epistola sexta
Transcription
epistola sexta
p A m s. _ IM P . SIMON OAÇON E T C O M P ., PO E B E P F C R T If, 1- OVIDE ŒUVRES COMPLETES LES HÉROIDES LE REMÈDE D ’AMOUR LES PONTIQUES — PETITS POEMES T R A D U C T I O N S D E MM . V-H CHAPPUYZI N. C A R E S H E HÉGUIN DE G DERLE J. M A N G E A R T SOIGNEUSEMENT REVUES P A R M. C H A R P E N T I E R IN S P E C T E U R IIONORAIRE DE L'A CA D ÉM IE DE A G R É G É DE LA F A C U L T É D E S L E T T R E S PARIS PARIS GARN1 ER F R È R E S , L I B R A I R E S - É D I T E U R S 6, R U E D E S S A I N T S - P È R E S , G 1875 HÉROIDES T R A D U C T IO N DE M. V .-H C H A P P U Y Z I ANCIEN PROFESSEUR SOIGNEUSEMENT REVUE PAR M. J . - P . C H A R P E N T I E R T . !• 1 PRÉFACE Cet ouvrage, bien qu’il soit le début d’Ovide dans la carrière poé tique, le présente déjà tel qu’il restera, chantant ce qu’il ne cessera de chanter, l’amour : Ego semper amavi, Et si quid faciam nunc quoque, arao; le chantant avec plus d’esprit que de passion, et mêlant trop souvent au sentiment une érudition mythologique. Ce ne lui est pas un dé faut particulier : avant lui, Catulle, Tibulle, Properce surtout, n’y avaient point échappé. Cela lient aux modèles qu’ils imitaient. Quand une littérature commence à grandir, qu’elle touche à la jeunesse et à son épanouissement, elle devrait, ce semble, choisir ses exem plaires dans les maîtres de l’art. Il n’en a pas été ainsi de la littéra ture latine, lorsqu’elle a voulu se former, se développer, à l’école des Grecs. Elle n’a pas remonté aux grands poètes; elle n’a pas choisi Ho mère et les auteurs du siècle dePériclès, elle a pris ce qui ëlait le plus près d’elle, cerqui se prêtait à une imitation plus facile, à une joute moins périlleuse : elle s’est adressée à l’école d’Alexandrie, à Philétas, à Callimaquê, à Théocrite, à Apollonius de Rhodes, c’està-dire à une poésie de seconde main, plus savante que naïve, visant plus à une grâce raffinée qu’à la vérité du sentiment. Et ce ne sont 4 PR É F A C E . pas les moindres esprits qui ont suivi cette voie. Virgile et Horace ont fait comme Catulle et Properce, et Ovide, naturellement, a fait comme eux : son génie l’y portait de lui-même. Passons-lui donc son érudition; si la passion peut quelquefois s’en plaindre, l’esprit n’y perd jamais. Les Héroïdes sont donc curieuses à ce titre qu’on y saisit, dans leur premier jet et dans leur premier éclat, le génie brillant d’Ovide et comme les formes diverses qu’il doit revêtir. Non-seulement l'A rt d ’aim er et les Amours s’y laissent facilement deviner, mais l’on y trouve déjà quelques-uns des conseils peu édifiants que donnera Ovide, l es raisons qu’Hélène allègue pour justifier son amour1 ne diffèrent pas beaucoup de celles que, dans son A rt d ’aim er, Ovide fournit à l’amant novice2 ; les Métamorphoses et les Fastes mêmes y sont en germe. On les reconnaît à ces épisodes empruntés à la m ythologie5, et qu> lui viennent en arguments pour encourager et justifier, par l’exemple des dieux et déesses, les faiblesses humaines; fables qui sont le fonds le plus riche des M étamorphoses, et qu’il ne s’interdit pas, même dans les Fastes, qui sont un poëme religieux. Ovide ne s’en peut défendre : dans son génie, il y a un coin d’iro nie qui perce toujours; c’est par ce tour d’esprit, où la malice se mêle à la passion, qu’il est le plus moderne des écrivains anciens. Il se joue des douleurs légitimes ou illégitim es des héroïnes dont il exprime les soupirs : c’est l’Arioste latin. 1 At p eccan t aliæ , m a tro n a q u e ra ra p u d ica e st, v. 41. 2 Liv. I, v. 469 e t 599. 3 É pit. xiv, p . 175; xv, 191; xx, 105 (Niobé) ; xxi, 507. HÉR0 IDES DE P. OVIDE ÉPITRE PREMIÈRE P É N É L O P E A ULYSSE C ' es t ta P énélope qui t’envoie cette le ttr e , 6 trop tardif U lysse : • toutefois ne m e réponds pas; viens toi-m êm e. Elle est certain e m ent tom bée, cette Troie odieuse aux filles de la Grèce. Priam et Troie entière devaient-ils m e coûter si cher? Oh! que n ’a-t-il PUBLII OVIÜII NASONIS HEROIDES EPISTOLA PRIMA P E N E L O P E ULIXI H anc tua Penelope len to tib í m ittit, Ulixe: Nil piih i rescribas u t ta m e n ; ipse veni. T roja ^rcet certe, Danais invisa puellis. , Vix Priam us ta n ti totaque Troja fu it. G H É R O ÏD E S . été enseveli dans les flots courroucés, le ravisseur adultère, alors qu’il voguait vers Lacédém one ! je n ’eusse pas été, sur une couche froide et solitaire, délaissée par un époux ; je n ’ac cuserais pas la lenteur des jours, et dans m es efforts pour char m er le vide des nu its, une toile inachevée ne lasserait pas les m ains de ta veuve. Quand n ’ai-je pas appréhendé des périls plus affreux que la réalité? L’am our est sans cesse en proie au tourm ent de la crainte. Je m e figurais les Troyens fondant sur toi avec violence ; le nom d ’Heclor m e faisait toujours pâlir. M’apprenait-on qu’Antiloque eût été vaincu par H ector, A ntiloque était le sujet de m es alarm es ; que le fils de M énœte avait succom bé sous des arm es d’em prunt, je m e chagrinais que le succès pût m anquer à la ruse. Tlépolèm e avait rougi de son sang la lance d’un Lycien : le trépas de Tlépolèm e renouvela m es sou cis. Enfin, quiconque avait été m assacré dans le camp des Grecs, le cœ ur de ton am ante était plus froid que la glace. Mais un dieu équitable a exaucé m on chaste am our : Troie est réduite en cendres, et m on époux existe. Les chefs d’Argos sont 0 u tin am tune, quum Lacedæ m ona classe petebat, Obrutus insanis esset adulter aquis ! Non ego deserto jacuissera frigida lccto, Nec q u e re re r tardos ire relicta dies; Nec m ibi, qu æ ren ti spatiosam fallere noctem , L assaret viduas pendula lela m anus. Q uando ego n o n tim u i g ra v io ra p e ric u la v e ris ? Res e st solliciti plena tim oris am or. In te fingebam violentos Troas ituros; Nomine in Hectoreo pallida sem per eram , Sive quis A ntilochum n arrab at ab H ectore victum , A ntilochus n o stri causa tim oris e ra t; Sive M enœtiaden falsis cecidisse sub arm is, Flebam successu posse carere dolos. Sanguine Tlepolem us Lyciam tepefecerat hastam : Tlepolem i leto cura novata m ea est. Renique, quisquis e ra t castris jugulatus Achivis, F rigidius glacie pectus am antis e ra t. S ed bene consuluit casto Deus æ quus am ori : Versa est in cinerem sospite Troja viro. Argolici rediere duces; altaria fum ant ; É P I T R E I. 7 de retour; l’encen s fum e sur les autels ; la dépouille des Barbares est offerte aux dieux de nos pères. Les jeunes épousées appor tent les offrandes de la reconnaissance pour le salut de ceux qui leur furent un is ; à leur tour, ceux-ci chantent les destins de Troie vaincus par les leu rs. Les graves vieillards et les jeunes filles tim ides les adm irent ; l’épouse est suspendue aux lèvres de l’époux pendant son récit. L’un d’entre eux retrace sur une table l’im age affreuse des com bats, et dans quelques gouttes de vin figure Pergam e tout entière. Ici coulait le Sim oïs; là est le port de S igée; plus loin s’élevait le superbe palais du vieux Priam . En cet endroit cam pait le fils d'Éaque ; U lysse en cet autre ; c’est là que le cadavre m utilé d’flector épouvanta les coursiers qui le traînaient. Car le vieux Nestor avait tout raconté à ton fils envoyé à ta recherche, et ton fils m e l’avait redit. Il m e dit encore R hésus et Dolon égorgés par le fer, et com m ent l’un fut trahi dans les bras du som m eil, l ’autre par une ruse. Tu as osé, ô trop oublieux des tien s, pénétrer par une fraude nocturne dans le cam p des Thraces, et im m oler tant de guerriers à la fois avec le secours d’un seul hom m e. Voilà donc ta pru den ce, et c ’est ainsi que tu te souvenais de m oi S La peur a sans P o n itu r ad p a tries b a rb ara præ da Deos. Grata feru n t nym phæ pro salvis dona m a ritis ; Illi victa suis T roia fata canunt. M irantur ju stiq u e senes, trepidæ que p u e llæ ; N arrantis conjux p endet ah ore viri. Atque aliquis posita m ou strat fera præ lia m ensa P ingit e t exiguo Pergam a to ta m ero : Hac ih at S im o is, hic est Sigeia tellu s ; Hic s te te ra t P riam i regia celsa senis. lllic Æ acides, illic tendebat U lixes; Hic lacer adm issos te rr a it H ector equos. Om nia nam que tuo sen ior, te q u æ rere m isso, R e ttu le ra t nato N e sto r; at ille m ihi R ettulit et ferro R hesunique D olonaque cæsos; Utque sit hic som no pro ditus, ille dolo. Ausus es, o nim ium nim ium que oblite tuorum , T hracia nocturno ta n g ere castra dolo ; y T otque siraul m actare viros, adjutus ab uno. » / At bene cautus eras, et m em or ante m ei. y / HÉR OÏNES. 8 cesse fait battre m on sein, tant qu'on ne m ’a pas dit que tu avais traversé en vainqueur sur les coursiers d’Ism are des ba taillons am is. Mais enfin, à quoi m e sert-il qu’Ilion ail été renversée par vos bras, et qu’il n’y ait plus que la place des rem parts, si je reste ce que j’étais avant la ru ine de cette ville, si l ’absence de m on époux n ’a pas d e term e ? Pergam e est détruite pour les autres, pour m oi seule elle reste debout; et cependant des bœ ufs captifs y prom ènent la charrue d’un étranger vainqueur. Déjà croit la m oisson dans les cham ps où fut T roie; et la terre, en graissée du sang des Phrygiens, offre au tranchant de la faux le luxe de sa culture. Le soc recourbé heurte les ossem ents à dem i ensevelis des guerriers ; l'herbe recouvre les dem eures ruineuses. V ainqueur, tu es absent; et je ne puis apprendre, cruel, ni le m otif de tes retards, ni en quelle contrée du globe tu te caches. Chaque étranger qui dirige sa poupe vers ces bords, part d’ici pressé par m es nom breuses questions et porteur d’un écrit tracé de ma m ain, qu’il doit te rem ettre, si toutefois il parvient à te voir. Nous avons envoyé à P ylos, où règne le fils de N élée, l’antique Nestor : de vagues ren seign em ents nous sont parvenus Usque raetu m icuere sinus, dum victor am icum Dictus es Ism ariis isse p er agm en equis. Sed m ihi quid prodest vestris disjecta lacertis Ilios, et, m urus quod fuit ante, solum , Si m aneo, qualis Troja durante m anebam , Yirque m ihi, dem to fine carendus, abes? D iruta sunt aliis, u n i m ihi Pergam a re sta n t; Incola captivo quæ bove victor a ra t. Jam seges e st ubi T roja fuit ; resecandaque falce L uxuriat Phrygio sanguine pinguis hum us. Sem isepulta virum curvis fe riu n tu r ara tris Ossa; ruinosas occulit herb a dom os. Victor a b e s; nec scire m ihi, quæ causa m orandi, Aut in quo lateas ferreus orbe, licet. Quisquis ad hæc v ertit peregrinam litora puppim , 111e m ihi de te m ulta rogatus abit; Quam que tib i reddat, si te modo viderit usquam , T rad itu r huic digitis charta notata m eis. Nos Pylon, antiqui Neleia N estoris arv a, M isim us: in certa est fam a rem issa Pylo E P Ï Ï RE I. de P ylos; nous avons envoyé à Sparte : Sparte aussi ignore la vérité; elle ignore quelle terre tu habites, où tu prolonges ton séjour. Il serait plu s avantageux que les rem parts de Thèbes subsistassent encore (hélas! incon séq u en te, je m ’irrite contre m es propres v œ u x !); je saurais au m oins où tu com bats et ne craindrais que la guerre, et m a plainte se m êlerait à beaucoup d’autres. Je ne sais ce que je crains; cependant je crains tout, dans m on égarem ent, et un vaste cham p est ouvert à m es in quiétudes. Tous les périls de la m er, tous ceux de la terre, je les soupçonne d’être la cause de si longs retards. Tandis que je m e livre follem en t à ces pen sers, peu t-être (car tel est votre caprice, ô h om m es!) es-tu épris d’un am our étranger. Peut-être parles-tu de la rusticité de ton épouse, bonne seulem ent à dé grossir la laine des troupeaux. Mais, que ce soit une erreur et que cette accusation s’éva nou isse : libre de revenir, tu ne veux pas être absent. Eh bien, m on père Icare m e contraint d’abandonner une couche solitaire ; in cessam m ent il condam ne ces retards interm inables. Qu'il les condam ne à son aise : je suis à toi; il faut que "Pénélope soit appelée ta fem m e ; toujours j’appartiendrai à U lysse. Cependant M isimus e t S p arten : Sparte quoque nescia veri, Quas habitas te rra s, a u t ubi lentus abes. Utilius sta re n t etiam nunc m œ nia Phœ bi (Irascor votis, heu ! levis ipsa m e is!); Scirem ubi p ugnares, et ta n tu m bella tim erem ; E t m ea cuin m ultis ju n c ta querela foret. Quid tim eam , ignoro ; tim eo tam en om nia dém ens, E t p atet in curas a rea lata m eas. Q uæ cunque æ quor h abet, quæ cunque pericula lellus, Tarn longæ causas suspicor esse m oræ . Uæc ego dum stu lte m editor (quæ vestra libido est!), Esse peregrino captus a m ore potes. F o rsitan e t narres quam sit tibi ru stica conjux, Quæ ta n tu m lanas non sinat esse rud es. F allar , e t hoc c rim e n te n u e s v a n esc a t in a u ra s : Neve, reverten di lib er, abesse velis. Me p a te r lc a riu s viduo discedere lecto C ogit, et im m ensas in crep at usque m oras. ln c re p e t usque licet : tu a sum , tua d icar oporlet Penelope; conjux sem per Ulixïs ero. 1 . m on père, vaincu par m on am our et m es pudiques instances, m odère son autorité. Mais une troupe d’am ants de Dulichium , de Samos et de la superbe Zacynthe s’attachent effrontém ent à m es pas : ils régnent dans ta cour sans résistance. On déchire m on cœ ur, on dilapide tes richesses. Te nom m erai-je Pisandre, Polybe, Médon le cruel, et Eurym aque et Antinous aux m ains avides, et d’autres encore que ta honteuse absence repaît des biens acquis au prix de ton sang? L’indigent Irus, et Mélanthe» qui m ène les troupeaux aux pâturages, son t la dernière plaie qui dévore tes dom aines. Nous som m es trois faibles créatures : une épouse sans dé fense, Laërte vieillard, et Télém aque enfant. Celui-ci, des em bûches m e l’ont presque enlevé, tandis qu’il se prépare, m algré tout le m onde, à se rendre à Pylos. Fasse le ciel que l’ordre accoutum é des destins s’accom plisse, et qu’il nous ferm e les yeux, à toi et à m oi ! C’est ce que désiren t et la vieille nourrice, et le gardien de nos bœ ufs, et celui qui veille fidèlem ent sur leta b le im m onde. Mais Laërte, inu tile aux arm es, ne peut tenir IIle tam en pietate m ea, precibusque pudicis F ran g itu r, et vires tem perat ipse suas. Dulichii, Sam iique, et, quos tu lit alta Zacynthos, T urba ru u n t in m e luxuriosa, proci; Inque tu a régnant, nullis pro h ib en tib u s, aula. Yiscera nostra, tuæ d ilan ian tu r opes. Quid tibi Pisandrum , Polybum que, M edontaque dirum , E urym achique avidas A ntinoique m anus, Atque alios referam , quos om nes tu rp ite r absens Ipse tuo p a rtis sanguine reb u s alis? Irus egens, pecorisque M elanthius actor edendi, Ultim us accedunt in tua dam na pudor. Très sum us im belles num éro : sine viribus uxor, LaeM esque senex, T elem achusque p uer. Il 1e per insidias pæne est m ihi n u p e r adem tus. Dum parat, invitis om nibus, ire Pylon. Di, precor, hoc jubean t, u t, eu ntibu s ord ine falis, Ille meos oculos com prim ât, ille tuos! Hoc faciunt custosque boum , longævaque nu trix , T ertius, im m undæ cura fidelis haræ . Sed neque L aertes, u t qui sit inutilis arm is, 11 É P I T R E It. le sceptre au m ilieu des ennem is. Avec l’àge, Télém aque, pourvu seulem ent qu’il vive, se forlifiera : m aintenant il faudrait que son père le protégeât de son secours. Je n ’ai pas de force pour repousser du palais nos en n em is. V iens en toute hâte ; lu es notre port de salut, notre asile. Tu as, et puisses-tu l’avoir long tem ps ! un fils qui, dans ses tendres années, devait être instruit à la scien ce de son père. Regarde Laërte : c’est afin que tu lui ferm es les yeux qu’il diffère le jour suprêm e du destin. Pour m oi certainem ent, jeu n e à ton départ, quelque prom pt que soit ton retour, je serai devenue vieille. ÉPITRE DEUXIÈME PHYLLIS A DÉMOPHOON T a Phyffôs du m ont Rhodope, celle qui t’accu eillit, Dém ophoon, se plaint de ton absen ce prolongée au delà du term e fixé. Après que la lune aurait quatre fois rapproché ses croissants et rem pli H ostibus in m ediis rég n a te n e re valet. T elem acho veniet, vivat m odo, fo rtio r æ las : Nunc e ra t auxiliis ilia tuendâ p atris. Nec m ihi su n t vires inim icos p e lle re lectis. T u citius venias, p o rtu s et ara tu is. Est tib i, sitque precor, n atu s, qui m ollibus annis In patrias arte s erudiend us e ra t. R espice L aerten : u t jam sua lum ina condas, E xtrem um fati su stin et ille diem . C erte ego, quæ fueram te discedente puella, P rotinus u t redeas, facta videbor anus. EPISTOLA SECUNDA H T tL lS D E M O PIIO O N TI II ospita , D ém ophoon, tu a te Rhodopeia Phyllis U ltra prom issum tem pus abesse queror. Cornua quum L unæ pleno q u a te r orbe coispent, 12 HÉR OÏ DES. son disque, ton ancre fut à nos bords prom ise. Quatre fois la lune a disparu, quatre fois elle a com plété son disque, et l’onde de Sithonie ne ram ène pas les navires de l ’Attique. Si tu com ptes les instan ts, et les am ants savent com pter, notre plainte n ’arrive pas avant le jour convenable. L’espérance aussi fut lente à m ’a bandonner : on croit tardivem ent ce qui afflige lorsqu’on l ’a cru; et m aintenant que je m ’afflige, c’est encore m algré m oi. Sou vent je t’excusai à m es yeux par un m en son ge; souvent j ’ai pensé que les orageux autans ram enaient tes blanches voiles. J’ai m audit Thésée parce qu’il s’opposait à ton départ; p eu têtre n ’a-t-il pas retenu tes pas. Q uelquefois j ’ai craint qu’en te dirigeant vers les ondes de l’Hèbre, ta n ef ne périt subm ergée dans les flots écum eux. Souvent j’ai adressé pour toi, cruel, une prière suppliante aux dieux, et fait brûler l’encens en leur hon neur. Souvent, à la vue des vents favorables au ciel et sur la m er, je m e su is dit à m oi-m êm e : « S’il n ’est pas m alade, il vient. » Enfin, tous les obstacles à la prom ptitude d’un retour, m on fidèle am our les a im aginés ; j’ai été ingénieu se à trouver des prétextes. Mais ton absence se prolonge, et n i les dieux, L ittoribus nostris anchora pacta tua est. Luna qualer la tu it, pleno quater orbe recrev it ; Nec v ehit Actæas Sithonis unda rates. T em pora si num eres, bene quæ num eram us am antes, Non venit ante suum nostra querela diem . Spes quoque lenta fuit : larde, quæ crédita læ dunt, C redim us; invita nunc et am ante nocent. Sæpe fui m endax pro te m ihi ; sæ(>e putavi Alba procellosos vela re ferre Notos. Tliesea devovi, quia te d im iltere n o llet; Nec te n u it cursus forsitan ille tuos. Jnlerdum tim ui ne, dum vada te n d is ad Hebri, Mersa foret cana naufraga puppis aqua. Sæpe Deos supplex pro te , scelerate, rogavi, Cum prece tu ricrem is devenerala focis. Sæpe, videns ventos cœlo pelagoque faventes, Ipsa m ihi dixi : « Si valet ille, v e n it. Deniquc lidus am or, quidquid pro perantibus obslat, Finxit. et ad causas ingcniosa fui. At tu cntus abes ; nec te ju ra ta rcducunt É P I T R E II. 13 dépositaires de tes serm ens, ni m on am our, ne te touchent et ne te ram èn en t. Dém ophoon, tu as livré aux vents et tes paroles et tes voiles : je m e plains que le retour m anque aux voiles, et la foi aux paroles. Dis-moi : qu’ai-je fait, que de t’avoir im prudem m ent aimé? J’ai pu, par m a faute, avoir des droits sur ton cœ ur. Mon seul crim e, perfide, est de t’avoir reçu , m ais ce crim e a toute la va leu r, tout- le m érite d’un bienfait. Où est m aintenant la foi jurée et le gage de cette m ain qui serrait ta main? où sont les dieux sans cesse dans ta bouche parjure ? où est cet hym énée qui de vait, selon ta prom esse, nous unir pour toujours, qui était le garant et la caution de notre alliance? Tu jurais par la m er, éternel jouet des ondes e t des vents, par celle que tu avais sou vent parcourue, que tu devais parcourir encore ; par ton aïeul (est-il donc lui-m êm e un im posteur?) qui calm e les flots soulevés par l’orage ; par Vénus et ses traits trop puissants sur m on cœ ur, soit les traits de l ’arc, soit les traits du flam beau ; par Junon, auguste déesse qui préside au lit nuptial, et par les m ys tères sacrés de la déesse arm ée d ’une torche, Si de tant de Num ina ; nec nostro m otus am ore red is. Demophoon, ventis et verba e t vela ded isti: \e la q u ero r re d itu , verba c a re re fide. Dig m ihi : quid feci, nisi non sap ien ter am avi? C rim ine te potui dem eruisse meo. Unum in m e scelus est, quod te, scelerate, recepi: Sed scelus hoc m eriti pondus e t in star habet. „u ra, fides, ubi nunc, com m issaque dex tera dexlrae, Quique e ra t in falso plurim us ore Deus Prom issus socios ubi nunc Hymenaeus in anuos, Qui m ihi conjugii sponsor et obses erat? P er m are, quod totu m ventis ag itatu r e t u ndis, P er quod saepe ieras, p er quod itu ru s eras ; Perqué tuum m ihi ju ra sti (nisi fictus e t ille est) Concita qui ventis iequora m ulcet, avum ; P er V enerem , n im ium que m ihi facientia tela, Altera tela arcus, a lte ra tela faces; Junonem que, toris quae praesidet alma m aritis; Et p e r tajdiferie m yslica sacra Deae. il IIÉROÏDES. divinités outragées chacune venge son honneur, à toi seul tu ne suffiras pas aux châtim ents. Mais, dans m on délire, j ’ai bien pu réparer ta flotte endom m agée, afin que tes vaisseaux fussent solides pour m ’abandon ner! Je t’ai donné des ram eurs, pour favoriser ta fu ite; je souffre, hélas ! des blessures que m es traits ont faites. Nous .avons cru aux douces paroles dont tu es prodigue; nous avons cru à ta naissance et aux nom s que tu portes; nous avons cru à tes larm es ; app rennent-elles aussi à feindre? ont-elles aussi leur art, et coulent-elles au com m andem ent? Nous avons cru encore aux dieux. M aintenant, que sont devenues toutes ces assurances? J’ai pu m e laisser prendre à quelqu’un de êes ob jets; un seul eût suffi. Et je ne regrette pas de t'avoir ouvert un port et un asile : ce devait être le plus signalé de m es bien faits. Je m e repens d ’y avoir m is le com ble en t’associant à ma couche, et d’avoir pressé ton sein contre m on sein. La nuit qui précéda cette n u it, je voudrais qu’elle eût été la dernière : Phyllis pourrait m ourir innocente. J’espérais m ieu x, parce que je pensais l’avoir m érité : toute espérance qui naît du m érite est légitim e. Si de tô t læsis sua num ina quisque Deorum V indicet, in pœ nas non satis u n u s e ris. At laceras etiam , puppes, furiosa, refeci, Ut, qua deserer, firm a carina foret; Rem igium que dedi, quo me fu g itu ru s abires. Heu! patior telis vulnera facta m eis. C redidim us blandis, quorum tibi copia, verbis C redidim us generi nom inibusque tuis; C redidim us laerym is • an et hæ sim ulare docenlur? Hæ quoque habent a rte s, quaque ju b e n tu r, eunt ? Dis quoque credidim us. Quo jam tô t pignora nobis? P arte satis potui qualibet inde capi. Nec moveor, quod te juvi portuque locoque : Debuit hæc m eriti sum m a fuisse m ei. T urp iter hospitium lecto cum ulasse jugali P œ n itet, et lateri conseruisse latus. Qu.-e fuit ante illam , m aliem suprem a fuisset • Nox m ihi, dum p otu i Phyllis bonesta m ori. Speravi m elius, quia me m eruisse putavi: Quæcumque ex m erito spes venit, æqua vonit. É P I T R E II. -15 Trom per une jeune fille crédule n ’est pas une gloire qui coûte. Ma candeur m éritait une récom pense. J’ai été séduite par tes paroles, et je su is fem m e et am ante : fassen t les dieux que ce soit là ton unique triom phe ! Q uêta statue s’élève parm i les É gi des au centre de la v ille ; qu’au-dessus brille ton père, avec ses titres fastueux. Après qu’on aura lu les nom s de Scyron, du farouche P rocruste, de S in is.e t du m onstre à la double form e de taureau et d’h om m e, et la prise de Thébes, et la défaite des C entaures, et la descente au som bre em pire du noir Pluton; que ton im age, après lu i, soit consacrée par cette inscription : « Ici est celui qu i, par u n e ruse, trom pa l ’am ante dont il fut l’hôte. » De tant de hauts faits et de glorieux exploits de ton père, ton esprit ne s’est arrêté que sur l’abandon de la Cretoise. La seule action qu’il se reproche est la seule que tu adm ires en lu i. Per fide ! tu te fais l ’h éritier de la fraude paternelle. Quant à elle, et je ne lui envie pas son bonheur, elle possède un époux m eilleu r, et siège sur un char que traînent des tigres dom ptés. Mais m oi, les Thraces que je dédaignais refusent ma m ain, parce qu'on m ’accuse d’avoir préféré aux m ien s un étranger. On dit m êm e : F allere credentem non est operosa puellam G loria. Sim plicitas digna favore fu it. Sum decepta tu is, e t am ans et fem ina, verbis : Di faciant laudis sum m a sit ista tuæ ! n te r et Æ gidas m edia sta tu a ris in u rb e ; M agnificus titu lis ste t p a te r ante suis. Quum fu e rit Scyron lectus, torvusque P rocrustes, E t Sinis, et tauri.m ix taq u e form a viri, E t dom itæ bello T hebæ , fusique bîïnem bres, E t pulsata n ig ri reg ia cæca Dei ; Hoc tua post ilium titu lo s ig n e tu r im ago : a Hic est cujus am ans hospita capta dolo est. » De tan ta re ru m tu rb a factisque p arentis, S edit in ingenio Cressa re lic ta tu o . Quod solum excusât, solum m iraris in illo. H eredem patriæ , perfide, fraudis agis. Ilia, nec invideo, fru itu r m eliore m arito, Inque cap istratis tig rib u s alta sedet. At m ea despecti fug iunt connubia T hraces, Quod fe ra r e x te rn u m præ posuisse m eis. 16 HÉROÏDES. « Qu’elle aille m aintenant dans la docte A thènes : un autre se trouvera pour régir la Thrace belliqueuse. » I,’évén em en t, d iton, justifie l’entreprise. Ah ! pu isse-t-il m anquer de succès, celui qui juge blâm able une action par révénem en t. Mais si nos m ers blanchissent sous ta ram e, alors, oui alors on dira que je fus bien inspirée pour m oi, bien inspirée pour les m ien s. Mais je ne l'ai pas été : m on palais ne te reverra plus, et jam ais l ’onde bistonienne ne lavera tes m em bres fatigués. Mes yeux se retracent encore le spectacle de ton départ, lors que ta flotte, prête à voguer, stationnait dans m es ports. Tu osas m e presser sur ton sein, et, dans une am oureuse étreinte, im prim er sur m es lèvres de longs baisers; confondre tes larm es avec m es larm es; te plaindre que la brise favorable enflât tes voiles; et, en m e quittant, m ’adresser cette parole suprêm e : « Phyllis, tâche d’attendre ton Démophoon. » T’attendre, toi qui partis pour ne jam ais m e revoir ! attendre des voiles refusées à nos m ers ! Et cependant, j’attends. R eviens à ton am ante, quoi que tardivem ent : que ta foi n ’ait failli que sur le tem ps. Que dem andé-je, infortunée? Déjà peut-être te retiennent une A tque aliquis : « Doclas jam nunc eat, in q u it, A lhenas : A rm iferam Thracen qui reg at aller e rit. » E xitus acta probat. C areat successibus opto, Quisquis ab evenlu facta notanda p u ta t! At si nostra tuo spum escant æ quora rem o, Jam m ibi, jam d icar consuluisse m eis. Sed r.eque consului ; nec te m ea regia tan g ct, Fessaque Bislonia m em bra lavabis aqua. 1m,a m eis oculis species aheu n tis inhæ ret, Quum p re m ere t porlus classis itu ra m eos. Ausus es am plecti, colloque infusus am antis Oscula p e r longas ju n g ere pressa m oras; Cumque luis lacryinis lacrym as confundere n o stras; Quodque foret velis aura secunda, q ueri ; Et. milii discedens suprem a dicere voce, « Phylli, face exspectes Demophoonta tu u m . » Exspectem , qui me nunquam visurus abisti! Exspectem pelago vela negata meo! Et tam en exspecto. Redeas modo serus am anti : Ut tua sit solo lem pore lapsa fides. Quin precor intelix? Jam te te n e t altéra conjux É P I T R E II. 17 autre épouse et un am our qui m ’a souri pour m on m alheur. Depuis que ton cœ ur m ’a oubliée, tu ne connais plus de Pliyllis, je p en se, llélas! tu dem andes s ’il est une P hyllis, et d’où elle vien t. C’est la m êm e qui t’offrit, Dém ophoon, après avoir long tem ps erré sur les m ers, les ports de Thrace et l’hospitalité; celle dont la générosité te secourut; qui, riche lorsque tu étais pauvre, te fit beaucoup de présen ts, t ’en devait faire beaucoup ; la m êm e qui soum it à ton em pire le vaste royaum e de Lycurgue, à p eine capable d'être gouverné par un sceptre de fem m e, dans cette région où le Rhodope glacial s’étend jusqu’aux forêts de l ’ilém us, et le fleuve sacré de l’Hèbre épanche les ondes qu’il a reçu es; celle enfin qui te sacrifia sa virginité sous de sinistres auspices, et dont ta m ain fallacieuse détacha la pudique ceinture. T isiphone consacra par des hu rlem en ts ce fatal hym en, et un oiseau de m alheur entonna un chant de tristesse. Alecto fut présente, avec son collier de courtes vipères, et la torche sépul crale secoua ses lueurs. Cependant je prom ène m es douleurs sur les récifs et la grève du rivage; et, sur la vaste étendue des m ers, soit que le jour F o rsilan, et, nobis qui m ale favit, am or. Utque tibi excidim us, nullam , puto, Phyllida nosti. Hei m ih i! si quae sim Phyllis, e t un d e, rog as: Quae tibi, Dem ophoon, long is e rro rib u s acto T hreicios portus, hospitium que d e d i; Cujus opes auxere meae; cui dives egenti M uñera m ulta dedi, m ulta d atu ra fu i; Quae tibi subjeci latissim a regna Lycurgi, N om ine fem ineo vix satis apta reg i, Qua p atet um b rosum Rhodope glacialis ad Haemum, E t sacer adm issas exigit lle b ru s aquas; Cui m ea virginitas avibus libata sin istris, C astaque fallaci zona recin cta m anu. Prónuba Tisiphone thalam is u lulavit in illis, E t cecinit moestum dcvia carm en avis. A dfuit Alecto, brevibus to rq u a ta colubris; Suntque sepulcrali lum ina m ota face. Mctota tarnen scopulos fruticosaque litora calco; t£ w u a q u e patent oculis aequora lata m eis, *¡i HÉ ROI DES. 18 dilate le sol, soit que brillent les astres du soir, m es yeux exa m inent quel vent agite les m ers. Et quelques voiles que j’aie aperçu venir dans le lointain, j’augure aussitôt que ce sont m es dieux. Je m ’avance dans les m ers, à peine retenue par les on des, jusqu’à l ’endroit où le m obile élém ent présente ses pre m ières vagues. Plus la voile approche, m oins je m e possède : je m e sens défaillir, je tom be entre les bras de m es fem m es. Il est un golfe légèrem ent arqué en dem i-cercle ; un m ôle hérisse l’ex trém ité des deux pointes. De là j ’eus la pensée de m e précipiter dans les ondes qui en baignent le pied, et puisque tu persistes à m e trom per, j’exécuterai m on dessein. Que les flots portent ma dépouille contre tes rivages; que tes yeux rencontrent m on corps sans sépulture ! fusses-tu plus dur que le fer el le diam ant, plus dur que toi-m êm e, « Ce n est pas ainsi, d iras-tu , que tu devais m e suivre, ô Phyllis. » Souvent j ’ai la soif des poisons; souvent je voudrais périr par une m ort cru elle, percée d’un glaive. Et parce que m on cou s’est laissé presser dans tes bras infidèles, j’aurais du plaisir à l’étreindre d’un lacet. Ma résolu tio n est prise : une prom pte m ort m e rendra l’honneur; le choix Sive die laxalur hum us, seu frigida lucent Sidera, prospicio quis fréta ven tu s agat. E t quæ cunque procul venientia lintea vidi, P rptinus ilia meos au g u ro r esse Deos. In fréta procurro, vix me re tin en tih u s undis, Mobile qua prim as p o rrig it æ quor aquas. Quo m agis accedunt, m inus e t m inus utrlis adst Liuquor, et ancillis escipienda cado. Est sinus, adductos m odice falcatus in arcu s; Ultima p ræ ru p ta cornua m ole rig rn t. IIi ne m ihi suppositas im m ittere corpus in undas Mens fuit ; et, quoniam fallere pergis, e rit. Ad tu a me fluctus projectam litora p o rten t, O ccurram que oculis intu m ulata tu isl D uritie ferrum u t superes, adam antaque, teque, «N on tib i sic, dices, Phylli, sequendus e ra m . » Sæpe venenorum sitis est m ih i; sæpe c ru en ta T rajectam gladio m orte p erire ju v at. Colla quoque, infidis quia se nectenda lacertis P ræ buerunt, laqueis im plicuisse libet. Stat nece m atura tenerum pensare pudorem : É P1 T R E II I. 19 du trépas m ’arrêtera peu de tem ps. Ton nom sera inscrit sur m on sépulcre, com m e l’odieuse cause de ma m ort ; ce vers, ou tout autre sem blable, te fera connaître : « Dém ophoon a donné le trépas à Phyllis ; il était son hôte, elle fut son am ante : c ’est lui qui a causé sa m ort, elle qui l’a consom m ée. » ÉPITRE TROISIÈME B R ISÉIS A ACHILLE La lettre que tu lis vient de Briséis qui te fut enlevée ; à peine une m ain barbare a-t-elle pu en bien form er les caractères grecs. Les ratures que tu apercevras, m es larm es les ont faites; m ais cependant les larm es ont tout le poids de la parole. S’il m ’est perm is de m e plaindre un peu de toi, m on époux et m on maî tre, je m e plaindrai un p eu de toi, m on m aître et m on époux. Que j’aie été livrée sur-le-cham p au roi qui m e réclam ait, ce n ’est pas ta faute, et cependant c’est aussi ta faute. Car aussitôt lu necis electum parva fu lu ra m ora est. In scrib ere m eo causa invidiosa sepulcro; Aut hoc, a u t sim ili carm iné notus eris : « P hyllida Démophoon leto dédit, hospes am antem : Ille nèci causam p ræ b u it, ilia m anum . » EPISTOLA TERTIA BRISEIS ACHILLI Q üam legis, a ra p ta B riseide littera v e n it, Vix bene barbarica Græca notata m anu. Q uascunque adspicies, lacrym æ fecere litu ra s; Sed tam en et lacrym æ pondéra vocis habent. Si m ihi pauca q ueri de te dom inoque viroque Fas qst, de dom ino pauca viroque q u erar.] Non ego poscenti quod sura cito trad ita régi, Culpa tu a est, quam vis hoc quoque culpa tu a e st., qu’Eurybate et Talthybius m ’eurent appelée, je fus rem ise à Eurybate et à Talthybius pour les accom pagner. Jetant les yeux tour à tour l’un sur l ’autre, ils se dem andaient par leur silence où était notre amour. On pouvait différer : le délai de ma peine eût eu pour moi des charm es. Hélas ! en partant, je ne te donnai aucun baiser ; m ais des larm es, j’en versai sans fin, et je m ’arrachai les che veux. Infortunée! il m e sem bla que j ’étais deux fois ravie. Sou vent je voulus trom per m on gardien et revenir ; m ais l’ennem i était là pour saisir une fille tim id e. Je craignais, si je m e fusse avancée, d’être prise et conduite, com m e une proie, à quelque bru de Priam. Mais j’ai été livrée, je le devais sans dou te; et, depuis tant de nuits absente, tu ne m e redem andes pas : tu attends ; ta colère est len te à éelater. Le fils de M énète lui-m êm e, alors que j’étais livrée, m e dit tout bas à l ’oreille : « Pourquoi pleurer? tu seras là peu de tem ps. » C’est peu de ne m ’avoir pas redem andée : tu t’opposes à ce qu’on m e rende, A chille. Va, m aintenant, porte le nom d’am ant bien épris. Vers toi sont venus les fils de Télam on et d’À m yntor ; l’un rapproché de toi par les lien s du san g, l’autre, ton Nam sim ul Eurybales m e T althybiusque vocarunt, E urybati data sum T althybioque cornes. A lter in alteriu s jactan tes lum ina vultum , Q uæ rebant taciti n o ster u b i esset am or. Djfferri p o tu i : pœ næ m ora g rata fuisset. Hei m ih i! discedens oscula nulla dedi; At lacrym as sine fine dedi, ru p iq u e capillos. lnfelix ! ite ru ra sum m ihi visa ra p i. Sæpe ego deeepto volui custode rev e rti; Sed, me qui tim idam p re n d e ret, hostis e ra t. Si progressa forem , cap erer ne fo rte tim ebam , Q uam libet ad P riam i m unus itu ra n u ru m . Sed data sum , quia danda fui : tôt noctibus absum , Nec re p eto r : cessas, iraqu e lenta tu a est. Ipse M enœ tiades, tune, quum trad e b a r, in auiem , a Quid fies? hic parvo tem pore, dixit, eris. » Non repetisse parum est : pugnasj ne reddar, Achille, nunc, et cupidi nom en am antis habe. V enerunt ad te Telam one et Am yntore nati, fg ra d u propior sanguinis, ille cornes; É P I T R E III. 21 compagnon, et le fils de Laërte, pour accom pagner m on retour. De touchantes prières ont relevé le prix de dons m agnifiques : vingt bassins d’airain d’un travail achevé, et sept trépieds où Partie dispute à la m atière. On ajouta dix talents d ’or, et douze chevaux accoutum és à vaincre toujours, et, ce qui est superflu, de jeunes Lesbiennes d’une parfaite beauté, prises à la ruine de leur ville; et, avec tous ces présents, pour é p o u se... m ais qu ’astu besoin d'épouse? une des trois filles d'A gam em non. Si tu avais voulu me racheter des fils d’Atrée à prix d’argent, ce que tu de vais donner, tu refuses de le recevoir ? Par qu elle faute, A chille, ai-je mérité d’être vile à tes yeux ? où a fui si prom ptem ent loin de moi ton volage amour? E st-ce qu’une fortune contraire s’a charne sans relâche après les m alheureux? et un vent plu s doux ne vient-il pas favoriser m es entrep rises ? J’ai vu les rem parts de Lvrnèse abattus par ton bras, et j ’avais eu moi-même une grande part aux m aux de m a patrie. J’ai vu tomber trois guerriers, unis par la naissance et la m ort : leu r mère à tous trois était la m ien n e. J ’ai vu m on époux gisant Laertaque satus, per quos com itata redirem . Auxerunt blandæ grandia dona preces. Viginti fulvos operoso ex æ re lebetns, E t Iripodas septem , p o n d éré e t a rte p ares. Addita sunt illis a u ri b is q u in q u e talen ta ; Bis sex, adsueli v incere sem per, equi, Quodque supervacuum, forma præ stante puellæ Lesbides, eversa corpora capta dom o; Cumque tôt his, sed non opus est tib i conjuge, conjux Ex A gam em noniis u n a puella trib u s. Si tibi ab A trida pretio redim enda fuissem , Quae dare debueras, accipere ilia negas? Qua rnerui culpa fieri tib i vilis, A chille? Quo levis a nobis tam cito fug it a m o r7 An m iseros tristis fo rtu n a te n a c ite r urg et? Nec v enit inceptis m ollior au ra m eis? Dirdta M arte tu o L yrnesia m œ nia vidi, E t fueram p a triæ p ars ego m agna m cæ . Vidi ego consortes p a rite r g enerisque necisque T rès cecidiase : trib u s, quæ m ihi, m a te r erat V di ego, q uantus e ra t, fusum te llu re c ru c n ta , 22 IIÉROÏDES. tout de son long sur la terre ensanglantée, vomir de sa poitrine haletante des flots de sang. Cependant à tant de pertes tu fus ma seule com pensation : c’est toi qui étais m on m aître, toi qui étais m on époux et m on frère. Jurant par les autels de la déesse m arine ta m ère, toi-m êm e disais qu’il était h eureux pour m oi d’être prise : sans doute pour être rep ou ssée, m algré la dot que j ’apporte, et pour que tu fuies à la fois et m oi-m êm e et les ri chesses qu’on t’offre. On rapporte m êm e qu’au lever de la prochaine aurore, lu dois livrer tes voiles de lin aux vents nuageux. Dès que cette funeste nouvelle eut frappé m es oreilles effrayées, m on sang et m a vie se glacèrent dans m on sein. Tu partiras; m ais à qui donc, cruel, abandonneras-tu une m alheureuse? dans m on délaissem en t, qui sera pour m oi une douce consolation? J’en form e le vœ u , puisse la terre s’entr’ouvrir soudain et m e dévorer ! puissé-je être con sum ée par les feux resplendissants de la foudre, avant que, sans m oi, les m ers blanchissent sous les ram es de Phthie, et que je voie ta flotte partir et m ’abandonner ! Si déjà le retour et le foyer paternel te plaisent, je ne suis pas un si lourd fardeau l’eclora jactantem sanguinolenta, virum . Tôt tam en am issis te com pensavim us unum : Tu dom inus, tu vir, tu m ihi fra ter eras. Tu m ihi, ju ratu s p er num ina m atris aquosæ , Utile dicebas ipse fuisse capi : Scilicet u t, quam vis veniam dotata, repellar Et m ecum fugias quæ tibi d e n tu r opes! Quin etiam fama est, quum craslina fulserit Eos, Te d a re nubiferis linca vela Notis. Quod scelus u t pavidas m iseræ m ihi contigit aures, Sanguinis atque anim i pectus inane fuit. Ibis ; et o, m iseram cui m e, violente, re lin q u e s? Quis m ihi desertæ m ite levam en e rit? Devorer ante, precor, subito te llu ris hiatu , Aut rutilo m issi fulm inis igne crem er, Quam sine m e P h th iis canescant æ quora rem is, E t videam puppes ire relicta tuas. Si tibi jàm reditusqu e placent patriique Penates, Non ego su ru classi sarcina m agna tuæ É P I T K E III. 25 pour ta flotle. Je suivrai captive un vainqueur, non épouse, un m ari. Ces doigts seron t propres à filer la laine. Ton épouse, la plus belle parm i les fem m es achéen nes, ira dans ta couche nup tiale, et p u isse -t-elle y aller : la bru est digne du beau-père, petit-fils de Jupiter et d’Égine, d ign e de la parenté du vieux Nérée. Moi, d’un hum ble ran g, m oi, ta servante, je déviderai la tâche im posée, et m a tram e am incira l’épais fuseau. Seulem ent que ton épouse ne m e persécute pas, c ’est la grâce que j ’im plore ; je ne sais pourquoi, m ais je crains qu’elle ne m e soit pas favorable. Ne souffre pas qu’on m e rase la tête en ta p résen ce, et ne dis pas avec indifférence : « Elle aussi fut à nous. » Ou plutôt consens-y, je le veux, pourvu que je ne sois pas délais sée : cetle crainte, m alheureuse que je su is, ébranle tous m es m em bres. Qu’attends-tu pourtant? A gam em non regrette son em porte m ent ; la Grèce affligée em brasse tes genoux. Triom phe de ta colère et de ton ressentim en t, toi qui triom phes du reste. Pour quoi l’infatigable Hector déchire-t-il la puissance des Grecs? Prends tes arm es, fils d’Éaque ; m ais auparavant rappelle-m oi ; et poursuis de tes arm es victorieuses des guerriers en désordre. Viclorem captiva seq u ar, non nupla m arilu m . E st m ih i, quæ lanas m olliat, apta m anus. In le r Achaiadas longe p ulcherrim a m atres In thalam os conjux ib it, eatq u e tuos : Cigna nurus socero, Jovis Æ ginæ que nepote; Cûique senex N ereus pro socer esse velit. Kos hum iles, fam ulæ que tuæ , data pensa trah em u s; Et m in u eu t plenas sta m in a nostra colos. E xagitet ne me ta n tu m tu a, deprecor, uxor, Quæ m ih i nescio quo non e rit æ qùa modo. Neve m eos coram scindi p a tia re capillos, E t lev iter dicas : « Hæc quoque n o stra fuit. » Vel p atiare licet, dum ne contem pla re lin q u a r: Hic m ihi væ m iseræ conculit ossa m etus. Quid tam en exspectas? A gam em nona p œ n itet iræ , E t jacet ante tuos G racia m œ sta pedes. Vince anim os iram q u e luam , qui cetera viBcis. Quid acerat Danaas im p iger H ector opes Arm a cape, Æ acida, sed m e tam en ante recepta ; E t p rem e tu rb ato s, M arte favente, viros. » 24 HÉROÏDES. Pour m oi s’est allum é ton courroux, que pour m oi il s’apaise; que je sois la cause et le term e de cette anim osité. Ne crois pas hum iliant pour toi de céder à m es prières : le fils d’Eneus a pris les armes à la prière d’une épouse. J'en ai entendu le récit et tu le connais. Une m ère avait perdu ses enfants ; elle m audit l’ave nir et les jours de son fils. La guerre se déclare : le fier jeune hom m e dépose les arm es et se retire, et refuse obstiném ent son secours à sa patrie. Son épouse seule put le fléchir. Elle fut plus heureuse, elle! m ais m oi, m es paroles tom bent sans effet. Je n e m ’en indigne pas ; toutefois, je ne m e su is pas com portée en épouse, esclave souvent appelée à la couche de m on maître. Une fem m e captive, il m ’en souvient, m ’appelait M aîtresse : « A la servitude, lui dis-je, tu ajoutes le poids d’un nom . » Et pourtant, par les ossem ents d’un époux m al recouverts sous un sépulcre à la hâte élevé, ossem ents toujours vénérables à m es yeux, par les m agnanim es om bres, objets de m on culte, de m es trois frères, glorieusem ent ensevelis avec la pairie et pour la patrie, par ta tête et la m ien ne, que l’amour rapprocha, par ton épée, arm e connue des m iens, je le jure, aucun M ycénien ne P ro p le r m e m ola est, pro p ler m e dcsinat ira ; Sim que ego tristitiæ causa m odusque tu æ . Nec tibi tu rp e puta precibus succum bere nostris : C onjugis Œ nides versus in arm a prece est. Res audita m ih i, nota est tib i. F ratrib u s orba Devovit n a ti spem que caputque parens. Bellum e ra t; ille ferox positis secessit ab arm is, Et p atriæ rigida m ente negavit opem. Sola virum conju* flexit. Felicior ilia I At mea pro nullo pondéré verba cadunt. Nec tam en indignor ; nec me pro conjuge gessi, Sæpius in dom ini serva vocata lorum . Me quæ dam , m em ini, Dominam captiva vocabat : a Servitio, dixi, nom inis addis onus. » P in tam en ossa v iri, subito maie tecta sepulcro, Sem per judiciis ossa verenda m eis, Perque Irium fortes anim as, m ea num ina, fratrum , Qui bene pro patria, cum patriaque jacent, Perque tuum nostrum que capul, quæ junx im us una, Perque tuos enscs, cognila tela meis! E P1TR E III. 25 partagea ma couche : si je te trom pe, abandonne-m oi. Si m ain tenant je te disais, vaillant guerrier : « Jure de m êm e que tu n ’as goûté sans m oi aucuns plaisirs », tu ne pourrais l ’affirm er. Mais les Grecs te croien t plongé dans la douleur. Tu touches la lyre ; une douce am ie te réchauffe sur son sein ; et si quelqu’un cherche à savoir pourquoi tu refuses de com battre, c’est que le com bat nuit à tes plaisirs ; la cithare, le chant et l ’am our te charm ent. Il est plu s sûr de coucher sur un lit; de tenir dans ses bras un e jeune fille, de prom ener ses doigts sur un e lyre de Tlirace, que de soutenir sur son bras le bouclier et la lance au dard acéré, et sur sa tète le casque qui la presse. Mais tu préfé rais les actions glorieuses à celles qui sont sû res, et l’éclat de la victoire te charm ait. E st-ce seu lem en t pour t’em parer de m oi, que tu aim ais la guerre hom icide ? et ta gloire est-elle ensevelie sous les ruines de m a patrie ? T’en préservent les dieux 1 que plu tôt, je les en p rie, ta lance du m ont Pélias, vibrée par un bras vi goureux, traverse les flancs d’Hector. Grecs, envoyez-m oi; am bassadrice, je prierai m on m aître, et à m es discours je m êlerai beaucoup de baisers. Je ferai plus que Nulla M ycenæum sociasse cubilia m ecum J u ro : fallentem deseruisse velis. Si tibi nunc dicam , fo rtissim e, « Tu quoque ju ra , Nulla tibi sine m e gaudia facta », neges. At D anai m œ rere p u ta n t. T ibi plectra m o v en tu r; Te ten et in tepido m ollis arnica s in u ; E t si quis q u æ ra t qu are pugnare récusés : Pugna n o c e t; citharæ , voxque V enusque juvanl. T utius est jacuisse toro, tenuisse puellam , Tlireiciam digitis increpuisse lyram , Quam m anibus clypeos et acutæ cuspidis hastam , E t galeam pressa sustinuisse com a. Sed tibi p ro lu tis insignia facta p la c e b a n t; P artaque bellando gloria dulcis e ra t. An tantum , dum me caperes, fera bella probabas? Cum que m ea patrid laus tua victa jacet? Di m eliu s! validoque, p recor, vibrala la re rto T ranseat H ectoreum Pelias h asta la tu s. H ittite m e, Danai ; dom inum legata rogabo : M ultaque m andatis oscula m ix ta feram . t. i. 2 26 HÉ R OÏ D ES . Phénix, croyez-m oi, plus que l'éloquent Ulysse, plus que le frère de Teucer. C’est quelque chose d’entourer un cou des bras accoutum és, et d’avertir les yeux qu’on est présent. Quoique barbare, et plus féroce que les ondes de ta m ère, sans que je parle, tu seras attendri par m es larm es. Maintenant encore, puisse ton père P élée com pléter le nom bre de ses ann ées, et Pyrrhus débuter sous tes auspices dans la car rière des armes ! Regarde Briséis en proie à l’inq uiétu de, valeu reux A chille, et ne consum e pas une infortunée par la lenteur de tes délais. Ou si ton amour pour m oi a fait place aux dédains, celle que tu contrains à vivre sans toi, contrains-la à m ourir. P oursuis, et tu la contraindras : l’em bonpoint et les couleurs ont disparu ; cependant l’unique espoir de te posséder sou tient ma frêle existen ce; si j’en suis dépossédée, j ’irai rejoindre m es frères et m on époux. El il ne sera pas glorieux pour toi d’avoir ordonné la m ort d’une fem m e. Mais pourquoi l'ordonner? Plonge dans m on sein ton épée n u e; j ’ai du sang qui jaillira en y fouillantPlonges-y ce glaive, qui devait traverser le cœ ur d’A trid e,si une Plus ego quam Phœ nix, plus quam facundus Ulixes, Plus ego quam T eucri, crédité, frater, agam . E st aliquid, collum solitis tetigisse lacertis, P ræ sentisque oculos adm onuisse sui. Sis licet im m itis, m a trisq u e fcrocior u ndis, Ut taceam , lacrym is com m inuere m eis. N unc quoque, sic om nes Peleus p ater im p leat annos. Sic eat auspiciis P yrrhus in arm a tu is! Respice sollicilam Driseida, fortis A chille; Nec m iseram lenla ferreus u re m ora. A ut, si versus am or tu us est in tæ dia nostri, Quam sine te cogis vivere, coge m ori. Utque facis, coges: a h iit corpusque colorquc ; S u stinet hoc anim æ spes tam en una tu i ; Qua si destituor , repetam fratresque virum que. Nec tibi m agnificum fem ina jussa m ori. Our autem jub eas? Stricto pete corpora ferro ; Est m ihi, qui fosso pectore sanguis eat. Me petal ille tu u s qui, si dea passa fuisset, Ensis in Alridæ pectus itu ru s erat. 1 É P 1 T R E IV. 27 déesse l ’eût perm is. Mais plutôt conserve m a vie, qui est un de tes bienfaits : ce que vainqueur tu donnas à une ennem ie, je le de m ande am ie. P ergam e, ouvrage de N eptune, t ’offre des victim es préférables; tu trouveras chez un ennem i m atière à carnage. Mais, soit que tu te disp oses à faire voguer ta flotte à l’aide de la ram e, soit que tu restes, 'ord onn e-m oi de venir à titre de m aître. ÉPITRE QUATRIÈME PHÈDRE A HIPPOLYTE La jeu n e fille de Crète envoie au héros, fils d’une Amazone, le salut qui lui m anquera, si tu ne le lui don nes. Quelle que soit ma lettre, lis-la en entier : quel mal peut te faire cette lec ture? P eu t-être m êm e y trouveras-tu quelque charm e. Par ces signes, on envoie les secrets et sur terre et sur m er ; l’ennem i m êm e accepte et exam ine la lettre d’un ennem i. Trois fois je m ’efforçai de te parler, trois fois ma langue s’arrêta paralyAt potins serves nostram , tu a m un era, vitam : Quod dederas hosti victor, arnica rogo. Perdere quos m elius possis, N eptunia præ befit Pergam a : m ateriam cædis ab hoste p ete. Me m odo, sive p aras im pellere rem ige classem , Sive m ânes, dom ini ju r e v enire jn b e. EPISTOLA QUARTA P H/ EDR A HI P PO LYTO Qua, nisi tu dederis, c a ritu ra est ipsa, salutem M iltit Amazonio Cressa puella viro. P erlege quodcunque e s t : quid epistola lecta nocebit? Te quoque, in h a c a liq u id , quod juvet, esse p otest. His arcana notis te rra pelagoque fe r u n tu r; Inspicit acceptas hostis ab hoste notas. T er tecum conata loqui, te r inu tu lis haesit Lingua, te r in prim o d e slitit ore sonus. 28 HÉR OÏD ES. sée, trois fois le son expira sur m es lèvres. Autant qu’il est per m is et possible, il faut m êler la pudeur à l’am our : ce que je rougissais d’exprim er, Amour m ’a ordonné de l ’écrire. Les or dres de l ’Amour, il n ’est pas san s danger de les enfeindre : il règne et étend son em pire sur les dieux souverains. D’abord j hé sitais à écrire; c’est lui qui m ’a dit : « É cris; ce cœ ur de fer subira les lois d’un vainqueur. » Qu’il m e soit en aide, et, com m e il em brase m es veines d’un leu dévorant, qu ainsi il dis pose ton cœ ur à exaucer m es vœ ux. Je ne rom prai pas, par m es in fidélités, le pacte qui doit nous lier ; ma vie (je la livre à ton exam en) est pure et sans reproche. Mon am our a d’autant plus de force, qu il est plus tardif : je brûle intérieurem ent, je brûle, et une plaie secrète dévore m on âm e. Comme le prem ier joug blesse les jeunes taureaux, et qu’un poulain tiré du troupeau supporte à peine le frein , ainsi un cœ ur novice subit de m auvaise grâce et avec peine les prem ières am ours ; ce fardeau ne peut trouver dans m on sein u n e place qui le fixe. Le crim e devient un art, lorsqu’il est appris dès nos tendres ans : la fem m e qui aim e dans un âge avancé, a m oins de retenue. Tu goûteras les prém ices d’un honneur conservé intact, Qua licet et seq u itu r, p udor est raiscendus am ori : D icerequæ puduit, scribere ju s s it Am or. Q uidquid Amor ju ssit, non est contem nere tu tu m : R égnât, e t in dom inos ju s habet ille Deos. 111e roihi prim o d u b ita n ti scribere, dixit: « Scribe; d ab it vicias fe rre u s ille m a n u s. » Adsit et, u t n o stra s avido fovet igue m edullas, Fingat sic anim os in m ea vota tuos. N on ego nequitia sociata fœ dera rum pam : Fam a (velim quæ ras) crim ine nostra vacat. V enit Amor gravius, quo serius : u rim u r in tu s, U rim u r, et cæ cum pectora vulnus habent. Scilicet u t teneros læ dunt juga prim a juvencos, F renaque v ix p a titu r de grcge captus equus, Sic m aie vixque subit prim os rud e pectus am ores ; Sarcinaque hæ c anim o non sedet apta m eo. Ars fit, ubi a teneris crim en condiscilur annis: Quæ venit exacto tem pore, pejus am at. Tu nova servalæ capies libam ina famæ; Et pariter noslrum fiet u terq u e nocens. É P I T R E IV. 29 et nous deviendrons l ’un et l ’autre pareillem ent coupables. C’est quelque'chose de cu eillir à p lein es m ains les fruits dans un ver ger, et de détacher la prem ière rose d’un doigt délicat. Si tou tefois cette pureté d’une vie irréprochable devait être sou illée d’une tache non ordinaire, je su is heureuse de brûler d’un feu digne de m oi : je n ’ai pas à m e reprocher un choix honteux, pire que l ’adultère. Si Junon m e cédait son époux et frère, il m e sem ble que je préférerais llippolyte à Jupiter. Déjà m êm e, le croiras-tu? je suis entraînée vers un art in connu : je suis im patiente d’aller parm i les bêtes farouches. Déjà m a prem ière divinité est Délie, que décore un arc recourbé : m oi-m êm e je m e conform e à ton goût. Je voudrais aller dans les forêts, presser le cerf dans les toiles, anim er sur la cim e des m onts la m eute ardente ; ou de m on bras tendu lancer le javelot trem blant ; ou poser m on corps à terre sur le gazon. Souvent je m e plais à guid er un char léger dans la pou ssière, et à m aîtriser avec le m ors la bouche du coursier docile. Tantôt je m ’élance, com m e la bacchante transportée des fureurs de son dieu, et com m e celles qui, sur l ’Ida, agitent les tam bourins, ou celles enEst aliquid plenis pom aria carpere ram is, E t tenui prim am deligere uogue rosam . Si tam ea iile p rio r, quo m e sine crim ine gessi, C andor ab insólita labe nolandus e ra t, At bene successit, digno qiiod ad u rim u r igne : Pejus ad u lterio tu rp is a d u lte r ab est. Si m ihi concédât Juno fratrem que virum que, H ippolytum videor p ræ po situra Jovi. J am quoque, vix c re d a s ! ignotas m itto r in a rte s : E st m ihi p er sævas Ím petus ire feras. Jam m ihi prim a Dea est, areu præ signis adunco Délia : judicium subsequor ipsa tuum . In nem us ire libeC, pressisque in re tia cervis, H orlari celeres per juga sum m a canes ; Aut trcm u lu m excusso jaculum vibrare lacerto; Aut in gram ínea ponere corpus hum o. Sæpe ju v a t versare leves in puiv ere c u rru s, T orquentem frenis ora sequacis equi ; -Nunc fero r, u t Bacchi furiis Eleleides actæ , Q uæ que su b ld æ o lym pana colle m ovenl, 30 HÉROÏDES. core à qui les Dryades dem i-déesses et les Faunes à la double corne, inspirèrent un fanatique enthousiasm e. Car on m e rap porte tout, lorsque m on transport est calm é : c ’est un am our, connu de m oi seule, qui m e brûle en secret. P eut-être faut-il attribuer cet am our au destin de ma race, et Vénus lèv e-t-elle ce tribut sur toute la fam ille. Jupiter (et c’est la prem ière origine de notre race) aim a Europe : un taureau dé guisait le dieu. Pasiphaé, m a m ère, livrée à un taureau abusé, déchargea de ses flancs son crim e et son fardeau. Le fils perfide d’Égée, à l’aide d’un fil libérateur, sortit, par l’assistance de ma sœ ur, des détours du Labyrinthe. Voici que m aintenant m oim êm e, afin de bien paraître la fille de Minos, je subis la dernière les lois com m unes à ma fam ille. C’est encore de la fatalité : une seule m aison a plu à deux fem m es; je suis éprise de ta beauté, ma sœ ur l ’est de ton père. Thésée et son fils ont ravi les deux sœ urs : élevez deux trophées aux dépens de notre m aison. Au tem ps où vous entriez à E leusis, ville de C érès, j aurais voulu que la terre de Gnos m e retînt. Alors surtout, m ais aupa- - Aut quas sem ideæ Dryades, Faunique bicornes, N um ine contactas a tto n u ere suo. Nam que m ihi re feru n t, quura se fu ro r ille rem isit, Om nia : m e tacitam conscius u rit A m or. F orsitan liunc generis fato reddam us am orem , E t V enus e to ta gente trib u ta p e ta t. Ju p p iter E uropam (prim a est ea g entis origo) Dilexit, tauro dissim ulante Deum. Fasiphae m ater, decepto subdita tau ro , Enixa est utero crim cn onusque suo. Perfidus Æ gides, d u centia fila secutus, Gurva m eæ fugit tecta sororis ope. En ego nunc, ne forte paru m Minoia credar, In socias leges ultim a g entis eo. Hoc quoque fatale est : p lacuit dom us una duabus; Me tu a form a capit, capta p a re n te soror, T hesides T heseusque duas ra p u ere sorores : Ponite de nostra bina tropæ a domo. T empore , quo vobis inita est C erealis E leusin Gnosia m e vellem detinuisset hum u s. É l ' I T R E IV. 51 ravant aussi, lu m e plaisais. Un amour passionné se fixa jusque dans la m oelle de m es os. Ton vêtem ent était d’une éclatante blancheur, ta chevelure entrelacée de fleurs; l’incarnat de la pudeur colorait ton tein t halé. Cet air que les autres fem m es ap pellent sauvage et farouche, loin d’être dur, au jugem ent de Phèdre, il était m âle. Loin ces jeu n es gens parés com m e une fem m e : une beauté virile ne veut que des ajustem ents sim ples et sans apprêts. Cette fierté m êm e, ces cheveux flottant sans art, et une légère p ou ssière répandue sur ton noble front, voilà ce qui te sied. Soit que tu fasses fléchir l’encolure rebelle d’un cour sier fougu eu x, j’adm ire tes pieds arrondis en un cercle étroit; soit que d’un bras vigoureux tu brandisses le flexible javelot, ton bras intrépide attire sur toi m es regards; soit que tu tien nes des épieux de corn ouiller, garnis d’un large fer, tout ce que tu fais, en un m ot, charm e m es yeux. Dépose seulem ent ta dureté dans les forêts m ontu eu ses : je ne m érite pas de périr par ta m ain. A quoi bon te livrer aux exer cices de la légère Diane, et ravir à V énus ses droits? Ce qui est % T une m ihi præ cipue, nec non tam en ante, placebas, Acer in extrem is ossibus hæ sit am or. Candida vestis e ra t, præ cincti flore capilli ; Flava verecundus tin x erat ora rub o r ; Quem que vocant aliæ v ultum rigidum que tru cem q u e, Pro rigido, P hæ dra judice, fortis e ra t. Sint procul a nobis juvenes, u t fem ina, com ti : Fine coli m odico form a virilis am at. Te tu u s iste rigor positique sine arte capilli, Et levis egregio pulvis in ore decet. Sive ferocis equi luctantia colla recurvas, Exiguo flexos m iro r in orbe pedes ; Seu lentum valido torques hastile lacerto, Ora ferox in se versa lacertu s habet ; Sives tenes lato venabula com ea ferro ; Denique, n o slra ju v a t lum ina, quidquid agas. Tu modo d u ritiem silvis depone jugosis : Non sum m ateria digna perire tua. Quid ju v a t incinctæ studia exercere Dianæ, Et V eneri num éros eripuisse suos? 32 HÉR OÏD ES. sans intervalles de repos n ’a pas de durée : c’est là ce qui répare les forces et délasse les m em bres fatigués. Im ite l’arc et les arm es de ta déesse favorite : si jam ais tu ne cesses de le tendre, il sera lâche. Céphale était célèbre dans les forêts, et parm i les herbages beaucoup de bêtes étaient tom bées sous ses coups. Cependant il n ’avait pas tort de se prêter à l’am our de l’Aurore ; la sage déesse quittait pour le voir son vieil époux. Souvent, sous les yeu ses, l ’herbe la plus com m une porta Vénus et le fils de Cinyra, côte à côte étendus. Le fils d Énéus brûla pour Atalante du m ont Ménale : celle-ci a, pour gage d’am our, la dépouille d’une bête fauve. Et nous aussi, pour la prem ière fois, soyons com ptée dans ce nom bre : si tu bannis Vénus, tes bois ne sont plus que sauvages. M oi-m êm e je serai ta com pagne, et ni les roches caverneuses ne pourront m 'éloigner, ni la défense oblique du sanglier redouta ble. Deux m ers assiègent un isthm e de leurs flots, un étroit dé filé entend leurs m ugissem ents. C’est là que j ’habiterai avec toi T rézène, royaum e de Pitthée : ces lieux m e sont déjà plus chers que ma propre patrie. Quod c a re t a lte rn a requie, durab ile non e st: Haie re p a ra t vires, fessaque m em bra novat. Arcus et arm a tuæ tib i sin t im itanda Dianæ: Si nunqu am cesses te n d e re , m ollis e rit. C larus e ra t silvis Cephalus, m ultæ que per herbam C onciderant, illo perculiente, ieræ . Nec lam en A uroræ m aie se pruibebat am andum : Ibat ad hune sapiens a sene Diva viro. Sæpe sub ilicibus, V enerem C inyraque creatuin Su stinuit positos quæ lib et herba duos. Arsit et Œnides in Mænalia Atalanta : Ilia feræ spolium , pignus a m o n s, habet. Nos quoque jam prim um lurba n u m erem ur in ista : Si V enerem tollas, ru stica silva tua est. .psa cornes veniam ; nec me latebrosa m ovebunt Saxa, nec obliquo dente tim endus aper. Æ quora bina suis oppugnant fluctibus Isthm on, Et ten u is tellus au d it u trum que m are. Hic tecam Trœ zena colam , Pittheia régna: am nunc est alria gratio r ilia m ea. Le héros, fils de Neptune, est absent à propos, et il le sera longtem ps : le pays de son cher Pirithoüs le retient. T hésée, à m oins de nier l’évid en ce, a préféré Pirithoüs à Phèdre, et Piri thoüs à toi-m êm e. Ce n ’est pas le seul affront qui m e vienne de lui : tous deux nous fûm es blessés dans des objets bien chers. D’une m assue à trois nœ ud s il a brisé les os de m on frère et les a dispersés sur le so l; ma sœ ur a été laissée en proie aux bêtes féroces. La plu s belliqu euse des filles qui portent la hache t ’a enfanté. La m ère était digne du fite par sa vaillance. Si tu lui de m andes où elle est, Thésée lui a traversé le flanc d’un glaive : un tel gage de son am our n'a pu la sauver. Elle ne fut pas m êm e son épouse ; pour elle il n ’allum a pas le flam beau conjugal. Pour quoi, sinon pour que tu fusses illégitim e et exclu du trône pa ternel ? Il t’associa les frères que je t’ai donnés ; et la cause de leur adoption, ce fut lu i, et non m oi. Oh ! que n ’a-t-il été déchiré au m ilieu m êm e des efforts de l ’enfantem ent, ce sein qui devait te nuire, le p lu s beau des m ortels ! Va, m aintenant, révère la couche de ce tendre père; il la fuit, il l’abdique par ses actes. T empore abest, ab eritq ue diu, N eptunius h e ro s : Ilium P irithoi detinet ora su i. P n eposuit T heseus, nisi si m anifesta negam us, ’ P irith o u m Phaedrae, P irith o u m q u e tibi. Nec sola haec nobis inju ria v e n it ab illo: In m agnis laesi reb u s u te rq u e sum us. Ossa m ei fratris clava perfracta trin o d i S p arsit lium i; soror est praeda re licta feris. Prim a securigeras in te r v irtu te puellas Te pep erit, nati digna vigore parens. Si qua:ras ubi sit, Theseus latu s ense p eregit, Nec tanto m ater pignore tu ta fuit. At ne nupta quidem taedaque accepta jugali. C ur, nisi ne caperes regna patern a n o th u s? A ddidit et fratres ex m e tibi : quos tam en om nes Non ego tollendi causa, sed ille fuit. 0 utin am nocitura tibi, p ulcherrim e re ru m , In m edio nisu viscera ru p ta fo re n t! nunc, et m erili lectum re v erere p arentis, Quem fugit, et factis abdicat ille suis. 34 IIÉROÏDES. Et que le com m erce d’une b elle-m ère avec son beau-fils n ’é pouvante pas ton im agination; ce n'est qu’un vain préjugé. Ce scrupule suranné, que les âges suivants devaient abolir, appar tenait au règne rustique de Saturne. Jupiter a légitim é tout ce qui plaît, et l’hym en de la sœ u r avec le frère rend tout licite. L’alliance form e une chaîne indissoluble de parenté, alors que Vénus elle-m êm e en a resserré les n œ u d s. Tu n ’as rien à crain dre, le m ystère est facile. Que la parenté nous serve d’excu se : la faute pourra se couvrir de ce nom . Qu’on nous surprenne dans les bras l’un de l’autre; ce sera à notre louange : on dira que la belle-m ère est attachée au b eau-fils. Tu n ’auras pas à te faire ouvrir, pendant les ténèbres, la porte d’un m ari soupçonneux, n i de gardien à corrom pre. Comme nous avons vécu , nous v i vrons sous le m êm e toit. Publiquem ent tu m e donnais des bai sers, tu m ’en donneras publiquem ent. Avec m oi tu seras en sû reté ; ta faute le m éritera des éloges, lors m êm e que tu serais vu dans m on lit. Seulem ent ban nis tout retard, et hâte ce m om ent fortuné. Qu’à ce prix A m our, cruel m aintenant pour m oi, soit favorable à tes désirs ! Nec , quia privigno videar coitura noverca, T erru e rin t anim os nom ina vana luos. Ista vêtus pielas, œvo m o ritu ra futuro, Rustica Satu rno ré g n a ten en te, fuit. Ju p ite r esse pium sta lu it quodcunque ju v a re t ; E t fas om ue facit fra tre m arita soror. Ilia coit firm a gcneris ju n c tu ra catena, Im posuit nodos cui V enus ipsa suos. Nec labor est ; celare licet. Pete m unus ab ilia : Gognato po terit nom ine culpa tegi. V iderit amplexos aliq u is; lau d ab im u r am bo : Dicar privigno fida novcrca m eo. Non libi pcr ten eb ras d u ri reseranda m ariti Janua, non custos decipiendus erit. Ut tenuit dom us una duos, dom us una tenebit. Oscula aperia dabas, oscula aperta dabis. Tutus eris m ecum , laudem que m erebere culpa, Tu licet in lecto conspiciare meo. Toile m oras tantum , p ro perataque fœ dera ju n g e. Qui m ihi nunc sæ vit, sic tibi parcat Amor! Je ne dédaigne pas de descendre à d'hum bles prières. H élas! où est m on orgueil, où est ce langage hau tain ?T ou t a disparu. J’étais résolue à com battre longtem ps et à ne pas succom ber ; m ais l’am our n ’est-il pas inconséq uent? Reine vaincue, je prie et j’em brasse tes genoux. Aucun am ant ne voit ce qu’exigent les convenances. J’ai désappris à rougir ; transfuge de la Pudeur, j ’ai abandonné ses étendards. Pardonne à m on aveu, et dom pte un cœ ur barbare. A quoi m e sert-il d’avoir pour père Minos, dom inateur des ondes? que la foudre éclate en serpentant des m ains de m on aïeul? que m on grand-père, le front arm é de dards rayonnants, conduise sur son char verm eil le jour qu’il échauffe? La noblesse est ensevelie sous l’am our. Prends pitié de m es ancêtres, et si tu ne veux m ’épargner, au m oins épargne les m ien s. J’ai pour dot la Crète, île de Jupiter. Que toute ma cour soit asservie à m on Hippolyte. Adoucis ton cœ ur inflexible. Ma m ère a pu séduire un tau-1 reau : seras-tu donc plu s cruel qu’un farouche taureau? Par Vénus qui règne sur m on cœ ur, oh ! je t’en conjure, épargnem oi ; puisses-tu à ce prix ne jam ais éprouver les dédains d’une N on ego dedignor supplex hum ilisque precari. Heu ! ubi nunc (astus, allaque verba? Jacenl. Et pugnare diu, nec m e su b m ittere culpæ C erta fui ; certi si quid h a b e re t am or ! Vicia precor, genibusque luis regalia lendo Brachia. Quid deceat non videt ullu s am ans. D epuduit, profugusque P udor sua signa relin quil. Da veniam fassæ, duraqu e corda dom a. Quo m ih i, quod g enitor, qui possidet æ quora, M inos? Quod veniant proavi fulm ina torta m a n u ? Quod sit avus, radiis frontem vallatus acutis, P u rpureo tepiduin qui m ovet axe diera? N obilitas sub am ore ja cet. M iserere priorum , E t, m ihi si non vis parcere, parce m eis. E st m ihi dolalis tellus, Iovis insula, C rete. S erviat Hippolyto regia to la m eo. F lecte feros anim os. P otuit corrum pere tauru m M ater : eris lauro sæ vior ipse Iruci? P er Venerem parcas, oro, quæ pluriina m ecum est: Sic nunqu am , quæ te sp ernere possit, am csj 36 1I ÉR0ÏDES. am ante! A ce prix, que la déesse agile des forêts te protège dans ses retraites solitaires; que les bois touffu s offrent des victim es à tes coups; que les Satyres et les Pans, divinités des m ontagnes, te favorisent, et que le sanglier tom be percé du dard de ta lan ce; que les Nym phes, quoiqu’on t’accuse de haïr leur sexe, te donnent une onde fraîche qui te désaltère! Ces prières, je les arrose de m es larm es : tu lis jusqu’au bout les paroles suppliantes; quant aux larm es, figure-toi les voir. ÉPITRE CINQUIÈME ÉNONE A PARIS P eux - tu m e lire? ou ta nouvelle épouse s’y oppose-t-elle? lis : celte lettre n ’a pas été tracée par un e m ain de Mycène. C’est Énone la naïade, célèbre dans les forêts de la Phrygie, qui se plaint de tes outrages, à toi, son époux, si tu veux bien y con sentir. Quelle divinité enn em ie a contrarié m es vœ ux? par quel forfait ai-je cessé d’être à toi ? 11 faut se résign er au m alheur, Sic tibi secretis agilis Dea saltibus adsit, Silvaque perdendas præ beat alta feras ; Sic faveant S aty ri, m on tan aq ue num ina P an e s; E t cadat adversa cuspide fossus aper ; Sic tibi d e n t Nymphæ, quam vis odisse puellas Diceris, aren tem quæ levet unda sitim . A ddim us bis precibus lacrym as quoque : verba p re c a u ti; P erlegis; at lacrym as finge v idere meas. EPISTOLA QUINTA (ENONE PAR I DI an conjux pro h ib et nova? perlege : lion est Ista Mycenaea litte ra facta m anu. Pegasis (Enone, Phrygiis celeberrim a silvis, Laesa q u e ro r de te , si sinis esse, meo. Quis Deus opposuit nostris sua num ina votis? Ne tua perm aneam , quod m ihi crim en obest? t ’E R L E G i s ? É P I T R E V. 37 quand on l ’a m érité : les peines q u ’on éprouve in n ocenl, on les éprouve avec regret. Tu n ’étais pas encore un si grand p rin ce, lorsque je m e con tentai de ton hym en, quoique nym phe et tille d ’un grand fleuve. M aintenant le lils de Priam , tu étais alors esclave; que la vérité ne t’offense pas : nym phe, j ’ai daigné m ’unir à un esclave. Sou vent, parm i les troupeaux, nous reposâm es sous l’abri d’un arbre; et son feuillage, m êlé au gazon, nous offrait un lit de verdure. Souvent, étendus sur le chaum e et la paille touffue, une chétive cabane nous défendit contre les blancs frim as. Qui te m ontrait les bois propices à la chasse, et cette roche où la bête fauve dérobait ses petits ? Souvent, com pagne de tes délas sem ents, j’ai tendu les filets aux m ailles variées; souvent j ’ai conduit les lim iers rapides sur la cim e des m onts. Les hêtres conservent mon' chiffre gravé par toi, et on lit le nom d’Énone, que ta serpe a in s c r it. : autant croissen t les tiges, autant croît m on nom . Croissez, et dressez-vous en colonnes pour établir nos titres. Il est, je m ’en souviens, un peuplier, planté sur la rive • L eniter, ex m erito quidquid p atiare, ferendum est : Quæ venit indignæ pœ na, dolenda vcnit. N ondüm tantus eras, quum te contenta m arito, Edita de m agno flum ine nym pha, fui. Qui nunc P riam ides, ad sit reverentia vero, Servus eras : servo n u b ere nym pha tuli. Sæpc greges in te r requievim us arbore lecti ; M ixtaque cum foliis p ræ b u it herba torum . Sæpe sup er slra m e n fœ noque jaccn tib u s allo, Defcnsa est hu m ili caoa pru in a casa. Quis tib i m o n strab at saltus venatibus aptos, E t te g e re t catulos qua fera ru p 'esu o s? R elia sæpe cornes m acu lis distincta te te n d i; Sæpe citos egi per ju g a sum m a canes. Incisæ servant a te m ea nom ina fagi; E t legor Œ none, falce notala tua : E t q u a n tu m tru n ci, tantum m ea nom ina crescunt. C rescite, et in tilulos su rg ite recta meos. Populus e st, m em ini, fluviali consita ripa, E st in qua n ostri lilera scrip ta m em or. t. i. 3 58 IIÉ H 0 ï D E S. du ileuve, où tu gravas des caractères qui retracent ma m ém oire. « Peuplier, disais-tu , vis longtem ps, toi qui, planté le long du rivage, portes ces vers sur ton écorce rid ée. Lorsque Paris pourra respirer loin d’Énone, le cours de ton onde rem ontera vers sa source. » Xanthe, coule en arrière; ond es, revenez sur vou sm êm es : Paris n ’a pas craint d’abandonner Énone. Ce jour fatal a m arqué la destinée de la m alheureuse Énone, et fut pour elle le rigoureux hiver d’un am our changé, alors que Vénus et Junon, et la déesse à qui sied m ieux l ’arm ure, Minerve nu e, vinrent se soum ettre a ton ju gem ent. A ee récit, m on cœ ur palpita de surprise, et un froid trem blem ent parcourut m es m em bres raidis. Je consultai, car je 11 étais pas m édiocrem ent effrayée, et les fem m es âgées et les vieillards : je ne doutai plus de m on m alheur. On abat le pin , on façonne les p lan ch es, et, la flotte prête, l’onde azurée reçoit les vaisseaux de cire endu its. Tu pleuras en partant; au m oins épargne-toi de le nier : ton nouvel am our est plus honteux que le prem ier. Tu pleuras, et tu vis m es yeux baignes de larm es : dans n otre m utu elle d o u - « Popule, vive, p reco r, quae consila m arg in e ripaj, Hoc in rugoso cortice carm en habes : Q uum Paris (Enone p o te rit sp irare relicta, Ad fontem X anthi versa re c u rre t aqua. » X anthe, retro propera, versaique re c u rrite , lym phaj : S u stinet (E nonein deseruisse P aris. I lla dies fatum miseree m ih i d ix it: ab illa Pessim a m u tati coppit am oris h ie m s; (Jua Venus e t Juno, sum tisque d e cen tio r arinis, V enit in a rb itriu m nuda M inerva tuum . A ttoniti m icuere sinus, gelidusque c u c u rrit, lit m ihi n a rrasti, d u ra p e r ossa trem o r. C onsului, ñeque enim m odice te rre b a r, añusque Longajvosque senes : con stitit esse nefas. Ca;sa abies, sectaeque trab es, et, classe p a ra ta , # Caerula ceratas accipit unda ra tes. F lesti d isc e d en s; hoc saltern parce negare. Praiterito m agis e st iste pudendus am or. E t flesti, et nostros vidisti flentis ocellos : M iscuimus lacrym as m oestus u te rq u e suas. É P I T R E V. 39 leur, nous confondions nos larm es. La vigne ne s ’attache pas aussi étroitem ent à l ’orm eau, que tes bras furent serrés à l ’en tour de m on cou. Ah! com bien de fois ont ri tes com pagnons, lorsque tu te plaignais d’être retenu par les vents! les vents étaient propices, Combien de baisers redoublés tu me donnas en m e quittant ! Comme ta langue eut à peine le courage de dire, « Adieu ! » Une brise légère relève la voile pendante le long du m ât d ressé, l’onde blanchit sous la ram e qui la soulève. Je suis des yeux, m alheureu se ! la voile fugitive aussi loin qu’il m ’est p ossible; le rivage est hum ecté de m es pleurs. Je dem ande aux verdoyantes néréides ton prom pt retour; oui, ton prom pt retour, pour consom m er ma ru in e. Mes vœ u x t’ont rappelé, m ais tu devais revenir pour un e autre. Hélas ! je priais en faveur de ma cru elle rivale. Un m ôle naturel dom ine sur la profondeur des abîm es : c ’est une m ontagne contre laqu elle se brisent les vagues m arines. De là pour la prem ière fois j ’ai reconnu les voiles de ton vaisseau, et j ’eus la pensée de m e précipiter dans les îlots. Tandis que je balance, je vois briller de la pourpre au som m et de ta proue. Won sic appositis vincitur vilibus ulm us, Ut tua sunt collo brachia nexa m eo. Ah ! quoties, quum te vento qu ererere teneri, R iserunt com ités! ille secundus erat. Oscula dim issæ quoties repetila dedisti ! Quam vix su stin u it dicere lingua, « Vale! » A ura levis rigido pendentia lin tea m alo Suscitât, et rem is e ru ta canet aqua. P rosequ or infelix oculis ab euntia vela, Qua lic e t; et lacrym is h u m et aren a m eis. U tque celer venias virides N ereidas oro; Scilicet u t venias in m ea dam na celer. Votis ergo m eis alii re d itu re re d isti. Hei m ihi ! p ro dira pellice b landa fui. Adspicit im m ensum m oles nativa profundum : Mons fuit, æ quoreis ilia re sistit aquis. Hinc ego vela tuæ cognovi prim a carinæ , E t m ihi p e r fluctus im p etus ire fuit."] Dum m oror, in sum m a fu lsit m ihi p u rp u ra p ro ra. P ertim ui : cultus non e ra t ille tuus. 1 40 H É R O ÏD ES . La crainte m e saisit : cette parure n ’était pas la tienne. Le navire approche et, porté par un souffle rapide, il touche terre. Je Vois alors, le cœ ur trem blant, un visage de fem m e. Ce n ’était pas assez ; et pourquoi aussi, forcenée que j’étais, dem eurais-je en ces lieux? Ta vile am anle se pressait contre ton sein. Alors je déchire ma robe, je m e m eurtris la poitrine, et avec m es ongles je déchire m es joues h u m ides, et je rem p lis de m es hu rlem en ts plaintifs le m ont sacré d’Ida. De là je transporte ces larm es vers les rochers qui m e sont chers. Qu’ainsi pleure H élène, abandon née de son époux, et qu’elle éprouve elle-m êm e le m al qu’elle nous causa la prem ière. Ce qui te convient m aintenant, ce sont des fem m es qui te sui vent à travers les vastes m ers, et désertent la couche légitim e. Mais lorsque tu étais pauvre et que tu m enais les troupeaux, Énone était l’unique épouse du pauvre berger. Je n’adm ire pas tes richesses, ce n ’est pas ton palais qui m e touche, ni l’hon neur d’être appelée l'une des brus si nom breuses d eP riam .N on pourtant qu eP riam se refuse à être le beau-père d’une nym phe, ou que sa bru doive faire rougir Ilécube. Je suis digne d’être l ’épouse d’un potentat, et je le désire : le sceptre ne serait pas F it propior, terrasq u c cita ra tis a ttig it a u ra . Fem ineas vidi, corde trem en te , gênas. Non salis id lu e ra t : quid enim furiosa m orabar? Ilæ rebat grem io turp is arnica tuo. T une v ero ru p iq u e sinus, et pectora planxi, E t secui m adidas u ngue rig en le gênas, lm plevique sacram q u eru lis u lulatibus Idam . Illinc has lacrym as in m ea saxa tuli. Sic H elene doleat, desertaq u e conjuge p loret ; Quæque prior nobis in tu lit, ipsa fe rat. Nusc tib i convcniunt, quæ te p e r aperta seq u an tu r Æ quora, legitim os destituantqu e toros. At quum pauper eras, arm entaqu e pastor agebas, Nulla, nisi Œ none, pau p eris uxor e ra t. Non ego m iror opes, nec me tu a regia ta n g it, Nec de tô t P riam i d icar u t una n u ru s. Non tam en u t P riam u s Nymphæ socer esse recusel, Aut H ecubæ fuerim dissim ulanda n u ru s. Dignaque sum et cupio fieri m atrona p o te n tis: S unt m ihi, qua> possiut sceplra decere, m anus. É P I T R E V. 41 déplacé dans m es m ains. Et, parce que j ’étais étendue avec toi sous le feuillage du h être, ne m e m éprise pas : une couche de pourpre m e conviendrait m ieu x. Enfin, m on am our est pour toi sans périls : aucune guerre ne te m enace ; l’onde ne porte pas de nefs vengeresses. La fille fu gitive de Tyndare est redem andée par des ennem is en arm es : voilà la dot qu’elle est glorieuse d’apporter à un époux. D oit-elle être rendue aux Grecs? consulte ton frère H ector, ou Déiphobe et Polydam as. Dem ande au grave Anténor et à Priam lu i-m êm e ce qu’ils en p e n sen t; ils sont instruits à l ’école de l'expérience. C’est un triste début, de préférer à sa patrie u n e fem m e ravie. Ta cause est h on teu se; l’époux prend les arm es avec ju stice. Et ne te prom ets pas, si tu es sage, la fidélité de cette L acédém on ienn e, qui s’est jetée dans tes bras si prom ptem ent. Comme le plu s jeune des Atrides crie à l ’outrage de la foi conjugale, et dé plore la blessure d ’un am our étranger, tu crieras, toi aussi. La perte de l’hon neur est un m al irrém édiable : une fois suffitpour le perdre. E lle brûle d’am our pour toi : ainsi elle aim a M énélas; et m aintenant le crédule époux est seul sur sa couche d é Nec m e, faginea quod tecum fronde jacebam , Despice : purpureo sum m agis apta toro. Deniqüe tu tu s am or m eus est tib i : n u lla p a ra n tu r Bella, nec u ltric e s advehit unda ra tes. T yndaris infestis fugitiva re p o scitu r arm is : Hac venit in thalam os dote superba tuos. Quæ si sit Danais reddenda, vel Heclora iratrein , Vel cum Deiphobo Polydam anta roga. Quid gravis A nlenor, P riam u s qu id censeat ipse, Consule ; quis æ tas longa m agistra fuit. T urpe ru d im e n tu m , p atriæ præ po nere raptara. Causa pudenda tu a e s t; ju sta vir arm a m ovet. Nec tib i, si sapias, fidam pro m itte Lacænam, Quæ s it in am plexus tam cito versa tu o s. Ut m in or A trides te m e ra li fœ dera lecti Clam at, e t externo læ sus am ore dolet, Tu quoque clam abis. N ulla rep arab ilis a rle Læsa pudicitia est : dépérit ille sem el. A rdet am ore tu i : sic et M enelaon am av it; Nunc ja c e t in viduo crcdulus ille toro. 42 HÉI10ÏDES. serte. Heureuse Androm aque, d’êlre unie à un époux qu’elle connaît! Tu devais, à l ’exem ple de ton frère, m e prendre pour ta fem m e. Mais tu es plus léger que la feuille, alors que, n ’étant plus chargée de séve, elle voltige, desséchée, au gré des vents m obiles ; et tu as m oins de poids que la pointe des frêles épis qui jaunissent chaque jour aux ardeurs du soleil. Ta sœ ur, il m ’en souvient, prophétisait jadis m a d estinée; voici l ’oracle qu’elle prononça, la chevelure en désordre : « Que fais-tu, Énone? pourquoi sem er sur le sable? Tes bœ ufs labou rent inu tilem ent les rivages. Voici venir une génisse de la Grèce qui vous perdra, toi, ta patrie et ta m aison (ah! vous en préserve le c ie l!); voici venir une génisse de la Grèce. Il en est tem ps encore, dieux, engloutissez dans les flots celte n ef im pure! Hé las ! que de sang phrygien elle porte ! » E lle dit. Ses fem m es l'enlèvent dans le cours de ses transports ; m es blonds cheveux se sont hérissés sur ma tète. Ah ! prêtresse, ta prédiction n ’a été pour m oi que trop véridique ! voilà que cette génisse s’est em pa rée de m es pâturages. Qu’elle soit brillante de beauté, elle est certainem ent adultère. Ravie par un hôte, elle a abandonné les dieux de l’h ym énée. ThéFélix Androm ache, certo bene n u p ta m arito î Uxor ad exem plum fra tris habenda fui. Tu levior foliis, tune quum , sine pondéré succi, M obilibus venlis arida facta volant, Et m inus est in te , quam sum m a pondus arista , Quæ levis assiduis solibus usta rig et. Hoc tu a, nam recolo, quondam germ ana canebat, Sic m ijii diffusis vaticinata com is? a Quid facis, Œ none? quid arenæ sem ina m andas? Non pro fecturis litto ra b ubus aras. Graia juvenca venit, quæ te , patriam que dom um quo P erd et (io ! prohibe); G raia juvenca venit. Dum licet, obscenam ponto, Dii, m ergite puppim . H eu! q uantum Phrygii sanguinis ilia v e liit! »> Dixerat. In cursu fam ulæ rap u ere fu re n te m ; At m ihi flaventes d iriguere comæ. Ah! nim ium vates m iseræ m ihi vera fuisti! Possidet en saltus ilia juvenca m eos. S it facic quam vis insignis, adultéra certe est. D eseruit socios, hospite capta, Deos. É P I T R E V. 43 sée, si je ne m e trom pe de nom , je ne sais quel Thésée, l ’avait auparavant em m en ée de sa patrie. Il était jeune et am oureux: croit-on qu’il l ’ait rendue vierge? Où ai-je été si bien instruite, tu le dem andes? J’aim e. Appelle cela violence, et voile la faute sous ce nom ; celle qui tant de fois a été ravie, s’est prêtée à l’être. M aisEnone se conserve pure à un époux qui la trahit, et cependant on pouvait être infidèle en suivant ta loi. Une troupe im pu dente de prom pts satyres (j’étais cachée dans les forêts) m e chercha d'un pied rapide, ainsi que Faune, au front cornu, arm é de pin s, sur celte chaîne im m en se de m onts où surgit l ’Ida. Le dieu de la lyre, fondateur de Troie, m ’aim a. Il a m ie dépouille de ma virginité, m ais non sans lutte : de m es m ains je lui arrachai les cheveu x, et m es doigts im prim èrent sur ses jou es des m eurtrissures. Et, pour prix de cette violence, je ne dem andai pas de l’or ou des pierreries : il est honteux de payer la rançon d ’un corps libre. Le dieu m e trouva digne de lui ; il m e confia la scien ce des m édicam ents, et em ploya m es m ains à ses dons. Toute herbe secourable, toute racine u tile à Iliam de patria T heseus, nisi nom ine fallor, Nescio quis T heseus, a b stu lit a u te sua. A juvene e t cupido cre d a tu r red d ita virgo? Unde hoc com pererim lam bene, quæ ris? Amo. Vim licet appelles, et culpam nom ine veles; Quæ toties rap ta est, præ b u it ipsa rapi. At m anet Œ none fallenti casta m arilo; E t poteras falli legibus ipse luis. Me Satyri celeres (silvis ego tecta lalebara) Q uæ sierunt ra;>ido, tu rb a proterva, pede, C ornigerum que c a p u t p inu præ cinctus acuta F aunu s, in im raensis qua tu m et Ida jugis. Me fide conspicuus Trojæ m u n ito r am avit. 111e m eæ spolium v irg in ilatis hab et : ld quoque luctando : rup i tam en u ngue capillos, ü ra q u e su n t digitis aspera facta m eis. Ncc p re tiu m stupri gem m as aurum ve poposci : T u rp ile r ingenuu m m un era corpus em u n t. Ipse, ra tu s dign am , m cdicas m ih i trad id it Arles, A dm isitque m eas ad sua dona m anus. O uæ cunque herba potens ad opéra, radixque m edenti ü tilis in to to n ascitur orb e, m ea est. ü IIÉROÏDES, 1 art de guérir qui naît dans le globe, m ’est connue. M alheureuse que les sim ples ne puissent être un rem ède à l ’am our ! Habile dans cet art, je suis abandonnée par m on art. L’inventeur m êm e a m e n é paître, dit-on, les génisses du roi d e P h è re , et fut b lessé de m es feux. L’assistance que n ’ont pu m e procurer ni un dieu ni la terre, inépuisable dans la production des plantes, tu p eux m e la donner. Tu le peux, et je le m érite. Écoute un e jeune fdle qui a des droits à ta pitié : je n ’apporte pas avec les Grecs une guerre sanglante; m ais je suis à toi ; avec toi j ’ai été dès m es plus jeunes ans, et je désire t’appartenir le reste de m es jours. ÉPITRE SIXIÈME H Y P S IP Y L E A JA S O N On dit que ton vaisseau a touché les rivages de la Thessalie, riche de la toison du bélier d’or. Je te félicite, autant que tu le perm ets, de ton heureux retour ; cependant un écrit de ta m ain Me m iseram , quod am or non e>t m edicabilis h e rb is ! D estituor p ru deu s a rtis ab a rte m ea. Ipse re p e rto r opis vaccas pavisse Pheræ as F e rtu r, et e nostro saucius igne fu it. Quod neque gram inibus tellus fecunda creandis, Nec Deus, auxilium tu m ih i ferre potes. E t potes, e t m e ru i. Dignæ m ise re re puellæ : Non ego cum Danais arm a c ru e n ta fe ro ; Sed tua sum , tecum que fu i p u erilib u s annis, Et tua, quod superest tem poris, esse p reco r. EPISTOLA SEXTA H Y P S IP Y L E JA S O N I L ittora Thessaliæ reduci tetigisse carina Diceris, auratæ vellere dives ovis. G ratulor incolum i, q uantum sinis : hoc tam en ipso Debueram scripto certio r esse tuo. É P I T R E VI. 45 aurait dû m ’en donner l’assurance. Car les vents peuvent t’avoir éloigné de m on em pire, où tu désirais aborder, selon ta pro m esse ; m ais le vent n ’est pas assez contraire, qu’on ne puisse tracer une lettre. Hypsipyle fut digne de recevoir ton salut. Pourquoi la renom m ée m ’a-t-elle appris, avant ta lettre, que les taureaux consacrés à Mars avaient courbé sous le joug? qu’une sem ence jetée par toi avait produit des m oissons de guerriers, et que, pour leur d estruction, ils n ’avaient pas eu besoin de ton b ras7 qu’un dragon vigilant gardait la dépouille de l’anim al; que cependant ta m ain hardie avait enlevé la précieuse toison ? Si aux incrédules je pouvais dire : « Lui-m êm e il m e l ’a écrit », que je serais glorieuse ! Mais pourquoi m e plaindre d'un m ari trop lent à acquitter le devoir? J’ai obtenu, si tu m e restes, un trop grand acte de com plaisance. On raconte qu’une enchan teresse barbare accom pagne tes pas, et que tu l ’as adm ise à partager la couche qui m ’était due. L’a m our est ch ose créd u le; plût aux dieux que l’on dise : « Elle a légèrem ent accusé son époux de crim es m ensongers. » Naguère, des côtes de l’H ém onie, un hôte thessalien était venu vers m oi ; Nam, ne pacta tibi p ræ ter m ea régna red ires, Quum cuperes, ventos non habuisse potes ; Q uam libet adverso sig n etu r epistola vento. Hypsipyle m issa digna salu te fui. Cur m ilii fam a p rio r, quam n u n tia litte ra , venit, Isse sacros M arti sub ju g a panda boves? Sem inibus ja c tis segetes adolesse virorum , In q u e n e cem d e x tra n o n eg u isse tu a ? Pervigilem spolium pecudis servasse draconem , R apta tam en forti vellera fulva m anu ? Hæc ego si possem tim ide credentibu s, « Ista Ipse m ih i scrip sit », d icere, q u a n ta forem ! Quid q u e ro r officium lenti cessasse m ariti? O bsequium , m aneo si tu a , grande tu li. B arbara n a r r a tu r v e n isse venefica te c u m , In m ih i p ro m issi p a rte re c e p ta to ri. C redula res am or est : utin am tem eraria dicar C rim inibus falsis insim ulasse virum ! N uper ab Hæraoniis hospes m ihi T hessalus oris V enerat, et, tactum vix bene lim en e ra t : 46 HÉROÏDES. à peine il avait touché le seuil de m on palais : « Que fait le fils d ’Éson, lui dis-je, que fait celui que j ’aim e? » Il reste interdit et confus; ses yeux se fixent devant m oi sur la terre. Soudain je m 'élance; et, déchirant ma tunique sur m on sein : « Vit-il? m ’écriai-je, ou n’ai-je plus qu’à partager son trépas? — Il vit, » dit-il ; et, com m e il parlait tim id em ent, je le forçai à jurer. A peine je croyais à ta vie, attestée sur la foi d’un dieu. Lorsque j ’eus repris m es sen s, je com m ençai à l’interroger sur tes exploits. Il raconte que les taureaux de Mars, aux pieds d’airain , avaient labouré; que les dents du d ragon , sem ées sur la te r r e , avaient soudain tait éclore des guerriers tout arm és ; que ce peuple, enfant de la terre, avait accom pli sa destinée ép h é m è re , en m ourant dans une lutte civique. Le serpent v a in c u , je m ’inform e de nouveau si Jason vit en= core : ma foi à ses paroles flotte entre la crainte et l’espé rance: Tandis qu’il rapporte les faits en détail, il m e dé= couvre, dans le cours d’un récit fidèle, les blessures que ton cœ ur m ’a faites. H élas! où est la foi prom ise? où sont les droits de l ’h ym en, et ce flam beau plus digne d’allum er un bûcher funéraire? Je « Æ sonides, dixi, quid agit m eus? » Ille pu dore Hæsit, in opposila lum ina fixus h um o. P ro tin u s exsilui ; tunicisque a pectore ru p tis, « Vivit? an, exclam o, m e quoque fata traliu n t? — Vivit », a it; tim idum qu e m ilii ju ra re coegi. Vix m ihi, teste Deo, crédita vita tu a est. U tque anim us red iit, tua facta re q u ire re ccepi. N arrat aenipedes Jlartis arasse boves; V ipereos dentes in hum um pro sem ine jactos, E t subito natos arm a tulisse v iros; T errigenas populos, civili M arte p erem tos, Im plesse æ tatis fata diurna suæ . Devicto serpente, ite ru m si vivat Iason Q uæ iim us : alternant spesqne tim orque fidem. Singula dum n a rrat, studio cursuque loquendi, D etegit ingenio vuln era facta tuo. H eu ! ubi pacta fldes ? ubi connubialia ju ra ? Faxque sub arsuros dignior ire rogos? É P I T R E VI. 47 n'ai pas été connue de toi furtivem ent. C’est Junon et l ’Hymen, ceint de guirlan des, qui reçurent nos serm en ts. Je m e trom pe, ce n ’est ni Junon ni l’H ym en, m ais la triste Érynnis qu i, ensan glantée, porta de sinistres torches. Que m 'im portaient les Argo n autes et le vaisseau de Minerve? et to i, nautonnier Tiphys, que t’im porlait ma patrie? Là n'était pas le b élier à la toison d'or, ni le palais du vieil E ètes : c’était Lem nos. J’avais résolu d’abord, m ais un sort m alheureux m ’entraînait, de repousser ces arm es étran gères à l ’aide de m es bataillons fém inins : les fem m es de Lem nos ne savent que trop vaincre des hom m es. Avec d ’aussi valeureux soldats je devais défendre m es jours. J’ai vu le héros dans nos m urs; je lui ai donné un asile dans m on palais et dans m on cœ ur. Là, deux étés et deux hivers se sont écou lés. C’était la troisièm e m oisson, lorsque, forcé de m ettre à la voile, tu m e dis ces paroles en versant des lar m es ; o On m ’entraîne, llyp sip yle; m ais, que les d estin s seule m ent m ’accordent le retour, je pars ton époux, je le serai à jam ais. Qu’il vive cependant le fruit de notre union que ton sein r ec èle ; qu’il soit notre enfant à tous deux. » Non ego sum fu rto tib i cognila. P ronuba Juno A diuit, et sertis tem pora vinctus Hymen. At m ihi nec Juno, nec Hymen, sed tristis E rinnys P ræ tu lit infau^tas sanguinolenta faces. Quid m ilii cum M inyis? quid cum T ritonide pinu? Quid tibi cum p atria, navita Tiphy, m ea? Non e ra t hic aries vil lo spectabilis auro ; Non senis Æ etæ regia : Lem nos e ra t. Certa fui prim o, sed me m ala futa tralieb an t, Hospita fem inea p ellere castra m anu : L em niadesque viros, nim ium quoque, vincere noruut. 