Fausses couches spontanées et obésité

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Fausses couches spontanées et obésité
Mise au point
Fausses couches spontanées
et obésité
Quels liens ?
Dr Céline Faure*, Dr Nathalie Sermondade*,
Dr Achraf Benammar**, Dr Isabelle Cédrin-Durnerin***,
Pr Rachel Lévy*
Les fausses couches spontanées (FCS) concernent environ 15 %
des grossesses. Le bilan étiologique se révèle souvent décevant
et la nutrition représente une voie prometteuse insuffisamment
explorée.
L’obésité est considérée comme un facteur de risque indépendant
de FCS après grossesse naturelle. En assistance médicale à la
procréation (AMP), le surpoids, et encore plus l’obésité, augmentent le risque de FCS. L’obésité joue négativement sur la qualité
ovocytaire et embryonnaire, mais également sur la réceptivité endométriale.
Les femmes obèses ont des taux d’androgènes plus élevés, une
insulinorésistance et une augmentation du stress oxydatif par rapport aux femmes d’IMC normal. Ces 3 paramètres sont associés à
une mauvaise qualité des gamètes, de l’endomètre et du conceptus et à une augmentation du risque de FCS.
La part de l’homme dans la survenue des FCS a longtemps été
sous-estimée. Si le spermogramme/spermocytogramme demeure
indispensable, il est nécessaire d’envisager de nouvelles investigations telles que l’analyse de l’ADN spermatique ou l’étude du
stress oxydant. En effet, il a été montré qu’un taux de fragmentation de l’ADN spermatique élevé entraîne une augmentation du
risque de FCS. De même, les partenaires de femmes ayant fait
une FCS ont un taux de stress oxydatif élevé dans le sperme. Ces
2 paramètres sont augmentés avec l’IMC de l’homme.
Evaluer le rôle du surpoids/obésité comme facteur favorisant la
survenue de FCS est d’autant plus important qu’il représente un
facteur modulable sur lequel on peut intervenir pour améliorer le
pronostic de grossesse, avec l’éviction des toxiques et la recommandation d’une alimentation diversifiée et équilibrée.
* Service d’Histologie-Embryologie-Cytogénétique-CECOS, CHU Jean Verdier, Assistance Publique - Hôpitaux de Paris,
Bondy ; Unité de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, UMR U557 Inserm ; U1125 INRA ; CNAM ; Université Paris
13, CRNH IdF, Bobigny
** Service d’Histologie-Embryologie-Cytogénétique-CECOS, CHU Jean Verdier, Assistance Publique - Hôpitaux de Paris,
Bondy
*** Médecine de la reproduction, CHU Jean Verdier, Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, Bondy ; Unité de Recherche
en Epidémiologie Nutritionnelle, UMR U557 Inserm ; U1125 Inra ; Cnam ; Université Paris 13, CRNH IdF, Bobigny
208
© Cathy Yeulet - Stocklib
Résumé
Miscarriages and obesity
Miscarriage concerns approximately 15% of pregnancies. Nutritional factors represent a promising aspect,
insufficiently investigated.
Obesity is considered as an independent risk factor
for miscarriage, after natural pregnancy. On assisted
reproduction, overweight, and even more obesity, increases miscarriage. Obesity is involved in oocyte and
embryo quality, but also in endometrial receptivity.
Obese women have rates of androgens higher than
women with normal BMI, an insulin resistance and an
increase of oxidative stress. These 3 parameters are
associated with a bad quality of gametes, endometrium and conceptus and with an increase of the risk
of miscarriage.
The male part involved in miscarriage was for a long
time under-estimated. If conventional sperm analysis
remains essential, new investigations have to be considered such as sperm DNA or oxidant stress evaluation.
Indeed, it was shown that an elevated rate of spermatic
DNA fragmentation increases the risk of miscarriage.
Also, the partners of women having made a miscarriage have a rate of oxidative stress, in the sperm, raised. These 2 parameters are increased with BMI.
