Mise à jour du traitement de l`incontinence urinaire
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Mise à jour du traitement de l`incontinence urinaire
LES pages bleues Mise à jour du traitement de l’incontinence urinaire Introduction L’incontinence urinaire (IU), c’est-à-dire la miction ou l’écoulement d’urine involontaire, est un problème de santé qui demeure non diagnostiqué et sous-traité chez une bonne partie de la population atteinte1. En raison du tabou entourant la maladie et de la gêne qui y est associée, on estime que la moitié des patients affectés évitent de parler de leurs symptômes avec un médecin ou un autre professionnel de la santé2. Même lorsque le diagnostic est établi, il arrive qu’aucun traitement ne soit débuté chez bon nombre de patients1. On peut s’attendre à un fardeau de plus en plus lourd de l’IU sur le système de santé étant donné l’accroissement du vieillissement de la population1,2. Il est important de s’attarder aux enjeux associés à cette maladie puisque de nombreuses options thérapeutiques existent pour maîtriser les symptômes et l’impact positif sur la qualité de vie des patients est significatif1,3. Il est difficile d’obtenir des données fiables sur l’épidémiologie de l’IU étant donné le tabou qui entoure la maladie. Au Canada, une étude effectuée en 2003 situe l’incidence de l’IU à 10 % de la population globale, soit près de 3,3 millions d’individus4. Les données varient selon le sexe, le groupe d’âge et selon que le patient demeure dans un établissement ou non1. Chez la femme, la prévalence est estimée entre 15 % et 30 % dans le groupe des 18 à 40 ans, entre 30 % et 40 % chez les 41 à 64 ans, puis entre 50 % et 55 % chez les plus de 65 ans1,2,5,6. Il existe moins de données quant à la prévalence de l’IU chez l’homme1,5,7. On rapporte des taux avoisinant le tiers ou la moitié des valeurs trouvées chez la femme pour le même groupe d’âge, ce qui semble suggérer un rôle hormonal dans l’étiologie, quoique cela ne soit pas démontré pour le moment1,5. Selon les références consultées, la prévalence chez les personnes vivant en établissement peut atteindre 60 % à 78 % pour les femmes et 45 % à 72 % pour les hommes, ou encore des taux 9 à 10 fois supérieurs à la population en ambulatoire2,4,5,7. On remarque une variation de la prévalence selon le type d’ IU. Chez la femme, on observe une hausse progressive du taux d’incontinence de stress (IS) suivant la ménopause, alors que la prévalence du syndrome de vessie hyperactive (VHA) atteint un plateau en périménopause et progresse de façon relativement stable par la suite1,5. Fardeau économique et social Le fardeau économique et social de l’incontinence urinaire, qu’il soit direct ou indirect, est très élevé2. Les coûts directs sont ceux associés aux couches et serviettes hygiéniques, à la lessive, au nettoyage à sec, au changement de vêtements et de literie, aux services de soins à domicile, aux consultations www.monportailpharmacie.ca médicales avec les omnipraticiens et les spécialistes, aux traitements médicaux ou chirurgicaux non couverts par les régimes de soins de santé et à l’achat de fournitures diverses liés à l’IU. Ces coûts sont estimés à entre 1000 $ et 1500 $ par personne par an en moyenne2,4,7. Pour les personnes qui vivent en établissement, ce montant s’élève plutôt à entre 3000 $ et 10 000 $2. Le coût médical direct de l’IU représente entre 1 et 1,5 milliard de dollars annuellement pour la population canadienne2,4. Pour ce qui est des coûts indirects, associés à la perte de productivité et de rémunération, à l’absentéisme, à l’impact sur l’individu, la famille, les aidants naturels et la société, ils sont beaucoup plus difficiles à estimer2,7. Au Canada, les coûts directs et indirects combinés associés à l’IU totalisent environ 2,6 millions de dollars2,4. Alors qu’on anticipe le vieillissement en masse de la population, les coûts de cette épidémie cachée pour le système de santé ne feront qu’augmenter si de nouvelles avenues thérapeutiques pharmaceutiques ou chirurgicales ne sont pas explorées2,6. L’IU est actuellement la cause la plus courante d’admission aux centres de soins de longue durée au Canada et aux États-Unis2. L’optimisation de la thérapie chez les patients atteints d’IU leur offrira une indépendance accrue pour retarder leur admission à Texte rédigé par Sophie-Christine Gonçalves