état du phénomène de la drogue en europe

Transcription

état du phénomène de la drogue en europe
2012
RAPPORT
ANNUEL
Les publications de l’Observatoire constituent une des principales sources
d’information pour un public très diversifié, comprenant des décideurs et
leurs conseillers, des professionnels et des chercheurs travaillant dans le
domaine de la toxicomanie et, plus largement, les médias et le grand
public.
I S S N 16 0 9- 6142
L’OEDT collecte, analyse et diffuse des informations factuelles, objectives,
fiables et comparables sur les drogues et la toxicomanie. Ce faisant, il offre
à son public une vue d’ensemble du phénomène de la drogue en Europe
fondée sur des faits probants.
R A P P O RT A N N U E L 2012: É TAT D U P H ÉN O M ÈN E D E L A D RO G U E EN EU RO P E
L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT)
est l’un des organes décentralisés de l’Union européenne. Créé en 1993
et siégeant à Lisbonne, il constitue la source principale d’informations
approfondies sur les drogues et la toxicomanie en Europe.
T D - AC -12- 0 01- F R - C
À propos de l’OEDT
Le présent rapport présente la vue d’ensemble annuelle de l’OEDT sur l’état
du phénomène de la drogue dans les États membres de l’UE; il constitue un
ouvrage de référence essentiel pour ceux qui recherchent les dernières
découvertes en matière de drogue en Europe.
ÉTAT DU PH ÉNOM ÈN E DE L A DRO GU E
EN EU RO PE
FR
Comment vous procurer les publications de l’Union européenne?
Publications gratuites:
•
sur le site de l’EU Bookshop (http://bookshop.europa.eu);
•
a uprès des représentations ou des délégations de l’Union européenne. Vous pouvez obtenir leurs coordonnées en consultant le site http://ec.europa.eu ou par télécopieur au numéro +352 2929-42758.
Publications payantes:
•
sur le site de l’EU Bookshop (http://bookshop.europa.eu).
Abonnements facturés (par exemple séries annuelles du Journal officiel de l’Union européenne,
recueils de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne):
•
a uprès des bureaux de vente de l’Office des publications de l’Union européenne (http://publications.europa.eu/others/agents/index_fr.htm).
2012
RAPPORT
ANNUEL
ÉTAT DU PH ÉNOM ÈN E DE L A DRO GU E
EN EU RO PE
Avis juridique
Cette publication de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies est protégée par la législation
sur le droit d’auteur. L’Observatoire décline toute responsabilité quant aux conséquences de l’utilisation des
données figurant dans ce document. Le contenu de cette publication ne reflète pas nécessairement l’opinion
officielle des partenaires de l’Observatoire, des États membres de l’Union européenne ou de toute institution
ou organe de l’Union européenne.
Un grand nombre d’informations complémentaires sur l’Union européenne sont disponibles sur l’internet via
le serveur Europa (http://europa.eu).
Europe Direct est un service destiné à vous aider à trouver des réponses aux questions que vous vous posez
sur l’Union européenne.
Un numéro unique gratuit (*):
00 800 6 7 8 9 10 11
(*) Certains opérateurs de téléphonie mobile ne permettent pas l’accès aux numéros 00 800 ou peuvent facturer ces appels.
Ce rapport est disponible en allemand, anglais, bulgare, danois, espagnol, estonien, finnois, français, grec,
hongrois, italien, letton, lituanien, néerlandais, polonais, portugais, roumain, slovaque, slovène, suédois,
tchèque et norvégien. Toutes les traductions ont été effectuées par le Centre de traduction des organes
de l’Union européenne.
Une fiche catalographique figure à la fin de l’ouvrage.
Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne, 2012
ISBN 978‑92‑9168‑542‑4
doi:10.2810/6532
© Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, 2012
Reproduction autorisée, moyennant mention de la source
Printed in Luxembourg
Imprimé
sur papier blanchi sans chlore élémentaire
(ECF)
Cais do Sodré, 1249‑289 Lisbonne, Portugal
Tél. +351 211210200 • Fax +351 218131711
[email protected] • www.emcdda.europa.eu
Table des matières
Préface 5
Remerciements 7
Remarques préliminaires 9
Commentaire: Partir de l’acquis, maintenir la dynamique
et réagir aux changements: les défis de la politique
antidrogue en Europe aujourd’hui 13
Chapitre 1: Politiques et législations
Évolution des politiques internationales et européennes • Stratégies nationales •
Dépenses publiques • Législation nationale • Recherche21
Chapitre 2: La réponse au problème de la drogue en Europe —
Vue d’ensemble
Prévention • Traitement • Réinsertion sociale • Réduction des risques •
Normes de qualité • Répression antidrogue et infractions liées à la drogue31
Chapitre 3: Cannabis
Offre et disponibilité • Prévalence et modes de consommation • Effets
néfastes sur la santé • Traitement43
Chapitre 4: Amphétamines, ecstasy, substances hallucinogènes,
GHB et kétamine
Offre et disponibilité • Prévalence et modes de consommation • Conséquences
sur la santé • Prévention dans les espaces récréatifs • Traitement55
Chapitre 5: Cocaïne et crack
Offre et disponibilité • Prévalence et modes de consommation • Conséquences
sur la santé • Usage problématique • Traitement et réduction des risques67
Chapitre 6: Consommation d’opiacés et injection de drogue
Offre et disponibilité • Usage problématique d’opiacés • Consommation
de drogue par voie intraveineuse • Traitement78
Chapitre 7: Maladies infectieuses et décès liés à la drogue
Maladies infectieuses • Réponses apportées aux maladies infectieuses •
Mortalité et décès • Réduction du nombre de décès88
Chapitre 8: Nouvelles drogues et tendances émergentes
Action de l’Union européenne sur les nouvelles drogues • Production
et offre • Prévalence • Réponses99
Références 107
3
Préface
Cette publication constitue le 17e rapport annuel de
l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies
(OEDT) sur l’état du phénomène de la drogue en Europe. Il
est satisfaisant d’observer combien nous avons progressé
dans la construction d’une bonne compréhension du
phénomène de la drogue en Europe. Ce succès ne doit
toutefois pas être porté au crédit du seul OEDT, car le
mérite en revient également aux États membres de l’Union
européenne (UE), conscients de longue date qu’il est
de l’intérêt de tous de disposer d’un tableau complet du
phénomène de la drogue sur notre continent. Et si nous
sommes particulièrement fiers du travail accompli par
nos collaborateurs, il faut reconnaître que ce rapport
est en grande partie une œuvre collective qui n’aurait
pas pu voir le jour sans le soutien et le travail acharné
de nos partenaires. Au premier rang de ceux‑ci figurent
les membres du réseau Reitox qui mettent à notre
disposition les données nationales sur lesquelles reposent
nos analyses. Nous sommes, en outre, redevables aux
nombreuses autres agences et organismes européens et
internationaux qui soutiennent notre travail.
Le rapport de cette année intervient à un moment à la fois
important et difficile pour l’Europe. Nombre de pays sont
confrontés à des problèmes économiques et financiers, et
c’est sur cette toile de fond que notre rapport a été rédigé.
Les mesures d’austérité adoptées génèrent de nombreux
défis, et les responsables politiques actuels font face
à des choix difficiles, alors que des priorités divergentes
pèsent sur les finances publiques. Dans un tel contexte, il
importe plus que jamais de procéder à des investissements
judicieux, fondés sur une bonne compréhension de la
nature du problème et sur l’identification exacte des
mesures susceptibles de produire les meilleurs résultats.
La mission de l’OEDT consiste précisément à proposer une
telle analyse en collaboration avec des experts travaillant
dans l’ensemble des pays européens. Grâce à ce rapport
et aux ressources complémentaires qui l’accompagnent
sur l’internet, le lecteur dispose d’une vue d’ensemble
complète, solidement étayée sur le plan scientifique, du
phénomène contemporain de la drogue en Europe, ainsi
que d’exemples de bonnes pratiques innovantes.
L’analyse des problèmes liés à la drogue est réductrice
lorsqu’elle ne se focalise que sur des aspects partiels
de ce phénomène complexe, comme s’ils existaient
isolément. Ce n’est pas l’approche que nous avons choisie.
À nos yeux, la force d’analyse de l’OEDT repose sur sa
capacité à rassembler des informations disparates sur
des thèmes qui s’étendent des marchés de la drogue aux
mesures d’interdiction, de la consommation de drogue
aux réponses visant à réduire la demande en passant par
les initiatives politiques et législatives. Une telle approche
nous permet de présenter une analyse globale, plus
complète que si nous abordions chacun de ces aspects
séparément. On ne saurait appréhender pleinement les
questions liées à l’offre de drogue si l’on ne saisit pas les
mécanismes qui sous‑tendent la demande et vice‑versa.
Ainsi, pour comprendre les évolutions que nous observons
actuellement sur le plan de la disponibilité de l’héroïne,
il faut obligatoirement prendre en considération l’impact
des mesures de répression sur certaines organisations
criminelles d’envergure. Mais il ne faut pas omettre de
tenir compte du fait que ces évolutions sont intervenues
dans le contexte d’un net recul de la demande d’héroïne,
dû à une hausse des investissements dans le domaine
des traitements. Comme vous le constaterez en lisant
le rapport de cette année, ces éléments sont d’une
importance cruciale et ils doivent faire l’objet d’une
analyse globale, qui seule permet de rendre compte
pleinement des évolutions en matière d’héroïne en Europe.
Une telle vision d’ensemble est indispensable si nous
voulons réagir efficacement face à la complexité et au
dynamisme du phénomène de la drogue dans l’Europe
d’aujourd’hui. Nous sommes confrontés à de nombreux
défis, nouveaux pour certains, plus anciens pour
d’autres. Certaines menaces découlent des progrès des
technologies de l’information et de la communication,
de la diffusion de nouvelles substances psychoactives ou
encore de la disponibilité et de la consommation accrues
des drogues de synthèse. D’autres défis résultent de
problèmes plus anciens, sur lesquels les mesures mises en
place sont restées sans effet, et qui portent préjudice tant
aux individus qu’aux collectivités. L’OEDT est déterminé
à fournir un ensemble de données et d’analyses propres
à garantir que le débat sur les drogues en Europe repose
sur une compréhension globale, objective et, surtout, utile
de cette problématique complexe.
João Goulão
Président du conseil d’administration de l’OEDT
Wolfgang Götz
Directeur de l’OEDT
5
Remerciements
L’OEDT souhaite adresser ses remerciements aux personnes et organisations suivantes pour leur contribution à la
production de ce rapport:
• les responsables des points focaux nationaux Reitox et leur personnel;
• les services et les experts de chaque État membre qui ont recueilli les données brutes pour ce rapport;
• les membres du conseil d’administration et du comité scientifique de l’OEDT;
• le Parlement européen, le Conseil de l’Union européenne — en particulier son groupe horizontal «Drogue» — et la
Commission européenne;
• le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), l’Agence européenne des médicaments (EMA)
et l’Office européen de police (Europol);
• le groupe «Pompidou» du Conseil de l’Europe, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le
bureau régional pour l’Europe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Interpol, l’Organisation mondiale des
douanes, le projet ESPAD, le Conseil suédois d’information sur l’alcool et les autres drogues (CAN), la Direction des
substances contrôlées et du tabac du ministère canadien de la santé et l’Administration américaine des services de
santé mentale et des toxicomanies (US Substance Abuse and Mental Health Services Administration);
• le Centre de traduction des organes de l’Union européenne et l’Office des publications de l’Union européenne.
Points focaux nationaux Reitox
Reitox est le réseau européen d’information sur la drogue et la toxicomanie. Il se compose de points nationaux situés dans les
États membres de l’UE, en Norvège, dans les pays candidats et à la Commission européenne. Placés sous la responsabilité de
leurs gouvernements respectifs, les points focaux sont les autorités nationales chargées de fournir des informations sur la drogue
à l’OEDT.
Les coordonnées des points focaux nationaux sont disponibles sur le site de l’OEDT.
7
Remarques préliminaires
Ce rapport annuel se fonde sur les informations fournies
à l’OEDT, sous la forme d’un rapport national, par
les États membres de l’Union européenne, les pays
candidats, la Croatie et la Turquie, ainsi que la Norvège.
Les données statistiques rapportées ici portent sur
l’année 2010 (ou sur la dernière année disponible). Les
graphiques et tableaux figurant dans ce rapport peuvent
ne refléter qu’un sous‑ensemble de pays de l’Union. En
effet, la sélection repose sur les pays pour lesquels des
données sont disponibles pour la période considérée ou
vise à mettre en lumière certaines tendances.
L’analyse des tendances ne repose que sur les pays
ayant fourni des données suffisantes pour rendre compte
des modifications intervenues au cours de la période
donnée. Les chiffres de 2009 peuvent être utilisés en
remplacement des valeurs manquantes pour 2010 dans
l’analyse des tendances du marché de la drogue. Pour les
autres tendances, les données manquantes peuvent être
interpolées.
En lisant ce rapport annuel, il convient de garder à l’esprit
certaines informations générales et les mises en garde
présentées ci‑après.
Accès au rapport annuel et à ses sources
de données sur l’internet
Le rapport annuel peut être téléchargé en 22 langues sur
le site de l’OEDT. La version électronique contient des
liens vers toutes les sources en ligne mentionnées dans le
rapport.
Les ressources suivantes ne sont disponibles que sur
l’internet:
Le bulletin statistique 2012 (en anglais) présente la série
complète des tableaux sur lesquels s’appuie l’analyse
statistique contenue dans le rapport annuel. Il fournit
également d’autres détails sur la méthodologie suivie et sur
une centaine de graphiques statistiques supplémentaires.
Les rapports nationaux (en anglais) des points focaux
Reitox donnent une description et une analyse détaillées du
phénomène de la drogue dans chaque pays.
Les synthèses nationales (en anglais) présentent un résumé
graphique de haut niveau sur des aspects essentiels de
l’état du phénomène de la drogue dans chaque pays.
Les informations systématiques et habituelles permettant de
décrire les marchés et le trafic de la drogue sont toujours
limitées. Les estimations de la production d’héroïne, de
cocaïne et de cannabis sont déduites d’estimations des
cultures s’appuyant sur un travail de terrain (prélèvement
d’échantillons sur le terrain) et des images aériennes ou
satellites. Ces estimations présentent certaines limites
importantes liées, par exemple, aux variations de
rendement ou à la difficulté d’assurer la surveillance
de cultures telles que le cannabis, qui sont cultivées en
intérieur ou qui ne sont pas cultivées dans des zones
géographiques bien définies.
puissance ainsi que sur les prix au détail des drogues
illicites pour comprendre les marchés de vente au détail
de la drogue. Les prix de vente au détail des drogues
communiqués à l’OEDT reflètent le prix au consommateur.
Les tendances sont ajustées pour tenir compte de l’inflation
au niveau national. Les rapports de la plupart des pays
sur la pureté ou la puissance se fondent sur un échantillon
des drogues saisies, et il n’est généralement pas possible
de relier les données rapportées à un niveau spécifique
du marché de la drogue. En ce qui concerne la pureté,
la puissance et les prix au détail, les analyses s’appuient
sur les moyennes déclarées ou, en leur absence, sur des
valeurs médianes. La disponibilité des données sur les
prix et la pureté peut être limitée dans certains pays, et
leur fiabilité et leur comparabilité peuvent soulever des
questions.
On considère généralement que les saisies de drogue
constituent un indicateur indirect de l’offre, des
itinéraires de trafic et de la disponibilité des drogues.
Elles constituent un indicateur plus direct des activités
répressives de lutte contre la drogue (par exemple
les priorités, les moyens et les stratégies) et reflètent
également les pratiques de communication des
informations et la vulnérabilité des trafiquants. On peut
également analyser les données sur la pureté ou la
L’OEDT collecte des informations nationales sur les saisies
de drogue, leur pureté et leur prix au détail en Europe.
Les autres données sur l’offre de drogue proviennent des
systèmes d’information et des analyses de l’ONUDC et sont
complétées par des informations supplémentaires émanant
d’Europol. Les informations sur les produits précurseurs sont
obtenues auprès de la Commission européenne, qui collecte
des données sur les saisies de ces substances dans l’UE,
et de l’Organe international de contrôle des stupéfiants
Données relatives à l’offre et à la disponibilité des drogues
9
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
(OICS), qui participe à des initiatives internationales visant
à prévenir le détournement de précurseurs chimiques utilisés
dans la fabrication de drogues illicites.
Les données et les estimations présentées dans ce rapport
constituent les meilleures approximations disponibles,
mais elles doivent être interprétées avec prudence, car
de nombreuses régions du monde ne disposent pas de
systèmes d’information sophistiqués en ce qui concerne
l’offre de drogue.
Prévalence de la consommation de drogue mesurée
par les enquêtes sur la population générale
L’usage de drogue dans la population générale ou en
milieu scolaire peut être évalué au moyen d’enquêtes
représentatives qui donnent des estimations de la
proportion de personnes déclarant avoir consommé
certaines drogues sur des périodes définies. Les enquêtes
fournissent également de précieuses informations
contextuelles sur les habitudes de consommation, les
caractéristiques sociodémographiques des consommateurs
et les perceptions des risques et de la disponibilité.
En étroite collaboration avec des experts nationaux,
l’OEDT a développé un questionnaire de base commun
utilisé pour les enquêtes menées auprès des adultes
[«European Model Questionnaire» — questionnaire type
européen (EMQ)]. Ce protocole a maintenant été mis
en œuvre dans la plupart des États membres. Il existe
toutefois encore des différences de méthodologie et
d’année de collecte des données d’un pays à l’autre, et les
écarts mineurs, en particulier entre pays, doivent donc être
interprétés avec prudence.
La réalisation d’enquêtes étant onéreuse, peu de pays
européens collectent des informations chaque année, bien
qu’ils soient nombreux à le faire à des intervalles allant de
deux à quatre ans. Dans le présent rapport, les données
présentées sont fonction de l’enquête la plus récente
disponible dans chaque pays; dans la plupart des cas,
cette enquête a été réalisée entre 2006 et 2010. Pour le
Royaume‑Uni, les données sur la prévalence concernent
l’Angleterre et le pays de Galles, sauf mention contraire,
même si des données séparées pour l’Écosse et l’Irlande
du Nord sont également disponibles.
Des trois périodes de consommation standard utilisées
pour communiquer les données des enquêtes, la
prévalence au cours de la vie (consommation de drogue
à tout moment de la vie) est la plus courante. Cette
mesure ne reflète pas la consommation actuelle de drogue
parmi les adultes, mais elle est utile pour comprendre
les habitudes de consommation et l’incidence. Pour les
10
adultes, les tranches d’âges standards utilisées par l’OEDT
sont les 15‑64 ans (tous les adultes) et les 15‑34 ans
(jeunes adultes). Les pays suivants utilisent des limites
d’âge inférieures ou supérieures: Danemark (16 ans),
Allemagne (18 ans), Hongrie (18 ans), Malte (18 ans),
Suède (16 ans) et Royaume‑Uni (16‑59 ans). L’accent
est placé sur la consommation au cours de la dernière
année et du dernier mois (consommation au cours des
12 derniers mois ou des 30 derniers jours avant l’enquête)
(pour de plus amples informations, voir le site de l’OEDT).
Chez les élèves, la prévalence au cours de la vie et la
prévalence au cours de la dernière année sont souvent
similaires, car la consommation de drogues illicites avant
15 ans reste rare.
Le projet européen d’enquête en milieu scolaire sur l’alcool
et les autres drogues (ESPAD) applique des méthodes et
des instruments normalisés pour mesurer la consommation
de drogue et d’alcool dans des échantillons représentatifs
d’élèves ayant eu 16 ans au cours de l’année civile.
En 2011, des données ont été collectées dans trente‑six
pays dont vingt‑quatre États membres de l’UE, la Croatie
et la Norvège; les résultats ont été publiés en 2012. Par
ailleurs, l’Espagne et le Royaume‑Uni mènent parmi les
élèves des enquêtes nationales qui permettent d’obtenir
des données sur la consommation de drogue comparables
aux résultats des enquêtes ESPAD.
Demandes de traitement
En Europe, les données relatives aux personnes entamant
un traitement pour des problèmes de consommation de
drogue sont introduites de façon anonyme dans l’indicateur
de demandes de traitement de l’OEDT. Chaque patient
qui entame un traitement répond à des questions sur sa
consommation de drogue, les coordonnées de contact
concernant le traitement et les caractéristiques sociales. La
période d’étude pour les données annuelles d’admission en
traitement va du 1er janvier au 31 décembre. Les patients
en cours de traitement au début de l’année considérée ne
sont pas inclus dans les données. Lorsque la proportion
de demandes de traitement pour une drogue primaire est
fournie, le dénominateur utilisé est le nombre de cas pour
lesquels la drogue primaire est connue.
Interventions
Les informations sur la disponibilité et la mise en œuvre
des différentes interventions en Europe sont généralement
basées sur l’avis éclairé d’experts nationaux recueilli grâce
à des questionnaires structurés. Pour certains indicateurs,
des données quantitatives de suivi sont toutefois aussi
disponibles.
Commentaire
Partir de l’acquis, maintenir la dynamique et réagir aux changements:
les défis de la politique antidrogue en Europe aujourd’hui
Renforcer la coordination et la coopération
L’un des principaux enseignements de la dernière analyse
de l’OEDT sur l’état du phénomène de la drogue en
Europe est qu’il convient de rester vigilant vis‑à‑vis des
problèmes liés aux drogues consommées de longue date
tout en développant des réponses aux menaces et aux
défis qui sont nouveaux. Sur le plan des dommages, de
la morbidité et de la mortalité liés à la consommation
de drogue, l’héroïne et la cocaïne continuent à jouer
un rôle important en Europe. Dans ce domaine, il faut
maintenir la dynamique d’élaboration puis de mise en
œuvre de réponses issues de données probantes. Des
progrès considérables, bien qu’inégaux, ont été réalisés
à de nombreux égards, mais ils pourraient être remis en
cause par l’émergence d’un contexte nouveau ou d’une
incapacité à poursuivre l’intensification des réponses.
L’analyse souligne également la nécessité de renforcer la
capacité de l’Europe à identifier et à répondre aux défis
que pose un marché de la drogue toujours plus complexe
et dynamique.
équilibrée et fondée sur des données probantes, incluant
un ensemble complet de mesures visant à réduire à la
fois l’offre et la demande de drogues. Le monitoring, la
recherche et l’évaluation, ainsi que le respect des droits
fondamentaux de l’homme, devraient également demeurer
des éléments essentiels de l’approche européenne. Ce
nouveau cadre devra également garantir la synergie entre
les activités mises en œuvre dans le domaine de la drogue
et celles menées dans des domaines plus vastes liés aux
questions de sécurité et de santé publique, où la drogue
n’est qu’un élément parmi d’autres, notamment dans le
domaine de la prévention du virus d’immunodéficience
humaine (VIH) et de la lutte contre le crime organisé. Il
contribuera également à garantir que l’Europe s’exprime
d’une même voix et de manière ferme dans les débats
internationaux.
Un tableau complexe: le marché du cannabis en Europe
Ces impératifs doivent être considérés à l’aune de la
situation financière difficile que traversent de nombreux
pays européens et qui entraîne une limitation des
ressources susceptibles d’être affectées à la résolution
de problèmes sanitaires et sociaux. Dans ces conditions,
il est essentiel que les fonds disponibles soient investis
dans des activités bien ciblées et dont l’efficacité est
reconnue. Un tel objectif peut être atteint notamment par
le renforcement de la coopération entre les États membres,
afin de maximiser les bénéfices résultant des initiatives
mises en œuvre grâce au partage des expériences,
à la collaboration et à une meilleure coordination des
actions. La stratégie antidrogue de l’UE et les plans
d’action associés fournissent le cadre de cette coopération
renforcée. La stratégie actuelle de l’UE (2005‑2012)
a fait l’objet d’une évaluation positive, et son rôle dans
la facilitation des échanges d’informations a été mis en
exergue.
Cette année, l’OEDT a publié une nouvelle analyse
majeure du marché européen du cannabis. Cette étude
révèle la réalité à la fois diverse et complexe de la
drogue illicite la plus consommée en Europe. Un certain
nombre de «produits» différents à base de cannabis
sont désormais disponibles sur le marché européen,
la principale distinction s’établissant entre la résine et
l’herbe de cannabis. L’augmentation de la production de
cannabis au sein de l’Union européenne a débouché sur
le remplacement croissant de produits à base de résine
de cannabis importée par des produits à base d’herbe
cultivée localement. La production intra‑européenne de
cannabis varie toutefois considérablement. Elle peut
s’effectuer dans de grandes plantations, où la plante
fait l’objet d’une culture intensive à l’aide de techniques
sophistiquées qui permettent d’optimiser les rendements et
le taux de tétrahydrocannabinol (THC). À l’autre extrémité
du spectre, on trouve des consommateurs qui cultivent
leurs propres plants de cannabis, en quantité limitée, pour
leur consommation personnelle.
Un nouveau cadre politique est actuellement à l’étude qui
fera suite à la stratégie antidrogue de l’UE (2005‑2012).
Il devrait continuer à mettre l’accent sur une approche
Même si la plupart des infractions concernent toujours
la consommation ou la détention pour usage personnel
de cannabis, de nombreux pays rapportent que leur
13
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
politique consiste désormais à privilégier les mesures
visant le trafic et l’offre. Dans ce contexte, ils précisent
qu’une importance plus grande est accordée au repérage
des sites de production intensive. Cependant, en dépit du
nombre croissant de plants saisis et du développement
de nouvelles méthodes de détection, l’Europe continue de
saisir des quantités beaucoup plus importantes de résine
que d’herbe de cannabis. Cela semble indiquer que la
production intra‑européenne d’herbe, notamment lorsqu’il
s’agit d’une culture intensive en intérieur («indoor»),
pose un défi plus important à l’efficacité des mesures
répressives que la résine importée. La situation dans ce
domaine suscite des préoccupations croissantes, à la fois
du fait des dommages collatéraux que la présence de
sites de production peut causer localement, et en raison
d’indices relatifs à l’implication d’organisations criminelles
dans cette production.
est encourageant. Sur les cinq volets de l’enquête, la
consommation récente de cigarettes a connu une baisse
constante entre 1999 et 2007 avant de se stabiliser
en 2011. La consommation récente d’alcool chez ces
jeunes a diminué progressivement partout en Europe
depuis 2003, tandis que les dernières données indiquent
que la hausse de la consommation ponctuelle immodérée
d’alcool, observée de 1995 à 2007, devrait désormais
avoir atteint son pic et commencé à diminuer. D’une
manière générale, la consommation de drogues illicites
chez les jeunes — il s’agit essentiellement de cannabis —
a augmenté jusqu’en 2003, avant de retomber légèrement
en 2007 et se stabiliser par la suite. Ces données peuvent
aussi nous renseigner quant aux tendances à venir, dans
la mesure où les modes de consommation observés chez
ces jeunes influenceront leurs comportements à un âge
plus avancé.
L’ampleur et la complexité du marché n’ont rien d’étonnant,
car le cannabis est la substance illicite la plus consommée
en Europe. Sans surprise, c’est également la substance
qui divise le plus l’opinion publique et la classe politique.
Toutefois, on note avec intérêt que, dans l’ensemble, les
niveaux de consommation semblent relativement stables
et que la consommation pourrait même décliner dans
certains pays. En dépit des difficultés que pose leur
évaluation, les problèmes liés au cannabis sont aussi
désormais mieux compris et on sait à présent qu’ils sont
liés à des consommations intensives et de longue durée.
Des préoccupations se font d’ailleurs jour à cet égard.
Le passage à l’herbe de cannabis, par exemple, pourrait
exposer les consommateurs à des formes de la drogue aux
effets plus puissants. En outre, des études montrent que
l’âge de la première consommation est désormais assez
bas chez un grand nombre de consommateurs. Environ
1 % des adultes européens consomment cette drogue
chaque jour et, dans certains pays, il est assez fréquent
de trouver des modes de consommation intensive, chez
les jeunes hommes en particulier. D’une manière générale,
l’optimisme que pourrait susciter la stabilisation des taux
de prévalence doit être tempéré, car la consommation
de cannabis demeure un problème de santé publique
important, comme l’illustre le nombre de demandes de
traitement liées à sa consommation.
Il est intéressant d’observer que les pays qui enregistrent
des taux de prévalence élevés pour une substance donnée
tendent parallèlement à indiquer des taux relativement
élevés pour d’autres substances, tant licites qu’illicites.
Ainsi, des niveaux élevés de consommation récente
d’alcool et de consommation ponctuelle immodérée
d’alcool sont associés à la consommation de drogues
et de produits à inhaler. Ce constat va dans le sens des
approches préventives qui soulignent la nécessité de cibler
à la fois les drogues et l’alcool chez les jeunes.
Les jeunes Européens: un groupe désormais plus prudent
Les dernières données recueillies dans le cadre du projet
ESPAD fournissent un aperçu complet de l’évolution de la
consommation de substances illicites par les jeunes âgés
de 15 et 16 ans. Les résultats de 2011 semblent indiquer
une baisse ou une stabilisation de la consommation
pour l’ensemble des principales substances, ce qui
14
Les drogues et la famille: une question négligée,
une ressource sous‑utilisée
Ce sont les individus qui consomment des drogues mais
souvent leurs familles en subissent aussi des conséquences.
Une nouvelle étude de l’OEDT est consacrée aux familles
et à la problématique des consommateurs de drogue
ayant une responsabilité parentale. L’analyse montre
que si les personnes qui souffrent de problèmes liés à la
consommation de drogue ne sont pas nécessairement de
mauvais parents, elles peuvent néanmoins avoir besoin
d’un soutien supplémentaire. Les services qui assurent le
traitement doivent être sensibles aux besoins particuliers
des consommateurs de drogue ayant une responsabilité
parentale, dans la mesure où des craintes concernant la
garde et la protection de l’enfant peuvent constituer un
frein à la demande d’aide. Travailler avec des parents
qui consomment des drogues est également un défi
pour ces services, puisque cela suppose de trouver un
équilibre entre les droits des parents et ceux des enfants.
Le rapport conclut toutefois que de bonnes pratiques
et des interventions correctement ciblées peuvent faire
la différence. Un constat similaire peut être établi
à la suite de l’analyse des interventions qui ciblent les
Commentaire: Les défis de la politique antidrogue en Europe aujourd’hui
consommatrices de drogue enceintes, où il apparaît
clairement que conseils et soutien appropriés peuvent
avoir une incidence favorable sur l’issue de la grossesse,
tant pour la mère que pour l’enfant.
De nombreuses études se sont penchées sur le stress
et la détresse sociale qui peuvent être ressentis par les
familles lorsqu’un de leurs membres souffre de problèmes
liés à la consommation de drogue. Et pourtant, dans
la plupart des pays européens, les services d’aide aux
familles sont généralement peu développés. On néglige
sans doute ainsi une ressource importante d’aide à la
guérison. Les spécialistes de la prévention s’intéressent
de plus en plus à l’environnement familial. En effet,
nombreuses sont les analyses qui soulignent l’efficacité
des stratégies de prévention élargies ciblant à la fois
l’environnement et l’individu. À cet égard, la famille
revêt une importance toute particulière, si bien que les
stratégies de prévention ciblées visant à renforcer les
liens familiaux peuvent diminuer le risque d’apparition de
comportements problématiques comme la consommation
de drogues. En dépit des résultats positifs qu’enregistrent
les interventions dans ce domaine, elles demeurent
globalement peu développées. On est ici confronté
à un problème plus général, qui est que les résultats des
recherches en matière de prévention ne sont généralement
pris en compte ni dans les politiques publiques ni dans les
pratiques professionnelles.
Détenus consommateurs de drogue: une population
vulnérable
En dépit de l’intérêt croissant pour les «alternatives à la
prison», nombre de personnes souffrant de problèmes
liés à la consommation de drogue continuent d’être
incarcérées chaque année. Ce constat est issu de travaux
de recherche montrant que les problèmes de drogue sont
bien plus répandus au sein de la population carcérale
qu’au sein de la population générale. Même si certains
détenus cessent de consommer durant leur incarcération,
la disponibilité des drogues dans certaines prisons
implique toutefois que d’autres se mettent à consommer
ou adoptent des modes de consommation plus dangereux
qu’auparavant. Par exemple, les consommateurs
de drogue par voie intraveineuse sont susceptibles
d’utiliser plus fréquemment le même matériel d’injection,
Panorama chiffré de la consommation de drogue en Europe
Les chiffres qui figurent ci‑après concernent les adultes
(15 à 64 ans) et reflètent les dernières données
disponibles (études menées entre 2004 et 2010/2011,
mais essentiellement au cours de la période 2008‑2010).
Pour consulter l’ensemble des données et s’informer sur la
méthodologie utilisée, veuillez vous reporter au bulletin
statistique correspondant.
Cannabis
Consommation au cours de la vie: environ 80,5 millions de
personnes (23,7 % des adultes européens)
Consommation au cours de l’année: environ 23 millions
d’adultes européens (6,8 %), soit un tiers des usagers au cours
de la vie
Consommation au cours du mois: environ 12 millions (3,6 %)
Variation entre pays de la consommation au cours de l’année:
taux de variation de 0,3 à 14,3 %
Cocaïne
Consommation au cours de la vie: environ 15,5 millions de
personnes (4,6 % des adultes européens)
Consommation au cours de l’année: environ 4 millions
d’adultes européens (1,2 %), soit un quart des usagers au
cours de la vie
Ecstasy
Consommation au cours de la vie: environ 11,5 millions de
personnes (3,4 % des adultes européens)
Consommation au cours de l’année: environ 2 millions
d’adultes européens (0,6 %), soit un sixième des usagers au
cours de la vie
Variation entre pays de la consommation au cours de l’année:
taux de variation de 0,1 à 1,6 %
Amphétamines
Consommation au cours de la vie: environ 13 millions de
personnes (3,8 % des adultes européens)
Consommation au cours de l’année dernière: environ
2 millions d’adultes européens (0,6 %), soit un sixième des
usagers au cours de la vie
Variation entre pays de la consommation au cours de l’année:
taux de variation de 0,0 à 1,1 %
Opiacés
Consommateurs d’opiacés à problèmes: environ 1,4 million
d’Européens
Les décès liés à la drogue représentent 4 % de l’ensemble des
décès d’Européens âgés de 15 à 39 ans, la consommation
d’opiacés étant impliquée dans trois quarts des cas.
Consommation au cours du mois: environ 1,5 million (0,5 %)
Principale drogue consommée dans environ 50 % de toutes
les demandes de traitement de problèmes liés à la drogue
Variation entre pays de la consommation au cours de l’année:
taux de variation de 0,1 à 2,7 %
En 2010, environ 710 000 consommateurs d’opiacés ont
bénéficié d’un traitement de substitution.
15
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
augmentant ainsi le risque de transmission d’agents
pathogènes à diffusion hématogène, tels que le VIH ou le
virus de l’hépatite C.
La surpopulation, le manque d’hygiène et l’absence d’offre
de soins de santé concernent de nombreuses prisons. Ces
facteurs ont une incidence sur l’état de santé généralement
médiocre observé au sein des populations carcérales.
D’ailleurs, il se pourrait que les détenus souffrant de
problèmes liés à la consommation de drogue soient
doublement désavantagés puisqu’ils sont particulièrement
susceptibles de connaître des problèmes physiques et
mentaux lors de leur incarcération. Il est ainsi préoccupant
de constater que le risque d’actes d’automutilation et
de suicides est particulièrement élevé au sein de cette
catégorie de détenus. De solides arguments permettent
donc d’affirmer que, pour être fructueuses, les initiatives
visant à améliorer les conditions de santé physique et
mentale en milieu carcéral doivent comporter, de manière
à la fois parallèle et intégrée, des programmes de
traitements de la toxicomanie.
Lorsque les services appropriés existent, les périodes
d’incarcération peuvent être l’occasion pour certains
détenus de réduire leur consommation de drogue et
d’entamer un traitement. Les possibilités dans ce domaine
sont en hausse: nombre de pays ont en effet intensifié le
nombre d’interventions dans les prisons, en particulier
en ce qui concerne les traitements de substitution pour
les toxicomanes dépendants aux opiacés. D’une manière
générale, l’évolution de la disponibilité des traitements
dans les prisons reflète celle observée au sein de la
société, mais elle intervient avec un retard considérable.
Même si l’offre de services de santé en milieu carcéral
varie considérablement d’un pays à l’autre, il faut
continuer à développer et à améliorer les services qui
sont offerts. Il est en effet rare que les soins prodigués en
milieu carcéral soient qualitativement et quantitativement
comparables à ceux dont bénéficie le reste de la
population.
La libération peut constituer un moment crucial
d’intervention, dans la mesure où le risque d’overdose
augmente sensiblement au cours de la période faisant
suite à la libération; les anciens détenus peuvent en effet
reprendre une consommation d’héroïne, alors que leur
tolérance aux opiacés s’est réduite. Il est donc essentiel
d’offrir un accompagnement dès avant la libération et
de veiller à la continuité des soins après celle‑ci. En
effet, les chances de guérison augmentent lorsque les
individus vulnérables restent en contact avec les services
de traitement compétents. Cela s’avère une manière
extrêmement efficace, notamment du point de vue des
finances publiques, de sauver des vies.
16
Poudres blanches et comprimés: le grand mélange
des stimulants
Cocaïne, amphétamines, ecstasy et, désormais, cathinones
synthétiques: autant de produits que le consommateur
peut considérer comme concurrents et, dans une certaine
mesure, interchangeables. Dans ce contexte, il est
probable que la disponibilité des substances ainsi que
leur prix et leur qualité suffisent à influencer les choix
du consommateur et, partant, expliquent la volatilité
observée sur le marché contemporain des stimulants.
Des études récentes suggèrent même qu’il n’est pas rare
que les consommateurs avouent avoir consommé des
drogues stimulantes sous forme de poudre blanche ou de
comprimés non identifiés.
En Europe, les estimations de prévalence de la
consommation d’amphétamines et d’ecstasy sont
globalement stables, même si des facteurs liés à l’offre
semblent influencer la disponibilité de ces deux
substances. Actuellement, le marché de l’ecstasy se remet
d’une pénurie de 3,4‑méthylènedioxy‑méthamphétamine
(MDMA), au cours de laquelle un grand nombre de
comprimés contenant d’autres substances ont été
commercialisés. De la même façon, la méthamphétamine
a récemment remplacé, en tout cas partiellement,
l’amphétamine dans certaines régions d’Europe.
Cette situation est inquiétante, dans la mesure où,
historiquement, la consommation de méthamphétamine
était en grande partie limitée à la République tchèque
et à la Slovaquie. Les choses pourraient donc changer,
et même si l’on dispose encore d’assez peu de données,
il convient de rester très vigilant. En effet, il semble que
cette drogue soit de plus en plus disponible et que sa
production se soit intensifiée dans certains pays. Des
décès par overdose ont été constatés en Allemagne,
et la méthamphétamine est l’objet de mentions plus
fréquentes dans les rapports d’autres pays. Autre sujet
de préoccupation, l’OEDT a enregistré des cas isolés
de méthamphétamine fumée et relevé la disponibilité
de méthamphétamine cristalline, une forme très pure de
cette substance. Jusqu’à présent, le phénomène de la
méthamphétamine fumée est très rare en Europe, mais
les données provenant d’Amérique du Nord, d’Asie ou
d’Océanie suggèrent qu’il s’agit d’une association aux
conséquences néfastes.
L’Union européenne réalise actuellement une évaluation
des risques liés à la 4‑méthylamphétamine dans le cadre
du système d’alerte précoce de l’UE pour les nouvelles
substances psychoactives. Cette évaluation a été mise
en œuvre à la suite d’une série de décès liés à cette
substance, qui s’est avérée être vendue comme de
l’amphétamine ou mélangée à celle‑ci. Il est probable que
Commentaire: Les défis de la politique antidrogue en Europe aujourd’hui
cette variété d’amphétamine, actuellement non contrôlée
dans la plupart des pays européens, ait été fabriquée
dans des laboratoires clandestins par des producteurs en
quête de nouvelles voies de synthèse pour la production
d’amphétamine. De ce point de vue, cette affaire témoigne
à la fois de l’innovation croissante dont fait preuve la
production illicite de drogues de synthèse et des effets
négatifs, sur le plan sanitaire, que ce phénomène peut
entraîner.
Drogues de synthèse: la consommation se diversifie
Les inquiétudes que suscitent les stimulants connus
de longue date ainsi que l’apparition de nouvelles
substances psychoactives non contrôlées ont fait couler
beaucoup d’encre. Mais on sait moins que diverses autres
substances synthétiques ont été durablement introduites
sur le marché européen des drogues. Même si assez
peu d’Européens consomment des drogues telles que le
gamma‑hydroxybutyrate (GHB), le gamma‑butyrolactone
(GBL), la kétamine et, plus récemment, la méphédrone, des
taux de consommation élevés ont été observés au sein de
groupes de population spécifiques. En outre, ces drogues
semblent réunir les conditions d’une diffusion sur une plus
grande échelle. On rapporte aujourd’hui l’apparition de
problèmes de santé liés à toutes ces substances, y compris
des cas de dépendance chez les consommateurs réguliers
et des problèmes inattendus, tels que des troubles de
la vessie chez les consommateurs de kétamine. Ces
événements sont, pour la plupart, intervenus en dehors du
champ de surveillance, et ils témoignent de la nécessité
non seulement de faire évoluer les systèmes d’information
sur les drogues en fonction des tendances émergentes et
des nouveaux problèmes de santé, mais également de
mieux comprendre les caractéristiques nécessaires à une
initiative appropriée de réduction de la demande dans ce
secteur.
Cocaïne: une drogue moins consommée au prestige
déclinant?
Même si la prévalence de l’usage de cocaïne n’est
élevée qu’au sein de certains pays du nord et de l’ouest,
à l’échelle européenne cette drogue demeure le stimulant
illicite le plus consommé. Cela étant, après une décennie
de popularité croissante, les dernières données suggèrent
une inversion de la tendance. La manière dont cette
drogue est perçue pourrait également être en train de
changer, car certaines études indiquent que la cocaïne
serait en train de perdre son image de drogue de prestige.
Plusieurs facteurs rivalisent d’importance. On a cité
la qualité comme facteur possible, suggérant qu’une
qualité médiocre de cocaïne pourrait pousser certains
consommateurs à passer à d’autres stimulants. Il est
également possible que les consommateurs potentiels
soient désormais mieux informés des conséquences
néfastes de la consommation de cocaïne. Une étude
récente de l’OEDT portant sur les conséquences
sanitaires de la consommation de cocaïne concluait
à une probable sous‑estimation des problèmes dans les
sources disponibles. Les données disponibles concernant
les épisodes de consommation de cocaïne conduisant
à une admission dans les services d’urgence des hôpitaux
indiquent que ces admissions ont triplé depuis la fin des
années 1990, mais atteint leur point culminant vers 2008.
De même, les données disponibles sur les décès liés
à l‘usage de cocaïne indiquaient un pic en 2008. Cette
tendance se retrouve également dans les données d’entrée
en traitement, puisque le nombre d’individus entamant
pour la première fois de leur vie un traitement en raison de
problèmes liés à la cocaïne a augmenté jusqu’en 2008,
avant de décroître. Les données touchant à l’offre offrent
un tableau similaire. En effet, les saisies de cocaïne
semblent désormais diminuer en Europe: le volume saisi
a atteint un pic en 2006, tandis que le nombre de saisies
a culminé en 2008.
Héroïne: un déclin manifeste
Depuis les années 1970, la consommation d’héroïne,
notamment par injection, a été la source d’une grande
partie des problèmes liés à la drogue en Europe. Compte
tenu des préjudices associés à la consommation de cette
drogue — décès par overdose, dissémination du VIH
et du virus de l’hépatite C auprès des consommateurs
de drogue par voie intraveineuse, criminalité associée,
etc. —, il n’est pas surprenant que la politique européenne
en matière de drogue se soit essentiellement concentrée
sur les problèmes posés par l’héroïne. Et si ces problèmes
restent d’actualité, c’est désormais à une moindre échelle,
alors que l’on constate l’impact de politiques efficaces et
le déclin, sur le long terme, de la consommation de cette
drogue, en particulier par voie intraveineuse. Il semble
donc de plus en plus probable que nous évoluions vers
une nouvelle ère où l’héroïne est appelée à jouer un rôle
moins central dans le phénomène de la drogue en Europe.
Il convient toutefois de rester prudent dans la mesure où
il est toujours difficile de prévoir les nouvelles tendances.
En outre, en raison de la nature chronique et durable
des problèmes liés à la consommation d’héroïne, nombre
d’usagers actuels continueront à avoir besoin d’aide dans
les années à venir. Cela étant, les indicateurs pointent vers
un déclin de la consommation globale et, c’est encore plus
important, vers une baisse du recrutement de nouveaux
17
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
usagers. En effet, alors que le nombre de nouvelles
demandes de traitement a diminué en Europe, l’âge
moyen des personnes qui entrent en traitement pour des
problèmes liés à l’héroïne a augmenté.
Les indicateurs de marché suggèrent que l’héroïne est
devenue moins disponible en Europe ces dernières
années, et, dans certains pays, cette drogue a été
remplacée par d’autres substances, notamment
des opiacés de synthèse tels que le fentanyl et la
buprénorphine. Le marché de l’héroïne s’est effondré il
y a bientôt dix ans dans certains pays du nord de l’Europe
et n’a jamais complètement récupéré. Plus récemment,
on notait les chocs à court terme qu’a subis le marché,
résultats probables d’interventions policières. Les derniers
chiffres européens portant sur la pureté, les saisies, les
infractions liées à la drogue et les prix au détail sont
eux aussi à la baisse. Il conviendra de suivre de près
la situation sur le marché illicite afin de vérifier si les
récentes pénuries d’héroïne mèneront à la disparition
durable de cette drogue dans certains pays et d’identifier
les substances qui la remplaceront. À cet égard, outre les
opiacés synthétiques, la liste des alternatives possibles
comprend la méthamphétamine, les cathinones et les
benzodiazépines.
D’une manière générale, des facteurs jouant simultanément
sur le plan de la demande et sur celui de l’offre pourraient
expliquer les évolutions de la consommation d’héroïne.
Ainsi les succès enregistrés en matière policière doivent
être analysés en regard de l’augmentation considérable
de l’offre de traitements, notamment de traitements
de substitution, dont l’effet a été d’éliminer une part
significative de la demande. La question des rapports
existant entre la production d’opium en Afghanistan et
les modes de consommation de l’héroïne constatés en
Europe reste ouverte, les données ne faisant apparaître
aucun lien évident. Même s’il est légitime de craindre
qu’une production accrue puisse déboucher sur une
nouvelle vague de consommation d’héroïne dans les États
membres de l’UE, les données historiques ne permettent
pas d’affirmer qu’il y ait là quoi que ce soit d’inexorable.
À l’inverse, il est fort possible que l’Union européenne
représente désormais, à certains égards du moins, un
marché plus difficile d’accès pour l’héroïne.
L’injection: malgré le déclin, elle demeure un sérieux défi
de santé publique
Les indicateurs de l’évolution des modes de consommation
par injection suggèrent désormais que ce comportement
particulièrement préjudiciable accuse, lui aussi, une
baisse. Les niveaux d’injection rapportés chez les
18
nouveaux consommateurs entamant un traitement
constituent en la matière les meilleures sources de
données, et la tendance à la baisse y est évidente.
Ce phénomène est particulièrement visible en Europe
occidentale mais s’observe également dans certains pays
d’Europe de l’Est. D’une manière générale, à l’heure
actuelle, à peine plus d’un tiers (36 %) des personnes
entamant un traitement pour problèmes liés à l’héroïne
indiquent la voie intraveineuse comme principal mode
d’administration. Mais d’autres drogues peuvent aussi
être injectées: environ un quart des entrants en traitement
pour dépendance aux amphétamines déclare s’injecter
la drogue. Chez les consommateurs de cocaïne, la
proportion ne s’élève qu’à 3 %. L’abandon de la voie
intraveineuse constitue sans conteste une excellente
nouvelle. Cela étant, les injections intraveineuses de
stupéfiants demeurent une cause majeure de problèmes de
santé évitables et de décès parmi les jeunes Européens.
L’injection augmente en effet les risques d’overdose et
d’infections graves. Les récentes percées du VIH en
Grèce et en Roumanie nous rappellent qu’en dépit des
succès qu’enregistre l’Europe dans la lutte contre la
transmission du sida chez les consommateurs de drogue,
le VIH conserve un potentiel de transmission rapide
au sein de populations spécifiques. Cela démontre
également la nécessité de doter les populations à risque
d’une couverture adéquate en matière de prévention
du VIH et de réduction des risques sanitaires. Les
infections bactériennes constituent une autre conséquence
potentiellement grave de la consommation par injection,
car elles sont susceptibles d’entraîner le décès. En juin
et juillet 2012, des cas d’anthrax ont été signalés dans
cinq pays de l’Union, et il n’est pas exclu qu’ils soient
liés à un lot d’héroïne contaminée. Cette flambée de la
maladie a incité l’OEDT et l’ECDC à mener conjointement
une évaluation rapide des risques.
Une nouvelle perspective sur les nouvelles drogues
L’internet a réduit les contraintes liées au temps et
à l’espace, permettant la diffusion rapide, par‑delà les
frontières, de nouveaux modes de consommation et de
nouvelles tendances en matière de drogue. Ce constat
s’est vu amplement confirmé lors du deuxième forum
international sur les nouvelles substances psychoactives,
organisé cette année par l’OEDT et l’Institut national
américain sur l’abus des drogues (US National Institute
on Drug Abuse, NIDA). Des produits connus sous le nom
de «legal highs» (littéralement, «défonce légale») sont
désormais commercialisés aux États‑Unis, au Japon, dans
certaines régions d’Asie du Sud‑Est et dans certains pays
européens. Afin de réagir à l’émergence de nouvelles
Commentaire: Les défis de la politique antidrogue en Europe aujourd’hui
substances psychoactives, l’Union européenne s’est dotée
de l’un des mécanismes d’alerte précoce et d’évaluation
des risques les plus sophistiqués au monde. Ce mécanisme
est actuellement soumis à évaluation, et un nouveau
cadre juridique devrait entrer en vigueur prochainement.
On sait qu’en matière d’alerte précoce les réponses
sont d’autant plus efficaces qu’elles font l’objet d’une
coordination entre pays et apportent la valeur ajoutée
que doit offrir un mécanisme fonctionnant à l’échelon
européen. En 2012, le système d’alerte précoce enregistre
de nouvelles substances psychoactives au rythme
d’environ une par semaine. Les agonistes synthétiques
des récepteurs cannabinoïdes et les cathinones restent
les plus nombreuses, mais l’on enregistre également de
plus en plus de substances issues de groupes chimiques
plus obscurs. La plupart des nouvelles substances
détectées jusqu’ici tendent à imiter les effets du cannabis
et des stimulants tels que l’ecstasy et la cocaïne, et
leur conditionnement suggère que leur principale cible
est le marché des drogues récréatives. Certains pays
ont néanmoins signalé que certains consommateurs
problématiques passent à l’injection de cathinones telles
que la méphédrone et le MDPV.
«Sels de bain» et «engrais pour plantes»: le défi
des produits complexes et toujours différents
L’une des tâches importantes du système d’alerte
précoce de l’UE est d’assurer le partage d’informations
médico‑légales et toxicologiques entre les pays.
L’identification des composés psychoactifs présents dans
les produits peut être ardue puisqu’il s’agit parfois de
mélanges d’obscurs composés chimiques. Le nombre de
produits contenant de multiples substances psychoactives
semble augmenter, et il est avéré que certains des
échantillons analysés contiennent à la fois des substances
contrôlées et d’autres qui ne le sont pas. L’expression
communément utilisée de «legal highs» est donc souvent
impropre, et il est vraisemblable que l’immense majorité
des usagers sont dans l’ignorance totale de ce qu’ils
consomment et des conséquences sanitaires et juridiques
potentielles de leur consommation. La confusion est
également la règle au niveau international, où l’absence
d’une terminologie et d’informations médico‑légales claires
entrave le débat. Aux États‑Unis, par exemple, l’expression
générique «sels de bains» recouvre une série de produits
contenant les mêmes nouvelles substances psychoactives
souvent vendues sous la dénomination d’«engrais pour
plantes» dans l’Union européenne.
Les nouvelles substances psychoactives compliquent
également les enquêtes sur l’usage de drogue dans la
mesure où nombre de consommateurs ne savent pas
réellement ce qu’ils ont pris. Les rares études disponibles
dépeignent un tableau remarquablement hétérogène
d’un pays à l’autre, avec des taux de consommation
relativement faibles, mais non négligeables. Elles
suggèrent également que la consommation de ces
substances peut faire l’objet de hausses et de baisses
rapides au sein de populations spécifiques. La
disponibilité semble constituer un facteur important
à cet égard. En Pologne, l’ouverture d’un grand nombre
de points de vente au détail s’est accompagnée d’une
augmentation tant des consommations déclarées que
des admissions dans les services d’urgence des hôpitaux
à la suite de la consommation de nouvelles substances
psychoactives. Or les deux tendances se sont inversées
après l’adoption de mesures limitant la disponibilité de ces
substances. En Allemagne, certaines données suggèrent
que la consommation de «spice» — dont l’analyse
révèle qu’il contient souvent des agonistes synthétiques
des récepteurs cannabinoïdes — a diminué mais
n’a pas totalement disparu après l’adoption de mesures
d’interdiction d’urgence. De la même manière, en dépit de
l’introduction de mesures de contrôle au sein de l’UE, la
méphédrone serait toujours disponible sur le marché illicite
dans certains pays.
À ce jour, le débat politique concernant les nouvelles
drogues s’est essentiellement consacré à l’élaboration de
mesures de contrôle, et les pays recourent à un cocktail
mélangeant réglementations commerciales, lois existantes
sur le contrôle des drogues et nouvelles lois spécialement
édictées. Néanmoins, l’étude élargie du champ des
nouvelles drogues suscite un intérêt croissant. On
s’y attache notamment à comprendre les impacts sanitaires
et sociaux que pourraient avoir ces substances et à mettre
au point des stratégies adaptées de réduction de la
demande. L’OEDT a reçu des signalements d’urgences
médicales aiguës et de décès associés à la consommation
des nouvelles substances psychoactives. Actuellement,
les données sont difficiles à interpréter, et l’amélioration
de notre capacité de surveillance et d’analyse dans ce
domaine est une priorité importante. Les États membres de
l’UE commencent également à signaler la mise en œuvre
de réponses spécifiques à ces produits. Au rang des
nouvelles approches à l’étude, on note des programmes
novateurs de prévention en ligne et la diffusion de
messages préventifs ciblés dans le système scolaire.
19
Chapitre 1
Politiques et législations
Introduction
Ce chapitre se penche sur les évolutions politiques
apparues récemment dans l’Union européenne et examine
la mesure dans laquelle les États membres ont intégré
leurs stratégies de lutte contre les drogues licites et illicites
et établi des liens entre les stratégies antidrogue et les
stratégies en matière de sécurité. Il présente également
une série de stratégies nationales et transnationales
adoptées par certains pays tiers en soulignant leurs
similitudes ou différences par rapport à l’approche
européenne de la drogue.
Ce chapitre examine dans quelle mesure les stratégies
nationales antidrogue sont liées aux budgets et rend
compte des données sur les tendances les plus récentes
tirées d’études sur les dépenses publiques liées à la
drogue. Il présente aussi une nouvelle analyse de la
façon dont les États membres configurent leur législation
nationale pour relever le défi de plus en plus pressant
posé par les nouvelles drogues. Ce chapitre se conclut
par une mise à jour sur les évolutions européennes dans le
domaine de la recherche en matière de drogue.
