Etude Pays Basque

Transcription

Etude Pays Basque
Juillet 2002
RAPPORT
D’ORIENTATION
Réalisation : Joël Brouch / OARA
Maître d’ouvrage : Institut Culturel Basque
" Mission pour développer la création et la diffusion du spectacle vivant par la
solidarité territoriale et la mise en réseau sur l’ensemble du Pays Basque "
-1-
Nous remercions,
tous ceux qui ont accompagné notre réflexion et
plus particulièrement les acteurs culturels du Pays
Basque pour leur disponibilité et leur convivialité,
Pantxoa ETCHEGOIN, Directeur de l’Institut
Culturel Basque, qui a guidé nos recherches avec
compétence et générosité.
« … pour se conseiller, pour
s’aider l’Un l’Autre, il faut bien des
rencontres et des aboutissements. Toute une
constellation d’événements est nécessaire
pour une seule réussite. »
Rainer Maria Rilke
« Lettres à un jeune poète »
-2-
SOMMAIRE
AVANT-PROPOS METHODOLOGIQUE --------------------------------------------------- p. 05
INTRODUCTION ---------------------------------------------------------------------------------- p. 08
1 - LE PAYS BASQUE : UN TERRITOIRE EN DEVELOPPEMENT --------------------- p. 10
1-1 Le volet culturel de la convention spécifique ........................................................... p. 12
1-2 Les dynamiques territoriales ..................................................................................... p. 13
1-2.1
1-2.2
1-2.3
Trois zones inégales .................................................................................... p. 14
Un territoire inscrit dans un processus de développement .......................... p. 14
Un nouveau périmètre pour développer ...................................................... p. 15
2 - SPECTACLE VIVANT EN PAYS BASQUE : UN SINGULIER CONTRASTE ------ p. 19
2-1 Des structures référentes à conforter ....................................................................... p. 20
2-1.1
2-1.2
2-1.3
La Scène Nationale de Bayonne et du Sud Aquitain................................... p. 20
Le Centre Chorégraphique National de Biarritz.......................................... p. 24
L’ Institut Culturel Basque .......................................................................... p. 27
2-2 Paradoxes du Pays Basque intérieur ........................................................................ p. 30
2-2.1
2-2.1.1
2-2.1.2
2-2.1.3
2-2.2
2-2.3
Des projets sans équipement .......................................................................
Les trois centres culturels du Pays Basque intérieur ...................................
Saint-Palais..................................................................................................
Cambo-les Bains .........................................................................................
Des équipements sans projet........................................................................
Garazikus : l’exception................................................................................
p. 31
p. 31
p. 36
p. 37
p. 39
p. 40
3 - PRECONISATIONS ET SUGGESTIONS ---------------------------------------------------- p. 43
3-1 Préconisations structurantes ..................................................................................... p. 44
3-1.1 Création d’une direction du développement territorial à la Scène Nationale... p. 44
de la nécessité de la mise en réseau
3-1.2 Création d’un département de la création artistique basque à l’ICB................. p. 47
de la nécessité d’affirmer une ambition artistique
3-1.3 Création de comités de pilotage territoriaux..................................................... p. 50
de la nécessité d’une implication partagée mais impulsée
-3-
3-2 Suggestions .................................................................................................................. p. 53
3-2.1
3-2.2
3-2.3
3-2.4
3-2.5
3-2.6
3-2.7
3-2.8
3-2.9
Communication ................................................................................................
Implantation de compagnies.............................................................................
Cafés culturels ..................................................................................................
Itinérance ..........................................................................................................
Jazz aux Remparts ............................................................................................
Ouverture ..........................................................................................................
Frontières ..........................................................................................................
Observatoire .....................................................................................................
Musique Amplifiée ...........................................................................................
p. 53
p. 54
p. 54
p. 55
p. 55
p. 55
p. 56
p. 56
p. 57
CONCLUSION-------------------------------------------------------------------------------------- p. 58
ANNEXES-------------------------------------------------------------------------------------------- p. 60
A-1
A-2
A-3
A-4
A-5
Cahier des charges de l’étude .......................................................................................
La Semaine du Pays Basque, article : « Le flou artistique » .......................................
Personnes rencontrées pour la réalisation de l’étude....................................................
Volet 2.6 de la convention spécifique ..........................................................................
Délibération du Conseil municipal de Louhossoa........................................................
p. 61
p. 67
p. 71
p. 74
p. 79
-4-
AVANT-PROPOS METHODOLOGIQUE
-5-
Il nous paraît utile de formuler quelques remarques méthodologiques inhérentes à la mission(1) qui
nous a été confiée afin de préciser les enjeux d’une étude dont la commande est concomitante à un
sentiment d’insatisfaction dont l’hebdomadaire « La Semaine du Pays Basque » s’est fait l’écho en
décembre 2001 -n°431- dans un dossier intitulé : « Salles de spectacles au Pays Basque, le flou
artistique »(2).
Souhaitée courte par le maître d’ouvrage, l’Institut Culturel Basque, et synthétique dans ses
conclusions par le Directeur Régional des Affaires Culturelles, l’étude, à partir :
« d’un état des lieux précis des situations dans lesquelles se trouvent différents opérateurs
culturels…… (doit) formuler des propositions à deux niveaux :
-
établir un mini-plan de développement avec évaluation des moyens nécessaires et
proposition de plan de financement,
-
à l’échelle du Pays Basque, propositions pour renforcer la professionnalisation, la mise en
réseau et le partenariat entre opérateurs culturels de la côte et de l’intérieur, et l’évaluation
des moyens financiers ».
Limitée à la problématique du spectacle vivant, en termes de création et de diffusion, la commande
préconise une analyse précise de l’existant et une vision prospective accompagnée de propositions
concrètes.
Pour guider nos premiers pas, une liste d’équipements culturels et d’artistes est jointe avec une
mention précisant sa non exhaustivité. Elle appelle toutefois une première remarque quant à l’absence
des élus et des artistes non « basquisants » et témoigne de la prééminence accordée aux équipements
culturels manifestement perçus comme indissociables de la problématique d’aménagement du
territoire.
Nous avons perçu rapidement l’impossibilité, dans le cadre « d’une mission de courte durée »,
de conduire une analyse systémique de la scène locale qui nous permettrait de repérer l’ensemble
des acteurs en présence et leurs interactions, d’appréhender objectivement un contexte qui, au Pays
Basque peut-être plus qu’ailleurs, mériterait d’être compris dans sa dimension organisationnelle
c’est-à-dire la façon dont les acteurs coopèrent ou ne coopèrent pas, entrent en conflit ou en
compétition, négocient des arrangements, des compromis pour élaborer des objectifs communs.
Notre démarche n’est donc pas monographique ; elle ne procède pas de l’étude de cas ou de
l’inventaire mais ambitionne, à partir d’une cinquantaine d’entretiens semi-directifs(3) et de l’étude
attentive des documents en notre possession et notamment les dossiers de demande de subvention
adressés au Conseil Régional d’Aquitaine, d’apprécier l’efficience des actions entreprises car nous
considérons que les finalités de l’action culturelle en milieu rural sont plus contenues dans la qualité
de sa mise en œuvre et des processus amorcés que dans l’affichage du produit final.
Les impératifs calendaires ne nous ont pas permis de visiter tous les sites potentiels et de rencontrer
l’ensemble des acteurs culturels. Beaucoup d’artistes, d’enseignants, de pratiquants amateurs, voire de
simples spectateurs, auraient mérité d’être consultés. De nombreuses communes rurales ainsi que
(1)
(2)
(3)
Voir annexe 1, p. 61
Voir annexe 2, p. 67
Voir annexe 3, p. 71
-6-
certaines villes majeures de la côte -Hendaye, Saint-Jean-de-Luz, Anglet…- n’ont pas été associées à
notre travail.
Ces absents de la première consultation n’ont cependant pas été oubliés. A travers les entretiens
réalisés auprès d’un échantillon représentatif de la problématique culturelle locale, nous proposerons
un processus qui, dans un deuxième temps, devrait permettre de les impliquer dans la recherche des
procédures les mieux adaptées.
Ces quelques pages sont donc à lire comme un rapport d’orientation.
-7-
INTRODUCTION
-8-
Le débat est vif, parfois simplifié, mais toujours passionné quand on évoque les équipements culturels
en Pays Basque.
Entre ceux qui ont profité de la manne providentielle pour rénover ou construire et ceux qui espèrent,
entre ceux qui agissent à l’intérieur du territoire et ceux qui développent sur la côte, le dialogue est
difficile, voire tronqué, par des années de cohabitation souvent stériles, rarement fructueuses. Aux
malentendus s’agrègent des procès d’intention qui, aux oppositions traditionnelles -pauvre/riche,
rural/urbain, tradition/modernité, amateur/professionnel, authentique/artificiel…-, ajoutent les
positionnements propres à la basquité qui recouvre, selon la formule de Roland Barthes, « l’ensemble
des traits anthropologiques et de représentations liés à la société basque ».
Il serait donc inconséquent de réduire les différends constatés à de simples « querelles de clocher »
auxquelles on limite souvent les enjeux situés localement, les considérant comme le résultat des
tropismes de l’attachement à un territoire, ou à des affaires « clochemerlesques » liées à la
personnalité de quelques décideurs locaux.
L’approche est beaucoup plus complexe car elle renvoie à toutes les problématiques du
développement local exacerbées en Pays Basque par un accroissement potentiel du nombre de
partenaires qui provoque un véritable encombrement territorial et pose la question essentielle de la
légitimité des acteurs engagés et du partage et de la superposition de leurs compétences.
C’est de la qualité de l’organisation du territoire que dépend la pertinence du développement, en
l’occurrence culturel et artistique, et pas du nombre d’équipements dont il dispose. C’est à partir de
cette hypothèse que nous envisageons d’orienter nos travaux en précisant que la qualité d’organisation
est le fait de la cohésion sociale, de la qualité des individus, de la structuration des territoires, de la
capacité qu’ont les collectivités à partir des projets. Le hasard n’a pas sa place dans le développement.
Il est global et pas sectorisé. La culture est au cœur de ces éléments.
Les limites compréhensibles d’une « mission de courte durée » ne nous permettent pas une approche
aussi exhaustive mais rappellent à l’évidence que la problématique du spectacle vivant n’est qu’un
élément d’une ambition culturelle qui n’a de sens qu’intégrée -et non juxtaposée- aux enjeux locaux.
Dans une première partie nous approcherons ce territoire complexe en tentant de le comprendre à
travers ses dynamiques territoriales.
Une deuxième partie présentera les équipements autour desquels se jouent actuellement le
développement du spectacle vivant.
Une troisième et dernière partie consacrée à des préconisations et autres suggestions indiquera un
processus qui, avec l’assentiment de chacun, devrait permettre l’élaboration de procédures concrètes et
opératoires dans les meilleurs délais.
-9-
-1LE PAYS BASQUE
UN TERRITOIRE EN DEVELOPPEMENT
- 10 -
Comprendre le Pays Basque procède d’un exercice particulièrement périlleux tant le scénario, au-delà
de sa complexité, est intimement lié aux relations que chacun établit avec son identité et son territoire.
Pour dépasser les clichés et autres approches caricaturales dans lesquels on enferme souvent la
problématique basque, nous avons cependant cherché, à travers quelques lectures(1), des réponses à des
interrogations qui nous semblaient devoir être résolues, au risque, dans notre analyse, de faire
« un grave contresens psychologique » pour reprendre une expression formulée à notre endroit par un
élu local très impliqué.
Il n’est pas dans notre intention d’en faire la synthèse dans ce rapport. Nous prendrions, d’une part le
risque d’en simplifier abusivement le sens, et d’autre part nous nous heurterions à l’impossibilité de
réduire à quelques lignes l’objet d’un débat qui traverse les siècles.
Nous nous limiterons à trois observations qui dissipent une certaine confusion initiale :
-
le Département des Pyrénées-Atlantiques intègre deux entités distinctes, le Béarn et le Pays
Basque, qui ont respectivement pour capitale Pau et Bayonne. Entre les pôles palois et bayonnais
on constate une déconcentration qui se traduit notamment par l’existence de deux Chambres de
Commerce et d’Industrie et une annexe importante du Conseil Général à Bayonne, mouvement
conforté par l’Etat quand on considère l’importance de la sous-préfecture de Bayonne,
-
si l’hypothèse d’une partition n’est pas pour ceux qui la revendiquent une simple modification de
frontières ou de transfert d’administration mais une revendication de la primauté du référent
culturel sur un découpage politico-administratif, on peut également interpréter la position prodépartementaliste comme une réaction des élus du Pays Basque intérieur contre ceux de la Côte,
clivage que nous retrouvons dans le domaine culturel,
-
sans être institutionnalisé, le Pays Basque de France a été « traduit » par l’installation de deux
conseils qui, sans bousculer les divisions politico-administratives établies, constituent une
nouvelle scène locale originale où pourrait peut-être : « se faire entendre une parole tout à la fois
reconnue par le social englobant et fidèle à sa propriété subjective », selon Jean-Daniel
Chaussier(1) :
-
le Conseil de Développement du Pays Basque : assemblée consultative à caractère
économique, social et culturel composée essentiellement de représentants de la société civile,
-
le Conseil des Elus du Pays Basque : assemblée réunissant 21 conseillers généraux,
4 parlementaires et 36 maires délégués des communes rurales ou urbaines.
Notre mission participe d’un vaste mouvement de réflexion né en 1992, avec le projet « Pays Basque
2010 », qui a permis d’engager un certain nombre d’actions, notamment culturelles, dans le cadre
d’une convention de développement prévue pour initier dès 1997 des opérations sans attendre le
Contrat de Plan Etat-Région 2000-2006.
(1)
Jean- Daniel CHAUSSIER, Quel territoire pour le Pays Basque, L’Harmattan, 1997
Claude PERROTIN, Pays Basque, un département ?, Atlantica, 2002
Jean-Marie ISQUIERDO, Le Pays Basque de France, L’Harmattan, 2001
Patrick CASSAN, Le Pouvoir français et la question basque, L’Harmattan, 1977
- 11 -
Le CPER a désormais pris le relais à travers l’application d’une convention spécifique.
Notre étude, à la demande de l’Institut Culturel Basque et du Conseil de Développement, doit
préconiser des actions favorisant la réalisation du Volet 2.6 de cette convention(1).
Une première partie nous permettra d’aborder les enjeux du volet culturel de la convention spécifique
dans le domaine du spectacle vivant.
Dans une deuxième partie nous aborderons les dynamiques territoriales dans lesquelles s’inscrit notre
mission.
1-1 LE VOLET CULTUREL DE LA CONVENTION SPECIFIQUE
Créé en 1984, le Centre Culturel du Pays Basque est dissous en 1988 au terme d’une longue crise qui
oppose la direction et une partie du conseil d’administration aux associations basques sur le
pourcentage du budget qui doit être consacré à la culture basque. Renaissent deux structures qui
consacrent une institutionnalisation séparée et fixent le combat culturel :
-
la Scène Nationale de Bayonne et du Sud Aquitain qui, malgré une appellation sophistiquée,
incarne la culture non basque ; la direction de l’établissement est confiée à l’ancien directeur du
Centre Culturel du Pays Basque,
-
l’Institut Culturel Basque, « refoulé dans la basquité qu’il revendique » ; son conseil
d’administration, à l’inverse du centre culturel, donne le pouvoir aux « culturels » au détriment
des « politiques » et bénéficie, avec l’appui financier d’un Syndicat Intercommunal regroupant
137 communes et l’augmentation de l’aide de l’Etat et des collectivités territoriales, d’un budget
nettement supérieur.
C’est dans ce contexte que s’élabore un premier schéma d’aménagement culturel qui, souhaitant
réduire le déséquilibre entre culture basque et non basque, préconise trois orientations dont l’une
évoque déjà la nécessité de la mise en réseau.
L’application du CIADT dans le domaine culturel de 1997 à 2000 permet de conforter -selon le
diagnostic réalisé dans le document de présentation de la Convention Spécifique Pays Basque
2001/2006- le maillage culturel du territoire, de renforcer les structures nationales de la zone urbaine
et d’initier un début de fonctionnement en réseau des équipements ruraux entre eux et avec les pôles
de référence urbains.
Le volet 2.6 de la convention spécifique prolonge l’application du CIADT dans le domaine du
spectacle vivant avec un titre évocateur, « Développer la création et la diffusion du spectacle vivant
(théâtre, danse, musique, chant…) par la solidarité territoriale et la mise en réseau sur l’ensemble du
Pays Basque ». On retrouve de manière récurrente la volonté d’organiser la coopération, avec deux
précisions cependant :
(1)
Voir annexe 4, p. 74
- 12 -
-
mise en place d’un fonds de solidarité/fonctionnement permettant aux opérateurs des scènes
territoriales, notamment de la zone intérieure, de mettre en œuvre une politique de diffusion
culturelle active en partenariat avec les opérateurs culturels de la Côte,
-
prévoir l’instauration d’un comité de pilotage qui regroupera les opérateurs culturels de l’intérieur,
les pôles ressources en milieu urbain, l’Institut Culturel Basque, l’Etat et les divers niveaux de
collectivités qui permettra d’assurer chaque année le bon fonctionnement du dispositif.