Thibeault, B. Pharm., Responsable de formation professionnelle au Pharm. D., Université de Montréal. Révision : Dr Alain Naud, urologue, Pavillon Hôtel-Dieu de Québec, CHUQ. Texte original soumis le 6 octobre 2008. Texte final remis 9 octobre 2008. Note : Vous trouverez sur le site web www.MonPortailPharmacie.ca le tableau III intitulé « Les mesures non pharmacologiques pour le traitement de l’IU » ainsi que le tableau V intitulé « Les interventions chirurgicales pour le soulagement de l’IU ». Ils sont accessibles dans la section Archives de Québec Pharmacie, dans le numéro de novembre 2008. Dans la section « FC en ligne », ces tableaux se trouvent intégrés à la chronique. novembre 2008 vol. 55 n° 10 Québec Pharmacie 31 Publié grâce à une subvention sans restrictions de Épidémiologie, incidence et prévalence LES pages bleues un centre de soins de longue durée2,7. Le fardeau économique et social pourra être allégé si les nouvelles approches thérapeutiques sont plus rentables, malgré le fait qu’elles soient généralement plus coûteuses2,8. tionnelle constituent les types les plus courants d’IU1,3,6,7. Le tableau I décrit les principales caractéristiques des différents types d’IU. Étiologie Impact sur la qualité de vie L’impact de l’IU sur la qualité de vie des patients qui en sont atteints est important, sur le plan tant psychologique que social1,2,7,8. L’IU tend à provoquer un retrait social, une perte d’indépendance, une faible estime de soi et une peur de l’intimité en raison de la honte ou de la gêne associées à l’apparence, aux odeurs et aux « accidents »1,2,7. Les patients risquent d’éviter les contacts sociaux, de limiter leurs activités et sont même deux fois plus à risque de voir aparaître un état dépressif2,7. L’habileté des individus à fonctionner au quotidien dans leur milieu professionnel peut aussi être altérée 2,7. Physiopathologie La vessie sert à emmagasiner l’urine jusqu’à son élimination par la miction. L’urètre permet l’écoulement d’urine au moment jugé approprié par l’individu. Les muscles pelviens et péri-urétraux, les réflexes gérés par le système nerveux autonome et le contrôle volontaire du sphincter urétral externe servent à prévenir la miction involontaire. L’incontinence est donc décrite comme étant tout symptôme d’écoulement involontaire d’urine1-3. Types d’incontinence urinaire L’incontinence à l’effort, par urgence (miction impérieuse), par regorgement et fonc- Chez la femme, l’IU peut apparaître après un acccouchement, Elle peut être aussi attribuable à une hypermobilité de l’urètre. Avec le vieillissement, survient aussi une diminution de la résistance urétrale. À la ménopause, un relâchement des muscles péri-urétraux et une diminution de la force des muscles pelviens surviennent. Le rôle de la diminution en œstrogène dans la physiopathologie de l’IU n’est pas encore clairement élucidé2,5. Facteurs de risque de la maladie Il y a de nombreux facteurs de risque associés à l’IU. Le tableau II dresse une liste des facteurs le plus couramment associés à l’individu et aux médicaments. Quelques études ont montré l’ampleur de ces facteurs sur l’incidence de l’IU. Le risque relatif de voir apparaître l’incontinence de stress (IS) est augmenté par un facteur de 2,2 chez les femmes qui ont déjà fumé et de 2,5 chez celles qui fument actuellement6. À la suite d’un sondage effectué aux États-Unis entre 2001 et 2004 auprès de la population non institutionnalisée, on a rapporté que les femmes de race blanche et hispanique sont 2,5 fois plus à risque de manifester de l’IS par rapport aux femmes de races noire ou asiatique12. Pour ce qui est de la VHA, ce sont les femmes de races noire ou hispanique qui sont deux fois plus susceptibles d’en être atteintes comparativement à celles de race blanche12. L’acronyme «DIAPPERS» est souvent utilisé en gériatrie pour détecter la ou les causes sous-jacentes de l’IU (D : démence; I : infection urinaire; A : atrophie vaginale; P : pharmaceutique; P : psychologique; E : endocrinienne ou autre maladie; R : restriction de la mobilité; S : selles enclavées, fécalome ou constipation)11. D’autres facteurs de risque potentiels sont actuellement en investigation : l’abus sexuel chez l’enfant ou l’adulte et les blessures d’origine sexuelle7. Diagnostic L’évaluation médicale de base comprend, chez la femme, une anamnèse détaillée des symptômes avec les antécédents