Éthique de l`environnement : problématique des déchets toxiques

Transcription

Éthique de l`environnement : problématique des déchets toxiques
Ministère de la Recherche Scientifique
5IÈME S ESSION O RDINAIRE DE LA COMMISSION MONDIALE DE L’ÉTHIQUE
DES CONNAISSANCES S CIENTIFIQUES ET DES TECHNOLOGIES
---------------------------------------------------------------5th O RDINARY SESSION OF THE WORLD COMMISSION ON THE ETHICS
OF S CIENTIFIC KNOWLEDGE AND TECHNOLOGY (COMEST)
Session 3 : Éthique de l’Environnement
La problématique des déchets toxiques en Afrique
----------------------------------------------------Titre de la communication :
Éthique de l’environnement :
problématique des déchets toxiques
en Afrique
--------------------------------Yveline Marie Thérèse Houenou-Agbo
6 – 9 Décembre 2006/6 – 9 December 2006
Hôtel Le Méridien Président - Dakar – Sénégal
Nous remercions vivement l’Unité Régionale pour les Sciences
Sociales et Humaines, UNESCO Dakar, qui a autorisé la mise en
ligne de la version encore provisoire de cette communication ainsi
que des communications des autres participants africains à la
Cinquième Session ordinaire de la COMEST à Dakar, 5-9 décembre
2006.
Ces études seront aussi reproduites prochainement, en version
finale, dans les Actes officiels de la Cinquième Session ordinaire de
la COMEST.
Il s’agit d’un texte provisoire, dont l’édition finale imprimée doit
intervenir prochainement
Éthique de l’environnement :
Problématique des déchets toxiques en Afrique
Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo
Introduction
Selon l’encyclopédie libre Wikipédia, l’éthique de l’environnement qui est une branche de
l’éthique appliquée « cherche à préciser la nature du lien entre l’Humain et la Nature ». Les
questions environnementales constituent avec les questions économiques et sociales les trois
piliers du développement Durable. L’éthique environnementale « remonte au plus haut niveau
de préoccupation éthique, sur des sujets comme la gouvernance mondiale, l’organisation de
l’Etat et des collectivités territoriales, l’éducation et le pilotage des entreprises » 1. [1]
Les récents évènements d’Abidjan sur les déchets toxiques constituent donc une bonne
opportunité pour mener une réflexion sur l’éthique environnementale en Afrique. En effet, le
20 Août 2006, une partie de la population abidjanaise est victime de malaise, les premières
émanations de gaz toxiques envahissent la ville et les jours suivants, de très fortes odeurs
nauséabondes, suffocantes, révèlent la présence de déchets toxiques provenant du navire russe
dénommé ‘’Probo Koala’’. Les menaces sur la santé de l’homme et son environnement sont
ainsi portées au grand jour et, de façon dramatique, à notre conscience individuelle et
collective. Des accusations fusent de toutes parts. Cette catastrophe écologique encore
d’actualité n’est pas un phénomène isolé; elle soulève le problème de la gestion des déchets
dangereux transfrontières en direction des pays pauvres. Dans un tel contexte, la réflexion sur
l’Ethique Environnementale renvoie nécessairement, non seulement au rôle des organisations
internationales – ce qu’elles disent et font - mais aussi doit tenter de situer les
responsabilités locales et nationales. Quelle place pour les jeunes chercheurs africains?
Quelles approches de solutions pourrait – on suggérer pour l’avenir ou soutenir lorsqu’elles
existent , notamment en matière de recherche et d’éducation? Cette dernière question sera
illustrée par la démarche de l’Approche Écosystème et Santé Humaine et la nécessité de
promouvoir l’Éducation en vue du Développement Durable.