3Iilite tam forti vita tuenda fuit. U rbe virum vidi, tectoque anirnoque recepi. Hic tibi bisque æ stas, bisque c u c u rrit hiem s. T ertia m essis erat, quum tu , dare vela coactus, Im plebti lacrym is talia verba tu is : « A bslrahor, Hypsipyle ; sed, dent m odo fata iecursus, Vir tu u s hinc abeo, v ir tibi sem per c ro . Quod tam cn e nobis gravida celatui în alvo, V ivat; et ejusdem sim us u te rq u e païen s >» 48 HÉ R Oï DES. A ces m ois, des larm es feintes inondent ton visage, et je m e souviens que tu ne pus poursuivre. Le dernier de tes com pa gnons, tu m ontes sur le vaisseau sacré. 11 vole sur les m ers ; le vent tient les voiles enflées. L’onde azurée se dérobe sous la n ef rapide. Tu regardes la terre, et m oi les eaux. Une tour, d’où la vue se prom ène dans tous les sens, dom ine les ondes. Je m ’y porte ; des larm es hum ectent m on visage et m on sein. Je regarde à travers ces larm es, et, servant m on ardeur, m es yeux voient plus loin que de coutum e. J’ajoute de chastes priè res, et à ma crainte se m êlent des vœ u x, que m aintenant encore je dois acquitter, puisque tu es sauvé. Moi, acquitter des vœ u x, pour que Jlédée en jouisse ! Mon cœ ur s’afflige, et l’am our le rem plit avec un sentim ent de colère. Je porterai aux tem ples d es offrandes, parce que Jason vivant m ’est ravi ! une victim e tom bera en sacrifice pour m es p ertes! Je ne fus pas tranquille, il est vrai; toujours je craignais que ton père ne prît un e bru dans une des villes de la Grèce. J’ai craint les G recques; c'est une rivale barbare qui m ’a nui : m a b lessu re m e vient d’une ennem ie inattendue. E lle n e plait N H actenus, et lacrym is in falsa cadentibus ora, C æ tera te m em ini non potuisse loqui. Ultim us e sociis sacram conscendis in Argo. Ilia v o lâ t; ventus concava vela te n e t. Cærula propulsæ su b d u c itu r unda carinæ : T erra tib i, nobis ad spiciuntur aquæ . In latus ornne patens lu rris circuraspicit und as. Iluc feror, et lacrym is osque sinusque m adent. P er lacrym as specto, cupidæ que faventia m en ti Longius adsueto lum ina noslra vident. Addo preces castas, im m ixlaque vota tim o ri, Nunc quoque, te salvo, persolvenda m ih i. Vola ego persolvam ? votis Medea fru a tu r! Cor dolet, atque ira m ixtus a b u n d at am or. Dona feram tem plis, vivum quod Iasona perdam ! Hostia pro dam nis concidat icta m eis! Non equidem secura fui, sem perque verebar Ne pater Argolica sum eret m b e n u ru m . Argolidas tim ui ; nocuit m ihi barbara pellex: Non expeclalu volons ab hoste tuli. É P I T R E VI. 49 pas au m oins par sa beaulé ou son m érite; elle t’a séduit par la vertu de ses enchantem ents : arm ée d'une faux m agique, elle m oissonne des plantes fun estes. Ses charm es puissan ts arra ch en t de son char la Lune rebelle et plongent dans les ténèbres les coursiers du Soleil ; ils enchaînent les ondes et suspendent le cours des fleuves ; déplacent les forêts et anim ent les rochers. Elle parcourt les tom beaux, errante, éch evelée, et recueille sur le bûcher encore tiède des ossem ents qu’elle a choisis. Elle m audit les absents, pique des figures de cire, enfonce des ai guilles effilées dans un foie déplorable, et autres sortilèges que je préfère ignorer. La m agie est u n infâm e m oyen de faire naître l’am our : il doit être le prix des vertus et de la beauté. P eux-tu la serrer dans tes bras, et, resté seul avec elle sur ta couche, peux-tu goûter le som m eil dans le silen ce des nuits? Ainsi elle t’a soum is au joug com m e les taureaux ; et le pouvoir qui assoupit le féroce dragon te dom ine égalem ent. Ajoute qu’elle se flatte d’ètre com prise dans tes hauts faits et dans ceux de tes ch efs. L’épouse nuit au triom phe de l ’époux. Quelques partisans de Pélias im putent tes succès à ses enchantem ents, et Nec facie m eritisve placet ; sed carm iné m ovit : D iraque cantata pahula falce m etit. Ilia relu ctan tem c u rru deducere Lunam N ititu r, et ten e b ris abdere Solis equos ; Ilia ré fré n â t aquas, obliquaque flum ina sistit ; Ilia loco silvas, vivaque saxa m ovet. P er tum ulos e rrâ t passis discincta capillis, C ertaque de tepidis colligit ossa rogis. Devovet absentes, sim ulacraque cerea figit, E t m iserum tenues in je c u r u rg et acus; E t quæ nescierim m elius. Maie q u æ ritu r h erbis, M oribus et form a conciliandus, am or. I I a n c potes am plecti, thalam oq ue re lic tu s in uno, Im pavidus som no, nocte silente, fru i ! Scilicet u t tauro s, ita te ju g a ferre coegit ; Quaque feros angues, te quoque m ulcet, ope. Adde, quod adscribi factis procerum que tuisque Se favet, e t titulo conjugis uxor obest ; A tque aliquis Peliæ de p a itib u s acta venenis Im putai, e t populum , qui sibi credat, habet. 50 IIÉROÏDE S. le peuple est là pour le croire. A insi, ce n ’est pas le fils d'Éson, m ais la fille d’Éètes, des bords du Phase, qui en lève la toison d ’or du bélier de Phryxus. A lcim ède ta m ère ne t’approuve pas : consulte ta m ère; non plus que ton père, qui voit venir une bru des régions glaciales. Qu’elle aille se chercher un époux sur les bords du Tanaïs, dans les m arais de l’hum ide Scythie, et jusqu’aux sources du Phase, sa patrie. Volage fils d’Éson, m oins stable que la brise printanière, pourquoi tes prom esses n ’o n t-e lle s pas de consistance? Tu étais parti m on époux, tu revien s sans l ’être : que je sois ta fem m e à ton retour, com m e à ton départ. Si la noblesse et un nom illustre te touchent, eh b ien , tu vois en m oi la fille de Thoas, descendant de Minos. Bacchus est m on aïeul; l ’épouse de Bacchus efface par l’éclat de sa couronne les astres subalternes. Ma dot sera L em nos, terre favorable à la culture. Tu peux aussi m e com pter parm i de tels avantages. M aintenant m êm e je vien s d’être m ère. F élicile-n ou s tous deux, Jason : l’auteur de m a grossesse m ’avait rendu le fardeau bien doux. Je suis heureuse aussi par le nom bre, et Lucine a Non hæc Æ sonides, sed Pliasias Æ eline Aurea Phryxeæ terga revellit ovis. Non p ro bat Alcimede m ater tu a : consule m atrem ; Non p aler, a gélido cui vcnit axe n urus. Ilia sibi T anai, Scvthiæ que paludibus udæ Q uæ rat et a patria Phasidos usque, virum . Mobilis Æ sonidc, vcrnaque in c c rtio r aura, C u riü a pollicito pondere verba ca re n t? Vir m eus bine ie ra s ,v irn o n m eus inde redisti : Sim reducís conjux, sicut euntis eram . Si te nobilitas generosaque nom ina tangunt, En ego Minoo nata T hoanle feror. Bacchus avus ; Bacchi conjux, re lim ita corona, Præ radiat stellis signa m inora suis. Dos tibi Lem nos e rit, te rra ingeniosa colenti. Me queque res tales in te r h ab ere potes. Nunc etiam peperi. G ratare am bobus, Iason • Dulce m ihi gravidæ fccerat a u cto r onus. Félix in num ero quoque sum , prolem que geinellam Pignora Lucina bina favente d e d t É P I T R E VI. 51 favorisé la naissance de jum eaux, double gage de noire am our. Si tu dem andes à qui ils r e sse m b le n t, on te reconnaît en eux. Ils ne savent trom per; le reste, ils le tien nent de leur père. J’allais presque les faire porter en am bassade pour leur m ère : une cruelle m arâtre m ’a retenue sur le point du départ. J’ai craint Médée : Médée est plus qu’une ma râtre. Les m ains de Médée sont exercées à com m ettre tous les forfait^. Celle qui a pu disperser dans les cham ps les m em bres déchirés d’un frère, épargnerait-elle les objets de m a ten dresse? Et, dans ton délire, ô toi que les poisons de Colchos égarent, on dit que tu l’as préférée aux feux d’ilypsipyle. Vierge adultère, un honteux com m erce l’a fait connaître à son m ari : une flam m e pudique nous a donnés l’un à l'autre. Elle a trahi son père : j'ai dérobé Thoas au m assacre. E lle a fui Colchos : Lem nos, où je règne, m e possède. Q u'im porte cette différence, si la scélératesse triom phe de la vertu ; si le crim e lui tien t lieu de dot et lui m érite un époux? Je blâm e la vengeance des fem m es de L em n os, Jason, m ais elle ne m ’étonne pas ; le ressentim ent fait une arm e de tout à ceux qu’il anim e. Si quæ ris cui s in t sim iles, cognosceris illis. F allere non n o ru n t ; cæ tera palris habent. L cgatos quos pæ ne dedi pro m atre ferend os; Sed te n u it cœ plas sæva noverca vias. Medeam tim ui : plus est Mcdea noverca. Medeæ faciunt ad scelus om ne m anus. S p argere quæ fra tris p o tu it laniata p e r agios C orpora, pignoribus parceret ilia m e is? H anc tarnen, o dem ens, C olchisque ablate venenis, Diceris Hypaipyles præ posuisse toro. T u rp iler ilia virum cognovit adultéra v irgo: Me tib i, teque m ihi tæ da pudica dédit. P rodidit ilia p atrem : ra p u i de cæde T hoanta. D eseruit Colchos : m e m ea Lem nos habet. Quid re fe rt, scelerata piam si vincit, et ipso C rim ine dotata est, e m eru itq u e virum ? L em niadum facinus culpo, non m iro r, Iason: Q uæ libet ira lis ip s e dat arm a dolor. 52 HÉROÏDEjS. Dis-m oi, si, poussé par des vents contraires, com m e il eû t été juste, tu fusses entré dans m on port, toi et celle qui t’accom pagne, si j’étais allée à ta rencontre accom pagnée de m es deux jum eaux (tu devais prier la terre d’ouvrir ses abîm es sous tes pas), de quel œ il, époux crim in el, verrais-tu tes enfants, verrais-tu ton épouse ? quelle m ort ne m ériterais-tu pas pour prix de ta perfidie? Tu aurais été en sû relép rès de m oi, j ’aurais respecté tes jours, non que tu en sois digne, m ais parce que je su is douce. Quant à m oi, le sang de ma rivale eût assou vi m es regards et ceux de l ’hom m e que scs fascinations m ’ont ravi. Pour Médée je serais un e autre Médée. Jupiter, si, du haut O lym pe, tu n ’es pas sourd à ma prière, fais que celle qui a usurpé m on rang gém isse du m alheur qui af flige H ypsipyle; qu’elle-m êm e sanctionne ses lois, et que, com m e je suis délaissée épouse et m ère de deux enfants, elle soit privée d ’un nom bre égal d’enfants et de son époux ; qu’elle ne conserve pas longtem ps sa conquête illégitim e ; qu’elle l’abandonne en core plus m alheureusem ent; qu’elle soit exilée, et cherche un asile dans tout le globe ; qu’autant elle a été sœ ur pour son frère, et fille pour son m alheureux père, autant elle soit cru elle pour Die, âge, si ventis, u t op o rtu it, actus iniquis, n trasses portus, tuqu e com esque, m eos, Obviaque exissem , fœ tu com itata gem ello (Hiscere nem pe tibi te rra roganda foret), Quo vultu natos, quo m e, scelerate, videres ? Perfidiæ pretio qua nece dignus eras? Ipse quidem per me tu tu s sospesque fuisses, Non quia tu dignus, sed quia m itis ego. Pellicis ipsa meos im plessem sanguine vultus, Quosque veneficiis ab stu lit ilia suis. Medeæ Medea forem . Quod si quid ab alto, Juslus ades votis, Ju p p ite r, ipse m eis, Quod g ém it Hypsipyle, lecti quoque subnuba nosiri M œreat ; et leges san ciat ipsa suas : Utque ego d e stitu o r conjux, m aterq ue duorum , A tolidem natis orba sit, atq u e yiro; Nec m aie p arta d iu te n e a t; pejusque re lin q u a t ; Exsulet, et toto q uæ rat in orbe fugam ; Quam l'ratri germ ana fuit, m iseroque p a re n li Filia, tam natis, tam sit acerba viro ; Ê P I T R E VII. 53 ses enfants et son époux; qu’après avoir épuisé de ses courses et les m ers et la terre, elle essaye de l ’air ; qu’elle erre sans se cours et san s espoir, ensanglantée du m eurtre des siens. Voilà ce que dem ande la fille de Thoas dépouillée de son hym en : vivez, l ’hom m e et la fem m e, sous le poids de la m alédiction. E N T R E SEPTIÈME DIDON A É N ÉE T e l , éten du sur des herbes m arécageuses, le blanc cygne, lors que lesd estin s l ’app ellen t, chante aux bords du Méandre. Et ce n ’est pas parce que j ’espère pouvoir te fléchir par m a prière que je t’adresse cette lettre : j ’ai agi sous l ’influence du courroux céleste; m ais, après avoir perdu, par une conduite coupable, m es bienfaits et l’honneur, m on corps et une âm e pudique, c ’est peu de perdre des paroles. Tu es déterm iné à partir cependant, à abandonner la m alheureuse Didon, et les m êm es vents qui en fleront tes voiles, em porteront fis serm en ts. Tu es déterm iné, Q uura m are, quum te rras consum serit, aera te n te t ; E rre t inops, exspes, cæde c ru e n ta sua. Ilæc ego conjugio fraudata T hoantias oro : Vivite devoto, nuptaqu e v irq u e , toro. EPISTOLA SEPTIMA DIDO ® n e a ; S ic , ubi fata vocant, u dis abjectus in h e rb is, Ad vada M mandri concinit albus olor, Nec, quia le nostra sperem prece posse m o v ed , Adloquor : adverso m ovim us is ta Deo; Sed m erita et fam am , corpusque anim um que pudicum Q uum m ale p e rd id erim , perd ere verba leve est. C ertus eS ire tam en m iseram que relin q u ere Dido, A tque idem vend vela fidem que ferenl. HÉR OÏD ES. Enée, a lever l’ancre et à trahir ta foi, à chercher un royaum e d Italie dont tu ignores m êm e la position. Rien ne te touche, ni Carthage récem m ent fondée, ni ses m urailles qui s’élèvent, ni la souveraineté confiée à ton sceptre. Tu fuis ce qui est fait; ce qui est à faire, tu le poursuis. Il te faut chercher sur le globe une autre terre, et tu en as trouvé un e. Mais que tu la trouves cette terre, qui t’en livrera la possession? qui offrira, pour s’y établir, son territoire à des inconnus? 11 te reste à avoir un autre am our, une autre Didon ; à engager de nouveau ta foi, pour la violer de nouveau. Quand sera le jour où tu puisses élever un e ville à l’instar de Carthage, et voir tes peup les du haut de la cita delle? Et quand tu réussirais au gré de tes désirs, où trouveras-tu une épouse qui t'aim e autant que m oi? Je brûle com m e ces tor ches de cire im prégnées de soufre, com m e l’encens des tem ples épandu sur le brasier odorant. Enée s’attache toujours à m es yeux pendant que je veille ; le jour et la nuit retracent É née à m on im agination. C’est un ingrat, il est vrai, sourd à la voix de m es bienfaits; je devrais m êm e l’oublier, si je n ’étais folle : et S4 Cerlus es, Æ nea, cum fœ dere solvere naves, Quæque ubi sint nescis, Itala régna sequi. Nec nova C arthago, nec te crescentia tangunt Mœnia, nec sceptro tradita sum m a tuo. Facta fugis, facienda petis. Q uærenda per orbem A ltéra, quæ sita est a lté ra te rra tib i. Ut te rram invenias, quis eam tib i tradet habendam ? Quis sua non notis arva tenenda d a b it? A ller habendus am or tibi re stâ t, et altéra Dido ; Q uam que ite ru m fallas, altéra danda fidcs. Quando e rit, u t condas in sta r C arthaginis urbem , Et videas populos altus abe arce tuos? Omnia si veniant, nec te tua vola m o re n tu r, Unde tibi, quæ te sic amet, uxor e rit? Uror u t inducto ceratæ sulfure tædæ, Ut pia fum osis addita tu ra focis. Æ neas oculis sem per vigilantis in h æ ret, Æ neam quc aninio noxque diesque refert. 111c quidem maie g ralu s, et ad m ea m unera surdus, Et quo, si non sim stulta, c a rere velim . cependant, m algré son indifférence, je ne hais pas Énée ; m ais je m e plains de l ’infidèle, et ma plainte redouble m on am our. Vénus, épargne ta bru; et toi, Am our, em brase un frère inhum ain : qu’il serve dans tes cam ps. Pour m oi, j ’y con sen s, que celui que j'ai com m en cé à aim er fournisse m atière à m es tourm ents. Je m ’abuse ; un e vaine illusion se jou e de m oi. 11 n ’a pas de ressem b lance avec sa m ère. La pierre et les m ontagnes, et le chêne produit sur les hauts rochers, et de cru elles bêtes sauvages t’ont engendré ; ou la m er, com m e celle que tu vois m aintenant m êm e agitée par les v en ts, et que tu vas bientôt parcourir sur des flots orageux. Où fu is-tu ? La tem pête s’oppose. Que la tem pête m e favorise de ses rigu eu rs. Vois com m e l ’Eurus agite et bouleverse les ondes. Ce que j’eusse préféré te devoir, perm ets que je le doive à la tem pête : le vent et l’onde sont plus justes que ton cœ u r. Je ne su is pas d’un assez grand prix, quoique ta perfidie le m é rite, pour que tu p érisses dans ta fuite sur les vastes m ers. Tu exerces un e haine chère et dispendieuse, si, pourvu que tu sois privé de m oi, la m ort est vile à tes yeux. Bientôt les vents se calNon tam en Æ neam , quam vis m aie cogitât, o J i; Sed q u e ro r infidum , q uestaque pejus amo. P arce, V enus, n u ru i ; duru m q u e am plectere fratrem , F ra te r, A m or : ca slrU m ilite t ille tu is. A tque, ego quem coepi, neque enim dedigno r, am are, M ateriam curæ præ b eat ille meæ. F a u . or , e t ista m ilii falso ja c ta tu r im ago. M atris ab ingenio dissidet ille suæ . Te lapis, et m ontes, in n ataq u e ru p ib u s altis R obora, te sævæ pro gen uere fe ra ; Aut m are, quale vides a g ila ri n u n c quoque ventis, Quod tam en adversis flnctibus ire paras. Quo fu g is? O bslat hiem s : hiem is m ih i gratia pro sil. Adspice u t eversas concitet E urus aquas. Quod tib i m alueram , sine m e debere procellis : Ju stio r est anim o ventus et u n d a tu o . Nos ego sum ta n ti (quam vis m erearis, inique), Ct pereas, dum m e p e r fréta longa fugis. E xerces preliosa odia e t conslantia m agno, Si dum m e careas, est tib i vile m ori. 56 HÉROÏDES. meront, et, sur la plaine unie des m ers Triton fera courir son char d’azur. Que n’e s-lu m obile com m e leurs haleines ! et lu le seras, si tu ne surpasses en dureté les chênes. Eh quoi ! ne sais-tu pas ce que peuvent les flots en courroux? Tu as tant de fois éprouvé cet élém ent, et tu t’y confies? Tu partiras, je le veux, invité parle calm e des ondes; m ais les vastes abîm es offrent beau coup de dangers. Les parjures ne gagnent rien à traverser les m ers : ce lieu m êm e punit la violation de la foi, surtout lorsque lÀ m our est b lessé; parce qu e, d it-o n , la m ère de l’Amour sortit nue, à sa naissance, des ondes de Cythère. Déjà perdue, je crains encore de perdre ; je crains de nuire à qui m e nuit, et que l ’onde m arine n ’engloutisse m on ennem i naufragé. Vis, je t’en conjure; j’aim e m ieux te perdre ain si que par le trépas : qu’on te dise plutôt l’artisan de ma m ort. Voyons, im agine-toi (puisse m on présage ne pas s’accom plir!) enlevé par un tourbillon rapide : quelles seront tes pensées ? Soudain se présenteront à toi les parjures d’une bouche m en songère, et Didon forcée de m ourir par la ruse phrygienne. Jam venti ponent, stralaq u e æ q u aliter unda, C æ ruleis T riton per m are c u rre t equis. Tu quoque cum ventis utin am m u tab ilis esses ! Et, nisi d u ritie robora vincis, eris. Quid ! si nescieris insana quid æ quora possint? E xpertæ toties tam m aie credis aquæ ? Ut pelago suadente etiam retin acula solvas, M ulta tam en latus tristia pontus habet. Nec violasse fidem ten ta n tib u s æ quora prodest : Perfidiæ pœ nas exigit ille locus, P ræ cipue quum læ sus Ainor; quia m ater Amoris Nuda C ytheriacis édita fe rtu r aquis. P ürdita ne perdam tim eo, noceam ve nocenti ; Neu bibat æ quoreas naufragus liostis aquas. Vive, p re c o r; sic te m elius quam fun ere perdam : Tu potius le ti causa ferare m ei. F inge , âge, te rapido (nullum sit in om ine pondus!) T urbine deprendi ; quid libi m entis e rit ? Protinus o ccurrent falsæ perjuria linguæ, Et Phrygia Dido fraude coacta m o n . É P I T R E VII. 57 Devant tes yeux le fantôm e de ton épouse trom pée se dressera triste, sanglant, et la chevelure en désordre. Tu diras alors : « Tout ce qui m ’arrive, je l’ai bien m érité; dieux! pardonnez. » Et les foudres qui tom beront, tu les croiras dirigées contre toi. Accorde aux rigueurs de la m er et aux tien n es quelque re lâche : une sûre navigation sera le prix inestim able de ce court délai. Et n e m ’épargne pas; épargne le petit Iule. C’est assez pour toi d’être l ’auteur de m a m ort. Mais ton fils A scagne, m ais tes dieux pénates, qu’o n t-ils fait? ces dieux arrachés aux flam m es, fo n d e va les engloutir. Mais tu n e les portes pas avec toi, et, m algré ta jactance, perfide, les objets sacrés du culte et ton père n ’ont pas chargé tes épaules. Tout est m ensonge dans ce récit ; car ce n’est pas par nous que la langue com m ence à trom per ; je n e suis pas ta prem ière victim e. Si tu recherches où est la m ère du charm ant Iule, elle a péri, abandonnée seule par son époux inhum ain. Tu m e l'avais racon té; je n ’y fis pas attention : ah ! brûle-m oi aussi, je le m érite, celte peine sera trop douce pour la faute. Je ne doute nu llem en t que tes divinités ne se vengent de toi sept hivers t’ont vu balloté sur la terre et les Conjugis ante oculos deceptæ stab it im ago T rislis e t effusis san ^uinolenta com is. « Quidquid id est, totu m m eru i, concedite, dicas », Quæque cadent, in te fulm ina m issa putes. Da breve sæ vitiæ spalium pélagique tuæ quc : G rande m oræ pretiu m tu ta fu tu ra via est. Nec miiii tu p arcas; p u ero p a rc a tu r Iuîo. Te salis est titu lu m m o rtis h a b e re meæ. Quid puer A scanius, quid Di m eru ere P én ales? Jgnibus ereptos obruet unda Deos. Sed neque fers tecu m ; nec, quæ m ihi, perfide, jactas, P re sse ru n t hum eros sacra p aterq u e luos. Omnia m en liris ; nec enim tu a fallere lingua In cip it a nobis, p rim aque p lecto r ego. Si quæ ras ubi sit form osi m ater lu li : Occidit, a du ro sola re lic ta viro. llæ c m ihi n a rra ra s ; non m e m overe : m erenlem Ure, m in or culpa poena fu tu ra m ea est : Nec m ihi m ens dubia est q u in te tua num ina d am n en t : P e r m are, p e r te rra s septim a ja c ta t hiems-. 58 II ÉROÏDE S. m ers. La tem pête te jette sur m es côtes ; je te reçois dans un sûr asile; à peine j’ai entendu prononcer ton nom , je t’offre un royaum e. Et plût aux dieux que je m e fusse contentée de ces bienfaits, et que le souvenir de notre union eût été en seveli ! Jour fatal, que celui où un soudain orage nous fit chercher un asile contre la pluie dans une grotte profonde ! J’avais entendu une voix ; je la pris pour le hurlem ent des nym phes : c ’étaient les Eum énides qui donnaient le signal à ma destinée. Pudeur outragée, venge-toi de m on infidélité envers Sichée, que je vais retrouver, hélas ! pénétrée de confusion. J’ai, dans un tem ple de m arbre, l ’im age sacrée de Sichée ; des guirlandes de feuillage et de blancs tissu s la recouvrent. De là j’ai entendu sa voix connue m ’appeler qua tre fois : il m e disait d'un ton faible : « Élise, viens. » P lus de retard : j ’accours; je viens à toi. Épouse, je t’appartiens. Mais la honte de m on crim e ralentit m es pas. Pardonne, c ’est un hom m e séduisant qui m ’a trom pée : il ôte à m a faute ce qu’elle a d’odieux. La déesse qui lui donna le jou r, son vieux père, le pieux fardeau d ’un iils, voilà ce qui m e donnait l ’espérance d’une union duraFluctibus cjectum tu ta slatione recepi, Vixque bene audito nom inc, régna dedi. His tam en officiis u tin am contenta fuissem , E t m ihi concubitus fam a scp ulta foret 1 Ilia dics nocuit, qua nos declive sub a n tru m C æ ruleus sub itis com pulit im b er aquis. A udieram voccm ; iS'ymphas ululasse putavi : E um enides falis signa dedere m e is. Exige, læse pudor, pœ nas, violate Sichæo, Ad quem , me niiseram ! plena pudoris eo. E st m ih i m arm orea sacratus in æ de Sicliæus ; Adpositæ frondes velleraque alba te g u n t. llinc ego m e sensi noto q u a te r ore cila ri; Ipse sono ten u i dixit : « Elissa, veni. » ISulla m ora est : venio, venio tibi débita conjilx, Sed tam en adm issi tarda pudore m ei. Da veniam culpæ ; decepit idoneus auctor : Invidiam noxæ d e tra h it ille m cæ. Diva parens, sen iorque pater, pia sarcina nati, Spem m ih i m ansuri rite d edere to ri. ÉPITIÎE VII. 5g ble et légitim e. Si je dus errer, m on erreur a des m otifs hono rables. Ajoute les p rom esses, je n ’aurai à m ’en repentir par aucun côté. L influence du destin qui pesait auparavant su r m oi s’acharne encore et m e poursuit jusqu au dernier term e de m on exis tence. Mon époux a péri dans son palais, im m olé aux pieds des autels; et d ’un si noir attentat, c ’est un frère qui obtient le prix. Je m ’exile ; j’abandonne les cendres d ’un époux et m a pa trie, et, poursuivie par m on en n em i, j ’entrep rend s un e navigation périlleuse. J’aborde sur des plages inconn ues; échappée à m on frère et à la m er, j ’achète le rivage que je te donnai, perfide. Je fonde une ville et j ’en élève les vastes m urailles, objet d’envie pour les contrées voisines. Des guerres ferm entent : étrangère et fem m e, on m ’attaque par la guerre, et je prépare à la fois les portes à peine achevées de ma ville et des arm es. Je plais à m ille prétendants, qui viennent se plaindre à m oi que je leur aie pré féré pour époux je ne sais quel étranger. Que balances-tu à m e livrer enchaînée au Gétule Iarbas? je prêterais m es bras à ton crim e. Il est aussi un frère dont la m ain im pie, déjà trem pée du sang de m on époux, dem ande à se baigner dans le m ien. D éSi fuit errandam , causas h a b e t e rro r lionestas. Adde fidera, nulla parte pigendus e rit. Dorât in extrem um , vitæ qu e novissim a nostrai P ro seq u itu r fati, qui fuit a n te , té n o r. O ccidit in te rn a s conjux m actatus ad aras, E t sceleris ta n ti præ m ia fra te r habet. Exsul agor, cineresque viri p a triam q u e relin q u o , Et fero r in d u ras, hoste seq uen te, vias. Applicor ignotis, fra triq u e elapsa frcto q u c, Quod tib i donavi, perfide, litu s em o. U rbera co n stitu i lateque p a te n tia fixi M ænia, fiuitim is invidiosa locis. Delta tu m e n t : bellis p e reg rin a e t fem ina lenlor, V ixque ru d es portas u rb is et arm a paro. Mille procis placui, qui m e coiere, q u e re n te s Séscio quem th alam is præ posuisse suis. Quid d u b itas vinctam Gætulo tra d e re tarb æ ? P ræ b u erim sceleri brach ia n o stra tuo. t s t etiam frater, cujus m anus im pia poscit R espergi no tro , sparsa c ru o re viri. . 60 HÉRO ÏD ES. pose tes dieux et les objets sacrés que tu profanes en les tou chant : l ’hom m age rendu aux im m ortels par une main im pie est un sacrilège. Si c’est pour avoir en toi un adorateur que les dieux ont été sauvés de l ’incendie, ils regrettent d’être échappés aux flam m es. Peut-être aussi, m alheurenx, laisses-tu Didon en cein te; peutêtre m es flancs recèlen t-ils une portion de ton être. Un déplo rable enfant partagera les destins de sa m ère; il n’est pas encore, et tu seras Partisan de son trépas. Avec sa m ère m ourra le frère d’iu le, et une seule peine enveloppera deux victim es. Mais un dieu t’ordonne de partir ! Je voudrais qu’il t’eût dé fendu d ev en ir, et que le sol carthaginois n ’eût pas été foulé par les Troyens. Ainsi c’est un dieu qui te guide, et lu es le jouet des vents orageux, et tu consum es un long tem ps sur la m er im pétueuse. A peine ton retour à Pergam e devait-il être acheté par tant de fatigues, si Troie était aussi florissante que du vivant d’Hector. Ce n ’est pas le Sim oïs de ta patrie que tu cherches, m ais les ondes du Tibre. Ainsi, pour parvenir au but de tes des seins, tu seras hôte et étranger; et, com m e la terre que tu pourPone Deos, et quæ tangendo sacra profanas : Non bene cœ lestes inipia dextra colit. Si tu cultor eras elapsis igne futurus, P œ n itet elapsos ignibus esse Deos. F oksitan et gravidam Dido, scelerate, re lin q u a s, Parsque tui la te a t corpore clausa meo. Accedet fatis m atris m iserabilis infans, Et nondum nato fun eris a u cto r eris. Cum que parente sua fra le r m o rietu r lu li, Pœ naque connexos auferet u na duos. S ed ju b e t ire Deus! Vellem vetuisset a d iré ; Punica nec T eucris p ressa fuisset hum us. Hoc duce, neinpe Deo, ventis agitaris iniquis, E t te ris in rapido tem pora longa freto. Pergam a vix tan lo tibi e ra n t repetenda labore, H ectore si vivo quanta fuere, forent. Non p atrium Sim oenta petis, sed Tybridas undas. Nempe, u t pervenias quo cupis, liospes eris ; U tque la te t refugilque tu as abslru sa carinas, Vix tibi conlinget te rra petila seni. É P I T R E VII. 61 suis se cache et se dérobe à tes vaisseaux, à peine y parviendrastu dans ta vieillesse. R enonce plutôt à ces détours, et accepte en dot m on peuple et les rich esses de Pygm alion, que j ’ai em por tées. Transporte Ilion dans la ville des Tyriens sou s de m eil leu rs auspices : fais-en le siège de ton em pire et portes-y le sceptre sacré. Si ton âm e est passionnée pour la guerre, si le jeu n e Iule cherche à conquérir un triom phe par ses propres ex ploits, pour que rien ne te m anque, nous lui fournirons un en nem i à vaincre : ce lieu com porte et les traités de la paix et les com bats. Seulem ent, au nom de ta m ère, au nom de ces flèches, arm es de ton frère, au nom des dieux de la Dardanie, com pagnons sa crés de ta fuite (et, à ce prix, pu isses-tu sauver tous ceux de ta nation qui te su ivent ; puisse cette cruelle guerre être le dernier de tes m alheurs, et Ascagne accom plir heureusem ent le cours de ses années ; pu issent les os du vieux A nchise reposer m olle m ent !), je t’en conjure, épargne un e m aison qui se rem et entre tes m ains. Quel crim e m e reproches-tu, sinon m on am our? Je ne su is pas de P hthie, la grande Mycène ne m ’a pas vue naître ; m on époux et m on père n ’ont pas porté les arm es contre toi. IIos populos potius in dotent, am bage rem o ta, Accipe, et advectas Pygm alionis opes Ilion in T yriam tran sfe r felicius u rb em : H ancque locum re g n i, sce p traq u e sacra tene. Si tib i m ens avida e st belli, si q u æ rit Iulus Unde suo p artu s M arte triu m p h u s ea t; Quem su p eret, ne quid desit, præ bebim us liostem : Hic pacis leges, hic locus arm a capit. Tu m odo, p e r m atrem , fra lern a q u e tela, sagittas, Perque fugæ com ités, D ardana sacra, Deos (Sic su p e re n t, quoscunque tu a de genle rep o rtas, Mars féru s e t dam nis sit m odus ille tuis, A scaniusque suos féliciter im pleat annos, E t senis Anchisæ inolliter ossa cu b en t !), P arce, precor, dom ui, quæ se tibi trad it babendam . Quod crim en dicis, p ræ ter am asse, m eura? Non ego sum P h th ias, m agnisve oriunda Mycenis ; Nec ste te ru n t in te v irq u e p a te rq u e m eu s. T. i . 4 62 HÉ R OÏ D ES . Si tu me repousses com m e épouse, qu’on t’appelle non mon m ari, m ais m on hôte ; pourvu qu’elle t’appartienne, Didon c o n sentira à être quoi que ce soit. Je connais les parages où l’onde se brise contre la rive africaine; à certaines époques la m er est praticable, elle ne l’est pas à d’autres. Lorsque les vents le per m ettront, lu livreras tes voiles à leur souffle. Maintenant l’algue légère arrête le vaisseau lancé du port. C onfie-m oi le soin d’ob server le tem ps, tu partiras avec plu s de sûreté; et quand tu le désirerais, je ne souffrirai pas que tu restes. D’ailleurs, tes com pagnons réclam ent du rep os; ta flotte endom m agée n ’est qu’à dem i réparée; elle dem ande quelques délais. Pour prix de m es bienfaits et de ceux que je pourrai ajouter aux prem iers, pour l’espoir de notre hym en, je réclam e un peu de tem ps : jusqu’à ce que la mer et l’am our s’adoucissent ; jusqu’à ce que le tem ps et l’habitude m ’apprennent à supporter courageusem ent le m alheur. Sinon, ma résolu tion est prise, je renonce à la vie. T u n e peux être longtem ps cruel envers m oi. Si tu voyais le triste aspect de celle qui t ’écrit ! Je t’écris, et le glaive troyen est sur m oi ; des larm es coulent de m es joues sur cette épée n u e, qui bientôt, au Si pudet uxoris, non nupta, sed hospita d icar : Dum tua sit l)ido, quid libct esse feret. Nota m ihi Irela su n t Afrum fran g en tia lilu s : Tem poribus c e rtis d a n tq u e n egantque viam . Quum d abit aura viam , præ bebis carbasa ventis. Nunc ievis ejectam c o n tiu et alga ra le m . Tcm pus u t observem m anda m ihi, certiu s ibis, JXec te , si cupies ipse, m an ere sinam . E t socii requiem poscunt, lauiataque classis Postulat exiguas sem irefecta m oras. Pro m e ritis, et si qua tibi præ bebim us u ltra , Pro spe conjugii, tem pora parva peto : I)um fréta m itescuut et am or, dum tem pore cl usu F o rtite r edisco tristia posse pati. Sift m in us, est anim us nobis effundere vilam . lu m e crudelis non potes esse diu. Adspicias utin am quæ sit scrib én tis im ago 1 Scribim us, et grem io T roicus ensis adest ; Perque gênas lacrym æ stric tu m la b u n tu r in ensem , Qui jam pro lacrym is sanguine tin ctu s e rit. É P I T R E VIII. 65 lieu de larm es, sera trem pée de sang. Oh ! que ton présent s’ac com m ode bien à m a destinée ! Les apprêts de m a mort te coû tent peu. Ce n ’est pas le prem ier trait qui perce m on sein : le cruel Am our a déjà fait un e plaie en ce lieu . Anne, ma sœ ur Anne, confidente de m a fatale erreur, bientôt tu vas porter à ma cendre les dons suprêm es. Consumée sur le bûcher, on ne gravera pas sur m a tom be : « Élise, épouse de Sichée ! » Cepen dant on lira sur le m arbre cette épitaphe : « Énée a fourni et la cause de la m ort et le glaive ; Didon s’est elle-m êm e frappée de sa m ain. » ÉPITRE HUITIÈME HERM IONE A ORESTE Hermione adresse la parole à celui qui naguère encore était son frère et son époux ; m aintenant il est son frère : un autre a le titre d’époux. Pyrrhus, fils d’A chille, fougueux à l’exem ple de son père, m e tient enferm ée contre la ju stice et l ’hum anité. AuQuam bene conveniunt fato tu a m un era nostro ! In stru is irapensa nostra sepulcra brevi. Nec m ea nunc prim o fe riu n tu r pectora telo : Ille locus sævi vulnus Amoris h abet. Anna soror, soror A nna, meae m aie conscia eulpæ , Jam dabis in cineres ultim a dona m eos. Nec, consiftnta rogis, in scrib ar : « Elissa Sichæi! » Hoc tarnen in tu m u li m arm ore carm en e rit : « P ræ buit Æ neas e t causam m ortis et en sem ; Ipsa sua Dido concidit usa m anu. » EPI STOLA OCTAYA HERMIONE ORESTÆ Adloqoor H erm ione n u p e r Iratrem q u e virum que, Nunc fra tre m : nom en conjugis a lte r habet. P yrrhus Achillides, anim osus im agine patris, Inelusam contra jusque piumque tenet. G4 HÉR OÏD ES. tant que j'ai pu, fa i refusé, pour ne pas être enferm ée volontai rem ent : les m ains d’une faible fem m e n ’ont pas pu davantage. « Que fais-tu , fds d’Éaque? je ne su is pas sans vengeur, lui d isje : cette jeune fille, Pyrrhus, a son m aître. » Plus sourd que les m ers, pendant que j ’invoquais le nom d’O resle, il m e traîne éehevelée dans son palais. Esclave dans Lacédém one, la proie des Barbares, qu’eussé- je éprouvé d ép lu s dur, si leur troupe eût enlevé les fem m es grecques? La Grèce victorieuse a traité Andromaque avec plus de m énagem ent, lorsque, la flam m e à la m ain, elle incendiait les richesses de laP h rygie. Mais, si un tendre soin pour m oi te touche, O reste, soutiens tes droits d’un bras non intim idé. Eh quoi! si l ’on enlevait tes troupeaux enferm és dans leurs étables, tu saisiras tes arm es : ton épouse est ravie, et tu restes indifférent? Prends exem ple sur ton beau-père : 0 11 lui enlève sa fiancée, il la redem ande, et une jeune fille est pour lui un m otif légitim e de guerre. Si ton beaupère fût lâchem ent resté dans sa cour déserte, m a m ère serait encore aujourd’hui l ’épouse de Paris, com m e elle le fut aupara vant. Tu n’as pas à préparer m ille vaisseaux et des voiles ond u leu ses, ni des arm ées de soldats grecs : viens en personne. CeQuod p o tu i, re n u i, ne non invita te n e re r : C æ tera fcm ineæ non valuere m anus. « Quid facis, Æ acide? non sum sine vindice, dixi : llæ c tibi sub dom ino, Pyrrlie, puella suo est. » S u rdior ille freto, clam antem nom en Orestæ T raxit in o rn atis in sua tecta comis. Quid g rav iu s, capta Lacedæm one, serva tulissem , Si ra p e re l Graias barb ara tu rb a n u ru s? Parcius A ndrom achen vexavit Achaia victrix, Quum Danaus Pln ygias u re re t ignis opes. At tu , cura m et si te pia ta n g it, Oreste, Injice non lim idas in tua ju ra m anus. An, si quis rap iat stabulis arm enta reclusis, Arma fe ras; rapta conjuge, len tu s eris? Si socçr exeinplo, nuptæ rep etito r adem ptæ , Cui pia rnilitiæ causa puella fuit, Si socer ignavus vidua sedisset in aula, N upta foret P aridi m ater, u t ante fuit. Nec tu m ille ra te s sinuosaque vela p a ra ris; Nec num éros Danai m ilitis : ipse veni. ’ l Ê P I T R E VIII. 05 pendant lu devais m êm e m e redem ander ainsi : il n’est pas déshonorant à un époux de s'exposer aux hasards des com bats pour un lit qui lui est cher. Eh ! n ’avons-nous pas tous deux pour aïeul A trée, fils de Pélops? et si tu n ’avais été m on époux, ne serais-tu pas m on frère? Époux, secours ton épouse, je t ’en conjure; frère, défends ta sœ ur : j ’ai un double titre à solliciter cet office. Tyndare, l’auteur de cet hym en, vieillard respectable par ses vertus, m e donna à toi : l’aïeul pouvait disposer de sa petite-fille. Mais que m on père, dans l ’ignorance de cet engagem ent, m ’ait prom ise au fils d’Éaque ; m on aïeul, qui a pris rang le prem ier, l’em porte auSsi en droit. Lorsque je t’épousai, m on hym en ne fit tort à personne ; si l’on m ’unit à Pyrrhus, tes intérêts seront lésés par m oi. D’ailleurs, M énélas m on père pardonnera m on am our : lu i-m êm e il succom ba sous les traits du dieu ailéL’am our qu’il s ’est perm is, il le perm ettra à son gendre : ma m ère, qu’il a aim ée, servira par son exem ple. Tu es à m oi ce que m on père fut à ma m ère : le rôle qu’a joué autrefois l ’étranger Dardanien, Pyrrhus le joue. Quoique sans cesse il s’enor gu eillisse des hauts faits de son père, et toi aussi tu as à rapSic quoque eram repetenda tam en ; nec tu rp e m arito Aspera pro caro bella tulisse toro. Quid, quod avus nobis idem Pelopeius A treus ? E t si non esses vir m ih i, fra te r e ras? V ir, precor, uxori, fra ter, su ccu rre sorori : In sta n t officio nom ina bina luo. Me tib i T yndareos, vita gravis auctor et annis, T radidit : a rb itriu m n eptis habebat avus. At p ater Æ acidæ p ro m iserit inscius acli ; ‘ Plus quoque, qui p rio r est ord ine, possit avus. Quum tibi nubebam , nulli m ea tæ da nocebal; Si ju n g ar Pyrrho, tu m ihi læ sus eris. E t p ater ignoscet nostro M enelaus am ori : Succubuit telis præ petis ipse Dei. Quem sibi perm isit, genero p erm ittet am orem : P roderit exem plo m ater am ala suo, Tu m ihi, quod m atri pater, es : quas egerat olim D ardanius p artes advena, Py rrhus agit. Ille licet p atriis sine fine su p erb iat actis, E t tu, q u » referas, acla p arentis habea. 4. I1ÉR 0ÏDE S. porter les actions de ton père. Le descendant de Tantale com m andait à tous, m êm e à Achille : l’un faisait partie de l ’arm ée, l’autre était le chef des rois. Tu as aussi pour bisaïeul Pélops et le père de Pélops : si tu com ptes b ien , tu seras le cinquièm e de puis Jupiter. Tu ne m anques pas non p lu s de valeur : tu as porté les arm es dans un e cause odieuse ; m ais que pouvais-tu faire ? ton père en fit autant. J’aurais voulu à ton courage une occasion m eilleu re de se signaler : tu n ’as pas choisi le m otif, il t’a été donné. Ce pendant tu as rem pli ta m ission, en perçant le cœ ur d’Égisthe, et il a ensanglanté le m êm e palais que ton père. Le p etit-tils d'Éaque te blâm e ; il trouve crim inel ce qui fait ton m érite, et cependant il soutient m es regards. J’éclate, m on cœ ur et m on visage se gonflent, et ma poitrine est déchirée par les feux secrets qui l ’em brasent. Devant H erm ione, com m ent adresser un r e proche à Oreste? et je su is sans force, et je n ’ai pas u n glaive hom icid e! au m oins je puis pleurer : les larm es dissipent la co lère; elles inondent m on sein com m e un torrent. Je n ’ai qu’elles sans cesse, et sans cesse j ’en répands. Leur source intarissable baigne m es joues livides. 00 T antalides om nes ipsum que regebat Achillem : Hic pars m ilitiæ , dux e ra t ille ducum . Tu quoque habcs proavum Pelopem Pelopisque parentem : Si m elius num eres, a Jove q u in tu s eris. N ec v irtu le cares : arm a invidiosa tu listi ; Sed tu quid ïaceres? in d u it ilia pater. M ateria vellem fortis m eliore fuisses : Non lecta est, operi sed data causa tuo. Hanc tam en im plesti ; jugu loque Æ gisthus aperto Tecta cru en tav it, quæ p a te r ante tu u s. Increp at Æ acidcs, laudem que in crim ina v c rtit; E t tam en adspectus sustin et ille m eos ! R um por, et ora m ihi p a riter eum m ente tum escunt, Pectoraque inclusis ignibus usta dolent. H erm ione coram quidquam ne objectet O restæ ? Nec m ihi su n t vires, nec férus ensis adest! Flere licet certe : llendo diffundim us ira m ; Perque sinurn lacrym æ, flum inis in star, eunt. Has solas habeo sem per, sem perque profundo : Hum ent incultæ *onte p erenne genæ . È P I T R E VIII. 07 C’est le destin de ma race, qui s’étend jusqu'à m oi : fem m es du sang de Tantale nous som m es vouées au rapt. Je ne rapporte rai pas l'im posture du cygne des fleuves ; je ne m e plaindrai pas que Jupiter se soit caché sous un plum age. Dans cet isthm e au loin prolongé, qui sépare deux m ers, llippodam ie fut em portée sur un char étranger. Ma sœ ur la T énarienne fut rendue de la ville de Mopsope à Castor et Pollux, les A m ycléens. La Téna rienn e, qu’em m ena par delà les m ers 1 hôte d Ida, vit la Grèce arm er ses bras pour sa cause. A peine s’il m ’en souvient; je m ’en souviens cependant : tout était plein de d euil, plein d’in quiétude et d’alarm es. Mon aïeul pleurait, m a sœ ur Phébé et les deux jum eaux pleuraient égalem ent ; Léda priait les dieux céles tes et Jupiter son époux. M oi-m êm e, j’arrachais m es cheveux, non encore bien longs, et je m ’écriais : « Tu pars sans m oi, ma m ère, sans que je t’accom pagne ! » car son époux était absent. Pour qu’on m e crût bien du sang de Pélops, voilà que je deviens la proie de N éoptolèm e. Plût aux dieux que le fils de P élée se fût soustrait aux flèches d’Apollon! p è r e ,il condam nerait l’audace crim inelle de son fils. Hoc generis fatum , quod nostros e rrâ ti n annos : T antalides m atres apta rapina sum us. Non ego flum inei referam m endacia cygni, Nec querar in plum is delituisss Jovem . Qua duo porrectus longe fréta d istin c t Isthm os, Vecta peregrinis H ippodam ia rôtis. C astori Amyclæo et Amyclæo Polluci R eddita Mopsopia T æ naris urbe soror. T æ naris, Idæo tran s æ quor ab hospile rapta, Argolicas pro se verlit in arm a m anus. Vix equidem m em in i; m em ini tam en : om nial uctus, Omnia solliciti plena tim oris e ra n t. Flebat avus, P hœ beque so ro r, fra tre sq u e gem elli; O rabat superos Leda suum que Jovem. Ipsa ego, non longos etiam nunc scissa capillos, Clam abam : «S in e me, m e sine, m ater, a b is!» Nam conjux aberat. Ne non Pelopeia credar, Ecce Neoptolem o præ da parata fui. P elides utin am vitasset Apollinis arcus! D am naret nati facta proterva p ater. Jadis Achille n ’approuva pas, il n’approuverait pas plus aujour d ’hui qu’un époux dans le veuvage pleurât l’enlèvem ent de son épouse. Quel crim e ai-je com m is, pour que les dieux soient ir rités contre m oi? Quelle fatale étoile accuserai-je de m es m al heurs? Petite, je fus sans m ère; m on père portait les arm es : tous deux vivaient, j ’étais privée de tous deux. Ma m ère, ta fille ne bégaya pas pour toi de douces paroles dans ses prem ières an nées. Je n’ai pas pris ton cou dans m es bras enfantins ; aim able fardeau, je ne m e suis pas assise sur tes genoux ; tu n’as pas donné tes soins à ma parure ; fiancée à un époux, je ne su is pas entrée, conduite par ma m ère, dans la nouvelle cham bre nuptiale. J’avais couru à ta rencontre : j’avouerai la vérité, les traits de ma m ère m ’étaient inconnus. Cependant, à ton incom parable beauté je sentis que tu étais H élène. Tu cherchais, toi, qui pouvait être ta fille. Une bon ne part m ’est éch ue, c’est m on époux Oreste ; lui aussi, s’il ne com bat pour lui-m êm e, m e sera enlevé. Pyrrhus m ’a ra vie, il m e p ossèd e; et m on père est de retour, il est victorieux : voilà le présent que nous a fait Troie détruite. Cependant, lorsque Nec quondam placuit, nec nunc placuisset Achilli, A bducta viduum conjuge flere virum . Quæ m ea cœ lestes in ju ria fecit iniquos? Quod m ihi, væ m iseræ ! sidus obesse q u e ra r? Parva m ea sine m atre fui ; p a te r arm a ferebat ; Et, duo quum vivant, orba duobus eram . Non tib i blanditias prim is, m ea m ater, in annis Incerto dictas ore puella tuli. Non ego captavi brevibus tu a colla lacertis; Nec grem io sedi sarcina g rala luo. Non cultus tib i cura m ei, nec, pacta m arito, Intravi thalam os, m atre paran te, novos. Obvia prodieram reduci tibi : vera fatebor, Nec faciès nobis nota p arentis erat. Te tam on esse Ilelenen, qund eras pulcherrim a, sen si. Ipsa requirebas quæ tibi nata foret. P aus hæc una m ihi conjux bene cessit Orestes ; Is quoque, ni p ro se pugnet, adem tus e rit. Pyrrhus habet raptara, reduce et victore paren te : M unus et hoc nobis d iruta Troja dédit. É.PITRE VIII . 69 Titan prom ène son char radieux sur l'horizon, m on m al me donne quelque liberté. Mais sitôt que la nuit m e ram ène à ma couche, poussant des hurlem ents et d’am ers sou pirs, et que je m e suis étendue tristem ent sur m on lit, le som m eil fuit m es paupières, qui se rem plissent de larm es; et, autant que je le puis, je me dérobe à m on époux, com m e à un ennem i. Souvent le m al m e rend insensible : je ne sais ni où je suis ni ce que je fais, et ma main a touché, par une m éprise, le corps du héros de Scyros. Mais à peine m e su is-je aperçue de cette profanation, je m ’éloigne de cet im pur contact: il m e sem ble que j ’ai les m ains souillées. Souvent, au lieu du nom de Néoptolèm e, c’est celui d ’Oreste que je prononce, et cette erreur de m a bouche, je l ’aim e com m e un présage. Je le jure par m on infortunée race, par le père de m a race, qui ébranle les m ers, la terre et son em pire, par les os de ton père, m on oncle, qui te sont redevables d’une éclatante ven geance et d’un tom beau où ils reposent : ou je m ourrai m ois sonnée à la fleur de m es ans, ou, fdle de Tantale, je serai l’é pouse d’un fils de Tantale. Quum tam en altus equis Titan radiantibus in stat, P erfruo r infelix lib erio re malo. Nox ubi me thalarnis ululantem et acerba gem entem Condidit, in m œ sto procubuique toro, Pro som no, lacrym is oculi fu n g u n tu r obortis, Quaque licet fugio, sicut ab h oste, virum . Sæpe m alis stupeo, re ru m q u e oblita locique, Ignara tetigi Scyria m em bra inanu. Utque nefas sensi, m aie corpora tacta relin quo, Et m ihi pollutas cred o r h ab ere m anus. Sæpe, N eoptolem i pro nom ine, nom en Orestæ Exit, et errorem vocis, u t om en, amo. Per genus infelix ju ro , g enerisque p arentem , Qui fréta, qui te rra s, qui sua rég n a q u a tit, P er patris ossa tu i,p a tiu i m ih i, quæ tib i debent Quod se sub tum ulo fo rtite r u lta jacent : Aut ego p ræ m oriar, prim oque exstinguar in ævo, Aut ego T antalidæ T antalis uxor ero. 70 HÉROÏDES. ÉPITRE NEUVIÈME DÉJANIRE A HERCULE Je te félicite de joindre Œ clialie à tes titres de gloire; je me plains qu’une vaincue ait triom phé de son vainqueur. La ren om m ée a subitem ent répandu dans les villes de la Grèce cette in concevable nouvelle, dém entie par tes nobles exploits ; qu invin cible à Junon et à u n e im m ense sérié de travaux, tu aurais subi le joug d’Iole. Que ce soit le vœ u d’Eurysthée, le vœ u de la sœ ur de Jupiter, qu’une b elle-m ère se réjouisse de voir une tache sur ta vie; il te désapprouve celui à qui, d it-o n , un e nuit n a pas suffi pour l’enfantem ent d’un héros tel que toi. Vénus t’a été plus nuisible que Junon : celle-ci en t’abaissant t’a élevé; celle-là te tien t courbé sous son pied hum iliant. Regarde, ta force vengeresse a pacifié le globe aussi loin que Nérée em brasse la terre d’un cercle d’azur. A toi la terre est r e EPISTOLA NON A DEJA NIRA HERCUL1 G iutolor Œ chaliam titu lis accedere vestris; Victorem victæ succubuisse queror. Fam a Pelasgiadas subito perv en it in urb es Decolor, et factis inlïcianda tu is : Quom n unqu am Juno, seriesq ue im m ensa laborum F reg erit, liuic Iolen im posuisse ju g u m . Hoc velit E urystlieus, velit hoc germ ana T onantis, L æ taque sit vitæ labe noverca tu æ ; At no n ille velit, cui nos, si c re d itu r, una Non tanti, u t tantus concipeiere, fuit. Plus tibi quam Juno nocuit V enus: ilia prem endo Sustulit, hæ c hum ih sub pede colla tenet. R esnce vindicibns pacatum viribus orbem , Qua latam N ereus cæ rulus am bit lium um É P I T R E IX. 71 devable de la paix, à loi les m ers de leur sécurité; ta renom m ée a rem pli l ’un et l’autre hém isphère. Le ciel, un jour, doit te porter, tu l’as porté le prem ier : lorsqu’Atlas étaya les astres, Hercule en fut le support. Qu’as-tu gagné, sinon la publicité à une déplorable h on te, en souillant tes prem iers exploits par une tache infam ante? E st-ce bien toi que l’on cite pour avoir pressé deux serpents de tes étrein tes, lorsque, dans ton berceau, tendre enfant, déjà tu étais digne de Jupiter? Tu as m ieux débuté que tu ne finis : tes derniers pas dans la carrière le cèdent aux pre m iers : l ’hom m e et l ’enfant contrastent. Celui que n ’ont pu vaincre cen t m onstres divers, ni le fils de Sthénélée, ton ennem i ; celui que n ’a pu vaincre Junon, l ’Amour en triom phe ! Mais on trouve m on hym en glorieux, parce que je suis appelée l ’épouse d’HercuIe, et que m on beau-père est celui qui tonne du haut de son char rapide. Autant un attelage inégal dépare une charrue, autant u n e épouse inférieure à son époux est écrasée par sa gloire. Ce n ’est pas un honneur, m ais un fardeau, un m asque de nature à b lesser qui le porte. Voulez-vous un m ariage assorti ? épousez votre pareil. Mon époux est toujours absent ; hôte plus connu qu'époux, il est sans cesse à la poursuite des m on sSe tibi pax terræ , tibi se lu ta æ quora d ebent : Im plesti m erilis Solis u tram q u e dom um . Quod te la tu ru m est, cœ lum p rio r ipse tu lisli : H ercule supposito sidera fulsit Atlas. Quid uisi notitia est m isero quæ sita pudori, Si m aculas tu rp i facta p riera nota ? Tene fe ru n t gem inos pressisse tenaciter augues, Quum tener in cunis ja m Jove dignus eras ? Cœpisli m elius quam desinis : ultim a prim is C ed u n t; dissim iles hic vir e t ille p u e r. Quem non m ille feræ , quem non Stheneleius hostis, Non po tu it J udo vincere, vincit Amor ! At bene nupta fero r, quia norninor H erculis uxor, E stque socer rapidis qui tonat altus equis. Quam m aie inæ quales v eniuut ad a ra tia ju v e n c t Tam p re m itu r m agno conjuge n upta m inor. Non lionor est, sed o n u s; species læ sura ferentem . Si qua voles apte nub ere, nube pari. Vir m ih i sem per abest, e t, conjuge notior, hospes M onstraque te rrib ile s p e rse q u itu rq u e feras. HÉROÏDES. très et des anim aux terribles. Et m oi, dans m on palais, vouée au veuvage, je forme de chastes vœ u x, et trem ble que m on époux ne tombe sous les coups de l’ennem i. Je m e représente avec in quiétude des serpents, des sangliers, d’avides lion s, le chien aux trois gueules dévorantes. Les fibres des victim es, les vains fan tôm es d’un songe et les m ystérieux présages de la n u it, tout m ’épouvante. M alheureuse! j ’épie les rum eurs équivoques de la renom m ée ; tour à tour, dans m on âm e flottante, la crainte fait place à l ’espoir, et l ’espoir à la crainte. Ta m ère est ab sen te; elle se désole d’avoir pu plaire à un dieu puissant ; ton père Am phi tryon, notre fils Hyllus, sont loin de ces lieux. E urysthée, exé cuteur des vengeances de Junon, et l’im placable courroux de la déesse, se font sentir à m oi. C’est peu de ces tourm ents : tu ajoutes encore tes am ours étrangers ; toute fem m e peut être m ère de toi. Je ne rapporterai ni le viol d’Augé dans les vallons du Parthenus, ni ton enfante m ent, ô nym phe, fille d ’O rm énus. Ton crim e ne sera pas cette troupe de sœ u rs, petites-filles de Teulhra, peuple de fem m es, dont aucune ne fut respectée par toi. Une adultère, le crim e est récen t, nous est préférée ; par elle je su is devenue b elle-m ère 72 Ipsa dom o vidua, v otis operata pudicis, T orqueor, infesto ne vir ab hoste cadat. In ter serpentes aprosque avidosque leones Jaetor, et esu ros te m a p er ora canes. Me pecudum fibræ, sim ulacraque inania som ni, Om inaque arcana nocte p etita m ovent. A ucupor infelix incertæ m urm ura famæ; Spcque tim or dub ia, spesque tim oré cadit. M ater abest, q u e ritu rq u e Deo placuisse potenti ; Nec p a te r A m phitryon, nec puer Hyllus adest. A rbiter E uryslheus iræ Junonis iniquæ S e n titu r nobis, iraqu e longa Deæ. U ne m ihi ferre parum est : peregrinos addis am ores, E t m ater de te quæ lib el esse potest. IV n ego P arlh en iis tem eratam vallibus A ugen. Nec referam p a rtu s, Orm eni nym pha, tuos. Non tibi crim cn e ru n t T eu th ran tia lu rb a sorores, Quarum de populo nulla relicla tibi. Una, recens crim cn, p ræ fertu r adultéra nobis; Unde ego sum Lydo facta noverca Lamo. du Lydien Lamus. Le Méandre, qui tant de fois s’égare dans les m êm es contrées, qui souvent rep lie sur lui-m êm e ses ondes fati guées, a vu des colliers suspendus au cou d’H ercule, ce cou pour qui le ciel fut un léger fardeau. Il n’a pas eu honte d’enchaîner dans l’or ses bras robustes, et d’appliquer des pierreries sur ses m uscles vigoureux. S ou sces m uscles, cependant, expira le m onstre de Ném ée : la dépouille en recouvre son épaule gauche. Tu as osé ceindre de la m itre tes cheveux hérissés : le blanc peuplier sied m ieux à la chevelure d ’H ercule. Et tu ne penses pas qu’il était inconvenant à toi de porter la ceinture m éonienne, à la m a nière d’une jeune-fille déhontée ? Ne te rappelles-tu pas l’aspect du féroce Diom ède, qui nourrit ses cavales de chair hum aine ? Si Busiris t’eût vu sous cette parure, le vaincu aurait rougi du vainqueur. Ântée arracherait ces ornem ents du cou de son rude adversaire, confus qu ’il serait d’avoir succom bé sous un hom m e effém iné. On dit que, parmi les filles ion ien n es, tu as tenu la corbeille, et craint les m enaces d’une m aîtresse. N’3s-tu pas hon te, A lcide, M æandros, toties qui te rris e rrâ t in iisdem , Qui lassas in se sæpe reto rq u et aquas, Vídit in Hercúleo suspensa nionilia eolio, lllo, cui cœ lum sarcina parva fuit. Non puduit fortes auro cohibere lacertos, E tso lid is gem m as adposuisse toris. N em pe sub bis anim am pestis Nemeæa lacerlis E didit : unde hu m éru s tegm ina læ vus liabet. A usus es h irsutos m itra re d im iré capillos : A ptior H erculeæ populus alba com æ. Nec te Mæonia, lasciva; m ore puellæ , Incingi zona dedecuisse putas? Non tib i succurrit crudi Diomedis im ago, E fferus hum ana qui dape pavit equas ? Si te vidisset c u ltu B usiris in isto, Huic victor victo nem pe pudendus eras. D etrahat Antæus duro redim icula eolio, Ne pigeat m olli suecubuisse viro. I n t e r loniacas calathum tonu isse puellas D iceris, e t dom inæ pertim uisse m inas. t . i. 5 74 II É R OÏD ES. de porter à de légères corbeilles une m ain victorieuse de m ille travaux? Tes doigts robustes filent une tram e grossière, et lu partages égalem ent des tâches pour une beauté qui te tyrannise ? Oh! com bien de fois, tandis que ta lourde m ain fait tourner le fuseau, as-tu rom pu l’instrum ent, écrasé sous tes doigts vigou reux! On croit, infortuné! que, trem blant sous les coups du fouet, tu tom bas aux pieds de ta m aîtresse. Tu racontais sans doute les pom pes glorieuses et le m agnifique tippareil de les triom phes, et des exploits que tu devais dès lors passer sous silen ce : par ex em p le, que d’énorm es serpents, étouffés par ton bras enfantin, t’avaient entouré de leurs anneaux; com m e le sanglier de T égée, étendu sous les cyprès d’Érym anthe, couvrait la terre de son vaste poids? Tu n ’om ets pas ces tètes ex posées dans les palais de Thrace, ni ces cavales engraissées de carnage hum ain? et ce m onstre à la triple form e, possesseur de troupeaux ibériens, Géryon, qui était un en trois? et Cerbère qui, d’un tronc unique, se partage en autant de chien s, dont les têles m enaçantes son t entrêlacées de couleuvres! et l’hydre qui reWon fugis, Alcide, victricem m ille laborum Ilasilibus calath is im posuissc m aim m ? C rassaque robusto deducis pollice fila, Æ quaque form osæ pensa rependis h eræ ? Ah ! quoties, digitis dum torques stam ina d uris, Præ validæ fusos com m inucre m anus. C redcris, infelix ! scuticæ trem efactus habenis, Ante pedes dom inæ procubuisse tuæ . E ximias pom pas, præ conia sum m a triu m p b i, Factaque n arrab as dissim ulanda tib i : Scilicet im m anes, elisis ta u d b u s , hydros Infanlem nodis involuisse m anum ? lit Tegeæus apcr cupressifero E rym antho Incubet, e t vasto pondéré læ dat h u m u m ? ISon tibi T hreiciis adlixa penatibus ora, Non liom inum pingues cæde ta c c n tu r cquifc? Prodigium que triplex, a rm en ti divcs Iberi, Geryones, quam vis în trib u s un u s e ra t? Inque canes totidem trunco digcstus ab uno Cerbei os, im p licitis angue m inante com is ? Quæque redundabat feeundo vuln ere serpens Fectilis, et dam uis dives ab ipsa suis* É P I T I t E IX. 75 naissait de ses b lessu res en rejetons fertiles, et que ses pertes enrichissaient? et celui qui, pressé par la gorge entre le bras gauche et le flanc gauche, dem eura suspendu com m e un lourd fardeau; et le bataillon équestre qui, m algré la vitesse de sa course et sa double nature, se vit chassé des m onts de Thessalie? Peux-tu redire ces m erveilles, décoré de la pourpre de Sidon? Cet habillem ent ne retien t pas ta lan gu e, ne la réduit pas au si lence? La nym phe, fille de Iardanus, s’est ornée aussi de tes arm es ; elle a élevé aux dépens de son m ari prisonnier un trophée connu. Va m aintenant, glorifie-toi ; énum ère tes superbes exploits ! Tu n'étais pas hom m e, quoique devant l’être ; eh b ien , elle l ’a été. Tu es autant au-d essou s d'elle, ô le plus grand des hom m es, qu’il était plus glorieux de te vaincre, que ceux que tu as vain cus. La m esure de tes actions s’agrandit pour elle : renonce à ton bien ; ton am ie est l’héritière de ta gloire, ü honte ! la peau arra chée aux côtes d’un horrible lion et son poil h érissé ont couvert un corps délicat. Tu te trom pes, tu t’abuses : cette dépouille n ’est pas celle du lion , m ais la tien n e; lu as vaincu la bête, et cette fem m e t’a vaincu. Une fem m e a porté les traits noircis des poisons de Lerne, pouvant à peine soutenir le fuseau chargé de Q uique in ter læ vum que latus, læ vum que la cerlu m , Præ grave com pressa fauce pependit onus? E t m aie confisum pedibus torm aque bim em bri, P u lsu m T hessalicis agm en equeslre ju g is? Hæc lu Sidonio potes iusignitus am ictu D icere ? non cultu lingua re te n ta silel? Se quoque Nyropha tu is ornavit Iardan is arm is, E t lu lit e capto nota tropæ a viro. 1 nu n c, toile anim os, et fortia gesta recense ! Quod tu non esses ju re , vir ilia fuit. Qua tanto m inor es, quanto te, m axim e re ru m , Quam quos vicisti, vincere m ajus erat. llli pro cedit re ru m m en su ra tu a ru m : Cede bonis ; h e res laudis arnica tuæ . ^ P roh pu d o r! h irsu ti costas exuta leonis A spera te x e ru n t vellera m olle latus. F alleris, e t nescis : n o n sunt^ spolia ista leonis, Sed tu a ; tu q u e feri victor es, ilia tu i. Fem ina lela tu lit L em æ is atra v enenis, F erre gravem lana vix salis apta colum ; 76 IIÉROÏD ES. laine ; sa m ain a saisi la m assue qui dompta les m onstres, et elle a vu dans une glace l'arm ure de son époux. On me l’avait toutefois appris ; j’ai pu ne pas croire la renom m ée. Mais voilà que ce sujet de douleur, peu sensib le à l’oreille^ vient frapper m es sens. One rivale étrangère est conduite sous m es yeux, et je ne peux étouffer m es souffrances. Tu ne perm ets pas qu’on l’écarte : captive, elle traverse la ville, et m es yeux, m algré m oi, devront la regarder. Elle ne vient pas la chevelure en désordre, à la m anière des captives, ni le visage voilé en signe de disgrâce. Elle s’avance, fîère de l’or qu’elle étale fas tueusem ent, parée com m e tu l’étais lo i-m êm e en Phrygie. Elle m ontre au peuple un visage fier de la défaite d’Hercule : on croirait Œ chalie debout, et son père sur le trône. Peut-être, lorsque tu auras expulsé Déjanire l'É tolienne, ch an g era-t-elle son nom de courtisane en celui d ’épouse ; et qu’un infâm e hym en unira les ignobles corps d’Iole, la fille d’Eurytus, et de l ’in sen sé Àlcide.  cette pensée, m on esprit se trouble, le frisson par court m es m em bres, et ma m ain tom be sans m ouvem ent sur m es genoux. In slruxiique m anum clava dom itrice fe raru m , Vidit et in speculo conjugis arm a sui. IIæc tam en audieram ; lic u it non cred ere famæ. En v enit ad sensus m ollis ab au re dolor. Ante meos oculos ad d u citu r advena pellex, JNec m ihi quæ patior dissim ulare licet. Non sinis averti : m ediam captiva p er u rb em Invilis oculis adspicienda venit. Nec venit incultis, captarum m ore, capillis, Fortunam vultus fassa tegendo suos. In g re d itu r late lato spectahilLs auro, Q ualiter in Plirygia tu quoque cu ltus eras. Dat vultum populo sublim is ab H ercule victo : Œ chaliam vivo sta re paren te p utes. Forsitan expulsa Æ tolide D eïanira, Nomine deposito pellicis, uxor e rit ; E urylidosque loles, atque insani Alcidæ T urpia famosus corpora jung et Hymen. Mens fu g it adm onitu, frigusque peram bu lal a rtu s, Et jacet in grem io languida facta m anus. É P I T R E IX. 77 Tu m ’as aussi aim ée avec beaucoup d’autres ; m ais ce fut sans crim e : n ’en rougis pas, deux fois je fus pour toi une cause de com bats. Achéloüs recu eillit en pleurant ses cornes sur ses rives hum ides, et plongea son front m utilé dans un e eau lim on eu se. N essus, dem i-h om m e, périt sur l ’Événus m eurtrier, et son sang de cheval infecta les ea u x Mais à quoi bon ces récits? j ’é cr i vais lorsque la renom m ée m ’annonce que m on époux périt dévoré par la tunique em poisonnée que je lui envoie. Ilélas ! qu’ai-je lait? où la fureur a -t-elle em porté une am ante? Impie Déjanire, pourquoi h ésiter à m ourir? Q uoi! ton époux sera déchiré au m ilieu de l’tEta ; et toi, la cause d’un si grand forfait, tu lui sur vivras ? Si j ’ai encore à ma disposition quelque acte, pour qu’on m e croie l’épouse d’H ercule, la m ort sera le gage de cette al liance. Et toi aussi, M éléagre, tu reconnaîtras en m oi une sœ ur. Im pie D éjanire, pourquoi hésiter à m ourir? 0 fam ille m audite ! Agrius est assis sur le trône ; Œ neus délaissé traîne sa vieillesse dans l ’indigence ; Tydée m on frère est exilé sur des plages in connues ; l ’autre était vivant dans un fatal tison ; ma m ère a en- Me quoque cum m ultis, sed me sine crim ine, am asti Ne pigeat, pugnae bis tib i causa fui. C ornua flens legit ripis Acheloüs in udis, T runcaque lim osa tém pora m ersit aqua. Sem ivir occubuit in letífero Eveno Nessus, e t infecit sanguis equinus aquas... Sed quid ego haec refero? scribenti n untia venit Fam a, virum tunicae tabe perire meae. Hei m ih i! quid feci? quo m e fu ro r egit am antem ? Im pia quid du b itas Dei'anira m ori? An tu u s in m edia conjux lacerab ilu r (Eta? Tu, sceleris ta n ti causa, superstes e ris? Si quid adliuc babeo facti, c u r H erculis uxor Credar, conjugii m ors m ihi pignus e rit. Tu quoque cognosces in m e, M eleagre, sororem . Im pia q uid dubitas Dei'anira m ori ? Heu devota dom us ! solio sedet Agrios a lto : (Enea d esertum nuda senecta p re m it; E xulat ignotis Tydeus germ anus in o ris; A lter fatali vivus in igne fu it ; 78 IIÉROÏDES. foncé un poignard dans son propre sein. Im pie Déjanire, pour quoi hésiter à m ourir ? Je ne repousse qu’un m alheur, au nom des liens sacrés qui nous un issen t, c’est de ne pas paraître avoir attenté à tes jours. N essus, frappé au cœ u r d’une de tes flèches, « Ce sang, d it-il, a la vertu d'éveiller l ’am our. » Je t’ai envoyé le tissu trem pé du venin de N essus. Im pie Déjanire, pourquoi hésiter à m ourir? Adieu, m on vieux père, Gorgé ma sœ ur ; adieu, patrie; et toi, frère, enlevé à la patrie! et toi, lu m ière de ce jour, le dernier à m es yeu x; et toi, m on époux, oh! si tu pou vais vivre ! et toi, jeune H yllus, adieu ! ÉPITRE DIXIÈME A R IA N E A T H É S É E J ’ ai tr o u v é p lu s d o u c e q u e to i l a r a c e e n t iè r e d e s a n im a u x fé r o c e s ; j e n ’ é t a is c o n fié e à p e r s o n n e p lu s m a lh e u r e u s e m e n t q u ’ à Exegit ferrum sua p er præ cordia m ater. Im pía quid dubitas D eïanira m ori ? D eprecor hoc unum , p er ju ra sacerrim a lecti, Ne videar fatis insidíala tu is. Nessus, u t est avidum percussus a ru n d in e p ectu s, « Hic, dixit, vires sanguis am oris h a b e t. » lllita Nesseo m isi tibi texta veneno. Im pia quid dubitas D eïanira m ori? Jam que vale, seniorque p a te r, germ anaqu e Gorge, E t patria, et patriæ fra ter adem te tuæ ; Et tu, lux oculis hodierna novissim a nostris, Virque, sed o possis! et puer Hylle, vale I E P I S T O L A DECI MA: AR IA DNE T H E S E O Minus inveni, quam te, genus om ne feraru m ; C rédita non u lli, quam tib i, pejus eram - ÉPITRE X 79 toi. Ce que tu lis, T hésée, je te l’envoie de ce rivage où la voile em porta sans m oi ton vaisseau; où je fus, h élas! indignem ent trahie et par m on funeste som m eil, et par toi, perfide, à la fa veur de m on som m eil. C’était le tem ps où le givre du m atin parsèm e la terre de ses perles, où les oiseaux gazouillent sous le feuillage qui les cou vre. Dans une veille équivoque, encore languissante de som m eil, j'étendais nonchalam m ent m es m ains pour presser T hésée. 11 avait disparu : je reporte m es m ains, de nouveau je tâte, et j’agite m es bras dans la couche, il avait disparu. La crainte m ’arrache au som m eil ; je m e lève effrayée, et m es m em bres sortent préci pitam m ent d’un lit solitaire. Aussitôt ma poilrine retentit sous l ’effort de m es bras, et m a ch evelure, éparse au sortir du som m eil, est déchirée. La lune brillait : je regarde si je découvre autre chose que les rivages ; m es yeux n ’ont rien à voir que le rivage. Je cours çà et là e n désordre : un sable profond retarde les pas de la jeu n e fille. Cependant, tout le long du rivage, m es cris appellent Thésée : l ’écho des rochers répétait ton Quæ legis, ex illo, T heseu, tibi lito re m itto, L'nde tuam sine m e vela tu le re ra le m ; la quo m e som nusque m eus roale pro d id it, et tu , P er facinus som nis in sid íate m eis. T empus e ra t, vitrea quo p rim um te rra pru ína S p arg itu r, et tectæ fronde q u e ru n tu r aves. In certu m vigilans, a somno lánguida, moví T besea pressuras sem isupina m anus. Nul lus e ra t; referoque m anus, ite ru m q u e retento , P erque torum moveo b rachia ; n u llu s e ra t. E xcussere m etus som num ; c o n te rrita surgo, M em braque su n t viduo præ cipitata to ro . P ro tin u s adductis so n u e ru n t pectora palm is ; C tque e ra t e som no tú rb id a , ra p ta com a e s t. Luna fu it : specto, si quid n isi lito ra, cernam ; Quod videant oculi nil, nisi litu s, habent. N u n c h u c , nunc illuc, e t u tro q u e, sine ordine, c u rro : Alta p u e lla res ta rd a i are n a pedes. In tcre a tolo clam anti lito re, T heseu! Fieddcbant nom en cóncava saxa tuum . ___ sI HÉROÏDES. nom . Chaque fois que je t’appelais, chaque fois ce lieu m e répondait; ce lieu paraissait vouloir secourir une m alheureuse. Il est une m ontagne : quelques arbustes apparaissent au som m et ; de là pend un rocher que m inent les eaux grondantes. J’y m onte : le courage m e donnait des forces; ma vue m esure ainsi la vaste étendue des m ers. De ce point, car les vents aussi m e furent cru els, j’ai vu tes voiles enflées par l’im pétueux Notus : ou je l’ai vu, ou, croyant le voir, je suis devenue plus froide que le m arbre et à dem i m orte. La douleur ne m e laisse pas longtem ps im m obile : elle m e réveille et m ’excite; j’appelle Thésée du plus fort de ma voix : « Où fu is-tu ? m ’écriai-je : re viens, barbare Thésée. R am ène ton vaisseau, il n ’est pas au com plet, n Ainsi je m ’exprim ai ; les sanglots suppléaient à l’im puissance de m a voix : à m es paroles se mêla le retentissem ent des coups. Si tu ne m ’entendais pas, afin que tu pusses au m oins m ’aperce voir, m es gestes, au loin projetés, te firent des signaux. A une longue perche j ’attachai un blanc tissu , pour rappeler m on sou venir à ceux qui m ’oubliaient. Déjà tu étais soustrait à ma vue. E t quoties ego te, loties locus ipse vocabat : Ipse locus m iseræ fe rre volebat opem . Mons fuit : ad pare u t frutices in v ertice ra ri ; H iuc scopulus raucis pendet adesus aquis. Adscendo : vires anim us dabat ; atque ita late Æ quora prospectu m etio r al ta meo Inde ego, nam ventis quoque sum crudelibus usa, Vidi præ cipiti carbasa lensa iNolo : Aul vidi, a u t etiam , quum me vidisse putarem , F rigidior glacie, sem ianim isquc fui. Nec languere diu p a titu r dolor : excilor illo, E xcitor, e t sum m a Thesea voce voco : « Quo fug is? exclam o; scelerale, reverlere, T heseu. Flecte ratem : num erum non habet ilia suum . » II æc ego ; quod voci deerat, plangore replebam : Y erbera cum verbis m ixta fucre m eis. Si non audires, u t saltem c e rn e re posses, Jactatæ late signa dedere m anus ; Gandidaque im posui longæ velam ina virgæ , Scilicet oblitos ad m onitura m ei. É P I T R E X. 81 Alors enfin je pleurai : la douleur avait auparavant suspendu m es larm es si prom ptes à couler. Que pouvaient faire de m ieux m es yeu x, que de m e pleurer m oi-m êm e, après qu’ils avaient cessé de voir tes voiles? Ou j’errai seule et éclievelée, telle qu’une bacchante transportée du dieu qu’adore le royaum e d'Ogygès ; ou , les regards attachés sur la m er, je m ’assis sur la pierre, aussi froide, aussi in sen sib le qu’elle était. Souvent je re gagne la couche qui nous avait réunis tous deux, et n e devait plus nous m ontrer ensem ble. Autant que je puis, je touche, au lieu de lo i, tes traces et le lit que tes m em bres échauffèrent. Je m ’y couche, et, l ’inondant de m es larm es, je m ’écrie : « Nous t’avons foulé deux, ren ds-n ous deux. Ensem ble nous som m es venus ici; pourquoi ne pas nous retirer ensem ble? lit perfide, où est la m eilleu re partie de m on être? » Que faire? où porter m es pas? je suis seule : l ’île est inculte. Je n ’aperçois ni les travaux des hom m es, n i ceux des bœ ufs. La m er en baigne les côtes dans toutes ses parties : point de n au tonnier ; aucun vaisseau qui entreprenne un trajet hasardeux. Jam que oculis e re p tu s eras. Turn d enique flevi : T orp u eran t molles ante dolore genae. Quid potius facerent, quam m e m ea lum ina flerent, Postquam d e sieran t vela viderc tua ? Aut ego diffusis erravi sola capillis, Q ualis ab Ogygio concita Baccha Deo ; Aut, m are prospiciens, in saxo frigida sedi, Q uam que lapis sedes, tarn lapis ipsa fui. Saepe torum repeto, qui nos acceperat am bos, Sed non acceptos exhib itu ru s erat. Et tua, qua possum , p ro te vestigia tango, S trataque, quae m em bris intep u ere tu is. Incum bo ; lacrym isque toro m anante profusis, a Pressim us, exclamo, te duo, red d e duos. V enim us hue am bo, c u r non discedim us am bo? P eriide, pars nostri, lectule, m ajor ubi e st? » Quid faciam ? quo sola fe ra r? vacat insula c u ltu . Non hom inum video, non ego facta boum . Omne la tu s terrae cin g it m are : navita nusquam ; Nulla p e r am biguas puppis itu ra vias. 82 HÉ ROÏ DES . Suppose que des com pagnons, des vents favorables et un vaisseau m e soient donnés ; où irai-je ? la terre paternelle m e refuse un accès. Quand m on heureux navire glisserait sur des m ers paisi bles, quand Éole rendrait les vents propices, je serai toujours exilée. Crète aux cent villes, pays connu de Jupiter enfant, je ne te verrai plu s; car deux objets ch éris, m on père et le sol où règne m on juste père, ont été livrés par ma trahison, lorsque, pour te soustraire à la m ort, dont ta victoire dans la dem eure tortueuse eût été le prix, je te rem is un fil libérateur qui guida tes pas; lorsque tu m e disais : « J’en jure par ces périls m êm es, tu seras à m oi, tant que l’un et l'autre nous vivrons. » Nous vi vons, et je ne su is pas à toi, Thésée ; si toutefois peut vivre une fem m e ensevelie par la trahison de son parjure époux. Que ne m ’as-tu aussi im m olée, barbare, avec la m êm e m assue que m on frère? la m ort t’eût délié des serm ents que tu m 'avais faits. M aintenant je m e représente n on -seu lem en t les m aux que je dois éprouver, m ais encore tous ceux que peut souffrir une fem m e abandonnée. La m ort se retrace à m on esprit sous m ille aspects divers ; la m ort est un supplice m oins cruel que le délai Fing-e dari com itosque m ih i ventosque ratem q u e ; Quid seq u ar? accessus te rra p a te rn a n e g a t. Ut ra te felici pacata per æ quora labar, T em peret u t ventos Æ olus, exsul ero. Non ego te , C rete, centum digesla p e r urb es, Adspiciam, puero cogiiita te rra Jovi ; Nam pater, et tellus justo reg n ata p a ren ti, P rodita su n t facto, nom ina cara, m eo, Quum tibi, ne victor tecto m o rerere recurvo, Quæ re g e re n t passus, pro duce, fila dedi ; Quum m ih i dicebas : « Per ego ipsa pericula ju ro , Te fore, dum n o stru m vivet u te rq u e, m eam . » Vivim us, et non sum , T heseu, tu a ; si modo vivit F em ina, p e rju ri fraude sepulla v iri. Me quoque, qua fra tre m , m actasses, im probe, clava? E sset, quam dederas, m orte so luta lides. Nunc ego non tan tu m , quæ sum passura, recordor, Sed quæ cunque potest ulla relicta pati. O ccurrunt anim o pereundi m ille figuræ ; M orsque m inus nœ næ , quam m ora m ortis; b abel. É P I T R E X. 83 de la m ort. Je m e figure des loups dévorants, qui vont venir d'un côté ou d’un autre pour déchirer m es entrailles. Peut-être aussi cette contrée n ou rrit-elle des lion s à la fauve crinière? Qui sait si cette île ne renferm e pas des tigres féroces ? On dit aussi que la m er vom it sur la plage d’énorm es phoques. Qui em pêche que des glaives ne m e traversent les flancs? Seulem ent que je ne sois pas captive, que d’indignes lie n s ne chargent pas m es bras ; qu’une dure m aîtresse n ’im pose pas à son esclave des tâches accablantes, à m oi, dont Minos est le père, et un e fille de P h éb u sla m ère, et, ce que je m e rappelle encore m ieu x, à m oi qui fus ta fiancée. Si j'exam ine la m er, les terres et les rivages loin tain s, sur la terre et les ondes je ne vois que m enaces. Restait le ciel : je crains ju sq u ’aux im ages des dieux ; je suis livrée sans défense, com m e une proie, aux bêtes furieu ses. Ou si des hum ains habi tent ce lieu et y séjournent, je m e défie d’eux : j’ai appris par m es m alheurs à craindre les hom m es étrangers. Plût au ciel qu’A ndrogée vécû t, et que tu n ’eusses pas expié, terre de Cécrops, un m eurtre im p ie, par tes funérailles! que ton bras, T hésée, arm é d'une m assue nou eu se, n ’eût pas im m olé le Jam jam v enturos a u t bac, a u t suspicor illac, Qui la n ie n t avido viscera d ente, lupo s. F o rsitan e t fulvos tellu s alat ista leones? Quis scit an hæ c sævas tigridas insula h ab e t? E t fréta dicu n tu r m agnas expellere phocas. Quis velat e t gladios per la tu s ire m eum ? T antum m e re lig er d u ra captiva catena ; Neve trah a m serva grandia pensa m a n u , Cui p ater est Minos, cui m ater filia Phœ lii, Q uodque m agis m em ini, quæ tib i pacta fui. Si m are, si te rras p o rrectaq u e lito ra vidi, Multa m ih i lerræ , m ulta m in an tu r aquæ. C œ lum re sta b a t : tim eo sim ulacra D eorum ; D estituor rabidis præ da cibusque feris. Sive colunt h a b itan tq u e viri, difûdim us illis : E itern o s didici læsa tim ere viros. V i v e r e t A ndrogeos utin am ! nec facta l u s s e s Im pia fu n erib u s, Cecropi te rra , tu is! Nec tua m actasset nodoso stip ite , Theseu, Ardua p arle virum dextera, p arte bovcrof m ortel m oitié hom m e, m oitiétaureau ! que je ne t’eusse pas donné, pour diriger ton retour, des fils que prenaient tes m ains souvent ram enées sur toi ! Je ne m ’étonne pas, au reste, que la victoire ait été à toi, et que le m onstre ait teint de son sang la terre de Crète. Sa corne ne pouvait percer un cœ ur de fer : à défaut de cuirasse, tu avais ta poitrine pour te couvrir. Là tu portais le caillou et le diam ant ; là tu possèdes T hésée, plus dur que le caillou. Cruel som m eil, pourquoi m 'as-tu retenue dans cet engourdis sem ent? une seule fois il fallait m e plonger dans la nuit éternelle. Vous aussi, cruels vents, trop bien d isp osés, souilles qui l’avez servi en faisant couler m es larm es; et toi, m ain cruelle qui as assassiné m on frère et m oi, foi accordée à m es vœ ux, m ais qui ne fus qu’un vain n om ; tout a conspiré contre m oi, som m eil, vent et fidélité : une triple trahison contre une fille ! Ainsi, je ne verrai pas, à ma m ort, les larm es d’une m ère, et p erso n n elle viendra m e ferm er les yeux? Mon âme infortunée s’envolera sous un ciel étranger, et une m ain am ie ne rendra pas Nec tibi, quoe red itu s m o n straren t, fila dedissem , Fila per adductas s;epe recepta m anus! Non equidem m iro r si sta t victoria tecum , S trataque Cretaeam bellua stravit hum um . Non polerant figi praecordia fe rre a c o in u : Ut te non tegeres, pectore tu tu s e ra s . II)ic tu silices, illic adam anta tulisti, Illic, qui silices, Thesea, vincat, habes. C rudeles som ni, quid me tenuistis in e rtem ? At sem el ieterna noctc prem enda fui. Vos quoque, crudeles v enli, nim ium que p arati, Flam inaque in laiTymas ofliciosa m eas; Dexlera crudelis, quae m e fratrem q u e necavit, E t data poscenti, noinen inane, fides; ln me ju r a r u n t som nus, ventusque, fidesque ; P rodita sum causis una puella trih u s. E koo ego m e lacrym as m atris m oritura videbo, Nec, m ea qui digilis lum ina eondst, erit.? Spiritus inlelix peregrinas ibit in auras, Üec po>itos a rtu s u n g e t am ica m anus É P I T R E X. 85 les derniers devoirs à ma dépouille inanim ée. Des oiseaux m arins s’abattront sur m es ossem ents non inhum és? digne sépulture pour prix de m es bienfaits! Tu iras au port de Cécrops. Reçu dans la patrie, lorsque tu seras m onté à la citadelle-de ta ville, que tu auras pom peusem ent raconté la m ort de l ’hom m e-taureau dans les routes tortueuses de ce palais souterrain, raconte aussi que tu m ’as délaissée sur une plage solitaire : je ne dois pas être soustraite à tes titres de gloire. Ton père n ’est pas Égée, ni ta m ère Éthra, fille de P itthée ; les rochers et la m er sont les au teu rs de tes jours. J’aurais voulu que tu m e visses du haut de ta poupe : l’im age de m a tristesse eût attendri ton cœ ur. Maintenant encore regardem oi, non plus des yeu x, m ais en im agination, s’il est possible, altach ée à un rocher que baigne la vague orageuse. Vois m es cheveux tom bant sur m on visage éploré, et m a tunique trem pée de larm es com m e d’u n e pluie. Mon corps frissonne com m e les épis que l ’Aquilon balance, et m a lettre vacille sou s m on doigt trem blant. Je ne te prie pas au nom d’un bienfait qui a mal réu ssi : qu’aucune reconnaissance ne soit due à m on service, Ossa su p e rsta b u n t volucres inhu m ata m arinæ ? Hæc sunt officiis digna sepulcra m eis ! Ibis Cecropios p o rlu s, p a lriaq u e receptus, Quum steteris u rb is celsus in arce tu æ , E t bene n a rra ris letum ta u riq u e v irique, S ectaque per dubias saxea tecta vias, Me quoque n a rrato sola te llu re relictam : Non ego sum titu lis subrip ien da tuis. Nec p ater est Æ geus, nec tu P ittbeidos Æ thræ Filius; auctores saxa frelurnque tui. Di fâcerent u t m e sum m a de puppe viderea! M ovisset v u ltu s m œ sta iigura tuos. Nunc quoque non oculis, sed, qua potes, adspice m enle, H æ renlem scopulo, quem vaga puisât aqua. Ad.-pice dem issos lugentis in ore capillos, E t tunicas lacrym is, sicut ab im b re, graves. C orpus, u t im pulsæ segetes A quilonibus, h o rre t; L iteraque articulo pressa trernente labat. Non te per m e ritu m , quoniam m aie cessit, adoro : Débita sit facto gratia nulla m eo; 80 HÉR OÏD ES. m ais aucune peine non plus ; si je n ’ai pas été la cause de la conservation, esl-ce une raison pour que lu sois la cause de ma mort? Par delà les m ers, je tends vers toi, m alheureuse ! ces m ains fatiguées à m eurtrir ma lugubre poitrine. Je te m ontre les ch e veux qui m e restent dans m on affliction. Je t’en conjure par les larm es que m ’arrachent tes m épris, T hésée, ram ène ton vaisseau ; reviens sur tes pas à la faveur des vents. Si je succom be aupa ravant, au m oins tu recueilleras m es os. ÉPITRE ONZIÈME CANACÉ A MACARÉE Si, en lisant cet écrit, des ratures en dérobent quelques ca ractères à ta vue troublée, c’est que la lettre aura été im bibée du sang de ta m aîtresse. Ma m ain droite tient une plu m e, l’autre tient un fer nu, et sur m es genoux est une feuille déroulée. Telle Sed nec pœ na quidem : si non ego causa salutis, Non tam en est c u r sis tu m ilii causa nccis. H as tib i, plangendo lug u b ria pectora lassas, Infelix tendo tran s fréta longa m anus. Hos tib i, qui superant, ostendo m œ sta capillos. P er lacrym as oro, quas tua facta m ovent, Flecte ratem , Theseu, versoquc relabere vento. Si p ria s occidero, lu tam en ossa loges. E P I S T O L A U N D E C I MA CANACE MACA REO Si qua tam en caecis e rrab u n t scripta litu ris, Oblitus a dominas cusde libellus e rit. Devtra tenet calam um , stric tu m te n e t altera ferrum , E t ja c e t in grem io c h arla soluta m eo. É P I T R E XI, 87 est l ’im age de la fille d ’Éole écrivant à son frère; c’est ainsi qu'il lui sem ble pouvoir contenter un père im pitoyable. Je voudrais qu'il fût lu i-m êm e spectateur de m on trépas, et que l’acte fût consom m é sou s les yeux de celui qui l'ordonne. Barbare com m e il l ’est, et plus féroce que les vents soum is à son em pire, il aurait contem plé d’un œ il sec m es blessu res. C’est bien quelque chose, de vivre avec les vents affreux : son naturel s’accorde avec celui de son peuple. Il dicte des lois au N otus, au Zéphyr, à l’Aquilon de Sithonie ; il règle ton vol, capricieux Eurus. Il com m ande, hélas ! aux ven ts, et ne com m ande pas à son cour roux indom ptable : la royauté qu’il possède est m oins puissante que ses vices. A quoi m e sert de toucher au ciel par la généa logie de m es an cêtres, et de pouvoir com pter Jupiter au nom bre de m es parents ? Ma m ain de fem m e en p orte-t-elle m oins une arm e n on faite pour elle, ce glaive fatal, présent de m ort ? 0 Macarée ! que n’est-elle venue plus tardivem ent que m a m ort, cette heure qui nous enchaîna l'un à l'autre! Pourquoi, frère, m ’as-tu jam ais aim ée plu s qu’un frère ? pourquoi ai-je été à ton égard ce que ne doit pas être une sœ ur? M oi-m êm e je m e suis Hæc est ÆoÜdos fra tri scribentis im ago ; Sic videor duro posse placere p a tri. I pse necis cu perem n oslræ spectalor adesset, A uctorisque oculis e x ig e re tu r opus. Ut féru s e?t, m ultoque su is tru c u le n tio r E uris, Spectasset siccis v u ln era o c stra genis. Scilicet est aiiquid cum sæ vis vivere ventis : Ingenio populi eonvenit ille sui. 111e Noto Z ephyroque et Sithonio Aquiloni Im perat, e t pennis, E ure p ro terv e, tu is. Im perat, heu! ven tis, tum idæ non im p erat iræ , Possidet e t vitiis ré g n a m inora suis. Quid ju v at, adm otam p e r avorum nom ina cœ ’o, In te r cognatos posse re ferre Jovern ? > um m inus infestum , funebria m u n era, ferrura Fem inea teneo, non m ea tela, m anu? 0 c tis a m , M acareu, q u æ nos coram isit in u n u m , V enisset leto serio r hora m eo! Cur unq u am plus m e, fra te r, quam fra ler am a?ti? E t tib i, non debet quod soror esse, fui? HÉR OÏDES. enflam m ée : j ’ai senti dans m on cœ ur brûlant je ne sais quel dieu, com m e on m e le dépeignait. Mon teint avait perdu ses cou leurs, m es m em bres étaient m aigres et décharnés ; m a bouche prenait à peine avec dégoût quelques alim ents ; le som m eil était gêné ; la nuit m e paraissait une année ; je gém issais enfin sans éprouver aucune souffrance. Je ne pouvais m e rendre raison de ces sym ptôm es ; j ’ignorais l ’am our, m ais c ’était bien cela. Ma nourrice, la prem ière, en eut le pressentim ent par sa vieille expérience; ma nourrice la prem ière m e dit : « Fille d’É ole, tu aim es. » Je rougis, la pudeur me fit baisser les yeux sur m on sein : ce langage m uet, cet aveu étaient assez significatifs. Déjà le fardeau arrondissait m es flancs in cestu eu x, et m es m em bres m alades étaient appesantis de son poids furtif. Que d'herbages, que de m édicam ents m a nourrice ne m ’apporta-t-elle pas? com bien ne m ’en fit-elle pas prendre d’une m ain audacieuse, afin, et cela seul, nous te l’avons caché, de détacher entièrem ent de m es entrailles le fardeau croissant? Ali 1 trop vivace, l’enfant ré sista aux efforts de l’art, et fut en sûreté contre son ennem i secret. 88 Ipsa quoque in calui; qualem que audire solebam , Nescio queni sensi corde tepenlc Deum. F u gerat ore color, m acies adduxerat artu s, S um ebant minirrfOs ora coacta cibos ; Nec som ni faciles, et nox erat annua n obis; Et gem itum nullo læsa dolore dabam . Nec cur hæ c facerem poteram m ihi re d d ere causam ; Nec noram quid am ans esset ; at illud eram . P rim a m alum n u trix anim o præ sensit anili ; P rim a m ih i n u trix , « Æ oli, d ixit, am as. » E ru b u i, grem ioque p udor dejecit ocelles : Hæc satis in tacita signa falentis eran t. Jam que tum escebant vitiati pondéra ventris, Æ graque furtivum m em bra gravabat onus. Quas m ihi non herbas, quæ non m edicam ina nutrix A ttulit, audaci supposuilque m anu, Ut penitus nostris, hoc te celaVimus unum , Visceribus crescens e x e c u te re tu r o nus? Ah ! nim ium vivax adm otis re s titit infans A rtibus, e t tecto tu tu s ab hoste fuit. É P I T R E XI. 89 Déjà la charm ante sœ ur de Phébus s’était n eu f fois levée; la dixièm e lune conduisait son char argenté. J’ignorais la cause des douleurs soudaines que j ’éprouvais, j ’étais novice pour l ’enfante m en t, et com m e un conscrit inexpérim enté. Je ne pus étouffer m es cris : « Pourquoi, d it-e lle , trahir ton crim e? » Et la vieille, ma com plice, m e ferm a la bouche. Que faire, m alheureuse? La douleur m ’arrache des gém issem en ts ; m ais la peu r, ma nourrice et la honte m ’arrêtent. Je retien s aussitôt m es gém issem ents et les paroles qui m ’échappent, et je su is forcée de dévorer m es larm es. La m ort était devant m es yeux ; Lucine m e refusait son assistance. La m ort, si je fusse m orte, était aussi un crim e af freux. Lorsque tu te jettes sur m oi, la tunique et la chevelure déchirées, et que tu réchauffes m a poitrine en me pressant contre la tien ne : « Vis, m a sœ u r, ô ma b ien-aim ée sœ u r, m e d is-tu ; v is, et ne perds pas deux corps en un. Qu’un bon espoir te donne des forces; car tu dois être unie à ton frère : celui qui t’a rendue m ère sera ton époux. » J’étais m orte, crois-le bien, ta parole m ’a fait renaître ; et j ’ai m is au jour le fardeau que portait m on sein crim in el. J au no vies erat o rta soror pulcherrim a Phœ bi, Denaque luciferos L una m ovebat equos. Nescia quæ fuceret subitos raihi causa dolores. E t ru d is ad partu s, e t nova m iles eram . Nec te n u i vocem : «Q uid, a it, tua crim ina prodis? » O raque clam antis conscia p re ssit a n u s. Quid faciam infelix? gem itus dolor edere cogit ; Sed tim or, e t n u trix , et pudor ipse v êtan t. C ontinuo gem itus elapsaque verba repren do, Et cogor lacrym as com bibere ipsa m eas. Mors erat ante oculos; et opem L ucina n cgabat; E t grave, si m o re re r, m ors quoque crim en erat. Quum superincum ben s, scissa tuuicaque, com aque, P ressa refovisti p ectora n o stra tuis. E t m ih i : « Vive, soror, soror o carissim a, dixti ; Vive, nec u n iu s corpore perde duos. Spes bon a d e t v ires; fra tri nam nupta fu tu ra es : Illius, es de quo m ater, et uxor e ris. » M ortua, crede m ihi, tam en ad tu a verba revixi ; Et positum est u tc ri crim en om isque m ei. Pourquoi t’en réjouir? Éole siège au m ilieu du palais: il faut soustraire m on crim e aux yeux d’un père. La vieille cache soi gneusem ent l’enfant sous le feuillage, avec les ram eaux d’un blanc olivier et de légères bandelettes. Elle feint un sacrifice, l’accom plit, et prononce les paroles de la prière. Le peuple, m on père lui-m êm e, donnent passage au sacrifice. Déjà presque l’on tou chait au seu il; un vagissem ent frappe les oreilles de m on père : l’enfant est son propre dénonciateur. Éole le saisit et dévoile ce sacrifice im posteur ; le palais retentit de ses cris in sen sés. Comme la mer devient trem blante, lorsqu’une brise légère en rase la surface ; com m e la tige du frêne est battue par la tiède haleine du Notus : ainsi tu aurais vu m es m em bres pâlir et frissonner; mon lit était ébranlé par les secousses de m on corps. 