pharmacothérapeutiques et médicaux, un examen pelvien complet, un examen microscopique des urines et, occasionnellement, la mesure du volume résiduel postmictionnel5,6. Des examens plus approfondis tels que les bilans urodynamiques et la cystoscopie sont réservés aux patients qui présentent des comorbidités, des symptômes réfractaires, des symptômes neurologiques ou lorsqu’on prévoit une intervention chirurgicale5. Il arrive aussi qu’on demande au patient de compléter un journal des mictions pour dresser un portrait plus complet de la pathologie, des habitudes de vie et des éléments déclencheurs6. Pour un examen plus détaillé de la physiopathologie et des méthodes diagnostiques en lien avec l’IU, le lecteur peut se référer à l’article intitulé « Le traitement de l’incontinence urinaire » publié dans cette chronique en novembre-décembre 2001, (p. 802-12). Tableau I Description des différents type d’IU Type Description Incontinence de stress, incontinence à l’effort (IS) Incompétence du sphincter urétral qui provoque une fuite d’urine à la suite d’un effort physique (toux, exercice, rire, éternuement, soulèvement d’une charge). Se produit presque exclusivement chez les femmes. Représente la moitié des cas d’IU. Vessie hyperactive (VHA), instabilité vésicale Incontinence par impériosité Présence de contractions du muscle de la vessie qui induisent un besoin immédiat et incontrôlable de vider la vessie, avant qu’elle ne soit pleine. Caractérisée par l’impériosité, une fuite urinaire légère à modérée, des mictions fréquentes (> 8 fois/24 h) pouvant survenir autant le jour que la nuit. Incontinence mixte (IM) Combinaison d’IS et d’incontinence par impériosité. Incontinence par regorgement (IR), Présence d’une vessie hypotonique, d’un sphincter urétral hypertonique et/ou d’une obstruction des voies urinaires se manifestant par une fuite urinaire constante, l’incapacité de vider complètement la vessie, un jet urinaire lent et faible avec l’absence du besoin d’uriner. L’urine s’accumule dans la vessie au point de causer un débordement. Incontinence fonctionnelle (IF) Survient généralement chez un individu qui a un fonctionnement normal des voies urinaires, mais pour qui l’accès à la toilette est difficile, provoquant ainsi une miction involontaire. Facteurs possibles : mobilité réduite, atteinte physique ou cognitive, obstacles dans l’aménagement des lieux, sédation médicamenteuse. 32 Québec Pharmacie vol. 55 n° 10 novembre 2008 Mise à jour du traitement de l’incontinence urinaire Tableau II Facteurs de risque de l’incontinence urinaire Facteurs liés au patient Facteurs modifiables Facteurs non modifiables Obésité (IMC > 25 kg/m2) Âge avancé : prévalence ↑ avec l’âge Consommation d’irritants vésicaux Race Profession qui requiert le soulèvement de lourdes charges ou un grand effort physique Sexe : ratio femme:homme se situe entre 2 à 3:1 Sport de contact Mobilité réduite Malnutrition Le nombre de grossesses et d’accouchements Niveau d’activité physique faible Antécédents familiaux Tabagisme Dextérité ou agilité manuelle ↓ Problèmes médicaux Trouble dépressif Déficience cognitive Constipation ou accumulation de selles dans l’intestin Affaiblissement des muscles pelviens Prolapsus des organes pelviens Ménopause, statut hormonal Hyperplasie bénigne de la prostate Maladies ou problèmes neurologiques Infection des voies urinaires Arthrite Diabète Maladie d’Alzheimer ; maladie de Parkinson Sclérose en plaques Facteurs iatrogéniques Classe Exemples* Bloqueurs alpha-adrénergiques Doxazosine, prazosine, tamsulosine, térazosine, alfuzosine Mécanisme Impact Neuroleptiques Halopéridol, chlorpromazine, prochlorpérazine ↓ Force de compression urétrale; ↓ résistance du sphincter urétral Relaxation urétrale BZD Alprazolam, clonazépam, diazépam IECA Captopril, énalapril, ramipril, lisinopril Toux comme EI ↑ pression intra-abdominale Sédatifs Trazodone, BZD, quétiapine Sédation, délirium, ↓ mobilité Sédation, ↓ mobilité, diurèse, délirium Alcool Parasympathomimétiques Cisapride Diurétiques Furosémide, HCTZ Anticholinergiques Atropine, hyoscyamine Antiparkinsoniens Carbidopa, lévodopa Alpha-agonistes Clonidine, phényléphrine Bloqueurs bêta-adrénergiques Aténolol, labétalol, propranolol BCC Amlodipine, nifédipine, disopyramide ↑ pression intravésicale; ↑ contractions vésicales ↑ résistance urétrale ↑ production d’urine Stimulation