Petite histoire du lot

Transcription

Petite histoire du lot
Petite histoire du lot-surprise du loto
C’est Christian Allard qui m’a raconté cette
petite histoire, qui m’a fait beaucoup rire,
concernant le dernier lot du loto, dit « lotsurprise ». Aussi, avec sa permission, je ne
résiste pas à la partager avec vous.
Cela se passait pendant la préparation du loto au
moment où toute son équipe envisageait
différents scénarios pour égayer au mieux la
soirée. L’idée des perruques fut adoptée tout de
suite tout comme celle du tirage d’une loterie
finale.
« On pourrait finir la soirée en beauté avec un lotsurprise original peut-être » proposa quelqu’un.
A quoi une autre personne répondit :
« Et si on habillait une poupée aux couleurs du
club ? ».
Il s’ensuivit une rigolade car l’idée plut tout de
suite aux filles, Françoise proposant même ses
vêtements du club pour habiller la poupée.
« Vous vous en occupez ? » leur dit Christian.
« Ah ! Pour l’habiller oui, mais pour l’acheter
c’est à toi de jouer ».
Christian accepta en supposant que l’achat pouvait se
faire discrètement mais n’étant pas du tout habitué à la
fréquentation d’un sex-shop il ne pouvait imaginer son
embarras futur.
Connecté à Internet, il découvrit une adresse à Aix,
avenue Aristide Briand, puis un contact téléphonique. Par
téléphone, il expliqua au gérant du magasin que l’idée
d’acheter une poupée gonflable ne venait pas de lui mais
du CSPA, que c’était pour faire un lot-surprise, pour un
loto…etc… et il demanda le prix de l’objet le moins cher.
« Ça commence à 38€ mais pour un peu plus cher vous
avez mieux, plus joli, avec une matière plus fine et plus
agréable au toucher ».
« Mais je vous dis que ce n’est pas pour moi ! C’est pour
le loto du CSPA, pour un lot-surprise… ».
Manifestement le gérant avait écouté d’une oreille
distraite l’histoire du lot-surprise comme une excuse
« bidon » à laquelle il devait être habitué lorsqu’il avait
au téléphone des gens un peu coincés.
« Vous pouvez me préparer le paquet ? Je passerai tard. A
quelle heure fermez-vous ? » .
« Passez quand vous voulez, vers 19 h par exemple. Nous
fermons très tard, bien après 19 h ».
C’est donc tard dans la soirée que Christian s’aventura en
voiture dans l’avenue Aristide Briand.
Le ciel semblait être avec lui car il y avait juste une place
devant le magasin.
Ainsi il allait pouvoir sauter rapidement de sa voiture dans le sex-shop sans se faire remarquer de
quelque passant connu (qui aurait pu lui dire : « Ah ! C’est là que vous trouvez les pièces de
rechange pour réparer les carrosseries ?... »), prendre vite son paquet et…
…s’enfuir.
Il espérait qu’à cette heure tardive il n’y aurait personne dans le magasin mais il fut fortement déçu
en entrant et en apercevant cinq jeunes femmes en train de converser autour de différents produits.
« Aller vite au comptoir, payer et partir vite… » se répétait-il.
Arrivé au comptoir, il s’adressa ainsi à voix basse à la personne qu’il prenait pour le gérant :
« Bonjour, je viens chercher le paquet pour le CSPA, vous savez… on en a parlé au téléphone… la
poupée à 38€… pour le lot-surprise… pour la loterie… vous savez bien… c’est pour le CSPA… ».
Et l’autre, derrière le comptoir, de dire à haute voix :
« Je ne suis pas au courant. C’est certainement mon camarade que vous avez eu ; lui est là le matin et
moi l’après-midi ».
Puis, sortant de derrière son comptoir, et entraînant le pauvre Christian vers un rayon, d’ajouter :
« C’est bien une poupée gonflable à 38€ que vous voulez ? »
« Regardez dans ce rayon, les prix vont de 38€ à 450€. Moi je vous conseille de mettre un peu plus
de 38€ pour avoir un modèle plus joli et plus agréable au toucher ».
Ce fut un long moment de solitude pour notre ami qui se sentit, en plus, épié par cinq regards
féminins inquisiteurs.
Se sentant tout à coup coupable de passer pour un malade, il bredouilla mais à haute voix cette fois
pour que tout le monde entende et comme pour se
justifier :
« Mais je vous ai dit que ce n’était pas pour moi, c’est
pour le loto… lot-surprise…loterie…CSPA…etc… »
« C’est vous qui voyez mais les modèles un peu plus
chers sont bien plus appréciés. Je vous fais un paquet
cadeau ? »
« Non merci, c’est bon, je prends la boîte comme ça ».
« Et surtout tu marchandes ! » lui avait dit Françoise.
Il n’a évidemment pas marchandé, trop pressé de sortir
au moment où les cinq femmes s’entretenaient à voix
basse en pensant certainement « à la misère sexuelle qui
devait s’être abattue sur ce pauvre homme… pour en
arriver là !».
« Et je n’ai même pas osé dire au revoir aux femmes »
me confiera-t-il pour finir.
Quant au lot surprise, c’est celui qui écrit ces lignes qui
l’a remporté avec, en plus, un saucisson de 800g.
J’ai dû évidemment monter sur l’estrade, subir malgré
moi les plaisanteries ironiques des copains et, pour la
première fois de ma vie, prendre dans mes bras une
poupée gonflable pour la photo.
Je dois dire que, ne ressentant aucune émotion
particulière, j’ai rendu la poupée, préférant rentrer chez
moi avec celle qui me supporte et partage ma vie depuis
près d’un demi-siècle et qui vaut à mes yeux…
…quand même bien plus que 38€ !
« Ne te vexe pas si je remets une partie du lot en jeu. Je ne garde que le saucisson…
…pour le manger évidemment ! » dis-je pour finir à Christian.
J.C.Lagache