L`euro baisse, bonne nouvelle
Transcription
L`euro baisse, bonne nouvelle
6 | dossier 0123 MARDI 4 NOVEMBRE 2014 A Hambourg, le 22 septembre, le directeur exécutif d’Airbus, Fabrice Brégier (à droite), présente une maquette de l’A380 au maire de Hambourg, Olaf Scholz (à gauche), à Manuel Valls et à Emmanuel Macron. AXEL HEIMKEN/POOL/REUTERS L’euro baisse, bonne nouvelle ? C Depuis mars, la monnaie unique s’est dépréciée de 10 % face au dollar, et de 5 % face à l’ensemble des devises. Un petit ballon d’oxygène pour nos exportateurs. Mais pas de quoi résoudre nos problèmes de compétitivité… marie charrel ette fois, ça y est ! La baisse de l’euro, attendue comme le Messie par les grands industriels français, a enfin commencé. Depuis le mois de mars, la monnaie unique a perdu 10 % de sa valeur face au billet vert, passant de 1,39 à 1,27 dollar, et 5 % face à l’ensemble des devises. Le gouvernement, qui accusait jusqu’ici l’euro fort d’être le grand fossoyeur de notre compétitivité, ne cesse de s’en féliciter. Selon Manuel Valls, c’est même grâce aux appels répétés de Paris que la Banque centrale européenne (BCE), qui prendra par ailleurs la tête de la supervision bancaire le 4 novembre, se serait enfin décidée à agir pour faire baisser l’euro… N’en déplaise à notre premier ministre, les mécanismes à l’origine de ce phénomène n’ont pas grand-chose à voir avec les haussements de ton français. « Ils sont bien plus complexes et multifactoriels », explique Eric Dor, économiste à l’Iéseg. La question n’en est pas moins légitime : la chute de l’euro face au dollar offre-t-elle vraiment un ballon d’oxygène à notre économie ? Pour certains experts, c’est indiscutable. Pour d’autres, les effets sont plus nuancés qu’il n’y paraît. Beaucoup s’inquiètent : il ne faudrait pas que cette baisse devienne un prétexte pour repousser les réformes dont notre pays a besoin. Cinq questions-clés pour trancher le débat. POURQUOI L’EURO BAISSE-T-IL ET CELA DURERA-T-IL ? La dépréciation de l’euro est liée à deux grands facteurs. D’abord, la politique de la BCE. Si, en théorie, elle n’est pas censée se préoccuper du taux de change, l’institution s’est officieusement montrée favorable à un euro moins fort ces derniers mois. En juin, elle a passé son taux directeur de 0,25 % à 0,15 %, puis à 0,05 % en septembre, et a fait tomber son taux de dépôt à – 0,2 %. Ce qui signifie que les banques doivent désormais payer une petite prime lorsqu’elles placent de l’argent à court terme dans ses coffres. « Les placements en euros sont ainsi devenus moins attractifs, ce qui a poussé no- LA FAIBLESSE DE LA DEVISE EUROPÉENNE EST SURTOUT DUE À LA REPRISE DE L’ÉCONOMIE AMÉRICAINE tre devise à la baisse », explique Christian Parisot, économiste chez Aurel BGC. Mais, en vérité, la récente faiblesse de la monnaie unique est surtout due à… la force du dollar. En effet, l’économie américaine, en pleine reprise, va mieux que celle de la zone euro. Alors que la BCE envisage de prendre des nouvelles mesures contre la stagnation, la Réserve fédérale, elle, devrait remonter ses taux directeurs dès 2015, ce qui rendra les placements en dollars bien plus rentables. Les investisseurs, qui l’anticipent déjà, ont commencé à placer leur argent aux Etats- Unis, ce qui a fait monter le billet vert face aux autres devises. « Comme les stratégies de la Fed et de la BCE vont diverger pendant longtemps, la faiblesse de l’euro devrait durer », estime Jérôme Héricourt, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). L’euro pourrait se rapprocher de la barre de 1,20 dollar ces prochains mois, sans pour autant passer en dessous. QUELLES ENTREPRISES EN BÉNÉFICIENT ? Lorsque l’euro baisse, le prix de tout ce qui est facturé en dollars, en particulier les matières premières, augmente. Selon les calculs du Conseil d’analyse économique une dépréciation de 10 % de l’euro renchérit ainsi de 3,5 % le prix des biens manufacturés importés libellés en dollars. Les gros importateurs, comme les PME du BTP, sont donc perdants, ainsi que les compagnies aériennes, qui vendent leurs billets en euros, mais achètent le kérosène en dollars. « Entre le carburant, les redevances et les pièces détachées, beaucoup de nos coûts augmentent avec la hausse du billet vert », confirme-t-on Michel Aglietta : « Le dollar est toujours la devise reine » pour michel aglietta, professeur d’économie à Paris OuestNanterre-La Défense, coauteur de Le Dollar et le système monétaire international (La Découverte, 128 p., 10 €), l’hégémonie du dollar est menacée par la montée en puissance du yuan et de l’euro, promettant une ère de forte instabilité. Pourquoi le billet vert dominet-il toujours le système monétaire international ? La puissance du dollar est le reflet du poids économique et militaire des Etats-Unis, mais aussi une conséquence des choix monétaires opérés après la seconde guerre mondiale. En 1944, les accords de Bretton Woods ont instauré un système où seule la valeur du dollar était convertible en or, tandis que toutes les devises étaient indexées sur le dollar. L’ennui, c’est que la Réserve fédérale, la banque centrale américaine, ne définit pas sa politique en fonction des besoins en monnaie de la planète, mais uniquement de ceux de son pays. Peu à peu, les Etats-Unis se sont mis à imprimer des dollars de façon excessive, notamment pour financer la guerre du Vietnam, si bien que la convertibilité or du billet vert, intenable, a été abandonnée. Le monde est alors passé, en 1973, a un système de taux de change flottants. Mais le dollar est resté la devise reine, car beaucoup de banques centrales ont constitué leurs réserves dans cette monnaie. L’euro représente-t-il une alternative crédible ? Par encore, car c’est une monnaie incomplète. Même si le poids économique de la zone euro est important, l’union monétaire doit être complétée et renforcée par une forme d’union budgétaire. La crise nous a déjà permis de bâtir l’union bancaire – c’est une avancée –, mais il faut aller plus loin. La Chine talonne les Etats-Unis en termes de puissance économique. Le yuan chinois est-il sur le point de détrôner le dollar ? Disons qu’il prend chaque jour plus de poids. La Chine internationalise et libéralise peu à peu le yuan qui, à ce rythme, pourrait être totalement convertible avec les autres devises vers 2020. Pékin a une stratégie très claire : construire un espace régional et commercial en Asie où le dollar sera chassé au profit du yuan. S’il réussit, et si dans le même temps l’euro monte en puissance, nous pourrions aboutir à un système monétaire dominé par trois grandes devises. Il serait beaucoup plus instable. L’ajustement des grands déséquilibres mondiaux se ferait dès lors par de vio- lents mouvements sur les taux de change. En vérité, le système monétaire est plus solide lorsqu’il est dominé par une seule monnaie. Que faudrait-il faire pour limiter cette instabilité ? Si elle devenait trop forte, les Etats seraient contraints d’instituer une gouvernance monétaire mondiale. De renforcer la régulation financière et faire en sorte que ce système pluridevise fonctionne mieux. L’une des options serait de créer une forme de monnaie supranationale dans laquelle toutes les grandes devises seraient convertibles. Celle-ci existe déjà : les « DTS », ou « droits de tirages spéciaux », cet instrument monétaire créé par le FMI il y a plus de quarante ans, et resté embryonnaire depuis. Il ne tiendrait qu’aux Etats de s’en emparer à nouveau. p propos recueillis par m. c. dossier | 7 0123 MARDI 4 NOVEMBRE 2014 Des effets contradictoires et un bénéfice mitigé sur la croissance L’euro à la baisse Conséquences sur l’économie française COURS DE L’EURO EN DOLLARS DEPUIS LE 1ER JANVIER 2010 EFFETS D’UNE DÉPRÉCIATION DE 10 % DE L’EURO, FACE À L’ENSEMBLE DES