I - La problématique des déchets toxiques en Afrique
I–1 Cas d’Abidjan
Pour des raisons économiques, la société de négoce international Trafigura basée à
Amsterdam au Pays Bas a choisi de se débarrasser de ses déchets à d’Abidjan plutôt qu’aux
ports d’Amsterdam et de Rotterdam. Elle aurait pris soins de prévenir les autorités
compétentes de la nature très toxique de ses eaux sales à « manier avec précaution »2 [2]. Ces
déchets toxiques ont été déposés sous forme liquide et donc difficilement récupérables à
1 Éthique de l’environnement http://fr.wikipedia.org
2 Environnement. Afrique et Asie, poubelles à déchets des pays riches http//www.courrierinternational.com
Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique…
2
plusieurs endroits dans la ville d’Abidjan; 17 sites à ciel ouvert ont été identifiés
officiellement notamment à Vridi (Tri-postal), à la décharge incontrôlée d’Akouédo et au
Zoo; plus tard on apprend que la lagune, la mer et la proximité des zones maraîchères ont
servi de dépotoirs. L’échantillon prélevé le Jeudi 24 Août 2006, à bord du navire et analysé
par les laboratoires de la Société Ivoirienne de Raffinerie (SIR) et du Centre Ivoirien
AntiPollution (CIAPOL) a révélé la présence de carbone organique à une concentration de
21g/l et une masse volumique plus proche de l’essence pure avec une très forte teneur en
hydrogène sulfureux (H2S), du soufre mercaptan, du soufre et du plomb, de la soude
caustique, une très forte concentration d’organochlorés. Aux plans sanitaire, social et
politique, les conséquences sont dramatiques: une certaine psychose règne sur les populations
abidjanaises, 10 décès, des milliers de malades dont 69 hospitalisés et plus de 100 000
consultations médicales de personnes intoxiquées par les émanations de ces déchets toxiques3,
des familles déplacées, des journées de travail perdues; l’éventualité d’une guerre chimique a
été même évoquée. Certaines conséquences environnementales sont encore redoutées : la
contamination de la nappe phréatique et de la chaîne alimentaire, avec bien sûr la
répercussion à plus ou moins long terme sur la santé. Manifestement nous nous trouvions en
présence d’un problème grave de santé publique qui a nécessité l’intervention des pouvoirs
publics et celle de la communauté internationale.
Interventions
Au plan national, une équipe gouvernementale de coordination a été mise en place. Des
dispositions ont été prises par le Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique qui a mobilisé
son personnel technique pour organiser la prise en charge gratuite des malades et la
surveillance épidémiologique par l’Institut national d’hygiène publique (INHP). Des
consignes et des messages éducatifs à l’endroit de la population ont été donnés en insistant sur
les comportements à adopter relativement aux produits dangereux et même ménagers. Les
Ministères en charge de l’agriculture, de l’environnement et de la production animale, ont
appliqué le principe de précaution qui a conduit à l’incinération de certains produits et à la
délimitation de périmètres de protection. Il y a lieu de noter la réaction populaire, la
mobilisation de la société civile et des ONG pour plus de sensibilisation, de solidarité et de
plaidoyer. De façon plus timide les chercheurs environnementalistes glanent des informations
pour un suivi et une évaluation à long terme de l’impact environnemental. Au plan politique4,
des mesures drastiques administratives et légales ont été annoncées qui font encore la une de
la presse.
Au plan international, le gouvernement de Côte d’Ivoire a sollicité officiellement l’assistance
internationale : des experts français de la protection civile comprenant à tout le moins un
pharmacien, un géologue, un expert dans l’analyse de l’eau et un chimiste, arrivés en
compagnie d’un expert détaché par l’Union Européenne pour analyser la situation, l’Unité
d’Urgence Environnementale de OCHA en Suisse5, une équipe de trois experts de la
Coordination de la Gestion des Désastres des Nations Unies (UNDAC) a rejoint l’équipe
gouvernementale de coordination pour renforcer les stratégies techniques et la gestion de
l’information relative aux déchets toxiques et aux mesures de santé sécuritaire. L’ONUDI6 de
3 Le Monde, 15 /10/2006
4 Fraternité Matin -vendredi 15 septembre
5 Office for the coordination of humanitarian Affairs
6 Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel
Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique…
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Vienne a mobilisé une unité de crise dans la CPEMB (Clean Production and Environnemental
Management Branch).
I–2 En Afrique
Le scandale ivoirien dévoile l’ampleur et la complexité d’un trafic planétaire illégal entre les
pays riches et les pays pauvres. Plus récemment, la visite du Parlement Panafricain à Abidjan
pour une mission d’information et d’analyse de la situation, renforce l’intérêt de la recherche
de solutions durables à l’échelle continentale. En effet, la problématique des déchets toxiques
englobe l’ensemble des produits essentiellement générés par les pays développés, 20 à 50
millions de tonnes de déchets électroniques par an dans le monde; 7,5 millions de tonnes de
ces déchets ont été exportés en 2003 dont seulement 1 million a été éliminé en respectant les
normes sanitaires et environnementales7. Divers types de déchets sont exportés vers l’Afrique
pour y être recyclés comprenant outre les déchets électroniques, des produits alimentaires,
pharmaceutiques, périmés ou indésirables, des véhicules vieillissants et/ou mal entretenus, ou
« France au revoir », des pesticides prohibés.