du détrusor Abréviations : IMC : indice de masse corporelle; AVC : accident vasculaire cérébral; BZD : benzodiazépines; IECA : inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine II; HCTZ : hydrochlorothiazyde; BCC : bloqueurs des canaux calciques. * Liste non exhaustive Adapté des références 1, 2, 5-7, 9-11 www.monportailpharmacie.ca novembre 2008 vol. 55 n° 10 Québec Pharmacie 33 LES pages bleues Tableau IV Médicaments utilisés dans le traitement de l’IU Médicament / Mécanisme d’action Posologie Effets indésirables Vessie hyperactive Anticholinergiques/antispasmodiques : ↓ Fréquence et force des contractions vésicales Oxybutynine (DitropanMD) Forme régulière 2,5 mg b-qid Libération modifiée (DitropanMD XL) 5 - 30mg die Timbre transdermique (OxytrolMD ) Appliquer un timbre q 3-4 jrs (2 x/sem.) Sécheresse de la bouche et des yeux, sensibilité lumineuse et vision floue, réduction de la sudation, bouffée congestive, somnolence, confusion, constipation Nouvelles molécules Toltérodine (DetrolMD ) Forme régulière 1 - 2 mg bid Libération modifiée (DetrolMD LA) 2 - 4 mg die Darifénacine (EnablexMD) 7,5 - 15 mg die Solifénacine (VesicarMD) 5 - 10 mg die Trospium (TrosecMD) 20 mg die-bid Sécheresse de la bouche, vision anormale, sensibilité lumineuse Sécheresse de la bouche, constipation, vision floue Sécheresse de la bouche, dyspepsie, constipation, maux de tête Antispasmodique : Action plus localisée a/n vésical Flavoxate (UrispasMD ) 200 mg jusqu’à qid Faible incidence : sécheresse de la bouche, nausée et vomissements, maux de tête, somnolence Antidépresseur : ↓ contractions vésicales et ↑ tonus du sphincter urétral Imipramine (TofranilMD) 25 – 100 mg die Nortriptyline (Aventyl ) 25 – 100 mg die Désipramine (NorpraminMD) 25 – 100 mg die MD Problèmes gastro-intestinaux, sécheresse de la bouche, somnolence, faiblesse/fatigue, excitation/anxiété Incontinence de stress Agonistes alpha-adrénergiques : ↑ Tonus sphincter urétral Pseudoéphedrine (SudafedMD ) 15-60 mg tid Tachycardie, palpitations, céphalées, anxiété, tremblements Phényléphrine 10 mg qid N’est plus offert en ingrédient unique au Canada 40-80 mg/jr en 1 ou 2 prises Pas officiellement indiquée dans le tx de l’IU, mais a démontré une efficacité dans l’IS Antidépresseur : ↑ Tonus sphincter urétral Duloxétine (CymbaltaMD) Thérapie hormonale : Contrer l’atrophie urogénitale chez la femme Œstrogènes topiques Œstrogène en crème ou ovule vaginal (Premarin MD cr. / VagifemMD ) 1 applicateur (1 ovule) die x 1 sem., puis 2 x/sem. Œstrogène anneau vag. (EstringMD) 1 anneau vaginal q3 mois (90 jrs) Irritation locale, nausées, céphalées, sensibilité au niveau des seins, ballonnements Incontinence par regorgement Bloqueurs alpha-adrénergiques : ↓ Résistance du sphincter urétral Térazosine (HytrinMD) 1-5 mg die Tamsulosine (FlomaxMD CR) 0,4 0,8 mg die Alfuzosine (XatralMD ) 10 mg die 34 Québec Pharmacie vol. 55 n° 10 novembre 2008 Étourdissements, céphalées, hypotension orthostatique (en début de Tx) surtout pour première génération Mise à jour du traitement de l’incontinence urinaire Tableau IV suite Médicaments utilisés dans le traitement de l’IU Médicament/Mécanisme d’action Posologie Effets indésirables 25-50 mg t-qid ac Cholinergiques Cholinergique Béthanéchol (Duvoid MD ) Abréviations : Tx : traitement(s); Pt(s) : patient(s). Adapté des références 1-3, 5-7, 9-11, 15,17 Principes de traitement Objectifs thérapeutiques Dans la prise en charge de l’IU, on vise à améliorer la qualité de vie des patients en réduisant le nombres d’épisodes d’incontinence, en diminuant la fréquence de nycturie, en limitant le recours aux sous-vêtements absorbants, en améliorant le contrôle des symptômes d’urgence ou en brisant leur isolement social, par exemple1,8. Par la maîtrise adéquate de l’IU, on évite aussi les complications qui y sont associées, telles que les infections urinaires et cutanées8. L’atteinte de ces objectifs accordera aux patients une indépendance accrue et permettra de reporter ou même d’éviter l’admission à un établissement de soins de longue durée2,8. Approche thérapeutique Une approche qui tient compte des divers facteurs de risque d’IU d’un patient et qui cible ses interventions en fonction des symptômes est indispensable pour obtenir un résultat optimal1. Il faut à prime abord identifier et éliminer les éléments pouvant exacerber l’IU, puis