It is particularly important to take into account over­
weight/obesity as favoring miscarriage because it
represents a flexible factor on which intervention is
possible to improve pregnancy outcome, with toxic
eviction and recommendations for diversified and
well-balanced food.
Diabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60
Fausses couches spontanées et obésité
L’obésité dans
la population
Prévalence
L’obésité et le surpoids sont un
problème majeur de santé publique. La prévalence de l’obésité
augmente en France d’environ
0,5 % par an avec un gradient sudnord. Selon l’OMS (Organisation
mondiale de la santé), l’indice de
masse corporelle (IMC) permet
de définir différentes classes de
surpoids et obésité :
• un IMC est considéré normal
lorsqu’il est compris entre 18,5 et
24,9 kg/m² ;
• un individu est en surpoids
lorsque son IMC est compris entre
25 et 29,9 kg/m² ;
• à partir d’un IMC supérieur ou
égal à 30 kg/m², l’individu est
considéré obèse, avec différents
grades d’obésité (modérée lorsque
l’IMC est compris entre 30 et
34,9 kg/m², sévère pour un IMC de
35 à 39,9 kg/m² et morbide si IMC
supérieur ou égal à 40 kg/m²).
Les couples
en âge de procréer
Une augmentation du surpoids
et de l’obésité s’observe en particulier chez les couples en âge de
procréer : un tiers des femmes et
la moitié des hommes en âge de
procréer sont en surpoids et 15 %
des femmes et des hommes en âge
de procréer sont obèses (IMC >
30 kg/m²).
Récemment, l’obésité et le
surpoids ont été associés au problème de fertilité et notamment
des fausses couches spontanées
(FCS).
FCS et récurrences :
définitions
Les FCS concernent environ 15 %
des grossesses et elles sont récurrentes (FCSR) pour 1 à 3 % des
femmes. Il n’y a pas de consenDiabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60
sus sur la définition de la fausse
couche, ni sur sa récurrence. Certains auteurs ne considèreront
qu’il y a FCS que si elle se produit
durant le premier trimestre de
grossesse alors que d’autres prendront aussi en compte une fausse
couche survenue en première
moitié du second trimestre de
grossesse. Enfin, des auteurs ne
spécifient pas la date de survenue
de FCS. De même, la récurrence
peut être considérée à partir de
3 arrêts précoces de grossesse ou
à partir de 2 FCS, qu’elles soient
consécutives ou non.
IMC et FCS
Après conception spontanée
Plusieurs auteurs montrent une
augmentation du taux de FCS
avec l’obésité, suite à une conception spontanée. Metwally et al., en
2010, ont montré une augmentation du taux de FCS de 18 % chez
les femmes obèses comparé à des
femmes d’IMC normal (1). Plus ré-
soit dès le surpoids).
Pour des techniques d’AMP plus
complexes, telles que la FIV (fécondation in vitro) ou l’ICSI (intracytoplasmic sperm injection),
les observations sont les mêmes ;
il y a augmentation des FCS avec
l’augmentation de l’IMC quel que
soit l’âge de la patiente. La récente
méta-analyse de Rittenberg et al.
confirme ces résultats : augmentation du risque de FCS après
FIV/ICSI avec l’augmentation de
l’IMC des patientes. Le risque de
FCS augmente dès le surpoids (par
rapport à un IMC normal) mais
est encore plus élevé lorsque la
femme est obèse (3).
IMC et
Qualité des gamètes
et du conceptus
Les causes d’une augmentation du
risque de FCS avec le surpoids et
l’obésité sont discutées.
Des auteurs ont montré une diminution du nombre et une altération de la qualité des ovocytes
Des auteurs ont montré une diminution du
nombre et une altération de la qualité des
ovocytes chez les femmes en obésité morbide
cemment, Boots et al. retrouvent
une association significative entre
obésité et FCS (13,7 vs 10,9 %) (2).
La méta-analyse de Metwally
de 2008 sur 16 études démontrait même une augmentation
du risque de FCS dès le surpoids
(IMC O 25 kg/m²).