La précarité de la situation de l’Afrique, où la pauvreté reste inextricablement liée à la
dégradation de l’environnement, est caractérisée par un fort taux d’accroissement de la
population (3%), une faible accessibilité à l’eau potable et à l’assainissement, un faible taux
d’alphabétisation. Cependant l’Afrique, d’une part, est aussi confrontée aux grands défis
mondiaux que sont l'émission des gaz à effet de serre, les changements climatiques et ses
conséquences (sécheresse, inondation..), la déforestation et, d’autre part, subit l’impact
négatif de la mondialisation et des rapides changements économiques. Alors que les
ressources humaines compétentes sont rares ou livrées au phénomène de la fuite des
cerveaux, et que les conflits armées continuent à ravager le continent. La résultante de cette
situation est la charge de morbidité et de mortalité inacceptable avec des taux des plus élevées
du monde touchant les populations les plus vulnérables, les femmes et les enfants.
A cette situation apocalyptique la communauté internationale a réagit à travers des
programmes de développement, des Conventions, des protocoles et des recommandations.
II – Réponses internationales
II – 1 Programmes et initiatives
Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) une promesse des
leaders africains, présentée comme une vision et un cadre politique stratégique pour le
développement économique et social de l'Afrique, vise les mêmes priorités8 que les Objectifs
du Millénaire pour le Développement9 et ceux du (WEHAB)10. Parmi les axes de projets
retenus à Dakar en 2003 figure la question des déchets toxiques11.
7 7 (http://www.courrierinternational.com).
8 Les six secteurs prioritaires sont : l'Infrastructure, le Développement des Ressources humaines lequel sous-entend la santé,
l’Agriculture, l’Environnement, la Culture et les Plates-formes Science de Technologie. Le programme d’action du NEPAD
prend également en compte les conditions pour le développement durable (la paix, la sécurité, la démocratie, l’initiative de
Gouvernance politique, l’initiative de gouvernance économique et d’entreprise), et la mobilisation des Ressources.
9 La lutte contre la faim, l’éducation primaire universelle, l’égalité du genre, la réduction de la mortalité infantile, la santé
maternelle, la lutte contre le VIH, le paludisme. la durabilité environnementale
10 L’Eau, l’Énergie, la Santé et l’Environnement, l’Agriculture et la Biodiversité, et la Gestion de l’Écosystème (WEHAB)
11 À Dakar les 17 et 18 février 2003 les projets retenus ont été groupés en six thèmes : (i) Gestion écologiquement saine des
pesticides et autres produits chimiques toxiques; (ii) Gestion des déchets ; (iii) Infrastructure d’appui; (iv) Production durable
Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique…
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II – 2 Accords et conventions
Déjà en 1957, le comité des experts des Nations Unies a formulé des recommandations en
matière de transport des marchandises dangereuses qui sont mises à jour tous les deux ans. La
Convention de Bâle en 1989 sur les déchets toxiques s’est fixée comme objectif global la
protection de la santé des personnes et de l’environnement contre les déchets dangereux. Le
traitement et l’élimination de ces déchets devraient être effectués le plus près possible du lieu
où ils sont produits. Au niveau régional, la Convention de Bâle a été renforcée par, d’une part
des centres régionaux, et, d’autre part, par la Convention de Bamako du 30 Janvier 1991 pour
l’Afrique. Par ailleurs peuvent être citées entre autres: la Convention Africaine sur la
Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles adoptée par les Chefs d'Etat et de
Gouvernement africains à Alger (1968), les lignes Directrices et Principes du Caire
concernant la gestion écologiquement rationnelle de déchets dangereux adoptés par le PNUE
en 1987, la Convention de Lomé IV relatives aux mouvements internationaux de déchets
dangereux et radioactifs, la Convention de Barcelone sur la protection du milieu marin et du
littoral de la Méditerranée, la Convention Cadre des Nations Unies de la lutte contre la
désertification, la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et le
protocole de Kyoto12.
