Wine Bar a fait faillite, évidemment avec une
étiquette pareille. Heureusement remplacé par « Les
Baravins ». Santé !
Il faut apprendre au Temps que les discounters sont des
« casseurs de prix, des discompteurs, des minimargeurs,
des ristourneurs, des remisiers, des escompteurs… »
Ah, les lettres !
Gros titre en gras dans 24 heures :
« Doris L. a boosté l’ère du congé paternité. »
Ils sont futés à 24 heures, ils peuvent bouster une ère !
Ou fouetter du vide ?
Et encore ce titre non moins gras :
• « Un coach perso pour suer à fond. » Ce qui nous fait
suer surtout, c’est l’ignorance de certains journalistes.
• Une certaine banque privée romande (sic) se définit
comme Authentic Swiss Private Banking. Ce qui est
désopilant dans ce titre ronflant, c’est l’authentiquement suisse !
• Le chef du Corps des gardes-frontière, J. Noth, après
son séjour aux Etats-Unis, veut rebaptiser son corps :
Swiss Border Police. Mais de quel bord est-il celui-là ?
• Le programme TV Guide (prononcer ti vi gaïde)
découvre les Kids. L’ouvrage « Et si l’on parlait français » a recensé 183 mots français pour enfant. C’est
apparemment insuffisant !
Au micro de la radio :
Pilote, dans Swiss Pilots, se prononce païlote. Un païlote mobaïle, ils ont de bons serviteurs à la Radio suisse romande. Oraendge, iounik, naetcheu… pour
Orange, Unique, Nature, revue Science&Nature. Vous
prononcez Science comme vous voulez !
Le NIFFF ou le SNIFFF
Vous ne connaissez pas ? Mais c’est simplement le
Neuchâtel international fantastic film festival.
Fantastique baragouin surtout.
Mais on aurait pu faire mieux :
Swiss Newcastle international fantastic film festival,
comme il y a plusieurs Neuchâtel dans le monde!
Exercice tortueux
pour esprits tourmentés:
Une plaquette
sur la diversité francophone
Au fait, pourquoi dites-vous en fait ?
ou
En fait, le français n’a plus d’avenir,
il n’a plus qu’un futur(e)…
L’exposition des gymnasiens de Bulle poursuit sa route.
Après une présentation à Bucarest en marge du Sommet
de la francophonie, elle s’est trouvée, grâce au DFAE, à
l’Université de Berne jusqu’au 23 mars. Le voyage se
poursuivra cette année à Genève et à Bellinzone.
L’idée fait son chemin de reprendre une partie des six
cents documents préparés par dix classes du Collège du
Sud et d’en confectionner une plaquette.
Notre association pourrait se lancer dans ce vaste projet en songeant déjà à la «Semaine de la langue française et de la francophonie 2008». Nous aurons besoin du
soutien de plusieurs membres. Avis aux amateurs!
Les travaux des élèves montrent la diversité culturelle
du monde francophone. Des fiches donnent des informations sur chaque région, même petite, comme la
Louisiane ou Saint-Pierre-et-Miquelon. D’autres montrent les différences de langage et la richesse des mots,
notamment en Afrique ou au Québec.
C’est un superbe projet pédagogique. Nous sommes heureux de son succès bien mérité.
Si l’invasion de termes anglo-américains comme mail,
coach, bachelor, okay, etc., saute aux yeux de tout un
chacun, l’épidémie – pour ne pas dire la pandémie – des
calques états-uniens est à première vue moins effrayante. Apparemment inoffensifs et insignifiants, ces minichevaux de Troie ressemblent pourtant à des renards
investissant le poulailler, des loups la bergerie, pour
s’introduire subversivement dans nos champs lexicaux.
Il n’y a donc pas seulement embrun d’emprunts malvenus, mais ressac de mots superflus/superflous, déferlant
désormais sur nos rivages, accompagnés discrètement
de «vaguelettes» sur vagues de fond, ces dernières étant
en passe de submerger subrepticement le vocabulaire
indigène. En effet, une fois démasqués, ces faux amis
outrecuidants d’outre-Atlantique se révèlent omniprésents. Insidieusement fréquents dans le langage de tous
les jours, ils s’infiltrent et s’incrustent partout. Ainsi le
jargon mercaticien se doit d’être agressif, car, en fait,
cela fait sens; il faut en fait saisir les opportunités générées, en fait, par le marché.
Esclaves dociles en fait des déficientes technologies, nos
élèves pensent n’être en fait efficients que s’ils font des
présentations «pauvre point».
