Éthique de l`environnement : problématique des déchets toxiques
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Éthique de l`environnement : problématique des déchets toxiques
Ministère de la Recherche Scientifique 5IÈME S ESSION O RDINAIRE DE LA COMMISSION MONDIALE DE L’ÉTHIQUE DES CONNAISSANCES S CIENTIFIQUES ET DES TECHNOLOGIES ---------------------------------------------------------------5th O RDINARY SESSION OF THE WORLD COMMISSION ON THE ETHICS OF S CIENTIFIC KNOWLEDGE AND TECHNOLOGY (COMEST) Session 3 : Éthique de l’Environnement La problématique des déchets toxiques en Afrique ----------------------------------------------------Titre de la communication : Éthique de l’environnement : problématique des déchets toxiques en Afrique --------------------------------Yveline Marie Thérèse Houenou-Agbo 6 – 9 Décembre 2006/6 – 9 December 2006 Hôtel Le Méridien Président - Dakar – Sénégal Nous remercions vivement l’Unité Régionale pour les Sciences Sociales et Humaines, UNESCO Dakar, qui a autorisé la mise en ligne de la version encore provisoire de cette communication ainsi que des communications des autres participants africains à la Cinquième Session ordinaire de la COMEST à Dakar, 5-9 décembre 2006. Ces études seront aussi reproduites prochainement, en version finale, dans les Actes officiels de la Cinquième Session ordinaire de la COMEST. Il s’agit d’un texte provisoire, dont l’édition finale imprimée doit intervenir prochainement Éthique de l’environnement : Problématique des déchets toxiques en Afrique Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo Introduction Selon l’encyclopédie libre Wikipédia, l’éthique de l’environnement qui est une branche de l’éthique appliquée « cherche à préciser la nature du lien entre l’Humain et la Nature ». Les questions environnementales constituent avec les questions économiques et sociales les trois piliers du développement Durable. L’éthique environnementale « remonte au plus haut niveau de préoccupation éthique, sur des sujets comme la gouvernance mondiale, l’organisation de l’Etat et des collectivités territoriales, l’éducation et le pilotage des entreprises » 1. [1] Les récents évènements d’Abidjan sur les déchets toxiques constituent donc une bonne opportunité pour mener une réflexion sur l’éthique environnementale en Afrique. En effet, le 20 Août 2006, une partie de la population abidjanaise est victime de malaise, les premières émanations de gaz toxiques envahissent la ville et les jours suivants, de très fortes odeurs nauséabondes, suffocantes, révèlent la présence de déchets toxiques provenant du navire russe dénommé ‘’Probo Koala’’. Les menaces sur la santé de l’homme et son environnement sont ainsi portées au grand jour et, de façon dramatique, à notre conscience individuelle et collective. Des accusations fusent de toutes parts. Cette catastrophe écologique encore d’actualité n’est pas un phénomène isolé; elle soulève le problème de la gestion des déchets dangereux transfrontières en direction des pays pauvres. Dans un tel contexte, la réflexion sur l’Ethique Environnementale renvoie nécessairement, non seulement au rôle des organisations internationales – ce qu’elles disent et font - mais aussi doit tenter de situer les responsabilités locales et nationales. Quelle place pour les jeunes chercheurs africains? Quelles approches de solutions pourrait – on suggérer pour l’avenir ou soutenir lorsqu’elles existent , notamment en matière de recherche et d’éducation? Cette dernière question sera illustrée par la démarche de l’Approche Écosystème et Santé Humaine et la nécessité de promouvoir l’Éducation en vue du Développement Durable. I - La problématique des déchets toxiques en Afrique I–1 Cas d’Abidjan Pour des raisons économiques, la société de négoce international Trafigura basée à Amsterdam au Pays Bas a choisi de se débarrasser de ses déchets à d’Abidjan plutôt qu’aux ports d’Amsterdam et de Rotterdam. Elle aurait pris soins de prévenir les autorités compétentes de la nature très toxique de ses eaux sales à « manier avec précaution »2 [2]. Ces déchets toxiques ont été déposés sous forme liquide et donc difficilement récupérables à 1 Éthique de l’environnement http://fr.wikipedia.org 2 Environnement. Afrique et Asie, poubelles à déchets des pays riches http//www.courrierinternational.com Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique… 2 plusieurs endroits