Mais alors, malgré toutes ces dispositions comment expliquer que des instruments de décision
politiques ne soient pas utilisés ? Force est de reconnaître que d’autres intérêts, plus forts,
gouvernent le monde et appèlent à tirer des leçons du passé pour soutenir la promotion de
l’éthique environnementale.
II–3 Quelques leçons à tirer
Ratification et Diffusion des conventions
Les conventions apparaissent comme des résultats de mûres réflexions qui ne
concernent ou n’engagent pas vraiment les principaux acteurs. L’amendement qui
interdit toute exportation de matériel dangereux hors de leurs frontières, proposé par
les pays développés, n’a été approuvé que par 65 pays, tous de l’Union européenne.
Quant au Protocole de Bâle concernant la mise en œuvre d’un régime global de
responsabilité et d’indemnisation des dommages liés au commerce des déchets
dangereux, seuls sept pays l’ont ratifié alors que 20 ratifications sont nécessaires pour
son entrée en vigueur. Achim Steiner, Directeur Exécutif du PNUE, lance un appel à la
communauté internationale pour le ratifier et accélérer son entrée en vigueur. 160 pays
viennent de participer à la réunion de Nairobi du 17 Novembre au 1er Décembre, pour
une mise à jour de la Convention. Les intentions sont bonnes mais leur adoption et
exécution posent problème. [2]
Par ailleurs ces conventions sont peu portées à la connaissance du public alors que les
États membres sont chargés de leur diffusion et de leur mise en application assorties
d’un rapport annuel. [5] Qu’en est - il ?
et consommation; (v) Établissement d’un réseau de contacts et dissémination de l'information; (vi) Pollution atmosphérique
(réduction de particules et gaz malfaisants) .
12 Le Protocole de Kyoto issu de la convention sur les changements climatiques vise à rendre opérationnelle la réduction des
gaz à effet de serre à travers trois mécanismes de marché dont le Mécanisme en vue du Développement Propre (MDP).
Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique…
5
Absence de valeur morale intrinsèque
L’éthique environnementale selon Johan Hattingh13 est basée sur des distinctions entre « ce
qui est moralement juste et ce qui est moralement injustifié, entre ce qui est moralement bon
et ce qui est moralement mauvais, entre ce qui mérite respect et ce qui ne le mérite pas». Elles
font appel à des principes moraux de droit et de devoir, de justice et de dignité, de solidarité et
de partage, de recherche de paix et de prospérité pour tous. Ces valeurs morales intrinsèques
même si elles sont sous entendues dans les recommandations ne sont pas prises en compte.
Leur intégration en terme claire confère plus de poids à l’application des conventions en
rejetant « les astuces idéologiques destinées à promouvoir les intérêts particuliers des
pouvoirs politiques et économiques dominants dans le monde ». [6]
Rôle des Universités et Institutions de recherche
Il en a été largement question dans la « Recommandation concernant la condition des
chercheurs scientifiques » élaborée par l’UNESCO depuis 197414. On peut juste retenir que
les chercheurs doivent viser les objectifs nationaux et participer à l’élaboration et à la mise en
œuvre des politiques nationales, à la dissémination du savoir scientifique dont la population a
besoin. Ce qui suppose que chercheurs et décideurs soient formés et éduqués à la recherche
scientifique dans un esprit d’intégrité, de dévouement au service de la communauté. Ils ont
alors le droit de bénéficier de l’appui moral et matériel de l’Etat. Depuis 32 ans les
recommandations ne sont pas correctement appliquées et la recherche reste le parent pauvre
de l’Enseignement. On comprend alors pourquoi, dépourvus de moyens, les chercheurs
contribuent peu à la résolution des problèmes de leur communautés.
III – Approches possibles de solution
Productions scientifiques au service de la prise de décision
La nouvelle initiative mondiale pour renforcer les liens entre la santé et l’environnement
« HELI » a commencé, à travers des projets pilotes, à mettre en place des instruments de prise
de décision afin de passer du savoir à l’action. Actuellement la promotion de l’essence sans
plomb en est l’un des résultats. Depuis trois ans le CRDI s’emploie à travers des ateliers
thématiques à rapprocher les chercheurs des décideurs en Afrique de l’Ouest et du centre. Les
thèmes déjà développés sont : Agriculture (Dakar), Education (Ouagadougou), Secteur privé
(Cameroun), Désertification (Bamako), les TIC (Accra); la Santé sera bientôt développée à
Cotonou.