11 s’élance et divulgue avec cris m on .déshonneur ; à peine si sa m ain res pecte m on visage. Confuse, je ne laisse échapper que des larm es : ma langu e glacée était m uette d’effroi. Déjà il avait ordonné qu’on livrât aux chiens dévorants et aux oiseaux de proie son jeu n e enfant ; qu’on l’abandonnât dans une Quid tib i g ra ta ris? m edia sed et iEolus aula : C rim ina su n t oculis subrip ien da patris. Frondibus infantem , ram isque albentis olivae, Et levibus viltis sedula celat a n u s ; Fictaque sacra facit, dicitque p re c a n tia verba. Dat populus sacris, dat p a te r ipse, viam . Jam prope lim en e r a t; p a trias vagitus ad aures Venit, et indicio p ro d itu r ille suo. E rip it infan tem , m en titaq u e sacra revelat jE olus; insana regia voce sonat. Ut m are fit trerau lu m , tenui quum strin g itu r aura, Ut q u a titu r tepido fraxina virga Noto, Sic m ea vibrari pallentia m em bra videres : Q uassus ab im posito corpore lectus e ra t. Irru it, et n o stru m vulgat clam ore pudorem ; E t vix a m isero continet ore m anus. Ipsa n ih il, praeter lacrym as, pudibunda profudi : T orpuerat gélido lingua reten ta m e tu . J amque dari parvum canibusque avibusque nepotem Jusserat, in solis d estituiqu e locis. É P I T R E XI. 91 solilude. Le petil m alheureux pousse un vagissem ent : il sem blait com prendre son sort, et priait son grand -père dans le seul lan gage qui lui fût perm is. Im agine-toi, m on frère, quel fut alors m on désespoir (car tu peux t ’en faire une idée d ’après ton propre cœ u r), lorsque, sous m es yeux, un ennem i portait m es entrailles dans le fond des forêts, pour servir de pâture aux loups des m on tagnes ! Mon père était sorti de m on appartem ent : c ’est alors enfin que je pus m e m eurtrir le sein , et déchirer m on visage avec m es ongles. Cependant un satellite de m on père arrive, l ’air abattu, et p ro nonce ces indignes paroles : « Éole t’envoie cette épée (il m e re m et l'épée), et t ’ordonne de savoir l’usage que tu m érites d ’en faire. » Je le sais; j ’aurai le courage d’em ployer celte arm e vio lente : je plongerai dans m on sein le don paternel. Voilà donc, ô m on père, tes présents de noce? voilà par quelle dot s’enrichira ta fille? H ym en, trom pé dans ton attente, éloigne le flambeau nuptial, et fuis d’un pied éperdu une dem eure infâm e. Noires F uries, portez contre m oi les torches que vous ten ez; qu’elles Vagitus dedit ille m iser : sensisse putares, Q uaque suum p o te rat voce rog abat avum . Quid m ihi tune anim i credas, germ ane, fuisse (Nam potes ex anim o colligere ipse tuo), Quum m ea me coram silvas inim icus in altas Viscera m on tan is fe rre t edenda lupis ? E xierat thalam o : tune dem um pectora plangi C ontigit, inque m eas unguibus iré genas. I n t e r e a p atriu s, vultu m oerente, satelles V enit, et indignos ed id it ore sonos : « ?Eolus h u n c ensem m ittit tib i (tra d id it ensem ), Et ju b e t ex m érito scire quid iste v e lit.» S c im u s; e t u te m u r violento fo rtite r ense : P ectoribus condam dona p a te rn a m eis. His m ea m un eribus, genitor, connubia donas? Hac tu a dote, p a te r, filia dives e rit? T olle procul, decepte, faces, Hymenoee, m a rita s; E t fuge turbato tecla nefanda pede. Ferte faces in m e, quas fertis, E rinnyes atrre ; E t m eus ex isto luceat igne rogus. 92 HÉR OÏ D ES . allum ent la flamme de mon bûcher. 0 m es sœ urs ! qu’une Parque plus propice préside à vos m ariages ; m ais cependant rappelezvous mon crim e. Qu’a fait cet enfant? il n ’a que quelques heures d’existence. Par quelle action, lui qui est né à peine, a-t-il blessé son aïeul? S’il a pu m ériter la m ort, qu’on dise qu’il l’a m éritée. Ah ! c’est pour ma faute qu’il est pu ni, le m alheureux ! Mon fils, 6 douleur de ta m ère, proie des m onstres sauvages, toi, hélas! qui es déchiré le jour de ta naissance, m on fils, dé plorable gage d’un am our peu fortuné, le prem ier jour de ta vie en a été le dernier. 11 ne m ’a été perm is de répandre sur toi de ju stes larm es, ni de porter sur ton sépulcre l ’offrande de ma chevelure. Je ne m e suis pas jetée sur ton corp s; je ne t ’ai pas ravi de froids baisers. D’avides anim aux se disputent m es entrailles. Moi aussi, avec ma blessure, je suivrai l’om bre de mon fils : on ne dira pas que j’aie été longtem ps m ère et privée d’enfant. Et toi, qu’espéra en vain une sœ ur m alheureuse, je t’en conjure, recueille les m em bres dispersés de ton fils; rappro ch e-le de sa m ère ; qu’ils reposent dans un tom beau com m un : et qu’une m êm e urne, si étroite qu’elle soit, renferm e n os deux N ubile felices, Parca m eliore, sorores ; Admissi m ém o l'es sed tam en este m ei. Ouid puer adm isit, tam paueis ed itus horis? Quo læ sit facto, vis bene n atus, avum ? Si potuit m eruisse necem , m eruisse p u te lu r. Ah! m iser adm isso p le c titu r ille m eo! Nate , dolor m atris, rap id aru m præ da feraru m , Hei m ihi! nalali dilacerate luo, INate, parum fausti m iserabile pignus am oris, Hæc tibi prim a dies, hæ c tibi sum m a fuit. Non m ihi te licuit laerym is perfu n d ere ju s tis ; In tu a non tonsas ferre sepulcra com as. Non superincubui ; non oscula frigida carpsi. D iripiunt avidæ viscera nostra feræ . Ipsa quoque infantis cum vulnere pro sequar u m liras : Nec m a te r fuero dicta, nec orba d iu . Tu tam en, o frustra m iseræ sperate sorori, * Sparsa, precor, nati collige m em bra tu i ; E t refer ad m atrem , socioque im pone sepulcro : U rnaque nos habeat, quam lihet a ria , duos. É P I T R E XII. 93 cendres. Vis et conserve m on souvenir ; répands des larm es sur m on trépas; am ant ne redoute pas le corps de ton am ante. Ac com plis les dernières volontés d’un e sœ ur irop abandonnée ; j ’exé cuterai m oi-m êm e celles de mon père. ÉPITRE DOUZIÈME MÉDÉE A JASON J ’é t a is reine de C olchos, et cependant, il m ’en souvient, j e fus à ta disposition, lorsque tu im ploras le secours de m on art. Alors les sœ u rs, dispensatrices des destinées hum aines, devaient rom pre la tram e de m es jours. Alors Médée eût pu m ourir glo rieuse : tout ce qui s’est écou lé de m a vie depuis cette époque fatale a été un supplice. H élas! pourquoi l’arbre de P élion, conduit par de jeunes bras, vogua-t-il à la conquête du bélier de Phryxus ? Pourquoi avonsnous vu à C olchosle navire m agnésien des Argonautes? pourquoi, troupe de Grecs, vous êtes-vous abreuvés aux eaux du Phase ? Vive m eraor n o slri, lacrym asque in fun ere funde; Neve reform ida corpus am antis am ans. Tu, rogo, projectæ nim ium m andata sororis P erfer ; m andatis p e rfru a r ipsa patris. E P I S T O L A D U O D E C I MA MEDEA JASON I At tib i C olchorum , m em ini, regin a vacavi, Ars m ea, quum peteres, u t tibi fe rre t opem . T unc, quae dispensan t m ortalia ilia, Sorores D ebuerant fusos evoluisse meos. Tunc p otu i Medea m ori b e n e : quidquid ab i lio P roduxi vitaj tem pore, poena fuit. H ei m ih i! c u r unquam juvenilibus acta lacertis Phryxeam p e tiit Pelias arb o r ovem ? C ur unquam Colchi M agnetida vidim us Argo, T u rb aq u e Phasiacam Graja bibistis aquam ? 94 HÉnOÏDES. pourquoi (a blonde chevelure m ’a -l-e lle trop charm ée? pou r quoi ai-je été séduite par tes grâces et tes discours m ensongers? Ou bien, puisqu’un vaisseau jusqu’alors inconnu avait abordé sur nos côtes, et débarqué des m ortels audacieux, que n ’a -t-il été, l'ingrat (ils d’Éson, affronter sans préservatif les taureaux au m uftle recourbé et la flam m e qu'ils exhalaient ? Que n a-t-il jeté la sem ence, et senti autant d’e n n e m is, pour que l’auteur devint victim e de son propre ouvrage. Que de perfidie eût péri avec toi, barbare ! que de m aux n ’auraient pas pesé sur ma tête ! Il y a quelque p l a i s i r à reprocher un bienfait à un ingrat ; je le goûterai : c ’est la seu le jouissance que tu m ’auras procurée. On t’ordonne de diriger vers.Colchos un navire, invention nou velle; tu entres dans l'heureuse contrée de ma patrie. Là,M édée fut pour toi ce qu’est ici la nouvelle épouse. Autant son père est riche, autant l’était le m ien : Créon règne sur Éphyre, que bai gne une double m er, Éétès règne sur toute la contrée qui s’étend depuis la gauche du Pont jusqu’à la Scythie n eigeu se. Il offre l’hospitalité à la jeu n esse grecqu e, et vos corps de Grecs foulent des lits ornés de peintures. C’est alors que je t’ai vu, que j’ai Ctir tnihi plus æ quo flavi placuere capilli, E t décor, et linguæ gratia ficta tu æ ? Aut» sem el in nostras quoniam nova puppis areuas V enerat, audaces a ttu le ratq u e viros, lsse t anhclatos non præ inedicatus in ignés Im m em or Æ sonides, oraque adunca boum ? Scm ina jccisset, totidem sensisset e t hostes ; Ut caderet c u llu c u llo r ab ipse suo. Q uantum perfidiæ tecum , scé lé rate, perisset ! D cmta forent capiti quani m ala m u lla m eo ! E st aliqua ingrato m e ritu m exprobrare v o lu ptas; Hac fru a r : hæ c de le gaudia sola feram . Jussus inexpertam Colchos advertere puppim , In tra sti p atriæ régna beata m eæ . Uoc illic Medea fui nova nupta quod hic est. Quam p a te r est illi, tam m ihi dives e ra t : 11ic E phyren bim arem , Scythia ten u s ille nivosa Omne te n e t, Ponti qua plaga læva ja cet. Accipit hospitio juvenes Æ eta Pelasgos, Et p re m itis piclos corpora Graja toros. É P I T R E XII. 05 appris à le connaître : ce fut le prem ier coup porté à mon esprit. Comme je m ’enflam m ai à ta vue! Une ardeur inconnue m e brûla, com m e brûle aux autels d es grands dieux la torche de pin. Tu étais beau, et m a destinée m ’entraînait : tes yeux avaient absorbé m es regards. Perfide, tu l’as senti : qui peut facile m ent cacher l’am our ? La flam m e se trahit et se dénonce par ellem êm e. Cependant on t’im pose la condition d’assujettir à un joug inac coutum é le cou reb elle de féroces taureaux. Ils appartenaient à Mars : leu rs cornes ne les rendaient pas seules redoutables; leur terrible halein e était de feu, leu rs pieds d’airain m assif; l'airain garnissait encore leurs naseaux, l’airain, noirci par la vapeur de leur souffle. De plu s, on t’ordonne de répandre au loin dans les cam pagnes, d’une m ain obéissante, les sem ences qui doivent en gendrer des p eup les, pour qu’ils attaquent ton corps à l ’aide d’arm es n ées avec eux: m oisson ingrate envers celui qui la cul tiva. Ta dernière épreuve est de surprendre par quelque ruse les yeux du gardien, qui jam ais ne som m eillent. Tunc ego te vidi, tu n c ccepi scire quid esses : Ilia fuit m entis prim a ru in a meae. Ut vidi, u t p e r ii! Nec notis ignibus arsi, A rdet u t ad m agnos pinea taeda Deos. E t form osus eras, e t me m ea fata tra h e b a n t: A bstulerant oculi lum ina nostra tui. I'et’fide, sen sisti : quis enim bene celat am orem ? E m inet indicio prodita flam m a suo. DicituR in te rea tibi lex, u t dura ferorum Insolito p rem eres vom ere colla bourn. M artis e ra n t : ta u ri plus, qUam p e r corn u a, saevi; Quorum terrib ilis sp iritu s ignis e r a t; . i r e pedes solidi, praeteutaque n a rib u s aera, N igra per adflatus haec quoque facta suos. Sem ina praeterea, populos g e n itu ra , ju b eris Spargere devota lata per arva m anu, Qui p e te re n t secu m n atis tu a corpora telis. Ilia est agricolae m essis in iq u a suo. Liim ina custodis, succum bere nescia somno, U llim us est aliqua decipere a rte labor. 96 tlÉR OÏD ES . Éétès avait parlé : vous vous levez tous affligés; et la table som ptueuse déserte les lits verm eils. Que lu étais loin alors de songer au royaum e que Creuse reçoit en dot, et à ton b eau père, et à la fille du grand Créon ! Tu pars en proie à la tristesse; m es yeux hum ides t’accom pagnent, et ma langue m urm ure d’une voix faible : « Adieu ! » Lorsque, blessée d’un trait m ortel, j ’eus touché le lit dressé dans m on appartem ent, la n u it, a u ssilon gu e qu’elle était, fut passée par m oi dans les larm es. Devant m es yeux se présentaient et les farouches taureaux et celte m oisson détestable; devant m es yeux était le dragon vigilant. L’am our et la crainte se com battent ; la crainte m êm e augm ente l’am our. C’était le m atin ; et ma sœ ur chérie, introduite dans m on appar tem ent, m e trouve les cheveux en désordre, couchée sur la figure, et inondant tout de m es larm es. Elle dem ande secours pour les Minyens : ce que l’une dem ande, u n e autre l'aura. Ce qu’elle sollicite, nous l’accordons pour le jeune fils d'Éson. 11 est un bois obscurci par les sapins et le feuillage de l'yeuse : à peine les rayons du soleil y peuvent pénétrer. 11 existe dans ce bois, de tem ps im m ém orial, un tem ple de Diane : l’im age de la d éesse est d’or, façonnée par une m ain barbare. Je n e sais si ces Dixerat Æ etes : m œ sti consurgitis om nes ; Mgpsaque purpureos deserit alla toros. Quam tilri nunc longe regnum dotale C reusæ . E t socer, et inagni nata C reontis e ra n t ! T ristis abis ; oculis abeuntcm prosequor udis, E t dixit tenui m u rm u re lingua : « Vale ! » Et positum teligi thalam o m aie saucia lectum , Acta est per lacrym as nox m ihi, q uanla fuit. Ante oculos tauriq u e tru ces, segelesque ncfandæ ; Anlc m eos oculos pervigil anguis e ra t. Mine am or, hine tim o r est ; ipsum tim o r augel am orem . Mane e ra t ; et thalam o cara recepta soror, D isjeclam que com as, aversaque in ora jaccnlem Inv enit, et lacrym is om nia plena m eis Oral opem M iuyis: p e tit altéra ; e t a lté ra habebit. Æ sonio juveni, quod rogat ilia, dam us. E st nem us, et piceis et frondibus ilicis atru m : Vix illuc radiis solis adiré licet. Sunt in co, fueran tque diu, delubra Dianæ: Aurea barbarica slat Dca facta m anu. É P I T R E XII. 97 lieu x se son t effacés avec m oi de ton souvenir. Nous nous y ren dons, et tu com m en ces ainsi un discou rs artificieux : « La for tune l ’a donné le droit de disposer de ma destinée : m a vie et m a m ort sont entre tes m ains. C’est assez de pouvoir perdre, pour qui est jaloux d’un tel pouvoir; m ais m a conservation te sera plu s glorieuse. Je t’en conjure par n os m aux, que tu peux alléger, par ta race et la divinité de ton aïeu l, qui de ses regards em brasse l’univers, par le visage et les sacrés m ystères de la tri ple Diane, et par les autres dieux du pays, s’il en est encore, ô vierge ! prends pitié de m o i; prends pitié des m ien s! E nchainem oi pour jam ais à toi par tes bienfaits. Que si tu ne dédaignes pas la m ain d’un Grec (m ais com m ent espérer des dieux celte faveur?), le souffle de m a vie se dissipera dans les airs, avant qu’une autre épouse que toi partage ma couche. J’en atteste Junon, qui préside à la sainteté du m ariage, et la déesse qui nous reçoit dans son tem ple de m arbre. » Ces paroles (et c’est la m oindre partie de ses séductions) tou chèrent le cœ ur d’une jeune fille naïve, et sa m ain a serré ma iSescio an excid erin l m ecum loca? Venim us illuc , Orsus es infido sic p rio r ore lo q u i: « Jus tibi et a rb itriu m nostrce fortuna salulis T ra d id it: inque tua vitaque m orsque m anu, P erdere posse sat est, si quem ju v e t ista potestas; Sed tib i servatus gloria m ajor ero. P er m ala nostra precor, quorum potes esse evam en, P e r genus e t num en cuncta videntis avi, P er trip licis vullus arcanaque sacra Dianae, Et si forte alios gens h a b e t ista Deos, 0 virgo, m iserere m e i; m iserere m e o ru m ! Effice m e m eritis tem pus in om ne tuum . Quod si forte virum non dedignare Pelasguru (Sed m ihi tarn faciles unde m eosque Deos?), Sp iritu s a n te m eus tenues vanescat in auras, Quam thalam o, nisi tu , n upta sit ulla m eo. Conscia sit Jun o , sacris p n efecia m aritis, E t dea, m arm orea cujus in aede sum us. >/ Ü£C anim um (et quota pars haec su n t?) m overe puellae Sim plicis, e t dexfra» dextera juncta meae. t. i. 0 m ain. J’ai vu encore tes larm es couler : seraien t-elles trom peu ses, elles aussi? Enfin, je fus bientôt prise à tes paroles. Tu at telles les taureaux aux pieds d’airain, sans te brûler le corp s,et fends avec le soc, d’après l’ordre reçu, une terre com pacte et dure. Tu sèm es dans les sillon s les dents envenim ées; il en naît des soldats arm és du glaive et du bouclier. M oi-m êm e, qui avais fourni le préservatif, je pâlis d'effroi, lorsque je vis ces guer riers subitem ent nés tenir leurs arm es ; jusqu’à ce que ces frères, enfants de la terre, spectacle déplorable ! tournèrent contre euxm êm es leurs bras hom icid es. • Mais voici que le dragon vigilant, h érissé d ’écailles retentis san tes, siffle et traîne sur la terre les replis de son poitrail. Où se trouvait alors ta riche dot? où se trouvaient alors et ta royale épouse, et l ’isthm e qui sépare les eaux des deux m ers? Et m oi, qui m aintenant ne suis pour toi qu’une Barbare, m oi qui m a in tenant te parais pauvre et coupable, j ’ai assoupi ses yeux flam boyants par la vertu de m es charm es, je t’ai fait enlever avec sûreté la toison. Mon père a été trahi ; j ’ai abandonné royaum e et patrie : dans tout ex il, j’ai bien voulu ne voir qu’une faveur. Vidi etiam lacrym as : an e t est p ars fraudis in illis ? Sic cito sum verbis capta puella tuis. Juiigis et æ ripedes inadusto corpore tauro s, Et solidam jusso vom ere findis hu m u m . Arva V enenatis, pro scm ine, d entibu s im pies; fs'ascitur, et gladios scu taque m iles liabet. ipsa ego, quæ dederam m edicam ina, pallida scdi, Quum vidi subitos arm a te n e re v iro s; DOnec lerrigenæ , facinus m iserabile ! fràtres lu te r se stiic ta s conseruere m anus. I’ ervigil ecce draco, squam is crepitan tib u s horrens, Sibilat, et torlo pectore v e rrit lnim um . Dotis opes ubi lune ? ubi tune tibi reg ia conjux ? Quique m aris gëm ini distin ct isthm o s aquas? Ula ego, quæ tibi sum nunc denique barbara facta, N unc tibi sum p auper, nunc tibi visa noccns, Flam m ea subduxi inedicato lum ina som no, Et tib i, quæ raperes, vellera tu ta dedi. P rodilus e st g e n ito r; regnum palriam q u e re liq u i : M unus in exilio quolibet esse tuli. É P I T R E XII. 9 !) Ma virgjnilé est devenue la proie d ’un ravisseur étranger; avec une m ère chérie a été abandonnée la plus tendre des sœ urs. Mais, en fuyant, je ne t’ai pas laissé sans m oi, ô m on frère : ma lettre m anque par ce seul endroit. Ce que ma m ain a osé exécuter, elle n ’ose l ’écrire; j’aurais dû, m ais avec toi, être ainsi déchirée. Cependant je n ’ai pas craint (pouvais-je, après cela, craindre quelque chose?) de m ’exposer à la m er, m oi fem m e déjà coupa ble. Où est la déesse ? où sont les dieux? Subissons dans les abî m es le juste châtim ent, toi de ta fourberie, m oi de ma crédu lité. Oh ! que n ’avons-nous été brisés par les Sym plégades au m ilieu de nos em brassem ents en sorte que m es os restent collés aux tien s ! Plût au ciel que l’avide Scylla nous eût fait dévorer par ses ch ien s! Scylla devait se venger de l ’ingratitude des hom m es. Et celle qui vom it autant de flots qu’elle en rejette, que ne nous a-t-elle aussi précipités dans les ondes trinacriennes ! Tu re tournes sain et sau f et vainqueur dans les villes de l’H ém onie ; la laine d’or est offerte aux autels de la patrie. R appellerai-je les filles de P élias, p ieusem ent cru elles, et les m em bres d’un père V irginitas facla est peregrini præ da lalro n is; Opiim a, cum cara m atre, relicta soror. At non te fugiens sine m e, g erm ane, reliqui : Déficit hoc uno litera nostra loco. Quod facere ausa m ea est, non audet scribere dextia ; Sic ego, sed tecflm , dilaceranda fui. N ec lam en extim ui (quid enim post ilia tim erem ?) C redere me pelago fem ina, jam que nocens. iNumen ubi e s t? ubi Di? M éritas subeam us in alto, Tu fraudis pœ nas, credulitatis ego. Complexos utin am Sym plegades elisissent, N ostraque adh æ reren t ossibus ossa tuis! Aut nos Scylla rapax canibus m isisset edendos! D ebuit ing ratis Scylla n ocere viris. Q uxque vom it fluctus totidem , totidem que resorbet Nos quoque T rinacriæ supposuisset aquæ ! Sospes ad Hæmonias victorque re v e rteris u rb e s; P o n itu r ad patrios aurea lana Deos. Quid referam Peliæ natas, p ietate nocentes, Cæsaque virginea m em bra patern a m anu ? coupés par une m ain virginale? Que les autres m e blâm ent, tu dois m e louer, toi, pour qui j’ai été si souvent forcée d’être cou pable. Tu as osé (les paroles m anquent à ma juste indignation), tu as bien osé m e dire : « Sors du palais d ’Éson. » J’ai obéi, j ’ai quitté le palais, accom pagné de m es deux enfants, et de ton am our, qui m e suit en tous lieu x. Aussitôt que les chants de l ’hymen ont frappé m es oreilles, et que brille l’éclat des fla m beaux allum és, que la flûte célèbre votre union par ses accords, plus lam entables pour m oi que latrom p ette funéraire, je fus épou vantée, sans toutefois croire encore à l’énorm ité du forfait : ce pendant l’effroi glaçait tous m es m em bres. La foule accourt ; on s’écrie, on répète : « H ym en, ô bym énée ! » Plus les voix appro chent, plus m on mal redouble. Mes serviteurs se détournaient pour pleurer, et cachaient leurs larm es. Qui voudrait être le m essager d’un si grand m alheur? Mieux valait pour m oi que j ’ignorasse ce qui était; m ais, com m e si je le savais, m on âm e était attristée. Lorsque le plus jeu n e de m es fils, par m on ordre non m oins que par curiosité, s’arrêta sur le seuil de la porte à lit culpent alii, tibi m e lau d are necesse est, Pro quo sum toties esse coacta nocens. Ausus es o (justo desunt sua verba dolori), Ausus es, « Æ sonia, dicere, cede dom o. » Jussa dom o cessi, natis com itata duobus, Et, qui me seq u itu r sem per, a m o rt tù i. lit subito nostras Hymen canlatu s ad aures V enit, et accenso lam pades igne m irant, T ibiaque effundit socialia carm ina vobis,. At m ihi fu n erea flebiliora tuba, P ertim ui ; nec adhuc tan tu m scelus esse putabam : Sed tam en in toto pectore fi igus e ra t. Turba ru u n t ; et, Hym en, clam ant, Ilym enæ e, fréq u en tan t. Quo propior vox est, hoc m ih i pejus e ra t. Diversi flebant servi, lacrjm asque tegebant. Quis vellet ta n ti n u n tiu s esse m ali? Me quoque, quiilquid e ra t, potius nescire ju v a b a t : Sed tanquam scirem , m ens m ihi tristis e ra t. Quum m in o r e pueris jussus studioque videndi, C onstitit ad gem inæ lim ina prim a foris. É P I T R E XII. 4 oi deux battants : « S o rs, m e d it-il, ó ma m ère! c'est Jason mon père qui présidera la cérém onie; avec son m anteau d’or, il guide son char attelé. » Soudain je déchirai m on vêtem ent et m e frap pai la poitrine ; m on visage m êm e ne fut pas à l’abri de m es coups. J’étais tentée de m e précipiter au m ilieu de la foule, et d ’arracher les festons entrelacés dans ma chevelure. A peine j ’eus assez d’em pire sur m oi pour ne pas crier, ainsi éch evelée : « C’est m on époux! » et le retenir. Réjouis-toi, m on père que j’ai outragé; Colchos abandonnée, réjouissez-vous; om bre d’un frère, prenez-m oi en sacrifice ex piatoire. D élaissée, j’ai perdu royaum e, patrie, foyer dom esti que, et un époux qui, à lui seul, était tout pour m oi. J’ai donc pu dom pter un dragon et des taureaux furieux; et un seul hom m e m e résiste? et moi qui, par de savants breuvages, ai re poussé des feux inh um ains, je ne puis échapper à m es propres ardeurs?.M es charm es, m es sim ples et m es artifices m ’abandon nent? la d éesse et les augustes m ystères d'Hécate son t im puis sants? Le jour est pour m oi sans attrait ; les insom nies nocturnes sont pleines d’am ertum e : le doux repos ne calm e pas m es sens. Hic m ihi : « M ater, abi ; pom pam p a te r, iu q u it, Iason Ducet ; e t adjunctos aureus u rg et equos. » P rotinus abscissa planxi m ea pectora veste ; Tuta nec a digitis ora fuere m eis. Ire anim us m ediæ suadebal în agm ina turbæ , Sertaque com positis dem ere rap ta com is. Yix m e co n tin u i, quin sic laniata capillos Clam arem : « Meus est ! • injicerem que m aaus. Læse p a te r, gaude ; Colchi gaudele relicti ; Inferías, um bræ fra tris, h ab e te m ei. De?eror, am issis reg n o , patriaq u e, dom oque, Conjuge, qui nobis om n iaso lu s e ra t. Serpentes ig itu r p otu i tau ro sq u e fu ren tes, Unum non potui p erdom uisse virum ? Q uæ que feros pepuli doctis m edicatibus ignés, Non valeo flam m as effugere ipsa m eas ? Ipsi m e cantus herbæ que a rtesq u e relin q u u n t? N il Dea, nil Hecates sacra potentis ag u n t? Non m ihi g rata dies ; noeles vigilantur am ara?. Nec te n e r in m inero peclore soninus adesl. G. 102 HÉ ROÏ DES . Je ne puis m e procurer le som m eil, et j'ai assoupi un dragon! Mon art a plus d’influence sur les autres que sur m oi. Ces m em bres que j ’avais préservés, une rivale les em brasse : elle recueille le fruit de m es peines. Peut-être m êm e, tandis que tu cherches à te faire valoir au près de ta sotte com pagne, et à adapter tes discours à ses injus tes oreilles, inventes-tu de nouvelles calom nies contre ma figure et m es m œ urs. Qu’elle rie ; qu’elle soit joyeuse de m es vices ; qu’elle rie et qu’elle étale sa pom pe sur la pourpre de Tyr : elle pleurera, et l’em portera sur m oi en ardeurs dévorantes. Tant qu ’il y aura du fer, de la flam m e, et les sucs des poisons, aucun ennem i de Médée ne restera im puni. Si les prières touchent ton cœ ur de bronze, écoute m ainte nant des paroles qui révoltent ma fierté. Je suis à ton égard sup pliante, autant que tu l’as été souvent au m ien : je ne balance pas à tom ber à tes genoux. Si je su is m éprisable à tes yeux, re garde nos com m uns enfants : une cruelle m arâtre m altraitera les fruits de ma fécondité. El ils ne te ressem blent que trop ; leurs traits m e touchent; et chaque fois que je les vois, m es yeux se Quæ me non possum , potui sopire draconem ! U tilior cuivis, quam m ihi, cu ra m ea e st. Quos ego scrvavi, pellex a m p lectitu r a rtu s : E t n o stri fru ctu s ilia laboris habet. F orsitan e t, stu ltæ dum te jactare m aritæ Quæris, et injustis aurib us apta loqui, In faciem m oresque meos nova crim ina fingis. R ideat, et vitiis læ ta sit ilia m eis ; Rideal, et Tyrio jaceat sublim is in ostro : Flebit, et ardores vincet adusta m eos. Dum ferrum flam m æque aderunt, succusque veneni, llostis Medeæ n ullus in u ltu s e rit. Quod si forte preces præ cordia ferrea ta n g u n t ; N unc anim is audi verba m in ora m eis. Tarn tib i sum supplex, quam tu m ih i sæpe fuisti : Nec m oror ante tuos procubuisse pedes. Si tibi sum vilis, om m unes respice natos : Sæviet in p artu s dira noverca m eos. E t nim ium sim iles tibi su n t, et im agine tangor E t, quoties video, lum ina nostra m adent. É;PITRE XI I. 103 m ouillent. Au nom des dieux, par la lum ière radieuse de ton aïeul, par m es bienfaits et m es deux enfants, gage d’am our, rends-m oi, je t’en conjure, ce lit pour leq u el, in sen sée! j’aj abandonné tant de choses ; réalise tes prom esses, et ren ds-m oi secours pour secours. Je ne t’im plore pas contre des taureaux ou des guerriers, n i pour qu’un dragon se rep ose, dom pté par ton art, Je te dem ande à toi-m êm e ; je t’ai m érité; tu t’es donné à m oi ; je suis devenue m ère en m êm e tem ps que tu devenais père, Tu m e dem and es où est ma dot? je l'ai com ptée dans ce champ que tu devais labourer, pour obtenir la toison. Ce bélier d’or, brillant de sa dépouille d ’or, voilà ma dot. Que je te dise ; « Rendsla-m oi,» tu refuseras. Ma d ot! c’est ta conservation; ma dot [ c ’est la jeu n esse grecque. Va m aintenant, scélérat ; com pare à cela l ’opulence du fils de Sisyp he, Ta vie, la possession d’une épouse et d’un beau-p ère puissant, la possibilité m êm e où tu es d’être ingrat, tel est m on ouvrage. Bientôt je vo u s.,, m ais à quoi bon annoncer d’avance la peine ? la colère enfante d’affreu ses m enaces. J’irai où m e conduira la colère. Peut-être m e re pentirai-je de m a v en gean ce?... m ais je m e repens aussi d’avoir P e r Superos oro, p e r avitæ lum ina flam mæ, P er m e ritu m , et natos, pignora n ostra, duos: R edde torum , pro q u o to t res insana re liq u i; Adde fidem dictis, auxilium que refer. Non ego te im ploro contra tauro sque virosq ue; U tque tua serpens vicia quiescat ope. Te peto, quem m eru i, quem nobis ipse dedisti Cum quo sum p a rite r facta p a re n te païens. Dos u b i bit, quæ ris? campo num eravim us ilio, Qui tib i, laturo vellus, arandus e ra t. A ureus ille aries, villo spectabilis aureo, Dos m ea ; quam , dicam si tibi : « Redde, » neges. Dos mea, tu sospes ; dos est m ea, G raja juventu s. I nun c, Sisypbias, im probe, confer opes. Quod vivis, quod habes nuptam socerum que potentein , Hoc ipsum , in g ratu s quo potes esse, m eura est. Quos equidem a c tu tu m !... sed quid præ dicere pnenain A ttin et? ingéniés p a rlu rit ira m inas. Quo fe ret ira, seq uar. Facti fortasse p ig e b it? ... Et piget infido consuluisse viro. 104 HÉR OÏD ES. protégé un infidèle époux. Que le dieu, qui m aintenant bouleverse m on cœ ur, y pourvoie ; je ne sais quel projet sinistre m édite mon âme. ÉPITRE TREIZIÈME LAODAMIE A PROTÉSILAS T on am ante Laodamie l’Ém onienne envoie le salut à son époux l’Ém onien et désire qu’il arrive à son adresse. La renom m ée pu blie que, retenu par les vents, lu restes à Aulis : ah ! lorsque tu m e fuyais, où était-il, ce vent? Alors les m ers auraient dû s'op poser à vos ram es : c’était le tem ps favorable à la fureur des ondes. J’aurais prodigué plus de baisers à mon époux; je lu i au rais fait plus de recom m andations; et il est beaucoup de choses que je voulais te dire. Tu as brusquem ent quitté ces lieu x; le vent qui appelait tes voiles était celui que désiraient les m ate lots, m ais non pas moi : le vent était convenable pour les n au tonniers, m ais non convenable pour une am ante. Je m ’arrache à V iderit ista Deus, qui nunc mea pectora versât : Nescio quid certe m ens m ea m ajus agit. E P I S T O L A T E R T I A DE CI MA LAODAMIA PR O TE SILA O Mittit , et optat am ans, quo m ittitu r, iré salutem , yEmonis ASmonio Laodam ia viro. Aultde te fam a est, vento re tin en te , m o ra ri: Ah ! m e quum fugeres, hic ubi ventus erat ? Tum freta debuerant vestris obsistere re m is : lllud e ra t saevis u tile tem pus aquis. Oscula plura viro, m andataque p lu ra dedissem ; lit su n t quaí volui dicere m ulta tibi. R aptus es bine pra?ceps ; et, qui tua vela vocaret, Quem cuperent nauta;, non ego, ventus e r a t: Ventus e ra t nautis aptus, non aptus am onti. Solvor ab am plexu, l'rolesilae, tuo É PI TUE X I I I . 105 tes em brassem ens, Protésilas; ma langue laisse la parole inache vée dans ma bouche; à peine elle put dire un triste adieu. Borée souffle, et enfle la voile tendue : déjà m on cher Protésilas était loin de m oi. Tant que j’ai pu regarder m on époux, je m e plaisais à le regar der, et m es yeux n ’ont pas cessé de suivre les tien s. Je ne p ou vais plus te voir, je pouvais voir tes voiles : longtem ps tes voiles fixèrent m es regards. Mais quand je ne vis plus ni toi ni tes voiles fugitives, que je n ’eus plus rien que la m er à contem pler, et que la lum ière s’enfuit aussi avec toi, on dit que, les ténèbres s’épais sissant autour de m oi, m es genoux fléchirent, et je tom bai sans connaissance. A peine m on beau-père Iphiclus, à peine le vieil Acaste, à peine ma m ère consternée, en m ’arrosant d’une eau fraîche, p u ren t-ils m e ranim er : ils m e rendirent un pieux, m ais inutile devoir. Je leur en veux, dans m on m alheur, de ne m ’avoir pas laissé m ourir. Je reprends enfin l’usage de m es sen s et m es douleurs à la fois ; un légitim e am our déchire m on chaste cœ ur. Je su is indiffé rente au soin de m? chevelure ; je ne songe plus à m e couvrir d’un Linguaque m andantis verba im perfecta rc lin q u it ; * Vix illud p o tu it dicere triste vale. Incubu it Boreas, ab reptaque vela te te n d it : Jam que m eus longe P rotesilaus e ra t. Dum polui spectare viru m , spectare juvabat : Sum que tu’os oculos usque secuta m eis. Ut te non poteram , p o teram tu a vela videre : Vela diu vultus d e tin u e re m eos. At postquam nec te, nec vela fugacia vidi, E t quod sp eclarem , n il, nisi pontus, e ra t, Lux quoque tecum a b iit, tenebris exsanguis obortis Succiduo dicor procubuisse genu. Vix socer Iphiclus, vix m e grandæ vus Acastus, Vix m ater gelida m œ sta refecit aqua : Officium fecere pium , sed in u tile, nobis. Ind ignor m iseræ non licuisse m ori. U t rediit anim us, p a riter red iere dolores ; Peclora legitim us casta m om ordit am or. Nec m ilii pectendos cura est p ræ b ere capillos ; Nec libet a u rata corpora veste tegi. vêtem ent d’or. Comme celles qu’on croit frappées du thyrse que porte le dieu à la double corne, je vais çà et là, au gré de m on délire. Les m ères de Phylacé accourent, elles m e crient : « Re vêts ton royal m anteau, Laodam ie. » Moi, que je porte des vête m ents de pourpre, tandis qu’il porte la guerre sous les rem parts d’Ilion ? Que je peigne m a chevelure, tandis qu’un casque charge sa tête ? Que je porte des vêtem ents n eu fs, et m on époux de lour des arm es ? Autant qu’il est possible, ori dira que, par m on deuil, j'ai im ité tes peines ; et je passerai dans la tristesse ces tem ps de guerre. M alheureux fds de Priam , Paris, beauté fatale aux tien s, sois un aussi im puissant ennem i, que tu fus un hôte infidèle. Je vou drais ou que tu eusses réprouvé les traits de ton épouse de Ténare, ou que les tien s lui eussen t déplu. Toi, M énélas, trop em pressé pour une fem m e ravie, h élas! que ta vengeance fera couler de larm es ! dieux ! je vous en conjure, écartez de nous ce sinistre présage, et que m on époux consacre ses arm es à Jupi ter, auteur de son retour. Mais je suis craintive ; et, chaque fois que je songe à cette déplorable gu erre, m es larm es coulent à la Ut quas pam pinea tetigisse B icorniger hasta C reditur, hue illuc, quo fu ro r egit, eo. C onveniunt m atres Phylaceides, e t m ih i clam ant : « Indue regales, L aodaraia, sinus. » Scilicet ipsa geram salu ratas m urice vestes, Bella sub Iliacis m œ nibus ille g e ra t? Ipsa comas pectar, galea caput ille p re m a tu r ? Ipsa noyas vestes, dura vir arm a ferat? Qua possum , sq ualore tuos im itata labores Dicar ; e t hæc belli tem pora tristis agam . D y s p a ri P riam ide, dam no form ose tu o ru ra, Tarn sis hostis iners, quam m alus hospes eras. Aut te Tæ nariæ faciem culpasse m aritæ , Aut illi vellem displicuisse tu a m . T u, qui pro rap ta n im ium , M enelae, laboras, Hei m ih i! quam m ultis flebilis u lto r e r is ! Di, precor, a nobis om en rem ovete sin istru m , E t sua det reduci vir m eus arm a Jovi. Sed tim eo; quotiesque su b it m iserabile hélium , More nivis lacrym æ sole m adentis, e u n t. É P I T R E XIII . 101 m anière de la neige fondant au soleil. Ilion, T énédos, leS iin o ïs, le Xanthe et l ’Ida sont des nom s redoutables presque par leur son m êm e. L’hôte n’eût pas osé tenter cet enlèvem ent, s’il n ’avait pu se défendre : il connaissait ses forces. Il venait, dit-on, brillant d’or, et portant sur son corps l’opulence phrygienne. Puissant par sa flotte et ses guerriers, instrum ents de guerre hom icides, il est suivi néanm oins de la plus faible partie de son royaum e. Voilà, fille de Léda et sœ ur des jum eaux, à quoi je soupçonne que ta défaite est due ; voilà ce que je crois funeste aux Grecs. Je crains un je ne sais quel Heclor : Paris a dit qu’Heclor dirigeait de sa m ain sanguinaire les affreux com bats. Ah ! si je te suis chère, garde-m oi d’H ector, quel qu’il soif ; conserve ce nom gravé dans ton souvenir. Lorsque tu l’auras évité, n ’oublie pas d’éviter les autres, et pense qu’il y a là plusieurs H ectors. Tâche de te d ire, toutes les fois que tu te disposeras à com battre : « L aodamie m ’a recom m andé de l’épargner. » S’il est perm is que Troie succom be sous les efforts des batail lons grecs, qu’elle tom be sans que tu aies reçu aucune blessure» iiion e t T enedos, Sim oisque et X anthus e t Ide, Nomina su n t ipso pæ ne tiraend a sono. Dec rap ere ausurus, n isi se defendere posset, Hospes e ra t : v ires n overat ille suas. V enerat, u t fam a est, m ulto spectabilis auro, Q uique suo Phrygias corpore fe rre t opes ; Classe virisq ue potens, p e r quæ. fera bella g e ru n lu r; E t seq u itu r regni pars quotacunqu e sui. His ego te victam , consors Ledæa geraellis, S uspicor; hæ c D anais posse nocere pulo. H ectora nescio quem tim eo : Paris H ectora dixit Ferrea san guinea bella m overe m anu. Hectora, quisquis is est, si sum tib i cara, caveto : S ignatum m entori pecto re nom en h abe. H une u b i vitaris, alios vitare m ém ento ; E t m ultos illic H ectoras esse puta. Et facito dicas, quoties pugnare parabis : « P arcere m e ju s s it L aodam ia sibi. » Si cadere Argolico fas est sub m ilite T rojam , Te quoque non u llu m vulnus h abenle, cadat, 108 HÉROÏDES. Que Ménélas combatte et s’élance au sein de la m êlée, pour e n le ver à Paris celle que Paris lui avait d’abord ravie. Qu’il se préci pite, et celui dont il triom phe par le droit, qu’il en triom phe par les armes : un époux doit reconquérir sa fem m e au m ilieu des ennem is. Ta cause est différente : com bats seulem en t à vivre, et à pouvoir revenir dans les bras de ta tendre m aîtresse. Dardaniens, épargnez, je vous en conjure, de tant d’ennem is, un seul : que m on sang ne coule pas de ce corps. Il n’est pas de ceu x à qui il sied bien de com battre un fer nu à la m ain, et de présen ter aux coups des guerriers un e poitrine inhum aine. Il est bien plus fort, lorsqu’il com bat en am our. Que d’autres fassent la guerre, Protésilas doit aim er. M aintenant je l ’avoue, j ’ai voulu le rappeler ; et m on cœ ur m ’y portait ; ma langue s’est arrêtée par la crainte d’un m auvais augure. Lorsque lu voulais partir pour Troie par la porte de ton père, ton pied, en heurtant le seu il, fournit un présage. A cette vue, je gém is, et m e dis se c r è te m ent à m oi-m êm e : « Que ce soit le présage du retour de m on époux ! » Maintenant je te rapporte ce fait, pour que tu ne sois pas acharné sous les arm es : fais que toutes m es alarm es se dis persent dans les airs. Pugnet, et adversos te n d at M enelaus in hostes, Ut ra p ia t P aridi, quam Paris ante sibi. Irru a t, et causa quem vincit, vincat et arm is : Hostibus e m ediis nupla petenda viro est. Causa tu a est dispar : tu tantum vivere pugna, Inque pios dom inæ posse redire sin u s. P arcite, D ardanidæ, de lo t, precor, hostib u s uni : Ne m eus ex illo corpore sanguis eat. Non est, quem deceat nudo concurrere ferro, Sævaque in oppositos pectora ferre viros. F o rtins ille potest m ulto, qui p ugnat am ore : Bella gérant alii ; Protesilaus am et. Nunc fateor, volui revocare, anim usque ferebal ; S u bstitit auspicii lingua tim oré mali. Quum foribus velles ad T rojam exire paternis, l'es tuus offenso lim ine signa d é d it: Ut vidi, ingem ui, tacitoque in pectore dixi: « Signa reversuri sinl, precor, ista v iril » ttæc tibi nunc refero, ne sis anim osus in arm is ; Fae m eus in ventos hic tim o r om nis eat. É P I T R E XIII. 109 Le sort aussi assigne une fin déplorable à je ne sais quel guer rier qui, le prem ier des Grecs, louchera le sol troyen. Malheu reuse celle qui, la prem ière, pleurera le trépas de son époux ! F assent les dieux que lu ne veuilles pas signaler ta bravoure ! Parmi les m ille vaisseaux, que le tien soit le m illièm e; que le dernier il fende les ondes déjà fatiguées. Je te donne aussi cet avertissem ent : sors le dernier du vaisseau; ce n ’est point la terre de tes pères, pour te hâter d’y descendre. Lorsque tu re viendras, accélère le m ouvem ent de ta n ef par la ram e et la voile ; et arrête ta course agile sur ton rivage. Soit que Phébus se cache, ou que du haut des cieux il plane sur la terre, tu es, pendant le jour et pendant la nuit, l’objet de ma dou leu r; m ais plutôt la nuit que le jour. La nuit a des char m es pour la jeu n e fille qu’enlace un bras passé sou s son cou. Je poursuis dans ma couche solitaire des songes m ensongers : je m anque des vraies jo ies, et les fausses m ’enchantent. Mais pour quoi ton im age s’o ffr e-t-e lle pâle à m es regards ! pourquoi ces nom breux reproches que ta bouche m 'adresse? Je m ’éveille en sursaut et j ’adore les sim ulacres de la nuit ; aucun autel th essalien n ’est privé d’une odorante fum ée. Je prodigue l’en cen s, je Sors quoque nescio quem fato d ésignât iniquo, Qui prim us D anaum T roada tangat hum um . Infelix, quæ prim a virum lugebit adem tum l Di faciant, ne tu stre n u u s esse velis ! In le r m ille rates tua sit m illesim a puppis; Jam que fatigalas ultim a v erset aquas. Hoc quoque præ m oneo: de nave novissim us exi ; Non est, quo properes, te rra patern a tib i. Q uum venies, rem oque move veloque carinam ; Inque tuo celerem litore siste gradum . S ive la te t Phœ bus, seu te rris altior exlat, Tu m ih i luce dolor, tu m ihi nocte, venis ; Nocte tam en, quam luce, m agis. Nox grata puellis, Q uarum suppositus colla lacertu s habct. Aucupor in lecto m endaces cælibe som nos : Dum careo veris, gaudia falsa ju v a n t. Sed tua c u r nobis pallens o ccurrit im ago ? C ur venit a verbis m ulta querela tuis? E xcutior som no, sim ulacraque noclis adoro ; Nulla caret fum o Thessalis a ra meo. T. i. 7 110 11ÉR0ÏDES. l ’arrose de m es larm es; la flam m e relu it, com m e elle s'élève de la libation d’un vin pur. Quand donc, à ton retour, te pressant de m es étreintes caressantes, m e pâm erai-je dans les langueurs de la joie? Quand viendra le jour où, réuni à m oi pour jam ais dans un lit com m un, tu m e raconteras tes brillants exploits de guerre? Et pendant que tu m e les raconteras, quelque plaisir que j’éprouve à les entendre, tu recevras et donneras tour à tour beaucoup de baisers. Toujours il est bien que les paroles d un récit en soient retardées : la langue est m ieux disposée à le redire.par ce doux retard. Mais quand je songe à T roie, je songe aussi aux vents et à la m er; l’espérance cède, vaincue, aux in quiétudes de la crainte. Un autre sujet de p ein es, c’est que les vents arrêtent la navi gation : vous vous disposez à partir m algré la m er. Qui voudrait retourner dans sa patrie, lorsque les vents s’y opposent? Vous faites voiles de votre patrie, m algré les m enaces de la m er. Nep tune ne vous offre pas une route vers sa ville. Où allez-vous ? retournez chacun dans vos dem eures. Où allez-vous, Grecs? en tendez les vents qui vous défendent d’avancer : ce retard n ’est pas causé paf un hasard soudain, m ais par la divinité. T ura dam us, lacrym ainque super, qua sparsa re lu c e t, Ut solet adfuso surgere flam raa m ero. Quando ego, te reducem cupidis araplexa lacertis, Languida læ titia solvar ab ipsa m ea ? Quando e rit u t, lecto m ecum bene ju n c tu s in uno* M ilitiæ referas splendida facta tuæ? Quæ m ihi dum référés, quam vis audirc juvabit, Multa tam en rapies oscula, m u lta dabis. Sem per in his apte n a rran tia verba re s is tu n t : P rom tior est dulci lingua referre m ora. Sed quum Troja subit, subeunt ventique frelum que ; Spes bona sollicilo victa tim o ré cad it. Hoc quoque, quod venti pro hibent exire carinas, Me m ovet : invitis ire paratis aquis. Quis velit in patriam , veuto p ro h ib en te, re v e rti? A patria pelago vela vetante datis. Ipsc suam non præ bet ite r N eptunus ad urbein. Quo ru itis ? vestras quisque redite dom os. Quo luitis, Danai ? ventos audite votantes : Non subiti casus, num inis ista m ora est. É P I T U E XIII . m Que redeniande-t-on dans cetle im portante guerre? une vile adultère. Tandis qu’il en est tem ps encore, vaisseaux d’Inachus, revenez sur vos pas. Mais pourquoi les rappeler ? loin ce présage de rappel ; qu’une brise favorable règne sur la paisible surface des ondes ! J’envie le sort des Troyennes : elles verront, il est vrai, les fu nérailles lam entables de leurs époux, m ais l ’ennem i ne sera pas loin . La nouvelle fiancée, de ses propres m ains, placera le casque sur la tête de son vaillant époux, et lui donnera des arm es bar bares; elle lui donnera des arm es, et, en les lui donnant, elle lui prendra des baisers : ce genre d’office sera doux à tous deux. Elle accom pagnera le guerrier, lui recom m andera de revenir, et lui dira : « Fais en sorte de rapporter ces arm es à Jupiter ! » C elu i-ci, em portant les recom m andations récentes de sa m aî tresse, com battra avec précaution, et tournera ses regards vers ses foyers. Au retou r, elle le déchargera de son bouclier, lui en lèvera son casque et recevra sur son sein sa poitrine fatiguée. Nous, au contraire, nous vivons dans l’incertitude ; l ’anxiété de la crainte nous oblige à regarder com m e réel tout ce qui est possible. Quid p e titu r ta n to , nisi tu rp is adultéra, bello ? Durn licet, Inachiæ , v e rtile vela, rates. Sed quid ego revoco hæ c?om en revocanlis abesto, B landaque com positas aura secund et aquas. T roasin invideo, quæ si lacrym osa suorum F u nera conspicient, nec procul liostis erit. Ipsa suis m anibus forti nova nupta m arito Im ponet galeam , barb araq u e arm a d abit; Arma dabit, dum que arm a d abit, sim ul oscula sum et : Hoc genus officii dulce duobus e rit. îb'oducetque virum , dabit e t m andata rev erti ; Et dicet : « R eferas ista face arm a Jovi. » ille, ferens dom inæ m andata recentia secum , P u gnabit caule, respicietque dom um . Exuet hæ c reduci clypeum , galeam que resolvet, Excipietque suo pectora lassa sinu. Nos sum us incertæ , nos anxius om nia cogit, Quæ possunt lieri, facta p u ta rè, tim or. H2 H É R O ÏD ES . Toutefois, tant que tu porteras les arm es dans un m onde diffé rent, j’ai une im age en cire qui m e retracera tes traits. A elle j ’adresse des paroles d’am our qui te sont destinées ; c ’est elle qui reçoit m es em brassem ents. Crois-m oi, celte im age est plug que ce qu’elle paraît. Ajoute la parole à la cire, ce sera Protésilas. J’y attache m es regards, je la presse contre m on sein com m e m on époux véritable ; et, com m e si elle pouvait répondre, je m e plains à elle. Car ton retour et ton corps, idole de ma vie, par les feux sym pathiques du cœ ur et de l ’hym en, par celte tête que je vou . drais voir blanchir, que je voudrais te voir rapporter en te s lieux, je jure de t’accom pagner partout où tu m ’appelleras, soit qu'il t’arrive ce qu’hélas! je redoute, soit que tu puisses te sou straire au trépas. Une dernière et courte recom m andation term i nera ma lettre : « S itu n ’es pas indifférent pour m oi, ne le sois pas pour toi-m êm e. » Dum tainen arm a geres diverso m iles in orbe, Quæ référât vultus e st m ihi cera tuos. Illi blanditias, illi tibi débita verba Dicim us, am plexus accipit ilia m eos. Grede m ihi : plus est, quam quod videatur, im ago. Adde sonum ceræ , Protesilaus e rit. Hanc speclo, teneoque sinu pro conjuge vero ; E t, tanquam possit verba re ferre, q u e ro r. Per red itu s corpusque tuum , m ea n u m in a, juro, P erque p ares anim i conjugiique faces, Perque, quod u t videam canis albere capillis, Quod tecum possis ipse referre, caput, Me tibi venturam com item , quocunquc vocaris Sive, quod heu 1 tim eo, sive supersles cris. U ltim a m andato claudetur epistola parvo : « Si tibi cura m ei, sit tibi cura tu i. » É PI T KE XIV. 115 ÉPITRE QUATORZIÈME HYPER 5INESTRE A LYNCÉE H y p e r m n e s t r e envoie cette épitre au seul qui lui reste de tant de frères : la foule des autres a péri Victime de crim in elles épou ses. On m e retient dans une prison, chargée de chaînes pesantes : la cause de m on supplice est d’avoir été sensib le. Parce que m on bras a craint de plonger le glaive dans un cœ u r, je suis coupable ; on m e louerait, si j’avais osé com m ettre ce forfait. Mieux vaut être coupable, que d’avoir plu ainsi à m on père; je ne regrette pas d ’avoir les m ains pures d’un m eurtre. Que m on père m e brûle des feux que je n ’ai pas profanés, qu’il tourne contre m on visage les torches du sacrifice, ou qu’il m ’égorge avec le glaive qu ’il eut la barbarie de m e livrer, afin que la m ort dont m on époux n ’a pas p éri, m oi épouse je la subisse ; il n’obtiendra ja m ais que m a bouche m ourante s’écrie : « Je m e repens » ; tu n ’es pas capable de regretter ta vertu, H yperm nestre. Honte à E P I S T O L A Q U A R T A DE C I MA HY PERM NESTRA LYNCEO Mittit Ilyperm nestra de tô t modo fratrib u s uni : Cætera nu p taru m crim ine tu rb a ja c e t. Clausa dom o ten eo r gravibusque coercila vinclis: Est rnihi supplicii causa, fuisse piam . Quod m anus ex tim uit jugulo deraittere ferru m , Sum rea ; lau d arer, si scelus ausa forem . Esse ream præ stat, quam sic placuisse p a ren li ; Non piget im m unes cædis h ab ere m anus. Me p aler igne licet, quem non violavim us, u ra l, Quæque aderant sacris, te n d at in ora faces, Aut illo ju g u let, quem non bene trad id it, ense, Ut, qua non cecidit v ir nece, nupta cadam ; Non tam en, u t dicant m orientia, « P œ nitet, » ora, E fliciet: non es quam piget esse piam . 114 JIÉROÏDES. Danaüs et à ces sœ urs dénaturées : telle est la conséquence d’une action crim inelle. Mon cœ ur s’épouvante au souvenir de cette nuit désastreuse, et un soudain trem blem ent arrête m a m ain prête à écrire. Celle que tu croirais avoir pu consom m er le m eurtre d’un époux, craint de retracer un m eurtre dont elle n ’est pas 1 auteur ; je vais toutefois l ’entreprendre. Le crépuscule du m atin com m ençait à poindre sur la terre : c ’étaient les dernières ténèbres de la nuit et les prem ières lueurs du jour. Les petites-filles d’Inachus sont conduites au palais du puissant m onarque. Le beau-père reçoit dans sa dem eure ses brus arm ées. De toutes parts étincellent les flam beaux enrichis d'or; un sacrilège encens est épandu sur les brasiers irrités. La foule invoque l’hym en et l ’appelle : l ’hym en fuit leur prière; l’épouse m êm e de Jupiter a déserté sa ville. Ce pendant les époux, chancelants d’ivresse, accourent et se ras sem blent à la voix de leurs com pagnons ; des fleurs nouvelles couronnent leurs cheveux parfum és. Ils se rendent joyeux dans leurs cham bres nuptiales, leurs futurs tom beaux, et foulent de leurs corps des couches où la m ort les attend. Déjà ils goûtaient un profond som m eil, chargés de m ets et de vins; le calm e régnait P œ n iteat sceleris Danaum sæ vasque sorores : Hic solet eventus facta nefanda sequi. Cor pavet adm onitu lem eratæ sanguine noctis, E t subitus dextræ præ pedit orsa Irem or. Quam lu cæde putes fungi potuisse m a riti, S cribere de facta non sibi cæde tim et ; Sed tam en experiar. Modo facta crepuscula te rris : U ltim a pars noctis, p rim aque lucis e ra t. D ucim ur Inachides m agni sub tecta T yranni; E t socer arm atas accipit æ de n u ru s. U ndique collucent præ cinctæ lam pades a u ro ; D antur in invitos im pia tu ra focos. Vulgus, « Hymen, Hymenæe, » vocant : fugit ille vocantes; Ipsa Jovis conjux cessit a b u rb e sua. Ecce m ero dubii, com itum clam ore fréquentes, Flore novo m adidas im pediente comas, In thalam os læ ti, tlialam os, sua busta, fe ru n tu r; Strataque corporibus, fu n ere digna, p re m u n t. Jam que cibo vinoque graves som noque jacebant; Securum que quies alta p er Argos e ra t. Ë P I T R E XIV. 115 au loin dans la tranquille Argos. Il m e sem blait entendre à m es côtés les sanglots des m ourants ; et en effet je les entendais ; m es appréhensions étaient réelles. Mon sang se retire; la chaleur aban donne m on esprit et m on corps; je dem eure glacée sur m on nouveau lit. Comme un léger zéphyr balance les frêles épis, com m e une froide haleine secoue la tête des peup liers, ainsi, ou m êm e davantage, je trem blai. Tu étais couché, toi ; les vins qu’ils t’avaient donnés étaient des vin s soporifiques. Les ordres violents de m on père ont banni la crainte. Je m e 'ève ; d’une m ain trem blante je saisis m on arm e. Je ne trahirai pas la vérité : trois fois m a m ain leva le glaive hom icide, trois fois m a m ain et le glaive à tort levé retom bèrent. J’approchai de ta gorge (perm ets-m oi de t’en faire le sincère aveu), j ’approchai de ta gorge l ’arm e paternelle. Mais la crainte et la tendresse s ’opposèrent à ce barbare d essein, et m on chaste bras se refusa à l’exécution d’un tel ordre. Je déchire m on sein verm eil, je dé chire m es cheveux, et à d em i-v o ix je prononce ces paroles : « H yperm nestre, tu as un père cruel : exécute les ordres de ton père; que ton époux accom pagne ses frères. Je suis fem m e et Circum m e gem itus m o rien tu m audire v id e b a r; E t tam en a udibam j.quodque vereb ar, e ra t. Sanguis a b it, m entem q ue calor corpusque re lin q u it; Inq ue novo jacui frigida facta toro. Utque levi Zephyro fragiles v ib ra n tu r a ristæ , F rigida populeas u t q u a tit a u ra comas, Aut sic, aut etiam tre m u i m agis. Ipse jacebas; Q uæque tib i d ed e ra n t vina, soporis e ra n t. E xcüssere m etum violenli jussa p a re n tis. E rigor, e t capio tela trem en te m anu. Non ego falsa lo q u ar : te r a c u tu m su stu lit ensem , T er m aie sublalo decidit ense m anus. Admovi jugu lo (sine m e tibi vera fateri), Admovi ju g u lo tela p a te rn a tuo. Sed tim o r et p ietas cru d elib u s o b stitit ausis, Castaque m andatum dextra refu g it opus. P u rpureos lan iata sinus, laniata capillos, Exiguo dixi talia verba sono : « Sævus, H yperm nestra, p a te r est tibi : jussa p aren tis Efiice; germ anis sit cornes iste suis. 116 HÉR OÏD ES. vierge, douce par caractère et par m on âge : des arm es hom icides ne conviennent pas à de faibles m ains. A llons, et tandis qu’il re pose, im ite le courage de tes sœ urs : il est croyable que, toutes, elles ont égorgé leurs époux. Si cette m ain pouvait com m ettre quelque m eurtre, elle serait ensanglantée de celui de sa m aî tresse. Comment o n t-ils m érité la m ort, pour occuper le trône de leur oncle, qu’il faudrait bien donner à des gendres étrangers? Supposé qu'ils aient m érité la mort : qu’avons-nous fait n o u sm êm es? quel crim e ai-je com m is, pour qu’il ne m e soit pas per m is d’être vertueuse? à quoi bon un fer entre m es m ains ? pour quoi des arm es guerrières à une jeu n e fille ? La laine et le fuseau conviennent m ieux à m es doigts. » Ainsi je parlais; et, pendant ma plainte, chaque parole est sui vie d’une larm e, et de m es yeux elles tom bent sur ton corps. Tandis que tu cherches m es em brassem ents, et qu’assoupi encore tu agites tes bras, l ’arm e a presque blessé ta m ain. Déjà je crai gnais m on père, les serviteurs de m on père et la lu m ière; ces paroles que je prononçai, t’arrachèrent au som m eil : «L ève-toi, enfant de Bélus, de tant de frères le seul qui survives ; cette nu it, si tu ne te hâtes, sera pour toi éternelle. » Épouvanté, tu Fem ina sum , e t virgo, n a tu ra m itis e t annis : Non faciunt molles ad fera lela m anus. Quin âge, dum que ja c e t, fortes im itare sorores : C redibile est cæsos om nibus esse viros. Si m anus hæc aliquam posset com m iltere cædem , M orte foret dom inæ sanguinolenta suæ. Quid m eru ere necem , p a tru elia régna lenendo, Quæ tam cu externis danda forent gencris? Fingo viros m eruisse m ori : quid fecim us ipsæ ? Quo m ihi com niisso non licet esse piæ? Quid m ihi cum fe rro ? qui bellica tela p uellæ ? Aptior est digitis lana colusque m eis. » H æ c ego ; dum que q u e ro r, lacrym æ sua verba scq u u n tu r, Deque m eis oculis in tu a m cm bra cadunt. Dum petis am plexus sopitaque b ra c h ia ja c ta s, Pæ ne m anus telo saucia facta tua est. Jam que patrem fam ulosque p a lris lucem que tim ebam , E xpulerunt som nos hæc m ea dicta tuos : « Surge, âge, Delide, de tôt modo fratrib u s u n u s; Nox libi, ni properas, i;ta p erennis e ril. » É P I T R E XIV. 117 te lèves ; toute la langueur du som m eil se dissipe. Tu aperçois dans ma tim ide m ain l ’arm e du guerrier. Tu m ’interroges : « Fuis, te dis-je, tandis que la nuit le perm et. » Tandis que la nuit som bre le perm et, tu fu is; m oi, je reste. C’était le m atin : Danaüs com pte le nom bre de ses gendres victim es du m assacre ; toi seul m anques pour que le crim e soit au com plet. La conservation d’un seul parent l’afflige ; il se plaint que trop peu de sang ait coulé. On m ’arrache des pieds de mon père; on m ’entraîne par les cheveux : le prix que m érite m on dévoûm ent est un e prison. A pparem m ent le courroux de Junon persiste depuis le jour où u n e fem m e est devenue gén isse, et de génisse déesse. Mais c’est assez de châtim ent qu’une jeune fille ait m ugi, et que, belle na guère, elle ne puisse charm er Jupiter. La gén isse nouvelle s’ar rêta sur les rives du fleuve son père, et vit dans le cristal des ondes des corn es qui ne lui appartenaient pas. Elle s ’efforce de p arler; sa bouche pousse un m ugissem ent; elle est effrayée de sa form e, effrayée de sa voix. « Pourquoi fuir, m alheureuse? pourquoi te contem pler dans l’onde? pourquoi com pter les pieds qui soutiennent tes nouveaux m em bres ? Toi, l’am ante du grand T erritus exsurgis ; fu g it om nis in ertia sorani. Adspicis in tim ida fortia tela m anu. Q uæ renti causam : « Dum nox sin it, effuge, » dixi. Dum nox atra sinit, tu fug is; ipsa m oror. iM ane e ra t, e t Danaus generos ex cæde jacen tes D in u m erat; sum m æ crim inis unus abes. F ert m aie cognatæ ja c tu ra m m ortis in u n o ; E t q u e ritu r facti san g u in is esse parum . A bstrahor a p a triis pedibus; rap tam q u e capillis (Hæc m eru it p ie la s præ m ia) carcer h a b e t. S c i l i c e t ex illo Ju n o n ia perm an et ira, Quo bos ex hom ine est, ex bove facta Dea. At satis est pœ næ ten eram m ugisse puellam , Nec, m odo form osam , posse placere Jovi. A dstitit in rip a liquidi nova vacca p arentis, C ornuaque in p a triis non sua vidit aquis. C onatoque q ueri m ug itus ed idit ore, T erritaq u e est form a, te rrita voce sua. « Quid fugis, infelix? quid te m iraris in unda? Quid num eras factos ad nova m em bra pedea ? , 7. 118 HE Jupiter, redoutable à sa sœ ur, tu soulages ta faim excessive en broutant le feuillage et le gazon. Tu bois à la fontaine, tu con sidères avec surprise ta figure, et tu crains d’être blessée par les armes que tu portes. Riche naguère, au point de paraître digne de Jupiter lui-m êm e, tu reposes nue sur la terre nu e. Tu cours à travers les m ers, à travers les terres et les fleuves de ta fam ille ; la m er e t les fleuves et la terre te livrent un passage. Quelle est la cause de ta fuite ? pourquoi, Io, parcourir les vastes m ers? tu ne pourras te dérober à tes propres regards. Fille d’inachus, où te précipites-tu? tu te suis en m êm e tem ps que tu te fuis ; tu es le guide qui t’accom pagne, le com pagnon qui te guide. » Le Nil, qui se décharge dans la m er par sept em bouchures, rend à la génisse furieuse ses traits de fem m e. Rapporterai-je des faits ancien s, attestés par la vieillesse en cheveux blancs ? l’espace de m a vie, tu le verras, fournit m atière à m es plaintes. Mon père et m on beau-père se com battent ; nous som m es expatriées, sans asile : nous som m es reléguées aux con fins du m onde. Le féroce jou it sans partage du trône et du sceptre ; et nous, troupe ind igente, nous errons avec un indigent Ilia Jovis m agni pellex, m etuenda sorori, Fronde levas nim iam cespitibusque fam em . Fonte bibis, spectasque tu am stupefacta figuram ; E t, te’ne feriant, quæ geris, arm a, tim es. Quæque m odo, u t posses etiam Jove digna videri, Dives eras, nuda nuda rccum bis hum o. P er m are, p e r te rra s, cognataque flum ina c u rris; Dat m are, dant am nes, dat tibi te rra viam . Quæ tibi causa fugæ ? quid, Io, fréta longa pererras? Non poteris v u ltu s effugere ip^a tuos. . Inachi, quo p ro p eras? eadem sequerisque fugisque; Tu tibi dux com iti, tu cornes ipsa duci. » P er septem JN'ilus portus em issus in æ quor E xuit insanæ pellicis ora bovi. Ultima quid referam , quorum milii cana senectus A uctor? d ant anni quod q u e ra r, ecce, m ei. Bella p a te r patru usqu e g e ru n t, regnoq ue dom oque Pellim ur : éjectas ultim u s orbis habet. ferox solus solio sceptroque p o titu r; Cum sene nos inopi tu rb a vagam ur inops. E P I T R E XIV. 110 vieillard. De ce peuple de frères toi seul restes la partie la plus exigu ë ; je pleure et ceux qui ont reçu la m ort et celles qui l’ont donnée. Car autant j ’ai perdu de frères, autant j ’ai perdu de sœ u rs; que l’une et l’autre troupe accepte m es larm es. Et m oi, parce que tu vis, on m e réserve à la peine, au supplice ; que m ’a rrivera-t-il coupable, pu isqu e, vertu eu se, on m ’accu se? Un jou r, la centièm e de cette foule de parents, m alheureu se! je m ourrai, ne laissant après m oi qu’un seul frère, Mais toi, Lyncée, si tu portes à ta sœ ur quelque attachem ent, si tu es digne du bienfait que tu m e dois, ou vien s m e secourir, ou donne-m oi la m ort ; et place m on corps inanim é sur un bû cher clandestin. E nsevelis ensuite m es os baignés de tes larm es fidèles ; que cette courte épitaphe soit gravée sur ma tom be : « H yperm nestre exilée, pour indigne prix de sa tendresse, a e lle m êm e enduré la m ort dont elle préserva son frère. » Je voudrais en écrire davantage; m ais m on bras est las du poids de sa chaîne, et la crainte m ’ôte les forces. De fra tru m populo p ars exiguissim a re sta s; Q uique dati leto, quæ que dederc, fleo. Nam m ilii quot fra lre s, to lid em p eriere sorores; Accipiat lacrym as u traq u e tu rb a rneas. E n ego, quod vivis, pœ næ crucianda re serv o r : Quid fiet sonti, quum rea laudis agar? E t, consanguineæ quondam centesim a tu rb æ , Infelix, uno fra tre m an en te, cadam . At tu, si qua piæ, Lynceu, tibi cura sororis Quæque tibi trib u i m u n era, dignus h a b e s; Vel fe r opem , vel dede n eci; defunctaque vita C orpora fu rtiv is in su p e r adde rogis. E t sepeli lacrym is perfusa fidelibus ossa ; Scriptaque sin t titu lo nostra sep ulcra brevi : « Exsul H yperm nestra, pretium p ietatis iniq uum , Quam m ortem fra tri depulil, ipsa tu lit. » Sceubere plura lib et; sed pondéré lassa catenæ E st m anus, e t vires su b tra h it ipse tim or. 120 HÉROIDES. ÉPITRE QUINZIÈME S A P 1 I 0 ¡A P H A O N E st-ce que, à l ’inspection d e cette lettre tracée par une m ain a m ie, tes yeux ont aussitôt reconnu la m ien n e? ou bien, si lu n ’avais lu le nom de Sapho, son auteur, ne saurais-tu d ’où pro vient ce. léger ouvrage? — Peut-être aussi vas-tu dem ander pour quoi m es vers sont en trem êlés, lorsque je suis plus propre aux accents de la lyre. — Il faut pleurer m on am our : l ’élégie est un chant plaintif ; aucun luth ne s’accorde avec m es larm es. Je brûle com m e lorsque, l’indom ptable Eurus anim ant la flam m e, la m oisson em brasée m et en feu un cham p fertile. Pliaon habite les cam pagnes lointaines où l'Etna pèse sur Typhée ; et m oi, une ardeur m e dévore, non m oins vive que les feux de l ’Etna. 11 ne m e survient pas de vers, que je puisse associer aux m odulations des cordes savantes : les vers sont l ’œ uvre d’un esprit libre. Ni EPISTOL A QUINTA DECIMA S A P rlIO PH A O N I ëcquid , u t inspecta est studiosæ litera d e x trx , P rotinus est oculis cognita nostra lu is? An, nisi legisses auctoris nom ina Sapphus, Hoc ijreve nescires unde m overet opus? Forsilan et quarc mea sint a lte rn a re q u ira s C arm ina, quum lyricis sim m agis apta m odis. Flendus am or m eus est : elegeia flebile carinen ; Non faoit ad lacrym as barbitos ulla meas. U ror, u t, in d o m ilis ignem exercentibus E uris, F ertilis accensis m essibus a rd et ager. Arva Phaon célébrât diver.-a Typhoïdos Æ tnæ ; Me calor Æ lnxo non m in or igne coquit. Ncc m ih i, dispositis quæ ju n g a m carm ina nervis, Proveniunt : vacuæ carm ina m entis opus. É P I T R E XV. 124 les filles (le Pyrrha, ni celles de M éthym ne, ni la foule des autres fem m es de Lesbos n ’ont de charm es pour m oi. A naclorie, la blanche Cydno son t viles à m es yeux ; Atthis est m aintenant pour m oi san s attraits ; et cent autres objets d’un crim inel am our. Perfide, ce qui fut l’objet des vœ ux d’un grand nom bre de fem m es, toi seul tu le possèdes. Tu as de la beauté, un âge propre aux badinages. 0 beauté désastreuse pour m es yeux ! Prends la lyre et le carquois, tu de viendras un Apollon frappant. Que des cornes s’élèvent sur ta tête, tu seras Bacchus. Pliébus aima Daphné, et Bacchus la fille de Gnosse. Ni celle-ci ni l’autre ne connaissaient les m odulations de la lyre. Mais m oi ; les nym phes de la fontaine de Pégase m ’in spirent les plus doux chants ; déjà m on nom est céléb ré dans tout l ’un ivers. A lcée, m on com pagnon de patrie et de lyre, n ’a pas plus de gloire, qu oiqu’il prenne un ton plus relevé. Si la nature rigoureuse m ’a refusé la beauté, je répare le m anque de beauté par m on génie. Ma taille est petite ; m ais j’ai un nom qui peut rem plir toute la terre : je porte en m oi-m êm e la m esure de m on Nec m e P y rrhiades M ethym niadesve puellæ , Nec m e L esbiadum cæ tera tu rb a , juvant. Vilis A nactone, vilis m ih i candida Cydno ; Non oculis g ra ta est A tthis, u t ante, m eis; A tque aliæ centum , quas non sine crim ine am avi. Im probe, m u ltaru m quod fu it, unus habes. E st in te faciès, su n t apti lusibus anni. 0 faciès oculis insidiosa m eis! Sum e lidem et p h a re tra m , fies m anifestus Apollo. A ccédant capiti cornua, Dacchus eris. Et Phœ bus D aphnen, et Gnosida Bacchus am avit. Nec n o rat lyricos illa, vel illa modos. At m ih i Pegásides blandissim a carm ina d ic ta n t : Jam c a n itu r toto nom en in orbe m eum .| Nec plus Alcæus, consors patriæ q ue lyræ que, Laudis habet, quam vis grandius ille sonet. Si m ihi difficilis form am natura negavit, Ingenio form æ dam na rependo meæ. Sum b rev is; a t nom en, quod terras im p leat om nes, Est m ihi ; m ensuram nom inis ipsa fero. 122 H É UO ÏD ES . nom . Si je ne suis pas blanche, A ndrom ède, fille de Céphée, plut à Persée, quoique brune, de la couleur de sa patrie. Souvent, d ’ailleurs, de blanches colom bes sont attachées à d’autres de cou leurs variées ; et la noire tourterelle est aim ée d’un oiseau vert. Si aucune fem m e ne peut t’appartenir, qu'elle ne paraisse digne de toi par ses charm es, aucune fem m e ne t’appartiendra. Cependant, lorsque tu m e lisais, je paraissais belle aussi : tu jurais qu’à moi seule il convenait de toujours parler. Je chan tais, il m ’en souvient : les am ants se sou vien nent de tout; pen dant que je chantais, tu m e dérobais des baisers. Tu les vantais aussi; je te plaisais en tous points, m ais principalem ent dans l ’œ uvre de l’am our. C’est alors que tu trouvais un charm e plus qu’ordinaire dans m es agaceries, dans la m obilité de m es pos tu res, dans m es propos lascifs, et, lorsque nous avions tous deux épuisé les raffinem ents du plaisir, dans la voluptueuse lan gueur d’un corps fatigué. Maintenant les filles de Sicile t’offrent une nouvelle proie. Q u'ai-je besoin àL esb os? je veux être Sicilienne. F em m es de Nisée, filles de N isée, renvoyez-nous le volage de votre terriCandida si non sum , placuit Cepheia Perseo A ndrom ède, patriæ fusca colore suæ . E t variis albæ ju n g u n tu r sæpe colum bæ ; E t niger a viridi tu rtu r a m a tu r ave. Si, nisi quæ facie p o te rit te digna videri, Nulla futura tua est, nulla fu tu ra tu a est. A t , m e quum legeres, etiam form osa videbar : Unam jurab as usque decere loqui. Cantabam , m em ini : m em inerunt om nia am antes; (bcula c a n ta n ti tu m ih i rapta dabas. Ilæc quoque laudabas ; om nique a p arte placebam , Sed tum præ cipue, quum fil am oris opus. T une te plus solito lascivia nostra juvabat, G rebraque m obilitas, aptaque verba joco, Q uique, ubi jam am borum fu e rat consum ta vo.uptas, P lurim us in lasso corpore languor erat. N u n c tibi Sicelides veniunt, nova præ da, puellæ . Quid m ih i cum L esbo? Sicelis esse volo. At vos erronem tellure rem ittite nostru m , Nisiades m aires Nisiad» ^ ¡ue nurus. É P I T R E XV. ^23 toire. Que les doux m ensonges de sa bouche ne vous séduisent pas : ce qu’il vous dit, il m e l’avait dit auparavant. Et toi, déesse de l ’Éryx, qui fréquentes les m onts Sicaniens, car je su is vouée à ton culte, protège ton poëte. La fortune ennem ie con tin u e-t-elle à m ’accabler? p ou rsuitelle le cours de ses rigueurs? Six fois m on jour natal s’était re nouvelé, lorsque les ossem ents de m on père, recueillis avant le tem ps, furent trem pés de m es larm es. Mon frère, indigent, brûla d’am our pour un e esclave qui le captivait; et de ce com m erce il retira le déshonneur et la ruine. D evenu pauvre, il parcourt les plaines azurées de la m er à l’aide de sa ram e agile : ses richesses hon teu sem en t perdues, il les recherche honteusem ent. M oi-même il m e hait, parce que m on am itié lui donna de nom breux con seils : telle est la récom pense de ma franchise et de m on atta chem en t. Et com m e si quelque chose m anquait aux interm inables soucis qui m ’assiègent, une tillë en bas âge y m et le com ble. Tu arrives en dernier lieu pour m otiver m es plaintes. Non, m a bar que n e vogue pas au gré d'un vent propice. Vois m a ch evelure; elle flotte au hasard sur m on co u ; la pierre brillante n ’entoure pas m es doigts. Un vêtem ent grossier Neu vos decipiant blandæ m endacia linguæ : Quæ dicit vobis, dixerat a n te m ihi. Tu quoque, quæ m ontes célébras, E rycina, Sicanos, Nam tu a sum , vati consule, Diva, tuæ . An gravis in cep tu m peragit F o rtuna tenorem , Et m a n e t in cursu sem p er a c eib a su o ? Sex m ih i natales ierant, quum lecta p arentis Ante diem lacrym as ossa b ibere m eas. A rsit inops fra te r, victus m eretricis am ore; M ixtaque cum tu rp i dam na pudore lu lit. Factus inops agili p e rag it fréta cæ rula rem o: Quasque m aie am isit, nunc maie quæ rit opes. Me quoque, quod m onui bene m ulla iideliter, odit : Hoc m ihi lib ertas, hoc pia lingua d édit. Et tanquam d esint quæ m e sine fine fatig en t, A ccum ulât curas filia. parva m eas. Ü ltim a tu nostris accedis causa querelis. Non ag itu r vento nostra carina suo. E c c e j a c e n t c o llo p o s i t i s i n e le g e c a p illi; Nec p re m it articulos lucida gem m a meos. ÉR OÏDES. m e couvre ; il n ’y a pas d’or dans m es cheveux ; les parfum s de l’Arabie n ’hu m ectent pas ma chevelure. Pour qui m e parer ? pour qui m ’étudier à plaire? l’unique auteur de m a parure est absent. Mon cœ ur est tendre, il est vulnérable aux traits du dieu ailé : toujours il est une cause pour que j’aim e toujours ; soit que les trois sœ urs m ’aient dicté cette loi à m a naissance, et qu’elles ne filent pas pour m oi des jours sérieu x; soit que les inclinations se changent en habitude, et que Thalie, en m e donnant les leçons de m on art, m e rende le cœ ur tendre et facile. Quelle m erveille, si l’âge du prem ier duvet, si les années où l’hom m e peut aim er m ’ont ravie à m oi-m êm e? Aurore, je crai gnais que tu ne l’enlevasses au lieu de Céphale; et tu le ferais, m ais ta prem ière conquête te captive. Si tu le voyais, Phébé, toi qui vois tout, Phaon serait condam né à un perpétuel som m eil. Vénus l’aurait em porté dans le ciel sur son char d’ivoire; m ais elle voit qu’elle peut plaire encore à son Mars. 0 toi qui n’es plus enfant, sans être encore jeu n e hom m e ; âgé précieux ! l’hon neur et la gloire im m ortelle de ton siècle ! accours, objet char124 11 Veste tegor vili ; nuU ura est in crinibus aurum ; Non Arabo noster ro re capillus olet. Cui colar infelix, a u t cui placuisse laborem ? Ille m ei cultus unicus auctor abest. Molle m eum levibusque cor est violabile telis : E t sem per causa est c u r ego sem per am em ; Sive ita nasceuti legem dixere Sorores, Nec data s u u t vilæ fila severa m eæ ; Sive abeunt studia in m ores, a rtisq u e m agistra, Ingenium nobis m olle Thalia facit. Quid m irurn prim æ si m e lanuginis ætas A bslulit, atque anni quos vir am are potest? llu n c ne pro Cephalo raperes, A urora, tim ebam ; E t faceres, sed te prim a rapina te n e t. Ilunc si conspicias, quæ conspicis, om n ia Phœ be, Jussus e rit som nos continu are Phaon. Hune Venus in cœ luin c u rru vexisset e b u rn o ; Sed videt et Marti posse placere suo. 0 n e c adhuc juvenis, nec jam p u e r; utilis æ tasl 0 decus atque ævi gloria m agna tu i I È P 1 T R E XV. 125 m ant, revoie dans m on sein ; non pour aim er, m ais, je t’en fais la prière, pour te laisser aim er! J’écris, et des larm es abondan tes hu m eclen t m es paupières. Regarde, que de nom breux carac tères effacés en cet endroit ! Si tu étais si décidé à partir, tu se rais parti m oins brusquem ent ; tu m ’aurais dit au m oins ; « Fille de Lesbos, adieu! » Tu n ’as pas em porté avec toi m es larm es, m es derniers baisers ; enfin je n ’ai pas craint ce qui eût causé m es regrets. Je n ’ai de toi que l’injure ; et toi, tu n ’as pas un gage d’am our qui m e rappelle à ton souvenir. Je ne t’ai pas fait de recom m andations : je ne t'en eu sse pas fait d’aulres, sinon de ne pas m ’oublier. Par l’Amour (et p u isse -t-il ne jam ais s’éloigner beaucoup de toi !), par les n eu f déesses, nos divinités, je le jure, lorsque je ne sais qui vint m e dire : « Ta joie s'enfuit, » je ne pus ni pleu rer longtem ps, ni parler. Les larm es étaient taries dans m es yeux, ma langu e im m obile dans m on p alais; m on cœ u r oppressé était froid com m e la glace. Lorsque m a douleur eut pu se re connaître, je ne craignis pas de m eurtrir m on sein, et de m e déchirer les cheveux en poussant des hurlem ents. Telle une m ère, Hue ades, inque sinus, form ose, relab ere nostros ; Non u t am es, oro, verum u t am are sinas ! S cribim us, e t lacrym is oculi ro ra n tu r obortis. Adspice quam sit in hoc m ulta lilu ra loco. Si tam ce rtu s eras bine ire, m odestius isses ; E t modo dixisses : « Lesbi puella, vale. » Non tecum lacrym as, non oscula sum m a tu listi ; D enique non tim u i quod dolitura fui. Nil de te raecum est, nisi tan tu m inju ria ; nec lu , A dm oneat quod te, pignus am antis liabes. Non m andata dedi ; neque enim m andata dedissem Ulla, nisi u t nolles im m em or esse m ei. P e r , tibi qui n unqu am longe discedat, Am orem , P erque novem ju ro , num ina n ostra, üeas, Quum m ihi nescio quis, « Fu giunt tua gaudia, » dixit, Nec m e flere diu, nec potuisse loqui. Et lacrym æ deeran t oculis, et lingua palato ; A dstriclum gelido frigore pectus erat. P ostquam se dolor invenit, nec pectora plangi, Nec p uduit scissis exululare comis. 126 HÉR OÏD ES. qui verrait porter au bûcher funèbre le corps inanim é d’un fds ravi à sa tendresse. Mon frère Charaxus se réjouit et triom phe de mon affliction ; il passe et repasse sous m es yeux. Et pour que la cause de ma douleur paraisse hon teu se : « Qu’a -t-elle à pleurer? dit-il ; sa fille vit certainem ent. » La pudeur et l’am our sont inconciliaW es : tout le peuple m e voyait; j ’avaisla robe dé chirée et le sein découvert. C’est toi, Phaon, qui es l’objet dé m es soins : toi que ram è nen t m es songes, ces songes plus beaux qu’un beau jour. Là je te retrouve m algré ton éloignem ent ; m ais le som m eil n’a pas de joies assez longu es. Souvent il m e sem ble que m a tête s’ap puie sur tes bras, souvent il m e sem ble que c’est la tienne que les m iens supportent. Q uelquefois je te caresse et je pro non ce des paroles qui ont toute l’apparence de la réalité, et ma bouche veille pour m es sens. Je reconnais les baisers dont ta langue était la m essagère, ces baisers donnés et reçus si fortem ent. J’ai honte de raconter les faveurs plus in tim es , m ais tout se fait : j ’en suis ravie, et je ne peux être san s toi. Non alite r, quam si nati pia m ater adem ti P o rtet ad exstructos corpus inane rogos. Gaudet et e nostro crescit m œ rore C haraxus F rater ; et ante oculos ilqu e re d itq u e meôs. U tque pudenda m ei v id eatu r causa dolo ris: « Quid dolet h æ c? certe filia vivit, » ait. Non v en iu n t in idem pudor atque am or : om ne videbat Y ulgus; eram lacero pectus a p erta sinu. Tu m ihi cura, Phaon : te som nia nostra reducunt, Som nia form oso candidiora die. Illic te invenio, quam quam regionibus absis : Sed non longa satis gaudia som nus h ab et. Sæpe tuos nostra cervice onerarc lacertos, Sæpe tuæ videor supposuisse m eos. B landior in te rd u m , verisque sim illim a verba E loquor, et vigilant sensibus ora m eis. Oscula cognosco, quæ tu com m ittere linguæ , Apiaque consueras accipere, apta dare. U lteriora pud et n a rra re , sed om nia fiurit : Et juvat, e t sine te non licet esse m ihi. É P I T R E XV. 127 Mais lorsque Titan se m ontre et avec lui toutes ch oses, je m e plains d’être sitôt frustrée du som m eil. Je gagne les grottes et les b ois, com m e si les bois et les grottes pouvaient quelque chose : ils furent les confidents de m on bonheur. Là, éperdue, j’erre à l ’aventure, les cheveux épars, com m e une fem m e que transporte la furie É richth o. Mes yeux voien t la grotte tapissée du tu f ro cailleu x, qui était pour m oi com m e le m arbre de Mygdonie. Je trouve la forêt qui souvent nous offrit un lit de verdure, om bragé d’u n épais feuillage. Mais je ne trouve plus le m aître de la forêt et de m on cœ ur : le lieu est un endroit vil ; c’est lui qui en faisait le prix. J’ai reconn u les herbes du gazon connu de m oi que nous foulions : le poids de notre corps avait couché les plan tes. Je m ’y su is rep osée; j.'ai touché le lieu dans la partie où tu étais : l’herbe, jadis agréable, s’est hum ectée de m es larm es. Que d is-je ? il sem ble que, pour pleurer, les ram eaux aient dé pou illé leur parure ; aucun oiseau ne fait entendre son doux ram age. Un seul, celu i de D aulis, m ère éplorée, qui exerça sur son époux un e vengeance barbare, y chante Itys l ’Ism arien : un At q u u m se T itan ostendit, et om nia secum , Tarn cito m e som nos destitu isse q u e ro r. n tra nem usque peto ; tanquam nem us a n tra q u e pro sin t : Conscia deliciis illa fuere tuis. llu c m entis inops, u t quam furialis E richtho Im pu lit, in eolio crine jaconle, fero r. A ntra vident oculi scabro p e n d e n tia topho, Quæ m ihi M ygdonii m arm oris in sta r erant. Inv enio silvam , quæ sæ pe cubilia nobis P ræ b u it, et m u lta tex it opaca coma. At non invenio dom inum silvæ que m eum que : Vile solum locus e st; dos e ra t ille loci. Agnovi pressas noti m ih i cespitis herbas : De nostro cu rvum pondere gram en erat, n cu b u i; tetig iq u e locum qua p a rte fuisti : G rata p riu s lacrym as com bibit h e rb a m eas. Quin etiam ram i positis lu g ere vid en tu r F ro n d ib u s; et nullæ dulce q u e ru n tu r aves. Sola virum non u lta pie m œ stissim a m ater C oucinit lsm ariu m Daulias ales Ityn : 128 HÉ RO ÏD ES. oiseau chante Itis, et Sapho son amour m éconnu. Voilà tout ; le reste est m uet com m e au m ilieu de la nuit. Il est une fontaine sacrée, plus lim pide que le pur cristal : le vulgaire croit qu’il y réside une divinité. L’aquatique alisier y élale ses ram eaux par-dessus : à lui seul, il form e un b ois. Un tendre gazon verdit sur la terre. Là, toute en larm es, com m e j ’avais reposé m es m em bres fatigués, une Naïade se présente à m es yeux; elle se présente et dit : « Puisque tu ne brûles pas d ’une flamme partagée, il faut te rendre dans la ville d’Am bracie. Phébus, du haut de son tem ple, voit toute l’étendue de la m er : les peuples l’appellent m er d’Actium et de Leucade. De là s'est précipité Deucalion, brûlant d’am our pour Pyrrha, et son corps en pressa les eaux sans s'y blesser. Soudain, l ’am our se déplace et va toucher le cœ ur insensible de Pyrrha ; Deucalion est soulagé du feu qui le dévore. Telle est la propriété de ce lieu. D irige-toi prom ptem ent vers la haute Leucade, et ne crains pas de te précipiter du rocher. » Après cet avertissem ent, elle se retire, sans ajouter un m ot. Je m e lève glacée d’effroi ; m es yeux, gros de larm es, ne peuvent les contenir. Nous irons, ô nym phe! Aies Ityn, Sappho desertos ca n ta t araores. H actenus : u t m edia cæ tera noctc silent. F st n itidus vitreoque m agis perlucidus am ne, Fons sacer: h u n e m ulti num en habere p u ta n t. Quem supra ram os expandit aquatica lotos, Una nem us. T enero cespite te rra viret. Hic ego quum lassos posuissem flebilis a rtu s, C onstitit a n te oculos Naias una m eos; G onstitit et d ix it: « Quoniam non ignibus æ quis U reris, A m bracias te rra petenda tibi. Phœ bus ab excelso, quantum palet, adspicit æ quor : Actiacum populi Leucadium que vocant. Ilinc se Deucalion, P yrrhæ succensus am ore, M isit, et illæso corpore pressit aquas. Nec m ora : versus am or te tig it lentissim a P yrrhæ Pectora ; Deucalion igne levatus erat. Hanc legem locus ille tenet. P ele pro tin u s altam Leucada ; nec saxo desiluisse tim e. » t m on uit, cura voce abiit. Ego frigida surgo ; N ecgravidæ lacrym as continu ere genæ . ÉI’ IT KE XV. 129 nous nous rendrons vers ces rochers qu’on nous indique : loin la crainte, vaincue par m on fol am our. Quoi qu’il arrive, il en sera m ieu x que m aintenant. Air, sou tien s-m oi; m on corps n’est pas bien pesant. Et toi, tendre Am our, étends sur m oi tes ailes pendant ma chute, de peur que m a m ort ne soit une accusation contre les eaux de Leucade. Alors je consacrerai à Phébus l’of frande com m une de ma lyre, et au-dessous ces deux vers seront gravés : « Sapho, fem m e p oêle, t ’a offert une lyre, ô Phébus, com m e gage de sa reconnaissance : elle convient à toi, com m e elle convient à m oi. » Mais pourquoi m ’envoyer sur les côtes d’A ctium , m alheureuse que je su is ? lorsque tu peux ram ener prés de m oi tes pas vola ges? Tu peux m ’être plus salutaire que les ondes de Leucade : par ta beauté, com m e par ce service, tu seras pour m oi Phébus. P eu x-tu , si je m eu rs, ô m ortel plus féroce que les rochers et cette onde, accepter la responsabilité de ma m ort? Combien il serait préférable que m on cœ ur fût uni au tien, au lieu d’être précipité du haut des rochers ! C’est lu i, c’est ce cœ u r, ô Phaon, que tu avais coutum e de vanter ; qui, tant de fois, te parut sp i. Ibim us, o Nymphe, m on slralaq ue saxa petem us. Sit procul insano victus um ore tim or. Q uidquid e rit, m lius quam nu ne e rit. A ura, subito. Hæc m ea non m agnum corpora pondus habent. T u quoque, m ollis Amor, pennas suppone cadenii, Ne sim L eucadiæ m ortua crim en aquæ . Inde chelyn Phœ bo, com m unia m u n cra, ponam ; Et sub ea versus unua et a lle r e ru n t : « G rala lyram posui tibi, P h œ be, poetria Sappho ; C onvem t ilia m ihi. convenil ilia tibi. » Cun tam en Actiacas m iseram m e m ittis ad oras, Q uum profugum possis ipse re ferre pedem ? Tu m ihi Leucadia potes esse salubrior unda : Et form a e t m eritis tu m ihi Phœ bus eris. An potes, o scopulis undaque ferocior ilia, Si m o riar, titu lu m m o rlis habere m eæ ? At quanto m elius ju n g i m ea pectora tecum , Quam p o le ran t saxis præ cipitanda dari ! Hæc su n t ilia, Phaon, quæ tu laudare solebas; Visaque su n t toties ingeniosa tibi. 130 It ÉR O ÏD ES . rituel. Maintenant je voudrais qu’il fût éloquent : la douleur nuit à l’art, et m es m alheurs arrêtent l’essor de m on génie. Mes an ciennes forces ne m e soutiennent plu s dans la carrière poétique : la douleur im pose silen ce à m on luth ; m a lyre est m uette de douleur. Fem m es d e là m aritim e Lesbos, troupe m ariée ou à m arier, fem m es de Lesbos, dont la lyre éolienne a célébré les nom s, fem m es de Lesbos, dont l'am our m ’a rendue infâm e, cessez d’accourir en foule à m e s chants. Phaon a em porté tout ce qui vous charm ait auparavant ; m alheureuse ! j’ai été près de l’ap peler m on ami ! Faites qu’il revienne ; avec lui reviendra aussi votre poète : c’est lui qui donne des forces à m on esprit, qui les lui retire. A quoi bon des prières? son cœ ur sauvage e st-il ém u? n ’est-il pas insensible? et les zéphyrs n ’em portent-ils pas m es paroles superflues ? Comme ils em portent m es paroles, je voudrais qu’ils ram enassent tes voiles : si tu eu sses été sage, ô tardif am ant, voilà ce qu’il te convenait de faire. Mais si tu revien s, si l ’on prépare pour ton vaisseau les offrandes votives, pourquoi déchi rer m on cœ ur par ton retard? Lance en m er ton vaisseau. Vénus Nlrnc vellem fâcunda fo ren t : dolor artib us obstat, Ingenium que m eis su b stitit om ne m alis. Non m ihi respondenl veteres in carm in a vires : P lectra dolore ta c e n t ; m uta dolore ly ra est. L e s b id e s æ q u o r e æ , n u p t u r a q u e n u p t a q u e p r o i e s , L esbides, Æ olia nom ina dicta lyra, Lesbides, infam em quæ me fecistis am atæ , D esinite ad citharas tu rb a venire m eas. A bstulit om ne,P haon, quod vobis ante placebat, Me m iseram l dixi quam modo pæ ne, m eus Efficite u t re d e a t, vates quoque v estra rc d ib it: Ingenio vires ille dai, ille rap it. E cqüid a g o p re c ib u s? peclusne agreste m o v etu r? An rig et ? e t Zephyri verba caduca ferunt? Qui mea verba fe ru n t, vellem tua vela re fe rre n t: Hoc te, si saperes, len te, decebat opus. Sive redis, puppique tuæ votiva p a rau tu r M uuera, quid laceras peclora nostra m ora? É P I T R E XVI. . 131 est fille de la m er; elle dispose la m er pour le navigateur. Les vents favoriseront ta course ; seulem en t lance en m er ton vais seau. Cupidon lu i-m êm e, assis à la poupe, dirigera le gouvernail; c ’est lui qui, de sa m ain délicate, donnera de la voile ou la resser rera. Mais s’il te plaît de fuir au loin Sapho la pélasgien ne, tu ne trouveras pas de m otif pour la fuir. Qu’au m oins ta cruelle lettre le dise à u n e m alheureu se, afin que je subisse la destinée des ondes de Leucade. ÉPITRE SEIZIÈME PARIS A HÉLÈNE F il s de Priam , j ’envoie à la fille de Léda ce salut, que je ne puis obtenir que com m e un don venant d ’elle. Parlerai-je? ou bien m a flam m e connue n ’a-t-elle pas besoin de déclaration; et m on am our s’est-il déjà m anifesté plu s clairem ent que je ne vou drais? Je préférerais qu’il restât caché, ju sq u ’à ce q u ’il m e soit donné des tem ps où la joie sera sans m élange de crainte. Mais je Solve ra te m . V enus, orta m ari, m are præ stat e u n ti. Aura d ab it cursum ; tu m odo solve ra te m . Ipse g u b e rn ab it resid en s in puppe C upidoj Ipse dabit tenera vela legetque m anu. Sive ju v a t longe fugisse Pelasgida Sappho, Non tam en invenies c u r ego digna fuga. Hoc saltem m iseræ crudelis epistola d icat; U t m ihi Leucadiæ fata p e ta n tu r aquæ . E P I S T O L A S E X T A DECI MA PARIS HELENA llis c tibi I’riam ides m itto, Lediea, salutem , Qua: trib u i sola te m ihi dante potest. E loq u ar? a n flammte non est opus Índice n o ta :; E t plus, quam veilem , ja m m eus exstat am or ? Ille quidem m alim lateat, d um tém pora d e n tu r Lietiti® m ixtos non liabitura m etus. 152 HÉ R O Ï D ES . dissim ule m aladroitem ent : eh ! qui pourrait cacher un feu , qui toujours se trahit par sa lum ière ? Si toutefois tu attends que j’ajoute la parole au fait, je brûle : voilà l’expression du sentitim ent que j ’éprouve. Pardonne à m on aveu, je t ’en conjure; et ne parcours pas le reste d’un œ il sévère, m ais avec celle dou. ceur qui sied à la beauté. Je ne cesse de m e réjouir que la réception de ma lettre m e fasse espérer que je pu is être aussi reçu de la m êm e m anière. Ratifie cet espoir, c’est le vœu de m on cœ u r; et que la m ère de l’Amour, qui m ’a conseillé ce voyage, ne t’ait pas en vain pro m ise. Car, pour que tu ne pèches pas par ignorance, c’est un avertissem ent divin qui m ’am ène; une déité puissante favo rise m on entreprise. Le prix que je réclam e est grand, m ais il m ’est dû; Cythérée m ’a prom is ta m ain. Sous un tel guide, du rivage de Sigée j ’ai parcouru des routes périlleuses, à travers les vastes m ers, sur la n ef de Phéréclès. C’est elle qui m ’a donné des vents propices et qui en a m odéré le souffle : fille de la m e r , elle y exerce un em pire. Qu’elle persiste et seconde les m ouvem ents d ém o n cœ ur de m êm e que ceux des m ers; qu’elle fasse arriver m es vœ ux à bon port. , Sed m aie dissim ulo : quis enim celaverit ignem , L um ine qui sem per p ro d itu r ipse suo? Si tam en exspectas vocem quoque reb u s u t addam , U ror : liabes anim i n u n lia verba mei. Parce, precor, fasso; uec vultu caetera duro Perlege, sed form æ conveniente tuæ . J amdudum g ralu m est, quod epistola nostra reoepla Spem facit, hoc recipi m e quoque posse modo. Quæ ra ta sint, nec te fru stra pro m iserit opte, Hoc m ih i quæ suasit m a te r Amoris iter. Namque ego divino m onitu, ne nescia pecces, Advehor ; et cœpto non leve n um en adest. Præ m ia m agna quidem , sed non indebita, posco ; P o lliu ta est thalam o te C ytherea meo. llac duce, Sigeo dubias a litore feci Longa P hereclea p e r fréta puppe vias. Ilia dédit faciles auras, ventosque secundos : ln m are nim irum ju s habet, o rta m ari. P erstet et, u t pelagi, sic pectoris adjuvet æ stum ; Déférât in portus et m ea vota sucs. É l ’IT R E XVI. 133 Nous avons apporté cette flam m e, nous ne l’avons pas trouvée ici : c'est elle qui a été la cause d’un si long voyage. Car ce n ’est pas une fâcheuse tem pête, ni une erreur de route qui nous a portés sur ces bords : m a flotte s’est dirigée vers la terre de Ténare. Ne crois pas que je fende les m ers avec un navire chargé de mar chandises : que les dieux m e conservent seulem ent les richesses que je possède ! Je ne viens pas non p lu s com m e observateur dans les villes grecques : les cités de m a patrie sont plus opu len tes. Ce que je vais chercher, c ’est toi-m êm e, que la blonde Vénus a prom ise à m a couche ; je t’ai souhaitée avant de te connaître, j ’ai vu tes appas en im agination avant que m es yeux ne les vissent : la renom m ée fut la prem ière qui m ’instrui sit de tes charm es. Néanm oins il n’est pas surprenant que j ’aim e, com m e je le d ois, frappé de traits venus de loin . Tel fut l’arrêt des destins, irrévocable, com m e t’en convaincra cette relation fidèle et véri dique. J’étais encore, par un délai du term e, retenu dans les flancs de ma m ère : déjà ils avaient la juste m esure de la gros sesse. 