En assistance médicale
à La procréation
En assistance médicale à la procréation (AMP), il y a aussi une augmentation du nombre de FCS après
induction de l’ovulation chez des
femmes d’IMC élevé (O 25 kg/m²,
chez les femmes en obésité morbide, avec un impact défavorable
sur la qualité du conceptus. Dans
le contexte de l’AMP, les femmes
obèses répondent moins bien à la
stimulation. Plus le grade d’obésité
est sévère, plus la durée de la stimulation et les doses d’hormones
sont importantes. Egalement, les
risques d’annulation ou d’hyper­
stimulation sont augmentés.
Dans la revue de Robker comparant des femmes d’IMC normal
à des femmes obèses, toutes les
études montrent une altération
de la qualité des ovocytes et des
209
Mise au point
embryons avec l’obésité. Chez
les femmes obèses comparées à
des femmes d’IMC normal, le pic
d’œstradiol est plus faible, la qualité ovocytaire est diminuée, la
dose de gonadotrophine est plus
élevée et le taux d’annulation est
augmenté (4).
IMC et réceptivité
de l’endomètre
Afin d’évaluer l’impact de l’obésité
sur l’endomètre, les études sont
réalisées sur le modèle du don
d’ovocytes.
Plusieurs études montrent une
augmentation significative du
risque de FCS avec l’obésité après
don d’ovocytes (les ovocytes
étaient de très bonne qualité et
de donneuses jeunes dans les
2 groupes). De même, Bellver et al.
ont montré un risque de FCS multiplié par 4 lorsque l’IMC de la receveuse dépasse 29,9 kg/m² (5). La
même équipe montre, à 2 reprises,
une diminution du taux d’implantation chez les receveuses d’IMC
élevé par rapport à des receveuses
d’IMC normal ainsi qu’une diminution du taux de grossesses.
L’obésité semble donc altérer
l’environnement utérin avec un
impact négatif sur le rôle de l’endomètre.
Mécanismes :
surpoids/obésité
et anomalies
endocrines
Le surpoids et l’obésité, et particulièrement la graisse viscérale abdominale, évaluée par de simples
mesures anthropométriques (tour
de taille, tour de hanches) ou une
impédancemétrie, sont impliqués
dans plusieurs désordres endocriniens.
L’insulinorésistance dont découle
une hyperinsulinémie et l’impli210
cation de la leptine vont agir sur
les surrénales, l’hypophyse, les
ovaires ou le foie induisant une
inflammation caractérisée par une
augmentation de la testostérone
libre et une diminution du taux
de SHBG (qui lie la testostérone).
Cela va conduire à une hyperandrogénie et une augmentation
du stress oxydatif, diminuant la
qualité des ovocytes, du micro­
environnement ovocytaire et de la
réceptivité de l’endomètre.
bryonnaire.
L’insulinorésistance constitue à
elle seule un facteur de risque de
FCS. Une augmentation de la prévalence de l’insulinorésistance a
ainsi été observée dans un groupe
de femmes non obèses non diabétiques ayant fait des FCS à répétition (27 %), par rapport à une
population de femmes témoins
à IMC équivalent et ayant conçu
sans FCS (9,5 %) (OR = 3,55 ;
IC 95 % = 1,4-9,01).
Hyperandrogénie
Leptine
Les femmes obèses ont des taux
d’androgènes plus élevés que les
femmes d’IMC normal. En particulier, il existe une corrélation
entre augmentation de l’IMC et
augmentation de la testostérone
libre (parallèle à une diminution
du taux SHBG).
La leptine intervient dans la régulation du poids et de la masse
graisseuse. Elle est sécrétée par
les adipocytes mais aussi par les
ovaires, l’endomètre et le placenta. Elle est impliquée dans
l’implantation de l’embryon et la
placentation.
Le surpoids et l’obésité sont impliqués dans
plusieurs désordres endocriniens.
L’hyperandrogénie est associée
à une augmentation du risque de
FCS et à une mauvaise qualité de
l’endomètre.