entreprendre l’élaboration d’un plan de traitement conjointement avec le patient1. Comme l’IU est une pathologie chronique, l’observance des mesures non pharmacologiques et pharmacologiques mises en place sera essentielle à la maîtrise à long terme de la maladie5. Approche non pharmacologique L’application des différentes mesures non pharmacologiques doit être la première étape dans le traitement de l’IU1-3,5. Les données probantes actuelles montrent que leur utilisation est plus efficace que l’absence de traitement et ne s’accompagne pas des inconvénients associés au traitement pharmacologique ou des risques liés aux interventions chirurgicales2,3. La prise en charge conservatrice peut même s’avérer satisfaisante pour maîtriser l’IU chez une bonne partie des patients3,5. Le tableau III décrit les diverses mesures non pharmacologiques liées au traitement de l’IU. www.monportailpharmacie.ca Toutefois, leur mise en place requiert souvent l’accès à du personnel qualifié (physiothérapeute, ergothérapeute, infirmière, etc.), ce qui peut être problématique dans le contexte actuel de pénurie d’effectifs et de ressources budgétaires limitées2. Le suivi de l’observance et de l’efficacité doit se faire au plus trois mois après l’instauration des mesures non pharmacologiques pour s’assurer une prise en charge adéquate de l’IU et débuter un médicament ou envisager une intervention si nécessaire. détaillés au tableau IV avec les posologies usuelles et les effets indésirables les plus fréquents. Anticholinergiques Les anticholinergiques sont les agents de première ligne dans le traitement pharmacologique de l’IU, en raison de leur taux de succès d’environ 75 %5,8. Les formulations à action prolongée sont les médicaments à privilégier en raison de leur tolérance et de leur efficacité démontrée2,5. La modification des habitudes de vie avant que l’IU ne se manifeste peut s’avérer une stratégie utile pour sa prévention. Prévention Mécanisme d’action Des mesures préventives concrètes n’ont pas encore été identifiées6,7. La modification des habitudes de vie avant que l’IU ne se manifeste peut s’avérer une stratégie utile6,7. Bien que le nombre d’accouchements soit un facteur de risque connu chez la femme, il n’est pas recommandé à l’heure actuelle de privilégier un accouchement par césarienne6. Les anticholinergiques retardent les contractions du détrusor et diminuent les épisodes d’urgence mictionnelle par leur action sur les récepteurs muscariniques M1 à M52,13,15. On attribue leur action au niveau des voies urinaires, principalement au récepteur M3, faisant de celui-ci une cible pharmacologique potentielle à exploiter dans l’avenir8. Traitement pharmacologique Effets indésirables Plusieurs nouveautés dans le traitement de l’IU sont récemment apparues sur le marché. Les nouveaux produits sont généralement mieux tolérés et favorisent l’observance en réduisant le nombre de prises par jour2,5,8. La variété des formes pharmaceutiques et la présence de divers agents dans une même classe thérapeutique offrent un plus grand choix lors de l’individualisation du traitement d’un patient donné2,5,8. Les médicaments utilisés dans le traitement des différents types d’IU sont Les effets indésirables sont attribuables au blocage des récepteurs muscariniques. Ceux-ci incluent la sécheresse de la bouche(inhibition de la sécrétion salivaire) ou des yeux, la confusion, une vision floue ou brouillée (blocage des muscles ciliaires du cristallin suite à une stimulation cholinergique), la constipation (inhibition de la motilité gastrique), le reflux œsophagien, des étourdissements, la somnolence, des palpitations et l’intolérance à la chaleur2,5,8. novembre 2008 vol. 55 n° 10 Québec Pharmacie 35 LES pages bleues Tableau VI Approches thérapeutiques selon le type d’incontinence Type Intervention 3,6 Incontinence de stress (IS)3,6 Approche initiale conservatrice : Modification des habitudes de vie Thérapie comportementale Rééducation du plancher pelvien Utilisation d’un pessaire Approche médicamenteuse : Pseudoéphédrine Approche chirurgicale : 1er choix : Interventions par bandelettes sous-urétrales Colposuspension rétropubienne de Burch Dernier recours : Injection périurétrale d’agents gonflants Vessie hyperactive3,6 Incontinence par impériosité Un Tx initial conservateur, pharmaceutique ou combiné est acceptable en fonction de l’acceptabilité