Fausses couches spontanées et obésité
Transcription
Fausses couches spontanées et obésité
Mise au point Fausses couches spontanées et obésité Quels liens ? Dr Céline Faure*, Dr Nathalie Sermondade*, Dr Achraf Benammar**, Dr Isabelle Cédrin-Durnerin***, Pr Rachel Lévy* Les fausses couches spontanées (FCS) concernent environ 15 % des grossesses. Le bilan étiologique se révèle souvent décevant et la nutrition représente une voie prometteuse insuffisamment explorée. L’obésité est considérée comme un facteur de risque indépendant de FCS après grossesse naturelle. En assistance médicale à la procréation (AMP), le surpoids, et encore plus l’obésité, augmentent le risque de FCS. L’obésité joue négativement sur la qualité ovocytaire et embryonnaire, mais également sur la réceptivité endométriale. Les femmes obèses ont des taux d’androgènes plus élevés, une insulinorésistance et une augmentation du stress oxydatif par rapport aux femmes d’IMC normal. Ces 3 paramètres sont associés à une mauvaise qualité des gamètes, de l’endomètre et du conceptus et à une augmentation du risque de FCS. La part de l’homme dans la survenue des FCS a longtemps été sous-estimée. Si le spermogramme/spermocytogramme demeure indispensable, il est nécessaire d’envisager de nouvelles investigations telles que l’analyse de l’ADN spermatique ou l’étude du stress oxydant. En effet, il a été montré qu’un taux de fragmentation de l’ADN spermatique élevé entraîne une augmentation du risque de FCS. De même, les partenaires de femmes ayant fait une FCS ont un taux de stress oxydatif élevé dans le sperme. Ces 2 paramètres sont augmentés avec l’IMC de l’homme. Evaluer le rôle du surpoids/obésité comme facteur favorisant la survenue de FCS est d’autant plus important qu’il représente un facteur modulable sur lequel on peut intervenir pour améliorer le pronostic de grossesse, avec l’éviction des toxiques et la recommandation d’une alimentation diversifiée et équilibrée. * Service d’Histologie-Embryologie-Cytogénétique-CECOS, CHU Jean Verdier, Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, Bondy ; Unité de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, UMR U557 Inserm ; U1125 INRA ; CNAM ; Université Paris 13, CRNH IdF, Bobigny ** Service d’Histologie-Embryologie-Cytogénétique-CECOS, CHU Jean Verdier, Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, Bondy *** Médecine de la reproduction, CHU Jean Verdier, Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, Bondy ; Unité de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, UMR U557 Inserm ; U1125 Inra ; Cnam ; Université Paris 13, CRNH IdF, Bobigny 208 © Cathy Yeulet - Stocklib Résumé Miscarriages and obesity Miscarriage concerns approximately 15% of pregnancies. Nutritional factors represent a promising aspect, insufficiently investigated. Obesity is considered as an independent risk factor for miscarriage, after natural pregnancy. On assisted reproduction, overweight, and even more obesity, increases miscarriage. Obesity is involved in oocyte and embryo quality, but also in endometrial receptivity. Obese women have rates of androgens higher than women with normal BMI, an insulin resistance and an increase of oxidative stress. These 3 parameters are associated with a bad quality of gametes, endometrium and conceptus and with an increase of the risk of miscarriage. The male part involved in miscarriage was for a long time under-estimated. If conventional sperm analysis remains essential, new investigations have to be considered such as sperm DNA or oxidant stress evaluation. Indeed, it was shown that an elevated rate of spermatic DNA fragmentation increases the risk of miscarriage. Also, the partners of women having made a miscarriage have a rate of oxidative stress, in the sperm, raised. These 2 parameters are increased with BMI. It is particularly important to take into account over weight/obesity as favoring miscarriage because it represents a flexible factor on which intervention is possible to improve pregnancy outcome, with toxic eviction and recommendations for diversified and well-balanced food. Diabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60 Fausses couches spontanées et obésité L’obésité dans la population Prévalence L’obésité et le surpoids sont un problème majeur de santé publique. La prévalence de l’obésité augmente en France d’environ 0,5 % par an avec un gradient sudnord. Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), l’indice de masse corporelle (IMC) permet de définir différentes classes de surpoids et obésité : • un IMC est considéré normal lorsqu’il est compris entre 18,5 et 24,9 kg/m² ; • un individu est en surpoids lorsque son IMC est compris entre 25 et 29,9 kg/m² ; • à partir d’un IMC supérieur ou égal à 30 kg/m², l’individu est considéré obèse, avec différents grades d’obésité (modérée lorsque l’IMC est compris entre 30 et 34,9 kg/m², sévère pour un IMC de 35 à 39,9 kg/m² et morbide si IMC supérieur ou égal à 40 kg/m²). Les couples en âge de procréer Une augmentation du surpoids et de l’obésité s’observe en particulier chez les couples en âge de procréer : un tiers des femmes et la moitié des hommes en âge de procréer sont en surpoids et 15 % des femmes et des hommes en âge de procréer sont obèses (IMC > 30 kg/m²). Récemment, l’obésité et le surpoids ont été associés au problème de fertilité et notamment des fausses couches spontanées (FCS). FCS et récurrences : définitions Les FCS concernent environ 15 % des grossesses et elles sont récurrentes (FCSR) pour 1 à 3 % des femmes. Il n’y a pas de consenDiabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60 sus sur la définition de la fausse couche, ni sur sa récurrence. Certains auteurs ne considèreront qu’il y a FCS que si elle se produit durant le premier trimestre de grossesse alors que d’autres prendront aussi en compte une fausse couche survenue en première moitié du second trimestre de grossesse. Enfin, des auteurs ne spécifient pas la date de survenue de FCS. De même, la récurrence peut être considérée à partir de 3 arrêts précoces de grossesse ou à partir de 2 FCS, qu’elles soient consécutives ou non. IMC et FCS Après conception spontanée Plusieurs auteurs montrent une augmentation du taux de FCS avec l’obésité, suite à une conception spontanée. Metwally et al., en 2010, ont montré une augmentation du taux de FCS de 18 % chez les femmes obèses comparé à des femmes d’IMC normal (1). Plus ré- soit dès le surpoids). Pour des techniques d’AMP plus complexes, telles que la FIV (fécondation in vitro) ou l’ICSI (intracytoplasmic sperm injection), les observations sont les mêmes ; il y a augmentation des FCS avec l’augmentation de l’IMC quel que soit l’âge de la patiente. La récente méta-analyse de Rittenberg et al. confirme ces résultats : augmentation du risque de FCS après FIV/ICSI avec l’augmentation de l’IMC des patientes. Le risque de FCS augmente dès le surpoids (par rapport à un IMC normal) mais est encore plus élevé lorsque la femme est obèse (3). IMC et Qualité des gamètes et du conceptus Les causes d’une augmentation du risque de FCS avec le surpoids et l’obésité sont discutées. Des auteurs ont montré une diminution du nombre et une altération de la qualité des ovocytes Des auteurs ont montré une diminution du nombre et une altération de la qualité des ovocytes chez les femmes en obésité morbide cemment, Boots et al. retrouvent une association significative entre obésité et FCS (13,7 vs 10,9 %) (2). La méta-analyse de Metwally de 2008 sur 16 études démontrait même une augmentation du risque de FCS dès le surpoids (IMC O 25 kg/m²). En assistance médicale à La procréation En assistance médicale à la procréation (AMP), il y a aussi une augmentation du nombre de FCS après induction de l’ovulation chez des femmes d’IMC élevé (O 25 kg/m², chez les femmes en obésité morbide, avec un impact défavorable sur la qualité du conceptus. Dans le contexte de l’AMP, les femmes obèses répondent moins bien à la stimulation. Plus le grade d’obésité est sévère, plus la durée de la stimulation et les doses d’hormones sont importantes. Egalement, les risques d’annulation ou d’hyper stimulation sont augmentés. Dans la revue de Robker comparant des femmes d’IMC normal à des femmes obèses, toutes les études montrent une altération de la qualité des ovocytes et des 209 Mise au point embryons avec l’obésité. Chez les femmes obèses comparées à des femmes d’IMC normal, le pic d’œstradiol est plus faible, la qualité