Les fillonistes circonspects face au phénomène Macron

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Les fillonistes circonspects face au phénomène Macron
Les fillonistes circonspects face au
phénomène Macron
Par Jean-Baptiste Garat
Mis à jour le 23/12/2016 à 10h48 | Publié le 23/12/2016 à 10h40
LE SCAN POLITIQUE – L’engouement que peut susciter le candidat de gauche, y
compris dans les rangs des Républicains, bouleverse l’équilibre classique
entre gauche et droite .
La personnalité politique de l’année 2016? Selon les Français interrogés par
Elabe, il s’agit sans conteste d’Emmanuel Macron. L’ancien ministre de
l’Économie, aujourd’hui candidat à la présidentielle, est en tête de ce
palmarès avec 48%, devant François Fillon (44%). Chez les sympathisants de
droite, le député de Paris est préféré à Emmanuel Macron, mais avec 67%
l’ancien premier ministre ne coiffe que de quelques points son adversaire de
gauche, crédité lui de 61%.
Preuve que l’engouement en faveur de l’ancien conseiller de François Hollande
dépasse de très loin les rangs de la seule gauche, Dominique de Villepin a
souligné, jeudi sur BFMTV, toutes les qualités qu’il prête à sa stratégie de
conquête de l’opinion. «Emmanuel Macron est le seul candidat qui aujourd’hui
s’adresse à tous les Français», a expliqué l’ancien premier ministre de
Jacques Chirac. Aux Français de droite «en marquant clairement son engagement
en faveur de la liberté, liberté non seulement économique, mais liberté sur
les questions de société», a expliqué Villepin en soulignant que la position
de François Fillon sur les questions de société était plus conservatrice».
Aux Français de gauche aussi, en leur promettant qu’ils seraient «protégés
face à l’avenir, face à la mondialisation, face à l’insécurité».
Face à Emmanuel Macron qui bouleverse l’équilibre classique entre gauche et
droite, Dominique de Villepin presse François Fillon de ne pas rester passif.
«Il ne faut pas capter un électorat et puis faire silence en se disant que le
discours qu’on a tenu vaudra pour la présidentielle», a expliqué l’ancien
premier ministre dans une allusion au retrait médiatique du candidat de la
droite depuis sa victoire à la primaire. «Il ne faut pas être absent quand
les Français regardent le match et il ne faut pas faire peur dès lors que ces
peurs sont susceptibles de sédimenter», a-t-il ajouté, cette fois en
référence aux polémiques suscitées par les propositions de réforme de la
sécurité sociale ou de contraction des emplois publics.
Les alarmes de Dominique de Villepin sont-elles entendues – et partagées –
par les fillonistes? Très partiellement. «N’est-ce pas le même institut de
sondage qui donnait Alain Juppé vainqueur assuré de la primaire et de la
présidentielle, quelle que soit la configuration?», fait mine de s’interroger
Thierry Solère en brocardant l’étude d’Elabe. «Le décalage de plus en plus
fort entre les Français et le petit bocal parisien devrait nous inciter à la
prudence pourtant», ironise le porte-parole de campagne du candidat de LR.
Les fillonistes ne minimisent pas non plus «l’aspiration au renouvellement
générationnel» qui profite aujourd’hui à l’ancien ministre de l’Économie. À
l’occasion de son déplacement au Mali le week-end dernier, François Fillon a
lui-même reconnu que son concurrent «une aspiration à la modernité». «Mais il
utilise des petites ficelles politiciennes avec ses demi-mesures sur les 35
heures et la retraite. Macron, ça ressemble plus à du radicalisme des années
1950 qu’à de la radicalité», a ironisé le candidat de LR dans Paris Match.
«Emmanuel Macron arrive à prendre la lumière parce qu’il incarne visuellement
la jeunesse», explique Solère. «Il correspond à une attente des Français,
complète Stéphanie von Euw, de la cellule «riposte» du candidat de la droite.
Mais le jeunisme n’a jamais marché en France.» Thierry Solère comme Stéphanie
von Euw en savent quelque chose: ils soutenaient Bruno Le Maire à la
primaire, candidat autoproclamé du «renouveau», qui a échoué à 2,4% des
suffrages au premier tour.
Le jeune de Macron en question
Dans l’équipe de campagne de l’ancien premier ministre, on souligne avant
tout les aspirations parfois contradictoires des Français. «Ils veulent
l’expérience et le renouvellement à la fois, résume von Euw. Leur idéal c’est
un président de la République qui a la stature, qui rassure et un premier
ministre un peu vibrionnant.» Un schéma qui fermerait aujourd’hui les portes
de l’Élysée à Emmanuel Macron. «Avec es incertitudes économiques, les
attentats, les Français ont besoin d’être rassurés, estime Solère. Sont-ils
prêts à confier l’Élysée à un homme de 38 ans alors que l’on est en guerre
avec les terroristes? Je demande à voir.»
Les fillonistes considèrent de toute façon qu’Emmanuel Macron constitue
«avant tout un problème pour la gauche». «Il ne s’agit pas de savoir si
Emmanuel Macron est en mesure de battre François Fillon au second tour de la
présidentielle mais de savoir si un candidat de gauche est en mesure de se
qualifier pour le second tour face à François Fillon et Marine Le Pen. Or
aujourd’hui ni Emmanuel Macron, ni Emmanuel Valls, ni Arnaud Montebourg, ni
Jean-Luc Mélenchon n’en sont capables. Alors ne nous faisons pas des nœuds à
la tête avec des problèmes qui n’existent pas. Ou pas encore», juge l’un des
«stratèges» du candidat de la droite. «Il est beaucoup trop tôt pour dire si
Macron ou un autre à gauche constitue une menace pour notre candidat,
temporise Stéphanie von Euw. Il ne faut pas minimiser les risques mais nous y
verrons plus clair après la primaire de la gauche. Et d’ici là, nous aurons
nous-mêmes beaucoup avancé.»
Source : Le Figaro Premium – Les fillonistes circonspects face au phénomène
Macron