MONNAIES, SUR LES EXPORTATIONS D’UNE ENTREPRISE FRANÇAISE, SELON SON SECTEUR D’APPARTENANCE, EN % 1,5 Véhicules à moteur, remorques 1,4 Autres équipements de transport Machines et appareils électriques Agriculture et activités liées 1,3 Matériel de précision, médical et optique 1,1 Textiles 1,25 1,2 Machines et équipements Produits plastiques 1er janvier 2010 2011 2012 2013 2014 Effets de la dépréciation de la monnaie unique EFFETS DIRECTS EFFETS INDIRECTS Baisse du prix des produits exportés EFFET POSITIF EFFETS MOYENS D’UNE DÉPRÉCIATION DE 10 % DE L’EURO SUR LES EXPORTATIONS D’UNE ENTREPRISE FRANÇAISE, SELON LE PAYS OU LA ZONE DE DESTINATION DE SES EXPORTATIONS, EN % EFFET NÉGATIF Hausse de la compétitivité-prix des exportations Hausse des exportations + 8,6 Baisse des importations DÉPRÉCIATION DE L’EURO Hausse des prix des produits importés Hausse du prix de certains produits de consommation (ex. : essence) Métaux élémentaires 30 octobre 2014 ROYAUMEUNI Baisse de la consommation Hausse des coûts de production pour certaines entreprises + 8,4 + 7,7 + 7,6 + 7,2 +7 + 6,3 +6 + 5,8 + 5,6 + 9,2 ÉTATS-UNIS De +7 OCDE + 5,7 CHINE + 5,7 PAYS À BAS REVENUS 0,3 % à 0,6 % IMPACT D’UNE BAISSE DE L’EURO SUR LE PIB FRANÇAIS LA PREMIÈRE ANNÉE Baisse des exportations SOURCES : BLOOMBERG ; CEPII ; LE MONDE chez Air France. Le groupe voit néanmoins sa compétitivité augmenter face à ses concurrents basés en zone dollar, telles les compagnies du Golfe. A l’inverse, les entreprises qui fabriquent dans la zone euro et exportent en dehors sont gagnantes : la baisse de l’euro fait fondre leurs factures et gonfle leurs marges. Leurs produits paraissent moins chers que ceux en dollars : leur « compétitivité prix » augmente. Selon les calculs du CEPII, un euro 10 % plus faible gonfle la valeur des exportations de 7,5 % en moyenne. Les premiers à profiter de cet effet sont les groupes du luxe, de l’aéronautique et de l’agroalimentaire haut de gamme (vin). Pour Airbus, 10 centimes d’euro de moins, pendant au moins un an, représente une hausse de 1 milliard d’euros du résultat opérationnel. Chez Pernod Ricard, on estime qu’une hausse de 1 % du dollar améliore le résultat d’exploitation de 16 millions d’euros. Ces effets doivent néanmoins être nuancés. D’abord, parce que les entreprises se « couvrent » des variations de change, ce qui en limite l’impact à la hausse comme à la baisse. De plus, sur certains créneaux de niche, celles-ci ont peu d’effet sur les ventes. « Nous vendons des compresseurs à air sur mesure à des industriels, ils ne nous en achètent pas plus quand l’euro baisse », témoigne ainsi Laurent Vronski, directeur général de la PME Ervor. Enfin, les PME qui n’exportent pas, ou uniquement dans la zone euro, sont elles aussi peu concernées. LES CONSOMMATEURS EN PROFITERONT-ILS AUSSI ? A première vue, pas vraiment. « La dépréciation de l’euro est une mauvaise nouvelle pour les ménages », explique Daniel Gérino, président de Carlton Selection. Facture d’essence, prix des produits fabriqués en Chine, fruits exotiques… En renchérissant le prix des produits importés, en particulier celui des matières premières, elle pénalise le pouvoir d’achat. La baisse de l’euro équivaut, en somme, à un transfert de la valeur des consommateurs vers nos exportateurs, aiment dire les économistes. D’autant que, depuis la crise, les dépenses des ménages sont déjà plombées par le taux de chômage élevé (10,2 %) et la moindre progression des salaires. Mais, par chance, la baisse de la monnaie unique observée depuis six mois s’accompagne aussi d’une chute des cours du pétrole. « Pour l’instant, cela en estompe largement l’effet négatif sur la consommation », explique Patrick Artus, chef économiste de Natixis. En revanche, les coûts d’un séjour aux Etats-Unis ou à Londres, eux, sont nettement plus élevés qu’il y a six mois… « Si cela incite les Français à passer leurs