dans la ville d’Abidjan; 17 sites à ciel ouvert ont été identifiés officiellement notamment à Vridi (Tri-postal), à la décharge incontrôlée d’Akouédo et au Zoo; plus tard on apprend que la lagune, la mer et la proximité des zones maraîchères ont servi de dépotoirs. L’échantillon prélevé le Jeudi 24 Août 2006, à bord du navire et analysé par les laboratoires de la Société Ivoirienne de Raffinerie (SIR) et du Centre Ivoirien AntiPollution (CIAPOL) a révélé la présence de carbone organique à une concentration de 21g/l et une masse volumique plus proche de l’essence pure avec une très forte teneur en hydrogène sulfureux (H2S), du soufre mercaptan, du soufre et du plomb, de la soude caustique, une très forte concentration d’organochlorés. Aux plans sanitaire, social et politique, les conséquences sont dramatiques: une certaine psychose règne sur les populations abidjanaises, 10 décès, des milliers de malades dont 69 hospitalisés et plus de 100 000 consultations médicales de personnes intoxiquées par les émanations de ces déchets toxiques3, des familles déplacées, des journées de travail perdues; l’éventualité d’une guerre chimique a été même évoquée. Certaines conséquences environnementales sont encore redoutées : la contamination de la nappe phréatique et de la chaîne alimentaire, avec bien sûr la répercussion à plus ou moins long terme sur la santé. Manifestement nous nous trouvions en présence d’un problème grave de santé publique qui a nécessité l’intervention des pouvoirs publics et celle de la communauté internationale. Interventions Au plan national, une équipe gouvernementale de coordination a été mise en place. Des dispositions ont été prises par le Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique qui a mobilisé son personnel technique pour organiser la prise en charge gratuite des malades et la surveillance épidémiologique par l’Institut national d’hygiène publique (INHP). Des consignes et des messages éducatifs à l’endroit de la population ont été donnés en insistant sur les comportements à adopter relativement aux produits dangereux et même ménagers. Les Ministères en charge de l’agriculture, de l’environnement et de la production animale, ont appliqué le principe de précaution qui a conduit à l’incinération de certains produits et à la délimitation de périmètres de protection. Il y a lieu de noter la réaction populaire, la mobilisation de la société civile et des ONG pour plus de sensibilisation, de solidarité et de plaidoyer. De façon plus timide les chercheurs environnementalistes glanent des informations pour un suivi et une évaluation à long terme de l’impact environnemental. Au plan politique4, des mesures drastiques administratives et légales ont été annoncées qui font encore la une de la presse. Au plan international, le gouvernement de Côte d’Ivoire a sollicité officiellement l’assistance internationale : des experts français de la protection civile comprenant à tout le moins un pharmacien, un géologue, un expert dans l’analyse de l’eau et un chimiste, arrivés en compagnie d’un expert détaché par l’Union Européenne pour analyser la situation, l’Unité d’Urgence Environnementale de OCHA en Suisse5, une équipe de trois experts de la Coordination de la Gestion des Désastres des Nations Unies (UNDAC) a rejoint l’équipe gouvernementale de coordination pour renforcer les stratégies techniques et la gestion de l’information relative aux déchets toxiques et aux mesures de santé sécuritaire. L’ONUDI6 de 3 Le Monde, 15 /10/2006 4 Fraternité Matin -vendredi 15 septembre 5 Office for the coordination of humanitarian Affairs 6 Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique… 3 Vienne a mobilisé une unité de crise dans la CPEMB (Clean Production and Environnemental Management Branch). I–2 En Afrique Le scandale ivoirien dévoile l’ampleur et la complexité d’un trafic planétaire illégal entre les pays riches et les pays pauvres. Plus récemment, la visite du Parlement Panafricain à Abidjan pour une mission d’information et d’analyse de la situation, renforce l’intérêt de la recherche de solutions durables à l’échelle continentale. En effet, la problématique des déchets toxiques englobe l’ensemble des produits essentiellement générés par les pays développés, 20 à 50 millions de tonnes de déchets électroniques par an dans le monde; 7,5 millions de tonnes de ces déchets ont été exportés en 2003 dont seulement 1 million