Évolution des politiques internationales
et européennes
Vers une nouvelle stratégie européenne antidrogue
La stratégie antidrogue suivie actuellement (2005‑2012)
dans l’UE est la première à avoir été soumise à une
évaluation externe. Les évaluateurs ont constaté que cette
stratégie avait apporté une valeur ajoutée aux efforts
des États membres en matière de lutte contre la drogue
et que sa promotion des interventions fondées sur des
données probantes avait été saluée par les protagonistes
de cette lutte (Rand Europe, 2012). Leur rapport a mis en
évidence les domaines de l’information, de la recherche
et de l’évaluation, où l’approche et les infrastructures de
l’UE soutiennent activement les transferts de connaissances
au sein de l’Europe. Pour la prochaine stratégie, en cours
d’élaboration en 2012, les évaluateurs ont recommandé
de maintenir une approche équilibrée basée sur l’adoption
d’approches politiques intégrées pour les substances
licites et illicites, y compris les nouvelles substances
psychoactives, sur la consolidation des données relatives
à la réduction de l’offre de drogue et sur la clarification
des rôles des organes de coordination de l’UE.
Compte tenu de l’intérêt politique actuel pour la
problématique et de sa dimension européenne claire,
les réponses aux nouvelles substances psychoactives
formeront un aspect important de la prochaine stratégie.
Celle‑ci sera alimentée par une série d’initiatives lancées
en 2011, entre autres: un pacte européen pour la lutte
contre les drogues de synthèse (1), un plan d’action
opérationnel sur les drogues de synthèse et les nouvelles
substances psychoactives (2), ces deux instruments ayant
été adoptés par le Conseil de l’Union européenne, et une
communication intitulée «Vers une approche plus ferme
de l’UE en matière de lutte contre la drogue», adoptée
par la Commission européenne et annonçant une série
de mesures pour lutter contre les drogues illicites (3). Ces
mesures comprennent une nouvelle législation européenne
conçue pour réagir plus rapidement et plus efficacement
à l’apparition des nouvelles substances psychoactives
dangereuses (les «euphorisants légaux», voir le
chapitre 8). D’autres adaptations législatives sont prévues
dans les domaines du trafic de drogue, du contrôle des
précurseurs, du blanchiment d’argent et du recouvrement
des avoirs d’origine criminelle. Enfin, une proposition
est en préparation concernant l’établissement de normes
qualitatives minimales en matière de prévention, de
traitement et de réduction des risques.
Politiques antidrogue dans les Balkans occidentaux
Selon l’évaluation de la stratégie antidrogue de l’UE, la
coopération internationale est un outil politique utile et
influent, en particulier avec les pays candidats et ceux en
phase de préadhésion. Avant les élargissements les plus
récents de l’Union européenne en 2004 et 2007, les futurs
États membres de l’UE avaient reçu une assistance pour
(1)Accessible en ligne.
(2) Voir l’encadré intitulé «COSI: le comité permanent sur la coopération opérationnelle en matière de sécurité intérieure» (chapitre 2).
(3) COM(2011) 689/2.
21
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Tableau 1 — Documents de politique antidrogue récents des pays candidats et candidats potentiels
des Balkans occidentaux
Pays
Intitulé du document
Durée
Champ d’application
Note
Albanie
Stratégie nationale contre les drogues
2004-2010
Drogues illicites
Pays candidat potentiel
Bosnie-Herzégovine
Stratégie nationale sur la surveillance des
stupéfiants, la prévention et la suppression
de l’abus de stupéfiants
2009-2013
Drogues illicites
Pays candidat potentiel
Ancienne République
yougoslave de
Macédoine
Stratégie antidrogue nationale
2006-2012
Drogues illicites
Pays candidat
Kosovo (1)
Stratégie et plan d’action antidrogue
nationaux
2009-2012
Drogues illicites
Pays candidat potentiel
Monténégro
Réponse stratégique nationale aux drogues
2008-2012
Drogues illicites
Pays candidat
Serbie
Stratégie nationale pour la lutte contre les
drogues
2009-2013
Drogues illicites
Pays candidat
(1)
Cette désignation est utilisée sans préjudice des positions sur le statut du pays et est conforme à la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies et à l’avis de la
Cour internationale de justice sur la déclaration d’indépendance du Kosovo.
élaborer des politiques antidrogue semblables à celles
mises en place dans le cadre de l’approche équilibrée
et fondée sur des éléments probants suivie par l’Union
européenne.
Un processus similaire est en cours dans les Balkans
occidentaux, où trois pays candidats et trois pays candidats
potentiels ont tous adopté récemment des stratégies et
plans d’action complets et équilibrés (voir le tableau 1).
Les pays de cette région ont en commun un grand nombre
de difficultés, notamment leur situation le long d’une des
routes traditionnelles du trafic de drogue en Europe, avec
tous les problèmes liés à l’héroïne et aux autres drogues
qui en découlent (4). Ces documents de politique nationaux
traitent de la demande de drogue et de la réduction de
l’offre de drogue et, dans certains cas, adoptent des
objectifs stratégiques, des finalités et des structures qui
reflètent celles des documents de la politique antidrogue
européenne en incorporant des systèmes de suivi et
d’évaluation, ainsi que des mécanismes de coordination.
Souvent détaillés, ces plans d’action indiquent un
calendrier, les parties responsables, les indicateurs de mise
en œuvre et des estimations des coûts pour chaque action.
Stratégies antidrogue nationales
Pour la prochaine stratégie antidrogue de l’UE, une
recommandation serait d’évoluer vers une approche
plus intégrée pour les drogues tant licites qu’illicites, qui
pourrait éventuellement couvrir aussi les dépendances
comportementales. Un autre point à envisager serait
d’améliorer la liaison entre la politique antidrogue et les
politiques de sécurité plus générales, par exemple celles
qui luttent contre la criminalité organisée. Concernant ces
deux points, nous explorerons ci‑après la situation actuelle
(4)
22
Voir les aperçus par pays sur le site de l’OEDT.
Stratégies antidrogue transnationales
La prochaine stratégie antidrogue de l’UE sera la
neuvième stratégie ou le neuvième plan d’action
antidrogue adopté par l’Union européenne depuis
1990. Pendant toute cette période, des organisations
transnationales d’autres parties du monde ont elles aussi
élaboré des documents similaires.
En Afrique, un plan d’action sur la lutte contre la
drogue et la prévention du crime (2007‑2012) a été
développé par l’Union africaine, tandis que les quinze
États membres de la Communauté économique des États
d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) se sont mis d’accord sur
une déclaration politique et un «plan d’action régional
pour combattre le trafic illicite de drogues, le crime
organisé et l’abus de drogues» (2008‑2011). En Asie,
l’Association des nations de l’Asie du Sud‑Est (ANASE),
qui compte dix pays, a adopté son «plan de travail sur
la lutte contre la production, le trafic et la consommation
illicites de drogues» (2009‑2015). Par ailleurs, en 2010,
l’Organisation des États américains (OEA) a adopté
une «stratégie antidrogue interaméricaine» couvrant les
35 États des Amériques.
Alors que la stratégie de l’OEA est celle qui s’apparente
le plus à l’approche de l’UE, les plans des autres
organisations transnationales sont concentrés sur la
réduction de l’offre et la répression. Le plan de travail de
l’ANASE, par exemple, vise à éradiquer la production,
la transformation, le trafic illicite et l’abus de drogues en
vue de faire de l’ANASE une région sans drogue d’ici
à 2015. L’objectif général du plan de l’Union africaine est
de renforcer la répression pour lutter contre la drogue, six
de ses sept domaines prioritaires clés étant centrés sur le
contrôle de la drogue et la prévention de la criminalité.
Quant à la stratégie de la Cedeao, bien qu’intégrant une
approche plus équilibrée, elle met beaucoup l’accent sur
les problèmes de sécurité liés au trafic de drogue.
Chapitre 1: Politiques et législations
dans les États membres de l’UE, en Croatie, en Turquie et
en Norvège.
Intégration des drogues licites et illicites
L’adoption de stratégies et de plans d’action antidrogue
nationaux est une pierre angulaire de la politique
antidrogue de l’UE et un outil bien établi que les pays
européens utilisent pour exposer les objectifs de leurs
politiques antidrogue. Des différences sont observées
dans la mesure avec laquelle divers pays évoluent vers
des documents de politique couvrant à la fois les drogues
licites et illicites (voir le graphique 1).
Cinq pays ont adopté des stratégies ou plans d’action
caractérisés par un champ d’action «global» couvrant
les drogues licites et illicites et, dans certains cas, les
comportements de dépendance. Cette approche large
se ressent dans les intitulés des documents de politique:
en Belgique, une «politique globale et intégrée en matière
de drogues»; en France, un «plan gouvernemental
de lutte contre les drogues et les toxicomanies»; en
Allemagne, une «stratégie nationale pour la politique
en matière de drogues et de dépendances»; en Suède,
une «stratégie cohérente pour la politique en matière
d’alcool, de stupéfiants, de dopage et de tabac»; en
Norvège, un «plan d’action pour le domaine des drogues
Graphique 1 — Champ d’application des stratégies antidrogue
nationales
Stratégie globale
Stratégies distinctes
pour les drogues
illicites et licites
Stratégie pour
les drogues illicites
Pas de stratégie
antidrogue nationale
NB:
Les stratégies globales couvrent les drogues licites et illicites et,
dans certains cas, les comportements de dépendance. Certaines
stratégies contre les drogues illicites comprennent un volet consacré
aux drogues licites. Alors que le Royaume‑Uni mène des stratégies
distinctes pour les drogues illicites et licites, l’Angleterre et l’Écosse
ont des stratégies distinctes pour les drogues illicites, l’alcool et
le tabac, et le pays de Galles et l’Irlande du Nord mènent des
stratégies antidrogue globales qui couvrent l’alcool, ainsi que des
stratégies distinctes pour le tabac.
Sources:Points focaux nationaux Reitox.
et de l’alcool». À l’exception de la Norvège, qui suit des
stratégies séparées pour le tabac et les jeux, ces pays
n’ont pas de stratégies nationales distinctes pour les autres
drogues licites ou les comportements de dépendance.
Dix pays ont adopté des stratégies ou plans d’action
distincts pour les drogues illicites et licites. Les différences
entre pays résident dans les drogues licites faisant
l’objet de documents de politique et dans le fait que ces
documents traitent de substances individuelles ou non.
Les Pays‑Bas et la Slovaquie appliquent des stratégies
distinctes à l’alcool et au tabac, tandis que la Lituanie suit
une stratégie conjointe pour ces deux substances. Dans
les sept autres pays, les stratégies en matière de drogues
licites ne portent que sur l’alcool ou le tabac; l’Irlande et le
Portugal envisagent tous deux d’intégrer leurs stratégies en
matière de drogues illicites et d’alcool.
Quatorze pays ont seulement une stratégie ou un plan
d’action en matière de drogue, avec une focalisation
sur les drogues illicites. Toutefois, les mesures visant les
drogues licites sont parfois incluses dans ces documents,
dans une plus ou moins grande mesure. Dans certains de
ces pays, l’Espagne par exemple, on observe une forte
tendance à inclure des mesures visant spécifiquement
la consommation d’alcool ou de tabac, le cas échéant.
D’autres pays font des références occasionnelles aux
drogues licites ou aux médicaments (Bulgarie et Malte)
ou préconisent une meilleure intégration des problèmes
de drogue et d’alcool à l’avenir (Grèce et Luxembourg).
Seul un pays, l’Estonie, suit une stratégie consacrée
exclusivement aux drogues illicites.
La tendance à adopter une approche intégrée de la
consommation de substances se retrouve surtout parmi
les pays qui faisaient partie de l’UE avant 2004. Ce
sont ces pays qui ont adopté une stratégie globale, sont
occupés à intégrer leurs stratégies en matière de drogues
illicites et d’alcool ou ont inclus de nombreux objectifs
relatifs aux drogues licites dans leur stratégie en matière
de drogues illicites. En Europe centrale et orientale, il est
surtout question de stratégies distinctes ou de stratégies
concernant uniquement les drogues illicites; les drogues
licites sont peu évoquées.
Malgré cette tendance à l’intégration des substances
licites et illicites dans les documents de politique,
les structures nationales qui peuvent en faciliter la
coordination et les aspects budgétaires n’ont pas été
nécessairement modifiées de façon complémentaire.
Stratégies antidrogue et problèmes de sécurité
La réduction de l’offre est un aspect essentiel des
politiques antidrogue en Europe. Dans ce domaine, la
23
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
planification et la coordination des activités sont associées
non seulement à la stratégie antidrogue mais également
aux développements politiques plus larges en matière
de sécurité. Au niveau de l’UE, par exemple, les formes
graves de criminalité organisée et leur implication dans le
trafic de drogue constituent l’une des menaces visées par
la stratégie de sécurité intérieure de l’Union européenne
(Conseil européen, 2010).
Au niveau national, quinze pays ont déclaré avoir au
moins un document de politique, en plus de leur stratégie
antidrogue, qui définit des activités dans le domaine de
la réduction de l’offre de drogue. Parmi ces pays, deux
ont mentionné une stratégie en matière de sécurité, onze
une stratégie de lutte contre la criminalité ou la criminalité
organisée, et deux ont mentionné les deux types de
stratégies. Dans quatorze autres pays, la stratégie
antidrogue nationale a été évoquée comme étant le seul
document définissant des activités de réduction de l’offre
de drogue. Quant à l’Autriche, elle n’a pas adopté de
document national dans ce domaine.
Dans la plupart des pays où la réduction de l’offre
est intégrée à la stratégie antidrogue et à une autre
stratégie, les experts en matière de drogue font savoir
que la stratégie antidrogue nationale est le document le
plus important dans ce domaine. Deux pays (Pays‑Bas
et Royaume‑Uni) déclarent que les deux documents sont
d’importance égale, tandis que le «plan national de
sécurité» de la Belgique et le «programme national pour
la prévention et la suppression de la criminalité» de la
Slovénie sont considérés comme plus importants que la
stratégie antidrogue pour définir les activités de réduction
de l’offre.
Au cours des deux dernières décennies, les drogues ont
constitué une priorité politique très visible, en grande
partie à cause de l’augmentation de la consommation
de drogue et des problèmes qui y sont liés. Une situation
plus stable en matière de drogue et de nouvelles priorités
politiques à l’échelon national (déficit public, chômage)
semble à présent contribuer à l’intégration croissante
des politiques antidrogue dans les politiques plus larges.
Conseils en matière de politique antidrogue
Les gouvernements demandent des conseils en matière de
politique antidrogue pour diverses raisons, par exemple
lorsqu’ils élaborent de nouvelles stratégies antidrogue,
envisagent des modifications législatives ou évaluent des
décisions politiques antérieures.
Sur trente pays, vingt‑huit font état de l’existence d’une
structure ayant un rôle consultatif officiel en matière de
politique antidrogue: dans certains cas, cette structure
est instituée par la loi, dans d’autres, elle n’est pas
d’origine législative. La moitié des pays disposent
d’organes consultatifs spécifiques; dans les autres, les
structures existantes, pour l’essentiel des organes de
coordination nationaux en matière de drogue, ont un
rôle consultatif. Le nombre de membres des structures
consultatives varie de huit à plus de trente, principalement
des décideurs politiques, des fonctionnaires, des
chercheurs, des travailleurs des services aux toxicomanes
et des représentants de la société civile. La présidence
de ces structures peut être assurée par un décideur
politique (Suède), un universitaire (Belgique) ou un haut
fonctionnaire (Estonie). Les tâches confiées à la présidence
peuvent comprendre l’inscription de substances au titre
des lois sur la drogue, le lancement et le financement de
recherches et l’offre de conseils aux décideurs politiques.
En Europe, les structures consultatives sont, par exemple, le
Comité consultatif national sur les drogues en Irlande, qui
compte seize membres et est présidé par un universitaire.
Au Royaume‑Uni, le Conseil facultatif sur l’abus de drogue,
composé de vingt‑quatre membres, inscrit les substances
et conseille le gouvernement. En Allemagne, le Conseil
des drogues et des toxicomanies, doté de vingt‑sept
membres, est présidé par le commissaire fédéral aux
drogues et soutient la mise en œuvre et l’élaboration de la
stratégie nationale antidrogue et la coopération entre le
niveau national et le niveau local. En République tchèque,
le travail d’inscription et de consultation est mené par
cinq comités et plusieurs groupes de travail qui sont liés
au Conseil gouvernemental pour la coordination de la
politique antidrogue.
Bien que les organes consultatifs s’avèrent des structures
politiques standards en Europe, ils diffèrent par la forme,
les fonctions, ainsi que par le nombre et la nature de
leurs membres. Ils constituent en général un forum où le
gouvernement et les autres secteurs peuvent communiquer,
agir en coordination et étudier des informations
à pertinence politique.
En pratique, cela pourrait signifier que la politique de
réduction de la demande de drogue se rapproche de
plus en plus des politiques en matière de santé et de
dépendances comportementales, et que la politique
de réduction de l’offre de drogue se rapproche des
stratégies de sécurité ciblant la criminalité organisée.
Par conséquent, on peut se demander si les actuelles
stratégies complètes et équilibrées de lutte contre la
drogue auront une place dans l’avenir.
24
Dépenses publiques
Les stratégies et plans d’action nationaux antidrogue
contiennent des mesures de réduction des problèmes
liés à la drogue, dont la mise en œuvre est financée
essentiellement par le gouvernement. Les comptes rendus
pour l’utilisation de ces fonds publics peuvent constituer
un outil important pour le processus d’évaluation politique.
Chapitre 1: Politiques et législations
Cette section tâche de déterminer si des budgets
spécifiques sont associés à des documents de politique
antidrogue et si des informations sur les dépenses
concrètes sont mises à disposition. Toutefois, étant
donné que les fonds sont alloués à différents niveaux de
gouvernement et que les pratiques comptables budgétaires
varient en Europe, seul un aperçu préliminaire des
pratiques nationales dans ce domaine a pu être réalisé.
Les dépenses publiques relatives au problème de la
drogue peuvent être affectées par les programmes
d’austérité, tels que ceux mis en œuvre par certains pays
à la suite de la récente récession économique mondiale.
Un premier passage en revue des données relatives aux
tendances pour les dépenses publiques relatives à la
drogue examine cette évolution.
Stratégies et budgets de la lutte contre la drogue
Sur les vingt‑neuf pays européens suivant des stratégies ou
des plans d’action antidrogue nationaux, sept déclarent
que leur document de politique antidrogue actuel
comporte soit un budget global, soit un budget sectoriel.
À Chypre, un budget annuel est annexé à la stratégie
antidrogue 2009‑2012, et les dépenses annuelles dans ce
domaine sont également publiées. En Estonie, un budget
est prévu pour les stratégies antidrogue nationales, et
les dépenses annuelles en la matière font l’objet d’une
estimation. En République tchèque, le plan d’action
2010‑2012 a été, pour la première fois, accompagné d’un
budget indicatif. En Grèce, le plan d’action 2011‑2012
s’accompagne d’un budget correspondant. Un budget
est également fourni pour le plan national 2008‑2011
(prolongé jusque 2012) de la France, mais son exécution
ne fait pas l’objet d’une évaluation publique. La stratégie
antidrogue du Royaume‑Uni ne va pas de pair avec un
budget central. Par contre, en Irlande du Nord, en Écosse
et au pays de Galles, des budgets sont associés aux
stratégies, et des estimations des dépenses sont publiées.
En Angleterre, malgré l’absence d’un budget spécifique,
les comptes de dépenses sont régulièrement publiés. Dans
certains cas, des budgets spécifiques couvrent une partie
seulement de la stratégie antidrogue. Ainsi, en Roumanie,
un budget a été alloué aux mesures de santé et d’aide
sociale du plan d’action antidrogue 2009‑2012.
Trois pays ont déclaré ne plus disposer d’un budget lié
à leur stratégie antidrogue. L’Irlande, le Portugal et la
Slovaquie avaient prévu des budgets et des estimations
des dépenses annuelles pour leurs précédents plans
d’action mais ce n’est plus le cas actuellement. Toutefois, le
Portugal et la Slovaquie ont mis en place des commissions
interministérielles pour faire progresser cette question.
Dans huit pays, un budget couvrant en totalité ou en partie
la stratégie ou le plan d’action antidrogue national est
arrêté chaque année dans le cadre du budget général
national. Au Luxembourg, le plan d’action pluriannuel
est soutenu par un budget annuel pour le domaine de
la drogue, et des estimations exhaustives des dépenses
sont également fournies. En Croatie, le budget annuel en
matière de drogue est étroitement lié au plan d’action.
En Bulgarie, au Danemark, en Hongrie, en Finlande, en
Suède et en Norvège, le gouvernement adopte un budget
annuel pour financer les initiatives de lutte contre la
drogue.
Onze pays n’ont pas, récemment, lié leurs budgets de
lutte antidrogue à des documents de politique nationaux.
Dans ce cas, le financement requis pour la stratégie ou le
plan d’action antidrogue provient directement des agences
chargées de sa mise en œuvre.
En Europe, les pratiques varient beaucoup, et seuls
quelques pays ont adopté une approche claire et
transparente pour l’allocation et la révision budgétaires
dans le domaine de la drogue. Bien que cette situation
puisse s’expliquer par des difficultés techniques, il
n’empêche qu’elle contribue aux problèmes rencontrés
pour estimer les dépenses publiques liées à la drogue en
Europe et à l’élaboration de l’évaluation économique de la
politique antidrogue.
Tendances en matière de dépenses publiques liées
à la drogue
À l’heure actuelle, il est crucial de déterminer l’impact de
la crise économique récente et des mesures d’austérité qui
en ont résulté sur la politique antidrogue et les budgets
relatifs à la drogue. Ce thème est examiné au moyen des
estimations récentes des dépenses publiques liées à la
drogue dans les pays européens. La prudence est toutefois
de mise, car la quantité et la qualité des informations
disponibles varient sensiblement selon les pays: les études
couvrent différentes années, appliquent des méthodologies
diverses et leurs estimations ne portent pas toujours sur la
même proportion des budgets.
Certains des fonds qu’un gouvernement prévoit de
consacrer aux activités liées à la drogue sont identifiés
comme tels dans le budget national (dépenses
explicitement imputables aux drogues). Toutefois, il est
fréquent que l’essentiel des dépenses liées à la drogue ne
soit pas identifié comme tel (dépenses non explicitement
imputables aux drogues) et qu’elles doivent dès lors être
estimées en adoptant une approche de modélisation
des coûts. Le budget total est la somme des dépenses
25
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
explicitement et non explicitement imputables aux
drogues.
Ces dernières années, on a observé des réductions des
dépenses publiques liées à la drogue dans six pays.
Au Royaume‑Uni, une réduction de 5 % des dépenses
publiques explicitement imputables aux drogues, opérée
en 2010/2011 en Angleterre (5) par rapport à l’année
précédente, n’a pas été compensée par les légères
augmentations des dépenses explicitement imputables
aux drogues accordées en Irlande du Nord, en Écosse et
au pays de Galles. En 2010, les dépenses explicitement
imputables aux drogues en Estonie ont diminué de
3 % comparativement à 2009, mais de 54 % par
rapport à 2008; en Irlande, les dépenses explicitement
imputables aux drogues ont baissé de 3 % comparé
à l’année précédente. En Hongrie, une révision de
milieu d’exercice du budget 2010 a permis d’observer
une réduction de 25 % du financement des activités
explicitement imputables aux drogues. En Croatie, les
données disponibles indiquent une réduction de 10 % des
dépenses explicitement imputables aux drogues dans le
budget 2010 par rapport à celui de 2009. En République
tchèque, malgré une meilleure couverture de données
indiquant une possible augmentation des dépenses
en 2010, une analyse plus approfondie montre une
diminution des fonds disponibles pour le traitement et la
réduction des risques.
Lois nationales applicables aux nouvelles
substances psychoactives
Parmi les changements les plus fondamentaux, il
y a l’adoption de nouvelles lois pénales punissant la
distribution non autorisée de substances psychoactives,
comme cela a été le cas en Irlande, en Autriche et en
Roumanie. Si ces trois exemples présentent quelques
similitudes, ils comprennent aussi des différences
essentielles. Concernant la substance, les trois pays
définissent une substance psychoactive comme une
substance ayant pour effet de stimuler ou de déprimer le
système nerveux central et associée à une dépendance,
des hallucinations ou des altérations de la fonction
motrice ou du comportement. En Irlande, ces altérations
doivent être «significatives»; en Autriche, les substances
ne peuvent être inscrites que si elles sont susceptibles
d’être utilisées de façon abusive par certains segments
de la société et représentent une menace éventuelle pour
la santé des consommateurs. Le droit roumain ne précise
plus de critères de nocivité, contrairement aux dispositions
d’une ordonnance émise par le gouvernement plus tôt
dans la même année. En Autriche, le ministre de la santé
doit désigner nommément les substances ou groupes de
substances dans un règlement, tandis qu’en Irlande et
en Roumanie une telle désignation n’est pas nécessaire:
toute substance possédant les propriétés définies par la
législation est couverte de façon implicite. En Autriche,
l’offre de ces substances est considérée comme une
infraction si l’intention du fournisseur est d’en retirer un
profit et de faire consommer ces substances pour leurs
effets psychoactifs; en Irlande, la simple connaissance
d’une consommation humaine probable est suffisante
pour déterminer l’infraction; en Roumanie, aucune de ces
deux conditions n’est nécessaire. Les peines maximales
infligées pour l’offre de telles substances sont de deux ans
d’emprisonnement en Autriche, cinq ans en Irlande et
huit ans en Roumanie; ces peines augmentent sensiblement
en Autriche et en Roumanie si l’offre des substances
entraîne une blessure grave ou un décès.
Ces dernières années, l’Europe a vu apparaître très
rapidement toute une palette de nouvelles substances
Tout en maintenant leurs lois antidrogue, plusieurs
pays y ont introduit des nuances afin de renforcer ou
Dans quatre autres pays, on ne relève pas de signes de
coupes budgétaires dans les estimations les plus récentes
des dépenses liées à la drogue. En Belgique, le total
des dépenses publiques liées à la drogue a augmenté
de 18,5 % entre 2004 et 2008 (avant la récession). En
Suède, le total des dépenses publiques liées à la drogue
a augmenté sensiblement en 2011 comparativement
à 2007. Au Luxembourg, en 2010, on a observé une
hausse annuelle de 5,6 % du total des dépenses liées à la
drogue. En Finlande, le total des dépenses publiques liées
à la drogue a augmenté de 1,6 % en 2009.
Les études réalisées jusqu’à présent donnent à penser
qu’il existe des variations considérables entre les pays
quant à la nature et à la sévérité de l’impact de la crise
économique sur les budgets et les dépenses liés à la
drogue.
(5)
(6)
26
psychoactives très largement disponibles. La vitesse avec
laquelle ces nouvelles substances sont lancées, combinée
à un manque d’information sur les risques associés
à leur consommation, bouscule la procédure établie
consistant à ajouter les substances individuelles à la liste
des substances contrôlées par les lois antidrogue. Alors
que la majorité des pays européens continuent à suivre
cette procédure, plusieurs ont réagi à cette évolution en
apportant des changements innovants à leur législation ou
à leur politique de répression (6).
L’Angleterre représente 84 % de la population du Royaume‑Uni, et son budget lié à la drogue absorbe habituellement plus de 80 % du total. Les
dépenses explicitement imputables aux drogues ne représentent qu’une petite partie du total des dépenses liées à la drogue au Royaume‑Uni.
Pour un résumé des questions politiques dans les pays européens, voir OEDT (2011d).
Chapitre 1: Politiques et législations
d’accélérer les procédures utilisées pour inscrire les
nouvelles substances dans les listes des drogues. Des
comités scientifiques d’évaluation des risques ont été
officiellement créés en Hongrie (en 2010) et en Finlande
(en 2011). Ils sont chargés d’apporter les éléments
probants nécessaires pour éclairer les décisions consistant
à soumettre les nouvelles substances à des mesures de
contrôle. En 2011, le Royaume‑Uni a adopté une nouvelle
procédure («ordres d’inscription temporaire de drogue»)
selon laquelle les substances désignées peuvent être
rapidement soumises à des mesures de contrôle, et ce
pour une période pouvant atteindre un an. Pendant cette
période, la nécessité de mesures de contrôle permanent
peut être examinée. Une proposition similaire de liste
de contrôle temporaire a été adoptée par le parlement
slovaque, mais a été suspendue avant les élections de
2012. Une autre nuance législative mise en œuvre par
certains pays a consisté à étendre la couverture des
lois antidrogue existantes en répertoriant les substances
comme des groupes définis plutôt qu’individuellement,
comme cela se faisait précédemment. En 2009 et 2011,
les cannabinoïdes de synthèse ont été définis comme
des groupes de substances contrôlés respectivement au
Luxembourg puis en Italie; par la suite, ce dernier pays
a ajouté une définition de groupe pour les cathinones.
En 2011, Chypre a ajouté des définitions de groupe
de cannabinoïdes de synthèse, de cathinones et de
phénéthylamines à sa loi antidrogue. Entre‑temps,
l’Allemagne et la France étudient la faisabilité de cette
approche.
Modifier la législation étant un processus qui peut prendre
du temps, certains pays préfèrent utiliser d’autres lois
existantes pour accélérer leur réponse aux nouvelles
substances. Les lois sur les médicaments sont mises
à profit pour contrôler les substances non thérapeutiques
dans au moins huit pays. De plus, divers types de lois
sur la protection du consommateur ont été adoptés en
Italie, en Pologne, au Portugal et au Royaume‑Uni; ces
lois s’appliquent aux produits psychoactifs en général (et
entraînent des fermetures de magasins) ou visent certaines
substances en particulier. Par exemple, la méphédrone
était vendue comme «plante à usage alimentaire» ou
comme «sels de bain», alors que son usage est tout autre.
Ces initiatives peuvent être des interventions rapides
décidées en attendant l’adoption de mesures de suivi
des lois antidrogue; elles ont aussi donné aux pays en
question le temps de concevoir des réponses innovantes.
Pour soumettre les substances potentiellement dangereuses
à des mesures de contrôle, une autre possibilité consiste
à adapter les lois existantes. En 2010, la Pologne
a exclu l’exigence de nocivité et toute application de lois
générales sur la sécurité des produits de la définition
d’une «drogue de substitution» (une substance utilisée à la
place ou aux mêmes fins qu’une drogue). En parallèle,
la loi sur la protection de la santé a été actualisée afin
de pouvoir être appliquée s’il existe un soupçon qu’une
drogue de substitution puisse représenter une menace
pour la vie humaine. En Hongrie, en 2012, une disposition
d’inscription temporaire a été ajoutée à la loi sur les
médicaments afin de pouvoir y inscrire les drogues non
thérapeutiques qui affectent le système nerveux central,
sont susceptibles d’altérer l’état mental, le comportement
ou la perception, et qui peuvent donc représenter une
menace aussi grave que les substances inscrites dans
les listes de drogues pour la santé publique. Selon
les termes de la section «Drogues» modifiée du code
pénal, les personnes offrant ou distribuant de telles
substances sont passibles d’une peine pouvant atteindre
trois ans d’emprisonnement. En Suède, en 2011, les
services de répression ont reçu de nouveaux pouvoirs
qui leur permettent d’agir au nom de la protection de
la sécurité publique et de saisir ou de détruire certaines
substances supposément utilisées à des fins d’intoxication
et susceptibles de causer des blessures ou des décès. En
vertu des nouvelles lois de l’Autriche et du Royaume‑Uni,
dans certaines circonstances, la police est autorisée
à confisquer toute quantité d’une substance, même en
l’absence d’infraction.
On dénombre de plus en plus de réponses ciblant la
publicité et la vente libre des nouvelles substances
psychoactives. Faire de la publicité pour les effets
psychoactifs d’une substance en vue de la vendre est
punissable d’une peine pouvant atteindre cinq ans
d’emprisonnement en Irlande et un à trois ans en
Roumanie. En République tchèque, la promotion de
la dépendance à une substance psychoactive expose
son auteur à une peine pouvant atteindre huit ans
d’emprisonnement. En Roumanie, toute personne faisant
la publicité d’un tel produit en prétendant que sa vente
est légale encourt une peine allant de trois à dix ans
d’emprisonnement. En Pologne, la personne qui offre
des «drogues de substitution» encourt une forte amende
et celle qui en fait la publicité une peine d’un an
d’emprisonnement. En Roumanie, une forte amende est
infligée si un site internet en infraction n’est pas fermé
dans les douze heures suivant la requête ministérielle
émise à cet effet.
L’apparition rapide de drogues nouvelles et inconnues
a suscité des réponses nombreuses et variées, qui
continuent à évoluer: depuis 2009, au moins sept pays ont
mis en œuvre une réponse innovante et en ont lancé une
autre ultérieurement. La lourdeur des sanctions pénales
27
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
et le degré de psychoactivité ou de nuisance potentielle
entraînant ces sanctions varient fortement en Europe.
Deux tendances sont cependant visibles: le recours à la
menace d’emprisonnement pour dissuader les fournisseurs,
et l’exclusion des sanctions pénales pour les détenteurs de
drogues destinées à la consommation personnelle.
Recherche sur la drogue
Afin de compléter et de soutenir les priorités énoncées
dans la stratégie antidrogue de l’UE, la Commission
européenne finance une série de recherches et d’études
dans le domaine de la drogue. Depuis 2007, elle
a investi plus de 18 millions d’euros au titre du septième
programme‑cadre pour la recherche et le développement
technologique (7e PCRD).
Deux études européennes majeures se sont concentrées sur
la dépendance à la drogue et à l’alcool dans le contexte
des troubles cérébraux. Récemment conclu, le projet
«Psychosocial factors relevant to brain disorders in Europe»
(Paradise, «Facteurs psychosociaux intervenant dans les
troubles cérébraux en Europe») a révélé que les désordres
provoqués par l’abus de substances allaient de pair avec un
lourd fardeau et un impact profond sur la vie quotidienne.
Les difficultés les plus courantes ont été détectées au niveau
des fonctions cognitives, des fonctions émotionnelles, de
l’autonomie, des relations avec autrui, de l’emploi et de
la vie économique. En 2011, un autre projet européen
majeur a indiqué que les troubles du cerveau, mesurés
par les années de vie corrigées de l’incapacité, sont le
premier contributeur à la charge globale de morbidité
de l’Union européenne, avec 26,6 % du total (Wittchen
e.a., 2011). Cette étude a classé les dépendances à la
drogue et à l’alcool parmi les troubles cérébraux les plus
courants, derrière les troubles dus à l’anxiété, l’insomnie, la
dépression grave et les troubles somatoformes.
Le projet «Access to opioid medication in Europe»
(ATOME, «Accès aux médicaments opiacés en Europe»)
enquête sur les raisons pour lesquelles les médicaments
opiacés destinés au traitement de la douleur modérée
à aiguë ou au traitement de la dépendance aux opiacés
ne sont pas toujours disponibles là où on en a besoin, ni
utilisés de façon adéquate. Ce projet sera mené jusqu’à la
fin de 2014, et ses premiers résultats comprendront la
publication des nouvelles lignes directrices politiques de
(7)
28
l’OMS (2011), disponibles en 14 versions linguistiques,
et un passage en revue des obstacles potentiels à l’accès
et à la disponibilité des opiacés. Il débouchera sur
l’élaboration de rapports par pays contenant des
recommandations concrètes concernant des modifications
de la législation.
Le projet «Addictions and lifestyles in contemporary
Europe — Reframing addictions project» (ALICE RAP,
«Addictions et modes de vie dans l’Europe
d’aujourd’hui — Redéfinition des addictions») sera
mené jusqu’en 2016 grâce aux contributions de plus
de 100 chercheurs et 70 institutions de recherche dans
plus de trente pays. Centré sur sept grands thèmes de
travail, ce projet vise à renforcer les données scientifiques
susceptibles d’informer le public et le dialogue politique
sur les défis posés à la société européenne par les
drogues et les autres dépendances, ainsi qu’à encourager
le débat sur les approches des dépendances.
Le projet «Grasping the links in the chain: understanding
the unintended consequences of international
counter‑narcotics measures for the EU» (Linksch, «Démêler
les maillons de la chaîne: comprendre les conséquences
inattendues des mesures antidrogue pour l’UE») a démarré
en février 2012. Il rassemble sept partenaires de quatre
pays et a pour but de contribuer au développement d’une
politique antidrogue plus complète visant à réduire les
conséquences imprévues. Enfin, le programme de mise en
réseau de l’espace européen de la recherche (ERA‑NET)
en matière de drogues illicites, financé par le 7e PCRD,
sera mis en place d’ici à 2013.
Le programme «Prévenir la consommation de drogue
et informer le public» de la Commission européenne
a également financé une série de projets, dont une étude
intitulée «Analyse approfondie du marché européen des
drogues et des mesures prises pour y faire face», qui
a analysé les caractéristiques et le fonctionnement des
marchés du cannabis, de la cocaïne, des amphétamines
et de l’ecstasy dans l’Union européenne, et le projet
«New methodological tools for policy and programme
evaluation» (DPE, «Nouveaux outils méthodologiques
pour l’évaluation des politiques et des programmes»), qui
élabore des indicateurs permettant d’effectuer le suivi
de l’offre et de la demande des drogues illicites ainsi
que d’évaluer les politiques et les interventions dans ce
domaine (7).
Pour de plus amples informations sur la recherche consacrée au problème de la drogue en Europe, voir la page internet «Recherche» de l’OEDT.
Chapitre 1: Politiques et législations
DRUID: conduire sous l’influence de drogues,
d’alcool et de médicaments
Développements dans la recherche
sur la dépendance (1)
Le projet DRUID («Driving under the influence of drugs,
alcohol and medicines»), qui s’est achevé en 2011, visait
à apporter de nouvelles perspectives sur l’impact de
l’alcool, des drogues illicites et des médicaments sur la
sécurité routière et à émettre des recommandations pour la
politique de sécurité routière. Des protocoles harmonisés
de collecte des données ont été utilisés pour recueillir
des échantillons de fluides corporels auprès de quelque
50 000 conducteurs sélectionnés au hasard dans treize
pays européens, et de 4 500 conducteurs qui avaient
été gravement blessés ou tués dans un accident. L’étude
a révélé que 3,5 % des conducteurs testés avaient de
l’alcool dans leur organisme. Qui plus est, 1,5 % des
conducteurs avaient dépassé la limite légale courante
de 0,5 gramme d’alcool par litre de sang, une valeur
qui augmentait considérablement le risque de perdre la
vie dans un accident de la route comparativement aux
conducteurs n’ayant pas consommé d’alcool.
Au cours de l’année dernière, la quantité de recherches
faites sur la dépendance a presque triplé dans les États
membres de l’UE, bien que les scientifiques américains
continuent à produire un tiers des nouvelles publications
en la matière. L’année 2011 a vu une augmentation du
nombre de documents consacrés à l’alcool, à la nicotine
ou aux psychostimulants, ainsi qu’une forte hausse du
nombre d’études génétiques et d’imagerie dans le domaine
de la dépendance. Toutefois, moins de 7 % des études
portent sur des essais cliniques de nouvelles stratégies
thérapeutiques de lutte contre la dépendance, qui reste
donc un champ d’étude à développer.
Les traces de drogues illicites le plus souvent décelées
chez les conducteurs testés au hasard étaient des traces
de tétrahydrocannabinol (THC) (1,3 %) et de cocaïne
(0,4 %). La présence de THC a été associée à un léger
accroissement du risque pour le conducteur d’être
blessé ou d’être responsable d’un accident mortel, et
la présence de cocaïne et d’amphétamines augmentait
considérablement ce risque pour le conducteur. Des traces
de médicaments psychoactifs, surtout les benzodiazépines,
ont été trouvées chez 1,4 % des conducteurs, ce qui
pouvait augmenter considérablement le risque de décéder
dans un accident de la route. Tous les risques étaient
grandement renforcés lorsque des substances étaient
combinées à de l’alcool ou à d’autres drogues, comme
cela arrive souvent en Europe.
Après avoir examiné les réponses données à ce problème,
le projet a constaté que la plupart des appareils de
dépistage de drogue au volant n’étaient pas suffisamment
précis. Les interventions effectives sont, entre autres, le
retrait du permis de conduire pour une période pouvant
atteindre douze mois et des programmes de réinsertion.
L’efficacité de ces interventions dépend toutefois d’une
distinction à établir entre les divers types de contrevenants.
Néanmoins, l’une des principales conclusions du projet
DRUID était que les mesures visant à contrer la conduite
sous l’influence de drogue ne devaient pas détourner
les ressources des mesures destinées à la lutte contre la
conduite sous l’influence d’alcool.
Parmi les principaux essais cliniques publiés dans ce
domaine, il y a ceux qui ont exploré l’utilisation de
thérapies de substitution ou de drogues de sevrage pour
la dépendance à la méthamphétamine, l’utilisation de
buprénorphine/naloxone pour la dépendance aux opiacés
ou les nouvelles thérapies de sevrage aux opiacés, comme
la tétrodotoxine. D’autres études se sont centrées sur la
base comportementale, physiologique et moléculaire
de l’apprentissage associatif ou conditionné dans les
paradigmes de toxicomanie, en explorant de nouveaux
objectifs potentiels pour le développement thérapeutique.
Une grande partie de la recherche en neuroscience sur
la dépendance se focalise sur le système de récompense
du cerveau et la dopamine, mais de nouvelles données
indiquent d’autres possibilités. Par exemple, les études de
neuro‑imagerie réalisées sur des animaux et des humains
ont montré l’influence majeure du cortex préfrontal sur le
comportement de prise de drogue. Les interactions entre
la région dorsale et la région ventrale du cortex préfrontal
se modifient au cours du processus de dépendance, ce
qui évoque des interventions de neurotransmetteurs tels
que la noradrénaline, la sérotonine, le glutamate et les
cannabinoïdes.
(1) Préparé par Fernando Rodríguez de Fonseca et Jean‑Pol Tassin,
membres du comité scientifique de l’OEDT.
29
Chapitre 2
La réponse au problème de la drogue en Europe — Vue d’ensemble
Introduction
Ce chapitre présente une vue d’ensemble des réponses
au phénomène de la drogue en Europe et souligne, là
où cela est possible, les tendances et les évolutions.
Il examine dans un premier temps les mesures de
prévention et se penche ensuite sur les interventions
en matière de traitement, de réinsertion sociale et de
réduction des risques. Toutes ces mesures forment
ensemble un système complet de réduction de la
demande de drogue et elles sont de plus en plus
coordonnées et intégrées. La section finale se concentre
sur la définition des priorités dans le domaine de la
répression antidrogue et des infractions à la législation
antidrogue.
Prévention
La prévention de la toxicomanie s’articule autour de
différents niveaux ou stratégies, qui ciblent la société
dans son ensemble (prévention environnementale) ou se
concentrent sur les individus à risque (prévention ciblée).
Les principaux enjeux des politiques de prévention
consistent à faire correspondre ces différentes stratégies
avec le degré de vulnérabilité des groupes cibles
(Derzon, 2007) et à faire en sorte que les interventions
reposent sur des preuves et aient une couverture
suffisante. La plupart des stratégies de prévention
mettent l’accent sur la consommation des substances
en général et certaines sur les problèmes qui y sont
associés, par exemple la violence et les comportements
sexuels à risque; seul un nombre restreint de
programmes se centrent sur des substances spécifiques,
comme l’alcool, le tabac ou le cannabis.
Stratégies environnementales
L’objectif des stratégies de prévention environnementale
vise à modifier les environnements culturel, social,
physique et économique immédiats dans lesquels les
individus posent leur choix en termes de consommation
de drogue. Généralement, ces stratégies incluent des
mesures telles que la fixation des prix de l’alcool,
l’interdiction de la publicité pour le tabac et l’interdiction
de fumer. L’efficacité de ces stratégies a été démontrée.
D’autres stratégies environnementales privilégient la mise
en place d’environnements scolaires protecteurs. Voici
quelques‑uns des exemples dont les pays européens
ont fait état: promotion d’un climat d’apprentissage
positif et encourageant (Pologne et Finlande), éducation
aux normes et aux valeurs de citoyenneté (France) et
sécurisation des écoles par une présence policière dans
le quartier (Portugal).
On a avancé que toute une série de problèmes
sociaux, notamment la consommation de substances,
les grossesses d’adolescentes et la violence, étaient
plus fréquents dans les pays connaissant les plus
fortes inégalités sociales et sanitaires (Wilkinson et
Pickett, 2010). Nombre de pays scandinaves, comme
la Finlande, investissent beaucoup dans des politiques
environnementales plus larges visant à améliorer
l’inclusion sociale au niveau de la famille, de l’école, de
la communauté et de la société mais aussi à contribuer
à réduire l’utilisation de drogues et à maintenir cette
utilisation réduite. Les programmes et interventions de
prévention ciblés sur des problèmes ou des drogues
spécifiques sont moins fréquents dans ces pays.
Prévention universelle
La prévention universelle concerne des populations
entières, essentiellement en milieu scolaire et au niveau
des communautés. Elle vise à réduire les comportements
à risque liés à des drogues en fournissant aux jeunes
les compétences nécessaires pour éviter de commencer
à consommer des drogues ou pour reporter cette
initiation. Selon une évaluation récente du programme
de prévention «Unplugged» en République tchèque, les
étudiants participants ont fait état d’une consommation
sensiblement réduite de tabac mais aussi d’une
diminution de la fréquence des états d’ébriété, de la
consommation de cannabis et de toute autre drogue
(Gabrhelik e.a., 2012). Toutefois, on a récemment
signalé des réductions de l’offre de prévention
universelle en Grèce et en Espagne, et du personnel
31
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Prévention: le contexte environnemental
Des recherches récentes en neuroscience sociale
(Steinberg, 2008) confirment les conclusions d’études
sociales selon lesquelles le contexte environnemental
influence profondément l’adoption de comportements
à risque par les adolescents.
Vers l’époque de la puberté, la prise de risques augmente
en raison de modifications intervenant dans le système
socio‑émotionnel du cerveau, ce qui a pour effet
d’augmenter la recherche de récompenses et de réduire
le contrôle des impulsions en présence de pairs. Une
telle sensibilité accrue à l’opinion d’autrui et aux normes
perçues peut contribuer à expliquer pourquoi une grande
partie des comportements à risque d’adolescents, comme
la consommation non contrôlée de drogues et d’alcool et
la conduite téméraire, sont constatés presque exclusivement
dans des contextes sociaux. À des moments décisifs,
il arrive que des jeunes en groupes n’opèrent pas des
«choix informés» ou n’évaluent pas les risques de façon
rationnelle.
La recherche montre que, au lieu de se concentrer sur la
fourniture d’informations, les interventions de prévention
ciblant les jeunes devraient se centrer sur les normes
et les perceptions de la normalité. Elle souligne en
outre l’importance qu’il y a, du point de vue préventif,
à privilégier les contextes environnementaux comme
l’école, la famille et les espaces récréatifs. La recherche
met également l’accent sur l’importance du contrôle
parental et apporte son soutien aux mesures visant
à limiter les possibilités de conséquences nuisibles dans
les environnements où des jeunes interagissent en groupes,
en particulier les environnements de divertissement et de
vie nocturne. Ces nouvelles conclusions soutiennent surtout
l’approche de prévention environnementale, qui repose
davantage sur la modification des contextes que sur la
seule persuasion.
affecté à la prévention en Lettonie, ce qui confirmerait
la tendance possible selon laquelle la prévention serait
affectée par les coupes budgétaires en cette période de
difficultés économiques (OEDT, 2011a).
Le manuel de normes de prévention de l’UE (OEDT,
2011b) est conçu pour aider les États membres
à assurer la qualité de leurs programmes de prévention;
une série de pays ont fait état d’améliorations en
la matière. L’Irlande a récemment évalué la mise en
œuvre de son programme national de prévention
dans les établissements d’enseignement postprimaire.
La République tchèque, pour sa part, a apporté
des améliorations à son régime de subventions de
prévention en introduisant le premier système de
certification d’Europe en ce domaine, au titre duquel
les financements ne sont accordés qu’aux programmes
(8)
32
certifiés. La certification des professionnels est conçue
pour améliorer la qualité de l’offre des programmes de
prévention et veiller à ce que les fonds publics soient
dépensés rationnellement.
Prévention sélective
La prévention sélective est axée sur des groupes, familles
ou communautés spécifiques, dont les membres, du
fait de leurs faibles liens sociaux ou de leurs maigres
ressources, sont davantage exposés à un risque
de toxicomanie ou de dépendance. Le Danemark,
l’Allemagne, l’Espagne, l’Autriche et le Portugal ont
mis en œuvre des interventions de prévention ciblant
les élèves des écoles professionnelles, un groupe de
jeunes identifiés comme très exposés au risque de
connaître des problèmes de consommation de drogue.
L’Irlande a adopté une approche plus large du travail
de prévention ciblant les jeunes à risque en travaillant
pour améliorer l’alphabétisation et l’apprentissage du
calcul chez les jeunes défavorisés. Les interventions au
niveau des communautés visant des groupes de jeunes
à haut risque, comme l’Italie et certaines municipalités
du nord de l’Europe en ont fait état, associent des
stratégies individuelles et environnementales prenant la
forme de travail de proximité, de travail avec les jeunes
et de coopération formelle entre les autorités locales
et des organisations non gouvernementales. De telles
approches ciblent les jeunes à haut risque sans les
inscrire dans des programmes spécifiques.
Des approches fondées sur l’intervention précoce ont
été fréquemment signalées en Europe, mais la finalité
et le contenu de ces programmes varient selon le pays.
Au Royaume‑Uni, la récente politique de prévention
a redonné son sens de départ au concept d’«intervention
précoce»: offrir, pendant leur petite enfance, un
soutien social, émotionnel et éducatif aux enfants
vivant dans des circonstances désavantageuses (8). Le
but est de reporter ou d’empêcher la naissance des
problèmes (y compris la consommation de drogue)
au lieu d’attendre que le problème apparaisse pour
y répondre (Allen, 2011). Les programmes d’éducation
parentale peuvent aussi jouer un rôle important dans les
approches d’intervention précoce; toutefois, les activités
et la formation parentales proactives restent rares dans
le domaine de la prévention sélective.
Prévention ciblée
La prévention ciblée tend à identifier les personnes
présentant des problèmes comportementaux ou
psychologiques qui donnent à penser qu’elles
Ce sens diffère de l’acception récente d’«intervention précoce» où le qualificatif «précoce» indiquait un «stade précoce dans l’époque» de
consommation de drogue.
Chapitre 2: La réponse au problème de la drogue en Europe — Vue d’ensemble
pourraient développer ultérieurement des problèmes
de toxicomanie et à les cibler individuellement par le
biais de mesures spécifiques. Dans la plupart des pays
européens, la prévention ciblée reste fondée sur l’offre
de conseils aux jeunes consommateurs de drogue.
Le programme «Preventure» (9) est une exception. Il
s’agit d’un programme canadien qui a été adapté à la
situation du Royaume‑Uni et qui cible spécifiquement
les jeunes buveurs à la recherche de sensations. Ce
programme est l’un de ceux recevant les évaluations
les plus positives qui soit disponible actuellement; il
est maintenant également mis en œuvre en République
tchèque et aux Pays‑Bas.
Graphique 2 — Tendances du nombre estimé de patients
entamant un traitement, par drogue primaire
200 000
Héroïne
150 000
Aucun ensemble de données ne permet de décrire
l’ensemble de la population d’usagers de drogue
actuellement en traitement en Europe. Néanmoins,
l’indicateur de l’OEDT sur les demandes de traitement
rassemble des informations sur un important sous‑groupe
de cette population et collecte des données sur les
personnes qui entrent dans un service spécialisé de
traitement de la toxicomanie pendant l’année civile,
permettant ainsi de connaître leurs caractéristiques et
leur profil de consommation de drogue (10). En 2010,
l’indicateur a enregistré quelque 472 000 patients ayant
entamé un traitement, dont 38 % (178 000) entraient
en traitement pour la première fois. Au cours des cinq
dernières années, l’héroïne, le cannabis et la cocaïne
ont été les drogues principales déclarées par les
personnes ayant entamé un traitement, l’augmentation la
plus marquée ayant été observée pour le cannabis (voir
le graphique 2).
Cocaïne
50 000
Autres drogues
Traitement
En Europe, les principales modalités de traitement
des problèmes de toxicomanie sont des interventions
psychosociales, des traitements de substitution aux
opiacés et des cures de désintoxication. L’importance
relative de ces différentes modalités de traitement dans
chaque pays est influencée par divers facteurs, dont
l’organisation du système national de soins de santé.
Les services de traitement de la toxicomanie peuvent
être dispensés dans divers cadres, tels que des unités
de traitement spécialisées, des services ambulatoires ou
hospitaliers, des cliniques et des hôpitaux psychiatriques,
des unités installées en milieu carcéral, des structures
à bas seuil et des cabinets de médecins généralistes.
Cannabis
100 000
0
2005
2006
2007
2008
Pas connu
ou données
manquantes
Stimulants autres
que la cocaïne
2009
2010
NB:
Pour de plus amples informations, voir le graphique TDI-1
(partie ii) du bulletin statistique 2012.
Sources:Points focaux nationaux Reitox.
Sur la base de différentes sources, dont l’indicateur sur
les demandes de traitement et les registres de traitements
de substitution aux opiacés, on peut estimer qu’en 2010,
au moins 1,1 million de personnes ont suivi un traitement
pour consommation de substances illicites dans l’Union
européenne, en Croatie, en Turquie et en Norvège (11).
Si plus de la moitié de ces patients ont reçu un
traitement de substitution aux opiacés, un grand nombre
a bénéficié d’autres formes de traitement pour des
problèmes liés aux opiacés, aux stimulants, au cannabis
et à d’autres substances illicites (12). Cette estimation du
nombre de traitements de la toxicomanie en Europe,
quoiqu’elle doive être affinée, suggère un niveau
considérable d’offre de traitements, à tout le moins
pour les consommateurs d’opiacés. Cela résulte d’un
développement considérable des services ambulatoires
spécialisés au cours des vingt dernières années, avec
une contribution majeure des services de santé primaire,
des services de santé mentale, des services de proximité
et des prestataires de services à bas seuil.
Traitement dans une structure ambulatoire
Il existe des informations sur quelque 400 000 usagers
de drogue ayant commencé un traitement ambulatoire
spécialisé en Europe, en 2010. Près de la moitié
des toxicomanes ayant entamé un traitement (48 %)
(9) Disponible sur le site «Échange sur les mesures de réduction de la demande de drogue».
(10) L’indicateur des demandes de traitement regroupe des données émanant de 29 pays et concernant des centres spécialisés dans la toxicomanie, avec
une couverture de plus de 60 % des unités dans la plupart des pays, bien que, pour certains d’entre eux, le pourcentage d’unités couvertes ne soit
pas connu (voir le tableau TDI‑7 du bulletin statistique 2012).
(11) Voir l’encadré «Estimation du nombre de consommateurs de drogues en traitement en Europe» et le tableau HSR‑10 du bulletin statistique 2012.
(12) Des informations plus détaillées sur les types spécifiques de traitement pour les diverses substances sont fournies dans les chapitres correspondants.
33
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
déclarent consommer des opiacés, essentiellement de
l’héroïne, comme drogue principale, tandis que 27 %
citent le cannabis comme drogue primaire, 17 % la
cocaïne et 4 % des stimulants autres que la cocaïne (13).
La voie la plus courante vers un traitement est une
décision personnelle de suivre un traitement (35 %),
avant l’envoi par les services sociaux et de santé (29 %)
et l’envoi par le système judiciaire (20 %). Les autres
patients sont dirigés vers les centres de traitement par la
famille, des amis et des réseaux informels (14).