vacances en Bretagne plutôt qu’à l’étranger, c’est ça de gagné pour notre industrie touristique », sourit un conseiller de Bercy. CELA VA-T-IL RELANCER LA CROISSANCE ET NOTRE COMPÉTITIVITÉ ? Les défenseurs de l’euro faible assurent qu’une dépréciation apportera un précieux bol d’air à nos exportateurs, qui relanceront leurs investissements et embaucheront, contribuant ainsi à relancer la croissance. Cette méthode n’a-t-elle pas déjà fait ses preuves entre 1945 et 1982, chaque fois que les gouvernements pratiquaient la fameuse « dévaluation compétitive » ? De fait, selon la direction générale du Trésor, une dépréciation de 10 % de l’euro face à l’ensemble des devises gonflerait notre PIB de 0,6 point au bout d’un an. Un petit coup de pouce bienvenu, surtout à l’heure où la France peine à sortir de la stagnation. D’autant que si elle se prolonge, la baisse des cours du pétrole allégera aussi notre facture énergétique et, donc, notre déficit commercial. « Mais il ne faut pas en attendre des miracles pour autant, car cela ne résoudra pas tous nos problèmes », prévient M. Parisot, de Aurel BGC. Loin de là. Le succès de nos grands groupes à l’international, tels que LVMH ou Airbus, offre en effet un portrait très peu fidèle de notre tissu économique, composé surtout de PME. La France recense aujourd’hui 120 699 entreprises exportatrices seulement, contre 207 920 en Italie et 306 612 en Allemagne. « Comme notre industrie a fondu ces trente dernières années, les effets d’une dépréciation sont bien moins importants qu’avant », explique M. Artus. De fait, les exportations hors zone euro, les seules qui bénéficient de la baisse de l’euro, ne représentent que 11 % du PIB. Ce n’est pas tout : nos principaux concurrents sur les marchés internationaux sont aujourd’hui, et de plus en plus, nos voisins européens. « L’Espagne nous grignote des parts de marché sur le segment des biens intermédiaires depuis la crise », explique Eric Dor, de l’Iéseg. Pour regonfler notre compétitivité face à l’Allemagne ou l’Espagne, il ne faudra donc pas trop compter sur la dépréciation de l’euro, mais s’attaquer plutôt aux faiblesses structurelles de notre économie. En particulier celles à l’origine de la désindustrialisation : insuffisance de l’investissement dans l’innovation, coûts de production trop élevés au regard du niveau de gamme de nos produits, taille trop petite de nos PME… « Seuls des réformes de longue haleine peuvent résoudre ces problèmes, estime M. Vronski, également vice-président de Croissance Plus. Il ne faudrait pas que la PAR CHANCE, LA DÉPRÉCIATION DE LA MONNAIE UNIQUE S’ACCOMPAGNE D’UNE CHUTE DES COURS DU PÉTROLE baisse de l’euro soit un prétexte pour repousser encore les efforts. » L’IMPACT EST-IL LE MÊME DANS LES AUTRES PAYS DE LA ZONE EURO ? Non, bien sûr. Tout dépend, en fait, de la taille du secteur industriel du pays et de sa spécialisation. L’Irlande, le Portugal et la Grèce, dont l’industrie exportatrice est, comme en France, spécialisée sur le moyen de gamme, profiteront nettement de la dépréciation de l’euro. L’Allemagne, beaucoup moins : sa puissante industrie, spécialisée sur le haut de gamme, est moins sensible aux variations des changes. Tout comme l’Italie, dont, contrairement aux idées reçues, la production a beaucoup monté en gamme ces dernières années. Pour l’Espagne, les effets sont plus incertains. Résultat : malgré ces disparités, le PIB de la zone euro prise dans son ensemble est quasi insensible à la dépréciation de l’euro. Mais là aussi, la baisse des cours du pétrole change complètement la donne. Comme elle réduit la facture énergétique, l’impact sur la croissance européenne devient, cette fois, nettement positif. Selon les calculs de Natixis, si le pétrole se stabilise à 83 dollars le baril, et l’euro à 1,27 dollar, le PIB de la zone euro gagnera 0,25 point. Toujours ça de pris. De son côté, la Société