et des Sx du pt Approche conservatrice : Modification des habitudes de vie Thérapie comportementale (surtout rééducation vésicale) Rééducation du plancher pelvien (surtout EPP et ESF) Approche pharmacothérapeutique : Anticholinergiques : oxybutynine, toltérodine, etc. ATC : imipramine Approche chirurgicale : MNS16 Botox Incontinence mixte3,6 Le Tx initial est sélectionné en fonction des Sx prédominants du pt et peut combiner les mesures pharmacologiques et non pharmacologiques utilisées dans l’IS et la VHA Incontinence par regorgement3,6 Approche comportementale : Accorder suffisamment de temps pour une vidange complète Approche médicamenteuse Bloqueurs alpha-adrénergiques : tamsulosine, alfuzosine, etc. Approche chirurgicale RTUP Approche palliative Autocathétérisme intermittent ou sonde urinaire Incontinence fonctionnelle 2,3,6 Modification de l’environnement pour faciliter accès et utilisation de la toilette; revue de la pharmacothérapie pour éliminer les causes iatrogéniques d’IU; thérapie comportementale (surtout mictions régulières ou par incitation); maximiser la mobilité du pt (physio ou ergothérapie). ATC : anti-dépresseurs tricycliques. Adapté des références 1-3, 5-7, 9-11, 16,24 Comparaison des différents agents L’oxybutynine a une action à la fois anti-cholinergique et antispasmodique2. L’oxybutinine est disponible sous forme de libération immédiate, prolongée et transdermique. L’efficacité est la même pour les trois formulations. Le timbre transdermique est utile chez les patients atteints de dysphagie ou qui oublient de prendre leurs médicaments et permet par la même occasion de réduire la quantité de médicaments pris oralement2,8. Dans la nouvelle génération de molécules, on retrouve la toltérodine qui a un pro- 36 fil d’effets indésirables très similaire à l’oxybutynine. Elle semble présenter une incidence plus faible de bouche sèche dans les formulations régulières et à longue action2. Certaines études ont montré un taux d’abandon plus faible à long terme pour la toltérodine en comparaison à l’oxybutynine8. Le trospium est une molécule nouvellement apparue sur le marché canadien. Elle a l’avantage d’être un ammonium quaternaire, ce qui en réduit le passage au niveau de la barrière hémato-encéphalique étant Québec Pharmacie vol. 55 n° 10 novembre 2008 donné sa charge positive, et réduit les effets indésirables sur le système nerveux central2,8. On note une incidence de bouche sèche et de sédation plus faible avec le trospium comparativement à l’oxybutynine, mais un taux plus élevé de bouche sèche en présence de trospium en comparaison à la toltérodine2,8. Ce médicament n’est pas métabolisé par le foie, ce qui évite les interactions impliquant les cytochromes8. La solifénacine est un anticholinergique avec une sélectivité accrue pour les récepteurs M38. Selon les études, son efficacité Mise à jour du traitement de l’incontinence urinaire serait supérieure à la toltérodine avec un profil d’effets indésirables similaire à cette dernière, à l’exception d’une plus grande incidence de constipation8. La darifénacine est un autre anticholinergique sur le marché, mais pour lequel il existe très peu d’information8. Pour le moment, les données indiquent que la darifénacine a une efficacité comparable à l’oxybutynine avec un risque de bouche sèche inférieur à cette dernière8. Étant donné son métabolisme hépatique via les CYP 3A4 et 2D6, il faut faire preuve de vigilance en présence d’insuffisance hépatique et de médicaments qui sont substrats ou inhibiteurs de ces deux cytochromes10. Duloxétine (CymbaltaMD) Santé Canada n’a pas approuvé ce médicament dans le traitement de l’IS, mais il est utilisé pour cette indication en Europe et ailleurs14,17,18. Son efficacité a récemment été démontrée dans une étude contre placebo avec un taux de réussite de plus de 50 % dans le traitement de l’IS légère à modérée5,6,14,17,18. On considère à l’heure actuelle la duloxétine comme une solution de rechange aux mesures non pharmacologiques dans la prise en charge de l’IS5,6,14,17,18. dans le traitement de l’IS, chez des patients bien sélectionnés5,17,19. tions chirurgicales les plus utilisées dans le cadre de l’IU et leurs données sur l’efficacité dans les différents types d’IU. Œstrogènes L’utilisation de l’œstrogène sous forme topique pour soulager les symptômes vaginaux liés à la ménopause est bien