Ces orientations s’inscrivent dans un processus de construction/requalification/réhabilitation
d’équipements culturels, concrétisé ce jour par la construction d’un cinéma-théâtre à Mauléon et la
rénovation scénique du cinéma-théâtre de Saint-Jean-Pied-de-Port et espéré pour les équipements de
Saint-Palais, Ustaritz, La Bastide-Clairence et les Aldules.
Les documents en notre possession et la lecture de l’étude réalisée en 1997, sous maîtrise d’ouvrage de
l’ICB, par le conseil de développement du Pays Basque et deux personnes associées pour les
préconisations scénographiques, ne nous permettent pas d’entrevoir la cohérence du projet territorial.
Les enjeux visés, « couvrir le territoire par une offre accessible à tous en tenant compte des structures
existantes », ne participent pas d’une vision prospective. On réhabilite le passé sans vision particulière
du territoire, sauf à entretenir le patrimoine existant.
Cette série de mesures « déconnectées » de l’espace en mutation sur lequel elles s’exercent est déjà
contournée par des initiatives parallèles, la construction d’équipements nouveaux à Ispoure -salle
Faustin Bentaberry- et à Louhossoa, ajoutant à la confusion.
La carte culturelle du Pays Basque intérieur est aujourd’hui figée autour d’équipements isolés en
attente d’un projet collectif susceptible de les rationaliser et de centres culturels sans équipement en
recherche d’une légitimité dans le domaine du spectacle vivant.
1-2 LES DYNAMIQUES TERRITORIALES
Sur un même espace géographique cohabitent plusieurs types de territoires qui correspondent à des
rationalités différentes et se construisent selon des dynamiques distinctes mais interdépendantes :
territoire d’action, territoire stratégique, territoire d’identité…..
Le système dans lequel se joue le développement n’est pas forcément le territoire administratif.
Faisant l’hypothèse que les territoires des initiatives culturelles se construisent sur la superposition de
territoires multiples, nous présenterons, avec l’appui d’une étude réalisée par le Conseil de
Développement du Pays Basque(1) et des documents mis à notre disposition par l’Inspection
Académique des Pyrénées Atlantiques, une description précise de l’espace objet de notre étude.
(1)
« Préfiguration des territoires de développement infra Pays Basque », Conseil de Développement du
Pays Basque, décembre 2001
- 13 -
1-2.1 Trois zones inégales
Le système territorial du Pays Basque est constitué de trois zones inscrites dans une dynamique de
développement inégale attestée par des croissances démographiques contrastées :
-
le littoral a progressé de 18,3% en 25 ans. Regroupant 61,5% de la population du Pays Basque, il
concentre l’essentiel de l’activité économique et culturelle et exerce une forte attraction pour la
population de plus de 60 ans,
-
la zone intermédiaire a la plus forte progression de population, 35,7%, caractérisée par une
population importante âgée de 30 à 39 ans particulièrement active qui n’a pas les moyens de se
loger près du littoral où elle travaille. Le phénomène de zones dortoirs est constaté et la demande
de services, pour les enfants notamment, importante,
-
la zone intérieure est la plus fragilisée avec un déclin démographique des cantons ruraux qui
perdure. Des soldes migratoires positifs dans trois cantons indiquent peut-être une inversion de
tendance.
La population du Pays Basque dépasse aujourd’hui 260 000 habitants.
1-2.2 Un territoire inscrit dans un processus de développement
Pour tenter de réduire ces déséquilibres, le Pays Basque a engagé une démarche autour de 4 principes
qui ont animé les réflexions permettant l’élaboration de la convention spécifique :
-
renforcer la complémentarité côte/intérieur,
fédérer les acteurs autour d’un projet global,
impliquer les acteurs socioprofessionnels et associatifs,
renforcer la cohérence des procédures avec les orientations choisies.
Cette méthode prolonge des politiques contractuelles conduites par la Région, l’Etat et l’Europe depuis
les années 70 qui dessinent autant de territoires de développement différents.
La carte de l’intercommunalité à fiscalité propre offre une autre lecture du Pays Basque mais ne résout
pas la problématique du territoire pertinent à identifier pour le développement culturel.
Si la Communauté des Communes de la Soule apparaît cohérente autour d’un chef-lieu pouvant
potentiellement structurer un projet culturel et artistique, celle de Bidache par exemple n’offre pas de
possibilité réelle.
Doit-on envisager des regroupements d’intercommunalité ?
Les problématiques du développement analysées par le Conseil de Développement font apparaître des
cohérences territoriales par secteur d’activité qui dessinent une autre carte du Pays Basque.
L’économie agricole compose ainsi quatre zones où cette activité reste prédominante. On peut ainsi
distinguer la montagne, les coteaux, l’arrière côte, et la Basse Soule associé à Amikuze et Bidage.
- 14 -
Le processus de développement implique donc des cartographies différentes qui peuvent laisser
l’observateur perplexe tant la profusion des territoires redessinés est grande.
Pour résumer sans caricaturer, le Pays Basque, selon la problématique, devient : littoral, zone
intermédiaire, intérieur, coteaux, arrière côte, Basse Soule, Haute Soule…. Bref autant d’espaces
facteurs de compréhension interne et paradoxalement parfois de division territoriale.
1-2.3 Un nouveau périmètre pour développer
A partir de ces analyses multiples, le Conseil de Développement propose une hypothèse d’organisation
territoriale qui nous semble répondre correctement à un principe spatial cohérent avec les enjeux de la
problématique culturelle : la structuration isochrone.
Elle offre un découpage différenciant les espaces par leurs distances aux pôles urbains et « s’appuie
sur un regroupement de communes et d’entités communales présentant des problématiques similaires
en regard des enjeux de demain, principalement liés à l’accompagnement de l’urbanisation, au
développement économique ou encore à la création des services à la population ».
Cinq territoires sont ainsi préconisés dont trois dans le Pays Basque intérieur :
-
un espace, autour des bourgs-centres de Bidache - Espelette - Hasparren - St Pierre d’Irube Ustaritz, couronne élargie de l’agglomération bayonnaise qui, en regard des tendances actuelles et
futures, constitue l’espace de tous les enjeux,
-
un espace fusionnant les Projets Collectifs de Développement de Garazi-Baïgorry et d’AmikuzeIholdy, zone à construire pour un développement concerté et optimisé à moyen terme,
-
la Soule, déjà constituée à cette échelle en Communauté de Communes, caractérisée par son
isolement et ses dynamiques de développement endogènes fortes.
Ces territoires de développement qui ne recoupent en rien ceux de l’intercommunalité doivent
favoriser une coopération pertinente pour dépasser les problèmes et notamment ceux concernant le
développement culturel.
Plusieurs constatations s’imposent :
-
la Soule et le territoire fusionnant Garazi-Baïgorry/Amikuze-Iholdy disposent d’équipements
autour desquels pourrait se structurer une politique culturelle et artistique ambitieuse : les cinémathéâtres de Mauléon et Saint-Jean-Pied-de-Port,
-
le territoire constitué autour d’Hasparren ne dispose pas d’équipement de proximité performant
alors que l’importance de la population le justifierait amplement malgré la proximité relative des
équipements culturels du littoral,
-
la carte scolaire semble en cohérence avec le découpage préconisé : les lycées publics
d’enseignement général et/ou professionnels publics de Saint-Jean-Pied-de-Port et ceux de
Mauléon constituent le point de ralliement d’une grande partie de la jeunesse des territoires
indiqués. Le parcours scolaire de ces jeunes dessine une carte aux contours qu’il conviendrait de
définir précisément pour mettre en œuvre des projets culturels qui favorisent une cohérence de la
- 15 -
maternelle au lycée. A travers ces parcours, l’équipement culturel référent développerait une
incontestable légitimité territoriale.
Pas de lycée sur le territoire d’Hasparren, les jeunes souhaitant poursuivre leur scolarité intégrant
un établissement du littoral. Ce constat doit être pris en considération par les équipements culturels
de la côte qui ont une politique éducative.
Huit collèges publics complètent le panorama en Pays Basque intérieur dont six dans des
communes qu’on pourrait qualifier d’intermédiaires : Tardets, Saint-Etienne-de-Baïgorry, Cambo,
Hasparren, Bidache et Saint-Palais. Ces communes, à l’exception d’Hasparren pour les raisons
évoquées précédemment, doivent bénéficier d’une action culturelle qui n’impose pas
systématiquement un équipement. Elle peut être conçue à partir des structures culturelles
référentes autour des principes de proximité et d’accessibilité.
Une action culturelle de proximité peut donner du sens à une programmation présentée dans une
commune distante de quelques kilomètres, la rendant ainsi accessible.
-
spécificité du Pays Basque, l’enseignement privé est présent dans de très nombreuses communes
avec des établissements de petite taille. Ils génèrent moins de mobilité car les élèves sont recrutés
dans l’environnement immédiat.
Rendre la culture accessible au plus grand nombre, quelles que soient les origines sociales et
géographiques est un défi essentiel du développement culturel. Le maillage du territoire en termes
d’équipement peut certes participer de cette ambition, mais il s’agit aussi et surtout d’envisager l’offre
culturelle. Combler des vides sans projet n’apporte rien. Il faut rechercher les complémentarités,
provoquer intelligemment l’intercommunalité, convoquer l’imagination.
La solidarité souhaitée par le Conseil de Développement du Pays Basque peut être entendue :
-
au sens de la coopération, notion généreuse avancée comme la solution aux problèmes,
en termes de partenariat : concept plus structurant car contractuel, il clarifie les objectifs.
Nous acceptons ces significations mais souhaitons également proposer la notion de réseaux en
empruntant à P. Moati une définition particulièrement signifiante(1): « des formes de coordination (…)
dans lesquelles le partage par les opérateurs de certains codes de conduite et de connaissances
communes joue un rôle important ».
Très prisé des professionnels de la culture, le réseau permet de nouer des relations qui dépassent les
catégories sectorielles, territoriales, d’unir des petits équipements aux grands, des professionnels
expérimentés à de jeunes débutants.
L’Aquitaine a compensé un déficit d’équipements culturels importants -au sens financier du terme- en
multipliant les réseaux d’intérêts, souvent constitués à partir d’affinités, au service d’un projet
artistique régional chaque saison plus ambitieux. La consécration nationale de certaines compagnies
aquitaines doit au talent des hommes et des femmes qui les composent, mais aussi aux grands
équipements structurants -CDN Bordeaux-Aquitaine, Scène Nationale de Bayonne et du Sud Aquitainqui avaient les moyens de la coproduction et à tous les « petits » qui ont constitué la chaîne de la
réussite.
(1)
P.MOATI, Rationalité et marché des biens culturels, Economie Appliquée, Avril 1992
- 16 -
- 17 -
Réseau d’amis ou de nécessité, il est un outil potentiel pour chacun. Avant d’être une stratégie
relationnelle il doit participer d’une stratégie d’organisation dont la responsabilité appartient à ceux
qui ont le plus à partager ou à ceux dont c’est la vocation professionnelle.
Au-delà de la problématique des équipements et de la validité des projets culturels et artistiques qu’ils
portent, dont nous traiterons dans la partie suivante, la réussite du développement culturel du Pays
Basque se joue d’abord et avant tout dans la capacité manifestée par les acteurs à renouer le dialogue
et donc à entrer en réseau.
Une des grandes réussites des « Ateliers de la Rénovation » initiés par le Conseil Général des
Pyrénées-Atlantiques aura été de laisser circuler la parole et beaucoup de participants aux nombreux
séminaires organisés ne cachaient pas leur plaisir de constater que c’était « malgré tout » possible.
On peut donc convoquer au chevet du malade toutes les théories culturelles, associer le concept de
territoire à tous les principes organisationnels, permettez-nous simplement, avant d’exposer plus
techniquement les conclusions de notre étude, de souhaiter à la parole de trouver le chemin de la
sérénité.
- 18 -
-2SPECTACLE VIVANT EN PAYS BASQUE :
UN SINGULIER CONTRASTE
- 19 -
Le cahier des charges de notre mission présente très précisément les « lieux de spectacles » et
« structures culturelles » qu’il convient d’analyser pour proposer un plan d’actions susceptible de
réduire les inégalités culturelles territoriales et joint un document réalisé par le Conseil de
Développement du Pays Basque en novembre 2000 dressant « un état des lieux et déclinant des
préconisations ».
Les documents en notre possession considèrent comme acquis les investissements réalisés ces
dernières années, ne semblant pas questionner leur légitimité. Il est vrai qu’un investissement marque
irrémédiablement le cours de la politique à suivre pour longtemps et qu’il est difficile de l’abandonner.
S’ils s’interrogent cependant sur la pertinence de poursuivre le plan de réhabilitation prévu en 1997, ils
valident sans exception tous les opérateurs culturels du territoire.
Nous partirons donc du schéma proposé par nos commanditaires pour vérifier « le rôle capital que
jouent, en tant que lieux de vie et de ressources, et dans une perspective d’aménagement culturel de
notre territoire, les structures culturelles réparties sur les trois provinces du Pays Basque » afin de
valider ou d’infirmer l’influence qu’on leur attribue. Une succession particulièrement gratifiante
d’aptitudes sont accordées aux équipements et associations culturelles du Pays Basque intérieur. :
« proposer au grand public une offre culturelle de qualité ; aider les artistes à créer, se former ou
diffuser leurs œuvres ; mettre en place des actions de formation et d’animation à destination du monde
scolaire et des artistes… ; s’impliquer dans des projets d’intérêt général où la culture peut être un
levier de développement économique et social ».
C’est sous l’angle des potentialités d’action que nous situons notre observation, nous gardant bien
d’une quelconque évaluation. Nous ne résistons cependant pas à l’envie de vous livrer la définition
qu’en faisait Max Weber : « l’appréciation pratique d’un phénomène sur lequel notre activité peut
exercer une influence en adoptant à son égard une attitude d’approbation ou de désapprobation ».
Dans une première partie nous présenterons les associations-institutions qui ont une grande capacité
d’action et développerons une deuxième partie autour des autres partenaires potentiels du Pays Basque
intérieur en distinguant les projets sans équipement et les équipements sans projets, et conclurons par
Garazikus, l’exception.
2-1 DES STRUCTURES REFERENTES A CONFORTER
On pourrait nous faire le reproche de commencer par les équipements lourds mais le bon sens nous
oblige à constater qu’ils mobilisent une grande part des crédits et qu’ils sont l’objet de toutes les
attentions…
Considérés comme « budgétivores », ils sont souvent vécus comme des contraintes qui, par leur
imposante présence, monopolisent l’essentiel du débat et donc des financements.
Nous préférons les envisager comme des ressources incontestables.
2-1.1 La Scène Nationale de Bayonne et du Sud Aquitain
Unique Scène Nationale de la Région Aquitaine, elle est l’équipement culturel le plus important du
Pays Basque dans le domaine du spectacle vivant. Quelques chiffres empruntés au rapport d’activité
2000 attestent de son importance économique : 17 salariés, 36 vacataires pour un total de 1795 heures,
- 20 -
3 techniciens intermittents employés 120 heures, 57 artistes intermittents ; plus de 110 personnes ont
ainsi travaillé pour la Scène Nationale cette année là.
Les retombées économiques bénéficient également aux entreprises locales -fournisseurs, hôtels,
restaurants…- avec lesquelles plus de 480 000 euros de chiffre d’affaires ont été réalisés. Plus de 50%
du budget de la Scène Nationale est ainsi « rendu » au local.
Ces données ne légitiment en rien le rôle de la Scène Nationale mais ont le mérite de rappeler qu’avant
d’être un projet culturel et artistique, la Scène Nationale est une entreprise économique.
Organisation
Le Centre d’Action Culturelle de Bayonne et du Sud-Aquitain, labellisé Scène Nationale, est une
association sans but lucratif (loi 1901) composée de membres de droit -les représentants de l’Etat et
des collectivités locales qui cofinancent régulièrement et de façon significative le fonctionnement
global de l’association- et d’une équipe professionnelle réunissant plus de permanents que l’ensemble
des structures culturelles du Pays Basque intérieur -17-. Au-delà du nombre, l’équipe est constituée de
professionnels particulièrement performants dans les domaines artistiques, culturels, techniques et
administratifs. Elle dispose, pour fonctionner, d’un budget de 1 970 959, 76 euros.
Projet artistique
Dès sa création dans un contexte que nous ne rappellerons pas, la Scène Nationale a développé une
ambition artistique pluridisciplinaire en privilégiant le théâtre et le jazz.