Les patients entreprenant un traitement ambulatoire
sont âgés en moyenne de 31 ans. Dans ce groupe, on
recense pratiquement quatre fois plus d’hommes que
de femmes, ce qui reflète en partie la prédominance
des hommes parmi les usagers de drogue les plus
problématiques. Les ratios hommes/femmes sont élevés
pour toutes les substances, malgré des variations selon
les drogues et les pays (15). Les ratios hommes/femmes
sont généralement les plus élevés dans les pays du
sud de l’Europe et parmi les patients consommateurs
de cocaïne et de cannabis; les ratios les plus bas sont
observés dans le nord de l’Europe et parmi les patients
consommateurs de stimulants et d’opiacés (16). Chez
les patients qui entament un traitement ambulatoire,
les consommateurs primaires de cannabis ont près
de dix ans de moins (25 ans) que les consommateurs
primaires de cocaïne (33 ans) et d’opiacés (34 ans).
Dans l’ensemble, les patients les plus jeunes (26‑27 ans)
vivent en Hongrie, en Pologne, en Roumanie et en
Slovaquie et les plus âgés en Italie, au Portugal et en
Norvège (34‑35 ans) (17).
Les deux modalités principales de traitement ambulatoire
en Europe sont les interventions psychosociales et le
traitement de substitution aux opiacés. Les interventions
psychosociales comprennent des conseils, une
remotivation, une thérapie cognitive et comportementale,
une prise en charge personnalisée, des thérapies de
groupe et familiales et la prévention des rechutes. Les
interventions psychosociales proposent une aide aux
consommateurs qui tentent de gérer et de résoudre leur
problème de dépendance et constituent la principale
modalité de traitement pour les consommateurs de
stimulants tels que la cocaïne et les amphétamines (18).
Ces interventions sont également proposées aux
consommateurs d’opiacés, souvent en combinaison avec
un traitement de substitution.
(13)
(14)
(15)
(16)
(17)
(18)
(19)
34
Dans presque tous les pays, la responsabilité de l’offre
de traitements psychosociaux ambulatoires est partagée
par des institutions publiques et des organisations non
gouvernementales. Alors que les institutions publiques
en sont le principal fournisseur dans vingt pays, les
organisations non gouvernementales sont le principal
fournisseur dans huit pays (19) et le deuxième fournisseur
en termes de parts de patients dans onze autres pays.
Les fournisseurs commerciaux jouent en général un
moindre rôle dans l’offre de cette modalité de traitement,
mais ils constituent les deuxièmes fournisseurs les
plus importants dans huit pays (Belgique, Bulgarie,
Danemark, Chypre, Lettonie, Lituanie, Slovaquie et
Turquie), avec une part de patients variant entre
5 et 35 %.
Dans une étude réalisée en 2010 en Europe, les
experts nationaux ont indiqué que les traitements
psychosociaux ambulatoires étaient disponibles dans
quatorze pays pour pratiquement toutes les personnes
qui le souhaitaient et dans onze pays pour la majorité
des personnes qui le recherchaient. Toutefois, dans
trois pays (Bulgarie, Estonie et Roumanie), on estime
que les traitements psychosociaux ambulatoires ne sont
disponibles que pour moins de la moitié des personnes
recherchant activement un accompagnement. Ces
estimations peuvent cacher des variations considérables
au sein des pays et des différences dans la disponibilité
des programmes de traitement spécialisés pour des
groupes cibles spécifiques, tels que les consommateurs
de drogue plus âgés ou les minorités ethniques. Certains
pays font état de difficultés pour fournir des services
spécialisés en cette période de récession économique et
de coupes budgétaires.
Concernant l’accès à un traitement psychosocial
ambulatoire, les experts de douze des vingt‑neuf pays
ayant fourni des données ont rapporté qu’il n’y avait pas
de temps d’attente, tandis que, dans onze autres pays, le
temps d’attente moyen était estimé à moins d’un mois. En
Norvège, le temps d’attente moyen est estimé à environ
huit semaines, tandis que les experts de quatre autres
pays n’étaient pas en mesure de donner une estimation.
Au Danemark, la législation exige que le traitement
commence dans les 14 jours.
La principale option des patients consommateurs
d’opiacés en Europe réside dans un traitement de
Voir le tableau TDI‑19 du bulletin statistique 2012.
Voir le tableau TDI‑16 du bulletin statistique 2012.
Pour des informations sur les patients en cours de traitement selon la drogue primaire consommée, voir les chapitres correspondants.
Voir le tableau TDI‑21 du bulletin statistique 2012.
Voir les tableaux TDI‑9 (partie iv) et TDI‑103 du bulletin statistique 2012.
Pour des informations sur les traitements selon la drogue primaire consommée, voir les chapitres correspondants.
En Bulgarie, les institutions publiques et les organisations non gouvernementales participent dans une proportion égale en termes de parts de
patients à l’offre de traitements psychosociaux ambulatoires (et en milieu hospitalier).
Chapitre 2: La réponse au problème de la drogue en Europe — Vue d’ensemble
substitution. Il est généralement dispensé dans une
structure ambulatoire, bien que, dans certains pays,
il soit également disponible en milieu hospitalier et
de plus en plus en milieu carcéral (20). En outre, les
médecins généralistes permanents jouent un rôle de plus
en plus important dans l’offre de ce type de traitement,
souvent dans le cadre de structures d’entraide avec
des centres spécialisés. Tous les États membres de
l’UE ainsi que la Croatie, la Turquie et la Norvège
proposent un traitement de substitution aux opiacés (21).
Dans l’ensemble, on estime à 710 000 le nombre de
traitements de substitution dispensés en Europe en 2010.
Comparativement à 2009, le nombre de patients
recevant un traitement de substitution a augmenté dans
la plupart des pays, bien que l’Espagne et la Slovaquie
aient fait état de légères diminutions (22).
Traitement en milieu hospitalier
Des données sont disponibles sur quelque
50 000 consommateurs de drogue ayant commencé un
traitement en milieu hospitalier en Europe en 2010 (23).
La moitié d’entre eux a cité les opiacés comme drogue
Estimation du nombre de consommateurs
de drogue en traitement en Europe
Depuis 2008, l’OEDT recueille annuellement des données
sur le nombre total de patients recevant un traitement pour
toxicomanie en Europe. Lors de la collecte de données
la plus récente, quatorze pays ont fourni des estimations
minimales fiables du nombre total de personnes en contact
avec des services de traitement en 2010; le nombre total
estimé était de 900 000 patients. Pour les seize pays
restants, un sous‑ensemble de données a été utilisé: soit le
nombre de demandes de traitement, soit les patients ayant
suivi un traitement de substitution aux opiacés pendant
l’année considérée; des deux totaux, le plus élevé a été
utilisé. Ainsi, les données relatives aux patients ayant
suivi un traitement de substitution aux opiacés ont été
utilisées pour sept pays (171 000 patients) et celles de
l’indicateur sur les demandes de traitement ont été utilisées
pour neuf pays (48 000 patients). Ensemble, ces données
indiquent qu’au moins 1,1 million de personnes ont été
en contact avec des services de traitement en Europe
en 2010. L’OEDT travaille avec les États membres afin
d’améliorer l’assurance qualité des estimations nationales
du total de la population en traitement, une amélioration
qui se répercutera sur la qualité des estimations au niveau
européen.
principale (48 %), suivis par le cannabis (16 %), les
amphétamines et les stimulants autres que la cocaïne
(13 %) et la cocaïne (8 %). Les patients hospitalisés sont
essentiellement des hommes jeunes, dont la moyenne
d’âge est de 31 ans, le ratio hommes/femmes se situant
à 3/1 (24).
Le traitement en milieu hospitalier ou en hébergement
exige que les patients restent hospitalisés pendant une
durée allant de plusieurs semaines à plusieurs mois.
Dans nombre de cas, ces programmes visent à permettre
au patient de s’abstenir de consommer de la drogue
et n’autorisent pas de traitement de substitution. La
désintoxication est une intervention de courte durée
sous contrôle médical dont le but est de supprimer les
symptômes de manque associés à une consommation
chronique de drogue et elle est parfois une condition
préalable avant d’entamer un traitement de longue
durée en milieu hospitalier basé sur l’abstinence.
La désintoxication est souvent une intervention en
hébergement assurée par des hôpitaux, des centres
spécialisés dans le traitement de la dépendance ou des
établissements possédant des unités médicalisées ou
psychiatriques.
Les patients traités en milieu hospitalier bénéficient
d’un hébergement et de traitements psychosociaux
structurés personnalisés et participent à des activités
visant à les réinsérer dans la société. Une approche
de communautés thérapeutiques est souvent adoptée
dans ce contexte (25). Le traitement des toxicomanes
en milieu hospitalier est aussi assuré par des hôpitaux
psychiatriques, notamment pour les patients présentant
des troubles psychiatriques comorbides.
Les institutions publiques sont les principaux fournisseurs
de services de désintoxication dans vingt‑deux pays,
tandis que le secteur privé est le principal fournisseur
à Chypre et à Luxembourg et le deuxième fournisseur
dans douze autres pays. Les organisations non
gouvernementales constituent les plus grands fournisseurs
aux Pays‑Bas et les deuxièmes plus grands dans huit
autres pays. Selon les experts nationaux, dans douze
pays, la désintoxication est disponible pour presque
toutes les personnes qui la recherchent et, dans neuf
autres pays, elle l’est pour la majorité des personnes qui
la recherchent. Dans sept pays (Estonie, Irlande, Grèce,
Lettonie, Hongrie, Roumanie et Norvège), on estime que
la désintoxication n’est disponible que pour moins de la
(20) Voir la «Question particulière» de 2012 sur les consommateurs de drogue en prison.
(21) Voir les tableaux HSR‑1 et HSR‑2 du bulletin statistique 2012.
(22) Voir le tableau HSR‑3 du bulletin statistique 2012. Pour plus d’informations sur la disponibilité, l’accessibilité et les tendances en matière de
traitement de substitution, voir le chapitre 6.
(23) Ce chiffre doit être interprété avec prudence, car il n’inclut pas tous les usagers qui suivent un traitement en milieu hospitalier.
(24) Voir les tableaux TDI‑7, TDI‑10, TDI‑19, TDI‑21 et TDI‑24 du bulletin statistique 2012.
(25) Voir l’encadré «Des communautés thérapeutiques pour la réinsertion des usagers de drogue en Europe».
35
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
moitié des personnes qui en recherchent une activement.
Dans quinze pays, le temps d’attente moyen estimé pour
une désintoxication est inférieur à deux semaines. Un
temps d’attente moyen de deux semaines à un mois a été
estimé dans huit pays; il a été estimé à plus d’un mois en
Autriche et en Slovénie. Les experts de trois pays n’ont
pas fourni d’estimation. Les estimations nationales des
temps d’attente pour n’importe quelle modalité peuvent
toutefois recouvrir d’importantes variations au sein des
pays.
Les institutions publiques sont les principaux fournisseurs
de traitements en milieu hospitalier dans quatorze
pays, et les organisations non gouvernementales le
sont dans onze pays. Les institutions privées sont les
principaux fournisseurs au Danemark et les deuxièmes
plus importants dans six autres pays. Les experts
nationaux estiment qu’un traitement psychosocial en
milieu hospitalier est disponible pour presque toutes
Des communautés thérapeutiques pour la
réinsertion des usagers de drogue en Europe
La communauté thérapeutique se définit traditionnellement
comme un milieu exempt de drogue dans lequel des
personnes ayant des problèmes de drogue (et autres)
vivent ensemble d’une façon organisée et structurée afin de
promouvoir des changements sociaux et psychologiques.
Les patients sont considérés comme des participants actifs
dans leur propre traitement et dans celui des uns et des
autres. La responsabilité de la gestion quotidienne de la
communauté est partagée par les patients et le personnel.
Depuis quelques années, cette approche s’adapte de
plus en plus afin de répondre aux besoins des patients en
traitement de substitution aux opiacés, des adolescents,
des hommes et femmes sans abri, des mères et de leurs
enfants, des personnes séropositives ou souffrant de
problèmes de santé mentale.
En 2013, une publication dans la série Insights de l’OEDT
sera consacrée au rôle des communautés thérapeutiques
dans le traitement des usagers de drogue en Europe.
les personnes qui le recherchent dans dix pays, et
pour la majorité des personnes qui le recherchent dans
onze autres pays. Toutefois, dans sept pays (Bulgarie,
Danemark, Estonie, Chypre, Hongrie, Roumanie et
Finlande), cette modalité de traitement a été considérée
comme disponible pour moins de la moitié des
personnes qui la recherchent.
Les experts de la Grèce, de la Pologne, du Portugal, de
la Slovaquie et de la Croatie ont estimé qu’il n’y avait
pas de temps d’attente pour un traitement en milieu
hospitalier. Le temps d’attente moyen a été estimé
à moins d’un mois dans treize pays et à plus d’un mois
dans quatre autres pays.
Réinsertion sociale
Le degré d’exclusion sociale des usagers de drogue
à problèmes est généralement élevé, en particulier parmi
les consommateurs d’opiacés. Les données relatives
aux conditions sociales des patients ayant entamé
un traitement en 2010 montrent que plus de la moitié
d’entre eux (56 %) étaient au chômage; au cours des
cinq dernières années, ce pourcentage a augmenté dans
quinze des vingt‑quatre pays fournissant des données de
tendances. Une autre caractéristique courante parmi les
patients ayant entamé un traitement est le faible niveau
d’éducation, 38 % d’entre eux n’ayant achevé que
l’enseignement primaire et 2 % n’ayant même pas atteint
ce niveau. De plus, beaucoup sont sans domicile, 10 %
des patients en traitement ayant déclaré ne pas avoir de
logement fixe.
36
Améliorer la capacité de la personne à trouver et
à garder un emploi — l’employabilité — est un élément
essentiel de la réinsertion sociale des usagers de
drogue. Les interventions dans ce domaine tiennent
compte du fait que la consommation de drogue et les
problèmes qui y sont liés peuvent compromettre non
seulement l’entrée et le retour sur le marché du travail
mais aussi la capacité à garder un emploi. En Europe,
la formation professionnelle comprend une grande
diversité de programmes qui visent à améliorer les
compétences et les qualités requises pour trouver et
garder un emploi, notamment les compétences pour
répondre et se présenter à un entretien, la gestion du
temps, les connaissances informatiques, l’efficacité et le
sens de l’engagement vis‑à‑vis du travail. De plus, des
programmes visant à développer des compétences et
qualifications professionnelles spécifiques sont parfois
offerts par les services de traitement de la toxicomanie
et par des fournisseurs spécialisés comme les autorités
nationales en matière d’enseignement ou les services de
l’emploi (OEDT, 2011a).
Une approche prometteuse consiste à intégrer
des mesures de soutien dans les programmes de
traitement de la toxicomanie, telles que des conseils en
matière d’emploi, ou une formation ou un placement
professionnel. Les modèles étudiés incluent, entre
autres, l’offre de formations aux usagers de drogue
au chômage qui reçoivent un traitement psychosocial
dans des structures ambulatoires. On a également
évalué l’efficacité des conseils personnalisés en matière
Chapitre 2: La réponse au problème de la drogue en Europe — Vue d’ensemble
d’emploi, de l’aide à la recherche d’emploi, de l’emploi
assisté, de la prise en charge personnalisée et d’autres
interventions destinées aux patients en traitement de
substitution. Plusieurs études ont obtenu des résultats
encourageants concernant les mesures de l’impact,
notamment le taux d’emploi, le revenu et l’utilisation
de la protection sociale (OEDT, 2012b). Il n’a toutefois
pas été possible de recenser des interventions qui
débouchent régulièrement sur des résultats positifs.
En outre, les différences quant aux approches, aux
populations étudiées, aux résultats évalués et le manque
de renouvellement empêchent de tirer des conclusions
nettes de l’efficacité globale de ces mesures (Foley e.a.,
2010). De plus, les résultats disponibles sont centrés
presque exclusivement sur les interventions de réinsertion
sociale des consommateurs d’opiacés, alors que l’on ne
s’occupe pas encore de façon systématique des besoins
des patients en traitement qui consomment d’autres
drogues.
croissance et un renforcement des réponses de réduction
des risques vis‑à‑vis de la consommation de drogue,
ainsi que l’intégration croissante de ces réponses dans
divers autres services de santé, de traitement et de
prestations sociales. La réduction des risques répond
maintenant aux besoins sanitaires et sociaux plus larges
des usagers de drogue à problèmes, surtout s’ils sont
socialement exclus. Les principales interventions de
réduction des risques sont le traitement de substitution
aux opiacés et les programmes d’échange d’aiguilles
et de seringues, qui ciblent les décès par surdose et la
propagation des maladies infectieuses. Les approches
complémentaires comprennent le travail de proximité,
la promotion et l’éducation en matière de santé et
la distribution de matériel d’injection autre que des
aiguilles et des seringues. La réduction des risques
couvre une grande diversité de comportements et de
risques, y compris ceux liés à l’alcool et à l’usage
récréatif de drogue (OEDT, 2010b).
Le travail et les autres activités qui favorisent le sentiment
d’inclusion et offrent des possibilités de contact social
peuvent aider à prévenir les chutes et rechutes chez les
usagers de drogue (McIntosh e.a., 2008). Dans certains
pays européens, des entreprises sociales tentent, en
association avec des coopératives de «travail de
récupération», d’offrir une transition entre le traitement
et l’insertion professionnelle à part entière (Belgique,
République tchèque, Espagne, Lettonie et Finlande). Ces
petites entreprises situées dans la communauté locale
aident les personnes à entrer ou à retourner sur le
marché du travail tout en mettant l’accent sur le soutien,
le service communautaire et la participation à la vie
de la communauté. D’autres interventions spécialisées
permettent, quand elles sont intégrées au traitement
de la toxicomanie et aux programmes de réinsertion,
d’augmenter la probabilité de résultats positifs.
Certaines d’entre elles aident les membres de groupes
difficiles à placer, à l’image des usagers de drogue
délinquants ou de ceux qui ont des problèmes de santé
mentale (OEDT, 2012b). Néanmoins, même quand ces
programmes réussissent à enseigner des compétences
d’employabilité, les usagers de drogue doivent réussir
à concurrencer les autres candidats sur le marché du
travail alors que de nombreux pays connaissent une
période de chômage intense.
En 2003, le Conseil européen a recommandé aux États
membres de l’UE d’adopter une série de politiques et
d’interventions afin de réduire les risques sanitaires
liés à la toxicomanie (26). Dans un rapport de suivi
émis en 2007, la Commission européenne a confirmé
que la prévention et la réduction des risques liés à la
drogue formaient un objectif de santé publique dans
tous les pays (27). Les politiques antidrogue nationales
Réduction des risques
Depuis l’apparition du VIH parmi les consommateurs de
drogue voici plus de vingt‑cinq ans, l’Europe a vu une
Insight sur l’amélioration de la participation des
toxicomanes en traitement au marché du travail
Une nouvelle publication de l’OEDT passe en revue les
développements récents qui concernent la réinsertion
sociale des usagers de drogue et les preuves de l’efficacité
des interventions visant à accroître l’employabilité. Cette
publication est conçue pour aider les décideurs politiques
et les praticiens du domaine de la drogue à élaborer des
stratégies efficaces pour promouvoir la réinsertion sociale
des usagers de drogue.
«Question particulière» sur les usagers
de drogue ayant des enfants
Une «Question particulière» de l’OEDT publiée cette
année se penche sur les usagers de drogue ayant des
enfants. Voici quelques‑uns des thèmes abordés dans cette
publication: les options de traitement pour les toxicomanes
enceintes; réduire les restrictions d’accès au traitement pour
les parents toxicomanes ayant des enfants; les programmes
de prévention ciblés sur les parents toxicomanes.
Ces publications sont disponibles en version papier et sur
le site de l’OEDT en anglais uniquement.
(26) Recommandation 2003/488/CE du Conseil du 18 juin 2003.
(27) COM(2007) 199 final.
37
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
intègrent de plus en plus les objectifs de réduction des
risques définis dans la stratégie antidrogue de l’UE;
les divers pays sont maintenant largement d’accord sur
l’importance que revêt la réduction de la propagation
des maladies infectieuses, de la morbidité et de la
mortalité liées aux surdoses, et d’autres risques.
Au cours des deux dernières décennies, les politiques de
réduction des risques ont favorisé l’adoption d’approches
fondées sur des données probantes et aidé à éliminer les
obstacles à l’accès aux services. On a ainsi pu accroître
sensiblement le nombre d’usagers de drogue qui sont en
contact avec les services de santé et se soumettent à un
traitement en Europe. Des interventions de réduction des
risques pour les usagers de drogue existent à présent
dans tous les États membres de l’UE et, même si certains
pays n’en sont qu’au stade du développement de ces
services, la plupart peuvent faire état d’un niveau élevé
d’offre et de couverture.
Bien que les mesures de réduction des risques aient
contribué au contrôle du VIH chez les usagers de drogue
par injection en Europe, comme en atteste la diminution
notable des déclarations de nouvelles infections, le
HIV reste un problème de santé publique majeure; de
nouvelles épidémies ont d’ailleurs été signalées (28). En
collaboration avec l’ECDC, l’OEDT a émis des lignes
directrices à l’intention des décideurs politiques dans le
domaine des drogues et des maladies infectieuses. Ce
document présente une synthèse des données probantes
existantes concernant la prévention et le contrôle des
maladies infectieuses chez les usagers de drogue par
injection (ECDC et OEDT, 2011). Ces lignes directrices
communes visent à maximiser les possibilités pour
l’Europe de prévenir, si pas la totalité, du moins la
majorité des infections au VIH liées aux injections de
drogue.
Normes de qualité
L’étude EQUS de la Commission européenne a eu
pour but de dégager un consensus européen sur des
normes minimales de qualité dans le domaine de la
réduction de la demande de drogue. Le rapport final de
2012 a suggéré d’établir trente‑trois normes minimales
pour la prévention de l’usage de drogue, vingt‑deux
normes pour le traitement ou la réinsertion des usagers
de drogue, et seize pour la réduction des risques en
Europe (29). Ces normes minimales s’appliquent à trois
niveaux (intervention, services et système) appropriés
aux différents besoins des praticiens, des gestionnaires
de services et des planificateurs de politique.
(28) Voir l’encadré «Épidémies de VIH en Grèce et en Roumanie» (chapitre 7).
(29) Le rapport final est disponible en ligne.
38
L’étude EQUS comprenait également un passage en
revue, à l’aide d’experts de vingt‑quatre pays européens,
des normes de qualité déjà mises en œuvre au niveau
national. Concernant les processus de traitement de la
toxicomanie, les normes les plus fréquemment rapportées
comme déjà mises en œuvre s’appliquaient à la
confidentialité des données des patients et à l’évaluation
de leur historique d’usage de drogue. En revanche,
les normes relatives à la coopération régulière avec
d’autres services et à la formation continue du personnel
étaient moins souvent mises en œuvre. En matière de
résultats des traitements, les deux types de normes le
plus fréquemment rapportés comme mis en œuvre étaient
ceux dont les objectifs étaient liés à l’amélioration de la
santé et à la réduction de la consommation de drogue.
Parmi les normes les moins susceptibles d’être appliquées
figuraient celles mettant l’accent sur l’évaluation externe
et le suivi de la fin de traitement, des problèmes ayant
été signalés concernant la mise en œuvre de ces normes.
L’étude montre qu’il existe un large consensus autour
d’un ensemble de normes minimales de qualité dans
le domaine de la réduction de la demande de drogue
en Europe. Elle peut former une base utile pour le suivi
des évolutions futures en Europe. La liste complète des
normes et des résultats de l’étude EQUS est disponible
sur le portail des meilleures pratiques.
Répression antidrogue
La répression antidrogue constitue un volet important des
politiques nationales et communautaires de lutte contre
«Question particulière» sur les drogues
et la prison
Les usagers de drogue représentent une partie
considérable de la population carcérale et sont affectés
de façon disproportionnée par les problèmes sanitaires et
sociaux liés à la consommation de drogue. L’assistance aux
usagers de drogue en milieu carcéral existe en Europe et
propose divers types d’interventions, de traitements et de
services.
Une «Question particulière» sur le thème des drogues et
de la prison que l’OEDT a publiée cette année présente
un aperçu européen actualisé de la consommation de
drogue et des problèmes qu’elle pose aux détenus, de la
santé et des conditions sociales de ceux‑ci, ainsi que des
interventions ciblées sur la consommation de drogue et ses
conséquences.
Cette publication est disponible en version imprimée et sur
le site de l’OEDT en anglais uniquement.
Chapitre 2: La réponse au problème de la drogue en Europe — Vue d’ensemble
la drogue et englobe une large palette de mesures
essentiellement mises en œuvre par la police et des
institutions similaires (comme les douanes). La définition
de priorités stratégiques et opérationnelles, une question
importante pour les autorités répressives, est brièvement
analysée ci‑après. Un résumé des infractions liées à la
drogue conclut la section.
Définition des priorités stratégiques et opérationnelles
La plupart des infractions liées à la drogue sont
des crimes sans victimes et font l’objet d’évaluations
individuelles ou institutionnelles visant à déterminer si
une enquête est justifiée et, dans l’affirmative, quelles
doivent être la profondeur et la durée de l’enquête.
Pour un service de police, il est impossible de travailler
sur toutes les infractions liées à la drogue qui sont
détectables, ce qui justifie l’application d’un certain
degré de discrétion (Dvorsek, 2006). Le processus
de définition des priorités est alimenté à la fois par
les données des autorités répressives et l’«expérience
d’enquête», c’est‑à‑dire les connaissances du personnel
des autorités répressives. Toutefois, si les priorités des
services répressifs ne sont pas toujours transparentes,
elles ne sont pas arbitraires, car elles sont en général
limitées par toute une gamme d’obligations légales et
organisationnelles. À l’occasion, un service répressif
peut être chargé d’enquêter sur un type précis
d’infractions, comme celles impliquant des intermédiaires
ou des grossistes du trafic de drogue, ou recevoir un
mandat officiel pour se concentrer sur un domaine, tel
que le recouvrement des avoirs d’origine criminelle. Dans
d’autres circonstances, une drogue précise peut devenir
prioritaire à cause des risques ou des problèmes d’ordre
public qu’elle engendre, ou même en raison de l’intensité
d’une couverture médiatique (Kirby e.a., 2010). La
définition des priorités peut aussi être influencée par
la nécessité d’obtenir de bons chiffres de performance
(Stock et Kreuzer, 1998). Si les affaires ayant été visées
par une enquête sont nombreuses, elles peuvent servir
à souligner l’importance et l’urgence du problème de la
drogue par rapport à d’autres menaces sur la sécurité
et justifier la nécessité d’activités répressives spécifiques
dans ce domaine. Dans tous les cas, la disponibilité
de ressources humaines et financières facilite certaines
options et en limite d’autres.
Les données servent à alimenter la définition des
priorités stratégiques et opérationnelles, mais les
priorités elles‑mêmes influencent aussi les données qui
seront recueillies et publiées (Stock et Kreuzer, 1998).
Les saisies de drogues, par exemple, peuvent influencer
le processus de définition des priorités mais aussi en
être l’un des résultats. La procédure judiciaire peut
utiliser des informations sur l’importance des saisies
comme indicateur de la gravité de l’infraction objet
de la poursuite. En outre, un niveau élevé de saisies
peut indiquer la nécessité d’enquêtes et de ressources
supplémentaires. Il est généralement accepté que les
chiffres des saisies sont surtout un indicateur de l’activité
répressive et que leur interprétation demande la prise
en compte du contexte dans lequel ils sont produits.
Les saisies résultent des enquêtes proactives menées
sur des suspects spécifiques ou, plus généralement, du
positionnement des services répressifs à des endroits
particuliers, tels que les ports et aéroports. En particulier,
la surveillance clandestine et les opérations d’infiltration
focalisées sur les livraisons de drogues illicites peuvent
déboucher sur d’importantes saisies de drogues. Ce qui
est moins clair, c’est la proportion de saisies de drogues
qui résultent directement de la définition des priorités
opérationnelles par rapport à la proportion de saisies
dues au hasard.
Les données relatives aux infractions liées à la drogue
(voir la section suivante) peuvent être considérées
comme des indicateurs directs de l’activité répressive,
puisqu’elles font référence aux crimes sans victimes,
qui ne sont généralement pas signalés par les victimes
potentielles. Ces données sont souvent considérées
comme des indicateurs indirects de la consommation de
drogue et du trafic de drogue, bien qu’elles n’incluent
que les activités qui ont été portées à la connaissance
des autorités répressives. Pour bien interpréter les
données des autorités répressives, qu’elles portent sur
les infractions liées à la drogue, sur les arrestations
ou sur les saisies, il importe donc de prendre en
compte les processus sous‑jacents de définition des
priorités stratégiques et opérationnelles, ainsi que leurs
conséquences.
Infractions liées à la drogue
En Europe, les rapports préliminaires de contravention
à la législation antidrogue, généralement établis par les
services de police, sont les seules données de routine
disponibles sur la criminalité liée à la drogue (30). Ces
rapports font généralement état d’infractions liées à la
consommation de drogue (consommation et possession
pour usage personnel) ou à la fourniture de drogue
(production, trafic et vente), bien que d’autres types
d’infractions puissent également être signalés (en rapport
avec les précurseurs de drogues) dans certains pays.
Ces données peuvent également refléter des différences
nationales en termes de législation, de priorités et
de ressources. Par ailleurs, les systèmes nationaux
(30) Pour une discussion des rapports entre drogue et criminalité et une définition de la notion d’«infraction liée à la drogue», voir OEDT (2007b).
39
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
d’information diffèrent en Europe, en particulier en
ce qui concerne les méthodes d’enregistrement et
de déclaration. De ce fait, il est difficile d’établir
des comparaisons pertinentes entre les pays et il est
préférable de comparer des tendances plutôt que des
chiffres absolus.
Dans l’ensemble, la tendance à la hausse du nombre
d’infractions à la législation antidrogue signalées s’est
ralentie depuis 2009. Tiré à partir des données fournies
par vingt‑deux États membres représentant 93 % de la
population de 15 à 64 ans dans l’Union européenne,
un indice européen fait apparaître que le nombre
d’infractions à la législation antidrogue signalées
a augmenté d’environ 15 % entre 2005 et 2010, avec
une stabilisation de la tendance depuis 2008. Si l’on
tient compte de tous les pays déclarants, les données
révèlent une tendance à la hausse dans dix‑neuf pays et
un recul global dans sept pays au cours de la période
considérée (31).
Infractions liées à la consommation et à la fourniture
de drogues
L’équilibre entre les infractions liées à la consommation
et celles liées à l’offre a peu évolué par rapport aux
années précédentes. En 2010, dans la plupart des pays
européens (vingt‑deux), la majorité des infractions liées
à la drogue concernaient l’usage ou la détention de
drogues pour consommation personnelle, l’Espagne, la
France, la Hongrie, l’Autriche et la Turquie déclarant les
chiffres les plus élevés (entre 85 et 93 %) (32).
Entre 2005 et 2010, on a relevé en Europe une
augmentation estimée à 19 % du nombre d’infractions
liées à la consommation de drogue. Certaines
différences entre pays peuvent être observées dans
la présente analyse, le nombre d’infractions liées à la
consommation ayant augmenté dans dix‑huit pays et
diminué dans sept autres pays pendant cette période.
On notera cependant une diminution générale du
nombre des infractions liées à la consommation de
drogue dans les données les plus récentes (2009‑2010)
(voir le graphique 3). Selon les estimations, les
infractions liées à l’offre de drogue ont augmenté
d’environ 17 % pendant la période 2005‑2010 dans
l’Union européenne. Au cours de cette période, le
nombre d’infractions liées à l’offre de drogue a connu
une augmentation dans vingt pays et une baisse globale
en Allemagne, en Estonie, aux Pays‑Bas, en Autriche et
en Pologne (33).
(31)
(32)
(33)
(34)
40
Voir
Voir
Voir
Voir
le
le
le
le
graphique DLO‑1 et le tableau DLO‑1 du bulletin statistique 2012.
tableau DLO‑2 du bulletin statistique 2012.
graphique DLO‑1 et le tableau DLO‑5 du bulletin statistique 2012.
tableau DLO‑3 du bulletin statistique 2012.
COSI: le comité permanent de coopération
opérationnelle en matière de sécurité intérieure
À l’échelon européen, la définition des priorités en
matière de répression opérationnelle relève de la
compétence du comité permanent de coopération
opérationnelle en matière de sécurité intérieure (COSI)
du Conseil et repose sur les évaluations des menaces de
la criminalité organisée que réalise Europol (1). Le COSI
a été institué en 2010 dans le cadre du traité de Lisbonne
et mis en place par une décision du Conseil (Conseil
de l’Union européenne, 2009). Ce comité, où siègent
de hauts fonctionnaires des ministères de l’intérieur des
États membres et des représentants de la Commission,
est investi d’une vaste mission: faciliter, promouvoir et
renforcer la coordination des actions opérationnelles des
autorités compétentes en matière de sécurité intérieure.
Les tâches fondamentales du COSI incluent le
développement, le suivi et la mise en œuvre de la
stratégie de sécurité intérieure, ainsi que l’appui à la mise
en œuvre d’un cycle politique pluriannuel pour répondre
aux principales menaces criminelles pesant sur l’Union
européenne grâce à une coopération accrue entre les
autorités répressives des États membres, les institutions et
les agences de l’UE. Avec le soutien du COSI, le Conseil
a récemment adopté huit priorités politiques pour la
période 2011‑2013, dont trois concernent la répression
antidrogue. L’une de ces priorités consiste à réduire la
production et la distribution dans l’Union européenne de
drogues de synthèse, notamment de nouvelles substances
psychoactives. Dans le plan d’action opérationnel qui
y correspond, Europol et l’OEDT ont été chargés d’établir
un suivi régulier du démantèlement des structures du
trafic de drogues de synthèse en Europe. Le prochain
cycle politique, pour la période 2013‑2017, sera fondé
sur l’évaluation que réalisera l’UE en 2013 de la menace
que représentent les formes graves de criminalité
organisée.
(1) La définition des priorités européennes dans le domaine de la
politique antidrogue incombe au groupe horizontal «Drogue».
Tendances par drogue
Le cannabis reste la drogue illicite le plus souvent
mentionnée dans les infractions liées à la drogue
déclarées en Europe (34). Dans la majorité des
pays européens, les infractions liées au cannabis
représentaient entre 50 et 90 % des cas signalés
d’infractions à la législation antidrogue en 2010. Les
infractions liées à d’autres drogues sont supérieures
à celles liées au cannabis dans quatre pays
seulement: la République tchèque et la Lettonie, avec
la méthamphétamine (54 et 34 %, respectivement),
Chapitre 2: La réponse au problème de la drogue en Europe — Vue d’ensemble
à la consommation ou à la détention de drogue et à l’offre
de drogue dans les États membres de l’UE: tendances indexées
pour la période 2005 à 2010 et ventilation par drogue des
signalements en 2010
Infractions liées à la consommation ou à la détention
150
Au cours de la période 2005‑2010, les infractions liées
à la cocaïne ont augmenté dans onze pays déclarants,
alors que l’Allemagne, la Grèce, l’Autriche et la Croatie
ont observé une tendance à la baisse. Dans l’Union
européenne, globalement, les infractions liées à la
cocaïne ont progressé dans une proportion estimée
à environ 12 % au cours de la même période, mais ont
reculé au cours des deux dernières années (36).
Le nombre d’infractions déclarées liées aux amphétamines
dans l’Union européenne a connu une augmentation
estimée à 24 % entre 2005 et 2010, bien que cette
tendance semble s’être stabilisée au cours des deux
dernières années. En revanche, le nombre d’infractions
liées à l’ecstasy a chuté, selon les estimations, de deux
tiers sur la même période (chute de 71 %).
100
860 192
signalements
50
(2010)
2010
2009
2008
2007
2005
0
Infractions liées à l’offre
150
Cannabis
Amphétamines
Cocaïne
Héroïne
Ecstasy
100
189 792
signalements
50
(2010)
2010
2009
2008
2007
0
2005
Le recul du nombre d’infractions liées à l’héroïne
observé en 2009 s’est poursuivi en 2010. Pour ce type
d’infractions, la moyenne de l’UE est restée relativement
stable dans l’ensemble, avec une augmentation estimée
à 7 % pendant la période 2005‑2010. Le nombre
d’infractions liées à l’héroïne a diminué dans plus de la
moitié des pays déclarants (douze), tandis qu’une hausse
globale a été observée dans neuf autres pays pendant
la même période (37).
Cocaïne
Amphétamines
Cannabis
Héroïne
Ecstasy
2006
Entre 2005 et 2010, le nombre d’infractions liées au
cannabis a augmenté dans quinze pays déclarants, ce
qui s’est traduit par une hausse estimée à 20 % pour
l’Union européenne. Des tendances à la baisse ont
été constatées en Allemagne, en Italie, à Malte, aux
Pays‑Bas et en Autriche (35).
Graphique 3 — Rapports de signalement des infractions liées
2006
et la Lituanie et Malte, avec l’héroïne (34 et 30 %,
respectivement).
NB:
Les tendances représentent les informations disponibles sur le
nombre national de rapports de signalement d’infractions liées
à la drogue (passibles de poursuites pénales ou non) déclarés
dans les États membres de l’UE; toutes les séries sont indicées en
base 100 pour 2005 et pondérées par la taille de la population
nationale pour dégager une tendance globale pour l’UE. Pour de
plus amples informations, voir les graphiques DLO‑4 et DLO‑5 du
bulletin statistique 2012.
Sources:Points focaux nationaux Reitox.
Eurojust: coopération judiciaire dans l’Union européenne
Les réseaux criminels organisés n’ayant cure des frontières,
les pays doivent travailler en coopération afin de veiller
à ce que les criminels soient arrêtés et poursuivis où qu’ils se
trouvent. Eurojust, l’agence européenne pour le renforcement
de la coopération judiciaire, a été créée en 2002 afin de
gérer cette situation. Elle représente la dernière étape d’un
processus historique qui a vu la coopération judiciaire
dans l’Union européenne évoluer d’un concept purement
intergouvernemental à un champ d’interaction plus direct entre
les autorités judiciaires.
Le rôle d’Eurojust, pour les affaires criminelles transfrontalières,
est de faciliter et de coordonner: les échanges d’informations,
les équipes d’enquête commune, les livraisons contrôlées,
l’exécution des mandats d’arrêt européens, le transfert de
preuves ou de poursuites pénales, la mise en œuvre de
demandes d’entraide judiciaire, la prévention et la résolution
des conflits de juridiction et le recouvrement d’avoirs au
niveau international. Selon une analyse récente, le trafic de
drogue est la forme de criminalité la plus courante dans le
travail par affaires d’Eurojust, avec environ un cinquième des
affaires enregistrées (Eurojust, 2012). En 2011, 242 affaires
de trafic de drogue ont été renvoyées à Eurojust, et huit
équipes d’enquête commune ont déployé des activités dans ce
domaine. L’analyse des données montre que les États membres
le plus souvent impliqués dans une coopération judiciaire
relative à un trafic de drogue sont les Pays‑Bas et l’Espagne,
suivis de loin par l’Italie, l’Allemagne et la France.
(35) Voir le graphique DLO‑3 et le tableau DLO‑6 du bulletin statistique 2012.
(36) Voir le graphique DLO‑3 et le tableau DLO‑8 du bulletin statistique 2012.
(37) Voir le graphique DLO‑3 et le tableau DLO‑7 du bulletin statistique 2012.
41
Chapitre 3
Cannabis
Introduction
Offre et disponibilité
Le cannabis est la drogue illicite la plus largement
répandue en Europe, où elle est tout à la fois importée
et produite. Dans la plupart des pays d’Europe, la
consommation de cannabis a augmenté durant les
années 1990 et au début des années 2000. Il se pourrait
que l’Europe entre aujourd’hui dans une nouvelle phase,
puisque les données issues d’enquêtes sur la population
générale et une nouvelle série de données de l’enquête
scolaire ESPAD indiquent une relative stabilisation de
la consommation de cannabis dans de nombreux pays.
Celle‑ci reste toutefois élevée par rapport aux niveaux
passés. Par ailleurs, ces dernières années ont également
vu une prise de conscience croissante des implications
pour la santé publique de la consommation étendue et
de longue durée de cette drogue, ainsi qu’une hausse du
nombre des demandes de traitement enregistrées pour des
problèmes liés au cannabis.
Production et trafic
Le cannabis peut être cultivé dans des environnements
très divers et pousse à l’état sauvage dans de nombreuses
régions du monde. On estime à 172 le nombre de
pays et territoires où la plante est cultivée (ONUDC,
2009). La difficulté de fournir des chiffres précis sur la
production mondiale de cannabis est reconnue dans les
estimations les plus récentes de l’ONUDC, qui estime que
la production mondiale de cannabis végétal s’est établie
entre 13 300 et 66 100 tonnes en 2008 et celle de résine
de cannabis entre 2 200 et 9 900 tonnes.
La culture du cannabis est répandue en Europe et
semble en hausse. Les vingt‑neuf pays européens qui
fournissent des informations à l’OEDT ont fait état d’une
culture domestique de cannabis, bien que l’ampleur et la
Tableau 2 — Saisies, prix et puissance du cannabis végétal et de la résine de cannabis
Résine de cannabis
Cannabis végétal
Plants de cannabis (1)
Quantité totale saisie dans le monde
1 136 tonnes
6 251 tonnes
Pas d’application
Quantité saisie
UE et Norvège
(y compris Croatie et Turquie)
534 tonnes
(563 tonnes)
62 tonnes
(106 tonnes)
3,1 millionss de plants et 35 tonnes
(3,1 millionss de plants et 35 tonnes) (2)
Nombre de saisies
UE et Norvège
(y compris Croatie et Turquie)
341 000
(358 000)
332 000
(382 000)
25 000
(37 000)
Prix de vente moyen au détail
(en euros par gramme)
Intervalle
(Intervalle interquartile) (3)
3-17
(7,0-10,2)
3-25
(6,5-9,9)
Pas d’application
Puissance moyenne (teneur en THC — %)
Intervalle
(Intervalle interquartile) (3)
1-12
(4,5-10,0)
1-17
(5,1-8,0)
Pas d’application
(1)
(2)
Les pays déclarent la quantité saisie soit en tant que nombre de plants saisis, soit en poids; les totaux des deux quantités sont présentés dans ce tableau.
Les Pays‑Bas représentaient la moitié du nombre total de plants de cannabis saisis en 2010. Les chiffres ne sont pas complets mais peuvent être considérés comme une
indication raisonnable.
(3)
Intervalle contenant la moitié médiane des données déclarées.
NB:
Toutes les données se rapportent à 2010; «Pas d’application» peut aussi signifier «Données non disponibles».
Sources: ONUDC (2012) pour les valeurs mondiales. Points focaux nationaux Reitox pour les données européennes.
43
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
nature du phénomène semblent très variables. Une part
importante du cannabis consommé en Europe pourrait
toutefois résulter d’un trafic intrarégional. Selon une
analyse récente de l’OEDT, la Suisse et la Russie sont
également signalées comme des sources de cannabis
végétal disponible en Europe. En outre, l’Albanie et, dans
une moindre mesure, le Kosovo (38), l’ancienne République
yougoslave de Macédoine et la Serbie sont d’importants
fournisseurs du cannabis végétal saisi dans le centre et le
sud‑est de l’Europe (OEDT, 2012a).
Une certaine quantité de cannabis végétal consommé en
Europe est également importée, essentiellement d’Afrique
(en particulier d’Afrique du Sud) et, dans une moindre
mesure, d’Amérique (en particulier des îles Caraïbes)
(OEDT, 2012a).
Une étude récente suggère que l’Afghanistan aurait
remplacé le Maroc comme premier producteur de résine
de cannabis au monde. La production afghane de résine
de cannabis est estimée entre 1 200 et 3 700 tonnes par
an (ONUDC, 2011a). Bien qu’une partie de la résine de
cannabis produite en Afghanistan soit vendue en Europe,
il est probable que le Maroc reste le principal fournisseur
de cette drogue en Europe. La résine de cannabis produite
au Maroc est introduite clandestinement en Europe via la
péninsule Ibérique, les Pays‑Bas et la Belgique jouant le
rôle de centre secondaire de distribution et de stockage.
Des rapports récents donnent à penser que de la résine
marocaine transite par l’Estonie, la Lituanie et la Finlande
pour déboucher en Russie.
Saisies
En 2010, on estime à 6 251 tonnes de cannabis végétal
et à 1 136 tonnes de résine de cannabis les volumes saisis
à l’échelle mondiale (voir le tableau 2), ce qui constitue
une situation globalement stable par rapport à l’année
précédente. L’Amérique du Nord reste en tête en ce qui
concerne les saisies de cannabis végétal (69 %), alors
que les saisies de résine restent concentrées en Europe
occidentale et centrale (47 %) (ONUDC, 2012).
Le nombre de saisies de cannabis végétal effectuées
en Europe augmente régulièrement depuis 2005; les
382 000 saisies estimées pour 2010 dépassent pour la
première fois le nombre de saisies de résine de cannabis
(voir le tableau 2). En 2010, on estime à 106 tonnes le
volume de cannabis végétal saisi, la Turquie en ayant
saisi près de la moitié (44 tonnes), un chiffre record (39).
Des tendances divergentes sont observées, la quantité
de cannabis végétal saisie entre 2005 et 2010 restant
relativement stable dans l’Union européenne alors qu’elle
a quadruplé en Turquie.
En 2010, après avoir régulièrement augmenté pendant
une décennie, le nombre de saisies de résine de cannabis
est retombé à 358 000. La quantité de résine de cannabis
saisie a globalement diminué au cours des dix dernières
années, atteignant un nouveau seuil en 2010 avec une
estimation de 563 tonnes saisies. Les quantités de résine
de cannabis récupérées continuent à dépasser largement
celles de cannabis végétal (40). En 2010, comme les
années précédentes, la moitié du nombre total de saisies
de résine de cannabis et environ les deux tiers des
quantités saisies sont à porter au crédit de l’Espagne.
Les saisies de plants de cannabis sont en augmentation
depuis 2005, atteignant environ 37 000 cas en 2010.
Les pays font état de la quantité saisie soit en termes de
nombre estimé de plants, soit à l’aide d’une estimation
du poids. En Europe, les saisies déclarées en nombre de
plants sont restées stables, soit environ 2,5 millions sur la
période 2005‑2007 (41); les tendances en 2008 et 2009
ne peuvent être déterminées en raison du manque de
données fiables en provenance des Pays‑Bas, un pays qui
déclare habituellement de grandes quantités. En 2010,
selon les estimations, ce pays représentait plus de la
moitié des 3,1 millions de plants dont la saisie avait été
déclarée en Europe, suivi par le Royaume‑Uni. Le poids
des plants saisis a triplé entre 2005 et 2008, avant
de redescendre légèrement à 35 tonnes en 2010, dont
la majeure partie est toujours imputable à l’Espagne
(27 tonnes) et à la Bulgarie (4 tonnes).
Puissance et prix
La puissance des produits à base de cannabis est fonction
de leur teneur en delta‑9‑tétrahydrocannabinol (THC),
son principal élément actif. Elle varie fortement d’un pays
à l’autre et à l’intérieur d’un même pays, ainsi qu’entre
les différents produits et selon les variétés génétiques.
Les informations sur la puissance du cannabis sont
essentiellement basées sur des analyses médico‑légales du
cannabis saisi, sélectionné à partir d’échantillons. Il n’est
pas aisé de déterminer dans quelle mesure les échantillons
analysés reflètent l’ensemble du marché et il convient, pour
(38) Cette désignation est utilisée sans préjudice des positions sur le statut du pays et est conforme à la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations
unies et à l’avis de la Cour internationale de justice sur la déclaration d’indépendance du Kosovo.
(39) Les données relatives aux saisies de drogue en Europe citées dans ce chapitre figurent dans les tableaux SZR‑1 à SZR‑6 du bulletin statistique 2012.
(40) En raison des différences de taille des cargaisons et des distances parcourues, ainsi que de la nécessité de franchir des frontières internationales, le
risque de saisie de la résine de cannabis pourrait être plus important que celui du cannabis végétal produit à l’intérieur même des pays.
(41) L’analyse ne tient pas compte des saisies effectuées par la Turquie, car les données y afférentes n’ont pas été déclarées depuis 2005. Les données
relatives aux années antérieures indiquaient des saisies substantielles en Turquie (20 millions de plants de cannabis saisis en 2004).
44
Chapitre 3: Cannabis
cette raison, d’interpréter les données sur la puissance
avec prudence.
Graphique 4 — Parts de marché estimées des produits à base de
cannabis consommés en Europe en 2008‑2009
En 2010, la teneur moyenne déclarée en THC de la résine
de cannabis allait de 1 à 12 %. La puissance moyenne
du cannabis végétal (y compris la sinsemilla, la forme
de cannabis végétal la plus puissante) était comprise
entre 1 et 16,5 %. La puissance moyenne de la sinsemilla
n’a été fournie que par trois pays: 8 % en Suède, 11 %
en Allemagne et 16,5 % aux Pays‑Bas. Au cours de la
période 2005‑2010, la puissance moyenne de la résine
de cannabis a été variable dans les quinze pays déclarant
des données suffisantes. La puissance du cannabis végétal
est restée relativement stable ou a baissé dans dix pays,
et a augmenté en Bulgarie, en Estonie, en France, en
Italie, en Slovaquie et en Finlande. Entre 2005 et 2010, la
puissance de la sinsemilla est restée stable en Allemagne
et a légèrement diminué aux Pays‑Bas (42).
Le prix de vente moyen au détail de la résine de cannabis
en 2010 oscillait entre 3 et 17 euros le gramme dans les
vingt‑six pays fournissant des informations à ce sujet, dont
quatorze ont fait état de prix compris entre 7 et 10 euros. Le
prix moyen au détail du cannabis végétal se situait entre 3
et 25 euros le gramme dans les vingt‑trois pays fournissant
des informations, dont treize rapportaient des prix compris
entre 6 et 10 euros. Au cours de la période 2005‑2010,
le prix moyen au détail de la résine de cannabis et du
cannabis végétal est resté stable ou a augmenté dans la
plupart des pays fournissant des données.
Parts de marché estimées des produits à base de cannabis
Diverses sources de données indiquent une prédominance
du cannabis végétal dans l’ensemble de l’Europe en 2009.
Il apparaît que le cannabis végétal est le produit à base
de cannabis le plus consommé dans deux tiers des
trente pays déclarants, tandis que la résine de cannabis
est le produit le plus prisé dans le tiers restant (voir le
graphique 4). Ces parts de marché semblent être restées
stables dans le temps dans certains pays, où elles peuvent
refléter des habitudes de consommation de longue date;
dans d’autres pays, ces parts de marché ont récemment
évolué (OEDT, 2012a).
Prévalence et modes de consommation
Consommation de cannabis dans la population générale
Selon une estimation prudente, le cannabis a été
consommé au moins une fois (prévalence au cours de la
vie) par environ 80,5 millions d’Européens, soit près d’un
Principalement cannabis
végétal
>80 %
60-79 %
Principalement résine
de cannabis
>80 %
55-79 %
Source: OEDT, 2012a.
quart de l’ensemble des personnes âgées de 15 à 64 ans
(voir le tableau 3 pour un résumé des données). Il existe
des écarts considérables d’un pays à l’autre, avec des
chiffres nationaux de prévalence oscillant entre 1,6 et
32,5 %. La plupart des pays rapportent des estimations de
la prévalence comprises entre 10 et 30 % pour l’ensemble
de la population adulte.
On estime à 23 millions le nombre d’Européens ayant
consommé du cannabis au cours de la dernière année,
soit en moyenne 6,8 % de la population âgée de 15
à 64 ans. Les estimations relatives à la prévalence au
cours du dernier mois tiennent compte des personnes
consommant du cannabis plus régulièrement, mais pas
nécessairement chaque jour ou de manière intensive.
On estime ainsi qu’environ 12 millions d’Européens ont
consommé cette drogue au cours du dernier mois, soit une
moyenne d’environ 3,6 % de la population âgée de 15
à 64 ans.
Consommation de cannabis chez les jeunes adultes
La consommation de cannabis est essentiellement le fait de
jeunes adultes (15 à 34 ans), la prévalence la plus élevée
de la consommation au cours de la dernière année étant
généralement observée chez les 15 à 24 ans (43).
Les données des enquêtes de population suggèrent qu’en
moyenne, 32,5 % des jeunes adultes européens (15
à 34 ans) ont un jour pris du cannabis, contre 12,4 % qui
en ont également consommé au cours des douze derniers
(42) Voir les tableaux PPP‑1 et PPP‑5 du bulletin statistique 2012 pour les données relatives à la puissance et au prix. Pour les définitions des produits à base
de cannabis, voir le glossaire en ligne.
(43) Voir le graphique GPS‑1 du bulletin statistique 2012.
45
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Tableau 3 — Prévalence de la consommation de cannabis dans la population générale — Résumé
des données
Tranche d’âge
Période de consommation
Au cours de la vie
Dernière année
Dernier mois
Nombre estimé de consommateurs
en Europe
80,5 millions
23 millions
12 millions
Moyenne européenne
23,7 %
6,8 %
3,6 %
Plage de données
1,6-32,5 %
0,3-14,3 %
0,1-7,6 %
Pays où la prévalence est la plus faible
Roumanie (1,6 %)
Bulgarie (7,3 %)
Hongrie (8,5 %)
Grèce (8,9 %)
Roumanie (0,3 %)
Grèce (1,7 %)
Hongrie (2,3 %)
Bulgarie, Pologne (2,7 %)
Roumanie (0,1 %)
Grèce, Pologne (0,9 %)
Suède (1,0 %)
Lituanie, Hongrie (1,2 %)
Pays où la prévalence est la plus élevée
Danemark (32,5 %)
Espagne, France (32,1 %)
Italie (32,0 %)
Royaume-Uni (30,7 %)
Italie (14,3 %)
Espagne (10,6 %)
République tchèque (10,4 %)
France (8,4 %)
Espagne (7,6 %)
Italie (6,9 %)
France (4,6 %)
République tchèque, Pays-Bas (4,2 %)
Nombre estimé de consommateurs
en Europe
42,5 millions
16 millions
8,5 millions
Moyenne européenne
32,5 %
12,4 %
6,6 %
Plage de données
3,0-49,3 %
0,6-20,7 %
0,2-14,1 %
Pays où la prévalence est la plus faible
Roumanie (3,0 %)
Grèce (10,8 %)
Bulgarie (14,3 %)
Pologne (16,1 %)
Roumanie (0,6 %)
Grèce (3,2 %)
Pologne (5,3 %)
Hongrie (5,7 %)
Roumanie (0,2 %)
Grèce (1,5 %)
Pologne (1,9 %)
Suède, Norvège (2,1 %)
Pays où la prévalence est la plus élevée
République tchèque (49,3 %)
France (45,1 %)
Danemark (44,5 %)
Espagne (42,4 %)
République tchèque (20,7 %)
Italie (20,3 %)
Espagne (19,4 %)
France (17,5 %)
Espagne (14,1 %)
Italie (9,9 %)
France (9,8 %)
République tchèque (8,0 %)
Nombre estimé de consommateurs
en Europe
18 millions
9,5 millions
5 millions
Moyenne européenne
29,7 %
15,4 %
7,8 %
Plage de données
3,0-52,2 %
0,9-23,9 %
0,5-17,2 %
Pays où la prévalence est la plus faible
Roumanie (3,0 %)
Grèce (9,0 %)
Chypre (14,4 %)
Portugal (15,1 %)
Roumanie (0,9 %)
Grèce (3,6 %)
Portugal (6,6 %)
Slovénie, Suède (7,3 %)
Roumanie (0,5 %)
Grèce (1,2 %)
Suède (2,2 %)
Norvège (2,3 %)
Pays où la prévalence est la plus élevée
République tchèque (52,2 %)
Espagne (39,1 %)
France (38,1 %)
Danemark (38,0 %)
Espagne (23,9 %)
République tchèque (23,7 %)
Italie (22,3 %)
France (20,8 %)
Espagne (17,2 %)
France (11,8 %)
Italie (11,0 %)
Royaume-Uni (9,0 %)
15-64 ans
15-34 ans
15-24 ans
NB:
Les estimations européennes de la prévalence sont calculées sur la base des estimations nationales de la prévalence pondérées par la population de la tranche d’âge
concernée dans chaque pays. Pour obtenir des estimations du nombre total de consommateurs en Europe, la moyenne européenne est appliquée aux pays ne disposant pas
de données sur la prévalence (ne représentant pas plus de 3 % de la population cible). Populations utilisées comme base: 15-64 ans (338 millions), 15-34 ans (130 millions)
et 15-24 ans (61 millions). Les estimations européennes sont basées sur des enquêtes réalisées entre 2004 et 2010-2011 (principalement entre 2008 et 2010) et ne renvoient
donc pas à une seule année. Les données résumées ici sont disponibles dans les «Enquêtes sur la population générale» du bulletin statistique 2012.
mois et 6,6 % au cours des trente derniers jours. On
estime qu’une part plus importante encore d’Européens
âgés de 15 à 24 ans a consommé du cannabis au cours
de l’année écoulée (15,4 %) ou du dernier mois (7,8 %).