Productions scientifiques au service du développement communautaire.
Des institutions africaines sont impliquées dans le renforcement des capacités en sciences
environnementales, en Côte d’Ivoire 15, au Bénin, au Burkina, au Sénégal et au Cameroun par
13
Intérêts humains, valeur intrinsèque et questionnement radicale trois aspects nécessaires de l’éthique de l’environnement
comme action internationale Actes COMEST quatrième session 23 – 25 Mars 2005 Bangkok Thaïlande
14
Recommendation on the Status of Scientific Researchers, UNESCO, 1974
15
Laboratoire des sciences de l’environnement de l’Université d’Abobo-Adjamé, et le CSRS Abidjan,
Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique…
6
exemple. L’approche écosystème et santé humaine (AES), qui a fait ses preuves sur plusieurs
continents sous l’égide du CRDI constitue une voie qui répond aux besoins de formation et
d’éducation aussi bien des décideurs, des chercheurs que de la communauté.
De façon générale l’AES explore d’abord la relation qui existe entre les différentes
composantes d’un écosystème donné, définit et évalue les déterminants prioritaires de la santé
humaine et de la durabilité de cet écosystème. Elle est basée sur trois principes : la
transdisciplinarité, la participation communautaire et l’équité selon le genre.
Le terme « transdisciplinarité » se réfère à la recherche effectuée par des équipes d’experts
provenant de disciplines complémentaires, à travers un processus qui permet aux chercheurs
de créer une « discipline virtuelle » comportant ses propres hypothèses, théories et modèles,
ses protocoles de recherche, de nouvelles méthodes et des intuitions nées de la synergie qui
découle de leur collaboration pour la durée du projet. Ce qui requiert une équipe de
chercheurs désirant travailler directement au bien – être des communautés et qui incarnent les
valeurs de l’éthique environnementale, intégrité, maturité, qualités morales et intellectuelles.
La participation est le processus par lequel les bénéficiaires influencent et participent au
contrôle des initiatives de développement, du processus de décision et des ressources qui les
affectent. Cela suppose que la communauté soit prête à collaborer avec les chercheurs, la
recherche étant perçue comme un outil de développement. L’AES accorde autant
d’importance au savoir local qu’à celui de l’équipe scientifique, parce que ces échanges de
connaissances débouchent sur des solutions viables. Il faut cibler des représentants des
différents groupes sociaux et parfois faciliter les négociations pour que les acteurs soient bien
représentés selon leurs rôles. Les décideurs dans la communauté doivent être capables de
fournir temps, connaissances et expertise à ce processus de concertation.
La recherche de l’équité est une garantie pour le succès de l’intervention. En y intégrant la
notion du genre elle permet de construire un cadre pour la compréhension de la connaissance
locale en mettant en lumière les différences qui caractérisent la manière dont hommes et
femmes, vieux et jeunes participent au développement de leur communauté.