Son action particulièrement volontariste a permis à de nombreuses compagnies de la région de
rencontrer un partenaire fidèle, attentif et généreux. Avec le Théâtre National Bordeaux-Aquitaine en
préfiguration, elle est la seule structure à pouvoir s’impliquer significativement dans l’aide à la création
en région.
Si on a pu lui reprocher -à notre avis abusivement- de privilégier les artistes aquitains, son
engagement a permis à certains d’entre eux d’atteindre une maturité consacrée aujourd’hui au niveau
national -compagnie du Soleil Bleu par exemple qui, après avoir trouvé à Bayonne les moyens de
réaliser ses premiers projets, investit le réseau des très grands équipements français- et à d’autres de
développer une activité permanente de très bon niveau -compagnie Les Lézards qui Bougent,
compagnie Arguia Théâtre, Groupe Ouvre le Chien, La Nuit Venue, Vache Cruelle…-.
Bien que chaotiques, les relations avec le Théâtre des Chimères, emblématique compagnie du Pays
Basque, s’améliorent, celles avec le Théâtre du Versant étant sans cesse renouvelées.
Fidèle à sa vocation en direction des jeunes compagnies, la Scène Nationale est aujourd’hui un
partenaire essentiel des équipes artistiques émergentes de la scène locale : le Théâtre du Rivage et le
Petit Théâtre de Pain en sont actuellement les principaux bénéficiaires.
Autre dominante artistique, le jazz est décliné autour de trois projets complémentaires : une abondante
programmation dans le cadre du festival Jazz aux Remparts, des concerts organisés régulièrement dans
le cadre de la saison, et la création d’un label discographique qui permet à des musiciens français de
trouver les moyens d’un enregistrement et d’une promotion efficace.
- 21 -
Cette orientation artistique est la plus contestée. Certains lui reprochent son absence d’ambition en
termes de création contemporaine notamment, d’autres contestent une affectation financière trop
importante, concentrant leurs reproches sur le coût du festival.
Si l’on ajoute les spectacles de danse -la Scène Nationale, depuis la création du Centre
Chorégraphique National à Biarritz, a « réduit » son action à l’accueil de propositions de très haut
niveau, n’engageant plus de moyens dans la création-, une importante saison jeune public largement
ouverte aux représentations à voir en famille et les nombreux spectacles invités qui investissent tous
les genres, par saison, la Scène Nationale propose près de 40 spectacles pour une soixantaine de
représentations.
L’animation d’un « pôle image » permet à la Scène Nationale, en complémentarité avec les projets du
Musée Bonnat et de l’Ecole des Beaux Arts du District B.A.B., d’affirmer une ambition
photographique notamment qui rejoint les trop rares initiatives en la matière développées en
Aquitaine. Un contexte financier délicat a cependant obligé la Scène Nationale à limiter ses
prétentions.
Projet culturel
C’est l’incontestable réussite de ces dernières années. En créant un service culturel et en nommant un
directeur de l’animation en 1999, la Scène Nationale a valorisé et amplifié un dispositif dont les effets
sont aujourd’hui unanimement salués par ses partenaires.
Si la communauté éducative en est la première bénéficiaire à partir d’une programmation adaptée et/ou
accompagnée qui permet de décliner une série d’actions particulièrement pertinentes -club de
spectateurs, classes à PAC, rencontres d’artistes…-, un ambitieux programme en direction des comités
d’entreprise, qui ne se réduit pas à une vente passive de billets, et des publics prioritaires dans le cadre
de la Politique de la Ville, permet de constater un élargissement sensible de la structure sociale du
public. L’implication citoyenne des entreprises, à travers la création d’un club les réunissant, offre des
conditions nouvelles d’épanouissement à de jeunes artistes et participe financièrement aux actions
visant à réduire les inégalités d’accès aux propositions de la Scène Nationale.
Le processus artistique est au centre de toutes les actions réalisées et l’on peut raisonnablement penser,
avec un optimisme né de la réussite des deux premières éditions, que l’originale initiative
« Les Maimorables » puisse devenir un événement régional majeur consacrant le volet culturel des
Politiques de la Ville.
Projet territorial
Local
La critique est récurrente, « la Scène Nationale ne s’intéresse pas à nous » entend-on dans le Pays
Basque intérieur. Une approche objective des faits nous incite cependant à penser que la critique est
sévère mais compréhensible.
Sévère car la Scène Nationale a une influence croissante sur l’ensemble du Pays Basque qui, au-delà
des dizaines d’établissements scolaires et universitaires en partenariat avec elle(1), agit sur la scène
(1)
Pour la Saison 2001/2002, 7 collèges et 20 lycées des Pyrénées-Atlantiques, l’Université de Pau et des Pays
de l’Adour et plus de 5000 écoliers accueillis dans le temps scolaire.
- 22 -
locale artistique comme nous l’avons constaté mais également sur des actes de décentralisation
théâtrale -expérience réussie avec la Communauté des Communes d’Amikuze et l’Ecole de Musique
de Saint-Palais dans le cadre d’une convention- et plus ponctuellement avec Aiciritz, Cambo,
Hasparren, Mauléon, Ustaritz….
Compréhensible car les actions sont mal communiquées ou plus exactement non valorisées
stratégiquement et, pour certaines d’entre-elles, ne dépassent pas le stade de l’expérimentation faute de
financements. Les principes d’action semblent pertinents ; il convient de les développer à l’image du
partenariat constaté cette saison entre la Scène Nationale et l’association Garazikus à Saint-Jean-Piedde-Port. Des accords de politique tarifaire ont été décidés et annoncés dans la publication « Faire Part
n°50 » de la Scène Nationale afin de favoriser la mobilité des publics entre les deux structures et une
coopération autour du projet de création du Théâtre du Rivage, « Caresses » de Sergi Belbel,
impliquant par ailleurs la ville d’Hendaye, a permis au projet d’être concrétisé et créé à Ispourre -salle
Fauxtin Bentaberry- avant d’être joué à Bayonne, la Scène Nationale y consacrant un budget
compensant la faiblesse financière des autres partenaires.
Un partenariat avec l’Orchestre Bayonne-Côte Basque offre à la formation musicale un espace de
représentation intégré à la saison, lui apportant ainsi une visibilité nationale, tandis qu’une convention
précise les relations avec le Festival de Théâtre Ibérique et Latino-Américain animé par le Théâtre des
Chimères.
Transfrontalier
A l’origine de la première coproduction théâtrale transfrontalière (1995) réunissant le théâtre des
Tafurs -Bordeaux- et le Bai Teatro -Irun- et impliquant financièrement de nombreux partenaires des
deux côtés de la frontière, la Scène Nationale a multiplié les tentatives pour structurer un partenariat
qui puisse pérenniser les nombreux accords ponctuels existants.
Par ailleurs, de nombreux opérateurs culturels aquitains, dans le cadre d’échanges informels,
n’hésitent pas à solliciter le directeur de la Scène Nationale pour obtenir des informations concernant
la création artistique en Espagne, voire des conseils pour organiser des déplacements.
Public
Il n’est pas difficile d’augmenter le public dès lors que l’on cède aux caprices des tendances du
moment. Si le rapport d’activités 2001 a l’honnêteté de rendre au phénomène « Stomp » une partie des
24% d’augmentation réalisée, force est de constater une progression constante des spectateurs depuis
l’ouverture de la Scène Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain.
Grâce à une véritable politique d’action culturelle et à des spectacles d’appel fidélisant chaque saison
de nouveaux publics, une homogénéisation de la fréquentation est perceptible sur l’ensemble de la
programmation. Elle est confortée par des formules d’abonnement qui orientent sans imposer en
incitant à la découverte.
D’improbables mariages s’opèrent alors : nombreux sont ceux qui, spontanément attirés par la
Comédie Française, auront aussi découvert le théâtre de Gao Xingjian, invité à Bayonne dans un
relatif anonymat avant d’être auréolé du Prix Nobel de littérature 2000.
- 23 -
Près de 40 000 spectateurs répondent ainsi chaque saison aux propositions de la Scène Nationale, avec
une proportion de jeunes toujours plus importante et un élargissement de l’aire d’influence constaté :
81,32% des spectateurs viennent des Pyrénées-Atlantiques : 51,19% vivent dans la communauté de
l’agglomération bayonnaise, 30,13% vivent en Pays Basque (hors communauté d’agglomération) ou
en Béarn.
Commentaires
En douze années, la Scène Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain a acquis une légitimité que ne lui
contesteront, ni les dizaines de milliers de spectateurs qui plébiscitent chaque saison la
programmation, ni les artistes aquitains qui ont trouvé en l’institution bayonnaise un partenaire
important pour réunir les moyens de la création, ni la communauté éducative qui multiplie les
partenariats.
Structurée autour d’une équipe professionnelle compétente, forte d’une expérience acquise, la Scène
Nationale peut envisager une nouvelle phase de développement lui permettant :
-
d’engager une relation structurante avec le Pays Basque intérieur et le littoral, sans exclure
le sud des Landes et le Béarn, concrétisant ainsi des intentions maintes fois exprimées par
des actions et précisées dans un document adressé au Conseil Général des PyrénéesAtlantiques comme contribution écrite aux « Ateliers de la rénovation » : « La Scène
Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain : un pôle ressource en Pyrénées-Atlantiques »
-
de s’affirmer en France comme le partenaire incontournable des relations franco-ibériques
On regrette que les outils de communication de la Scène Nationale ne valorisent pas mieux un projet
que les documents internes mis à notre disposition explicitent remarquablement et nous préconisons
donc une politique en la matière mieux affirmée.
L’avenir se jouera également :
-
autour des équipements permettant à la Scène Nationale d’épanouir un projet aujourd’hui contraint
par des conditions d’exploitation peu compatibles avec ses exigences artistiques en termes de
création et de diffusion,
-
dans la capacité à maintenir une « variété de spectacles de qualité » dans un environnement qui
semble donner la priorité -Gare du Midi à Biarritz- à des « spectacles de variété »,
-
dans la volonté affichée par les différents partenaires à conforter financièrement les nouvelles
ambitions.
2-1.2 Le Centre Chorégraphique National de Biarritz
La France a installé 19 Centres Chorégraphiques Nationaux dont la vocation est de « développer les
pratiques culturelles relatives à l’art de la danse ». Inauguré en septembre 1998, le Centre
Chorégraphique National de Biarritz est le plus jeune et le moins doté financièrement.
Il structure avec cohérence un intérêt pour la danse toujours revendiqué par Biarritz et dont le festival
« Le Temps d’Aimer » est le fleuron.
- 24 -
Organisation
Association loi 1901 fonctionnant avec un conseil d’administration obéissant aux mêmes règles de
composition et de fonctionnement que celui de l’institution nationale voisine, le CCN Ballet Biarritz
est dirigé par un chorégraphe et emploie 34 personnes dont 14 danseurs permanents, 1 maître de ballet,
un professeur invité, une équipe administrative de 6 personnes, une équipe pédagogique de
3 personnes et 9 techniciens.
La qualité des danseurs et le professionnalisme des équipes administratives, pédagogiques et
techniques sont incontestables et incontestés.
Projet artistique
Il est organisé autour de trois missions essentielles :
-
la création et la diffusion d’œuvres chorégraphiques de Thierry Malandain auxquelles s’ajoutent
quelques créations de chorégraphes invités ; certaines d’entre elles bénéficient du soutien de
partenaires extérieurs parfois proches comme l’Orchestre Bayonne Côte Basque ou la Scène
Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain : depuis 1998, le Ballet Biarritz a créé
18 chorégraphies ; il entretient un répertoire de 22 chorégraphies,
-
le soutien aux compagnies dans le cadre de l’accueil-studio, dispositif initié par le Ministère de la
Culture permettant de soutenir des compagnies, souvent jeunes, par des résidences. 13 compagnies
ont déjà bénéficié de cette initiative dont 4 issues de la Région Aquitaine. En lien avec « Biarritz
Culture » ces jeunes compagnies se produisent parfois dans le cadre du festival et une convention
à l’étude avec l’OARA devrait favoriser leur circulation sur le territoire aquitain,
-
la direction artistique du festival « Le Temps d’Aimer » qui, sous l’impulsion artistique de Thierry
Malandain, s’est considérablement affinée.
Projet culturel
Il est une volonté affirmée du Centre Chorégraphique. Au-delà des nombreuses actions réalisées, la
présence permanente de deux professionnels en charge des projets de sensibilisation l’attesterait si
besoin était. Près de 200 interventions ont été réalisées en 2001 autour d’ateliers de création, de
rencontres pédagogiques, de formation d’enseignants, lecture-démonstration, représentations scolaires,
master-classe….
Si la communauté éducative est la bénéficiaire naturelle de ces actions, les écoles de danse et adultes
amateurs sont également concernés.
Symbole de la volonté d’ouvrir la danse à tous, la « gigabarre » organisée sur la plage de Biarritz en
septembre 2001 fera le bonheur des arcachonnais en septembre 2002.
Projet territorial
Il est une des singularités du projet. Nous ne connaissons pas en France de Centre Chorégraphique
développant une action dans sa région d’implantation aussi volontariste :
- 25 -
-
une convention « Ville / Partenaire » a été signée avec Fumel en Lot et Garonne, partenariat
prolongeant une série d’initiatives pilotées par l’ODAC 47 avec plusieurs communes rurales du
département et d’autres sont en cours en Aquitaine, positionnant le CCN comme un partenaire
favorisant le développement de la danse et pas simplement préoccupé par la vente de ses
productions,
-
des relations importantes ont été nouées avec les gouvernements autonomes de Navarre et du Pays
Basque, pour lesquelles un poste de permanent a été créé au Centre Chorégraphique, favorisant la
diffusion du ballet,
-
en 2001, le Centre Chorégraphique a donné 73 représentations dont 31 en Aquitaine, 21 en France
et 21 à l’étranger -Espagne, Chine, Singapour, Liechtenstein- ; à l’écoute des réalités techniques et
financières de la Région Aquitaine, le Ballet Biarritz s’adapte sans sacrifier les exigences
artistiques : le même programme est ainsi proposé au Grand-Théâtre de Bordeaux et dans un parc
d’exposition, à Singapour et Nérac, à Mauléon et Roanne,
-
financée à parité par le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques et le fond Interreg II de la
Communauté Européenne, une scène itinérante dénommée « Bidaiari », parfaitement équipée et
aux dimensions permettant aux danseurs de s’exprimer dans les meilleures conditions, a été
achetée par le Centre Chorégraphique ; elle pallie l’absence de lieux équipés, permettant au Ballet
Biarritz de danser dans les endroits les plus inattendus.
Commentaires
Quatre années seulement ont suffi au CCN Ballet Biarritz pour réussir une implantation à Biarritz, en
Pyrénées-Atlantiques, en Aquitaine et de l’autre côté de la frontière, s’exprimant autour d’un projet
déclinant la danse en termes de création, diffusion, formation, sensibilisation. Une présence constante
sur le terrain n’a pas empêché l’organisation de tournées nationales et internationales, assurant au
ballet notoriété et rentrées financières, qu’une communication particulièrement réussie -bulletin
d’information, site, plaquette- valorise régulièrement.
Talent et enthousiasme ne suffiront cependant pas, le Centre Chorégraphique ayant besoin d’une assise
financière plus conséquente pour rester dans une dynamique de développement pour le moins
vertigineuse. Entre le budget réalisé en 1999 et le budget prévisionnel de 2002, on constate que les
charges ont quasiment doublé -mensualisation des danseurs, multiplication des tournées souvent
déficitaires en milieu rural…-, que les recettes propres sont à un niveau très élevé -un des plus forts
taux d’autofinancement des CCN selon l’administrateur- mais que les subventions, notamment celle
de la première collectivité, n’évoluent guère.
En 2001, la participation de la Ville de Biarritz ne représentait qu’un tiers de la subvention accordée
par le Ministère de la Culture et le budget prévisionnel 2002 laisse apparaître un déficit de 241 606, 40
euros.
Malgré les compétences reconnues du CCN Ballet Biarritz et la rapidité de son intégration dans
le paysage culturel et artistique aquitain, la fragilité de sa situation ne permet pas aujourd’hui
d’envisager son implication structurante en Pays Basque intérieur. Nous prendrions le risque de
l’enfermer dans un activisme effréné nuisible à court terme à son épanouissement artistique.
- 26 -
En l’état actuel, le CCN Ballet Biarritz peut contribuer à des actions de qualité pour favoriser le
développement de la danse sur le territoire mais en aucune façon en assurer directement la
maîtrise d’ouvrage.
Présenter le Centre Chorégraphique National nous amène à évoquer Biarritz Culture à qui nous ne
consacrerons pas de paragraphe particulier. Si nous ne sous-estimons pas les qualités de cette
association para-municipale biarrote, l’observation de son évolution ces dernières années ne nous
permet pas de la considérer comme un outil structurant du Pays Basque.