11 lui sem bla, dans les visions d’un son ge, m ettre au m onde A t t u l im ü s f la m m a s , n o n h ic i n v e n i m u s , i ll a s : Hæ m ihi tam longæ causa fuere viæ. Nam neque iristis hiem s, neque nos hue adpulit e rro r: T æ naris est classi te rra petila meæ. Nec m e crede fretuni m erces portante carina F indere : quas haheo, Di tu e a n tu r, opes ! Nec venio G raias veluti sp ectato r ad urb es : Oppida su n t regni divitiora m ei. Te peto, quam lecto pepigit Venus aurea noslro ; Te p riu s oplavi, quam m ihi nota fores. A nte tuos anim o vidi, quam lum ine, vultus : P rim a fu it vultus n u n tia fama tui. N ec tam en est m iru m , si, sicut oporteat, areu M issilibus telis em inus ictus, amo. Sic placuit fatis : quæ ne convellere tentes, Accipe cum vera dicta relata lide. Ma tri s adhuc utero , p a rtu rem o ran te, te n e b a r: Jam gravidus ju sto pondéré v e n te r erat. 111a sibi ingentem visa est, sub im agine som ni, Flam m iferam pleno red d ere ventre facem. T. i. S 134 HÉR OÏD ES. une énorm e torche ardente. Épouvantée, elle se lève, et raconte ,au vieux Priam le rêve effrayant de la som bre nuit ; celu i-ci le transm et aux devins. Le devin déclare qu’llion sera em brasée p a r le feu de Paris. Celte flam m e fut, com m e à présent, celle de mon cœ ur. Ma beauté et la vigueur de m on courage, quoique je parusse du peuple, étaient les ind ices de m a noblesse cachée. 11 est, dans les vallons boisés de l ’Ida, un lieu solitaire, planté de sapins et d’y e u se s, que ne broutent ni la paisible brebis, ni la chèvre, am ante des rochers, ni le m ufle épais du pesant bœ uf. De là, exhaussé par un arbre, je regardais au loin et les m urailles de Troie, et ses dem eures superbes, et la m er. Tout à coup, il m e sem ble qu’un retentissem ent de pas a ébranlé la terre : ce que je dirai est vrai, m ais à peine vraisem blable. Devant m es yeux s ’arrête, transporté par un vol rapide, le p etitfils du grand Atlas et de P léione (il m ’a été perm is de le v o ir , q u’il m e soit perm is de rapporter ce que j ’ai vu) ; dans la m ain du dieu était sa baguette d’or. Trois déesses à la fois, V énus, Pallas et Junon, posèrent leurs pieds délicats sur le gazon. In T errita consurgit, m etuendaque noctis opacæ Visa seni Priarao, valibus ille refert. A rsuram Paridis vates canit Ilion igni. Pectoris, u t nunc est, fax fu it ilia m ei. Form a vigorque anim i, quam vis de plebe videbar, Indicium tectæ nobilitalis e ra n t. E st locus in m ediæ nem orosis vallibus Idæ Devius, e t piceis ilicibusque frequen:?; Qui nec ovis placidæ , nec am antis saxa capellæ, Nec patulo tardæ c a rp itu r ore bovis. Hinc ego Dardaniæ m uros excelsaque tecta Et fréta prospiciens, arbore nixus eram . Ecce pedum pulsu visa est m ih i te rra m overi : Vera loquar, veri vix h abitura fldem . C onstitit a n te oculos, actus velocibus alis, A tlantis m agni Pleionesque nepos (Fas vidisse fuit ; fas sit m ihi visa referre) ; luqu e Dei digitis aurea virga fuit. T resque siinul Divæ, Venus, et cum Pallade Juno, G rum inibus teneros im posuere pedes. É P I T R E XVt. 135 terdit, l’effroi qui ine glaçait avait h érissé m es cheveux. «Bannis tes alarm es, m e dit le m essager ailé. Tu es l ’arbitre de la beauté : term ine le débat des déesses ; à toi de prononcer laquelle efface en beauté les deux autres. » E t, pour ne pas essu yer u n refus, il com m ande au nom de Jupiter, et soudain s’élève dans les astres par la route éthérée. Mon âm e se rassure, et aussitôt la hardiesse m e vien t ; je ne redoute pas d’exam iner chacune d ’elles en face. Toutes étaient dignes de la victoire, et je craignais, com m e juge, que toutes elles ne pu ssen t gagner leur cause. Cependant, déjà un e d’entre elles m e plaisait davantage : tu de vines que c’était la déesse qui inspire l’am our. Et, tant est vif en elles le désir de la victoire ! elles s’em pressent d’influencer m on jugem en t par des dons m agnifiques. L’épouse de Jupiter prom et des royaum es, sa fille la valeur : je doute m oi-m êm e si je pu is être puissant ou courageux. Vénus m e dit avec un doux sourire : « Paris, que ces présents ne te touchent pas; tous deux sont pleins de craintes et d’anxiétés. Je te donnerai, m oi, un objet à aim er; la fille de la belle Léda passera dans tes bras, plu s belle encore que sa m ère. » Elle dit ; j’approuve égalem ent O bstupui, gelidusque com as erex erat h o r ro r; Quum m ih i : « Pone m etum , n u n tiu s aies ait. A rbiter es form a: : certam in a siste D earum , Vincere quæ form a digna sit u n a duas. » Neve recu sarem , v erbis Jovis im p e ra t; et se P ro tin u s æ tberea tollit in astra via. Mens m ea convaluit, subitoqu e audacia v e n it ; Nec tim ui vultu quam que n otare m eo. V incere e ra n t om nes dignæ ; judexque v e re b a r, Non om nes causam vincere posse suam . Sed tam en ex illis jam tu n e m agis un a placebat : Hanc esse u t scires, u n d e m ovetur am or. T antaque vincendi cura est! ing en tib u s a rd en t Jud iciu m donis so llicitare m eum . R égna Jovis conjux, v irtu tem filia jaclat : Ipse potens dubito lortis an esse velim . Dulce Venus risit : « Nec te, P ari, m un era tang an t; U traque suspensi plena tim oris, a it. Nos dabim us quod am es, et pulchræ filia Ledæ. lb itin am plexus, p u lc h rio r ipsa, tuos. » 136 HÉ ROÏ DES . son offre et sa beauté, et la déesse rem onte d’un pied victorieux vers l’Olympe. Cependant m es d estinées, je p en se, étant devenues prospères, je suis reconnu à des signes certains pour un royal enfant. La m aison, joyeuse de revoir un fils après tant d’an n ées, m et, ainsi que Troie, ce jour au nom bre de ses jours de fêtes. Et com m e je te désire, ainsi m ’ont désiré les jeunes filles; seule, tu peux pos séder l ’objet de tant de vœ u x. Et n on -seu lem en t des filles de rois et de chefs m ’ont recherché : des Nym phes elles-m êm es je fus l’am our et le souci. Mais je n ’éprouve que dédain pourtou tes ces fem m es, depuis que j’ai conçu l ’espoir de t’épouser, fille de Tyndare. C’est toi que m es yeux voyaient pendant la veille, toi que voyait m on im agination pendant la nuit, lorsqu’un paisible som m eil ferm e les paupières assoupies. Que feras-tu présente, toi qui non encore vue m e plaisais? Je brûlais, et le feu était loin de m oi. Je n’ai pu accorder à ma dette un plus long term e d’espoir, sans la poursuivre de m es vœ ux à travers l’onde azurée. La hache phrygienne abat le pin de Troie, et tout arbre utile à la Dixit : et ex æ quo donis form aque pro bata, V ictorem crrlo re ttu lit ilia pedem . Interea, credo, versis ad prospéra fatis, Regius agnoscor p er ra la signa puer. Læta dom us, nato per tem pora longa recepto, Addit et ad festos hune quoque T roja diem Ulque ego te cupio, sic m e cupiere puellæ ; M ultarum votum sola tenere potes. Nec tantum regum natæ petiere ducum que, Sed Nymphis etiam curaque am orque fui. At m ihi cunctarum subeunt fastidia, postquam Conjugii spes est, T yndari, facta lui. Te vigilans oculis, anim o le noete videbam , Lum ina quum placido victa sopore jacen t. Quid faciès præ sens, qu;e nondum visa placebas? Ardebam , quam vis hinc procul ignis e ra t. N ec polui debere m ihi spem longius istam , Cærulea peterem quin m ea vota via. Troia cæ duntur Phrygia pinela securi, Quæque e ra t æ quoreis u tiü s a rb o r aquis. É P I T R E XVI. 137 navigation. Les cim es du Gargare sont dépouillées de vastes ma tériaux, et le long Ida m e fournit d'innom brables poutres. Les durs chênes son t courbés pour la construction de rapides vais seaux ; la carène arrondie est garnie de ses flancs. Nous ajoutons des antennes et des voiles attenantes aux m âts ; l’éperon de la poupe recourbée est em belli de dieux peints. Sur le vaisseau qui m e porte, on voit en peinture, avec le petit Cupidon qui l’accom pagne, la d éesse, caution de son h ym en . Lorsqu’on eut m is la dernière m ain à cet ouvrage, je reçois aussitôt l ’ordre de m ’em barquer sur les flots égéens. Mon père et m a m ère opposent à m es vœ ux leurs prières, et leur tendresse suspend m on projet de départ. Ma sœ ur Cassandre accourt, les cheveux épars, selon sa coutum e, au m om ent m êm e où déjà nous voulions m ettre à la voile : « Où vas-tu? s’écrie-t-elle? tu rapporteras avec toi un incen die : tu ignores toutes les flam m es que ces eaux te réservent. » Sa prophétie fut vraie : j’ai trouvé les feux qu’elle m ’avait prédits; un am our effréné brûle en m on cœ ur attendri. Je m ’éloigne du port, et, à la faveur des vents, je descends sur tes bords, nym phe de l'Œ balie. Ton époux m ’offre l’hospitaArdua pro ceris sp olianlur G argara silvis, Innum erasque m ih i longa dat Ida trabes. F u n d atu ra citas flec tu n tu r robora naves; T exitur et costis panda carina suis. Addim us antennas et vela sequentia m alos ; A ccipit et pictos puppis adunca Deos. Qua tam en ipse vehor, com itata C upidine parvo, ' Sponsor conjugii sta t Dea picta sui. Im posita est factæ postquam m anus ullim a classi, P ro tin u s Æ gæis ire .jubebar aquis. E t p a te r e t g e n itrix inhiben t m ea vota rogando, Propositum que pia voce m o ra n tu r ite r. E t soror effusis, u t e ra t, C assandra capillis, Quum vellent nostræ jam d are vela ra te s : « Quo ru is? exelam at; référés incendia tecum : Q uanta p e r has, nescis, flam tna p e ta lu r aquas. » Vera fu it vales : dictos invenim us ig nés; E t férus in molli pectore flag ratam o r. P ohtubus egredior, ventisque ferentibus usus, A pplicor in l rra s, Œ bali Nympha, tuas. 138 HÉ ROÏ DE S. lité : c ’est encore là une disposition de la volonté suprêrpe des dieux. Il m e m ontre tout ce qui, dans Lacédém one en tière, était curieux et rem arquable. Mais je désirais voir tes charm es tant vantés, et il n ’y avait rien autre chose propre à captiver m es re gards. Je te vis, ce fut pour m oi un ravissem ent ; au fond de m es entrailles je sen tis naître avec étonnem ent l’effervescence d’une passion nouvelle. Elle avait, autant que je m ’en souviens, des traits sem blables, la déesse de Cythère, lorsqu’elle vint se p résen tera m on tribunal. Si tu fusses égalem ent venue à cette lutte célèbre, je ne sais si Vénus eût obtenu la palm e. La renom m ée t’a au loin précon isée, et il n ’est aucune région qui ne con naisse tes charm es ; nulle autre fem m e dans la Phrygie, ni des contrées de l’Aurore, n ’a, parm i les belles, un renom égal au tien . Et, m ’en croiras-tu ? ta gloire est au-d essou s de la réalité : la renom m ée est presque calom nieuse sur ta beauté. Je trouve ici plus qu’elle n’avait prom is: ta gloire est vaincue par son objet. Aussi fu t-e lle légitim e, la flam m e de Thésée, qui connaissait toutes tes perfections : tu parus à ce héros une proie digne de E xcipit liospitio v ir m e tuus : hoc quoque factum Non sine consilio n um inibusque Deum. Ille quidem ostendit, quidquid Lacedæmone tota Ostendi dignum , conspicuum que fuit. Sed inihi laudatam cupienti cernere form am , Lum ina nil aliud quo caperentur erat. Ut vidi, obstupui ; præ cordiaque intim a sensi A ttonitus cu ris in tu m uisse novis. His sim iles vultus, q u an tu m rem iniscor, habebat, V enit in arb itriu m quum Cytherea m eum . Si lu venisses p a riter certam en in illud, In dubium V eneris palm a futura fuit. Magna quidem de te ru m o r præ conia fecit, Nullaque de facie nescia te rra tua est; Nec tib i p a r usquam Phrygiæ , nec, solis ab o rtu , ln te r form osas altéra nom en habet. Credis et hoc nobis ? m in or est tua gloria vero : Fam aque de form a pæ ne m aligna tu a est. Plus hic invenio, quam quod p ro m iserat ilia : E t tua m ateria gloria victa sua est. E rgo a rsit m erito, qui noverat om nia, Theseus : E t visa es tanto digna rapin a viro, É P I T R E XVI. 139 lu i, lorsque n u e, selon la coutum e de ta nation, tu t’exerces au jeu de la brillante palestre, et que tu es m êlée, quoique fem m e, aux hom m es égalem ent n u s. Il t’a enlevée, je l ’en lou e; je m ’étonne qu’il t’ait jam ais rendue : une proie aussi précieuse devait être constam m ent gardée. On eût retranché cette tête de m on cou sanglant, avant de t’enlever à ma couche. Que m es m ains veu illen t jam ais te laisser aller? que je souffre vivant qu’on t’arrache de m on sein? Si tu devais être rendue, auparavant, du m oins, j’eusse em porté quelque gage : m on am our ne fût pas resté totalem ent inerte. Je t ’eusse ravi ta virginité, ou ce qui pouvait l’être sans la com prom ettre. D onne-toi seulem ent à m oi, tu apprendras quelle est la con stance de Paris. La flam m e seu le du bûcher sera le term e de la m ienne. Je t’ai préférée aux royaum es que la souveraine épouse et sœ u r de Jupiter m ’a jadis prom is; et, pourvu que je pusse enlacer m es bras à ton cou, j ’ai dédaigné la valeur, que m ’offrait Pallas. Je n ’en ai pas de regret; jam ais je ne croirai avoir fait un choix insen sé : m a résolution est inébranlable et je persiste dans m on souhait. Seulem ent, ne perm ets pas que m on espoir More tuæ gentis, nitid a dum nuda palæ stra Ludis, e t es nudis fem ina m ixta viris. Quod ra p u it, laudo ; rairo r, quod reddidit unquam : Tarn bona constanter præ da tenenda fuit. Ante recessisset caput hoc cervice cruenta, Quam tu de thalam is ab stra h e re re raeis. Tene inanus unquam nostræ d im itte re vellent ? T ene meo p a te re r vivus a b jre sinu ? Si reddenda fores, aliquid tam en ante tulissem ; Nec Venus ex toto nostra fuisset in e rs : Vel m ih i virginitas esset lib ata, vel illud Quod p o terat salva v irginitate rapi. I)a modo te ; P arid i quæ sit constantia nosces. Flam m a rogi flam m as finiet una m eas. Præ posui regnis ego te , quæ m axim a quondam Pollicita est nobis n upta sororque Jovis; D um que tuo possem circum dare brachia collo, C ontem ta est v irtu s, Pallade d an te, m ihi. Nec piget, a u t unquam s tu lte elegisse videbor : P erm an et in voto m ens m ea (irm a suo. 140 HÉR OÏD ES . soit déçu, je t’en conjure, ô digne objet de tant de pénibles soins ! L’hym en que je désire ne sera pas une m ésalliance pour ta noble fam ille; et tu ne rougiras pas, crois-m oi, de ton époux. En cherchant, tu trouveras dans m a fam ille un e P léiade et Jupi ter, sans parler de m es ancêtres interm édiaires. Mon père lien t le sceptre d’Asie, région fortunée, dont on peut à peine parcou rir l ’étendue im m ense. Tu verras d’innom brables cités, et des palais d’or, et des tem ples, qu’on peut dire dignes de leurs dieux. Tu rem arqiferas Ilion, et ses rem parts flanqués de hautes tours, qu’éleva la lyre harm onieuse de P hébus. Te parlerai-je de la foule et de la m ultitude des habitants ? à peine cette terre peutelle porter sa population. Les fem m es troyennes accourront en troupes nom breuses à la rencontre : notre palais ne pourra con tenir les filles d elà Phrygie. Oh ! que de fois tu diras : « Combien notre Achaïe est pauvre ! » Une seule m aison ordinaire possédera les richesses d’une ville. Mais je ne m e perm ettrai pas de m épriser votre Sparte : la ville où tu as vu le jour est pour m oi une heureuse terre. Mais ^ Spem modo ne nostram fieri patiare caducam , Te precor, o lanto digna labore peti. Non ego conjugium generosæ degener opto, Nec m ea, crede m ihi, tu rp ite r uxor eris. Pleiada, si quæ ras, in nostra gente, Jovem que Invenies, m edios u t taceam us avos. Sceplra parens Asiæ, qu a nulla beatior ora, F inibus im m ensis vix obeunda, tenet. Inn um eras urb es atque aurea tccta videbis, Quæque suos dicas tem pla decere Deos. ilion adspicies, firm ataque lu rrib u s allis Mœnia, Phœ beæ stru c la canore lyræ. Quid tibi de tu rb a n arrem num eroque v iro ru m ? Vix populum tellus sustinet ilia suum . O ccurrent denso tibi T roades agm ine m atres : Nec capient Phrygias a tria nostra nurus. O quoties d ices : « Qua ni pauper Achaia nostra est ! » Una dom us quævis u rb is hab eb it opes. N ec m ihi fas fu erit Sparten contem nere vestram : In qua tu nato es, te rra beata m ih i est. É P IT R E XVI. 14t Sparte est parcim onieuse ; toi, tu es digne de la m agnificence : ce lieu est mal assorti avec une telle beauté. Avec un e telle figure, il convient d ’user des plus riches parures sans fin renouvelées, et d’épuiser tout ce que le luxe et les délices ont de raffinem ents. A la vue de cette opulence qu’étaient les hom m es de notre na tion, pense quelle doit être celle des fem m es dardaniennes. Seu lem ent, m on tre-toi ind ulgen te : fille des cam pagnes de T hérapné, n e dédaigne pas un m ari phrygien. Il était Phrygien et issu de notre sang, celui qui, m aintenant parm i les dieux, verse dans leur coupe le nectar d o n lils s’abreuvent. Il était Phrygien, l’époux de l ’Aurore : cependant elle l’enleva, la déesse qui m ar que à la nuit le term e de sa carrière. Il était Phrygien aussi, cet Anchise, auprès duquel la m ère des légers Amours se plut à se reposer, sur les som m ités de l’Ida. Je ne p ense pas non plus que M énélas, si tu com pares la beauté et les années, doive, à ton jugem ent, nous être préféré. Nous ne te donnerons pas certes un beau-père qui fasse fuir le flambeau éclatant du Soleil, qui détourne d ’un festin ses coursiers effrayés. Priam n ’a pas un père ensanglanté du m eurtre de son beau-père, et qui souille d’un crim e les ondes de Myrtos. Notre aïeul ne Parca sed est Sparte ; tu c u llu divite digna : Ad talem forraam non facit iste locus. Hanc faciem largis sine fine paralib u s u ti, D eliciisque decet lu xu riare novis. Quum videas cullum n o stra de gente virorum , Qualem D ardanidas credis liabere n u ru s? Da modo te facilem : nec dedignare m aritum , R ure Therapnapo nata p u ella, Phrygem . Phryx e ra t et nostro genilus de sanguine, qui nunc C'jm Dis p o tan d a sn e c ta re m iscet aquas. Phryx e ra t A uroræ conjux : tam en abstu lit ilium E xtrem um noclis quæ Dea finit iter. Phryx etiam A nchises, volucrum cui m ater Àmorura G audet in Idæis concubuisse jugis. Nec , puto, collatis form a M enelaus et annis, Judice le, nobis an teferendu s e rit. Non dabim us c e rte socerum tib i clara fugantem L um ina, qui trepidos a dape vertat equos. Nec p a te r est Priam o soceri de cæde t:u e n tu s, E t qui M yrloas crim ine signet aquas. 142 H É R O ÏD ES . s ’efforce pas de cueillir des fruits dans l’onde stygienne, il ne cherche pas de l’eau dans l’hum ide élém en t. Mais qu’im porte, si leur descendant te possède? Jupiter est contraint d’être b eau père dans cette fam ille. 0 crim e ! cet indigne époux te serre dans ses bras les nuits entières; il jouit de tes faveurs, et m oi je t’aperçois à peine enfin, lorsque la table est dressée ; et ce m om ent a encore bien des choses qui m e blessent. Qu’il arrive à nos en nem is des repas tels que ceux auxquels j ’assiste souvent, lorsque le vin est servi. Je regrette le don de l ’hospitalité, lorsqu e, sous m es yeux, ce rustre a passé ses bras autour de ton cou. La jalousie m e dévore; faut-il tout rapporter ? lorsqu’il réchauffe tes m em bres sous son vêtem ent. Cependant, lorsque vous vous donniez, en m a pré sence, de tendres baisers, j ’ai pris ma coupe et l ’ai placée devant m es yeux. Je baisse les yeux, lorsqu'il te tient étroitem ent serrée, et les m orceaux, trop len ts, s’accum ulent, m algré m oi, dans ma bouche. Souvent j’ai poussé des soupirs; et j’ai rem arqué, folâ tre, que tu ne pouvais m odérer ton rire, pendant que je gém isNec proavo Stygia nostro cap tan tu r in unda Poma, nec in m ediis quairitur hum or aquis. Quid tarnen hoc refert, si te ten et ortus ab illis? C ogitur huic dom ui Ju p ite r esse socer. H eu facinus! totis indignus noctibus ille Te te n e t, am plexu p e rfru itu rq u e tu o ; At m ilii conspiceris, posita vix denique m ensa; M ultaque, quae laedant, hoc quoque tem pus habet. H ostibus eveniant convivía talia nostris, E xperior posito qualia saepe m ero. Poenitet hospitii, quum , m e spectante, lacertos Im posuit collo ru sticu s iste tuo. R um por et invideo, quid enim tam en om nia narrem ? M embra superjecta quum tu a veste fovet. Oscula quum vero coram non dura daretis, Ante oculos posui pocula sum ta m eos. Lum ina dem itto, quum te te n e t arctiu s ille, Crescit e t invito lentus in ore cibus. Saepe dedi g e m itu s; et te, lasciva, notavi In geraitu risum non tenuisse meo. É P I T R E XVI. 143 sais. Souvent j ’ai voulu éteindre ma flam m e dans le vin ; m ais elle n ’a fait que s’accroître : l ’ivresse a été du feu sur du feu. Pour ne pas voir beaucoup de choses, je détourne la vue et baisse les yeux; m ais aussitôt tu rappelles à toi m es regards. Que faire? je l ’ignore : il est douloureux pour m oi de voir ce spectacle; mais plus douloureux d’être banni de ta présence. Autant qu’il m ’est perm is et que je le peux, je m ’efforce de déguiser cette frénésie : m ais m on am our éclate m algré m a dissim ulation. Je ne t’en im pose pas : tu sens m es plaies, tu les sens ; et plût au ciel qu’elles ne fussent connues que de toi ! Ah ! que de fois, les larm es m e venant aux yeux, ai-je détourné la vue, de peur qu’il ne m ’interrogeât sur la cause de m es pleurs ! Ah! que de fois, après avoir b u , ai-je raconté l’histoire de jeunes am ants, m e tournant vers toi à chaque parole ! C’était m oi que j’indiquais sous un nom supp'osé; m oi-m êm e, si tu l’ignores, j ’étais le vé ritable am ant. Bien plu s, afin de pouvoir em ployer des term es libres, plus d’une fois j ’ai sim ulé l’ivresse. Ta tunique, lâche, il m ’en souvient, découvrit ton sein n u , et donna accès à m es yeux Saepe m ero volui flam m am com pescere; at illa C revit : et ebrietas ignis in igne fuit. M ultaque ne videam , versa cervice recum bo; Sed revocas oculos pro tin u s ipsa meos. Quid faciam d u b ito : dolor est m eus illa v id e re ; Sed dolor a facie m ajor abesse lúa. Qua licet e t possum , lu cto r celare furorem : Sed tam en apparet dissim ulatus am or. N e c tibi verba dam us : sen tis mea v uln era, sentís; Atque u tin am soli sin t ea nota tib i! A hí quoties, lacrym is venientibus, ora rellexi, Ne causam fletus quaereret ille m ei! Ah ! quoties juvenum narrav i potus am ores, Ad vultus re feren s singula verba tu o s ! In d icium que m ei ficto sub nom ine fe c i; Ule ego, si nescis, verus am ator eram . Quin etiam , u t possem verbis petulanlibus u ti, Non sem el eb rietas est sim ulata m ihi. Prodita s u n t, m em ini, tunica tua pectora laxa; Atque oculis aditum nuda dedere m eis, 144 HÉ ROÏ DES . vers ce sein, plus blanc que la pure n eige ou le lait, plus blanc que Jupiter lorsqu’il em brassa ta m ère. Tandis que je suis dans l’extase, com m e je tenais par hasard un e coupe, l’anse arrondie s ’échappe de m es doigts. Avais-tu donné un baiser à ta fille? soudain je le prenais avec joie de la bouche tendre d ’H erm ione. Tantôt je chantais, m ollem ent couché, les antiques am ours; tantôt je donnais, par m es gestes, des signes d’in telligen ce. Der nièrem en t, j ’ai osé adresser de doucereuses paroles à tes pre m ières com pagnes, Clym ène et Éthra. E lles m e répondirent uni quem ent qu’elles craignaient, et m ’abandonnèrent au m ilieu de m es supplications. Oh ! que n ’es-tu le prix d’une lutte solennelle, et la possession du vainqueur ! Comme H ippom ène em porta pour prix de la course la fille de S chœ né, com m e Hippodamie vint dans les bras d’un Phrygien, com m e le fier Alcide brisa les cornes d’Achéloüs, lors qu’il aspire aux em brassem ents de Déjanire, notre audace, sui vant les m êm es lois, se fût m ontrée courageuse : tu saurais être l’ouvrage d’un de m es travaux. M aintenant, fem m e adorable, il P ectora vel pu ris nivibus, vel lacté, tuam que Complexo m atrem caudidiora Jove. Dam stupeo visis, non pocula forte tenebam , T ortilis e digitis excidit ansa m eis. Oscula si natæ dederas, ego p ro tiu u s ilia H erm iones tenero læ tus ab ore tu li. E t modo cantabam veteres re su p in u s am ores; Et modo per nu tu m sigua tegenda dabam . Et com itum prim as Clym enen Æ thram q ue tu aru m Ausus sum blandís n u p e r adiré sonis. Quæ m ihi non aliud, quam form idare, locutæ , O rantis m edias d eseruere preces. Di facerent, m agni p retium certam in is esses ; T eque suo victor posset habere toro! Ut tu lit Hippoinenes Schœ neida, præ m ia cursus, V enit u t in Phrygios Ilippodam ia sinus, Ut ferus Alcides Acheloia cornua fregit, Dum p e tit am plexus, De'ianira, tuos, Nostra per has leges audacia fo rtite r isset; Tequc m ei scires esse laboris opus. É P I T R E XVI. 145 ne m e reste plus qu’à te prier; à em brasser hum blem ent tes ge noux, si tu y consens. 0 honneur ! ô gloire brillante des deux jum eaux! ô digne d’avoir Jupiter pour époux, s’il n’était ton père ! Ou je rentrerai dans le port de Sigée, toi étant m on épouse ; ou je serai inhum é dans l’exil à Ténare. La flèche n’a pas légèrem ent effleuré m a poitrine ; c ’est une blessure qui a pénétré jusqu’à la m oelle de m es os. Je devais être percé d’une flèche céleste ; je m e rappelle cet oracle de ma sœ ur, qui s’est accom pli. Garde-toi, H élène, de m épriser un am our autorisé par les destins, et puis sent, à ce prix, les dieux exaucer tes désirs ! J'ai beaucoup de choses à t’écrire; m ais, pour que nous en di sions de vive voix un plus grand nom bre, reçois-m oi dans ta couche, pendant le silen ce de la nuit. E st-ce la pudeur qui te fait craindre de profaner l ’am our conjugal, et de trahir le ser m ent de fidélité à un époux légitim e? Ah! trop sim ple H élène, j’ai presque dit rustiqu e, penses-tu que celte figure puisse être exem pte de faute ! Ou change ta figure, ou n e sois pas barbare : un e grande lutte existe entre la beauté et la sagesse. Ces larcins Nunc m ih i n il su p erest, nisi te , forraosa, p recari, A m plectique tuos, si p a tia re , pedes. 0 decus, o praisens gem inorum gloria fr a tr u m ! 0 Jove digna viro, ni Jove n ata fores ! Aut ego Sigeos rep etam , te conjuge, portus, Aut ego Tacnaria conlegar exsul lium o. Non m ea su n t suinm a leviier d e stric ta sagitta P ectora; descertdit vulnus ad ossa m eum . Hoc m ihi, nam repeto, fore u t a coeleste sagitta F igar, e ra t verax vaticinala soror. Parcc datum futis, Helene, contem nere am orctn : Sic habeas faciles in tua vola Deos. Multa quidem s u b e u n t; sed coram u t plura loqu am ur, Fxcipe m e lecto, n o d e sile n te , tuo. An p u d et, e t m etuis venerem tem erare m a n ta m , C astaque legitim i fallere ju ra to ri? Ah! nim ium sim plex H elene, ne l'ustica dicam , Hanc faciem culpa posse c a rere putas! A ut faciem m utes, au t sis non d u ra, necesse esl : Lis e st cum form a m agna pudicitia?. T. I. 0 146 HÉ R OÏ D ES . charm ent Jupiter, ils charm ent la belle Vénus. Ces larcins t’ont donné pour père Jupiter. Fille de Jupiter et de Léda, si la se m ence de tes ancêtres a quelque vertu, lu peux à peine devenir chaste. Sois-le cependant, alors que ma Troie te possédera; et, je t’en supplie, que seul je sois ton crim e. M aintenant com m ettons une faute, que répare l ’époque du m ariage, si toutefois Vénus ne m ’a pas fait une prom esse illu soire. Mais ton époux t’y engage par sa conduite, sinon par ses pa roles ; et pour ne pas contrarier les larcins de son hôte, il s’ab sente. 11 n ’a pas eu de circonstance plus favorable, pour visiter le royaum e de Crète. 0 m erveilleu se pénétration de cet hom m e ! Il partit, et dit en partant : « Je te confie notre h ôte; prends soin de lui à m a place, ô m on épouse! » Tu négliges, je l ’at teste, les recom m andations de ton m ari ; tu n’as aucun soin de ton hôte. C rois-tu donc, fille de Tyndare, cet hom m e sans intel ligence capable de connaître assez le m érite de ta beauté? Tu t ’abuses ; il le m écon naît ; et, s’il y attachait un grand prix, il n e confierait pas le trésor qu’il possède à un hom m e étranger. Ju p ite r his gaudet, gaudet Venus aurea fu rtis. Hiec tib i nem pe ‘p at re in furta dedere Jovem . Vix fieri, si su n t vires in sem ine avorum , E t Jovis e t Leda? filia, casta poles. Casta tarnen tum sis, quum te m ea T roja te n e b it; E t tua sim , quceso, crim ina solus ego. Nunc ea peccem us, quae corrigat bora jugalis, Si modo p ro m isit non m ih i vana Venus. S ed tibi e t hoc suadet rebus, non voce, m a rilu s; Neve sui furtis hospitis obstet, abest. Non h a b u it tem pus, quo C ressia regna videret, Aptius. 0 m ira calliditate v iru m ! Ivit, et : « ldsei m ando tib i, dixit itu ru s, C uram pro nobis hospitis uxor agas. » Negligis absentis, testor, m andata m ariti : Cura tibi non est hospitis ulla tu i. H unccine tu speres, hom inem sine pectore, dotes Posse satis for mac, T yndari, nosse tuae? Falleris : igno rat ; ncc, si bona m agna pu larcl, Quie tonet, exteruo cred eret ilia viro. É P I T R E XVI. 147 Bien que m es discours et m on ardeur ne te déterm inassent pas, nous som m es contraints de faire usage de l ’occasion q u ’il nous offre; ou bien n ou s serons in sen sés, au point de l’em porter sur lui-m êm e, si un tem ps aussi sûr s’écou le en pure perte. Il am ène vers toi un am ant presque de ses m ains : profite de la sim plicité d ’un m ari san s m alice. Tu restes seule sur un lit solitaire pendant la nuit si longu e; seul aussi je reste sur ma couche solitaire. Que des joies com m unes nous u n issen t, toi à m oi, m oi à toi : cette nuit sera plus belle qu’un m idi. Alors je jurerai par tous les dieux, et m e lierai par le serm ent solenn el que tu m ’auras dicté. Alors encore, si ta confiance en m oi n ’est pas trom peuse, je te déterm inerai à venir dans m on royaum e. Si tu n e l ’oses, si tu crains de paraître m ’a voir su ivi, je serai m oi-m êm e coupable sans toi de cet attentat ; car j’im iterai l’action du fils d’Égée et de tes frères : tu ne peux céder à un exem ple qui te touche de plus près. T hésée t’a en levée ; ceux-ci ont enlevé les deux filles de Leucippe ; je serai le quatrièm e cité en exem p le. La flotte troyenne est prête, fournie Ut te nec m ea vox, n ec te m eus in c ite t ardor, Cogim ur ipsius com m oditate fru i; A ut erim us s tu lti, sic u t su p erem u s et ipsum , Si tam securum te m p u s abibit iners. Pæ ne suis ad te m anibus deducit am antem : U tere non vafri sim plicitate v iri. Sola jaces viduo tam longa nocte cubili; In viduo jaceo solus et ipse to ro . T e m ih i, m eque tibi com m unia gaudia ju o g a n t : C andidior m edio nox e rit ilia die. T une ego jurabo quæ vis tib i num ina, m eque A dstringam verbis in sacra ju ra tuis. T une ego, si non est fallax fiducia nostri, Efticiam præ sens u t m ea régna petas. Si p u d et, et m etuis, ne m e videare secuta, Ipse re u s sine te crim inis h u ju s ero : Nam seq uar Æ gidæ factum fra tru m q u e tuorum : Exem plo tangi non propiore potes. Te ra p u it Theseus, gem inas Leucippidas il 1i ; Q uartus in exem plis adnum erabor ego. 148 HÉROÏDES. d ’arm es et d’hom m es; bientôt la ram e et le vent vont accélérer notre m arche. Tu iras, com m e une grande rein e, à travers les cités dardaniennes; le peuple te prendra pour une divinité n ou velle. Où tu porteras tes pas, le cinnam om e brûlera sur la flam m e, et la victim e im m olée frappera la terre sanglante. Mon père et m es frères, m es sœ urs et ma m ère, toutes les Troyennes et Ilion entière, t’offriront des présents. H élas! à peine j’annonce une faible partie de l’avenir : tu recevras plus que m a lettre ne porte. Une fois ravie, ne crains pas que de cruelles guerres nous poursuivent, et que la vaste Grèce soulève ses forces. Bien des fem m es déjà ont été ravies : dis-m oi, qui d’entre elles fut rede m andée par les arm es? C rois-m oi, ce projet t’inspire de vaines alarm es. Les Thraces, sous la conduite de Borée, enlevèrent la fille d’É rechthée; m ais la rive bistonienne fut garantie de la guerre. Jason de Pagasa fit voguer la fille du Phase à l’aide du vaisseau, jusqu’alors in conn u; m ais le sol thessalien ne fut pas en butte aux attaques de Colchos. T hésée, qui t’a en levée, avait enlevé aussi la 1111e de Minos; cependant Minos n ’appela pas les rétois aux arm es. La terreur, dans ces conjonctures, est d’o r T roia classis adest, arm is in stru cta v in sq u e ; Jam facient celeres rem us et aura vias. Ibis Dardanias ingens regina peu urbes, T eque novam credet vulgus adesse Deam. Quaque feres gressus, adolebunt cinnam a flammæ, Cæsaque sanguineam victim a planget hutn um . Dona p ater fratresque, et cum génitrice sorores, lliadesque om nes, totaque T roja, dab u n t. Hei inihi ! pars a m e vis dicitu r ulla fu tu ri : P lura feres, quam quæ 1ité ra n ostra refert. Nec tu rap la tim e ne nos fera bella seq u an tu r, C oncitet et vires Græcia m agna suas. Tôt prius abductis, die, quæ re p etita per arm a e st? Crede m ihi, vanos res liabet ista m etus. Nomm e ceperunt A quilonis E rech thida T hraces : T uta sed a bello B istonis ora fuit. P h asila puppe nova vexit Paga^æus lason, Læsa nec est Colcha T hessala te rra rnanu. Te quoque qui ra p u it, ra p u it Minoïda T heseu Nuila tam en Minos Crelas ad arm a vocat. É P I T R E XYI. 149 dinaire plus grande que le péril : ce qu’on se plaît à craindre, on rougit de l’avoir craint jusqu’au bout. Suppose toutefois, si tu veux, qu’une form idable guerre s’é lève : j’ai de la puissance et m es traits sont m eurtriers. L’opu len ce de l'Asie né le cède pas à celle de votre pays : riche en hom m es, elle est riche égalem ent en nobles coursiers. M énélas, fds d’A trée, n ’aura pas plus de valeur que Paris ; il ne lui sera pas préférable sous les arm es. Presque enfant, j ’ai égorgé des en n em is et em m en é leurs troupeaux : telle fut l’origine du nom que je porte. Presque enfant, j’ai vaincu des jeunes gens dans divers com bats ; parm i eux se trouvaient Ilionée et Déiphobe. Ne pense pas que je ne sois redoutable que de près : m a flèche at teint le but visé. P eux-tu lui accorder de pareils débuts de jeu n esse? peux-tu attribuer au fils d’Atrée un art égal au m ien ? Et quand tu lui donnerais tout, lui don neras-tu Hector pour frère? Celui-là vaut, à iui seul, des bataillons. Tu ne sais ce que je vaux, et ma force t’est inconnue; tu ignores à quel hom m e tu es destinée pour épouse. T erro r in bis ipso m ajor solet esse periclo : Quaeque tim ere ü b e t, pertim uisse pudet. F i n g e tarnen, si vis, ingens consurgere bellum : Et m ihi su n t vires, et m ea tela nocent. Nec m in or est Asiac, quam vestrae copia terrae : Illa viris dives, dives ab u n d at equis. Nec plus A trides anim i M enelaus habebit Quam P aris, a u t arm is a n teferen d u s e rit. Paene p u e r caesis abducta arm enta recepi H ostibus, e t causam nom inis inde tuli. Paene p u e r vario juvenes certam in e vici, In quibus Ilioneus, D eiphobusque fuit. Neve putes non m e, nisi com inus, esse tim endum : F ig ilu r in jusso nostra sagitta loco. Num potes haec llli primae dare facta juventac? In stru e re A triden num potes a rte mea? O mnia si dederis, num quid dabis H ectora fra tre m ? Unus is in n u m e ri m ilitis in sta r habet. Quid valeam nescis, et te mea robora fa llu n t; Ignoras cui sis nupta fu tu ra viro. 150 HÉRO ÏD ES. Donc, ou tu ne seras redem andée par aucun appareil de guerre, ou notre armée triom phera de celle des Grecs. Cependant je n’hésiterais pas à m ’armer du fer pour une épouse aussi pré cieuse : de grandes récom penses déterm inent la lutte. Et toi, si l’univers se dispute ta conquête, tu seras im m ortelle dans les fastes de la postérité. Seulem ent, que ton espoir ne s’intim ide pas, et, partie de ces lieux sous de favorables auspices, exige en pleine assurance l’accom plissem ent de m es prom esses. ÉPITRE DIX-SEPTIÈME HÉLÈNE A PARIS M a i n t e n a n t que ta lettre a souillé m es regards, ne pas répondre m ’a paru un faible m érite. Tu as osé, étranger, au m épris des droits de l’hospitalité, attenter à la foi d’une épouse légitim e ! C’est donc pour cela que tu as vogué sur une m er orageuse et que Ténare t’a reçu dans son port ! Et si, quoique lu vin sses d’une Aüt ig itu r nullo belli re p etere tum u ltu , Aut cedent m arti Dorica castra meo. Nec tam en indigner pro tanta sum ere ferrum Conjuge : certam en præ m ia m agna m ovent. Tu quoque, si de te to lu s con ten d erit orbis, Nomen ab æ terna posleritate feres. Spe modo non tim ida, Dis hinc egressa secundis, Exige cum plena m unera pacta fide. E P I S T O L A S E P T I M A DE CI MA H ELEN A P A R ID I nostros, Non rescrib en d i gloria visa levis. Ausus es, hospitii tem eratis, advena, sacris, L egitim am nuptæ sollicitare fidem ! Scilicet idcirco ventosa per æ quora vectum Excepit portu Tæ naris ora suo ! N unc o c u lo s t u a q u u m v i o l a n t e p is to la É P I T R E XVII. 451 région différente, notre palais n ’a pas ferm é ses portes à ton ap proche, était-ce pour que l’outrage fût la récom pense d’un si grand bienfait? Pour entrer ainsi, étais-tu hôte ou en n em i? Je ne doute pas que ma plainte, toute juste qu’elle est, ne passe à tes yeux pour de la rusticité. Que je sois rustique, j’y consens, pourvu que je n ’oublie pas la pudeur, et que ma vie offre une suite de jours sans tache. Parce qu e m on hypocrite visage ne prend pas un air triste, parce que m on front sourcilleux n ’est n i dur ni farouche, je n ’en ai pas m oins une réputation pure; jusqu'ici j’ai vécu sans crim e, et aucun adultère ne tire vanité de m oi. J’en adm ire d ’autant plus ta confiance dans ton entreprise, et quel m otif a pu te donner l’espoir de partager ma couche. Quoi ! parce que le héros, petit-fils de Neptune, m ’a violée, pour avoir été une fois ravie, je parais digne de l’être deux? Le crim e était de m on côté, si je m e fusse laissé séduire. Ayant été ravie, quelle fut m a participation, sinon de reluser? Cependant, il n ’a pas retiré de son attentat le fruit qu’il désirait : horm is la peu r, je suis revenue sans avoir éprouvé rien. Seulem ent, sa bouche Nec tib i, diversa quam vis e gen te venires, Oppositas hab u it reg ia nostra fores, E sset u t ofiicii m erces in ju ria ta n ti! Qui sic in tra b a s, hospes an hostis e ra s? Nec dubito q u in hæc, quum sit tam ju sta , vocetur R ustica judicio nostra querela tuo. R ustica sim san e, dum non oblita pudoris, Dum que té n o r vitæ sit sine labe m eæ . Si non est ficto v ultus m ihi tristis in ore, Nec sedeo d u ris torva superciliis, Fam a tam en clara e st, et adhuc sine crim ine vixi, E t laudem de m e nullus a d u lte r habet. Qoo m agis adm iro r quæ sit fiducia cœ pti, Spem que tori d ed erit quæ tib i causa m ei. An, quia vim nobis N eptuniu s a ttu lit héros, Rapta sem el, videor bis quoque digna rap i? C rim en e ra t n o stru m , si d elenita fuissem . Quum sim ra p ta , m eum quid, nisi nolle, fuit? Non tam en e facto fructura tu lit ille petitu m : Excepto re d ii passa tim oré nihil. 152 IIÉ R 0 ï DES. audacieuse m ’a dérobé quelques baisers, que je lui disputai : il n ’a de m oi rien davantage. Avec ta scélératesse, il ne se fût pas contenté de ces faveurs. Grâce aux dieux ! il ne t’a pas ressem b lé. Il m ’a rendue intacte, et sa m odération atténue sa faute ; il est m anifeste que le jeune hom m e s’est rep en li de son action. Thésée s’est repenti, pour avoir dans Paris un su ccesseur ? pour que m on nom ne cessât d'être dans les bouches? Cependant je ne m ’en fâche pas (com m ent s’irriter contre un am ant?), pourvu que l’a m our dont tu te vantes soit sincère. Car j’en doute encore : non que la confiance m e m anque, ou que m es charm es ne m e soient pas bien connus ; m ais parce que la crédu lité porte m alheur aux jeunes filles, et que vos protestations passent pour m enson gères. Mais, d ira-t-on , d’autres fem m es succom bent, il en est m êm e peu de chastes. Et qui em pêche que m on nom ne figure parm i le petit nom bre? Car, pour la faiblesse de ma m ère, qui t’a paru propre à m ’entraîner par son exem ple, elle est la suite d’une erreur ; m a m ère fut trom pée par une fantastique im age : l’a dultère se cachait sous un plum age. Je succom berai, m oi, san s Oscula lu c ta n ti lanlum m odo pauca protervus A bstulit : u lte riu s nil hab et ille m ei. Quæ tua nequitia est, non his co n ten ta fuisset. Di m elius! sim ilis non fuit ille tu i. R eddidit in tactam , m in u itq u e m odestia c rim en ; E t juvenem facti pœ nituisse patet. T hesea p œ n itu it, P a ris u t succederet illi ? Ne quando nom en non sit in ore m eum ? Nec tam en irascor (quis enim succenset am an li?), Si modo, quern p re f e r s , non s im u la to r am or. Hoc quoquo cnim dubito ; non quod liducia desit, Aut m ea sit facies non bene nota m ih i; Sed quia credulitas dam no solct esse puellis, V erbaque d ic u n tu r v estra c arere tide. At peccant aliæ , m atronaque ra ra pudica est. Quid prohibet ra ris nom en inesse m eum ? Nam mea quod visa est tib i m a te r idonea, cujus Exem pio llecti me quoque posse pûtes, M alris-in adm isso, falsa sub im agine lusæ, E rror inest : plum a tectus a d u lté r e r a i. É P I T R E XVII. 153 que je puisse avoir été dans l’ignorance ; il n ’y aura pas de mé prise pour colorer l’odieux de nia faute. L’erreur de ma m ère est louable, l’auteur de la faute la rachète. Où est le Jupiter, qui fasse dire que j ’ai été heureuse dans la m ien ne? Tu vantes et ta naissance, et tes aïeux et ton titre de roi ; ma fam ille est assez illustre par sa noblesse. Sans rappeler Jupiter, le bisaïeul de m on beau -p ère, et toute la rac'e de Tyndare et de Pélops, fils de T antale; Léda, trom pée par un cygne, m e donna pour père Jupiter, lorsque, trop crédule, elle réchauffa dans son sein un faux oiseau. Va m aintenant, raconte à la Phrygie l’ori gine de ta race, et Priam avec Laom édon, son père; je les ad m ire ; m ais, celui que tu es si glorieux de com pter le cinquièm e dans ta généalogie, sera le prem ier dans la m ienne. Quoique je croie puissant le sceptre de ta chère Troie, cependant je ne re garde pas celu i-ci com m e inférieur à l’autre. Si ce lieu le cède en richesses et en population, ta patrie du m oins est barbare. Ta riche lettre prom et tant d’avantages, qu’ils pourraient ébran ler m êm e des déesses. Mais si je voulais franchir enfin les lim ites Nil ego, si peccem , possim nescisse; nec ullu s E rror, qui facti crim en obum bret, c rit. Illa bene e rrav it, vitium que auctore red em it. Felix in culpa quo Jove dicar ego? E t genus, e t proavos, et regia nom ina jactas; C lara satis doinus haec nobilitate sua est. J u p ite r u t soceri proavus taceatur, e to m n e Tantalidai Pelopis T yndareique g e n u s; Dat m ihi Leda Jovem , Cycno decepta, parcntem , Quae falsam grem io crédula fovit avem . I nunc, et Phrygiae late prim ordia gentis, Cum que suo Priam um Laom edonte refer. Quos ego suspicio; sed, qui tibi gloria m agna est Q uintus, is a nostro sanguine prim us e rit. Sceptra tuae quam vis re a r esse potentia Trojas, Non tam en haec illis esse m inora p u to . Si jam divitiis locus hie num eroque virorum V incitur, at certe barbara te rra tua est. Muñera tan ta quidem pro m iltit epístola dives, Ut possint ipsas illa m overe Deas. 9, 154 HÉR OÏD ES. de la pudeur, tu devais être un m otif plus puissant pour m e dé term iner à être coupable. Ou je conserverai éternellem en t sans tache ma réputation, ou je préférerai ta personne à tes dons. Et si je ne les m éprise pas, c ’est que des p résen ts, dont leur auteur fait le prix, sont toujours bien reçus. Quelque chose m e touche bien plus, c’est que tu m ’aim es, c ’est que je suis la cause de tes p eines, c’est que ton espérance est venue à travers de si vastes m ers. Ces signes m êm e que, m aintenant, tu fais m alicieu sem en t, lorsque la table est dressée, quoique je m ’étudie à dissim uler, je les rem arque. Tantôt tu oses m e lancer de lascifs regards, dont m es yeux supportent à peine les im portunités ; tantôt tu soupires ; tantôt tu prends m a coupe, et tu bois à l ’endroit m êm e où j’ai bu. Ah! com bien de fois ai-je rem arqué les signes que tu faisais des doigts, ou avec un sourcil presque parlant! Souvent aussi j’ai craint que m on époux ne les vit ; et j’ai rougi avec trop peu de dissim ulation. Souvent j'ai dit à voix basse, ou sans le m oindre bruit : « Il n ’a honte de rien ; » et je n e m e trom pais Sed si jam fines vellem tran siré pudoris, Tu m elior culpae causa fu tu ru s eras. Aut ego perpetuo fam ara sine la b e 'te n e b o , Aut ego le potius, quam tu a dona, sequar. U tque ea non sperno, sic acceptissim a sem per M uñera sunt, aucto r qune p retio sa facit. Plus m ulto est, quod am as, quod sum Ubi causa laboris, Quod per tam longas spes tua venit aquas. I lla q u o q u e , a d p o s ita qua? n u n c fa c is , i m p r o b e , m e n s a . Quamvis experiar dissim ulare, noto. Quum modo m e speetas oculis, lascive, pro tervis, Quos vix in stan tes lum ina n o stra fe ru n t; E t modo su sp ira s; modo pocula próxim a nobis Sum is, quaque bibi, tu quoque p a rte bibis. Ah ! quoties digitis, quoties ego tecla notavi Signa supercilio pam e loquente d ari! Et saepe extim ui ne v ir m eus illa videret; Non satis occultis e rubuique nolis. Saepe vel exiguo, vel nullo m u rm u re, dixi : « Nil pudet hunc : » nec vox haec m ea falsa fuit. É P I T R E XVII. 155 pas. J’ai lu aussi sur le contour de la table, tout auprès de m on nom , le m ot J'aime, tracé avec du vin. Cependant, par un signe négatif, j'indiquai que je n ’en croyais rien. H élas! déjà j ’ai ap pris qu’on pouvait ainsi parler. Voilà les séductions qui m e tou cheraient, si j’avais dû succom ber : c’est à ces pièges que m on cœ ur pouvait se laisser prendre. Tu as aussi, j ’en conviens, des traits d’une rare beauté ; et il se peut qu’une fille veuille se livrer à tes caresses. Qu’une autre devienne heureuse, sans être crim i n elle, plutôt que m on honneur succom be à un am our étranger. Apprends, à m on exem ple, à pouvoir te priver de la beauté : il y a de la vertu à s'abstenir d’un bien qui nous plaît. Combien penses-tu qu'il y ait de jeunes gen s qui désirent ce que tu dé sires, sans cesser d’être sages? Paris est-il seul à avoird es yeux? Tu ne vois pas plus clair, m ais tu as la tém érité d’être plu s en treprenant : tu n'as pas plus de cœ ur, m ais plus de front. Je voudrais que tu fusses venu sur ta nef rapide, alors que, vierge encore, m ille prétendants aspiraient à ma m ain. Si je t’avais vu, tu eusses été, entre m ille, le prem ier : m on époux lu i-m êm e pardonnera m on choix. Tu arrives trop tard p o u r t’em parer d’un Orbe quoque in m ensæ legi sub nom ine nostro, Quod deducía m ero litera fecit, amo. C redere m e tam en hoc oculo re n u e n te negavi. Hei m ihi ! jam didici sic quoque posse lo q u i. His ego blanditiis; si p eccatura fuissem , F leclerer : his p o teran t pectora n o stra capi E st quoque, confíteor, faciès tib i ra ra ; potestque Velle sub am plcxus ire puella tuos. A ltera vel potius felix sine crim ine fiat, Quam cadat externo n o ster am ore pudor. Disce, meo exem plo, form osis posse carere : E st virtu s placitis abstinuisse bonis. Quam m ultos credas ju venes optare quod optas, Qui sap iant? o culos an P aris unus habcs? Non tu plus cernís, sed plus le m erariu s audes : N ec.tibi plus cordis, sed m agis oris, inest. T une ego te vellem celeri venisse carina, Q uum mea virginitas m ille petita procis. Si te vidissem , p rim u s de m ille fuisses : Judicio veniam vir d ab it ipse meo. 156 IIÉR OÏDES. trésor qui a déjà un possesseur et un m aître : ton espérance fut len te; ce que tu dem andes, un autre l ’a obtenu. Bien que j ’eusse désiré être pour toi épouse troyenne, cependant ne crois pas que Ménélas m e possède contre m on gré. Cesse, je t’en supplie, de bouleverser par tes discours un faible cœ u r, et ne n u is pas à celle que tu dis aim er. Mais laisse-m oi vivre dans l’état où la fortune m ’a placée; et ne rem porte pas une triste dépouille de m on honneur. Mais tu as la parole de V énus, et, dans les profondes vallées de l’Ida, trois déesses se présentèrent nues à toi. L’une t’offrait la royauté, l'autre la gloire du guerrier, la troisièm e te dit : « La tille de Tyndare sera ton épouse. » Je peux à peine croire que des créatures célestes aient soum is leur beauté à ta décision . Ceci fût-il vrai, certainem ent l’autre partie est fausse, qui m e dé signe com m e le prix annoncé de ce jugem ent. Mes charm es ne m e donnent pas assez de présom ption, pour m e croire, au té m oignage d’une déesse, le don le plus précieux. Il suffit à m a beauté d’obtenir le suffrage des hom m es ; les louanges de Vénus Ad possessa venis proereptaque gaudia serus : Spes tua lenta f u i t; quod petis a lte r habet. Ul tarnen optarem fieri tibi T roia conjux, Invitam sic me nec M enelaus habet. Desine m olle, precor, verbis convellere p e c lu s ; Neve m ih i, quam te dicis am are, noce. Scd sine, quam trib u it sorlem F o rtuna, t u e r i ; Nec spolium n o slri tu rp e pudoris habe. A t V enus hoc pacta est, et, in altae vallibus Idue, T res tibi se nudas cxhibuere Deae ; Unaque quum regnum , belli d a re t altera laudcin : « T yndaridos conjux, tc rtia dixit, e ris. » Credere vix equidem coelestia corpora possum A rbitrio form am supposuisse tuo. Ulque sit hoc verum , cerle pars altera ficla est, Judicii pretium qua data d icor ego. Non est ta n ta m ih i fiducia corporis, u t me Maxima, teste Dea, dona fuisse pulem . C ontenta est oculis lioininum m ea form a p ro b a ri; L audatrix Venus est invidiosa m ihi. É P I T R E XVII. 157 m 'exposent aux traits de l'envie. Mais je n ’infirm e rien ; j ’ap plaudis m êm e à ces louanges : car pourquoi m a bouche nieraitelle ce q u ’elle désire ? Ne sois pas m écontent que je t’aie cru avec trop de peine ; aux grandes choses on n ’ajoute foi que le n tem ent. Ma prem ière joie est donc d’avoir plu à Vénus ; la seconde, d’avoir paru à tes yeux la plus noble récom pense, et que tu n ’aies préféré ni les honneurs de Pallas, ni ceux de Junon, au bien que l ’on te disait d’H élène. A insi, pour toi je su is la valeur? je su is un noble royaum e ? Il faudrait que je fusse de fer, pour ne pas aim er un tel cœ ur. Non, crois-m oi, je ne suis pas de fe r ; m ais je refuse d’aim er celui que je pense à peine pouvoir être à m oi. Pourquoi fendre un rivage aqueux avec le soc de la charrue ? pourquoi poursuivre un espoir auquel le sol m êm e se refuse ? Je su is novice aux larcins de Vénus, et, les dieux m ’en soient té m oins! je ne m e suis jam ais jouée d’un époux fidèle par aucun artifice. M aintenant m êm e que je confie m es paroles à des feuilles m uettes, cette lettre rem plit un office nouveau pour m oi. Heu reux qui en a l'habitude! pour m oi, ignorante des choses, je soupçonne difficile la route du crim e. Sed nihil infirm o ; faveo quoque lau d ib u s istis : Nam m ea vox q u a re ,q u o d cu p it, esse n e g e t? Nec lu succense, nim ium m ihi creditu s æ gre ; Tarda solet m agnis reb u s inesse fides. P rima m ea est ig itu r V eneri placuisse voluptas ; Proxim a, m e visam præ raia sum ina tib i; Nec te Palladios, nec te Junonis honores Auditis H elenæ præ posuisse bonis. Ergo ego sum v irtu s ? ego sum tibi nobile re g n u m ? F e rrea sim , si non hoc ego pectus amem F errea, crede m ihi, non sum ; sed am are recuso lllu m , quem fieri vix pulo posse m eum . Quid bibu lum curvo proscindere litus aratro , Spem que sequi coner quam locus ipse ncgat? Sum rudis ad V eneris fu rtu m , nu llaq u e iidelem , Di m ihi sin t testes! lusim us a rte v irum . Nunc quoque, quod lacito m ando m ea verba libello, F u n g itu r officio litera nostra novo. Feliccs, quib us usus adest! ego, nescia re ru m , Difficilem culpæ suspicor esse viam. La crainte m êm e est un mal ; déjà je su is dans la confusion, et je pense que tous les regards soih attachés sur m oi. Et j ’ai rai son de le croire : j ’ai rem arqué les m alins propos du peuple ; Éthra m ’a rapporté certaines paroles. Mais toi, d issim u le, à m oins que tu ne préfères renoncer à m on am our. Mais pourquoi y r e noncerais-tu? tu peux dissim u ler. Que ton jeu soit caché; l ’ab sence de Ménélas m e donne une liberté plus grande, m ais non entière. Il est loin de nou s, m ais il a été contraint de partir : un m o tif puissant et légitim e a n écessité ce subit voyage ; au m oins j’en ai jugé ainsi. Comme il balançait à partir : « Pars, lui d isje, et fais en sorte de revenir prom ptem ent. » Charm é du pré sage, il m e donne un baiser et. dit : « Je confie à ta garde et m on em pire, et m a m aison, et l’hôte troyen. » A peine je contins mon rire; tandis que je m ’efforce à l ’élouffer, je ne pus lui répondre que ces m ots : « Il en sera ain si. » 11 a fait voile vers la Crète par des vents favorables ; m ais ne pense pas pour cela que tout te soit perm is. Mon m ari est absent, sans cesser de veiller sur m oi ; ign ores-tu que les rois ont le bras long? Ma renom m ée aussi m e pèse : car plus tu insistes I pse m alo m etus est ; ja m n u n c co n fu n d o r, et om nes • In nostris oculos v u ltib u s esse reor. Nec re o r hoc falso : sensi m ala m u rm u ra vulgi, Et quasdam voces re ltu lit Æ thra m ihi. At tu dissim ula, nisi si desistere m avis. Sed c u r désistas ? dissim ulare potes. Lude, sed occulte ; m ajor, non m axim a, nobis E st data lib e llas, quod M enelaus abest. 111e quidem procul est, ita re cogenle, pro fectus : M agna fuit subitæ justaq u e causa viæ ; Aut m ih i sic visum est. Ego, quurri d u b itare t an ire t : a Q uam prim um , dixi, fac re d itu ru s eas. >* Omine læ tatus, dédit oscula : « R esque, dom usque, E t tib i sit curæ T roicus hospes, » ait. Vix ten u i risum ; quem dum com pescere luctor, Nil illi potui dicere præ ter : « E lit. » Vf.la uidem C reten ventis dédit ille secundis Sed tu non idco cuncla licere p u ta. Sic m eus hune vir abest, u t m e custodiat absens ; An nescis longas regibus esse m anus? É P I T R E XVIt. 159 sur m es louanges, plus il est l'onde à craindre. Cette gloire, qui m e charm e, telle qu’elle est m aintenant, est préjudiciable pour m oi; m ieux eût valu trahir l ’honneur. Et, parce qu’il est absent, ne sois pas surpris qu’il m ’ait laissée ici avec loi : ma conduite et ma vertu le rassuraient. Il craignait pour m a figure, il s’est fié à ma conduite : m a vertu le tranquillise, ma beauté l ’alarm e. Tu m ’engages à ne pas perdre u n e occasion qui s’offre d’ellem êm e, et à profiter de la bonhom ie d’un époux sim ple et com m ode. J’y consens, m ais je crains; m a volonté est trop ind écise encore : m on cœ ur flotte dans le doute. Mon époux est loin de m oi, et tu reposes sans ép ou se; tour à tour nous som m es cap tivés, toi par m es charm es, m oi par les lien s. Les n u its sont lon g u es; et déjà nous som m es u n is en paroles. Tu es séduisant, hélas ! et nous habitons la m êm e dem eure. Et je périrais, quand tout ne m ’inviterait pas au crim e ; je ne sais pourtant quelle crainte m e retarde. Celle que tu as tant de m al à persuader, que ne peux-tu plutôt la contraindre ! c ’est par la violence qu’il faudrait m ’arracher à Fam a quoque e s to n e ri; nam quo constantius orc L audam ur vestro, ju s tiu s ille tim et. Quæ ju v at, ut nunc est, eadem m ihi gloria dam no e st; E t m elius fam æ verba dedisse fuit. Nec, quod abest, hic m e tecum m irare relictam : M oribus et vitæ credidit ille meæ. De facie m etuit, vitæ confidit ; et ilium Securum pro bitas, form a tim ere facit. T em pora ne p e re a n t u ltro data præ cipis, utqu e Sim plicis u ta m u r com m oditate viri. E tlib e t, et tim eo ; nec adhuc exacta voluntas Est salis : in dubio pectora nostra labant. E t v ir abest nobis, e t tu sine conjuge dorm is; Inque vicem tua m e, te m ea form a capit. E t longæ noeles; e t jam serm one coim us. E t tu, m e m ise ra m ! blandus, et una dom us. E t peream , si non invitent om nia culpam ; Nescio quo tard o r sed tarnen ipsa raetu. Qüam m ale persuades, u tin am bene cogéré possis! Vi m ea rusticitas exculienda foret. 160 HÉROÏDES. ma rusticité. L’outrage est quelquefois utile à ceux qui l’ont essuyé; ainsi, certes, je voudrais être forcém ent heureuse. Tan dis qu’il est nouveau, com battons plutôt un am our qui com m ence; un peu d’eau suffit à éteind re une flam m e récente. L’amour n ’est pas stable chez les étrangers : il voyage com m e eux ; et, lorsque vous com ptez le plus sur sa constance, il a dis paru. Tém oin H ypsipyle, tém oin la fille de Minos, toutes deux le jouet d’hym ens non accom plis. T oi-m èine, infidèle, on dit qu’a près avoir longtem ps aim é Énone, tu 1 abandonnas. Tu ne le nies pas non plus; et, si lu 1 ignores, j ’ai eu le plus grand soin de rechercher tout ce qui le concerne. Ajoute que, voud rais-lu dem eurer constant dans ton am our, tu ne le peux : déjà les Phry giens disposent tes voiles. Tandis que tu me parles, tandis que la nuit désirée se prépare, déjà tu vas avoir le vent qui doit le porter à ta pairie. Tu abandonneras, au m ilieu de leur cours, des joies toutes n ou velles; avec les vents s’envolera notre am our. Te suivrai-je, com m e tu le conseilles ? verrai-je Troie si van tée ? serai-je la bru du grand Laomédon ? Je ne m éprise pas assez Utilis in terd u m est ipsis inju ria passis ; Sic certe felix esse coacta velim . Dum novus est, cœpto potius pugnem us am ori : Flam m a recens parva sparsa resedit aqua. Certus in hospitibus non est araor ; e rrâ t u t ipsi ; Q uum que nihil speres firm ius esse, fug it. Hypsipyle testis, testis Minoia virgo est, In non exhibitis u traq u e lusa toris. Tu quoque dilectam m ultos, infide, p e r annos Diceris Œ nonen deseruisse tuam . Nec tam en ipse negas ; e t nobis oninia de te Q uæ rere, si nescis, m a x im acu ra fu it. Adde quod, u t cupias constans in am ore m anere, Non potes : expédient jam tu a vela Phryges. Dum loqueris inecum , dum nox sperata p a ra lu r, Qui ferai in p alriam , jam tib i ventus e rit. C ursibus in m ediis novitatis plcna relin ques G audia; cum ventis noster ab ib it am or. An sequar, u t suades, laudataque P ergam a visam , lYonurus e t m agni L aom èdontis ero? É P 1T R E XVII. 161 les éloges de la volage renom m ée, pour lui laisser rem plir ces contrées de ma honte. Que pourront dire de moi et Sparte, et toute l ’A chaïe, et les nations asiatiques, et ta Troie elle-m êm e ? Que pensera de m oi Priam? qu’en pensera l’épouse de Priam ? et tous tes frères, et les fem m es dardaniennes ? T oi-m êm e, com m ent pourras-tu çspérer que je te sois fidèle, et ne pas être in quiet par ton propre exem ple? Tout étranger entrant dans le port d’Uion sera pour toi le sujet d’une crainte soupçonneuse. Que de fois, dans ton courroux, m e diras-tu : # Adultère, » oubliant que m on crim e est le tien ! Tu seras tout à la fois le censeur et l’auteur de m a faute. Ah ! puisse auparavant m ’engloutir la terre ! jMais je jouirai de l ’opulence troyenne et d’une vie de bonheur; je recevrai des dons plus brillants qu’il ne m ’en estjprom is. On m e donnera sans doute de la pourpre et des tissu s précieux, e t des m onceaux d’or m ’enrichiront. Pardonne à m on aveu ; tes présents n ’ont pas assez de valeur ; je ne sais par quel charm e m e retient cette terre. Si qu elq u’un m ’outrage, qui m ’assistera Non ita contem no volucris præ conia fam æ, U t probris te rra s im pleat ilia m eis. Quid de m e p o te rit S p arte, quid Achaia tota, Quid gentes Asiæ, quid tu a T roja lo q u i? Quid P riam us de m e, P riam i quid sen liet uxo r? T otque tu i fra tre s, D ardaniæ que n u ru s ? T u quoque, qui p oteris fore m e sp erare iidelem , Et non exem plis anxius esse tu is? Q uicunque Iliacos in lra v e rit advena po rtu s, Is libi solliciti causa tim oris e rit. Ipse m ih i quolies iratu s : « A dultera, » dices, Oblitus nostro crim en inesse tuum ! Delicti fies idem rep reh en so r et auctor. T erra, p recor, vultus o b ru at a n te m eos. At fru a r Ilia d s opibus cultuque beato; Donaque prom issis uberio ra feram . P u rp u ra nem pe m ihi pretiosaque texta d ab u n lu r ; Congestoque a u ri pondere dives ero. Da veniara fassae ; non su n t tua m uñera tanti : N'escio quo tellus m e te n e t isla modo. 102 HÉR OÏD ES . sur les bords phrygiens? Où trouver m es frères? où trouver l’appui d’un père ? Le trom peur Jason prom it tout à Médée ; en fut-elle m oins bannie de la dem eure d’Éson ? Déshonorée, elle ne pouvait revenir auprès d ’É ètes; sa m ère Idya, Chalciope, sa sœ ur, n ’existaient plus pour elle. Je ne crains rien de sem blable; Médée non plus ne craignait pas : souvent un flatteur espoir se trom pe dans son augure. Il est à rem arquer que les vaisseaux, m aintenant battus de la tem pête, ont tous quitté le port par une m er calm e. Ce qui m ’effraye encore, c ’est cette torche sanglante que ta m ère parut m ettre au m onde, avant le jou r de l’enfantem ent. Je redoute aussi les oracles des devins, qui, d it-on , annoncèrent qu’Ilion brûlerait par la flam m e des Grecs. Et com m e Cythérée te favorise, parce qu’elle fut victorieuse et possède un double tro p h ée obtenu par ton arbitrage, de m êm e je crains les deux autres d éesses, qui doivent à ton ju gem en t, si tu ne te glorifies pas en vain, d’avoir succom bé dans leur prétention. Je ne doute pas non plus qu’on ne prenne les arm es, si je te suis : hélas ! c’est à tra vers les glaives que m archera notre am our. — Mais Hippodamie Quis m ihi, si læ dar, P h rygiis su ccu rrat in oris ? U nde petara fra tre s ? unde p aren tis opem ? Omnia Medeæ fallax p ro m isit Ia so n ; Pu isa est Æ sonia n um m inus ilia dom o? Non e ra t Æ etes, ad quem despecta re d ire t; Non Idya paren s C halciopeque soror. Taie nihil tim eo ; sed nec Medea tim eb at : F a llilu r augurio spes bona sæ pe suo. Om nibus invenies, quæ nunc ja c ta n tu r in alto, N avibus a portu lene fuisse fretu m . F ax quoque m e te rre t, quam se peperisse c ru en tara, Ante diem partu s, est tua visa p aren s. E t vatum tim eo m on itus, quos igne Pelasgo llion a rsu ra m præ m onuisse fe ru n t. Utque favet C ytherea tibi, quia vicit, habetque P arta per a rb itriu m b ina tropæ a tu u m , Sic illas vereo r quæ , si tua gloria vera est, Judice le , causam non te n u e re duæ . Nec dubito q u in , te si pro sequar, arm a p a re n tu r; Ib it p e r gladios, h ei m ih il noster am or. É P I T R E XVII. 163 d’Atrace força-t-elle les guerriers d’H ém onie à déclarer aux Cen taures une guerre cruelle? — Et toi, p en ses-tu que Ménélas et m es deux frères, et Tyndare soient len ts à exercer un e si juste vengeance ? Tu énum ères avec com plaisance tes actions de courage ; m ais ta figure dém ent tes paroles. Ton corps est plus fait pour Yénus que pour Mars : aux forts la guerre ; ton rôle, Paris, est de tou jours aim er. Dis à H ector, l ’objet de tes louanges, de com battre pour toi ; il est une autre guerre digne de signaler tes exploits. Je choisirais ce parti, si j ’étais sage et un peu hardie : c’est celui que choisira toute fille sage. Et m êm e, dépouillant toute honte, je le ferai peut-être m oi-m êm e, et, vaincue par le tem ps, je por terai tes chaînes. Tu dem andes que nous puissions nous voir en secret et nous en dire davantage; je sais ce que tu désires, ce que tu appelles un en tretien . Mais tu es trop em pressé ; ta m oisson est encore en herbe. Peut-être ce retard sera-t-il favorable au vœ u que tu form es. Ici doit s’arrêter de lassitude cette épître, dépositaire discrète d e nos pensées confidentielles. Le reste te sera dit par Clym ène An fera C enlauris indicere bella coegit A tracis Hæm onios H ippodam ia viros? Tu fore tam ju sta lentum M enelaon in ira, E t gem inos fra tre s , T yndareum que p u ta s? Quod bene te jactas, et forlia facta recenses, A v erbis faciès dissidet ist,a suis. Apta m agis V eneri, quam su n t tua corpora M arti : Bella g é ra n t fo rte s; tu, P ari, sem per am a. H ectora, quem laudas, pro te p u g n are ju b e to ; M ilitia est operis a lle ra digna tuis. His ego, si saperem , pauloque audacior essem , U terer : u te tu r, si qua puella sap it. Aut ego deposito laciam fortasse pu d o re, E t dabo conjunctas tem pore victa m anus. Quod p e tis, u t fu rtim præ sentes p lu ra loquam ur, Scim us quid captes colloquium que voces. Sed nim ium pro peras, e t adhuc tu a m essis in herba est. Hæc m ora sit voto forsan arnica tuo. H a c t e n u s arcanum furtivæ conscia m entis L itera, jam lasso pollice, sistat opus. 164 H ÉRO ÏDES. el Éthra, m es com pagnes, qui toutes deux sont m a société et mon conseil. ÉPITRE DIX - H U I T I È M E léandre a héro Un am ant d’Abydos t’envoie le salut, qu’il aim erait m ieux te porter, fille de Sestos, si le courroux des m ers s’apaise. Si les dieux m e protègent et sourient à m on am our, tu liras ces lign es avec déplaisir. Mais ils ne son t pas favorables; pourquoi, en effet, retardent-ils l’accom plissem ent de m es vœ u x, et ne m e laissen tils pas parcourir m on trajet ordinaire ? Tu vois, le ciel est plus noir que la poix, et les m ers, bouleversées par les vents, sont praticables à peine pour les creux vaisseaux. Un seul nautonnier, hom m e audacieux, est parti du port : c ’est lui qui te rem et ma lettre. J’allais m 'em barquer avec lu i, si, au m om ent où il tran C æ tera p e r socias Clymenen Æ thram que loqueraur, Quæ m ihi sunt com ités consilium que duæ. E P I S T O L A O C T A V A DECI MA LEANDER HERONt Mittit Abydenus, quam m ailet fe rre , salu tem , Si cadat ira m aris, Sesta puelta, tib i. Si m ih i Di fáciles et sunt in am ore secundi, lnvitis oculis ha;c m ea verba leges. Sed non su n t fáciles; nam c u r m ea vota m o ra n tu r, C urrere me nota nec p a tiu n tu r aqua? Ipsa vides coelum pice n igrius, et freta veutis T úrbida, p erque cavas vix obeunda ra tes. Unus, et h ie audax, a quo tib i litera nostra R edditur, a portu navita m ovit ile r. ÉP1TRE XVIII. 165 chait les liens de la proue, tout Abydos n ’eût, été en observa tion. Je ne pouvais échapper, com m e auparavant, aux auteurs de m es jours ; l’am our que je voulais tenir caché, se fût trahi. Aussitôt, écrivant ces lign es, je m ’écrie : « Pars, heureuse lettre ; bientôt elle te tendra sa jolie m ain. Peut-être aussi le loucherat-elle en appuyant ses lèvres, lorsqu e, de sa dent aussi blanche que la n eige, elle voudra en rom pre les lien s. » Je prononçai d’une voix faible ces paroles; le reste, m a m ain le dicta au papier. Ah! com bien je préférerais qu’elle nageât au lieu d’écrire, et m e portât soigneusem ent à travers les ondes accoutum ées! Elle est plus propre sans doute à battre la paisible m er ; cepen dant elle est aussi la fidèle interprète de m es sen lim en ts. Voilà sept nu its, espace plus long pour m oi qu’une année, que la m er bouillonne agitée par les eaux grondantes. Pendant ces nuits, si j ’ai vu le som m eil calm er m es sen s, que la tem pête Se déchaîne longtem ps encore. Assis sur quelque rocher, je regarde tristem ent tes rivages ; et où m on corps ne se peut transporter, je m ’y élance en esprit. Bien plu s, m es yeux aper- Adscensurus eram , nisi quod, quum vincula pror® Solveret, in speculis om nis Abydos erat. Non poteram celare m eos, velut ante, p árenles ; Quem que tegi volum us, non la tu isse t am or. P rotinus b®c scribens : « Felix, i, lite ra , dixi : Jam tib i form osam p o rrig e t ilia m anum . Forsitan ad m o tise tia m tan g ere labellis, R um pere dum niveo vincula dente volet. » T alibus exiguo dictis m ih i m u rm u re verbis, Caitera cum c h arla dextra locuta m ea est. Ah! quanto m allem , quam scrib eret, illa n a ta re t, M eque p er adsuetas sedula fe rre t aquas 1 A ptior illa quidem placido dare verbera p o n to ; E st tarnen et sensus apta m in istra m ei. S éptima nox a g itu r, spatium m ihi longius anno, Sollicitum raucis u t m are fervet aquis. His ego si vidi m ulcentem pectora som num N octibus, in sani sil m ora longa freti. R upe sedens aliqua specto tu a lito ra tr is tis ; E t quo non ossum corpore, m ente feror. 166 HÉROÏDES. çoivent ou croient apercevoir les fanaux qui veillent du haut de la tour. Trois fois fut déposé mon vêtem ent sur la plage aride, trois fois je tentai de faire, nu, ce périlleux trajet; la m er en courroux s’opposa à cette entreprise de jeune hom m e, et, pen dant que je nageais, inonda m on visage de ses flots. Mais toi, des vents im pétueux ô le plus redoutable, pourquoi cet acharnem ent à m e com battre? C’est contre m oi, si tu l’ignores, Borée, et non contre les m ers, que tu te déchaînes. Que ferais-tu si tu ne connaissais pas l’am our? Tout froid que tu es, cruel, tu ne peux nier que jadis une A thénienne n ’ait enflam m é ton cœ ur. Si, au m om ent d’enlever celle qui fait ton bonheur, on voulait te ferm er la barrière des airs, com m ent le souffrirais-tu ? Arrête, je t’en conjure ; et m odère le m ouvem ent des souffles que tu diriges. Qu’à ce prix, le petit-fils d’Hippotas ne te com m ande rien d’affligeant ! Vaine dem ande : lui-m êm e il m urm ure à m es prières ; et les eaux qu’il secoue, il ne les suspend en aucune m anière. Oh ! que Dédale ne m e d o n n e-t-il m aintenant ses ailes audacieuses, quoique le rivage d’Icare soit près de ces lieu x ! Je braverai tous les périls, pourvu seulem ent que je puisse élever Lum ina q uin etiam sum m a vigilantia tu rre A ut videt, a u t acies n o stra videre p u tat. Ter m ihi deposila est in sicca vestis arena, T er grave tenlavi c a rp e re n udus ite r ; O bstitit inceptis tum idum juvem libus æ quor, M ersit et adversis ora n a ta n tis aquis. At lu de rapid is im m ansuetissirae ventis, Quid m ecum ce rta prœ lia m ente geris? ln m e, si nescis, Borea, non æ quora, sæ vis. Quid faceres, esset ni tibi notu s am or? Tarn gelidus quum sis, non te tam en, im probe, quondam Ignibus Actæis incaluisse negas. Gaudia ra p tu ro si quis tibi claudere vellet Aerios aditus, quo p a te re re m odo? Parce, precor ; facilem que move m oderatius auram . Im peret H ippotades sic tib i triste nihil ! Vana peto, precibusque m eis o bm urm urat ipse ; Quasque q u a tit, nulla p a rte coercet aquas. Nunc d a re t audaces u tin am m ihi Dædalus alas, Icarium quam vis hic prope litus adestl É P I T R E XVIII. 167 dans les airs ce corps qui souvent fut su sp en du entre les balan cem ents de l ’onde. Cependant, puisque vents et m ers, tout s ’oppose à m es d ésirs, m on esprit se retrace les prem iers tem ps de m es doux larcins. La nuit com m en çait, car ce souvenir a pour m oi des charm es, lorsque ton am ant abandonnait le foyer paternel. A ussitôt, dépo sant la crainte et m es vêtem ents, j ’agitais lentem ent m es bras dans l’élém en t liquide. La lune prêtait à m a m arche sa trem blante clarté, com m e la com pagne officieuse de m es voyages. Levant m es regards vers elle : « F avorise-m oi, lui dis-je, blan che d éesse, et rappelle-toi les rochers de Latmos. Qu’Endym ion ne souffre pas que tu aies un cœ ur inexorable. Tourne tes regards, je t’en conjure, vers m es larcins. Déesse, tu descendais du ciel pour visiter un m ortel ; m ’est-il perm is de dire la vérité ? je suis m o i-m êm e à la poursuite d'une déesse. Sans parler de ses m œ u rs, dignes d’une âm e céleste, tant de beauté ne convient qu’aux vraies d éesses. Après la figure de Vénus et la tien ne, il n ’en est pas de plu s charm ante ; et n ’en crois pas à m es paroles, Quidquid e rit, p a lia r ; liceat modo corpus in auras Tollere, quod dubia saepe pependit aqua. In tere a, dum cuneta negant ventique fretum que, Mente agito fu rti tém pora prim a m ei. Nox erat incipiens, nam que e st m em inisse voluptas, Quum foribus p a triis egrediebar am ans. Nec m ora, deposito p a rite r cum veste tim ore, Jactabam liquido b rachia lenta m ari. L una m ih i trem u lu m praebebat lum en eunti, Ot com es in nostras officiosa vias. Ilanc ego suspiciens : « Faveas, Dea candida, dixi ; E t subean t anim o L atm ia saxa tuo. N o n sin a t Endym ion te pectoris esse severi. Fleete, p re to r, v u ltu s ad m ea fu rta tuos. T u, Dea, m ortalem ccelo delapsa peteb as; V era loqui liceat : quam sequor, ipsa Dea e st. Neu referam m ores coelesti pectore dignos, Form a nisi in veras non cadit illa Deas. A V eneris facie non est p rio r u lla lu a q u e ; Neve m eis credas vocibus; ipsa vides. 168 HÉ ROÏ D E;S. toi-m êm e tu la vois. Autant, lorsque ton disque argenté brille de purs rayons, tous les astres le cèdent à ta lum ière, autant par sa beauté elle efface les plus belles: si tu en doutes, déesse du Cynthe, ton flam beau est aveugle. » Après avoir prononcé ces paroles ou d’autres à peu près sem blables, je fendais, la n u it, des ondes s’ouvrant devant m oi. L’onde rayonnait de l’im age réfléchie de la lu n e, et la clarté de la nuit silencieuse égalait celle du jour. Nul autre son, nul autre bruit ne frappait m es oreilles, que celui de l’eau séparée par m on corps. Les seu ls alcyon s, fidèles à l’am our de Céyx, m e parurent m urm urer je ne sais quelle douce plainte. Déjà, sous chaque épaule, m es bras sont fatigués; je m 'élance d’un bond vigoureux à la superficie de l’eau. Dès que de loin j’eus aperçu le fanal : « Dans cette lum ière sont m es feux ; ces rivages, m ’écriai-je, possèdent m a divinité. » Et soudain m es bras lassés recouvrent leurs forces, et fo n d e m e paraît plus douce qu’elle ne l’avait été. Je ne puis sentir la fraîcheur du froid abîm e, grâce à l’am our qui brûle dans m on sein em brasé. Plus j'avance, plus les rivages Q uantum , quum fulges radiis argéntea pu ris, C oncedunt flam m is sidera cuneta tuis, T anto form osis form osior om nibus illa est : Si dubitas, caecum, C ynthia, lum en babes. » H jüc ego, vel certe non his diversa, locutus, Per m ihi cedentes nocte ferebar aquas. Unda repercussEc radiab at im agine Lunac, Et n ito r in tacita nocte d iu rn u s erat. N ullaque vox n o stras, nullum veniebat ad aures, Praeter dimotae corpore m u rm u r aqutc. Alcyones solae, m em ores Ceycis am ati, Nescio quid visae sunt milii dulce q u eri. Jam quc fatig atis hum ero sub utro q u e lacertis, F o rlite r in sum m as erigo r altus aquas. Ct procul adspexi lum en ; « Meus ignis in illo est; 111a m eum , dixi, litora num en habent. » E t subito lasáis vires rcdiere la c e rtis; Visaque, quam fuerat, m ollior unda m ihi. Frigora ne possim gelidi sen tire profundi, Qui calet in cupido pectore, preeslat am or. É P I T R G XVIII. Itîg sont proches, m oins il reste d’espace à franchir, et plus je veux aller. Lorsqu’enfin je peux m oi-m êm e ê lr ev u , aussilôl tes regards ajoutent à m on courage el doublent m on énergie. Alors aussi je m ’efforce en nageant de plaire à m a m aîtresse, et c'est pour tes yeux que m es bras s’agitent. A peine si ta nourrice peut t ’em pê cher de descendre à la m er ; car j ’ai vu encore c e la , et tu ne m ’en im posais pas. Et cependant elle ne put faire, quoiqu’elle arrêtât tes pas, que ton pied ne fût m ouillé des prem ières attein tes de l’eau. Tu m e reçois dans tes bras; nous échangeons d ’heureux baisers, baisers dignes d’être recherchés des grands dieux, par delà les m ers. Tu m e donnes le m anteau qui couvrait tes épaules, et tu sèches m a chevelure trem pée des eaux de la m er. Le reste, la nuit et n ou s, et la tour, confidente de nos am ours, le connaissons, ainsi que le flam beau qui, à travers les ondes, me m ontre ma route. 11 n ’est pas plus possible de com pter les joies de cette nuit, que l ’algue de la m er Ilellespontique. Plus était court l ’espace accordé à nos tendres ébats, plus nous avons pris soin qu’il ne fût pas perdu. Déjà l’épouse de Tilhon allait Quo m agis accedo, pro pioraque lito ra fiunt, Quoque m in us restât, plus libet ire m ihi. Quum vero possum cerni quoque, p ro tinus addis Spectatrix anim os, u t valeam que facis. T une etiam uando dom inæ placuisse laboro, A tque oculis jacto brachia nostra luis. Te lua vix p ro h ib e t n u trix descendere in altum ; Hoc quoque enim vidi, nec m ih i verba dabas. Nec tam en effecit, quam vis re tin eb at euntem , Ne fieret prim a pes tu u s ud u s aqua. Excipis am plexu, feliciaque oscula jung is, Oscula Dis m agnis Irans m are digna peti. Eque tu is dem tos hum eris m ih i Iradis a m ictu s; Et m adidam siccas æ quoris im b re com am . C ætera nox, e t nos, et tu rris conscia novit, Q uodque m ihi lum en per vada m on strat ite r. Nec m agis illius n um erari gaudia noctis, H ellespontiaei quam m aris alga potest. Quo brevius spatium nobis ad fu rla dabatur, Hoc m agis est caulum ne Îoret illud iners. T. i. 10 170 HÉR OÏDES. dissiper la nuit, et Lucifer, avant-coureur de l ’Aurore, s’était levé. Nous accum ulons précipitam m ent et sans ordre baisers sur baisers, et nous nous plaignons de la brièveté des n u its. Après tous ces délais, au triste avertissem ent de la nourrice, j ’abandonne la tour pour regagner les froids rivages. N ous nous séparons en pleurant; et je regagne la m er de la jeune vierge, les regards, autant qu’il m ’est perm is, toujours attachés sur m a m aîtresse. Si la vérité m érite quelque confiance, je m’im agine être, au départ, un nageur ; au retour, un naufragé. Si tu m ’en crois en core, 4a route vers toi m e paraît facile ; en revenant, elle me sem ble un escarpem ent d’eau stagnante. A regret je regagne ma patrie ; qui pourrait le croire ? oui, à regret je reste m ainte nant dans m a ville. Hélas! pourquoi, unis de cœ ur, som m es-nous séparés par les ondes? nous n ’avons qu’une âm e, pourquoi n ’avoir pas une seu le terre? Que ta Sestos m e prenne, ou toi m on Abydos. Ta terre m e plaît autant qu’à toi la m ienne. Pour quoi su is-je troublé toutes les fois que la m er est troublée ? pourquoi un e cause légère, le vent seul, p eu t-il être pour n!oi un obstacle? Jam que, fug atura T ithoni conjuge noctem , Præ vius A uroræ L ucifer o rtu s erat. Oscula congerim us p ro p e ra ta , sine ord ine, raptim , E t querim u r parvas noctibu s esse m oras. Atque ita cunctalus, m on itu n u tric is am aro, Frigida deserta litora tu rre peto. D igredim ur fien tes; repetoque ego virginis æ quor, R espiciens dom inam , dum licet, usque m eam . Si qua (ides vero est, veniens hue esse n a ta to r; Q uum redeo, videor naufragus esse m ihi. Hoc quoque si credas, ad te via pro na v idetur, A te quum redeo, clivus in e rtis aquæ . Inv itus patriam repeto, q uis credere possit? Invitus ce rte nunc m oror u rb e m ea. Hei m ihi I c u r anim o ju n c li secern im ur undis ? Unaque m eus, tellus non habel una duos? Vel tua m e Sestos, vel te m ea sum at Abydos : Tarn tua te rra m ih i, quam tibi n ostra, placet. Cur ego confundor, quoties co nfun ditur æ quor ? Cur m ihi c a u 'a levis venlus obesse potest? É P I T R E XVIII. 171 Déjà les dauphins au dos saillant connaissent nos am ours ; je ne pense m êm e pas être inconnu aux poissons. Déjà le sentier que je form e, en traversant les ondes accoutum ées, présente une trace aussi battue que l’ornière creusée par la pression d’un grand nom bre de roues. Je m e plaignais de ne pouvoir parvenir qu’ainsi jusqu'à toi, et m aintenant je m e plains que les vents m e privent de cette ressource. Les vagues orageuses blan ch issent la m er de la fille d’Alham as; à peine la n ef reste-t-elle en sûreté dans le port qui lui est destiné. Cette m er, lorsque pour la prem ière fois, le naufrage d’une jeu n e fille lui donna le nom qu’elle porte, était, je p en se, ainsi agitée. Et ce lieu est suffisam m ent célèbre par la ca tastrophe d'H ellé; et, m ’épargnàt-il, un crim e m otive son nom . J’envie P hrixus, que conduisit, à travers de tristes parages, le b élier à toison d ’or. Cependant, je ne réclam e pas l’assistance de l’anim al ou du vaisseau, pourvu que m on corps ait à fendre des eaux. Les secours de l ’art m e sont inutiles ; qu’on m e donne seulem ent la faculté de nager : je serai à la fois passager, navire et pilote. Je n’irai pas m e guider sur l’Hélicé ou l’Arcture, constellation chère aux Tyriens : m on am our n ’observe pas les J am nostros curvi n o ru n t delphines am ores ; Ignotura nec m e piscibus esse reo r. Jam p a te t a ttritu s solitaru m lim es aquarum , Non aliter m ulta quam via pressa rota. Quo m ih i non esset, nisi sic, ite ra re querebar, At nunc p e r ventos hoc quoque deesse q u ero r. Fluctibus im m odicis A tham antidos æ quora canent, V ixque m anet p o rtu tu ta carina suo. Hoc m are, quum priraum de virgine nom iua m ersa, Quæ te n e t, est nactum , taie fuisse puto. Et satis am issa locus hic infam is ab Helle est : Utque m ih i p arcat, crim ine nom en h abet. I n v i d e o P h rix o , quem p e r fréta tristia tu tu m A urea lanigero vellere vexit ovis. Nec tam en officium pecoris navisve requiro, Dum m odo, quas findam corpore, d e n tu r aquæ. A rte egeo nulla ; d e tu r modo copia nandi : Idem navigium , navita, vector, ero. Nec seq u ar a u t H elicen au t, qua Tyros u titu r, Arcton : Publica non cu rât sidera noster am or. 172 HÉRO ÏD ES. astres exposés aux regards du public. Qu’un autre consid ère Andromède ou la Couronne resplendissante et l ’Ourse de P arrhasia, qui brille dans un pôle glacé. Ce qu’aim èrent P ersée, Jupiter et Bacchus, je ne veux pas l’adopter pour in d ice sur une route douteuse. 11 est un autre feu, beaucoup plus sûr pour m oi que ceux-là : sous son influence, m on am our ne saurait être dans les ténèbres. Tant que je le contem plerai, j’irais à Colchos et aux exlrém ités du royaum e de Pont, et là où le vaisseau thessalien s ’est frayé une route. Je pourrais m êm e surpasser à la nage le jeune Palém on et celui qu’une herbe m erveilleu se rendit sou dainem ent dieu. Souvent les m ouvem ents continuels rendent m es bras langu is sants ; à peine ils se traînent, fatigués, dans l’im m en sité des eaux. Lorsque je leur ai dit : « Le prix de votre peine n ’est pas à dédaigner ; bientôt je vous donnerai à tenir le cou de ma m aîtresse; » aussitôt ils prenn en t de la force et tendent vers leur but, com m e un prom pt coursier qui, dans l’Elide, s'élance de la barrière. J’observe donc m es am ours qui m ’enflam m ent, et c ’est loi que je suis, tille plus digne du ciel; ou i, digne du ciel : Androm edan alius spectet, claram ve C oronam , Quæque m icat gelido P arrhasis Ursa polo. At m ihi, quod Perseus et cum Jove L iber am arunt, Indicium dubiæ non placet esse viæ . Est aliud lum en, m ullo m ihi certiu s istis ; Non e rit in ten eb ris, quo duce, noster am or. Hoc ego dum speclem , Colchos et in ultim a P onti, Quaque viam fecit T hessala puppis, eam . Et juvenem possim su p erare Palæ m ona nando, M iraque quem subito re d d id it herb a Deum. S.c pe per assiduos languent m ea brachia m otus, Vixque per im m ensas fessa ira h u n tu r aquas. Ilis ego quum dixi : « P retium non vile laboris, Jam dom inæ vobis colla tenenda dabo, » Protinus ilia valent atque ad sua præ m ia te n d u n t Ut celer Eleo carcere m issus equus. Ipse m eos ig ilu r servo, quibus u ro r, aniores, Teque, m agis cœlo digna puella, sequor. É P I T R E XVIII. 173 m ais reste encore sur la terre, ou dis par quel chem in je puis d ’ici m ’élever au céleste séjour. Tu es ici-bas, et rarem ent un m alheureux am ant jouit de ta présence; et le trouble des flots se com m unique à m on âm e. A quoi m e sert de n’en être pas séparé par une large m er? un si court trajet est-il pour m oi un m oindre obstacle? Je doute si je n ’aim erais pas m ieux, relégué loin du m onde entier, voir l’espérance loin de m oi com m e ma m aîtresse. Plus tu es m ain tenant près de m oi, plus est proche la flam m e qui m e brûle : si je n ’ai pas la réalité, j’ai toujours l’espérance. Je touche presque de la m ain ce que j’aim e, tant est grande la proxim ité! m ais hélas ! souvent cela aussi fait presque couler m es larm es. tVest-ce pas vouloir saisir des fruits fugitifs, et poursuivre de ses lèvres l’espoir d’un fleuve qui se retire? Ainsi, jam ais je ne te posséderai, que l ’onde n ’y consente? aucune tem pête ne m e verra heureux? et, quand il n ’est rien de m oins stable que le vent et l’onde, m on espoir sera toujours fondé sur l’eau et les vents? Cependant l’orage dure encore : que sera-ce, lorsque les Pléiades, et le Bouvier, et la chèvre d’Olenus auront bouleversé Digna quidera cœlo ; sed adhuc te llu re m orare ; Aut die ad Superos hinc m ih i qua sit ite r. Hic es, e t exiguum m isero contingis am anti ; C um que m ea fiunt turbida m ente fréta. Quid m ihi, quod lato non sep aror æ quore, p ro d est? Num m inus hoc nobis tam brevis obstat aqua? An m alim dubito, toto procul orbe rem o tus, Cum dom ina longe spem quoque habere m ea. Quo propius nunc es, flam ma propiore calesco : E t re s non sem per, spes m ihi sem per adest. Pæ ne m anu quod am o, tanta est vicinia ! tango : Sæpe sed, h e u ! lacrym as hoc m ih i pæ ne m ovet. Velle quid est aliud fugientia prendere pom a, Speinque suo refugi flum inis ore seq ui? E rgo ego te nunquam , nisi quum volet unda, tenebo, Et me felicem nulla videbit hiem s? Q uum que m inus firm um nil sit, quam ventus et unda, In ventis e t aqua spes m ea sem per e rit ? Æ stus adhuc tam en est : quid, quum m ihi læ serit æ quor, Plias et A rctophylax, O lenium que pecus 10. 174 HÉROÏDES. les mers? Ou je ne sais com bien l’amour est audacieux, ou alors aussi il m ’exposera sans précaution sur les m ers. Et ne crois pas que je prom ette uu tem ps éloigné, à cause de son absence ; je ne tarderai pas à te donner un gage de ma pro m esse. Que la m er continu e, quelques nu its encore, à être ora geuse, je tenterai le trajet à travers les ondes contraires. Ou je m e sauverai, et m on audace sera heureuse, ou la m ort m ettra u n term e à m on inquiet am our. Cependant je désirerai d’être porté sur les côtes où tu es, et que m es m em bres naufragés abordent vers ton port. En effet, tu pleureras, et tu daigneras toucher m on corps : tu diras m êm e : « Je fus cause de sa m ort. » Sans doute le présage de m a m ort t’attriste, et ma lettre t’est odieuse par cet endroit. Je finis : épargne-toi la plainte ; m ais, pour que la m er apaise son courroux, joins à m es vœ ux les tien s. J’ai besoin d’un calm e court, pour être transporté près de toi ; lorsque j’aurai touché tes rivages, que la tem pête continue. Là e st un arsenal propre à réparer m on navire ; m a n ef ne peut reposer dans une anse p lu s tranquille. Que Borée m ’y em prisonne ; là il est doux de Aut ego non novi quara sit tem erariu s, a u t m e In fréta non cautum tum quoque m itte t Amor. Neve putes id m e, quod abest, p ro m itfère tem pus ; Pignora polliciti non tibi tard a dabo. Sit tum idum paucis etiam n u n c noctibus æ quor ; _re per invitas experiem u r aquas. Aut m ihi continget felix audacia salvo, Aut m ors solliciii finis am oris e rit. Optabo tam en u t p artes expeliar in illas, Et te n ean t p orlus naufraga m em bra tu o s. Flebis enim , tactu q u e m eum dign abere corpus : E t: « M ortis, dices, liuic ego causa fu i. » Scilicet in té rim s offenderis om ine nostri, L iteraque invisa est hac m ea p arte tib i. D e s in o : parce q u e ri; sed et, u t m are finiat iram , Accédant, quoeso, fac tua vota m eis. Pace brevi nobis opus est, dum transferor istuc ï Quum tua contigero litora, p e rste t hiem s. Illic est aptum nostræ navale carinæ ; Et m elius nulla s ta t mea puppis aqua. É P I T R E XIX . 