ovocytaire est diminuée, la dose de gonadotrophine est plus élevée et le taux d’annulation est augmenté (4). IMC et réceptivité de l’endomètre Afin d’évaluer l’impact de l’obésité sur l’endomètre, les études sont réalisées sur le modèle du don d’ovocytes. Plusieurs études montrent une augmentation significative du risque de FCS avec l’obésité après don d’ovocytes (les ovocytes étaient de très bonne qualité et de donneuses jeunes dans les 2 groupes). De même, Bellver et al. ont montré un risque de FCS multiplié par 4 lorsque l’IMC de la receveuse dépasse 29,9 kg/m² (5). La même équipe montre, à 2 reprises, une diminution du taux d’implantation chez les receveuses d’IMC élevé par rapport à des receveuses d’IMC normal ainsi qu’une diminution du taux de grossesses. L’obésité semble donc altérer l’environnement utérin avec un impact négatif sur le rôle de l’endomètre. Mécanismes : surpoids/obésité et anomalies endocrines Le surpoids et l’obésité, et particulièrement la graisse viscérale abdominale, évaluée par de simples mesures anthropométriques (tour de taille, tour de hanches) ou une impédancemétrie, sont impliqués dans plusieurs désordres endocriniens. L’insulinorésistance dont découle une hyperinsulinémie et l’impli210 cation de la leptine vont agir sur les surrénales, l’hypophyse, les ovaires ou le foie induisant une inflammation caractérisée par une augmentation de la testostérone libre et une diminution du taux de SHBG (qui lie la testostérone). Cela va conduire à une hyperandrogénie et une augmentation du stress oxydatif, diminuant la qualité des ovocytes, du micro environnement ovocytaire et de la réceptivité de l’endomètre. bryonnaire. L’insulinorésistance constitue à elle seule un facteur de risque de FCS. Une augmentation de la prévalence de l’insulinorésistance a ainsi été observée dans un groupe de femmes non obèses non diabétiques ayant fait des FCS à répétition (27 %), par rapport à une population de femmes témoins à IMC équivalent et ayant conçu sans FCS (9,5 %) (OR = 3,55 ; IC 95 % = 1,4-9,01). Hyperandrogénie Leptine Les femmes obèses ont des taux d’androgènes plus élevés que les femmes d’IMC normal. En particulier, il existe une corrélation entre augmentation de l’IMC et augmentation de la testostérone libre (parallèle à une diminution du taux SHBG). La leptine intervient dans la régulation du poids et de la masse graisseuse. Elle est sécrétée par les adipocytes mais aussi par les ovaires, l’endomètre et le placenta. Elle est impliquée dans l’implantation de l’embryon et la placentation. Le surpoids et l’obésité sont impliqués dans plusieurs désordres endocriniens. L’hyperandrogénie est associée à une augmentation du risque de FCS et à une mauvaise qualité de l’endomètre. Cocksedge et al. ont calculé un indice du taux d’androgènes en divisant la concentration de la testostérone libre par la concentration du SHBG. Ils observent que le risque de FCS augmente avec cet indice. Avec un indice du taux d’androgènes inférieur à 5, le risque de FCS est de 40 %, lorsque cet indice est compris entre 5 et 9, il s’élève à 64 %, enfin quand il est supérieur à 9, le risque atteint 78 % (6). Insulinorésistance La concentration en insuline dans le liquide folliculaire augmente avec l’IMC, entraînant un microenvironnement défavorable qui va altérer la qualité ovocytaire et em- La concentration en leptine dans le sang de femmes enceintes augmente normalement vers les 7e et 8e semaines de grossesse, puis diminue à l’accouchement. Laird et al. ont dosé le taux de leptine aux 6e et 7e puis aux 7e et 8e semaines de grossesse dans le plasma de femmes enceintes et ont regardé l’issue de la grossesse. Les femmes ayant accouché à terme ont une concentration de leptine supérieure aux 7e et 8e semaines de grossesse par rapport à sa concentration aux 6e et 7e. Les femmes ayant fait une fausse couche ont des taux de leptine inférieurs au groupe des femmes enceintes et n’ont pas d’augmentation aux 7e et 8e semaines de grossesse par rapport aux 6e et 7e (7). Sur le même principe, Lage et al. avaient dosé la leptine dans difDiabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60 Fausses couches spontanées et obésité férents groupes de femmes : non enceinte, au premier trimestre de grossesse, 24 h après l’accouchement ou 24 h après une FCS. Les femmes au premier trimestre de grossesse ont la concentration en leptine dans le sang la plus élevée (14,3 µg/L). 