En effet, elle a considérablement réduit ses ambitions artistiques, limitant sa programmation à une
saison jeune public et depuis peu, à l’organisation d’un temps fort consacré aux arts du cirque. C’est
désormais un producteur privé qui présente une saison pluridisciplinaire particulièrement dense, les
ATP de la Côte Basque maintenant une activité complémentaire.
Ses conseils artistiques dans le domaine du jeune public sont cependant précieux pour certains
opérateurs culturels du Pays Basque intérieur. Biarritz Culture, dans la dynamique de ses relations
avec le Centre Chorégraphique National et le territoire, pourrait s’investir dans la territorialisation de
la politique « d’accueil studio ».
2-1.3 L’Institut Culturel Basque
Créé en 1990, l’Institut Culturel Basque est une association loi 1901 qui bénéficie de financements
croisés de « l’Etat, la Région Aquitaine, le Département des Pyrénées-Atlantiques et le Syndicat
Intercommunal pour le soutien à la culture basque qui regroupe à ce jour 143 communes ».
Sept professionnels permanents disposent d’un budget de 656 743 euros(1) pour fonctionner. Ils sont
installés à Ustaritz, capitale politique et culturelle du Labourd, dans un petit château qui ne permet pas
d’autre utilisation que l’organisation de réunions ou l’animation d’un centre documentaire.
Missions
Le projet de l’ICB est structuré autour de trois axes d’intervention :
-
le patrimoine avec la réalisation d’un programme d’actions en 2002 favorisant la mise en réseau
des initiatives, la formation avec l’organisation de séminaires courts pour les acteurs du tourisme
notamment, l’organisation d’un temps fort dans l’une des villes du district B.A.B. pour valoriser la
culture basque dans l’espace urbain…,
-
la langue basque avec la création du Conseil de la langue, la mise en œuvre d’une série
d’initiatives pour promouvoir la langue basque dans tous les secteurs de la vie publique,
l’organisation d’actions de sensibilisation en direction des jeunes…,
-
le soutien aux pratiques amateurs et aux associations culturelles basques qui concentrent une part
importante du budget.
L’ICB revendique « un partenariat original » avec les 80 associations adhérentes. Il peut agir
directement mais s’inscrit prioritairement dans une démarche qui privilégie le « faire faire » et le
« laisser faire » avec des incitations ou des réponses financières.
(1)
Chiffres extraits du budget prévisionnel 2002
- 27 -
Budget
Les dépenses liées à la réalisation du projet sont deux fois supérieures aux charges fixes de
fonctionnement et se répartissent ainsi :
-
action patrimoniale
action linguistique
formation
création
diffusion
aide centres culturels
52 522 euros
50 778 euros
53 880 euros
104 351 euros
112 365 euros
35 000 euros
12,84%
12,42%
13,18%
25,52%
27,48%
8,56%
Derrière ces grands schémas de répartition, on découvre une longue liste de « redistributions »
bénéficiant aux associations locales avec des disparités importantes selon la nature du projet : de 750
euros pour encourager un projet pédagogique avec des élèves à 26 700 euros pour soutenir la création
d’émissions culturelles radiophoniques.
Actions transversales
Au-delà des dizaines de projets soutenus par délégation, l’ICB développe, à son initiative, des actions
dont trois méritent notre intérêt :
Kantuketan
Afin de « sauvegarder la mémoire du chant basque, assurer sa transmission et soutenir activement la
création contemporaine », l’ICB a initié un vaste programme d’actions, « En quête de chant », dont la
partie la plus spectaculaire est la réalisation d’une imposante exposition « sonore, interactive et
itinérante » sur le chant et la musique basques. Proposition structurante, elle agrège, donne sens et
visibilité à de nombreuses actions pédagogiques, culturelles, artistiques…
Education artistique
Centre-ressource pour l’Inspection Académique, l’ICB initie et coordonne un vaste plan d’opérations
qui s’inscrivent dans le Plan départemental de développement de l’éducation culturelle et est associé
au stage de formation des enseignants. En 2002, 12 écoles primaires, 3 collèges et trois lycées
bénéficient de parcours culturels animés par l’ICB.
Communication
De nombreuses publications de grande qualité sont éditées par l’ICB. Outre une agréable plaquette de
présentation de ses missions, l’ICB propose un bulletin d’information bimestriel, « Leihotik », un
documentaire vidéo, des expositions thématiques et un site internet en cours de redéfinition.
Commentaires
En répondant à la demande, l’ICB prend le risque d’être submergé par les nombreuses sollicitations
d’associations, communes rurales, pratiquants amateurs et autres défenseurs de la culture basque, au
risque de ne pouvoir les satisfaire correctement.
- 28 -
L’impressionnante liste d’aides financières qu’il a accordées en 2002 pourrait nous en faire accroire et
nous inciter à penser que l’ICB soit victime de son organisation : financée à une hauteur de 15% par
un Syndicat Intercommunal regroupant des dizaines de communes rurales et affiliant plus de
80 associations, il serait contraint de sacrifier à la politique du « saupoudrage ».
D’autres initiatives et perspectives nous inclinent à imaginer un autre scénario et à envisager
l’avenir de l’ICB autour d’actions transversales et structurantes qui agrègeraient les initiatives
locales en les rendant cohérentes. Il conviendrait que l’ICB apporte une plus-value à l’ensemble
des projets émanant du terrain en les reformulant dans le cadre d’une politique qui
hiérarchiserait des priorités et des niveaux d’intervention car la mutualisation de projets épars,
aussi bons soient-ils, ne suffit pas à l’affirmation d’une véritable ambition.
A des niveaux différents, la Scène Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain, le Centre
Chorégraphique National de Biarritz et l’Institut Culturel Basque ont des capacités d’action dépassant
la simple gestion d’un équipement culturel oeuvrant pour un environnement immédiat.
Certes, c’est la vocation première de l’ICB qui, par définition, est un outil territorial. Sa singularité en
fait un équipement unique dans le paysage culturel français.
La Scène Nationale et le Centre Chorégraphique National sont les deux seules institutions nationales
de la Région Aquitaine avec le Théâtre National Bordeaux-Aquitaine en préfiguration et l’Opéra
National de Bordeaux. Ce statut les oblige en termes d’actions référentes, d’exemplarité, de solidarité,
mais engage également les partenaires à leur donner les moyens de construire une politique
ambitieuse. Leurs budgets respectifs, sensiblement inférieurs à ceux alloués aux structures
comparables en France, les contraignent à des taux d’autofinancement nuisibles à leurs vocations
artistiques et affaiblissent leurs volontés territoriales.
En confortant ces trois équipements, c’est le Pays Basque qui gagnerait en forces de propositions.
Nous pourrions ajouter le Conservatoire National de Région Bayonne Côte Basque qui partage la
même problématique : il occupe le dixième rang national par le nombre d’élèves accueillis mais se
situe au-delà de la vingt-cinquième position pour le nombre de professeurs et l’importance du budget.
En dépit d’un premier échec à fédérer l’enseignement musical en Pays Basque, le Conservatoire
National ambitionne à court terme d’accroître son influence territoriale à partir d’un important projet
de « Cité des Arts ». L’enseignement artistique n’entrant pas directement dans le cadre de notre étude,
nous n’avons pas jugé utile de développer ce domaine, pourtant indissociable de toute velléité
culturelle. Nous considérons cependant que le Conservatoire National, au-delà du rayonnement de
l’Orchestre Bayonne Côte Basque, peut jouer un rôle essentiel dans la mise en œuvre d’un projet
culturel et artistique pour le Pays Basque.
Nous suggérons que ces quatre institutions constituent une Direction des Equipements
Structurants -DIRES-, groupe permanent de réflexion qui pourrait être associé aux travaux
culturels du Conseil de Développement et invité régulièrement à débattre avec le conseil des élus.
- 29 -
Outre le débat culturel local qu’elle enrichirait de leurs compétences et de leurs expériences, leur
union permettrait de développer des actions communes au service du territoire et de mieux faire valoir
leurs revendications respectives auprès des partenaires.
2-2 PARADOXES DU PAYS BASQUE INTERIEUR
En matière d’action culturelle, les handicaps qui caractérisent le milieu rural sont exprimés dans les
mêmes termes en Ariège, dans un territoire excentré de l’Ardèche ou dans un petit bourg de la
Dordogne :
-
isolement,
faiblesse des budgets communaux,
disparition des services,
bénévolat,
absence d’équipements performants.
En Pays Basque, détournant à propos une formule de Jean-Daniel Chaussier(1), nous pouvons écrire
qu’à défaut « d’innerver » le territoire, la multiplication des constructions/réhabilitations
d’équipements culturels a « énervé» le débat, l’imposante salle de Louhossoa servant d’exutoire.
Elle peut certes déranger, cette bâtisse qui se cherche toujours un projet malgré les nombreuses fées
penchées sur son berceau depuis sa naissance. Douze années après les premières intentions, elle n’est
toujours pas opératoire. Un extrait du registre des délibérations de la commune, daté du 15 février
1990, nous renvoie aujourd’hui un étrange écho : « En l’absence de structures permettant aux diverses
associations de poursuivre convenablement leurs activités, suite aux diverses études menées à ce jour,
aux consultations des associations du village, le conseil décide d’ériger une salle de spectacles.
Sa vocation n’est pas définitivement établie et reste liée à l’obtention de subventions du Ministère de
la Culture. Dans le cas contraire le conseil se rabattrait sur la construction d’une salle polyvalente à
vocation culturelle, équipée ».
Paradoxalement, nous constatons aujourd’hui que la salle est culturelle à vocation polyvalente, non
équipée !
Ce projet, qualifié de prétentieux par la majorité de nos interlocuteurs, c’est-à-dire complètement
décalé avec les réalités économiques et démographiques de la commune, l’est moins si on l’analyse à
l’aune des ambitions qui l’ont justifié et que le directeur de la Scène Nationale de Bayonne et du SudAquitain résume en une phrase en conclusion d’un document d’intention rédigé en février 1994 :
« On l’a compris, le projet qui pourrait être développé à Louhossoa, à partir d’une spécificité
« danse », va bien au-delà de l’utilisation habituelle d’une salle de spectacle, surtout en milieu rural.
Sa dimension ne serait plus locale, mais bien nationale voire internationale ».
Cette digression prouve à l’évidence que c’est le projet qui fait l’équipement et pas l’inverse. La
situation semble absurde aujourd’hui parce que le projet a disparu et qu’il ne reste plus qu’une
construction effectivement « décalée » par rapport à son environnement.
(1)
Jean Jean-Daniel CHAUSSIER, Quel territoire pour le Pays Basque ?, L’Harmattan, 1997
- 30 -
Sur la base de ce constat, nous traiterons dans un premier temps des projets sans équipements, pour
aborder ensuite les équipements sans projets. Garazikus nous permettra de conclure sur une note
optimiste cette deuxième partie.
2-2.1 Des projets sans équipement
Peuvent rentrer dans cette catégorie les « centres culturels » du Pays Basque, seules structures de
l’intérieur à bénéficier de cette appellation, ainsi que les dynamiques constatées à Saint-Palais et
Cambo.
2-2.1.1 Les trois centres culturels du Pays Basque intérieur
Avant de les présenter successivement, une description sommaire permettra de constater que, malgré
leurs singularités, ils ont quelques points communs qui nous ont pour le moins surpris :
-
une localisation excentrée : à l’orée d’une commune pour l’un, dans un petit village à quelques
kilomètres du centre-ville pour les deux autres,
-
des locaux peu adaptés à l’accueil du public : anciennes habitations permettant d’abriter une
activité administrative, d’organiser des réunions, d’animer une radio et, dans des conditions
aléatoires, de proposer des expositions,
-
une maturité respectable, deux ayant été créés en 1978 et un en 1983.
Ces caractéristiques induisent un projet obligatoirement territorial -point de rencontre et de départ- et
partenarial.
« Uhaitza »
Installé à Menditte, situé à quelques kilomètres de Mauléon, le centre culturel a été créé en 1978. Son
ancienneté n’est pas gage de stabilité. L’historique de l’association joint à la demande de subvention
adressée en mai 2002 au Conseil Régional d’Aquitaine témoigne de problèmes importants et définit de
nouveaux enjeux.
Le centre culturel connaissait depuis quelques années des difficultés internes financières et de
fonctionnement. Un groupe de 15 associations culturelles, conscientes qu’un centre était un excellent
outil pour développer leurs projets, a mené une longue réflexion durant l’année 2001 afin de penser
une nouvelle organisation de la structure.
Après avoir effectué un diagnostic, faisant ressortir l’état des relations entre Uhaitza et les associations
de la Soule mais également l’état de la culture dans la vallée, le groupe a décidé d’investir le Centre,
d’y proposer un nouveau mode de fonctionnement et de nouveaux objectifs.
C’est donc autour d’un projet insistant particulièrement sur des valeurs d’échanges, d’ouverture et de
promotion de la culture basque que le 19 janvier 2002, 22 associations culturelles de Soule (sur les 36
repérées sur le territoire) se sont unies et ont repris les rênes du Centre Culturel.
- 31 -
Organisation
Administré par les représentants des 22 associations, le Centre Culturel est constitué en association loi
1901. Six groupes de travail réunis autour des projets de l’année et trois commissions -finances,
relations avec les élus, organisation du travail- structurent l’implication des bénévoles.
L’association emploie trois personnes : une animatrice patrimoine (3/4 temps), une secrétairecomptable (1/2 temps) et une médiatrice culturelle (emploi jeune).
L’organigramme ne fait plus apparaître de poste de directeur, le poste ayant été supprimé en 2000 pour
des raisons économiques, selon les explications des responsables.
Pour fonctionner, le Centre Culturel dispose d’un budget de 130 000 euros dont 16 000 proviennent de
l’ICB -6 000 en fonctionnement, 10 000 en soutien à des projets- et 15 245 de la Communauté des
Communes. Jusqu’en 2000, Biarritz Culture, dont le Président est l’adjoint à la culture de la ville, a
soutenu l’activité du Centre Culturel notamment par une aide financière apportée à des
programmations communes. Plus de 70 000 euros ont ainsi été donnés par la Ville de Biarritz, dans le
cadre d’une convention, entre 1995 et 2000. Les informations en notre possession n’indiquent pas de
contribution financière en 2001 et 2002 et les responsables actuels dénoncent des échanges
unilatéraux, Biarritz n’accueillant pas de productions souletaines.
Projet
Dans un contexte de grande fragilité financière, le projet est amoindri. Il reste cependant décliné en
5 volets :
-
diffusion : malgré une volonté affichée d’ouverture, elle reste majoritairement organisée autour de
propositions basques même si des partenariats avec Biarritz Culture et Culture d’Automne offrent
d’autres possibilités ; plusieurs spectacles sont présentés dans la salle rénovée de Mauléon,
-
Herriz herri : chaque année, installation d’une équipe artistique dans un village de Soule pour créer
un événement culturel avec pour objectif de favoriser la pratique de la langue basque ; la
population est fortement sollicitée,
-
éditions : publication de documents et outils pédagogiques permettant de travailler en dialecte
souletain ; un projet de création d’un centre de ressources pour l’euskara est en réflexion ;
réédition d’un livre épuisé diffusé en 2001, « Mémoire d’hirondelles »,
-
revalorisation de la langue basque,
-
échanges culturels avec pour ambition notamment de mieux connaître le Pays Basque.
Le Centre Culturel apporte une aide administrative et technique à de nombreuses associations
souletaines en vérifiant leur comptabilité, le respect de la législation et l’édition des fiches de paye
pour celles qui ont des salariés.
- 32 -
Commentaires
Si l’enthousiasme et le militantisme de la nouvelle équipe dirigeante du Centre Culturel ne peuvent
être mis en cause, on peut légitimement s’interroger sur la capacité de l’association à se positionner
comme « l’outil technique de développement culturel de la Soule ».
L’avenir de ce territoire, en termes de spectacle vivant, se jouera autour d’un projet à développer à
partir du cinéma-théâtre de Mauléon géré actuellement par l’association Maule Baïtha et nous ne
sommes pas convaincus que le Centre Culturel puisse en être le maître d’œuvre :
-
l’association a une image ternie par les crises qui l’affectent depuis plusieurs années,
-
l’équipe permanente ne semble pas totalement adhérer au nouveau projet et l’absence d’un
professionnel référent est préjudiciable,
-
les orientations artistiques et culturelles positionnent la structure comme un relais de l’Institut
Culturel Basque, les financements en témoignent, alors qu’un projet pertinent territorial
nécessiterait une grande ouverture artistique et culturelle concrètement perceptible,
-
les relations avec la Mairie de Mauléon semblent réduites à quelques prêts de salle.
« Eihartzea »
Aux portes de la ville d’Hasparren, la maison de Francis Jammes abrite le Centre Culturel Eihartzea ;
une belle demeure qui mériterait cependant d’être rénovée avant qu’elle ne se dégrade totalement.