Acquis en fait à la loi du plus fort de l’administration de
(brain) Washing-ton, ils suivent en fait la loi du
moindre effort, en fait.
Et maintenant à vous, chères lectrices, chers lecteurs,
d’en faire un tout petit vous-mêmes, afin de débusquer
derrière ces «innocents» calques américains les bonnes
vieilles expressions françaises correctes, pernicieusement
étouffées par les vicieuses tentacules de ces intrus US…
Erich Weider
La langue française
en Suisse allemande
Le canton de Berne, les citoyennes et citoyens des cantons de Zurich, Thurgovie, Schaffhouse, Zoug et, leur
emboîtant le pas, les cantons d’Argovie, Nidwald… ont
donc confirmé l’enseignement du français en priorité,
avant l’anglais, dans les classes primaires. Ils ont ainsi
affermi leur attachement à notre culture contre l’envie
des marchands de leur imposer l’anglais. Ils ont résisté
au phénomène de mode dangereux et sournois de la
langue unique.
Nous avons écrit à quelques présidents de Conseils
d’Etat et de Grands Conseils impliqués dans ce choix
pour leur dire notre satisfaction et notre soulagement.
Richard Ducret
Daniel Favre
Le Matin bleu
On sait que les journaux gratuits, plus encore que les
autres, ne jugent pas utile de faire corriger leurs articles,
publiés sans vergogne truffés de fautes de frappe ou
d’orthographe. Ne nous lassons pas de leur répéter
qu’on trouve ce laisser-aller lamentable. Quant aux
anglicismes, je crois qu’ils ont atteint le sommet avec
cet article publié le 22 décembre dans Le Matin bleu :
Six ambiances (sic) de folie
au Casino de la Rotonde
Neuchâtel. La Rotonde accueillera le
31 décembre, la dinosauresque (sic)
party «The big one». Divisé en six
espaces, le Casino abritera quatre dancefloors (all style, house, hardstyle et
salsa), un chill out hawaïen et un
endroit confiné avec strip live show.
Côté musique, on appréciera les stars
DJ Luis, Cmeo Jaxx, Miss Glamour,
Chris Gee, DJ Dor, DJ Blasco, Nick larson, 4Ways, Statix, Freightautant, et
un grand nombre d’artistes de la
région neuchâteloise.
Question: « A la base, c’est de l’anglais avec des mots en
français, ou le contraire? »
Envoi de Mme Valérie Bourquin de Genève.
LA LANGUE FRANCAISE, votre amie la plus intime
Où sont les correcteurs ?
Il en perd sa voix et il y a de quoi le chapitrer :
Ph. Dumartheray écrit dans un éditorial de 24 heures :
«Les Jospin, Fabius et autre Strauss-Kahn n’ont plus
droit au chapitre… »
Il s’agit naturellement d’avoir ou de ne pas avoir voix
au chapitre, d’avoir ou pas du crédit auprès de quelqu’un…
Concilier la richesse du style avec la brièveté:
tout un art!
Le Matin bleu titre en gras : «Concilier le privé au professionnel (sic).»
On a probablement voulu écrire : «Concilier la vie privée
et la vie professionnelle.» A force de tout raccourcir,
tondre et simplifier, on tombe dans le charabia!
Epinglés par Mme Gisèle Botarelli de Morges.
Vouloir raffiner, ça complique
Dans un pavé publicitaire: «Moi, chez Dell, j’ai l’optionalité de…»
Quelle «finessalité» de vocabulaire! Ailleurs, j’ai simplement le choix de…
Patiner, ça lasse
P.-A. Schlosser dans un article de 24 heures sur les
superstitions et les troubles de certains sportifs : «En
hockey, les joueurs ont souvent recours au même cérémonial, lassant toujours le même patin en premier.»
Lacer le patin avec des lacets, mais sans lassitude, surtout avant le jeu, ça ira mieux!
– Où sont donc passés les correcteurs ?
– A la trappe ! Ils plombaient les dividendes des groupes de presse.
Informations vraiment réjouissantes
Au Québec, il existe un office de la langue française et
un comité de francisation des termes anglo-américains.
En France, 18 commissions interministérielles travaillent, chacune dans son domaine, à proposer des
équivalences aux expressions anglo-américaines.
La Banque de financement et d’investissement du groupe BNP, dirigée par un Français, avait ordonné aux
membres de la direction de ne diffuser qu’en anglais des
notes internes destinées aux salariés français, y compris
à ceux qui étaient en poste en France. Sous la pression
d’un syndicat, elle a été contrainte de retirer cette mesure discriminatoire.