Cocksedge et al. ont calculé un
indice du taux d’androgènes en
divisant la concentration de la testostérone libre par la concentration du SHBG. Ils observent que le
risque de FCS augmente avec cet
indice. Avec un indice du taux d’androgènes inférieur à 5, le risque de
FCS est de 40 %, lorsque cet indice
est compris entre 5 et 9, il s’élève à
64 %, enfin quand il est supérieur
à 9, le risque atteint 78 % (6).
Insulinorésistance
La concentration en insuline dans
le liquide folliculaire augmente
avec l’IMC, entraînant un microenvironnement défavorable qui va
altérer la qualité ovocytaire et em-
La concentration en leptine dans
le sang de femmes enceintes augmente normalement vers les 7e et
8e semaines de grossesse, puis diminue à l’accouchement. Laird et
al. ont dosé le taux de leptine aux
6e et 7e puis aux 7e et 8e semaines
de grossesse dans le plasma de
femmes enceintes et ont regardé
l’issue de la grossesse. Les femmes
ayant accouché à terme ont une
concentration de leptine supérieure aux 7e et 8e semaines de
grossesse par rapport à sa concentration aux 6e et 7e. Les femmes
ayant fait une fausse couche ont
des taux de leptine inférieurs au
groupe des femmes enceintes et
n’ont pas d’augmentation aux 7e et
8e semaines de grossesse par rapport aux 6e et 7e (7).
Sur le même principe, Lage et al.
avaient dosé la leptine dans difDiabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60
Fausses couches spontanées et obésité
férents groupes de femmes : non
enceinte, au premier trimestre de
grossesse, 24 h après l’accouchement ou 24 h après une FCS.
Les femmes au premier trimestre
de grossesse ont la concentration
en leptine dans le sang la plus
élevée (14,3 µg/L). 24 h après l’accouchement, la concentration
en leptine a chuté (9,4 µg/L). Les
femmes non enceintes ont une
concentration en leptine plus
faible que les femmes au premier
trimestre de grossesse mais plus
élevée qu’après l’accouchement
(11,7 µg/l). Enfin, chez les femmes
venant de faire une fausse couche,
Ce gain de tissu adipeux viscéral
chez les femmes obèses induit un
syndrome inflammatoire associé à
une augmentation du stress oxydatif. Ce stress oxydatif, perturbant
l’environnement embryonnaire,
pourrait être impliqué dans les FCS.
Une augmentation des marqueurs
du stress oxydatif est retrouvée
dans les placentas issus de femmes
ayant fait une FCS par rapport aux
placentas du groupe contrôle.
De plus, l’obésité viscérale abdominale est associée à une redistribution des acides gras non
estérifiés avec une accumulation
ectopique (foie, muscles, cœur…)
Durant la grossesse, les femmes obèses
gagnent préférentiellement de la graisse dans
les compartiments centraux du corps.
la plus faible concentration en leptine est retrouvée dans leur sang
(8,8 µg/L), proche de la concentration 24 h après l’accouchement.
Il semble donc que la concentration en leptine augmente durant la
grossesse (principalement au premier trimestre) et chute à l’accouchement. Les femmes souffrant de
FCS ne semblent pas avoir cette
augmentation du taux de leptine
et ont une concentration en leptine dans le sang, au moment de la
FCS, proche de la concentration à
l’accouchement.
Répartition des graisses
Durant la grossesse, les femmes
d’IMC normal gagnent de la
graisse dans les compartiments
périphériques du corps (bras et
région costale). A l’opposé, les
femmes obèses gagnent préférentiellement de la graisse dans les
compartiments centraux du corps
(compris entre les régions suprailiaque et subscapulaire).
Diabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60
entraînant une lipotoxicité liée
à un stress oxydant accru. Les
conséquences sont une inhibition
de l’invasion trophoblastique, une
altération du développement placentaire et de la fonction endothéliale maternelle, avec un risque
accru de FCS (8).
Enfin, il est important de noter
que certaines femmes d’IMC normal ont une répartition abdominale des graisses. Elles présentent un syndrome inflammatoire
(augmentation des cytokines proinflammatoires) et une insulino­
résistance et sont donc à risque de
FCS.