générale estime que, du fait de la baisse des prix de l’énergie, l’inflation de la zone ne devrait être que de 0,8 % en 2015, contre 1 % estimé précédemment. Et elle pourrait baisser plus encore. Au grand dam de la BCE, qui bataille depuis des mois contre les prix trop bas… p Contre le risque de change, les produits dérivés pour se protéger des fluctuations des devises, les entreprises disposent d’une batterie d’instruments financiers qui jouent le rôle d’assurance. Première possibilité, la plus simple, réaliser une couverture sur le marché des changes à terme. Imaginons une entreprise X. Elle remporte une commande de 100 000 dollars, mais doit accorder un crédit de trois mois à son acheteur. Si la monnaie américaine baisse par rapport à l’euro pendant cette durée, l’entreprise sera perdante lors de la conversion des 100 000 dollars en euros. Notre entreprise va donc se couvrir auprès d’une banque (moyennant une commission), en lui vendant « à terme » les 100 000 dollars de sa créance. Cela lui permet de figer pour un temps donné (trois mois dans notre exemple) le prix du dollar. Quelle que soit l’orientation des monnaies, l’entreprise est donc certaine de récupérer la contre-valeur en euros de ses 100 000 dollars. « Elle sécurise ainsi son chiffre d’affaires. Mais si, entre-temps, le dollar grimpe, elle ne profitera pas de la hausse », explique Yves Simon, professeur à Paris-Dauphine. Pour éviter cet inconvénient, les banques ont créé des produits dérivés, appelés « options » (d’achat ou de vente), qui permettent aux sociétés de se protéger sur le même schéma que précédemment, tout en ayant la possibilité de jouer à la hausse ou la baisse l’évolution des devises. Imaginons que notre entreprise X ait cette fois choisi une option de vente de dollars en euros et que le dollar grimpe de 5 % au cours de ces trois mois. Elle va vendre son option et récupérer 105 000 dollars (au lieu des 100 000), somme dont il faut toutefois déduire le coût du produit financier. Car, comme toutes les assurances, cette protection coûte cher, surtout si l’entreprise intervient sur des monnaies de pays émergents. Rassurant « En une année, le coût peut atteindre 3 % à 4 % du montant des transactions, voire bien plus. En 2013, un exportateur européen devait, par exemple, abandonner 10 % de la valeur de son contrat pour se protéger des fluctuations du real brésilien », explique Philippe Dupuy, professeur à Grenoble Ecole de management. Et celui-ci de noter que les entreprises françaises ont tendance à se prémunir davantage que les groupes étrangers. « Elles couvrent entre 75 % et 100 % de leurs flux financiers. C’est sûrement rassurant, mais pas forcément né- cessaire. Plutôt que de dépenser des sommes importantes dans des produits dérivés, les directions feraient mieux d’étoffer leurs équipes chargées de cette question, cela leur permettrait d’optimiser leur politique de change », souligne-t-il. « Manier les options est un art difficile, abonde Alain GirardeauMontaut, responsable du risque de change chez Dassault Aviation et président de la commission sur les risques à l’Association française des trésoriers d’entreprise. C’est pourquoi, c’est généralement l’affaire de deux ou trois personnes dans une entreprise. » A côté de ces produits financiers, les sociétés ont d’autres possibilités. D’abord, elles peuvent agir sur leur bilan, en empruntant en dollars, par exemple, la même somme (et à même échéance) que la créance. Si le dollar baisse, la valeur en euros du contrat certes diminue, mais celle de la dette aussi. C’est donc un jeu à somme nulle. Ensuite, les multinationales ont pris l’habitude de centraliser les dettes et créances de chacune de leurs filiales en un seul endroit. « L’objectif de cette opération est que les flux de ces filiales se compensent entre eux, explique Yves Simon, et créent ainsi une couverture naturelle. » p frédéric cazenave