La Présidente du Centre Culturel que nous avons rencontrée étant démissionnaire et l’animatricecoordinatrice qui l’accompagnait nous ayant annoncé son prochain départ, c’est une structure en pleine
mutation que nous avons visitée !
Organisation
Avec un emploi jeune comme permanent, 13 associations adhérentes, un budget prévisionnel en 2002
de 80 000 euros, malgré ses 20 années d’existence, force est de constater que le Centre Culturel n’a
pas réussi véritablement à se développer.
Chaque association a un représentant au conseil d’administration dont la mission est « d’animer le
programme de l’inter-associatif et d’impulser des projets à vocation fédératrice ».
Projet
Il est essentiellement orienté vers la valorisation de la culture basque et plus précisément agit pour
« initier et développer les formes linguistiques et culturelles du Pays Basque » en :
-
diffusant en priorité des productions culturelles locales d’une part, et en langue basque d’autre part,
-
impulsant des dynamiques partagées autour de fêtes collectives,
- 33 -
-
développant une action à l’échelle du canton, du territoire Adour Ursuia et de l’ensemble du Pays
Basque Nord,
-
proposant aux scolaires des activités en basque.
Le programme détaillé présente deux spectacles pour les enfants, un spectacle de marionnettes pour
adultes en basque proposé par l’une des associations adhérentes au Centre Culturel, un spectacle
choisi, nous citons, « dans le catalogue Culture d’Automne », l’organisation du carnaval avec les
écoles, un parcours de création littéraire en basque dans les écoles à partir des vieux dictons,
l’organisation de la fête de la musique, l’animation de conférences sur l’agriculture biologique au Pays
Basque et l’organisation en partenariat d’un festival du conte.
Commentaires
« Eihartzea » a toutes les caractéristiques d’une maison des associations, en l’occurrence culturelles.
On ne décèle pas d’ambitions artistiques mais la volonté d’une action de proximité au service de la
culture basque et plus particulièrement de la langue.
Parmi les associations adhérentes, la compagnie Lagunarte mériterait un véritable accompagnement
pour affirmer un projet artistique qui a déjà séduit de nombreux partenaires français. Le Centre
Culturel ne peut rien apporter à ce projet, prouvant son incapacité à soutenir les démarches artistiques
professionnelles inscrites dans un processus de création. Sa compétence ne s’exerce que pour les
pratiques amateurs.
On peut raisonnablement affirmer que ce sont les associations adhérentes qui légitiment le Centre
Culturel par leur présence et leurs adhérents.
Nous ne contestons pas le rôle qu’il joue localement mais ne pouvons absolument pas imaginer qu’il
puisse être l’acteur déterminant d’un projet culturel et artistique ambitieux développé à l’échelle du
bassin de vie de la Communauté des Communes.
« Haize Berri »
Constitué en association loi 1901, le Centre Culturel a été créé en 1978 dans le cadre du contrat de
pays des deux cantons d’Amikuze-Oztibarre-Iholdi mais n’a vraiment fonctionné qu’à partir de 1985.
Il est situé dans le village d’Ostabat, porte de la Navarre, passage incontournable des pèlerins de SaintJacques-de-Compostelle, à quelques kilomètres de Saint-Palais.
Organisation
Deux permanents, dont un professionnel titulaire d’une Maîtrise en développement local obtenu
à l’Université de Paris XIII, assurent le fonctionnement du Centre Culturel qui dispose d’un budget
de 85 000 euros.
L’association fédère 52 associations culturelles qui choisissent 8 représentants pour siéger au conseil
d’administration auprès de 4 représentants des structures intercommunales -2 pour le SIVOM
d’Iholdy, 2 pour la Communauté de Communes d’Amikuze- et 4 représentants des utilisateurs.
Elle est logée dans un vaste bâtiment hébergeant également la Mairie et dispose d’une grande salle en
rez-de-chaussée, d’une salle de réunion et de 5 salles à activités spécifiques.
- 34 -
Projet
Le site d’implantation du Centre Culturel agit sur la nature du projet qui se décline en quatre volets :
-
la valorisation du site d’Ostabat : l’engagement des pouvoirs publics a facilité la réalisation
d’actions importantes ; organisation de visites du village -plus de 1000 visiteurs attendus cette
année-, de randonnées patrimoniales pour les scolaires, création d’un jeu de pistes avec
signalétique d’orientation et livret-guide,
-
l’animation du site avec un programme d’expositions dont une particulièrement importante chaque
été avec une exposition en salle et une exposition extérieure, une rencontre occitane renouvelée
pour faire revivre Ostabat comme lieu d’échange et de partage, un cycle de conférences autour de
sujets traitant de la culture basque,
-
un programme de diffusion culturelle exclusivement consacré à la musique et au chant basques,
-
un service apporté aux associations, à l’Office du Tourisme de Basse-Navarre pour la création
d’un site internet et à la Mairie de Saint-Palais pour l’organisation du Carnaval et d’un tremplin
musical pour les jeunes.
Le Centre Culturel a su réorienter son projet après la disparition de certaines de ses activités
emblématiques : point lecture, école de musique, animation radio.
Commentaires
Le Centre Culturel développe une activité de proximité particulièrement pertinente autour de la
valorisation du patrimoine essentiellement. Aucune revendication dans le domaine du spectacle vivant
n’est exprimée et la volonté de partenariat avec les forces culturelles de Saint-Palais constatée et
réaffirmée.
Il n’est pas nécessaire de pousser plus loin notre investigation pour constater que les trois centres
culturels historiques du Pays Basque intérieur éprouvent quelques difficultés à évoluer vers un projet
qui prenne en considération l’ensemble des besoins culturels de la population. Ils sont les relais
naturels de l’Institut Culturel Basque qui les subventionne beaucoup plus significativement que leurs
communes d’implantation et oriente leurs actions quasi exclusivement en direction de la valorisation
de la culture basque.
Partenaires importants des associations locales, partenaires essentiels des pratiques amateurs,
animateurs des fêtes traditionnelles locales, ils n’influencent guère les processus de création artistique.
Si le Centre Culturel Haize Berri semble développer le projet le plus cohérent avec les objectifs
annoncés -la présence d’un animateur du développement local hautement qualifié étant un atout
indéniable-, les deux autres ne dépassent pas le stade des intentions et des revendications, handicapés
par l’absence de professionnels confirmés.
- 35 -
Nous pensons que la volonté exprimée de s’investir mieux dans le spectacle vivant participe d’un
souci de réactivation de légitimité perdue exprimé par les deux centres culturels en crise. En
investissant ce créneau, ils entretiennent l’espoir de retrouver une assise locale quelque peu malmenée
par l’engagement culturel de plus en plus important des collectivités locales : à Mauléon et Hasparren,
un certain nombre d’initiatives les enferment dans leur « basquité ».
Il serait bien évidemment dangereux de ne pas les associer aux perspectives de développement
culturel local mais leur avenir, en termes structurels, se joue dans une relation sans cesse à
réinventer avec l’Institut Culturel Basque. Déjà, lors de la scission en 1988, le problème se posait
en ces termes.
Entre vocation et dévolution, il faudra inventer une nouvelle voie pour éviter la confusion, voire
pire, la disparition.
2-2.1.2 Saint Palais
Parce qu’ils existent par une dynamique de projet non médiatisée par un équipement, les acteurs
culturels de Saint-palais vivent dans un certain anonymat. Les derniers documents prospectifs en notre
possession les oublient, n’envisageant l’avenir culturel de ce territoire que sous l’angle de la
construction/réhabilitation.
On constate certes l’absence d’un lieu adapté pour offrir confort aux spectateurs et conditions de
représentation optimums aux artistes, et l’on pourrait convenir certainement d’ajouter une deuxième
salle au cinéma pour livrer la première plus facilement au spectacle vivant malgré ses défauts voire de
réhabiliter dans une polyvalence intelligente l’une des salles du canton.
Nous préférons valoriser l’existence d’un projet, d’une organisation qui, à bien des égards, nous
apparaissent exemplaires.
Un projet partagé :
En parfaite cohérence avec la ville-centre, la Communauté des Communes d’Amikuze, qui rassemble
près de 9000 habitants, s’est dotée de la compétence culturelle pour favoriser le développement de
l’école de musique de Saint-Palais au rayonnement avéré, qui est ainsi devenue un de ses services.
Pour amplifier le projet d’action culturelle de l’école, elle a initié la création d’une association qui en
fédère plusieurs pour coordonner les manifestations culturelles.
Le directeur de l’école de musique, professionnel diplômé, assume ainsi sans délégation officielle une
fonction d’animateur et l’on constate que le tandem liant élu investi et professionnel compétent à un
environnement favorable génère un projet sensible.
A leur image, discret et efficace, les actions proposées sont pertinentes, partagées par la population et
organisées avec des partenaires multiples : Scène Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain, Institut
Culturel Basque, Culture d’Automne, ADAMPA, Haize Berri…
Deux axes :
-
développement de la formation musicale et instrumentale : 13 professeurs d’origines diverses
(diplôme d’état, médaille d’or, autodidacte) assurent l’enseignement dans des locaux mis à
disposition par le collège public de Saint-Palais,
- 36 -
-
organisation d’une programmation de spectacles -en moyenne 6 par an- d’une incontestable
qualité due aux partenariats noués et associant avec un bel équilibre propositions basques et non
basques.
Un environnement culturel
Ces propositions s’inscrivent avec cohérence dans un paysage caractérisé par sa sérénité. Pas de
conflits latents mais des envies partagées et des complémentarités constatées. Un cinéma qui
rassemble chaque année plus de 15 000 spectateurs, un centre culturel à quelques kilomètres qui
privilégie arts plastiques et patrimoine mais s’associe aux projets de Saint-Palais, une médiathèque,
prochainement inaugurée, animée par une bibliothécaire et un emploi jeune.
On constate la présence de cinq professionnels compétents et il n’est pas inconcevable d’imaginer à
terme un cadre qui puisse formaliser leurs partenariats.
Commentaires
Toutes les conditions sont donc réunies pour créer un groupe de travail qui puisse affiner les
perspectives culturelles de ce territoire à envisager dans leurs dimensions organisationnelles avant de
les entrevoir en termes d’équipement.
Un projet de proximité pensé avec les grands équipements structurants du Pays Basque et les « scènes
de pays » à inventer dans les territoires voisins -notamment Mauléon et Saint-Jean-Pied-de-Portpermettrait l’émergence d’un espace intermédiaire de réalisation.
2-2.1.3 Cambo les bains
Proche des pôles culturels du littoral, l’Association Culturelle pour l’Organisation Régulière De
Spectacles organise depuis 1989 une programmation de spectacles vivants grâce à la « fidélisation
d’une équipe de bénévoles » à Cambo-les-Bains.
ACCORDS est une association loi 1901 animée exclusivement par des bénévoles, qui dispose d’un
budget de 40 000 euros pour mettre en œuvre son programme d’activités. Elle utilise une salle mise à
sa disposition gratuitement par le centre d’Animation Inter Etablissement de Cambo, structure
d’animation professionnelle privée employant trois personnes dont le Président d’ACCORDS.
Appartenant au domaine privé, nous ne la considérons donc pas comme un outil susceptible d’intégrer
un projet de service public et nous autorisons ainsi à classer d’ACCORDS dans les associations
développant un projet sans équipement.
Organisation
Portée par une association, la programmation est d’abord l’œuvre de son Président. Titulaire d’un
diplôme d’animateur -D.U.T. carrières sociales délivré par l’Université de Bordeaux 3-, il est directeur
de l’AIEC, structure organisant les loisirs des curistes de la cité thermale à partir de deux
équipements : une bibliothèque et une salle de conférences-spectacles.
La distinction existant entre ses activités professionnelles et celles relevant de son implication
bénévole au sein de l’association ne résiste pas longtemps à l’observation, même si le dossier
de demande de subvention adressé au Conseil Régional d’Aquitaine ne mentionne jamais l’AIEC.
Nous ne savons pas si une convention formalise les relations AIEC/ACCORDS mais nous constatons
que dans les budgets que nous avons étudiés, le partenariat n’est pas valorisé financièrement.
- 37 -
Projet
Si la salle possède un charme certain et une acoustique intéressante, la jauge et les caractéristiques
techniques ne permettent pas de la considérer comme un équipement performant.
L’association y programme un spectacle par mois -des propositions non basques- avec une
prééminence des compagnies de la région, voire du département. Nous pensons que l’ intérêt porté aux
artistes régionaux est surtout pécuniaire car le budget artistique rapporté au nombre de spectacles
invités chaque saison oblige à la négociation toujours défavorable aux artistes. L’association dispose
de 3 200 euros pour assumer tous les transports et défraiements d’une saison.
Ces considérations concernent également le festival organisé chaque été dans les jardins d’Arnaga. Un
site remarquable qui accueille les trois spectacles de la programmation estivale sans solution de repli
en cas d’intempéries.
La gratuité accordée systématiquement aux moins de 15 ans -hors représentations scolaires-, brandie
comme un acte fondateur de la démocratisation culturelle, nous semble pour le moins contestable. La
problématique est malheureusement beaucoup plus complexe à résoudre même si la recherche d’une
politique tarifaire incitative est toujours souhaitable. On peut imaginer que le sacrifice demandé aux
compagnies autorise cette largesse paradoxalement supprimée pendant le festival.
Commentaires
Si l’on considère que l’association n’est pas trop exigeante et que son action compense un tant soit peu
l’absence de dynamisme local, il n’y a pas de raison d’ambitionner mieux.
Si l’on invoque un bassin de vie particulièrement peuplé -plus de 50 000 habitants-, on peut regretter
un projet certes militant mais non inscrit dans une perspective de développement.
La commune de Cambo-les-Bains ayant fait le choix de construire une médiathèque, on peut imaginer
que le projet d’animation de l’AIEC, structuré à partir de la gestion d’une bibliothèque, perde de son
intérêt, les curistes préférant fréquenter un équipement moderne. L’AIEC pourrait réorienter son
action autour d’un projet artistique qui permettrait :
-
de développer un nouveau centre d’intérêt pour cette population spécifique,
-
d’officialiser le rôle implicite que joue déjà l’AIEC à travers l’engagement militant de l’un de ses
employés et de l’optimiser, l’association ACCORDS restant une incomparable force d’appoint,
-
de faire converger des moyens financiers favorisant l’intensification du programme d’activités et
l’accueil d’artistes sans négociations outrancières.
Ce pôle d’animation pourrait progressivement devenir la référence et ambitionner un équipement plus
performant, rayonnant de Saint-Pée-sur-Nivelle à Hasparren.
Le projet d’installation d’un casino dans la cité des thermes pourrait, s’il se concrétisait, être un
facteur déclenchant grâce à une loi qui l’oblige à soutenir la vie culturelle locale et à un principe qui
veut que beaucoup de casinos construisent un complexe intégrant une salle de spectacles. Autre
hypothèse dans cette zone, Hasparren affirme une intention et développe un projet comparable à celui
engagé par des villes de taille comparable en Aquitaine : Langon et Nérac par exemple.
- 38 -
2-2.2 Des équipements sans projet
Un équipement sans projet est trivialement appelé « coquille vide ». Pour élaborer un projet il faut
prioritairement préciser des objectifs à atteindre sur la base d’une analyse objective de la situation.
Cette démarche s’inscrit dans un processus dynamique qui évolue au gré des confrontations et autres
rencontres avec les acteurs locaux mais aussi les partenaires professionnels. Ainsi s’opère le nécessaire
ajustement avec les convictions initiales.
En Pays Basque intérieur, on a fait de l’équipement un objectif intrinsèque pensant réduire les
inégalités culturelles territoriales et trouvant ainsi un moyen de mobiliser des financements plus
difficiles à obtenir pour du fonctionnement. Sans perception dynamique du territoire, un programme
de requalification limité aux équipements existants a été prévu en 1997. Il s’appuie sur la localisation
de salles qui ont entre 30 ans et 50 ans, à l’exception de La Bastide-Clairence construite en 1993.
Sur les six rénovations envisagées, deux ont été effectuées et ont une vocation rayonnante :
-
le cinéma-théâtre de Saint-Jean-Pied-de-Port dont nous apprécierons le projet dans une prochaine
partie,
-
le cinéma-théâtre de Mauléon qui est désormais un outil performant permettant l’organisation
d’une programmation dans des conditions excellentes et une activité cinématographique digne des
meilleures salles, rapidement plébiscitée par le public. Dans le domaine du spectacle vivant, la
salle est utilisé comme un « garage ». Elle n’a pas encore trouvé sa vocation ni son modèle de
fonctionnement et ne dispose pas de budget spécifique.