24 h après l’accouchement, la concentration en leptine a chuté (9,4 µg/L). Les femmes non enceintes ont une concentration en leptine plus faible que les femmes au premier trimestre de grossesse mais plus élevée qu’après l’accouchement (11,7 µg/l). Enfin, chez les femmes venant de faire une fausse couche, Ce gain de tissu adipeux viscéral chez les femmes obèses induit un syndrome inflammatoire associé à une augmentation du stress oxydatif. Ce stress oxydatif, perturbant l’environnement embryonnaire, pourrait être impliqué dans les FCS. Une augmentation des marqueurs du stress oxydatif est retrouvée dans les placentas issus de femmes ayant fait une FCS par rapport aux placentas du groupe contrôle. De plus, l’obésité viscérale abdominale est associée à une redistribution des acides gras non estérifiés avec une accumulation ectopique (foie, muscles, cœur…) Durant la grossesse, les femmes obèses gagnent préférentiellement de la graisse dans les compartiments centraux du corps. la plus faible concentration en leptine est retrouvée dans leur sang (8,8 µg/L), proche de la concentration 24 h après l’accouchement. Il semble donc que la concentration en leptine augmente durant la grossesse (principalement au premier trimestre) et chute à l’accouchement. Les femmes souffrant de FCS ne semblent pas avoir cette augmentation du taux de leptine et ont une concentration en leptine dans le sang, au moment de la FCS, proche de la concentration à l’accouchement. Répartition des graisses Durant la grossesse, les femmes d’IMC normal gagnent de la graisse dans les compartiments périphériques du corps (bras et région costale). A l’opposé, les femmes obèses gagnent préférentiellement de la graisse dans les compartiments centraux du corps (compris entre les régions suprailiaque et subscapulaire). Diabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60 entraînant une lipotoxicité liée à un stress oxydant accru. Les conséquences sont une inhibition de l’invasion trophoblastique, une altération du développement placentaire et de la fonction endothéliale maternelle, avec un risque accru de FCS (8). Enfin, il est important de noter que certaines femmes d’IMC normal ont une répartition abdominale des graisses. Elles présentent un syndrome inflammatoire (augmentation des cytokines proinflammatoires) et une insulino résistance et sont donc à risque de FCS. Cette anomalie métabolique, souvent retrouvée sous le nom d’“obésité androïde”, se caractérise par une augmentation du rapport tour de taille sur tour de hanches en dépit de toute relation avec l’IMC. Des études montrent qu’un rapport TT/TH O 0,8 induit une diminution du taux de grossesse quel que soit l’IMC. En insémination artificielle, une étude a montré qu’une augmentation de 0,1 point de ce rapport était associée à une diminution de 30 % du taux de conception. Perte de poids par régime L’amélioration rapide de la fonction de reproduction après une perte de poids suggère que les effets délétères de l’obésité sur la reproduction seraient modulables et réversibles. Dans un groupe de patientes obèses infertiles avec anovulation, il a été montré qu’une perte de poids de 5 à 10 % du poids initial (ou une réduction de 30 % de masse grasse) améliore la qualité de l’ovulation et les taux de grossesses spontanées, et réduit les risques de FCS. Deux études chez près de 150 femmes obèses ont également constaté une chute majeure du taux de FCS (de 75 % à 25 %, et 18 % respectivement) après une perte de poids de 10 kg (9, 10). La mise en place de mesures hygiéno-diététiques dès le début de la grossesse chez des femmes obèses permet une diminution significative des taux de FCS. En AMP, quelques études ont montré l’efficacité d’un régime hypocalorique chez des femmes en surpoids et obèses, avant et pendant la FIV, sur les taux de grossesse (11). La part de l’homme Le risque de FCS peut être augmenté par un facteur masculin. Les qualités génétiques Les qualités génétiques, mais également épigénétiques, du gamète mâle sont essentielles dans le développement embryonnaire. Plus 