Les estimations nationales en matière de prévalence de la
consommation de cannabis varient fortement d’un pays
à l’autre, quel que soit le critère utilisé (voir le tableau 3).
(44) Voir le tableau GPS‑5 (partie iii et partie iv) du bulletin statistique 2012.
46
La consommation de cannabis est généralement plus
élevée chez les hommes que chez les femmes. À titre
d’exemple, le ratio hommes/femmes chez les jeunes
adultes déclarant avoir pris du cannabis au cours des
douze derniers mois va d’un peu plus de six hommes
pour une femme au Portugal à un peu moins de un en
Norvège (44).
Chapitre 3: Cannabis
Comparaisons internationales
Les chiffres en provenance d’Australie, du Canada et
des États‑Unis sur la consommation de cannabis chez
les jeunes adultes au cours de la vie et au cours des
douze derniers mois sont tous supérieurs aux moyennes
européennes, qui se situent respectivement à 32,5 et
12,4 %. Ainsi, au Canada (2010), la prévalence au cours
de la vie de la consommation de cannabis chez les jeunes
adultes s’établit à 50,4 % et la prévalence au cours des
douze derniers mois à 21,1 %. Aux États‑Unis, l’enquête
nationale sur la consommation de drogues et la santé
(Samsha, 2010) estimait à 52,1 % la prévalence de la
consommation de cannabis au cours de la vie (chez les
16‑34 ans, prévalence recalculée par l’OEDT) et à 24,5 %
la prévalence au cours des douze derniers mois, alors
qu’en Australie (2010), les chiffres étaient de 43,3 et
19,3 % pour les jeunes adultes.
Tendances de la consommation de cannabis
À la fin des années 1990 et au début des années 2000,
un grand nombre de pays européens déclaraient une
hausse de la consommation de cannabis, tant dans les
enquêtes de population que dans celles réalisées en milieu
scolaire. Depuis lors, de nombreux pays ont fait état d’une
tendance à la stabilisation, voire à la diminution de la
consommation de cannabis (45).
Alors que la quasi‑totalité des pays européens ont réalisé
des enquêtes de population ces dernières années,
seize seulement ont fourni des données suffisantes pour
permettre une analyse des tendances de la consommation
de cannabis sur une plus longue période. Parmi ces
seize pays, cinq (Bulgarie, Grèce, Hongrie, Suède et
Norvège) ont toujours déclaré une faible prévalence
de la consommation de cannabis au cours des douze
derniers mois chez les 15‑34 ans, se situant à des niveaux
inférieurs à 10 %.
Six autres pays (Danemark, Allemagne, Estonie, Irlande,
Slovaquie et Finlande) ont constaté des niveaux de
prévalence plus élevés mais ne dépassant pas 15 %
dans leur dernière enquête. Le Danemark, l’Allemagne
et l’Irlande ont fait état de hausses sensibles de la
consommation de cannabis dans les années 1990 et au
début des années 2000, suivies d’une tendance de plus en
plus stable ou d’une diminution. Les augmentations de la
consommation observées en Estonie et en Finlande depuis
les dix dernières années ou plus ne montrent pas de signe
de stabilisation.
La République tchèque, l’Espagne, la France, l’Italie et
le Royaume‑Uni ont tous, à un moment au cours des dix
dernières années, rendu compte d’une consommation
au cours des douze derniers mois de 20 % et plus chez
les jeunes adultes. Parmi ces pays, les schémas de
prévalence ont commencé à diverger à partir du milieu
des années 2000. En effet, l’Espagne et la France ont
relevé des tendances généralement stables, tandis que
l’Italie a fait état d’une augmentation en 2008 et que
le Royaume‑Uni a observé des diminutions sensibles,
la prévalence de la consommation de cannabis au
cours des douze derniers mois chez les jeunes adultes
y correspondant maintenant à la moyenne de l’UE.
En 2010/2011, sept pays ont rapporté des données de
nouvelles enquêtes, qui ont permis une certaine analyse
des tendances récentes en matière de consommation de
cannabis. Comparativement à leur enquête précédente,
qui avait été conduite entre un et cinq ans plus tôt,
six de ces pays ont fait état de niveaux relativement
stables de prévalence de la consommation au cours des
douze derniers mois chez les jeunes adultes, et un pays
(Finlande) a rendu compte d’une augmentation.
Modes de consommation du cannabis
Les données disponibles indiquent des modes de
consommation variés du cannabis, allant d’une
consommation expérimentale à une dépendance. De
nombreux individus ne prennent du cannabis qu’une
ou deux fois, tandis que d’autres en consomment
occasionnellement ou pendant une courte période.
La perception du risque joue un rôle dans les modes
de consommation. Notons à ce sujet qu’une enquête
d’attitude menée à l’échelon européen a montré que la
majorité (91 %) des jeunes Européens étaient conscients
des risques pour la santé associés à la consommation
régulière de cannabis, même s’ils étaient moins nombreux
(52 %) à percevoir un risque pour la santé en cas de
consommation occasionnelle.
Parmi les personnes âgées de 15 à 64 ans qui ont
consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie,
70 % ne l’ont pas fait au cours de l’année écoulée (46).
Parmi les personnes qui ont consommé cette substance
au cours des douze derniers mois, en moyenne, près de
la moitié l’a fait au cours du dernier mois, ce qui pourrait
être le signe d’une consommation plus régulière. Ces
pourcentages varient toutefois sensiblement d’un pays
à l’autre et entre les hommes et les femmes. Les niveaux
de prévalence de la consommation de cannabis qui
sont largement supérieurs à la moyenne européenne se
retrouvent dans certains groupes de jeunes, par exemple
ceux qui fréquentent certains lieux de vie nocturne ou
les discothèques. La consommation de cannabis est
(45) Voir le graphique GPS‑4 (partie ii) du bulletin statistique 2012.
(46) Voir le graphique GPS‑2 du bulletin statistique 2012.
47
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
également souvent associée à une forte consommation
d’alcool. En effet, chez les jeunes adultes (15 à 34 ans),
de manière générale, il était deux à six fois plus probable
que des personnes consommant fréquemment ou
beaucoup d’alcool déclarent consommer du cannabis que
ce n’est le cas dans la population en général.
cinq à six ans: le Royaume‑Uni semble avoir observé une
Les types de produits à base de cannabis et leurs
modes de consommation peuvent être associés à des
risques différents. L’usager qui a recours à des modes de
consommation conduisant à la prise de doses supérieures
court plus de risques de développer une dépendance ou
d’autres problèmes (OEDT, 2008). Parmi ces pratiques, on
peut citer la consommation de cannabis à très forte teneur
en THC ou en grandes quantités et l’inhalation au moyen
d’une pipe à eau. Les enquêtes établissent rarement une
distinction entre les différents types de consommation du
cannabis. Néanmoins, l’enquête britannique 2009‑2010
sur la criminalité a estimé qu’environ 12,3 % des adultes
(15 à 59 ans) avaient un jour consommé ce qu’ils pensaient
être du «skunk» (l’appellation populaire d’une forme
généralement très puissante de cette drogue). Alors que
des proportions similaires de consommateurs de cannabis
déclaraient avoir consommé du cannabis végétal dans
leur vie (50 %) et de la résine de cannabis (49 %), les
personnes ayant consommé la drogue au cours des douze
derniers mois étaient plus susceptibles d’avoir consommé
du cannabis végétal (71 %) que de la résine (38 %) (Hoare
et Moon, 2010). Les données des enquêtes réalisées
auprès de la population générale dans dix‑sept pays (47)
et représentant près de 80 % de la population adulte de
l’Union européenne et de la Norvège indiquent qu’un peu
plus de 40 % des consommateurs de cannabis déclarant
en avoir consommé au cours du dernier mois l’avaient fait
pendant un à trois jours. On peut estimer qu’environ 1 %
des adultes (15 à 64 ans) dans l’Union européenne et en
Norvège, soit quelque 3 millions de personnes (48), sont des
consommateurs quotidiens ou quasi quotidiens de cannabis
(prévalence par pays entre 0,1 et 2,6 %). Environ les trois
quarts de ces consommateurs sont de jeunes adultes dont
l’âge est compris entre 15 et 34 ans. Dans cette tranche
d’âge, les hommes sont environ 3,5 fois plus susceptibles
que les femmes d’être des consommateurs quotidiens
de cannabis. Sur les onze pays, représentant 70 % de
la population de l’UE, pour lesquels il est possible de
déterminer les tendances en matière d’utilisation intensive
de cannabis, neuf déclarent une situation stable depuis
environ l’année 2000 (49). Dans les deux pays restants,
des changements ont été observés sur des périodes de
les jeunes usagers, et le nombre de personnes demandant
diminution de la consommation intensive de cannabis, tandis
que le Portugal a déclaré une augmentation en 2007.
La dépendance au cannabis est de plus en plus
reconnue comme l’une des conséquences possibles d’une
consommation régulière de cette substance, même chez
de l’aide en raison de leur consommation de cannabis est
en hausse dans certains pays européens (voir ci‑dessous).
Néanmoins, certains usagers de cannabis — en particulier
les consommateurs intensifs — peuvent rencontrer des
difficultés sans nécessairement répondre aux critères
cliniques de la dépendance.
Consommation de cannabis chez les élèves
L’enquête ESPAD 2011 (Hibell e.a., 2012) a rassemblé
des informations sur les modes et les tendances de
Rapport ESPAD 2011: enquête européenne
en milieu scolaire sur la consommation
de substances
Le projet européen ESPAD offre régulièrement des
instantanés sur les niveaux de consommation de drogues,
les tendances et les attitudes en la matière des élèves de
15 et 16 ans de toute l’Europe.
Réalisée tous les quatre ans, cette enquête normalisée
fournit des données comparables sur la consommation
de drogues illicites, d’alcool, de cigarettes et d’autres
substances par les élèves. Elle rend également compte
de la disponibilité perçue, de l’âge de la première
consommation de ces substances et de la perception des
risques et des dangers.
L’édition de 2011 (Hibell e.a., 2012) a interrogé des
étudiants nés en 1995 et issus de trente‑six pays
européens, dont vingt‑six des trente pays couverts par
l’OEDT. Pour la première fois, des méthodes statistiques
ont été utilisées pour déterminer si les différences sont
significatives (niveau de 95 %), cela à la fois entre les
enquêtes 2011 et 2007 et entre les garçons et les filles.
Dans les rapports ESPAD précédents, seules les différences
d’au moins 4 % étaient jugées significatives.
Les conclusions de l’enquête ESPAD sur la consommation
de cannabis sont examinées dans ce chapitre. Le cas
échéant, les résultats d’enquêtes comparables réalisées
en Espagne et au Royaume‑Uni sont également présentés.
Les conclusions relatives à la consommation d’ecstasy,
d’amphétamines et de cocaïne figurent dans les chapitres
suivants.
(47) Enquêtes réalisées entre 2003 et 2011 au moyen de méthodologies et contextes divers. Voir les tableaux GPS‑10 et GPS‑121 du bulletin statistique 2012.
(48) Cette valeur est une estimation minimale en raison des sous‑déclarations dans les enquêtes, du fait que certaines populations de consommateurs intensifs
de cannabis n’entrent pas dans le cadre d’échantillonnage, et de l’exclusion des personnes ayant connu des épisodes de consommation intensive de
cannabis au cours des douze derniers mois mais ayant consommé moins de cannabis au cours du dernier mois.
(49) Seules les données recueillies après 2000 ont été prises en compte dans cette analyse.
48
Chapitre 3: Cannabis
consommation du cannabis auprès d’élèves de vingt‑six
des trente pays couverts par l’OEDT. Les niveaux de
consommation de cannabis au cours de la vie les plus
élevés ont été rapportés par la République tchèque (42 %)
et la France (39 %) (voir le graphique 5). Aucun des autres
pays inclus dans l’enquête ni l’Espagne n’a fait état d’un
niveau de consommation au cours de la vie supérieur
à 27 %. Seules la République tchèque et la France font
état de niveaux de prévalence de la consommation de
cannabis au cours de la vie qui dépassent les niveaux
déclarés en 2011 pour une tranche d’âge comparable aux
États‑Unis (35 %).
Graphique 5 — Prévalence de la consommation de cannabis au
cours de la vie chez les élèves de 15 et 16 ans dans les enquêtes
ESPAD et les enquêtes comparables réalisées en 2010 et 2011
Norvège
Roumanie
Chypre
Grèce
Suède
Malte
Finlande
La consommation de cannabis déclarée au cours du
dernier mois varie de 24 % des jeunes de 15 et 16 ans en
France à 2 % en Roumanie et en Norvège.
Portugal
L’écart entre les sexes varie entre les pays d’Europe, le
ratio garçons/filles parmi ceux qui ont consommé du
cannabis au moins une fois dans leur vie s’échelonnant
entre 1/1 en Espagne, en France et en Roumanie et 2,5/1
en Grèce et à Chypre.
Croatie
Tendances chez les élèves
Sur les seize années couvertes par l’enquête ESPAD, la
prévalence de la consommation de cannabis au cours
de la vie chez les élèves européens a connu une hausse
globale. Au cours de cette période, une tendance à la
hausse de la consommation de cannabis au cours de la
vie chez les jeunes de 15 et 16 ans qui avait été observée
jusqu’en 2003 est retombée en 2007 pour rester au même
niveau en 2011. Sur les vingt‑trois pays qui ont participé
à l’édition 2011 ainsi qu’à l’édition 1995 ou 1999,
la prévalence de la consommation de cannabis est
maintenant au moins de 4 % plus élevée dans quatorze
pays, et plus basse dans deux pays.
Les tendances sur cette période peuvent être regroupées
par niveaux de prévalence et zones géographiques.
Huit pays, pour la plupart situés dans le nord et le sud
de l’Europe (voir le graphique 6, à gauche), faisaient
état de niveaux de prévalence de la consommation
de cannabis au cours de la vie globalement stables et
faibles pour l’ensemble de la période. Dans cinq de ces
pays, la prévalence de la consommation de cannabis
en 2011 ne s’écarte pas de plus de 3 % de son niveau
observé dans les éditions précédentes de l’enquête ESPAD
en 1995 ou en 1999. Dans trois de ces pays, toutefois, la
prévalence de la consommation de cannabis est à présent
sensiblement supérieure à son niveau observé lors de la
première enquête du début des années 1990: au Portugal,
elle a augmenté de 9 %, en Finlande de 6 % et en
Roumanie de 6 % aussi. Entre 2007 et 2011, cinq de ces
Irlande
Danemark
Hongrie
Allemagne (1)
Moyenne
européenne (2)
Lituanie
Italie
Pologne
Slovénie
Belgique (1)
Bulgarie
Estonie
Lettonie
Royaume-Uni (1)
Espagne (1)
Pays-Bas (1)
Slovaquie
États-Unis (1)
France
République
tchèque
0
10
20
30
40
Prévalence (en %)
(1)
Comparabilité limitée: les données de la Belgique s’appliquent
à la Communauté flamande; les données de l’Allemagne
s’appliquent à cinq Länder; au Royaume‑Uni, seule une petite
proportion d’écoles échantillonnées ont participé à l’enquête
ESPAD, bien qu’une enquête nationale connue ait fait état d’un
taux de prévalence très similaire en 2010 (27 %); les données
de l’Espagne, pays qui ne participe pas à l’enquête ESPAD,
proviennent d’une enquête nationale menée en 2010; les données
des États‑Unis, pays qui ne participe pas non plus à l’enquête
ESPAD, ont été recueillies en 2011 et se traduisent par un âge
moyen estimé à 16,2 ans, qui est supérieur à la moyenne de
l’ESPAD de 15,8 ans.
(2)
Moyenne non pondérée des pays européens présentés ici.
Sources:ESPAD et points focaux nationaux Reitox pour les données
européennes; Johnston e.a. (2012) pour les données des
États‑Unis.
49
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
pays ont fait état d’une hausse statistiquement significative
et un pays d’une diminution significative.
Un deuxième groupe se compose de huit pays d’Europe
occidentale qui ont rapporté une prévalence de
consommation de cannabis relativement élevée lors
des premières enquêtes ESPAD (voir le graphique 6, au
centre). Dans deux pays de ce groupe, les niveaux de
prévalence de la consommation de cannabis chez les
élèves ont littéralement chuté au cours de cette période
de seize ans: en Irlande de 19 % et au Royaume‑Uni
de 16 %. Une diminution a également été observée par
l’Allemagne (9 %) et la Belgique (7 %) entre leur première
enquête en 2003 et la plus récente en 2011. Les deux
pays de ce groupe affichant les niveaux les plus bas de
consommation de cannabis en 1995, le Danemark et
l’Italie, font état de valeurs similaires en 2011. Dans ce
groupe, seule la France a observé une augmentation d’au
moins 4 % entre sa première enquête ESPAD en 1999 et
l’édition la plus récente. Par ailleurs, alors que la tendance
entre 2007 et 2011 était à la baisse ou à la stabilisation
dans sept de ces huit pays, la France a, quant à elle,
rendu compte d’une augmentation (8 %).
Dans un troisième groupe de dix pays situés entre la mer
Baltique et la péninsule des Balkans, la prévalence de la
consommation de cannabis a augmenté entre la première
enquête en 1995 ou 1999 et 2011, huit pays ayant fait
état de hausses d’au moins 10 % (voir le graphique 6,
à droite). La République tchèque se distingue par son
niveau de prévalence plus élevé que dans les autres
pays. Pour la plupart des autres pays de ce groupe, la
prévalence de la consommation de cannabis au cours de
la vie chez les élèves a augmenté, passant d’un niveau
faible à un niveau globalement équivalent à la moyenne
européenne ou la dépassant. L’évolution de la prévalence
de la consommation de cannabis dans ce groupe de pays
a eu lieu en grande partie vers 2003; en 2007, on relevait
des indications de tassement de la prévalence. Depuis
2007, la prévalence de la consommation de cannabis
chez les élèves a sensiblement augmenté dans trois de ces
pays (Lettonie, Hongrie et Pologne), diminué dans un pays
(Slovaquie) et est restée stable dans six autres pays.
Comparativement aux deux dernières éditions de l’enquête
ESPAD, la consommation de cannabis au cours de la vie
a montré une tendance stable dans la moitié des vingt‑six
pays participant à l’OEDT, tandis que des diminutions
importantes ont été observées dans quatre pays et des
augmentations sensibles dans neuf autres pays. Les
augmentations les plus prononcées, allant de 6 à 8 %, ont
été déclarées par la France, la Lettonie, la Hongrie et la
Pologne.
Modes de consommation chez les élèves
L’enquête ESPAD 2011 indique que, en général, la
consommation de cannabis est perçue comme plus
risquée par les élèves des pays où les consommateurs sont
moins nombreux. Pour ce qui est des risques et dangers
perçus, les élèves distinguent clairement consommation
expérimentale et consommation régulière: entre 12 et
Graphique 6 — Différents schémas dans les tendances de la prévalence de la consommation de cannabis au cours de la vie
chez les élèves de 15 et 16 ans sur les cinq éditions de l’enquête ESPAD
%
%
%
50
50
50
40
40
France
30
30
RoyaumeUni (1)
République
tchèque
40
Slovaquie
Bulgarie
Pays-Bas
20
10
0
1995 1999 2003 2007 2011
(1)
Portugal
Finlande 20
Malte
Suède
10
Grèce
Chypre
Roumanie
0
Norvège
Estonie
30
Lettonie
Belgique (1)
Slovénie
20
Italie
Pologne
Allemagne ( )
1
Irlande
Danemark ( )
1
Lituanie
10
Hongrie
Croatie
0
1995 1999 2003 2007 2011
1995 1999 2003 2007 2011
Comparabilité limitée: les données de la Belgique s’appliquent à la Communauté flamande; les données de l’Allemagne s’appliquent à cinq Länder;
les données du Royaume‑Uni pour 2011 et celles du Danemark pour 2007 reposent sur de faibles proportions des écoles échantillonnées.
Sources:ESPAD et points focaux nationaux Reitox.
50
Chapitre 3: Cannabis
47 % d’entre eux estiment qu’essayer du cannabis une ou
deux fois constitue un risque élevé pour la santé, et entre
56 et 80 % pensent que la consommation régulière de
cette drogue pose un risque élevé (50).
L’initiation précoce à la consommation de cannabis est
associée au développement ultérieur de formes plus
intensives et problématiques de consommation de drogue;
huit pays (Bulgarie, République tchèque, Espagne, Estonie,
France, Pays‑Bas, Slovaquie et Royaume‑Uni) ont fait
état de valeurs de 5 % ou plus concernant les personnes
ayant commencé à consommer du cannabis à 13 ans ou
avant (51); aux États‑Unis, cette valeur atteignait 15 %.
Les garçons sont plus susceptibles de déclarer à la fois
une initiation précoce et une consommation régulière de
cannabis, entre 5 et 11 % des élèves de sexe masculin
de 15 et 16 ans dans neuf pays européens ayant déclaré
avoir consommé du cannabis au moins à quarante
occasions au cours de leur vie. Dans la plupart des pays,
cette proportion était au moins deux fois plus élevée que
chez les élèves de sexe féminin.
Effets néfastes de la consommation
de cannabis sur la santé
Il est généralement admis que le risque individuel pour
la santé lié à la consommation de cannabis est moindre
que celui associé à l’héroïne ou à la cocaïne. Toutefois,
en raison de la prévalence élevée de la consommation
de cannabis, son impact sur la santé publique peut être
significatif.
Plusieurs problèmes de santé aigus et chroniques associés
à la consommation de cannabis ont été identifiés. Les
effets néfastes aigus sont, notamment, des nausées, des
troubles de la coordination et des performances, de
l’anxiété et des symptômes psychotiques, souvent signalés
par les personnes qui consomment du cannabis pour la
première fois. Des études d’observation épidémiologique
ont montré que la consommation de cannabis par des
conducteurs accroît aussi le risque d’implication dans un
accident de la route (Asbridge e.a., 2012).
Les effets chroniques de la consommation de cannabis
comprennent la dépendance et des affections
respiratoires. La consommation régulière de cannabis
pendant l’adolescence pourrait affecter négativement
la santé mentale des jeunes adultes, avec un risque
accru avéré de symptômes et de troubles psychotiques
(50)
(51)
(52)
(53)
augmentant avec la fréquence et la quantité de la
consommation (Hall et Degenhardt, 2009).
Traitement
Demandes de traitement
En 2010, le cannabis représentait la drogue primaire
pour environ 108 000 patients admis en traitement
dans vingt‑neuf pays (25 % du total des admissions),
soit la deuxième drogue la plus citée après l’héroïne.
Le cannabis était également la drogue secondaire la
plus souvent déclarée pour environ 98 000 patients. Les
consommateurs primaires de cannabis représentent plus
de 30 % des patients admis en traitement en Belgique,
au Danemark, en Allemagne, en France, à Chypre,
en Hongrie, aux Pays‑Bas et en Pologne, mais moins
de 10 % en Bulgarie, en Estonie, au Luxembourg,
à Malte, en Roumanie et en Slovénie, et entre 10 et
30 % dans les pays restants (52). Près de 70 % du total
des consommateurs de cannabis admis en traitement
en Europe sont déclarés par l’Allemagne, l’Espagne, la
France et le Royaume‑Uni.
Les différences dans la prévalence de la consommation
de cannabis et ses problèmes connexes ne sont pas les
seuls facteurs qui expliquent les différences de niveaux
dans les demandes de traitement entre les pays. D’autres
facteurs, tels que les pratiques d’orientation et le type
d’offre de traitement, sont aussi importants. La France,
par exemple, a mis en place un système de centres de
consultation qui ciblent les jeunes patients, principalement
des consommateurs de cannabis (53). En Hongrie, les
délinquants dépendants au cannabis se voient proposer
un traitement en guise d’alternative à une sanction. Ces
deux systèmes ont pour effet d’augmenter le nombre de
personnes admises en traitement.
Au cours des cinq dernières années, dans les vingt‑cinq
pays pour lesquels des données sont disponibles, on
a enregistré une hausse généralisée (de 73 000 patients
en 2005 à 106 000 en 2010) du nombre de patients
dépendants au cannabis qui entament un traitement, en
particulier des patients qui entrent en traitement pour la
première fois de leur vie.
Profil des patients
Les patients dépendants au cannabis entament
généralement un traitement ambulatoire et sont l’un des
Voir le graphique EYE‑1 (partie iv) du bulletin statistique 2012.
Voir le tableau EYE‑23 (partie i) du bulletin statistique 2012.
Voir le graphique TDI‑2 (partie ii) et les tableaux TDI‑5 (partie ii) et TDI‑22 (partie i) du bulletin statistique 2012.
De plus, en France, de nombreux opiomanes sont traités par des médecins généralistes et ne sont pas couverts par l’indicateur des demandes de
traitement, ce qui a pour effet de gonfler la proportion d’usagers d’autres drogues.
51
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
groupes de patients les plus jeunes admis en traitement,
avec une moyenne d’âge de 25 ans. Les jeunes citant
le cannabis comme drogue primaire représentent 76 %
des jeunes de 15 à 19 ans admis en traitement et 86 %
des moins de 15 ans. Le ratio hommes/femmes est le
plus élevé parmi les toxicomanes (environ cinq hommes
pour une femme). Dans l’ensemble, environ la moitié
des toxicomanes déclarant le cannabis comme drogue
primaire sont des consommateurs quotidiens, environ 21 %
en consomment 2 à 6 fois par semaine, 13 % consomment
du cannabis chaque semaine ou moins souvent et 17 %
sont des usagers occasionnels, dont certains n’en ont
pas consommé au cours du mois précédant l’entrée
en traitement. Des écarts considérables existent entre
les pays. En Hongrie, par exemple, où la plupart des
consommateurs de cannabis admis en traitement sont
orientés par le système de justice pénale, la majorité
d’entre eux sont des consommateurs occasionnels ou n’ont
pas consommé cette drogue au cours du mois précédant
l’entrée en traitement (54).
Offre de traitement
Le traitement de la dépendance au cannabis en
Europe englobe un large éventail de mesures, allant
d’un traitement proposé en ligne, des conseils ou des
interventions psychosociales structurées à un traitement en
milieu hospitalier. Dans ce domaine, on observe souvent
des chevauchements entre la prévention sélective et ciblée
et les mesures de traitement (voir le chapitre 2).
En 2011, plus de la moitié des pays européens ont déclaré
que des programmes spécifiques de traitement de la
dépendance au cannabis étaient disponibles pour les
consommateurs recherchant activement un traitement,
soit une augmentation d’un tiers de tels programmes
depuis 2008. Dans leur évaluation la plus récente, les
experts nationaux d’Allemagne, de Grèce, d’Italie, de
Lituanie, du Luxembourg, des Pays‑Bas, de Slovénie, de
Slovaquie, du Royaume‑Uni et de Croatie ont estimé que
ces programmes étaient disponibles pour la majorité des
consommateurs de cannabis ayant besoin d’un traitement.
Quant aux experts de Belgique, de République tchèque,
du Danemark, d’Espagne, d’Autriche, du Portugal, de
Roumanie et de Norvège, ils ont jugé que ces programmes
n’étaient disponibles que pour une minorité des
consommateurs de cannabis ayant besoin d’un traitement.
La Bulgarie, l’Estonie, Chypre, la Hongrie et la Pologne ont
annoncé que des programmes spécifiques de traitement
de la dépendance au cannabis allaient être mis en place
dans les trois prochaines années.
Le traitement de la dépendance au cannabis est
essentiellement dispensé dans des structures ambulatoires;
de leur côté, le système de justice pénale, les services
des urgences et des accidents et les services de
traitement de la santé mentale jouent un important rôle
d’orientation dans ce domaine. En Hongrie, environ deux
tiers du total des patients ayant commencé en 2010 un
traitement pour dépendance au cannabis ont bénéficié
de conseils offerts par un réseau d’organismes agréés. En
Belgique, en Allemagne, en France et aux Pays‑Bas, des
thérapies familiales multidimensionnelles et des thérapies
cognitives et comportementales sont dispensées à des
jeunes ayant des problèmes liés à la consommation
de cannabis et à leurs parents dans le cadre d’essais
cliniques permanents qui sont également menés en Suisse
(voir ci‑après). Au Danemark, une approche de groupe
fondée sur des interventions de courte durée a été mise
en place pour traiter les problèmes de consommation
de cannabis, cela après le succès d’une phase pilote
conduite à Copenhague. Le traitement inclut des éléments
d’entretien de motivation, de thérapie cognitive et
comportementale et de thérapie axée sur les solutions.
Un nombre croissant de pays européens proposent
des traitements de la dépendance au cannabis basés
sur l’internet afin de faciliter l’accès à un traitement
pour les personnes qui ne peuvent pas ou ne veulent
pas demander de l’aide au sein du système spécialisé
de traitement des toxicomanies. En Hongrie, un
programme en ligne offre un traitement basé sur
l’internet aux personnes qui veulent réduire ou stopper
leur consommation de cannabis. Ce programme inclut
des liens vers des centres de traitement ambulatoire
à Budapest. Ce programme d’entraide met à profit
l’expérience de traitements basés sur l’internet offerts
aux consommateurs de cannabis dans d’autres pays
européens.
Études récentes sur le traitement des consommateurs
de cannabis
On observe une hausse progressive de la disponibilité
d’études d’évaluation des traitements de la dépendance
au cannabis, dont la plupart mettent l’accent sur les
interventions psychosociales, telles que la thérapie
familiale ou la thérapie cognitive et comportementale.
L’OEDT a récemment commandé une méta‑analyse d’études
européennes et américaines sur la thérapie familiale
multidimensionnelle. Les études américaines ont montré
une série de résultats positifs de cette approche, avec
une réduction de la consommation de substances et de
la délinquance y afférente par comparaison tant avec la
(54) Voir les tableaux TDI‑10 (partie iii et partie iv), TDI‑21 (partie ii) et TDI‑111 (partie viii) du bulletin statistique 2012.
52
Chapitre 3: Cannabis
thérapie cognitive et comportementale qu’avec la thérapie
de groupe pour adolescents orientée par des manuels
et basée sur les principes de l’apprentissage social et la
thérapie cognitive et comportementale (Liddle e.a., 2009).
Pour ce qui concerne les jeunes en traitement dans des
milieux de justice pénale aux États‑Unis, la thérapie familiale
multidimensionnelle a permis d’obtenir des réductions de la
consommation de cannabis parmi les cas les plus sévères
(Henderson e.a., 2010). L’analyse européenne indique
également qu’il s’agit d’une option thérapeutique viable
pour les adolescents ayant des problèmes sévères de
consommation de substances et de comportement. Telles
sont les conclusions provisoires d’«International cannabis
need of treatment study» (Incant), un projet multisite
européen qui fonctionne depuis 2003 en Belgique, en
Allemagne, en France, aux Pays‑Bas et en Suisse.
Les interventions de courte durée peuvent se définir
comme des services de conseil, de consultance ou les
deux visant à réduire la consommation de drogues, tant
licites qu’illicites. Une étude internationale récente a établi
un lien entre le dépistage de la consommation d’alcool,
de tabac et de substances et les interventions de courte
durée, et fait état d’un suivi indiquant des réductions de la
consommation de cannabis (Humeniuk e.a., 2011).
Des recherches portent également sur les produits
pharmaceutiques qui pourraient soutenir les interventions
psychosociales pour le traitement des problèmes liés
au cannabis en réduisant les symptômes de manque,
le besoin ou la consommation. Pour ce qui est de la
dépendance au cannabis, des études explorent le
potentiel de l’administration orale de THC synthétique en
tant que traitement de substitution; quant au rimonabant,
un antagoniste, il a montré des résultats positifs en termes
de réduction des problèmes physiologiques aigus liés
à la consommation de cannabis (Weinstein et Gorelick,
2011).
53
Chapitre 4
Amphétamines, ecstasy, substances hallucinogènes, GHB et kétamine
Introduction
Dans nombre de pays européens, les amphétamines
(terme générique regroupant l’amphétamine et la
méthamphétamine) ou l’ecstasy sont la deuxième drogue
illicite la plus répandue. En outre, dans certains pays,
la consommation d’amphétamines constitue une partie
importante du phénomène de la drogue et est responsable
d’une part considérable des demandes de traitement.
L’amphétamine et la méthamphétamine sont des stimulants
du système nerveux central. De ces deux substances,
l’amphétamine est de loin celle qu’il est le plus facile
de se procurer en Europe, alors que la consommation
de méthamphétamine est historiquement limitée à la
République tchèque et, depuis plus récemment, à la
Slovaquie. Ces dernières années, la méthamphétamine
a également fait son apparition sur les marchés de la
drogue d’autres pays, en particulier dans le nord de
l’Europe (Lettonie, Suède, Norvège et, dans une moindre
mesure, Finlande), où elle semble avoir remplacé
partiellement l’amphétamine. En 2010, de nouveaux
signes d’usage problématique de la méthamphétamine,
bien que probablement à un niveau très faible, ont été
déclarés par l’Allemagne, la Grèce, Chypre, la Hongrie
et la Turquie, alors que les saisies de cette substance ont
augmenté en Estonie et en Autriche.
L’ecstasy est le nom générique de substances de synthèse
chimiquement apparentées aux amphétamines, mais dont
les effets sont, dans une certaine mesure, différents. La
plus connue des substances du groupe de l’ecstasy est la
3,4‑méthylènedioxy‑méthamphétamine (MDMA), mais on
trouve parfois aussi d’autres substances analogues dans
les comprimés d’ecstasy (MDA, MDEA). Historiquement,
sa popularité est liée aux milieux de la dance music
mais ces dernières années ont vu un certain recul de
la consommation et de la disponibilité de l’ecstasy en
Europe. Les données les plus récentes indiquent toutefois
un retour de la MDMA dans certains pays européens.
Enfin, les niveaux globaux de prévalence des drogues
hallucinogènes, comme le diéthylamide d’acide
lysergique (LSD) et les champignons hallucinogènes, sont
généralement faibles et sont restés stables dans une large
mesure ces dernières années.
Depuis le milieu des années 1990, la consommation
récréative de kétamine et de gamma‑hydroxybutyrate
(GHB), deux produits anesthésiants, a été observée parmi
des sous‑groupes d’usagers de drogue en Europe. Ce
problème étant pris de plus en plus au sérieux, les services
compétents commencent à cibler les utilisateurs de ces
drogues. Cette reconnaissance concerne également les
problèmes de santé liés à ces substances, en particulier
les maladies de la vessie associées à l’usage de kétamine
de longue durée.
Offre et disponibilité
Précurseurs de drogue
L’amphétamine, la méthamphétamine et l’ecstasy sont des
drogues de synthèse dont le processus de fabrication
nécessite des précurseurs chimiques. Un aperçu de la
production illicite de ces substances peut être obtenu en
étudiant les rapports de saisies des produits chimiques
contrôlés — détournés du commerce licite — qui entrent
dans leur fabrication.
Les efforts internationaux visant à prévenir le détournement
des précurseurs chimiques utilisés dans la fabrication
illicite de drogues de synthèse sont coordonnés dans
le cadre du projet «Prism», qui utilise un système de
déclarations préalables des exportations pour le
commerce licite et la communication des cargaisons
arrêtées et des saisies réalisées en cas de transactions
suspectes (OICS, 2012b).
L’Organe international de contrôle des stupéfiants
(OICS) indique que les saisies mondiales de
1‑phényl‑2‑propanone (P2P, BMK), qui peut être
utilisé pour la fabrication illicite d’amphétamine et de
méthamphétamine, ont quintuplé, passant de 4 900 litres
en 2009 à 26 300 litres en 2010. Les saisies opérées au
Mexique (14 200 litres en 2010), au Canada (6 000 litres)
et en Belgique (5 000 litres) représentaient 95 % du
55
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Tableau 4 — Saisies, prix et pureté de l’amphétamine, de la méthamphétamine, de l’ecstasy et du LSD
Amphétamine
Méthamphétamine
Ecstasy
LSD
19
45
3,8
Pas
d’application
Quantité saisie
UE et Norvège
(y compris Croatie et Turquie)
5,1 tonnes
(5,4 tonnes)
500 kilogrammes
(600 kilogrammes)
Comprimés
3,0 millions
(3,9 millions)
Unités
97 900
(98 000) (1)
Nombre de saisies
UE et Norvège
(y compris Croatie et Turquie)
36 200
(36 600)
7 300
(7 300)
7 800
(9 300)
970
(990)
Gramme
6-41
(9,6-21,2)
Gramme
10-70
Comprimé
2-17
(3,9-8,4)
Dose
3-26
(6,5-13,1)
5-39 %
(7,8-27,2 %)
5-79 %
(28,6-64,4 %)
3-104 mg
(33,0-90,4 mg)
Pas
d’application
Quantité totale saisie
dans le monde (en tonnes)
Prix de vente moyen au détail
(en euros)
Intervalle
(Intervalle interquartile)
Pureté moyenne (ou teneur
en MDMA pour l’ecstasy)
Intervalle
(Intervalle interquartile)
(1)
La quantité totale de LSD saisie en 2010 est sous‑estimée, en raison de l’absence de données pour 2010 en provenance de la Suède, pays ayant déclaré des saisies
relativement importantes en 2009.
NB:
Toutes les données se rapportent à 2010; «Pas d’application» peut aussi signifier «Données non disponibles».
Sources: ONUDC (2012) pour les valeurs mondiales. Points focaux nationaux Reitox pour les données européennes.
total mondial déclaré à l’OICS (2012a). Dans l’Union
européenne, les saisies de P2P ont également fortement
augmenté, passant de 863 litres en 2009 à 7 493 litres
en 2010 (Commission européenne, 2011). Dans le monde,
les saisies d’acide phénylacétique, un précurseur du P2P,
ont quadruplé en 2010 (OICS, 2012a). Dans l’Union
européenne, les saisies de cette substance chimique
en 2010 (1,5 kilo) ont été beaucoup moins importantes
qu’en 2009 (277 kilos) (Commission européenne, 2011).
Les saisies mondiales d’éphédrine et de pseudoéphédrine,
deux principaux précurseurs de la méthamphétamine, ont
baissé en 2010 (OICS, 2012a). Néanmoins, les saisies de
ces précurseurs dans l’Union européenne ont augmenté
en 2010: 1,2 tonne d’éphédrine (685 kilos en 2009)
et 1,5 tonne de pseudoéphédrine (186 kilos en 2009)
(Commission européenne, 2011).
Deux précurseurs chimiques principaux sont
associés à la fabrication de la MDMA: le
3,4‑méthylènedioxyphényl‑2‑propanone (3,4‑MDP2P,
PMK) et le safrole. En 2010, les saisies mondiales de PMK
ont atteint 2 litres, contre 40 litres en 2009; quant aux
saisies de safrole, elles ont chuté de 1 048 litres en 2009
à 168 litres en 2010. Dans l’Union européenne, aucune
saisie de PMK n’a été effectuée en 2010, et seulement
quatre saisies de safrole ont été réalisées, totalisant
85 litres.
En 2010, du gamma‑butyrolactone, un précurseur du
GHB, a encore été saisi dans l’Union européenne, avec un
total de 139 saisies totalisant 253 litres.
Amphétamine
La production mondiale d’amphétamine reste concentrée
en Europe, où l’on recense la quasi‑totalité des
laboratoires d’amphétamine signalés en 2010 (ONUDC,
2012). En 2010, les saisies mondiales d’amphétamine
ont chuté de 42 % pour se fixer à environ 19 tonnes
(voir le tableau 4). En 2010, l’Europe occidentale et
centrale a continué à saisir d’importantes quantités
d’amphétamine, bien qu’on ait là aussi observé une
diminution des saisies, qui sont passées de 8,9 tonnes
en 2009 à 5,4 tonnes en 2010. La plus forte diminution
des saisies d’amphétamine a été rapportée dans la
région du Proche‑Orient, du Moyen‑Orient et de l’Asie du
Sud‑Est de l’ONUDC. Une grande partie des quantités
d’amphétamine saisies dans cette région se présentait sous
la forme de comprimés de Captagon (ONUDC, 2012),
dont certains peuvent provenir de l’Union européenne.
Pour l’essentiel, l’amphétamine saisie en Europe est
produite, par ordre d’importance, aux Pays‑Bas, en
Belgique, en Pologne, en Bulgarie, en Turquie et en
Estonie. Quelque vingt‑huit sites de production, de
fabrication de comprimés ou de stockage d’amphétamine
ont été découverts dans l’Union européenne en 2010 et
signalés à Europol (55).
On estime à 36 600 le nombre de saisies d’amphétamine
en Europe en 2010, soit 5 tonnes d’amphétamine
en poudre et 1,4 million de comprimés (56). Si la
tendance générale est à la baisse, le nombre de saisies
(55) Sur ces vingt‑huit sites, dix étaient aussi des sites de production, de fabrication de comprimés ou de stockage d’autres drogues, de la
méthamphétamine dans la plupart des cas.
(56) Les trois quarts des comprimés d’amphétamine interceptés étaient étiquetés comme étant du Captagon et ont été récupérés en Turquie. Les comprimés
vendus sur le marché des drogues illicites comme étant du Captagon contenaient généralement de l’amphétamine mélangée à de la caféine.
56
Chapitre 4: Amphétamines, ecstasy, substances hallucinogènes, GHB et kétamine
d’amphétamine a fluctué ces cinq dernières années. Le
nombre de comprimés d’amphétamine saisis en Europe
a fortement chuté entre 2005 et 2010 en raison de la
baisse des saisies en Turquie. Après des saisies records
d’environ 8 tonnes entre 2007 et 2009, les quantités de
poudre d’amphétamine interceptées sont redescendues
à quelque 5 tonnes en 2010 (57).
en Slovaquie, ainsi qu’en Allemagne, en Lituanie, aux
Pays‑Bas et en Pologne. L’Allemagne a fait état d’une
hausse considérable des quantités de méthamphétamine
saisies en 2010 (26,8 kilos contre 7,2 kilos en 2009); la
majeure partie a été interceptée en Saxe et en Bavière,
des Länder qui jouxtent la République tchèque, d’où la
drogue semble provenir.
La pureté des échantillons d’amphétamine interceptés en
Europe en 2010 a continué à varier considérablement,
oscillant entre moins de 8 % en Bulgarie, en Italie, au
Portugal, en Autriche, en Slovénie, en Croatie et en
Turquie et autour de 20 % dans des pays qui déclarent
une production d’amphétamine (Belgique, Lettonie,
Lituanie et Pays‑Bas) ou des niveaux de consommation
relativement élevés (Finlande, Suède et Norvège), ainsi
qu’en République tchèque et en Slovaquie (58). Au cours
des cinq dernières années, la pureté de l’amphétamine
a décru ou est restée stable dans la majorité des pays
pour lesquels les données fournies sont suffisantes pour
permettre une analyse des tendances.
En 2010, près de 7 300 saisies de méthamphétamine,
soit environ 600 kilos de drogue, ont été réalisées en
Europe. Tant le nombre de saisies que les quantités de
méthamphétamine saisies ont augmenté au cours de la
période 2005‑2010, avec une hausse marquée entre
2008 et 2009, puis une stabilisation en 2010.
En 2010, les prix de vente moyens au détail de
l’amphétamine étaient compris entre 10 et 22 euros
le gramme dans plus de la moitié des dix‑huit pays
fournissant des données. Les prix de vente au détail de
l’amphétamine ont baissé ou sont restés stables dans
quatorze des vingt pays ayant fourni des données
pendant la période 2005‑2010 (59).
Méthamphétamine
En 2010, 45 tonnes de méthamphétamine ont été
saisies, soit une forte progression par rapport aux
31 tonnes interceptées en 2009. Pour l’essentiel, cette
drogue a été saisie en Amérique du Nord (34 %), où
le Mexique, important pays producteur, représentait un
niveau exceptionnellement élevé de 13 tonnes saisies
en 2010. De grandes quantités de méthamphétamine ont
également été saisies en Asie de l’Est et du Sud‑Est, une
région représentant 32 % du total mondial en 2010, avec
20 tonnes; dans cette région, la Birmanie/le Myanmar
a été identifié comme un principal pays producteur
(ONUDC, 2012).
La production illicite de méthamphétamine en Europe
est concentrée en République tchèque, où 307 sites de
production, pour la plupart des «cuisines» de petite
taille, ont été recensés en 2010 (contre 342 en 2009).
La production de cette drogue est également signalée
La pureté de la méthamphétamine a fortement varié
en 2010 dans les vingt pays déclarant des données, avec
des taux de pureté moyens inférieurs à 15 % en Belgique
et au Danemark et supérieurs à 60 % en République
tchèque, en Slovaquie, au Royaume‑Uni et en Turquie.
Les prix de vente au détail de la méthamphétamine ont
également sensiblement fluctué en 2010 dans les sept
pays qui fournissent ces données, allant de 10 à 15 euros
le gramme en Bulgarie, en Lettonie, en Lituanie et en
Hongrie à près de 70 euros le gramme en Allemagne et
en Slovaquie.
Ecstasy
Le nombre déclaré de laboratoires d’ecstasy démantelés
en 2010 est descendu à 44, contre 52 en 2009.
La plupart de ces laboratoires étaient situés en
Australie (17), au Canada (13) et en Indonésie (12). La
production d’ecstasy semble avoir continué à s’étendre
géographiquement, la fabrication se rapprochant des
marchés de consommation en Asie de l’Est et du Sud‑Est,
en Amérique du Nord et du Sud et en Océanie. Malgré
cela, il est probable que l’Europe de l’Ouest demeure un
lieu important de production d’ecstasy.
Au niveau mondial, les saisies d’ecstasy se sont élevées
à 3,8 tonnes en 2010 (ONUDC, 2012), les États‑Unis
déclarant 20 % du total des saisies, suivis par l’Europe
occidentale et centrale (13 %).
Dans l’ensemble, le nombre de saisies d’ecstasy et les
quantités interceptées ont reculé en Europe depuis 2005.
Sur la période 2005‑2010, la quantité de comprimés
d’ecstasy saisie en Europe a chuté selon un facteur de
quatre, tandis qu’une augmentation a été rapportée
en 2010, essentiellement en raison des saisies opérées
(57) Les données sur les saisies de drogue effectuées en Europe mentionnées dans ce chapitre peuvent être consultées dans les tableaux SZR‑11 à SZR‑18
du bulletin statistique 2012.
(58) Les données sur la pureté des drogues en Europe mentionnées dans ce chapitre peuvent être consultées dans le tableau PPP‑8 du bulletin statistique
2012. Les indices des tendances de l’UE peuvent être consultés dans le graphique PPP‑2 du bulletin statistique 2012.
(59) Les données sur les prix des drogues en Europe mentionnées dans ce chapitre peuvent être consultées dans le tableau PPP‑4 du bulletin
statistique 2012.
57
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
en France et en Turquie. En 2010, quelque 9 300 saisies
d’ecstasy ont été déclarées en Europe, avec comme
résultat l’interception de plus de 3,9 millions de comprimés
d’ecstasy, dont 1,6 million ont été saisis en France et en
Turquie.
fluctué entre 50 000 et 150 000. Sur la même période, le
prix au détail du LSD a diminué ou est resté stable dans
la plupart des pays déclarants. En 2010, le prix de vente
moyen oscillait entre 6 et 14 euros l’unité dans la majorité
des quatorze pays déclarants.
La teneur moyenne en MDMA des comprimés d’ecstasy
testés en 2010 se situait entre 3 et 104 mg dans les
dix‑neuf pays fournissant des données. En outre, des
comprimés d’ecstasy fortement dosés contenant plus de
130 mg de MDMA ont été signalés par plusieurs pays
(Belgique, Bulgarie, Allemagne, Pays‑Bas et Croatie).
Entre 2005 et 2010, la teneur en MDMA des comprimés
d’ecstasy a baissé dans dix pays et augmenté dans neuf
autres.
Seuls trois ou quatre pays ont signalé des saisies de
champignons hallucinogènes, de kétamine, de GHB et de
GBL en 2010, selon les drogues. La mesure dans laquelle
les saisies déclarées reflètent la disponibilité limitée de ces
substances ou le simple fait qu’elles ne sont pas ciblées de
manière systématique par les services répressifs n’est pas
claire.
Ces dernières années, le contenu des comprimés illicites
d’ecstasy a changé en Europe. Alors qu’auparavant, la
plupart des comprimés analysés contenaient de la MDMA
ou une autre substance analogue à l’ecstasy (MDEA,
MDA) comme seule substance psychoactive, aujourd’hui,
les contenus sont plus variés, et des substances analogues
à la MDMA sont moins présentes. Ce changement a été
plus marqué en 2009, année où seuls trois pays ont
déclaré que les substances de type MDMA ont représenté
une forte proportion des comprimés analysés. En 2010,
le nombre de pays faisant état d’une prédominance des
comprimés contenant des substances de type MDMA
a augmenté pour atteindre huit.
Les amphétamines, parfois combinées à des substances
analogues à la MDMA, sont relativement courantes dans
les comprimés analysés en Pologne, en Slovénie et en
Turquie. La plupart des pays déclarants mentionnent que
des pipérazines, et en particulier du mCPP, ont été trouvés
dans les comprimés d’ecstasy analysés, seuls ou en
combinaison avec d’autres substances; ces substances ont
été décelées dans plus de 20 % des comprimés analysés
en Belgique, au Danemark, en Allemagne, à Chypre, en
Hongrie, en Autriche, en Finlande, au Royaume‑Uni et en
Croatie.
Le prix de l’ecstasy a considérablement diminué par
rapport aux années 1990, les prix de vente moyens étant
à présent compris entre 4 et 9 euros le comprimé. Sur la
période 2005‑2010, le prix de vente de l’ecstasy a baissé
ou est resté stable dans dix‑huit des vingt‑trois pays pour
lesquels l’analyse était possible.
Hallucinogènes et autres substances
La consommation et le trafic de LSD en Europe sont jugés
marginaux. Le nombre de saisies de LSD a augmenté entre
2005 et 2010, tandis que les quantités, après avoir atteint
un pic historique de 1,8 million d’unités en 2005, ont
58
Prévalence et modes de consommation
Dans quelques pays, la consommation d’amphétamines,
souvent par injection, représente une part substantielle
du nombre global d’usagers à problèmes et des
personnes demandant une aide pour sortir de leur
dépendance à la drogue. Par contre, les amphétamines
et l’ecstasy qui se prennent habituellement par voie
orale ou en sniffant sont associées aux boîtes de nuit et
aux manifestations de dance music. La consommation
d’ecstasy ou d’amphétamines combinée à de l’alcool
a été observée, les consommateurs fréquents ou intensifs
d’alcool déclarant des niveaux d’usage d’amphétamines
ou d’ecstasy bien plus élevés que la consommation de la
population moyenne (OEDT, 2009b).
Amphétamines
Selon les estimations de la prévalence de drogue, près de
13 millions d’Européens ont essayé des amphétamines et
environ 2 millions ont consommé de la drogue au cours
des douze derniers mois (voir le tableau 5 pour un résumé
des données). Chez les jeunes adultes (15‑34 ans), la
prévalence de la consommation d’amphétamines au cours
de la vie varie fortement d’un pays à l’autre, entre 0,1
et 12,9 %, avec une moyenne européenne pondérée de
5,5 %. La consommation d’amphétamines au cours de
la dernière année dans cette tranche d’âge oscille entre
0 et 2,5 %, et la majorité des pays déclarent des taux
de prévalence de 0,5 à 2,0 %. On estime qu’environ
1,5 million (1,2 %) de jeunes Européens ont consommé
des amphétamines au cours des douze derniers mois. Les
niveaux de consommation d’amphétamines au cours des
douze derniers mois sont plus élevés dans les résultats
des enquêtes menées chez les jeunes, cela en raison des
lieux de vie nocturne et des discothèques; pour 2010, les
études réalisées en République tchèque, aux Pays‑Bas et
au Royaume‑Uni font état de niveaux s’échelonnant de 8
à 27 %.
Chapitre 4: Amphétamines, ecstasy, substances hallucinogènes, GHB et kétamine
Usage problématique d’amphétamines
Des estimations récentes de la prévalence de l’usage
problématique d’amphétamines sont disponibles pour deux
pays (61). En 2010, en République tchèque, on estimait que
le nombre d’usagers de méthamphétamine à problèmes
était compris entre 27 300 et 29 100 (3,7 à 3,9 cas pour
1 000 dans la tranche d’âge des 15‑64 ans), soit une
hausse par rapport aux années précédentes et plus de
deux fois le nombre estimé de consommateurs d’opiacés
à problèmes. En Slovaquie, le nombre d’usagers de
méthamphétamine à problèmes était estimé entre 5 800
et 15 700 en 2007 (1,5 à 4,0 cas pour 1 000 dans
la tranche d’âge des 15‑64 ans), soit environ 20 % de
moins que le nombre estimé de consommateurs d’opiacés
à problèmes.
La méthamphétamine a également fait son apparition sur
les marchés de la drogue d’autres pays, en particulier
dans le nord de l’Europe (Lettonie, Suède, Norvège et,
dans une moindre mesure, Finlande), où elle semble
avoir remplacé partiellement l’amphétamine. En 2010,
de nouveaux signes d’usage problématique de la
méthamphétamine, bien que probablement à un niveau
très faible, ont été déclarés par l’Allemagne, la Grèce,
des douze derniers mois de la consommation d’amphétamines
chez les jeunes adultes (15 à 34 ans)
%
5
4
Bulgarie
Danemark
Royaume-Uni
3
Allemagne
Finlande
Espagne
2
Hongrie
République
tchèque
Irlande
1
Slovaquie
Italie
France
2011
2010
2009
2008
2007
2006
2005
2003
2004
2002
0
2001
Entre 2005 et 2010, la consommation d’amphétamines
au cours des douze derniers mois est restée relativement
faible et stable parmi la population générale de la plupart
des pays européens, où les taux de prévalence étaient
inférieurs à 3 % dans tous les pays déclarants. Pendant
cette période, une augmentation n’a été déclarée que par
un seul pays, la Bulgarie, qui a observé une hausse d’un
point de pourcentage en ce qui concerne la prévalence de
la consommation d’amphétamines au cours de la dernière
année chez les jeunes adultes (voir le graphique 7). Dans
l’ensemble, les enquêtes en milieu scolaire ESPAD réalisées
en 2011 suggèrent peu de changements dans les niveaux
d’expérimentation des amphétamines et de l’ecstasy chez
les élèves de 15 et 16 ans.
Graphique 7 — Tendances de la prévalence au cours
2000
Chez les élèves de 15 et 16 ans, la prévalence de la
consommation d’amphétamines au cours de la vie est
comprise entre 1 et 7 % dans les vingt‑quatre États
membres de l’UE, la Croatie et la Norvège, selon
les enquêtes ESPAD de 2011, alors que des taux de
prévalence supérieurs à 4 % n’ont été enregistrés qu’en
Belgique, en Bulgarie et en Hongrie (60). L’enquête en
milieu scolaire réalisée en Espagne fait état d’un taux de
1 % et celle aux États‑Unis d’un taux de 9 %.