Les quatre autres programmes concernent des équipements qui, malgré les arguments déployés pour
justifier leur réhabilitation, ont une fonction de proximité :
-
la salle des Aldules qu’on imagine difficilement développer un projet autonome ambitieux ; sa
rénovation permettrait certainement à l’activité cinématographique d’augmenter son public,
l’accueil des amateurs dans de meilleures conditions, l’organisation de séminaires apportant à
l’économie locale, mais ne participerait en rien au développement du spectacle vivant sauf à
l’intégrer dans un réseau assumant l’intégralité des coûts,
-
la salle de La Bastide-Clairence, inaugurée en 1993 et déjà promise à la réhabilitation alors qu’il
n’existe toujours pas de projet autre que la mise à disposition payante à ceux qui en font la
demande ; réduire les malfaçons préjudiciables à une bonne organisation des spectacles ne
résoudra rien,
-
la salle Bilgune à Ustarritz nous semble une mauvaise réponse à un bon questionnement des élus
qui souhaitent satisfaire les appétences culturelles d’une jeunesse nombreuse dans la commune ;
une salle de spectacles, même avec gradins rétractables, ne satisferait pas la demande car
d’utilisation trop ponctuelle ; il nous semble préférable de préconiser l’aménagement d’un lieu
d’expression culturelle dans lequel seraient favorisées les pratiques artistiques,
-
la salle Saint-Louis à Saint-Palais qui, rénovée, optimiserait le fonctionnement du cinéma déjà
performant mais ne résoudrait pas fondamentalement le problème d’un lieu pour le spectacle
vivant, la scène envisagée étant réduite à 50 m2.
- 39 -
Sans être réhabilitées ces quatre salles sont très utilisées par les nombreuses associations culturelles
qui sont une caractéristique du Pays Basque. Qu’apporteraient des travaux ? Un meilleur confort
d’utilisation. Ce n’est pas négligeable mais est-ce suffisant pour justifier des centaines de milliers
d’euros d’investissement ?
Il nous paraît primordial de conforter les équipements à vocation rayonnante avant d’envisager
d’essaimer le territoire de micro-équipements à la viabilité toujours hypothétique et donc de
favoriser l’émergence dans un premier temps de « Scènes de Pays » qui seraient les partenaires
crédibles des équipements structurants de la côte.
La consécration d’une « Scène de Pays de la Soule » à Mauléon, d’une seconde à Saint-JeanPied-de-Port et d’une troisième à « inventer » en zone intermédiaire -hors salle de Louhossoa à
qui nous prévoyons une autre destinée-(1) relève d’une évidence que l’approche territoriale
présentée dans le premier chapitre(2) corrobore.
2-2.3 Garazikus : l’exception
Créé en 1993 pour assurer la gestion et l’animation du cinéma Le Vauban situé au centre de SaintJean-Pied-de-Port, l’association Garazikus a très rapidement élargi son champ d’actions à une
programmation de spectacles vivants confortée par la rénovation des équipements scéniques et
l’utilisation de la salle Faustin Bentaberry dans la commune limitrophe d’Ispourre.
Organisation
L’association fonctionne avec cinq professionnels -dont un directeur et un projectionnisteformidablement soutenus par une quarantaine de bénévoles qui, outre des présences quotidiennes pour
assurer le bon fonctionnement du cinéma-théâtre, constituent une puissance médiatrice exceptionnelle.
Avec plus de 400 adhérents, 20 000 entrées payantes au cinéma dont 7000 pour la programmation art
et essai, une moyenne de 220 spectateurs pour la saison artistique, la légitimité de l’association est
incontestable.
Malgré les crises, départ de quatre salariés en 2001, la solidité des fondations a permis à la structure de
poursuivre son développement.
Elle a bénéficié d’une convention de missionnement d’une durée de trois ans en 1998 signée par les
communes d’Ispoure et de Saint-Jean-Pied-de-Port, le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques, le
Conseil Régional d’Aquitaine, le Recteur d’Académie, le Directeur Régional des Affaires Culturelles
et le Conseil des élus du Pays Basque. Cette démarche exemplaire, unique en Pays Basque intérieur, a
permis « de mettre en œuvre une politique de présence artistique professionnelle dans le bassin de
population ».
Elle a été renouvelée pour une durée d’un an dans l’attente d’une convention d’objectifs proposée dans
le cadre de la convention spécifique.
En augmentation sensible en 2002, le budget s’élève à 372 880 euros dont 144 700 d’autofinancement.
Malgré leur indéfectible soutien, le financement des premières collectivités concernées reste
insuffisant, même s’il apparaît symboliquement fondamental. Ce constat nous conduit à préconiser
(1)
(2)
Voir infra p. 48
Voir supra p. 15
- 40 -
comme incontournable l’engagement financier significatif du territoire d’implantation
-commune, communauté des communes- pour pouvoir prétendre à une aide voire une
augmentation des autres partenaires.
Projet
Organisé autour d’une programmation cinématographique importante -616 projections en 2001- et
d’une saison proposant une quinzaine de spectacles pluridisciplinaires professionnels souvent négociés
avec des partenaires-ressources -Agora de Billères, ICB, Scène Nationale de Bayonne et du SudAquitain, Biarritz Culture, Centre Chorégraphique National de Biarritz- le projet proposé par
Garazikus est sans équivalent en Pays Basque intérieur.
Toutes les actions sont intégrées au plan départemental d’éducation artistique.
Commentaires
Au-delà d’une programmation artistique dont on pourrait parfois contester l’exigence, le projet de
Garazikus développe tous les principes d’un pôle de référence territorial :
-
une activité permanente significative,
un projet territorial généreux,
une dynamique de réseau.
Considéré comme référent par les acteurs culturels du Pays Basque intérieur, le projet mérite
incontestablement d’être conforté financièrement, dès 2003, dans le cadre d’un cahier des charges qui
consacrerait Garazikus « Scène de Pays ».
Ce label engagerait la structure à :
-
-
affirmer une véritable ambition artistique en termes de qualité et de cohérence : les saisons
proposées, pour des raisons que nous comprenons, rassemblent des opportunités offertes par le
réseau dans lequel Garazikus a su s’intégrer mais ne participent pas d’une véritable intention ; les
moyens accrus devraient permettre au directeur de visionner des spectacles et donc d’assumer
pleinement des choix,
élargir le territoire de son projet à un périmètre qui pourrait recouper celui décrit en première
partie de cette étude p. 15,
créer un service culturel avec une personne pour l’animer,
formaliser par convention tous les accords passés avec des partenaires culturels du Pays Basque,
participer aux réunions professionnelles régionales voire nationales -RIDA, OARA…-.
Première « Scène de Pays » labellisée, Garazikus ferait référence.
Alors qu’en Pays Basque tous les problèmes sont posés en termes d’équipements et
d’associations derrière lesquels s’effacent les individus, la réussite de Garazikus prouve à
l’évidence qu’au-delà de la nécessité d’écrire un projet avant d’exprimer une quelconque velléité
d’investissement, il convient de nommer un professionnel. Cet investissement humain est
indispensable pour la qualité et la pérennité des politiques culturelles qui ne peuvent reposer
- 41 -
exclusivement sur le militantisme de quelques passionnés ou le dévouement d’un personnel
administratif.
Les réussites identifiées en Pays Basque intérieur sont concomitantes à la présence d’un
professionnel qui incarne le projet et en assume la responsabilité. Point de référence, il est
l’interlocuteur technique des partenaires et le médiateur des associations.
- 42 -
-3PRECONISATIONS ET SUGGESTIONS
- 43 -
Souvent détournés des faits objectifs, certains propos que nous avons recueillis oscillaient entre
partialité et circonstance, idéologie et opportunisme, mais tous étaient animés par une sincérité
affectée et l’espoir d’entrevoir des lendemains moins aléatoires.
Nous avons l’intime conviction que nos interlocuteurs sont aujourd’hui désireux de participer à
l’animation d’un projet de territoire dépassant leurs préoccupations personnelles. Il faudra toutefois du
temps et de la méthode pour impliquer activement et efficacement l’ensemble des acteurs sans oublier
la nécessité d’organiser la médiation avec la population.
Si certains décideurs ont cru que l’équipement faisait le projet, s’enfermant ainsi paradoxalement dans
une conception très citadine de la culture, d’autres, dans une abusive interprétation de la Convention
spécifique, prennent patience « en attendant de savoir quel budget (leur) sera alloué avant de prendre
des décisions », pensant peut-être que l’argent fait le projet.
Nos propositions rejoignent des préoccupations méthodologiques censées favoriser la solidarité
territoriale par la dynamique des réseaux envisagés comme des lieux d’élaboration et de gestion des
projets n’impliquant pas nécessairement la contiguïté.
Nous positionnons notre démarche à partir des principes de contiguïté et de connexité, de proximité et
d’accessibilité.
Trois préconisations structurantes ont pour ambition d’organiser la territorialisation de l’action
culturelle à l’échelle du Pays Basque et une série de suggestions répondra ponctuellement à des
problèmes que nous avons identifiés.
3-1 PRECONISATIONS STRUCTURANTES
3-1.1 Création d’une direction du développement territorial à la Scène Nationale
A ce stade de notre contribution il semble inutile de multiplier les arguments pour rappeler une
évidence que d’anciennes querelles obstruent au mépris de toute approche objective des faits : la
Scène Nationale de Bayonne et du Sud Aquitain est un incontestable pôle ressource en termes de
créations et de diffusion artistiques, d’actions culturelles et d’ingénierie.
Depuis la création officielle de la Scène Nationale en juin 1990, le programme d’actions développées
pour et/ou avec les territoires du Pays Basque intérieur est important mais souffre, à défaut d’avoir été
accompagné par les partenaires institutionnels notamment, d’une visibilité réduite pour n’avoir pas été
communiqué et surtout inscrit dans la durée. Beaucoup de projets ponctuels n’ont pas dépassé le stade
de l’essai faute de moyens financiers -nous pensons plus particulièrement à la délocalisation de
spectacles- et de partenaires suffisamment autonomes.
L’éclatante réussite du service de l’action culturelle créé en 1999 par la Scène Nationale conforte
l’idée que la structuration favorise le développement et la pérennisation.
- 44 -
Structuration
Nous suggérons donc que la Scène Nationale de Bayonne et du Sud Aquitain soit aidée financièrement
pour créer une direction du développement territorial qui aurait pour objectif d’offrir un espace
d’action concertée à tous les acteurs en charge d’une responsabilité culturelle en termes de
programmation de spectacles vivants ne relevant pas de la culture basque.
Conscients que cette proposition puisse raviver des rivalités toujours latentes, nous l’assortirons d’un
certain nombre de précautions dont nous avons pu apprécier les effets lors de la création d’une
direction de l’action culturelle et du développement territorial à l’Opéra de Bordeaux.
Nous restons persuadés que malgré les divergences qui pourraient justifier les réticences de certains, la
nécessité de composer ensemble au nom de leurs intérêts, de trouver des compromis pour perdurer,
l’emportera.
Deux hypothèses :
-
création d’une direction du développement territorial à part entière,
regroupement du service de l’action culturelle existant et d’un service du développement territorial
au sein d’une même direction.
Dans les deux cas le recrutement de personnels supplémentaires s’avère indispensable :
-
un poste de directeur de service, un poste d’animateur de développement local, un technicien
conseil si la direction est autonome,
-
un poste d’animateur de développement local, un animateur culturel, un technicien conseil dans
l’autre hypothèse.
Placée sous la responsabilité exclusive du directeur de la Scène Nationale, nous envisageons que cette
nouvelle organisation développe son activité à partir d’un projet approuvé par le conseil
d’administration mais validé également par un comité de pilotage, créé en la circonstance, réunissant
partenaires institutionnels, représentants des collectivités territoriales, élus locaux concernés, et animé
par un comité technique associant les professionnels de la culture impliqués et plus particulièrement
les directeurs des trois « Scènes de Pays ».
Ce modèle d’organisation négateur des hiérarchies traditionnelles éviterait que la Scène Nationale
soit perçue comme trop dominante. Il ne s’agirait pas de rejouer la partition de l’état jacobin, ni celle
d’un Pays Basque avec une tête énorme -la côte renforcée- et un corps cacochyme -l’intérieur affaiblimais d’offrir à tous les acteurs de la vie culturelle les clés d’un partenaire-ressource pour la mise en
œuvre d’un meilleur équilibre culturel territorial.
A partir de son projet artistique et culturel et d’une prise en considération des attentes, potentialités et
contraintes des collectivités locales associées, la Scène Nationale :
-
impulserait et animerait une programmation pluridisciplinaire sur le territoire du Sud-Aquitain
dans une logique de réseau qui favoriserait un rééquilibrage artistique territorial et la baisse des
coûts entre autres intérêts,
- 45 -
-
validerait l’organisation administrative du dispositif afin que les différentes législations inhérentes
aux droits des artistes et à l’organisation de spectacles soient respectées,
-
apporterait une assistance technique pour la bonne marche des spectacles et plus généralement
développerait un service de conseil technique permanent auprès des collectivités.
Charte
Cette ambition pourrait être formalisée par l’écriture d’une charte qui expliciterait un certain nombre
de principes de coopération. Signée par les partenaires territoriaux -collectivités locales-, elle serait
complétée chaque saison par des avenants précisant concrètement les termes du partenariat entre les
signataires.
Principes fondamentaux de la charte(1) :
-
engagement moral entre une collectivité territoriale et la Scène Nationale. Associations et autres
institutions peuvent apparaître dans la mise en œuvre déclinée chaque saison par avenant,
participation volontaire et active,
concertation,
non ingérence dans les affaires des autres,
complémentarité des actions proposées et pas concurrence ou substitution.
Saison territoriale
La Scène Nationale impulserait et animerait ainsi un mouvement de développement artistique et
culturel à partir de propositions de spectacles vivants autour desquels les partenaires élaboreraient leur
propre politique. Il ne s’agit donc pas d’une démarche tutélaire mais fondamentalement partenariale.
Les spectacles proposés seraient co-organisés par la Scène Nationale qui n’apporterait pas d’aide
financière mais conseil artistique et soutien administratif et technique. Ce dispositif participant d’une
logique de proximité pourrait s’intégrer à une démarche d’accessibilité offrant aux populations
concernées une programmation artistique cohérente s’équilibrant entre les spectacles présentés dans
leur environnement immédiat et ceux visibles dans d’autres communes. Serait ainsi décliné(e) un
concept de saison territoriale ou, comme la nomme les opérateurs culturels de la Communauté Urbaine
de Bordeaux, une programmation « Passerelles ».
Perspectives budgétaires
Si trop d’inconnues ne nous permettent pas d’évaluer précisément le coût d’une programmation en
réseau -entre 30 et 50 représentations/saison-, les frais inhérents à la création d’une direction du
développement territorial à la Scène Nationale sont estimables :
-
création de trois postes supplémentaires à la Scène Nationale : entre 120 000 euros et 146 000
euros selon l’hypothèse choisie : estimation prenant en compte les charges sociales inhérentes aux
contrats conformément à la grille des salaires du SYNDEAC.,
-
frais de fonctionnement des trois postes : 15 000 euros.
(1)
empruntent aux travaux de « Culture Commune », association intercommunale de développement artistique
et culturel de l’ex Bassin Minier du Pas-de-Calais, labellisée Scène Nationale.
- 46 -
Principes suggérés pour la gestion financière d’une saison partagée :
-
frais artistiques et taxes à la charge de la collectivité ou de l’association mandatée par elle,
-
transports et défraiements financés par un fonds de solidarité qui pourrait être constitué dans le
cadre de la convention spécifique,
-
frais techniques assumés par la Scène Nationale si elle obtenait les moyens de constituer un parc
matériel itinérant.
En générant des actions exemplaires et en accompagnant les collectivités les moins aptes à s’en
emparer de manière autonome, mais en laissant à chacune le soin de construire un environnement
spécifique, la Scène Nationale apporterait à un projet de territoire ses compétences, devenant le
partenaire qui dynamise, satisfaisant ainsi une revendication exprimée par le Ministère de la Culture
dans « La Charte des missions de service public pour le spectacle » à propos des responsabilités
assignées aux Scènes Nationales : « … les entreprises doivent pallier l’éloignement d’une partie de la
population en facilitant les déplacements collectifs, mais aussi en sortant de leurs murs avec des
formes adaptées, ou encore en collaborant avec d’autres organismes comme les théâtres de villes, les
centres culturels, les associations de spectateurs, les festivals ».
3-1.2 Création d’un département artistique à l’Institut Culturel Basque
« La création sera privilégiée », c’est par ces mots que le directeur de l’ICB ouvre le document
présentant à son conseil d’administration, réuni le 15 décembre 2001, le projet culturel 2002, intention
accompagnée d’une citation empruntée à Mihai Ralea, « Est grand le créateur qui offre le plus
d’interprétations possibles ».
La lecture du projet d’activités ne nous permet pas de trouver concrétisation de cette ambition, à moins
que l’accompagnement des pratiques amateurs en termes de formation et de diffusion soit envisagé
comme un acte de création. Une phrase extraite du document nous incline à le penser : « Pour pouvoir
exprimer leur créativité, les artistes ont également besoin de formation, d’autant qu’en Pays Basque,
les pratiques amateurs dominent ».