175 séjourner ; alors je serai paresseux à nager, alors je serai sur m es gardes. Je n ’adresserai aux sourdes vagues aucune plainte ; je n’accuserai pas la m er d’être im praticable pour un n ageu r. Que pareillem ent les vents, pareillem ent aussi m es bras m e retien n en t ; que je trouve ici une double cause d’em pêchem ent. Lorsque la tem pête le perm ettra, j’userai des ram es de m on corps ; seulem en t aie toujours en évidence un fanal. Cependant, qu’à m a place cette lettre passe avec toi la nuit : ce que je désire, c ’est de la suivre le m oins tardivem ent possible. ÉPITRE DIX-NEUVIÈME H É R O A L É AN D R E L e salut que tu m ’as envoyé en paroles, pour que je puisse l ’avoir en réalité, vien s, ô Léandre Tout retard est long pour m oi, lorsqu’il diffère m es plaisirs. Pardonne à m on aveu : j ’aim e éperdum ent. Un m êm e feu nous em brase ; m ais je ne t’égale lllic m e claudat Boreas, ubi dulce m orari ; Tune p iger ad n andum , tu n e ego cau tu s ero. Nec faciam su rdis convicia fluctibus u lla ; T riste n a ta tu ro nec q u e ra r esse fretu m . Me p a rite r venti ten ean t, p a riterq u e lacerti; Per causas istic im p ediarque duas. Quum p a tie tu r hiem s, rem is ego corporis u ta r? Lum en in adspectu tu modo sem p er habe. In terea pro me p e rn o c te t epistola tecum ; Quam precor u\ m iniraa p ro sequar ipse m ora. E P I S T O L A NO NA DE CI MA HERO L E A N D R O Quam m ihi m isisti •verbis, L eandre, salutem , Ut possim m issam re b u s habere, veni. Longa m ora est nobis om nis, quæ gaudia differt. Da veniam fassæ : non p a tie n te r amo. 176 HÉR OÏD ES. pas en forces : je soupçonne que les hom m es ont plus de ferm eté d’âm e. Les jeunes filles ont l’esprit aussi faible que le corps. Je succom berai, si m on attente se prolonge. Pour vous, tantôt la chasse, tantôt la culture des terres vous procurent d’agréables passe-tem ps par la diversité des occupations. Ou bien le barreau vous retient, ou les exercices de la souple palestre ; ou bien vous dirigez un coursier docile au frein. Tantôt vous prenez l’oiseau au lacet, ou le poisson à l’ham eçon ; pendant les heures du soir, vous noyez vos soucis dans le vin. Privée de ces distractions, lors m êm e que je brûlerais m oins vivem ent, il ne m e reste plus qu’à aim er. Je fais donc ce qu' m e reste à faire ; et j ’ai pour toi, ô l’unique charm e de m es jours, plus d ’am our m êm e que tu ne pourrais m ’en rendre. Ou je m ’entretiens tout bas de toi avec m a chère nourrice, et je m ’étonne du m otif qui peut retarder ton départ; ou, prom enant m es regards sur la m er, je gourm ande, presque dans les m êm es term es que toi, les vagues agitées par un vent odieux. Ou, lorsque l’onde courroucée a un peu ralenti sa fureur, je m e plains que, dans la possibilité de venir, tu ne le veuilles pas. Et, pendant U rim u rig n e p a ri; sed suin tibi viribus im p ar: F ortius ingenium suspicor esse viris. Ut corpus, te n e ris sic m ens infirm a puellis. Deficiam ; parvi tem porisad de m oram . Vos, modo venando, modo ru s géniale colendo, P onitis in varia tem pora longa m ora. Aut fora vos re tin en t, aut u nctæ dona palæ stræ ; Flectitis a u t freno colla sequacis equi. N unc volucrem laqueo, nunc piscem du citis liam o ; D iluitur posito serior hora m ero. Iïis m ihi subm otæ, vel si m inus a c rite ru ra r, Quid faciam superest, p ræ te r am are, nihil. Quod superest facio; teque, o m ea sola voluptas, Plus quoque, quam reddi quod m ihi possit, amo Aut ego cum cara de te nutrice susu rro, Quæque tu u m , m iror, causa m o retu r ite r; Aut m are prospiciens, odioso concita ventb C orripio verbis æ quora pæne tuis. Aut, ubi sæ vitiæ paulum gravis unda rem isit, Posse quidem , sed te nolle venire, queror. É P I T R E XIX. 177 que je m e plains, des larm es inondent m on sein am oureux, que m a vieille confidente essu ie de son doigt trem blant. Souvent je cherche à découvrir tes pas sur le rivage, com m e si le sable conservait les traces qui y furent im prim ées. Et, pour m ’en quérir de toi ou t’écrire, je dem ande s’il est venu quelqu’un d ’Abydos, ou si quelqu'un y va. Te dirai-je com bien de baisers je donne aux vêtem ents que tu quittes, pour traverser l ’H ellespont ? Et, lorsque la lum ière a disparu, et que le retour désiré de la nuit a fait briller les astres qui succèdent au jou r, aussitôt je place au som m et de la tour le vigilant fanal, pour te signaler par ses feux ta route accoutum ée ; et, déroulant la tram e du fuseau m ouvant, nous charm ons, par un art de fem m es, les ennu is de l’attente. Veux-tu connaître le sujet de m es en tretien s, pendant un si long tem ps? Je n ’ai à la bouche que le nom de Léandre. « P en ses-tu donc, nourrice, que la joie de m a vie ait déjà quitté la m aison? ou bien tout le m onde veille-t-il, et craint-il ses parents? p en ses-tu que déjà il dépouille ses vête m ents ; que déjà il se frotte le corps de l ’hu ile onctueuse ? # Dumque queror, lacrym æ per am antia lum ina m anant, Pollice quas trem ulo conscia siccat anus. Sæpe tu i specto si sin t in litore passus, Im positas tanquam servet aren a notas. U tque rogem de te e t scribarn tibi, si quis Abydo V enerit, au t, quæ ro , si quis Abydon eat. Quid referam quoties dem veslibus oscula, quas tu Hellespontiaca ponis itu ru s aqua? Sic ubi lux acta est, et n o ctis am icior hora E xhibuit pulso sidera clara die, P ro tin us in sum m a vigilantia lum ina tu rre Pom m us, adsuetæ signa notam que viæ ; T ortaque versato d ucentes stam ina fuso, Fem inea tardas fallim us a rte m oras. Quid loquar interea tam Iongo tem pore, quæ ris?' Kil, nisi L eandri nom en, in ore m eo est. Jam ne putas exisse dom o m ea gaudia, n u trix ? An vigilant om nes, et tim et ille suos? Jam ne suas hum eris ilium deponere vestes, P a llad e ja m pin g u i tin g ere m em bra putas? » HER OÏD ES. Celle-ci fait presque un signe affirm atif, non qu’elle se soucie de m es b a ise r s, m ais le som m eil, en se glissant, fait hocher sa tête de vieille. Et, après quelques instants de silen ce : « Certai nem ent déjà il navigue, lui dis-je, et, de ses bras len tem ent agités, il sépare les ondes. » E t, après avoir repris ma toile et fait quelques points, je dem ande si tu peux être au m ilieu de la course. Tantôt je regarde au loin ; tantôt d une tim ide voix, je prie les dieux de t'accorder un vent qui facilite ton trajet. Quelquefois je prête l’oreille aux bruits, et, si j ’entends l’arrivée de quelqu’un, je crois que c’est la tien ne. C’est ainsi qu ’après avoir passé dans ces illusions la plus grande partie de la nuit, le som m eil s’insin ue furtivem ent sur m es paupières fatiguées. Peut-être tu dors contre ton gré, m ais cependant avec m oi, cruel ; peut-être tu viens sans vouloir venir. Car il m e sem ble que je te vois nager près de m oi, et ensuite por ter autour de m es épaules tes bras hum ides. P uis, je te donne, selon la coutum e, des vêtem ents pour sécher tes m em bres, et je réchauffe ton sein contre le m ien ; et beaucoup d’autres choses que ne doit pas révéler une bouche m odeste, qu’on se plaît à 178 A dnuit ilia fere ; non nostra quod oscula cu ret, Sed m ovet obrepens som nus anile caput. Postque m oræ m inim um : « Jam certe navigat, inquam . Lentaque dim otis brachia ja c ta t aquis. » Paucaque quum tacta perfeci stam ina tela, An m edio possis, quæ rim us, esse freto. E t modo prospicim us; tim ida m odo voce precam ur, Ut tibi det faciles u tilis aura vias. Auribus in te rd u m voces captam us, et om nem Adventus strepitu m credim us esse tui. Sic ubi deceptæ pars est m ihi m axitna noctis Acta, su b it furtim lum ina fessa sopor. Forsitan in v itu s, m ecum tam en, im p robe, dorm is ; E t, qtiam quam non vis ipse venire, v en is. Nam modo te videor prope jam spectare natan tem ; Brachia nunc h u m eris hum ida ferre m eis. Nunc d are, quæ soleo, m adidis velam ina m em bris ; Pectora nunc juncto n ostra fovere sinu. M ultaque præ terea, linguæ reticenda m odestæ, Quæ fecisse ju v at, facta referre pudet. E P I T R E XIX. 179 faire et qu’on rougit de dire. Hélas ! cette félicité es! courte et non véritable ; car tu disparais toujours avec le som m eil. Oh ! que ne nous un isson s-n ou s plus solidem ent, tendres am ants ! que ne donnons-nous la réalité à nos plaisirs ! Pourquoi ai-je passé tant de nu its dans une froide solitude ? pourquoi, nageur trop len t, e s-tu éloigné de m oi si souvent? La m er, j ’en conviens, n ’est pas encore praticable à un nageur ; m ais hier le vent était plus doux. Pourquoi n’en as-tu pas profité? pourquoi ne craignais-tu pas l’avenir? pourquoi as-tu négligé une occa sion si favorable ? pourquoi n ’es-tu pas parti à la hâte ? Et, quand une sem blable facilité se présenterait, l'autre était d’autant m eilleu re, qu’elle était antérieure. Mais, diras-tu, l ’aspect orageux de la m er est subitem ent changé. Lorsque tu te hâtes, tu viens souvent en m oins de tem ps. Surpris en ces lieux par la tem p ête, tu n ’aurais, je p en se, aucun sujet de plainte; dans m es em brassem ents, aucun péril ne pourrait t’atteindre. Alors certainem ent, j ’entendrais avec joie les vents m ugir, je ne souhaiterais jam ais le calm e des m ers. Qu’est-il donc arrivé, pour que tu sois plus circonspect? pour que tu redoutes m aintenant les ond es, qu’autrefois tu bravais ? Me m iseram I brevis est hæc et non vera voluplas : Nam tu cum som no sem per abire soles. F irmius o cupidi tandem coeam us am antes; Nec careant vera gaudia nostra iide ! C ur ego tôt viduas exegi frigida noctes? C ur toties a m e, lente n a tato r, abes ? E st m are, confiteor, nondum tractabile n a n ti; Nocte sed h e stern a lenior aura fuit. C ur ea præ terita est ? cur non ven tu ra tim ebas? Tam bona cur p e riit, nec tib i rapta via est? P ro tin u s u t sim ilis d e lu r tibi copia cursus, Hoc m e lio rc e rte , quo p rio r, ilia fuit. At cito m utata est jactati form a profundi. T em pore, quum pro peras, sæ pe m inore venis. Hic, puto, deprensus, nil quod q u e re reris h aberes; M eque tibi am plexo nulla noceret hiem s. C erle ego tum venlos a u d ireia læ ta sonantes, Et nunquam placidas esse prccarer aquas. Q üid tarnen evenit, c u r sis m etu en tio r undæ , C ontem tum que prtus, nunc Y ereare fretum 180 HE RO ID ES . Car je m e souviens du tem ps où tu venais, m algré les m enaces d’une m er autant ou presque autant périlleuse. Je te criais alors : « Sois tém éraire, sans que ton courage fasse couler m es larm es. » D’où te vient cette crainte n ou velle? qu’est devenue ton audace ? où est cet intrépide n ageu r, qui affrontait le courroux des ondes? Mais non : sois plutôt ce que tu n ’étais pas jadis, et tra verse en sûreté la paisible m er. Pourvu que tu sois le m êm e, pourvu que je sois aim ée autant que tu m e l’écris, et que cette flam m e ne devienne pas u n e froide cendre. Je redoute m oins les vents qui retardent m on bonheur, que de voir ton amour aussi volage que le vent dans ses caprices; d’avoir trop peu d ’em pire sur ton c œ u r , pour te faire braver les périls que je te cause ; de te paraître un prix ind ign e de ta con stan ce. Q uelquefois j ’appréhende que m a patrie ne m e fasse tort, et qu’une fille de Sestos ne soit jugée indigne d’un époux d’Abydos. Cependant, je puis m e résoudre à tout plus facilem ent, que de te savoir, épris par les charm es de quelque rivale, entre les bras d ’une étrangère, que de savoir qu’un nouvel am our a m is fin au Nam m em ini, quum te sæ vum venienle m inaxque Non m inus, aut m ulto non m inus, æ quor erat. Quum tibi clam abam : « Sic tu te m e ra riu s esto, Ne m iseræ v ir tu s s it tu a llenda m ih i. » Un de novus tim or h ic? quoque ilia audacia fugit? Magnus ubi est spretis ille n a ta to r aqu is? Sis tam en hoc potius, quam quod priu s esse solebas ; E t facias placidum per m are tu tu s ite r. Dummodo sis idem , dum sic, u t scribis, am em ur, Flam m aque non fiat frigidus ilia cinis. Non ego tam ventos tim eo, niea vota m oranles, Quam, sim ilis vento, ne tu u s e rre t am or; Né non sim ta n ti, su p eren tq u e pcricula causam , E t videar m crces esse labore m inor. iisTERDOM m etuo patria ne læ dar, et im p ar Ducar Abydeno Sesta puella toro. Ferre tam en possum patien tiu s om nia, quam si Otia, nescio qua pellice capLus, agas, In tua si veniant alieni colla laccrti, Silque novus u o stri finis am oris am or. E P I T R E XIX. jsi nôtre. Ah! plutôt périr, que d’essuyer un pareil affront ! et que ma destinée s’accom plisse avant ton forfait ' Et, si je parle ainsi, ce n'est pas que tu m aies fait craindre ce m alheur par aucun indice, ni qu’un nouveau renseignem ent m ’inquiète. Mais je crains tout : l’am our fut-il jam ais tranquille? L’éloign em en t aussi inspire aux absents des alarm es. H eureuses les fem m es à qui leur présence fait connaître les crim es réels, et qu’elle em pêche d'en craindre de chim ériques ! Pour m oi, je ne suis pas m oins ém ue d ’un vain outrage, que trom pée par un véritable : l'une et l’autre erreur m e portent un coup aussi fu n este. Oh ! puisses-tu venir! ou bien que ce soit le vent ou ton p ère, m ais non une autre fem m e, qui cause ton retard ! Si j ’apprends jam ais que c'en soit u u e , je m ourrai de douleur, so is-e n sû r. Déjà tu es coupable, si jam ais tu d ésires mon trépas. Mais tu ne seras pas coupable, et je m ’épouvante en vain : c’est la tem pête qui s’oppose à ton retour. M alheureuse ! avec quel fracas les vagues se brisent contre le rivage ! quelle obscurité profonde enveloppe le ciel ! P eu t-être e st-ce la tendre m ère d ’H ellé qui déplore, en versant des larm es, le naufrage de sa Ah! potius p e re a m .q u a m criraine v u ln erer islo; F ataque sin t culpa nostra p riora tua ! Nec, quia venturi dederis m ihi signa doloris, Hæc loquor, a u t fam a sollicitât a nova. Omnia sed vereor : quis enim securus am avit ? Cogit e t absentes p lu ra tiraere locus. Felices illas, sua quas p ræ sentia nosse C rim iua v e ra ju b e t, falsa tim ere v elal ! Kos lam vana m ovet, quam facta inju ria fallil : In citât et m o rsu se rro r uterq u e pares. 0 u l i n a m v e n ia s ! a u t u t v e n t u s v e p a t e r v e , Causaque sit certe fem ina nulla moræ! Quod si quam sciero, m o riar, m ihi crcde, doleudo. Jam dudum peccas, si m ea fata petis. Sed neque peccabis, fru stra q u e ego te rre o r istis : Quoque m in us venias invida p u g n a t hiem s. 31e raiseram ! quanlo p lan g u n tu r lito ra lluctu! Et la le t obscura condita nube dies ! F o rsitan ad ponlum m ater pia v enerit Helles, 31ersaque ro ratis nata flealur aq u is; T . i. 11 182 IIÉRO ï DES. lille; ou bien une m arâtre, changée en déesse des ond es, trou ble ces parages, appelés de l'odieux nom de sa b elle-fille? Ce lieu, dans son état présent, n e favorise plus les jeu n es filles : Hellé y a péri, et m oi, j’y reçois une blessure Cependant, Nep tune, au souvenir de tes feux, tu ne devais, à l’aide des vents, contrarier aucun amour,, si A m ym one, et Tyro, si vantée pour ses charm es, ne sont pas à tort citées com m e tes conquêtes, ainsi que la brillante Alcyone, et Calycé, fille d’IIécaléon, et Méduse, avnnt que sa chevelure fût nattée de serpents, et la blonde Laodicé, et Céléno, adm ise au ciel, et celles dont je m e souviens d’avoir lu les nom s. C elles-ci, Neptune, et un plus grand nom bre, sont citées par les poêles, pour avoir pressé leur tendre sein contre ton sein. Pourquoi donc, ayant éprouvé tant de fois le pouvoir de l’am our, nous ferm er par des ouragans les routes accoutum ées ? Épargne-nous, dieu terrible, et déploie sur la vaste m er l’appa reil de tes com bats. Ici, le défilé qui sépare deux terres est étroit. 11 convient à ta grandeur d’attaquer de grands vaisseaux, ou de te déchaîner contre des flottes entières. 11 est hon teu x pour le An m are, ab inviso privignæ nom m e dictum , Vexât in æ quorcam versa noverea Deam ? Non favet, u t u u n c est, te n e ris locus iste puellis ; Hac Ilelle p e riit ; hac ego læ dor aqua. At tibi flam m arum m em ori, N eptune, luaru in N ullus e ra t ventis im pediendus am or, Si ncque Amym one, nec laudatissiîna form a C rim inis est Tyro fabula vana tu i, L ucidaque Alcyone, C.alyceque, Uecutæoue nala , E t nondum nexis angue Médusa comis, Fia vaque Luodice, cœ loque recepta Gelæno, E t q u aru m m em ini nom m a lecta m ih i. lias certe pluresquc cununt, N eptune, poêla: Molle latus lateri conseruisse tuo. Cur ig ilu r, to ties vires ex p ertu s am oris, A dsuetum nobis tu rb in e c la u d is ite r? P arce, ferox, latoque m ari tua prœ lia m iscc. Seducit te rra s lucc brevis unda duas. Te decet a u t m agnas m agnum ja c ta re carinas, Aut ctiam totis classibus esse (rucem . dieu des m ers d’effrayer un jeu n e nageur : la gloire de ces eaux est au-dessous du m oindre élang. Il est, à la vérité, d'une illus trée! noble origine ; m ais il ne descend pas d’Ulysse à toi suspect. Pardonne, et conserves-en deux à la fo is: c’est lui qui n age; m ais ces m êm es eaux renferm ent le corps de Léandre, et avec lui tout m on espoir. Cependant, le flam beau à la lueur duquel j ’é cr is, a scintillé ; ce signe est d’un favorable augure. Voilà que ma nourrice épand le vin sur un brasier propice : « Dem ain, d it-elle, nous serons plus nom breux ; » et elle-m êm e a bu. Glisse sur les m ers, et rends-nous plus nom breux en les franchissant, ô toi qui rem plis m on cœ ur tout entier ! Rentre dans ton cam p, déserteur de l ’Am our, ton frère d’arm es. Pourquoi m es m em bres son t-ils placés dans le m ilieu du lit? Tu n'as aucun sujet de crainte: Vénus elle-m êm e favorisera ton audace, et, fille de l'onde, elle en aplanira pour toi les routes. Souvent m oi-m êm e je voudrais m élancer au sein des ondes ; m ais ce détroit est plus sûr pour les hom m es. Car pourquoi, traversé par Phryxus et la sœ ur de Phryxus, la fem m e seule a-t-elle donné son nom aux vastes eaux ? T urpe Deo pelagi juvenem te rre re n atantem ; Gioriaque est slagno quolibet isto m inor. Nobilis ille quidem est et clarus origine ; sed non A libi suspecto ducit Ulixe genus. Da veniam , servaque duos : n aiat ille ; sed isdeni C orpus L ean d n , spes raea, peudel aquis. I.nterea lum en, posilo nam scribim us illo, S tern u it, et nobis prospéra signa dédit. Ecce m erum n utrix faustos in stillât in ignés : « Cras eririius plures, » in q u it; e t ipsa bibil. Effice nos p lu re s, e v iita p e r æ quora lapsus, 0p e n itu s loto corde recepte m ihi ! In tu a castra red i, socii d e serto r Am oris. P o n u n lu r m edio c u r m ea m em bra to ro ? Quod tim eas non est : auso Venus ipsa favebit S ternet et æ quoreas, æ quore n ata, vias. Ire lib e t m édias ipsi m ihi sæpe per und as; Sed solet hoc m aribus tutius esse fretum . Nam cu r, hoc vectis Phryxo Phryxique sorore, Sola d éd it vasfis fem ina nom en aquis? 184 HÉR OÏD ES. Peut-être aussi crains-tu de m anquer de forces pour le retour, ou de ne pouvoir supporter le poids d’une double fatigue. Eh b ien , de part et d’autre réunissons-nous au m ilieu des m ers, et don non s-n ous de m utuels baisers à la surface de 1 onde ; et qu’ensuite chacun de nous retourne vers sa ville. Ce sera peu, m ais plus que rien. Que ne pu is-je perdre ou la pudeur, qui nous force d’aim er secrètem ent, ou l’am our, qu’effraye la renom m ée! M aintenant deux sen tim en ts incom patibles, la décen ce et la passion, se com battent. Lequel suivre? j’hésite : l ’une convient, l’autre plaît. Dès que Jason de Pagase fut entré à Colchos, il enleva la fille du Phase sur un léger esquif. Dès que l’adultère du m ont Ida eut abordé à L acédém one, il revint aussitôt avec sa proie. Et toi, l'objet que tu aim es, tu le quittes aussi souvent que tu le vois, et tu nages chaque fois qu'il est dangereux aux na vires de voguer. Cependant, ô jeune vainqueur des ondes orageuses ! brave les m ers, sans cesser de les craindre. Les poupes que l’art a élaborées cèd en t à l’effort des eaux : et tu penserais que tes bras sont plus puissants que les ram es? Tu désires nager, L éandre; les F orsitan ad re d itu m m etuas ne robora desint, Aut gem ini nequeas fe rre laboris onus. At nos diversi m edium coeam us in æ quor, Obviaque in sum m is osculu dem us aquis : Atque ita q uisque suas ite ru m redeam us ad urbes. E xiguum , sed plus quam nihil, illud e rit. Vcl pudor hic u tin am , qui nos d a m cogit am are, Vel tim idus famæ cedere vellet am or! Nunc m ole res ju n c tæ , calor e t rev eren tia, puguanl. Quid seq uar in dubio est : hæ c decet, ille ju v a t. Ut sem el in tra v it Colchos Pagasæus Iason, Im positam celeri Phasida puppe tu lit. Ut sem el Idæ us Lacedæmona venit a d u lter, Cum præda red iit protinus ille sua. Tu, quam sæpe petis quod am as, tam sæ pe rclinquis, E t quoties grave lit puppibus ire, notas. Sic tam en, o juvenis, lum idarum viclor aquarum , Sic facito spernas, u t v ereare, fretum . Arte laboratæ v in c u n tu r ab æ quore puppes : Tu tua plus rem is brachia posse putes? É P I T R E XIX. 185 m atelots m êm e le craignent : c ’est la dernière ressource, lorsque le vaisseau est brisé. M alheureuse ! je voudrais ne pas persuader, et j ’exhorte, et je te prie de résister à m es avertissem ents; pourvu toutefois que tu parviennes au but, et qu’après avoir souvent agité tes bras dans les ondes, tu les passes, fatigués, autour de m es épaules. Mais, chaque fois que m a pensée se porte vers la plaine azurée, je ne sais quel effroi glace m on cœ ur. Je n e suis pas m oins troublée par le songe de la nuit d ern ière, quoique j'en aie conjuré l ’effet par m es sacrifices. Car aux approches de l ’aurore, lorsque déjà ma lam pe s’am ortissait, m om ent où apparaissent d’ordinaire les songes véritables, le fuseau tom ba de m es doigts languissants de som m eil et m a tête penchée porta sur m on coussin. Alors sur le dos ¡de la plaine liquide, il m e sem bla voir réellem ent un dauphin, luttant contre la tem pête. Lorsque le flot l ’eut jeté sur l’hum ide plage, l ’onde et la vie ensem ble abandonnèrent le m alheureux anim al. Quel qu’en soit le pronostic, je crains ; et toi, ne vas pas rire de m es songes : ne te hasarde sur les m ers que par un Quod cupis, hoc nautæ m e tu u n t, L eandre, natare : E xitus hic fractis puppibus esse solet. Me m iseram ! cupio non persuadere, quod hortor, Sisque, precor, m onitis fortior ipse m eis ; Dummodo pervenias, excussaque sæpe p er unda Injicias hum eris brachia lassa m eis. Sed m ihi, cæ ruleas quoties obverlor ad undas, Nescio quæ pavidum frigora peclus h a b e n t. Nec m inus hesternæ confundor im agine noclis, Q uam vis est sacris ilia piata m eis. N am que sub aurora, jam dorm itan te lucerna, Som nia quo cerni tem pore vera soient, Stam ina de digitis cecidere sopore rem issis, Colloque pulvino nostra ferenda dedi. Hic ego ventosas nantem delphina p e r undas C ernere non dubia sum m ihi visa fide. Quem, postquam bibulis illisit fluctus arenis, Unda sim ul m iserum vitaque deseruit. Q uidquid id est, tim eo ; nec tu m ea som nia rid e ; Nec nisi tranq uillo brachia crede m ari. 180 1 IÉROTDES. tem pscalm e. Si tu ne te m énages pas, m énage au m oins une jeune fille qui t’est chère, qui jam ais ne sera sauvée que tu ne le sois. Cependant les ondes apaisées prom ettent une trêve prochaine : alors qu’elles seront tranquilles, traverses-en les routes en sû reté. En attendant, puisque les m ers sont im praticables à un nageur, la lettre que je l ’envoie adoucira les rigueurs du retard. ÉPITRE VINGTIÈME A C O N C E A C Y D IP P E B annis la crainte : ici, tu n ’as rien à jurer de nouveau à un am ant ; c ’est assez d’avoir une fois prom is. Lis en entier : puisse ainsi ton corps être délivré de sa langueur ! m oi-m êm e je souffre, lorsqu’une partie de toi est dans la souffrance. Pour quoi cette honte répandue sur (on visage ? car je soupçonne que ton front pudique a rougi, com m e dans le tem ple de Diane. Si libi non parcis, dilectæ parce puellæ , Quæ nunquam , nisi te sospite, sospes e rit. S p e sta m e n est fractisvicinæ pacis in undis : Tum placidas tu to pectore finde vias. In terea, n a n ti quoniam fréta pervia non sunt, L eniat invisas litera missa m oras. EPISTOLA VIGESIMA A CONTIUS C Y D IPPÆ P one m etum : nihil hic iteru m ju rab is a m a n li; Prom issam satis est te scm el esse m ih i. Perlege : discedat sic corpore languor ab isto l Qui m eus est, ulla parte dolente, dolor. Quid pudor ora su b it? nam , sicu t in æde Dianæ, Suspicor ingenuas erubuisse gênas. É P I T R E XX. -187 C’est l’hym en et la foi jurée, non un crim e, que je réclam e : j’aim e en époux qui t’est d estin é, et non en adultère. Tu peux te rappeler ces paroles, portées dans tes chastes m ains par un fruit détaché de l’arbre, que je te lançai, tu y trouveras le ser m ent dont je désire que tu te souviennes, jeune fille, plutôt que la d éesse. M aintenant encore j ’éprouve la m êm e crain te; m ais cette m êm e crainte a pris plus de force, et le délai a augm enté ma flam m e; le tem ps, et l ’espérance que tu m ’avais donnée, ont augm enté un am our qui toujours fut passionné. Tu m ’avais donné l’espérance : m on ardente passion a cru à tes serm ents. Tu ne peux nier ce fait, qui a pour tém oin une déesse. Elle fut présente, et rem arqua les paroles, telles que tu les avais pro noncées, et, par un signe de tête, parut approuver ce que tu disais. Tu te diras abusée par ma ru se; j ’y consens, pourvu que l’am our soit ju gé la cause de celte ruse. Que dem andais-je par m a ruse, sinon d’être uni à toi seule ? Ce dont lu te plains peut t ’attacher à m oi. La nature et l ’expérience ne m ’ont pas rendu si adroit : crois-le, jeune fille, c ’est toi qui m e donnes cette finesse. Conjugium pactam que fidera, non crim ina posco : D ebitus u t conjux, non u t a d u lier, amo. Verba licet répétas, quæ dem tus ab arbore fœ tus P e rtu lit ad castas, m e jac ie n te , m anus ; Invenies illic id te ju rasse , quod opto Te potius, virgo, quam m em inisse Deam. Nunc quoque idem tim eo, sed idem tam en acrius illud A dsum sit vires, auctaque flam m a m ora est; Q uique fuit nunqu am parvus, n u n c tem porc longo, E t spe quam dederas tu m ihi, c re v it am or. Spem m ihi tu dederas : m eus hic tibi credidit ardor. Non potes hoc factum teste negare Dea. Adfuit, et præ sens, u t e ra n t, tua verba notavit, E t visa est m ota dicta probasse coma. Deceptam dicas nostra te fraude licebit, Dum fraudis n ostræ causa fe ra tu r am or. Fraus m ea quid p e tiit, nisi quo tibi ju n g erer u n i? Id m e, quod q u e re ris, conciliare polest. Non ego n a tu ra, nec sum tam callidus usu : S olertem tu m e, crede, puella, lacis. 188 HÉR OÏDES. Par des paroles à dessein com binées (si toutefois j’ai agi avec artifice) l ’ingénieux Amour f a liée à m oi. C’est lui qui m ’a dicté les paroles solenn elles de nos fiançailles ; cet habile jurisconsulte m ’a rendu fourbe. Appelle cela de la fraude, d on n e-m oi le nom de trom peur; si cependant c’est trom per, que de vouloir obtenir ce qu’on aim e. Voilà que de nouveau j’écris et j ’envoie de su p pliantes paroles : c’est encore de la fraude, et tu as sujet de te plaindre. Si je déplais pour aim er, je l’avoue, je déplairai sans fin; et je te poursuivrai, m algré tes efforts pour échapper à m a poursuite. D’autres ont enlevé leurs am antes le glaive à la m ain, et une lettre écrite avec m énagem ent sera pour m oi un crim e? Fassent les dieux que je puisse im poser plusieurs n œ ud s, afin que ta foi ne soit libre par aucun endroit ! Restent encore m ille ruses : je sue au pied de la m ontagne ; m on ardeur es sayera de tous les m oyens. Qu’il soit douteux que tu puisses être p r ise , tu le seras cerlainem ent ; le su ccès dépend des dieux, m ais tu ne seras pas m oins prise. Échappée à un piège, tu ne les éviteras pas tous : Amour t’en a tendu plus que tu ne crois. Te m ih i com positis (si quid tam en egim us arte) A dstrinxit verbis ingeniosus Amor. Diclatis ab eo feci sponsalia verbis; C onsultoque fui ju ris am ore vafer. Sit fraus huic nom en facto, dicarque dolosus Si tam en est, quod am es velle te n e re , dolus. En ite ru m scribo m iltoque rogantia verba : A ltéra fraus hæc est, q u o d q u e'q u e ra ris, habes. Si noceo quod am o, fateor, sine fine noccbo ; T eque petam , caveas tu licet ipsa peti. P er gladios alii placitas rapuere puellas, Scripta m ihi caute lite ra crim en e rit ? I)i faciant possim plures im p onere nodos, Ut tua sit nul la libéra p arle fides. Mille doli restan t : clivo sudam us in im o ; Ardor inexpertum nil sinet esse m eus. Sit dubium possisne capi, cap labere c e rte ; Exitus in Dis est, sed capierc tam en . Ut p artem effugias, non om nia re tia faites : Quæ tibi, quam crcdis, plura teten d it Am or, É P I T R E XX. 189 Si l’artifice ne réussit pas, nous aurons recours aux arm es ; et tu seras enlevée par m es bras am oureux. Je n’ai pas coutum e de blâm er la conduite de Paris, ni aucun de ceux qui, pouvant être hom m es, l ’ont été. Et nous a u ssi....; mais je garde le silence : la mort dût-elle être le châtim ent de cette audace, il sera m oin dre que ta perte. Que n 'es-tu m oins belle! on te rechercherait m odérém ent ; tes charm es m e forcent à être audacieux. C’est toi qui m e fais agir; ce sont tes yeux, devant lesquels pâlissent les brillantes étoiles, et qui furent la cause de m a flam m e; ce sont et ta blonde chevelure, et ton cou d’albâtre, et tes bras que je voudrais sentir autour de m on cou, et ta beauté, et ces traits pudiques sans em barras, et ces pieds, tels que j ’en crois à peine à Thétis. Si je pouvais louer le reste, je serais trop heureux; je ne doute pas que l’ouvrage ne soit en tout bien proportionné. E st-il surprenant que tant de charm es m ’aient porté à vouloir un gage de la bouche? Enfin, pourvu que tu sois forcée de dire que tu as été prise, je veux bien que tu l ’aies été dans m es pièges. J’en subirai l’odieux : Si non proficiant artes, veniem us ad arm a; Inque m ei cupido rap ta ferere sinu. Non sum , qui soleam Paridis rep reh en d ere factum ; Nec quem qu am , qui v ir, possit u t esse, fuit. Nos q u o q u e... ; sed taceo : m ors h u ju s pœ na rapinæ Ut sit, e rit, quarn te non habuisse, ininor. Aut esses form osa m in us, p e te re re m odeste : Audaces facie cogim ur esse tu a . Tu facis hoc, oculique tu i, quibus ignea cedunt. Sidera, qui flam m æ causa fuere m eæ ; Hoc flavi faciunt crines, e t ebúrnea cervix, Quæque, precor, veniant in mea colla m anus, E t decor, e t v ultus sine ru stic itate pudentes, E t, T hetidi quales vix re a r esse, pedes. C æ tera si possem laudare, b eatior essem ; Nec dubito totum q uin sibi par sit opus. Ilac ego com pulsus, non est m irabile, form a, Si pignus volui vocis habere tuæ . D e n i q ü e , dum captam tu te cogare fateri, Insidiis esto capta puella rneis. 11. 100 IIÉROÏDES. je m e résigne, qu’on m e donne m on salaire. Pourquoi un aussi grand crime est-il sans récom pense? Télam on a obtenu Hésione; Achille, Briséis : chacune, en effet, a suivi son vain queur. Accuse-m oi autant qu’il te plaira, sois irritée; j’y con se n s, pourvu que je puisse jouir de toi irritée. Moi-même qui excite ta c o lè r e , je l’adoucirai; que j ’aie seulem en t q u el ques instants le loisir de te calm er. Qu'il m e soit perm is de paraître en larm es devant les yeux ; qu’il m e soit perm is d’ajouter aux pleurs les paroles, et, à l’exem ple de serviteurs qui craignent le fouet cru el, d ’em brasser hum blem ent tes ge noux. Tu ignores les droits ; appelle : pourquoi m ’accuser ab sent? allons, ordonne-m oi de venir, en qualité de ma m aîtresse. Quoique, dans ton desp otism e, tu déchirasses m es cheveux, ma figure serait-elle devenue livide sous les coups, je souffrirai tout : seulem ent p eu t-être craindrai-je que ta m ain ne se blesse sur m on corps. Mais ne m ’arrête ni par des lien s, ni avec des chaînes : je te resterai sous la garde du plus constant am our. Lorsque ta colère Invidiam p a tia r ; passo sua praemia d e n tu r. Cur suus a lanto crim ine fructus abest ? Hesionen Telam ón, Driseida cepit Achilles : U traque victorem nem pe secuta suum . Q uam libet accuses, et sis irata licebit, Irata liceat dum m ilii pO'Se frui. Idem , qui facim us, factam tenuabim us ir a m ; Sit modo placandae copia parva tui. Ante tuos ílentem liceat co n sid ere vultus, Et liceat lacrym is addere verba suis. U tque solent fam uli, quum verbera saeva v e re n tu r, T endere subm issas ad tua c ru ra m anus. Ignoras tu a ju r a ; voca : c u r arg u o r absens? Jam dudum dominae m ore venire jube. Ipsa meos scindas licet im periosa capillos, Oraque sin t digitis livida facta luis, Omnia perp etiar : tan tu m fortasse tim ebo C orpore laida tu r ne m anus ista m eo. S ed ñeque com pcdibus, nec m e com pesce catenis : Servabor firmo vinctus am ore tui. É P I T R E XX. 191 se sera assouvie pleinem ent et au gré de tes désirs, tu te diras alors: « Quel am our et quelle résig n a tio n !» tu te diras, après m ’avoir vu tout souffrir : « Qu’il m e serve, celui qui si bien sert. » M aintenant, infortuné ! je suis condam né, en m on absence, et, faute d’un défenseur, je perds ma cause, toute bonne qu’elle est. Que cet écrit m êm e, qui est de droit, soit une injustice: tu n ’as sujet de te plaindre que de m oi. Délie n ’a pas m érité d'être trom pée avec m oi : si tu ne veux pas acquitter ta prom esse à m on égard, acquitte-la envers la déesse. Elle fut. présente et te vit, lorsque tu rougissais de ta m éprise; son oreille a conservé le souvenir de tes paroles. Puisse m on présage 11 e pas se réaliser ! il n’est rien de plus violent qu’elle, lorsque, loin de nous ce m alheur ! elle voit sa divinité outragée. Tém oin le sangiier de Calydon : car nous savons qu’une m ère se trouva plus cruelle que lui e n vers son fils. Tém oin encore A cléon, que crurent bête féroce ceu x-là m êm e avec qui, auparavant, il m it à mort les bêtes féroces ; et cette m ère superbe, dont on voit m aintenant m êm e s’élever, dans la terre de M ygdonie, le lam entable corps trans form é en rocher. Qiium bene se, q u antum que volet, satiaverit ira, Ipsa tibi dices : « Qu rn p a tie n te r am at! » Ipsa tibi dices. ubi videris om nia ferre : « Tarn bene qui servit, sorviat iste m ihi, » N unc reus in felk absens agor ; et m ea, quum sit Oplim a, non ullo causa tu en te périt. Hoc quoque, quod ju s est, sit scriplum in ju ria n o-trum : Quod de m e solo nem pe querari> baltes. Non m e ru it falli m ecum q u o iu e Délia : si non Vis m ihi pro in is'u m re d d erc, reddc Deæ. Adfuit, et vidil, quum tu decepla ru b eb a s; Et vocem m em ori condidit aure tuam . Omina re careant : n ih il est violentius ilia, Quum sua, quod nolim , num ina læsa videt. T c.'tis e rit Calydonis a p e r ; nam scim us u t illo Sit m agis in nalum sæva reporta païens. Te:>tis et A læ on, qunndam fera creditu s illis, Ipse dédit leto cum quibus ante feras, Qtiæque superbn parens, saxo p e r corpus oborlo, Nnnc quoque Mvgdonia fiebilis iid>lat liurno. 192 llélas ! Cydippe, je crains de te dire la vérité, de peur de paraî tre te tromper par intérêt. Il faut pourtant le dire : voilà pour quoi, tu peux m 'en croire, la m aladie te frappe souvent, à l’épo que m êm e de contracter ceth ym en . La déesse consu lte tes intérêts, elle te rend im possible le parjure, et veut préserver la vie et ta foi en m êm e tem ps. Il arrive donc qu e, si tu tâches d ’êlre perfide, aussitôt elle te corrige de cette faute. G arde-toi de t’attirer les flèches m eurlrières d e là redoutable vierg e; elle peut encore s ’a doucir, si tu le perm ets. Garde-toi, je t’en conjure, de flétrir par les fièvres tes m em bres délicats ; réserve tes charm es à ma jouis sance. R éserve-m oi et ces traits destinés à em braser m on cœ ur, et cet aim able incarnat qui relève la blancheur de ton tein t. Si un ennem i m e dispute ta possession , qu’il soit ce que je deviens, lorsque tu es m alade. Je suis dans d’égales tortures, que tu sois épouse ou m alade : je ne puis dire ce que je voudrais le m oins. Cependant je m e désespère d’être pour toi un e cause de dou leur ; et je pense que tu souffres de m on stratagèm e. Oh ! que II ei m ih i ! Cydippe, tim eo tib i dicere verum , Ne videar causa falsa m onere m ea. Dicendum tarnen est : hoc est, m ih i credo, quod ægra Ipso nubendi tem pore sæ pejaces. C onsulit ipsa tib i : neu sis p e rju ra laboral, E t salvam salva te cupit esse fide. Inde fit ut, quoties exsistere pérfida ten tas, Peccatum loties corrigat ilia tuum . Parce m overe feros anim osæ virginis a rcu s ; M itis adhuc fieri, si p atiare, potest. Parce, precor, teneros corrum pere febribus a rt us ; S ervetur facies ista fruenda m ihi. S erven tur vultus ad noslra incendia nali, Quique subest niveo læ tus in ore ru b o r. Hostiljus c si quis, ne fias nostra répugn ât. Sic sit, u t invalida te solet esse m ihi. T orqueor ex æquo, vel te nubenle vel æ gra : Dicere nec possum quid m inus ipse velim . M ac eho r interdum , quod sim tibi causa d o len d i ; Toque m ea læoi ciiluditato, puto. E F T T k E XX. 193 le parjure de m a m aîtresse relom be sur ma tète : que ma peine la m ette en sûreté ! Cependant, pour ne pas ignorer ce que tu fais, je prom ène souvent avec dissim ulation m on inquiétude devant le seuil de ta porte. Je m ’attache furtivem ent aux pas d ’une suivante ou d’un serviteur; je leur dem ande com m ent le som m eil, com m ent la nourriture ont réu ssi. M alheureux ! de ne pas être l’exécuteur des ordonnances de la m édecine, de ne pas ranger tes m ains, ou m ’asseoir sur ta couche ! Encore une fois m alheureux! qu’un autre p eut-être, celui que je voudrais le m oins y voir, t’assiste en m on absence. C’est lui qui range tes m ain s, qui s’assied à ton chevet, lui que les dieux détestent autant que je l’abhorre. Tandis que son doigt consulte les batte m ents de ta vein e, souvent sous ce prétexte, il tient le s bras blan cs, presse (on sein , et peut-être te donne des baisers. Cette récom pense est bien au-dessus du service. ' « Qui t’a perm is de couper m a m oisson ? qui t’a frayé un che m in à la haie d’autrui ? Ce sein est à moi ; tu ravis, à ta honte, d es baisers qui m ’appartiennent. R elire tes m ains d’un corps qui m e fut prom is. M isérable, retire tes m ains : celle que tu In caput hæ c nostrum dom inæ perju ria, quæso, E veniant : pœ na tu la sit ilia m ea. Ne tam en ignorem quid agas, ad lim ina crebro Anxius hue illuc d issim ulanter eo. Subsequor ancillam furtiin fam ulum ve, requ iren s P ro fu erin t som ni quid tib i, quidve cibi. Me m iserum ! quod non m edicorum jussa m in islro, Effm goque m anus, insideoque toro ! Et ru rsu s m iserum ! quod, m e procul inde rem oto, Quem m inim e vellem , forsitan alter adest. Ille m anus istas effingit, et adsidet æ græ , Invisus Superis, cum S uperisque m ihi. D um que suo te n tâ t salientem pollice venam , C andida per causam brachia sæpe tenet, C outrectatque sinus, et forsitan oscula jun g it. Officio m erces plenior ista suo est. « Quis tibi p erm isit nostras præ cidere m esses ? Ad sepem a lleriu s quis tibi fecit iter? Iste sinus m eus est ; m ea tu rp ite r oscula sum is. A m ihi prornisso eorpore toile m anus. touches est ma fiancée. Si prochainem ent tu te com portes ainsi, tu seras adultère. Choisis parmi les tilles libres une épouse qu'un autre ne puisse revendiquer : si tu l’ignores, cette propriété a son m aître. Ne m e crois lu pas? que la form ule du pacte soit récitée; et pour que tu ne la dises pas fausse, fais la -lu i lire à elle-m êm e. Abandonne, c ’est moi qui le le dis, abandonne une couche étrangère. Que fais-tu ici ? pars : ce lit n’est pas libre. Car, bien que tu aies aussi une autre prom esse d’hym en, ce n’est pas une raison pour que ton droit égale le m ien. E lle a été engagée à m oi par elle-m êm e, à toi par son père, le prem ier après e lle ; mais certainem ent, elle est plus proche à elle-m êm e que son père. Son père a fait une prom esse, et elle un serm ent à celui qui l’aim e : l ’un a pris les hom m es en tém oignage; l ’autre, u n ed éesse. Celui-ci craint d’être appelé im posteur ; celle-ci, parjure : hésiteras-tu entre la gravité des deux craintes? Enfin, pour que tu puisses com parer les périls de tous deux, considère les suites ; elle est m alade, et lui, il est bien portant. Nous aussi, nous entrons en lutte dans des intentions différentes ; nous n’avons ni une m êm e espérance, ni un e crainte sem blable. Tu dem andes sans aucun risque : un Im probe, toile m anus : quam tangis n o stra futura est. Postm odo si facias istu d , a d u lle r eris. Elige de vacuis, quam non sibi vindicet a lte r : Si nescis, dom inurn re s habet isla suum . Nec m ihi credideris : re c ite tu r form ula pacti ; Neu falsam d icas esse, face ipsa légat. A lterius thalam o tibi nos, tibi dicim us, exi. Quid facis hic? exi : non vacat iste torus. Nam quod habes et tu thalaini verba altéra pacti, Non e rit idcirco par iua causa m sæ. Hæc m ihi se pep ig it; p a te r banc tibi, prim us ab ilia; Sed pro pior c e rte, quam p a te r, ipsa sibi est. Prom isit p ater banc, hæc adjuravit am anti : IIle hom ines, hæc est testificata Deam. Hic m etuil m endax, tim et hæc p erju ra vocari : Num dubites, hic sit m ajor, an ille m etus ? D enique, u t am borum co n fc rre p e ric u la possis, Respice ad evenius : hæ c cubât, ille valet. Nos quoque dissim ili cerlam ina m ente su b im u s; Nec spes p ar nobis, nec tim or æ quus ndest. E P I T R E XX. 195 refus m ’est plus affreux que la m ort ; et ce que tu aim eras peutêtre, moi déjà je l’aim e. Si tu étais sensib le à l’honneur et à la ju stice, tu aurais dû céder toi-m êm e à m es feux. » M aintenant que ce cruel soutient une cause inique, quel est le résultat de m on billet, Cydippe? C’est lui qui te retient sur un lit de douleur, qui te rend suspect à Diane. Si tu es sage, défendslui d’approcher de ton seuil. Ses poursuites t’exposent à de si cruels périls : et p u isse-t-il périr à ta place, celui qui te les su scite! Si tu le rep ousses, si tu n’aim es pas celui que la déesse condam ne, tu seras d e sü ite sauvée ; je le serai, m oi, infaillible m ent. Suspends tes alarm es, ô vierge; tu obtiendras u n réta b lissem ent durable : occu pe-toi seulem ent d’honorer la divinité tém oin de ta prom esse. Ce n ’est pas l ’im m olation d ’un taureau qui réjouit les dieux du ciel, m ais la foi qu’on acquiU eel qui n ’a pas de tém oin . Parm i les fem m es, les u n es, pour leur guérison, souffrent le fer et le feu ; d ’autres trouvent un triste soulage m ent dans un am er breuvage. 11 n ’est pas besoin de ces précau tions: évite seulem en t le parjure, et sauve-nous tous deux en sauvant ta foi. L’ignorance te fera pardonner ta prem ière faute : Tu petis ex lulo : gravior m ihi m orte repuisa est; Idque ego jam , quod tu forsan um abis, am o. Si tib i ju stitiæ , si recti cura fuisset, C edere debueras ignibus ipse m eis. » Nunc quoniam férus hic p ro causa pugnat iniq ua, Ad q uid , C ydippe, litera nostra red it? Hic facit u t jaceas, et sis suspecta Dianæ. Hune tu, si sapias, lim eu a d iré vetes. Hoc faciente, subis t;im sæva pericula vilæ : Atque u tin am pro te , qui m ovet ilia, cadat ! Quem si reppuleris, nec, quem Dea dam nat, am aris, Et tu continuo, certe ego salvus ero. S iste m elum , v irgo; stabili potiare salute : Fac modo poil ici ti conscia tem pla colas. Nec bove m actato cœ lestia num ina gaudent, Sed, quæ præ standa est e t sine teste, fide. Ut valeant aliæ , ferru m p a tiu n tu r et ignés; F e rt aliis trislem succus am arus opem . Nil opus est istis : tan tu m p e rju ria v ita , Teque sim ul serva, m eque, datam que fulem. 19« ÜüitUlMk. on dira que l’engagem ent lu par toi est sorti de ta m ém oire. Tu as été avertie tantôt par ma voix, tantôt par cet accident, que tu éprouves toutes les fois que tu cherches à trom per. Mais l ’évite— rais-tu , à ton en fantem ent, tu dem anderas à la déesse que ses m ains conduisent ton fruit à la lum ière. Elle t’entendra, et se rappelant ce q u ’elle a entendu, elle te dem andera qui l’enfant a pour père. Tu prom ettras un vœ u ; elle sait que tu prom ets faussem ent. Tu ju reras; elle sait que tu peux trom per les dieux. Il ne s’agit pas de m o i; un soin plus im portant m e touche: m on cœ ur est inquiet pour ta vie. Pourquoi tes parents effrayés, auxquels tu laisses ignorerta faute, ont-ils récem m ent pleuré sur l’incertitude de ta conservation? Et pourquoi l’ignoreraient-ils? tu peux tout raconter à ta m ère ; ta conduite n ’a rien de blâm able, Cydippe. Fais un récit détaillé ; dis-leur com m ent d’abord je te connus, lorsque tu faisais un sacrifice à la déesse arm ée du car quois ; com m e, à ta vue, soudain, si par hasard tu le rem arquas, je restai les yeux fixés sur to i; com m e aussi, pendant que P ræ teritæ veniam dabit igno rantia culpæ : E xciderint anim o fœ dera lecta tuo. Admonita es modo voce m ea, modo casibus istis, Quos, quoties tentas fallere, ferre soles. llis quoque vitatis, in p a rtu nerape rogabis, lit tib i luciferas adferat ilia m anus. A udiet, et rep eten s quæ su n t audita, req u iret Ipsa, tibi de quo conjuge p artu s eat. P rom itles votum ; scit te pro m ittere falso. Jurabis : scit te fallere posse Deos. Non ag itu r de me ; cura m ajore laboro : Anxia su n t vitæ pectora nostra tuæ . Cur modo te dubiam pavidi ilevere parentes, Ignaros culpæ quos facis esse tuæ ? E t c u r ig n o re n t? m atri licet om nia n a rre s; Nil tua, Cydippe, facta rub oris habent. Ordine fac referas, u t sis m ih i cognita prim um , Sacra ph aretratæ dum facis ipsa Deæ; Ul, te conspecta, subito, si forte notasli, R estiterim fixis in tu a , m em bra g en is; É P I T R E XX. 197 je t’adm irais trop, indice infaillible d’égarem en t, m on m anteau tom ba échappé de m es épaules ; q u ’un instant après roula, je ne sais com m en t, une pom m e portant des paroles tracées en caractères savam m ent perfides ; que, les ayant lus en la sainte présence de Diane, ta foi fut liée sous la garantie d’une déesse. Et pour qu’elle n ’ignore pas le contenu de cet écrit, prononce de nouveau les paroles que tu lus jadis. « Épouse, d ir a -t-elle , je t’en conjure, celui auquel t’unissent des divinités favorables : il sera m on gendre celui que tu as juré devoir l’être. Quel qu’il soit, il m e plaira, puisqu’il a plu auparavant à Diane. » Telle sera ta m ère, pourvu qu’elle soit m ère. Cependant, engage-la aussi à dem ander qui je suis et de quel rang : elle trouvera que la déesse a consulté vos intérêts. Il est une île jadis très-fréquentée des nym phes de Corycie ; la m er Égée l’entoure ; elle se nom m e Céos. C’est ma patrie; et, si un nom illustre te flatte, on ne m e reproche pas d’être issu d’obscurs aïeux. J'ai des rich esses, j ’ai des m œ u rs irréprochables; et, ce qui est au-dessus de tout, l’am our m ’attache à toi. Tu recherche- U t, le dum nim ium m iror, nota certa furoris, D eciderint hum ero pallia lapsa m eo; Postm odo nescio qua venisse volubile raalurn, Verba ferens doctis insidiosa n o tis; Quod quia sit leclum , sancta præ sente Diana, Esse tuam vinctam , num in e teste, fidem. Ne tam en igno ret quæ sit sen ten tia scripto, Lccta tibi quondam nunc quoque verba refer. a N ube, p rccor, dicet, cui le bona num ina ju n g u n t : Quem fore ju ra s ti, sit g e n e r ille m ihi. Q uisquís is est, placeat, quoniam placet ante D ianæ . » Talis e rit m ater, si modo m ater e rit. Sic tam en e t quæ rat, qui sim q uantusque, jubelo : Inv eniet vobis consuluisse Deam. Insula, Coryciis quondam celebérrim a Nymphis, C ingilur Æ gæo, nom ine Cea, m ari. Illa m ih i patria est ; n e c ,s i generosa probaris Nom ina, despectis arguor ortus avis. Sunt et opes nobis, su n t et sine crim ine m ores; Amplius utque nihil, me tibi ju n g it am or. I 08 11ÉR Oï DES. rais un (el époux, m êm e sans ton serm en t; tu l’as prêté, il faut le prendre, m êm e quand il ne serait pas tel. Voilà ce que Phéhé la chasseresse m ’a ordonné en songe de t’écrire; ce que, pendant la veille, m ’a aussi ordonné de t’écrire l’Amour. Déjà les traits de l’un m ’ont blessé : prends garde que les flèches de l’autre ne te blessent. Notre salut à tous deux se tient : prends pitié de toi et de m oi. Que balances-tu à porter un seul secours à deux personnes ? Si tu le fais, au signal des trom pettes, lorsque le sang prom is des victim es rougira Délos, l im age en or de cette heureuse pom m e sera offerte, et deux vers expliqueront le m otif de celte offrande : « Par l’em blèm e de cette pom m e, A conce atteste que ce qui y fut inscrit a été exé cuté. » Pour qu’une trop longue épitre ne lasse pas ton corps affaibli, et qu’elle se term ine paria clause accoutum ée : « A dieu. » A ppeteres talem vel non ju rata m aritu m ; Juratæ vel non talis habeudiis e ra t. Hæc tibi me in som nis jacul itrix. scribere Phœ be, H *c tib i m e vigilem scribere ju ssit Amor. E quibus alterius m ihi jam nocuere sag ittæ : A lterius noceant ne tibi tela cave. Juncta salus no>tra est : m iserere m eique tuique. Quid dubilas im am ferre duobus opem ? Quod si contigerit, quum jam data signa sonabunt, T inctaque votivo sanguine Delos e rit, Aurea p onetur m ali felicis im ago, Causaque v ersiculis scripla duobus e rit : » Effigie pom i te sta tu r Acontius buju s, Quæ fu erin l in eo scripla, fuisse ra ta . » Eongior iniirm um ne las*et epislola corpus, Clausaquc eonsueto sit tibi fine : « Vale. » É P I T R E XXI. 109 É P I T R E VIN G T ET UN IÈ M E C Y D IP P E A A C O N C E J ’a i lu ta lettre des yeux, dans la crainte que m a langue, à son insu, ne jurât par quelque divinité. Et tu aurais, je pense, tenté une nouvelle su rprise, si, com m e tu l’avoues, tu ne m e croyais assez engagée par une prem ière prom esse. Je ne devais pas le lire ; m ais, si j’avais été inflexible à ton égard, peut-être le cour roux de la cruelle déesse s’en fû t-il accru. Malgré tout ce que je fais, quoique je brûle à Diane un pieux encen s, néanm oins elle te favorise avec partialité ; et com m e tu désires qu’on le croie, elle te venge avec la persévérance du ressentim en t. A peine son cher Hippolyte e u t-il celte préférence. Mais u n e vierge eût m ieux fait de s’intéresser aux jours d’une vierge ; je crains bien qu’elle n ’en abrège la durée. En effet, une langueur dont les causes ne sont pas apparentes, oppose à tous les secours de l’art une opiniâtre résistance. Im agine-toi l’état de EPISTO LA VIGESIMA PRIMA C Y D IPPE AC0NT10 P ertimdi, scriptum que tu u m sine m u rm u re legi, J u ra re t ne quos inscia ling ua Deos. Et, puto, captasses ite ru m , nisi, u t ipse fateris, P rom issam scires m e satis esse sem e). Nec lectura fu i; sed, si tibi dura fuissem , A ucta foret sævæ forsitan ira Deæ, Omnia quum faciam , quum dem pia tu ra Dianæ, Ilia tam en ju sta plus tib i p arte favet; lltq u e cupis c rrd i, m em ori te vindicat ira. Talis in Hippolyto vix fu it ilia suo. At m eltu s virgo favisset virginis an n is; Quos vereor paucos ne velit esse m ihi, E anguor euim , causis non apparentibus, bæ ret ; Adjuvor e t nulla fessa m edentis ope. 200 HÉR OÏDES. faiblesse et de dépérissem ent d’une fem m e qui, pendant qu’elle trace celte réponse, peut à peine soutenir ses m em bres pâles sur son coude ! A cela se joint la crainte qu’une autre, excepté ma nourrice, ma confidente, ne s’aperçoive de cet échange d’entre tien s. Elle est assise dehors, et, à ceux qui dem andent ce que je fais au logis, pour que je puisse écrire en sû reté : « Elle dort, » rép on d -elle. Bientôt, lorsque le som m eil, excellen t m otif d’une longue solitude, cesse d’être croyable par la prolongation du délai, lorsqu’elle voit enfin arriver ceux qu’il serait dur de ne pas adm ettre, elle e x c r é e , et m ’avertit par ce signal de con vention. Je m ’arrête où j ’en su is, et laisse à la hâte les m ots ina chevés ; la lettre est précipitam m ent cachée dans m on sein dis cret. Je reprends ensuite cette œ uvre de fatigue pour m es doigts. Tu vois par toi-m êm e les tourm ents que j ’endure. Je veux m ou rir, si tu en étais digne, pour parler vrai ; m ais je suis m eilleure que je ne devrais et que tu ne le m érites. C’est donc pour toi qu e, tant de fois, incertaine de m es jours, je su is et j ’ai été punie de tes stratagèm es ? Voilà donc la récom pense des éloges que tu prodigues à ma beauté superbe 1 Te Quam tib i nunc gracilem vix hæ c rescrib ere, quam que Pallida vix cubito m em bra levare p u ta s? Hue tim o r accedit, ne quis, nisi conscia n u trix , Colloquii nobis sen tiat esse vices. Ante fores sed et hæ c ; quid agam que rog antibus inlus, Ut possim tu to scrib e re , « Dorm it, » a it. Mox ubi, secreti longi causa optim a, som nus C redibilis ta rd a desinit esse m ora, Jam que v enire videt, quos non adm ittere d u ru m est, E xscreat, e t ficta dat m ihi signa nota. Sicut eram , properans verba im perfecta relin quo, E t te g ilu r trepido litera cauta sinu. Inde meos digitos ite ru m re p e tita fatig at. Q uantus sit nobis, adspicis ipse, labor. Quo, peream , si dignus eras, u t vera loqu am ur : Sed m elio r ju sto , quam que ra ereris, ego. E rgo te p ro p te r toties, in certa salutis, Com m entis pœ nas doque dedique tuis? Hæc nobis, formas te laudatore superbæ , C ontingit m erces? et placuisse nocet? É P I T R E XXI. ‘201 plaire fut m on m alheur ? Si, com m e je l ’eusse préféré, j ’avais paru laide à tes yeux, m on corps, blâm é de toi, ne réclam erait aucune assistance. Maintenant je gém is d’avoir été lou ée; m a in tenant votre lutte est pour m oi une tra h iso n ; je possède un avantage désastreux. Tandis que lu refuses de céder, et qu’il ne se considère pas com m e ton second, que tu t’opposes à ses v œ u x , qu’il s’oppose aux tien s, je suis ballottée com m e un vaisseau qu’em porte sur les m ers le souffle im pétueux de Borée, et que le reflux des ondes ram ène. Et, lorsque arrive le jour désiré par des parents ch éris, en m êm e tem ps m on corps éprouve les ar deurs d’une fièvre brûlante ; et, sur le point m êm e de conclure ce fatal hym en, la cruelle Proserpine heurte à m a porte. Alors je rougis; et je crains, m algré m on in n ocence, de paraître avoir m érité le courroux des dieux. L’un prétend que m on m alheur est l ’effet du hasard ; un autre assure que cet époux n ’est pas agréable aux dieux. Et pour ne pas te croire à l’abri des ru m eurs publiques, qu elq u es-u n s attribuent à tes m aléfices ce qui s’est fait. La cause en est cachée ; m es m aux sont patents : ennem is irréconciliables, vous vous faites une affreuse guerre, et m oi je su is punie. Si tib i deform is, quod m allem , visa fuissem , C ulpatum n u lla coi'pus egeret ope. N un c laudata gem o; n u n c m e certam in e vestro P ro d itis, et pro prio v u ln ero r ipsa bono. Dum neque tu cedis, nec se p u ta t ille secundum , Tu volis obstas illius, ille luis, Ipsa, v e lu t navis, ja clo r, quam ce rtu s in altum P ro p e llit Eoreas, æ stus et unda refert. Q uum que dies caris optata p a ren tib u s in stat, Im m odicus p a n ie r corporis ard o r in e sl; E t m ih l conjugii tem pus crudelis ad ipsum ,1 P ersephone nostras puisât acerba fores. Jam pudet ; e t tlm eo, quam vis m il» conscia non sim , Offensos videar n e m eru isse Deos. A ccidere hoc aliquis casu contendit, e t alto r A cceptum S uperis h u n e ncgat esse v irum . Neve nihil credas in te quoque dicere fam am , Facta veneficiis p ars p u ta t ista tu is. Causa la te t; m ala nostra p a te n t : vos pace m ovelis A spera subm ota prcelia, plector ego. 202 I1ÉIIOÏDES. Maintenant je vais te dire, et trom pe-m oi selon ton usage ordi naire : Que feras-tu par haine, si ton am our est si nu isib le? Si tu blesses ce que tu aim es, tu feras sagem ent d’aim er ton ennem i : pour m e sauver, con sen s, je te prie, à m e perdre. Ou tu n ’as plus d’attachem ent pour la jeune fdle que tu espérais, puisque tu la laisses périr, cruel, sans l’avoir m érité, victim e d’un m al dévorant ; ou, si tu im plores en vain la d éesse pour m oi, pour quoi m e vanter ton crédit ? tu n'en as aucun. Choisis l ’im pos ture. Ne veux-tu pas apaiser Diane ? tu es indifférent à m on égard : ne le peux-tu pas 1 elle l’est au tien . J’aurais préféré ou ne jam ais connaître, ou ne pas connaître en ce tem ps-là Délos au sein des ondes égéen n es. Alors m on vaisseau fut diffi cilem ent lancé en m er, et un sinistre augure marqua l’heure de m on départ. De quel pied m e su is-je avancée ! de quel pied ai-je franchi le seuil ! de quel pied ai-je touché le parquet peint de m on vaisseau ! Deux fois cependant un vent contraire repoussa les voiles Insensée ! je trahis la vérité : ce vent était favo rable. Il était favorable, puisqu’il m e ram enait sur m es pas, et entravait une course peu heureuse. Ah ! que n’a -t-il constam Dicam nunc, soliloque tibi m e decipe m ore : Quid faciès odio, sic ubi am ore noces? Si læ dis quod am as, liostem sap ien ter am abis : Me, precor, u t serves, p e rd ere velle velis. Aut tibi jam nulla est speratæ cura puellæ , Quam férus indigna tube p e rire sinis, Aut Dca si fru stra pro me tib i sæva rog atur, Quid m ibi te ja c ta s? g ra tia nulla tu a est. Elige quid fingas. Mon vis placare D ianam ? Im m em or es n o stri : non potes? ilia lu i esl. Vcl n unqu am m allem , vel non m ibi tem pore in ilid _ E sset in Ægæi> cognila Delos aquis. Tune inea ditficili deducía est æ quore navis, Et fu it ad cœ ptas hora sinistra vias. Quo pede processi 1 quo me pede lim ine movi ! Picla citæ te tig i quo pede texta ra tis! Dis tam en adverso re d ie ru n t carbasa vento... M eniior ali! deinens : ille secundus e ra t. Ille secundus e ra t, qui me refereb at euntem , Quique parum felix im pediebat ite r. ÉI 'I T ltE XXI. 203 m ent souillé contre m es voiles ! Mais c’est folie de se plaindre de l ’inconstance des vents. Attirée par la réputation du lieu , je m e hâtais de visiter Délos ; et le vaisseau m e sem blait voguer lentem ent. Combien de fois j ’adressai des reproches aux ram es, com m e trop tardives ! com bien de fois je m e plaignis qu’on donnât aux vents peu de voiles ! Et déjà j’avais franchi Mycone, Ténos et Andros ; la blanche Délos était devant m es yeux. Du plus loin que je l ’eus vue : « Pourquoi m e fuir, ô île? lui dis-je : erres-tu donc, com m e jad is, sur une vaste m er? » J’étais abordée à terre, au m om ent où , sur le déclin du jour, le Soleil allait déleler ses cour siers verm eils. Lorsque en su ite, selon sa coutum e, il les eu t rap p elés à son lever, on peigne ma chevelure par ordre de m a m ère. E lle-m êm e place les pierreries à m es doigts, et l’or dans m es cheveux ; elle-m êm e couvre d’un vêtem ent m es épaules. Aussitôt sorties, nous saluons les dieux de l ’ile et leur offrons l ’encens jaune et le vin. Et tandis que ma m ère fait couler sur les autels le sang prom is de la victim e, et en pose les solenn elles entrail- A lque ulin am conslans contra m ea vela fuissel! Sed stu llu m est venti de levilate qu eri. Mota loci fam a p ro perabam visere Delon ; E t lacere ignava puppe videbar iie r. Quuin sæpe, u t tardi>, feci convicia rem is, Q uestaque sum vento lin tea parca d ari ! E t ja m tran sie ra m Myconon, jam Tenon e t A udron; Inque m eis oculis candida Délos erat. Quam procul u t vidi : « Quid me fugis, insula? dixi; L aberis in m agno num quid, u t an te , m a ri? » In stilera m te rræ , quum , ja m prope luce peracta, D em ere p u rp u réis Sol juga vellet equis. Quos idem solitos postquam revocavit ad o rtu s, C om untur n ostræ , m aire ju b e n te , comæ ipsa dédit gem m as digitis, et crin ib u s aurum E t vestes lium eris in d u it ip~a m eis. P rolinus egrcssæ S uperis, quibus insula sacra est, Flava salu ta tis tu ra m eru m que darnus. D um que paren s aras volivo sanguine ling it, Fcstuque fum osis in g e rit exta focis, 204 II ÉKO ÏDE S. les sur le brasier odorant, ma diligente nourrice m e conduit en d ’autres tem ples, et nous errons à l’aventure dans des lieux saints. Tantôt je m e prom ène sous les portiques, tantôt j’adm ire les présents des rois et les statues qui s’élèvent en tou s lieu x. J’adm ire un autel construit d ’innom brables cornes, et l'arbre au quel s’appuya la déesse lorsqu’elle devint m ère, et les autres m erveilles de Délos (car je ne m e rappelle ni n ’ai la fantaisie de rapporter tout ce que j’y ai vu). P eu t-être, en parcourant ces ob jets, étais-je vue de toi, Aconce ; peu t-être ma sim plicité te parut-elle pouvoir se laisser prendre. Je reviens au tem ple de Diane, qu’exhaussent des degrés : est-il un lieu qui dût être plus sûr? A m es pieds e st jetée une pom m e avec l’inscription que tu connais. H élas! je t’ai presque, m aintenant encore, prêté le serm ent. Ma nourrice la recu eille, et, dans sa surprise : « Lisez tout, » dit-elle. J’ai lu, grand poète, les insidieuses paroles. Au m ot d’hym en que j’avais prononcé, pénétrée de confusion, je m e sentis rougir de tout m on visage, et je tenais m es yeux com m e attachés fixem ent sur m on sein , ces yeux qui avaient prêté leur m inistère à ta déterScdula m e n u trix alias quoque ducit in ædes, E rram usque vago per loca sacra pede» E t m odo p o rticib u s sp atior, m odo m u n era regum M iror et in cunctis stantia signa locis. M iror e t in n u m eris stru c ta m de cornibus a ra m . E t de qua pariens arbore nixa Dea e st; E t quæ præ terea (neque enim m em inive, libetvc, Q uidquid ibi vidi, dicere) Delos habet. F o r s i t a n hæc spectans, a te speclabar, Aconti ; Visaque sim plicitas est m ea posse capi. In tem plum redeo gradibus sublim e Dianæ : T utio r hoc ecquis d e b u ite sse locus? M iltitur ante pedes m alum , cum carm in é lali. Hei m ih i! ju rav i nunc quoque pæ ne tib i. S u stulit hoc n u trix , m irataquc ; « Perlegc, * dixit. Insidias legi, m agne poêla, tuas. Nomine conjugii dicto, confusa pudore Sensi m e totis eru b u isse g en is; Lum inaque in grem io, veluti defixa, tenebam , L um ina propositi facta m in istra tu i. É P I T R E XXI. 205 m ination. Scélérat, pourquoi te réjouir? quelle gloire t’est acquise? quel m érite y a -t-il à un hom m e de trom per une jeune fille? Je ne m ’étais pas présentée à toi, la hache en arrêt et le bouclier au bras, telle que P en thésilée dans les cham ps d’Ilion ; aucun baudrier d’Amazone à la ciselure d’or ne te fut un butin pris sur m oi com m e sur Hippolyte. Pourquoi ces trans ports, parce que tes discours ont été pour m oi un leu rre, parce qu’une jeune fille sans expérience s’est laissée prendre à tes ruses ? Une pom m e a séduit Cydippe et la fille de Schœ néus. Désorm ais tu seras donc un second Hippomène. Mais il eût m ieux valu (si tu étais subjugué par cet enfant que tu dis avoir je ne sais quel flambeau) prendre exem ple sur les bons, et 11 e pas détruire par une fraude tes espérances : il fallait me désarm er par des prières et non par la violence. Pourquoi, lorsque tu m e recherchais, ne pensais-tu pas devoir déclarer ce qui était de nature à te faire rechercher de m oi ? Pourquoi voulais-tu plutôt m e forcer que m e persuader, si je pouvais m e laisser prendre à une proposition d ’hym en? A quoi te servent m aintenant cette form ule sacram entelle, et cette langue qui attesta la présence d ’une déesse? C’est l ’âm e qui ju re; je Improbe, quidgaudes? aut quæ tibi gloria parta est? Quidve v ir, elusa virgine, taudis habes? lNon ego co n stiteram suinta p e lta ta seeuri, Qualis in Iliaco P enthesilea solo ; N ullus Amazonio cæ latus balteus auro, Sicut ab H ippolyte, præ da re la ta tib i est. V crba, quid exsultas, tu a si m ihi verba d e d eru n t, Sum que p arum prudens capta puella dolis ? Cydippen pom um , poraum Schœ neïda cepit. T u n u n c H ippom enes scilicet a lle r eris. At fu e ra t m elius (si le p u e r iste len eb at, Quem tu nescio quas dicis h abere faces), More bonis solito, spem non corrum pere fraude : E xoranda tibi, non capienda fui. C ur, m e quuin p e te re s. ea non profitenda p utabas, P ro p te r quæ nom s ipse petendus eras? Cogéré c u r p o tiu s, quam persuadere, volebas, Si poteram , audita conditione, capi? Quid tibi nunc p ro dest ju ra n d i form ula ju ris, L inguaque præ sentem testificata Deam ? T . I. n ’ai rien juré de concert avec elle. Elle seule peut accréditer un serm ent. C’est la réflexion et un sen tim en t raisonné qui ju re; le choix seul lie la*volonté. Si j ’ai voulu te prom ettre ma m ain, exige 1’exéculion de cette p rom esse, c ’est une justice qui t’est due ; m ais si je n’ai rien d o n n é , horm is une parole sans intention, en vain lu as obtenu des m ois dé pourvus d’efficacilé. Je n ’ai pas juré, j'ai lu des paroles qui juraient : ce n ’est pas de cette m anière que devait m ’être choisi un époux. Trompe ainsi d’autres fem m es : que l ’épître suive la pom m e. Si ce m oyen te réu ssit, tu n ’as qu’à t’approprier l ’o p u len ce du riche. Fais jurer aux rois qu’ils te donneront leurs royaum es : tout ce qui te plaira dans l’univers va bientôt être à toi. Tu es beaucoup plus puissant, crois-m oi, que Diane e lle m êm e, si ton écrit a cette propriété m erveilleuse. Cependant, lorsque j’ai ainsi parlé, lorsque j’ai ferm em ent refusé de t ’appartenir, lorsque j ’ai bien soutenu la cause de m a prom esse, je crains, je l’avoue, la colère de la fille de Latone, et je la soupçonne d’être l ’auteur de m on m al. P ourquoi, en Q uaejurat, m ens cst; nil conjurav im us illa. lila fidem d ictis sd d e re sola polest. C onsilium pru den squ e anim i sen tentia ju ra t, Et, nisi ju d icii, vincula nulla v alent. Si tib i conjugium volui p ro m ille re nostru m , Exige pollicili debita ju ra lo ri; Sed si nil dedim us, praeter sine peclore vocem» Verba suis fru itra v irib u s orba tencs. Non ego ju rav i, legi ju ra n tia verba : Vir m ihi non isto m ore legendus eras. Decipe sic alias ; succedat epislola pom o. Si valet hoc, m agnas divilis au fer opes. Fac ju r e n t reges sua se tib ire g n a d alu ro s: Sitque lu u m toto quidquid in orbe placel, M ajor es hac ipsa m ulto, m ih i crede, Diana, Si lua tarn praesens litera num en habet. Q u u m tarnen h a c c dixi, quum me tibi firma negav/, Quum bene prom issi causa pcracla m ei est, Confileor, lim co saivae Latoidos iram , E l corpiis liedi susp icor indc incum . É P I T R E XXI. 207 effet, toutes les fois que la cérém onie nuptiale se prépare, les m em bres de la fiajicée tom b en t-ils de langueur? Trois fois déjà l’Hyménée, venu aux autels dressés pour cette fêle, a fui le seuil de la cham bre nuptiale. A peine sa main paresseuse ranim e les flam beaux, autant de fois arrosés de l ’huile, à peine il en a agité la lu m ière, qu’elle s’éteint. Souvent ses cheveux couronnés distillent les parfum s, et il traîne un m anteau où brille l’éclat de la pourpre; lorsqu’il a touché le seuil, il voit des larm es et l ’appréhension de la m ort, il voit tout contraster avec cet appa r eil; lu i-m êm e alors il jette au loin les couronnes détachées de sa tête, et essuie le cinriam om e dont l ’épaisse liqueur rend sa chevelure lisse ; il a honte d’être seul joyeux dans une troupe attristée ; la rougeur du m anteau passe sur son front. Cependant, m alheureuse ! m es m em bres sont em brasés des feux de la fièvre, et les tissus qui m e couvrent sont trop pesants pour m oi. Je vois m es parenls éplorés sur m on visage ; au lieu de la torche de Thym énée, je vois la torche de la m ort. Épargne une m alade, déesse que charm e le carquois pein t; prêle-m oi dès à présent la salutaire assistance de ton frère. 11 est honteux Nam quare, quoties socialia sacra p a ra n lu r, N upturæ to ties languida m em bra ca d u n t? T er m ih i ja m veniens positas Hym enæus ad aras F u git, et e th alam i lim ine terga dédit. Vixque m anu pigra to ties infusa re su rg u n t L um ina, vix m oto c o rrip it igne faces, Sæpe eoronatis stillant u n g u en ta capillis, E t tra h itu r m ulto splendida palla croco; Quum te tig it lim en , lacrym as m ortisque tim orem C ernit, e t a c u ltu m ulta rem ota suo ; Projicit ipse sua deductas fro n te coronas, Spissaque de nitidis te rg it am om a com is ; E t p u d et in tristi læ lum consu rg ere tu rb a ; Q uique e ra t in palla, tra n sit in ora ru b o r. At m ih i, væ m iseræ ! lo rre n tu r febribus a rtu s, E t gravius ju sto pallia pondus habent. N ostraque ploran tes video super ora parentes; Et, face pro thalam i, fax m ih i m o rtis adest. Parce lab o ran ti, picta Dea læ ta pbaretra ; Raque salutiferam jam m ihi fratris opem . _________________ 'n 208 HÉROÏDES. pour toi qu’il écarte les causes du trépas, et que tu sois, au c o n traire, l’artisan de ma m ort. Lorsque tu voplais te laver sous l’om brage dans une fontaine, ai-je porté sur ton bain des regards indiscrets? Ai-je négligé tes autels, parm i ceux de tant de divi nités? ma m ère a-t-elle m éprisé la tienne? Ma faute est d’avoir lu un parjure, d’avoir été savante pour des caractères de m alheur. Toi de m êm e, si ton am our n’est pas m ensonger, brûle pour m oi de l’encens : qu'elles m e serven t, les m ains qui m ’ont nui. Pourquoi te rends-tu im possible l’union de la jeune fille, qui s’irrite d’être encore ta fiancée san s t’appartenir? Tu as tout à espérer d’elle vivante; pourquoi l’im pitoyable déesse arrachet-elle, à m oi la vie, à toi l’espérance de m e posséder? Et ne crois pas que celu i qu’on m e destine pour époux ré chauffe avec ses m ains m es m em bres m alades : il s’assied, il est vrai, près de m oi, autant qu'on le lui perm et; m ais il se souvient que m on lit est celui d’une vierge. Déjà m êm e il sem ble s’être aperçu de je ne sais quoi à m on sujet, car ses larm es coulent souvent pour une cause inconnue. Il est m oins hardi T urpe tibi est, ilium causas depellere leti, Te contra titu lu m m ortis habere meae. Num quid, in um broso quum veiles fonte lavari, Im prudens vultus ad tu a labra tu li? Praeteriine tuas de to t coelestibus aras? Atque tua est nostra sp reta p a re n te parens ? Nil ego peccavi, nisi quod p erju ria legi, Inque parum fausto carm in e docta fui. Tu quoque p ro nobis, si non m en tiris am orem , T ura fe ras: p ro sin t, quae nocuere, m anus. C ur, quae succenset, quod adhuc tibi pacta puella Non tua fit, fieri ne tu a possit, agis ? Omnia de viva tibi su n t speranda ; quid a u fert Saeva m ihi vitam , spetn tibi Diva m ei? N ec tu credideris ilium , cui destin o r uxor, yEgra superposita m em bra fovere ra a n u : Adsidet ille quidem , q uantum p e rm ittitu r ipsi, Sed m em init nostrum virginis esse torum . Jam quoque nescio quid dc me scnsisse videtur, Nam lacrymae causa saipe latente cadunt. ^ » I 4 É P I T R E XXI. 209 dans ses caresses, il reçoit de rares baisers, et il m ’appelle son épouse d’une voix tim ide. Je ne suis pas surprise qu’il s’en soit aperçu, puisque je m e trahis avec affectation : lorsqu’il vient, je m e tourne du côté droit, et, loin de parler, je ferm e les yeux pour feindre le som m eil ; ch erch e-t-il à m e toucher? je repousse sa m ain. Il gém it, et son cœ ur soupire en secret ; il m e croit offensée, quoique sans le m ériter. M alheureuse ! que tu t ’en réjouisses et que tu y trouves du plaisir ; m alheureuse ! de t ’a voir confié m es sentim ents. Si j’étais juste, tu serais plus digne de m a colère, toi qui m e tendais des pièges. Tu m ’écris de te laisser voir ce corps affaibli... Tu es loin de m oi, et de là m êm e tu m ’affliges ! Je m’étonnais que tu portasses le nom d’Aconce : c’est que tu as un dard qui b lesse de loin . Je n e suis certainem ent pas guérie encore d’une telle blessure ; ta lettre m ’a frappée de loin com m e un javelot. Et pourquoi venir ici? sans doute pour y voir un déplorable corps, double trophée de ton mauvais gén ie. Je suis dans l’affaissem ent de la m aigreur; je n ’ai plus de sang dans les veines, et m a couleur est celle que Et m inus aud acter b la n d itu r, et oscula ra ra Accipit, et tím ido m e vocat ore suam . Nec m iro r sensisse, notis quum p ro d ar ap e rtis: In d e x tru m versor, q u u m v e n itille , la tu s; Nec loquor, e t tecto sim u la tu r lum ine som nus; C aptantem tactus rejicioque m anum , Ing em it, et tácito su sp irat pecto re; m eque Offensam, quam vis non m e reatu r, h ab et. Hei m ihi ! quod gaudes, e t te ju v a t ista voluptas ; Hei m ih i! quod sensus sum tibi fassa meos. Si m ens aequa foret, tu nostra ju stiu s ira, Qui m ihi tendebas retia, dignus eras. Scribis u t invalidum liceat tibi visere corpus...... Es procul a nobis, et tarnen inde noces ! M irabar, quare tib i nom en Acontius e s s e t: Quod faciat longe vuln us, acum en habes. Certe ego convalui nondum de vuln ere ta li; Ut jaculo, scriptis em inus icta tuis. Quid tarnen huc venias? sane u t m iserabile corpus, Ingenii videas bina tropica tui. 12. 210 I1E R O Ï D E S . j e m e souviens d’avoir trouvée à ta pom m e. A la pâleur de m on teint ne se m êle pas un vif incarnat : tel se présente l’aspect d’un marbre nouvellem ent laillé ; telle aussi la couleur de l ’argent dans les festins, lorsqu’il pâlit frappé de froid par un e onde glaciale. Si tu m e voyais présentem en t, tu soutiendrais ne m ’a voir pas vue jadis : « E lle ne vaut pas la p ein e, dirais-tu , que je la recherche. » Tu m e relèverais alors du serm ent qui me lie ; et tu désirerais que la déesse l ’oubliât. P eu t-être alors te ferais-tu prêter un serm ent contraire au prem ier, et m ’enver rais-tu d’autres paroles à lire. Mais cependant pu isses-tu m e voir, com m e tu le dem andais, et connaître dans quel état de langueur est ta fiancée ! Quoique tu aies le cœ ur plus dur que le fer, tu im plorerais de toi-m êm e, en m on nom , ma délivrance. Toutefois, pour que tu n ’en ignores pas, on dem ande au dieu qui dicte ses oracles à Delphes, par quel m oyen je pourrais être rappelée à la santé. Lui aussi, tém oin de m es serm ents, se plaint, si l’on en croit un bruit vague de renom m ée, que j ’ai violé je ne sais quel engagem ent, C oncidim us m acie; color est sine sanguine, qtialem In pom o rtfe ro m enle fuisse tuo. Candida nec m ixto sublucent ora rub o re : Form a novi talis m arm oris esse s o le t; A rgenti color est in te r convivia talis, Quod tactum gel id in frig o re pallet aquae. Si m e n u n c videas, visam p riu s esse negabis : « A rte nec est, dices, ista petenda m ea. » P rom issique iidem , ne sim tibi ju n c ta , re m ilte s; E t cupies illud non m em inisse Deam. F o rsitan el facies ju re m u t co n traria rursu s, Quaeque Legam, m itles altera verba m ih i. S ed tam en adspiceres vellem , p ro u t ipse rogabas, E t discas sponsac languida m em bra tuae. D urius et ferro quum sit tib i pectus, Aconti, T u veniam nostris vocibus ipse petas. Ne tam en ignores, ope qua revalescere possim , Q uaeritur a Delphis fata canente Deo. Is q'toquc nescio£quam nu n c, u t vaga lam a su su rra t, Neglectam q u e rilu r testis habere (idem. É P I T R E XXI. 214 Voilà ce que prononcent de concert et le dieu p o ë te , et les vers que j'ai lu s; ne m an q u e-t-il donc à tes vœ ux aucun vers? d’où te vient une telle faveur? sinon de quelque lettre nouvelle que tu auras trouvée, pour charm er les grands d ieux. Puisque les dieux te favorisent, je m e soum ets m oi-m êm e à leur em pire, et, vaincue, je souscris volontiers à tes vœ ux. J’ai m êm e, pleine de confusion et les yeux attachés à la terre, avoué à ma m ère le pacte de ma langue abusée. Le reste dépend de tes soins, j ’ai été plus loin qu’une jeune fille, puisque ce papier n ’a pas craint de converser avec toi. Assez déjà ma plum e a lassé m es m em bres affaiblis : ma m ain m alade m e refuse plus longtem ps son m i n istère, m ais que reste-t-il à ma lettre, après le désir de m ’unir à toi? que d’ajouter à ces lign es : « Adieu. » Hoc Deus et vates, hoc et m ea carm ina dicunt. An desunt voto carm ina nulla tu o ? Unde tibi favor h ic? nisi quod nova forte reperla est, Q uæ capiat m agnos litera lecta Deos. T eque tenente Deos, num eu sequor ipsa Deorum, D-^que libens victas in tua vota m anus. Fassaque sum m atri deceptæ fœ dera linguæ , L um ina fixa tenens, plena pudoris, hum o. C æ tera cura tua est. Plus hoc quoque virgine factum , Non tim u it tecum quod m ea c h arta loqui. Jam satis invalidos calamo lassavim us a rtu s , Et m anus ofiicium longius æ gra negat. Q uid, nisi quod cupio me jam conjungerc tecum , P estât, u t adscribat litera nostra, « Vale? » LE REMÈDE D’AMOUR T R A D U C T IO N DE M. H É G U IN DE G U E R L E A N C I E N I N S P E C T E U R D ’A C A D É M I E SOIGNEUSEMENT REVUE PAR M. J .-P . C H A R P E N T I E R PRÉFACE Ne vous y trompez pas : ce Remède d ’am our n’en est pas le remède ça en e st, tout au plus, un palliatif, ou, pis encore, un dérivatif. Ovide nous dit bien que, semblable à la lance d’A chille, son vers sait guérir les blessures qu'il a faites : V ulnus in H erculeo quæ quondam fecerat hosle V ulneris auxilium P elias h asta t u l i t 1. Cette comparaison est plus ingénieuse que juste; car, selon la re marque d’un traducteur, M. Héguin de Guerle , ce pclil poëme de vrait être intitulé : Conseils pour devenir infidèle; c’est, en effet, contre les dangers d’une trop grande constance qu’Ovide cherche à prémunir ses disciples, h’infidélité, c’est là toute sa recette contre le mal d’amour. 11 se contente de donner des conseils fort peu édifiants ; H ortor et, u t binas p otius habeatis am ieds; F o rlio r est, plures, si quis liabere potest ~ ; conseils que Lucrèce avait déjà donnés: tjlcu s enim vivesclt et inveterascit alendo ; In q u e dies gliscit fiu o r, atque æ rum na gravescit, 1 H éroïdes, v. 2Vers 441. 47. 210 PR É F A C E. Si non prim a novis conturbes volnera p la g ie , Voitivagaque vague V enere anle_reeentia cures *. On a donc eu raison de dire que « le remède serait pire que le mal ». Du reste, toujours ami des belles, Ovide déclare que, dans les con seils qu’d donne aux hommes, il a également en vue les femmes, et que, si les artitices qu’il enseigne à ceux-ci peuvent tourner contre elles, elles doivent néanmoins en profiter pour se tenir en garde contre l’usage qu’ils en pourraient faire. Quoi qu’il en soit, ce petit poëme a son agrément, même après l'A rt d ’aim er et les A m ours; mais il est plus propre à envenimer qu’à guérir le mal qu’ils auraient fait. Presque tous les traducteurs de cet ouvrage l’ont divisé en deux chants; mais l'ancienne édition de la Bibliothèque nationale n’offre pas cette coupure, rejetée, d’ailleurs, par Daniel Heinsius, par Burrnann, par Schrévélius, et par M. Lemaire, dans sa collection des classiques latins. J.-P. C. 1 De Natura, liv. IV, vers 1062 et sqq. LE R E M È D E D’A MO U R D E P. O V I D E L ’A m our avait lu le titre de cet ouvrage : « C’est la gu erre, je le vois, c’est la guerre, d it-il, qu’on m e déclare ! » Cesse, ô Cupidon ! d’accuser ton poëte ; m oi qui tant de fois sous tes ordres ai porté l ’étendard que tu m ’avais confié! Je ne suis point ce Diomède par qui fut blessée ta m ère, quand les chevaux de Mars la transportèrent, sanglante, aux dem eures éthérées. D’au- P. O V I D I I N A S O N I S R E M E D I O R U M AMOR1S LIBER UNUS L e ger AT h u ju s A m o rlitu lu m nom enque libelli; « Bella m ih i, video, bella p a ra n tu r, « a il. l'arce luum valem sceleris dam nare, Cupido ; T radita qui tolies, le duce, signa tuli. ISon ego Tydides, a quo tua saucia m ater ln liq u id u m re d iilæ th e ra M artis equis. T. I. 13 ‘218 LE RE MÈ DE D ’AMOUR. très jeunes gens brûlent souvent d’un t'eu tièd e; m oi, j ’ai tou jours aim é; et si tu m e dem andes ce que je fais en ce m om ent : j ’aim e encore. Bien plu s, j ’ai enseigné l’art d’obtenir tes faveurs, et de rem placer par les préceptes de la raison les élans d’une passion aveugle. Non, on ne m e verra point, parjure à m es leçons, te trahir, aim able enfant, et, chantant la palinod ie, dé truire m on propre ouvrage Que l’am ant d’une beauté qui le paye de retou r, jouisse avec ivresse de son bon heur, et livre sa voile aux vents propices! Mais s’il est un infortuné qui gém isse dans les fers d’une indigne m allresse, pour échapper à sa p erte, q u ’il reçoive les secours de m on art. Pourquoi souffrir que, suspendu par un nœ ud étroit à une poutre élevée, un am ant périsse de celte triste m ort? qu’un autre enfonce dans ses entrailles un fer hom icide ? Ami de la paix, Cupidon, tu as le m eurtre en horreur. Tel, s’il ne cesse d’aim er, va m ourir, victim e d’un amour m alheureux ; qu'il cesse donc d’aim er; et tu n ’auras causé la m ort de personne. Tu es un enfant, tu ne dois connaître que les jeux ; sois donc le roi des plaisirs : ce doux em pire convient à ton âge. Tu peux, je le Sæpe tep en t alii juvenes ; ego sem per am a v i; E t si, quid faciam nunc quoque, quæ ris : am o. Qllin etiam riocui, qua possis a iie p a ra ri, E tq u o d nunc ratio est, im petus a n te fuit. Nec te , blande puer, nec nostras p ro d im u sa rle s; Nec nova p ræ teritu m Musa retex it opus. Si quis am at, quod am are ju v at, l'eliciter ardens G audeat, et vento naviget ille suo. At, si quis maie fe rtin d ig n æ régna puellæ , Ne p ereat, nostræ sen tiat a rlis opem . Cur aliquis, collum laqueo nodatus al) arcto, E lra b e su b lin u triste pependit on u s? C ur aliquis rigido fodit sua viscera ferro ? Invidiam cædis, pacis a m ato r, habes. Qui, nisi d esierit, m iscro p e ritu ru s am ore est, ü esin at, et nulli fu u eris auclo r eris. p u er es; nec te quidquam , nisi ludere, oportet Lude ; decent annos m ollia régna luos. L E R E M È D E D ’A MO UR . 219 sais, tirer de ton carquois des flèches acérées ; m ais ces flèches ne sont jam ais teintes de sang. Laisse Mars, ton beau-pére, brandir dans les batailles et la lance e t l ’épée ; qu’il en sorte en vainqueur et les bras ensanglantés du carnage: toi, ne livre d’autres com bats que ceux où t'instruisit V énus; ceu x-là du m oins sont sans danger, jam ais ils n ’ont réduit une m ère à pleurer la m ort de son fils. Fais que dans une querelle nocturne, un e porte soit brisée, qu’une autre soit ornée de nom breuses couronnes ; pro tège les secrets rendez-vous des jeunes gens et de leurs tim i des m aîtresses ; in sp ire-leu r des ruses pour duper un m ari soupçonneux. Fais qu’un am ant adresse tour à tour de tendres prières et de violentes im précations à la porte inflexible de sa belle, et que, repoussé par elle, il chante ses tourm ents sur un ton plaintif. C ontente-toi de faire verser des pleurs, sans qu ’on puisse t’accuser d’aucune m ort : ton flambeau n’est point fait pour allum er les bûchers dévorants. Je disais ; et l’Am our, agitant ses ailes diaprées : « Poursuis, m e d it-il, ton nouvel ouvrage. » Accourez donc à m es leçons, jeunes gens trom pés par Vos m aîtresses, et qui n ’avez trouvé que des dé ceptions en am our. Je vous enseignai l ’art d’aim er ; apprenez de Nam poleras uti nudis ad beila sagittis* Sed tua letifero san guine tela carent. V itriciis et gladiis et acuta dim icet hasta ; Et Victor m u lta cæde cruentus eat. T u cole m atern as, tu to quibus u tim ur, artes, E t quarum vitio nulla fit orba parens. Eflice nocturna fra n g a tu r ja n u a rixa ; Et teg at o rn atas m ulta corona fores. Fac coeant fu rtim juven es, lim idæ que puellæ , V erbaque d e n t cauto qualib et a rte viro. E t modo blanditias, rigido modo ju ig ia posti Dicat, etexclusus flebile c an tet am ans. His lacrym is contentus eris, sine crim inc m orlis. Non tu a fax avidos digna subire rogos. Hæc ego. Movit Amor gem m atas aureus alas ; E t m ibi : « P ropositum perfice, dixit, opus. » Ad m ea, decepti juvenes, præ cepta venite ; Quos suus ex om ni p arle fefellit am or. LE REMÈDE D ’AMOUR. m oi l’arl de n ’aim er plus. La m ain qui vous blessa saura vous guérir. Le m êm e sol produit des plantes salutaires et d es herbes nuisibles ; et souvent l’ortie croît prés de la rose. T élèphe, le lils d ’IIercule, avait été blessé par la lance d’A chille ; la lance d’Achille cicatrisa sa blessure. Mais, jeunes beautés, je vous en avertis, toutes m es leçons ne s’adressent pas m oins à vous qu à vos am ants : je donne à la fois des arm es aux deux partis. Si, parm i m es préceptes, il en est dont vous ne pouvez faire usage, ils vous offriront du m oins des exem ples dont vous pourrez profiter. Mon but est utile : je veux éteindre des flam m es cru elles, et affranchir les cœ urs d’un honteux esclavage. Phyllis eû t vécu plu s longtem ps, si j ’eu sse été son m aître : elle se rendit n eu f fois sur le bord de la m er; elle y fût retournée plus souvent. Didon, m ourante, n ’eût point vu, du haut de son palais, la flotte des Troyens livrer ses voiles aux vents ; le désespoir n'eût point arm é contre le fruit de ses entrailles cette m ère cruelle qui versa son propre sang pour se venger d’un époux parjure. Grâce à m on art, Térée, bien qu’épris de P hilom èle, n ’eût point m érité par un crim e ‘2 20 Discite san ari, p er quem didicistis am are. Una m anus vobis vuln us opem que feret. T erra salulares herbas, eadem que nocentes, JNutrit, et u rtic æ próxim a sæpe rosa est. V ulnus in H ercúleo quæ quondam fecerat liosle, V ulneris auxilium Pelias hasta tulit. S ed qm ecum que viris, vobis quoque dicta, puellæ , C rédité : diversis p a rtib u s arm a dam us. E quib u s ad vestros si quid non p e rtin e t usus, A ttam en exem plo m ulta docere po iest. Utile propositum , sævas extingu ere flam m as; Nec servum vitii pectus hubere sui. Vixisset Phyllis, si me foret usa m agistro ; E t per quod novies, sæ pius isset ite r. Nec m oriens Dido sum m a vidisset ab arce D ardanidas v. nto vela dedisse rates ; Nec dolor arm asset contra sua viscera m alrem , Quæ socii dam no san guinis u lla virum est. Arte mea T ereu s, quam vis Philom ela placeret, P er facinus fieri uon m eru isset avis. LE REMÈDE D’AMOUR. 221 d’être changé en oiseau. Donnez-m oi Pasiphaé pour élève : elle cessera d’aimer un taureau ; donnez-m oi Phèdre : sa flamme in cestueuse va s'éteindre. Que Paris m e soit rendu : Ménélas pos sédera en paix son H élène, et Pergam e vaincue ne tom bera pas sous la m ain des Grecs. Si l’im pie Scylla eût lu m es vers, le cheveu de pourpre fût resté sur la tête de Nisus. Mortels, croyezm oi; renoncez à de funestes passions; prenez-m oi pour pilote, votre barque et ses passagers vogueront sans danger vers le port. Vous avez dû lire Ovide, lorsque vous apprîtes à aim er : c’est encore Ovide qu’il vous faut lire aujourd’h u i. D éfenseur public, je veux délivrer vos cœ urs de la servitude : que chacun de vous seconde les efforts que je fais pour l’affranchir. Inventeur de la poésie et de la m édecine, divin Phébus, je t’invoque ! sois-m oi propice : poète et m édecin à la fois, j ’ai droit à ton puissant secours; n'es-tu pas le protecteur de ces deux arts? Si vous vous repentez d’aim er, arrêtez-vous dès les prem iers pas, quand votre cœ ur n ’est encore que faiblem ent ém u ; étouf fez dans son germ e ce m al naissant ; et que, dès l’entrée de la carrière, votre coursier refuse d'avancer. Tout s’accroît par le Da milii Pasiphaen : jam tau ri ponet am orem ; Da Phædram : Phæ dræ tu rp is ab ib it am or; R edde Parin nobis : H elenen M enelaus habebit, Nec m anibus Danais Pergam a victa cadent. Im pia si nostro s legisset Scylla libellos, Hæsisset capiti p u rp u ra, Nise, tuo. Me duce, dam nosas, hom m es, com pescite curas : R ectaque cum sociis, m e duce, navis eat. Naso legendus e ra t, lune quum didicistis am are; Idem nunc vobis Naso legendus erit. P ublicus adsertor dom inis oppressa levabo Peclora : vindictæ quisque favele suæ . T e precor, o vates, adsit tua laurea nobis, C arm inis, et m edieæ , Phœ be, re p e rto r opis. Tu p a riter vati, p a rite r su ccu rre m edenti ; U traque tutelæ subdita cura tuæ. D m licet, et m odici ta n g u n t præ cordia m olus; Si piget, in prim o lim ine siste pedem. O pprim e, dum nova su n t, subiti m ala sem ina m orbi ; E t tm is, incipiens ire, résistât equus. 222 LE REMÈDE D ’AMOUR, tem ps; le tem ps m ûrit les raisins; il change une herbe tendre en robustes épis. Cet arbre qui m aintenant offre aux prom eneurs son vaste om brage, lorsqu’on le planta, n’était qu’un faible scion. Alors ses racines étaient à fleur de terre, et l’on pouvait l’arra cher avec la m ain ; m aintenant qu’il a pris toute sa force, il s’enfonce profondém ent dans le sol. Qu’un rapide exam en vous apprenne quel est l’objet de votre am our, et secouez le jou g qui doit un jour vous blesser. Com battez le m al dès son principe : il est trop lard pour y porter rem ède, lorsqu’il s’est fortifié par de longs délais. Ilàtez-vous donc, et ne différez point d’heure en heure votre guérison. Si vous n ’êtes pas prêt aujourd’hu i, dem ain vous le serez encore m oins. L’am our a toujours des prétextes pour gagner du tem ps et trouve un alim ent dans nos retards. Le jour le plus proche est toujours le plus convenable pour nous affranchir de ses liens. Vous voyez peu de fleuves larges dès leur source ; la plu part se grossissent des ruisseaux qui se jetten t dans leur sein . Si tu avais com pris plus tôt l’énorm ité'du crim e que tu le prépa rais à com m ettre, ton visage, ô Myrrha! ne serait point couvert Nam m ora dat v ire s ; te ñ e ra s m ora perco q u it uvas, E t validas segetes, quod fuit herba, facit. Quae praebet latas a rb o r sp a tia n lib u s tim bras, Quo posita est prim um tem porc, virga fuit. Tum poterat m anibu s sum m a tellure revelli : N unc stat in im m ensum v irib u s aucta suis. Quale sit id quod am as, celeri circum spicc m en te; E t tua laesuro su b lrah e colla ju g o . P rin c ip a s obsta : sero m edicina p a ra tu r, Quum m ala per longas convaluere m oras. Sed propera ; nec te venturas differ in horas. Qui non est hodie, eras m inus a p tu s e rit. Verba dat om nis am or, re p e ritq u e alim enta m orando. Optima vindictae próxim a quinqué dies. Flum ina pauca vides de m agnis fonl bus orla : Plurim a collectis m ulliplicanlur aquis. Si cito sensisses quantum peccare p a ra re s, Non tegeres vultus cortice, M yrrha, tuos. LE REMÈDE D'AMOUR. 