Des syndicats français avec leurs homologues européens
élaborent une stratégie de résistance au tout-anglais. Ils
se fondent sur le constat que la privation du droit de
travailler dans sa langue entraîne de graves conséquences psychophysiologiques.
Mélanger les mots, ça trouble
Dans le même et par le même : «Avouez qu’on n’est pas
loin du trouble obsessionnel convulsif… »
Non, un TOC est un trouble compulsif. Mais on n’est pas
loin non plus des convulsions!
Les CFF aussi ont dû licencier leurs correcteurs!...
C’est un commentaire de M. Daniel Péclard de Lausanne
au sujet de la prose du service center des Chemins de fer
fédéraux: « Votre nouveau abonnement, les idées loisirs,
les ouvres des grands maîtres… !»
Humour
Objet: virus
Un beau matin, un gamin demande à son père :
Les abeilles, les fleurs, les choux, la p’tite graine… Tout
cela est bien dépassé, soyons modernes. Papa, dis-moi
comment suis-je né ?
Très bien, mon fils, il fallait bien que l’on en parle un
jour ! Voici donc ce qu’il faut que tu saches. Papa et
maman se sont copiés/collés dans un chat sur MSN.
Papa a fixé un rancard via E-mail à maman et ils se sont
retrouvés dans les toilettes d’un cybercafé. Après,
maman a fait quelques downloads du memory stick de
papa. Lorsque papa fut prêt pour le téléchargement,
nous avons découvert que nous n’avions pas mis de
firewall. Comme il était trop tard pour faire delete, neuf
mois plus tard, le satané virus apparaissait…
Vincent Favre
«Je suis abonnée de longue date
à la Défense de la langue française
(association sœur en France),
nous écrit Mme Maryse BornandRoy de Lausanne, et je suis fort
aise de lire que la Suisse se lève
aussi pour le combat
et la sauvegarde de notre langue et
de notre culture.
Allons-y,
il y a péril en la demeure!»
Si on se détourne de notre langue, elle mourra de désamour
ON EMBAUCHE
Les human resources. Ce qui est touchant dans cette
étiquette départementale des grandes entreprises, c’est
l’humain!
ANNONCES PARUES DANS 24 HEURES
Avenis SA du groupe EOS, lideur dans quelque chose,
recherche pour son Team back office
• un(e) back officer commerce (CFC d’employé de commerce)
et pour son département Information communication
technology (prononcer à l’anglaise)
• un IT system business analyst (on n’a pas besoin d’une
IT systeme businesse analyste)
L’annonce précise qu’il faut être de langue maternelle
française (authentique !).
TITRES ronflants des prétentieux
ridicules, les manageurs
majuscules :
Chez Sunrise trône un Senior Customer Relations
Representative et chez Swisscom un Team Leader
Customer Care Feedback.
Plus on vend du vide, plus on se gonfle en titre!
Pour promouvoir le pays de Fribourg, Fribourg
Marketing s’est attaché les services d’un Manager Sales
& Promotion (prononcer à peu près « premeuchenne»).
Fribourg Tourism & Congress Service dispose d’une
Manager Congress & Groups.
Evitez à tout prix le «e» final à tourisme et à groupe.
Sinon, ça ferait trop « langue française», même à
Freeburg (prononcer « fribeurgue»).
Envoi de M. Philippe Rérat d’Onex.
Kessler & Co Thomas Höchle de Lausanne cherche
• un client executive chargé(e) de clientèle (ou chargé(e)
de l’exécution des clients)
Pour sadique seulement!
Swiss TXT recherche un key account manager (H/F) (ils
n’ont pas osé formuler le tout au féminin) qui devrait
assurer « le suivi des hôpitaux et des cliniques de la
Suisse romande pour le produit phare en psychiâtrie»
(sic)
Ah, on comprend tout alors !
Pour des travaux de réparation sur des machines à café,
on recherche
• un Freelancer… avec de bonnes connaissances verbales du français et de l’allemand.
De bonnes connaissances pour le réparateur, mais pas
pour l’annonceur ni pour le secrétariat de l’entreprise!
Un freelance en sabir atlantique étant un indépendant,
un freelancer devrait être un indépendanteur. Le mécanicien va en perdre ses tournevis !
X est mandaté pour sélectionner (!)
• un(e) senior area sales manager montres, et
• un head of maintenance department, engineering &
maintenance services qui sera en charge du team de
maintenance (l’équipe d’entretien, en français).
Sourcing partner cherche
• un bioreactor specialist upstream
Celui-ci doit pouvoir ramer à contre-courant!