NB:
Seules les données des pays comptant au moins trois enquêtes
sont présentées. Pour de plus amples informations, voir le
graphique GPS‑8 du bulletin statistique 2012.
Sources:Rapports nationaux Reitox, extraits d’enquêtes de population,
rapports ou articles scientifiques.
Chypre, la Hongrie et la Turquie, alors que les saisies de
cette substance ont augmenté en Estonie et en Autriche.
Une faible proportion des patients qui commencent un
traitement en Europe citent les amphétamines comme
drogue primaire: environ 6 % des patients déclarés
en 2010 (23 000 patients) (62). En outre, des stimulants
(autres que la cocaïne) sont mentionnés comme drogue
secondaire par près de 20 000 patients entrant en
traitement pour une dépendance à d’autres drogues
primaires. Les consommateurs primaires d’amphétamines
représentant une proportion considérable des admissions
en traitement déclarées en Suède (28 %), en Pologne
(24 %), en Lettonie (19 %) et en Finlande (17 %), et la
méthamphétamine est citée comme drogue primaire par
une grande proportion de patients admis en traitement
en République tchèque (63 %) et en Slovaquie (35 %). Les
patients traités pour leur dépendance à l’amphétamine
représentent entre 5 et 15 % des admissions en traitement
déclarées dans six autres pays (Belgique, Danemark,
Allemagne, Hongrie, Pays‑Bas et Norvège); ailleurs, la
proportion est inférieure à 5 %. Entre 2005 et 2010,
(60) Voir le tableau EYE‑11 du bulletin statistique 2012.
(61) L’usage problématique d’amphétamines se définit comme la consommation par injection et de longue durée et/ou régulière de ces substances.
(62) Pour l’Allemagne, la Lituanie et la Norvège, il n’est pas possible d’établir une distinction entre les usagers d’amphétamines, de MDMA et d’autres
stimulants dans les données déclarées à l’OEDT, car celles‑ci mentionnent les usagers de «stimulants autres que la cocaïne». Dans l’ensemble, dans
les pays où des données sont déclarées, les usagers d’amphétamines représentent environ 90 % de la catégorie qui reprend tous les «stimulants
autres que la cocaïne».
59
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Tableau 5 — Prévalence de la consommation d’amphétamines dans la population générale — Résumé
des données
Tranche d’âge
Période de consommation
Au cours de la vie
Dernière année
Nombre estimé de consommateurs en Europe
13 millions
2 millions
Moyenne européenne
3,8 %
0,6 %
Plage de données
0,1-11,6 %
0,0-1,1 %
Pays où la prévalence est la plus faible
Grèce, Roumanie (0,1 %)
Chypre (0,7 %)
Portugal (0,9 %)
Slovaquie (1,2 %)
Roumanie, Grèce (0,0 %)
France, Portugal (0,2 %)
République tchèque, Chypre,
Slovaquie (0,3 %)
Pays où la prévalence est la plus élevée
Royaume-Uni (11,6 %)
Danemark (6,2 %)
Suède (5,0 %)
Irlande (4,5 %)
Estonie, Royaume-Uni (1,1 %)
Bulgarie, Lettonie (0,9 %)
Suède, Finlande (0,8 %)
Nombre estimé de consommateurs en Europe
7 millions
1,5 millions
Moyenne européenne
5,5 %
1,2 %
Plage de données
0,1-12,9 %
0,0-2,5 %
Pays où la prévalence est la plus faible
Roumanie (0,1 %)
Grèce (0,2 %)
Chypre (1,2 %)
Portugal (1,3 %)
Roumanie (0,0 %)
Grèce (0,1 %)
Portugal (0,4 %)
France (0,5 %)
Pays où la prévalence est la plus élevée
Royaume-Uni (12,9 %)
Danemark (10,3 %)
Irlande (6,4 %)
Lettonie (6,1 %)
Estonie (2,5 %)
Bulgarie (2,1 %)
Danemark, Royaume-Uni (2,0 %)
Allemagne, Lettonie (1,9 %)
15-64 ans
15-34 ans
NB:
Les estimations européennes de la prévalence sont calculées sur la base des estimations nationales de la prévalence pondérées par la population de la tranche d’âge
concernée dans chaque pays. Pour obtenir des estimations du nombre total de consommateurs en Europe, la moyenne européenne est appliquée aux pays ne disposant
pas de données sur la prévalence (ne représentant pas plus de 6 % de la population cible pour les estimations de la consommation au cours de la dernière année
chez les jeunes adultes, et pas plus de 3 % de la population cible pour les autres estimations). Populations utilisées comme base: 15‑64 ans (338 millions) et 15‑34 ans
(130 millions). Les estimations européennes sont basées sur des enquêtes réalisées entre 2004 et 2010‑2011 (principalement entre 2008 et 2010) et ne renvoient donc
pas à une seule année. Les données résumées ici sont disponibles dans les «Enquêtes sur la population générale» du bulletin statistique 2012.
les tendances relatives aux consommateurs primaires
d’amphétamines entamant un traitement sont restées
stables dans la plupart des pays, à l’exception de la
République tchèque et de la Slovaquie: ces deux pays font
état d’une augmentation du nombre et de la proportion
globale de nouveaux patients entrés en traitement
pour une dépendance à la méthamphétamine pendant
cette période, ainsi que d’une hausse sensible entre
2009 et 2010 (63).
déclarent prendre cette drogue par injection. En
République tchèque, en Lettonie, en Finlande, en Suède
et en Norvège, entre 63 et 80 % des consommateurs
primaires d’amphétamines ont déclaré avoir pris cette
drogue par injection (64). Un taux moins élevé de prise
par injection a été déclaré en Slovaquie (34 %), où cette
pratique diminue depuis 2005 (65).
Les consommateurs d’amphétamines entamant un
traitement ont en moyenne 30 ans, et le rapport hommes/
femmes est plus faible que pour toute autre drogue illicite.
Dans les pays où les consommateurs d’amphétamines
représentent les pourcentages les plus élevés d’admissions
en traitement, bon nombre de ces consommateurs
Les estimations de la prévalence d’ecstasy suggèrent
que près de 11,5 millions d’Européens ont expérimenté
l’ecstasy et qu’environ 2 millions ont consommé cette
drogue au cours des douze derniers mois (voir le
tableau 6 pour un résumé des données). L’usage de cette
drogue au cours des douze derniers mois est concentré
Ecstasy
(63) Voir les tableaux TDI‑5 (partie ii) et TDI‑22 du bulletin statistique 2012.
(64) Voir les tableaux TDI‑5 (partie iv) et TDI‑37 du bulletin statistique 2012.
(65) Voir les tableaux TDI‑2 (partie i), TDI‑3 (partie iii), TDI‑5 (partie ii) et TDI‑36 (partie iv) du bulletin statistique 2012. Voir aussi le tableau TDI‑17 des
bulletins statistiques 2007 et 2012.
60
Chapitre 4: Amphétamines, ecstasy, substances hallucinogènes, GHB et kétamine
(66)
(67)
(68)
(69)
Voir
Voir
Voir
Voir
Chez les jeunes adultes (15‑34 ans), les estimations de
la prévalence au cours de la vie de la consommation
de LSD en Europe oscillent entre 0 et 5,4 %. Des
niveaux de prévalence sensiblement plus bas sont
rapportés pour la consommation au cours de la dernière
année (69). Dans les rares pays fournissant des données
comparables, la plupart rapportent des niveaux plus
élevés de consommation de champignons hallucinogènes
que de LSD, à la fois dans la population générale et
chez les élèves. Les estimations de la prévalence de la
consommation de champignons hallucinogènes au cours
de la vie chez les jeunes adultes sont comprises entre 0,3
et 8,1 %, et la prévalence au cours de la dernière année
Graphique 8 — Tendances de la prévalence au cours
des douze derniers mois de la consommation d’amphétamines
chez les jeunes adultes (15 à 34 ans)
%
8
Royaume-Uni
6
Slovaquie
Espagne
République
tchèque
4
Bulgarie
Finlande
Italie
Allemagne
2
Hongrie
Irlande
Danemark
France
NB:
2011
2010
2009
2008
2007
2006
2005
0
2004
Dans cinq des six pays déclarant des niveaux supérieurs
à la moyenne de consommation d’ecstasy au cours de la
dernière année et pour lesquels il est possible de décrire
des tendances, la consommation de cette drogue chez
les 15‑34 ans a généralement culminé au début des
années 2000, avant de retomber (République tchèque,
Estonie, Espagne, Slovaquie et Royaume‑Uni) (voir le
graphique 8). Sur la période 2005‑2010, ces pays ont
enregistré des tendances stables ou à la diminution
Hallucinogènes, GHB et kétamine
2003
Des études ciblées donnent une idée de l’usage «récréatif»
de stimulants par les jeunes adultes fréquentant divers
lieux de vie nocturne en Europe. Les données relatives
à la prévalence de la consommation d’ecstasy au
cours des douze derniers mois parmi les clients des
discothèques et autres lieux de vie nocturne en 2010‑2011
ne sont disponibles que pour deux pays, la République
tchèque (43 %) et les Pays‑Bas (Amsterdam, 33 %). La
consommation d’ecstasy était plus courante que celle
d’amphétamines dans les deux enquêtes. Selon une étude
réalisée en 2012 sur l’internet depuis le Royaume‑Uni, les
clubbers réguliers dans ce pays consommaient de l’ecstasy
à un niveau dépassant celui du cannabis (Mixmag,
2012). Dans une enquête réalisée dans des discothèques
au Danemark, 40 % des répondants (moyenne d’âge
de 21 ans) ont déclaré avoir essayé, au moins une fois
dans leur vie, une drogue illicite autre que le cannabis
(souvent la cocaïne, l’amphétamine ou l’ecstasy). Les
données provenant de sondages sur place ou d’enquêtes
sur l’internet doivent cependant être interprétées avec
prudence.
Peu d’usagers de drogue entament un traitement pour une
dépendance à l’ecstasy. En 2010, cette substance était
mentionnée comme drogue primaire par 1 % ou moins
(près de 1 000 patients au total) des patients déclarés en
traitement dans tous les pays européens (68).
2002
Chez les élèves de 15 et 16 ans, la prévalence de
la consommation d’ecstasy au cours de la vie était
comprise entre 1 et 4 % dans les pays européens
sondés en 2011 (67), le Royaume‑Uni étant le seul pays
à rapporter un taux de prévalence de 4 %, et ce tant dans
l’enquête ESPAD que dans l’enquête nationale anglaise
en milieu scolaire. En Espagne, l’enquête nationale
menée en milieu scolaire fait état d’un taux de 2 %. Pour
comparaison, la consommation d’ecstasy au cours de
la vie chez les élèves d’âge similaire aux États‑Unis est
estimée à 7 %.
concernant la consommation au cours de la dernière
année chez les jeunes adultes (15‑34 ans).
2001
chez les jeunes adultes, les hommes déclarant en général
une consommation supérieure à celle des femmes dans
tous les pays. La prévalence de la consommation d’ecstasy
au cours de la vie dans la tranche d’âge des 15‑34 ans
va de moins de 0,6 à 12,4 %, la plupart des estimations
nationales étant comprises entre 2,1 et 5,8 % (66).
Seules les données des pays comptant au moins trois enquêtes
sont présentées. Pour de plus amples informations, voir le
graphique GPS‑21 du bulletin statistique 2012.
Sources:Rapports nationaux Reitox, extraits d’enquêtes de population,
rapports ou articles scientifiques.
le tableau GPS‑1 (partie iii) du bulletin statistique 2012.
le tableau EYE‑11 du bulletin statistique 2012.
les tableaux TDI‑5, TDI‑8 et TDI‑37 du bulletin statistique 2012.
le tableau GPS‑1 du bulletin statistique 2012.
61
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Tableau 6 — Prévalence de la consommation d’ecstasy dans la population générale — Résumé des données
Tranche d’âge
Période de consommation
Au cours de la vie
Dernière année
Nombre estimé de consommateurs en Europe
11,5 millions
2 millions
Moyenne européenne
3,4 %
0,6 %
Plage de données
0,4-8,3 %
0,1-1,6 %
Pays où la prévalence est la plus faible
Grèce (0,4 %)
Roumanie (0,7 %)
Norvège (1,0 %)
Pologne (1,2 %)
Suède (0,1 %)
Grèce, Roumanie, France (0,2 %)
Danemark, Pologne, Norvège (0,3 %)
Pays où la prévalence est la plus élevée
Royaume-Uni (8,3 %)
Irlande (6,9 %)
Pays-Bas (6,2 %)
Espagne (4,9 %)
Slovaquie (1,6 %)
Lettonie (1,5 %)
Pays-Bas, Royaume-Uni (1,4 %)
Estonie (1,2 %)
Nombre estimé de consommateurs en Europe
7,5 millions
1,5 millions
Moyenne européenne
5,7 %
1,3 %
Plage de données
0,6-12,4 %
0,2-3,1 %
Pays où la prévalence est la plus faible
Grèce (0,6 %)
Roumanie (0,9 %)
Pologne, Norvège (2,1 %)
Portugal (2,6 %)
Suède (0,2 %)
Grèce, Roumanie, France (0,4 %)
Norvège (0,6 %)
Pologne (0,7 %)
Pays où la prévalence est la plus élevée
Royaume-Uni (12,4 %)
Pays-Bas (11,6 %)
Irlande (10,9 %)
Lettonie (8,5 %)
Pays-Bas (3,1 %)
Royaume-Uni (3,0 %)
Slovaquie, Lettonie (2,7 %)
Estonie (2,3 %)
15-64 ans
15-34 ans
NB:
Les estimations européennes de la prévalence sont calculées sur la base des estimations nationales de la prévalence pondérées par la population de la tranche d’âge
concernée dans chaque pays. Pour obtenir des estimations du nombre total de consommateurs en Europe, la moyenne européenne est appliquée aux pays ne disposant
pas de données sur la prévalence (ne représentant pas plus de 3 % de la population cible). Populations utilisées comme base: 15‑64 ans (338 millions) et 15‑34 ans
(130 millions). Les estimations européennes sont basées sur des enquêtes réalisées entre 2004 et 2010‑2011 (principalement entre 2008 et 2010) et ne renvoient donc
pas à une seule année. Les données résumées ici sont disponibles dans les «Enquêtes sur la population générale» du bulletin statistique 2012.
est estimée entre 0 et 2,2 %. Parmi les élèves de 15 et
16 ans, dans la plupart des pays, la prévalence de la
consommation de champignons hallucinogènes au cours
de la vie est estimée entre 1 et 4 % (70).
Des enquêtes ciblées menées dans des lieux de vie
Les estimations de la prévalence de la consommation
de GHB et de kétamine dans les populations adulte et
scolaire sont nettement inférieures à celles de l’ecstasy.
Aux Pays‑Bas, où le GHB a été inclus dans l’enquête
2009 sur la population générale pour la première fois,
0,4 % de la population adulte (15‑64 ans) a déclaré
avoir consommé cette drogue au cours de la dernière
année, soit une valeur similaire à la prévalence de la
consommation d’amphétamine au cours de la dernière
année. L’enquête britannique sur la criminalité, l’une des
rares enquêtes nationales à suivre la kétamine, a observé
une augmentation de la consommation de kétamine au
cours de la dernière année chez les personnes de 16
à 24 ans, passant de 0,8 % en 2006‑2007 à 2,1 %
en 2010‑2011.
République tchèque et aux Pays‑Bas ainsi qu’une enquête
nocturne permettent d’avoir une indication des drogues
qui y sont disponibles, même si les taux de prévalence
sont difficiles à interpréter. Des études récentes menées en
sur l’internet menée depuis le Royaume‑Uni font état de
taux de prévalence de la consommation de GHB au
cours de la vie estimés entre 4 et 11 %, et d’estimations
de 8 à 48 % pour la kétamine, selon l’environnement ou
le groupe de répondants. Au Danemark, une enquête
menée dans une discothèque a indiqué que 10 % des
répondants avaient consommé de la kétamine, du GHB,
des champignons hallucinogènes ou du LSD. Les résultats
d’une étude menée en 2011 dans des discothèques gay
friendly du sud de Londres indiquent des niveaux élevés de
consommation de ces substances parmi des sous‑groupes
de la population, 24 % des répondants considérant le
GHB comme leur drogue préférée et exprimant l’intention
d’en consommer dans la nuit même de l’enquête, et plus
(70) Données de l’ESPAD pour tous les pays, à l’exception de l’Espagne. Voir le graphique EYE‑3 (partie v) du bulletin statistique 2011.
62
Chapitre 4: Amphétamines, ecstasy, substances hallucinogènes, GHB et kétamine
de 10 % donnant une réponse similaire pour la kétamine
(Wood e.a., 2012b). Parmi les répondants britanniques
à une enquête sur l’internet qui avaient été identifiés
comme des clubbers réguliers, 40 % ont déclaré une
consommation de kétamine au cours de la dernière année
et 2 % une consommation de GHB au cours de la dernière
année (Mixmag, 2012).
Conséquences de la consommation
d’amphétamines sur la santé
de besoin et de la dépression accompagnée d’une
tendance suicidaire accrue (Jones e.a., 2011).
La consommation d’amphétamines par injection augmente
le risque de maladies infectieuses (VIH et hépatites), et
les taux élevés de comportement sexuel à risque rendent
les consommateurs d’amphétamines plus vulnérables aux
infections transmises sexuellement. En outre, le manque de
nourriture et de sommeil peut avoir des effets négatifs sur
la santé. L’usage d’amphétamines pendant la grossesse
est associé à un déficit pondéral à la naissance, à la
prématurité et à une morbidité fœtale accrue.
Une grande partie des études portant sur les effets de
la consommation d’amphétamines sur la santé ont été
menées dans des pays où l’inhalation de «crystal met»,
qui est pratiquement inexistante en Europe, représente
une part importante du phénomène de la drogue. Bien
qu’un grand nombre des effets sur la santé documentés
dans ces études aient également été déclarés par des
consommateurs d’amphétamines en Europe, il n’est
pas certain que les conclusions de ces études puissent
s’appliquer directement à la situation en Europe.
L’usage d’amphétamines illicites a été associé à divers
effets néfastes aigus, notamment de l’agitation, des maux
de tête, des tremblements, des nausées, des crampes
abdominales, des sueurs, des vertiges et une perte
d’appétit (OEDT, 2010c). Les usagers ayant des problèmes
mentaux sous‑jacents courent un risque élevé de souffrir
d’effets néfastes psychologiques et psychiatriques aigus,
qui peuvent aller de la morosité à la psychose paranoïde
aiguë en passant par de l’anxiété, de l’agressivité et
de la dépression. Au fur et à mesure que les effets
stimulants s’estompent, les usagers peuvent ressentir des
somnolences, ainsi que des troubles du jugement et de
l’apprentissage.
Les effets néfastes chroniques associés à la consommation
d’amphétamines comprennent des complications
cardiovasculaires dues au risque cumulé d’affections
cardiaques, de coronaropathie et d’hypertension
pulmonaire. En cas de pathologie cardiovasculaire
préexistante, l’usage d’amphétamines peut déclencher
des accidents graves et potentiellement mortels (ischémie
du myocarde et infarctus). De plus, la consommation de
longue durée a été associée à des atteintes du cerveau et
du système nerveux, un état de psychose et divers troubles
de la personnalité et de l’humeur.
Des données probantes démontrent la présence d’un
syndrome de dépendance aux amphétamines après une
consommation intensive régulière. Les symptômes de
manque qui y sont associés peuvent inclure une sensation
Prévention dans les espaces récréatifs
En dépit des niveaux élevés de la consommation de
drogue observés dans certains lieux récréatifs, onze
pays seulement font rapport sur des stratégies de
prévention et de réduction des risques dans ces espaces.
Ces stratégies ont tendance à privilégier soit le niveau
individuel, soit le niveau environnemental. Les projets
à orientation individuelle comprennent des interventions
d’éducation par des pairs et des interventions d’équipes
mobiles — comme en Belgique, en République tchèque
et au Royaume‑Uni —, qui offrent des conseils et des
informations sur les drogues, dispensent des traitements
médicaux et distribuent du matériel de réduction des
risques. D’autres approches à orientation individuelle
déclarées reposent sur des interventions lors de festivals
musicaux ou de grands événements récréatifs ciblées sur
les jeunes présentant un risque élevé de rencontrer des
problèmes. Ces interventions consistent, par exemple,
à effectuer des analyses rapides pour détecter les
problèmes de drogue, à prodiguer des premiers secours et
à atténuer les «bad trips».
Une série d’approches réglementaires qui visent les
lieux de vie nocturne se focalisent souvent sur l’octroi
des licences aux débits de boissons et sur la promotion
d’une attitude responsable chez les personnes servant de
l’alcool. Ces interventions visent à améliorer la sécurité
du personnel et des clients des lieux de vie nocturne
en mettant en place une coopération formelle entre les
principaux acteurs des environnements festifs (autorités
locales, police et propriétaires des établissements).
Les approches environnementales peuvent inclure
des initiatives de gestion des foules, un accès à de
l’eau gratuite et un transport sûr pour la fin de nuit. En
Slovénie, le projet «After taxi» subventionne un transport
en taxi pour les jeunes entre 16 et 30 ans. L’analyse de
cette pratique suggère qu’elle pourrait aider à réduire
le nombre d’accidents sans pour autant diminuer les
63
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
problèmes liés à l’alcool ou à la drogue (Calafat
e.a., 2009). Autre exemple d’approche de prévention
environnementale en milieu récréatif: les labels de qualité
pour des soirées sûres que promeut le projet européen
«Party+» en Belgique, au Danemark, en Espagne, aux
Pays‑Bas, en Slovénie et en Suède. Des données probantes
suggèrent que l’efficacité des mesures réglementaires pour
la prévention des comportements à risque dans les lieux
de vie nocturne dépend des facteurs de mise en œuvre
de ces mesures. Il importe également que les interventions
de prévention de la drogue dans les bars et discothèques
impliquent le personnel, qui peut aussi consommer des
drogues et de l’alcool et montrer une certaine attitude
à l’égard de ces substances.
Récemment lancée, l’initiative «Healthy Nightlife Toolbox»
comprend trois bases de données (interventions évaluées,
analyses de la littérature et coordonnées des experts
travaillant dans ce domaine) et un manuel qui offre des
orientations pour l’instauration d’une vie nocturne saine et
sûre. Cette initiative met en lumière le fait que les mesures
de prévention dans les espaces récréatifs devraient porter
sur la consommation à la fois d’alcool et de drogues
illicites, qui provoquent des problèmes similaires et sont
souvent consommés en combinaison. L’initiative souligne
aussi le fait que les interventions de prévention dans les
espaces récréatifs peuvent avoir des effets bénéfiques
sur divers comportements problématiques et maux, allant
de problèmes de santé aigus liés à la consommation de
drogue et d’alcool jusqu’à des comportements violents,
en passant par la conduite sous influence et les rapports
sexuels sans protection ou les contacts sexuels non
désirés.
Traitement
Usage problématique d’amphétamines
Les options de traitement disponibles pour les usagers
d’amphétamines en Europe diffèrent considérablement
d’un pays à l’autre. Dans les pays d’Europe septentrionale
et centrale ayant une longue expérience du traitement
de l’usage d’amphétamines, certains programmes sont
adaptés aux besoins des consommateurs d’amphétamines.
Dans les pays d’Europe centrale et orientale où
l’émergence d’un usage problématique important
d’amphétamines est plus récente, les programmes de
traitement sont principalement axés sur les opiomanes
à problèmes, mais ils répondent de plus en plus aux
besoins des usagers d’amphétamines. Dans les pays
de l’ouest et du sud de l’Europe, qui notent un faible
niveau de consommation problématique d’amphétamines,
64
l’absence de services spécialisés peut être un obstacle
à l’accès au traitement des usagers d’amphétamines
(OEDT, 2010c).
En 2011, douze pays ont mentionné l’existence de
programmes de traitement spécialisés pour les usagers
d’amphétamines qui recherchent activement un traitement,
soit une hausse par rapport aux huit pays qui avaient
fait une telle déclaration en 2008. Les experts nationaux
d’Allemagne, de Lituanie, de République tchèque,
du Royaume‑Uni et de Slovaquie ont estimé que des
programmes étaient disponibles pour la majorité des
usagers d’amphétamines ayant besoin d’un traitement;
dans les sept autres pays, ces programmes n’étaient
disponibles que pour une minorité des usagers. La
Bulgarie et la Hongrie ont annoncé la mise en œuvre
prévue au cours des trois prochaines années de
programmes de traitement spécifiques pour les usagers
d’amphétamines.
Les interventions psychosociales dispensées dans
des services ambulatoires constituent les premières
options de traitement des usagers d’amphétamines. Ces
interventions comprennent une remotivation, une thérapie
cognitive et comportementale, l’apprentissage de la
maîtrise de soi et des conseils comportementaux. Les
approches psychologiques les plus fréquemment étudiées
concernant la dépendance à la méthamphétamine
et aux amphétamines sont la thérapie cognitive et
comportementale et la gestion des contingences, parfois
en combinaison (Lee et Rawson, 2008). Ces deux
approches semblent être associées à des résultats positifs.
Les usagers plus problématiques, par exemple ceux dont
la dépendance aux amphétamines est compliquée par des
troubles psychiatriques concomitants, peuvent recevoir un
traitement dans des services antidrogue en hébergement,
dans des cliniques psychiatriques ou en milieu hospitalier.
En Europe, des médicaments (antidépresseurs, sédatifs ou
antipsychotiques) sont administrés pour traiter les premiers
symptômes de sevrage au début d’une désintoxication, qui
se déroule généralement dans des services psychiatriques
spécialisés dans le cadre d’une hospitalisation.
Un traitement plus long à base d’antipsychotiques est
parfois prescrit dans le cas de psychopathologies longues
dues à une consommation chronique d’amphétamines. Des
professionnels européens rapportent que les symptômes
psychologiques tels que l’automutilation, la violence,
l’agitation et la dépression, dont souffrent souvent les
usagers d’amphétamines à problèmes, peuvent nécessiter
une évaluation complète de la santé mentale, un traitement
et un suivi minutieux. De tels cas sont souvent traités en
liaison étroite avec des services de santé mentale.
Chapitre 4: Amphétamines, ecstasy, substances hallucinogènes, GHB et kétamine
Études sur le traitement de la dépendance
aux amphétamines
Les niveaux de rémission spontanée d’une dépendance
aux amphétamines, sans intervention de traitement, étaient
plus élevés chez les usagers d’amphétamines — rémission
pour près d’une personne sur deux au cours d’une
année donnée — que chez les consommateurs d’autres
substances entraînant une dépendance (Calabria e.a.,
2010).
Plusieurs drogues ont été étudiées pour le traitement de la
dépendance à l’amphétamine et à la méthamphétamine
mais des données réellement probantes restent à fournir
concernant toute thérapie pharmacologique (Karila
e.a., 2010). Même si une certaine réduction de l’usage
d’amphétamine et de méthamphétamine a été rapportée
pour les thérapies à base de Modafinil, de Bupropion
ou de naltrexone, des recherches plus approfondies
doivent être menées pour clarifier le rôle possible de ces
substances dans le traitement des patients dépendants aux
amphétamines.
La dexamphétamine et le méthylphénidate ont montré
du potentiel comme thérapies de substitution pour la
dépendance à l’amphétamine ou à la méthamphétamine.
Une étude pilote a suggéré que la dexamphétamine
pouvait accroître l’engagement envers le traitement chez
les patients souffrant d’une dépendance à l’amphétamine
(Shearer e.a., 2001); par ailleurs, l’administration de
méthylphénidate à libération prolongée a eu pour effet
d’accroître le maintien en traitement et de réduire le
niveau de dépendance à la méthamphétamine chez
les patients ayant participé à un essai récent (Longo
e.a., 2010). Une étude randomisée a montré que
le méthylphénidate pouvait efficacement réduire la
consommation par injection chez les patients souffrant
d’une dépendance sévère à l’amphétamine (Tiihonen e.a.,
2007).
Dépendance au gamma‑hydroxybutyrate et traitement
La dépendance au gamma‑hydroxybutyrate (GHB) est un
état clinique reconnu, pouvant provoquer un syndrome de
manque sévère lorsque la consommation est brutalement
interrompue après un usage régulier ou chronique. Il est
démontré que la dépendance physique peut survenir
chez des usagers récréatifs, et des cas de symptômes de
manque ont été documentés lors de la cessation de la
prise de GHB et de ses précurseurs. Une dépendance au
GHB a également été signalée chez d’anciens alcooliques
(Richter e.a., 2009).
Jusqu’à présent, les études se sont exclusivement
intéressées à la description du syndrome de manque
associé au GHB et aux complications connexes, qui
peuvent être difficiles à reconnaître en cas d’urgence (van
Noorden e.a., 2009). Ces symptômes peuvent inclure des
tremblements, de l’anxiété, de l’insomnie et de l’agitation.
Les patients en manque peuvent également développer
une psychose et un délire. Un sevrage doux peut être
géré dans des structures ambulatoires; à défaut, une
surveillance en milieu hospitalier est recommandée. Pour
l’instant, aucun protocole standard n’a été mis au point
pour le traitement du syndrome de manque lié au GHB.
Les benzodiazépines et les barbituriques sont les
médicaments les plus couramment utilisés pour traiter le
syndrome de manque lié au GHB. Aux Pays‑Bas, une
étude en cours examine la possibilité de proposer aux
patients dépendants au GHB une désintoxication contrôlée
avec usage de doses ajustées de GHB pharmaceutique.
65
Chapitre 5
Cocaïne et crack
Introduction
La cocaïne reste la deuxième drogue illicite la plus
consommée dans l’ensemble de l’Europe, bien que
les niveaux de prévalence et les tendances varient
considérablement entre les pays. Des niveaux élevés de
consommation de cocaïne ne sont observés que dans
un petit nombre de pays, essentiellement en Europe de
l’Ouest, tandis qu’ailleurs, la consommation de cette drogue
reste limitée. On observe également une grande diversité
entre les consommateurs de cocaïne: cocaïnomanes
occasionnels, consommateurs réguliers intégrés socialement
et usagers marginaux et souvent dépendants, qui s’injectent
de la cocaïne ou prennent du crack.
Offre et disponibilité
Production et trafic
La culture de la coca, la plante à la base de la cocaïne,
reste concentrée dans trois pays de la région des Andes: la
Bolivie, la Colombie et le Pérou. Pour l’année 2012, l’ONUDC
(2011) estimait que la superficie de culture de coca couvrait
149 000 hectares, un recul de 6 % par rapport à l’estimation
de 159 000 hectares en 2009. Ce recul est en grande partie
attribué à une réduction de la superficie de culture de la
coca en Colombie, qui a été partiellement compensée par
une augmentation des superficies cultivées en Bolivie et au
Pérou. Les 149 000 hectares de coca se traduisaient par une
production potentielle comprise entre 788 et 1 060 tonnes
de cocaïne pure, contre une estimation comprise entre 842
et 1 111 tonnes en 2009 (ONUDC, 2012; voir également
le tableau 7).
Le processus de transformation des feuilles de coca
en chlorhydrate de cocaïne s’effectue essentiellement
en Bolivie, en Colombie et au Pérou, bien qu’il puisse
également avoir lieu dans d’autres pays. L’importance de
la Colombie dans la production de cocaïne est corroborée
par les informations sur les laboratoires démantelés et
les saisies de permanganate de potassium, un réactif
chimique utilisé dans la synthèse du chlorhydrate de
Tableau 7 — Production, saisies, prix et pureté de la cocaïne et du crack
Cocaïne en poudre (chlorhydrate)
Estimation de la production mondiale
(en tonnes de cocaïne pure)
Crack (cocaïne base) (1)
788-1 060
Pas
d’application
694
Pas
d’application
Quantité saisie (en tonnes)
UE et Norvège
(y compris Croatie et Turquie)
61
(61)
0,07
(0,07)
Nombre de saisies
UE et Norvège
(y compris Croatie et Turquie)
86 000
(88 000)
7 000
(7 000)
Prix de vente moyen au détail (en euros par gramme)
Intervalle
(Intervalle interquartile) (2)
45-144
(49,9-73,4)
49-58
Pureté moyenne (%)
Intervalle
(Intervalle interquartile) (2)
22-55
(27,9-45,9)
10-62
Quantité totale saisie dans le monde
(en tonnes de cocaïne, pureté inconnue)
(1)
(2)
NB:
Sources:
En raison du faible nombre de pays disposant d’informations, les données doivent être interprétées avec prudence.
Intervalle contenant la moitié médiane des données déclarées.
Toutes les données se rapportent à 2010; «Pas d’application» peut aussi signifier «Données non disponibles».
ONUDC (2012) pour les valeurs mondiales. Points focaux nationaux Reitox pour les données européennes.
67
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
cocaïne. En 2010, 2 623 laboratoires de cocaïne ont
été démantelés (ONUDC, 2012) et un total de 26 tonnes
de permanganate de potassium a été saisi en Colombie
(81 % des saisies mondiales) (OICS, 2012a).
la plus grande quantité de cocaïne saisie et le nombre le
Le trafic de cocaïne à destination de l’Europe semble
transiter par la plupart des pays d’Amérique du Sud et
d’Amérique centrale, mais surtout par l’Argentine, le Brésil,
l’Équateur, le Mexique et le Venezuela. Les îles Caraïbes
sont aussi fréquemment utilisées pour le transbordement
de la drogue vers l’Europe. Ces dernières années, d’autres
itinéraires passant par l’Afrique de l’Ouest (OEDT et Europol,
2010) et l’Afrique du Sud (OICS, 2012b) ont été identifiés.
En 2010, la pureté moyenne des échantillons de cocaïne
La Belgique, l’Espagne, les Pays‑Bas et le Portugal semblent
être les principaux points d’entrée de la cocaïne en
Europe. L’Allemagne, la France et le Royaume‑Uni sont
souvent mentionnés comme d’importants pays de transit
ou d’importation en Europe. Le Royaume‑Uni estime que
25 à 30 tonnes de cocaïne sont importées chaque année
dans le pays. Selon des rapports récents, le trafic de
cocaïne s’étend vers l’est (OEDT et Europol, 2010). La
contrebande de cocaïne passe de plus en plus par le sud‑est
et l’est de l’Europe, en particulier le long des routes des
Balkans (OICS, 2012b) et vers les ports de Lettonie et de
Lituanie. Des quantités d’ampleur inhabituelle ont ainsi été
interceptées en 2010 en Estonie, en Lettonie et en Turquie.
des données suffisantes pour permettre une analyse de
Saisies
La cocaïne est la drogue qui fait l’objet du trafic le plus
intense dans le monde, après le cannabis végétal et
la résine de cannabis. En 2010, les saisies de cocaïne
à l’échelle mondiale sont restées assez stables, à environ
694 tonnes (voir le tableau 7) (ONUDC, 2012). L’Amérique
du Sud reste la région du monde qui intercepte les plus
grandes quantités de cette drogue, avec 52 % des saisies
totales, suivie par l’Amérique du Nord (25 %), l’Amérique
centrale (12 %) et l’Europe (9 %) (ONUDC, 2012).
Après avoir augmenté pendant vingt ans, le nombre de
saisies de cocaïne en Europe a atteint un pic à environ
100 000 en 2008, puis a diminué pour s’établir
à 88 000 en 2010 selon les estimations. La quantité totale
interceptée a culminé en 2006 et a diminué de moitié
(59 tonnes) en 2009. Cette baisse est, dans une large
mesure, due aux quantités moindres saisies en Espagne et au
Portugal (71). Les quantités de cocaïne interceptées en Europe
en 2010 ont légèrement augmenté pour s’établir à un total
estimé de 61 tonnes, cela surtout en raison d’une hausse
considérable des saisies en Belgique et de l’interruption de
la tendance à la baisse déclarée en Espagne et au Portugal.
En 2010, l’Espagne était toujours le pays déclarant à la fois
plus élevé de saisies de cette drogue en Europe.
Pureté et prix
saisis était comprise entre 27 et 46 % dans la moitié
des pays déclarants. Les valeurs les plus basses ont
été enregistrées en Hongrie (22 %), au Danemark et
au Royaume‑Uni (Angleterre et pays de Galles) (détail
uniquement, 24 %, pour ces deux pays), et les plus
élevées en Belgique (55 %), en Turquie (53 %) et aux
Pays‑Bas (52 %) (72). Sur les vingt‑trois pays qui ont fourni
l’évolution de la pureté de la cocaïne au cours de la
période 2005‑2010, vingt ont déclaré une diminution et
trois (Allemagne, Lettonie et Portugal) une tendance à la
stabilisation ou à l’augmentation. Globalement, la pureté
de la cocaïne a baissé en moyenne de 22 % dans l’Union
européenne entre 2005 et 2010, selon les estimations (73).
Trafic de drogue transitant par l’aviation générale
Le trafic de drogue par voie aérienne est un problème de plus
en plus présent ces dernières années. En effet, selon l’ONUDC
(2011b), la majorité des cargaisons d’héroïne, de cocaïne et
de stimulants de type amphétamine en provenance d’Afrique
arrivent en Europe par avion. Le groupe «Aéroports» du
groupe Pompidou du Conseil de l’Europe a été mis en place
afin de développer et d’harmoniser les outils et systèmes
utilisés pour améliorer la détection de la drogue dans les
aéroports européens. Avec le soutien des bureaux régionaux
de liaison chargés du renseignement (Europe occidentale) et
de l’Organisation mondiale des douanes, des fonctionnaires
de trente‑cinq pays, principalement d’Europe, analysent
chaque année les données sur les saisies liées au transport
aérien ou au courrier aérien. En 2010, les douanes des pays
participants ont intercepté quelque 15 tonnes de drogues
illicites, dont la moitié était de la cocaïne, dans les aéroports
et les centres de desserte postale.
Le recours à l’aviation générale et l’utilisation non commerciale
d’avions de taille moyenne ou légers, opérant habituellement
au départ de petits terrains d’aviation, ont été identifiés
comme un problème important, car ces moyens peuvent
être utilisés par des organisations criminelles pour assurer le
trafic de drogues. Dans le but d’harmoniser les approches,
le groupe «Aéroports» a publié en 2003 un manuel sur
l’organisation et la réalisation de contrôles dans le secteur de
l’aviation générale. En réponse aux conclusions tirées par le
Conseil de l’UE en 2010, dans lesquelles celui‑ci encourageait
les États membres à se focaliser sur ce risque, le groupe
«Aéroports» a également formé un groupe de travail, qui
a élaboré vingt indicateurs clés de risque de trafic de drogue
transitant par l’aviation générale.
(71) Voir les tableaux SZR‑9 et SZR‑10 du bulletin statistique 2012.
(72) Pour les données relatives à la pureté et aux prix, voir les tableaux PPP‑3 et PPP‑7 du bulletin statistique 2012.
(73) Voir le graphique PPP‑2 du bulletin statistique 2012.
68
Chapitre 5: Cocaïne et crack
En 2010, le prix de vente moyen au détail de la cocaïne
oscillait entre 49 et 74 euros le gramme dans la plupart
des pays déclarants. Les Pays‑Bas et la Pologne ont
2005 et 2010. Au cours de cette période, le prix de vente
au détail de la cocaïne dans l’Union européenne a chuté
de 18 % en moyenne, selon les estimations (74).
déclaré le prix moyen le plus bas (45 euros) et le
Luxembourg le plus élevé (144 euros). Sur les vingt‑trois
pays possédant suffisamment de données pour procéder
à une comparaison, vingt ont déclaré une stabilisation
ou une baisse des prix au détail de la cocaïne entre
Analyse des eaux usées: une étude portant
sur dix‑neuf villes
L’épidémiologie des eaux d’égout, aussi appelée «analyse des
eaux usées», est une discipline scientifique en pleine expansion
qui pourrait contribuer à surveiller les tendances des niveaux
de population en matière de consommation de substances
illicites. En prélevant des échantillons à une source d’eaux
usées, par exemple un cours émissif d’égout débouchant dans
une centrale d’épuration, les scientifiques peuvent estimer la
quantité totale de drogues consommées par une communauté
grâce à la mesure des concentrations de métabolites de
drogues illicites excrétées dans l’urine.
En mars 2011, une étude pilote européenne a recueilli et
analysé des échantillons d’eaux usées dans dix‑neuf villes
de douze pays européens(1), représentant une population
combinée d’environ quinze millions d’Européens (Thomas e.a.,
dans la presse).
La consommation de cocaïne a été évaluée en mesurant
la concentration en benzoylecgonine, un métabolite de la
cocaïne, dans les eaux usées. Les résultats ont fortement
varié entre les villes et entre les pays, les concentrations les
plus élevées ayant été relevées dans des villes de Belgique
et des Pays‑Bas, où la consommation de cocaïne dans la
communauté a été estimée entre 500 et 2 000 milligrammes
par 1 000 personnes et par jour. Quant aux estimations les
plus basses, elles concernaient des villes de pays du nord et de
l’est de l’Europe (2 à 146 milligrammes par 1 000 personnes
et par jour). Dans la plupart des villes, les niveaux d’usage de
cocaïne augmentaient pendant le week‑end, témoignant de la
consommation récréative de cette drogue.
Les résultats des études des eaux usées doivent être interprétés
avec prudence. En effet, les conclusions tirées d’un instantané
spécifique à une ville ne peuvent être extrapolées pour
représenter les niveaux de consommation de l’ensemble
d’un pays. De plus, les résultats de différentes villes ne
sont pas toujours comparables, car il existe des différences
d’échantillonnage et des incertitudes liées à la fiabilité
des mesures interlaboratoires. Toutefois, si ces méthodes
n’apportent pas des données de prévalence aussi détaillées
que celles des enquêtes sur la drogue (par exemple concernant
la consommation au cours de la vie, récente ou actuelle), leur
capacité à fournir des estimations objectives et en temps utile
de la consommation de drogues illicites dans une population
ciblée en fait un complément utile des outils de suivi existants.
(1) Pour plus d’information, consultez le site internet de l’OEDT.
Prévalence et modes de consommation
Dans certains pays européens, un nombre important de
personnes n’ont consommé de la cocaïne qu’une ou deux
fois à titre d’expérimentation (Van der Poel e.a., 2009).
Chez les consommateurs plus réguliers de cocaïne, on peut
distinguer deux grands groupes. Le premier se compose
de consommateurs intégrés socialement, qui consomment
généralement de la cocaïne le week‑end, lors de soirées
ou en d’autres occasions spéciales, parfois en plus grandes
quantités («binges») ou fréquemment. Un grand nombre de
ces consommateurs déclarent contrôler leur consommation
de cocaïne en se fixant des règles, par exemple sur la
quantité, la fréquence ou le contexte. Le second groupe
comprend les consommateurs intensifs de cocaïne et
de crack appartenant à des groupes socialement plus
marginalisés ou défavorisés, notamment des anciens
opiomanes ou des consommateurs actuels d’opiacés, qui
prennent du crack ou s’injectent de la cocaïne.
Consommation de cocaïne dans la population générale
Au cours des dix dernières années, la cocaïne est devenue
le stimulant illicite le plus couramment consommé en
Europe, bien que la plupart des consommateurs soient
concentrés dans un petit nombre de pays à prévalence
élevée, dont certains recensent des populations
importantes de consommateurs. On estime à environ
15,5 millions le nombre d’Européens qui en ont consommé
au moins une fois dans leur vie, soit une moyenne de
4,6 % d’adultes âgés de 15 à 64 ans (voir le tableau 8
pour un résumé des données). Les chiffres nationaux
oscillent entre 0,3 et 10,2 %, mais douze pays déclarants
sur vingt‑quatre, dont la plupart des pays d’Europe
centrale et orientale, font état de faibles niveaux de
prévalence au cours de la vie (0,5 à 2,5 %).
On estime qu’environ 4 millions d’Européens ont
consommé de la cocaïne au cours des douze derniers
mois (1,2 % en moyenne). De récentes études nationales
estiment la prévalence au cours des douze derniers mois
entre 0,1 et 2,7 %. L’estimation de la prévalence de la
consommation de cocaïne au cours du dernier mois en
Europe représente quelque 0,5 % de la population adulte,
soit 1,5 million de personnes environ.
L’Irlande, l’Espagne, l’Italie et le Royaume‑Uni déclarent
des niveaux de consommation de cocaïne au cours des
douze derniers mois supérieurs à la moyenne européenne.
(74) Voir le graphique PPP‑1 du bulletin statistique 2012.
69
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Dans l’ensemble de ces pays, les données relatives à la
La consommation est particulièrement élevée chez les
prévalence au cours des douze derniers mois montrent
jeunes hommes (15‑34 ans), avec une prévalence de la
que la cocaïne est le stimulant illicite le plus couramment
consommation de cocaïne au cours des douze derniers
consommé.
mois comprise entre 4 et 6,5 % au Danemark, en Irlande,
en Espagne, en Italie et au Royaume‑Uni (75). Dans
Consommation de cocaïne chez les jeunes adultes
En Europe, on estime à quelque 8 millions, soit une
moyenne de 6,3 %, le nombre de jeunes adultes
(15‑34 ans) qui ont pris de la cocaïne au moins une fois
seize pays déclarants, le ratio hommes/femmes pour
la prévalence de la consommation de cocaïne chez les
jeunes adultes est au moins de deux hommes pour une
femme (76).
au cours de leur vie. Les chiffres nationaux sont compris
Des enquêtes ciblées mettent en évidence les niveaux
entre 0,7 et 13,6 %. La moyenne européenne relative à la
élevés de consommation de cocaïne parmi les clients
consommation de cocaïne au cours des douze derniers
réguliers des discothèques et autres lieux récréatifs. Par
mois pour cette tranche d’âge est estimée à 2,1 % (environ
exemple, une étude réalisée en 2010 parmi les visiteurs
3 millions de personnes) et à 0,8 % (1 million de personnes)
des bars d’Amsterdam a montré que la prévalence
pour la consommation au cours du dernier mois.
de la consommation de cocaïne au cours des douze
Tableau 8 — Prévalence de la consommation de cocaïne dans la population générale — Résumé
des données
Tranche d’âge
Période de consommation
Au cours de la vie
Dernière année
Dernier mois
Nombre estimé de consommateurs
en Europe
15,5 millions
4 millions
1,5 millions
Moyenne européenne
4,6 %
1,2 %
0,5 %
Plage de données
0,3-10,2 %
0,1-2,7 %
0,0-1,3 %
Pays où la prévalence est la plus faible
Roumanie (0,3 %)
Lituanie (0,5 %)
Grèce (0,7 %)
Pologne (0,8 %)
Grèce, Roumanie (0,1 %)
Hongrie, Pologne, Lituanie,
Finlande (0,2 %)
République tchèque (0,3 %)
Roumanie, Grèce, Finlande (0,0 %)
République tchèque, Suède,
Pologne, Lituanie, Estonie (0,1 %)
Pays où la prévalence est la plus élevée
Espagne (10,2 %)
Royaume-Uni (8,9 %)
Italie (7,0 %)
Irlande (6,8 %)
Espagne (2,7 %)
Royaume-Uni (2,2 %)
Italie (2,1 %)
Irlande (1,5 %)
Espagne (1,3 %)
Royaume-Uni (0,8 %)
Chypre, Italie (0,7 %)
Autriche (0,6 %)
Nombre estimé de consommateurs
en Europe
8 millions
3 millions
1 millions
Moyenne européenne
6,3 %
2,1 %
0,8 %
Plage de données
0,7-13,6 %
0,2-4,4 %
0,0-2,0 %
Pays où la prévalence est la plus faible
Lituanie, Roumanie (0,7 %)
Grèce (1,0 %)
Pologne (1,3 %)
République tchèque (1,6 %)
Grèce, Roumanie (0,2 %)
Pologne, Lituanie (0,3 %)
Hongrie (0,4 %)
République tchèque (0,5 %)
Roumanie, Finlande (0,0 %)
Grèce, Pologne, Lituanie,
Norvège (0,1 %)
République tchèque, Hongrie,
Estonie (0,2 %)
Pays où la prévalence est la plus élevée
Espagne (13,6 %)
Royaume-Uni (12,8 %)
Irlande (9,4 %)
Danemark (8,9 %)
Espagne (4,4 %)
Royaume-Uni (4,2 %)
Italie (2,9 %)
Irlande (2,8 %)
Espagne (2,0 %)
Royaume-Uni (1,6 %)
Chypre (1,3 %)
Italie (1,1 %)
15-64 ans
15-34 ans
NB:
Les estimations européennes de la prévalence sont calculées sur la base des estimations nationales de la prévalence pondérées par la population de la tranche d’âge
concernée dans chaque pays. Pour obtenir des estimations du nombre total de consommateurs en Europe, la moyenne européenne est appliquée aux pays ne disposant
pas de données sur la prévalence (ne représentant pas plus de 3 % de la population cible pour les estimations au cours de la vie et de la dernière année, mais 18 % pour
l’estimation au cours du dernier mois). Populations utilisées comme base: 15-64 ans (338 millions) et 15-34 ans (130 millions). Les estimations européennes sont basées
sur des enquêtes réalisées entre 2004 et 2010-2011 (principalement entre 2008 et 2010) et ne renvoient donc pas à une seule année. Les données résumées ici sont
disponibles dans les «Enquêtes sur la population générale» du bulletin statistique 2012.
(75) Voir le graphique GPS‑13 du bulletin statistique 2012.
(76) Voir le tableau GPS‑5 (partie iii et partie iv) du bulletin statistique 2012.
70
Chapitre 5: Cocaïne et crack
derniers mois atteignait 24 %. En République tchèque,
sur plus de 1 000 répondants à un questionnaire soumis
en ligne en 2010, dont la promotion avait été assurée
par des médias de la dance music électronique, 29 %
ont déclaré avoir consommé de la cocaïne au cours
des douze derniers mois. Une enquête en ligne menée
en 2011 a révélé que 42 % des plus de 7 000 répondants
britanniques avaient consommé de la cocaïne au cours de
l’année précédente (Mixmag, 2012).
Graphique 9 — Prévalence de la consommation de cocaïne
au cours des douze derniers mois et au cours de la vie chez
les jeunes adultes (15 à 34 ans) dans l’Union européenne,
en Australie, au Canada et aux États‑Unis
%
16
Au cours de la vie
Au cours des douze derniers mois
12
Dans les espaces récréatifs, la consommation de cocaïne
est fortement liée à celle d’alcool et d’autres drogues
illicites. Les données provenant d’enquêtes de population
de neuf pays ont montré que la prévalence de la
consommation de cocaïne est entre deux et neuf fois plus
élevée chez les gros buveurs épisodiques (77) que dans
la population générale (OEDT, 2009b). Selon l’enquête
britannique sur la criminalité (2010/2011), les adultes qui
boivent régulièrement de l’alcool sont plus susceptibles
de trouver acceptable la prise de cocaïne que les adultes
qui boivent moins souvent ou pas du tout; en outre, une
association a été identifiée entre l’augmentation de la
fréquence des visites à une discothèque ou un bar et
l’augmentation du niveau de consommation de cocaïne.
8
4
0
Union
européenne
Canada
Australie
États-Unis
NB:
Comparaisons internationales
Comparativement à certaines autres parties du monde
pour lesquelles des données fiables existent, l’estimation
de la prévalence de la consommation de cocaïne au cours
des douze derniers mois chez les jeunes adultes en Europe
(2,1 %) est inférieure aux estimations réalisées chez les
jeunes adultes en Australie (4,8 %) et aux États‑Unis
(4,0 % parmi les personnes de 16 à 34 ans), mais proche
de la prévalence observée au Canada (1,8 %). Deux pays
européens, à savoir l’Espagne (4,4 %) et le Royaume‑Uni
(4,2 %), déclarent des chiffres similaires à ceux de
l’Australie et des États‑Unis (voir le graphique 9).
Les estimations européennes de la prévalence sont calculées sur la
base des estimations nationales de la prévalence pondérées par
la population de la tranche d’âge concernée dans chaque pays.
Les estimations européennes sont basées sur des enquêtes réalisées
entre 2004 et 2010‑2011 (principalement entre 2008 et 2010) et
ne renvoient donc pas à une seule année. Les enquêtes dans les
pays non européens ont été réalisées en 2010. La tranche d’âge
considérée dans l’enquête aux États‑Unis est celle des 16 à 34 ans
(recalculée à partir des données originales).
Sources:Points focaux nationaux Reitox, AIHW (2011), Cadums (2010),
Samhsa (2010).
scolaire fait état d’un taux de 3 %. À titre de comparaison,
la consommation de cette drogue au cours de la vie chez
les élèves d’âge similaire aux États‑Unis est estimée à 3 %.
Lorsque des données sont disponibles pour les élèves plus
âgés (17 et 18 ans), la prévalence de la consommation de
cocaïne au cours de la vie est généralement supérieure,
atteignant jusqu’à 7 % en Espagne (79).
Consommation de cocaïne chez les élèves
Selon l’enquête scolaire ESPAD la plus récente, la
prévalence de la consommation de cocaïne au cours de
la vie chez les élèves de 15 et 16 ans se situe entre 1 et
2 % dans treize des vingt‑quatre États membres de l’UE
participants, ainsi qu’en Croatie et en Norvège. À une
exception près, tous les autres pays font état de niveaux
de prévalence entre 3 et 4 %, tandis que l’enquête ESPAD
réalisée au Royaume‑Uni et les autres enquêtes en milieu
scolaire menées dans ce pays déclarent une prévalence de
5 % (78). En Espagne, l’enquête nationale menée en milieu
Tendances de la consommation de cocaïne
Pendant plus d’une décennie, les rapports ont montré des
tendances à l’augmentation de la consommation de cocaïne
dans le petit nombre de pays européens affichant les
prévalences les plus élevées, après quoi un pic a été atteint
en 2008‑2009. De récentes enquêtes sur la consommation
de cocaïne révèlent des signes positifs dans ces pays et
évoquent la possibilité d’un recul de la popularité de cette
drogue. En outre, des études qualitatives réalisées dans
des espaces récréatifs suggèrent une certaine altération
(77) La consommation ponctuelle immodérée d’alcool, aussi connue sous l’appellation anglaise de «binge drinking», s’entend ici comme l’absorption de
six verres ou plus d’une boisson alcoolisée en une seule occasion au moins une fois par semaine au cours de l’année écoulée.
(78) Voir le tableau EYE‑11 du bulletin statistique 2012.
(79) Voir les tableaux EYE‑10 à EYE‑30 du bulletin statistique 2012.
71
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Sur les vingt‑trois pays qui ont participé à la fois à l’édition
2011 et à l’édition 1995 ou 1999 de l’enquête ESPAD,
dix‑huit ont observé une hausse de la prévalence de la
consommation de cocaïne au cours des douze derniers
mois comprise entre 1 et 3 %, et aucun n’a enregistré de
diminution. Bien que les niveaux de prévalence demeurent
globalement faibles, la hausse généralisée constatée dans
de nombreux pays appelle une vigilance sans relâche.
Conséquences de la consommation
de cocaïne sur la santé
Il semble que l’ampleur des conséquences de la
consommation de cocaïne sur la santé soit sous‑estimée. Cela
pourrait être dû en partie à la nature souvent non spécifique
(80) Voir le tableau GPS‑2 du bulletin statistique 2012.
(81) Voir le graphique GPS‑14 (partie i) du bulletin statistique 2012.