Apparente-t-on les pratiquants amateurs les plus assidus à des professionnels en devenir ?
La finalité des actions en direction des amateurs vise-t-elle la professionnalisation ?
Les spectacles présentés par des amateurs participent-ils des ambitions artistiques de l’ICB ?
Il n’entre pas dans le propos de cette étude d’en débattre mais il conviendrait cependant de donner une
signification commune aux mots pour dissiper les malentendus toujours prompts à raviver les débats.
Un autre constat permet d’entrevoir une forme d’instrumentalisation des artistes. L’aide qu’on leur
apporte trouve d’abord sa légitimité dans la capacité qu’ils manifestent à animer des actions
culturelles. Le projet « GAUA » de la compagnie Lagunarte en est une probante illustration. Dans le
dossier de présentation envoyé aux partenaires potentiels, Kristof Hiriart -artiste, directeur-fondateur
de la compagnie- insiste sur les ambitions artistiques d’un projet musical interculturel qui réunira
pendant trois années 10 professionnels basques, corses et marseillais. Autour de l’enjeu artistique
s’agrègeront avec pertinence des actes de médiation favorisant notamment l’implication de pratiquants
amateurs. Dans la présentation du soutien apporté par l’ICB, les enjeux pédagogiques et culturels
prédominent et le financement proposé -1 500 euros- est sans réelle influence sur la concrétisation
- 47 -
artistique de la création. Paradoxalement, le budget prévisionnel du projet pour les années
2002/2003/2004 laisse apparaître une demande cumulée de 5 500 euros à l’ICB et 16 000 euros à la
Scène Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain !
Exigence artistique
Cet exemple conforte notre intention de préconiser la création d’un département artistique au sein de
l’ICB qui traduirait concrètement les ambitions exprimées, dont nous découvrons un nouveau
témoignage dans le N°42 de la revue Festin(1) qui, citant le directeur de l’ICB, écrit : « Il y a douze
ans, nous étions les seuls à défendre la langue basque. Depuis, il y a le Conseil de la langue basque.
Nous désirons désormais donner priorité à la création».
En structurant ainsi ses exigences artistiques, l’ICB :
-
rendrait plus lisible, visible, le soutien apporté à la création professionnelle basque,
-
distinguerait, c’est à notre avis une nécessité, pratiques amateurs et pratiques professionnelles,
-
créerait une ligne budgétaire spécifique qui n’existe pas aujourd’hui -le budget est divisé, hors
charges de fonctionnement, en 5 parties : action patrimoniale, action linguistique, autres actions
propres, actions émanant des associations partenaires, ingénierie culturelle-.
Les projets soutenus, directement ou en partenariat avec le Conservatoire National de Région et le
CCN Ballet Biarritz notamment, accompagneraient :
-
les artistes basques engagés dans une démarche professionnelle attestée notamment par leur statut
d’intermittent du spectacle,
-
les artistes vivants au Pays Basque engagés dans des créations interpellant la culture basque
-le projet, par exemple, de création en langue basque par le Théâtre des Chimères, de : « Le cercle
de craie caucasien » de Bertolt Brecht-,
-
les artistes invités désireux de se confronter à la culture basque -à l’image des actions déjà
engagées avec Nicolas Bacri et Pascal Comelade-.
Outil
Au-delà des enjeux financiers d’une telle démarche, il nous semblerait opportun que l’Institut Culturel
Basque puisse disposer d’un outil au service de cette ambition. Sise à quelques kilomètres du château
Lota, siège de l’ICB, la problématique salle de Louhossoa trouverait ainsi une légitimité pour le moins
contestée aujourd’hui. De nombreux arguments plaident pour ce choix :
-
(1)
son positionnement central à l’intérieur du Pays Basque,
ses incontestables qualités techniques et acoustiques,
son intelligente polyvalence : achevée, la salle pourra accueillir près de 400 personnes dans un
confort visuel exceptionnel ou, gradins repliés, offrir un espace au sol autorisant de nombreuses
utilisations,
Voir « Le Festin d’Aquitaine », n°42, Revue des Patrimoines, des Paysages & de la Création en Aquitaine
- 48 -
-
sa disponibilité : malgré les intentions exprimées dès la genèse du projet, la salle reste « une
coquille vide », inachevée, que la présence d’Euskal Dantzarien Biltzarra ne résout pas.
Cet outil majeur deviendrait l’emblème de la création artistique basque et de ses exigences élevées au
niveau de celles accordées traditionnellement aux artistes reconnus par la profession. Un lieu partagé,
pour travailler et rencontrer le public, et des aides financières accrues permettraient aux créateurs
basques les plus accomplis d’accéder à des conditions de travail dignes et aux autres de trouver des
conditions d’épanouissement favorables.
L’ICB disposerait ainsi d’un outil synthétisant et médiatisant ses ambitions artistiques qui ne
l’empêcherait toutefois pas d’impliquer les lieux culturels du Pays Basque dans ses projets de création
-résidence- et de diffusion, maintenant ainsi un réseau de partenaires déjà constitué.
Nous proposons donc :
-
que les travaux de la salle de Louhossoa soit achevés dans les meilleurs délais afin qu’elle puisse
être opérationnelle pour la saison 2003/2004 : par délibération du 3 juin 2002(1), le Conseil
municipal a voté une première tranche d’équipements scéniques,
-
qu’une mise à disposition de la salle soit proposée par convention à l’ICB par la Commune de
Louhossoa avec un avenant précisant par saison les dates d’utilisation -250 jours/an minimum-,
-
que la convention entre la commune de Louhossoa et EDB soit maintenue, la Fédération assurant
ainsi, en cohérence avec l’ICB, une présence permanente garantissant au lieu une activité
dynamique,
-
qu’un nom caractérisant le projet de la salle lui donne une identité.
Financement
Pour concrétiser ces intentions, il conviendrait d’augmenter le budget de l’ICB de 200 000 euros afin de :
-
créer un poste de régisseur technique détaché à la salle de Louhossoa en charge de la gestion
technique de l’équipement et du suivi technique des créations : élaboration des fiches techniques,
contact avec les salles souhaitant accueillir les spectacles, maintenance du matériel…,
-
développer une ambitieuse ligne budgétaire consacrée à la création artistique.
Structuration
Cette proposition nous incite à préconiser une organisation de l’ICB par département d’activités :
langue, patrimoine, création, formation, pratiques amateurs…
La structuration d’un département pratiques amateurs permettrait ainsi d’imaginer un rapprochement
structurant entre l’ICB et EDB, rendu indispensable par la cohabitation proposée dans la salle de
Louhossoa.
(1)
Voir annexe 5, p. 79
- 49 -
Cette union qui pourrait prendre la forme d’une intégration de EDB au sein de l’ICB offrirait plusieurs
intérêts :
-
favoriser une harmonisation des actions en direction des pratiquants amateurs et des projets de
formation,
-
structurer une relation au-delà d’accords ponctuels -le projet d’activités 2002 de l’ICB fait
apparaître trois projets partagés avec EDB pour un montant de 19800 euros-,
-
faire bénéficier EDB de la logistique administrative et technique de l’ICB,
-
contribuer au développement de EDB sans alourdir les charges fixes de fonctionnement de la
Fédération.
Avec cette deuxième préconisation, nous confortons les ambitions de l’ICB en direction de la création
basque et lui proposons la gestion d’un outil qui lui permettrait d’avoir une qualité d’action rivalisant,
dans le meilleur sens du terme, avec les projets de création développés par la Scène Nationale de
Bayonne et du Sud-Aquitain. Ces deux pôles majeurs en Aquitaine participeraient ainsi d’une
politique de la création ambitieuse et leurs capacités pourraient se mutualiser équitablement autour de
projets qui bénéficieraient ainsi d’un environnement exceptionnel.
3-1.3 Création de comités de pilotage territoriaux
En appeler à la solidarité territoriale quand, sans projet de territoire véritablement énoncé, ont été
décidées la création et la rénovation d’équipements culturels, n’est certainement pas la meilleure
méthode pour favoriser la mise en réseau tant souhaitée.
Penser que l’aménagement culturel du territoire se joue en termes de salles de spectacle nous semble
une erreur fondamentale attestée par les difficultés rencontrées par les acteurs culturels du Pays
Basque intérieur.
L’équipement peut certes combler un vide quant l’environnement démographique, économique,
éducatif, associatif… permet d’envisager une gestion rationnelle mais dans tous les autres cas la
proximité se joue en termes d’offres culturelles et donc de projets. La faible densité démographique du
Pays Basque intérieur et la dispersion de ses habitants ne permet à aucune commune d’ambitionner,
sans projet territorialement partagé, l’animation autonome d’un équipement culturel.
La Communauté des Communes n’apparaît pas, dans la majorité des situations appréhendées, l’échelle
pertinente car elle ne rassemble pas suffisamment d’habitants et donc de moyens financiers potentiels.
Nous préférons, comme nous l’indiquions en première partie de cette étude, l’échelle territoriale
préconisée par le Conseil de Développement en décembre 2001 dans une étude souhaitée par le
Président du Conseil Régional d’Aquitaine et le Préfet de Région(1).
Elle suggère cinq territoires de développement dont trois dans l’intérieur du Pays Basque qui
concernent directement notre mission. L’étude a défini des territoires « en capacité de porter
durablement un projet de développement local » et donc culturel. Le principe de territoire pose le
postulat d’une coopération souhaitée entre communes et intercommunalités existantes.
(1)
Voir supra, p. 13
- 50 -
Nous pensons judicieux de respecter les découpages proposés pour concrétiser notre intention de
création de comités de pilotage territoriaux à vocation culturelle.
Trois territoires :
-
La Soule
Rassemblant 35 communes réunissant 13 500 habitants, elle a créé un Etablissement Public de
Coopération Intercommunale à fiscalité propre qui dispose d’une compétence culturelle. Ce
territoire de développement fait l’objet, selon l’étude précitée, d’un large consensus et dispose
d’un équipement culturel -ciné-théâtre- techniquement opératoire.
Avec un outil performant, des volontés exprimées par la Commune de Mauléon -recrutement
d’une animatrice-, la Communauté des Communes et la restructuration engagée du Centre Culturel
Ühaitza, nous pensons qu’il existe un terrain favorable à la réorganisation de l’offre culturelle sur
ce territoire.
-
Garazi-Baïgorry-Iholdy-Amikuze
Moins consensuel que le précédent, ce découpage présente deux sous-ensembles qui rencontrent
l’aire d’influence de dynamiques culturelles :
.
Amikuze-Iholdy : rassemble 40 communes réunissant 12 300 habitants : une action culturelle
de proximité peut s’organiser à partir des projets identifiés à Saint-Palais (Cinéma, école de
musique, médiathèque) et de la Communauté des Communes d’Amikuze qui dispose d’une
compétence culturelle.
.
Garazi-Baïgorry : rassemble 30 communes réunissant 11 800 habitants. Ce territoire bénéficie
de l’action positive de l’association Garazikus qui dispose d’un équipement ciné-théâtre
particulièrement dynamique.
Si la coopération entre ces deux entités restent à construire, nous pensons que dans le domaine du
spectacle vivant, elles constituent le territoire de projet adapté et que Garazikus est le partenaire
culturel indiqué.
-
Bidache-La Bastide-Hasparren-Espelette-Ustaritz-St Pierre
Rassemblant 36 communes réunissant 54 000 habitants, ce territoire constitue l’essentiel de la
zone intermédiaire. Il est le plus peuplé et paradoxalement ne dispose pas d’un équipement adapté
pour le spectacle vivant si l’on considère que la salle de Louhossoa a une vocation spécifique. Si
les initiatives abondent cependant, il n’existe pas à ce jour un référent culturel.
Comités de pilotage
Les comités de pilotages permettraient de valider des « scènes de pays » dont la programmation de
spectacles vivants a une légitimité territoriale élargie et des « pôles de proximité » qui favorisent
l’action culturelle en termes de pratiques artistiques notamment.
- 51 -
A partir de ces dynamiques, du rôle structurant de la Scène Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain
et de l’Institut Culturel Basque et des stratégies culturelles développées par le Conseil Général des
Pyrénées-Atlantiques, pourraient se jouer l’élaboration et la pérennisation d’une programmation de
spectacles vivants satisfaisant les besoins exprimés.
Objectifs :
-
dépasser la logique des équipements existants pour entrer dans une logique de projet de territoire,
-
identifier très précisément et impliquer tous les acteurs potentiels d’un développement culturel du
territoire ciblé,
-
mutualiser les potentialités humaines, financières, structurelles… en les réorganisant le plus
rationnellement possible pour mettre en œuvre le projet, la légitimation ou la nomination d’un
référent professionnel par territoire étant indispensable.
Méthode :
Considérés comme le prolongement thématique des « Ateliers de la Rénovation », nous proposons de
confier aux cadres de la Direction de l’Education, de la Culture et des Sports du Conseil Général des
Pyrénées-Atlantiques l’organisation générale de ces comités qui pourraient être co-animés par la Scène
Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain, l’Institut Culturel Basque, l’Office Artistique de la Région
Aquitaine et les conseillers concernés de la Direction Régionale des Affaires Culturelles.
Chaque comité de pilotage bénéficierait du témoignage et de l’expérience d’un professionnel de la
culture choisi dans une autre région pour ses compétences attestées par un projet réussi en milieu rural
autour des principes de coopération.
Dès le mois d’octobre, septembre permettant de constituer les groupes de réflexion, des séminaires,
rassemblant l’ensemble des acteurs, prolongés par des tables-rondes les réunissant par territoire
identifié, seraient proposés :
Octobre ........... Séminaire 1 .........Table-ronde 1,2,3
Novembre........ Séminaire 2 .........Table-ronde 1,2,3
Décembre ........ Séminaire 3 .........Table-ronde 1,2,3
Les séminaires dureraient une journée et seraient organisés successivement dans chacun des territoires.
Ils débuteraient par une séance plénière et se poursuivraient par les tables-rondes.
Entre les séminaires, les animateurs se réuniraient et effectueraient la synthèse des travaux qui ferait
l’objet d’une communication en séance plénière du séminaire suivant.
A l’issue du troisième séminaire, un plan d’action précisant l’organisation choisie par chacun des
territoires pour développer « la création et la diffusion du spectacle vivant » serait proposé, assorti
d’indications financières.
Cette préconisation nécessiterait un budget que nous estimons à 15 000 euros pour les frais
d’organisation : transports, défraiements et honoraires des trois professionnels invités, accueil des
participants -buffet du midi-, frais administratifs…
- 52 -
Ces comités de pilotage territoriaux concrétiseraient la volonté du Conseil de Développement de
« construire par la concertation des avis collectifs Pays Basque » : « mobiliser les acteurs et créer
les conditions pour une réelle concertation de tous les acteurs politiques, institutionnels et
socioprofessionnels sur des questions à enjeu fort sur l’aménagement et le développement du Pays
Basque ».
Pour développer des projets de territoire, il est fondamental d’associer les acteurs potentiels en
amont des décisions structurantes et plus particulièrement celles qui génèrent des
constructions/réhabilitations d’équipements. Notre préconisation est donc tardive quand on sait que de
nombreux projets sont déjà réalisés et d’autres tellement espérés qu’il sera difficile de les remettre en
question. En proposant des temps de parole partagés autour de préoccupations communes, concrètes,
arriverons-nous peut-être à rationaliser l’existant et à orienter l’avenir. Les acteurs concernés doivent
être impliqués pour que la politique culturelle territoriale souhaitée ne soit pas limitée à une
mutualisation des financements mais participe d’une recherche de sens qui offre une place aux
initiatives locales transcendées par un cadre aux contours dessinés par des forces exogènes.
La coopération indispensable en milieu rural ne l’est pas moins dans les zones à forte concentration
d’habitants. Il conviendrait d’ouvrir, dans un deuxième temps, le principe des comités de pilotage aux
communes du littoral qui regroupent près de 20 0000 habitants. On y constate en effet une grande
disparité dans l’offre artistique et culturelle que la mise en réseau pourrait atténuer. En outre, que les
grandes villes développent des principes de collaboration ne peut qu’inciter les plus petites à suivre
l’exemple.
3-2 SUGGESTIONS
Après l’exposé de trois préconisations qui ambitionnent de structurer un espace de concertation
permettant de constituer un réseau d’opérateurs culturels locaux travaillant en cohérence et clarifiant
les responsabilités et les missions des uns et des autres, nous proposons, par des suggestions, de
concrétiser un certain nombre de réflexions nées de nos observations.
3-2.1 Communication
Quand nous avons souhaité, au début de notre mission, obtenir un document présentant l’ensemble des
programmations de spectacles vivants en Pays Basque, nous avons été obligés de collecter l’ensemble
des publications diffusées car il n’existe pas de communication commune. Chaque opérateur, selon ses
moyens, publie un document.