Cas de Buyo
À Buyo, une région à l’ouest de la Côte-d’Ivoire, les recherches effectuées par le Laboratoire
des Sciences de l’Environnement de l’Université d’Abobo Adjamè en collaboration avec
notre équipe ont conduit au diagnostic selon lequel les activités agricoles centrées sur le
binôme café-cacao, grande consommatrice d’engrais et de pesticides, la mise en eau du
barrage hydroélectrique, les activités de pêche connexes ont entraîné, en l’espace d’une
décennie, de 1980 à 1990, la dégradation des écosystèmes forestier et aquatique; la trame
sociale est bouleversée par le déplacement des populations et l’immigration massive, la
paupérisation surtout des femmes autochtones, la rareté de l’eau potable, la forte incidence
des maladies notamment la diarrhée et le paludisme. Des solutions urgentes ont été trouvées
avec la population. Le défi qu’ont relevé en partie les chercheurs grâce à l’AES était d’évaluer
la qualité de la santé humaine et celle des écosystèmes dans l’espace Buyo, afin de contribuer
à son amélioration. Après la restitution des premiers résultats à la population représentée par
toutes les couches sociales, et l’identification de ces priorités par elle-même, une équipe
transdisciplinaire lui a apporté son appui technique et scientifique pour améliorer son bien
être à partir des résultats de la recherche. Cette expérience contraste avec la recherche
Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique…
7
conventionnelle, va plus loin qu’une simple identification des problèmes, garantit l’après
projet, l’auto promotion sanitaire des populations, l’implication des décideurs locaux, une
meilleure gestion des écosystèmes et une meilleure cohésion sociale. La recherche devient
alors pour les universitaires animés par une forte motivation éthique, elle-même fondée sur le
respect de la nature, de l’Homme et de ces valeurs culturelles et spirituelles, une voie royale
de solutions concrètes aux besoins des communautés : (fourniture d’eau plus potable,
éducation sur le niveau de pollution des poissons et sur le meilleur mode de cuisson pour une
alimentation moins risquée, sur l’hygiène du milieu, les soins de santé primaires..). Cette
recherche va fournir des indicateurs fiables pour l’information, la sensibilisation, l’éducation
formelle et non formelle, le plaidoyer pour le changement. Il en va de la responsabilité de tous
et de chacun et surtout des chercheurs qui doivent sortir de leur tour d’ivoire..
Éducation pour le développement durable (EDD)
Dans cette perspective, la décennie 2005-2014, décennie de l’éducation en vue du
développement durable, pour laquelle l’UNESCO est le chef de fil, nous offre un cadre
d’action. En partenariat avec le PNUE un programme de formation a développé
« Mainstreaming Environment and Sustainabily into African Universities (MESA)» destiné à
sensibiliser les universitaires africains sur leur rôle de leader ou de champion de l’EDD. De
façon concrète, ce programme va s’appliquer aux problèmes environnementaux prioritaires au
niveau national, régional et international. Ainsi le CRDI vient d’approuver un important
projet de formation à la recherche et à l’intervention communautaire sur la « Gestion des
déchets ménagers en milieux urbain et périurbain en Afrique de l’Ouest et du Centre dans le
cadre du NEPAD par l’approche Ecosanté». Il sera développé en phase pilote au Bénin, au
Burkina, au Cameroun et en Côte d’Ivoire. Ce projet au préalable requiert l’engagement des
États respectifs, les principaux acteurs pour la mise en œuvre sont le Réseau de
Développement Durable en Afrique (REDDA), les enseignants chercheurs de la communauté
de Pratique Ecosanté de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, le Secrétariat Intérimaire du
NEPAD pour l’Environnement (SINEPAD) élargis aux partenaires africains de recherche.
Conclusion
La problématique des déchets toxiques en Afrique a ravivé la place de l’éthique
environnementale à notre conscience individuelle et collective. Elle suscite un engagement et
une responsabilisation de tout un chacun dans le respect de l’éthique environnementale.
L’Approche écosanté porte en elle les valeurs de bonne gouvernance, de respect, d’équité, de
solidarité, de dévouement, d’humilité surtout dans le cadre de la transdisciplinarité. C’est l’un
des outils à promouvoir, au plan international et national, au niveau des secteurs privé et
public, au niveau des communautés à la base. Il nous permet de nous investir dans notre
propre développement en nous engageant pour la décennie de l’Éducation en vue du
Développement Durable. Ceci devrait soutenir une meilleure définition des politiques et
stratégies en faveur du bien être de l’homme en Afrique en rapprochant les chercheurs des
décideurs. Telle est notre conviction!
Yveline Marie Thérèse Houénou-Agbo, Problématique des déchets toxiques en Afrique…
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Références bibliographiques
1 - L’encyclopédie libre Wikipédia, L’éthique de l’environnement
2 - Hoda Saliby Environnement. Afrique et Asie, poubelles à déchets des pays riches
http://www.courrierinternational.com)
3 - Le Monde, 15 /10/2006
4 - Fraternité Matin - vendredi 15 septembre
5 - UNESCO : Recommendation on the Status of Scientific Researchers, UNESCO, 1974
6 - Johan Hattingh : Intérêts humains, valeur intrinsèque et questionnement radicale trois
aspects nécessaires de l’éthique de l’environnement comme action internationale Actes
COMEST, Quatrième session, 23 – 25 Mars 2005, Bangkok Thaïlande