a été éliminé en respectant les normes sanitaires et environnementales7. Divers types de déchets sont exportés vers l’Afrique pour y être recyclés comprenant outre les déchets électroniques, des produits alimentaires, pharmaceutiques, périmés ou indésirables, des véhicules vieillissants et/ou mal entretenus, ou « France au revoir », des pesticides prohibés. La précarité de la situation de l’Afrique, où la pauvreté reste inextricablement liée à la dégradation de l’environnement, est caractérisée par un fort taux d’accroissement de la population (3%), une faible accessibilité à l’eau potable et à l’assainissement, un faible taux d’alphabétisation. Cependant l’Afrique, d’une part, est aussi confrontée aux grands défis mondiaux que sont l'émission des gaz à effet de serre, les changements climatiques et ses conséquences (sécheresse, inondation..), la déforestation et, d’autre part, subit l’impact négatif de la mondialisation et des rapides changements économiques. Alors que les ressources humaines compétentes sont rares ou livrées au phénomène de la fuite des cerveaux, et que les conflits armées continuent à ravager le continent. La résultante de cette situation est la charge de morbidité et de mortalité inacceptable avec des taux des plus élevées du monde touchant les populations les plus vulnérables, les femmes et les enfants. A cette situation apocalyptique la communauté internationale a réagit à travers des programmes de développement, des Conventions, des protocoles et des recommandations. II – Réponses internationales II – 1 Programmes et initiatives Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) une promesse des leaders africains, présentée comme une vision et un cadre politique stratégique pour le développement économique et social de l'Afrique, vise les mêmes priorités8 que les Objectifs du Millénaire pour le Développement9 et ceux du (WEHAB)10. Parmi les axes de projets retenus à Dakar en 2003 figure la question des déchets toxiques11. 7 7 (http://www.courrierinternational.com). 8 Les six secteurs prioritaires sont : l'Infrastructure, le Développement des Ressources humaines lequel sous-entend la santé, l’Agriculture, l’Environnement, la Culture et les Plates-formes Science de Technologie. Le programme d’action du NEPAD prend également en compte les conditions pour le développement durable (la paix, la sécurité, la démocratie, l’initiative de Gouvernance politique, l’initiative de gouvernance économique et d’entreprise), et la mobilisation des Ressources. 9 La lutte contre la faim, l’éducation primaire universelle, l’égalité du genre, la réduction de la mortalité infantile, la santé maternelle, la lutte contre le VIH, le paludisme. la durabilité environnementale 10 L’Eau, l’Énergie, la Santé et l’Environnement, l’Agriculture et la Biodiversité, et la Gestion de l’Écosystème (WEHAB) 11 À Dakar les 17 et 18 février 2003 les projets retenus ont été groupés en six thèmes : (i) Gestion écologiquement saine des pesticides et autres produits chimiques toxiques; (ii) Gestion des déchets ; (iii) Infrastructure d’appui; (iv) Production durable Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique… 4 II – 2 Accords et conventions Déjà en 1957, le comité des experts des Nations Unies a formulé des recommandations en matière de transport des marchandises dangereuses qui sont mises à jour tous les deux ans. La Convention de Bâle en 1989 sur les déchets toxiques s’est fixée comme objectif global la protection de la santé des personnes et de l’environnement contre les déchets dangereux. Le traitement et l’élimination de ces déchets devraient être effectués le plus près possible du lieu où ils sont produits. Au niveau régional, la Convention de Bâle a été renforcée par, d’une part des centres régionaux, et, d’autre part, par la Convention de Bamako du 30 Janvier 1991 pour l’Afrique. Par ailleurs peuvent être citées entre autres: la Convention Africaine sur la Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles adoptée par les Chefs d'Etat et de Gouvernement africains à Alger (1968), les lignes Directrices et Principes du Caire concernant la gestion écologiquement rationnelle de déchets dangereux adoptés par le PNUE en 1987, la Convention de Lomé IV relatives aux mouvements internationaux de déchets dangereux et radioactifs, la Convention de Barcelone sur la protection du milieu marin et du littoral de la Méditerranée, la