Une initiative conjointe des associations Garazikus, Eihartzea, Haize Berri et Uhaitza mérite
cependant d’être soulignée car elle présente dans un livret commun semestriel leurs propositions de
spectacles. Indiquons toutefois que l’origine du financement du document fait débat.
Il nous semble essentiel, dans la dynamique de nos préconisations, d’envisager la publication d’un
document qui, chaque saison, regrouperait un certain nombre d’initiatives relevant de la coopération
des opérateurs culturels. Il ne s’agit pas d’une présentation exhaustive mais d’une sélection
d’opérations emblématiques qui justifieraient la mobilité du public.
- 53 -
Afficher en commun permettrait :
-
de territorialiser le contenu de certaines programmations en les extrayant du contexte local,
de labelliser des initiatives qui méritent une audience élargie,
de provoquer la mobilité des publics en créant des politiques tarifaires cohérentes -des accords de
coopération tarifaire existe déjà entre la Scène Nationale et Garazikus- et en organisant des
déplacements…
Les informations de ce document largement diffusé seraient reprises également dans les outils de
communication d’audience plus restreinte de chaque partenaire. Ce double affichage médiatiserait la
dynamique de réseau et montrerait qu’elle trouve ses origines dans les initiatives locales.
3-2.2 Implantation des compagnies
Une réponse à la faiblesse de l’offre culturelle en milieu rural existe avec l’implantation de
compagnies. La présence d’artistes dans une commune offre une permanence d’action qui favorise de
nombreuses actions culturelles en direction de la communauté éducative, des pratiquants amateurs
mais aussi de ceux, très nombreux, qui restent éloignés de nos préoccupations.
Nous avons observé que les artistes avaient une relation au Pays Basque intérieur qui se limitait à des
représentations, résidence-création dans de rares cas, et à des animations ponctuelles.
Nous trouverions judicieux qu’une politique de conventions favorise des liens durables entre des
collectivités locales et des équipes artistiques. Dans certains cas la présence d’artistes compenserait
provisoirement l’absence de projet.
Ustaritz pourrait signer la première avec « Le Petit théâtre de pain » qui « squatte » un hospice délabré
à Larressore dans l’attente d’un délogement inéluctable.
Ce rapprochement engagerait la commune à « donner » un lieu de travail à la compagnie qui en
échange animerait un certain nombre d’ateliers pour les jeunes du bourg, répondant ainsi à une
demande des élus soucieux de satisfaire la nombreuse jeunesse locale.
3-2.3 Cafés culturels
On a souvent critiqué l’approche équipementale des politiques culturelles inaugurées par le grand
bâtisseur qu’était André Malraux. Entre les « aérodromes en mesure de recevoir tous les avions du
monde », pour reprendre une formule de Emile-Joseph Biasini, qui symbolisait les maisons de la
culture de l’époque, et « les petites pistes d’atterrissage » qu’incarnent certains équipements mal
adaptés d’aujourd’hui, nous pensons qu’en Pays Basque il y a de la place pour l’imagination.
Le concept de « café prescription culturel en milieu rural » initié par la DRAC Aquitaine et la
commune de Gavaudun en Lot et Garonne ferait le bonheur de nombreux villages basques : lieu
permanent de sociabilité, il maintient une activité économique et développe une action culturelle de
proximité élaborée à partir d’un point lecture et de partenariats établis avec des structures culturelles
qui y délocalisent d’intimes rencontres artistiques.
- 54 -
Avec cet exemple, c’est la nécessité d’inventer d’autres réponses que nous indiquons en suggérant par
exemple de réfléchir à la création d’équipements moins unipolaires que les équipements les plus
traditionnels.
3-2.4 Itinérance
Le Centre Chorégraphique National de Biarritz développe depuis 2000, à la demande du Ministère de
la Culture et de la Communication, une mission d’aides aux compagnies dans le cadre d’un dispositif
nommé « accueil studio ». Au moins quatre compagnies par saison séjournent ainsi à Biarritz, souvent
dans la plus grande discrétion, pour travailler, et reviennent parfois dans la cité balnéaire pour
présenter leur création dans le cadre du festival « Le Temps d’Aimer ».
Délocaliser ces résidences courtes à l’intérieur du Pays Basque créerait l’événement dans les
communes d’accueil, favoriserait des rencontres-animations avec la population locale et permettrait
aux nombreuses associations de danse basque de se confronter à une autre réalité chorégraphique.
Déjà financées par le Ministère de la Culture et de la Communication, ces résidences délocalisées ne
coûteraient que quelques frais supplémentaires de transport/restauration/logement.
Le Centre Chorégraphique dispose également d’une scène itinérante parfaitement équipée avec un
pont lumière dont les dimensions sont sans équivalent en Pays Basque intérieur. Si l’on ajoute un
gradin mobile, on dispose d’un équipement itinérant qui peut ponctuellement satisfaire à l’accueil d’un
spectacle dans les meilleures conditions dans toute commune disposant d’un espace suffisamment
grand.
Pour information, le Gymnase du Lycée Aubanel, provisoirement équipé ainsi chaque été, est un des
lieux majeurs du Festival d’Avignon…
3-2.5 Jazz aux remparts
Juillet 2002 consacrera la 13ème édition du festival Jazz aux Remparts organisé par la Scène
Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain. Ce rendez-vous important, comme beaucoup de festivals,
cherche aujourd’hui un deuxième souffle pour élargir son audience sans céder aux caprices de la
mode. Malgré la densité de la programmation et des tentatives réussies de concerts gratuits et autres
parades, nous ne pensons pas que le pari soit gagnable sans une nouvelle orientation artistique, sauf à
y consacrer un budget considérable. A l’exception de l’incomparable Jazz in Marciac, tous les festivals
de jazz du grand Sud-Ouest sont en crise !
Un festival qui, autour du jazz, inviterait des musiques du monde avec une attention portée à la
musique basque, permettrait d’élargir les possibilités d’action et serait reçu très favorablement par les
artistes qui vivent au Pays…
3-2.6 Ouverture
Le partage d’expérience, la confrontation aux autres, le regard extérieur, sont autant d’atouts pour
développer un projet et éviter qu’il ne se construise sur des fondations autarciques exclusivement
enracinées dans les problématiques locales.
- 55 -
Nous pensons qu’un rapprochement avec l’Université de Bordeaux 3 et plus particulièrement les
formations Gestion de l’Action Culturelle et COnception et MEdiation de projets Culturels
permettrait d’organiser la venue d’étudiants issus de toute la France en Pays Basque intérieur à
l’occasion des stages que l’enseignement prévoit. La présence d’étudiants de niveau bac + 3 ou
d’adultes en réorientation professionnelle enrichirait le débat.
En outre, le concept des « projets tutorés » expérimenté avec succès cette année par la formation
GAC -permettre à un groupe d’étudiants dirigé par un professeur d’université de réfléchir à une
problématique précise à partir d’une situation observée- pourrait être décliné au Pays Basque. Nous
pourrions proposer à la promotion 2002/2003 de s’investir dans les comités de pilotage.
En partenariat avec la Fédération Nationale des Collectivités Territoriales pour la Culture et plus
particulièrement le réseau des communes de moins de 5000 habitants dont le Président est
administrateur de l’Office Artistique de la Région Aquitaine, nous pourrions proposer aux élus des
communes rurales du Pays Basque intérieur des échanges d’expériences dans le cadre de séminaires
avec des élus ruraux confrontés aux mêmes difficultés.
3-2.7 Frontières
L’une des caractéristiques des initiatives culturelles est de rendre « appropriables » de nouveaux
territoires qui se superposeraient aux autres. On l’a constaté, en Pays Basque les territoires abondent
avec des découpages qui changent selon le porteur du ciseau.
Il nous semble judicieux de ne pas exclure de notre réflexion des territoires qui, de fait, agissent
directement ou indirectement sur notre problématique. Nous pensons notamment au Sud des Landes
qui concrétise de nombreux partenariats avec la Scène Nationale ou à Oloron-Sainte-Marie dont la
salle de spectacle pourrait apporter une contribution non négligeable au développement culturel de la
Soule.
3-2.8 Observatoire
Dans la dynamique des réflexions développées par l’ICB autour des questions relatives au patrimoine
ou à la langue, nous suggérons de structurer un observatoire qui permettrait :
-
de confier à des étudiants de troisième cycle des sujets de recherche liés à la problématique
culturelle basque,
-
de constituer un fonds documentaire-ressource pour les élus, professionnels, artistes… qui
enrichirait le catalogue existant,
-
d’organiser pour les élus et les professionnels des séminaires et formations courtes sur la
problématique de l’intercommunalité culturelle, la gestion des équipements…
Plus globalement, cet observatoire, au-delà des enjeux locaux, offrirait à l’ICB l’occasion d’ouvrir son
champ d’investigation à la problématique des identités régionales et d’affirmer ainsi une vocation
scientifique permettant d’élargir le débat.
- 56 -
3-2.9
Musique Amplifiée
Si le rock basque est une réalité à ne pas méconnaître, l’association Ebaki développe un projet qui,
bien au-delà de ce genre musical, explore « l’ensemble des musiques et des pratiques sociales qui
utilisent l’électricité et l’amplification sonore comme éléments majeurs des créations musicales… ».
Membre du Réseau Aquitain des Musiques Amplifiées, elle anime un vaste projet de formation
permettant notamment aux jeunes de s’initier et de se perfectionner et dispose d’un bus-atelier pour
exporter son enseignement dans toutes les communes du Pays Basque.
Cette initiative mérite d’être amplifiée.
Si les suggestions participent de la réflexion générale, nos préconisations, validées, doivent
pouvoir être mises en œuvre dans les meilleurs délais. Orientées mais pas complètement définies
pour laisser aux acteurs concernés un espace de liberté, elles pourraient être débattues par les
partenaires de la convention spécifique en septembre 2002 afin d’envisager plus précisément des
fiches-application avec échéancier, méthode, financement.
La constitution des comités de pilotage territoriaux en octobre 2002, la création d’une direction
du développement territorial à la Scène Nationale de Bayonne et la labellisation de Garazikus en
2003, enclencheraient irrémédiablement un processus évolutif.
- 57 -
CONCLUSION
- 58 -
« Le développement de la coopération intercommunale relève moins de considérations
institutionnelles ou juridiques que de volontés personnelles, de réseaux d’affinités et de partenariats
naturels, d’opportunités et d’avancées pragmatiques, du dynamisme des acteurs » affirme non sans
raison René Rizzardo. Nous nous permettons cependant, au terme de cette étude, de penser que les
principes de solidarités territoriales qui peuvent s’exprimer bien-au-delà des rapports intercommunaux
peuvent être provoqués structurellement dès lors qu’ils s’accompagnent de précautions favorisant
l’accomplissement de ceux qui en sont les acteurs.
Avant d’imaginer une quelconque mise en œuvre, il convient donc d’ouvrir un espace de négociation
propice à la réflexion. Les partenariats à inventer reposent sur des rapports sociaux marqués par le
dialogue et la confrontation. Ces échanges favorisent une prise de conscience qui permet
d’appréhender les problèmes, d’entrevoir les solutions que seuls les mécanismes de la procédure
peuvent concrétiser.
Entre le processus qui caractérise le développement local et la procédure qui traduit la mise en acte,
c’est le chemin de la maturité que nous proposons d’emprunter aux acteurs de la scène culturelle
locale.
Un parcours qui doit s’épanouir entre la nécessaire non-directivité indispensable à l’initiative et la
structuration nécessaire à la pérennisation. Si les objectifs à atteindre ne doivent faire aucune
concession au sens, l’action doit accepter les nécessaires compromis, ambiguïtés, contradictions et
autres divergences entre les enjeux artistiques et culturels, les spécificités rurales et urbaines, les
aspirations politiques, économiques et sociales.
On ne peut ignorer la dimension affective et symbolique des projets et nier que le comportement des
acteurs du développement doit à la raison mais aussi à l’affect. Le rappeler pour la problématique du
Pays Basque relève de l’euphémisme tant les actes sont déterminés par l’histoire de chacun, le rapport
au territoire, à l’identité. La faible mobilité des professionnels de la culture de cette zone renforce les
déterminismes et accentue le radicalisme des positions qui, très souvent, trouve son origine dans des
histoires anciennes mal assumées.
Ce constat situe la difficulté des échéances futures qui doivent s’inscrire dans une dynamique
territoriale nouvelle proposant des échelles spatiales différentes. Aller au-delà des découpages
administratifs pour trouver le territoire pertinent des projets. Autrement dit, s’affranchir des territoires
politiques pour révéler des territoires stratégiques constitués autour de projets conciliant ressources
locales et moyens exogènes.
Cette délicate dialectique ne se décrète pas mais se construit patiemment. Les différentes collectivités
partenaires et autres institutions ont montré l’exemple en trouvant les conditions politiques d’une mise
en cohérence du système de coopération avec la création d’un conseil de développement et d’un
conseil des élus.
Nos propositions participent d’une concrétisation de leurs réflexions.
- 59 -
ANNEXES
- 60 -
Annexe 3
PERSONNES RENCONTREES
POUR LA REALISATION DE L’ETUDE
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ABEBERRY Jacques
ACHIARY Beñat
ELICEIRY Auger
BACHO Sauveur
BIOY François
BLANG-ELOSEGI Régine
BRISSON Max
BROUCARET Jean-Marie
BURUCOA Dominique
CAMBLONG Ramuntxo
CAMBLONG Maialen
CAPDEVIELLE Colette
CEZAT François
COUMET Jacques
CURUTCHET Simone
Del ALAMO Alain
DELETTE Xavier
DUARTE Sandrine
DOUAT Frédéric
DREVET Jean-Michel
ESCONDEUR Jean-Jacques
ETCHECOPAR Michel
EZCURRA Jean
FOUCHER Michel
FUCHS Ximun
GARAT Jean-Marie
GIMENEZ Beñat
GIRARD Jean-René
GOYHENECHE Roger
IHIDOPE Albert
IRIART Christophe
IRIART Jean-Claude
CORDIAN Yves
LABESCAU Serge
LAMBERT Aurélie
LAMOUROUX Martine
LARRALDE Eñaut
LESBATS Dominique
LOUGAROT Nicole
LUCUIX Flora
MAÏTIA François
MALANDAIN Thierry
MANGE Christelle
OIHENART Maddi
OSTROWIECKI Jean-Yves
OTEIZA Beñat
PEKAR Laurence
Adjoint au Maire
Délégué Communauté d’Agglomération
Artiste
Adjoint à la culture
Pdt Commission culture
Maire
Eihartzea
Adjoint au Maire
Pdt Commission culture
Théâtre des Chimères
Scène Nationale
Délégué Communauté d’Agglomération
Eihartzea
Conseillère Régionale
Maire
Maire/Conseiller Général
Maire
Vice/Pdt Syndicat Mixte
Conseil Général 64
CNR
Ühaitza
Mairie
Sous-Préfet
Mairie
Artiste
Mairie
Cie Tokia
Cie Petit Théâtre de Pain
Cinévasion
Adjoint au Maire
Conseiller Général
DRAC Aquitaine
Scène Nationale
Mairie
Cie Lagunarte
Directeur Conseil des élus
Centre Chorégraphique
Ecole de Musique
Petit Théâtre de Pain
Théâtre du Versant
Haize-Berri
Adjoint au Maire
Ühaitza
Ühaitza
Maire
Conseiller Régional
Centre Chorégraphique
Mairie
Ühaitza
Garazikus
Haize-Berri
Biarritz Culture
Biarritz
Bayonne
Hasparren
CC de Saint-Palais
Lahonce
Hasparren
Biarritz
CG 64
Biarritz
Bayonne
Anglet
Hasparren
Bayonne
Louhossoa
Hasparren
Osserain
Hobeki
Pau
Bayonne
Menditte
Hasparren
Bayonne
Mauléon
Menditte
Ustaritz
Menditte
Larressore
Saint-Palais
Anglet
Bordeaux
Bayonne
Hasparren
Hasparren
Bayonne
Biarritz
Saint-Palais
Larressore
Biarritz
Ostabat
Ustaritz
Menditte
Menditte
Ispoure
Biarritz
Mauléon
Menditte
Saint-Jean-Pied-de-Port
Ostabat
Biarritz
- 72 -
PEDROSA Pierre
POCHELU Yvonne
PRUD’HOMME Christophe
RABAS Gaël
REY Didier
SIBERS Jean-François
TELLERIA Pantxika
VELEZ Frédéric
Adjoint au Maire
Biarritz Culture
Cie Traboules
Théâtre du Versant
ACCORDS
Drac Aquitaine
Cie Elirale
Ebaki
Boucau
Biarritz
Hasparren
Biarritz
Cambo
Bordeaux
Bayonne
Bayonne
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