211 Mise au point de 50 % des FCS restant d’étiologie inconnue, la part d’un défaut spermatique à l’origine de pertes embryonnaires semble importante à évaluer. En cas de FCSR a pu être décrite une augmentation significative : • des spermatozoïdes de morphologie atypique ; Stress oxydatif L’impact du stress oxydatif dans la survenue des FCS apparaît directement dans l’étude de Gil-Villa et al. (14). Pour 23 couples ayant fait au moins 2 FCS précoces, les auteurs observent plus d’altérations des paramètres spermatiques (concentration, mobilité et mor- Les effets délétères de l’obésité sur la reproduction seraient modulables et réversibles. • des aneuploïdies spermatiques ; • et des anomalies de condensation de la chromatine. Fragmentation de l’ADN spermatique De nombreuses études ont également associé l’augmentation de la fragmentation de l’ADN spermatique au risque de perte embryonnaire. Carrel et al. observent une augmentation de la fragmentation de l’ADN dans le groupe de conjoints dont la partenaire a eu des FCSR (38 ± 4,2 %) comparé au groupe contrôle sans FCSR (11,9 ± 1 %) ou à la population générale (22 ± 2 %) (p < 0,001) (12). En AMP, un taux de FCS significativement plus élevé a également été observé dans le groupe où l’ADN spermatique était fragmenté à plus de 27 %. Plusieurs études récentes relient la qualité de l’ADN spermatique à l’alimentation du mâle. Le taux de fragmentation de l’ADN spermatique est significativement augmenté en cas de surpoids ou d’obésité. Un régime riche en fruits, légumes et poissons est associé à un index de fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes diminué (13). De plus, la fragmentation de l’ADN spermatique est reliée principalement à un stress oxydant accru. 212 phologie), une peroxydation lipidique des membranes de spermatozoïdes accrue, et une moindre capacité antioxydante du plasma séminal, comparés à un groupe témoin d’hommes fertiles sans antécédent de FCS. La même équipe a évalué le stress oxydant pour 17 partenaires de femmes ayant subi au moins 2 FCS précoces. Neuf d’entre eux, présentant une augmentation de la fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes ou une péroxydation lipidique élevée, ont bénéficié d’une supplémentation en antioxydants ou en multivitamines pendant au moins 3 mois. Pour six d’entre eux, une grossesse a été obtenue et menée à terme avec naissance vivante. Plus récemment, Shamsi et al. ont retrouvé un stress oxydatif important, mesuré par la production d’espèces réactives de l’oxygène (ERO), dans le sperme de partenaires de femmes ayant fait une FCS (15). De plus, la production d’ERO augmente avec l’augmentation de l’IMC. Obésité viscérale Enfin, comme pour les femmes, il faut considérer chez l’homme l’obésité viscérale. Cette obésité viscérale se traduit par une augmentation du tour de taille sans forcément être considéré comme obèse par le simple calcul de l’IMC mais a un impact négatif sur la fertilité. Il a été montré une relation inverse entre le tour de taille et la qualité du sperme. Ces études, malgré des effectifs souvent modestes, confirment l’importance de l’évaluation de la part masculine dans la survenue de FCS, associant fragmentation de l’ADN, intégrité de la chromatine et détection des aneuploïdies. Conclusion • Les FCS concernent environ 15 % des grossesses et sont liées à des anomalies chromosomiques dans la majorité des cas. Les FCS à répétition constituent une entité à part, et concernent environ 1 % des femmes. • Le bilan étiologique des FCS se révèle souvent décevant. La nutrition représente une voie intéressante, mais à ce jour insuffisamment explorée. De nombreuses études soulignent l’impact de la nutrition sur la fertilité, la gamétogenèse, le développement embryonnaire et l’évolution des grossesses. L’obésité est considérée comme un facteur de risque indépendant de FCS, quel que soit le mode de conception. Les effets de l’obésité portent sur la qualité ovocytaire et embryonnaire, mais également sur la réceptivité endométriale. • La part de l’homme dans la survenue des FCS a longtemps été sous-estimée, négligeant le rôle du “mâle” dans les processus de développement embryonnaire, d’implantation et de développement placentaire. Si le