Convention Cadre des Nations Unies de la lutte contre la désertification, la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et le protocole de Kyoto12. Mais alors, malgré toutes ces dispositions comment expliquer que des instruments de décision politiques ne soient pas utilisés ? Force est de reconnaître que d’autres intérêts, plus forts, gouvernent le monde et appèlent à tirer des leçons du passé pour soutenir la promotion de l’éthique environnementale. II–3 Quelques leçons à tirer Ratification et Diffusion des conventions Les conventions apparaissent comme des résultats de mûres réflexions qui ne concernent ou n’engagent pas vraiment les principaux acteurs. L’amendement qui interdit toute exportation de matériel dangereux hors de leurs frontières, proposé par les pays développés, n’a été approuvé que par 65 pays, tous de l’Union européenne. Quant au Protocole de Bâle concernant la mise en œuvre d’un régime global de responsabilité et d’indemnisation des dommages liés au commerce des déchets dangereux, seuls sept pays l’ont ratifié alors que 20 ratifications sont nécessaires pour son entrée en vigueur. Achim Steiner, Directeur Exécutif du PNUE, lance un appel à la communauté internationale pour le ratifier et accélérer son entrée en vigueur. 160 pays viennent de participer à la réunion de Nairobi du 17 Novembre au 1er Décembre, pour une mise à jour de la Convention. Les intentions sont bonnes mais leur adoption et exécution posent problème. [2] Par ailleurs ces conventions sont peu portées à la connaissance du public alors que les États membres sont chargés de leur diffusion et de leur mise en application assorties d’un rapport annuel. [5] Qu’en est - il ? et consommation; (v) Établissement d’un réseau de contacts et dissémination de l'information; (vi) Pollution atmosphérique (réduction de particules et gaz malfaisants) . 12 Le Protocole de Kyoto issu de la convention sur les changements climatiques vise à rendre opérationnelle la réduction des gaz à effet de serre à travers trois mécanismes de marché dont le Mécanisme en vue du Développement Propre (MDP). Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique… 5 Absence de valeur morale intrinsèque L’éthique environnementale selon Johan Hattingh13 est basée sur des distinctions entre « ce qui est moralement juste et ce qui est moralement injustifié, entre ce qui est moralement bon et ce qui est moralement mauvais, entre ce qui mérite respect et ce qui ne le mérite pas». Elles font appel à des principes moraux de droit et de devoir, de justice et de dignité, de solidarité et de partage, de recherche de paix et de prospérité pour tous. Ces valeurs morales intrinsèques même si elles sont sous entendues dans les recommandations ne sont pas prises en compte. Leur intégration en terme claire confère plus de poids à l’application des conventions en rejetant « les astuces idéologiques destinées à promouvoir les intérêts particuliers des pouvoirs politiques et économiques dominants dans le monde ». [6] Rôle des Universités et Institutions de recherche Il en a été largement question dans la « Recommandation concernant la condition des chercheurs scientifiques » élaborée par l’UNESCO depuis 197414. On peut juste retenir que les chercheurs doivent viser les objectifs nationaux et participer à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques nationales, à la dissémination du savoir scientifique dont la population a besoin. Ce qui suppose que chercheurs et décideurs soient formés et éduqués à la recherche scientifique dans un esprit d’intégrité, de dévouement au service de la communauté. Ils ont alors le droit de bénéficier de l’appui moral et matériel de l’Etat. Depuis 32 ans les recommandations ne sont pas correctement appliquées et la recherche reste le parent pauvre de l’Enseignement. On comprend alors pourquoi, dépourvus de moyens, les chercheurs contribuent peu à la résolution des problèmes de leur communautés. III – Approches possibles de solution Productions scientifiques au service de la prise de décision La nouvelle initiative mondiale pour renforcer les liens entre la santé et l’environnement « HELI » a commencé, à travers des projets pilotes, à mettre en place des instruments de prise de décision afin de passer du savoir à l’action. Actuellement la promotion de l’essence sans plomb en est l’un des résultats. Depuis trois ans le CRDI s’emploie à travers des ateliers