232 d’écorce. J’ai vu des plaies qui d’abord étaient faciles à guérir, devenir incurables pour avoir été longtem ps négligées. Mais on aime à cueillir les fleurs du plaisir, et l’on se dit chaque jour : Il sera temps dem ain ! Cependant une flam m e secrète circule dans nos veines, et l’arbre nuisible jette de profondes racines. Si le tem ps propice aux rem èdes est une fois passé, si l ’am our a vieilli dans le cœ ur dont il s’est em paré, la tâche du m édecin est plus difficile. Mais, parce qu’on m ’a appelé trop tard au che vet d’un m alade, je ne dois point pour cela l’abandonner. Quand le héros, fils de Pæan, fut blessé, il eût dû couper d’une m ain hardie la partie m alade; m ais on dit cependant que, guéri plu sieurs années après, il term ina la guerre de Troie. Je vous pressais tout à l’heure d’attaquer le m al à sa nais sance ; m aintenant je ne vous offre que des secours lents et tardifs : tâchez, si vous le pouvez, d’éteindre l’incendie qui com m ence, ou attendez qu'il succom be à sa propre violence. Quand un hom m e se livre aux élans de sa fureur, cédez à son em porte m ent : il serait difficile d’en arrêter la fougue im pétueuse. In- Vidi ego, quod prim o fuerat sanabile, vulnus D ilatum longae dam na tu lisse mora?. Sed, quia deiectat Veneris decerpere flores, Dicimus adsidue : Cras quoque fiet idem . ln te rea tacitse serp u n t in viscera flammoe, Gt m ala radices altius a rb o r a sit. Si (am en auxilii p e rie ru n t tem pora prim i, Et vetus in capto p ectore sedit a m o r; Majus opus su p e re s t; ?ed non, quia serio r ccgro Advocor, ille milii destiluendus e rit. Quam lsesus fucrat partefn Pieantius heros, C erta d ebuerat prtvsecuisse m anu : Post tarnen hie m ultos sanatus c re d itu r annos Suprem am bellis im posuisse m anum . Qi'i modo nascentes properabam p ellere m orbos, Admoveo tardam nunc tibi lentus opem . Aut nova, si possis, sedare incendia te n te s; Aut ubi per vires pro cub uere suas. Quum furor in cursu est, c u rren ti cede fu ro ri : Difficiles ad itus im petus om nis habet. 224 LE RE MÈ DE D ’AMOUR. sensé le nageur, qui peut descendre un fleuve en le traversant obliquem ent, et s’efforce de lutter contre le courant. Un esprit im patient et rebelle encore au secours de l’art, rejette et déteste les avis qu'on lui donne. Vous l ’aborderez avec plus de su ccès, lorsqu'il vous perm ettra de toucher ses blessures et sera dis posé à écouter la raison. P eut-on, à m oins d’avoir perdu l ’es prit, défendre à une m ère de pleurer aux fu n érailles de son fils? Ce n ’est point le m om ent de l’engager à la résign ation . Quand elle aura donné un libre cours à ses larm es et sou lagé son cœ ur affligé, alors on pou rra, par des paroles con solan tes, m odérer l’excès de sa douleur. La m édecine n ’est, pour ainsi dire, que l’art de bien prendre son tem ps. Donné à propos, le vin est salu taire; donné à contre-tem ps, il est nui sible : si vous ne com battez pas un défaut en tem ps utile, vous n e ferez, en voulant le réprim er, que l'irriter et l ’enflam m er da vantage. Lors donc que vous vous sentirez en état de profiter des secours de m on art, docile à m es con seils, fuyez d’abord l’oisiveté. L’oisi veté fait naître l’am our, et l’entretient une fois qu’il est n é: elle est à la fois la cause et l ’alim ent de ce m al si doux. Otez l’oisiveté, S tultus, ab obliquo qui quum descerniere possit, P u gnat in adversas ire n a la to r aquas. Iinpaliens anim us, nec adliuc tractabilis a rte , R espuit. aique odio verba m on entis habet. A dgrediar m elius tunc quum sua vulnera tangi Jam sinet, et veris vocibus aptus e rit. Quis m atrem , nisi m entis inops, in fun ere nati Flere vetet? non hoc ilia m onenda loco. Quum d ed erit lacrym as, anim um qiue expleverit oegrum, Ille dolor verbis em oderandus e rit. T em poris ars m edicina fere e s t : data tem pore p ro su n t, E t data, non apto tem pore, vina nocent. Quin etiam accendas vitia, irrile sq u e vetando, T em poribus si non adgrcdiare suis. E i\ go, ubi visus eris nostra* m edicabilis arti, Fac m onitis fugias olia prim a m eis. Hícc, u t am es, faciunt : base, u t fecere, tu e n tu r • Hpcc sunt jucundi causa cibusque mali. j i , LE REMÈDE D ’AMOUR. 225 et vous briserez les traits de l’Am our; son flam beau s’éteint et n’est plus qu’un objet de m épris. Autant le platane aim e qu’on l’arrose de vin, le peuplier d’une onde pure ; autant le roseau marécageux se plait dans une terre lim oneuse, autant Vénus aime l’oisiveté. L’am our fuit le travail : vous donc qui voulez le bannir de votre cœ u r, occupez-vous, et votre salut est assuré. La nonchalance, un som m eil que personne n ’a le droit d ’in ter rom pre, le jeu et de trop fréquentes libations ébranlent le cer veau, et, sans faire à l’âm e de profondes blessu res, lui enlèvent toute son én ergie; alors l’Amour, la trouvant sans d éfense, s'y introduit par surprise. Compagnon ordinaire de la fainéantise, l’Amour fuit les gen s laborieux. Si votre esprit est vide, donnezlui quelque travail qui le tienne occupé. Vous avez pour cela le barreau, les lois et des am is à défendre. R endez-vous en ces lieux où les candidats se disputent l’honneur des dignités ur baines ; ou, jeune volontaire, préludez aux jeux sanglants de Mars : bientôt les voluptés se retireront vaincues. Le Parthe fu gitif vous offre à son tour l’occasion d’un brillant triom phe : déjà, dans son propre cam p, les arm es de César s’offrent à ses yeux Otia si tollas, p eriere Cupidinis arcus, C ontem tíeque jacent, et sine luce, faces. Quam plalanus vino gaudet, quam populus unda, Et quam lim osa canna palustris hum o ; T am Venus otia am at : qui finem quieris ainoris. Cedit am or reb u s, res age : tu tu s eris. L anguor, et im m odici sub nullo vindice som ni, Aleaque, et m ulto tém pora quassa m ero, E rip iu n t om nes anim is sine vulnere ñervos : Adlluit incaulis insidiosus A m or. Desidiain pu er ille sequi solet : odit agentes. Da vacuae m enli, quo te n e a tu r, opus. Sunt fora, su n t leges; et, quos tu earis, am ici : Vade p er urbanre candida castra toga?. Vel tu sanguinei juvenilia m uñera Martis Suscipe : delicias jam tib i terga dabunt. Ecce fugax P arthus, m agni nova causa irium phi, Jam videt in cam pis Caesaris arm a suis. 13. 226 LE REMÈDE D ’AMOUR. épouvantés. Triomphez à la fois des traits de l ’Amour et de ceux du Parthe, et rapportez ce double trophée aux dieux lutélaires de la patrie. Dès que Vénus se sentit blessée par la lance du roi d’Étolie, elle laissa à son amant le soin de continuer la guerre. Vous m e demandez pourquoi É gisthe devint adultère? la cause en est facile à deviner : il n ’avait rien à faire. Les autres p rinces étaient retenus devant Troie par d ’interm inab les com b ats; la Grèce avait transporté toutes ses forces en A sie. En vain Égisthe eût voulu s’occuper des travaux de la guerre, il n ’en avait point à sou ten ir; des soins du barreau, il n ’y avait point de procès à Argôs. Ne voulant pas rester tout à fait inactif, il fit ce qu’il pouvait; il aim a. C’est ainsi que vient l’Amour dans nos cœ u rs, ainsi qu’il y fixe son séjour. Les plaisirs de la cam pagne et les travaux de la culture char m ent aussi nos esprits : il n’est pas de soins qui ne le cèdent à ces soins si doux. Domptez le taureau, forcez-le à courber son front sous le jou g, pour fendre avec le tranchant du soc un sol endu rci; confiez aux sillon s labourés les sem ences de Cérès, qu e bientôt un cham p fertile va vous rendre avec usure. Voyez Vince C upidineas p a rite r, P a rth a sq u e sagittas, E t refer ad patrios bina tropæ a Deos. Ut sem el Æ tola Venus est a cuspide læsa, M andat am atori bella gerenda su o . Q uæ ritis, Æ gislhus quare sit factus ad u lte r? ln pro m tu causa est : desitfiosus e ra t. Pugnabant alii ta rd is apud Ilion arm is : T ranslulerat vires Græcia tota suas. Sive operam bellis vellet dare, nulla gereb al ; Sive foro, vacuuin lilibus Argos erat. Quod potuit, fe c it; ne nil ag e re tu r, am avit. Sic venit ille puer : sic p u e r ille m anet. P u iu quoque oblectant anim os, sludium que colendi: Q u.clibet huic curæ cedere cura potest. Colla ju b e dom itos oneri supponere tau ro s ; Sauciet u t duram vom er aduncus hum um . O brue versata Cerealia sem ina le rra, Quæ tibi cum m ulto fœ nore red d al ager. 227 LE REMÈDE D’AMOUR. les branches courbées sous le poids des fruits, et vos arbres soutenant à peine les richesses qu'ils ont produites. Voyez ces ruisseaux qui coulent avec un doux m urm ure ; voyez ces brebis qui tondent utv épais gazon ; là, les chèvres grim pent sur les m ontagnes et les rochers escarpés, et bientôt rapporteront à leurs petits des m am elles gonflées de lait; ici, le pasteur m odule un chant rustique sur sa flûte aux tuyaux inégaux ; près de lui sont les chien s, ses fidèles com pagnons, les gardiens vigilants de son troupeau. Plus loin , les forêts profondes retentissen t des m ugissem ents de la gén isse; m ère tendre, elle rappelle son veau qui s’est égaré. Que dirai-je des abeilles que m et en fuite la fum ée de l'if em brasé, tandis qu’on enlève les rayons de leurs ruches dépouillées? L’autom ne vous donne ses fru its; l ’été s’em bellit de ses m oissons; le printem ps prodigue ses fleu rs; le feu charm e les rigueurs de l’hiver. La m êm e saison voit, chaque année, le vigneron cueillir les raisins m ûrs, et sous ses pieds nus couler un vin nouveau ; la m êm e saison voit le faneur lier l’herbe qu’il a fauchée et prom ener sur la prairie tondue les râteaux aux larges dents. Vous pouvez vous-m êm e garnir de plantes votre hum ide potager, ou y conduire les ruisseaux d’une Adspice curvatos pom orum pondéré ram os ; Ut sua, quod peperit, vix ferat arbor or.us. Adspice jucundo labenles m u rm u re rivos; Adspice londentes fertile gram en oves. E ccep etu n t rup es, præ ruptaque saxa capellæ : Jam referont hæ dis ubera plena suis. P a sto r inæ quali m od ululur arundine carm en ; Nec desu n t com ités, sedula tu rb a , canes. P arte sonant alia silvæ m ugilibus allæ, E t q u e ritu r vitulum m ater abesse suum . Quid, quum suppositas fug iu n t exam ina taxos, Ut relevent dem ti vim ina to rta fa v i? Porna dat au lu m n u s ; form osa est m es^ibus æ stas ; Ver p ræ b et flores; igne lev atu r biem s. Tem poribu> certis m aturam rusticus uvam D eligit.et nudo sub pede niusla fluunt : T ernporibus cerli> dcsectas adligat berbas ; Lt tonsnm ra ro pectine verrit hum um . Ipse potes riguis plantas deponere in h o rtis; Ipse potes rivos ducere lenis aquæ. 228 LE REMÈDE D’AMOUR. onde paisible. Le tem ps de la greffe e st-il venu ? insérez dans la branche une branche adoptive, et que l’arbre se pare d’un feuillage étranger. Quand un e fois ces plaisirs com m encent à charm er votre esprit, l’Am our, désorm ais sans pouvoir, s’enfuit d ’un vol débile. Vous pouvez encore vous livrer au goût de la chasse : plus d’une fois, vaincue par la sœ ur d’Apollon, Vénus a pris honteu sem ent la fuite. Tantôt, accom pagné d ’un chien à l’odorat subtil, poursuivez le lièvre rap id e; tantôt dressez vos filets sur les coteaux boisés, l’ar m ille stratagèm es épouvantez le cerf craintif, ou que le sanglier tom be percé des coups de votre épieu . Fatigué de ces exercices, vous donnerez la nuit au repos, sans vous soucier des b elles, et un pesant som m eil délassera vos m em bres. 11 est d’autres passe-tem ps, plus paisibles, m ais non m oins atta chants, c'est de faire la guerre aux oiseaux, gibier de peu de valeur, et de les prendre soit aux filets, soit avec des roseaux enduits de glu. Vous pouvez aussi cacher l’ham eçon recourbé sous l’appât trom peur qu’avale gloutonnem ent le poisson vorace. C’est par ces m oyens ou d’autres sem blables qu’il faut vou sm êm e trom per vos secrets ennu is, jusqu’à ce que vous cessiez d’aim er. ! < V enerit insilio ? fac ram u m ram u s adoptet, Stetque peregrinis a rb o r operta com is. Quum sem el hæc anim um cæ pit m ulcere voluptas, D ebilibus perm is irritu s exit Amor. Vel tu venandi studium cole : sæpe recessit T u rpiler a Phœ bi vicia sorore V enus. Nunc leporem pronum catulo sectare sagaci’; Nunc tua iïondosis retiq, tende ju g is. Aut pavidos te rre varia form idine cervos; Aut cadat adversa cuspide fosm s aper. Nocte fatigatum som nus, non cura puellæ , E xcipit, et pingui m em bra quicte levât. L enius est studium , studium tam en, alite capta, Aut lino, a u t calam is, præ m ia parva, sequi. Vel, quæ piscis edax avido m aie devoret ore, A bdere su prem is œ ra recurva cibis. Aut bis, au t aliis, donee dediscis am are, Ipse tib i furtim decipiendus eris. n LE REMÈDE D ’AMOUR. 229 Surtout fuyez au loin ; quelque forts que soient les liens qui vous retiennent, fuyez; entreprenez des voyages de long cours. Vous pleurerez au seul nom de votre m aîtresse abandonnée; plus d’une fois vos pas s’arrêteront au m ilieu du chem in ; m ais m oins vous le voudrez, plus vous devez hâter votre fuite. Per sistez ; forcez vos pieds rebelles à courir. Ne craignez ni la pluie ni le sabbat que fête un peuple étranger, ni le fatal anniver saire du désastre de l ’Allia : que rien ne vous arrête. Ne vous inform ez point du chem in que vous avez fait, m ais de celui qui vous reste à faire; n ’inventez point des prétextes pour vous arrêter près de la ville. Ne com ptez point les jours, ne tournez pas sans cesse vos regards vers Rome ; m ais fuyez :le Parlhe en fuyant sait encore se soustraire aux coups de son en nem i. Mes préceptes, d ira-t-on , sont durs : j’en conviens; m ais, pour recouvrer la santé, il faut savoir beaucoup souffrir. Malade, j ’ai souvent, bien m algré m oi, bu des potions d'une am ertum e repoussante, et l’on m ’a refusé les alim ents que j ’im plorais. Quoi ! pour guérir votre corps, vous souffrirez et le fer et le feu; vous n ’oserez rafraîchir avec un peu d’eau votre bouche Tu tantum i, quam vis fïrm is retin eb ere vinclis, I procul, et longas carpere perge vias. Flebis u t o c cu rret desertæ nom en am icæ : S tab it et in m edia pes tib i sæpe via ; Scd quanlo m in us ire voles, m agis ire m em ento : P o rter, et invitos c u rre re coge pedes. Nec pluvias vites, nec te peregrina m o ren tu r Sabbata, nec dam nis Allia nota suis. Nec quot i r a n i e n s , sed quot tibi, q u æ re, supersin t Millia ; nec, m aneas u t prope, finge m oras. T em pora nec num era, nec crebro respice Romain ; Sed fuge : tu tu s adhuc P arth u s ab hoste fuga est. D ura aliquis præ cepla vocet m ea ; dura fatem ur E sse; >ed, u t valeas, m u lta dolenda feres. Sæpe bibi succos, quam vis invilus, am aros Æ ger, et o ran ti m em a negata m ihi. Ut corpus redim as, ferrum patieris et ignés; Arida nec sitiens ora levabis aqua 230 LE RE MÈDE D ’AMOUR. desséchée par la soif ; et pour guérir votre âm e, vous ne voudrez rien endurer? Pourtant cette partie de vous-m êm e est plus précieuse que votre corps. Dans l ’art que j ’en seign e, le début seul est difficile, et les prem iers m om ents sont seuls pénibles à passer. Voyez com m e le joug pèse au taureau qui le porte pour la prem ière fois, com m e le harnais blesse le cheval nou vellem ent dom pté. P eut-être vous ne pourrez qu’avec douleur quitter vos lares paternels; vous les quitterez cependant, m ais bientôt vous voudrez les revoir. Ce ne sont point les lares de vos aïeux qui vous rappellent, c ’est l ’am our, colorant sa faiblesse d’un prétexte spécieux. Une fois parti, la cam pagne, vos com pa gnons de voyage, la longueur m êm e de la route apporteront m ille consolations à vos regrets. Mais ne croyez pas qu’il suffise de vous éloigner : soyez longtem ps absent, pour que vos feux s’éteignent et qu’aucune étin celle ne couve sous la cendre. Si, trop im patient, vous revenez avant que votre âm e soit bien rafferm ie, l ’Am our, rebelle à vos efforts, tournera de nouveau contre vous ses arm es cru elles. Qu’aurez-vous gagné à votre absence? vous reviendrez plus ardent, plus passionné; et votre éloignem ent n ’aura fait qu’aggraver votre m al. Ut valeas anim o, quidquam tolerare negabis ? At pretium pars hæc corpore m ajus habct. Sed tam en est a rtis striciissim a ja n u a nostræ , E t labor est un u s tem pora prim a pati. Adspicis, u t prensos u ra n t juga prim a juvencos ? Et nova velocem cingula læ dat eq u u m ? Forsitan a L arib u sp atriis exire pigebit ; Sed tam en exibis : deinde red ire voles. Nec te L ar p alriuç, sed am or revocabit am icæ , Præ tendens culpæ splendida verba suæ. Quum sem el eyieris, centum solatia curæ El ru s, et com ités, et via longa dah u n t. Nec satis esse puta disced ere; lentus abesto, Dnin perdat vires, sitque sine igne cinis. Si nisi firm ata properabis m ente re v e rti, Inferet arm a tibi sæva rebel lis Amor. Q uid? quod, lit abfueris, avidus sitiensque rcdibis, Et spatium dam uo cesserit om ne luo? LE REMÈDE D ’AMOUR. 231 Perm is à d’autres de croire que les arts m agiques et les herbes nuisibles de l’Hémonie puissent être en am our de quelque uti lité. Les m aléfices sont une ressource usée depuis longtem ps : m a Muse, dans ses vers religieux, ne vous offrira que d inn o cents secours. On ne verra point, à ma voix, les om bres sortir de leurs tom beaux ; un e vieille sorcière forcer par ses enchan tem ents infâm es la terre à s’en lr’ouvrir ; les m oissons trans plan tées d ’un cham p dans un autre, et le disque du soleil pâlir tout à coup. Mais le Tibre, com m e de coutum e, ira se jeter dans la m er; et la Lune, traînée par ses blancs coursiers, suivra sa route ordinaire. Non, ce n ’est point par des sortilèges que je bannirai les soucis de votre cœ ur, et l’Amour ne fuira pas vaincu par l’odeur du soufre allum é. Princesse de Colchqs, que t ’ont servi les plantes cueillies sur les bords du Phase, quand tu désirais rester dans le palais de tes pères ? que fo n t servi, Circé, les sim ples dont Persa t’enseigna l ’usage, lorsqu’un vent favorable poussait vers Ithaque les vais seaux d'Ulysse? Tu m ets tout en œuvre pour retenir un hôte astucieux ; il n’en poursuit pas m oins à plein es voiles un e fuite Viderit , Haemoniae si quis m ala pabula te rra , E t m agicas arte s posse juvare p utat. Ista venefieii vetus e stv ia : noster Apollo Innocuam sacro carm in e m on strat opem. Me duce, non tum ulo pro dire ju b e b itu r u m b ra ; Non anus infam i carm in e ru m p e t hum um ; Non seges ex aliis alios tra n sib it in agros, Nec subito Phoebi pallidus orbis e rit. Ut solet, aequoreas ib it T iberinus in undas, Ut solet; in niveis Luna v ehelur equis. Nulla recantatas deponent pectora curas, Nec fugiet vivo sulfure victus Amor. Q ui d te P h asiacaejuveriint gram ina te r r a , Q uum cuperes p a tria, Colchi, m anere dom o? Quid tib i profuerurrt. Circe, P crseides herba;, Q uum sua N critias ab stu lit aura rates? Omnia fecisti, no callidus hospes a b ire t Ille dedit certoo lintea plena fugte. 232 LE REMÈDE D'AMOUR. assurée; tu m ets tout en œ uvre pour éteind re le feu cruel qui te dévore, et, m algré toi, l’Amour régnera longtem ps encore sur Ion cœ ur. Toi, qui pouvais changer les hom m es en m ille figures diverses, tu ne pus changer les lois de l’Amour qui régnait sur ton âm e. On dit q u ’au m om ent où le roi d'Ithaque se disposait à partir, pour le retenir près de toi, tu lui adressas ces paroles : « Je ne te conjure plus de devenir m on époux ; pourtant, il m ’en souvient, j'en avais d’abord conçu l’espérance : déesse, et fille du puissant dieu du jour, il m e sem blait que je n ’étais pas indigne d’un tel hym en. Diffère ton dépari, je l’en supp lie! encore un peu de tem p s, c ’est la seule grâce que j’im plore. Mes vœ u x, sans doute, ne peuvent dem ander m oins ! Vois ces flots agités; tu dois craindre leur furie : plus tard, les vents te seront plus favorables. Quel m otif as-tu de fuir? tu ne vois point ici se relever une nouvelle Troie, un autre Rhésus appeler aux arm es ses com pagnons. Ici, régnent l’am our et la paix (seule, hélas ! en ces lieux je souffre d’une blessure incu rable), et toute cette île sera soum ise à ton em pire. » Ainsi parla Circé : Ulysse leva l ’ancre, et les vents em portèrent à la fois son vaisseau et les vaines plaintes de la déesse. F urieuse, Omnia fecisti, ne te férus u re re t ignis ; Longus at invito pectore sedit am or. V ertere quæ poteras hom m es in m ille figuras, Non poteras anim i v e rte re ju ra Lui. Diceris his e tiam , quum jam discedere vellet, D ulichium verbis detinuisse ducem : a Non ego, quod prim o, m em ini, sp erare solebam , Jam precor, u tc o n ju x tu m eus esse velis. E t tam en, u t conjux essem tu a, digna videbar : Q uodD ea, quod m agni lilia S o liseram . Ne p ro pres, oro ! spatium pro m unere posco. Quid m inus optari per m ea vota potest ? E t fréta m ota vides; e t debes ilia tim ere. Utilior velis poslm odo venius e rit. Quæ tibi causa fugæ ? non hic nova T roja re su rg it : Non abus socios R hésus ad arm a vocat. Hic am or, hic pax est ; in qua m aie vuln eror una I Totaque sub regno te rra fu tu ra tuo est. » Ilia loqu ebatu r : navem solvebat Ulixes; Irrita cnm velis verba tulere Noti. LE REMÈDE D’AMOUR. 233 Circé a recours, à ses artifices ordinaires ; m ais ils ne peuvent dim inuer la violence de sa passion. 0 vous donc qui cherchez dans m on art les secours dont votre cœ ur a besoin, n ’ayez aucune confiance dans les enchantem ents et les sortilèges ! Si quelque m otif puissant vous retient à R om e, écoutez les avis que je vais vous donner pour votre séjour à la ville. Il a bien du courage, celui qui sait conquérir sa liberté, et qui, en brisant les liens qui le b lessen t, perd aussitôt tout sentim ent de d ou leu r. S’il est un m ortel doué de cette force d’âm e, je serai le prem ier à l’adm irer, et je dirai : Il n ’a pas besoin de m es conseils. Mais vous qui ne pouvez qu’avec peine vous détacher d’un objet aim é, qui voulez être lib re, et n ’en avez pas le cou rage, c’est à vous que s’adressent m es leçons. R appelez-vous souvent les perfidies de votre m aîtresse, ayez sans cesse devant les yeux toutes les pertes qu’elle vous a fait éprouver. D itesvous : Elle m ’a ravi tel et tel objet, et, non contente de m ’en dépouiller, elle m ’a forcé, par sa cupidité, à vendre à l’encan la m aison de m es pères. Que de serm ents elle m ’a faits ! que de fois la parjure les a violés ! que de fois elle m ’a laissé coucher à sa porte! elle en aim e tant d’autres ! et m oi, je suis l ’objet de A rdet, e t adsuetas Circe d e c u rrit ad artes : Nec tam en est illis ad ten u atu s am or. Ergo âge, quisquis opem nostra tibi poscis al» a rle , Deme venefieiis carm in ib u sq u e fidem , Si te causa potens dom ina relin eb it in U rb e, Accipe, consilium quod sit in u rb e m eum . Optim us ille fuit vindex, læ dentia pectus Vincula qui ru p it, dedoluitque siraul. Si cui tan tu m anim i est, ilium m irab o r et ipse; Et dicam : M onitis non eget ille meis. Tu m ihi, q u i, quod am as, æ*:re dediscis am are, Nec potes, et velles posse, docendus eris. Sæpe re fer tecum >celeratæ facta puellæ , E t pone a n te oculos om nia dam na tuos. Illud et illud h a b e t; nec ea contenta rapina, Sub titu lu m nostro s m isit avara lares. Sic m ihi ju ra v it, sic rn e ju ra la fe fellit; Ante suam quoties passa jacere forera! 234 LE RE MÈD E D’AMOUR. ses dédains. Hélas! un vil courtier obtient d’elle les nuits d’amour qu’elle m e refuse ! Que tant de sujets de plaintes aigris sent contre elle tous vos sentim ents; rappelez-les sans cesse à votre esprit, et qu’ils y fassent germ er des sem ences de haine. Plût au ciel qu’en les lui reprochant vous pussiez être éloquent ! m ais pour peu que le chagrin vous anim e, vous serez éloquent sans chercher à l’être. Il n ’y a pas longtem ps qu’une jeune beauté devint l’objet de m es soins; son caractère ne sym pathisait point avec le m ien, Nouveau Podalire, je voulus guérir m on mal avec m es propres rem èdes, et, je dois l’avouer, jam ais m éd ecin n ’eut à soigner un m alade plus incurable. Je trouvai quelque soulagem ent à m ’ap pesantir sans cesse sur les défauts de ma m aîtresse ; je répétai souvent la m êm e épreuve, et je m ’en trouvai bien. Que cette fille, disais-je, a les jam bes m al faites ! et, à dire vrai, il n'en était rien. Qu’il s’en faut, ajoutais-je, qu’elle ait de b e q u ib r a s! et cependant je dois avouer en conscien ce qu’ils étaient beaux. Qu’elle est petite ! et elle ne l’était point. Que de cadeaux elle exige d’un am ant ! ce fut là le principal m otif de m on aversion D iligit ipsa alios ; a me fastidit am ari. In stito r, heu! n o d e s, quas m ihi non dat, habet! Hæc tib i p e r totos inacescant om nia sen su s: Hæc refer ; hinc odii sem ina q uæ re tu i. A tque u tin am possis etiam facundus in illis Esse ! dole ta n tu m ; sponte d ise rtu s eris. H æserat in quadam n uper m ea cura puella ; Conveniens anim o non e ra t illa m eo. C urabar pro priis æ ger Podalirius herbis ; Et, fateor, m edicus tu rp ite r æ ger eram . P ro fuit adsidue vitiis in sistere am icæ, Idque m ihi factum sæpe salubre fuit. Quam m ala su n t nostræ , dicebam , c ru ra puellæ ! Nec tarnen, u t vere confiteam ur, eran t. Brachia quam non su n t nostræ form osa puellæ ! E t tam en, u t vere confileam ur, e ra n t. Quam brevis est! nec erat ; quam m ultum poscit am antem ! Hinc odio venit m axim a causa m eo. LE RE MÈD E D’AMOUR. 235 pour elle. Le mal est si voisin du bien, que souvent on les con fond, et l’on condam ne une qualité com m e un défaut. Autant que vous le pourrez, envisagez sous un mauvais jour les qualités de votre m aîtresse, et que l’étroite lim ite qui sépare le bien du mal trom pe votre jugem ent. Dites-vous qu'elle est bouffie, si elle a de l ’em bonpoint ; que son teint est noir, si elle est brune. Est-elle m ince, rep rochez-lu i sa m aigreur. Ses m anières n’ont rien de grossier c’est, direz-vous, de l’effronterie; par hasard est-elle m odeste : c ’êst niaiserie de sa part. Faites plus, em ployez les paroles les plus persuasives pour la prier de déployer les talen ts dont elle est dépourvue. Exigez qu’elle chante, si elle n ’a pas de voix ; qu’elle danse, si elle ne sait pas m ouvoir ses bras avec grâce. Son langage est com m un : prolongez à dessein la con versation avec elle. Elle n ’a jam ais appris à toucher les cordes d’un instrum ent : priez-la de jouer de la lyre. Sa dém arche est pesante : faites-la m archer. Sa gorge, trop v o lu m in eu se, lui couvre toute la poitrine : qu’aucune collerette ne vous en cache l’am pleur. Sa bouche est m al m eublée : racontez-lui quelque histoire qui la fasse rire. A -t-elle les yeux faibles? tâchez par vos récits de la faire pleurer. Il sera bon aussi d’aller la voir le Et m ala su n t vicina b o n is; erro re sub illo Pro vitio v irtu s crim ina sæpe tu lit. Quam potes, in pejus dotes deOecte puellæ, Judicium q ue brevi lim ite falle tuum . T urg ida, si plena e st; si fusca est, nigra vocetur. In gracili m acies crim en habere poiest, Et p o te rit dici petulans, quæ ru stica non est, E t poterit dici rustica, si qua proba est. Quin etiam , quacum que caret tu a fem ina dote, Hanc m oveat, blandis usque precare sonis. Exige quod cantet, si qua est sine voce puella ; Fac saltet, nescit si qua m overe m anum . Barbara serm one est : fac tecum m ulta loqu atu r. Non didicit chordas tangere : posce lyram . Du ri us in ced it? face in am bu let. Omne papillæ P ectus habent tum idæ ? fascia nu lia tegat. Si raale den tata e s t, n a rra, quod rideat, il!i. M ollibus est o cu lis? quod fleat ilia, refer. 2361 SLE R E M È D E D ’AMOUR. m atin, avant quel l e ait eu le tem ps de faire les apprêts de sa toilette. La parure nous séd u it, l’or et les pierreries couvrent toutes les im perfections, et ce qu’on voit d’une fem m e est la m oindre partie de sa personne. Au m ilieu de tant d’ornem ents étrangers, vous avez peine à trouver les appas qui doivent vous charm er. La richesse est une égide dont l ’Amour se sert pour fasciner nos yeux. Arrivez à l’im proviste ; elle n’est pas encore sou s les arm es, et vous pourrez sans crainte la surpren dre : ses défauts suffiront alors pour la perdre dans votre esprit. Il ne faut pas cependant trop se fier à ce précepte : une beauté négligée et sans art séduil bien des am ants! Vous pouvez encore, la décence le perm et, vous présenter à sa toilette, lorsqu’elle se se frotte le visage de pom m ades préparées. Vous y trouverez des boîtes renferm ant des pom m ades de m ille couleurs diverses ; vousy verrez l ’œ sype couler en tlots huileux sur son sein. Toutes ces drogues, par leur odeur nauséabonde, rappellent les m ets de la table de Phinée, et plus d ’une fois e lle s m ’ont soulevé le cœ ur. Je vais m aintenant vous apprendre com m ent vous devez agir au sein m êm e de la jouissance : pour chasser l’Am our, il faut P roderit et subito, quum se non linxerit u lli, Ad dom inam celeres m ane tulisse gradus. A uferim ur cul tu , gem m is auroqu e te g u n tu r O m nia; p ars m inim a est ipsa puella sui. Sæpc, ubi sit, quod am es, in te r lam m ulla re q u ira s : D ecipit bac oculos ægide dives Amor. Im provisus ades ; deprendes tu tu s inerm em : Infelix vitiis excidet ilia suis., Nec tam en huic nim ium præ cepto credere lu tu m est ; F allit enim m ultos form a sine a rte decens. T um quoque, quum positis sua collin et ora vcnenis, Ad dominas vultu^, nec pudor obstet, eas. Pyxidas invenies, e t reru m m ille colores, Et fluere in tepidos œsypa lapsa sinus. Ilia tuas redolent, P h ineu, m edicam ina m ensas : Non sem el hinc stom acho nausea facta meo. N unc tibi, quæ m e d io V eneris p ræ sten iu r in usu, E loquar : ex om ni p arle fugandus Am or. LE IlEMÈDE D ’AMOUR. '237 l ’attaquer de tous côtés. Il est des détails que m ’interdit la p u deur; m ais votre im agination suppléera à ce que je dois taire. Dernièrem ent certains critiques ont diffam é m es écrits : à les entendre, m a Muse est trop libertine. Mais pourvu que je p laise, pourvu que m on nom soit célèbre dans tout l’un ivers, que m ’im porte qu’un ou deux cen seurs attaquent m on ouvrage? I,’envie a dénigré le sublim e génie d’Homère : qui que tu sois, Zoïle, ton nom est resté celui de l’envie. Des langu es sacrilèges n ’ont-elles pas déchiré tes poèm es, ôtoi ! dont la Muse conduisit sur nos bords Troie et ses dieux vaincus? Les grands talents sont en butte à l'envie, com m e les lieux élevés à la fureur des vents, com m e les plus hautes m ontagnes aux foudres lancées par le bras de Jupiter. Mais toi, cen seur inconnu, que blesse la licence de m es écrits, sache, si lu as le sens com m un, appré cier chaque chose à sa ju ste valeur. C’est dans le m ètre adopté par le chantre de Méonie qu ’il faut chanter les guerres terribles ; les délices de la volupté p eu v en t-elles y trouver place? La tra gédie élève la voix : le cothurne grandiose convient aux fureurs de M elpomène. Le brodequin de T h alien e doit point s’élever au- M ulta quidem ex illis pudor est m ihi d ic e re ; sed tu Ingenio verbis concipe plura m eis. Nuper enim nostros quidam carpsere libellos, Q uorum censura Musa pro terv a mea est. Duinmodo sic placeam , dum loto c an ter in orbe, Quod volet im p ugnenl un u s et alter opus. Ingenium m agni d e tre c ta t livor H om eri : Q uisquís es, ex illo, Zoile, nom en habes. Et tua sacrilegas lan iaru n t carm ina linguoe, P e rlu lit huc victos quo duce T roja Déos. Suinm a p e tit liv o r; perflant allissim a v e n ti; Sum m a p e tu n t dextra fulm ina m issa Jovis. At tu , quicum que es, quem noslra licentia laedil, Si sapis, ad núm eros exige quidque suos. F o rtia Mceonio g audent pede bella referri : Deliciis iliic quis locus esse potest? G rande sonant tra g ic i; trágicos decet ira cothurnos ; U sibus e m ediis soccus habendus e rit. ‘-¡38 LE REMÈDE D’AMOUR. dessus du langage ordinaire. L’ïam be, libre dans son a llu r e , tantôt rapide, tantôt traînant le dernier pied, est un trait q u ’on doit lancer à ses ennem is. Que la douce élégie chante les Am ours arm és d’un carquois : c'est une aim able m aîtresse qu’il faut laisser folâtrer suivant son caprice. Le vers de Calliinaque ne doit point célébrer A chille, et ta voix, sublim e Homère, ne doit pas chanter Cydippe. Qui pourrait souffrir Thaïs dans le rôle d ’À ndrom aque? Androm aque dans le rôle de Thaïs? ce serait un contre-sens. Mais Thaïs est à sa place dans l’art que j’en sei gne : je puis dans ce badinage m e donner toute licen ce. Loin de m oi le bandeau des vestales ! Thaïs, sois l’héroïne de m es vers. Si ma Muse n’est point au -d essu s de son joyeux sujet, à m oi la victoire ! l ’accusation intentée contre m oi tom be d’e lle m êm e. Crève de dépit, m ordante envie! m on nom est déjà fam eux ; il le sera plus encore, si je continue com m e j ’ai com m en cé. Mais tu te hâtes trop : que je vive, et tu auras bien d’autres sujets de t’affliger ; car m on génie renferm e encore plusieurs poèm es. J’aim e la gloire et m on zèle s’anim e de plu s en plu s par cet am our de la gloire ; m ais ton cheval, pauvre cen seur, perd L iber in adversos hostes strin g a tu r iam bus ; Seu celer, extrem um seu tia h a t ille pedein. Blanda pharetralos elegeia ca n te t Amores, Et levis a rb itrio ludat arnica suo. Gallim achi num eris non est dicendus Achilles; . Cydippe non est oris, Homere, tui. Quis ferat A ndrom aches peràgentem T haida p artes ? Peccat, in A ndrom ache Thaida si quis agat. Tliais in A rte mea : lascivia lib é ra nostra est. Nil milii cum vitta : Tliais in Arte m ea est. Si m ea m aleriæ respondet Musa jocosæ, Y icim us, et falsi crim in is acta rea est. Humpere, livor edax ; jam m agnum nom en liabem us! Majus e r it; tan tu m , quo pede cœ pit, eat. Sed nim ium pro peras : vivam modo ! p lu ra dolebis ; Et capiuut anim i carm in a m ullû m ei. Nam juvat, et studium fam æ m ihi crescit am orc : Principio clivi vester anhelat cquits. LE RE MÈDE D’AMOUR. 239 haleine dès ses prem iers pas sur la double colline. L'élégie avoue q u’elle ne m ’est pas m oins redevable que la noble épopée à Virgile. Je viens de répondre à l ’en v ie; m aintenan t, poète, serre les rênes de les coursiers, et ren ferm e-toi dans le cercle que tu t’es tracé. Lorsque vous serez appelé à goûter ces plaisirs si doux pour la jeu n esse; lorsque la nuit prom ise à vos désirs approchera, de peur de vous laisser captiver par les jou is sances dans les bras de votre m aîtresse en vous y livrant dans la plénitude de vos forces, je veux qu’avant elle vous cherchiez, vous trouviez quelque autre fem m e, avec laquelle vous goûterez les prém ices de la volup té. Le plaisir qui succède à un plaisir en a m oins de charm es; m ais, dilféré, le plaisir en a plus de prix. Nous aim ons le soleil quand il fait froid ; l’om bre quand le soleil est brûlant : la soif nous rend l’eau un breuvage agréable. Je rougis de le dire, m ais je le dirai : prenez dans vos am oureux ébats la posture qui est la m oins favorable à votre m aîtresse. Rien n ’est plus facile : il est peu de fem m es qui ne se déguisent la vérité, et elles se figurent être belles sous tous les aspects. Je vous prescris encore de faire ouvrir toutes grandes les fenêtres de votre belle, et d’observer au grand jour T anlum se nobis elegi debere faten lu r, Q uantum Virgilio nobile debet epos. H a c ï e n u s invidiæ respondim us: adtrahe lora F o rtius, e t gyro cu rre, poeta, tuo. Ergo ubi concubilus, e t opus juvénile petetu r, E t prope prom issæ tem pora noctis e ru n t ; Gaudia ne dom inai, pleno si corpore sûm es. Te c ap ian t, ineas q uam libet ante velim : Quam libet invenias, in qua tibi prim a voluplas Desinat : a prim a proxim a segnis e rit. S u sten tata Venus graiissim a : frigore soles, Sole ju v a n t um b ræ ; g rata lit unda siti. Et pud et, e t dicam , V enerem quoque ju n g e figura, Qua m inim e ju n g i, quam que decere putes. Nec laboc el'licere est : raræ sibi vera fa te n lu r E t nihil est, quod se dedectiisse putent. l’une etiam jubeo totas ap e rire fenestras, T urpiaque adm isso m em bra n otare die. 240 "LE REMÈDE D ’AMOUR. les im perfections de son corps. Mais lorsque vous avez atteint le term e du plaisir, lorsque la lassitude abat à la fois votre corps et votre àm e ; quand vien nent les regrets ; quand vous voudriez n ’avoir jam ais touché une fem m e, et qu’il vous sem ble que vous n ’en aurez de longtem ps l’en vie; alors, notez dans votre esprit tous les défauts que vous rem arquerez en e lle , et que vos yeux resten t longtem ps fixés sur ses im perfections. Peut-être d i r a - t - o n , ces m oyens sont futiles : ils le so n t, j ’en con viens ; m ais si, isolés, ils son t sans e ffe t, r é u n is, ils se ront efficaces. La m orsure d’une petite vipère tue un énorm e tau reau ; et souvent un chien de taille m édiocre tien t un sanglier en arrêt. Seulem en t, rassem blez tous ces rem èdes en un se u l, fo r m ez -en un faisceau; et vous triom pherez p a r l e nom bre. Mais com m e il y a autant de caractères que de figures diffé ren tes, il ne faut pas vous en rapporter aveuglém ent â m e s dé cision s. T elle action, qui ne blessera pas votre con scien ce, pourra paraître condam nable aux yeux d’un autre. L’un a vu son am our s’arrêter tout à coup au m ilieu de sa cou rse, parce qu’il aperçut dans toute leur nudité ces parties que la pudeur • At, sim ili ad m etas venit ilnita voluptas, Lasi-aque cum tota corpora m ente jacent ; Dum piget et nullam m alis tetigisse puellam , T acturusque tibi non videare diu ; Tune anim o signa quodcum que in corpore m endæ e s t , L um inaque in vitiis illiu s u sq u e tene. Forsitan hæc aliquis, nain sunl quoque, parva vocabil; Sed, quæ non p ro sunt singula, m ulta juvant. Parva necat m orsu spatiosum vipera ta u ru m : A cane non m agno sæpe te n e tu r aper. Tu tantum num éro puuna, præ ceptaque in unum C ontrahe : de m ultis grandis acervus e rit. S ud quoniam m ores lotidem lotidem que figura;, Non sü n t judiciis om nia danda meis. Quo tua non possunl offendi pectora facto, Forsitan hoc, alio judicé, crim en erit. 111e, quod obscenas in apcrlo corpore partes V iderai, in cursu qui fuit, hæ sit am or : 241 LE REMÈDE D’AMOUR. doit voiler : l’autre, parce qu'au m om ent où sa m aîtresse quittait le lit, théâtre de leurs plaisirs, il a aperçu les traces im m ondes de la jouissance. O vous! que de si légers m otifs ont pu changer, votre amour n ’était qu’un jeu , votre flamme n’était qu’une étin celle ! Mais que l’enfant ailé tende plus fortem ent, son arc; alors, blessés plus grièvem ent, vous viendrez en foule réclam er des rem èdes plus p u issan ts. Que dirai-je de l’am ant im m odeste qui se cache pour épier sa m aîtresse, au m om ent où elle satisfait un besoin naturel, et voit ce que le sim ple usage défend de voir? Me préservent les dieux de conseiller à personne de sem blables turpitudes! F u ssen t-elles utiles, il ne faudrait pas m êm e les tenter. Je vous conseille encore d’avoir en m êm e tem ps deux m aî tresses : si vous pouviez en avoir un plus grand nom bre, cela vaudrait encore m ieux. Lorsque le cœ ur se partage ainsi entre un double objet, ces deux am ours s’affaiblissent l’un par l’autre. Les plus grands fleuves dim inuent lorsqu’on les divise en p lu sieurs ruisseaux ; la flam m e s’étein t dès qu'on en retire le bois qui l’alim entait; un e seule ancre ne suffit pas pour arrêter plusieurs vaisseaux ; e t , pour pêcher, il faut jeter dans l’eau llle, quod, a V eneris rebus surgente puella,I Vidit in im m undo signa pudenda toro. | L u ditis, o, si quos p o tu eru n t ista movere : A dflarant tepidue pectora vestra faces. A dtrahat il.e puer conteutos fortius arcus : Saucia m ajorem tu rb a p etetis opera. Q uid? qui clam la tu it, red d en te obscena puella, E t vidit, quae m os ipse videre v etat? Di m elius, quain nos m oneam us talia quem quain ! Ut prosint, non su n t experienda tam en. U oitTO it e t, u l p a riler binas habeatis arnicas : F o rtior est, plures si quis habere potest. Secla b ip artito quum m ens d iscu rrit utro q u e, A lterius vires su b tra h it a lte r am or. G randia p e r m ultos te n u a n tu r ilum ina rivos, C assaque seducto stip ite flam nia p eril. Non satis una te n e t ceratas anchora puppes; Non satis est liquidis unicus haraus aquis. T. I. 14 LE REMÈDE D'AMOUR. plus d’un ham eçon. Celui qui, de longue m ain, s’est préparé une double consolation, s’est dès lors m énagé tous les honneurs d’un triom phe assuré. Mais vous qui avez im prudem m ent livré votre cœ ur à une seule m aîtresse, m aintenant, du m oin s, cherchez de nouvelles am ours. Minos, infidèle à ses prem iers feux, trahit Pasiphaé pour Procris : cette seconde épouse lui fit oublier la prem ière ; le frère d’Am philoque cessa d’aim er la fille de P hégée, dès que Callirhoé l’eut adm is à partager sa couche ; Œ none eût pour toujours enchaîné Paris, si la rein e adultère de Sparte ne lui eût ravi son cœ u r; le tyran de Thrace fût resté toujours épris des charm es de son épouse, si P hilom èle, qu’il tenait prisonnière, n ’eût été plus belle que sa sœ ur. Mais pourquoi m ’arrêter à des exem p les, dont le nom bre est fatigant à citer? Toujours un nouvel am our triom phe de celui qui l’a précédé. Une m ère qui a plusieurs enfants, supporte avec plus de courage la perle de l’un d'eux, que celle qui s’écrie en pleurant: « 0 m on fils ! je n ’avais que toi ! » Et ne croyez pas que je prêche ici de nouvelles m axim es : plût au ciel que je pusse m ’attribuer la gloire de celte invention ! Le fils d’Atrée la connut avant m oi ; et que ne se perm it pas ce prince qui disposait à Qui sibi jam pridem solatia bina paravit, Jam pridem sum m a victor in arce fuit. At tib i, qui dom inæ fueris m aie creditu s u n i, Nunc saltem novus est in v eniend us am or, Pasiphaës Minos iu Procride pro didit ig n é s; C essil ab Idæ a conjuge victa prior. Am philochi fra ter, ne Phegida sem p er am aret, Callirhoé fecit p arte recepla to ri. Et Parin Œ none sum m os tenuisset ad annos, Si non Œ balia pellice læ sa fo ret. C onjugis Odry.MO placuisset form a tyfrm no ; Sed m elior clausæ form a so ro ris e ra t. Quid m oror exem plis, q u o ru m m e tu rb a latigal? Successore novo vin citu r om nis am or. F o rtiu s e m ullis m ater d e sid e ra t unum , Quam cui liens elam at : « Tu milii solus eras-. » Ac ne fo rte putes nova m e tib i conderejura; Atque ulin am inventi gloria nostra foret ! Vidit id A trides : quid enim non illc Viderct, C ujus in arb itrio Græcia tola fu it? LE RE MÈ DE D’AMOUR. 245 son gré du sort de toute la Grèce ? Il aim ait sa captive, Chryséis, doux prix de la victoire ; m ais le père de cette jeune tille faisait retentir tout le cam p des Grecs de ses plaintes douloureuses. Pourquoi pleurer, vieillard im portun? ces deux am ants s’enten dent si bien ! in sen sé, tu perds ta fille en v o u la n t'la servir. Enfin, fort du secours d’A chille, Calchas ordonne qu’elle soit rendue à la liberté : elle rentre sous le toit paternel. « Il est, dit alors A gam em non, une autre beauté com parable à Chryséis ; et dont à l ’exception de la prem ière sylfabe, le nom est presque le m êm e. Qu’A chille, s’il est sage, m e la cède de lui-m êm e ; autrem ent il sentira le poids de m on pouvoir. Que si quelqu’un de vous, ô Grecs! osait blâm er m a conduite, il apprendra ce qu’est le sceptre dans des m ains vigoureuses. Car, si, étant roi, je n’obtiens pas qu’elle partage m on lit, autant vaut queT hersite m onte sur le trône à ma place. » Il dit ; reçut cet esclave en dédom m agem ent de celle qu ’on lui avait ravie, et dans les bras de Briséis oublia son prem ier am our. Suivez donc l’exem ple d’Agam em non ; com m e lui, livrez-vous à de nouvelles fla m m es, et que votre am our flotte incertain M arte suo captam Chryseida victor a m a b a t; At sen ior stu lte flebat.u biq ue p aren s. Quid lacrym as, odiose sen ex ? b e n e convenit ill is : Officio natam lasdis, inepte, tuo. Quam postquam reddi Calchas, ope tu tu s Achillis, Jusserat, et patria est illa recepta domo. (c E st, ait Atrides, illi quam próxim a form a , E t, si prim a sinat syllaba, nom en idem . Hanc m ihi, si sapiat, per se concedat A chilles , Si m inus, im p erium sensiat illem eu m . Quod si quis vestrum factum hoc incusat, Achivi, E st aliquid valida sceptra ten ere m anu. Nam, si rex ego sum , necm ecum dorm iet ilia, In m ea T hersites regna, licebit eat. » D ix it, e th a n e h a b u itso latia m agna p rio ris; E t p rio r est cura cura sep ulta nova. E rgo adsum e novas, auctore Agam em none, flam mas, Ut tuus in bivio d e lin e a tu r am or. 244 LE REMÈDE D’AMOUR. entredeux m aîtresses. Mais où les trouver? direz-vous. Où? guidé par m on art, voguez sans crainte, et bientôt votre nacelle se remplira de jeunes beautés. Si m es préceptes ont quelque valeur ; si par ma voix Apollon donne aux m ortels des in stru c tions utiles, quand votre cœ ur au désespoir serait brûlé d un feu plus ardent que celui de l'Etna, faites en sorte que votre m aîtresse vous croie plus froid que glace. Feignez d être gu éri; et, si votre cœ ur saigne encore, que du m oins elle ne s en doute pas; riez enfin, lorsque vous avez sujet de pleurer. Je ne vous ordonne point de rom pre avec elle dans le lort de votre p a ssio n , non, je ne vous im pose point des lois si sévères. D issim ulez; af fectez les dehors de la tranqu illité, et bientôt vous serez r é e lle m ent aussi calm e que vous sem blez 1 être. Souvent, pour éviter de boire, j’ai fait sem blant de dorm ir ; et, tout en feignant de dorm ir, j’ai fini par succom ber au som m eil. J'ai bien ri de voir se trom per lu i-m êm e un hom m e qui contrefaisait l ’am ant pas sionné : chasseur m al hab ile, il était tom bé dans ses propres filets. L’am our s’introduit dans nos cœ urs par l’habitude ; m ais 1 ha bitude aussi nous le fait oublier. Si vous pouvez feindre d’être Q u ícris,ub i invenías? Artes, i, perlege n o stra s. Plena p u ellaru m jam tibí navis eat. Quod si quid praicepta valent mea ; si quid Apollo Utile m ortales perdocet ore meo, Quamvis infelix m edia to rre b e ris yEtna, Frigidior glacie fac v id e a re tu íe. E t sanum sim u la; ne, si quid forte dolebis, S e n tia t; et ride, quum tib i flendus eris. Non ego te jubeo m edias abrum pere curas : Non su n t im perii tam fc ra ju ra m ei. Quod non es, sim ula, positosque im itare fu ro re s : Sic facies vere, quod m editalus eris. Saepe ego, ne biberem , volui d orm iré videri : Duin videor, som no lum ina victa d edi. Peceptuin risi, qui se sim ulabat am are; In laqueos auceps decideratque suos. I n t r a t am or m entes u s u ; dediscilur usu. Qui p oterit sanum lingere, sanus e rit. LE REMÈDE D ’AMOUR. 245 guéri, vous le serez en effet. Votre m aîtresse a prom is de vous recevoir telle nuit ’ allez-y. En y arrivant, vous trouvez la porte ferm ée? patientez. Ne proférez ni m enaces, ni prières; m ais ne vous couchez point sur le seuil inflexible. Le lendem ain, point de reproches dans vos paroles, point de signes de douleur sur votre visage. En voyant votre tiède indifférence, elle oubliera ses su perbes dédains : c’est encore un des bienfaits que vous devrez à m on art: Cherchez toutefois à vous trom per vou s-m êm e, ju sq u a ce que vous cessiez entièrem ent d’aim er ; souvent le coursier repousse le m ors qu’on lui présente. Cachez-vous à vous-m êm e l’utilité de vos desseins, et vous arriverez sans y penser à votre but ; l’oiseau fuit les fdets quand ils sont trop visibles. Pour em pêcher votre belle de pousser l ’am our-propre jusqu’au m épris, soyez fier avec elle, et son orgueil pliera devant le vôtre. Sa porte se trouve-t-elle ouverte com m e par hasard? quoiqu’on vous appelle à plusieurs reprises, passez outre. Vous don n e-t-on un rendez-vous nocturne? a Je doute, répondrez-vous, de pou voir m ’y trouver. » Il est facile de s’im poser de sem blables pri vations, pour peu qu’on ait de raison ; vous pouvez d ’ailleurs vous en consoler sur-le-cham p dans les bras d’une beauté facile. D ix e rit, u t v e n ia s p a c t a t i b i n o c te ? v e n ito . V e n e ris , e t f u e r i t ja n u a c la u s a ? f e ra s . N ec d ie b la n d itia s , n e c d ie convicia p o sti, iNec la tu s in d u ro lim in e p o n e tu u m . P o s te r a lu x a d e r i t : c a r e a n t tu a v e rb a q u e r e l is , E t n u lla in v u ltu s ig n a d o lc n tis h a b e . Ja rn p o n e t fa s tu s , q u u m te la n g u e r e v id e b it : Hoc e tia m n o s tr a m u n u s a b a r t e f e re s . T e q u o q u e fa lle ta m e n , d u ra s it tib i fin is a m a n d i ; P r o p o s ilis f re n is sæ p e r é p u g n â t e q u u s . U tilita s l a t e a t ; q u o d n o n p ro fite b e re fiet. Quæ n ira is a d p a r e n t r e t i a , v ita t av is. Ne sib i ta m p la c e a t, q u o le c o n le m n e re p o s s it ; S u in e a n im o s , a n im is c e d a t u t ilia tu is . J a n n a f o rte p a te t ? q u a m v is re v o c a b e re , t r a n s i. E s t d a ta no x : d u b ila n o c te v e n ire d a ta . P o sse p a ti fa c ile e s t, tib i n i s a p ie n tia d e s i t ; P r o m p tiu s e fac ili g a u d ia f e r r e Ü cet, 14. ‘2 46 I,E REMÈDE D ’AMOUR. Qui pourrait trouver m es préceptes trop sévères, quand je m ontre à concilier la raison et te plaisir? Comme les caractères varient à l’infini, sachons aussi varier nos p réceptes: à m ille espèces de m aladies, opposons m ille rem èdes divers. Il est des m aux que guérit à peine le tranchant du fer ; d autres que sou lage le suc des herbes. Trop faible pour vous éloigner, n'osezvous secouer vos chaînes; et le cruel Amour vous tien t-il le pied sur la gorge ? cessez de lutter en vain. Laissez les vents ram ener votre barque, et secondez avec la ram e le m ouvem ent des îlots qui vous entraînent. Il faut assouvir cette soif ardente qui vous dévore; j’y consens : buvez à longs traits au beau m ilieu du fleuve ; m ais buvez au delà de ce que peut supporter votre esto m ac, buvez jusqu’à regorger l’eau que vous avez avalée. Jouissez, sans obstacle, jouissez sans interruption de votre m aîtresse : consacrez-lui vos n u its, consacrez-lui vos jours; jouissez-en ju sq u ’à satiété ; la satiété vous guérira de vos m aux. R estez au près d’elle, quand m êm e vous croiriez pouvoir vous en éloigner ; et ne quittez celte m aison, objet de vos dégoûts, que fatigué de ces plaisirs, dont l’excès a chassé l’am our de votre cœ ur. E t q u is q u a m p ræ c e p ta p o le s l rn ea d u r a v o c a re ? E n e tia m p a rte s c o n c ilia n lis a g o . N am , q u o n ia in v a r i a n t a n im i, v a ria m u s e t a rte s . M ille m a li s p e c ie s , m ille s a lu tis e r u n t . C o rp o ra v ix f e r r o q u æ d a m s a n a n t u r a c u to : A u x iliu m m u ltis s u c c u s e t h e r b a fu it. M ollior e s, n e c a b ir e p o te s , v in c tu s q u e t e n c r is , • E t tu a sæ v u s A m or s u b p e d e c o lla p r e m i t ? D esine l u c t a r i ; r é f é r a n t s in e c a rb a s a v e n t i ; Q u o q u e v o c a n t f lu c tu s , b a c tib i r e m u s e a t. E x p le n d a e s t s it is is ta tib i , q u a p e r d i t u s a rd e s ; C e d im u s : a m e d io ja in lic e t a m n e b ib a s, Sed b ib e p lu s e tia m , q u a m q u o d p r æ c o rd ia p o s c u n t ; C u l tu r e fac p le n o s u m la r e d u n d e t a q u a . P e r f r u e r e u s q u e tu a , n u llo p r o h ib e n le , p u e lla : Ilia tib i n o c te s a u f e r a t, ilia d ie s . T æ dia q u æ r e ; m a lis facient. e t tæ d ia lîn e m . J a m q u o q u e , q u u m c re d a s p o sse c a r e r e , m a n e . D m n b c n e te c u m u le s , e t c o p ia to lla t a m o re m , E fa s tid ita n o n j u v e t isse d o m o . LE REMÈDE D ’AMOUR. 247 L’amour subsiste longtem ps, lorsqu’il est nourri par la jalousie : voulez-vous le bannir, bannissez la défiance. Celui qui craint de perdre sa m aîtresse ou qu’un rival ne la lui en lèv e, tout l’art de Machaon pourrait à peine les guérir. Une m ère a deux fils, dont l ’un porte les arm es : celui dont l ’absence l’in q u iète, est celui qu’elle aim e le plus. 11 est, près de la porte Colline, un tem ple vénéré auquel le m ont Éryx a donné son nom . Là, règne un dieu nom m é l'Oubli cl’Amour, qui guérit les cœ urs m alades : il plonge son flambeau dans les froides eaux du Léthé. C’est là que les jeunes gens et les jeunes fem m es, épris d’un objet in sen sible, portent leurs vœ ux pour obtenir l’oubli de leurs p eines. Ce dieu (était-ce un dieu réel ou l ’illusion d'un songe? m ais je crois plutôt que c ’était un son ge), ce dieu m e parla ainsi : « 0 toi, qui tour à tour allu m es ou éteins les flam m es inquiètes de l’am our, Ovide, ajoute ce précepte à tes leçons. Qu’un am ant se retrace tous les maux qui le m enacent, et il cessera d’aim er. Tous, tant que nous som m es, nous avons reçu de la divinité plus ou m oins de m aux en partage. Que celui, par exem p le, qui a em prunté de l ’argent qu’il doit rendre à l’échéance, redoute le P uléal, et Janus, et le F it q u o q u e lo n g u s a m o r, q u e m d iffid e n tia n u t r i t : H u n e t u si q u æ r e s p o n e re , p o n e m e tu m . Qui tim e t, u t su a s it , n e u q u is s ib i d e tr a h a t illa m , Ille M achaonia v ix o p e s a n u s e r it. P lu s a m a t e n a ti s m a t e r p l e r u m q u e d u o b u s , P ro c u ju s r e d i t u , q u o d g e r it a rm a , tim e t. E st p r o p e C o llin a m te rn p lu m v e n e ra b ile p o r ta m : I m p o s u it te m p lo n o m in a c e ls u s E ryx. E s t illic L e lh æ u s A m o r, q u i p e c to ra s a n a t ; I n q u e su a s g e lid a m la m p a d a s a d d it a q u a m . Illic e t ju v e n e s v o tis o b liv ia p o s c u n t ; E t si q u a e s t d u r o c a p ta p u e lla v iro . Is m ih ic s ic d ix it ( d u b ito , v e r u s n e C upido An s o m n u s f u e r i t ; se d p u lo s o m n u s e r a t) : « 0q u i s o llic ito s m o d o d a s , m o d o d e m is a m o r e s , A djice p r æ c e p tis h o c q u o q u e , N aso, tu is . Ad m a la q u is q u e a n itn u m r é f é r â t s u a , p o n e t a m o re m : O m n ib u s ilia D eus p lu sv e m in u s v e d é d it . Qui P u te a l J a n u m q u e t im e t, c e le r e s q u e K a le n d as, T o r q u e a t h u n e æ ris m u tu a s u m m a su i. 248 LE REMÈDE D ’AMOUR. trop prom pt retour des calendes. Que celui qui a un père dur, quand tout d’ailleurs réussirait au gré de ses vœ u x, ait sans cesse devant les yeux ce père inflexible. C elu i-ci, mari d une épouse sans dot, vit avec elle dans la pauvreté ; qu’il pense à cette épouse, l’auteur de son triste sort. Vous possédez dans un bon terroir une vigne fertile en raisins excellents ; craignez que ]a grappe né soit brûlée en naissant. Cet autre attend le retour d ’un vaisseau; qu’il pense nuit et jour aux caprices de la m er, qu’il voie les rivages couverts des déb ris de son naufrage. Que l’un trem ble pour son fils qui est sous les drapeaux : vous, pour votre tille nu bile; qui de nous n’a pas m ille sujets d’inquiétude ? Pour haïr ton H élène, ô Paris ! il fallait te représenter l’horrible spectacle de la m ort de tes frères. >' Le dieu parlait encore, quand son im age enfantine s’évanouit avec m on son ge, si pour tant ce n ’était qu’un songe. Que ferai-je ? abandonnée sans pilote au m ilieu des on d es, ma n ef erre à l ’aventure sur des m ers inconnues. Am ant, qui que vous soyez, évitez la solitude : la solitude est dangereuse pour vous. Pourquoi fuir ? vous serez plus en sûreté au m ilieu C ui p a te r e s t d u r u s , v o tis u t c e te r a c e d a n t, H uic p a te r a n te o c u lo s d u r u s h a b e n d u s e n t . Hic m a le d o ta ta p a u p e r c u m c o n ju g e v i v i t : llx o r e m fa to c re d a t o b e sse s u o . E s t tib i r u r e b o n o generosae f e rtilis u v a e V inea ; n e n a s c e n s u v a s it u s ta , lin te . Ille h a b e t in r e d i t u n a v im : m a r e s e m p e r in iq u u m C o g ite t, e t d a m n o l ito r a foeda su o . F iliu s h u n c m ile s, te filia n u b ilis a n g a n t; E t q u is n o n c a u sa s m ille d o k iris h a b e t? E t p o s s is o d isse tu a m , P a r i, f u n e r a f r a t r u m , D e b u e ra s o c u lis s u b s titu is s e tu is . » P lu ra l o q u e b a tu r, p la c id u m p u e rilis im a g o D e s titu it s o m n u m , si m o d o so m n u s e r a t. Q u in fa c ia m ? m e d ia n a v im P a l in u r u s in u n d a D e se rit : ig n o ta s c o g o r i n ir e v ias. Q u isq u is a m a s , loca sola n o c e n t, lo ca so la c a v e to . Q uo fu g is ? in p o p u lo t u ti o r e s se p o tes. LE RE MÈDE D ’AMOUR. 249 de la foule. Vous n'avez pas besoin de vous isoler, l’isolem ent aggrave les tourm ents de l’amour : vous trouverez plus de sou lagem ent dans un e nom breuse réunion. Si vous restez seul, vous serez triste ; et l’im age de votre m aîtresse délaissée vien dra s’offrir à vos yeux : vous croirez la voir en personne. Voilà pourquoi la nuit est plus triste que la clarté du jour. On n ’a point alors près de soi une troupe joyeuse d’am is pour se dis traire de ses peines ; ne fuyez point la conversation ; ne ferm ez point votre porte ; ne cachez point dans les ténèbres votre visage baigné de larm es. Que Pylade soit toujours là pour con soler Oreste ; dans de telles circonstances les soins de l’am itié sont d’un puissant secours. N’e st-ce pas la solitude des forêts qui aggrava les maux de Phyllis ? La cause certaine de sa m ort, c’est qu elle était seule. Elle courait, les cheveux épars, com m e la foule désordonnée des Bacchantes, qui, tous les trois ans, sur les m onts d ’Aonie, renouvelle les fêles de Bacchus. Tantôt elle prom enait ses regards sur la m er, le plus loin qu’elle pou vait; tantôt, épuisée de fatigue, elle se couchait sur la grève sablonneuse : « Perfide Démophoon ? » criait-elle aux flots in sensibles ; et ses plaintes douloureuses étaient entrecoupées de N on tib i s e c r e tis , a u g e n t s é c r é ta f u ro r e s , E s t o p u s : a u x ilio tu rb a f u tu r a tib i e s t. T r is tis e r is , s i s o lu s e r is , d o m in æ q u e re lic tæ A n te o c u lo s fac iè s s ta b it, u t ip sa , tu o s. ï r i s t i o r id c irc o n o x e s t, q u a rn le m p o r a P h œ b i : Q uæ r e lc v e t lu c tu s , t u r b a s o d a lis a b e s t. N ec fu g e c o llo q u iu rn ; n e c s it tib i j a n u a c la u s a ; Nec t e n e b r is v u ltu s fle b ilis a b d e tu o s . S e m p e r lia b e P y la d e n , q u i c o n s o le t u r O re s te n ; H ic q u o q u e a m ic itiæ n o n le v is u s u s e r i t . Q uid n isi s e c r e tæ læ s e ru n t P h y llid a s ilv æ ? C e rta n e c is c a u sa e s t : in c o m ila ta f u i t . Ib a t, u t A donio r e f e ie n s t r i e t e r i c a Bacclio I r e s o le t lu sis b a rb a r a t u r b a c o m is ; E t m o d o , q u a p o te r a t, lo n g u m s p e c ta b a t in æ q u o r ; N u n c in a re n o s a lassa j a c e b a t h u m o . Perfide Démophoon, surdas clam abat ad undas; H u p ta q u e s in g u ltu v e rb a d o le n lis e ra n t. 250 LE REMÈDE D’AMOUR. sanglots. Par un étroit sentier, couvert d'un épais om brage, elle se rendait fréquem m ent au rivage de la m er. M alheureuse, elle venait de le parcourir pour la neuvièm e fois : « Le sort en est je té ! » d it-e lle . Et, pâlissante, elle jette les yeux sur sa cein ture. Elle regarde aussi les arbres qui l’entourent ; elle hésite ; elle repousse le projet hardi qu’elle a conçu ; elle frém it, et porte plusieurs fois les m ains à son cou ; Pauvre Phyllis ! plût au ciel qu’alors tu n ’eusses pas été.seule ! la forêt, déplorant ton trépas, ne se fût point dépouillée de son feuillage ! Et vous, am ant offensé par votre m aîtresse, jeune beauté trahie par votre am ant, instruits par l’exem ple de P hyllis, redoutez une trop profonde solitude. Un jeu n e hom m e avait suivi fidèlem ent les con seils de ma Muse ; il touchait au port ; il était sauvé, quand la rencontre im prévue de quelques am ants passionnés fut cause de sa rechute. L’Amour n’avait fait que cacher ses traits, il les reprit. 0 vous qui voulez cesser d’aim er, évitez la contagion de l’exem p le : la contagion vous est aussi nu isible qu’aux troupeaux. T el, en contem plant les blessures d’autrui, se sent blessé lu i-m êm e; bien des m aux se gagnent ainsi de proche en proche. Souvent L im e s e r a t te r r a is , lo n g a s u b n u b ilu s u m b ra , Q uo tu lit ilia s u o s ad m a r e sæ p e p e d e s. N ona t e r e b a t u r m is e ræ via : « Y id e ris , » i n q u il : E t s p e c ta t z o n a m p a llid a facta s u a m . A d sp ic it et ra m o s : d u b i ta t , r e f u g i tq u e q u o d a u d e t ; E l tim e t, e t d ig ito s ad s u a co lla r e f e r t, S ith o n i, tu n e c e r l e v e lle m n o n sola fu isse s ; Non fle re s p o s itis P h y llid a , s ilv a , c o ra is l P h y llid is e x e m p lo n im iu m s é c r é ta t im e te , L æ se v i r a d o m in a , læ sa p u e lla v iro . P ræstiterat ju v e n is , q u id q u id m ea M usa j u b e b a t , I n q u e s u æ p o r t u p æ n e s a lu tis e r a t. R e c c id it, u t c u p id o s i n t e r d e v e n it a m a n te s ; E t, q u æ c o n d id e r a t, tela r e s u m s it A m o r. Si q u is a m a s , n e c vis, fa c ito c o n ta g ia v ite s : Hæc e tia m peco ri s æ p e n o c e r e s o ie n t . D um s p e c ta n t o c u li læ sos, l æ d u n tu r e t ip s i ; M u lta q u e c o rp o rib u s t r a n s ilio n e n o c e n t. LE REMÈDE D'AMOUR. 251 un champ sec et aride est arrosé tout à coup par l’eau qui se détourne d’un fleuve voisin ; de m êm e l’am our se glisse à noire insu dans nos âm es, si nous ne nous éloignons pas de ceux qui aim ent : mais nous som m es tous à. cet égard ingénieu x à nous trom per. L’un était déjà guéri, un funeste voisinage l ’a perdu de nouveau ; un autre n ’a pu supporler la rencontre de sa m aîtresse. Encore m al cicatrisée, son ancienne blessure s’est rouverte, et tous les secours de mon art sont restés sans effet. On se garantit difficilem ent du feu qui brûle une m aison voi sine : vous ferez prudem m ent d’éviter le voisinage de votre belle. Abstenez-vous de fréquenter le portique où elle a coutum e de se prom ener, et de la rencontrer dans ces visites que pres crit la politesse. Pourquoi rallum er le. feu qui couve sous la cendre? Vous ferez m ieu x, s'il est possible, d’habiter un autre hém isphère. Si nous som m es à jeun, nous avons peine à m aî triser notre appétit devant une table bien servie; si nous som m es altérés, le bruit d’une source jaillissante augm ente encore notre soif. Il n’est pas facile de contenir un taureau quand il voit une génisse, et toujours le coursier vigoureux h en n it à l ’aspect d’une cavale. • I n loca n o n n u n q u a m sic c is a r e u l ia glebis* De p ro p e c u r r e n t i ilu m in e m a n a t a q u a . M an at a m o r te c lu s , s i n o n a b a m a n te re c e d a s j T u r b a q u e in hoc o m n e s in g e n io s a s u m u s . A lle r ite m ja m s a n u s e r a t : v ic in ia læ s it. O c c u rsu m d o m in æ n o n t u l i t ille su æ . V u ln u s in a n tiq u u m r e d i i t m a ie firm a c ic a trix , S u c c e ss u m q u e a r t e s n o n h a b u e r e m eæ . P ró xi mo s a te c lis ig n is d e fe n d itu r æ g r e : U tile f in itim is a b s tin u is s e locis. N ec, q u æ f e r r e s o le t s p a tia n te m fp o r tic u s illa m , T e f e r a t ; officium n e v e c o la tu r id e m . Q uid j u v a t a d m o n itu te p id a m re c a le s e e r e m e n t e m ? A ller, si p o ssis, o r b is h a b e n d u s e r i t . Non fac ile e s u rie n s p o s ita r e t i n e b e r e m e n s a , E t m u lta m s a lie n s in c itâ t u n d a s itim . Non f a c ile e s t v isa t a u r u m r e t i ñ e r e ju v e n c a : Fortis equus visæ selhper adhinnit eqüæ. 252 LE REMÈDE D ’AMO.U|R. Lorsqu'à force de lutter, vous toucherez enfin au p o r t , ce n ’est pas assez d’abandonner votre m aîtresse : il faut renoncer encore à sa sœ ur, à sa m ère, à la nourrice, sa confidente ; enfin à tout ce qui lient à sa personne. Craignez qu un esclave, ou une soubrette ne vienne, les veux m ouillés de larm es fein tes et d ’un air suppliant, vous souhaiter le bonjour de sa part ; et n ’allez point, par une dangereuse cu riosité, dem ander de ses n ouvelles. Contenez-vous ; votre discrétion aura sa recom pense. Et vous, qui énum érez les m otifs que vous avez eus de rom pre avec votre m aîtresse, et les nom breux sujets de plainte qu elle vous a don nés, cessez de l’accuser : vous vous vengerez m ieux en gardant le silence, ju sq u ’à ce qu’elle n'excite plus m êm e vos re grets. Il vaut m ieux vous taire, que de répéter que vous avez cessé d’aim er. Celui qui dit à tout le m onde : « Je n ’aim e plu s, » aim e encore. On arrête plus sûrem ent un incen die en l’éteignant peu à peu qu’en l ’étouffant d’un seul coup. Éloignez lentem ent l’am our, et votre guérison est certain e. Un torrent, d’ordinaire, est plus im pétueux qu'un fleuve ; m ais le cours de l’un a peu d’étendue et de durée, l ’autre coule loin et toujours. Que, pareil li.c c u b i p ra e s tite ris , u t tá n d e m lito ra ta n g a s , Non s a tis e s t i p s a n r d e s e r u is s e lib i. E t s o r o r , e t m a t e r v a l e a n t .e t co n scia n u t r í s , E t q u itlq u id dom inae p a r s e r i t u lla tu ® . Nec v e n ia t s e rv u s , n e c flen s a n c illu la fic tu m , S u p p lic ite r dom inae n o m in e d i c a t : Ave! N ec, si s c ir e v o le s, q u id a g a t l a m e n illa , r o g a b is . P r o fe r : e r i t lu c r o lin g u a r e t e n ta s u o . T u q u o q u e , q u i c a u sa m liu iti r e d d is a m o r is , D eque t u a d o m in a m u lta q u c r e n d a r e f e r s ; P a r c e q u e r i : m e liu s s ic u lc is c e r e tac e n d o , D um d e s id e r iis e lllu a t illa tu is . E t m a lim lac e a s, q u a in te d e s is s e lo q u a r is . Qui n im iu rn m u ll ís , N on a m o , d ic it, a m a l. Sed m e lio re Pide p a u la lim e x ti n g u i tu r ig n is , Q uam s ú b ito : l e n t e d e s in e ; t u tu s e r is . F lu m in e p e rp e tu o l o r r e n s s o le t a c riu s i r é ; S ed tu rn e n liccc b re v is e s t : illa p e re n n is a q u a . LE REMÈDE D’AMOUI! ‘253 au nuage qui s ’évanouit insensiblem ent dans les airs, votre amour s’éteigne doucem ent et par degrés. C’est un crim e de haïr aujourd'hui la fem m e qu’on adorait hier : une transition aussi brusque ne convient qu’à des âm es féroces. I) suffit de cesser de lui rendre des soins : celui dont l’am our se term ine par la haine, ou aim e encore, ou ne se guérira que difficilem ent d’une passion qui fait son m alheur. Il est honteux qu'un amant et sa m aîtresse, naguère si tendre m ent un is, deviennent tout à coup ennem is déclarés. Thém is elle-m êm e n ’approuve point ces querelles odieuses. Tel souvent intente un procès à une fem m e qu’il aime encore : lorsque le ressentim ent ne survit pas à l ’am our, celui-ci, libre de toute contrainte, s’éloigne prom ptem ent. Un jour je servais de tém oin à un jeune hom m e, sa m aîtresse était près de là dans sa litière ; il éclatait contre elle en reproches sanglants, en paroles m ena çantes. Au m om ent où il allait l’assign er: « Q uelle sorte donc de sa litière,» dit-il. Elle en sort: à l’aspect de son am ante, il reste m uet ; les bras lui tom bent, les tablettes accusatrices s'échap pent de ses m a in s: il se précipite sur son sein en s’écriant: « Tu l ’em portes ! » Se retirer paisiblem ent est un parti plus sûr et plus convenable, que de passer du lit aux clam eurs du barreau. F a lla t, e t in te n u e s e v a n id u s e x e a t a u ra s , P e r q u e g ra d u s m o lle s e m o r ia tu r a m o r. S e d m o d o d ile c ta m s c elu s e s t o d isse p u e lla m : E x itu s in g e n iis c o n v e n it is te fe ris. N on c u r a r e s a t e s t : o d io q u i fin it a m o re m , A u t a m a t, a u t æ g r e d e s in e t e s se m is e r. T u rpe , v ir e t m u lie r , jim c li m o d o , p r o lin u s lio s te s Non illa s lite s A p pias ip s a p r o b a t. S æ pe r e a s f a c iu n t, e t a m o n t : u b i n u l la s im u lta s l n c id it, a d m o n itu l ib e r a b e r r a t a m o r. F o rte a d e ra m ju v e n i, d o m iu a m le c lic a te n e b a t H o rre b a n t sæ vis o m n ia v e rb a m in is. J a m q u e v a d a tu r u s : « L e c lic a p r o d e a t, » in q u it. P r d d ie r a t : visa c o n ju g e , m u tu s e ra t. E t m a n u s , e t m o n ib u s d u p lic e s c e c id e re la b e llæ : V e n it in a m p le x u s ; a lq u e i ta , « V in cis, » a it. T u tiu s e s t, a p tu m q u e m a g is , d is c e d e re pace, Q uam p e te r e a th a la m is litig io s a fo ra . T. I. ,5 254 LE REMÈDE D ’AMOUR. Laissez-la sans litige garder les présents que vous lui avez faits; souvent on gagne beaucoup à faire un léger sacrifice. Surtout, si le hasard vous réunit dans le m êm e lieu, n ’oubliez pas alors de faire usage des arm es que je vous ai don nées ! Courage donc! Combattez vaillam m ent : P enthésilée doit tom ber sous vos coups. Rappelez à votre m ém oire, et votre heureux rival, et la porte inflexible à votre am our, et ces vains serm ents dont l’infidèle prit les dieux à tém oin . N’allez pas, parce que vous devez la voir, arranger avec plus de soin vos cheveux, ou disposer avec plus d’art les plis onduleux de votre robe. Ne prenez pas tant de peine pour plaire à uh e fem m e qui désorm ais vous est étrangère ; faites en sorte quelle ne soit pour vous qu'une fem m e ordinaire. Savez-vous ce qui s’oppose le plus au succès de nos efforts? Le voici : chacun peut là-dessu s consulter sa propre expérien ce. Nous cessons trop tard d’aim er, par ce que nous nous flattons toujours qu’on nous aim e encore. Séduits par notre am our-pro pre, nous som m es une race crédule. Ne croyez donc pas aux ser m en ts, ils sont si trom peurs! le nom m êm e des dieux im m ortels ne peut donner aucun poids au parjure. N’allez pas surtout vous M u n e ra q u æ dedcris, habeat sine lite jub eto , E s s e s o ie n t m a g n o d a m n a m in o ra b o n o . Quon si v o s a liq u is c o n d u c e t c a s u s in n n u m , M ente m e rn o r t o ta , q u æ d a m u s a rm a , t e n c . N u n c o p u s e s t a r m i - ; h ic , o f o rtis s iin e , p u g n a : V in c e n d u e s t telo P e n th e s ile a lu o . N u n c tib i r iv a 1is, n u n c d u r u m lim e n a m a n ti, N u n c m e d iis s u b e a n t i r r i t a v c ib • Deis. Nec c o m p o n e c o m a s, q u ia s is v e n tu r u s a d illa m ; N ec to g a s il laxo c o n s p ic ie n d a s in u . N ulla s it u t p lat e a s a lie n æ c u ra p u e llæ ; J a m fa< ito c m u llis u n a sit ilia tib i. S ed quid præ cipue nostris conatibus obstet, E lo q u a r ; e x e m p lo q u e m q u e d o c e n tc su o . D e sin im u s ta r d e , q u ia n o s s p e ra m u s a m a r i : D um sibi q u is q u e p la c e t, e re d u la l u r b a s u m u s . At l u n e c voces, q u id e n irn la lla c iu s illis ! C re d e , n e c æ t e r n o s p o n d u s h a b e re Dcos. LE REMÈDE D'AMOUR, 255 laisser toucher par les larm es de l’infidèle : ses yeux ont appris à pleurer avec art. Le cœ ur des am ants est en butte à m ille artifices, com m e le galet du rivage ballotté en tous sens par les flots de la m er. Ne dites point quels sont les m otifs qui vous font préférer u n e rupture; et, continuant de souffrir en se cret, ne parlez pas du sujet de vos douleurs. Ne rappelez pas ses torts, de peur qu’elle ne s’en justifie : au contraire, laissez-lu i beau je u ; dût sa cause en paraître m eilleure que la vôtre. Le silen ce annonce la force ; se répandre en in vec tives contre une infidèle, c’est lui dem ander une explication satisfaisante. Je ne prétends point im iter le roi d’Ithaque ; je n ’oserais point com m e lui plonger dans un fleuve les flèches rapides et le flambeau brûlant de l’Amour ; je ne couperai point ses ailes purpurines ; le but de m es leçons n ’est pas non plus de déten dre son arc divin. Mes chants se bornent à donner des avis : am ants, suivez m es c o n seils; et toi, dieu de la san lé, Phébus, continue, com m e tu l’as fait ju sq u ’ici, de seconder m on entre prise! je l’entends, j ’entends retentir sa lyre et son carquois : à ces signes certains je reconnais le dieu. Voici Phébus! N eve p u e lla r u r a la c r y m is m o v e a re cav elo : Ut f le r e n t, o c u lo s e r u d i e r e suos. A rtilm s in n u m e r is m e n s o p p u g n a tu r a m a n t u m , Ut la p is æ q u o r e is u n d iq u e p u lsu s a q u is . Nec c a u sa s a p e r i, q u a r e d iv o rtia m a l i s ; N ec d ie , q u id d o le a s ; c la m ta m e n u s q u e dolc. Nec p c c c a ta r e f e r , n e d ilu â t : ip s e fa v e b is, Ut m e lio r c a u sa c a u sa s it ilia tu a . Qui s ile t, e s t firm u s ; q u i d i c i t m u lta puelluc P r o b r a , s a tis fie ri p o s tu la t ilie s ib i. N on ego Dulichio furiales m ore sagittas, Nec r a p i d a s a u s im t in g e r e in a m n e faces. N ec nos p u r p u r e a s p u e r i r e s e c a b im u s a la s ; Nec s a c e r a r t e m ea la x io r a rc u s e r it. C o n s iliu m e s t q u o d e u m q u e can o : p a r e te c a n e n t i ; U tq u e facis, c œ p tis , P h œ b e s a lu b e r , a d e s! P iiœ b u s a d e s l : s o n u e re lyrse; s o n u e re p b a r e tr æ *. Signa Deum nosco per sua : Phœbus adest. ‘256 LE REMÈDE D’AMOUR. Comparez avec la pourpre de Tvr une laine tein te à A m yclée; cette dernière vous paraîtra hideuse : que chacun de vous com pare de m êm e sa m aîtresse aux plus belles fem m es ; et il rougira de l’objet de son am our Junon et Pallas purent d’abord sem bler belles à Paris; m ais, com parées à V énus, l ’une et l ’autre furent vaincues. Ne bornez pas ce parallèle à la figure, m ettez aussi dans la balance le caractère et les talen ts ; surtout que l’am our n ’offusque pas votre jugem ent. Le rem ède que je vais indiquer m aintenant est peu de chose; m ais, m algré son peu d’im portance, il a été utile à plus d’un am ant, et à m oi le prem ier. Gardez-vous de conserver et de relire les billets doux de votre m aîtresse : l’esprit le plus ferm e serait ém u d’une sem blable lectu re. Jetez, quoi qu’il vous en coùie, jetez au feu toutes ses lettres, et dites : « Puisse ce bra sier consum er aussi m on am our! » La fille de T hestius, à l'aide d ’un talal tison , brûla son fils absent ; et vous, vous hésiteriez à livrer aux flam m es ces perfides écrits 1 Éloignez aussi de vos yeux, si vous en avez le courage, la cire qui reproduit ses traits : pourquoi rester épris d’une m uette im age? Ce fut ce qui perdit Confer A m yclasis m e d ic a tu m v e llu s a h e n is M úrice c u m T y rio : t u r p i u s ill u d e r i t . Vos q u o q u e fo rm o s is v e s ir a s c o n f e r tc p u e lla s : In c ip ie t dom inoe q u e m q u e p u d e r e suas. U tr a q u e form osas P a r id i p o t u e r e v i d e r i ; Sed sib i c o lla ta m v ic it u I r a m q u e V en u s. Nec s o la m f a c i c m ; in o re s q u o q u e c o n fe r e l a r l e s : T a n tu m ju d ic io n c t u u s o b s it a m o r . E xiguum est, quod deinde canam ; sed p ro fu it illud E x ig u u m m u llís, in quibus ipse fui. S c rip ta cave r e le g a s blandas s é rv a la p u ellas : C o n s ta n te s á n im o s s c ri ta r e lé e la m o v e n t. O m n ia p o n e fe ro s , p o n e s in v itu s , in i g n e s ; E t dic : « A rd o ris s it r o g u s i s te m e i. » T iie s tia s a b s e n le m s u c c e n d it s tip ite n a tu m : Tu lim ide flammie p edida verba d a b is ! Si p o te s , e t c e ra s re m o v e : q u id im a g in e m u ta C a rp e ris ? b o c p e r i i t L a o d a m ia m o d o . LE REMÈDE D ’AMOUR. Laodamie. Il est aussi des lieux dont la vue est nu isible. Fuyez surtout ceux qui furent le théâtre de vos plaisirs : ils vous rap pelleraient m ille souvenirs douloureux. « Elle était l à ; c’est là que je la vis couchée; voici le lit où je dorm is dans ses bras; c ’est ici que, dans u n e nuit voluptueuse, elle m ’enivra de plaisirs. » Ces souvenirs réveillent l'am our; la blessure mal ferm ée se rouvre : la m oindre im prudence est nuisible aux con valescents. Si vous approchez le soufre d’une cendre à peine éteinte, le feu se rallum e, et l'étincelle devient un incen die. De m êm e, si vous n ’évitez avec soin tout ce qui peut réveiller votre am our, vous verrez se rallum er la flamme que vous croyez éteinte. La flotte des Grecs eût bien voulu fuir le prom ontoire de Capharée et le fanal trom peur qu’alluma le vieux Nauplius pour venger la m ort de son fils ! Le nautonnier prudent se réjouit quand il a franchi le détroit de Scylla : vous, gardez-vous des lieux vers lesquels vous entraîne un trop doux penchant : qu’ils soient pour vous les Syrtes ; évitez ces rochers A crocérauniens, et cette cruelle Charybde, qui revom it sans cesse les flots qu’elle engloutit. Il est encore d’autres rem èdes dont on ne peut ordonner l’em ploi, mais qui, lorsqu’ils sont l ’effet du hasard, sont souvent E t lo ca m u k a n o c e n t : f u g ito loca c o n scia v e s tri C o n c u b itu s ; c a u sa s m ille d o îo ris h a b e n t. H ic f u i t ; h ic c u b u it ; th a la m o d o r m iv im u s isto : Hic m ih i lasc iv a g a u d ia n o c le d é d it. A d m o n itu r e f r ic a tu r a m o r ; v u ln u s q u e n o v a tu m S c in d itu r : in firm is c a u sa p u s illa n o c e t. Ut, p æ n e e x tin c tu m c in e r e m si s u lf u r e ta n g a s , V ivet, e t e m in im o m a x im u s ig n is e r i t . S ic, n is i v ita r is q u id q u id re u o v a b it a m o re m , F la m m a r e d a r d e s c e t, q u æ m o d o n u lla fu it. A rgolides c u p e r e n t lu g is s e C a p h a re a p u p p e s ; T e q u e , s e n e x , l u c l u s ig n ib u s u lte tu o s. P r æ l e r i ta c a u tu s N ise id e n a v ita g a u d e t : Tu loca, q u æ n im iu m g r a ta f u e r e , cav e. Ilæ c tib i s in t S y r te s ; h æ c A c ro c e ra u n ia vita H in c v o m it e t p o ta t d i r a C h a ry b d is a q u a s. S ont, q u æ n o n p o s s in t a liq u o c o g e n le j u b e r i ; S æ pe t a m e n c a su fac ta j u v a r e s o ie n t. 258 LE REMÈDE D’AMOUR. d ’un puissant secours. Que Phèdre devienne pauvre ; et N eptune épargnera les jours de son p etit-fils; et il n ’enverra pas ce m onstre m arin qui épouvanta les chevaux d’H ippolyte. Réduisez Pasiphaé à l'in d igen ce; elle aim era sans em portem ent. Le luxe et les richesses alim entent l’am our. Pourquoi nul am ant ne séduisit-il H écalès; pourquoi nu lle fem m e ne ca,.tiva-t-elle Irus? c ’est que tous deux étaient pauvres. La pauvreté n’a pas de quoi nourrir l’am our : ce n ’est pas toutefois un e raison suffi sante pour désirer d’être pauvre. Mais ce qui vous im porte, du m oins, c ’est de ne pas fréquenter les théâtres, jusqu a ce que l’am our soit entièrem ent banni de votre cœ ur. Les sons des cithares, de (lûtes et des lyres, les voix m élod ieuses, les m ou vem ents cadencés de la danse énervent l’âm e. Chaque jour on y voit rep résenter de lictives am ours...................................... Forcé par m on art de vous enseigner ce que vous devez fuir et ce qui peut vous être utile, je le dis à regret : n e touchez point aux poêles érotiqu es. Père dénaturé, c ’est proscrire m es propres enfants. Fuyez Callim aque ; il n ’est point ennem i de l ’am our ; et toi, poète de Cus, tu n ’es pas m oins nuisible que P e r d a t o p e s P h æ d re ; p a rc e s , N e p tu n e , n e p o l i , N ec fa c ie t p a v id o s t a u r u s a v itu s e q u o s . G nosida fec isse s in o p e m ; s a p ie n te r a m a s s e t. D iv itiis a li t u r l u x u rio s u s a m o r. C u r n e m o e s t, H e c a le n ; n u lla e s t, qua* c e p e r i t I r o n ‘N e m p e q u o d a lt e r e g e n s , a lt é r a p a u p e r e r a t. Non h a b e l, u n d e s u u m p a u p e rta s p a s e a t a m o r e m : N on ta m e n hoc t a n t i e s t, p a u p e r u t e s se v e lis. At tib i s it t a n t i , n o n in d u lg e r e t h e a t r i s ; Dum b e n e d e v a c u o p e c to r e c e d a t a m o r. E n e r v a n t a n im o s c it h a r æ , lo to s q u e , l y r æ q u e ; E t vox, e t n u m e r is b r a c h ia m o ta s u is . l ll ic a d s id u e û c ti s a l t a n t u r a m a n te s . Quid c a v ea s uuctor, quid ju v et, a rte docet. E lo q u a r invitus : teneros n e tange poetas. S u b m o v e o d o te s im p iu s ip se m ea s, C a llim a c h u m f u g ito ; n o n e s t in im ic u s A m o ri; E t c u m C a llim a c h o tu q u o q u o , Coé, n o ces. LE REMÈDE D ’AMOUR. 259 Callimaque. Oui, Sapho m ’a rendu plus tendre pour m on am ie ; et la Muse du vieillard Téos n ’a pas rendu m es m œ u rs bien sé vères. Qui pourrait sans danger lire les vers de Tibulle, ou ceux du poëte qui consacra tous ses chants à sa chère Cynthie? Quel cœ ur de roche ne serait attendri après avoir lu Gallus? Et je ne sais quelle douceur contagieuse respire aussi dans m es vers. Si le dieu qui m e sert de gu id e, A pollon, n ’abuse point de son p oëte, un rival est la principale cause de nos m aux. N’allez donc pas vous figurer que vous avez un rival ; et croyez pieuse m ent que votre belle couche seule dans son lit. Ce qui rendit plus ardent l’am our d ’Oreste pour H erm ione, c ’est qu’elle était devenue la m aîtresse d’un aulre. Pourquoi te lam enter ainsi, M énélas? Tu te rendais en Crète sans ton épouse , et tu pouvais rester longtem ps éloigné d’elle. Mais, depuis que Paris l’a enlevée, tu ne peux plus vivre sans ton H élène: l’amour d’un autre a stim ulé le tien. Ce qui su rtou t faisait couler les larm es d'Achille, lorsque Briséis lui fut ravie, c’était de la voir porter ses char m es dans le lit du fils de P listh èn e. Et, croyez-m oi, il ne pleu- Me c e r t e S a p p h o m e lio re m fe c it arnica»; N ec rig id o s m o re s T e ia M usa d e d it. C a rm in a q u is p o tu it t u to le g is s e T ib u lli, Vet tu a , c u ju s o p u s C y n th ia s o la f u it ? Q uis p o tu it lecto d u r u s d is c e d e re G allo ? E l m e a n e s c io q u id c a r m in a d u lc e s o n a n t. Qood, n is i d u x o p e ris v a te m f r u s t r a l u r A pollo, yE m ulus e s t n o s tr i m a x im a c a u sa m ali. At tu riv a le m n o li tih i fin g e re q u e m q u a m , tu q u e s u o s o la m c re d e j a c e r e lo ro . A c riu s H e rm io n e n id e o d ile x it O restes, E s s e q u o d a l t e r i u s c c e p e ra t ilia v ir i. Q uid, M cnelae, d o le s ? iltas s in e c o n ju g e C re te n , E t p o te ra s n u p ta l e n tu s a b e ss e tu a . U t P a r is lia n c r a p u it, n u n c d e m u m u x o r e c a re re N on p o le s ; a lt e r i u s c re v it a m o re tu u s . H oc e t in a b d u c ta B rise id e fle b a t A chilles, I lla m P lis lh e n io g a u d ia f e r r e to ro . 260 LE REMEDE D ’AMOUR. rait p a s s a n s r a is o n : Agam em non fit ce qu’il ne pouvait se dispenser de faire, à m oins de rester dans un e hon teu se inac tion ; il fit ce que j ’aurais fait à sa place ; car je ne su is pas plus sage que lui. Ce fut le plus doux fruit de la jalousie qui régnait entre ces deux chefs. Car, lorsque A gam em non jure par so n sceptre qu’il n ’a jam ais touché B riséis, il ne p ense point que son sceptre soit un e d ivinité. Fassent les dieux que vous puissiez passer le seuil de la m aî tresse que vous avez abandonnée, sans vous arrêter, sans que vos pieds trahissent votre résolution ! Et vous le pouvez, si vous le voulez fortem ent ; m ais alors il faut de la ferm eté,, alors ¡1 faut redoubler le pas, et enfoncer l'éperon dans les flancs de votre coursier. Figurez-vous que sa m aison est peuplée de L otopliages, que c ’esl l'antre des Sirèn es: déployez les voiles et faites force de ram es. Je voudrais m êm e que ce rival, qui naguère vous causait des chagrins si vifs, vous en vinssiez à ne plus le regarder com m e un ennem i. Du m oins, si vous conservez contre lui un levain de h ain e, vous devez le saluer : lorsque vous pourrez enfin l’em brasser, vous serez guéri. M aintenant, pour accom plir tous les devoirs d'un bon m édecin, je vais vous enseigner les alim ents dont vous devez vous absteN ec f r u s t r a fle b a t, m ilii c ré d ité : f e c it A trid e s Q uod si n o n f a c e r e t, t u r p i t e r e s s e t i n e r s . C e rte e g o fe c is se m , n e c s u m s a p ie n tio r illo : In v id iæ f ru c tu s m a s im u s ille f u it. N am s ib i q u o d n u n q u a m ta c ta m B ris e id a j u r â t P e r s c e p tr u m , s c e p tr u m n o n p u t a t e s s e Deos. Di fa c ia n t, d o m in a i p o ssis t r a n s i r e r e lic tæ L im in a , p ro p o s ito s u fü c ia n tq u e p e d e s. E t p o te r is , m o d o ve lle te n e ; n u n c f o r tite r ir e , N u n c o p u s e s t c e le r i s u b d e re c a lc a r e q u o . Rio L o to p h a g o s, illo S ire n a s in a n tr o E sse p u t a : r e m i s a d jic e v e la tu is . H u n e q u o q u e , q u o q u o n d a m n im iu m r iv a le d o leb a s, V e lle m d e s in e r e s h o s tis h a b e re lo eo . At c e r te , q u a m v is odio r é m a n e n te , s a lu la : O scula q u u m p o te r is j a m d a r e , s a n u s e ris . E cciî c ib o s e tia m , m e d ic in æ lu n g a r u t o m n i M u n e re , q u o s fu g ia s , q u o s v e s e q u a r e , d a b o LE R E M È D E D ’AMOUR. 261 nir et la diète que vous devez suivre. Toute plante bulbeuse est égalem ent nuisible, soit qu'elle vien ne de la Daunie, ou de Mégare, ou des rivages de l ’Afrique. Il est prudent de s’abstenir de la roquette stim ulante et de tout ce qui nous excite aux plai sirs de l’am our. Vous vous trouverez bien de faire usage de la rue qui rend l’œ il plus vif et qui éteint dans nos sens le feu des désirs. Vous m e dem andez ce que je vous prescris à l’égard du jus de la treille? je vais, surpassant votre espérance, vous satis faire en peu de m ots. Le vin dispose notre âm e aux plaisirs, à m oins que nous n’en prenions assez pour plonger nos esprits dans un profond engourdissem ent. Le vent entretien t le feu, le vent peut aussi l’éteindre ; léger, il alim ente la flam m e ; trop violent, il l’étouffe. Point d’ivresse donc, ou qu’elle soit assez com plète pour noyer tous vos chagrins. Rien de plus nuisible que de garder un m ilieu entre l’ivresse et la sobriété. Mon ouivre est achevée ; je touche enfin au port où je voulais aborder : couronnez de guirlandes m a nef fatiguée. A m ants, jeunes beautés, bientôt guéris par m es vers, vous rendrez à votre poète de pieuses actions de grâces. D aurrius, a n L ibycis b u lb u s lib i m is s u s a b o ris , An v e n ia l M e g a ris, n o x iu s o m n is e r i t . Nec m in u s e r u c a s a p tu m v i ta r e s a la c e s , E t q u id q u id V e n e ri c o rp o ra n o ^ tra p a r a t. U tiliu s s u m a s a c u e n te s lu m in a r u ta s , E t q u id q u id V e n e ri c o rp o ra n o s tr a n e g a t. Q uid tib i p ræ c ip ia m d e B acchi m u n e r e , q u æ r is ? S pe b r e v iu s m o n ilis e x p e d ie r e m e is. Vina p a r a n t a n im u m V en eri, n isi p lu r im a s u m a s , E t s tu p e a n t m u lto c o rd a s e p u lta m e ro . N u t r il u r v e n to , v e n to r e s t in g u i l u r ig n is : L e n is a lit H am m am , g r a n d io r a u r a n e c a t. A ut n u l la e b rie la s , a u t ta n t a s it, u t lib i c u ra s Et ip ia t : si q u a e s t i n te r u l r a m q u e , n o c e t. H oc o p u s e xegi : fessæ d a te s e r t a c a rin æ ; C o n tig im u s p o r tu m , q u o m ih i c u rs u s e ra t. P o s tm o d o r e d d e tis s a c ro p ia v o ta p o e læ , C a rm in é s a n a li fe m in a v irq u e m eo . 15 . . PONTIQUES T R A D U C T IO N DE M. N. C AR E SME ANCIEN REC TEU R SO IG N E U SE M E N T R E V U E PAR M. J .-P . C H A R PE N T IE R INTRODUCTION Ovide a peint d’un mot sa vocation merveilleuse pour la poésie : Q uid q u id te n ta lja m s c rib e re v e rs u s e ra t. Le même vers eût pu lui servir à peindre la faiblesse qu’il montra dans son exil chez les Scythes ; il eût suffi d’y faire un léger chan gement et de l’écrire ainsi : Q uid q u id te n ta b a m s c rib e re q u e s lu s e ra t. Car, depuis son départ de Rome, il ne trouva plus de paroles que pour la plainte, plus d’inspiration que dans la douleur. D’autres exilés n’ont point montré la même faiblesse : ils ont été forts dans la disgrâce, ou du moins ils ont pu renfermer leur dou leur au fond de leur âme et souffrir avec dignité, ce qui est encore de la force. Ovide, au contraire, manque tout à fait au respect qu’on se doit à soi-m êm e, surtout dans le m alheur; il souffre, c’est déjà beaucoup pour un homme de cœur ; mais ce n’est pas assez pour lui : il veut que tout le monde sache combien il souffre ; il étale ses blessures, il les compte; il se plaît à multiplier les témoignages de sa faiblesse; il ne dit même pas, comme la Phèdre de Racine : Je te lais s e tr o p v o ir m e s h o n te u s e s d o u le u rs . Non ; car il ne trouve point de honte à souffrir ni à se plaindre, et si, dans quelques-unes de ses lettres, il avoue qu’il rougit de redire cent fois la même chose, ce n’est point par un retour au sentiment de sa dignité personnelle, c’est parce qu’il a reconnu l’inutilité de ses plaintes et de ses prières tant de fois répétées. 