Cette anomalie métabolique, souvent retrouvée sous le nom d’“obésité androïde”, se caractérise par
une augmentation du rapport tour
de taille sur tour de hanches en
dépit de toute relation avec l’IMC.
Des études montrent qu’un rapport TT/TH O 0,8 induit une diminution du taux de grossesse quel
que soit l’IMC. En insémination
artificielle, une étude a montré
qu’une augmentation de 0,1 point
de ce rapport était associée à une
diminution de 30 % du taux de
conception.
Perte de poids
par régime
L’amélioration rapide de la fonction de reproduction après une
perte de poids suggère que les effets délétères de l’obésité sur la reproduction seraient modulables et
réversibles.
Dans un groupe de patientes obèses
infertiles avec anovulation, il a été
montré qu’une perte de poids de
5 à 10 % du poids initial (ou une réduction de 30 % de masse grasse)
améliore la qualité de l’ovulation et
les taux de grossesses spontanées,
et réduit les risques de FCS. Deux
études chez près de 150 femmes
obèses ont également constaté
une chute majeure du taux de FCS
(de 75 % à 25 %, et 18 % respectivement) après une perte de poids de
10 kg (9, 10).
La mise en place de mesures hygiéno-diététiques dès le début
de la grossesse chez des femmes
obèses permet une diminution
significative des taux de FCS.
En AMP, quelques études ont
montré l’efficacité d’un régime
hypocalorique chez des femmes
en surpoids et obèses, avant et
pendant la FIV, sur les taux de
grossesse (11).
La part de l’homme
Le risque de FCS peut être augmenté par un facteur masculin.
Les qualités génétiques
Les qualités génétiques, mais également épigénétiques, du gamète
mâle sont essentielles dans le développement embryonnaire. Plus
211
Mise au point
de 50 % des FCS restant d’étiologie
inconnue, la part d’un défaut spermatique à l’origine de pertes embryonnaires semble importante à
évaluer.
En cas de FCSR a pu être décrite
une augmentation significative :
• des spermatozoïdes de morphologie atypique ;
Stress oxydatif
L’impact du stress oxydatif dans la
survenue des FCS apparaît directement dans l’étude de Gil-Villa et
al. (14). Pour 23 couples ayant fait
au moins 2 FCS précoces, les auteurs observent plus d’altérations
des paramètres spermatiques
(concentration, mobilité et mor-
Les effets délétères de l’obésité sur la
reproduction seraient modulables et réversibles.
• des aneuploïdies spermatiques ;
• et des anomalies de condensation de la chromatine.
Fragmentation
de l’ADN spermatique
De nombreuses études ont également associé l’augmentation de
la fragmentation de l’ADN spermatique au risque de perte embryonnaire. Carrel et al. observent
une augmentation de la fragmentation de l’ADN dans le groupe de
conjoints dont la partenaire a eu
des FCSR (38 ± 4,2 %) comparé
au groupe contrôle sans FCSR
(11,9 ± 1 %) ou à la population générale (22 ± 2 %) (p < 0,001) (12). En
AMP, un taux de FCS significativement plus élevé a également été
observé dans le groupe où l’ADN
spermatique était fragmenté à
plus de 27 %.
Plusieurs études récentes relient
la qualité de l’ADN spermatique à
l’alimentation du mâle. Le taux de
fragmentation de l’ADN spermatique est significativement augmenté en cas de surpoids ou d’obésité. Un régime riche en fruits,
légumes et poissons est associé
à un index de fragmentation de
l’ADN des spermatozoïdes diminué (13). De plus, la fragmentation
de l’ADN spermatique est reliée
principalement à un stress oxydant accru.
212
phologie), une peroxydation lipidique des membranes de spermatozoïdes accrue, et une moindre
capacité antioxydante du plasma
séminal, comparés à un groupe
témoin d’hommes fertiles sans antécédent de FCS. La même équipe
a évalué le stress oxydant pour
17 partenaires de femmes ayant
subi au moins 2 FCS précoces.