documentée2. Étant donné le manque de données probantes sur son efficacité dans le traitement de l’IS et de la VHA, son usage n’est plus recommandé pour la prise en charge de l’IU en l’absence de symptômes vaginaux2,5,20,21. Antidépresseurs tricycliques L’efficacité des antidépresseurs tricycliques (ATC) dans le traitement de l’IU est attribuable en grande partie à leur effet anticholinergique2,9-11,15,20,21. Comme certains ATC, des doses élevées d’imipramine, ont également des effets alpha-adrénergiques, et on note un tonus augmenté du sphincter urétral5,9-11,14,15. Pour le moment, on recommande leur emploi en deuxième ligne de traitement dans l’IS, l’IM et parfois la VHA, préférablement lorsqu’il y a présence d’un trouble dépressif concomitant et lorsque des doses maximales d’anticholinergiques ont été utilisées5,9-11,14,15. Les anticholinergiques sont les agents de première ligne dans le traitement pharmacologique de l’IU, en raison de leur taux de succès d’environ 75 %. Thérapies futures Les voies de la recherche actuelle se penchent entre autres sur l’identification de mesures préventives efficaces, la découverte de nouvelles cibles pharmacothérapeutiques, la clarification des mécanismes physiopathologiques en cause et les moyens d’alléger le fardeau socioéconomique de la maladie8. D’autres avenues de traitement potentielles impliquant des cellules souches sont actuellement en investigation2,22. Conclusion La pierre angulaire de la prise en charge de l’IU est l’application des différentes mesures non pharmacologiques selon le type d’IU en cause3,6. Les résultats de ces interventions sont satisfaisants chez bon nombre de patients, elles sont généralement peu coûteuses et impliquent très peu d’effets indésirables3,6. Lorsque ces mesures sont insuffisantes, on a recours aux agents pharmacologiques, puis aux interventions chirurgicales, deux alternatives thérapeutiques pour lesquelles on a établi la rentabilité à long terme3,6,8. Étant donné le vieillissement de la population, les coûts associés à l’IU et l’impact de celle-ci sur la qualité de vie des patients atteints, les pharmaciens ont un rôle de premier plan pour ce qui est d’individualiser et d’optimiser la thérapie3,6-8. Les traitements recommandés en fonction du type d’incontinence urinaire sont décrits plus en détail au tableau VI. n Ressources La duloxétine est un inhibiteur sélectif du recaptage de la sérotonine et de la norépinéphrine qui provoque aussi une augmentation du tonus du sphincter urétral5,6,14,17,18. Ce qui a pour effet de diminuer les risques d’« accidents » à l’effort14. La duloxétine est également bien tolérée par les patients5,18. Antagonistes Alpha-adrénergiques Agonistes alpha-adrénergiques Interventions chirurgicales Les agonistes alpha-adrénergiques, tels que la pseudoéphédrine et la phényléphrine, sont parfois utilisés pour le soulagement de l’IS, puisque ceux-ci augmentent le tonus du sphincter urétral5,17. Cependant, en raison de l’efficacité limitée et des effets indésirables dangereux qui peuvent survenir (hypertension et arythmies), ce sont des agents de dernier recours Diverses interventions chirurgicales efficaces ont été élaborées pour la prise en charge de l’IU chez les patients lorsque les mesures non pharmacologiques et la pharmacothérapie sont un échec5,6,12. Les interventions possibles visent principalement à corriger l’IS chez la femme et demeurent un choix de premier plan pour ce type d’incontinence5,6,12. Le tableau V décrit les interven- www.monportailpharmacie.ca Sites web Dans les cas de VHA, surtout en présence d’hypertrophie bénigne de la prostate, il est recommandé d’utiliser un antagoniste alpha-adrénergique pour permettre le relâchement des muscles lisses de la prostate et de l’urètre dans le but d’améliorer le flot urinaire14,15. • La fondation d’aide aux personnes incontinentes (canada) :www.continence-fdn.ca • Women’s Bladder Health : http://www.womensbladderhealth.com/ • University of Michigan Health System, Depart- • • • • ment of Obstetrics and Gynaecology : http:// www.med.umich.edu/obgyn/pelvicfloor/ understanding.htm Agence de la santé publique du Canada, Vieillissement et aînés : http://www.phacaspc.gc.ca/ seniors-aines/pubs/info_exchange/incontinence/exch6_f.htm Femmes en santé : http://www.femmesensante. ca/facts/quick_show.cfm?subject=Incontinence %20urinaire%20 On peut télécharger un