266 IN T R O D U C T IO N . Cette faiblesse de sa part n’est point un mystère difficile à com prendre : Ovide était l’homme du monde qui avait le moins de morgue et de prétention à la dignité ; un beau génie et une âme assez commune, voilà son lot à lui comme à Cicéron. Il avait préci sément tout ce qu’il fallait pour plaire dans la société romaine au temps d’Auguste, et, pour s’y plaire, une nature franche, expansive et sensuelle, une organisation nerveuse et impressionnable, un cer tain laisser-aller dans les mœurs, une certaine faiblesse de caractère dont ses ouvrages portent partout l’empreinte ; l’amour des femmes, d'ailleurs, le goût du luxe, un épicuréism e élégant, des habitudes molles et efféminées : ces choses ne vont pas d’ordinaire avec la force d’âme, et n’impliquent pas un fort sentiment de dignité personnelle. Ovide n’était pas un stoïcien, pour dire à la douleur : « Tu n’es pas un mal. » L’auteur des Am ours, de l'A rt îl’aim er, des Héroïdes, etc., qui avait publiquement avoué tant de peines amoureuses, pouvait tout aussi bien confesser les tourm ents de son exil : celte faiblesse de sa part ne devait étonner personne. Pour lui, la question du bienêtre dominait le sentiment de sa dignité personnelle, comme son amour-propre de poète; et lui-même le fait assez entendre, quand il dit que sa position présente n’est pas assez bonne pour lui laisser le souci de la gloire. N on ad e o e s t b e n e n u n c u l s it m ih i g lo ria c u ræ . Les mêm es causes qui l’empêchèrent de souffrir avec dignité, c’est-à-dire en silence, devaient lui rendre cet exil insupportable. De quoi se plaint-il dans toutes ses lettres? du froid, du climat af freux, de la solitude et des mœurs sauvages qui l’environnent. Gâté par le doux ciel de l italie, délicat et maigre, affaibli d’ailleurs par la débauche, il frissonne et tremble sous le vent glacé du nord, en pré sence d’une nature effrayante et ennemie de l’homme. Là, plus de frais ombrages sous un ciel de feu, plus de nuits tièdes et parfu mées, plus de chants d’amour, plus de douces causeries, plus de belles femmes ne respirant que pour le plaisir ; autour de lui, la neige qui couvre la terre comme d’un linceul de mort, les glaces du Danube, le vent qui mugit à travers les arbres dépouillés, la flèche du Scythe qui siffle dans l'air, et, plus que tout cela, une société froide, pauvre, et rude comme le ciel du nord, qui ne le comprend pas, et pour laquelle il confesse lui-m êm e qu’il est un Barbare : B a r b a ru s h ic ego s u m q u ia n o n in te llig o r illis . Faut-il s’étonner de ses plaintes et blâmer sa douleur? en vérité, INTRODUCTION. 267 nous n’en avons pas la force. Nous regrettons, sans doute, que ce bel esprit n’ait pas su se créer de nouvelles habitudes, se concentrer, se replier sur lui-même, et profiter de son exil pour se donner, par le travail et la solitude, cette correction, ce goût, cette pureté qu’il n’avait pu acquérir dans le tourbillon de la société romaine ; nous sommes fâchés de le voir vivre sur son passé, se nourrir de regrets, se consumer dans une vaine espérance ; de le voir s’éteindre, en un mot, comme une plante dont la vie ou la mort sont attachées à des influences de sol et de climat; mais nous concevons qu’il est difficile à cinquante ans de refaire sa vie et de la jeter sur un plan nouveau. Les Politiques, remarquables d’ailleurs par bétonnante facilité du style, comme tous les ouvrages du même auteur, sont un fruit de sa vieillesse et surtout de son exil. On sent que le ciel du Nord, en éteignant le leu de ses passions, a refroidi sa verve poétique : son imagination est riche encore, mais elle est pâle et quelquelois som bre. Le poêle le sentait lui-mêine : il se plaint en plusieurs endroits que l’inspiration lui manque ; il n’a point de lecteurs pour applaudir ses vers, et tout ce qu’il écrit le décourage en ne lui révélant que trop la triste défaillance de son génie. Cependant, comme l'observe avec raison M. Charpentier, dans sa Biographie d’Ovide, il faut bien se garder de croire qu’il soit tombé aussi bas que notre grand lyri que, qui fit tant de mauvais vers en Allemagne. Le caractère de J.-B. Rousseau se montra plus ferme dans l’exil ; mais le génie d’Ovide résista mieux à son influence. Ce qu’on regrette surtout dans les Politiques, c’est que notre poêle se soit si peu identifié avec les peuples parmi lesquels il était forcé de vivre : Platon jetait un regard pénétrant et curieux sur la bar barie. Si Ovide avait été philosophe, il eût pu, en comparant les mœurs romaines avec celles des rudes et vigoureuses nations qu’il avait sous les yeux, deviner en partie le rôle qu’elles devaient jouer plus tard, dans la vieillesse de l’Empire ; mais il croyait Rome éter nelle, et cette foi profonde ne lui permettait pas de chercher autre chose dans l’avenir. Du reste, c’est mal à propos que, jusqu’ici, les éditeurs ont donné aux Politiques le titre d'Elégies : ce sont des lettres, et même des lettres d'un intérêt grave pour l’auteur, puisque dans toutes il s'agit de la plus grande alfaire qu’il eût au monde, son exil. Se rappeler au souvenir dé ses amis, réchauffer leur zèle, exciter leur dévoue ment, guider fini xpérience de sa femme, et enhardir sa tim idité ; flatter Auguste, Livie, Tibère, Germanicus, toute la famille impé riale; faire connaître à Rome tout ce que le besoin d’y revenir lui avait inspiré d’adulation basse et d’idolâtrie grossière : voilà l’objet 208 INT ROD UCT ION . réel de ces lettres, dont la forme et le style seuls sont poétiques. Plusieurs de ces lettres portent le cachet d’un grand désespoir et d’une tristesse profonde ; d’autres ne prouvent guère que l’ennui de l’auteur et le besoin de passer le temps à quelque chose; lui-m êm e ne s’en cache pas : n’aimant ni le jeu ni le vin, et ayant cessé d’ai mer les femmes, ou plutôt de les rechercher, soit que celles du pays n’eussent pas le don de lui plaire, soit qu’il craignît les caquets d’une petite ville, soit enfin que le climat, l’âge ou la raison l’eus sent rendu plus honnête homme à cet égard ; privé de livres, et ne pouvant se livrer aux travaux de l’agriculture, qu’il aimait, il avoue naïvement que les heures lui pèsent, et qu’il est, comme dit Shakes peare, la proie du temps, lo the lim e a pr'ey. C’est à ce besoin de se défendre contre l’ennui que nous devons la plupart de ces lettres. Nous avons dit plus haut combien Ovide, par son organisation ner veuse et sa nature expansive, avait besoin de mouvement, de bruit, de vie extérieure et de vives émotions : c’était, par conséquent, l’homme le moins fait pour la solitude, et qui offrait le plus de prise à l’ennui. Ce fut l’ennui sans doute, autant que le besoin de flatter les maîtres de l’Empire, qui lui inspira l’idée de chanter les louanges d'Auguste en langue gétique. Lui-m êm e s'accuse, en rougissant, du nom de poêle qu’il s’est acquis chez les Sarmates, et des applaudissements sauvages que la lecture de son poëine excita parmi ses rudes audi teurs ; mais la honte qu’il éprouve à cet égard ne vient pas de l’ex cès d’abaissement où son exil et sa faiblesse l’ont fait descendre sous le rapport de la dignité morale : non ; ce qui lui fait peine, c’est la manière dont il emploie son temps chez les Scythes, et surtout le long temps qu’il a déjà passé dans leur pays. Le talent de faire des vers dans la langue des Gètes est un fruit amer de son exil; s’il est devenu poète chez des Barbares, pœ ne poeta Getcs, c’est parce qu’il est demeuré longtemps chez eux; c’est parce qu’il a oublié, jusqu’à un certain point, la langue de Rome pour en apprendre une autre, et il sent profondément que celte gloire, acquise sur une terre où il craint d’avoir un jour un tombeau, ne le dédommage pas de la gloire et du plaisir qu’il eût trouvés dans sa patrie. Les plaintes éternelles d’Ovide furent d’abord mal interprétées par les habitants de Tomes, qui lui en exprimèrent leur mécontentement. On verra au livre IV des Politiques, lelt. 14, comment il explique et justifie les paroles ou les vers dont ils croyaient avoir à se plaindre : ce n’est point d’eux qu’il a mal parlé, mais de leur pays. Cetle justifi cation parait faible quand on lit les élégies 7 et 10 du livre V des Tristes; mais les Gètes s’en montrèrent contents; et Ovide, énum é- 200 IN TR ODUCTION. rant les témoignages d'estime et d’intérêt qu’il reçut de ces peuples, dit que sa patrie même, et Sulmone, sa ville natale, n’auraient pu faire davantage pour adoucir l’amertume de son exil. Ovide mourut chez les Sarmates, sous le règne de Tibère, à l’âge d’environ cinquante-huit ou soixante ans : les dates, sur ce point, sont difficiles à préciser. Voici son épitaphe, trouvée dans le pays, près de Témeswar : FATUM N E C E S S IT A T IS 1 E X . m e S IT U S E S T V A T E S QUEM D1V1 C Æ SA R IS IR A A U G U STI PA TR1A C E D E R E JU S S IT 1IUM O. S Æ P E M ISE R V O I.U IT P A T R ItS OCCUM BERE T E R R IS ; SED F R U S T R A ; HUK C IEL1 FA T A D E D E R E 10C U M . Ciofanus raconte qu’Isabelle, reine de Hongrie, fit voir à Bargeus une plume d’or sur laquelle était écrit : Ooiclii Nasonis Calam us, et qu’elle estimait aussi précieuse qu’une relique. Ce fut à Taurinum, ville de la basse Hongrie, en l’année 1540, que Bargeus vit ce sou venir, dont la conservation ne peut s’expliquer que par le respect des peuples pour un génie brillant et malheureux. E. GRESLOU. PONTÏQUES D E P. O V I D E LIVRE PREM IER LETTRE PREMIÈRE A BRUTUS ARGUMENT O vide d é d ie à B r u tu s ( le m ê m e p e u t- ê tr e a u q u e l s o n t a d re s s é e s p l u s i e u r s l e t t r e s d e C i c é r n) le s l e t t r e s q u ’il a d re s s e n o m in a l iv e m e n t à s e s a m is n e p e u t lu i n u i r e e n lu i e n v o y a n t u n o u v r a g e o ù il n e f a it q u e d é p l o r e r s o n e x il, c h a n t e r le s lo u a n g e s d ’A u g u s te , e t i m p l o r e r s o n p a r d o n . 11 O v id e , dont le séjour à Tomes date déjà d e loin, l ’envoie cet ouvrage des bords gétiques. Si tu en as le tem ps, Brutus, donne P U B L I I O V I D I I N A S ON I S E P IS T O L A R U M EX P O N T O LIBER PRIMES E P I S T O L A PRI MA BRUTO ARGUM ENTUM Epistolns, amicorum nomma in ironie gerentes, Bruto dicat (forsan eidem, ad quem et Ciceronis varia exstant); nec nocivum esse munus docet, quod in deplorando quadriennali exsilio et prædicandis Auyusti laudibus versetur, peecatique veniam postulet. Naso : T om itanæ jam non novus incola terræ , Hoc t i b i de G eiico l ito re m it ti t o p u s : 272 PO NTI QUE S. l ’hospitalité à ces livres étrangers ; accorde-leur une place, n ’im porle laquelle, pourvu qu’ils en aient une. Ils n ’osent paraître dans les m onum ents consacrés aux lettres, ils craignent que leur auteur ne leur en ferm e l ’entrée. Oh! que de fois j ’ai rép été : « A ssurém ent vous n'enseignez rien de honteux ; a lle z , les chastes vers ont accès en ces lieux ! » Les m ien s, cependant, n’osent en approcher; m ais, tu le vois, ils croient qu’à l ’abri d’un foyer dom estique, ils trouveront un e retraite plus sûre. Tu dem andes où tu pourras les recevoir sans offenser personne ? A la place où était l ’Art d’aim er : elle est libre m aintenant. P eu t-être, à la vue de ces hôtes inattendus, dem anderas-tu quel m otif les am ène : reçois-les tels qu’ils se présentent, pourvu que ce soit sans am our. Le titre n ’annonce pas la dou leu r; cependant, lu le verras, ils ne sont pas m oins tristes que ceux qui les ont précédés. Le fond est le m êm e, le titre seul diffère; et chaque lettre, sans taire les n om s, porte avec elle son adresse. Cela vous déplaît, à vou s, sans dou te; m ais vous ne pouvez l ’em p êch er, et m a m use courtoise vient vous trouver m algré vous. Si v a c a t, h o s p ilio p e re g r in o s , B r u le , lib e llo s E x c ip e, d u m q u e a liq u o , q u o lib e t a b d e loco. P u b lic a n o n a u d e n t i n t e r m o n u m e n ta v e n ir e , Ne s u u s h o c îllis c la u s e rit a u c to r i te r . Ah! q u o tie s d ix i : « C e rte n il t u r p e d o c e lis ! Ile ; p a t e t c a stis v e rs ib u s illc lo c u s . » Non la m e n a c c e d u n t ; s e d , u t a d s p ic is ip s e , l a l e r c S u b L a re p riv a to t u ti u s e sse p u t a n t . Q u æ ris, u b i h o s p o ssis n u llo c o in p o n e re læ so? Q ua s t e t e r a n t a r t e s , p a rs v a c a t ilia tib i. Q uid v e n ia n t, n o v ita tc ro g e s A ccipe, q u o d c u m q u e e s t, fortasse s u b ip sa : dummodo n o n s it a m o r. I n v e n ie s , q u a m v is n o n e s t m is e ra h ilis in d ex , N on m in u s h o c illo t r i s te , q u o d a ille d e d i : R eliu s id e m , t itu lo d i i f e r t ; e t e p b to l a c u i s it Non o c c u lta lo n o m in e m is s a , d o c e t. N ec vos h o c v u ltis , sed n e c p r o h ib e r e p o te s tis ; M u saq u e a d in v ito s o flic io sa v e n it. LIVRE I, LETTR E I. 273 Quels que soient ces vers, join s-les à m es œ u vres. Les enfants d’un exilé peuvent, sans violer les lois, résider à Home. Tu n ’as rien à craindre : on lit les écrits d’Antoine, et les œ uvres du sa vant Brutus sont dans les m ains de tout le m onde. Je n ’ai pas la folie de m e com parer à -d ’aussi grands n om s; et cependant je n’ai pas porté les arm es contre les dieux. Enfin il n ’est aucun de m es livres qui ne rende à César des honneurs qu il ne de m ande pas lui-m êm e. Si tu crains de m e recev o ir, reçois du m oins les louanges des dieux; efface m on nom et prends m es vers. Le pacifique ram eau de l’olivier protège au m ilieu des com bats : le nom de l’auteur m êm e de la paix ne servirait-il de rien à m es livres ? Quand É n éeétait courbé sous le poids de son père, on dit que la flamme elle-m êm e livra passage au héros. C’est le petit-fils d'Énée que porte m on livre ; et tous les chem ins ne lui seraient pas ouverts ? Auguste est le père de la patrie, Anchise n ’est que le père d’Énée. Qui oserait repousser du seuil de sa m aison l ’Égyplien, dont la main agite le sistre bruyant? Quand, devant la m ère des dieux, le joueur de flûte fait retentir son tube recourbé, qui lui refuseQüicquid id e s t, a d ju n g c m e is : n iliil im p e d it o r to s Ex>ule, s e rv a tis le g ib u s , U rb e f ru i. Quod m e lu a s n o n e s t : A ntoni s c rip la l e g u n t u r ; D octus e t in p r o m tu s c rin ia B ru tu s h a b e t. Nec m e n o m in ib u s f u rio s u s c o n fe ro ta n lis : Sæ va Deos c o n tr a n o n ta n ie n a rm a tu li. D en iq u e C æ sareo, q u o d n o n d e s id e r a t ip se , N on c a r e t e n o s tr is u llu s h o n o r e l ib e r . Si d u b ita s d e m e , la u d e s a d m itte D e o ru m ; E t c a rm e n d c m to n o m in e s u m e m e u in . Adjuvat in bello pacatæ ram u s olivæ, P r o d e r it a u c to re m p a c is h a b e re n iliil? Q uum f o re t Æ n e æ c e rv ix s u b je c ta p a re n ti, D icitur ipsa viro flam m a dcdisso viam. F e f t lib e r Æ n e a d e n ; e t n o n i t c r o m n e p a ie b i t? Al p a lr iæ p a te r h i c : ip siu s ille f u i t . E cqois ita e s t a u d a x , u t lim in e c o g a t a b ir e J a c la m e m P lia ria tifin u la s is tra m a n u ? A nte D eum m a tr e m c o rn u t ib ic e n a d u n c o Q uum c a n it, e x ig u æ q u is s tip is æ ra n e g e t ? 274 P0NT1QU ES. rait une légère offrande? Nous savons que Diane ne l ’exige pas; e l cependant le prophète a toujours de quoi vivre. Ce sont les dieux eux-m êm es qui touchent nos cœ urs : on peut sans honte obéir à de tels sentim ents. Pour m oi, au lieu du sistre et de la flûte phrygienne, je porte le nom sacré du descendant d’iule. Je prédis, j interprète l’ave nir ; recevez celui qui porte les choses saintes. Je le dem ande non pour m oi, m ais pour un dieu puissant. Parce que la colère du prince est tom bée sur m oi, ou que je l ’ai m éritée, ne croyez pas qu'il refuse m es hom m ages. J’ai vu m oi-m êm e s’asseoir devant l ’autel d’Isis un prêtre qui, de son aveu, avait outragé la déesse vêtue de lin . Un autre, privé de la vue pour un crim e sem blable, parcourait les rues et criait qu’il avait m érité son châtim en t. De sem blables aveux plaisent aux habitants du c ie l; ce sont des té m oignages qui prouvent leur puissance. Souvent ils adoucissent la peine des coupables ; ils leur rendent la lum ière dont ils les avaient privés, quand ils voient un repentir sincère. Oh! je m e rep en s, si un m alheureux est digne de foi, je m e repens, et m on crim e fait m on supplice. Si je souffre de m on S c im u s ab iin p e r io fie ri n il ta ie D ianæ ; Un de la m e n vivat v a ti c in a t o r h a b c t. Ip s a m o v en t a n im e s S u p e r o ru in n u in in a n o s tr o s ; T u r p e n e c e s t ta li c ie d u l it a te c a p i. E n ego, pro sislro, Phrygiique fora mi ne buxi, G e n tis Iu le æ n o m m a s a n c ta f e ro : V a tic in o r m o n e o q u e ; lo c u m d a te s a c r a ferenti N on m ih i, se d m a g n o p o s c ilu r ille Deo. : N ec, q u ia vel m e r u i, v o l s c n si p r in c ip is ira m , A n o b is ip su m n o llc p u t a t e co li. Vidi ego lin ig e ræ iiu m e n v io la sse fa te n te m I sid is, Isia c o s a n te s e d e r e focos ; A lle r, ob b u ic s im ile m p r iv a iu s tu m in e c u lp a m , C la m a b u t m e d ia , s e m c r u is s o , v ia . Talia cœ le> ies lie r i p r æ c o n ia g a u d e n t, Ut, s u a q u id v a le a n t n u m in a , t e s t e p r o b e n t. S æ pe le v a n t p œ n a s , o r e p ta q u e lu m in a r e d d u n t , Quum lieue peccati poenituisse vident. P œnitet o ! si quid m iserorum cre d itu r u lli, P œ n it e l, e t facto t o r q u e o r ip se m c o ! LIVRE I, LETTRE I. 275 exil, je souffre encore plus de ma faute. Il est m oins cruel de su bir sa peine, que de l’avoir m éritée. Quand j'aurais la faveur des dieux, et c’est lui dont la divinité est le plus sensible à nos yeux, ma peine peut finir; m ais m es re mords sont éternels. La m ort sans doute un jour viendra term i ner mon exil ; m ais la m orl ne peut faire que je n’aie pas été cou pable. Est-il étonnant que mon âm e, abattue, s’am ollisse et se fonde, ainsi que l’eau qui coule de la neige? Comme le bois carié d un vaisseau est sourdem ent m in é par les vers ; com m e les rochers sont creusés par l’onde salée des m ers ; com m e la rouille raboteuse ronge le fer abandonné ; com m e un livre renferm é est déchiré par la dent de la teigne; ainsi m on cœ ur est dévoré par d'éternels soucis, dont il sera à jamais la proie. La vie me quittera plus tôt que m es rem ords; et m es souf frances ne finiront qu’après celui qui les endure. Si les dieux, dont nous dépendons tous, croient à m es paroles, peut-être leur paraîtrai-je digne de quelque soulagem ent; je serai transféré dans des lieux à l’abri de l'arc des Scythes. Demander davantage, ce serait de l’im pudence. Q u u m q u e s it e x s iliu m , m ag is e s t rn ih i c u lp a d o lo ri; E s tq u e p a ti p œ n a s , q u a ra m e ru iss e , m in u s , U i m ihi Di faveant, quibus est ma .ifestior ipse, P œ n a p o te s t d e m i, c u lp a p e re n n is e rit. M ors fa c ie t c e rte , n e s im , q u u m v e n e rit, e x s u l; Ne n on p e c c a rim , m o rs q u o q u e n o n fac ie t. Nil i g i t u r m ir u m , si m e n s m ih i ta b id a fac ta De n iv e m a n a n tis m o re liq u e s c it a q u x . E stur u t occulta vitiala teredin e n avis; Æ q u o re i sc o p u lo s u t c a v a t u n d a s a lis ; R o d itu r u t s c a b ra p o s itu m r u b ig in e f e r r u m ; C o n d ilu s u t iin e æ c a r p i tu r o re l ib e r ; S ic m e a p e rp e tu o s c u r a r u in p e c to r a m o rs u s , F in e q u ib u s n u llo r o n fic ia n tu r, h a b e n t. Nec p r iu s hi m e n te n i s lim u li, q u a m v ita , r e l i n q u e n t ; Q u iq u e d o le t, c itiu s , q u a m d o lo r, ip s e c a d e t. Hoc m ih i si S u p e ri, q u o ru m s u m u s o n m ia , c re d e n t, F o rs ila n e x ig u a d ig n u s h a b e b o r o p e ; I n q u e io c u in Scythico v a c u u in m u ta b o r a b a re u : Plus isto, duri, si precer, oris ero. 276 PO NT IQ UE S. LETTRE DEUXIÈME A M A X IM E ARGUMENT D a n s c e tt e l e t t r e , i l c h e r c h e d ’a b o r d à s e c o n c i l i e r , p a r d e s é lo g e s , la b i e n v e i ll a n c e d e F a b i u s ; p u i s i l a t t i r e s o n a t t e n t i o n , e n l u i a p p r e n a n t d e q u e l s u j e t i l v a l ’e n t r e t e n i r . I l v e u t d é p l o r e r e t r a c o n t e r s e s m a l h e u r s s a n s n o m b r e , le s d a n g e r s q u ’il c o u r t a u m i l i e u d e s e n n e m i s , e t la n a t u r e m ê m e d u l i e u q u ’il h a b i l e . T e lle s s o n t s e s s o u f f r a n c e s , q u ’i l v o u d r a i t , p a r u n e m é t a m o r p h o s e , p r e n d r e u n e f o r m e n o u v e ll e . Il t e r m i n e e n d i s a n t q u ’i l e s p è r e d e l a c lé m e n c e d e C é s a r u n c h a n g e m e n t d ’e x il. Il p r i e M a x im e d e l e d e m a n d e r , e t d e n e r i e n d e m a n d e r d e p lu s. toi qui te montres cligne d’un si grand nom, et qui ajoutes à l’éclat de ta naissance par la noblesse de ton âme, toi qui n’aurais jamais vu la lumière, si le jour où tombèrent trois cents Fabius n’eût épargné celui dont tu devais sortir, peut-être demanderas-tu d’où te vient cette lettre ; tu voudras savoir qui M a x im e , EPISTOLA SECUNDA MAXIMO ARGUM ENTUM III lnic epistoła prim o captat bencvoleniiam a Fabii persona, eum laudando. Deimie illura attention re d d it, quum docet ea, de q u ibus d ic lu ru s s i t : hoc est, velle p ro p ria mala lngeiniscere e t exponrre, quae m ulta esse n a rra t, hostiom scilivet periculum , faciem loci dolorem ex his rebus maxim um, adeo lit cupial n iu ta ri in aliquam aliam formom. Colligit postrem o, se clementlae Caesaris conlidere, u t exsllii locum m u tare liceat petitque a Maximo, u t id solum , nee aliud ten te t. Máxime , qui tanti m ensuram nom inis im ples, E t g e m in a s a n im i n o b i li ta l e g e n u s ; Qui n a sci u t p o s s e s , q u a m v is c c c id e re t r e c e n ti , Non o m n e s F a b io s a b s tu l it u n a d ie s ; F o r s ita n lim e a q u o m i t t a l u r e p is to ła q u ie ra s , Q u iq u e l o q u a r l e c u m , c e r l io r e s se v e lis. LIVRE I, L E T T R E II. 277 s’adresse à toi. Hélas ! que ferais-je ? je crains qu’à la vue de m on nom , le reste ne trouve en toi que rigueur et qu’aversion. Si l ’on voyait ces vers, oserai-je bien avouer que je t’ai écrit et que j ’ai pleuré sur m es m alheurs? Qu’on les voie : oui, j ’oserai avouer que je t’ai écrit pour t’apprendre quel est mon crim e. J’en con viens, j’ai m érité un châtim ent plus rigoureux, et pourtant on ne pourrait m e traiter avec plus de rigueur. Entouré d’ennem is, je vis au m ilieu des dangers, com m e si, en perdant la patrie, j’avais aussi perdu la paix : pour que leurs blessures soient doublem ent m ortelles, ils trem pent tous leurs traits dans du liel de vipère. C’est avec de telles arm es que le ca valier court le long de nos rem parts épouvantés, com m e le loup qui rôde autour de l’enceinte d’une bergerie. Une fois qu’ils ont bandé la corde rapide de leur arc, elle, reste toujours attachée, sans jam ais être détendue. Nos m aisons sont hérissées com m e d’une palissade de flèches, et les solides verrous de nos portes nous m ettent à peine à l’abri de leurs arm es. Ajoute l’aspect de ces lieux, que n’égaie ni arbre ni verdure; où l’hiver succède sans cesse à l’hiver engourdi. C’est là que, luttant contre le froid, H ei m ih i ! q u id fa c ia m ? v e re o r, n e n o m in e le c to D urus, e t avcrsa c æ te ra m e n te leg as. V id e ril hæ c si q u i s ; t ib i m e s c rip s is s e f a te ri A udebo, e t p r o p riis in g em u i> se m a lis ? V id e ril; a u d e b o tib i m e s c rip s is s e f a te ri, A tq u e m odurn c u lp æ n o tific a re m eæ . Q u i,q u u m m e p œ n a d ig n u m g ra v io re fu isse C o n file a r, p o ssu m vix g ra v io ra p a ti . II ostidus in m ed iis, in te r q u e p c ric u la v e rs o r ; T a n q u a m c u n i p a tr ia p a \ s it a d e m la m ih i : Q ui, m o rtis sævo g e m in e n t u t v u ln e r e c a u s a s , O innia vipei eo s p ic u la fe lle l in u n t : Ilis e q u e s i n s tr u c tu s p e r t e r r i ta m œ n ia l u s t r a l , More lu p i c la u se s c ir c u e u n li s o v es, At se m e l i n te n lu s n e rv o lev is a rc u s e q u in o , V in cu la s e m p c r h a b e n s ir r e s o lu ta , m a n e t. T e c ta r ig e n t iixis v e lu ti v a lla ta s a g illis , P o ita q u e vix iirm a s u b ra o v e t a rm a s e ra . A dde loci fa c ie m , n e c fro n d e , n e c a r b o r e læ ti, t . i. E t q u o d in e r s h y e m i c o n tin u a tu r h y em s. 1G 278 PO N T IQ U E S. contre les flèches et contre m on destin, je souffre depuis quatre hivers. Mes larm es ne tarissent q u e l o r s q u e l'engourdissem ent en arrête le cours, et que m es sens sont plongés dans une léthargie sem blable à la m ort. Heureuse Niobé! quoique tém oin de tant de m o r ts, elle a , changée en pierre, perdu le sentim ent de la dou leu r! heureuses vous aussi dont les lèvres, redem andant un frère, se couvrirent de l'écorce nouvelle du peuplier ! I.t m oi, il n est pas d arbre dont il me soit donné de prendre la form e ; c’est en vain que je voudrais devenir rocher : Méduse viendrait s'offrir à m es regards, Méduse elle-m êm e serait sans pouvoir. Je vis pour sentir sans relâche l'am ertum e d e là dou leu r; et le tem ps, en prolongeant m a peine, la rend plus cru elle. A insi, renaissant toujours, le foie im m ortel de Tityus ne p érit jam ais, afin de périr sans cesse. Mais peut-être, quand arrive le repos, le som m eil, ce rem ède com m un des sou cis, la nuit ne ram èn et-elle pas avec elle m es souffrances accoutum ées? Des son ges m ’é pouvantent en m ’offrant l’im age de m es m aux réels, et m es sens veillent pour m on tourm ent. Je crois ou m e dérober aux flèches Hic m e p u g n a n te m c u m f r ig o r e , c u m q u e s a g ittis , Clinique m eo fato, quarta fatigat hyem s. F in e c n r e n t la c rv m æ , n is i q u u m s lu p o r o b s ti li t illis , E t s im ilis m o rti p e c to r a t o r p o r h a b e t. F elicem N io b e n , quam vis lo t f u n e r a vidit, Quæ po> u it s e n s u m . s a x e a la c ta , m a lil Vos q u o q u e fe lic e s , q u a r u m d a m a n t i a f r a tr e m 111e C o rtic e v e la v it p o p u lu s o ra n o v o . ego s u m , lig n u m q u i n o n a d m i t ta r in u llu m : Ille ego s u m , f r u s t r a q u i lap is e sse y e lim . Ip sa Mt d u s a o e u lis v e n ia t lic e t ob v ia n o s tr is , A m itta t v ire s ip sa M cdusa s u a s. Vivimus, u t s e n s u n u n q u a m c a re a m u s a m a r o ; E t g r a v io r lo n g a lit m* a p œ n a m o ra . Sic in c o n s u m tu m T itv i, s e m p e r q u e re n a s c e n s , ISon p é r i t , u t p o s s it >æpe p e r ir e , je c u r . At, p u to , q u u m r e q u ie s , m e d ic in u q u e p u b lic a c u ræ , S o in n u s a d e s l, s o litis n o x v e n it o r b a m a lis : S o m n ia m e t e r r e n t v e ro s im ita n tia c a ^u s , E t v ig ila n t s c n s u s in m ea d a m n a m e i. LIVRE I, L ET TR E II. 279 des Sarmates, ou tendre à des liens cruels m es m ains captives; ou, quand je suis abusé par les visions d’un plus doux som m eil, je vois à Rome ma m aison abandonnée; je m ’en tretien s tantôt avec vous, mes am is, que j’ai tant aim és, tantôt avec mon épouse chérie. Et qu and j’ai goûté un bonheur im aginaire, fugitif, cette jouissance d’un m om ent rend plus cruels m es m aux présents. Ainsi, que le jour éclaire cette tête m alheureuse, ou que les cour siers de la nuit ram ènent les frimas, m on âm e, en proie à d'é ternels soucis, se fond com m e la cire nouvelle au contact du feu. Souvent j ’invoque la m ort, et en m êm e tem ps m es vœ u x la repoussent ; je ne veux pas que m es cendres reposent sous la terre des Sarmates. Quand je songe à la clém ence infinie d’Au guste, je pense qu’on pourrait accorder au naufragé des rives m oins sauvages ; m ais, quand je vois combien le destin s’acharne après m oi, je reste abattu, et m on faible espoir, cédant à la crainte, s’évanouit. Cependant je n ’espère, je ne dem ande rien de plus que de changer d’exil, que de quitter ces lieux, d u ssé-je être mal encore. Pour peu que tu puisses m e servir, voilà sans A ut ego S a rm a tic a s v id e o r v ita r e s a g ilta s ; A ut (tare ca p tiv a s ad fe ra v in cla m a n u s ; Aut, u b i d e c ip io r m ê lio n s im a g in e s o m n i, Adspicio p a tr iæ te c ta r e lic ta m eæ ; E t m odo v o b isc u m , q u o s su m v e n e r a tu s , a m ic i, E t m odo c u m c a ra c o n ju g e , m u lta lo q u o r. Sic, u b i p e rc e p ta e st tire vis e t n o n v e ra v o lu p ta s , P e jo r a b a d m o n itu fit s ta tu s i s te b o n i. Sive d ie s i g it u r c a p u t b o c m is e r a b iie c e rn it, Sive p r u in o s i n o c tis a g u n lu r e q u i ; Sic m ea p e rp e tu is liq u e fiu n t p e c to r a c u ris , Ig n ib u s a d m o lis u t n o v a c e ra liq u e t. Sæ p e p r e c o r m o rte m ; m o rte m q u o q u e d e p re c o r id em , Nec m ea S a r m a lic u m c o n te g a t o ssa s o lu m . Q u u m s u b it, A u g u sti q u æ s it c le m e n tia , c re d o M ollia n a u fr a g iis lito ra p o sse d a ri. Q uum v id eo , q u a m s in t m e a fata te n a c ia , fra n g o r ; S p c sq u e levis. m ag n o v icta tim o ré , c a d it. N ec ta m e n u lte r iu s q u id q u a m sp e ro v e , p rec o rv e Q uant m a ie m u ta to p o sse c a re r e loco. 280 PONTIQÜES. doute ce que ton am itié peut im plorer pour m oi sans se rendre im portune. Toi la gloire de l’éloquence latine, M axime, sois le bienveil lant défenseur d’une cause diflicile. Elle est m auvaise, je le sais ; m ais elle deviendra bonne, si tu la plaides. Dis seulem ent qu el ques m ots de pitié en faveur d’un m alheureux exilé. Quoiqu’un dieu sache tout, César ignore ce que sont ces lieux, situés au bout du m onde. Le fardeau de l’em pire rep ose sur sa tête divine; de tels soins son t au-dessous de son âm e céleste. Il n ’a pas le loisir de chercher en quelle contrée Tomes est silu ée, Tom es à peine connue du Gète, son voisin ; ce que font les Saurom ates, les farouches Iazyges e l la terre d e là Tauride, chère à la déesse enlevée par Oreste, et ces autres nation s qui, lorsque les froids ont enchaîné Pister, lancent leurs rapides coursiers sur le dos glacé du fleuve La plupart de ces peuples ne son gen t pas à toi, superbe Rome ; ils ne redoutent pas les arm es du soldat de l’Ausonie. Ce qui leur donne de l’audace, ce sont leurs arcs, leurs carquois toujours plein s, et leurs chevaux accoutum és aux cour ses les plus longu es ; c ’est qu’ils ont appris à supporter lon gA u t h o c , a u t n i h il e s t, p r o m e t e n t a r e m o d e s te G ra tia q u o d salvo v e s tra p u d o r e q u e a t. S uscipe, R om anre fa c u n d ia , M axim e, l in g u æ , D ifficilis c a u s æ m ile p a tr o c in iu m . E s t m a la , c o n iile o r ; se d le b o n a fiet a g e n te : L e n ia p r o m is e ra fac m o d o v e rb a fu g a . N escit e n im C æ s a r, q u a m v is D eu s o m n ia n o r it , G ltim u s h ic q u a s i t c o n d itio n e lo c u s : M agna t e n e n t illu d r e r u m m o lim in a n u m e n ; Hæ c e s t c œ le sli' p e c to r e c u ra m in o r . N ec v a c a t, in q u a s i n t p o s iti r e g io n e T o m ilæ , Q u æ re re , U n itim o v ix loca n o la G etæ ; A ut q u id S a u ro m a læ f a c ia n t, q u id Iaz y g e s a c re s , C u ltn q u e O re sle æ T a u ric a l e r r a D eæ ; Qucoque a liæ g e n te s , u b i f rig o re c o n s ti ti t I s t e r , D ura m e a n t c c le ri te r g a p e r a m n is e q u o . M axim a p a r s h o m in u m n e c te , p u l c h e r r i m a , c u r a n t , R om a, n e c A usonii m ilitis a r m a l im e n t. D a n t a n im o s a rc u s illis p le n a 'q u e p h a r e t r æ , Q u am q u e lib e t lo n g is c u rs ib u s a p tu s e q u u s : LIVRE I, L E T T R E II. 281 tem ps la faim et la soif; c ’est que l’ennem i qui voudrait les poursuivre ne rencontrerait aucune source. La colère d'un dieu clém ent ne m’aurait pas envoyé sur cette terre, s’il l’avait bien connue. Son plaisir n’est pas que m oi, qu’aucun R om ain, que m oi surtout, à qui il a lui-m êm e accordé la vie, je sois opprim é par l’ennem i. D'un signe il pouvait m e faire périr, il ne l’a pas voulu. Est-il besoin d’un Gète pour m e perdre? m ais il n’a rien trouvé dans ma conduite qui m éritât la m ort. Il ne pouvait être moins rigoureux qu’il ne l’a été : alors m êm e, tout ce qu’il a fait, je 1 ai contraint de le faire ; et peut-être sa colère fut-elle plus indulgente que je ne le m éri tais. Fassent donc les dieux, et lui-m êm e est le plus clém ent de tous, que la terre bienfaisante ne produise jamais rien de plus grand que C ésar, que le fardeau de l’État repose longtem ps sur lui, et qu’il passe après lui aux m ains de ses descendants! Mais toi, devant ce juge dont j’ai déjà m oi-m êm e éprouvé l a douceur, élève la voix en faveur de m es larm es. Dem ande, non que je sois bien, m ais mal et plus en sûreté ; que, dans m on exil, je sois à l’abri d’un ennem i barbare; que cette vie, que Q uodque s itir a d id ic e rc d iu to le r a r e fa m e m q u e ; Q uo d q u e s e q u e n s n u lla s lio s tis h a b e b it a q u a s. I ra Dei m itis non me m isisset in istam , S i satis hæ c illi nota fuisset, bum um . N ec m e , n e c q u e m q u a m R o m a n u m g a u d e t a b h o s te , M eque m in u s , v ita m oui d é d it ip se , p r e m i. N o lu it, u t p o t e r a t, m in im o m e p e rd e r e n u lu . N il o p u s e s t u llis in m ea fata G elis. S ed n e q u e , c u r m o r e r e r , q u id q u a m m ilii c o m p e rit a c tu m ; N ec m in u s in fe s tu s , q u a m f u it, e s se p o te s t. T u m q u o q n e n il fec it, n i s i q u o d fa c e re ip s e c o e g i, P ain e e lia m m e r ito p a r c i o r i r a m eo . Di f a c ia n t i g it u r , q u o r u m m itis s im u s ip se e s t, A im a m h il m a ju s C æ sare t e r r a f e r a t. U lq u e d iu s u b eo s it p u b ü c a s a rc in a r e r u m , P e r q u e m a n u s b u ju s t r a d i ta g e n tis e a t. A t tu ta n t p la c id o , q u a m n o s q u o q u e s e n sim u s iliu m , J u d ic e p r o l a e r jm i s o ra réso lv e m eis. N on p e tilo , u t b e n e s it , sed u ti m a ie t u ti u s ; u tq u e E s s iliu m sæ vo d i s t e t ab h o s te m e u m ; 10. 282 PO N T I Q U E S . m ’ont accordée des dieux propices, ne m e soit pas ravie par l’é pée d’un Gète hideux; qu’enfin, après ma m ort, m es restes re posent dans un e contrée plus paisible, et ne soient pas pressés par la terre d eS cyth ie; que m es cen dres, m al inh um ées, com m e doivent l’être celles d’un proscrit, ne soient pas foulées aux pieds des chevaux de Thrace ; et, si, après le trépas, il reste quel que sen tim en t, que l ’om bre d’un Sarm ate ne vien n e pas effrayer m es m ânes. Voilà ce qui, dans ta bou ch e, pourrait toucher le cœ ur de César, si d’abord, M axime, tu en étais touché toi-m êm e. Que ta voix, je t’en conjure, apaise A uguste en ma faveur, cette voix qui si souvent a secouru les accu sés trem blants ; que la douceur accoutum ée de tes paroles éloq uentes fléchisse l'âm e de ce héros, égal aux dieux. Ce n 'est pas T hérom édon que tu as à im plorer, n i le cruel Atrée, ni le m onstre qui donnait des hom m es pour pâture à ses chevaux ; c’est un prince lent à punir, prom pt à récom penser; qui souffre, quand il est forcé d’èlre rigoureux; qui n ’a jam ais été vainqueur que pour pouvoir épargner les vaincus, et qui ferm a pour toujours les portes de la guerre civile; Q u a m q u e d e d e re m ih i p r æ s e n tia n u m in a v ita m , N on a d im a l s tr i c t o s q u a llid u s e n s e G etes. D e n iq u e , si m o r ia r , s u b e a n t p a c a tiu s a rv u m Ossa, n e c a S c y lh ic a n o s tr a p r e m a n tu r liu m o ; N ec m a ie c o m p o s iio s , u t s c ilic e t e x s u ie d ig n u m , B is to n ii c in e r e s u n g u ia p u ls e t e q u i ; E t n e , si s u p e r e s t a liq u id p o s t f u n e r a s e n su s , T e r r e a t h ic m â n e s S a r m a tis u in b r a m eo s. Cæsaris hæ c anim um po teran t audita m overe, M axim e; m o v is s e n t si ta m e n a n te t u u m . V ox, p r e r o r , A u g u sta s p r o m e tu a m o llia t a u re s , A uxilio t re p id is q u æ so le t e sse r e i s : A d s u e ta q u e tib i d o c læ d u lc e d in e l in g u æ Æ q u a n d i S u p e r is p e c to r a fle c te v i r i . N on t ib i T h e ro m e d o n , c ru d u s v c r o g a b i t u r A lre u s , Q uique su is b o u lin e s p a b u la ie c it e q u is ; S ed p ig e r ad p œ n a s p r in c e p s , ad p r æ m ia v elox, Q u iq u e d o le t, q u o lie s c o g itu r e s se fe ro x : Qui v ie il s e m p e r , v ic tis u t p a ic e r e p o s s e t, C la u sil e t æ t e in a civ ica b e lla s e ra ; LIVRE I, LET TRE II. 283 qui relient clans le devoir plutôt par la crainte du châtim ent que par le châtiment m êm e, et dont le bras ne lance qu’à regret, que rarement, la foudre. Toi donc, chargé de plaider ma cause de vant un prince si indulgent, dem ande que le lieu de m on exil soit plus près de ma patrie. Celui qui t’im plore, ta table le voyait, les jours de fête, au nom bre de tes convives; c ’est lui qui célébra ton hym en devant les torches nuptiales, qui chanta des vers dignes d’une couche fortunée : c ’est lui, je m ’eu souviens, dont tu aim ais à louer les ouvrages, j'en excepte ceux qui ont perdu leur auteur; c’est à lui que tu lisais quelquefois les tiens, qu'il adm irait; c ’est lui à qui fut donnée une épouse de ta fam ille. Marcia l’estim e, elle l’a toujours aim ée dés son âge le plus tendre, et la compte au nom bre de ses com pagnes. Elle eut aussi une place parm i celles de la tante de César. Une fem m e qui jouit de leur estim e est vraim ent une fem me vertueuse. Claudia elle-m êm e, qui valait m ieux que sa renom m ée, avec de sem blables tém oignages, n ’aurait pas eu be soin du secours des dieux. Et m oi aussi, j ’avais toujours vécu pur et sans tache ; il ne faut oublier que les dernières années de Multa m e tu p œ n æ , p œ n a q u i p a u c a c o e rc e t, E t jac it in v ita fu lm in a r a r a m a n u . E rg o , tam p lac id a s o r a to r n n s s u s ad a u re s , E l p r o p rio r p a triæ s it fu g a n o s tra , ro g a. iL L E e g o s u m , q u i te co lu i ; q u e m f e s ta so leb at I n l e r c o n v iv a s m e n s a v id ere tu o s ; 111e ego, q u i d ix i v e s tr o s H y m en æ o n a d ig n és, E t c e c in i fa u s to c a rm in a d ig n a to ro ; C ujus te s o litu m r a e m in i Ja u d a re lib e llo s , E x c e p tis , d o m in o q u i n o c u e re su o ; Gui tu o n o n n u n q u a m m ir a n ti s c r i p ta le g e b a s : 111e ego, de v e s tra ou i d a ta n u p ta d o m o . H anc p r o b a t, e t p r im o d ile c ta m s e m p e r a b ævo E s t i n t e r c o m iie s M arcia c e n sa s u a s ; I n q u e s u is h a b u it m a t e r t e r a C æ saris a n te ; Q u a ru rn ju d ic io s i q u a p ro b a ta , p ro b a e st. Ip sa su a m e lio r la m a , la u d a n tib u s islis , C la u d ia d iv in a n o n e g u iis e t ope. Nos q u o q u e p r æ te r ito s s in e labe p e re g im u s a n n o s P ro x im a p a rs v ilæ tra n s ilie n d a m eæ . 284 P0NT1 QU ES. ma vie- Mais ne parlons pas de moi ; le soin de mon épouse vous regarde; vous ne pouvez la renier sans manquer à l’honneur. Elle a recours à vous; elle embrasse vos autels : on s’adresse avec raison aux dieux que l’on révère. Elle vous demande, en pleu rant, d’apaiser César par vos prières, pour que les cendres de son époux reposent plus prés d’elle. LETTRE TROISIÈME A RUFIN ARGUMENT L e s l e t t r e s d e R u f in o n t c h a r m é s e s d o u l e u r s e t l u i o n t r e n d u l ’e s p é r a n c e ; m a i s s e s p a r o le s , m a l g r é t o u t e l e u r é lo q u e n c e , n ’o n t p a s e u le p o u v o i r d e le g u é r i r . 11 e n i n d i q u e la c a u s e . O n n e p e u t l u i c i t e r p o u r m o d è l e s le s a n c ie n s h é r o s , q u i o n t s u p p o r t é c o u r a g e u s e m e n t le s c h a g r i n s d e l 'e x i l ; i ls n 'é t a i e n t p a s r e l é g u é s a u s s i l o in d e l e u r p a t r i e . a v o u e e n fin q u e , s’il p o u v a it ê t r e g u é r i , il le s e r a i t p a r le s c o n s e i l s e t la l e t t r e d e s o n a m i , q u ’i l a r e ç u s a v e c le p l u s g r a n d p l a i s i r . 11 R , c’est Ovide, ton ami, qui t'adresse celte lettre, si tou tefois un malheureux peut être l’ami de quelqu’un. Les consolau f in Sed de me ut sileam, conjux mea sarcina vestra est ; Non potes hanc salva dissim ulare lide. Confugit hæc a.i vos; vestras am plectitur aras : Ju re venit cultos ad sibi quisque Deos. Flensque rogat, precibus lenito Cæsare vestris, Busta sui fiant ut propiora viri. E P IS T 0 L A T E 11 T IA RUFINO A RG U M EN TU M Ex Rufini lilteris m agnam se cepisse v o lu p tatem e t spem , fa te lu r poêla ; nec tam en eas quam vis élo qu entes, tan t am vim hnbuisse docet, u t dolorcm p o tu e rin t am overe ; causam que adsignat. Turn relellit euru m exem pla, quo s ipse d ix erat fo rti anim o tu lisse exsilium , ea ration e quo d illi tant longe a p atria non exsulassent F a telu r tam en p ostrem o, si posset eju s anim us len iri, ipsius p ræ cep ta et litte ra s elegantissim as id factu ras fuisse : q uas loco m agni m u neris se accepisse d icit. H anc tibi Naso luus m illil, Rufine, salutem , Qui m iser est, ulli si suus esse potest. LIVRE I, L E T T R E III . 285 tions que tu as données naguère à m on âm e découragée, en adoucissant ma douleur, m ’ont rendu l’espérance. De m êm e que le héros, fils de Péan, sentit sa blessure soulagée par les secours salutaires de l’habile Machaon, ainsi, l ’âm e abattue, et frappé d’une blessure cruelle, je m e suis senli forlitié par tes conseils. Déjà, près de succom ber, tes paroles m ’ont rendu à la vie, com m e un vin pur rend au pouls son m ouvem ent. Cependant, quelque puissante que ton éloquence se soit m ontrée, tes discours n ’ont pas guéri m on cœ ur. C’est en vain que tu allèges le poids de m a douleur; c’est en vain q u e tu épuises l'abîme de m es soucis, tu ne saurais en dim inuer le nom bre. Peut-être, avec le tem ps, la cicafrice se'ferm era ; m ais une blessure récente s’irrite sous la main qui l’approche. Il n ’est pas toujours au pouvoir du m édecin de rétablir le malade ; le mal est quelquefois plus fort que l’art et que la science. Tu vois com m e le sang qui s’épanche d’un poumon délicat, conduit par une voie sûre aux eaux du Slyx. Le dieu d'Epidaure lui-m êm e apporterait ses plantes sacrées; il ne pourrait, par aucun rem ède, guérir les blessures du cœ ur. La R e d d ita confusae n u p e r so la tia m e n li A u x iliu m n o s tr is s p e m q u e t u le r e m alis. U tque M achaoniis P a c a n tiu s a r l i b u s h e ro s L e n ito m ed ic a m v u ln e re s e n s it o p em ; Sic ego m e n te ja c e n s , e t a c erb o s a u c iu s ic lu , A d m o n itu ccepi f o r tio r e sse tu o ; E t ja m de fic ie n s, sic ad tu a v e rb a r e v ix i, U t s o le t in fu s o vena r e d i r e m e ro . Non ta m e n e x h ib u it ta n ta s fa c u n d ia v ire s , Ut m ea s in t dictis p e c to ra sa n a tu is . Ut m u ltu m nostrae d e m a s d e g u r g it e curoc, Non m in u s e x h a u sto , q u o d s u p e ra b it, e r i t . T e m p o re d u c e tu r lougo f o rta ss e c ic a trix : H o rre n t a d m o ta s v u ln e r a c r u d a m a n u s . N on e s t in m ed ic o s e m p e r, r e l e v e tu r u t aeger : I n te r d u m d o c ta p lu s v a le t a rte m a lu m . C e rn is, u t e m o lli sa n g u is p u lm o n e re m is s u s Ad S ty g ia s c e rto lim ite d u c a t a q u a s. A d fe rat ip se lic e t s a c ra s E p id a u riu s h e rb a s , S a n a b it n u lla v u ln e r a c o rd is ope. 286 PO NT IQ UE S. m édecine est im puissante contre les attein tes de la goutte ; elle échoue contre la m aladie qui redoute l’eau. Q uelquefois aussi le chagrin résiste à tous les efforts de l’art, ou, s’il peut être sou lagé, ce n est que par le tem ps. Quand tes préceptes ont fortifié m on âm e abattue ; quand je m e suis arm é du courage que tu m e com m uniques, l’am our de la patrie, plus fort que toutes les raisons, vien t défaire la tram e que tes conseils ont ourdie. Que ce soit p iété, que ce soit fai b lesse, je l ’avoue, dans m on m alheur, m on âm e s’attendrit facilem ent. On ne doute pas de la sagesse du roi d’Ithaque, et cependant il désire revoir la fum ée d es loyers de sa patrie. La terre natale a je ne sais quels charm es qui nous en ch aîn en t et ne nous perm ettent pas d’en perdre le souvenir. Quoi de plus beau que Rome? quoi de plus affreux que les rivages des Scythes? et pourtant le Barbare fuit Rome pour accourir ici. Quelque bien que soit dans sa cage la fille de Pandion captive, elle aspire à re voir ses forêts. Les taureaux retournent dans leu rs pâturages accoutum és; les lion s, tout sauvages qu’ils son t, retournent dans T o lle re n o d o sa m n e s c it m e d ic in a p o d a g ra m , N ec f o rm id a tis a u x il i a t u r a q u is . C u ra q u o q u e in te r d u m n u lla m e d ic a b ilis a r t e ; A u t, u t s il , lo n g a e s t e x te n u a n d o m o ra . Quum b e n e l ir m a r u n t a n im u m p ra e c e p ta ja c c n te m , S u m ta q u e s u n t n o b is p e c to r is a rm a l u í, I lu r s u s a m o i pa triae , » a lio n e v a le n tio r o m n i, Q uod t u a t e x u e r u n t s c r i p ta , r e te x it o p u s. Sive p iu m vis h o c , s iv e h o c m u lie b r e v o c a ri, C o n fíte o r m is e ro m o lle c o r e ^se m ih i . Non d u b ia e s t I th a c i p i u d c n l i a ; se d t a m e n o p ta t F u m u m d e p a tr i is po>se v id e r e focis. N escio q u a n a ta le so lu m d u lc e d in e c a p to s D ucit, e t im m e m o re » n o n > in it e s s e su i. Q uid m e liu s R o m a ? S r y tl r c o q u id lit o r e p e ju s ? H ue t a m e n ex illa b a rb a r u » U rb e f u g it . Q u u m lie n e s it clausoe c a v ea P a n d io n e natae, N it it u r in s ilv a s illa r e d i r e s u a s. A d su e to s ta u r i s a llu s , a d s u e ta le o n e s , Nec f e r ila s illo s i m p e d it, a n tr a p e tu n t . LIVRE I, LETTRE III. 287 leurs repaires. Et toi, par les consolations, tu espères bannir de m on cœ ur les tourm ents de l’exil ! Faites donc que vou s-m êm es, m es amis, vous soyez m oins aim ables, afin que m a privation devienne m oins cruelle. Mais peut-être, exilé du sol qui m ’a donné le jôur, ai-je ob tenu du sort un séjour hum ain : à l’extrém ité du m onde, je lan guis, abandonné sur des bords où le sol est caché sous des neiges éternelles. Ici la terre ne produit ni fruit, ni doux raisin : aucun saule ne verdit sur la rive, aucun chêne sur les m ontagnes. La m er ne m érite pas plus d’éloges que la terre : toujours privés du soleil, les îlots sont soulevés sans relâche parla fureur des vents. De quelque côté que vous tourniez vos regards, s’éten dent des cham ps, que personne ne cultive, et de vastes plaines, que per sonne ne réclam e. Près de nous est l’ennem i, égalem ent à cra in dre, sur toutes nos frontières ; et ce voisinage redoutable nous épouvante de tous côtés. D'une part, on est exposé aux piques desB iston s; de l’autre, aux Iraits lancés par la main des Sarm ates. Viens m aintenant m e citer les exem ples des anciens héros qui, d’une âme courageuse, ont supporté le m alheur. Adm ire la T u ta m e n , e x silii m o rs u s e p e c to r e n o s tro F o m e n tis s p e ra s c e d e r e p o sse tu is . Efficc, vos ip s i n e lam m ih i s itis a m a n d i, Talibus u t levius sil caruisse m alum At , puto, qua fueram genilus, tellure carenti, In ta m e n h u m a n o c o n tig it e sse loco. O rb is in e x tr e m i ja c e o d e s e r t u s a re n is , F e r t u b i p e r p é tu a s o b r u ta t e r r a n iv e s : N on a g e r h ic p o m u m , n o n d u lc e s e d u c a t u v a s ; Non sa lic e s r ip a , r o b o ra m o n te v ire n t. N eve f r e t u m t e r r a la u d e s m a g is ; æ q u o r a s e m p e r V e n to ru m ra b ie , s o lib u s o r b a , tu m e n t . Q u o c u m q u e a d sp ic ia s, c a m p i c u lto r e c a re n te s , V a staq u e , q u æ n e m o v in d ic e t, a rv a j a c e n t . H ostis a d e s t, d e x tr a læ v a q u e a p a r te lim e n d u s ; Y ic in o q u e m e tu t e r r e t u tr u m q u e la tu s . A lté ra B isto n ia s p a rs e s t s e n s u r a s a ris s a s , A lté ra S a rm a tic a s p ic u la m issa m a n u . I nunc, e t v e te ru m n o bis exem pla virorum , Qui fo rti c a su m m e n te tu le r e , r e f e r : 288 PONTIQUES. noble constance du m agnanim e R utilius, qui ne profita pas de la perm ission de rentrer dans sa p a trie; Sm yrne fut sa retraite, et non le Pont, n i une terre ennem ie ; Sm yrne, préférable peut-être à tout autre séjour. Le cynique de Sinope ne s'affligea pas d’être loin de sa patrie ; car c’est toi, terre de l’Attique, qu’il ch oisit pour sa retraite. Le fils de N ioclés, dont les arm es écrasèrent les arm es persanes, passa son prem ier exil dans la ville d’Àrgos. Aristide, banni de sa patrie, se retira à Lacédém one; et l’on ne savait laquelle de ces deux villes l ’em portait sur l’autre. P atrocle, après un m eurtre com m is dans son enfance, quitta O ponte, et, sur la terre de T hessalie, devint l’hôte d’A chille. E xilé de l’H ém onie, c’est près des ondes de Pirène que se retira le héros qui conduisit le vaisseau sacré sur les m ers de la Colchide. Le fils d’Agénor, Cadm us, abandonna les rem parts de Sidon pour bâtir une ville dans un séjour plus heureux. Tydée, banni de Calydon, se réfugia près d'Adraste ; et ce fut une terre chérie de Vénus qui reçut Teucer. Pourquoi parlerais-je des anciens R om ains ? Alors Tibur était, pour les bannis, la terre la plus reculée. Je les nom m erais tou s, E t g ra v e m a g u a n im i r o b u r m ir a r e R u tili, Non u s i r e d i t u s c o n d itio n e d a ti. S ro y rn a v ir u m t e n u i t , n o n P o n tu s e t h o s tic a tc llu s P œ n e m in u s n u llo S m y rn a p e te n d a lo co . N on d o lu it p a tr ia C ynicu s p ro c u l e s se Sinope.us ; L e g it e n im s e d e s , A ttic a t e r r a , tu a s : * A rm a N e o c lid e s q u i P e r s ic a c o n tu d it a rm is , A rg o lic a p r im a m s e n s i t in u r b e f u g a m : P u ls u s A ris tid e s p a tr i a L a c e d æ m o n a f u g it ; I n te r q u a s d u b iu m , q u æ p r io r e s s e t, e r a t : Cæ de p u e r fa c ta P a tr o c lu s O p u n ta r e l i q u it , T h e s s a lia m q u e a rliit, h o s p e s A c h illis, liu m u m E x s u l a b H æ m o n ia P i r e n i d a c e s s it ad u n d a m , Q uo d u c e t r a b s C o lch as s a c ra c u c u r r i t a q u a s : L iq u il A g e n o rid e s S id o n ia m œ n ia C a d m u s, P o n e r e t u t m u r o s in m e l i o r e lo co : V e n it ad A d ra s tu m T y d e u s , C a ly d o n e f u g a l u s ; E t T e u c ra m V e n e ri g r a t a r e c d p it liu m u s . Q u i d r e f e r a m v e te r e s R o m a n æ g e n tis , a p u d qu o s E x s u lib u s te llu s u ltim a T ib u r e r a t ? : LIVRE I, LETTRE II I. 289 aucun, dans aucun tem ps, ne fut envoyé si loin de sa patrie, ni dans un lieu plus horrible. Que ta sagesse pardonne donc à ma douleur, si tes paroles produisent si peu d ’effet. Je ne le nie pas cependant, si m es blessures pouvaient se ferm er, tes leçons les ferm eraient. Mais je crains que tu ne travailles en vain à m e sauver, et que, m alade désespéré, je ne retire de tes secours aucun soulagem ent. Si je parle ainsi, ce n’est pas que je sois plus habile que toi ; m ais mon m édecin ne m e connaît pas aussi bien que m oi-m êm e. Toutefois j’ai reçu com m e un grand bienfait ce tém oignage de la bienveillance. T e rse q u a r u t c ú n e lo s, n u lli d a lu s o m n ib u s ævis Tam p ro cu l a p a tr ia e s t, h o r rid io r v e locus. Quo m agis ig n o sc a t s a p ie n tia v e s tr a d o le u ti, Qui fa c it ex d ic tis n o n ita m u lta t u is . fiec ta m e n in fic io r, si p o s s in t n o s tr a c o ire V u lnera, p r æ c e p tis p o sse c o ire tu is . Sed v e re o r, n e m e f r u s t r a s e rv a re la b o re s ; Keu j u v e r a d m o la p e rd itu s æ g e r o p e. Nec lo q u o r h æ c, q u ia s it m a jo r p r u d e n tia n o b is ; Sed s im , q u a m m edico , n o tio r ip s e m ih i. Ut ta m e n h o c ita s it, m u n u s tu a g r a n d e v o lu n la s Ad m e p e rv e n it, c o n so li',u r q u e b o n i. 17 290 PO NT I QU ES. LETTRE QUATRIÈME A SA F E M M E ARGU M EN T Le p o ê le é c r i t à s a f e m m e q u ’i l d é p é r i t e t q u e s e s c h e v e u x b l a n c h i s s e n t . D e u x c a u s e s o n t p r o d u i t c e c h a n g e m e n t : l a v i e i l l e s s e , e t la d o u l e u r q u i le t o u r m e n t e s a n s r e l â c h e . Il s e c o m p a r e e n s u i t e à J a s o n , q u i l u i- m ê m e a v i s i té l a c o n tr é e o ù O v id e e s t e x i l é . 11 a p l u s à s o u f f r i r q u e J a s o n n ’a s o u f f e r t d a n s se s t r a v a u x e t s e s v o y a g e s . E n f in , i l d é s ir e q u ’il lu i s o it p e rm is d e r e v e n ir d a n s sa p a tr ie , d e j o u ir d e s e m b ra s s e m e n ts e t des e n t r e t i e n s d ’u n e é p o u s e c h é r i e , e t d e s a c r i f i e r a u x C é s a rs . D é jà a u d é c lin d e l ’â g e , m a l ê t e c o m m e n c e à s e c h e v e u x b la n c s ; d é jà l e s r id e s d e la c o u v r ir d e v i e il l e s s e s illo n n e n t m o n v i s a g e ; d é jà n ia v i g u e u r e t m e s f o r c e s la n g u is s e n t d a n s m o n c o r p s é p u is é . L e s j e u x q u i p l u r e n t à m a j e u n e s s e n e m e p l a is e n t p l u s . S i t u m e v o y a is to u t à c o u p , t u n e p o u r r a i s m e r e c o n n a î t r e , t a n t m ’ o n t é t é fu n e s t e s le s r a v a g e s d u t e m p s . EPISTOLA QUARTA UXORI ARGUM|ENTUM Ad dxorem scriben s poeta, canum se e t languidum factu m .esse désignât ; h u ju sq u e rëj causas duos esse colligit : sen ectu tem scilice t, et dolorem , quo adsidue c o n tic itu r : deinde facta collatione Jasonis, q ui in ea loca perV enit, u b i ipse exsulat, d ocet suum m aluni m ojus fuisse illiu s o pere e t p ere g rin a tio n e . P ro strem o o ptât, u t possit in p atriam re d ire , fru iq u e dulcisSim æ conjugis am plexu e t colloquio, C æ saribusque s a c riiicare. J am m ihi d e te rio r canis a d sp erg itu r æ tas, Jamque meos vultus ruga senilis arat ; Jam vigor, et quasso languent in corpore vires ; Nec, juveni lusus qui placuere, placent ; Ncc, si me subito videas, agnoscere possis : Æ tatis fac ta e s t ta n ta r u in a m e æ l IV. 291 Je l’avoue, c’est l’effet des an n ées; m ais une autre cause e n core, ce sont les chagrins de l ’âm e et une souffrance continuelle. Car, si l’on com ptait m es années par les m aux que j ’ai soufferts, crois-m oi, je serais plus vieux que Nestor de P ylos. Tu vois com m e, dans les terres difficiles, la fatigue brise le corps ro buste des b œ ufs ; et pourtant quoi de plus fort que le bœ uf? La terre qu’on ne laisse jam ais oisive, jam ais en jachère, s ’épuise, fatiguée de produire sans cesse. 11 périra le coursier qui, sans relâche, sans intervalle, prendra toujours part aux com bats du cirque. Quelque solide que soit un vaisseau, il périra, s ’il n ’est jam ais à sec, s’il est toujours m ouillé par les flots. Et m oi aussi, une suite infinie de m aux m ’affaiblit et m e vieillit avant le tem ps. Le repos nourrit le corps, c’est aussi l ’alim ent de l’âm e; m ais une fatigue im m odérée les consum e l’un et l’autre. Vois com bien le fils d’Éson, pour être venu dans ces contrées, s’est rendu célèbre dans la postérité la plus reculée. Mais ses travaux, on l’avouera, furent plus légers et plus faciles, si toutefois le grand nom du héros n ’élouffe pas la vérité. Il partit L I V R E I, L E T T R E CoNfiteor fa c e re lisec a n n o s ; sed e t a lte r a ca u sa e s t, A n x ie ta s anim i* c o n tin u u s q u e la b o r. N am m ea p e r lo n g o s si q u is m a la d ig e r a t a n n o s, C re d e m ilii, P y lio N e s to re m a jo r e r o . C e rn is , u t in d u r is , e t q u id b o v e i lr m i u s ? a rv is F o rtia t a u r o r u m c o rp o r a f ra n g a t op u s. Quae n u n q u a m v a c u o s o lita e s t c e ss a re no v ali, F r u c tib u s a d s id u is lassa s e n e s c it h u m u s . O c c id et, a d C irci s i q u is c e rta m in a s e m p e r N on in te r m is s is c u rs ib u s i b it e q u u s . F irm a s it ilia l ic e t, s o lv e tu r in a jq u o re n a v is, Quae n u n q u a m liq u id is sic c a c a re b it a q u is . Me q u o q u e d e b ilita t s e rie s im m e n s a m a lo r u m , A nte m e u m te m p u s c o g it e t esse s e n e m . O tia c o rp u s a l u n t ; a n im u s q u o q u e p a s c itu r i llis : Im m o d ic u s c o n tr a c a r p i t u tr u m q u e la b o r. Adspice , in h a s p a r te s q u o d v e n e rit ^Esone n a tu s , Q uam la u d e m a s e ra p o s te r ila te f e r a t. At la b o r i lliu s n o s tr o le v io rq u e m in o rq u e , Si m o d o n o n v e ru m n o m in a m a g tia p r e m u n t. 292 PONTIQUES. pour le Pont, envoyé par Pélias, qu’on redoutait à p eine aux frontières de la T hessalie ; et ce qui m ’a été fun este, à m oi, c’est la colère de César, que, du soleil levant au soleil couchant, les deux m ondes redoutent. L’IIém onie est plu s voisine que Rom e des rivages m audits du Pont, et la route qu ’il parcourut est plus courte que la m ienne. Il eut pour com pagnons les princes de la terre achéen ne, et je fus abandonné de tous, à m on départ pour l’exil. J’ai sillon né la vaste m er sur un bois fragile ; et le iils d’Éson était porté sur un vaisseau solide. Je n ’avais pas Typhis pour pilote ; le fils d’Agénor ne m ’enseigna pas quelles routes il fallait suivre ou éviter. 11 était sou s la protection de Pallas et de l’auguste Junon, et aucune divinité n ’a défendu ma tête. Il fut secondé par une passion m ystérieuse, par ces intrigu es que je voudrais n ’avoir jam ais enseignées à l ’am our. 11 revint dans sa patrie; m oi, je m ourrai sur cette terre, si la redoutable colère d’un dieu que j'offensai dem eure im placable. A in si,ô la plus fidèle des épouses, m on fardeau est plus lourd à porter que celui du fils d’Éson. El toi aussi, que je laissai jeune à Ille e s t in P o n tu m , P e lia m it te n t e , p ro fe c lu s , Q ui vix T hessaliae fin e tim e n d u s e r a t ; Caesaris i r a m ih i n o c u it, q u e m S o lis a b o r lu S o lis a d o c c a s u s u l r a q u e t e r r a tr e m it . J u n c ti o r H iem onia e s t P o n to , q u a m R o m a s in is tr o ; E t b r e v iu s , q u a m n o s , ille p e r e g it i t e r . Ille h a b u it c o m ite s , p rim o s t e l l u r i s Acbivae; At n o s tr a m c u n c ti d e s titu o r e f u g a i n ; Nos f ra g ili v a s tu m lig n o s u lc a v im u s a?q u o r : Quae t u l i t ;E s o n id e n , firm a c a n n a f u it ; N ec T y p h is m ih i r e c t o r e r a t ; n e c A g e n o re n a lu s Q uas s e q u e r e r , d o c u it, q u a s f u g e r e m q u e , v ia s : lllu m t u t a t a e s t c u m P a lla d e r e g ia J u n o : D efen d ere m c u m n u m in a n u lla c a p u t ; ^ lllu m fu rtiv a i ju v e r e c u p id in is a r te s , Q uas a m e v e ile m n o n d id ic is s e t A m or. I lle d o m u m r e d i i t ; n o s b is m o r i e m u r in a r v i s . P e r s l i te r it laesi si g ra v is i r a Dei. Dunius e s t i g it u r n o s tr u m , fid issim a c o n ju x , lllo , q uod s u b iit ASsonc n a tu < , o n u s. ( L I V R E I , L E T T R E IV. 293 m on départ de Rome, sans doute m es m alheurs t’ont vieillie. Oh | fassent les dieux que je p u isse te voir telle que tu es, et sur tes joueschangées déposer de tendres baisers, et dans m es bras pres ser ce corps am aigri et dire : « C’est m oi, c’est le souci qui l ’a rendu si délicat, » e t, m êlant m es larm es aux tien nes, te raconter m es souffrances, et jouir d’un entretien que je n’espérais plus, et offrir d’une m ain reconnaissante aux Césars, à un e épouse digne de César, à ces dieux véritables, un encen s m érité! Puisse la m ère de M emnon, de sa bouche de rose, appeler bientôt ce jour, qui verra s’apaiser Ta colère du prince ! T e q u o q u e , q u a m ju v e n e in d isc e d e n s u r b e re liq u i, C re d ib ile e s t* n o s tris in s e n u is s e m alis. 0 e go, Di f a c ia n t, ta le m te c e r n e r e p o ssim , C a ra q u e m u ta t is o s c u la f e r r e g e n is ; A m p lec tiq u e m e is c o rp u s n o n p in g u e la c e r li s ; E t, g r a c ile hoc fec it, d ic e r e , c u ra m ei, E t n a r r a r e m eo s fle n ti lie n s ip se la h o re s , S p e ra to n u n q u a m c o llo q u io q u e f ru i ; T u r a q u e Cæ sa r i b u s c u m c o n ju g e C æ sare d ig n a , Dis v e ris , m e m o ri d é b ita f e r r e m a n u ! Memnonis b a n c u tin a m , le n ito p r in c ip e , m a te r Q uam p r im u m ro seo p ro v o c c t o re d ie m ! 294 PONTIQUES. LETTRE CINQUIÈME A MAXIME ARGUMENT L e p o è te a v e r t i t M a x im e d e n e p a s s’é t o n n e r s i le s v e r s d e s o n a m i s o n t m o in s c o r r e c t s , m o in s p o lis q u ’a u tr e f o i s : a c c a b l é p a r t a n t d e m a u x , a f f a ib l i p a r l 'i n a c t i o n , s o n g é n ie n e p e u t p lu s s 'a n i m e r d e c e t e n th o u s ia s m e q u 'i l s e n t a i t j a d i s . I l l u i a p p r e n d e n s u i t e p o u r q u e l m o t i f i l é c r i t e n c o r e , q u o i q u e se s v e r s l u i a i e n t é té s i f u n e s te s . E n f in , i l l u i f a i t c o n n a ît r e p o u rq u o i il n e c h e rc h e p a s à c o rr ig e r , à p o lir se s v e rs . C e t O v i d e , qui jadis n ’était pas le dernier parm i tes am is, te prie, M axime, de lire ces m ots ; n ’y cherche plus les traces de m on génie, tu sem blerais ignorer m on exil. Tu vois com m e l’i naction flétrit un corps oisif, com m e la corruption gagne un e eau sans m ouvem ent. Et m oi aussi, si j’eus quelque habitude de com poser des vers, elle se perd et s’affaiblit par un e longue dé- EPISTOLA QUINTA * MA XIMO ARGUM ENTUM Ad M aximum scribens poeta, ilium adm onet, ne m ire tu r, si carm en m inus elegans e t in cultum offenderit ; siq uidem lot m nlis et situ ingenium oppressum , non possit eo ca lore in su rg ere, quo p riu s : deind e docet, cu r, quam vis sibi carm ina n ocuerint, tarnen adh uc scrib at. P ostrem o consilium exponit, cu r non con etu r facere optim um carm en, et illud p o lire. ’ I l l e tu o s q u o n d a m n o n u l ti m u s i n t e r a m ic o s, U t su a v e rb a le g a s , M axim e, Naso r o g a t ; In q u ib u s in g e n iu m d e s is te r e q u i r e r e n o s tr u m , N e s c iu s e x s ilii n e v id e a r e m e i. C e rn is , u t ig n a v u m c o r r u m p a n t o tia c o r p u s ; Ut c a p ia n t v itiu m , n i m o v e a n tu r , a q u æ . E t rn ih i, s i q u is e r a t , d u c e n d i c a r m in is u s u s D eficit, e s tq u e m in o r fa c tu s in e r te s it u . LIYKU I , Uf c l TRE V. 295 suétude ; et m êm e ces m ots que tu lis, crois-m oi, M axime, ma m ain les trace à regret, et je pu is à peine l ’y contraindre. U m ’est im possible d ’assujettir m on esprit à de sem blables soins ; et la m use que j’invoque ne vient pas chez les Gètes cruels. Tu le vois cependant, je lutte pour com poser des vers; m ais je les fais aussi durs que m on destin. Quand je les relis, j ’ai honte de les avoir é c r its; et quoique j’en sois l’auteur, j’y vois bien des choses dignes d’être effacées; et, pourtant, je ne corrige pas; c ’est un travail plus fatigant que celui d’écrire, et m on esprit m alade ne supporte rien de pénible. Com m encerai-je en effet à m e servir d’une lim e plus m ordante, h soum ettre chaque m ot à un exam en sévère ? La fortune sans doute m e tourm ente trop peu ; fau t-il que le Nil se joigne à l'Hèbre, et que l ’Athos donne aux Alpes ses forêts? 11 faut épar gner un cœ ur atteint d’une blessure cruelle. Les bœ ufs dérobent au fardeau leur cou usé par la fatigue. Mais peut-être u n juste profit m e dédom m age-t-il de m on tra vail? peut-être le cham p rend-il la sem ence avecusure? Rappelletoi tous m es ouvrages ; jusqu’à ce jour, aucun ne m ’a servi, et plût aux dieux qu’aucun ne m ’eût été funeste ! Pourquoi donc Hæ c q u o q u e , q u æ le g itis , si q u id m ih i, M ax im e, c re d is , S c rib im u s in v ita , v ix q u e c o a c ta , m a n u . N on lib e t in la ie s a n im u m c o n te n d e r e c u ra s , N ec v e n it a d d u r o s M usa v o c a ta G elas. U t t a m e n ip s e v id e s , lu c to r d e d u c e r e v e rs u m ; S ed n o n fit fato m o llio r ille m eo. Q uum r e le g o , s c rip s is s e p u d e t; q u ia p l u r im a c e rn o , Me q u o q u e q u i lec i ju d ic e , d ig n a lin i. N ec ta m e n e m e n d o ? la b o r h ic q u a m s c r ib e r e m a jo r, M e nsque p a ti d u r u m s u s ti n e t æ g ra n ih il. S cilicet incipiam lim a m ordacius u ti, E t s u b ju d i c iu m s in g u la v e rb a v o c e m ? T o r q u e t e n im f o rtu n a p a r u m , n is i N ilu s in H e b ru m C o n flu â t? e t f ro n d e s A lp ib u s a d d a t A th o s? P a r c e n d u m e s t a n im o m is e ra b ile v u ln u s h a b e n ti. S u b d u c u n t o n e ri colla p e r u s ta b o v es. At , puto, f r u c tu s a d e s t, ju s tis s im a c a u sa la b o r u m , E t s a ta c u m m u lto f œ n ô r e r e d d i t a g e r. T e m p u s a d h o c n o b is, r é p é ta s lic e t o m u ia , n u llu m P r o fu it, a tq u e u tin a m n o n n o c u is s e t! o p u s. écrire? tu t’en étonnes : je m ’en étonne m oi-m êm e, et souvent je m e dem ande : « Que m ’en reviendra-t-il? » Le peuple n ’a-t-il pas raison de refuser le bon sens aux poêles? ne suis-je pas m oim êm e la preuve la plus sûre de cette opinion, m oi qui, trom pé si souvent par un cham p stérile, persiste à jeter la sem ence dans celte terre ruineuse ? C’est que chacun se passionne pour ses propres études : on aim e à consacrer son tem ps à u n art qu’on a toujours cultivé. Un gladiateur b lessé jure de ne plus com battre, et bientôt, oubliant une ancienne blessure, il reprend les arm es. Le naufragé dit qu’il n’aura plu s rien de com m un avec les eaux de la m er, et bientôt il agite la ram e dans les ondes où naguère il a nagé. Ainsi, je blâm e constam m ent m on inutile étude, et je revien s aux divinités que je voudrais n’avoir pas cultivées. Que ferais-je de m ieu x? Je ne puis languir dans un ind olent repos. L’oisiveté est pour m oi sem blable à la m ort. Mon plaisir n'est pas de rester jusqu’au jour appesanti par de copieuses libations. Les chances incertaines du jeu n ’ont aucun charm e pour m oi. Quand j ’ai donné au som m eil le tem ps que le corps réclam e, de quelle m anière em ployer les longues heures du jour? irai-je, oubliant C u r i g i t u r s c rib a m ? m ir a r is : m ir o r e t ip se ; E t m e c u m q u æ ro s æ p e : « Q u id in d e fe ra m . » An p o p u lu s v e re s a n o s n e g a t e sse p o ê la s , S u m q u e fides h u ju s m a x im a v o c is e g o ? Q ui, s t e i i l i to tie s q u u m sim d e c e p tu s a h a rv o , D am nosa p e r s to c o n d e re s e m e n h u m o . S c ilic e t e s t c u p id u s s tu d io r u m q u is q u e s u o r u m ; T e m p u s e t a d s u e ta p o n e re i n a r t e ju v a t . S a u c iu s e ju r a t p u g n a m g la d ia to r ; a l id e m , I m m e m o r a n tiq u i v u ln e r is , a rm a c a p it : Nil sib i c u m p e la g i d ic it fo re n a u fr a g u s u n d is : Mox d ic it re m o s , q u a s m o d o n a v it, a q u a . S ic ego c o n s ta n te r s tu d iu m n o n u tile c a rp o , E t r e p e to , n o lle m q u a s c o lu is s e , D eas. Q uid p o tiu s f a c ia m ? n o n s u m , q u i s e g n ia d u c a m Ô tia : m o rs n o b is te m p u s h a b e tu r in e r s . N cc j u v a t in lu c e m n im io m a r c e s c e r e v in o ; Nec t e n e t i n c e r la s a le a b la n d a m a n u s . Q u u m d e d im u s s o m n o , q u a s c o rp u s p o s tu la t, h o ra s , Quo p o n a m v ig ila n s te m p o r a lo n g a m o d o ? L I V R E I , L E T T R E V. 297 les usages de la patrie, apprendre à bander l’arc des Sarm ates ? m e laisserai-je entraîner par les exercices de ce pays ? m es for ces m êm e ne m e perm ettent pas de m e livrer à ces goûts. Mon âme a plus de vigueur que m on ctirps débile. Cherche bien ce que je puis faire : rien de plus utile pour m oi que ces occupations qui n’ont aucune utilité. J'y gagne l’oubli de m on m alheur : c ’est assez que m a terre m e rende cette m oisson. Pour vous, qu e la gloire vous aiguillonne ; donnez vos veilles aux chœ u rs des Piérides, pour qu’on applaudisse la lecture de vos vers. Moi, je m e contente d’écrire ce qui m e vient sans effort. Un travail trop soutenu est pour m oi sans m otif. Pourquoi polirais-je m es vers avec un soin inquiet ? craindrai-je qu’ils ne plaisent pas aux Gètes? peut-être y a -t-il de la présom ption ; m ais je m e vante que le Danube n ’a pas de plus grand génie que m oi. Dans ces cham ps où il m e faut vivre, c ’est assez si j’obtiens d’être poëte au m ilieu des Gètes inhum ains. A quoi m e servirait d’étendre m a renom m ée dans un autre m onde ? Que ce lieu, où le sort m ’a fixé, soit Rom e pour m oi; m a m use m alheureuse se contente de M oris a u o b litu s p a tr i i, c o n te n d e r e d isc a m S a rm a tic o s a r c u s , e t t r a b a r a r t e lo c i ? Hoc q u o q u e m e s tu d iu m p r o h ib e n t a d s u m e r e v ire s , M e n sq u e m ag is g ra c ili c o rp o re n o s tr a v a le t. Q cdm b e n e q u a e sie ris , q u id a g a m , m a g is u tile n il e s t A r tib u s h is , quae n il u l il it a ti s h a b e u t. C o n s e q u o r e x ill is c a su s o b liv ia n o s t r i ; H a n c , s a tis e&t, m e s s e m si m ea r e d d i t h u m u s. G lo ria vos a c u a t , v o s , u t r e c i ta t a p r o b e n t u r f.a r m in a , P ie riis in v ig ila te c h o ris . Quod v e n it ex fa c ili, s a tis e s t c o rn p o n e re n o b is ; E t n im is i n te n t i c a u s a la b o r is a b e st. C u r ego s o llic ila p o lia m m e a c a rm in a c u ra ? An v e r e a r , n e n o n a d p ro b e t ilia G e te s? F o r s ila n a u d a c le r fa c ia m , s e d g lo r io r l s t r u m I n g e n io n u llu m m a ju s h a b e r e m e o . H oc, u b i v iv e n d u m , s a tis e s t, s i c o n s e q u o r a rv o , I n t e r in h u m a n o s e sse p o e ta G etas. Q u o i m ih i d iv e rs u m fam a c o n te n d e r e in o r hem ? Q u e m f o r tu n a d e d it , R o m a s i t JJle lo cu s 1. 298 PONTIQUES. ce théâtre. Ainsi je l’ai m érité, ainsi l ’ont voulu des dieux pu is sants. Je ne pense pas que, de ces bords, m es livres parviennent jusqu’aux lieux où Borée n ’arrive que d’une aile fatiguée. Le ciel entier nous sépare ; et l ’Ourse,#si éloignée de la ville de Quirinus, voit de près les Gètes barbares. À travers tant de terres, tant de m ers, je puis à peine croire que les preuves de m on travail aient trouvé un passage. Suppose qu’on les lise, et, ce qui serait éton nant, suppose qu’ils plaisent : assurém ent cela ne serait d’aucun secours à l ’auteur. A quoi te servirait d’être loué dans la chaude Syène et dans ces lieux où les flots indiens entourent Taprobane? Montons encore plus haut : si tu étais loué par les P léiades, dont nous sépare un si long intervalle, que t’en reviendrait-il? Avec m es faibles écrits, je n ’arrive pas jusqu’aux lieux où vous êtes ; et m a renom m ée a quitté Rome avec m oi. Et vous, pour qui j ’ai cessé d’être, du jour où ma renom m ée fut ensevelie dans la tom be, aujourd’hui sans doute vous ne parlez m êm e plus de ma m ort. IIoc m e a c o n te n ta e s t in fe lix M usa th e a lr o : S ic m e r u i ; m a g n i s ic v o lu e r e D ei. N ec r e o r h in c is tu c n o s tr is i t e r e sse lib c llis , Q uo B o re a s p e n n a d é fic ie n te v e n it. D iv id im u r c œ lo ; q u æ q u e e s t p r o c u l u r b e Q u irin i, A d sp icit h i r s u lo s c o n tin u s U rs a G etas. P e r t a n t u m t e r r æ , tô t a q u a s , vix c re d e r e p o ssim I n d ic iu m s tu d ii tr a n s il u i s s e m e i. F in g e le g i, q u o d q u e e s t m ir a b il e , fin g e p la c e r e ; A u c to re m c e r t e re s ju v e t is ta n ih il. Quo t i b i , si c a lid a p o s itu s la u d e r e S y e n e , A u t u b i T a p ro b a n e n ln d ic a c in g it a q u a ? A ltiu s i r e l i b c t ? si te d i s t a n ti a lo n g e P le ia d u m la u d e n t s ig n a , q u id in d e f e r a s ? S cd n e q u e p e r v e n i o .s r r i p t is m e d io c rib u s is tu c , F a m a q u e c u m d o m in o f u g it a b u r b e s u o . Y osque, q u ib u s p e r i i , tu n e q u u m m e a fa m a s e p u lla cî?t, N u n c q u o q u e d e n o s tr a m o r te ta c e r e r c o r . L I V R E I, L E T T R E VI. 209 LETTRE SIXIÈME A G R É C IN U S ARGUMENT L e p o è te r e g r e t t e q u e G r é c in u s n e s e s o it p a s t r o u v é à R o m e a u m o m e n t o ù il a é té p r o s c r i t p a r A u g u s te ; i l p e n s e q u e G r é c in u s a é t é v iv e m e n t a fflig é à l a n o u v e ll e d e s a d i s g r â c e . 11 le p r i e d e c o n s o le r l ’e x ilé p a r s e s e n t r e t i e n s e t p a r s e s l e t t r e s , e t d e n e p a s c h e r c h e r à c o n n a î t r e la c a u s e d e s o n b a n n i s s e m e n t , d e p e u r d e r o u v r i r d e s b l e s s u r e s d é jà f e r m é e s . I l l u i a p p r e n d e n s u i t e q u ’il n 'a p a s p e r d u t o u t e s p o ir d e r e t o u r , q u ’i l a u n e g r a n d e c o n f i a n c e d a n s la c t é m e n c e d e C é s a r ; i l le p r i e d 'a p a i s e r le p r i n c e e n s a f a v e u r . E n f in , il d i t q u e le s c h o s e s le s p l u s i m p o s s ib l e s a r r i v e r o n t a v a n t q u ’i l s o u p ç o n n e l a f id é l it é d e G r é c in u s , s o n a n c i e n a m i. L o r s q ü e tu appris m es m alheurs, car alors tu étais retenu sur un e terre étrangère, ton cœ ur en fut-il affligé? En vain tu d is sim ulerais, tu craindrais de l ’avouer ; G récinus, si je te connais b ien, sans doute tu fus affligé. Une odieuse insensibilité n ’est pas dans ton caractère, elle ne répugne pas m oins aux études que EPISTOLA SEXTA GRÆCINO ARGUM ENTUM Ad Grascinum scribens, d o let poeta eum non adfu isse illo tem p ore q uo ab A uguslo re leg atu s e s t : quem a rb ilra tu r m agnum cepisse dolorem , q un m p rim um rem om nem a cc ep e rit. Secundo eum ro g at, u t adloquio suo e l litle ris saitem consoletur. nec scire cup iat quam ob causam ex su larit, ne rec ru d esca n t vulnera jam occlusa. Postm odum docet non p roraus sibi adem tam esse spem r e d itu s ; üateturque sirnul, in Caesaris d em e n tia p lu rim u m s p era re : quem n t sibi re c o n c iü e tu r, p re c a tu r. Dem um d ic it om nia im possibilia poliu s tieri posse, q uam c re d e re se a Graecino fido e t v eteri amico posse d estitu i. E cqcid , u t a u d is ti, n a m te d iv e rs a te n e b a t T e r r a , m e o s c a s u s , c o r tib i t r i s t e f u it ? D i:-sim ules, m e tu a s q u e lic e t, G raecine, f a t e r i ; Si b e n e te n o v i, t r i s te f u is s e l iq u e t . N on c a d it in m o re s f e r ila s in a m a b ilis isto s ; Nec m in u s a s tu d iis d is s id e t illa tu is . tu cultives. Les lettres, pour lesquelles tu as tant de zèle, adou cissent les cœ urs et bannissent la rudesse, et, plus que tout autre, tu t’y livres avec un e ardeur fidèle, quand ta charge et les tra vaux de la guerre te le perm ettent. Moi, dès que j'ai pu sentir ce que j’étais devenu, car longtem ps m on âm e étourdie resta anéantie, j ’ai senti un m alheur de plus ; lu m e m anquais, toi, l ’am i qui devait m ’être d’un si grand se cours. Avec toi m e m anquaient les consolations de ma douleur, et la m oitié de ma vie et de ma raison. M aintenant il reste un service que je te prie de m e rendre de loin : par tes entretien s soulage m on cœ u r ; il faut plutôt, crois-en un ami qui ne m ent pas, l ’appeler insensé que cou pable. Il n’est ni facile n i sûr d’écrire quelle fut l ’origine de ma faute : m es blessures craignent d’être touchées. Cesse de de m ander de quelle m anière je les ai reçues ; ne les tourm ente pas, si tu veux qu’elles se ferm ent. Q uelle que soit m on erreu r, elle ne m érite pas le nom de forfait, ce n ’est qu’une fau te; et toute faute contre les dieux e st-e lle donc un crim e ? A insi, G récinus, A r tib u s in g e n u is , q u a r u m t ib i m a x im a c u ra e s t, P e c lo r a m o lle s e u n t, a s p e r ila s q u c fu g it. N ec q u is q u a m m e lio re fide c o ra p le c titu r illa s, Qua s iu i t o flic iu m , m ililiæ q u e la b o r . Certe ego, quum prim um potui sen lire quid es>em, N am f u it a d to m to m e n s m ih i n u lla d iu , Hoc q u o q u e f o r tu n æ s e n s i, q u o d a m ic u s a b e ss c s , Q ui m ih i p r æ s id iu m g r a n d e f u tu r u s e i a s . T c c u m tu n e a b e r a n t æ gi æ s o la tia m e n tis , At M a g n aq u e p a rs a n im æ c o n s iliiq u e m e i. n u u c , q u o d s u p e re s t, f e r o p e m , p r e c o r , e m in u s u n a m ; A d lo q u io q u e ju v a p e c lo r a n o s tr a t u o : Q uæ , n o n m e u d a e i s i q u id q u a m c re d is a m ic o , N ec S tu lla m a g is d ic i, q u a m s c e le ra la , d e c e t. l e v é , n e c t u tu m , p c c ca ti q u æ s it o rig o , S c r ib e r e ; tra c tu r i v u ln e r a n o s ti a lim e n t. Q u a lic u m q u e m o d o m ih i s iu t ca fa c ta , r o g a r e D e sin e ; n o n a g ite s , s i q u a c o ir e v e lis. Q u ic q u id id e s t, u t n o n fa c in u s , s ic c u lp a v o o a n d u m : O m n is a n in m a g u o s c u lp a Deos sc e lu s e s t ? L I V R E I, L E T T R E VI. 501 l ’espérance de voir m a peine adoucie n ’est pas entièrem ent bannie de m on cœ ur. L’Espérance, quand les divinités quittaient ce m onde pervers, seule parm i tous les dieux, resta sur cette terre odieuse. C’est par elle que vit l ’esclave chargé de fers, en pen sant qu’un jour ses pieds seront libres d’entraves. C’est par elle que le naufragé, bien qu’il ne voie la terre d’aucun côté, agite ses bras au m ilieu des flots. Souvent le m alade, que les soins habiles des m édecins ont abandonné, ne perd pas l’espérance, quand déjà l’artère a c essé de battre. On dit que les p rison niers, dans le cachot, espèrent leur salut; il en est qui, su spendus à la croix, font encore des vœ u x. Combien s’attachent au cou le lacet, que cette d éesse n ’a pas laissé périr de la m ort qu’ils s’é taient proposée? Et m oi, quand par le fer j ’essayais de finir ma souffrance, elle m ’a arrêté, elle a retenu m on bras déjà levé. « Que fais-tu, m ’a-t-elle d it, il faut des larm es et non du sang : par elles souvent le courroux du prince se laisse fléchir. » Aussi, quoique j’en sois in d ign e, j’espère beaucoup dans la bonté de ce dieu. Que tes prières, G récinus, m e le rendent propice ; que les paroles aident à l’accom plissem ent de m es vœ ux ! Puissé-je être S p e s i g i t u r m e n ti p œ n æ , G ræ c in e , le v a n d æ N on e s t e x to to n u lla r e lic ta m eæ . Hæc D ea, q u u m f u g e r e n t s c e l e ta t a s n u m in a te r r a s , ln Dis in v is a so la r e m a n s it h u m o : Hæc fa c it, u t v iv a t v in c tu s q u o q u e c o m p e d e fo ss o r, L ib e ra q u e a f e rro c r u r a f u tu r a p u l e t ; Ilæ c f a c it, u t , v id e a t q u u m t e r r a s u n d iq u e n u lla s , N a u fra g u s i n m e d ii b r a c h ia j a c t e t a q u is . S æ p e a liq u e m s o le r s m e d ic o ru m c u r a r e l i q u it , Nec s p e s liu ic v e n a d e lic ie n te c a d it. C a rc e re d i c u n t u r c la u s i s p e r a r e s a lu l e m ; A tq u e a liq u is p e n d e n s in c r u c e v o ta f a c it. Ilæ c Dea q u a m m u lto s la q u e o s u a c o lla lig a n te s N on e s t p ro p o s ita p a s sa p e r i r e n e c e ! Me q u o q u e c o n a n te m g la d io l in i r e d o lo re m A r c u it, i n je c ta c o n tin u itq u e m a n u . « Q u id q u e fa c is ? la c ry m is o p u s e s t, n o n s a n g u in e , d ix il ; S æ p e p e r h a s fle c ti p r in c ip is i r a s o le t. » Q u a ra v is e s t i g it u r m e r i ti s in d e b ita n o s tr is , M agna t a m e n s p e s e s t in b o n ita te D ei. Q ui n e d ifü c ilis m ilii s it , G ræ c in e , p r e ç a r e ; C o n fc r e t in v o tu m tu q u o q u e v e rb a m e u in ! 502 PONTIQUES. enseveli dans les sables de Tom es, si je doute que lu fasses des vœ ux pour moi ! Les colom bes com m enceront à s éloigner des lours, les bêles sauvages de leurs antres, les troupeaux des pâ turages, le plongeon des eaux, avant que Grécinus trahisse un ancien am i. Non, tout n ’est pas'ch angé à ce point par m a des tinée. LETTRE SEPTIÈME A J1ESSALINUS ARGUMENT Le p o ë te f a i t d e s v œ u x p o u r M e s s a lin u s . I l l'e n g a g e à s u iv r e l’e x e m p l e d e so n p è re e t d e so n f rè r e , e t à n e p as r e f u s e r s o n a m itié à u n m a lh e u re u x e x ilé . C e t t e lettre, au défaut d e ma voix, t’apporte du pays des Gètes cruels les vœ ux que tu lis. R econnais-tu l’auteur au lieu qu’il I n q u e T o m ita n a ja c e a m tu m u l a tu s a r e n a , Si te n o n n o b is is ta v o v e re liq u e t ! N am p r iu s i n c ip ia n t t u r r e s v i ta r e c o lu m b æ , A n tra fe ræ , p e c u d e s g r a m in a , m e r g u s a q u a s , Q uam m a ie se p r æ s te t v e te r i G ræ c in u s a m ic o : N on i ta s u n t fa tis o m n ia v e rs a ra e is . EPISTOLA SEPTIMA MESSALINO ARGUM ENTUM Bene p re catu r M essalino p oeta, m iseroq ue sibi nm icitinm , exem pta, h au d d en eget, h o rta tu r. L i tt e r a p ro v e rb is tib i, M e ssa lin e , s a lu te m , Q uam le g is , a sæ vis a d tu l i t u s q u e G elis. pntris fratrisq u e secu tu s Livku i , L É i l R E VII. 303 habite? ou fau t-il que tu lises m on nom , pour savoir que c’est Ovide, que c ’est m oi qui t’écris ces m ots? Quel autre de tes am is languit, relégué aux extrém ités du m onde ? ne suis-je pas le seul, m oi qui réclam e aussi ce titre ? Que les dieux préservent tous ceux qui t’honorent et qui t’aim ent de connaître ce pays ! C’est bien assez que, m oi, je vive au m ilieu des glaces et des flèches des Scythes, si on peut appeler vie une espèce de m ort. Que cette terre réserve pour m oi les m aux de.la guerre, ce ciel, ses frim as; que je sois en butte aux arm es du Gète féroce, à la grêle; que j'habite une contrée qui ne produit ni fruit ni raisin, et que l’ennem i m enace de toutes p arts, pourvu qu’à l’abri de tout danger vive le reste de tes am is, parmi lesquels confondu, com m e dans la foule, j ’occupais un e petite place. Malheur à m oi, si tu t’offenses de ces paroles ; si tu dis qu’en aucune façon je n ’ai été des tiens. Quand cela serait vrai, si je m ens, tu dois m e le pardonner. L’honneur que je m ’attribue n ’ôte rien à ta gloire. Qui ne se vante d’être l ’am i des Césars, pour peu qu’il les con naisse? Pardonne un e audace que j ’avoue , pour m oi tu seras In d io a t a u e to r e m lo c u s ? a n , n is i n o m in e lecto , Hæ c m e N asonem s c r i b e r e v e rb a , l a t e t ? E c q u is in e x tre m o p o s i t u s j a c e t o rb e l u o ru m , Me ta m e n e x c ep lo , q u i p r e c o r e sse t u u s ? Di p ro c u l a c u n c tis , q u i te v e n e r a n t u r a m a n tq u e , H u ju s n o titia m g e n tis a b e sse v e lin t. N o s . s a tis e s t, i n te r g la c ie m S c y tb ie a s q u e s a g itta s V iv e re , s i v ita e s t m o rtis h a b e n d a g e n u s . Nos p r e m a t a u t b e llo te llu s , a u t f rig o r e c œ lu m , T ru x q u e G etes a rm is , g r a n d in e p u ls c t h ie m s : Nos h a b e a t re g io , n e c porno fceta, n e c u v is ; E t c u ju s n u llu m c e ss e t a b h o s te la tu s . C e te ra s it sospes c u lto r u m t u r b a t u o r u m , I n q u ib u s , u t p o p u lo , p a r s eg o p a rv a f u i. Me m is e r u m , s i t u v e rb is o ffe n d e ris is tis , N osque n e g a s u lla p a r t e fu isse tu o s ! I d q u e s it u t v e r u m , m e n tito ig n o s c e r e d e b e s : N il d e m it l a u d i g lo ria n o s tr a tu æ . Q uis se C æ s a rib u s n o tis n o n fin g it a m ic u m ? Da v e n ia m fasso, t u m ih i C æ sar e r is . . 304 PONT1QUES. César. Cependant je ne force pas l ’entrée des lieux qui m e sont interdits; je serai content, si tu ne nies pas que ta porte m e fut ouverte. Quand m êm e il n ’y aurait pas eu plus de rapports entre toi et m oi, autrefois du m oins une voix de plus te rendait des hom m ages. Ton père n’a pas désavoué m on am itié, lui qui m ’encouragea dans m es études, qui m e fit poète et fut m on flambeau. A ussi, à sa m ort, lui ai-je offert, pour derniers h o n neurs, m es larm es et des vers qui furent récités dans le Forum . Je sais encore que ton frère a pour toi une affection qui ne le cède pas à celle des fils d’A trée, ni des fils de Tyndare. Et lui, il n ’a jam ais dédaigné m a société, n i m on am itié. Sans doute, tu ne penses pas que cela pu isse lui nuire : autrem ent, sur ce point aussi, j ’avouerai que je ne te dis pas la vérité. Que plutôt votre m aison m e soit tout entière interdite. Mais n on , elle ne doit pas m ’ètre interdite : quelque fort qu'on soit, on ne peut em pê cher un am i de s’égarer. Cependant on sait que je n ’ai pas com m is de crim e, et m on erreur m êm e, je voudrais que l ’on pût égalem ent la nier. Si m on délit n’était excusable en partie, la peine du bannissem ent eût été trop légère. Mais celui dont le N ec ta m e n i r r u m p o , q u o n o n lic e t i r e ; s a tis q u e e s t, A lria si n o b is n o n p a tu is s e n e g a s. U lq u e tib i f u e r i t m e c u ra n i h il a m p liu s , u n o N em p e s a lu ta r is , q u a m p r iu s , o r e m in u s . Nec tu u s e s t g e n it o r n o s i n û c ia tu s a m ic o s , H o r ta lo r s tu d i i c a u s a q u e fa x q u e m e i : C ui n o s e t la c ry m a s , s u p re m u m in f u n e r e m u n u s , E t d e d im u s m e d io s c r ip ta t a n e n d a fo ro . A dde q u o d e s t f r a t e r ta n to t ib i j u n c t u s a m o re , Q u a n lu s in A trid is T y n d a r id is q u e f u it. Is m e n e c c o m ile m , n e c d e d ig n a tu s a m ic u m e s t ; Si ta m e n hæ c illi n o n n o c itu r a p u ta s . Si m in u s , h a c q u o q u e m e m e u d a c e m p a r t e f a te b o r : G lausa m ih i p o tiu s t o ta s it is ta d o m u s. Sed n e q u e c la u d e n d a e s t ; e t n u lla p o te u tia v ire s P r æ s ta n d i, n e q u id p e c c e t a m ic u s , h a b e l. E t ta m e n u t c u p e re m c u lp a m q u o q u e p o sse u c g a ri, Sic fa c in u s u e n io n e s c it a b e ss e m ih i. Quod n is i d é l i a i p a r s e x c u ^ a b ilis c s s e t, P a t va r e lc g a ri p œ n a f u tu r a fu it. L I V R E I, L E T T R E VII. 505 regard pénèlre tout, César, a bien vu que ma faute ne m éritait pas le nom de folie. Il m ’a épargné, autant que je l’ai perm is, autant que le perm ettaient les circonstances. Il s’est servi avec m odération des feux de sa foudre ; il ne m ’a ôté ni la vie, ni m es biens, ni la possibilité du retour, si un jour sa colère se laisse vaincre par vos prières. Mais m a chute a été terrib le; et qu’y a -t-il d’étonnant? les coups de Jupiter ne font pas de légères b lessu res. Achille lu im êm e avait beau retenir ses forces ; les traits qu’il lançait por* taient des coups funestes. Ainsi, puisque j’ai pour m oi la sentence m êm e de m on juge, pourquoi ta porte refuserait-elle de m e re connaître? Mes hom m ages, je l’avoue, n ’ont pas été ce qu’ils devaient, m ais ce fut sans doute encore un effet de m a destinée. Il n'est personne, cependant, que j ’aie plus honoré : tour à tour chez l’un ou chez l’autre, sans cesse j ’étais dans votre m aison. Telle est ton affection pour ton frère, que, m êm e sans te rendre ses hom m ages, l’am i de ton frère a sur toi quelques droits, Enfin, si la reconnaissance est toujours due à des bienfaits, n ’e s tce pas à ta fortune qu’il convient de la m ériter? Si tu m e p erIp se s e d hoc v id it, q u i p e rv id e t o m n ia , C æ sar, S lu ltitia m d ici c rim in a p o sse m ea , Q u a q u e ego p e rm is i, q u a q u e e s t re s p a s sa , p e p e rc it; U sus e t e s t m o d ic e fu lm in is ig n é s u i : ¡Sec v ila m , n e c o p e s, n e c a d e m it p o s s e r e v e r ti, Si s u a p e r v e s tr a s v ic ia s it i r a p re c e s . At g r a v i t e r c e c id i : q u id e n im m ir a b ile , si q u is A Jo v e p e rc u s s u s n o n lev e v u ln u s h a b c t ? Ipse s u a s u t ja m v ire s i n h ib e r e t A cliilles, M issa g ra v e s ic tu s P e lia s h a s ta t u li t. J u d ic iu m n o b is i g i t u r q u u m v in d ic is a d s it, N on e s t c u r tu a m e j a n u a n o sse n e g e t. C u l la q u i d e m , f a te o r, c it r a q u a m d e b u it, ilia , Sed f u it iu fa tis h o c q u o q u e , c re d o , m e is . N ec la m e n o fiic iu m s e n s it m a g is a lté r a n o s tr u m : H ic, i llic , v e s tr o s u b L a re s e m p e r e ra m . Q u æ q u e tu a e s t p ie ta s ; u t te n o n e x c o la t ip s u m , J u s a liq u o d te c u m f r a t r i s a m ic u s h a b e t. Q u id , q u o d , u t e m e r itis r e f e r e n d a e s t g r a tia s e m p e r, S ic e s t f o rlu u æ p r o m e r u is s e tu æ ? 