Le Japon a exigé de ses chercheurs,
percevant des deniers publics,
de publier leurs travaux d’abord
au Japon et en japonais.
Tout ce qu’il y a
de plus gruérien
Fribourg Tourisme publie un guide gastronomique qui
porte un titre bien de chez nous Going out. On y trouve
aussi une Night life. Ce qui fait dire à M. Etienne
Bourgnon de Fribourg, ancien ambassadeur et représentant en Suisse de Défense de la langue française, association sœur en France: «Peut-on encore aujourd’hui créer
une entreprise, lancer un produit sur le marché ou offrir
un service au public sans recourir à l’anglo-américain?»
Bachelor et Master
Livre
N’importe quelle couleuvre…
« COMBAT pour le FRANÇAIS » de Claude Hagège,
Editions Odile Jacob (prix: 22 euros)
Je suis très étonnée que des responsables de haut niveau
aient décidé d’adopter des termes s’appliquant à des
personnes pour désigner un état! En effet, bachelor est
un titre donné à celui ou celle qui a réussi, aux EtatsUnis, l’examen de licence. Ce titre correspond en France
à bachelier, celui qui a réussi le baccalauréat. On peut
admettre la différence de niveau d’études que cela
implique (baccalauréat au lieu de licence), mais comment accepter la faute sémantique grave consistant à
utiliser le nom réservé à un étudiant pour exprimer
l’examen lui-même ? C’est comme si en français on
disait « j’ai eu mon bachelier» au lieu de «j’ai réussi mon
baccalauréat»!
La démonstration est exactement la même pour master.
En anglais, on est master of arts ou master of sciences.
Le terme s’applique donc à une personne. Mais l’examen
lui-même se nomme maîtrise. Et c’est déformer la
langue française que de dire «j’ai obtenu mon master
(ou mastère)» au lieu de «j’ai obtenu la maîtrise».
Qui donc, dans les universités, a pu accepter des fautes
aussi grossières? Au nom sans doute de la mondialisation, veut-on nous faire avaler n’importe quelle couleuvre?
Hagège, linguiste, est professeur au Collège de France et
lauréat de la médaille d’or du Centre national de recherche
scientifique.
«Chaque langue est le reflet de l’identité profonde d’une
communauté. Chaque langue est par nature le miroir d’un
peuple et de ses représentations.»
«Dès lors, la domination d’une seule langue, loin d’être
une promesse, est une menace.»
«Une partie du patronat français (et suisse, n.d.l.r.) est
habitée d’une anglomanie mimétique dont rien n’a jamais
démontré qu’elle soit commercialement plus efficace. Le
but des pays anglophones n’est pas de faciliter la communication ni de donner à tous des chances égales à travers
une même langue. Le but est d’éliminer tout statut officiel
des langues autres que l’anglais dans les secteurs où une
concurrence menacerait les intérêts commerciaux des pays
anglophones, seule et unique motivation de ces derniers.»
«La réalisation de ce programme est déjà fortement avancée dans les sciences, où les nomenclatures (y compris
celles de la botanique, jusqu’ici latines) deviennent
anglaises, accroissant la suprématie des chercheurs anglophones aux dépens de tous les autres.»
Gudette Shapira, Zurich
D’après un article de C. Hagège,
paru dans Le Monde du 28.02.06
L’Association suisse « Poésies » a pour but la distribution gratuite de poésies de
langue française à tous les amoureux du français. Une première anthologie au tirage
limité a été proposée sur le marché de Vevey à la fin de décembre 2006.
Un exemplaire est à votre disposition, sur demande.
Pour nous faciliter la recherche de mécènes, nous aimerions
savoir si vous êtes intéressés à cette action et de combien
d’exemplaires vous aimeriez disposer. Sans engagement de
votre part, autre que moral !
Les écrivains suivants nous ont fait le grand plaisir d’être nos
membres d’honneur : Maurice Chappaz, Georges Haldas,
Philippe Jaccottet et Rafik ben Salah.
Ecrivez-nous, allez sur notre site !
Association « Poésies »
Case postale 16
1800 Vevey 2
www.poesies.ch
[email protected]
Aux membres de notre association
Vous avez reçu, au début du mois de mars, un bulletin de versement numéroté pour le paiement de la cotisation 2007. Nous vous prions, pour la bonne marche de l’association et pour
l’allégement de notre travail administratif, de bien vouloir vous acquitter, à fin avril ou fin mai
au plus tard, du montant demandé. Merci de votre soutien et de votre diligence!
Richard Ducret, président