exemple de journal des mictions à l’adresse : http://www.augs.org/Portals/0/Voiding_Diary.pdf Entraînement du plancher pelvien : http://kidney.niddk.nih.gov/kudiseases/pubs/exercise_ ez/#how Voir références et questions en page 38 novembre 2008 vol. 55 n° 10 Québec Pharmacie 37 LES pages bleues Références 1. National Collaborating Center For Women’s And Children’s Health (NCC-WCH). (Octobre 2006) National Institute for Clinical Evidence (NICE) Clinical Guideline 40: Urinary Incontinence, the Managment of Urinary Incontinence in Women. London : RCOG Press; 249 pages. [En Ligne : PDF] www.Nice. Org.Uk/CG040 2. Ward Health Strategies. (Mai 2006) Incontinence : Une perspective canadienne : Fardeau, traitements et options : Mémoire de recherche. Fondation d’aide aux personnes incontinentes; 45 pages [En Ligne : PDF] http://continence-fdn.ca/pdf/Incontinence-Une_Perspective_Canadienne.pdf 3. Robert M, Ross S. Directive Clinique de la SOGC: Prise en charge conservatrice de l’incontinence urinaire. J Obstet Gynaecol Can 2006; 28 (12) : 1119-25. 4. Herschorn S, Corcos J, Gajewski J et coll. Canadian Urinary Bladder Survey: Population-Based Study Of Symptoms And Incontinence. Neurology And Urodynamics 2003; 22 (5) : 434-5. 5. Johnston S. Préoccupations d’ordre urogénital. Dans : Directive clinique de la SOGC: Conférence canadienne de consensus sur la ménopause, mise à jour 2006. J Obstet Gynaecol Can 2006; 28 (1 Suppl) : S39-S50. 6. Abed H, Rogers RG. Urinary Incontinence and Pelvic Organ Prolapse: Diagnosis and Treatment for The Primary Care Physician. Med Clin N Am 2008; 92 : 1273-1293. 7. Landefeld CS, Bowers BJ, Feld AD et coll. National Institutes of Health State-of-the-Science Conference Statement: Prevention of Fecal and Urinary Incontinence in Adults. Ann Intern Med 2008; 148 :449-458. 8. Levy R, Muller N. Urinary Incontinence: Economic burden and new choices in pharmaceutical treatment, Adv Ther 2006; 23(4) : 556-73. 9. Rovner ES, Wyman J, Lackner T et coll. Section 10 : Urologic Disorders ; Chapter 88 : Urinary Incontinence. Dans : Dipiro JT, Talbert RL, Yee GC et coll. Pharmacotherapy: A Pathophysiologic Approach. 7th ed. Columbus, OH: Mcgraw-Hill, 2008. p. 1399-1413. 10.Grymonpré RE. 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B.La présence d’une vessie hypotonique est généralement responsable des symptômes de miction impérieuse. C.L’incontinence mixte est une combinaison de l’IS et de l’IF. D.La mobilité réduite et une fonction cognitive altérée sont des facteurs de risque pour l’incontinence fonctionnelle. E.L’incontinence de stress (IS) et l’incontinence par miction impérieuse constituent les types les plus courants d’IU. 8) Parmi les énoncés suivants, sélectionnez celui qui est vrai. A.Les anticholinergiques sont le traitement pharmacologique de choix dans l’incontinence de stress. B.La thérapie comportementale et la rééducation du plancher pelvien, au moyen de l’entraînement du plancher pelvien, du biofeedback et de l’électrostimulation fonctionnelle, constituent la pierre angulaire du traitement de la vessie hyperactive. C.La sélection du traitement initial de l’incontinence mixte se fait en fonction des symptômes dominants. D.Les agonistes alpha-adrénergiques constituent l’approche médicamenteuse recommandée dans l’incontinence par VHA. E. Santé Canada a approuvé la duloxétine dans le traitement de l’IS. 9) Lequel des traitements ci-dessous est le plus efficace dans le traitement de la vessie hyperactive ? A. Duloxétine B.Agents anticholinergiques C.Imipramine ou autre ATC D.Agonistes alpha-adrénergiques E.Pseudoéphédrine 10) Quelles sont les approches thérapeutiques recommandées dans l’incontinence de stress ? A. Duloxétine B.Thérapie comportementale C.Rééducation du plancher pelvien D.Agonistes alpha-adrénergiques E.Toutes les options mentionnées sont recommandées 11) Identifiez la mauvaise association entre le type d’incontinence et les facteurs de risque. A.Hypertrophie bénigne de la prostate et incontinence par regorgement. B.Inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine II et incontinence de stress. C.Hypnotiques, alcool et benzodiazépines et vessie hyperactive D. Diurétiques et vessie hyperactive E.Bloqueurs des canaux calciques et vessie hyperactive Veuillez reporter vos réponses dans le formulaire de la page 82 38 Québec Pharmacie vol. 55 n° 10 novembre 2008 u