72
chez les jeunes adultes (âgés de 15 à 34 ans) dans les cinq
États membres de l’UE où elle est la plus élevée, en Australie,
au Canada et aux États‑Unis
%
7
6
5
Australie
Royaume-Uni
4
Espagne
États-Unis
Italie
3
Irlande
Danemark
Canada
2
1
2011
2009
2010
2007
2008
2005
2006
2003
2004
0
2001
2002
Dans douze autres pays ayant mené des enquêtes répétées,
la consommation de cocaïne est relativement faible et, dans
la plupart des cas, stable. Les éventuelles exceptions à cette
règle sont la Bulgarie, la France et la Suède, qui ont montré
des signes d’augmentation, et la Norvège, où la tendance
semble s’orienter à la baisse. Il convient toutefois de garder
à l’esprit que des modifications minimes d’une prévalence
faible doivent être interprétées avec prudence. En Bulgarie,
la consommation de cocaïne au cours des douze derniers
mois chez les jeunes adultes est passée de 0,7 % en 2005
à 1,5 % en 2008, en France de 1,2 % en 2005 à 1,9 %
en 2010, et en Suède, elle a progressé de 0 % en 2000
à 1,2 % en 2008 (81). La Norvège a constaté une baisse,
la consommation de cocaïne passant de 1,8 % en 2004
à 0,8 % en 2009.
consommation de cocaïne au cours des douze derniers mois
1999
2000
Sept pays déclarent une prévalence de la consommation de
cocaïne au cours des douze derniers mois chez les jeunes
adultes (15‑34 ans) supérieure à la moyenne européenne
de 2,1 % (80). Dans leurs enquêtes les plus récentes, le
Danemark, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie et le Royaume‑Uni
ont tous observé un recul ou une stabilisation de la
consommation de cocaïne au cours des douze derniers mois
chez les jeunes adultes, faisant écho à la tendance observée
au Canada et aux États‑Unis, mais pas en Australie, qui
a fait état d’une augmentation (voir le graphique 10). Parmi
les deux autres pays où la prévalence est la plus élevée,
Chypre a déclaré une augmentation dans son enquête la
plus récente, de 0,7 % en 2006 à 2,2 % en 2009; pour
ce qui concerne les Pays‑Bas, alors qu’ils ont fait état d’une
prévalence de la consommation de cocaïne au cours des
douze derniers mois chez les jeunes adultes de 2,4 %
en 2009, la comparaison avec les enquêtes précédentes
serait inutile, car la méthodologie suivie a été modifiée.
Graphique 10 — Tendances de la prévalence de la
1998
de l’image de la cocaïne comme drogue prestigieuse (au
Danemark et aux Pays‑Bas).
NB:
Voir le graphique GPS‑14 (partie ii) du bulletin statistique 2012 pour
de plus amples informations. Pour les enquêtes non européennes,
les tranches d’âge sont les suivantes: États‑Unis, de 16 à 34 ans;
Canada, de 15 à 34 ans; Australie, de 15 à 34 ans pour 2010 et de
14 à 39 ans pour les enquêtes antérieures.
Sources:Points focaux nationaux Reitox, AIHW (2011), Cadums (2010),
Samhsa (2010).
ou chronique des pathologies généralement induites par une
consommation prolongée de cocaïne (voir le chapitre 7). La
consommation régulière de cocaïne, notamment sniffée, peut
être associée à des troubles cardiovasculaires, neurologiques
et psychiatriques et à des risques d’accidents et de
transmission de maladies infectieuses dues à des rapports
sexuels non protégés (Brugal e.a., 2009). Des études
réalisées dans des pays où la consommation est élevée
indiquent qu’une proportion considérable des problèmes
cardiaques survenant chez les jeunes pourrait avoir un
rapport avec la consommation de cocaïne.
L’injection de cocaïne et la consommation de crack sont
associées aux risques les plus graves pour la santé, dont
des problèmes cardiovasculaires et de santé mentale
(OEDT, 2007a). Si l’on établit une comparaison avec la
population générale des consommateurs de cocaïne, les
données récentes relatives aux urgences hospitalières
en Espagne révèlent une surreprésentation des
consommateurs qui s’injectent cette drogue ou la fument.
Chapitre 5: Cocaïne et crack
Urgences hospitalières liées à la cocaïne:
une intervention précoce est‑elle possible?
Une récente étude européenne a identifié un triplement des
urgences hospitalières liées à la cocaïne dans certains pays
depuis la fin des années 1990, avec un pic atteint vers 2008
en Espagne et au Royaume‑Uni (Mena e.a., dans la presse).
Ces données correspondent aux tendances de prévalence de
la consommation dans la population générale, ainsi qu’aux
rapports concernant les décès liés à la cocaïne. Cinq des six
pays ayant déclaré les nombres les plus élevés d’urgences
hospitalières liées à la cocaïne en 2008‑2010 (Danemark,
Irlande, Espagne, Pays‑Bas et Royaume‑Uni) font également
état d’une prévalence de la consommation de cocaïne
supérieure à la moyenne européenne. Le fait que la plupart
de ces urgences hospitalières concernent des jeunes adultes,
et les deux tiers des hommes, correspond lui aussi aux
données de prévalence.
Certains pays européens réalisent maintenant un suivi
des dangers liés à la cocaïne en utilisant les données
des admissions dans les services d’urgence et des
hospitalisations de patients. Des données sur les cas
peuvent également provenir des services de toxicologie,
des services de premiers secours aux toxicomanes, des
appels passés aux centres antipoison ou des dossiers
des brigades des stupéfiants à la police. L’Espagne et les
Pays‑Bas, en particulier, fournissent des données relativement
fiables. D’autres pays recourent souvent à des systèmes dits
«sentinelle» mis en place dans certains hôpitaux.
Malgré leur hétérogénéité, les données sur les urgences
hospitalières en Europe constituent un indicateur utile des
tendances et mettent en évidence un domaine présentant
un potentiel largement inexploité: celui de l’évaluation, de
l’intervention précoce et du renvoi de milliers de patients
cocaïnomanes chaque année.
Usage problématique de cocaïne
ont tendance à négliger les consommateurs marginalisés,
elles sont potentiellement capables d’atteindre les
consommateurs intensifs de cocaïne socialement intégrés.
Une enquête auprès de la population générale menée
en 2009 et ayant effectué des mesures de la fréquence
de consommation a estimé à plus de 140 500 le nombre
de consommateurs intensifs de cocaïne (82), soit environ
4,5 cas pour 1 000 habitants âgés de 15 à 64 ans. Une
étude réalisée dans la ville d’Oslo, en Norvège, également
basée sur des mesures de la fréquence de consommation
prises dans une série d’enquêtes (menées auprès de la
population générale, des détenus et des usagers de drogue
par injection), a identifié entre 1 600 et 2 000 usagers de
cocaïne à problèmes (83), soit 4 cas pour 1 000 habitants
âgés de 15 à 64 ans. En Allemagne, la prévalence des
problèmes liés à la cocaïne a été estimée à environ 2 cas
pour 1 000 habitants de 15 à 64 ans en utilisant l’échelle
de gravité de la dépendance.
La consommation de crack est très inhabituelle chez les
consommateurs de cocaïne socialement intégrés et touche
essentiellement les groupes marginalisés et défavorisés,
comme les travailleurs du sexe et les usagers d’opiacés
à problèmes. En Europe, elle est, dans une large mesure,
un phénomène urbain (Connolly e.a., 2008; Prinzleve
e.a., 2004) et montre des signes de prévalence globale
très faible. À Londres, la consommation de crack est
considérée comme un élément majeur du phénomène de
la drogue dans la capitale. Des estimations régionales
de la consommation problématique de crack ne sont
disponibles que pour l’Angleterre, où les estimations
évaluaient à 184 000 le nombre d’usagers de crack
à problèmes en 2009‑2010, soit 5,4 cas (5,2 à 5,7) pour
1 000 habitants de 15 à 64 ans. Une majorité de ces
usagers de crack consomme aussi des opiacés.
Les formes les plus dommageables de l’usage de
cocaïne comprennent la consommation régulière ou
de longue durée de cette drogue ou sa consommation
par injection. Étant donné qu’aucun pays européen ne
possède d’estimations indirectes nationales récentes de
l’usage problématique de cocaïne, les principales sources
d’information pouvant renseigner sur l’étendue de l’usage
des formes les plus dommageables de la consommation de
cocaïne sont les enquêtes menées auprès de la population
générale, les données relatives aux toxicomanes entamant
un traitement et les études de l’usage de crack.
Un certain nombre de pays ont recueilli des données sur
la consommation intensive de cocaïne dans des enquêtes
auprès de la population générale. Même si ces enquêtes
Demandes de traitement
Les données sur le nombre et les caractéristiques des
patients admis en traitement pour dépendance à la
cocaïne permettent d’en apprendre plus sur les formes les
plus problématiques de consommation de cette substance.
Presque tous les cocaïnomanes déclarés sont traités dans
des centres ambulatoires, bien que certains puissent être
soignés dans des cliniques privées, pour lesquelles les
données ne sont pas disponibles. Néanmoins, un grand
nombre d’usagers de cocaïne à problèmes ne demandent
pas à être traités (Reynaud‑Maurupt et Hoareau, 2010).
La cocaïne était citée comme la principale raison de
commencer un traitement pour dépendance par environ
(82) Ces consommateurs sont définis comme les personnes de plus de 20 ans ayant consommé de la cocaïne pendant au moins 30 jours au cours des
douze derniers mois ou au moins 10 jours au cours du dernier mois, ou comme les personnes de moins de 20 ans ayant consommé de la cocaïne
pendant 10 jours ou plus au cours des douze derniers mois et au moins un jour au cours du dernier mois.
(83) Ces usagers sont définis comme les personnes ayant consommé cette drogue plus d’une fois par semaine.
73
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
15 % de tous les patients admis en traitement en 2010.
Parmi les patients entamant un traitement pour la première
fois, le pourcentage de consommateurs primaires de
cocaïne était le plus élevé (21 %).
On constate des écarts importants entre les pays en
termes de proportion et de nombre de consommateurs
de cocaïne. Les chiffres les plus élevés sont ceux de
l’Espagne (44 %), de l’Italie (29 %) et des Pays‑Bas
(26 %). Les patients traités pour dépendance à la cocaïne
représentent entre 10 et 15 % de tous les toxicomanes
en traitement en Belgique, en Irlande, à Chypre, au
Luxembourg, à Malte, au Portugal et au Royaume‑Uni.
Ailleurs en Europe, les consommateurs de cocaïne
représentent moins de 10 % des patients commençant un
traitement, sept pays déclarant que moins de 1 % de ces
patients désignent la cocaïne comme leur drogue primaire.
Dans l’ensemble, cinq pays (Allemagne, Espagne, Italie,
Pays‑Bas et Royaume‑Uni) représentent environ 90 % du
total des patients traités pour dépendance à la cocaïne
déclarés par vingt‑neuf pays européens (84).
Selon les déclarations de vingt‑cinq pays ayant fourni
des données pour la période 2005‑2010, la tendance
concernant le nombre de patients déclarés entrant en
traitement pour une dépendance à la cocaïne comme
drogue primaire a été à la hausse jusqu’en 2008
(passant de 55 000 à 71 000 patients), s’est stabilisée
en 2009 (70 000 patients) et a légèrement diminué
en 2010 (67 000 patients) (85). Le nombre de patients
en traitement pour dépendance à la cocaïne a reculé
dans treize pays entre 2007‑2008 et 2010, certains pays
(Espagne, Pays‑Bas, Portugal et Royaume‑Uni) faisant
état d’une diminution pouvant atteindre 40 % pour les
patients qui entament un traitement pour la première
fois. Aux Pays‑Bas, le nombre de nouveaux patients
en traitement pour dépendance à la cocaïne a reculé
entre 2009 et 2010, pendant que le nombre de patients
réadmis en traitement pour dépendance à la cocaïne,
en particulier ceux qui citent les opiacés comme drogue
secondaire, était déclaré stable (Ouwehand e.a., 2011).
Profil des patients en traitement ambulatoire
Les patients admis en traitement ambulatoire pour
consommation primaire de cocaïne présentent un ratio
hommes/femmes élevé (environ cinq hommes pour une
femme) et l’une des moyennes d’âge les plus élevées
(33 ans) des patients traités pour toxicomanie. Les
consommateurs primaires de cocaïne déclarent avoir
consommé cette drogue pour la première fois à un âge
moyen de 22 ans, et 87 % d’entre eux avant l’âge de
30 ans (86).
La plupart des patients consommateurs de cocaïne déclarent
la sniffer (65 %) ou la fumer (27 %), comme mode principal
d’administration, et seuls 6 % des patients déclarent
l’injection comme mode principal d’administration. Près
de la moitié de ces patients a consommé cette drogue
jusqu’à six fois par semaine au cours du mois précédant
l’entrée en traitement, un quart en prenait quotidiennement
et un autre quart n’en a pas consommé ou n’en a consommé
qu’occasionnellement au cours de cette période (87).
La cocaïne est souvent consommée en combinaison avec
d’autres drogues, en particulier l’alcool, le cannabis,
d’autres stimulants et l’héroïne. Une analyse réalisée aux
Pays‑Bas en 2011 a révélé que la plupart des usagers de
cocaïne consommaient cette drogue en combinaison avec
d’autres substances (64 %), le plus souvent de l’alcool
(Ouwehand e.a., 2011).
Un sous‑groupe d’usagers de cocaïne entamant un
traitement ambulatoire en Europe est constitué des
7 500 consommateurs primaires de crack (88). Ces
personnes représentent 13 % du total des patients en
traitement pour dépendance à la cocaïne et moins de
2 % du total des patients entrant en traitement dans un
centre ambulatoire. La plupart des patients en traitement
pour dépendance au crack (environ 5 000) ont entamé
un traitement au Royaume‑Uni, où ils représentaient 36 %
des consommateurs primaires de cocaïne du pays et 4 %
du total des patients traités pour dépendance en centre
ambulatoire. Les 2 000 patients restants traités pour
dépendance au crack sont déclarés principalement par la
France et les Pays‑Bas, où ils représentent respectivement 23
et 30 % des patients traités pour dépendance à la cocaïne,
et par l’Espagne et l’Italie (3 et 1 % des patients traités
pour dépendance à la cocaïne). Les patients traités pour
dépendance au crack consomment souvent cette drogue
en combinaison avec d’autres substances, y compris de
l’héroïne injectée (OEDT, 2007a; Escot et Suderie, 2009).
Traitement et réduction des risques
Historiquement, le traitement de la toxicomanie s’est
concentré en Europe sur la dépendance aux opiacés.
Néanmoins, le problème de santé publique lié à la
consommation de cocaïne et de crack allant croissant,
de nombreux pays accordent désormais plus d’attention
(84) Voir les tableaux TDI‑5 (partie i et partie ii) ainsi que le graphique TDI‑24 du bulletin statistique 2012; les données relatives à l’Espagne font
référence à 2009.
(85) Voir les graphiques TDI‑1 et TDI‑3 du bulletin statistique 2012.
(86) Voir les tableaux TDI‑4 (partie ii), TDI‑10 (partie iii), TDI‑11 (partie iii) et TDI‑18 (partie ii) du bulletin statistique 2012.
(87) Voir les tableaux TDI‑17 et TDI‑18 (partie ii) du bulletin statistique 2012.
(88) Voir le tableau TDI‑115 du bulletin statistique 2012.
74
Chapitre 5: Cocaïne et crack
à la fourniture d’une réponse aux problèmes liés à ces
drogues. Les principales options de traitement de
la dépendance à la cocaïne sont des interventions
psychosociales, comme les entretiens de motivation, les
thérapies cognitives et comportementales, l’apprentissage
de la maîtrise du soi comportemental, les mesures
destinées à prévenir les rechutes et les consultations.
Onze États membres, y compris ceux déclarant des
niveaux élevés d’usage de cocaïne et d’admissions en
traitement pour dépendance à cette drogue, rapportent
que, parallèlement aux services de traitement général,
des programmes de traitement spécifique sont disponibles
pour les consommateurs de cocaïne et de crack. Toutefois,
alors que les experts nationaux d’Allemagne, d’Italie,
de Lituanie et du Royaume‑Uni ont estimé que ces
programmes de traitement spécifique étaient disponibles
pour la majorité des usagers de cocaïne ayant besoin
d’un traitement, les experts de Belgique, du Danemark,
d’Irlande, d’Espagne, d’Autriche, de Roumanie et de
Slovénie ont estimé que de tels traitements n’étaient
disponibles que pour une minorité de ces personnes.
Certains pays déclarent qu’ils adaptent leurs réponses
de traitement pour dépendance à la cocaïne aux besoins
de groupes de patients spécifiques. Au Royaume‑Uni,
par exemple, des organismes de traitement spécialisé
donnent la priorité aux services de traitement des usagers
de drogue à problèmes, notamment les consommateurs
de crack. Le Danemark et l’Autriche déclarent tous deux
fournir des traitements aux cocaïnomanes dans le cadre
d’un programme de traitement de la polytoxicomanie. Un
modèle de traitement des problèmes liés à la cocaïne, au
cannabis et à l’alcool a été expérimenté au Danemark.
Des lignes directrices cliniques seront élaborées, et
ce modèle sera déployé dans un certain nombre de
municipalités au cours des quatre prochaines années,
l’initiative étant dotée d’un budget d’environ 1 million
d’euros. En outre, la Bulgarie, Malte et les Pays‑Bas ont
annoncé que des programmes spécifiques de traitement
de la dépendance à la cocaïne allaient être mis en place
dans les trois prochaines années.
Études sur le traitement de la dépendance à la cocaïne
L’OEDT et le groupe Cochrane sur les drogues et l’alcool
ont récemment publié une analyse des publications
consacrées au traitement pharmacologique de la
dépendance à la cocaïne (Amato e.a., dans la presse). Ce
travail a consisté à analyser l’acceptabilité, l’efficacité et
la sécurité des psychostimulants, des antispasmodiques,
des antipsychotiques, des agonistes de la dopamine et
du disulfirame pour le traitement de la dépendance à la
cocaïne. La plupart de ces substances sont susceptibles de
bloquer ou de réduire l’effet de récompense de la cocaïne
dans le cerveau. De plus, les antipsychotiques peuvent
soulager les symptômes de type psychotique induits par la
cocaïne. Ces études ne sont pas directement comparables,
car leurs objectifs et mesures des résultats diffèrent:
réduction de la consommation, réduction ou traitement des
symptômes de manque et identification de traitements de
substitution.
Cette analyse des études consacrées aux psychostimulants
a identifié certains résultats positifs permettant d’aider
les consommateurs de cocaïne à atteindre l’abstinence.
En particulier, les résultats atteints avec le Bupropion et
la dexamphétamine pour le traitement des patients ayant
une codépendance aux opiacés et à la cocaïne étaient
encourageants. En revanche, les psychostimulants ne se
sont pas avérés efficaces comme thérapie de substitution.
L’évaluation des médicaments antipsychotiques et
antispasmodiques pour le traitement des patients
dépendants à la cocaïne n’a pas été concluante. Les
données actuelles ne plaident pas en faveur de l’utilisation
des agonistes de la dopamine pour traiter la dépendance
à la cocaïne. Bien que le disulfirame ait montré des
résultats positifs pour aider les patients à poursuivre le
traitement, le potentiel d’effets secondaires nuisibles de
cette substance paraît l’emporter sur ses bénéfices.
Parmi les interventions non pharmacologiques pour traiter
la dépendance à la cocaïne, la gestion des contingences
reste l’intervention psychosociale la plus efficace (Vocci
et Montoya, 2009). Selon une étude réalisée récemment
en Belgique, au terme de six mois de participation
à un programme de gestion des contingences avec
renforcement communautaire, le taux d’abstinence parmi
les consommateurs de cocaïne était trois fois plus élevé
que parmi les patients suivant un traitement ordinaire
(Vanderplasschen e.a., 2011).
Réduction des risques
Les interventions de réduction des risques destinées aux
consommateurs de cocaïne mieux intégrés socialement,
pour la plupart des consommateurs de cocaïne en poudre,
peuvent être mises en œuvre au moyen de programmes
spécifiques de proximité dans les lieux de vie nocturne.
Deux exemples en sont la récente campagne «Know
the Score Cocaine Awareness Campaign» en Écosse
et la campagne belge de Partywise intitulée «Hoe is je
vriend op coke?» («Comment est ton ami sous coke?»).
Ces campagnes mettent l’accent sur la sensibilisation et
l’information (voir le chapitre 4 pour en savoir plus sur les
interventions dans les espaces récréatifs).
75
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Des vaccins contre les drogues illicites
La recherche sur les animaux pour mettre au point des
vaccins antidrogue remonte déjà à 1972 (Berkowitz et
Spector), mais l’intérêt porté au développement d’une
réponse pharmacologique à la dépendance à la cocaïne
a récemment conféré une importance cruciale à ce thème.
Les vaccins antidrogue fonctionnent en induisant la
production d’anticorps dans le sang qui, en cas de réussite,
peut réduire les effets psychoactifs des drogues et inhiber
le manque (Fox e.a., 1996). Actuellement, des vaccins
antidrogue sont recherchés pour la cocaïne, la nicotine,
la méthamphétamine et l’héroïne (Shen e.a., 2011). Les
vaccins les plus avancés, qui contrent la dépendance
à la cocaïne et à la nicotine, se sont avérés efficaces
pour aider les patients à rester abstinents. La principale
limitation observée est que la réponse des anticorps est
faible chez la majorité des patients (Hatsukami e.a.,
2005; Martell e.a., 2005). Des études visent toutefois
à améliorer cette réponse, et des produits commerciaux
pourraient bientôt faire leur apparition, du moins pour
la nicotine (Polosa et Benowitz, 2011). La recherche sur
les vaccins antiméthamphétamine, qui en est encore au
stade préclinique, est concentrée sur la caractérisation
des anticorps. Les vaccins anti‑opiacés qui ont été mis au
point ont montré de l’efficacité sur les rats; les études se
concentrent maintenant sur des stratégies visant à réduire
le nombre d’applications nécessaires pour maintenir la
concentration d’anticorps dans le sang (Stowe e.a., 2012).
Pour de nombreux États membres, les interventions
qui visent à réduire les risques causés par l’usage
problématique de cocaïne et de crack constituent un
nouveau domaine de travail. En général, les services et
installations prévus pour les consommateurs de cocaïne
par injection ont été mis en place pour répondre aux
76
besoins des usagers d’opiacés. Toutefois, l’injection
de cocaïne est associée à des risques spécifiques.
Elle implique, notamment, une fréquence d’injection
potentiellement plus élevée, un comportement d’injection
chaotique et davantage de comportements sexuels
à risque. Les recommandations pour un usage plus sûr
doivent être adaptées aux besoins de ce groupe. En
raison de la fréquence élevée potentielle des injections, la
fourniture de matériel stérile aux usagers de drogue par
injection ne devrait pas être limitée, mais plutôt reposer
sur une évaluation locale des modes de consommation
de cocaïne et sur la situation sociale de ces usagers (Des
Jarlais e.a., 2009).
Les programmes de réduction des risques spécifiques
aux fumeurs de crack sont limités en Europe. Dans trois
pays (Allemagne, Espagne, Pays‑Bas), certaines structures
de consommation de drogue fournissent des locaux
pour l’inhalation de drogues, dont le crack. Du matériel
d’inhalation hygiénique, y compris des pipes à crack
propres ou des «kits à crack» (tube de verre avec embout,
plaque métallique, baume pour les lèvres et serviettes
pour les mains), est fourni de façon sporadique aux
usagers de drogue qui fument du crack par certaines
structures à bas seuil en Belgique, en Allemagne, en
Espagne, en France, au Luxembourg et aux Pays‑Bas. Des
feuilles sont également distribuées aux fumeurs d’héroïne
et de cocaïne dans certains services à bas seuil dans
treize États membres de l’UE. Au Royaume‑Uni, le Conseil
consultatif sur l’abus de drogue a récemment analysé
l’utilisation de feuilles en tant qu’intervention de réduction
des risques; certaines constatations lui ont donné à penser
que la fourniture de feuilles peut promouvoir l’inhalation
au détriment de l’injection de drogue (ACMD, 2010).
Chapitre 6
Consommation d’opiacés et injection de drogue
Introduction
La consommation d’héroïne, en particulier par injection de
la drogue, est étroitement associée à des problèmes sociaux
et de santé publique depuis les années 1970. Aujourd’hui,
cette drogue représente encore la part la plus importante de
morbidité et de mortalité liées à la consommation de drogue
dans l’Union européenne. Après deux décennies qui ont
connu une augmentation de ce problème, essentiellement
en ce qui concerne l’héroïne, l’Europe a observé une baisse
de la consommation d’héroïne et des problèmes connexes
vers la fin des années 1990 et le début des années 2000.
Depuis les dix dernières années, pourtant, la tendance
se brouille. Le tableau manque de précision mais on
observe de plus en plus que, dans certaines parties de
l’Europe, les nouveaux recrutements pour l’usage d’héroïne
ont chuté, la disponibilité de cette drogue a diminué et,
récemment, certains pays ont rapporté de fortes pénuries.
Ajoutons à cela les rapports faisant état de la tendance
à remplacer l’héroïne par d’autres drogues, notamment des
opiacés de synthèse, comme le fentanyl, mais aussi par
l’injection de drogues stimulantes, telles que l’amphétamine,
la méthamphétamine et les cathinones de synthèse.
Tout accroissement des niveaux d’injection de drogues
stimulantes va de pair avec des inquiétudes concernant une
augmentation des risques pour la santé.
Offre et disponibilité
Historiquement, deux formes d’héroïne importée sont
proposées sur le marché européen: l’héroïne brune
(sa forme chimique de base), qui est la plus courante
et provient essentiellement d’Afghanistan, et l’héroïne
blanche (une forme de sel), qui est plus rare et vient
généralement d’Asie du Sud‑Est. Bien que l’héroïne
blanche soit devenue rare, certains pays ont récemment
fait état de produits d’héroïne cristalline blanche
provenant probablement d’Asie du Sud‑Ouest. Quelques
drogues opiacées, en quantités limitées, sont également
produites en Europe. Il s’agit pour l’essentiel de produits
de fabrication «maison» à base de pavot (par exemple
de la paille de pavot, du concentré de pavot à partir de
78
tiges ou de têtes de pavot broyées) dont il est fait état en
Estonie, en Lituanie et en Pologne.
Production et trafic
En plus de représenter la principale source de fourniture
d’héroïne en Europe, l’Afghanistan reste le premier
pays producteur au monde. Les autres pays producteurs
comprennent le Myanmar/la Birmanie, qui approvisionne
principalement les marchés de l’Asie de l’Est et du
Sud‑Est, le Pakistan et le Laos, suivis par le Mexique et
la Colombie, qui sont considérés comme les principaux
Tableau 9 — Production, saisies, prix et pureté
de l’héroïne
Production et saisies
Héroïne
Estimation de la production mondiale
(en tonnes)
467
Quantité totale saisie dans le monde
(en tonnes)
81
Quantité saisie (en tonnes)
UE et Norvège
(y compris Croatie et Turquie)
6
(19)
Nombre de saisies
UE et Norvège
(y compris Croatie et Turquie)
50 000
(55 000)
Prix et pureté en Europe (1)
Héroïne base
(«brune»)
Prix de vente moyen au détail
(en euros par gramme)
Intervalle
(Intervalle interquartile) (2)
23-160
(24,6-73,6)
Pureté moyenne (%)
Intervalle
(Intervalle interquartile) (2)
13-57
(17,7-28,0)
(1)
Étant donné le nombre limité de pays fournissant les prix de vente au
détail et la pureté du chlorhydrate d’héroïne («héroïne blanche»), ces
données ne sont pas présentées dans le tableau. Elles peuvent être
consultées dans les tableaux PPP-2 et PPP-6 du bulletin statistique 2012.
2
( )
Intervalle contenant la moitié médiane des données déclarées.
NB:
Les données se rapportent à 2010, à l’exception de l’estimation de la
production mondiale (2011).
Sources: ONUDC (2012) pour les valeurs mondiales. Points focaux nationaux
Reitox pour les données européennes.
Chapitre 6: Consommation d’opiacés et injection de drogue
fournisseurs des États‑Unis (ONUDC, 2012). Selon les
estimations, la production potentielle mondiale d’opium
est passée de 4 700 tonnes en 2010 à 7 000 tonnes
en 2011, atteignant des niveaux comparables à ceux
des années précédentes. Cette augmentation est due, en
grande partie, à une reprise de la production potentielle
d’opium en Afghanistan, qui est passée de 3 600 tonnes
en 2010 à 5 800 tonnes en 2011 (ONUDC, 2012).
L’estimation la plus récente de la production potentielle
mondiale d’héroïne est de 467 tonnes (voir le tableau 9),
contre 384 tonnes estimées en 2010 (ONUDC, 2012).
L’héroïne pénètre en Europe par deux axes principaux,
bien que l’on constate une diversité croissante concernant
les méthodes et itinéraires utilisés pour acheminer cette
drogue. La traditionnelle route des Balkans amène en
Europe l’héroïne produite en Afghanistan en passant par
le Pakistan, l’Iran et la Turquie et emprunte ensuite divers
pays de transit ou de destination, principalement situés en
Europe de l’Ouest et du Sud. L’héroïne pénètre également
en Europe par la «route de la soie», qui traverse l’Asie
centrale en direction de la Russie. Une partie de cette
héroïne traverse ensuite la Biélorussie, la Pologne et
l’Ukraine vers d’autres destinations telles que les pays
scandinaves. L’Afrique, qui semble gagner en importance,
est devenue la principale région de transit pour
l’acheminement aérien de l’héroïne vers l’Europe (OICS,
2012b). Au sein de l’Union européenne, les Pays‑Bas et,
dans une moindre mesure, la Belgique jouent un rôle de
centres de distribution secondaires.
Saisies
À l’échelle mondiale, les saisies déclarées d’opium ont
reculé, passant de 653 tonnes en 2009 à 492 tonnes
en 2010. L’Iran représente à lui seul environ 80 % du
total et l’Afghanistan près de 12 %. En 2010, les saisies
mondiales déclarées d’héroïne (81 tonnes) et de morphine
(19 tonnes) ont augmenté de 5 tonnes dans les deux cas
(ONUDC, 2012).
En Europe, les quelque 55 000 saisies d’héroïne se sont
soldées par l’interception de 19 tonnes en 2010, dont les
deux tiers (12,7 tonnes) ont été déclarés par la Turquie.
Le Royaume‑Uni (suivi par l’Espagne) reste le champion
du nombre de saisies opérées (89). Les données de
vingt‑huit pays déclarants portant sur les années 2005
à 2010 indiquent une augmentation généralisée du
nombre de saisies, bien qu’une légère diminution ait été
enregistrée en 2010. Entre 2005 et 2010, les quantités
saisies dans l’Union européenne ont fluctué, avec une
diminution sensible rapportée en 2010, surtout en raison
de la baisse des quantités interceptées en Bulgarie et au
Royaume‑Uni. La Turquie a également rendu compte d’un
recul substantiel des quantités récupérées en 2010, une
évolution qui doit être considérée dans le contexte des
mesures d’interdiction précédentes, lesquelles s’avèrent
avoir perturbé le marché de l’héroïne dans certaines
parties de l’Europe.
Les saisies totales d’anhydride acétique utilisé dans la
fabrication d’héroïne ont augmenté d’environ 21 000 litres
en 2009 pour atteindre 59 700 litres en 2010. Les chiffres
pour l’Union européenne ont largement varié ces dernières
années, passant d’un pic d’environ 151 000 litres en 2008
à 912 litres en 2009; une seule saisie de quelque
21 100 litres en Bulgarie a représenté la quasi‑totalité des
21 200 litres saisis en 2010 (OICS, 2012a).
Au cours de la dernière décennie, l’Estonie a rapporté
que l’héroïne était largement remplacée par le fentanyl
sur le marché illicite. Plus récemment, la Slovaquie a fait
état d’un phénomène similaire, bien que le nombre de
saisies et les quantités saisies restent faibles. En 2010,
la Slovaquie a déclaré dix‑sept saisies de fentanyl; en
Estonie, un demi‑kilo de cet opiacé de synthèse a été saisi.
Pureté et prix
En 2010, la pureté moyenne de l’héroïne brune était
comprise entre 17 et 28 % dans la plupart des pays
déclarants, bien que des valeurs inférieures aient été
signalées en France (13 %) et en Autriche (uniquement
pour le détail, 13 %) et des valeurs supérieures à Malte
(30 %), en Espagne (32 %) et en Turquie (57 %).
Entre 2005 et 2010, la pureté de l’héroïne brune
a augmenté dans quatre pays, est restée stable dans
quatre autres pays et a baissé dans deux. La pureté
moyenne de l’héroïne blanche était généralement plus
élevée (25 à 50 %) dans les cinq pays européens ayant
communiqué des données à ce sujet (90).
Le prix de vente au détail de l’héroïne brune s’est maintenu
à un niveau plus élevé dans les pays nordiques que dans le
reste de l’Europe, la Suède faisant état d’un prix moyen de
160 euros le gramme (en raison d’une forte augmentation
en 2010) et le Danemark de 83 euros en 2010. Dans
l’ensemble, le prix de vente au détail de l’héroïne brune
était compris entre 24 et 74 euros le gramme dans la
moitié des pays déclarants. Au cours de la période
2005‑2010, le prix de vente au détail de l’héroïne brune
a baissé dans dix des quatorze pays européens ayant
fourni des données sur l’évolution dans le temps. Le prix
moyen de l’héroïne blanche était généralement plus élevé
(61 à 251 euros) dans les trois pays européens ayant
communiqué des données à ce sujet.
(89) Voir les tableaux SZR‑7 et SZR‑8 du bulletin statistique 2012.
(90) Voir les tableaux PPP‑2 et PPP‑6 du bulletin statistique 2012 pour les données relatives à la pureté et au prix.
79
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Usage problématique de drogue
récentes varient entre 1 et 7 cas pour 1 000 individus
L’OEDT définit l’usage problématique de drogue comme
l’usage de drogue par injection ou la consommation
régulière ou sur une longue période d’opiacés, de cocaïne
ou d’amphétamines. L’usage de drogue par injection et
la consommation d’opiacés représentent l’essentiel de
l’usage problématique de drogue en Europe, bien que,
dans certains pays, les consommateurs d’amphétamines
ou de cocaïne constituent une proportion importante de
ce phénomène. Les usagers de drogue à problèmes sont,
pour la plupart, des polyconsommateurs, et les chiffres
de prévalence sont nettement plus élevés dans les zones
urbaines et au sein des groupes marginalisés. Du fait de
la prévalence relativement faible et du caractère caché de
l’usage problématique de drogue, il convient de procéder
à des extrapolations statistiques pour estimer la prévalence
à partir des sources disponibles (essentiellement les données
sur les traitements et les données des autorités répressives).
âgés de 15 à 64 ans (voir le graphique 11). Les
estimations les plus élevées sur l’usage problématique
d’opiacés sont fournies par l’Irlande, la Lettonie,
le Luxembourg et Malte, tandis que les plus faibles
proviennent de Chypre, de Hongrie, de Pologne et de
Finlande. La Turquie fait état de chiffres inférieurs à 1 cas
pour 1 000 individus âgés de 15 à 64 ans.
La prévalence moyenne de l’usage problématique d’opiacés
dans l’Union européenne et en Norvège, calculée sur la base
des études nationales, est estimée à 4,2 (entre 3,9 et 4,4) cas
pour 1 000 individus âgés de 15 à 64 ans. Cela représente
environ 1,4 million d’usagers d’opiacés à problèmes dans
l’Union européenne et en Norvège en 2010 (91).
À titre de comparaison, les estimations relatives aux
pays voisins de l’Europe sont élevées, la Russie se situant
à 16,4 usagers d’opiacés à problèmes pour 1 000 individus
âgés de 15 à 64 ans (ONUDC, 2011b), et l’Ukraine
comptant entre 10 et 13 cas pour 1 000 individus âgés
Usage problématique d’opiacés
de 15 à 64 ans (ONUDC, 2010). Tant l’Australie que les
La plupart des pays européens sont désormais en mesure
de fournir des estimations de la prévalence de l’usage
problématique d’opiacés. Les estimations nationales
États‑Unis font état d’estimations plus élevées concernant
l’usage problématique d’opiacés, à savoir 6,3 et 5,8 cas
pour 1 000 individus âgés de 15 à 64 ans, tandis que
Graphique 11 — Estimations de la prévalence annuelle de l’usage problématique d’opiacés (chez les 15‑64 ans)
Nombre de cas pour 1 000 habitants
8
6
4
2
Irlande
(2006) CR
Lettonie
(2010) TM
Malte
(2010) CR
Luxembourg
(2007) OT
Italie
(2010) TM
Autriche
(2009) CR
Croatie
(2010) CR
Norvège
(2008) CM
Grèce
(2010) CR
Lituanie
(2007) CR
Allemagne
(2009) TM
Pays Bas
(2008) TM
République tchèque
(2010) TM
Slovaquie
(2008) OT
Finlande
(2005) CR
Chypre
(2010) TP
Pologne
(2005) OT
Hongrie
(2007/2008) CR
Turquie
(2010) MM
0
NB:
Un trait horizontal indique une estimation de pourcentage; un trait vertical indique un intervalle d’incertitude, pouvant être soit un intervalle de
confiance de 95 %, soit un intervalle fondé sur une analyse de sensibilité. Les groupes cibles peuvent varier légèrement en raison des différentes
méthodes d’estimation et sources de données utilisées. Les comparaisons doivent donc être faites avec prudence. Des tranches d’âges non
standards ont été utilisées dans les études émanant de Pologne (12‑64 ans) et de Finlande (15‑54 ans). Ces deux estimations ont été ajustées à la
population âgée de 15 à 64 ans. Les méthodes d’estimation sont abrégées comme suit: CR = capture‑recapture; MT = multiplicateur de traitement;
MM = multiplicateur de mortalité; MC = méthodes combinées; PT = poisson tronqué; AM = autres méthodes. Voir le graphique PDU‑1 (partie ii) et
le tableau PDU‑102 du bulletin statistique 2012 pour de plus amples informations.
Sources:Points focaux nationaux Reitox.
(91) Les estimations déclarées par dix‑huit pays donnent une valeur moyenne de 3,1 (entre 3,0 et 3,2) cas pour 1 000 individus âgés de 15 à 64 ans.
L’incorporation d’estimations pondérées de l’usage problématique de drogue provenant de huit autres pays a pour effet de porter cette valeur
moyenne à 4,2 (entre 3,9 et 4,4), opération qui a été appliquée à la population de l’Union européenne et de la Norvège en 2010.
80
Chapitre 6: Consommation d’opiacés et injection de drogue
le Canada déclare 3,0 cas. Les comparaisons entre les
pays doivent être réalisées avec prudence, dans la mesure
où les définitions de la population cible peuvent varier.
Ainsi, si l’on ajoute l’usage non médical d’opiacés sur
ordonnance, le chiffre de prévalence atteint de 39 à 44 cas
pour 1 000 Nord‑Américains âgés de 15 à 64 ans
(ONUDC, 2011b).
Graphique 12 — Usagers primaires d’opiacés en pourcentage
de tous les patients admis en traitement pour dépendance à la
drogue en 2010
>80
61-80
41-60
21-40
0-20
%
%
%
%
%
Consommateurs d’opiacés en traitement
Les opiacés, et surtout l’héroïne, ont été cités comme drogue
primaire par plus de 200 000 personnes déclarées comme
entamant un traitement spécialisé pour dépendance dans
vingt‑neuf pays européens en 2010, soit 48 % du total des
personnes déclarées comme admises en traitement. En
Europe, il existe toutefois des différences considérables, les
consommateurs d’opiacés représentant plus de 70 % des
personnes admises en traitement dans sept pays, entre 40
et 70 % dans douze pays et moins de 40 % dans dix pays
(voir le graphique 12). Près de 80 % du total des usagers
d’opiacés admis en traitement en Europe sont déclarés par
cinq pays seulement: l’Allemagne, l’Espagne, la France,
l’Italie et le Royaume‑Uni (92).
Les opiacés autres que l’héroïne sont cités comme drogue
primaire par une forte proportion de personnes admises
en traitement dans plusieurs pays: le fentanyl en Estonie,
la buprénorphine en Finlande et d’autres opiacés au
Danemark, en Lettonie et en Autriche (93).
Les consommateurs d’opiacés entrant en traitement spécialisé
sont en moyenne âgés de 33 ans, les patientes étant plus
jeunes dans la plupart des pays (94). Dans toute l’Europe,
les patients masculins dépendants aux opiacés sont plus
nombreux que les patientes, le ratio étant d’environ trois
hommes pour une femme. La grande majorité des patients
dépendants aux opiacés déclarent avoir commencé
à prendre de la drogue avant l’âge de 30 ans, et près de la
moitié (46 %) du total des patients dépendants aux opiacés
en a consommé avant l’âge de 20 ans (95). De manière
générale, un nombre plus élevé de consommateurs d’opiacés
sont sans abri, au chômage et ont un niveau d’étude bas
par rapport aux usagers primaires d’autres drogues; ils sont
habituellement concentrés dans des zones urbaines.
Tendances de l’usage problématique d’opiacés
Au cours de la période 2005‑2010, les données de neuf
pays ayant procédé à des estimations répétées de la
prévalence de l’usage problématique d’opiacés suggèrent
une situation relativement stable. Toutefois, les mesures
(92)
(93)
(94)
(95)
(96)
Voir
Voir
Voir
Voir
Voir
NB:
Données exprimées en pourcentage des patients dont la drogue
primaire est connue (92 % des patients déclarés). Données
de 2010 ou de la dernière année disponible. Les données de
la Lituanie concernent des patients admis en traitement pour
la première fois. Les usagers primaires d’opiacés peuvent
être sous‑signalés dans certains pays comme la Belgique, la
République tchèque, l’Allemagne et la France, étant donné
qu’un grand nombre d’entre eux sont traités par des médecins
généralistes ou des services psychiatriques et peuvent ne pas être
rapportés à l’indicateur des demandes de traitement.
Sources:Points focaux nationaux Reitox.
de la prévalence n’étant pas nécessairement sensibles
aux tendances en matière d’initiation à la consommation
de drogue, elles doivent être placées dans le contexte
fourni par d’autres sources de données. Sur la période
2005‑2010, le nombre de patients entamant pour la
première fois un traitement spécialisé pour consommation
primaire d’héroïne dans vingt‑quatre pays européens est
passé de 51 000 en 2005 à un pic de 61 000 en 2007,
avant de redescendre à 46 000 en 2010 (96). Ce recul est
plus apparent dans les pays d’Europe occidentale.
Le délai entre la première prise d’héroïne et l’entrée en
traitement peut être considérable. Pour cette raison, le
nombre de consommateurs d’héroïne admis en traitement
pour la première fois reflète à la fois la tendance historique
en matière d’initiation à l’usage d’héroïne (incidence) et le
tableau actuel de la situation. Cette interprétation doit être
considérée avec prudence, car elle peut être influencée
par des changements dans les pratiques de déclaration,
et, en outre, les chiffres européens traduisent de façon
disproportionnée les tendances dans les plus grands pays.
Néanmoins, en dépit de variations considérables entre
les tableaux TDI‑5 et TDI‑22 du bulletin statistique 2012.
le tableau TDI‑113 du bulletin statistique 2012.
les tableaux TDI‑10, TDI‑21, TDI‑32 et TDI‑103 du bulletin statistique 2012.
les tableaux TDI‑33, TDI‑106 (partie i) et TDI‑107 (partie i) du bulletin statistique 2012.
les graphiques TDI‑1 et TDI‑3 du bulletin statistique 2012.
81
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
les pays, les données probantes suggèrent que, dans
l’ensemble, les nouvelles consommations d’héroïne en
Europe sont en recul.
Cette analyse peut aussi être vue en parallèle avec les
tendances notées par d’autres indicateurs, notamment la
consommation de drogue par voie intraveineuse (voir plus
bas), les décès dus à la drogue et les infractions en rapport
avec la drogue, même si l’on peut dire que ces sources
de données sont de meilleurs indicateurs de prévalence
que l’incidence. Ces dernières années, une diminution du
nombre des infractions en rapport avec l’héroïne a été
observée en Europe. Les données relatives aux décès dus
à la drogue sont plus équivoques. Des augmentations
ou une situation stable ont été enregistrées par les pays
jusqu’en 2008; en 2009, une situation globalement
stable était évidente et les données provisoires pour 2010
suggèrent une diminution plus récente (97).
En outre, les indicateurs du marché des opiacés apportent
des informations complémentaires à ce sujet. De fortes
pénuries d’héroïne déclarées par une série de pays à la fin
de 2010 et au début de 2011 (OEDT, 2011a) et le récent
recul des saisies d’héroïne suggèrent des changements
dans la disponibilité de l’héroïne en Europe qui pourraient
aussi être associés à une évolution des modes de
consommation de cette drogue. Les pays rapportent en effet
un accroissement de la consommation de cathinones par
injection (Hongrie), l’utilisation de mélanges contenant de
la caféine et de la créatine (Roumanie), un usage accru de
benzodiazépines et d’autres médicaments (Irlande, Slovénie
et Royaume‑Uni) et l’augmentation de la consommation
d’amphétamines par injection (Lettonie et Hongrie), et font
état avec inquiétude de l’usage de fentanyl, un opiacé de
synthèse (par exemple en Estonie et en Slovaquie).
Prises ensemble, ces informations donnent à penser
que l’Europe voit reculer progressivement les nouvelles
consommations d’héroïne, cela dans un contexte de
meilleures disponibilité et couverture du traitement. Dans son
ensemble, la population consommatrice d’héroïne semble
caractérisée par le vieillissement et un niveau relativement
élevé de contact avec les services spécialisés. Bien que ce
phénomène soit le plus évident dans les États membres de
l’UE d’avant 2004, des données récentes suggèrent qu’il se
déroulerait aussi dans un grand nombre d’États membres
plus récents.
Consommation de drogue par voie intraveineuse
Les usagers de drogue par voie intraveineuse figurent
parmi les plus exposés à des problèmes de santé liés
(97) Voir le tableau DRD‑2 (partie i) du bulletin statistique 2012.
(98) Voir le graphique PDU‑2 du bulletin statistique 2012.
(99) Voir le tableau PDU‑6 (partie iii) du bulletin statistique 2012.
82
à leur consommation de drogue, tels que les infections
transmises par le sang (comme le VIH/SIDA ou l’hépatite),
ou à des décès par surdose. Dans la plupart des pays
européens, l’injection est couramment associée à la
consommation d’opiacés, bien que, dans quelques pays,
elle aille de pair avec la consommation d’amphétamines.
Seuls quatorze pays ont été en mesure de fournir des
estimations récentes sur la prévalence de la consommation
de drogue par injection (98). Les données disponibles
suggèrent des écarts considérables entre les pays, les
estimations oscillant entre moins de 1 à 5 cas pour
1 000 personnes âgées de 15 à 64 ans. Dans les treize
pays qui ont déclaré une estimation des actuels usagers
de drogue par injection, on dénombrait en moyenne
2,4 usagers de ce type pour 1 000 personnes âgées
de 15 à 64 ans. Outre les consommateurs actifs de
drogue par voie intraveineuse, le nombre d’anciens
consommateurs de ce type en Europe est important
(par exemple Sweeting e.a., 2008), mais les chiffres
s’y rapportant ne sont pas disponibles.
L’injection était citée comme mode habituel d’administration
par près de 37 % des consommateurs primaires d’opiacés
qui ont entamé un traitement spécialisé en 2010,
essentiellement des héroïnomanes. Les niveaux d’injection
parmi les consommateurs d’opiacés varient selon les pays,
de 7 % aux Pays‑Bas à 94 % en Lettonie. Des proportions
élevées d’usagers de drogue par injection sont enregistrées
en Europe centrale et orientale, ainsi que dans certains
pays du nord (voir le graphique 13).
Il est difficile de tirer des conclusions sur l’évolution dans
le temps de la prévalence de l’injection de drogue sur la
base d’estimations répétées de la prévalence en raison
du manque de données et, parfois, de l’incertitude
statistique des estimations. Parmi les huit pays ayant fourni
des données suffisantes pour permettre une analyse des
tendances, la prévalence de l’injection de drogue semble
avoir diminué au Royaume‑Uni et être restée relativement
stable en Grèce, à Chypre, en Hongrie, en Slovaquie, en
Croatie et en Norvège. Quant à la République tchèque,
elle a fait état d’une augmentation du nombre d’usagers de
drogue par injection, pour la plupart des consommateurs de
méthamphétamine, entre 2005 et 2010 (99).
La prise en compte des données provenant d’une série
d’autres indicateurs semble indiquer un recul généralisé
de la consommation d’opiacés par injection et, en
particulier, de l’usage d’héroïne par injection en Europe.
La plupart des pays européens ont fait état d’un déclin
de la proportion d’usagers de drogue par injection parmi
les consommateurs primaires d’héroïne ayant entamé un
Chapitre 6: Consommation d’opiacés et injection de drogue
Graphique 13 — Injection en tant que mode habituel
d’administration parmi les usagers primaires d’opiacés admis
en traitement en 2010
>80
61-80
41-60
21-40
0-20
NB:
%
%
%
%
%
Données exprimées en pourcentage des patients déclarés pour
lesquels le mode d’administration est connu. Données de 2010 ou
de la dernière année disponible. Voir le tableau TDI‑5 (partie iii et
partie iv) du bulletin statistique 2012.
Sources:Points focaux nationaux Reitox.
traitement pour la première fois entre 2005 et 2010, une
tendance confirmée par une analyse à plus long terme
(2000‑2009) des usagers d’héroïne admis en traitement
spécialisé pour la première fois en Europe (OEDT, 2012c).
Ce déclin de la consommation d’héroïne par injection est
observé dans tous les pays, bien qu’il soit plus marqué dans
les pays d’Europe occidentale. En 2009, alors que les pays
occidentaux rapportaient que fumer l’héroïne était devenu
le mode principal d’administration de cette drogue pour
plus de la moitié des patients héroïnomanes (53 %), dans
les pays de l’Est, 70 % des patients héroïnomanes citaient
l’injection comme mode principal d’administration (OEDT,
2012c). En outre, de récentes études menées en Irlande et
en Norvège ont mis en évidence un laps de temps de plus
en plus long entre la première consommation d’héroïne et
la première injection de cette drogue (Bellerose e.a., 2011;
Bretteville‑Jensen et Skretting, 2010).
L’injection et les autres modes d’administration
Les données recueillies au sujet des usagers de drogue qui
entament un traitement constituent la plus vaste et la plus
complète source d’information sur le comportement de
prise de drogue des personnes connaissant des problèmes
liés à la drogue en Europe (1).
Dans l’ensemble, l’injection était le deuxième mode
d’administration le plus courant cité par les usagers
de drogue entamant un traitement essentiellement
pour des problèmes liés aux opiacés en 2010. Sur les
140 000 consommateurs primaires d’opiacés entamant
un traitement dans un centre ambulatoire et dont le mode
d’administration de la drogue était connu, 36 % ont
déclaré s’injecter cette drogue, 45 % la fumer ou l’inhaler
et 19 % la prendre par ingestion orale. En revanche, 3 %
des 53 000 cocaïnomanes ayant entamé un traitement
dans un centre ambulatoire ont déclaré s’injecter cette
drogue, 68 % la sniffer et les autres la fumer ou l’inhaler.
Parmi les 9 000 usagers d’amphétamines ou de stimulants
autres que la cocaïne, 24 % ont cité l’injection comme
mode principal d’administration, 40 % ingéraient
cette drogue par voie orale, 32 % la sniffaient et 4 %
recouraient d’autres modes d’administration.
Les modes de consommation de la drogue ont changé
avec le temps. Une analyse des données relatives aux
admissions en traitement entre 2000 et 2009 a montré une
diminution (de 58 à 36 %) de l’injection de la drogue chez
les consommateurs primaires d’héroïne dans tous les pays
européens, en particulier dans la partie occidentale de
l’Europe (OEDT, 2012c). En outre, parmi les consommateurs
d’opiacés ayant entamé un traitement dans une structure
ambulatoire depuis 2009, ceux qui fumaient la drogue
étaient plus nombreux que ceux qui se l’injectaient (2).
(1) Il est à noter que les données relatives aux admissions en
traitement ne peuvent être extrapolées à l’ensemble de la
population des consommateurs de drogue en traitement et ne
sont pas nécessairement représentatives de la population plus
large des usagers de drogue, qui comprend ceux ne suivant
pas de traitement. Pour en savoir plus sur la taille du total de la
population en traitement, voir le site internet de l’OEDT.
(2) Voir le tableau TDI‑17 des bulletins statistiques 2010,
2011 et 2012.
centres spécialisés, des cabinets de médecine générale,
des cabinets médicaux et des services à bas seuil. Dans
quelques pays, les centres d’hébergement jouent un
rôle important dans le traitement de la dépendance aux
Traitement de l’usage problématique d’opiacés
opiacés (100). Quelques pays proposent un traitement
Offre de traitement et couverture
consommateurs chroniques d’héroïne.
Des traitements de la dépendance aux opiacés basés
sur le sevrage et sur la substitution sont disponibles dans
tous les États membres de l’UE, en Croatie, en Turquie et
en Norvège. Dans la plupart des pays, le traitement est
dispensé dans des structures ambulatoires, notamment des
Dans le cas des consommateurs d’opiacés, le traitement
avec prescription d’héroïne pour un groupe ciblé de
par sevrage est généralement précédé d’une cure de
désintoxication, qui leur apporte une aide pharmaceutique
pour gérer les symptômes physiques du manque. Cette
approche thérapeutique exige généralement des personnes
(100) Voir le tableau TDI‑24 du bulletin statistique 2012.
83
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
les 12 États membres plus récents — Estimations et tendances
indexées
700
600
500
400
300
200
100
0
250
12 États membres
plus récents
200
150
100
15 États membres
d’avant 2004
50
0
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
NB:
Les années pour lesquelles des données n’ont pas été recueillies
apparaissent en gris. Pour de plus amples informations, voir le
graphique HSR‑2 du bulletin statistique 2012.
Sources:Points focaux nationaux Reitox.
un nombre de patients en traitement de substitution
correspondant à environ 50 % ou plus de la population
cible (102). Six de ces pays sont des États membres qui
Des hausses encore plus marquées ont été observées
dans les douze pays qui ont rejoint l’Union européenne
depuis 2004. Dans ces pays, le nombre de patients
recevant un traitement de substitution est passé de
7 800 en 2003 à 20 400 en 2010, une partie importante
de cette augmentation étant intervenue après 2005.
Proportionnellement, l’essor du traitement de substitution
dans ces pays au cours de ces sept années a été le plus
marqué en Estonie (multiplié par 16, de 60 à plus de
1 000 patients, même si seuls 5 % des consommateurs
d’opiacés par injection sont concernés) et en Bulgarie
(multiplié par 8). Les hausses les plus faibles ont été
enregistrées en Lituanie, en Hongrie et en Slovaquie.
faisaient déjà partie de l’UE en 2004, les pays restants
Une simple comparaison du nombre estimé d’usagers
d’opiacés à problèmes et du nombre de patients recevant
un traitement de substitution suggère que la couverture
varie considérablement en Europe. Sur les dix‑huit pays
pour lesquels des estimations fiables du nombre d’usagers
d’opiacés à problèmes sont disponibles, neuf déclarent
à Chypre, en Hongrie, aux Pays‑Bas et au Royaume‑Uni
(101) Voir le tableau HSR‑3 du bulletin statistique 2012.
(102) Voir le graphique HSR‑1 du bulletin statistique 2012.
84
aux opiacés dans les 15 États membres d’avant 2004 et dans
Patients suivant un traitement de substitution
(en milliers)
En Europe, le type de traitement de la dépendance aux
opiacés le plus courant est le traitement de substitution,
généralement intégré dans un programme d’aide
psychosociale et habituellement dispensé dans des centres
ambulatoires spécialisés. Seize pays signalent que le
traitement de substitution est également dispensé par des
médecins généralistes. Dans certains pays, les médecins
généralistes dispensent ce traitement dans le cadre de
structures d’entraide avec des centres thérapeutiques
spécialisés. Le nombre total de consommateurs d’opiacés
recevant un traitement de substitution dans l’Union
européenne, en Croatie, en Turquie et en Norvège est
estimé à 709 000 personnes (698 000 dans les États
membres de l’UE) en 2010 contre 650 000 en 2008 et
près de 500 000 en 2003 (101). La grande majorité des
traitements de substitution est toujours dispensée dans les
quinze États membres qui faisaient partie de l’UE avant
2004 (près de 95 % du total) et les tendances à moyen
terme (2003‑2010) montrent des hausses continues (voir
le graphique 14). Les plus fortes hausses de l’offre de ces
traitements dans ces pays ont été observées en Grèce,
en Autriche et en Finlande, où le nombre de traitements
a presque triplé.