Neuf d’entre eux, présentant une
augmentation de la fragmentation
de l’ADN des spermatozoïdes ou
une péroxydation lipidique élevée, ont bénéficié d’une supplémentation en antioxydants ou en
multivitamines pendant au moins
3 mois. Pour six d’entre eux, une
grossesse a été obtenue et menée à
terme avec naissance vivante.
Plus récemment, Shamsi et al. ont
retrouvé un stress oxydatif important, mesuré par la production
d’espèces réactives de l’oxygène
(ERO), dans le sperme de partenaires de femmes ayant fait une
FCS (15). De plus, la production
d’ERO augmente avec l’augmentation de l’IMC.
Obésité viscérale
Enfin, comme pour les femmes,
il faut considérer chez l’homme
l’obésité viscérale. Cette obésité
viscérale se traduit par une augmentation du tour de taille sans
forcément être considéré comme
obèse par le simple calcul de l’IMC
mais a un impact négatif sur la fertilité. Il a été montré une relation
inverse entre le tour de taille et la
qualité du sperme.
Ces études, malgré des effectifs
souvent modestes, confirment
l’importance de l’évaluation de la
part masculine dans la survenue
de FCS, associant fragmentation
de l’ADN, intégrité de la chromatine et détection des aneuploïdies.
Conclusion
• Les FCS concernent environ
15 % des grossesses et sont liées
à des anomalies chromosomiques
dans la majorité des cas. Les FCS à
répétition constituent une entité
à part, et concernent environ 1 %
des femmes.
• Le bilan étiologique des FCS se
révèle souvent décevant. La nutrition représente une voie intéressante, mais à ce jour insuffisamment explorée. De nombreuses
études soulignent l’impact de la
nutrition sur la fertilité, la gamétogenèse, le développement
embryonnaire et l’évolution des
grossesses. L’obésité est considérée comme un facteur de risque
indépendant de FCS, quel que soit
le mode de conception. Les effets
de l’obésité portent sur la qualité
ovocytaire et embryonnaire, mais
également sur la réceptivité endométriale.
• La part de l’homme dans la
survenue des FCS a longtemps
été sous-estimée, négligeant
le rôle du “mâle” dans les processus de développement embryonnaire, d’implantation et de
développement placentaire. Si
le spermogramme-spermocytogramme demeure indispensable,
il est nécessaire d’envisager de
nouvelles investigations dans les
Diabète & Obésité • Juin 2012 • vol. 7 • numéro 60
Fausses couches spontanées et obésité
cas de FCSR. L’analyse de l’ADN
spermatique ainsi que l’étude du
stress oxydant peuvent s’avérer
informatives.
• Evaluer le rôle de l’alimentation comme facteur favorisant la
survenue de FCS est d’autant plus
important qu’elle représente un
facteur modulable sur lequel on
peut intervenir pour améliorer
le pronostic de grossesse. Outre
l’éviction des toxiques (alcool,
tabac, café), une alimentation diversifiée et équilibrée peut être
conseillée mais pauvre en acides
gras saturés et en glucides à forte
charge glycémique.
• Les effets des compléments
alimentaires sur la survenue de
FCS demeurent controversés.
Dans le cas de FCSR associées à
un stress oxydant accru avec fragmentation de l’ADN spermatique
identifiée, il pourrait être bénéfique d’optimiser la consommation d’antioxydants par le père.
Cependant, l’efficacité et l’innocuité des compléments alimentaires reste à démontrer dans la
fertilité. La prise non médicalement contrôlée d’antioxydants
peut provoquer une sensibilité
accrue de l’ADN à la dénaturation, bien que la diminution du
taux de fragmentation et un excès d’antioxydants puissent, dans
certaines conditions, être associés à un risque accru de certains
cancers.
n
Mots-clés :
Fausse-couche spontanée, Nutrition,
Obésité, Surpoids, Sperme
Keywords
Miscarriage, nutrition, obesity, overweight, sperm
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