thématiques à rapprocher les chercheurs des décideurs en Afrique de l’Ouest et du centre. Les thèmes déjà développés sont : Agriculture (Dakar), Education (Ouagadougou), Secteur privé (Cameroun), Désertification (Bamako), les TIC (Accra); la Santé sera bientôt développée à Cotonou. Productions scientifiques au service du développement communautaire. Des institutions africaines sont impliquées dans le renforcement des capacités en sciences environnementales, en Côte d’Ivoire 15, au Bénin, au Burkina, au Sénégal et au Cameroun par 13 Intérêts humains, valeur intrinsèque et questionnement radicale trois aspects nécessaires de l’éthique de l’environnement comme action internationale Actes COMEST quatrième session 23 – 25 Mars 2005 Bangkok Thaïlande 14 Recommendation on the Status of Scientific Researchers, UNESCO, 1974 15 Laboratoire des sciences de l’environnement de l’Université d’Abobo-Adjamé, et le CSRS Abidjan, Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique… 6 exemple. L’approche écosystème et santé humaine (AES), qui a fait ses preuves sur plusieurs continents sous l’égide du CRDI constitue une voie qui répond aux besoins de formation et d’éducation aussi bien des décideurs, des chercheurs que de la communauté. De façon générale l’AES explore d’abord la relation qui existe entre les différentes composantes d’un écosystème donné, définit et évalue les déterminants prioritaires de la santé humaine et de la durabilité de cet écosystème. Elle est basée sur trois principes : la transdisciplinarité, la participation communautaire et l’équité selon le genre. Le terme « transdisciplinarité » se réfère à la recherche effectuée par des équipes d’experts provenant de disciplines complémentaires, à travers un processus qui permet aux chercheurs de créer une « discipline virtuelle » comportant ses propres hypothèses, théories et modèles, ses protocoles de recherche, de nouvelles méthodes et des intuitions nées de la synergie qui découle de leur collaboration pour la durée du projet. Ce qui requiert une équipe de chercheurs désirant travailler directement au bien – être des communautés et qui incarnent les valeurs de l’éthique environnementale, intégrité, maturité, qualités morales et intellectuelles. La participation est le processus par lequel les bénéficiaires influencent et participent au contrôle des initiatives de développement, du processus de décision et des ressources qui les affectent. Cela suppose que la communauté soit prête à collaborer avec les chercheurs, la recherche étant perçue comme un outil de développement. L’AES accorde autant d’importance au savoir local qu’à celui de l’équipe scientifique, parce que ces échanges de connaissances débouchent sur des solutions viables. Il faut cibler des représentants des différents groupes sociaux et parfois faciliter les négociations pour que les acteurs soient bien représentés selon leurs rôles. Les décideurs dans la communauté doivent être capables de fournir temps, connaissances et expertise à ce processus de concertation. La recherche de l’équité est une garantie pour le succès de l’intervention. En y intégrant la notion du genre elle permet de construire un cadre pour la compréhension de la connaissance locale en mettant en lumière les différences qui caractérisent la manière dont hommes et femmes, vieux et jeunes participent au développement de leur communauté. Cas de Buyo À Buyo, une région à l’ouest de la Côte-d’Ivoire, les recherches effectuées par le Laboratoire des Sciences de l’Environnement de l’Université d’Abobo Adjamè en collaboration avec notre équipe ont conduit au diagnostic selon lequel les activités agricoles centrées sur le binôme café-cacao, grande consommatrice d’engrais et de pesticides, la mise en eau du barrage hydroélectrique, les activités de pêche connexes ont entraîné, en l’espace d’une décennie, de 1980 à 1990, la dégradation des écosystèmes forestier et aquatique; la trame sociale est bouleversée par le déplacement des populations et l’immigration massive, la paupérisation surtout des femmes autochtones, la rareté de l’eau potable, la forte incidence des maladies notamment la diarrhée et le paludisme. Des solutions urgentes ont été trouvées avec la population. Le défi qu’ont relevé en partie les chercheurs grâce à l’AES était d’évaluer la qualité de la santé humaine et celle des écosystèmes dans l’espace Buyo, afin de contribuer à son