Graphique 14 — Patients suivant un traitement de substitution
Indice
qu’elles s’abstiennent de consommer toute substance,
y compris des médicaments de substitution. Les patients
participent à des activités quotidiennes et reçoivent un
soutien psychologique intensif. Si le traitement par sevrage
peut se faire en milieu hospitalier ou dans une structure
ambulatoire, les types de traitement le plus souvent cités
sont le traitement par sevrage en hébergement et le
traitement par sevrage en milieu hospitalier.
étant la République tchèque, Malte et la Norvège.
Bien que, en moyenne, environ la moitié du total des
usagers d’opiacés à problèmes de l’Union européenne et
de la Norvège aient accès à un traitement de substitution,
des écarts considérables existent entre les pays, avec une
couverture très inférieure en Grèce (28 %), en Lituanie
(17 %), en Slovaquie (12 %), en Pologne (8 %) et en
Lettonie (2 %).
Des estimations de la proportion d’usagers d’opiacés
à problèmes suivant tout type de traitement sont possibles
pour huit pays (voir le graphique 15). En Irlande,
(Angleterre), selon les estimations, plus de 60 % des
usagers d’opiacés à problèmes sont en traitement; en
Grèce, cette proportion est estimée à moins de 40 %. Les
données suggèrent aussi l’existence de différences dans
le choix du traitement de la dépendance aux opiacés.
Chapitre 6: Consommation d’opiacés et injection de drogue
Les traitements autres que le traitement de substitution aux
opiacés, surtout les traitements par sevrage, représentent
moins de 10 % du total des traitements dispensés aux
usagers d’opiacés à problèmes en Allemagne, en Grèce,
en Italie et au Royaume‑Uni (Angleterre). En Irlande,
à Chypre et aux Pays‑Bas, les traitements autres que le
traitement de substitution aux opiacés représentent entre
15 et 25 % de tous les traitements dispensés aux usagers
d’opiacés à problèmes, et en Hongrie cette proportion
atteint 43 %. De même, alors que la Grèce et la Hongrie
font état d’estimations faibles pour la couverture en
matière de traitement de substitution aux opiacés (environ
30 %), les estimations des proportions d’usagers d’opiacés
à problèmes qui n’ont pas de contact avec un service
thérapeutique diffèrent sensiblement, de plus de 60 % en
Grèce à environ 25 % en Hongrie. Ces écarts démontrent
la nécessité de prendre en considération le niveau de
disponibilité à la fois d’un traitement de substitution et des
autres approches thérapeutiques.
Graphique 15 — Couverture thérapeutique des usagers d’opiacés
à problèmes dans certains pays d’Europe: proportion (en %)
de la population estimée d’usagers d’opiacés à problèmes traités
ou non traités
%
100
90
80
70
60
50
40
Des temps d’attente longs pour obtenir un traitement de
substitution peuvent constituer un obstacle important pour
accéder à un tel traitement. Selon une enquête réalisée
en 2011, la disponibilité limitée d’un traitement et le
manque de ressources, ainsi que les retards dus à des
raisons de procédure, sont les causes principales des
temps d’attente longs. Des experts de douze des vingt‑neuf
pays déclarants ont estimé que le temps d’attente moyen
était inférieur à deux semaines, et ceux de six autres pays
ont donné une estimation de deux semaines à un mois.
Dans cinq autres pays (Lituanie, Hongrie, Roumanie,
Finlande et Norvège), le temps d’attente était compris
entre un et six mois et, en Grèce, il dépassait six mois.
Les temps d’attente moyens nationaux peuvent cependant
couvrir des variations régionales considérables. Ainsi,
à Athènes et à Thessalonique, les temps d’attente estimés
atteignaient environ trois ans en raison des capacités
limitées, alors que des délais plus courts ont été déclarés
dans d’autres villes grecques en 2010. Les experts de
quatre pays n’ont pu fournir d’estimation des temps
d’attente.
En Europe, près des trois quarts des patients en traitement
de substitution aux opiacés reçoivent de la méthadone.
Des médicaments de substitution à base de buprénorphine
sont prescrits à un quart des patients suivant un
traitement de substitution en Europe et sont les principaux
médicaments de substitution en République tchèque, en
Grèce, en France, à Chypre, en Finlande et en Suède (103).
La combinaison buprénorphine‑naloxone est disponible
dans quinze pays. Les traitements à base de morphine
à libération lente (Bulgarie, Autriche et Slovénie), de
codéine (Allemagne, Chypre) et de diacétylmorphine
(Belgique, Danemark, Allemagne, Espagne, Pays‑Bas et
Royaume‑Uni) ne représentent qu’un faible pourcentage de
l’ensemble des traitements.
30
Désintoxication aux opiacés: efficacité et résultats
20
10
Traitement de substitution
NB:
Autre traitement
Grèce
Italie
Allemagne
Royaume-Uni
(Angleterre)
Chypre
Irlande
Hongrie
Pays-Bas
0
Sans traitement
Les pays inclus sont ceux pour lesquels il existe des estimations
fiables de la population d’usagers d’opiacés à problèmes, du
nombre de patients recevant un traitement de substitution et du
nombre total d’usagers d’opiacés à problèmes en traitement. Pour
de plus amples informations, voir le graphique HSR‑1 du bulletin
statistique 2012.
Sources:Points focaux nationaux Reitox.
Les études indiquent de plus en plus que la désintoxication
aux opiacés donne de meilleurs résultats lorsqu’elle
est appuyée par une psychothérapie et suivie d’une
prévention de la rechute sous contrôle pharmacologique.
Un récent passage en revue d’études a conclu que cette
combinaison de traitements pouvait aider les patients
à achever leur traitement, à réduire leur consommation
d’opiacés et à rester abstinents en phase de suivi (Amato
e.a., 2011). En outre, le nombre d’absences cliniques
pendant le traitement s’est avéré plus bas chez les patients
bénéficiant d’un appui psychosocial. L’étude de Day
et Strang (2011) a constaté que les milieux hospitaliers
étaient plus efficaces que les structures ambulatoires pour
aider les patients à aller jusqu’au bout de leur cure de
(103) Voir le tableau HSR‑3 du bulletin statistique 2012.
85
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
désintoxication (51 contre 36 % dans le groupe traité en
structures ambulatoires).
de respecter le traitement pour éviter des conséquences
Après une désintoxication à l’héroïne, la prévention
de la rechute peut être facilitée par l’administration de
naltrexone, un antagoniste des opiacés. Toutefois, le
respect du traitement médicamenteux et le maintien en
traitement, associés à l’administration de naltrexone,
restent faibles dans les populations étudiées en général. Le
naltrexone s’est avéré efficace chez les personnes obligées
personnes soumises à une surveillance officielle (Minozzi
majeures, par exemple le personnel médical ou les
e.a., 2011). Même si, dans l’ensemble, la désintoxication
pour dépendance aux opiacés semble moins efficace
qu’un traitement de substitution, l’Organisation mondiale
de la santé (2009) recommande néanmoins de proposer
la désintoxication en tant qu’option aux patients motivés
qui recherchent un traitement.
Qualité de vie des usagers de drogue en traitement de substitution
En tant que groupe, les usagers de drogue dépendants aux
opiacés jouissent d’une moins bonne qualité de vie que
la population générale et les personnes souffrant d’autres
maladies. Tel est le thème principal d’études récemment
menées en Allemagne, en Lettonie et au Royaume‑Uni, dont
les résultats plaident en faveur d’un traitement de substitution.
Par ailleurs, des facteurs indiquant une mauvaise qualité de
vie sont annonciateurs de rechutes, en particulier parmi les
consommateurs de drogue plus âgés (OEDT, 2010d). Une
étude systématique réalisée récemment (De Maeyer e.a., 2010)
a montré que la participation à un traitement améliorait la
qualité de vie du patient dès les premiers mois du traitement.
86
Toutes les options de traitement de substitution se sont avérées
aussi efficaces pour améliorer la qualité de vie, même si les
patients à qui de la méthadone a été prescrite ont connu des
améliorations plus rapidement (après environ un mois) que
ceux qui recevaient de la buprénorphine. Toutefois, dans des
rapports subjectifs, la buprénorphine était mieux considérée
que la méthadone, peut‑être parce qu’il n’est pas nécessaire
de l’administrer quotidiennement. L’atteinte de bons résultats
en matière de qualité de vie est un objectif clé d’un traitement
de la dépendance à la drogue. De tels résultats pourraient être
obtenus grâce à des recherches plus poussées sur l’efficacité
relative des options de substitution disponibles.
Chapitre 7
Maladies infectieuses et décès liés à la drogue
Introduction
L’usage de drogue est associé directement et indirectement
à une grande diversité de conséquences négatives sur la
santé et la vie sociale. Ces problèmes concernent dans une
mesure disproportionnée les usagers d’opiacés de longue
durée, les usagers de certaines formes de stimulants et les
consommateurs de drogue par injection. La consommation
des drogues opiacées en particulier est associée aux décès
par surdose. Pour se rendre compte de l’ampleur de ce
problème, il suffit de savoir que, au cours de la dernière
décennie, l’Europe a enregistré environ une mort par surdose
toutes les heures. Toutefois, il importe également d’avoir
à l’esprit que les usagers chroniques de drogue courent des
risques très élevés de décès pour d’autres causes, y compris
les maladies organiques, suicides, accidents et traumatismes.
Quelle que soit la substance utilisée, l’injection de drogue
reste un vecteur important de transmission de maladies
infectieuses, notamment le VIH et l’hépatite C. De fait, de
nouvelles épidémies de VIH sont apparues récemment dans
certains pays européens, soulignant l’importance du maintien
de réponses efficaces de santé publique dans ce domaine.
Maladies infectieuses liées à la drogue
L’OEDT surveille de manière systématique la prévalence
du VIH et des hépatites B et C chez les usagers de
drogue par voie intraveineuse (104). La morbidité et la
mortalité causées par ces infections comptent parmi
les conséquences sanitaires les plus graves de la
consommation de drogue. D’autres maladies infectieuses,
dont les hépatites A et D, les maladies sexuellement
transmissibles, la tuberculose, le tétanos, le botulisme,
l’anthrax et le virus T‑lymphotropique humain, peuvent
affecter les toxicomanes de manière disproportionnée.
VIH et sida
À la fin de l’année 2010, l’incidence des nouveaux cas
de VIH déclarés parmi les usagers de drogue par voie
intraveineuse est restée faible dans la plupart des pays
de l’Union européenne, et, dans l’ensemble, la situation
de l’UE est relativement positive par rapport au contexte
mondial ou européen plus large (voir le graphique 16).
Le taux moyen de nouveaux cas diagnostiqués dans les
vingt‑six États membres de l’UE en mesure de fournir des
données pour 2010 est tombé à un nouveau seuil de
2,54 cas par million d’habitants, soit 1 192 nouveaux cas
déclarés (105). À titre de comparaison, ce taux atteignait
19,7 cas par million d’habitants aux États‑Unis (CDC,
2009), 104,3 cas par million en Russie (données de 2009
pour ces deux pays) et 151,5 cas par million en Ukraine
en 2010 (ECDC et OMS, 2011). Les données disponibles
sur la prévalence du VIH dans des échantillons d’usagers
de drogue par injection dans l’Union européenne
indiquent aussi une prévalence plus faible que dans les
pays voisins de l’Est (106), bien qu’il faille faire preuve de
prudence dans les comparaisons entre pays en raison des
différences de méthodes et de couverture des études.
Cela peut être dû, au moins en partie, à la disponibilité
plus grande des mesures de prévention, de traitement
et de réduction des risques, dont les traitements de
substitution et les programmes d’échange de seringues.
D’autres facteurs, tels que le recul de la consommation de
drogue par injection constaté dans certains pays, peuvent
également avoir contribué à cette situation (OEDT, 2010e).
Malgré ce tableau globalement positif, de nouvelles
données suggèrent que la transmission du VIH liée à la
consommation de drogue par injection s’est poursuivie
en 2010, deux pays en particulier (Grèce et Roumanie)
faisant état de nouvelles épidémies d’infections au VIH
parmi les usagers de drogue par injection en 2011 (107).
Dans ces deux pays, ces épidémies ont été précédées
par des augmentations de la prévalence de l’hépatite C
parmi les usagers de drogue par injection, ce qui donne
à penser qu’une hausse de la prévalence du VHC pourrait
être un indicateur précoce d’une augmentation des risques
dus aux injections parmi la population d’usagers de
(104) Pour de plus amples détails sur les méthodes et les définitions, voir le bulletin statistique 2012.
(105) Les données manquent pour l’Autriche et la Turquie. Pour les États membres de l’UE et la Croatie, la Turquie et la Norvège, ce taux était de 2,52 cas
par million d’habitants, soit 1 204 nouveaux cas déclarés en 2010.
(106) Voir les tableaux INF‑1 et INF‑108 et le graphique INF‑3 (partie i) du bulletin statistique 2012.
(107) Voir l’encadré «Épidémies de VIH en Grèce et en Roumanie».
88
Chapitre 7: Maladies infectieuses et décès liés à la drogue
Graphique 16 — Infections au VIH nouvellement diagnostiquées chez les usagers de drogue par injection en 2010 en Europe et en Asie
centrale
Cas déclarés par
million d’habitants
> 50
10 < 50
5 < 10
0<5
Pas connu
NB:
Les couleurs indiquent le taux par million d’habitants de cas d’infections au VIH nouvellement diagnostiqués et attribués au groupe à risque des
usagers de drogue par injection diagnostiqués en 2010. Les données de l’Albanie, de la Russie et de la Turquie sont celles de 2009.
Sources:ECDC et OMS, 2011.
drogue par injection, éventuellement avant le début d’une
propagation du VIH (Vickerman e.a., 2010).
Tendances de la contamination au VIH
Les données relatives aux nouveaux cas déclarés
liés à la consommation de drogues injectables
pour 2010 suggèrent que, dans l’ensemble, les
taux d’infection continuent à chuter dans l’Union
européenne, après le pic enregistré en 2001‑2002.
affiché un taux d’infection très faible, a également vu un
pic de 9,7 cas par million d’habitants en 2009, avant
de retomber à 7,4 cas par million d’habitants en 2010.
Des données sur la prévalence dans des échantillons
d’usagers de drogue par injection sont disponibles pour
Graphique 17 — Tendances des infections au VIH nouvellement
déclarées chez les usagers de drogue par injection dans
les cinq États membres de l’UE déclarant les taux les plus élevés
Sur les cinq pays affichant les taux les plus élevés
d’infections nouvellement diagnostiquées parmi les
150
l’Espagne et le Portugal ont poursuivi leur courbe
descendante, tandis que, parmi les autres pays, seule
la Lettonie a fait état d’une légère augmentation (voir
le graphique 17) (108).
Ces données sont positives, mais il faut les considérer
en ayant à l’esprit qu’il existe toujours un risque
d’épidémie de VIH parmi les usagers de drogue
Cas par million d’habitants
usagers de drogue par injection entre 2005 et 2010,
par injection dans certains pays. Si l’on adopte une
100
75
50
Estonie
Lettonie
Lituanie
Portugal
Espagne
25
0
perspective de deux ans, entre 2008 et 2010, des
2005 2006 2007
augmentations ont été observées en Estonie, qui est
passée de 26,8 à 46,3 cas par million d’habitants, et en
125
Lituanie, qui est passée de 12,5 à 31,8 cas par million
NB:
d’habitants. La Bulgarie, un pays ayant historiquement
Sources:ECDC et OMS, 2011.
2008 2009 2010
Données rapportées à la fin du mois d’octobre 2011; voir le
graphique INF‑2 du bulletin statistique 2011.
(108) Les données de l’Espagne ne couvrent pas tout le pays. L’augmentation récente notée en Estonie pourrait s’expliquer — sans que l’on sache dans
quelle mesure exactement — par les modifications apportées au système de surveillance depuis 2009.
89
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
vingt‑cinq pays concernant la période 2005‑2010 (109);
bien que les différences d’échantillonnage incitent
à interpréter ces informations avec prudence, celles‑ci
n’en constituent pas moins une source de données
complémentaire. Dans dix‑sept de ces pays, les
estimations de la prévalence du VIH sont restées
inchangées. Dans sept pays (Allemagne, Espagne, Italie,
Lettonie, Pologne, Portugal et Norvège), les données sur
la prévalence du VIH ont accusé une baisse. Seul un
pays, la Bulgarie, a fait état d’une augmentation de la
prévalence du VIH: plus précisément dans sa capitale,
Sofia, dans une mesure correspondant à la hausse du
nombre de cas d’infections nouvellement diagnostiquées.
Les hausses de la transmission du VIH rapportées en
Grèce et en Roumanie en 2011 n’ont pas été observées
dans les données de recensement de la prévalence ou
des cas avant 2011. D’autres indices possibles de la
poursuite de la transmission du VIH ont été observés dans
de petits échantillons de jeunes usagers de drogue par
injection (moins de 25 ans) dans six pays; des niveaux de
prévalence supérieurs à 5 % ont été relevés en Estonie,
en France, en Lettonie, en Lituanie et en Pologne, et une
prévalence en hausse a été enregistrée en Bulgarie sur la
période 2005‑2010.
Incidence du sida et accès à la thérapie antirétrovirale
hautement active (HAART)
Bien qu’elles ne soient pas un bon indicateur de la
transmission du VIH, les informations sur l’incidence
du sida sont importantes, car elles témoignent des
nouvelles manifestations de la maladie sous sa forme
symptomatique. Le fort taux d’incidence du sida peut
indiquer que de nombreux usagers de drogue par
injection infectés par le VIH ne reçoivent pas la thérapie
antirétrovirale hautement active à un stade suffisamment
précoce de leur infection pour en tirer un bénéfice
optimal. Une étude confirme que c’est peut‑être encore le
cas dans plusieurs pays de l’UE (Mathers e.a., 2010).
La Lettonie reste le pays déclarant la plus forte incidence
de sida liée à la consommation de drogue par injection,
avec une estimation de 27,1 nouveaux cas par million
d’habitants en 2010, contre 20,8 nouveaux cas par
million d’habitants l’année précédente. Des taux
d’incidence du sida relativement élevés parmi les usagers
de drogue par injection sont également signalés en
Estonie (9,7 nouveaux cas par million d’habitants), au
Portugal (8,3), en Lituanie (6,0) et en Espagne (5,7), bien
qu’entre 2005 et 2010 la tendance était au recul dans la
totalité de ces pays (110).
Épidémies de VIH en Grèce et en Roumanie
En 2011, des systèmes d’alerte précoce ont détecté des
épidémies de VIH en Grèce et en Roumanie, entraînant des
réponses rapides dans les deux pays. En réponse à une
demande de la Commission européenne, l’ECDC et l’OEDT
ont réalisé une évaluation rapide des risques d’apparition
d’autres épidémies de VIH en Europe (ECDC et OEDT, 2012).
Le nombre de nouveaux cas diagnostiqués d’infection au
VIH parmi les usagers de drogue par injection est passé
de 9‑19 cas par an jusqu’en 2010 à 241 cas en 2011
en Grèce, et de 1‑6 cas par an jusqu’en 2010 à 114 cas
en 2011 en Roumanie. Si ces augmentations sont apparues
dans un contexte de niveaux faibles ou de réductions de
l’offre de services de prévention en Grèce et en Roumanie,
d’autres facteurs, tels que la consommation accrue de
stimulants, pourraient aussi avoir joué un rôle dans cette
aggravation de la situation.
En réponse aux épidémies, la Grèce a sensiblement accru
la couverture des programmes d’échange d’aiguilles et de
seringues et les capacités de traitement des toxicomanies,
avec l’ouverture de vingt‑deux nouvelles unités de
traitements de substitution pour décembre 2011.
Le rapport tiré de l’évaluation rapide des risques a suggéré
des risques possibles d’apparition d’épidémies similaires
dans certains autres pays de l’UE, compte tenu des
hausses des nombres déclarés d’infections à l’hépatite C
(un indicateur des risques liés aux injections) et de la faible
couverture des services de prévention du VIH.
Hépatites B et C
L’hépatite virale, et plus particulièrement l’infection par
le virus de l’hépatite C (VHC), est extrêmement répandue
chez les usagers de drogue par injection en Europe
(voir le graphique 18). Les niveaux d’anticorps VHC au
sein des échantillons nationaux de consommateurs de
drogue par injection en 2009‑2010 oscillaient entre
14 et 70 %, sept pays sur les onze ayant des données
nationales (Grèce, Italie, Chypre, Autriche, Portugal,
Finlande et Norvège) déclarant une prévalence supérieure
à 40 % (111), un niveau qui pourrait indiquer que les
risques liés aux injections sont suffisants pour transmettre
le VIH (Vickerman e.a., 2010). Des niveaux de prévalence
d’anticorps VHC supérieurs à 40 % ont également été
déclarés dans les données nationales les plus récentes
pour le Danemark, le Luxembourg et la Croatie, ainsi
que pour neuf autres pays fournissant des données
infranationales (2005‑2010). La République tchèque, la
Hongrie, la Slovénie (données nationales, 2009‑2010) et
la Turquie (données infranationales, 2008) déclarent une
prévalence du VHC inférieure à 25 % (entre 5 et 24 %);
(109) Les données relatives aux tendances ne sont pas disponibles pour l’Irlande, l’Estonie, la France, les Pays‑Bas et la Turquie. Voir le tableau INF‑108
du bulletin statistique 2012.
(110) Voir le tableau INF‑104 (partie iii) et le graphique INF‑1 (partie i) du bulletin statistique 2012.
(111) Voir les tableaux INF‑2 et INF‑111 et le graphique INF‑6 (part i) du bulletin statistique 2012.
90
Chapitre 7: Maladies infectieuses et décès liés à la drogue
toutefois, un taux d’infection de ce niveau reste un
problème de santé publique majeur.
à interpréter pour des raisons méthodologiques, n’en
montrent pas moins que de nombreux usagers de drogue
par voie intraveineuse continuent à contracter le virus peu
de temps après avoir commencé à s’injecter la drogue,
ce qui donne à penser qu’on ne dispose souvent que d’un
laps de temps très court pour mettre en place des mesures
de prévention contre le VHC.
Entre 2005 et 2010, la prévalence du VHC chez les
usagers de drogue par injection, aux niveaux tant national
qu’infranational, a été déclarée en baisse dans six pays,
et en hausse dans cinq autres (Bulgarie, Grèce, Chypre,
Autriche et Roumanie). L’Italie a fait état d’un recul
à l’échelon national entre 2005 et 2009 — des données
plus récentes ne sont pas disponibles — mais de hausses
dans trois des vingt‑et‑une régions du pays (Abruzzes,
Ombrie et Val d’Aoste).
L’évolution dans le temps du nombre de cas déclarés
d’hépatites B et C est difficile à interpréter en raison
de la mauvaise qualité des données. Toutefois, on peut
mieux comprendre l’épidémiologie de ces infections
en examinant le pourcentage d’usagers de drogue
par injection dans l’ensemble des cas déclarés où des
facteurs de risque sont connus (Wiessing e.a., 2008).
En moyenne, dans les seize pays pour lesquels des
données sont disponibles pour la période 2009‑2010, la
consommation de drogue par injection représente 48 %
de tous les cas de VHC et 32 % des cas aigus de VHC
déclarés, où une catégorie à risque est connue. En ce qui
concerne l’hépatite B, les usagers de drogue par injection
représentent 6 % du total des cas déclarés et 12 % des
cas aigus. Ces données confirment que les usagers de
drogue par injection constituent toujours un important
groupe à risque pour l’hépatite virale en Europe (113).
Des études portant sur les jeunes usagers de drogue par
injection (âgés de moins de 25 ans) suggèrent une baisse
de la prévalence du VHC à l’échelon infranational en
Slovaquie, ce qui pourrait indiquer une chute des taux
de transmission. Des hausses de la prévalence parmi les
jeunes usagers de drogue par injection ont été rapportées
en Bulgarie, en Grèce, à Chypre et en Autriche, mais
il faut savoir que les échantillons étaient de petite taille
pour la Grèce, Chypre et l’Autriche. Une hausse de la
prévalence du VHC chez les nouveaux usagers de drogue
par injection (qui s’injectent de la drogue depuis moins de
deux ans) a été déclarée en Grèce (à l’échelon national
et dans une région) (112). Ces études, bien que difficiles
Graphique 18 — Prévalence des anticorps du VHC chez les usagers de drogue par injection
%
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
NB:
Roumanie
Norvège
Bulgarie
Italie
Finlande
Suède
Grèce
Pologne
Pays-Bas
Belgique
Lettonie
Portugal
Chypre
Autriche
Royaume-Uni
Slovaquie
Malte
Hongrie
Slovénie
République tchèque
0
Les données se rapportent aux années 2009 et 2010. Les carrés noirs sont des échantillons à couverture nationale; les triangles bleus sont des
échantillons à couverture infranationale (locale ou régionale). Les différences entre les pays doivent être interprétées avec prudence en raison des
différents types de paramètres et de méthodes d’analyse. Les stratégies nationales d’échantillonnage peuvent varier. Les pays sont présentés par
ordre de prévalence croissante, sur la base de la moyenne des données nationales ou, si elles ne sont pas disponibles, de données infranationales.
Pour de plus amples informations, voir le graphique INF‑6 du bulletin statistique 2012.
Sources:Points focaux nationaux Reitox.
(112) Voir les tableaux INF‑112 et INF‑113 et le graphique INF‑6 (partie ii et partie iii) du bulletin statistique 2012.
(113) Voir les tableaux INF‑105 et INF‑106 du bulletin statistique 2012.
91
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Autres infections
Outre les infections virales, les usagers de drogue par
injection sont également exposés à d’autres maladies
bactériennes. L’épidémie d’anthrax qui a frappé les
usagers de drogue injectable en Europe (OEDT, 2010a)
a mis en évidence un problème persistant de maladie
grave due à des bactéries sporulantes présentes chez les
usagers de drogue par injection. Une étude européenne
de quatre infections bactériennes (botulisme, tétanos,
Clostridium novyi et anthrax) a révélé une importante
variation dans les taux de prévalence parmi les usagers de
drogue par injection selon les pays entre 2000 et 2009,
avec une concentration inexpliquée de cas déclarés
dans le nord‑ouest de l’Europe, à savoir en Irlande, au
Royaume‑Uni et en Norvège (Hope e.a., 2012).
En Europe, la tuberculose, une maladie bactérienne qui
s’attaque généralement aux poumons, est essentiellement
concentrée dans des groupes à haut risque, comme les
migrants, les sans‑abri, les usagers de drogue et les
détenus. La séropositivité multiplie par 20 ou 30 le risque
de développer la tuberculose (OMS, 2010). Les données
relatives à la prévalence de la tuberculose active chez
les toxicomanes en traitement sont disponibles pour cinq
pays. Cette prévalence varie de 0 % (Autriche et Slovaquie)
à 3,1 % (Lituanie), avec des valeurs intermédiaires en Grèce
(de 0 à 0,5 %) et au Portugal (de 0,1 à 1 %). En outre,
la Norvège a rapporté des cas «très rares». Par ailleurs,
en 2010, quatre pays ont indiqué quelle était la proportion
d’«usagers de drogue» parmi les nouveaux cas de
tuberculose avec des informations sur les facteurs de risque
connus: 0,9 % en Hongrie, 1,2 % en Belgique (usagers de
drogue par injection), 3,3 % au Royaume‑Uni (Angleterre
et pays de Galles, usagers de drogue à problèmes) et
5,9 % en Lettonie.
Prévention des maladies infectieuses
et réponses apportées
La prévention des maladies infectieuses au sein de la
population de consommateurs de drogue est un objectif de
santé publique majeur de l’Union européenne et fait partie
intégrante des politiques de lutte contre la drogue de la
plupart des États membres. Les pays cherchent à prévenir
et à contrôler la propagation des maladies infectieuses
chez les toxicomanes en combinant plusieurs approches,
notamment: la fourniture de matériel d’injection stérile;
la vaccination, le dépistage et le traitement des maladies
infectieuses; le traitement de la dépendance, en particulier
le traitement de substitution aux opiacés. En outre, des
services de proximité ou à bas seuil mènent des interventions
(114) Voir les tableaux HSR‑5 (partie i et partie ii) du bulletin statistique 2012.
(115) Voir le graphique HSR‑3 du bulletin statistique 2012.
92
axées sur l’information, l’éducation et le comportement. Ces
mesures ont été recommandées par des agences de l’UE en
tant qu’actions prioritaires pour la prévention du VIH et de
l’hépatite, le traitement et les soins aux usagers de drogue
par voie intraveineuse (ECDC et OEDT, 2011).
Interventions
L’efficacité de la thérapie de substitution aux opiacés dans
la réduction de la transmission du VIH et du comportement
à risque autodéclaré d’injection a été confirmée dans
plusieurs études et analyses. Il est de plus en plus avéré
que la combinaison d’un traitement de substitution aux
opiacés et de programmes d’échange d’aiguilles et de
seringues dans la réduction de l’incidence du VIH ou du
VHC est plus efficace que l’application de l’une ou l’autre
de ces deux approches (ECDC et OEDT, 2011).
En Europe, la disponibilité et la couverture des programmes
d’échange d’aiguilles et de seringues sont en augmentation:
sur les trente pays ayant répondu à une enquête menée
en 2011, vingt‑six ont déclaré que les programmes
d’échange d’aiguilles et de seringues étaient une priorité,
contre vingt‑trois en 2008. En Suède, où des programmes
d’échange d’aiguilles et de seringues sont en cours depuis
1986, bien que limités au comté de Skåne, il était prévu
de lancer un nouveau programme à Stockholm en 2011.
Dans l’ensemble, tandis que les experts considèrent que les
niveaux actuels de distribution de seringues répondent aux
besoins de la majorité des usagers de drogue par injection
dans deux tiers des pays européens, les experts nationaux
de cinq pays ont indiqué que des seringues stériles et
d’autres matériels d’injection propres ne sont disponibles
gratuitement que pour une minorité d’usagers de drogue par
injection. Néanmoins, au cours de la période 2008‑2011,
le nombre de pays rapportant une couverture totale ou
étendue des programmes d’échange d’aiguilles et de
seringues a augmenté d’un tiers, passant de quinze à vingt.
Des informations sur le nombre de seringues distribuées
par des programmes spécialisés en 2005 et 2010
sont disponibles pour vingt‑deux pays de l’UE et la
Norvège (114). Dans ce sous‑ensemble de pays, une
augmentation sensible du nombre de seringues distribuées
a été observée, leur nombre passant de 34,5 millions
en 2005 à plus de 51 millions en 2010 (37 %). Cette
augmentation globale peut cependant recouvrir différentes
tendances subrégionales. Dans les dix pays pour lesquels
des estimations fiables de la consommation de drogue
par injection sont disponibles, le nombre de seringues
distribuées par les programmes spécialisés en 2010
équivaut à 110 seringues par usager de drogue par
injection (115).
Chapitre 7: Maladies infectieuses et décès liés à la drogue
En Europe, peu d’usagers de drogue par injection actifs
reçoivent un traitement antiviral contre l’hépatite C.
Toutefois, les progrès accomplis dans le traitement des
maladies (116) et un ensemble de données de plus en plus
fourni démontrant l’efficacité de ce traitement parmi les
usagers de drogue par injection, y compris des études
de modélisation qui suggèrent la possibilité de réduire
la transmission du virus (Martin e.a., 2011), indiquent le
potentiel offert par l’extension des stratégies pour traiter
l’hépatite C chez les usagers de drogue par injection.
Dans dix‑neuf pays, les experts nationaux estiment que la
priorité est à accorder aux services de conseils volontaires
combinés à un dépistage confidentiel afin de répondre à la
propagation de l’hépatite C parmi les usagers de drogue
par injection. Depuis 2008, on enregistre une hausse de
plus de 50 % du nombre de pays dont les experts indiquent
une couverture suffisante pour le dépistage du VHC, et
une légère augmentation du nombre de pays déclarant
qu’au moins la moitié de la population cible reçoit des
conseils concernant les risques de transmission des maladies
infectieuses. Parmi les usagers de drogue par injection ayant
participé à l’enquête «Unlinked Anonymous Monitoring»
réalisée en Angleterre en 2010, 83 % ont déclaré s’être
soumis à un dépistage VHC confidentiel et volontaire, contre
49 % en 2000. En outre, 55 % de ceux infectés par le VHC
étaient conscients de leur état de santé en 2010, contre
40 % en 2000 (HPA, 2011). À Budapest, un programme
inédit de réduction des risques a été lancé en 2010, dans
le cadre duquel des travailleuses de services de proximité
fournissaient des tests de dépistage du VIH et des hépatites
B et C à des femmes consommant de la drogue par injection
ou liées à des usagers de drogue par injection.
Contrairement au VHC, un vaccin sûr et efficace existe
pour prévenir la propagation du virus de l’hépatite B (VHB).
Actuellement, vingt‑cinq pays européens ont intégré l’hépatite
B à leur programme national de vaccination, et seize
indiquent qu’un programme spécifique de vaccination contre
le VHB existe pour les usagers de drogue par injection (117).
Mortalité et décès liés à la drogue
La consommation de drogue est l’une des principales
causes de problèmes sanitaires et de mortalité chez les
jeunes Européens. La mortalité liée à la drogue englobe
les décès directement ou indirectement causés par la
consommation de drogue. Cela comprend les décès
par surdose (décès dus à la drogue), le VIH/sida, les
accidents, la violence, le suicide et les problèmes de
santé chroniques dus à la consommation répétée de
(116)
(117)
(118)
(119)
Traitement de l’hépatite C chez les usagers de
drogue par injection: les nouveaux médicaments
Les patients souffrant d’une infection chronique au virus
de l’hépatite C (VHC), y compris les usagers de drogue
par injection, peuvent être traités au moyen d’une thérapie
pharmacologique.
Introduits en 2001, les interférons pégylés (IFN PEG)
alpha‑2a et alpha‑2b sont devenus le traitement ordinaire
pour l’hépatite C chronique. En Europe, ces deux formes
d’IFN PEG sont autorisées pour être utilisées avec des
doses diverses de ribavirine (en fonction du génotype du
VHC) et avec des recommandations de dosage légèrement
différentes. L’association IFN PEG alpha‑ribavirine est
considérée comme le meilleur traitement disponible.
Son efficacité a été démontrée chez au moins 50 % des
patients traités (Rosen, 2011), et les taux de réponse sont
comparables chez les usagers de drogue par injection
infectés par le VHC (Hellard e.a., 2009). Les patients
traités avec succès maintiennent des charges virales
faibles pendant plusieurs mois après le traitement et
peuvent jouir d’une qualité de vie raisonnable, pour
autant qu’ils respectent un mode de vie sain. La thérapie
combinée peut cependant s’avérer toxique. C’est, entre
autres, pour éviter ses effets secondaires mais aussi pour
améliorer le traitement existant contre la VHC que les
chercheurs explorent d’autres stratégies thérapeutiques.
Les interventions étudiées comprennent le télaprévir et le
bocéprévir, deux inhibiteurs des protéases qui ont reçu
l’agrément aux États‑Unis en 2011 après les résultats
positifs des essais cliniques (Rosen, 2011).
drogues (118). Ces décès touchent surtout des usagers de
drogue à problèmes, bien que certains puissent survenir
chez des consommateurs occasionnels (par exemple les
accidents de la circulation).
L’estimation de la mortalité globale liée à la drogue peut
se calculer de différentes manières. L’une des méthodes
consiste à combiner les informations des études de
mortalité de cohorte avec les estimations de la prévalence
de la consommation de drogue. Une autre approche
consiste à utiliser les statistiques générales existantes sur
la mortalité et à estimer la proportion de décès liés à la
consommation de drogue. Les études de mortalité de
cohorte suivent les mêmes groupes d’usagers de drogue
à problèmes dans le temps et, en établissant des liens
avec les registres de mortalité, elles tentent d’identifier
les causes des décès survenant dans le groupe. Ce type
d’étude permet de déterminer les taux de mortalité globale
et ceux de mortalité liée à une cause spécifique pour la
cohorte et d’estimer la mortalité en excès du groupe par
rapport à la population générale (119).
Voir l’encadré «Traitement de l’hépatite C chez les usagers de drogue par injection: les nouveaux médicaments».
Voir le tableau HSR‑6 du bulletin statistique 2012.
Voir la «Question particulière» de 2011 sur la mortalité liée à la consommation de drogue.
Pour des informations sur les études de mortalité de cohorte, voir les indicateurs clés sur le site de l’OEDT.
93
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
En fonction des lieux de recrutement (par exemple les
centres de traitement de la toxicomanie) et des critères
d’inclusion (par exemple les usagers de drogue par voie
intraveineuse, les héroïnomanes), la plupart des études
de cohorte présentent des taux de mortalité de 1 à 2 %
par an parmi les usagers de drogue à problèmes. Une
analyse des données provenant de plus de trente études
de cohorte ayant suivi des patients jusqu’en 2010
a permis d’estimer entre 10 000 et 20 000 le nombre
de décès de consommateurs d’opiacés chaque année
en Europe (OEDT, 2011c). Les taux de mortalité annuels
sont généralement compris entre 10 et 20 cas pour
1 000 habitants, ce qui représente une mortalité en excès
de 10 à 20 fois plus élevée que prévu. La plupart des
décès surviennent chez des hommes d’environ 35 ans.
Quatre grandes catégories de causes de décès sont
identifiables: les surdoses, les maladies, les suicides et les
traumatismes. L’importance relative des différentes causes
de décès varie d’un pays à l’autre et dans le temps. En
général, toutefois, les surdoses constituent la principale
cause de décès des usagers de drogue à problèmes en
Europe et la mieux documentée.
Décès dus à la drogue
Les estimations les plus récentes suggèrent que
7 000 décès par surdose ou dus à la drogue seraient
survenus en 2009 dans les États membres de l’UE et
en Norvège, soit une diminution par rapport aux plus
de 7 600 décès signalés en 2009 (120). Il est probable
que ces chiffres soient des estimations prudentes, car
les données nationales peuvent être influencées par
un sous‑signalement ou une sous‑évaluation des décès
dus à la drogue. De 1996 à 2009, entre 6 300 et
8 400 décès dus à la drogue ont été déclarés chaque
année par les États membres de l’UE et la Norvège.
En 2009, l’année la plus récente pour laquelle des
données sont disponibles pour la quasi‑totalité des
pays, l’Allemagne et le Royaume‑Uni représentaient
plus de la moitié de tous les décès dus à la drogue
déclarés.
En 2010, le taux moyen de mortalité due à des surdoses
dans l’UE est estimé à 20 décès par million d’habitants
âgés de 15 à 64 ans, avec des différences considérables
entre les pays. Quatorze pays européens sur trente
affichent des taux supérieurs à 20 décès par million
d’habitants et sept pays signalent des taux supérieurs
à 40 décès par million d’habitants.
Décès liés aux opiacés
Héroïne
Les opiacés, et plus particulièrement l’héroïne ou ses
métabolites, sont présents dans la majorité des décès dus
à la drogue signalés en Europe. Dans les vingt‑trois pays
ayant fourni des données pour 2009 ou 2010, les opiacés
représentaient la grande majorité des cas, avec quinze
pays déclarant des proportions de 80 % ou plus, dont six
des proportions supérieures à 90 %. Outre l’héroïne, les
autres substances souvent décelées comprennent l’alcool,
les benzodiazépines et d’autres opiacés et, dans certains
pays, la cocaïne. Ces chiffres suggèrent qu’une part
substantielle de tous les décès dus à la drogue s’inscrit
dans un contexte de polytoxicomanie.
La majorité des victimes de décès par surdose en
Europe sont des hommes (80 % pour l’ensemble) (121).
Les situations diffèrent entre les pays, les pourcentages
d’hommes étant plus élevés dans les pays méridionaux
(Grèce, Italie, Portugal, Roumanie et Croatie), en Estonie,
en Lettonie et en Lituanie, ainsi qu’en Turquie. Dans les
États membres qui ont rejoint l’UE depuis 2004, les décès
déclarés dus à la drogue sont également plus susceptibles
de survenir chez les hommes et les jeunes gens.
Le Danemark, l’Espagne, les Pays‑Bas et la Norvège
signalent, quant à eux, des pourcentages plus élevés de
décès de personnes plus âgées. Dans la majorité des pays,
l’âge moyen des personnes décédées d’une surdose d’héroïne
est d’environ 35 ans et cet âge augmente dans de nombreux
pays. Cette donnée donne à penser que le nombre de jeunes
héroïnomanes se stabilise ou diminue et que la cohorte des
usagers d’opiacés à problèmes vieillit. Dans l’ensemble, 11 %
des décès par surdose déclarés en Europe surviennent chez
les moins de 25 ans et 57 % chez les 35 ans et plus (122).
Plusieurs facteurs sont associés aux surdoses d’héroïne,
mortelles ou non. Ces facteurs incluent l’injection et
l’utilisation simultanée d’autres substances, en particulier
l’alcool et les benzodiazépines, la comorbidité, des
expériences antérieures de surdoses, le fait de ne pas
suivre un traitement et l’absence de domicile fixe. La
période suivant immédiatement la sortie de prison ou la
fin d’un traitement de toxicomanie a été identifiée comme
une période particulièrement à risque pour les surdoses,
comme le confirment de nombreuses études longitudinales
(OEDT, 2011c). Un risque de décès accru est également
associé à la solitude au moment de la surdose.
(120) Les estimations européennes reposent sur des données de 2010 pour vingt des vingt‑sept États membres de l’UE, et sur des données de 2009 pour
sept autres pays et la Norvège. La Belgique est exclue, car aucune donnée n’est disponible. Pour de plus amples informations, voir le tableau DRD‑2
(partie i) du bulletin statistique 2012.
(121) Étant donné que la majorité des décès dus à la drogue signalés à l’OEDT sont des surdoses d’opiacés (essentiellement d’héroïne), les caractéristiques
générales des décès déclarés servent ici à décrire et à analyser les décès liés à la consommation d’héroïne.
Voir le graphique DRD‑1 du bulletin statistique 2012.
(122) Voir les graphiques DRD‑2 et DRD‑3 et le tableau DRD‑1 (partie i) du bulletin statistique 2012.
94
Chapitre 7: Maladies infectieuses et décès liés à la drogue
Autres opiacés
Outre l’héroïne, divers autres opiacés sont mentionnés
dans les rapports toxicologiques, dont la méthadone
(OEDT, 2011a) et, plus rarement, la buprénorphine (123).
Des préoccupations croissantes à l’échelon international
(en particulier en Australie, au Canada et aux
États‑Unis) sont suscitées par les décès associés à l’abus
d’analgésiques vendus sur ordonnance, par exemple
l’oxycodone. En Europe, même si les preuves de
décès résultant de l’usage d’analgésiques opiacés
prescrits restent limitées, ces dernières années ont vu
des «épidémies» de surdoses liées à des opiacés de
synthèse, tels que le 3‑méthylfentanyl produit illégalement
en Estonie. Cette situation donne à penser qu’il serait
nécessaire de suivre de près les changements de mode
de consommation de drogue pouvant être associés à des
risques élevés de mortalité.
Décès liés à d’autres substances
Les décès causés par un empoisonnement aigu à la
cocaïne semblent relativement peu courants et cette
drogue est très rarement identifiée comme la seule
substance ayant contribué à un décès lié à la drogue.
Toutefois, étant donné que les surdoses par cocaïne
sont plus difficiles à déceler et à identifier que celles
causées par des opiacés, il se pourrait qu’elles soient
sous‑signalées (voir le chapitre 5).
En 2010, près de 640 décès liés à la cocaïne ont été
signalés dans seize pays. Du fait de la comparabilité
limitée des données disponibles, il est difficile de dégager
une tendance pour l’Europe. Les données les plus récentes
pour l’Espagne et le Royaume‑Uni, les deux pays où la
prévalence de la cocaïne est la plus élevée, confirment une
baisse des décès liés à la drogue observés depuis 2008.
Les décès pour lesquels la présence de stimulants autres
que la cocaïne a été détectée, comme les amphétamines
ou l’ecstasy (MDMA), sont rarement recensés, et, dans
de nombreux cas, la drogue n’est pas identifiée comme
la cause directe de la mort (124). L’apparition de la
disponibilité de substances psychoactives actuellement
non contrôlées a aussi été associée à ces décès dans
les articles des médias et les rapports toxicologiques
traitant des décès liés à la drogue, bien qu’il soit
difficile d’effectuer un suivi dans ce domaine. Des décès
associés aux cathinones, notamment la méphédrone et
le MDPV, ont été déclarés, mais pas en grand nombre.
Par ailleurs, certains décès ont été associés à d’autres
nouvelles substances, avec comme exemple récent la
(123)
(124)
(125)
(126)
4‑méthylamphétamine, dont les données de mortalité ont
incité l’OEDT et Europol à entreprendre une évaluation
à l’échelon européen (125).
Tendances des décès dus à la drogue
Le nombre de décès dus à la drogue a considérablement
augmenté en Europe dans les années 1980 et au début
des années 1990, parallèlement à l’évolution de la
consommation d’héroïne et de drogues injectables.
Par la suite, les chiffres sont restés élevés (126). Entre
2000 et 2003, la plupart des États membres de l’UE ont
rapporté une diminution des décès, suivie d’une nouvelle
hausse entre 2003 et 2008‑2009, ces deux années ayant
vu une stabilisation. Les données préliminaires pour 2010
suggèrent un chiffre global inférieur à celui de 2009, avec
une poursuite de la baisse du nombre de décès déclarés
en Allemagne, en Espagne, en Italie, aux Pays‑Bas, en
Autriche, au Royaume‑Uni et en Turquie.
La majorité des pays présentant un taux de mortalité
supérieur à la moyenne en 2010 se situent dans le nord
de l’Europe, alors qu’une grande partie des pays où le
taux était inférieur à la moyenne européenne sont du
sud de l’Europe. Les données sont présentées dans le
graphique 19 concernant une sélection de pays qui ont
rejoint l’Union européenne depuis 2004 et la Norvège.
Pour comparer les pays, il faut faire preuve de prudence
en raison des différences méthodologiques.
Il est plus difficile d’évaluer les tendances dans les États
membres de l’UE plus récents et les pays candidats, car le
nombre de décès déclarés est faible et les améliorations
apportées aux capacités de rapport peuvent réduire la
comparabilité des données dans le temps. Malgré ces
difficultés, un accroissement a été noté dans le taux de
mortalité lié aux décès dus à la drogue en Estonie et, dans
une moindre mesure, en République tchèque, en Lituanie,
en Hongrie, en Croatie et en Turquie.
Il est difficile d’expliquer le nombre élevé de décès dus
à la drogue dans certains pays, en particulier au regard
des indications de baisse de la consommation de drogue
par voie intraveineuse et de la hausse du nombre de
consommateurs d’opiacés en contact avec des services
de traitement et de réduction des risques. Plusieurs
explications pourraient être avancées, comme des niveaux
plus élevés de polytoxicomanie (OEDT, 2009b) ou de
comportements à risques, une augmentation du nombre
de consommateurs d’opiacés qui rechutent à la sortie de
prison ou à l’issue d’un traitement et le vieillissement de la
cohorte d’usagers de drogue plus vulnérables.
Voir le tableau DRD‑108 du bulletin statistique 2012.
Pour les données sur les décès liés à d’autres drogues que l’héroïne, voir le tableau DRD‑108 du bulletin statistique 2012.
Pour de plus amples informations sur les nouvelles substances et le système européen d’alerte précoce, voir le chapitre 8.
Voir les graphiques DRD‑8 et DRD‑11 du bulletin statistique 2012.
95
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Graphique 19 — Tendances des taux de mortalité liée à la
drogue dans la population générale dans une sélection d’États
membres d’avant 2004 et en Norvège — Pays présentant
des taux supérieurs à la moyenne de l’UE en 2010 (en haut)
et inférieurs à la moyenne de l’UE (en bas)
Taux par million d’habitants
100
80
Norvège
Irlande
60
Royaume-Uni
Finlande
40
Suède
Autriche
20
Moyenne
de l’UE
2010
2009
2008
2007
2006
2005
2004
2003
2002
2001
2000
0
Taux par million d’habitants
40
30
Moyenne
de l’UE
Allemagne
20
Grèce
Espagne
Italie
10
Pays-Bas
France
NB:
2010
2009
2008
2007
2006
2005
2004
2003
2002
2001
2000
0
La moyenne de l’UE est calculée pour les 27 États membres de
l’UE et la Norvège. La valeur de 2010 est provisoire, car des
données n’étaient disponibles que pour 20 pays. Les données sont
présentées pour la Norvège et les États membres d’avant 2004
qui ont déclaré plus de 100 décès dus à la drogue pour l’année la
plus récente.
Décès indirectement liés à la consommation de drogue
En combinant les données existantes d’Eurostat et de la
surveillance du VIH/sida, l’OEDT a estimé que quelque
Les autres maladies à l’origine d’un certain nombre
de décès chez les toxicomanes incluent des affections
chroniques telles que les troubles hépatiques,
essentiellement dus au virus de l’hépatite C (VHC) et
souvent aggravés par une forte consommation d’alcool et
une coïnfection au VIH. Les conséquences d’une infection
au VHC peuvent s’avérer particulièrement graves pour
les usagers de drogue, des données probantes suggérant
que cette infection peut doubler leur risque de décès lié
à la drogue et qu’elle peut correspondre au risque élevé
de décès liés à la drogue parmi les usagers de drogue
plus âgés (Merrall e.a., 2012). Les décès provoqués par
d’autres maladies infectieuses sont plus rares. D’autres
causes de décès chez les toxicomanes, telles que le
suicide, les traumatismes et les homicides, ont fait l’objet
d’une attention nettement plus réduite, en dépit de leur
impact considérable sur la mortalité.
Alors que la mortalité liée au VIH chez les usagers de
drogue affiche une tendance à long terme descendante, les
autres causes de mortalité ne montrent que peu de signes de
diminution ces dernières années, cela malgré l’application
à plus grande échelle du traitement, notamment le traitement
de substitution aux opiacés, et d’autres services. Une série
de facteurs liés entre eux peuvent contribuer à expliquer
ce problème très difficile. Outre les facteurs mentionnés
précédemment, qui concernaient spécifiquement les facteurs
de risque de décès dus à la drogue, ces autres facteurs
comprennent: la consommation d’alcool et d’autres drogues,
une très mauvaise santé, la comorbidité ainsi que l’exclusion
sociale et la marginalisation. Si ce coût sanitaire majeur
associé à la consommation de drogue doit être réduit en
Europe, il importe de réaliser de nouveaux efforts pour
mieux comprendre et cibler les facteurs directs et indirects
associés à la mortalité parmi les usagers de drogue
à problèmes.
1 830 personnes sont décédées d’une contamination par
Réduction des décès liés à la drogue
le VIH/sida imputable à la consommation de drogue dans
Réduire le nombre de vies perdues à cause de l’usage
de drogue est une priorité politique essentielle dans la
majorité des pays européens; pour seize d’entre eux,
cette ambition est un objectif inscrit dans leurs documents
de politique antidrogue nationale ou régionale ou fait
l’objet d’un plan d’action spécifique. Dans certains autres
pays européens, comme l’Autriche et la Norvège, les
augmentations des décès liés à la drogue observées au
l’Union européenne en 2009 (127); près de 90 % de ces
décès sont survenus en Espagne, en France, en Italie et au
Portugal. Parmi les pays affichant des taux estimés bien
supérieurs à ceux des autres pays, les taux de mortalité
due au VIH/sida attribués à l’usage de drogue par
injection ont diminué en Espagne, en Italie et au Portugal,
mais augmenté en Lettonie et en Lituanie, comparativement
(127) Voir le tableau DRD‑5 (partie iii) du bulletin statistique 2012.
96
à 2008. Les épidémies de VIH récemment observées
parmi les usagers de drogue par injection en Grèce et en
Roumanie (OEDT et ECDC, 2012) nécessiteront un suivi
étroit concernant les soins aux patients et les taux de
décès liés au VIH/sida.
Chapitre 7: Maladies infectieuses et décès liés à la drogue
cours des années précédentes ont attiré l’attention sur la
nécessité d’améliorer les réponses.
Le fait d’être en traitement réduit de manière significative
le risque de mortalité chez les toxicomanes; du fait de
son meilleur profil de sécurité pharmacologique, la
buprénorphine est le médicament recommandé pour
le traitement d’entretien dans certains pays (128). Une
combinaison de buprénorphine et de naloxone (129)
a obtenu une autorisation de mise sur le marché dans
la moitié des pays européens (130). Pour les usagers de
drogue qui entament un traitement ou en sortent, des
risques considérables liés à la tolérance à la drogue ont
également été identifiés. Des études révèlent que le risque
d’un décès dû à la drogue en cas de rechute après un
traitement ou dans les semaines suivant la sortie de prison
est extrêmement élevé.
Outre l’amélioration de l’accès au traitement de la
toxicomanie, d’autres interventions visent à réduire les
risques de surdose chez les toxicomanes, notamment
par des formations et des informations sur le risque de
surdose. Une formation aux surdoses associée à une prise
à domicile de naloxone est une approche qui pourrait
éviter des décès par surdose d’opiacés. En 2011, les deux
tiers des pays européens ont rapporté que le personnel
ambulancier était formé à l’utilisation de la naloxone; dans
un peu plus de la moitié des pays, cette substance est
désignée comme faisant partie des médicaments standards
à bord des ambulances. Seuls l’Italie, la Roumanie et le
Royaume‑Uni mentionnent l’existence de programmes
communautaires de réduction des risques, dans le cadre
desquels de la naloxone à prendre à domicile est fournie
aux consommateurs d’opiacés, à leur famille et aux
soignants. Des barrières légales persistent dans d’autres
pays européens, notamment l’Estonie, pays affichant le
taux le plus élevé de mortalité liée à la drogue parmi les
adultes (de 15 à 64 ans) dans l’Union européenne. Au
Royaume‑Uni, il a toutefois été démontré que, avec un
minimum de formation, le personnel médical, y compris les
travailleurs des services aux toxicomanes, peut accroître
(128)
(129)
(130)
(131)
ses connaissances, ses compétences et sa confiance afin
de pouvoir gérer une surdose d’opiacés et administrer de
la naloxone (Mayet e.a., 2011).
La majorité des pays font état de la distribution
de matériel d’information sur le risque de surdose,
souvent produit en plusieurs langues pour atteindre
les toxicomanes immigrés, par des agences et des
sites internet spécialisés dans la toxicomanie et, plus
récemment, par des messages téléphoniques et des
courriels. Entre 2008 et 2011, trois pays supplémentaires
ont déclaré assurer une couverture complète ou étendue
de matériel d’information sur le risque de surdose.
Par ailleurs, des soins et une aide supplémentaires
peuvent s’avérer nécessaires pour répondre aux besoins
de groupes vulnérables de toxicomanes, par exemple
ceux infectés par le VIH ou les usagers de drogue plus
âgés. Une évaluation des risques de surdose, à réaliser
par des travailleurs des services aux toxicomanes ou des
services médicaux formés en la matière, peut faciliter
l’identification précoce des personnes à haut risque et
éventuellement avoir un effet catalyseur pour réduire les
risques. Les experts nationaux indiquent qu’une évaluation
des risques de surdose suffit à répondre aux besoins de
la majorité des consommateurs d’opiacés dans moins
de la moitié des pays européens. Or, une augmentation
considérable (44 %) a été observée en la matière
entre 2008 et 2011.