spermogramme-spermocytogramme demeure indispensable, il est nécessaire d’envisager de nouvelles investigations dans les Diabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60 Fausses couches spontanées et obésité cas de FCSR. L’analyse de l’ADN spermatique ainsi que l’étude du stress oxydant peuvent s’avérer informatives. • Evaluer le rôle de l’alimentation comme facteur favorisant la survenue de FCS est d’autant plus important qu’elle représente un facteur modulable sur lequel on peut intervenir pour améliorer le pronostic de grossesse. Outre l’éviction des toxiques (alcool, tabac, café), une alimentation diversifiée et équilibrée peut être conseillée mais pauvre en acides gras saturés et en glucides à forte charge glycémique. • Les effets des compléments alimentaires sur la survenue de FCS demeurent controversés. Dans le cas de FCSR associées à un stress oxydant accru avec fragmentation de l’ADN spermatique identifiée, il pourrait être bénéfique d’optimiser la consommation d’antioxydants par le père. Cependant, l’efficacité et l’innocuité des compléments alimentaires reste à démontrer dans la fertilité. La prise non médicalement contrôlée d’antioxydants peut provoquer une sensibilité accrue de l’ADN à la dénaturation, bien que la diminution du taux de fragmentation et un excès d’antioxydants puissent, dans certaines conditions, être associés à un risque accru de certains cancers. n Mots-clés : Fausse-couche spontanée, Nutrition, Obésité, Surpoids, Sperme Keywords Miscarriage, nutrition, obesity, overweight, sperm Bibliographie 1. Metwally M, Saravelos SH, Ledger WL, Li TC. Body mass index and risk of miscarriage in women with recurrent miscarriage. Fertil Steril 2010 ; 94 : 290-5. 2. Boots C, Stephenson MD. Does obesity increase the risk of miscarriage in spontaneous conception: a systematic review. Semin Reprod Med 2011 ; 29 : 507-13. 3. Rittenberg V, Seshadri S, Sunkara SK et al. Effect of body mass index on IVF treatment outcome: an updated systematic review and meta-analysis. Reprod Biomed Online 2011 ; 23 : 421-39. 4. Robker RL. Evidence that obesity alters the quality of oocytes and embryos. Pathophysiology 2008 ; 15 : 115-21. 5. Bellver J, Ayllon Y, Ferrando M et al. Female obesity impairs in vitro fertilization outcome without affecting embryo quality. Fertil Steril 2010 ; 93 : 447-54. 6. Cocksedge KA, Saravelos SH, Wang Q et al. Does free androgen index predict subsequent pregnancy outcome in women with recurrent miscarriage? Hum Reprod 2008 ; 23 : 797-802. 7. Laird SM, Quinton ND, Anstie B et al. Leptin and leptin-binding activity in women with recurrent miscarriage: correlation with pregnancy outcome. Hum Reprod 2001 ; 16 : 2008-13. 8. Jarvie E, Hauguel-de-Mouzon S, Nelson SM et al. Lipotoxicity in obese pregnancy and its potential role in adverse pregnancy outcome and obe- Diabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60 sity in the offspring. Clin Sci (Lond) 2010 ; 119 : 123-9. 9. Clark AM, Ledger W, Galletly C et al. Weight loss results in significant improvement in pregnancy and ovulation rates in anovulatory obese women. Hum Reprod 1995 ; 10 : 2705-12. 10. Clark AM, Thornley B, Tomlinson L et al. Weight loss in obese infertile women results in improvement in reproductive outcome for all forms of fertility treatment. Hum Reprod 1998 ; 13 : 1502-5. 11. Moran L, Tsagareli V, Norman R, Noakes M. Diet and IVF pilot study: short-term weight loss improves pregnancy rates in overweight/obese women undertaking IVF. Aust N Z J Obstet Gynaecol 2011 ; 51 : 455-9. 12. Carrell DT, Liu L, Perterson CM et al. Sperm DNA fragmentation is increased in couples with unexplained recurrent pregnancy loss. Arch Androl 2003 ; 49 : 49-55. 13. Mendiola J, Torres-Cantero AM, Vioque J et al. A low intake of antioxidant nutrients is associated with poor semen quality in patients attending fertility clinics. Fertil Steril 2010 ; 93 : 1128-33. 14. Gil-Villa AM, Cardona-Maya W, Agarwal A et al. Assessment of sperm factors possibly involved in early recurrent pregnancy loss. Fertil Steril 2010 ; 94 : 1465-72. 15. Shamsi MB, Venkatesh S, Pathak D et al. Sperm DNA damage & oxidative stress in recurrent spontaneous abortion (RSA). Indian J Med Res 2011 ; 133 : 550-1. 213