amélioration. Après la restitution des premiers résultats à la population représentée par toutes les couches sociales, et l’identification de ces priorités par elle-même, une équipe transdisciplinaire lui a apporté son appui technique et scientifique pour améliorer son bien être à partir des résultats de la recherche. Cette expérience contraste avec la recherche Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique… 7 conventionnelle, va plus loin qu’une simple identification des problèmes, garantit l’après projet, l’auto promotion sanitaire des populations, l’implication des décideurs locaux, une meilleure gestion des écosystèmes et une meilleure cohésion sociale. La recherche devient alors pour les universitaires animés par une forte motivation éthique, elle-même fondée sur le respect de la nature, de l’Homme et de ces valeurs culturelles et spirituelles, une voie royale de solutions concrètes aux besoins des communautés : (fourniture d’eau plus potable, éducation sur le niveau de pollution des poissons et sur le meilleur mode de cuisson pour une alimentation moins risquée, sur l’hygiène du milieu, les soins de santé primaires..). Cette recherche va fournir des indicateurs fiables pour l’information, la sensibilisation, l’éducation formelle et non formelle, le plaidoyer pour le changement. Il en va de la responsabilité de tous et de chacun et surtout des chercheurs qui doivent sortir de leur tour d’ivoire.. Éducation pour le développement durable (EDD) Dans cette perspective, la décennie 2005-2014, décennie de l’éducation en vue du développement durable, pour laquelle l’UNESCO est le chef de fil, nous offre un cadre d’action. En partenariat avec le PNUE un programme de formation a développé « Mainstreaming Environment and Sustainabily into African Universities (MESA)» destiné à sensibiliser les universitaires africains sur leur rôle de leader ou de champion de l’EDD. De façon concrète, ce programme va s’appliquer aux problèmes environnementaux prioritaires au niveau national, régional et international. Ainsi le CRDI vient d’approuver un important projet de formation à la recherche et à l’intervention communautaire sur la « Gestion des déchets ménagers en milieux urbain et périurbain en Afrique de l’Ouest et du Centre dans le cadre du NEPAD par l’approche Ecosanté». Il sera développé en phase pilote au Bénin, au Burkina, au Cameroun et en Côte d’Ivoire. Ce projet au préalable requiert l’engagement des États respectifs, les principaux acteurs pour la mise en œuvre sont le Réseau de Développement Durable en Afrique (REDDA), les enseignants chercheurs de la communauté de Pratique Ecosanté de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, le Secrétariat Intérimaire du NEPAD pour l’Environnement (SINEPAD) élargis aux partenaires africains de recherche. Conclusion La problématique des déchets toxiques en Afrique a ravivé la place de l’éthique environnementale à notre conscience individuelle et collective. Elle suscite un engagement et une responsabilisation de tout un chacun dans le respect de l’éthique environnementale. L’Approche écosanté porte en elle les valeurs de bonne gouvernance, de respect, d’équité, de solidarité, de dévouement, d’humilité surtout dans le cadre de la transdisciplinarité. C’est l’un des outils à promouvoir, au plan international et national, au niveau des secteurs privé et public, au niveau des communautés à la base. Il nous permet de nous investir dans notre propre développement en nous engageant pour la décennie de l’Éducation en vue du Développement Durable. Ceci devrait soutenir une meilleure définition des politiques et stratégies en faveur du bien être de l’homme en Afrique en rapprochant les chercheurs des décideurs. Telle est notre conviction! Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique… 8 Références bibliographiques 1 - L’encyclopédie libre Wikipédia, L’éthique de l’environnement 2 - Hoda Saliby Environnement. Afrique et Asie, poubelles à déchets des pays riches http://www.courrierinternational.com) 3 - Le Monde, 15 /10/2006 4 - Fraternité Matin - vendredi 15 septembre 5 - UNESCO : Recommendation on the Status of Scientific Researchers, UNESCO, 1974 6 - Johan Hattingh : Intérêts humains, valeur intrinsèque et questionnement radicale trois aspects nécessaires de l’éthique de l’environnement comme action internationale Actes COMEST, Quatrième session, 23 – 25 Mars 2005, Bangkok Thaïlande