Des interventions hautement ciblées, comme les salles de
consommation de drogue sous surveillance, permettent
d’atteindre des sous‑groupes spécifiques de toxicomanes
fortement marginalisés et contribuent à réduire la morbidité
et la mortalité. Au Danemark, en 2011, une organisation
privée a établi à Copenhague une salle d’injection
mobile offrant un environnement d’injection plus sûr et
une surveillance médicale (131). À l’instar des salles de
consommation de drogue sous surveillance installées en
Allemagne, en Espagne, au Luxembourg, aux Pays‑Bas et en
Norvège, cette nouvelle structure au Danemark est équipée
afin de réduire l’incidence des surdoses non mortelles.
Voir les lignes directrices relatives au traitement sur le portail des meilleures pratiques.
La naloxone, qui inverse les effets des opiacés, est largement utilisée dans les hôpitaux et la médecine d’urgence.
Voir le tableau HSR‑1 du bulletin statistique 2012.
Pour de plus amples informations, voir le site internet de Mobile Fixerum.
97
Chapitre 8
Nouvelles drogues et tendances émergentes
Introduction
En Europe et dans le monde, les nouvelles drogues et les
nouveaux modes de consommation attirent de plus en plus
l’attention du monde politique, des médias et du public.
Cette situation s’explique, en partie, par les évolutions des
technologies de la communication, qui influencent tous les
aspects de la vie moderne, jusqu’à la nature du marché
de la drogue et de la demande des consommateurs. Dans
ce contexte en évolution constante, l’offre d’informations
objectives en temps utile sur les nouvelles drogues et les
tendances émergentes revêt une importance accrue. La
réponse de l’Europe à ce phénomène repose sur un réseau
d’alerte précoce, qui utilise des informations provenant de
sources diverses, notamment la science médico‑légale, des
enquêtes, des suivis en ligne et les données des urgences
hospitalières.
Action de l’Union européenne
sur les nouvelles drogues
Le système d’alerte précoce de l’Union européenne
est conçu comme un mécanisme de réponse rapide
à l’émergence de nouvelles substances psychoactives.
À la suite d’une analyse de ce système menée en 2011,
la Commission européenne travaille à l’élaboration d’un
nouvel instrument en vue du remplacement de la décision
2005/387/JAI du Conseil (132).
Nouvelles substances psychoactives
Entre 2005 et 2011, 164 nouvelles substances
psychoactives ont été formellement notifiées par le biais
du système d’alerte précoce. En 2011, pour la troisième
année consécutive, un nombre record de substances (49)
ont été détectées pour la première fois en Europe; à titre
de comparaison, 41 substances avaient été détectées
en 2010 et 24 en 2009.
Cette hausse marquée du nombre de substances notifiées
intervient dans le contexte d’un phénomène des legal
highs ou «euphorisants légaux» en développement
constant. Elle reflète à la fois le nombre de substances
lancées sur le marché européen de la drogue et
l’amélioration des capacités de rapport des systèmes
nationaux d’alerte précoce. La présence sur le marché
de certaines de ces nouvelles drogues a été détectée par
des achats‑tests d’«euphorisants légaux» sur l’internet et
dans des magasins spécialisés. Dans la plupart des cas,
elles ont cependant été détectées à l’occasion d’analyses
médico‑légales des saisies. Aucune première identification
dans des échantillons biologiques (sang, urine) n’a été
déclarée en 2010 ou 2011, alors qu’un quart des
substances notifiées en 2009 avaient été détectées dans
de tels échantillons biologiques.
Comme en 2010, environ deux tiers des nouvelles
substances notifiées en 2011 étaient des cannabinoïdes de
synthèse ou des cathinones de synthèse; ces deux groupes
représentent aussi les deux tiers du total des nouvelles
substances rapportées au système d’alerte précoce depuis
2005 (OEDT et Europol, 2011). Les cannabinoïdes de
synthèse forment le groupe le plus important parmi les six
groupes de substances surveillés (voir le graphique 20).
La surveillance porte aussi sur un certain nombre de
médicaments (par exemple le phénazépam et l’étizolam),
sur les métabolites ou précurseurs de médicaments
(5‑hydroxytryptophane) et sur des substances basées
sur des médicaments (par exemple la camfétamine,
un dérivé de la fencamfamine). Un exemple en est la
méthoxétamine, un dérivé de la kétamine déclaré en 2010
et activement surveillé par le système d’alerte précoce.
Cette substance est susceptible de produire une toxicité
aiguë (Wood e.a., 2012a) et chronique similaire à celle
observée pour la kétamine.
Production et offre de nouvelles drogues
D’après les rapports à ce sujet, la plupart des substances
psychoactives qui apparaissent sur le marché européen
des drogues illicites sont synthétisées à l’extérieur de
l’Europe, la Chine et, dans une moindre mesure, l’Inde
étant identifiées comme les principaux pays producteurs.
Les autorités répressives européennes ont découvert
des installations chargées d’importer, de mélanger
(132) Décision 2005/387/JAI du Conseil relative à l’échange d’informations, à l’évaluation des risques et au contrôle des nouvelles substances
psychoactives, JO L 127 du 20.5.2005.
99
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Définir les nouvelles drogues: nouvelles substances psychoactives ou «euphorisants légaux»?
Diverses expressions sont employées pour décrire les
nouvelles drogues. Vous trouverez ci‑dessous les définitions de
l’OEDT concernant les concepts les plus courants.
Selon les définitions utilisées par le système d’alerte précoce
de l’Union européenne, une nouvelle substance psychoactive
est un nouveau stupéfiant ou un nouveau psychotrope qui
n’est pas répertorié par les conventions des Nations unies
sur les stupéfiants de 1961 et de 1971 et qui peut constituer
une menace pour la santé publique comparable à celle
que comportent les substances mentionnées dans ces
conventions (1).
L’expression «drogue de conception» est apparue dans les
années 1980 avec l’émergence des composés d’«ecstasy»
(MDMA et autres) sur le marché des drogues illicites. Elle
désigne des substances psychoactives non réglementées
conçues pour imiter les effets de drogues réglementées. La
structure chimique de ces substances est légèrement altérée
afin de contourner les contrôles existants. L’expression
employée implique que ces substances sont généralement
fabriquées à partir de précurseurs chimiques dans un
laboratoire clandestin.
Selon la définition de l’OEDT, les «euphorisants légaux» sont
un terme générique désignant des substances psychoactives
non réglementées ou des produits annoncés comme contenant
de telles substances, qui sont spécifiquement conçus pour
imiter les effets des substances contrôlées. Cette définition
englobe un large éventail de substances de synthèse et de
dérivés de plantes, généralement vendues en ligne ou dans
des smart shops ou des head shops. Qualifier ces substances
de «légales» peut être inexact ou trompeur. En effet, certains
de ces produits peuvent contenir des substances soumises
au contrôle de la législation sur les drogues, mais d’autres
peuvent être soumises à la réglementation sur la sécurité des
médicaments ou des aliments (OEDT, 2011a).
D’autres expressions sont employées, par exemple celle
d’«euphorisants végétaux» qui souligne la prétendue origine
naturelle d’un produit.
Dans le but de contourner les réglementations sur la
consommation et la commercialisation, de nouvelles
substances psychoactives sont également vendues sous
diverses étiquettes de produits, comme «produits chimiques de
recherche», «sels de bain» ou «plante à usage alimentaire».
(1) La décision 2005/387/JAI du Conseil donne une définition juridiquement contraignante des substances qu’elle couvre.
Graphique 20 — Principaux groupes de nouvelles substances psychoactives identifiées par le système d’alerte précoce depuis 2005
45
40
Nombre de substances
35
2011
2010
30
2009
2008
25
2007
20
2006
2005
15
10
5
0
Phénéthylamines Tryptamines
NB:
Pipérazines
Cathinones
Cannabinoïdes
de synthèse
Autres substances
Nombre de nouvelles substances psychoactives notifiées au système européen d’alerte précoce en vertu de la décision 2005/387/JAI du Conseil.
Pour de plus amples informations sur les phénéthylamines, tryptamines, pipérazines, cathinones et cannabinoïdes de synthèse, voir les fiches
drogues (Drug profiles) sur le site internet de l’OEDT. La catégorie «Autres substances» inclut diverses substances psychoactives dérivées de
plantes et de synthèse, qui n’appartiennent pas, stricto sensu, à l’une des autres familles de substances. Elle inclut également un petit nombre de
médicaments et de dérivés.
Source: Système d’alerte précoce.
100
Chapitre 8: Nouvelles drogues et tendances émergentes
et d’emballer ces substances. Des rapports indiquent
que la criminalité organisée est impliquée dans la
transformation de ces substances en comprimés et dans
leur commercialisation. Ces produits sont vendus en
général sous l’appellation d’«euphorisants légaux» sur
l’internet, ainsi que dans des magasins comme les smart
shops ou les head shops. Dans certains cas, toutefois,
ils sont vendus comme des drogues illicites telles que
l’«ecstasy», avec des logos caractéristiques associés à ce
type de drogues.
Selon les rapports en la matière, ces dernières années, les
autorités répressives européennes interviennent davantage
dans des affaires transnationales relatives au trafic,
au mélange et à l’emballage de nouvelles substances
psychoactives. Des enquêtes sur la méphédrone ont révélé
que cette drogue était pour l’essentiel fabriquée en Chine
et pénétrait souvent dans les pays européens où elle
est réglementée, par l’intermédiaire d’un pays tiers où
elle ne l’est pas (Europol). Des saisies peu importantes,
surtout de cathinones et de cannabinoïdes de synthèse,
ont été déclarées par l’Allemagne, l’Estonie et la Hongrie,
ainsi que par le Danemark concernant du mCPP (133).
Des saisies plus importantes, composées en majorité de
nouvelles substances psychoactives non précisées, ont
été déclarées par l’Espagne (saisie dans un head shop
pour un total de 96 kilos) et par la Lettonie (environ
5 kilos); la République tchèque a, quant à elle, fait état
d’une saisie de plus de 20 kilos de méphédrone en
provenance de l’Inde. D’autres installations de production
ont été démantelées ou saisies en Belgique, en Irlande,
en Pologne (5 kilos de méphédrone) et aux Pays‑Bas, où
150 kilos de poudres blanches et environ 20 000 paquets
contenant plusieurs cannabinoïdes de synthèse ont été
saisis sur un seul site.
Dans certains cas, l’analyse de substances saisies, comme
des «plantes à usage alimentaire» ou des «produits
chimiques de recherche», a révélé qu’elles contenaient des
drogues contrôlées, en particulier des cathinones et des
pipérazines. On a ainsi détecté de la PMMA dans des
produits «euphorisants légaux», ce qui met évidemment
le consommateur en danger (OEDT et Europol, 2011;
Sedefov e.a., 2011). Un rapport récent provenant du
Royaume‑Uni a montré que 19 % des achats-tests sur
l’internet de produits annoncés comme des «euphorisants
légaux» contenaient une substance contrôlée, tandis
que 22 % contenaient des pipérazines, 20 % des
cathinones et 18 % des cannabinoïdes de synthèse
(Serious Organised Crime Agency, 2011). On ignore
toutefois dans quelle mesure la criminalité organisée est
impliquée dans le commerce de ces nouvelles substances.
Actuellement, le marché semble largement dominé par des
entrepreneurs opportunistes qui profitent de l’internet pour
commercialiser et vendre leurs produits.
Disponibilité en ligne
L’OEDT surveille régulièrement la disponibilité en ligne des
«euphorisants légaux» par le biais de ses études ciblées
de l’internet (instantané) (OEDT, 2011a). Réalisé en janvier
2012, le plus récent de ces instantanés a utilisé 20 des
23 langues officielles de l’UE, ainsi que le norvégien, le
russe et l’ukrainien (134).
Il a constaté la poursuite de la hausse du nombre de
magasins en ligne proposant de fournir des substances
psychoactives ou produits susceptibles d’en contenir à des
clients dans au moins un État membre de l’UE. L’instantané
de janvier 2012 a permis de recenser 693 magasins en
ligne, contre 314 en janvier 2011 et 170 en janvier 2010.
Trois produits naturels — le kratom, la salvia et les
champignons hallucinogènes — restent les «euphorisants
légaux» les plus fréquemment offerts en ligne, suivis
par huit substances de synthèse, dont la disponibilité
a augmenté au cours de l’année 2011 (voir le tableau 10).
L’instantané de 2012 a identifié une augmentation sensible
de la disponibilité de différents cathinones de synthèse,
ce qui pourrait suggérer que les opérateurs en ligne
recherchent en permanence un produit pour remplacer
la méphédrone. La méphédrone elle‑même est restée
disponible en ligne et semble avoir rebondi après un
recul marqué de sa disponibilité en ligne de mars 2010
à juillet 2011, lorsque cette substance a été soumise
à contrôle dans un nombre croissant d’États membres de
l’UE (OEDT, 2011a). Des «produits analogues au Spice»
ont été identifiés dans 21 magasins en ligne en 2012,
ce qui représente une réduction importante par rapport
aux 55 magasins en ligne qui proposaient ces produits
en 2009.
L’internet étant un marché de dimension mondiale, les
magasins en ligne vendant de nouvelles substances
semblent être établis dans de nombreux pays. Toutefois,
le comportement et les préférences du marché ne sont
pas nécessairement mondiaux, de nombreux produits en
ligne ciblant des marchés géographiques spécifiques. Par
exemple, le produit «Kronic» est presque exclusivement
vendu par des opérateurs établis en Australie ou en
Nouvelle‑Zélande.
(133)1-(3‑chlorophényl)pipérazine.
(134) Les termes de recherche utilisés étaient «euphorisants légaux», «euphorisants végétaux» («Spice», kratom et salvia), GBL (gamma‑butyrolactone),
champignons hallucinogènes, méphédrone et substances liées au pipradrol: 2‑DPMP (désoxypipradrol), désoxy‑D2PM [2-(diphénylméthyl)pyrrolidine]
et D2PM (diphénylprolinol).
101
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Tableau 10 — Dix nouvelles substances
psychoactives ou «euphorisants légaux»
habituellement en vente dans les magasins
en ligne étudiés en 2011 et 2012
Des échantillons d’urine communs et anonymes:
une source d’information objective sur la
consommation de drogues
Nombre de magasins en ligne vendant
le produit
Janvier
2012
Juillet
2011
Janvier
2011
Kratom (produit
naturel)
179
128
92
Salvia (produit
naturel)
134
110
72
Champignons
hallucinogènes
(produit naturel)
95
72
44
Méthoxétamine
(arylcyclohexylamine)
68
58
14
MDAI (aminoindane)
65
61
45
6-APB (benzofuran)
54
49
35
MDPV (cathinone)
44
32
25
4-MEC (cathinone)
43
32
11
Methiopropamine
(thiophène)
39
28
5
5-IAI (aminoindane)
38
27
25
Source: OEDT.
Même si ces données peuvent permettre de déduire
certaines indications sur l’offre des «euphorisants légaux»
en ligne, il n’y a pas d’informations sur les ventes
effectives. Pour mesurer les niveaux d’usage des nouvelles
substances psychoactives en Europe, qu’elles soient
achetées via l’internet ou d’autres moyens, il convient
d’examiner les données disponibles en matière de
prévalence de la consommation.
Prévalence
Les données de prévalence sur les nouvelles substances
psychoactives sont rares et souffrent souvent de limitations
méthodologiques, y compris d’un manque de définitions
communes, ainsi que de l’utilisation d’échantillons
non représentatifs ou autosélectionnés. En 2011, des
études nationales représentatives ont été réalisées pour
la première fois sur la prévalence des «euphorisants
légaux» et des nouvelles substances psychoactives parmi
la population générale (Irlande et Royaume‑Uni) et les
étudiants (Espagne). D’après les résultats, les niveaux de
prévalence sont généralement faibles mais il est possible
que la consommation puisse augmenter rapidement au
sein de certaines sous‑populations.
Toujours en 2011, une enquête européenne sur les
attitudes des jeunes, dans le cadre de laquelle plus
102
Les nouvelles approches d’identification et de mesure de la
consommation de drogue dans la population qui reposent
sur l’analyse des eaux usées pourraient solutionner
certaines limitations des enquêtes de population. La
fiabilité des données tirées des déclarations spontanées
des usagers de drogue peut être affectée par des
variations du contenu des drogues consommées. Cela
est particulièrement vrai pour les drogues de synthèse
et les nouvelles substances psychoactives, puisque
l’usager ne sait pas nécessairement quelles substances
il consomme. L’analyse des eaux usées communes des
stations d’épuration est utilisée pour déterminer, au niveau
d’une population, le degré de consommation de drogues
illicites comme la MDMA ou la cocaïne. Cette technique
est cependant problématique dans le cas des substances
psychoactives, dont le métabolisme et la stabilité sont
peu connus.
Une étude pilote menée afin d’évaluer la faisabilité de
l’utilisation d’échantillons d’urine communs pour identifier
les drogues consommées dans les milieux de vie nocturne
à Londres a été entreprise en 2011 (Archer e.a., 2012).
Cette étude a détecté à la fois des drogues illicites connues
et de nouvelles substances psychoactives, y compris de la
méphédrone, du TFMPP (3‑trifluorométhylphénylpipérazine)
et du 2‑AI (2‑amino‑indane). Les drogues présentes en
plus fortes concentrations dans les échantillons étaient
la méphédrone, la kétamine et la MDMA. En plus des
substances parentales, des métabolites de celles‑ci ont été
détectées.
Cette étude démontre la faisabilité de l’utilisation
d’échantillons d’urine communs pour identifier les drogues
consommées dans les milieux de vie nocturne. Cette
méthodologie pourrait permettre d’obtenir des données
objectives sur l’usage de drogue dans ces milieux, en
particulier détecter la présence de nouvelles substances
psychoactives.
de 12 000 jeunes (de 15 à 24 ans) ont participé à un
entretien, a révélé que 5 % des jeunes Européens
avaient déjà consommé des «euphorisants légaux», la
moitié environ des pays se situant dans une fourchette
de 3 à 5 %. Les estimations les plus élevées ont été
rapportées par l’Irlande (16 %), suivie par la Lettonie, la
Pologne et le Royaume‑Uni (près de 10 % dans chacun de
ces pays) (Gallup, 2011).
En Espagne, l’enquête nationale 2010 sur la
consommation de drogue chez les élèves de 14 à 18 ans
a incorporé un module spécial consacré aux drogues
émergentes. Les neuf substances étudiées étaient les
suivantes: kétamine, «Spice», pipérazines, méphédrone,
nexus (2C‑B), méthamphétamine, champignons magiques,
Chapitre 8: Nouvelles drogues et tendances émergentes
«produits chimiques de recherche» et «euphorisants
légaux». Dans l’ensemble, 3,5 % des élèves ont déclaré
avoir consommé au moins une fois dans leur vie une ou
plusieurs de ces drogues (2,5 % pour les douze derniers
mois). Des niveaux faibles de produits analogues au
«Spice» ont été notés: 1,1 % pour la prévalence au
cours de la vie et 0,8 % pour la prévalence au cours des
douze derniers mois. La consommation de méphédrone
était également très basse dans ce groupe (prévalence
de 0,4 % au cours de la vie).
La méphédrone et les «euphorisants légaux» ont été
inclus pour la première fois dans une enquête auprès
des ménages commune à l’Irlande et à l’Irlande du
Nord (Royaume‑Uni) menée en 2010/2011, après que la
méphédrone a été soumise à contrôle (NACD et PHIRB,
2011). L’échantillon comprenait plus de 7 500 répondants
de 15 à 64 ans. En Irlande du Nord, la prévalence au
cours de la vie a été estimée à 2 % et la prévalence au
cours des douze derniers mois à 1 %, cela à la fois pour
la méphédrone et les «euphorisants légaux» (135). La
prévalence au cours de la vie était plus élevée chez les
personnes de 15 à 24 ans, avec une valeur de 6 % pour la
méphédrone et les «euphorisants légaux». En Irlande, les
nouvelles substances psychoactives (4 % de consommation
au cours des douze derniers mois) occupaient la deuxième
place des drogues illicites les plus fréquemment déclarées
après le cannabis (6 %). Les niveaux les plus élevés de
consommation de nouvelles substances psychoactives au
cours des douze derniers mois ont été rapportés par les
personnes de 15 à 24 ans (10 %).
Les résultats de l’édition 2010‑2011 de l’enquête
britannique sur la criminalité (Smith et Flatley, 2011)
montrent que, dans la population générale (16 à 59 ans)
de l’Angleterre et du pays de Galles, la consommation
de méphédrone au cours des douze derniers mois
(1,4 %) a atteint un niveau similaire à celui de l’ecstasy.
Parmi le groupe des 16 à 24 ans, la prévalence de
la consommation de méphédrone au cours des douze
derniers mois était égale à celle de la cocaïne en poudre
(4,4 %). La plupart des personnes ayant déclaré avoir
consommé de la méphédrone au cours des douze derniers
mois ont dit de même pour une autre drogue illicite
(surtout le cannabis, la cocaïne ou l’ecstasy). Une mise en
garde importante pour bien comprendre la signification de
ces résultats est que les données de cette enquête ont été
recueillies avant et après l’interdiction de la méphédrone.
Un petit nombre d’enquêtes et d’études en ligne, basées sur
des échantillons de convenance autosélectionnés, ont été
réalisées afin d’effectuer un suivi de la consommation et
de la disponibilité des nouvelles substances psychoactives.
En Allemagne, une enquête en ligne sur les «euphorisants
légaux» réalisée auprès de 860 répondants ayant déjà pris
ces drogues a montré que les mélanges d’herbe étaient les
«euphorisants légaux» les plus fréquemment consommés,
suivis par les «produits chimiques de recherche», les «sels
de bain» et des produits similaires. De même, une étude
menée dans des lieux de vie nocturne en République
tchèque a permis de constater que les substances végétales
étaient les «euphorisants légaux» les plus fréquemment
cités, 23 % des 1 099 répondants ayant déclaré avoir
consommé de la Salvia divinorum. Toujours en République
tchèque, une proportion de 4,5 % de 1 091 utilisateurs de
l’internet âgés de 15 à 34 ans ont déclaré avoir consommé
une nouvelle substance psychoactive.
D’autres études sont, pour une large part, centrées sur
l’usage d’un seul type de substance, comme le «Spice»,
la BZP ou la méphédrone. En 2011, pour la première
fois, l’enquête annuelle américaine «Monitoring the
Future» en milieu scolaire a fait état d’une prévalence de
cannabinoïdes de synthèse parmi des jeunes. Parmi les
élèves de dernière année de l’enseignement secondaire,
elle a relevé une consommation de produits contenant des
cannabinoïdes de synthèse («Spice» et K2) au cours des
douze derniers mois légèrement supérieure à 11 %.
L’édition 2011 d’une enquête en ligne sur la drogue
réalisée pour le magazine de clubbing britannique
Mixmag et le quotidien The Guardian (Mixmag, 2012)
et qui repose sur des enquêtes Mixmag précédentes
(OEDT, 2009a, 2010a) a recueilli 15 500 réponses,
essentiellement au Royaume‑Uni mais également un
peu partout dans le monde. En 2010‑2011, les niveaux
déclarés de consommation de méphédrone au cours des
douze derniers mois et au cours du dernier mois étaient
trois fois plus élevés parmi les clubbers (30 et 13 %) que
parmi les non‑clubbers (10 et 3 %) (Mixmag, 2012). Les
données provenant d’échantillons autosélectionnés de ce
type ne peuvent évidemment pas être considérées comme
représentatives de quoi que ce soit; toutefois, de telles
études fournissent des indications intéressantes sur la
consommation de drogues parmi leurs répondants.
Réponses aux nouvelles drogues
Dans toute l’Europe, des mesures commencent à être mises
en place dans le but de réduire à la fois la demande et
l’offre de nouvelles substances psychoactives. Certains
(135) En Irlande du Nord, la catégorie «euphorisants légaux» inclut les «party pills», les «euphorisants végétaux», les «party powders», le kratom et
la Salvia divinorum, tandis qu’en Irlande, elle comprend aussi les mélanges d’herbe à fumer ou l’encens, les sels de bain, les plantes à usage
alimentaire ou autres poudres, la menthe magique, la menthe divine ou Sally D, et d’autres nouvelles substances psychoactives mentionnées
par le répondant.
103
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Estimer la psychoactivité
Étant donné le nombre croissant de nouvelles substances
rapportées au système d’alerte précoce de l’UE, il devient
important d’établir à un stade précoce si les substances
en question possèdent des propriétés psychoactives. Des
recherches sont menées actuellement sur la possibilité
d’utiliser des méthodes peu onéreuses pour prévoir les
propriétés des nouvelles drogues (toxicité, pharmacologie
et psychoactivité) sans nécessité de réaliser des études
expérimentales sur les animaux ou les humains.
L’une de ces techniques en cours d’étude consiste
à élaborer des modèles mathématiques permettant de
prévoir le comportement des nouvelles substances. Ces
modèles sont fondés sur le «principe de similitude», qui
suppose que les molécules ayant des structures chimiques
étroitement apparentées possèdent des propriétés et
une activité psychochimiques similaires. De la sorte, les
connaissances relatives à une substance connue sont
utilisées pour prévoir les effets d’une substance inconnue.
La possibilité de prévoir le mode d’action de nouveaux
composés peu connus semble prometteuse. Dans une étude
récente, le potentiel psychoactif du médicament «ostarine»
a été évalué grâce à des méthodes informatiques
(Mohd‑Fauzi et Bender, 2012). Cette analyse comportait
deux phases: la première phase a consisté à prévoir si
le médicament était susceptible de cibler les protéines
connues pour participer aux effets psychoactifs; la seconde
phase a exploré la probabilité que la substance pénètre
dans le système nerveux central. D’après les résultats de
cette étude, l’ostarine n’était pas susceptible de causer des
effets psychoactifs chez l’humain.
États membres ont pris des initiatives pour améliorer et
accélérer leurs réponses légales aux nouvelles substances
et produits psychoactifs et aux entités qui les vendent (voir
le chapitre 1).
En 2011, le premier forum pluridisciplinaire international
sur les nouvelles drogues a souligné la nécessité de
renforcer les réponses basées sur la réduction de la
demande de nouvelles substances psychoactives,
notamment la prévention, la réduction des risques et le
traitement. Toutefois, la disponibilité d’une large palette
de composés variables en contenu et en qualité rend plus
difficile la tâche qui consiste à présenter des messages
clairs relatifs à la prévention ou à la réduction des risques.
Au Royaume‑Uni, le service en ligne «Talk to Frank»
fournit des renseignements sur les «euphorisants légaux»,
une aide d’urgence et des informations sur le traitement
de la dépendance; en Irlande, des informations sur la
prévention et la réduction des risques concernant les
nouvelles drogues circulent depuis 2010.
104
En Pologne, depuis 2008, le Bureau national pour
la prévention de la drogue a préparé et lancé trois
campagnes de prévention: une campagne menée sur
l’internet pour informer le public sur les conséquences et
les dangers pouvant découler de l’usage d’«euphorisants
légaux»; des réunions entre des parents et des
représentants d’écoles au cours desquelles des conseillers
ou des enseignants agissaient comme médiateurs pour
fournir des informations sur les nouvelles substances
psychoactives; et un programme de prévention universelle
ciblé sur la population scolaire âgée de 15 à 18 ans et mis
en œuvre par des enseignants et des conseillers scolaires.
Le projet «Recreational Drugs European Network»
(ReDNet) est une initiative de recherche multisites dont le
but est d’améliorer les informations proposées aux jeunes
de 16 à 24 ans et aux professionnels concernant les effets
des nouvelles drogues «récréatives» et les risques pour la
santé qui y sont associés. Ce projet met à profit plusieurs
technologies de l’information et de la communication
innovantes pour diffuser des informations impartiales
auprès de groupes cibles.
Il est nécessaire de mieux comprendre les effets aigus
et chroniques que l’usage des nouvelles substances peut
avoir sur la santé. Des soins médicaux s’imposent pour
remédier aux cas de toxicité aiguë, mais il faut également
établir des formations spécifiques pour assurer sur place la
gestion médicale des personnes qui deviennent souffrantes
dans un lieu récréatif, ainsi que des lignes directrices
déterminant à quel moment il convient d’appeler
les services d’urgence préhospitaliers. Néanmoins,
étant donné les similitudes entre ces substances et les
amphétamines et la MDMA, des stratégies de gestion
apparentées aux réponses thérapeutiques données
à ces drogues plus connues seraient probablement utiles
pour les consommateurs de certains types de nouvelles
substances psychoactives.
Le traitement dispensé aux personnes qui ont consommé
de nouvelles substances psychoactives et recherchent une
aide formelle est surtout basé sur le soutien. Par ailleurs,
il y a peu d’informations disponibles sur ce qu’est un
traitement psychosocial approprié pour les usagers des
«euphorisants légaux». Au Royaume‑Uni, une clinique
pluridisciplinaire spécialisée pour les consommateurs
de drogue en discothèques, y compris les «euphorisants
légaux», est en phase pilote. Elle propose diverses
réponses, notamment des interventions de courte durée,
des thérapies pharmacologiques et un soutien planifié
en matière de traitement, qui se traduisent par de bons
niveaux de maintien en traitement et des résultats positifs.
Références (136)
Aaron, S., McMahon, J. M., Milano, D., Torres, L., Clatts, M.,
Brugal, M. T., Pulido, J., Toro, C., de la Fuente, L., Bravo, M. J.,
e.a. (2008), «Intranasal transmission of hepatitis C virus:
e.a. (2009), «Injecting, sexual risk behaviors and HIV infection in
virological and clinical evidence», Clinical Infectious Diseases 47,
young cocaine and heroin users in Spain», European Addiction
p. 931‑934.
Research 15, p. 171‑178.
ACMD (Advisory Council on the Misuse of Drugs) (2010),
Cadums (2010), Enquête de surveillance canadienne de la
Consideration of the use of foil, as an intervention, to reduce
consommation d’alcool et de drogue 2009, Santé Canada, direction
the harms of injecting heroin, Advisory Council on the Misuse
des substances contrôlées et du tabac (disponible en ligne).
of Drugs, Londres (disponible en ligne).
Calabria, B., Degenhardt, L., Briegleb, C., Vos, T., Hall, W., e.a.
AIHW (Australian Institute of Health and Welfare) (2011), 2010
(2010), «Systematic review of prospective studies investigating
National Drug Strategy Household Survey report. Drug statistics
«remission» from amphetamine, cannabis, cocaine or opioid
series n° 25, AIHW, Canberra.
dependence», Addictive Behaviors 35, p. 741‑749.
Allen, G. (2011), Early intervention: the next steps, Independent
Calafat, A., Blay, N., Juan, M., Adrover, D., Bellis, M. A., e.a.
Report, Her Majesty’s Government, Londres (disponible en ligne).
(2009), «Traffic risk behaviours at nightlife: drinking, taking
Amato, L., Ferri, M., Minozzi, S., Schifano, P. et Davoli, M.
Traffic Injury Prevention 10, 162‑169.
(dans la presse), «Acceptability, efficacy and safety of
pharmacological treatment of cocaine dependence», Cochrane
Database of Systematic Reviews.
Amato, L., Minozzi, S., Davoli, M., et Vecchi, S. (2011),
«Psychosocial combined with agonist maintenance treatments
versus agonist maintenance treatments alone for treatment
of opioid dependence», Cochrane Database of Systematic
Reviews (10), p. CD004147.
Archer, J., Dargan, P., Rintoul‑Hoad, S., Hudson, S., et Wood, D.
(2012), «Nightclub urinals: a novel and reliable way of knowing
what drugs are being used in nightclubs», British Journal of
Clinical Pharmacology 73, p. 985.
Asbridge, M., Hayden, J. A., et Cartwright, J. L. (2012), «Acute
cannabis consumption and motor vehicle collision risk: systematic
review of observational studies and meta‑analysis», BMJ 344,
p. e536.
Bellerose, D., Carew, A. M., et Lyons, S. (2011), Trends in treated
problem drug use in Ireland 2005 to 2010, HRB Trends Series 12
(disponible en ligne).
drugs, driving and use of public transport by young people»,
CDC (2009), «Diagnoses of HIV infection and AIDS in the United
States and dependent areas, 2009», HIV Surveillance Report 21,
tableau 1a, Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta
(disponible en ligne).
Commission européenne, direction générale de la fiscalité et
de l’union douanière, direction générale des entreprises et de
l’industrie (2011), EU summary report on drug precursors 2011:
statistics from 2010 (disponible en ligne).
Connolly, J., Foran, S., Donovan, A. M., e.a. (2008), Crack
cocaine in the Dublin region: an evidence base for a Dublin crack
cocaine strategy, HRB Research Series 6, Health Research Board,
Dublin (disponible en ligne).
Conseil de l’Union européenne (2009), décision du Conseil
instituant le comité permanent de coopération opérationnelle
en matière de sécurité intérieure, 16515/09.
Conseil européen (2010), Stratégie de sécurité intérieure pour
l’Union européenne — Vers un modèle européen de sécurité,
Office des publications de l’Union européenne, Luxembourg.
Day, E., et Strang, J. (2011), «Outpatient versus inpatient
Berkowitz, B., et Spector, S. (1972), «Evidence for active
opioid detoxification: a randomized controlled trial», Journal
immunity to morphine in mice», Science 178, p. 1290‑1292.
of Substance Abuse Treatment 40, p. 56‑66.
Bretteville‑Jensen, A. L., et Skretting, A. (2010), «Heroin smoking
De Maeyer J., Vanderplasschen, W., et Broekaert, E. (2010),
and heroin using trends in Norway: a study among recreational
«Quality of life among opiate‑dependent individuals: a review
and heavy drug users», Nordisk alkohol- & narkotikatidskrift 27,
of the literature», International Journal of Drug Policy 21,
p. 5‑16.
p. 364‑380.
(136) Des liens hypertextes menant vers les sources en ligne sont disponibles dans la version PDF du rapport annuel, qui peut être téléchargée sur le site
de l’OEDT (http://www.emcdda.europa.eu/publications/annual‑report/2012).
107
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Derzon, J. H. (2007), «Using correlational evidence to select youth for
Hibell, B., Guttormsson, U., Ahlström, S., Balakireva, O.,
prevention programming», Journal of Primary Prevention 28, p. 421‑447.
Bjarnason, T., Kokkevi, A., et Kraus, L. (2012), The 2011 ESPAD
Des Jarlais, D., McKnight, C., Goldblatt, C., et Purchase, D.
(2009), «Doing harm reduction better: syringe exchange in the
United States», Addiction 104, p. 1441‑1446.
Dvorsek, A. (2006), «Relations between criminal investigation
strategy and police management», Revija Varstvoslovje‑Journal
of Criminal Justice and Security 8 (3/4), p. 235‑242.
ECDC et Bureau régional pour l’Europe de l’OMS (2011), HIV/AIDS
surveillance in Europe 2010, Centre européen de prévention et de
contrôle des maladies, Stockholm (disponible en ligne).
ECDC et OEDT (2011), Prevention and control of infectious
diseases among people who inject drugs, ECDC et OEDT Joint
guidance, Centre européen de prévention et de contrôle des
maladies, Stockholm (disponible en ligne).
Escot, S., et Suderie, G. (2009), Usages problématiques de cocaïne,
quelles interventions pour quelles demandes?, Tendances n° 68,
Observatoire français des drogues et des toxicomanies, Paris.
Eurojust (2012), Strategic project on enhancing the work of
Eurojust in drug trafficking cases — final results, Eurojust, La Haye
(disponible en ligne).
Swedish Council for Information on Alcohol and Other Drugs,
Stockholm, Suède.
Hoare, J., et Moon, D. (éd.) (2010), «Drug misuse declared:
findings from the 2009/10 British Crime Survey», Home Office
Statistical Bulletin 13/10 (disponible en ligne).
Hope, V. D., Palmateer, N., Wiessing, L, Marongiu, A., et
White, J. (2012), «A decade of spore‑forming bacterial infections
among European injecting drug users: pronounced regional
variation», American Journal of Public Health 102, p. 122‑125.
HPA (Health Protection Agency) (2011), Hepatitis C in the UK
2011, Health Protection Agency, Londres (disponible en ligne).
Humeniuk, R., Ali, R., Babor, T., Souza‑Formigoni, M. L.,
de Lacerda, R. B., e.a. (2011), «A randomized controlled trial of
a brief intervention for illicit drugs linked to the Alcohol, Smoking
and Substance Involvement Screening Test (ASSIST) in clients
recruited from primary health‑care settings in four countries»,
Addiction 107, p. 957‑966.
Johnston, L. D., O’Malley, P. M., Bachman, J. G., et
Schulenberg, J. E. (2012), Monitoring the future: national survey
Foley, K., Pallas, D., Forcehimes, A. A., Houck, J. M.,
results on drug use, 1975‑2011, Volume I, Secondary school
Bogenschutz, M. P., e.a. (2010), «Effect of job skills training on
students, Institute for Social Research, University of Michigan,
employment and job seeking behaviors in an American Indian
Ann Arbor (disponible en ligne).
substance abuse treatment sample», Journal of Vocational
Rehabilitation 33, p. 181‑192.
Fox, B. S., Kantak, K. M., Edwards, M. A., Black, K. M.,
Bollinger, B. K., e.a. (1996), «Efficacy of a therapeutic cocaine
vaccine in rodent models», Nature Medicine 2, pp. 1129‑1132.
Jones, L., Bates, G., Bellis, M., Beynon, C., Duffy, P., e.a. (2011),
A summary of the health harms of drugs, Department of Health
(disponible en ligne).
Karila, L., Weinstein, A., Aubin, H. J., Benyamina, A.,
Reynaud, M., et Batki, S. L. (2010), «Pharmacological
Gabrhelik, R., Duncan, A., Miovsky, M., Furr‑Holden, C. D.,
approaches to methamphetamine dependence: a focused
Stastna, L., et Jurystova, L. (2012), «Unplugged: a school‑based
review», British Journal of Clinical Pharmacology 69, p. 578‑592.
randomized control trial to prevent and reduce adolescent
substance use in the Czech Republic», Drug and Alcohol
Dependence (disponible en ligne).
Gallup Organisation (2011), Youth attitudes on drugs,
Eurobaromètre Flash n° 330 (disponible en ligne).
Kirby, S., Quinn, A., et Keay, S. (2010), «Intelligence‑led
and traditional policing approaches to open drug markets:
a comparison of offenders», Drugs and Alcohol Today 10,
p. 13‑19.
Lee, N. K., et Rawson, R. A. (2008), «A systematic review of
Hall, W., et Degenhardt, L. (2009), «Adverse health effects
cognitive and behavioural therapies for methamphetamine
of non‑medical cannabis use», Lancet 374, p. 1383‑1391.
dependence», Drug and Alcohol Review 27, p. 309‑317.
Hatsukami, D. K., Rennard, S., Jorenby, D., Fiore, M.,
Liddle, H. A., Rowe, C. L., Dakof, G. A., Henderson, C. E., et
Koopmeiners, J., e.a. (2005), «Safety and immunogenicity
Greenbaum, P. E. (2009), «Multidimensional family therapy for
of a nicotine conjugate vaccine in current smokers», Clinical
young adolescent substance abuse: twelve‑month outcomes of
Pharmacology & Therapeutics 78, p. 456‑457.
a randomized controlled trial», Journal of Consulting and Clinical
Hellard, M., Sacks‑Davis, R., et Gold, J. (2009), «Hepatitis C
Psychology 77, p. 12‑25.
treatment for injection drug users: a review of the available
Longo, M., Wickes, W., Smout, M., Harrison, S.,
evidence», Clinical Infectious Diseases 49, p. 561‑573.
Cahill, S., et White, J. M. (2010), «Randomized controlled
Henderson, C. E., Dakof, G. A., Greenbaum, P. E., et
Liddle, H. A. (2010), «Effectiveness of multidimensional family
108
report: Substance use among students in 36 European countries,
trial of dexamphetamine maintenance for the treatment of
methamphetamine dependence», Addiction 105, p. 146‑154.
therapy with higher severity substance‑abusing adolescents:
Martell, B. A., Mitchell, E., Poling, J., Gonsai, K., et Kosten, T. R.
report from two randomized controlled trials», Journal of
(2005), «Vaccine pharmacotherapy for the treatment of cocaine
Consulting and Clinical Psychology 78(6), p. 885‑897.
dependence», Biological Psychiatry 58, p. 158‑164.
Références
Martin, N. K., Vickerman, P., Foster, G. R., Hutchinson, S. J.,
OEDT (2009b), La polyconsommation: modèles et réponses,
Goldberg, D. J., et Hickman, M. (2011), «Can antiviral therapy
Question particulière, Office des publications officielles des
for hepatitis C reduce the prevalence of HCV among injecting
Communautés européennes, Luxembourg.
drug user populations? A modeling analysis of its prevention
utility», Journal of Hepatology 54, p. 1137‑1144.
OEDT (2010a), Rapport annuel 2010: État du phénomène
de la drogue en Europe, Office des publications de l’Union
Mathers, B., Degenhardt, L., Ali, H., Wiessing, L., Hickman, M.,
européenne, Luxembourg.
e.a. (2010), «HIV prevention, treatment and care for people who
OEDT (2010b), Harm reduction: evidence, impacts and
inject drugs: a systematic review of global, regional and country
challenges, monographie, Office des publications de l’Union
level coverage», Lancet 375, p. 1014‑1028.
européenne, Luxembourg.
Mayet, S., Manning, V., Williams, A., Loaring, J., et Strang, J.
OEDT (2010c), Problem amphetamine and methamphetamine
(2011), «Impact of training for healthcare professionals on how
use in Europe, Question particulière, Office des publications
to manage an opioid overdose with naloxone: effective, but
de l’Union européenne, Luxembourg.
dissemination is challenging», International Journal of Drug
Policy 22, p. 9‑15.
OEDT (2010d), Treatment and care for older drug users, Question
particulière, Office des publications de l’Union européenne,
McIntosh, J., Bloor, M., et Robertson, M. (2008), «Drug treatment
Luxembourg (disponible en ligne).
and the achievement of paid employment», Addiction Research
OEDT (2010e), Trends in injecting drug use in Europe, Question
and Theory 16, p. 37‑45.
particulière, Office des publications de l’Union européenne,
Mena, G., Giraudon, I., Álvares, E., Corkery, J., Matias, J., e.a.
Luxembourg (disponible en ligne).
(dans la presse), «Cocaine‑related health emergencies in Europe:
OEDT (2011a), Rapport annuel 2011: État du phénomène
A review of sources of information, prevalence and implications
de la drogue en Europe, Office des publications de l’Union
for service development», European Addiction Research.
européenne, Luxembourg.
Merrall, E. L., Bird, S. M., et Hutchinson, S. J. (2012), «Mortality
OEDT (2011b), European drug prevention quality standards,
of those who attended drug services in Scotland 1996‑2006:
manuel, Office des publications de l’Union européenne,
record‑linkage study», International Journal of Drug Policy 23,
Luxembourg.
p. 24‑32.
OEDT (2011c), Mortality related to drug use in Europe: public
Minozzi, S., Amato, L., Vecchi, S., Davoli, M., Kirchmayer, U.,
health implications, Question particulière, Office des publications
et Verster, A. (2011), «Oral naltrexone maintenance treatment
de l’Union européenne, Luxembourg (disponible en en ligne).
for opioid dependence», Cochrane Database of Systematic
OEDT (2011d), Réagir aux nouvelles substances psychoactives,
Reviews (4), p. CD001333.
Objectif drogues 22, Office des publications de l’Union
Mixmag (2012), Mixmag‑Guardian drugs survey (disponible
européenne, Luxembourg.
en ligne).
OEDT (2012a), Cannabis production and markets in Europe,
Mohd‑Fauzi, F., et Bender, A. (2012), Computational analysis of
the possibility of ostarine eliciting psychoactive effects, University
of Cambridge (disponible en ligne).
NACD et PHIRB (National Advisory Committee on Drugs et Public
Health Information and Research Branch) (2011), Drug use in
Ireland and Northern Ireland: first results from the 2010/11 drug
prevalence survey (disponible en ligne).
OEDT (Observatoire européen des drogues et des toxicomanies)
(2007a), Cocaine and crack cocaine: a growing public health
issue, Question particulière, Office des publications officielles
des Communautés européennes, Luxembourg.
OEDT (2007b), Drogue et criminalité: une relation complexe,
Objectif drogues, Office des publications officielles des
Insights, Office des publications de l’Union européenne,
Luxembourg.
OEDT (2012b), Social reintegration and reduction of social
exclusion of drug users: improving labour market participation
of drug users in treatment, Insights, Office des publications de
l’Union européenne, Luxembourg.
OEDT (2012c), Technical report on assistance to EMCDDA to
analyse recent European trends on heroin use by using existing
indirect indicator data, notably treatment demand data and
other indicators (CT.10.EPI.070.1.0), OEDT, Lisbonne (disponible
en ligne).
OEDT et ECDC (2012), Joint EMCDDA and ECDC rapid risk
assessment: HIV in injecting drug users in the EU/EEA, following
a reported increase of cases in Greece and Romania, Office
Communautés européennes, Luxembourg.
des publications de l’Union européenne (disponible en ligne).
OEDT (2009a), Rapport annuel 2009: État du phénomène
OEDT et Europol (2010), Cocaine: a European Union perspective
de la drogue en Europe, Office des publications officielles
in the global context, publications conjointes OEDT‑Europol,
des Communautés européennes, Luxembourg.
Office des publications de l’Union européenne, Luxembourg.
109
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
OEDT et Europol (2011), EMCDDA‑Europol 2011 annual report
Richter, C., Romanowski, A., et Kienast, T. (2009),
on the implementation of Council Decision 2005/387/JHA
«Gamma‑hydroxybutyrat (GHB)-abhängigkeit und entzug bei
(disponible en ligne).
vorbestehender alkoholabhängigkeit», Psychiatrische Praxis 36,
OICS (Organe international de contrôle des stupéfiants) (2012a),
Précurseurs et produits chimiques fréquemment utilisés dans la
Rosen, H. R. (2011), «Clinical practice: chronic hepatitis C
fabrication illicite de stupéfiants et de substances psychotropes,
infection», New England Journal of Medicine 364,
Nations unies, New York (disponible en ligne).
p. 2429‑2438.
OICS (2012b), Rapport de l’Organe international de contrôle
Samhsa (2010), Results from the 2009 National Survey on
des stupéfiants pour 2011, Nations unies, New York (disponible
en ligne).
OMS (2009), Guidelines for the psychosocially assisted
pharmacological treatment of opioid dependence, Organisation
mondiale de la santé, Genève.
OMS (2010), Global tuberculosis control: a short update to
the 2010 report, Organisation mondiale de la santé, Genève.
OMS (2011), Assurer l’équilibre dans les politiques nationales
relatives aux substances sous contrôle — Orientation pour la
disponibilité et l’accessibilité des médicaments sous contrôle,
Organisation mondiale de la santé, Genève.
ONUDC (2009), Rapport mondial sur les drogues 2009, Office
des Nations unies contre la drogue et le crime, Vienne.
ONUDC (2010), Rapport mondial sur les drogues 2010, Office
des Nations unies contre la drogue et le crime, Vienne.
Drug Use and Health: Volume I. Summary of National Findings,
Substance Abuse and Mental Health Services Administration,
Rockville, MD (disponible en ligne).
Sedefov, R., Brandt, S. D., Evans‑Brown, M., Sumnall, H. R.,
Cunningham, A., et Gallegos, A. (2011), «PMMA in ‘ecstasy’
and ‘legal highs’», BMJ (disponible en ligne).
Serious Organised Crime Agency (2011), Drugs: risks associated
with new psychoactive substances, Intelligence report.
Shearer, J., Wodak, A., Mattick, R. P., van Beek, I., Lewis, J.,
e.a. (2001), «Pilot randomized controlled study of
dexamphetamine substitution for amphetamine dependence»,
Addiction 96(9), p. 1289‑1296.
Shen, X., Orson, F. M., et Kosten, T. R. (2011), «Anti‑addiction
vaccines», F1000 Medicine Reports 3, p. 20.
Smith, K., et Flatley, J. (2011), «Drug misuse declared: findings
from the 2010/11 British Crime Survey England and Wales»,
ONUDC (2011a), Afghanistan cannabis survey 2010, Office
Statistical Bulletin, UK Home Office.
des Nations unies contre la drogue et le crime et gouvernement
Steinberg, L. (2008), «A social neuroscience perspective on
afghan.
adolescent risk‑taking», Developmental Review 28, p. 78‑106.
ONUDC (2011b), Rapport mondial sur les drogues 2011, Office
Stock, J., et Kreuzer, A. (1998), «Die polizeiliche
des Nations unies contre la drogue et le crime, Vienne.
Arbeit aus kriminologischer Sicht», Handbuch des
ONUDC (2012), Rapport mondial sur les drogues 2012, Office
des Nations unies contre la drogue et le crime, Vienne.
Ouwehand, A., Wisselink, D. J., Kuijpers, W., van Delden, E. B.,
et Mol, A. (2011), Key figures: addiction care 2010, National
Alcohol and Drugs Information System, Houten, Pays‑Bas.
Polosa, R., et Benowitz, N. L. (2011), «Treatment of nicotine
addiction: present therapeutic options and pipeline
developments», Trends in Pharmacological Sciences 32,
p. 281‑289.
Prinzleve, M., Haasen, C., Zurhold, H., Matali, J. L., Bruguera, E.,
e.a. (2004), «Cocaine use in Europe: a multi‑centre study:
patterns of use in different groups», European Addiction
Betaubungsmitelstrafrechts, p. 1028‑1100.
Stowe, G. N., Schlosburg, J. E., Vendruscolo, L. F., Edwards, S.,
Misra, K. K., e.a. (2012), «Developing a vaccine against
multiple psychoactive targets: a case study of heroin», CNS
and Neurological Disorder Drug Targets 10, p. 865‑875.
Sweeting, M. J., De Angelis, D., Ades, A. E., et Hickman, M.
(2008), «Estimating the prevalence of ex‑injecting drug use in
the population», Statistical Methods in Medical Research 18,
p. 381‑395.
Thomas, K. V., Bijlsma, B., Castiglioni, S., Covaci, A., Emke, E.,
e.a. (dans la presse), «Comparing illicit drug use in 19 European
cities through sewage analysis», Science of the Total Environment.
Research 10, p. 147‑155.
Tiihonen, J., Kuoppasalmi, K., Fohr, J., Tuomola, P.,
Rand Europe (2012), Assessment of the implementation of the EU
methylphenidate, and placebo for amphetamine dependence»,
drugs strategy 2005‑2012 and its action plans, Technical report,
Rand Corporation, Cambridge, Royaume‑Uni.
110
p. 345‑347.
Kuikanmaki, O., e.a. (2007), «A comparison of aripiprazole,
American Journal of Psychiatry 164, p. 160‑162.
Vanderplasschen, W., Goossens, K., Vandevelde, D.,
Reynaud‑Maurupt, C., et Hoareau, E. (2010), «Les carrières
Thienpont, J., Hauglustaine, V., et Littera, L. (2011), «De
de consommation de cocaïne chez les usagers “cachés”»,
CRA+vouchers methodiek: is het belonen van abstinentie bij
Trends, Observatoire français des drogues et des toxicomanies,
cocaïnegebruikers effectief?», Orthopedagogische Reeks
Saint‑Denis (disponible en ligne).
Gent 36, p. 1‑69.
Références
Van der Poel, A., Rodenburg, G., Dijkstra, M., e.a. (2009),
Wiessing, L., Guarita, B., Giraudon, I., Brummer‑Korvenkontio, H.,
«Trends, motivations and settings or recreational cocaine use by
Salminen, M., et Cowan, S. A. (2008), «European monitoring of
adolescents and young adults in the Netherlands», International
notifications of hepatitis C virus infection in the general population
Journal of Drug Policy 20, p. 143‑151.
and among injecting drug users (IDUs): the need to improve
Van Noorden, M. S., van Dongen, L. C., Zitman, F. G., et
Vergouwen, T. A. (2009), «Gamma‑hydroxybutyrate withdrawal
quality and comparability», Euro Surveillance 13(21) (disponible
en ligne).
syndrome: dangerous but not well‑known», General Hospital
Wilkinson, R., et Picket, K. (2010), The spirit level: why equality is
Psychiatry 31, p. 394‑396.
better for everyone, Penguin, Londres.
Vickerman, P., Hickman, M., May, M., Kretzschmar, M., et
Wittchen, H. U., Jacobi, F., Rehm, J., Gustavsson, A.,
Wiessing, L. (2010), «Can hepatitis C virus prevalence be used
Svensson, M., e.a. (2011), «The size and burden of mental
as a measure of injection‑related human immunodeficiency
disorders and other disorders of the brain in Europe 2010»,
virus risk in populations of injecting drug users? An ecological
European Neuropsychopharmacology 21, p. 655‑679.
analysis», Addiction 105, p. 311‑318.
Wood, D. M., Davies, S., Puchnarewicz, M., Johnston, A.,
Vocci, F. J., et Montoya, I. D. (2009), «Psychological treatments
et Dargan, P. I. (2012a), «Acute toxicity associated with the
for stimulant misuse, comparing and contrasting those for
recreational use of the ketamine derivative methoxetamine»,
amphetamine dependence and those for cocaine dependence»,
European Journal of Clinical Pharmacology 68, p. 853‑856.
Current Opinion in Psychiatry 22, p. 263‑268.
Wood, D. M., Measham, F., et Dargan, P. I. (2012b), «Our
Weinstein, A. M., et Gorelick, D. A. (2011), «Pharmacological
favourite drug: prevalence of use and preference for mephedrone
treatment of cannabis dependence», Current Pharmaceutical
in the London night‑time economy 1 year after control», Journal
Design 17, p. 1351‑1358.
of Substance Use 17, p. 91‑97.
111
Observatoire européen des drogues et des toxicomanies
Rapport annuel 2012: état du phénomène de la drogue en Europe
Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne
2012 — 111 p. — 21 × 29,7 cm
ISBN 978-92-9168-542-4
doi:10.2810/6532
Comment vous procurer les publications de l’Union européenne?
Publications gratuites:
•
sur le site de l’EU Bookshop (http://bookshop.europa.eu);
•
a uprès des représentations ou des délégations de l’Union européenne. Vous pouvez obtenir leurs coordonnées en consultant le site http://ec.europa.eu ou par télécopieur au numéro +352 2929-42758.
Publications payantes:
•
sur le site de l’EU Bookshop (http://bookshop.europa.eu).
Abonnements facturés (par exemple séries annuelles du Journal officiel de l’Union européenne,
recueils de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne):
•
a uprès des bureaux de vente de l’Office des publications de l’Union européenne (http://publications.europa.eu/others/agents/index_fr.htm).
2012
RAPPORT
ANNUEL
Les publications de l’Observatoire constituent une des principales sources
d’information pour un public très diversifié, comprenant des décideurs et
leurs conseillers, des professionnels et des chercheurs travaillant dans le
domaine de la toxicomanie et, plus largement, les médias et le grand
public.
I S S N 16 0 9- 6142
L’OEDT collecte, analyse et diffuse des informations factuelles, objectives,
fiables et comparables sur les drogues et la toxicomanie. Ce faisant, il offre
à son public une vue d’ensemble du phénomène de la drogue en Europe
fondée sur des faits probants.
R A P P O RT A N N U E L 2012: É TAT D U P H ÉN O M ÈN E D E L A D RO G U E EN EU RO P E
L’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT)
est l’un des organes décentralisés de l’Union européenne. Créé en 1993
et siégeant à Lisbonne, il constitue la source principale d’informations
approfondies sur les drogues et la toxicomanie en Europe.
T D - AC -12- 0 01- F R - C
À propos de l’OEDT
Le présent rapport présente la vue d’ensemble annuelle de l’OEDT sur l’état
du phénomène de la drogue dans les États membres de l’UE; il constitue un
ouvrage de référence essentiel pour ceux qui recherchent les dernières
découvertes en matière de drogue en Europe.
ÉTAT DU PH ÉNOM ÈN E DE L A DRO GU E
EN EU RO PE
FR