306 PONTIQUES. m ets de te dire ce que lu dois désirer, dem ande aux dieux de donner plutôt que de rendre. C’est ce que tu fais : et, autant que je puis m e souvenir, tu aim ais à obliger le plus souvent que tu pouvais. Place-m oi, M essalinus, dans le rang que tu voudras, pourvu que je ne sois pas étranger à ta m aison. Et si, parce qu’Ovide a m érité ses m alheurs, tu ne le plains pas de les souf frir, plains-le du m oins de les avoir m érités. LETTRE HUITIÈME A SÉVÈRE ARGUMENT Il r a c o n t e à S é v è re q u ’e n to u r é d ’e n n e m is , il v it s a n s c e s s e a u m i l i e u d e s c o m b a t s ; q u ’il r e g r e t t e v i v e m e n t s e s a m is , sa f e m m e , sa f ille e t s a p a t r i e ; q u ’il n ’a p a s m ê m e la c o n s o la t io n d e c o n s a c r e r s e s l o i s i r s à la c u l t u r e d e s c h a m p s . E n s u ite , il s e f é l i c i t e d e c e q u e to u t r é u s s i t à S é v è re , e t le p r i e d e d e m a n d e r à A u g u s te u n e c o n tr é e m o in s é lo ig n é e p o u r s o n a m i e x ilé . R e ç o is ce souvenir que ton cher Ovide t’envoie, Sévère, toi, la m oitié de m oi-m êm e. Ne m e dem ande pas ce que je fais : si je te -Q u o d s i p e r m i tt is n o b is s u a d e r e , q u id o p te s : U t d e s , q u a m r e d d a s , p l u r a , p r e c a r e Deos. Id q u e fac is, q u a n tu m q u e licet. m e m in is s e , s o le b a s Oflicii c a u sa m p lu r ib u s e sse d a ti. Q u o lib e t in n u m é r o m e , M e ssa lin e , re p o n e ; Sim m odo p a r s v e s træ n o n a lié n a d o m u s : E t m a la N a so n e m , q u o n ia m m e r u is s e v id e t u r , Si n o n f e r r e d o le s, a t m e r u is s e d o le . EPISTOLA OCTAVA SEVERO A R G U 5 IE N T U J I Severo amico exponit se cinctum hostibus, in adsiduis sem per praeliis versari, m iroque am icorum , conjugis, íilia;, e t patriae desiderio ten c ri, ñeque sibi liccre, cpiod unicum olaincn foret, ru ri colendo operam navare. D unde laetalur quod co n ira in Severo sint omnia secunda; m onelque, u t im p e tre t locum aliquem magis propinquum d a n sibi ab Augusto. 6 A tibí dilecto m issam Nasone salutem Accipc, p a rs anim a» m a g n a , S e v e re , meac. LIVRE I, LET TRE VIII. 307 raconte tout, tu pleureras ; c ’est assez que tu connaisses en abrégé m es souffrances. Nous vivons sans cesse au m ilieu des arm es, sans connaître jam ais la paix; sans cesse le Gète, arm é de son carquois, su scite des guerres cruelles. Seul de tant de bannis, je suis tout ensem ble exilé et soldat; les autres, et je n ’en suis pas jaloux, vivent en sûreté. Et, pour que m es écrits te paraissent plus dignes d ’indulgence, ces vers, que tu liras, je les ai faits arm é pour le com bat. Près des rives de P ister au double nom , est une ville ancienne, que ses rem parts et sa situation rendent presque ibabordable. Le C aspienÉgypsus, si nous en croyons ce peuple sur sa propre h is toire, la fonda et appela son ouvrage de son nom . Le Gète barbare, après avoir par surprise m assacré les Odrysiens, s’en em para et sou tin t la guerre contre le roi. Se souvenant de sa noble naissance, qu’il relève par son courage, ce prince se présenta aussitôt en touré de nom breux soldats : il ne se retira qu’après avoir versé le sa n g le s coupables, et, par l’excès de sa vengeance, s’être rendu coupable lui-m êm e. 0 roi, le plus vaillant de notre époque, pu issestu tenir le sceptre d’une m ain toujours glorieuse ! p u isses-tu , et N eve ro g a , q u id a g a m ; si p e r s e q u a r o m n ia , 'fleb is : S u m m a s a lis n o s tr i si t ib i n o ta m a li. V iv im u s a d s id u is e x p e rte s p a c is in a rm is, D u ra p h a r e l r a t o b e lla m o v e n te G eta. D e q u e tô t e x p u ls is s u m m ile s in e x s u ie so lu s : T u ta , n e c in v id e o , c e te r a t u r b a j a c e t . Q uo q u e m a g is n o s tr o s v e n ia d ig n e r e lib e llo s , H æ c in p r o c in c tu c a rm in a fa c ta leg e s. Stàt vêtus urlis, ripæ vicina binom inis Istri, M œ n ib u s e t p o situ v ix a d e u n d a lo ci. C a sp iu s Æ gypsos, d e s e si c re d im u s ip s is , C o n d id it ; e t p r o p rio n o m in e d ix it o p u s. l ia n e fé ru s O drysiîs in o p in o M arte p e re m tis Ille C e p it, e t in r e g e m s u s tu lit a rm a G etes. m e m o r m a g n i g e n e ris , v i r t u te q u o d a u g e t, P r o ti n u s in n u m e r o m il it e c in c tu s a d e s t ; N ec p r i u s a b s c e s s it, m é r i ta q u a m c æ d e n o c e n tu m Se n im is u lc is c e n s , e x s titit ip s e n o c e n s. At t ib i , r e x , æ vo, d e t u r , fo rtis s im e , n o s tr o , S e m p e r h o n o r a ta s c e p tr a t e n e r e m a n u . 308 PO NT IQ UE S. que pourrais-je te souhaiter de m ieux? recevoir toujours, com m e aujourd’hui, les éloges de la belliqueuse Rome et du grand César! Mais, revenant au sujet que j’ai quitté, je m e plains, cher am i, que de cruels com bats vien n en t se joindre à m es m aux. Depuis que, privé de vous, je fus jeté sur ces rives infernales, quatre fois l’autom ne a vu se lever les P léiades. Ne crois pas qu’Ovide regrette la vie de Rome et ses agrém ents ; et pourtant il les regrette aussi ; car tantôt je m e rappelle votre doux souvenir, m es am is ; tantôt je songe à m a fille, à m a .ch ère épouse. Puis je sors de m a m aison, et je m e tourne vers les diverses parties de la belle Rom e ; et tous ces lieu x, m on esprit les parcourt de ses regards. Tantôt je vois les places, tantôt les palais, ou les théâtres revêtus de m arbre, ou tous ces portiques au sol ap lan i, ou le gazon du Champ de Mars en face de superbes jardins, et les étangs, et les canaux, et l’eau de la V ierge. Mais peut-être qu e, si, dans m on m alheur, les plaisirs de la ville m e son t ravis, je p u is du m oins jouir d’une cam pagne quelconque. J e n e re g re lte pas les terres que j ’ai perdues, celte b elle cam pagne dans les plaines de P élignes, ni ces jard in s plantés sur des collin es o m T e q u e , q u o d e t p r æ s ta t , q u id c n im t ib i p le n iu s o p te m ? M artia c u rn m a g n o C æ sare R o m a p r o b e t . S ed m em or unde abii, q u c ro r, o ju cu n d e sodalis, A c c é d a n t n o s tr is sæ v a q u o d a r m a m a lis. Ut c a re o v obis S ty g ia s d e tr u s u s in o r a s , Q u a tu o r a u lu m n o s P lc ia s o r ta fa c it. Nec t u c re d id e ris u r b a n æ c o m m o d a v itæ Q u æ re re N a s o n e m : q u æ r i t e t ilia ta m e n . N am m odo vos a n im o d u lc e s r e m iu is c o r, a m ic i ; N u n c m ih i c u m c a ra c o n ju g e n a ta s u b it : E q u e do m o r u r s u s p u lc h r æ lo c a v e r t o r ad u r b is , C u n c ta q u e m e n s o c u lis p e r v id e t ilia su is . N unc fo ra , n u n c æ d e s, n u n c m a r m o re te c ta t h e a t r a ; N u n c s u b it æ q u a ta p o rtio n s o m n is h u m o . G ra m in a n u n c c a m p i p u lc ln o s s p e c ta n tis in h o r to s , S ta g n a q u e e t E u r ip i, V irg in e u s q u e liq u o r. At, p u to , s ic u r b is m is e ro e s t e r e p ta v o lu p ta s , Q u o lib e t u t s a lle m r u r e f r u i l ic e a t. N on m e u s a m is s o s a n im u s d e s id e r a t a g ro s , R u r a q u e P e lig n o c o n sp ic ie n d a so lo ; L IV R E I, L E T T R E VIII. 309 bragées de pins et en vue de la voie Clodia, qui près d e là se join t à la voie F lam inienne ; je les ai cu ltivées, je ne sais poùr qui. Souvent m oi-m êm e, et je n ’en rougis pas, j ’apportai aux plantes l’eau de la source. Là doivent être, s’ils vivent encore, des arbresque jadis m a m ain a plantés, m ais dont m a m ain ne cueil lera pas les fruits. Pour rem placer ees pertes, que ne puis-je du m oins trouver ici un cham p à cultiver dans m on exil! M oi-m êm e, et plût aux dieux que je le pusse ! je voudrais, appuyé sur un bâton, m ener au pâturage m es chèvres suspendues aux rochers, y m ener m es brebis ; m oi-m êm e, pour que m on cœ ur ne s’ar rêtât pas à ses éternels sou cis, je conduirais m es bœufs labourant la terre sous le joug recourbé ; j ’étudierais le langage que con naissent les taureaux des G ètes, j'y ajouterais les m ois m enaçants qui leu rson t fam iliers. M oi-m êm e, dirigeant d elà m ain le m anche de la charrue pressée dans le sillon , j’apprendrais à répandre la sem ence sur une terrepréparée. Je n ’hésiterais pas à nettoyer m es cham ps, arm é d’un long hoyau, ni à donner à m on jardin altéré une eau qui l’abreuve. Mais com m ent le pourrais-je., m oi, qu’un m ur et une porte ferm ée séparent à peine de l’ennem i? Nec q u o s p in if e ris p o sito s in c o llib u s h o rto s S p e c la t F la m in iæ C lodia j u n c t a v iæ ; Q uos ego n e scio c u i c o lu i, q u ib u s ip s e s o le b a m Ad s a t a fo n la n a s , n e c p u d e t, a d d e re a q u a s . S u n t ib i, s i v iv u n t, n o s tr a q u o q u e c o n s ita q u o n d a m , S ed n o n e t n o s lr a p o m a le g e n d a m a n u . P ro q u ib u s a m is s is u t in a m c o n tin g e re p o sait Hic s a lte m p ro fu g o g le b a c o le n d a rn ih i ! Ip se ego p e n d e n te s , lic e a t m o d o , r u p e c a p e lla s, Ip se ve lim b a c u lo p a s c e re n ix u s oves : Ip se e g o , n e so litis i n s i s ta n t p e c to ra c u r i s , D ucam r u ric o la s s u b ju g a p a n d a b o v e s, E t d isc a m G etici q u æ n o r in t v e rb a ju v e n c i ; Adsuctas illis adjiciam que m in as; Ip se , m a n u c a p u lu in p re s s i m o d e r a tu s a r a l r i , E xperiar m ota sp argere sem en hum o : N ec d u b ite m lo n g is p u r g a r e lig o n ib u s a rv a , E t d a r e , q u a s s it ie n s c o m b ib a t h o r lu s , a q u a s. Unde, sed hoc nobis, m inim um quos in te r et hostcm D iscrim en m urus clausaque porta facit ? 510 PONTIQUES. Pour lo i, à ta naissance, et m on cœ ur s’en félicite, les fatales déesses ont tiré de leur fuseau un iil heureux. Tantôt c ’est le Champ de Mars qui te relien t, tantôt l ’om bre épaisse d’un por tique, et tantôt le Forum , auquel tu n e consacres que de rares in stan ts; tantôt l ’Ombrie te rappelle ; ou, dirigée vers ta m aison (PAlbe, un e roue brûlante te porte sur la voie Appienne. Là p eu t-être lu désires que César oublie sa juste colère, et que ta cam pagne soit m on asile. Ah ! c’est trop dem ander, m on am i : m odère tes vœ u x; ne donne pas tant d’essor à tes désirs. Je vou drais que l’on m ’accordât une terre m oins éloign ée, une contrée qui ne fût pas exposée à la guerre. Alors je serais soulagé d’une bonne partie de m es souffrances. At tibi nascenti, quod toto pectore læ tor, N erunt fatales fortia fila Deæ. T e m o to c a m p u s h a b e t, d e n sa m odo p o r tic u s u m b ra ; ISunc, i n q u o p o n a s té m p o r a r a r a , fo ru rn . U m b rfa n u n c r e v o c a t ; n e c n o n A lb an a p e te n te ra A ppia f e r v e n ti d u c it in a rv a r o ta . F o r s ita n h ic o p te s , u t ju s t a m s u p p r i m â t ira m C æ sar, e t h o s p itiu m s it tu a v illa m e u m . Ah ! n im iu m e s t, q u o d , a m ic e , p e t i s l m o d e r a tiu s o p ta , E t v o ti, q u æ s o , c o n tr a h e v e la tu i. T e r r a v e lim p r o p io r , n u lliq u e o b n o x ia b e llo D e tu r ; e r i t n o s tr i s p a rs b o n a d e m ta m a lis. V LIVRE I, L E T TR E IX. 3 11 LETTRE NEUVIÈME A M A X IM E ARGUMENT Le poète paie u n trib u t de larm es à la m ém oire de Celsus, do nt Maxime lui avait annoncé la m o rt. Celsus lui avait prom is que Maxime serait son appui ; il dem ande que ces paroles d’un am i ne resten t pas sans effet. La lettre que j’ai reçue de toi, sur la perte de Celsus, a été aus sitôt m ouillée de m es larm es. Je n ’ose le dire, et je le croyais im possible, c ’est à regret que m es yeux ont lu ta lettre. Depuis que je suis dans le Pont, je n ’avais pas encore appris, et p u issé-je ne jam ais apprendre de nouvelle aussi cruelle ! son im age s’at tache à m es regards, com m e s’il était devant m oi : tout m ort qu’il est, ma tendresse se le rep résente vivant; souvent je m e rappelle son abandon dans ses délassem ents, souvent sa probité EPISTOLA NONA MAXIMO ARGUM ENTUM Poeta Celso defünctó, cüjus mortem nuntiaverat Maximus, lacrymas libat. Is Maximum praestiturum auxilia prom iserat: quae amici verba ne fuerint vana, precatur. Qile m ih i d e r a p to tu a v e n it e p ís to la Celso, P r o tin u s e s t la c ry m is h ú m id a fa c ía m e is ; Q u o d q u e n e fa s d ic tu , fie ri n e c p o sse p u ta v i, I n v itis o c u lis I it te r a le c ta tu a e st. N ec q u id q u a m a d n o s tr a s p e r v e n i t a c e r b iu s a u r e s , U t s u m u s in P o n to , p e rv e n ia tq u e p r e c o r . A n te m eo s o c u lo s ta n q u a m p rae se n tis im a g o Haeret, e t e x s tin c tu m v iv e r e lin g it a m o r. Saepe r e f e r t a n im u s lu s u s g r a v ita le c a r e n t e s ; S e ria Cum liq u id a saepe p e r a d a lid e . 512 TONTIQUES. si pure dans les affaires sérieuses. Cependant, aucune époque ne m e revient plus souvent à l ’esprit, que ces jours, qui auraient dû être les derniers de m a vie, où ma m aison, ébranlée tout à coup, s’écroula et tomba sur la tête de son m aître. 11 vint à m oi lorsque la plupart m ’abandonnèrent, M axime; et il ne suivit pas la lortun e. Je l’ai vu pleurer m a m ort, com m e s’il eût eu un frère à m ettre sur le bûcher. Il m e tint em brassé, m e consola dans m on abattem ent, et ne cessa de m êler ses larm es aux m iennes. Oh ! que de fois, surveillant odieux d ’un e vie cruelle, il retint m on bras prêt à term iner m es destins ! que de fois il m e dit : « La colère des dieux n ’est pas inexorable ; vis et ne dis pas toim êm e qu’on ne peut te pardonner ! » Mais voici ce qu’il m e ré pétait surtout : « Vois de quel secours Maxime doit être pour to i; Maxime ne négligera r ie n ; avec tout le zèle de l’am itié, il dem andera que la colère de César ne tien n e pas ju sq u ’à la fin. A ses efforts il joindra ceux de son frère; il n ’est rien qu’il ne tente pour adoucir ton sort. » Ces paroles ont soulagé l’ennui de ma vie m alheureu se. Toi, Maxime, fais qu’elles ne restent pas sans effet. Souvent aussi il N u lla t a m e n s u b e u n t m ih i te m p o ra d e n s iu s illis , Q uæ v e lle m v itæ s u m m a fu isse m eæ . Q u u m d o m u s i n g e n ti s u b ito m ea la p s a r u in a C o n c id it, in d o m in i p r o c u b u itq u e c a p u t, A d fu it ille m ih i, q u u m p a rs m e m a g n a r e l i q u it , M axim e, f o r tu n æ n e c f u it ip se c o rn e s. I liu m ego n o n a l i t e r lle n te m m e a f u n e r a v id i, P o n e n d u s q u a m si f r a l e r in ig n e f o r e t : H æ sit in a m p le x u , c o n s o la tu s q u e ja c e n te m e s t, C iim q u e m e is la c ry m is m is c u it u s q u e s u a s. 0 q u o t ie s , v itæ c u sto s in v is u s a m a ræ , C o n tin u it p r o in ta s in m e a fala m a n u s ! 0 q u o tie s d ix it : « P la c a b ilis i r a D e o ru m e s t ; V ive, n e c ig n o sc i tu lib i p o s s e n e g a » Vox ta m e n ilia f u it c e le b e rr im a : « Ile s p ic e q u a n tu m D e b e a t a u x ilii M axim us e sse t ib i : M axim us in c u m b e t ; q u a q u e e s t p i e t a te , r o g a b it, Ne s it a d e x tr e m u n i C æ saris i r a te n a x , C u m q u e s u is f r a l r i s v ire s a d h ib e b it, e t o m n e m , Quo lev iu s d o lea s, e x p e r ie lu r o p e m . » II æc m ih i v e rb a m alæ m in u e r u n t tæ d ia v itæ : Q uæ t u , n e f u e r i n t, M axim e, v a n a , cav e. L I V R E I, L E T T R E IX. . 313 m e jurait qu’il viendrait ici, pourvu que tu lui perm isses de faire ce long voyage; car ta dem eure était sacrée pour lui : il l ’honorait avec ce respect que tu portes toi-m êm e aux dieux m aîtres du m onde. Crois-m oi, tu as bien des am is, et tu le m érites : dans le nom bre, il n ’en est aucun qui l’em portât sur lui, si toutefois ce ne sont ni les rich esses, ni le nom d’illustres aïeux, m ais la vertu et les qualités du cœ ur qui distinguent les hom m es. C’est donc avec raison q u eje pleure la m ort de Celsus, com m e il m e pleura, vivant, au m om ent de m on départ ; c ’est avec rai son que je lui consacre des vers qui rendent tém oignage à ses qualités si rares. Il faut que la postérité, Celsus, y lise ton nom . C’est tout ce que je puis t ’envoyer des bords gétiques ; c’est la seule chose ici qu’on ne puisse m e contester. Je n ’ai pu accom pagner tes fun érailles, ni parfum er ton corps, et l’univers entier m e sépare de ton bûcher. Maxime, qui le pou vait, Maxime qu e, vivant, tu honorais com m e un dieu, t’a rendu tous les derniers d evoirs; il a présidé à.tes funérailles ; il a of fert à tes restes de pom peux honneurs ; il a répandu l ’am om e H ue q u o q u e v e n lu r u m m ih i se j u r a r e so le b a t, Non n is i te longae j u s s ib i d a n te viae; Nam tu a n o n a lio c o lu it p e n e tr a lia r it u , T e r r a r u m d o m in o s q u a m co lis ip se D eos. C re d e m i h i ; m u lto s h a b e a s q u u m d ig n u s am ico s, Non f u it e m u ltis q u o lib e t ille m in o r; S i m odo n e c c e n su s , n e c c la r u m n o m e n a v o ru m , Sed p r o b ila s m a g n o s in g e n iu m q u e f a c it. J ure ig itu r lacrym as Celso libam us adem pto, Q u u m f u g e r e m , vivo q u a s d e d it ille m i h i : C a rm in a j u r e d a m u s r a r o s te s ta n tia m o re s , Ut tu a v e n tu r i n o m in a , C else, le g a n t . Hoc e s t, q u o d p o ssu m G e tic is t ib i m it te r e a b a rv is ; Hoc s o lu m e s t is tic , q u o d liq u e t e sse m e u m . F unera n e c p o tu i c o m ita r e , n e c u n g e r e c o r p u s ; A que t u is to to d iv id o r o r b e ro g is . Q ui p o t u it , q u e m tu p r o n u m in e v iv u s h a b e b a s , P ra e s titit o fficium M axim us o m n e tib i. Ille tib i e.vsequias, e t m a g n i fu n u s h o n o ris F e c it, e t in g e lid o s v e rs it a m o m a s i n u s : 514 rONTIQUES. sur ton sein glacé ; dans sa douleur, il a m êlé aux parfum s des larm es abondantes et renferm é dans une terra voisine 1 urne de tes cendres. S'il rend à ses am is m orts tous les devoirs qui leur son t dus, nous aussi, il peut nous com pter parm i les m orts. LETTRE DIXIÈME A F L ACCU S ARGUMENT Le poëte, dans cette le ttre , app rend à Flaccus que ses forces s’affaiblis se n t; il lui en fait connaître la cause. Il le prie d ’u n ir ses efforts à ceux de son frère po ur secou rir l ’exilé, p o u r apaiser César e n sa fa veur. Du fond de son ex il, Ovide envoie ce salut à F laccus son am i ; si cependant on peut envoyer ce q u ’on n ’a pas. Depuis longtem ps m in é par d ’am ers sou cis, m on corps languit et n’a p lu s de for- D ilu it e t la c r y m is m œ r e n s u n g ü e n ta p r o fu s is ; O ssaque v ic in a c o n d ita te x it h u m o . Qui q u o n ia m e x s tin c tis , q u æ d e h e t, p r æ s ta t a m ic is , E t n o s e x s tin c tis a n n u m e r a r e p o te s t. E P I S T O L A DE CI MA FLACCO ARGUM ENTUM Ad Flaccum scribens poeta, corporis languorem, cjusque rci causam cxponit, eumqüe rogat cum fratre, ut sibi opem ferat, Auguslumque exsuii initiorem reddat. Naso suo p r o fu g u s m i t t i t tib i , F la cc e , s a l u t e m ; M itte re r e m s i q u is , q u a c a r e t ip s e , p o te s t. L o n g u s e n im c u ris v i tia tu m c o rp u s a m a r is N on p a t i t u r v ire s la n g u o r h a b e r e s u a s. p LIVRE I, LETTR E X. 515 ces. Je n’éprouve aucune douleur ; je ne suis pas brûlé par une fièvre suffocante, et m on pou ls m arche toujours aussi calm e, aussi régulier. Mon palais est ém ou ssé; tout ce qu’on m e sert excite m on dégoût ; et je m e plains quand vient l ’heure odieuse du repas. Qu’on m e serve ce que produit la m er, et l ’air, et la terre, il n’yaura rien qui réveille m on appétit. Que la belle Ilébé, de sa m ain em p ressée, m e présente le nectar et l ’am broisie, le breuvage et les m ets des dieux, leur saveur n ’excitera pas m on palais en gou rd i; ils resteront longtem ps, com m e un poids, sur m on estom ac paresseux. Quelque vrai que cela soit, je n ’oserais l’écrire à tout autre, on appellerait délicatesse m es plaintes et m es souffrances. En vérité, dans ma position, dans l’état de ma fortune, la délica tesse serait bien à sa place ! Je souhaite les m êm es épreuves à la délicatesse de celui qui craindrait que la colère de César ne fût trop douce pour m oi. Le som m eil lui-m êm e, cet alim ent d’un corps délicat, ne nourrit pas de ses bienfaits m on corps exténué; m ais je veille, avec m oi veillent sans relâche m es douleurs, qu’entretient encore la tristesse de ce séjour. A ussi, en m e voyant, N ec d o lo r u l lu s a d e s t, n e c fe b r ib u s u r o r a n h e lis ; E t p e ra g it s o liti v e n a t e n o n s i t e r : Os h e b e s e s t, p o s itæ q u e m o v e n t fa s tid ia m e n s æ , E t q u e r o r , in v is i q u u m v e n it h o r a c ib i. Quod m a r e , q u o d te llu s , a d p o n e , q u o d e d u c a t a e r, N il ib i, q u o d n o b is e s u r i a t u r , e r i t . N e c ta r e t a m b r o s ia m , ia tic e s e p u la s q u e D e o ru m , D el m ih i f o rm o s a u a v a J u v e n ta m a n u : N on ta m e n e x a c u e t t o rp e n s s a p o r ille p a la tu m ; S ta b it et in s lo m a c h o p o n d u s i n e r t e d iu . H æc e g o n o n a u s im , q u u m s ln t v e ris s im a , c u iv is S c r ib e r e , d e lic ia s n e m a ta n o s tr a v o c e n t. S c ilic et is s ta t u s e s t, ea r e r u m f o rm a m e a r u m , D eliciis e tia m p o s s it u t e s se lo cu s. D e lic ia s i lli p r e c o r h a s c o n tin g e r e , si q u is , N e m ih i s it ie v io r C æ saris ir a , tim e t. Is q u o q u e , q u i g r a c ili c ib u s e s t i n c o rp o r e , s o tn n u s , N o n a l i t offieio c o rp u s in a n e su o . Sed v ig ilo , v i g ila n tq u e m e i s in e fin e d o lo re s, Q u o ru m m a t e r i a m d a t lo cu s ip se m ih i. 310 PONTIQUES. pourrais-tu à peine reconnaître m es traits. Que sont devenues, dirais-tu, ces couleurs que lu avais jadis? quelques gouttesd e sang coulent à peine dans m es-m em b res chétifs, et m on corps est plus pâle que la cire nouvelle. Ces ravages ne viennent pas de l’excès du vin : lu sais que l’eau est presque m on unique breuvage. Je ne m e charge pas de m ets, et, quand j en aurais le désir, je ne pourrais le satisfaire dans le pays des G ètes. Ce ne son t pas les dangereux plaisirs de V énus qui m ’énervent, rarem ent elle visite une couche désolée. C’est l’eau, c'est le clim at qui m e nuit, et plu s encore cette inquiétude de l'âm e qui ne m e qu itte jam ais. Si tu ne la soulageais, avec un frère qui te ressem ble, m on âme affligée supporterait à peine le poids de sa tristesse. Vous êtes pour ma barque fragile un rivage hospitalier; et cette assistance que tant d’autres m e refu sent, vous, vous m e la donnez ; donnezla-m oi toujours, je vous prie, parce que toujours j’en aurai be soin, tant que le divin César sera irrité contre m oi. Im plorez l’un et l ’autre tous vos dieux, non pour qu’il m ette un term e à sa colère bien m éritée, m ais pour qu’il la m odère. Vix ig il u r possi» viso s a g n o s c e re v u ltu s ; Q uo q u e ie r i t, q u æ ra s , q u i fu it a n te , c o lo r. . P a r v u s in e xiles s u c c u s m ih i p e r v e n it a r tu s , M e m b ra q u e s u n t c e ra p a llid io r a n o v a. N on h æ c im m o d ic o c o n tr a x i d a m n a L yæ o : Scis m ih i q u a m so læ p æ n e b i b a n t u r a q u æ . N on c p u lis o n e r o r ; q u a r u r n s i t a n g a r a m o re , E s t ta m e n in G e tic is c o p ia n u lla lo c is . N ec v ire s a d im it V e n e ris d a m n o s a v o l u p ta s : N on s o le t in m oestos ilia v e n ir e to ro s . U n d a lo c u s q u e n o c e n t ; c a u s a q u e n o c e n tio r o m n i, A n x ie ta s a n im i, q u æ m ih i s e m p e r a d e s t . Ila n c n is i tu p a r i t e r s im ili c u m f r a t r e le v a r e s , Vix m e n s t r i s t i t i æ m œ s ta lu lis s e t o n u s . Vos e s tis f ra g ili t e i l u s n o n d u r a p h a s e lo ; Q u a m q u e n e g a n t m u lt i, vos m ih i f e r tis o p e m . F e r le , p r e c o r , s e m p e r , q u ia s e m p e r e g e b im u s ilia , C æ saris o ffe n su m d u m m ih i n u m e n e r i t . Q ui m c i i ta m n o b is m in u a t , n o n fin ia t ir a m , S u p p lic ile r v e s tr o s q u is q u e r o g a te D eos. LIVRE DEUXIÈME LETTRE PREMIÈRE A GERSIANICUS CÉSAR ARGUMENT I l t e f é l i c i t e d 'a v o ir a p p r i s d e la r é n o m m é e le t r i o m p h e d e C é s a r (il s 'a g i t d u t r i o m p h e d e T ib è r e s u r l ’U ly r ie ) . H e u r e u x d e c e tt e n o u v e ll e , il d é c r i t le t r i o m p h e , e t a n n o n c e l 'e s p é r a n c e q u 'A u g u s t e s e r a a u s s i c l é m e n t p o u r lu i q u e p o u r le s e n n e m is . II p r é d i t à G e r m a n ic u s u n s e m b l a b le trio m p h e . E l l e est aussi parvenue dans ces lieu x, la renom m ée du triom phe de César, dans ces lieux où arrive à peine le souffle languis- LIBER SECUNDES EP I S T OL A PRIMA GERMANICO CÆSARI ARGUM ENTUM C&sarei (scilicet IllyriCi a Tiberio acti) famam Iriumphi ad se pervenisse gm det. eumque laRus descnbit, et spent sibi subnalam praedicat, fore ut, ceu hostibus, sic sibi quoque ventam det Augustus. Similes Germanico triumphos ominalur. IIuc q u o q u e C cesarei p e r v c n il fam a i riu m p h i, L a n ^ u id a q uo fcbsi v ix v e n it a u r a Noti. 18. 318 PONTIQUES, sanl du Notus fatigué. J’avais pensé que, chez les S cythes, je n ’aurais jam ais aucun plaisir ; aujourd’hui ce pays m e devient m oins odieux : enfin j ’ai vu la sérén ité, un instan t ram en ée, dissiper ie nuage de m es sou cis, et j ’ai m is en défaut m a for tu n e. Quand César voudrait m ’interdire toute jouissance, celle-là du m oins il peut perm ettre que tous la partagent. Les dieux aussi, pour que la joie accom pagne les hom m ages de la p iété, ordonnent à tous de bannir la tristesse aux jours qui leur sont consacrés. Enfin, et c ’est un e vraie folie que d’oser l ’avouer, quand il le défendrait, je jouirais m algré lui de l ’allégresse com m une. Toutes les fois que Jupiter ranim e les cham ps par des plu ies salutaires, la bardane tenace croît m êlée à la m oisson. Moi de m êm e, herbe inu tile, je sens l ’influence d’une divinité fé condante, et souvent, m algré les dieux, leurs bienfaits m e soula gent. Les joies de César m ’appartiennent pour m a part ; cette fa m ille n ’a rien qui soit à elle seule. Grâces à toi, R enom m ée; c’est par toi qu’enferm e au m ilieu des Gètes, j ’ai vu la pom pe du triom phe. Tes récits m ’ont appris que naguère des peuples innom brables se sont rassem blés pour N il fo re d u lc e m ih i S c y th ic a re g io n e p u t a v i . Ja m m in u s h ic o d io e s t, q u a in f u it a n te ; lo c u s . T a n d e m a liq u id , p u ls a c u r a r u m n u b e , s e r e n u m V id i; f o rtu n æ v e rb a d e d iq u e m e æ . N olit u t n lla m ih i c o n tin g e r e g a u d ia C æ sar, V elle p o tc s t c u iv is liæ c t a m e n u n a d a r i . Dî q u o q u e , u t a c u n c tis h ila r i p i e t a te c o la n t u r , T r is t it ia m p o n i p e r s u a f e s ta - ju b e n t. D e n iq u e , quo d c e rtu s f u r o r e s t a u d e r e f a t e r i , H ac ego læ titia , si v e te t ip s e , f r u a r . J u p p ite r u t il ib u s q u o tie s j u v a t im b r ib u s a g ro s , M ista te n a x s e g e ti c re s c e re la p p a s o le t. Nos q u o q u e f ru g ife r u m s e n iim u s , i n u ti li s h e r b a , N u m e n , e t in v ita s æ p e j u v a m u r o p e. G au d ia C æ sareæ m e n tis p r o p a r t e v i r i li S u n t m e a : p r iv a t i n il h a b e t i li a d o m u s . G ratia, F a m a, tib i, p e r q u a m s p e c ta ta tr i u m p h i in c lu s o m e d iis e s t m ih i p o m p a G e tis. I n d ic e te d id ic i, n u p e r v ise n d a co îsse I n n ú m e r a s g e n te s a d d u c is ora s u i : LI VRE II,' LET TR E I. 319 contem pler les traits de leur chef; et que Rome, dont les vastes remparts em brassent l ’univers entier, eut à peine assez de place pour tant d’étrangers. Tu m ’as raconté qu’avant le triom phe, pendant plusieurs jours, le nuageux Auster avait versé sur la terre des plu ies continues ; m ais que le soleil serein brilla d’un éclat céleste dans ce jour qui se conform ait à l ’aspect joyeux du peuple ; et qu’ainsi le vainqueur put distribuer aux guerriers, à qui sa voix donnait de glorieux éloges, les prix de la valeur. Avant de revêtir la robe brodée, brillant insigne du triom phateur, il offrit de l ’encens sur les loyers sacrés, et apaisa par de pieux hom m ages la Justice, à qui son père éleva des autels, la Justice, qui dans son cœ ur réside com m e dans un tem ple. Partout sur ses pas les applaudissem ents se m êlaient aux vœ ux de bonheur, et une pluie de foses rougissait le pavé. Devant lu i, on portait les im ages en argent des m urailles renversées, des villes prises sur les Barbares, avec leurs habitants vaincus; puis des fleuves et des m ontagnes, et des pâturages au m ilieu des hautes forêts, et des trophées d ’arm es groupées avec des traits. L’or porté en triom phe, sous les feux du soleil, dorait de son re flet les m aisons du Forum rom ain. Les chefs, qui courbaient Q u æ que c a p it v a s tis im m e n s u m m œ n ib u s o rb e m , H o sp itiis R oniam vix h a b u is s e lo c u m . T u m ih i n a r r a s ti , q u u m m u ltis lu c ib u s a n te F u d e r it a d s id u a s n u b ilu s A u s te r a q u a s, L u m in e c œ le sti S o lem fu ls iss e s e re n u m , C um p o p u li v u ltu c o n v e n ie n te d ie . A tq u e ita v ic to re m , c u m m a g n o v o c is h o n o re , B ellica la u d a lis d o n a d e d is s e v iris , C la ra q u e s u m t u r u m p ic ta s in s ig n ia v e s te s , T u r a p r iu s s a n c tis im p o s u is s e fo cis, J u s ti ti a m q u e s u i c a s te p la ç a s s e p a re n tis , Illo q u æ te m p lu m p e c to r e s e m p e r h a b e t. Q ü a q u e i e r i t , felix a d je c tu m p la u s ib u s o m en ; S a x a q u e r o r a t is e ru b u i s s e ro sis . P r o tin u s a r g e n to v e rs o s im ita n tia m u ro s , B a r b a ra c u m v ic tis o p p id a la ta v iris , F lu m in a q u e , e t m o n te s , e t m a ltis p a s c u a silv is ; A rm a q u e c u m te lis in s t r u e m is ta su is . D eque tr iu m p h a to , q u o d Sol in c e n d e r it , a u ro A u re a R o m a n i te c ta fu is s e F o ri. 320 PONTIQUES. sous les fers leurs têtes captives, étaient si nom breux, qu’on au rait dit une arjjnée d’ennem is : la plupart obtinrent la vie et le pardon, et entre eux Bâton, l’âm e et le ch ef de cette guerre. Et pourquoi dirais-je que la colère divine ne peut s apaiser en ma fa veur, quand je vois les dieux si clém en ts envers les ennem is? La m êm e renom m ée nous a appris, G erm anicus, que, dans cette pom pe triom phale, parurent aussi des villes inscrites sous ton nom ; et que leurs solides rem parts, la force des arm es, la nature des lieux n’avaient pu les protéger contre toi. Que les dieux te donnent les années ; le reste, tu le trouveras en toi-m êm e ; ta vertu n’a besoin que d’un e longue vie. Mes prières seront exaucées : les oracles des poètes ont quel que valeur, car un dieu a donné à m es vœ ux des présages favo rables. Toi aussi, Rom e te verra, trainé par des chevaux couron n és, m onter vainqueur sur la roche Tarpéienne. Ton père, tém oin des honneurs décernés à son fils si jeu n e encore, sentira à son tour cette jouissance, qu’il donna lu i-m êm e aux auteurs de ses jours. Toi, le m odèle des jeu n es Rom ains, dans la paix et dans la guerre, c ’est dès aujourd’hu i, ne l oublie pas, que m es paroles T o tq u e tu lis s e d u c e s c a p tiv is a d d ita c o llis V in c u la , p æ n e lio s te s q u o t s a tis e sse f u it. M axim a p a is lio ru m v ita m v c n ia m q u e t u l e r u n t ; lu q u ib u s e t b e lli s u m m a c a p u tq u e B a to . C u r ego p o sse n e g e m m in u i m ih i u u m in is ir a m , Q u u m v id e a m m ite s h o s tib u s e s se Deos ? P e r t u lit h u e id e m n o b is, G e rm a n ic e , r u m o r , O ppida s u b t itu lo n o m in is îsse t u i ; A tq u e e a te c o n tr a , n e c m û ri m o le , n e c a rm is , N ec s a tis in g e n io t u t a fu is s e lo ci. Di tib i d e n t a n n o s ! a te n a m c e te r a s û m e s ; S in t m o d o v i i l u l i te in p o r a lo n g a tu æ . Q uod p r e c o r e v e n ie t : s u n t q u id d a m o r a c u la v a tu m ; N am D eus o p ta n ti p ro s p é ra s ig n a d é d it. Te q u o q u e v ic to r e m T a r p e ia s s c a n d e r e in a rc e s L iela c o ro n a tis B orna v id e b it e q u is , M a lu ro s q u e p a te r n a ti s p e c ta b it h o n o re s , G au d ia p c rc ip ie n s , q u æ d e d it ip se s u is . Ja m n u n c h æ c a m e, ju v e n u m b c llo q u c to g a q u e M axim e, d ic ta lib i v a tic in a n te n o ta . LIVRE II, L ET TR E II. 321 t ’annoncent cet avenir; m es vers peut-être rediront aussi ce triom phe; pourvu que ma vie résiste à m es souffrances, q u ’aupa ravant la flèche d’un Scythe ne s’abreuve pas de m on sang ; que cette tête ne tom be pas sous l’épée d’un Gète farouche. Si, avant ma m ort, tu reçois dans nos tem ples la couronne de laurier, tu diras que deux fois m es prédictions se sont vérifiées. LETTRE A DEUXIÈME M ESSALINUS ARGUMENT L e p o è te s’a d r e s s e à M e ss a lin u s , d o n t l a f a m i ll e a t o u j o u r s é té b i e n v e i l l a n t e p o u r l u i, e t q u i j o u i t d e la f a v e u r d 'A u g u s te ; i l le p r i e d e p r o f it e r d e la j o ie q u e le t r i o m p h e d e l ’i l l y r i e i n s p i r e à to u s le s c œ u r s , p o u r o b t e n i r d u p r i n c e q u e s o n e x il s o it a d o u c i, e t p o u r p l a i d e r s a c a u s e a u p r è s d e l u i. C e t ami qu i, dès son enfance, honora ta fam ille, Ovide, relégué sur la rive gauche du P ont-E uxin, t’envoie, M essalinus, du m iH u n e q u o q u e c a n n in ib u s r e f e r a m fo rta ss e triu m p h u m , S u flic ie t n o s tr is si m o d o v ita m a lis ; Im b u e r o S c ythicas si n o n p r iu s ip se s a g itla s , A b s tu le r itq u e ferox ho c c a p u t e n s e G etes. Quod s i, m e salv o , d a b it u r t ib i l a u r e a te m p lis , O m ina b is d ic e s v e ra fu isse m ea . EPISTOLA SECUNDA M ESSALINO ARGUM ENTUM Tro ea, qua apud Auguslum fioreat gratia, proque anliquo domus ejus in ipsum poctam favorc, petit a Messalino, ut, inter triumphi Illyriei gaudia, mitius sibi ab Augusto exsilium impetrare studeat, suamque causam agerc audeat. I lle dom us vcstrai prim is venerator ab annis, P u ls u s ad E u x iu i Naso s in i s tr a fre t i, 322 PO NTIQUES. lieu des Gètes indom ptables, ces vœ ux qu’avant son absence il t’apportait lu i-m êm e. Malheur à m oi, si, à la vue de m on n om , tu changes de visage, si tu hésites à achever la lectu re! achève, ne bannis pas m es paroles avec m oi : votre ville n est pas inter dite h m es vers. Je n ’ai pas eu la pensée qu en entassant Pélion sur Ossa, je pourrais de m a m ain atteindre aux astres brillants. Je n ’ai pas, suivant les drapeaux insen sés d’E ncélade, déclaré la guerre aux dieux m aîtres du m onde. Je n ’ai pas, com m e le bras tém éraire de Tydée, dirigé m es traits contre une divinité. Ma faute est grave ; m ais m on audace n’a perdu que m oi, et n ’a pas m édité de plus grands forfaits. On ne peut m ’appeler qu’insensé et tém éraire ; voilà les seuls nom s que l’on puisse m e donner. Je l ’avoue, après que j ’ai m érité la colère de César, tu as le droit aussi de te m ontrer diflicile à m es prières. Telle est ta vénération pour le nom de Iule, que tu te crois offensé par qui conque offense un de ceux qui le portent. Mais en vain tu serais arm é et prêt à porter des coups funestes, tu ne saurais te faire craindre de m oi. Une poupe troyenne accueillit le Grec A ch ém éM ittit a b in d o m itis lia n e , M e ssa lin e , s a lu te m , Q uam s o litu s p ræ s e n s e s t t ib i f e r r e , G e tis. H eu m ih i, si le c to v u ltu s t ib i n o m in e n o n e s t, Qui f u it, e t d u b ita s c e te r a p e r le g e r e P e r le g e , n e c m e c u m p a r i t e r m ea v e rb a r e le g a : U rb e lic e t v e s tra v e rs ib u s e sse m e is. Non ego c o n c e p i, s i P e lio n O ssa tu liss e t, C la ra m e a ta n g i s id e r a p o sse m a n u . Nec n o s , E n c e la d i d e m e n tia c a s tr a s e c u ti, I n r e r u m d o m in o s m o v im u s a rm a Deos. N ec, q u o d T y d id æ t e m e r a r ia d e x te r a fec it, N u m in a s u n t te lis u lla p e ti t a m e is . E s t m e a c u lp a g ra v is , se d q u æ m e p e rd e r e s o lu m A usa s it, e t n u llu m m a ju s a d o rla n e fa s. Nil, n is i n o n s a p ie n s p o s s u m tim id u s q u e v o c a ri: llæ c d u o s u n t a n im i n o m in a v e ra m o i. E sse quidem fateor, m eritam post C æ saris iram , D ifficilem p r e c ib u s te q u o q u e j u r e m e is . Q u æ q u e tu a e s t p ie ta s i n to tu m n o m e n I u li, T e læ d i, q u u m q u is l æ d it u r in d e , p u ta s . Sed lic e t a rm a f e r a s , e t v u ln e r a sæ v a m iu e r is , N on t a m e n efficie s, u t t im e a r e m ih i. LIVRE I I , L E T T R E II. 325 nide : la lance d’Achille guérit le roi de Mysie. Parfois le profa nateur du tem ple se réfugie près de l'autel, et ne craint pas d ’implorer l’assistance de la divinité qu’il a outragée. C’est dan gereux, dira-t-on : je 1 avoue ; m ais ce n ’est pas à travers une m er paisible que navigue m on vaisseau. Que d’autres songent à leur-sûreté : l’extrêm e m isère ne craint pas le danger; elle n ’a pas à redouter un sort plus funeste. Pourquoi ne pas s’abandonner au destin, quand on est entraîné par le destin? Souvent une rude épine produit de douces roses. Celui qu’em porte la vague écum ante tend les bras vers les récifs ; il se prend aux ronces, aux pointes des rochers. L’oiseau qui, d’une aile rapide, s’efforce d’échapper au terrible épervier, ose, fatigué, se réfugier dans le sein de l’hom m e. Elle ne craint pas de se confier à la cabane voisine, la biche qui fuit, épouvantée, la fureur des chien s. Je t’en conjure, laisse-toi toucher par m es larm es ; ne les re pousse pas ; que ta porte ne se ferm e pas sans pitié à ma voix tim ide. Transm ets avec bonté m a prière aux divinités que Rom e adore, et que tu révères autant que le dieu du tonnerre, le dieu P u p p is A c h æ m e n id e n G ra iu m T ro ja n a r e c e p i t ; P r o fu it e t Myso P e lia s h a s ta d u c i. C o n fu g il in te r d u m te m p li v io la to r a d a ra m , Nec p e te r e o ffe n si n u m in is l io r r e t o p e m l D ix e rit h o c a liq u is t u tu m n o n e s s e ; f a te m u r , Sed n o n p e r p la c id a s it m ea p u p p is aquasT T u ta p e ta n t a lii : f o r tu n a m is e r r im a t u ta e s t, N am t im o r e v e n tu s d e te r io r is a b e s t. Qui r a p i t u r f a tis , q u id p r æ t e r f a ta , r e q u i r a t ? S æ pe c r é â t m o lle s a s p e r a s p in a r o s a s . Qui r a p i t u r s p u m a n te s a lo , s u a b r a c h ia c a u ti P o r r i g i t, e t s p in a s d u r a q u e sa x a c a p it. A c c ip itre m m e tu e n s p e n n is t r e p i d a n t i b u s aies A u d c t a d h u m a n o s fessa v e n ir e s in u s ; N ec s e v icino d u b i ta t c o in m itte r e te c lo , Quæ f u g it in fe s to s t e r r i t a c e rv a c a n es. Da , p r c c o r , a c c e s s u m la c ry m is , m itis s im e , n o s tr is , N ec r ig id a m tim id is v o c ib u s o b d e fo re m ; V e rb a q u e n o s tra fav e n s R o m a n a ad n u m in a p e r f e r ; N on tib i T a rp e io c u lp a t o n a n le m in u s , 324 PO N T I Q U E S . du Capitole. Mandataire chargé de m a req uête, prends en m ain m a cause, quoique avec m on nom toute cause soit m auvaise. Déjà presque dans la tom be, déjà saisi du m oins par le froid de la m ort, c ’est avec peine que tu m e sauveras, si toutefois tu m e sauves. Qu’aujourd’hui se déploie, pour m a fortune abattue, ce crédit que t ’accorde César, et puisse son am itié te l’accprder toujours ! qu’elle t’inspire, aujourd’h u i, cette éloq uence brillante, héréditaire, si souvent u tile à l’accu sé trem blant. Car la voix éloquente de votre père revit en vous ; c’est un bien qui a Irouvé un digne héritier. Je ne l’im plore pas pour q u ’elle essaie de m e défendre; un accusé qui avoue ne doit pas être défendu. Couvriras-tu m a faute du nom d’erreur? ou serait-il plu s u tile de ne pas agiter une sem blable question? c ’est à toi d’en ju ger. Ma b lessu re est de celles qu’on ne guérit pas ; peu t-être serait-il plus sûr de n ’y pas toucher. A rrête, langue im prudente, tu ne dois pas dévoiler ce m ystère; que ne puis-je l ’enfouir m oi-m êm e avec m es cen dres! P arle-lu donc com m e si je n ’avais pas été abusé par une erreur, pour qu’enfin il m e laisse jouir de la vie que je lui dois. Quand son M a n d a tiq u e m e i le g a tu s s u s c ip e c a u s a m , N ulla m eo q u a m v is n o m in e c a u sa b o n a e s t . J a m p r o p e d e p o s itu s , c e r l e ja m f rig id u s , æ g re S e rv a tu s p e r te , s i m o d o s e rv e r , e ro . N u n c tu a p ro la p s is n i t a t u r g r a tia r e b u s , P r m c ip is æ t e r n u m q u a m tib i p r æ s te t a m o r : N u n c t ib i e t e lo q u ii n i t o r ille d o m e s tic u s a d s it, Quo p o te r a s t r e p i d is u t i l i s e sse r e is . V ivit e n im in v o b is fa c u n d i lin g u a p a r e n l is , E t r e s h e r e d e m r e p p e r it ilia s u u m . H a n c e g o n o n , u t m e d e fe n d e r e t e n t c t , a d o ro ; N on e s t c o n fe ssi c a u sa tu e n d a r e i. N u m ta m e n e x c u se s e r r o r is im a g in e f a c tu m , An n i h il e x p é d iâ t ta i e m o v e re , v id e. V u ln e ris id g e n u s e s t, q u o d q u u m s a n a b i l e n o n si t N on c o n tr e c ta r i t u t i u s e s se p u te m . L ingua, s ile ; n o n e s t u l t r a n a r r a b il e q u id q u a m : P o sse v e lim c in e r e s o b r u c r e ip se m eo s. S ic i g it u r , q u a s i m e n u llu s d e c e p e r it e r r o r , V erba face, u t v itn , q u a m d é d it ip s e , f r u a r . LIVRE I I , LETTRE II. 325 regard te paraîtra serein, quand il aura déridé ce front qui ébranle le m onde et l’em pire, dem and e-lu i de ne pas m ’abandonner, faible victim e, à la fureur des Gètes, et d’accorder à m on m isé rable exil un plus doux clim at. Le m om ent est favorable pour la prière : heureux lu i-m êm e il voit prospérer, ô Rom e, la puissance qu’il t’a faite. Les dieux veillent sur les jours d’une épouse fidèle à sa couche. Son fils agrandit l’em pire de l’Ausonie. Germanicus lui-m êm e devance les années par sa valeur, et le courage de Drusus ne le cède pas à sa noblesse. Ses brus aussi, ses tendres petites-filles, les enfants de ses p elits-flls, enfin tous les m em bres de la fam ille d’Augusle sont dans l'état le plus florissant. Les Péoniens viennent d’être subjugués, et les bras des Dalmates condam nés au repos dans leu rs m ontagnes ; 1 Illyrie, déposant les arm es, n ’a pas refusé de courber sa tête esclave sous les pieds de César. L ui-m êm e, sur son char, attirant les regards par la sérénité de son visage, portait, entrelacés sur ses tem pes, des ram eaux de la vierge aim ée d’Apollon. Avec vous, l ’accom pagnaient, dans sa m arche, des fils pieux, dignes de leur père et des titres qu’ils Q u o m q u e s e re n u s e r i t , v u llu s q u e r e m i s e n t illo s, Qui se c u m t e r r a s im p e r iu m q u e m o v e n t, E x ig u a m n e m e p r æ d a m s in a t e sse G e la ru m , D e tq u e s o lu m m iseræ - m ite , p r e c a r e , fu g æ . a d e s t a p tu m p r e c ib u s : v a le t ip se , v id e tq u e T empus Q uas fe c it v ire s , R o m a, v a le re tu a s . I n c o lu m is c o n ju x su a p u lv in a r ia s e rv a t. P io m o v e t A u so n iu m iiliu s im p e riu m . P r æ t e r i t ip se s u o s a n im o G e rm a n ic u s a n n o s , N ec v ig o r e s t D ru si n o b ilita te m in o r . A dde n u r u s - n e p le s q u e p ia s , n a to s q u e n e p o tu m , C e tc ra q u e A u g u stæ m e m b r a v a le r e d o m u s ; A dde t r i u m p h a to s m o d o P æ o n as, a d d e q u ie li S u lx lita m o n ta n æ b r a c h ia D a lm a liæ . N ec d e d ig n a la e s t a b je c tis llly r is a rm is I pse C œ sa re u m fa m u lo v e rtic e f e r r e p e d e m . s u p e r c u r r u m , plac id o s p e c ta b ilis o re , • T e m p o ra P h œ b e a v irg in e n ex a t u l i t : Q uem p ia v o b isc u m p r o ie s c o in ita v it e u n te m , D igna p a r e n t e su o , n o m in ib u s q u e d u lis ; t. i. 19 52G I 'ONT IQU ES. ont reçus, sem blables à ces frères qu e, du haut de sa dem eure sacrée, le divin Iule voit occuper le tem ple voisin. M essalinus ne leur refuse pas, à eux, à qui tout doit céder, le prem ier rang dans l ’allégresse com m une ; après eux, il n ’est p ersonn e à qui il ne le dispute en dévouem ent Non, sur ce poin t, aucun hom m e ne l’em portera sur toi. Tu l’honores celui qu i, récom pensant ton m érite avant l’âge, couronna ton front des lauriers dus à la va leur : heureux ceux qui ont pu être tém oin s de ces triom phes, et jouir de l ’aspect d’un prince égal aux dieux ! Et m oi, au lieu d es traits de César, il faut que je voie des Saurom ates, et une terre privée de la paix, et des eaux enchaînées par la glace ! Si pourtant tu m ’entends, si ma voix arrive ju sq u ’à loi, qu’à la laveur de ton crédit j ’obtienne un autre séjour. Ton père, que j’honorai dès m on jeune âge, te le dem ande avec m oi, s’il reste quelque sentim ent à son om bre éloquente. Ton frère te le de m ande aussi, quoiqu’il craigne peut-être que le désir de m e sauver ne te soit funeste. Toute ta fam ille, enfin, te le dem ande. Et to im êm e, lu ne peux nier que j'aie fait partie de tes am is. Du m oins f r a t r i b u s a d s im ilis , q u o s p ró x im a te m p la tc n e n le s D ivus a b e x c e lsa J u li u s oede v id e t. H is M e ssa llin u s, q u ib u s o m n ia c e d e r e d e b e n t, P r im u m laelilia) n o n n e g a t e s se lo c u m . Q u ic q u id a b h is s u p e r e s t, v e n it in c e r t a m e n a m o r is H ac h o m in u m n u lli p a r t e s e c u n d u s e r i s . H u n c colis, a n te d ie m p e r q u e ra d e c re ta m e r e u li V e n it l io n o r a tis l a u r e a d ig n a c o m is . F e lic e s , q u ib u s h o s lic u it s p e c ta re tr i u m p h o s , E t d u c is o r e Déos a e q u ip a r a n te f ru í. A t m ih i S a u ro m a tae p r o Cacsaris o r e v id e n d i, T e r r a q u e p a c is iu o p s, u n d a q u e v iñ e ta g elu . Si la m e n haec a u d is , e t v o x m e a p e r v e n it i s tu c , S it tu a m u la n d o g r a t i a b la n d a loco. Hoc p a te r ille lu u s , p r im o m ih i c u llu s a b aevo, S i q u id h a b e t s e n s u s u m b r a d is e r ta , p e t i t : H oc p e tit e t f r a l c r ; q u a m v is f o rta s s e v e r e l u r , S e rv a n d i n o c e a t n e lib i c u r a m e i : T ota d o m u s p e ti t h o c ; n e c tu p o te s ip se n e g a re , E t n o s in tu rb io p a it e fu is s e tuoe. LIVRE ( I , L E T T R E II. 327 tu applaudissais à ce génie dont je sens que j ’ai abusé; tu ne blâm ais que m es leçons d’am our. Et ma vie, si tu en retranches m es dernières fautes, ne peut faire rougir ta m aison. Puisse donc prospérer le foyer de votre fam ille ! Puissent les dieux et César te protéger, si tu im plores cette divinité bienveillante, mais justem ent irritée contre m oi, pour qu’elle m e délivre de la contrée sauvage des Scythes! La tâche est difficile, je l’avoue; m ais la vertu affronte les obstacles, et, pour un tel bienfait, m a reconnaissance sera plus grande. Et cependant ce n ’est pas Polyphèm e dans la profonde ca verne de l’Etna, ce n’est pas Antiphates qui recevra tes prières, c ’est un père ind ulgen t et bon, disposé à pardonner, et qui sou vent fait gronder son tonnerre sans lancer les feux de sa foudre; qui ne peut prendre une décision sévère sans en souffrir lu i-m êm é; qui se punit, pour ainsi dire, en punissant. Cependant ma faute a vaincu sa clém en ce; j’ai forcé sa colère de s’arm er de son pou voir. Puisque, séparé de la patrie par l ’univers entier, je ne puis m ejetera u x piedsdes dieux eux-m êm es, prêtre chargé de m a r e quête, porte-la aux divinités que tu honores. A m es paroles ajoute I n g e n ii c e r te , q u o n o s m a ie s c n sim u s u so s, A r tib u s e x c e p tis, sæ p e p r o b a t o r e ra s . N ec m e a , s i t a n t u m p e c c a ta u o v iss im a d e m a s , E sse p o te s t d o m u i v ita p u d e n d a tu æ . S ic i g i t u r v e s tr æ v ig e a n t p e n e lr a li a g e n tis , C u ra q u e s i t S u p e r is C æ s a rib u sq u e t u i : M ite, sod i r a t u m m e r ito m ih i n u m e n , a d o ra , •E x im a t u t S c y th ic i m e f e r i t a l e lo ci. Difficile e s t, f a te o r ; sed t e n d i t in a r d u a v irtu s , E t ta lis m e r iti g r a tia m a j o r e r i t . N ec t a m e n Æ ln æ u s v a sto P o ly p h e m u s in a n tr o A c c ip ie t voces A n tip h a te s v e tu a s ; S ed p la c id u s f a c ilis q u e p a r e n s , v e n iæ q u e p a r a t u s , E t q u i fu lm in e o s æ p e s in e ig n e to n a t. Q ui, q u u m t r i s t e a liq u id s t a t u i t , fit t r i s t i s e t ip s e ; C u iq u e f e r e p œ n a m s u m e r e p œ n a su a e s t. V icta t a m e n v itio e s t liu ju s c le m e n lia n o s tr o ; V e n it e t a d v ire s i r a c o a c ta s u a s . Q ui q u o n ia m p a tr i a to to s u m u s o r b e r e m o ti, N ec lic e t a n te ip so s p r o c u b u is s e Deos, Q uos c o lis, a d S u p e ro s h æ e 1er m a n d a ta s a c e rd o s , 328 PONTIQUES. tes propres prières; et cependant, ne tente pas ce moyen si tu y vois du danger. Pardonne : naufragé, je crains toutes les mers. LETTRE TROISIÈME A M A X IM E ARGUMENT L e p o è te f a i t l ’é lo g e d e l 'a m i t i é c o n s ta n t e e t f id è l e q u e M a x im e l u i t é m o ig n e d a n s s o n m a l h e u r . C e n 'e s t p a s l 'i n t é r ê t q u i le g u i d e , c o m m e le c o m m u n d é s h o m m e s , d a n s le c h o ix d e s e s a m i s ; c ’e s t la v e r t u e t la p r o b i t é . O v id e l 'e n g a g e à p e r s é v é r e r d a n s s a f id é l it é , e t à l e s e c o u r i r a u t a n t q u ’i l le p o u r r a . M a x i m e , t o i q u i , p a r l ’é c l a t d e t e s v e r t u s , s o u t i e n s d i g n e m e n t t o n n o m , q u i n e l a i s s e s p a s l a n o b l e s s e é c l i p s e r c h e z t o i le m é r i l e ; t o i q u e j ’h o n o r a i j u s q u ’a u d e r n i e r i n s t a n t d e m a v i e ( c a r m o n é t a t p r é s e n t d i f f è r e - l - i l d e l à m o r t ? ) , t u n ’a s p a s r e p o u È s é to n a m i m a l h e u r e u x : c e lte c o n s ta n c e e s t b ie n r a r e a u siècle o ù A dde sed e t p r o p r ia s in m ea v e rb a p rec e » . S ic ta m e n h æ c t e n ta , s i n o n n o c itu r a p u ta b is . Ig n o sc a s : tim e o n a u f r a g u s o m n e f r e t u m . EPI S T O L A T E R T I A MAX1M0 ARGUM ENTUM Maximi tiilem et eonstantiam in rebus suis miseris et perditis laudat poeta, qui non ulilitate, ut vulgus ignobile, sed honéstale et virtute eos probat, quos semel amandos suscepit; liorlaturque ilium, ut in tide pcrstet, et sibi quantum potest opem feral. Máxime, qui claris nom en v irtu lib u s aiquas, Nec sinis ingenium noliilitate prem i ; Culto m ibi (quid enim sta tu s hie a fu n ere d iffcrt?), S uprem um vitie tem pus ad usque m ete, Rem facis, adlliclum non aversalus am icum , Qua non est acvo ra rio r ulla tuo. LIVRE I I , L E T TR E I I I . 329 nous vivons. J’ai honte à ie dire; m ais soyons sincères : en fait d’am ilié, c’est l’intérêt qui sert de guide au com m un des hom m es. On songe au profit avant de songer à la vertu ; et la fidélité tom be, ou se soutient avec la fortune. Sur des m illiers d’hom m esi à peine en trouveras-tu un seul qui pense que la vertu porte avec elle sa récom pense. L’honneur m êm e d'une belle action, si elle reste sans salaire, ne touche pas ; on regretterait d’être gratui tem ent vertu eu x; on n ’aim e que ce qui est utile. Va, enlève à nos âm es cupides l’espérance du profit ; et, après cela, cherche encore des vertus. Chacun aujourd’hui s’altache à ses revenu s; on com pte sur des doigts inquiets ce qui rapportera le plus. L’am itié, cette di vinité jadis si vénérable, est exposée en vente, et, com m e une prostituée, se livre à qui l’achète. Je t’en admire davantage, toi, qui résistes au torrent, qui ne te laisses pas entraîner par la con tagion du désordre général. On n ’aim e que celui que la fortune favorise. L’orage gronde, et bientôt tout fuit à l’entour. Me voilà, m oi, que jadis entourèrent de nom breux am is, tant qu’un souffle favorable a gonflé m es voiles. Dès qu’un vent o ra T u rp e q u id e m d ic tu , sed , si m o d o v e ra f a te m u r , V u lg u s a m ic itia s u til it a te p r o b a t. C u ra q u id e s p e d ia t p r iu s e st, q u a m q u id s it h o n e s lu m ; E t c u m f o r tu n a s la tq u e c a d itq u e fides. N ec fa c ile in v e n ia s m u ltis in m illib u s u n u m , V ir tu te m p r e t i u m q u i p u t e t e sse su i. Ip se d é c o r, r e c t e f a c ti s i p ræ m ia d e s in t, N on m o v e t, e t g r a t i s p œ n i t e t e sse p r o b u m ; N il, n i s i q u o d p r o d e s t, c a ru m e s t. I, d e tr a h e m e n ti S p e m f r u c t u s a v id æ , n e m o p e te n d u s e r i t . Ax re d itu s jam quisque suos am at, e t sibi quid sit Utile, sollicitis su b p u tat artieulis. U lud a m ic itiæ q u o n d a m v e n e r a b ile n u m e n P r o s ta t, e t in q u æ s tu p r o m e r e tr i c e s e d e t. Q uo m a g is a d m ir o r, n o n , u t t o r r e n ti b u s u n d is , C o m m u n is v itii te q u o q u e la b e tr a h i . D ilig ilu r n e m o , n is i c u i f o r tu n a s e c u n d a e s t : Q uæ s im u l in to n u i t, p ro x im a q u æ q u e fu g at. Ex ego, non p a u c is q u o n d a m m u n it u s a m ic is, D um fla v it v e lis a u ra s c c u n d a m e is. 330 PO N T IQ U E S. geux a soulevé la m er furieuse, on m ’abandonne au m ilieu des eaux avec ma poupe b risée. Et, quand la plupart craignent m êm e de paraître m ’avoir connu , à peine ê tes-v o u s restés deux ou trois pour m e secourir dans m on naufrage. Tu fus le prem ier ; tu étais digne en effet de ne pas suivre, m ais de com m en cer; de n e pas recevoir, m ais de donner l’exem p le. Ne cherchant dans ce que tu fais que le tém oignage d’une conscience p u re, tu aim es la probité, le devoir pour eu x-m êm es, tu p en ses que la vertu n ’attend pas de salaire, et qu’elle doit être rech erch ée pour ellem êm e, quoique seule et sans aucun cortège de b ien s étrangers. C’est une h on te à tes yeu x qu’un am i soit rep ou ssé, parce qu’il est dans l’infortune ; qu’il cesse d’être ton am i, parce qu’il est m alheureux. L'hum anité dem ande qu’on soutienne de la m ain la tête du nageur fatigué, au lieu de le plonger au sein des flots. Vois ce que fit, pour son am i m ort, le p etit-fils d’Éacus : m a vie aussi, crois-m oi, est une sorte de m ort. T hésée accom pagna P irithoüs sur les bords du Styx; et quelle distance m e sépare des ondes du Styx! Le jeune Phocéen n ’abandonna pas Oreste privé de sa raison ; et la folie est pour beaucoup dans m a faute. Ut f e r a n im b o s o t u m u e r u n t æ q u o r a v e n to , lu m e d iis la c e r a p u p p e r e l i n q u o r a q u is . Q u u m q u e a lii n o lin t e tia m m e n o s s e v id e re , Vix d u o p r o je c to t re s v e t u li s t i s o p e m . Q u o ru m t u p r in c e p s , n e c e n im c o rn e s e s se , s e d a u c l o r , N ec p e te r e e x e m p lu m , sed d a re d ig n u s e ra s . T e, n iliil ex a c to , n is i n o n p e c ca sse , f e r e n te m , S p o n te s u a p r o b ila s o ffic iu m q u e j u v a n t . J u d ic c te m e r c e d e c a r e t , p e r s e q u e p e te n d a e s t E x te rn is v i r t u s i n c o m ita ta b o n is. T u r p e p u ta s a b ig i, q u ia s it m is e ra n d u s , a m i c u m , Q u o d q u e s it in fe lix , d e s in e r e e sse tu u m . M itiu s e s t lasso d ig itu m s u b p n n e r e m e n lo , M e rg e re q u a m liq u id is o r a n a ta n t is a q u is . C e rn e , q u id Æ a cid e s p o s t m o rte m p r æ s te t a m ic o : I n s t a r e t lia n e v ita m m o r t is h a b e r e p u ta . P ir ith o u m T h e s e u s S ty g ia s c o m ita v it a d u n d a s : A S ty g iis q u a n tu m s o rs m ea d i s t a t a q u is ! A d fu it in s a n o ju v e n is P h o c æ u s O re stæ : E t m ea n o n m in im u m c u lp a f u ro r is h a b e t. LIVRE I I , LET TR E I I I . 331 Toi aussi, partage avec ces héros la gloire de tant de vertu, et continue à m e donner, dans ma détresse, toute l’assistance qui dépend de toi. Si je te connais bien, si tu es toujours ce que tu étais autrefois, si ton cœ ur n'a pas changé, plus la fortune se montre cruelle, plus tu lui opposes de résistance ; com m e l’honneur l’exige, tu prends garde qu’elle ne triom phe de toi; et l’ardeur de ton ennem i dans le com bat ne fait qu’anim er ton ardeur : ainsi la m êm e cause m e nuit et m e sert en m êm e tem ps. Sans doute, excellent jeune hom m e, tu regardes com m e in digne de toi de te joindre au cortège de la déesse toujours de bout sur une roue. Ta constance est inébranlable; et, si les voiles de m on vaisseau, battu par la tem pête, ne sont pas dans l’état que tu voudrais, telles qu’elles sont, ta m ain les dirige. Ces ruines, tellem ent ébranlées que la chute en paraît inévitable, se soutien nent encore appuyées sur tes épaules. Dans le prem ier m om ent, il est vrai, ta colère était ju ste ; tu n ’étais pas m oins irrité que celui dont je n’avais que trop m érité le courroux. Le ressentim ent qui était entré dans le cœ ur du grand César, tu juras aussitôt que tu le partageais avec lui ; m ais, Tu q u o q u e m a g n o ru m la u d e s a d m itte v i r o r u m ; U tq u e fac is, la p so , q u a m p o te s , a ffe r o p em . Si b e n e t e n o v i ; s i, q u o d p r iu s e s se so le b a s , N u n c q u o q u e e s, a tq u e a n im i n o n c e c itle re tu i, Quo i o r t u n a m a g is s æ v it, m ag is ip se r e s is tis , U tq u e d e c e t, n e te v ic e r it ilia , c a v e s ; E t b e n e u t i p u g n e s , b e n e p u g n a n s efficit h o s tis . S ic e a d e m p r o d e s t c a u sa , n o c e tq u e m ih i. S cilicet i n d ig n u m , ju v e n is r a r is s im e , d u c is T e iie r i c o m ite m s ta n tis in o rb e Deæ. F irm u s e s ; e t, q u o n ia m n o n s u n t ea q u a lia v e lle s, Vela r e g is q u a s s æ q u a lia c u m q u e r a t i s . Q u æ q u e i ta c o n c u ss a e s t, u t ja m c a s u r a p u t e l u r , R e s tâ t a d liu c h u m e r is f u lta r u in a lu is . I ra quidem prim o fu erat tua ju sta, nec ipso Lenior, offensus qui m ihi ju re fu it : Q u iq u e dolor p e c tu s te tig is s e t C æ saris a lli, l llu m j u r a b a s p r o tin u s e sse tu u m : 'r ô i PO N T IQ U E S. dés que tu appris l ’origine de m on m alheur, tu gém is su r m on égarem ent. Alors ta lettre vint m 'apporter une prem ière consolation, et m e donner l ’espoir qu’on pourrait fléchir le dieu que j ’ai offensé ; alors tu te sentis ém ouvoir par la constance de celte longue am itié, qui com m ença dans m on cœ ur avant ta naissance ; lu te rappelas que, si tu es devenu pour d’autres un am i, tu naquis le m ien ; qu e, dans ton berceau, je te donnai les prem iers baisers ; qu'après avoir honoré ta fam ille dès ma plus tendre jeu n esse, il m e faut, après tant d’ann ées, être un fardeau pour toi. Ton père, le m odèle des orateurs rom ains, et dont l ’é loquence égalait la nob lesse, m ’encouragea le prem ier à confier m es vers à la renom m ée ; il fut le guide de m on gén ie. Ton frère aussi ne pourrait dire à quelle époque com m ença m on am itié pour lui. Mais c ’est, avant tout, sur toi que se réunirent m es af fections, e t, dans m es diverses fortunes, tu fus toujours le prem ier objet de ma tendresse. Les cêtes de l ’Italie m e virent avec toi dans ces derniers m o m ents où j ’arrosais le rivage de m es larm es. Quand lu m e d em a n - U t ta m e n a u d it a e s t no stra s tib i c la d is o rig o , D iceris e r r a L is i n g e m u is s e ra e is. ~ T u rn tu a m e p r im u m s o la r i l i t t e r a coepit, E t Icesum fle c ti sp e m d a re p o sse D eu m . M ovit a m icitice tu rn te c o n s la n lia lo n g ie , A n te tu o s o r tu s quoe m ih i cccpta f u it. E t q u o d e r a s a liis f a c tu s , m ih i n a tu s a m ic u s ; Q u o d q u e tib i in c u n is o s c u ia p r im a d e d i; Q uod, q u u m v e s tr a d o m u s t c n e r is m ih i s e m p e r a h a n n is C u lta s it , e sse v e tu s n u n c tib i c o g o r o n u s . Me t u u s ille p a te r , L atiie fa c u n d ia lin g u ie , Quae n o n in f e r io r n o b ilita tc f u it, P r im u s , u t a u d e re m c o m m ilte r e c a rm in a fam re, I m p u l i t : i n g e n ii d u x f u it ille m e i. • Nee, q u o s it p r im u m n o b is a t u n p o r e c u ltu s , C o n te n d o f r a t r e m p o s s e r e f e r r e tu u m . T e la m e n a n te o m n e s ita s u m c o m p le x u s , u t u n u s . Q u o lib e t i n c a su g r a tia n o s tr a fores. U l t im a m e te c u m v id it, m ce stisq u e c a d e n te s E x c e p it la c ry m a s Ita lis o r a g e n is . LIVRE II, L ET TR E III . 533 das s’ils étaient vrais, ces bruits odieux qui l’avaient instruit de ma faute, je restais em barrassé sans avouer et sans nier, et ma pâleur révélait assez m on trouble et m a crainte. Comme la neige qui se fond au souffle hum ide de l ’Auster, des larm es inondaient mon visage interdit et trem blant. Ces souvenirs te son t encore p résents; tu penses que ma faute peut être excu sée, com m e on excuse un e prem ière erreur; et c’est pour cela que lu ne détournes pas tes regards d'un ancien am i dans le m alheur, et que tu répands sur m es blessures un baum e salutaire. Pour tant de bienfaits, s’il m ’était perm is de donner un libre cours à m es vœ ux, je dem anderais aux dieux de te com bler de m ille faveurs ; m ais, s’il faut m e borner à l’objet de tes désirs, je leur dem anderai qu’ils conservent à ton am our et César et sa m ère. C’est là, je m ’en souviens, la prière que tu leur adressais d’abord, quand tu offrais de l’encens sur leurs autels. Q uum tib i q u æ r e n ti, n u m v e ru s n u n c iu s essel, A d tu le r a t c u lp æ q u e m m a la f a m a m e æ ; I n te r c o n fe s s u m d u b ie , d u b ie q u e n e g a n te m H æ re b a m , p a v id a s d a n te tim o ré n o ta s : E x e m p lo q u e n iv is , q u a m so lv it a q u a tie u s A u s te r, G u lla p e r a d to n ita s ib a t o b o r ta g ê n a s. IIæc ig it u r r e f e r e n s , e t q u o d m ea c rim in a p r im i E r ro r is v e n ia p o s s e la te r e v id e s ; R espiois a n tiq u u m la p s is i n r e b u s a m ic u m , F o m e n lis q u e ju v a s v u ln e r a n o s tr a t u is . P r o q u ib u s o p ta n d i si n o b is c o p ia liâ t, T a m b e n e p r o m e r ito c o m m o d a m ille p r e c e r . S e d si so la m ih i d e n lu r t u a v o ta , p re c a b o r, U t tib i s it , s a lv o C æ sare , sa lv a p a re n s . H æ o e go, q u u m fa c e re s a lla r ia p in g u ia t a r e , T e s o litu m m e m in i p r im a r o g a r e Deos. 19. PON TIQUE S. LETTRE QUATRIÈME A ATTI CUS ARGUMENT Il r a p p e lle , à A ttic u s l ’a n c ie n n e a m i l i é q u i le s u n i s s a i t , e t q u i f u t t o u j o m s s i d o u c e p o u r t o u s d e u x . P le in d e c e s s o u v e n ir s , i l e s t p e r s u a d é q u e , m a l g r é s o n é lo i g n e m e n t , s o n a m i l u i e s t r e s t é f id è le ; i l l'e n g a g e à p e rsé v é re r. R eçois ces m ois qu'Ovide L’envoie des bords glacés de l ’Ister, A tticus, toi dont la fidélité ne peut m ’être su sp ecte. Te sou vien stu encore de ton ami m alheureux? ou ton cœ u r a -t-il cessé de s'occuper de moi? Non, les dieux ne m e sont pas cru els à ce poin t; je ne saurais le croire, il est im possible que tu m 'aies ou blié : ton im age est toujours devant m es yeu x; je crois voir tes traits toujours présents à ma pen sée. Je m e rappelle nos fré quents entretiens sur des objets sérieu x, et ces douces causeries qui nous prenaient une bonne partie de notre tem ps. Souvent, en EPISTOLA QUARTA A T T IC O ARGUM ENTUM Attico vetercm amicilinm, ejusque fru c tu s u ltro citro q u e ju cu n d io res comm emoraf. Quibus ire tu s dicil sibi persuasum esse, ilium quam vis absenlem , adhuc in fide p e rm anerc ; quod u t facial, h o rta lu r. Accipe c o llo q u iu m g é lid o N a so n is a b I s tr o , A ttic e , ju d ic io n o n d u b ita u d e m eo . E c q u id a d h u c r e m a n e s m e m o r in fe lic is a m ic i? D e se rit a n p a r t e s lá n g u id a c u r a s u a s ? Non ita Di tri> te s m ih i s u n t, u t c r e d e r e p o s s im , F a s q u e p u te m j a m te n o n m e m in is s e m e i. A n te m eo s o c u lo s tu a s ta t, tu a s e m p e r im a g o e s l; E t v id e o r v u ltu s m e n le v id e r e lu o s. S e ria m u lta m ih i te c u m c o lla ta r e c o r d o r ; Nec d a ta ju c u n d i s té m p o r a p a u c a jo cis. . LIVRE I I , LETTRE IV. 535 conversant, nous avons abrégé les heures; souvent nos discours se prolongèrent au delà du jour. Souvent tu écoutas des vers que je venais d’achever, et m a m use nouvelle se soum ettait à ton jugem ent. Tes éloges étaient pour m oi les applaudissem ents du peuple; c ’était le prix le plus doux de m on travail récent. Pour que m on ouvrage fût poli par la lim e d’un.am i, j ’ai effacé bien des choses, en suivant tes avis. Souvent le forum , les portiques, les rues nous virent ensem ble.; souvent le théâtre nous réunit l’un près de l’autre. Enfin, m on am i, notre attachem ent ne le céda jam ais à celui d’A chille et du petit-fils d’Actor. Non, quand tu boirais des eaux du fleuve d’oubli, je ne croi&ais pas que ces souvenirs pussent s’effacer de ton cœ ur. La saison des frim as ram ènera les longs jours; les nuits d’hiver seront plus courtes que les nuits d'été; Babylone n ’aura plus de cha leurs, le Pont n ’aura plus de froids ; le souci l’em portera sur la rose parfum ée de Pestum , avant que m on souvenir s’efface de ta m ém oire : non, ma destinée n ’est pas m alheureuse à ce point. Prends garde cependant qu’on ne puisse dire que ma confiance Sæ pe c itæ lo n g is visæ s e rm o n ib u s h o ræ ; Sæ pe fu it b r e v io r , q u à m m ea v e rb a , d ie s . Sæ pe tu a s fa c tu m v e n it m odo c a rm e n ad a u re s , E t nova judicio subdita Musa tu o est. * Quod tu laudaras, populo placuisse pulabam : Hoc p r e t i u m c u ræ d u lc e r e c e n tis e ra t. U tq u e m e u s lim a r a s u s l ib e r e s se t a m ic i, N on s e m e l a d m o n itu fac ta l it u r a tu o e s t. Nos fo ra v id e r u n t p a r i t c r , n o s p o r tic u s o m n is , Nos v ia , nos ju n c tis c u rv a t h e a tr a lo c is . D c n iq u e t a n t u s a m o r n o b is , c a ris s im e , s e m p e r , Q u a n tu s in Æ a cid is A c to rid isq u e f u it. N on ego, securæ biberes si ponula Lellies, E x c id e re h æ c c re d a m p e c to r e p o sse tu o . L o n g a d ie s c itiu s b r u m a l i s id e r e , n o x q u e T a r d io r h i b e r n a s o ls titia lis e r i t ; N ec B abylon æ s tu m , n e c f rig o ra P o n tu s lia b e b it, C a lth a q u e P æ s ta n a s v in c e t o d o re ro sa s ; Quam tibi nostraru m v eniant oblivia re ru m , N on i ta p a r s f a ti c a n d id a n u lla m ei. Ne t a m e n h æ c d ici p o s s it fid u c ia m en d a x , 336 PONTIQUES. in’a trom pé; que j’ai été abusé par une sotte crédulité. Protège, avec une fidélité constante, ton ancien am i ; p rolége-le autant que tu le peux, sans qu’il le soit à charge. LE.TTRE CINQUIÈME A SALANUS ARGUMENT 11 fait l’éloge de la bonté e t de la bienveillance de Salanus. 11 le rem ercie d ’avoir accordé sa faveur aux vers d ’un poète exilé, il recom m ande à sa p rotection le poèm e où il a célébré le triom phe de l’Ulyrie. O v i d e envoie à Salanus ces m ots m esurés en distiques inégaux, et les vœ ux qui les précèdent ; p u issen t-ils s’accom plir ! pu issent m es espérances se réaliser! Je souhaite, am i, qu’en m e lisant tu sois dans un état prospère. Ta bonté, cette vertu presque éteinte de nos jours, m érite bien de ma part de sem blables vœ ux. S tu lta q u e c r e d u lita s n o s tr a fu is s e , c a v e ; C o n s ta n tiq u e fide v e te r e m tu ta r e so d a le m , Qua J ic e t, e t q u a n tu m n o n o n e ro s u s e ro . EPÎSTOLA QUINTA SALANO ARGUM ENTUM Salanum a candore et benevolentia lau d a t.; quodque. exsulis poetae carm ina p ro b arit exnnius orator, g ratias agit. Carmen, quo llly n c u m triu m p h u in c eleb rare sil nisus, ejus tutelae com m endat. Con b it a d is p a r ib u s n u m e r i s e g o N aso S a lan o P r o p o s it a m is i v e rb a s a lu te m eo . Quaj r a la s il c u p io , r e b u s q u e u t c o m p ro b e t o rn en , T e p r e c o r a salvo p o s s it, a m ic e , le g i. C a n d o r, in h o c ¡evo r e s in te r m o r tu a paene, E x ig it, u t faciam lu íiu v o la, tu u s . LIVRE I I , L ET TR E V. 337 Quoique je fusse peu connu de toi, on dit que tu t ’es affligé de m on exil ; et, quand tu lus ces vers que j ’envoyai des bords reculés du Pont, qu els qu’ils lu ssen t, ta faveur leur servit d’appui ; tu souhaitas que César, toujours protégé par les dieux, s ’apaisât bientôt en m a faveur ; César lui-m êm e, s’il le savait, perm ettrait de sem blables souhaits. C’est la bonté de ton cœ ur qui t ’inspira des vœ u x si bienveillants, et ce n ’est pas ce qui m e les rend m oins précieux. Ce qui doit te toucher le plus dans m on m alheur, éloquent Salanus, c ’est sans doute la nature des lieux où je souffre : dans le m ond e en tier, crois-m oi, tu trouverais à peine un e contrée qui jouît m oins de la paix qu’Auguste nous a donnée. Et pourtant, ces vers que je fais ici, au m ilieu des fureurs de la guerre, tu les lis, et, quand tu les as lu s, tu les approuves, tu leur donnes des éloges, tu applaudis à m on gén ie, à tout ce qui coule d’une veine si stérile, et d’un ruisseau tu fais un grand fleuve. Oui, ces suffrages sont chers à m on cœ ur ; et, tu le sais, le cœ ur du m al heureux p eu t à p eine s’ouvrir à la joie. Quand m a m use s’exerce sur des choses légères, m on génie suffit à un travail sim ple et facile. Mais naguère, quand la r e R a m f u e r im q u a m v is m o d ic o t i b i c o g n ilu s u s u , D iceris c x s iliis in g e m u is s e m eis; M issaque a b e x tr e m o le g e r e s q u u m c a rm in a P o n to , a t u u s j u v it q u a lia c u in q u e f a v o r ; 111 O p ta s tiq u e b r e v e m salvi m ih i C æ saris ira m ; Q uod t a m e n o p t a r i , s i s c iâ t, ip s e s in a t. M o rib u s i s ta tu is ta m m itia v o ta d e d is ti, Nec m in u s id c ir c o s u n t ea g r a t a m ik i. Q uoque m agis m oveare m alis, doctissim e, nostris, C r e d ib ile e s t fie ri c o n d itio n e lo c i. Y ix b a c i n v e n ia s to lu m , m ilii c re d e , p e r o r b e m Q uæ m in u s A u g u sta p a c e f r u a t u r , h u m u m . T u t a m e n h ic s tr u c to s i n t e r f e r a p r œ lia v e rs u s E t le g is , e t le c to s o r e fa v e n te p ro b a s ; I n g e n io q u e m eo , v e n a q u o d p a u p e r e m a n a t, P la u d is , e t e riv o ilu m in a m a g n a fac is. G r a ta q u id e m s u n t h æ c a n im o s u ffra g ia n o s tr o , Vix s ib i q u u m m is e ro s p o s s e p la c e r e p u te s . D um ta m e n in r e b u s t e n t a m u s c a rm in a p a rv is , M ateriæ gracili suflicit ingenium . 338 PO NTIQUES. nom m ée d’un glorieux triom phe parvint jusqu’en ces lieux, j osai entreprendre une tâche si relevée : la grandeur et l’éclat du sujet accablèrent m on audace; je succom bai sous le poids de m on entreprise. Dans m on poèm e, tu n ’auras à louer que ma bonne volonté ; du reste, il languit, écrasé par le sujet. Si, par hasard, m on livre est parvenu jusqu’à toi, je te le recom m ande ; prends-le sous ta protection ; tu le ferais, quand je ne le de m anderais pas ; que, du m oins, la prière d’un am i ajoute à ta bonne volonté. Je ne m érite pas d’é lo g es; m ais il y a tant de bonté dans ton cœ ur plus candide et plu s pur que le lait, que la neige nouvelle ! Tu adm ires les autres, to i, si digne d’être adm iré, toi, dont personne n ’ignore les talents et l ’éloquence. Le prince des jeunes Rom ains, César, à qui la Germanie a donné son nom , t’associe à ses études ; le plus ancien de ses com pagnons, uni à lui dès l ’enfance, tu lui plais par ton gén ie, qui sym pathise avec son caractère. Tu p arles, et aussitôt il se sent anim é ; tu es là pour exciter son éloquence par la tien ne. N u p e r u t h u e m a g n i p e r v e n i tf a m a tri u m p h i , A usus s u m ta n t æ s u m e r e m o lis o p u s : O b r u it a u d e n te m r e r u m g r a v ita s q u e n ito r q u e , N ec p o tu i c œ p ti p o n d é ra f e r r e m e i. Illic, q u a m la u d e s , e r i t o flic io sa v o l u n ta s ; C e te ra m a te r ia d e b ilila ta ja c e n t . Quod si fo rte lib e r v e s tr a s p e r v e n it ad a u re s , T u te la m m a n d o s e n ti a t illc tu a m . Hoc tib i f a c tu ro , ve l si n o n ip s e r o g a r e m , A ccédât c u m u lu s g r a tia n o s tr a lev is. N on ego la u d a n d u s , se d s u n t tu a p e c to r a la c té , E t n o n c a lc a ta c a n d id io ra n iv e ! M ira ris q u e a lio s , q u u m sis m ir a b ilis ip se , Te Nec la t e a n t a rte s , e lo q u iu m q u e tu u m . ju v e n u m p r in c e p s , c u i d a t G e rm a n ia n o m e n , P a r tic ip e m s lu d ii C æ sa r h a b e r e s o le t ; T u cornes a n tiq u u s , tu p r im is j u n c t u s a b a n n is , ln g e n io m o re s æ q u i p a r a n t e , p la c e s ; T e d ic e n te p r iu s , lit p r o tin u s im p e tu s i l l i ; T e q u e h a b e t, e lic ia s q u i s u a v e rb a t u is . L I V R E I I , LET TRE V. 539 Quand tu as cessé de parler, que toute bouche m ortelle s’est tue devant lui, et que le silen ce a régné un instan t, il se lève alors, ce prince si digne de porter le nom d’iu le, sem blable à l ’étoile du m atin sortant des ondes de l’Orient. Pendant qu’il est debout et dans le silen ce, son attitude, son air est celui de l’orateur, et la disposition de son vêtem ent annonce un e voix éloquente. En fin, quand le m om ent est arrivé, quand cette bouche divine a rom pu le silen ce, vous jureriez que son langage est celui des dieux : c ’est là, d iriez-vou s, une éloquence digne d ’un prince, tant il y a de nob lesse dans sa parole ! Et toi, son favori, toi, dont le front touche les astres, tu veux cependant avoirles ouvrages d ’un poète proscrit. Sans doute il s’établit une sorte de sym pathie entre les esprits un is p a r les m êm es étu d es; c ’est une alliance à laquelle chacun reste fidèle. Le paysan s’attache au laboureur, le soldat à l ’hom m e de gu erre, le nautonnier au pilote qui di rige un e barque in certaine. Ainsi le culte des Muses te plaît, à toi qui les cu ltives, et m on gén ie trouve en toi un génie qui le protège. Nos genres ne sont pas les m êm es, m ais ils sortent des m êm es sources, et c ’est un art libéral que nous cultivons l’un et l ’autre, Q uum tu d e s îs ti, m o r ta lia q u e o ra q u i e r u n t, C la u s a q u e n o n lo n g a c o n tic u e r e m o ra , S u r g it I u le o ju v e n i s c o g n o m in e d ig n u s , Q ualis ab E ois L u c ife r o r tu s a q u is . D u m q u e s ile n s a d s ta t, s ta tu s e s t v u l tu s q u e d is e r ti, S p e m q u e d e c e n s docta». vocis a m ic tu s h a b e t. Mox, u b i p u is a m o ra e s t, a tq u e os c œ le s te s o lu tu m , Hoc S u p e r o s j u r e s m o re s o le r e lo q u i : A tq u e , liæ c e s t, d ic a s , t'a c u n d ia p r in c ip e d ig n a ; E lo q u io ta n t u m n o b i li ta t is in e s t ! I In ie t u q u u m p la c e a s , e t v e rtic e s id e r a t a n g a s , S c r ip ta t a m e n p ro fu g i v a tis h a b e n d a p u ta s . S c ilic e t in g e n iis a liq u a e s t c o n c o rd ia j u n c l i s , E t s e r v a t s tu d ii fœ d e r a q u is q u e s u i. R u s tic u s a g ric o la m , m ile s fe ra b e lla g e r e n te m , R e c to re m d u b iæ n a v ita p u p p is a m a t. T u q u o q u e P ie r i d u m s tu d io , s lu d io s e , te n e r is , Ing enioque faves, ingeniosé, m eo . Distat opus nostru m ; sed fontibus exit ab isdem , A r tis e t in g e n u æ c u lt o r u t e r q u e s u m u s . 340 POETIQUES. Tu portes le thyrse et m oi le lau rier; m ais l’enthousiasm e nous est nécessaire à tous deux. Si ton éloquence donne plu s de nerf à m es vers, c ’est de m oi que tes paroles em pruntent leur éclat. Tu penses donc avec raison que la poésie n ’est pas étrangère à le s études, et que, sous les m êm es drapeaux, nous devons rester fidèles au m êm e culte. Aussi je souhaite que, jusqu’à la fin de ta vie, lu conserves cet am i auquel tu appartiens, et qu’un jour, m aître du m onde, il tien ne lu i-m êm e les rênes de l’em pire : c’est le vœ u que tout le peuple form e avec m oi. LETTRE A SIXIÈME G R É C IN U S ARGUMENT Le poète engage G récinus à éparg ner à son am i des reproches trop tardifs, e t à lui donner p lu tô t les secours dont il a besoin. qui jadis, près de Grécinus, lui offrait ses vœux de vive voix, les lui offre maintenant dans ses vers, des tristes bords de O v id e , T h y r s u s e n im vo b is, g e s ta la e s t la u r e a n o b i s ; Sed tam e n a m b o b u s d e b e t in e s s e c a lo r . U tq u e m e is n u m e r is tu a d a l fa c u n d ia n e rv o s , Sic v e n it a n o b is in t u a v e rb a n ito r . J u r e i g it u r s tu d io co n fm ia c a r m in a v e s tro , Et c o m m ilitii s a c ra lu e n d a p u ta s . l'r o q u ib u s u t m a n e a t, d e q u o c e n s e r is , a m ic u s, Comprecor ad vitæ ternpora sum m a tuæ ; S u c c e d a tq u e s u is o r b is m o d e r a to r h a b e n is : Quod m e c u m p o p u li v o la p r c c a n t u r id em . E| P I S T 0 L A S E X T A GRÆCINO ARGUMENTUM Ad Græcinum scribens poeta, eum monet u t a sera peccatorum reprehensione teraperet sibi amicus, et potius auxilium præstare nitalur sodali. Carminé C.ræeinum , qui præ sens voce solebat, T rislis ab Euxinis Naso salutat aquis. LIVRE I I , L E T T R E VI. 341 l’Euxin. C’est là le langage d ’un exilé, c ’est à ma plum e cpie je dois la parole; et, s’il ne m ’était perm is d’écrire, je resterais sans voix. Tu as raison de blâm er les fautes de ton am i insensé, et de m ’avertir que j’ai m érité p lu s encore que je ne souffre. Tes reproches sont fondés, m ais ils viennent trop tard. Sois m oins sévère pour un coupable qui avoue ses loris. Quand je pouvais encore diriger m es voiles pour échapper aux m onts C érauniens, c ’est alors qu’il fallait m ’avertir d'éviler de fun estes écu eils. M aintenant, à quoi m e sert d’apprendre, après le naufrage, quelle route m a barque devait tenir? Tends plutôt un e m ain secourable au nageur fatigué, et que ton bras ne dédaigne pas de soutenir sa tête. C’est ce que tu fais; fais-le toujours, je t’en prie ; et que ta m ère et tou ép ou se, tes frères et toute ta fam ille soient protégés des d ieux ! P uissent, et c ’est le vœ u de ton cœ u r, c ’est celu i que tes lèvres exprim ent san s cesse, puissent toutes tes actions êlre agréables aux Césars ! Quelle honte pour toi de ne soulager par aucun secours le m alheur d ’un ancien am i ! quelle honte de r ec u ler , de ne pas te tenir d’un pied ferm e! quelle honte d ’abandonner u n vaisseau dans la détresse! qu elle honte de E x s u lis hcec vox e s t : p r æ b e t m ih i l i t t e r a lin g u a m ; E t, s i n o n lic e a t s c r i b e r e , m u tu s e r o . C o rrip is , u t d e b e s, s t u l t i p e c c a ta so d a lis , E t m a la m e m e r i ti s t e r r e m in o r a d o c e s. V era fac is, s e d s e r a , m c æ c o n v ic ia c u lp æ : A sp e ra c o n fe sso v e rb a r e m i t t e re o . Q u u m p o le r a m r e c to tr a n s ir e C e r a u n ia v e lo , U t f e r a v i ta r e m sa x a, m o n e n d u s e ra m . N u n e m ih i n a u fra g io q u id p r o d e s t d is c e r e fac to , Q uam m ea d e b u e r i t c u r r e r e c y m b a v ia m ? B ra c h ia d a lasso p o tiu s p r c n d e n d a n a t a n l i ; N ec p ig e a t m e n to s u b p o s u is s e m a n u m . I d q u e fa c is , f a c ia s q u e p r e c o r : s ic m a t e r e t u x o r , S ic t ib i s i n t f r a t r e s , to ta q u e sa lv a d o m u s I Q u o d q u e s o le s a n im o , q u o d s e m p e r voce p r e c a r i, O m n ia C æ ^a rib u s s ic t u a fa c ta p r o b e s ! T u r p e e r i t in m is e r is v e te r i tib i r e b u s a m ico A u x iliu m n u lla p a r t e tu lis s e tu u m . T u r p e r e f e r r e p e d e m , n e c p a s su s t a r e te n a c i : T u r p e l a b o r a n le m d e s c r u is s e r a tc m . 342 PO NT IQ UE S: suivre les chances du sort, de céder à la fortune et de désavouer un am i, quand il n ’est plus heureux! Telle ne fut pas la conduite du fils d'Agam em non et du-fils de Strophius. Telle ne fut pas l’am itié dePirithoüs et du fils d'Égée; adm irés des siècles p assés, ils le seront encore des siècles à v e nir, et les théâtres retentissen t d’applaudissem ents à leur hon neur. Toi aussi, pour être resté fidèle à ton am i dans l ’adversité, tu m érites d’être com pté parm i ces grands hom m es ; tu le m é rites, et puisque ta pieuse am itié estd ign e d’être célébrée, ma re connaissance ne taira pas tes bienfaits. Crois-m oi, si m es vers ne sont pas destinés à l’oubli, ton nom sera souvent répété dans la postérité. Seulem ent, G récinus, ne cesse pas d’être fidèle à ton ami dans sa disgrâce, et que le tem ps ne ralentisse jam ais l’ar deur de ton affection. Je sais que tu fais tout pour m oi ; m ais quoique secondé par le vent, je m e sers encore de la ram e : il est bon de presser de l ’aiguillon le cheval lancé à la course. T u rp e s e q u i c a su m , e t f o rlu n æ c e d e re , a m ic u m E t, n is i s it felix, esse n e g a re s u u m . N on ita v ix e r u n t S tro p liio a tq u e A g a m e m n o n e n a ti : Non h æ c Æ gidæ P irith o iq u e fides. Quos p r io r e s t m ir a ta , s e q u e n s m ir a b it u r æ sta s ; In q u o r u m p la u s u s to ta t h e a t r a s o n a n t. T u q u o q u e , p e r d u r u m s e rv a to te m p u s a m ic o , D ignus es in t a n tis n o m e n h a b e r e v ir is ; D ig n u s es ; e t q u o n ia m la u d e in p ie ta te m e r e ris , N on e r i t officii g r a tia s u r d a t u i. C re d e m ih i, n o s tr u m si n o n m o rta le f u tu r u m C a rm e n , in o r e f r e q u e n s p o s te r ita tis e ris . F a c m o d o p e rm a n e a s lap s o , G ræ c in e , f id e lis ; D u re t e t in lo n g a s im p e tu s i s te m o ra s . Q uæ t u q u u m p r æ s te s , re m o ta m e n u t o r in a u r a : N il n o c c t a d m is s o s u b d e re c a lc a r e q u o . LIVRE I I , L E T T R E VII. LETTRE 343 SEPTIÈME A ATTICÜS ARGUMENT S 'i l d o u t e q u e l q u e f o i s d e l a f id é lité d e s e s a m i s , c ’e s t, d i t - i l , p a r c e q u ’il e s t a c c a b l é s a n s r e l â c h e d e s c o u p s d e la f o r t u n e . I l a jo u t e q u ’i l a tr o u v é d e s c o n s o la t io n s d a n s la c o n s ta n c e d ’A ttic u s . C ’ e s t d’abord pour t’offrir m es vœ u x, A tticus, que je t’envoie cette lettre, du m ilieu d es G ètes, toujours privés de la paix. En su ite j ’aurai le plus grand plaisir à apprendre ce que tu fais, et si, quels que soient les soin s qui t’occupent, tu as encore q u el que sou ci de m oi. Je n'en doute pas ; m ais la peur m êm e du m al m ’in sp ire, m algré m oi, d’inu tiles inquiétudes. Pardonne, je te prie ; excu se un e crainte excessive : le naufragé redoute l ’onde la plu s paisible. Une fois piqué par l’ham eçon perfide, le poisson croit toujours voir le crochet d’airain sous l ’alim ent qu’il ren - • EPISTOLA SEPTIMA A T TIC O ARGUM ENTUM Ut de amicorum fide nonnunquam subdubitet, inde fieri narrat poeta, quod continuis vulneretur fortunas ictibus. Attici constantiam solalia sibi dare adjicit. E sse s a lu te m v u l t te m ea l it te r a p r im u m A m a le p a c a tis , A ttic e , m is s a G etis. Próxim a su b seq u itu r, quid agas, audire voluptas : E t s i, q u i c q u id a g a s , s it t ib i c u r a m e i. N ec d u b ito q u i n s i t ; se d m e tim o r ip s e m a lo ru m Saspe s u p e rv a c u o s c o g it h a b e r e m e tu s . Da v eniam , quasso, nim ioque ignosce tim ori : T r a n q u illa s e ti a m n a u f r a g u s h o r r e t a q u a s. Q ui s e m e l e s t lassus f a l l a d p isé is a b h a m o , O m n ib u s u n c a c ib is sera s u b e s s e p u t a t . 344 PONTIQUES. contre. Souvent la brebis se sauve à l ’aspect du chien, qu’elle prend pour un loup ; et, dans son erreu r, elle fuit le soutien de sa faiblesse. Un m em bre blessé redoute l’attein te la plus légère; une om bre vaine fait trem bler l ’hom m e in q u iet. A insi, percé des traits cruels de la fortune, m on cœ ur ne conçoit que de tristes pensées. M aintenant, je n’en doute plus, m es destins, suivant leur cours, ne sortiront pas de leurs voies accoutum ées. Je crois que les dieux s’étudient à m e traverser en tout, et qu’il m ’est im pos sible de m ettre en défaut la fortune ; elle s'applique à m e perdre : si volage d ’ordinaire, elle m e nuit avec un e constance inébran lable. C rois-m oi, tu sais com bien je suis sincère, et tels sont m es m alheurs, q u ’il m e serait im possible de les exagérer : il serait m oins long de com pter les épis des m oisson s de Cinyphie, et les fleurs dont le thym couvre les hauteurs de l’Hybla ; il te se rait plus facile de dire com bien d’oiseaux s'élèvent dans les airs sur leurs ailes rapides, et com bien de poissons nagent dans l ’o céan, que de calculer toutes les .souffrances que j’ai endurées sur la terre et sur les m ers. 11 n ’est pas dans l’univers un peuple 0 S æ pe c a n e in lo n g e v is u m f u g it a g n a , lu p u m q u e C ré d it, e t ip sa s u a m n e sc ia v ita t o p e m . M em bra r e f o r m id a n t m o lle m q u o q u e s a u c ia ta c tu m , V a n a q u e s o llic itis iu c u t i t u m b r a m e tu m . Sic e g o f o rlu n æ te lis co n fix u s i n iq u is , P e c to r e c o n c ip io n il n is i t r i s te m e o . J am m ilii fa ta liq u e t c œ p to s s e rv a n tia c u rs u s P e r s ib i c o n s u e ta s s e m p e r i lu r a v ias. O b s e rv a re Deos, n e q u id m ih i c e d a t a m ic e ; V e r b a q u e f o rtu n æ vix p u to p o s s e d a ri. E s t ilii c u ræ m e p e r d e r e , q u æ q u e s o le b a t E sse lev is, c o n s ta n s e t b e n e c e rta n o c e t. C redo m ih i, si s u m v e ri tib i c o g u itu s o ris , N ec lïa u s in n o s lr is c a s ib u s esse p o le s t ; C in y p h iæ s e g e tis c itiu s n u m e r a b is a r i s ta s , A llaq u e q u a m m u llis llo re a t H ybla th y m is, E t q u o i a v e s m o tis n i l a n t u r in a e r a p e n n is , Q u o iq u e n a te n t p isc e s æ q u o r e , c e r tu s e ris , Q uam tib i n o s lr o r u m s t a l u a t u r s u m m a la b o ru m , Q uos ego s u m t e r r a , q u o s eg o p a s su s a q u a . LIVRE I I , L ET TR E VII. 345 plus féroce que les G èles, et pourtant les Gètes ont gém i sur nies m alheurs. Si ma m ém oire cherchait à te les retracer dans m es vers, le récit de m es infortunes form erait un e longue Iliade. Si donc j’ai des crain tes, ce n ’est pas que je te redoute, toi qui m ’as donné m ille preuves de ton am itié; m ais c’est que le m al heur rend tim id e; c ’est qu e, depuis longtem ps, m a porte ne s’est pas ouverte à la joie. Je m e su is fait une habitude de souffrir. De m êm e que l’eau creuse le rocher, qu’elle frappe sans cesse dans sa ch u te, de m êm e la fortune m e déchire sans relâche de ses coups ; elle ne trouve plu s de place pour de nouvelles blessu res. Le soc de la charrue est m oins u sé par un frottem ent continu ; la voie A ppienne est m oins broyée sous la roue rapide, que m on cœ u r n ’est abattu par une longu e suite de douleurs; et je n ’ai rien trouvé qui put m e soulager. P lusieurs on t cherché la gloire ,dan s la culture des arts; m oi, m alheureux, j ’ai trouvé ma perte dans m on propre talen t. Jusqu’alors m a vie a été pure, elle s’est écoulée sans tâche, et cela ne m ’a été d’aucun secours N ulla G e tis to to g e n s e s t t r u c u l e n l i o r o r b e ; Sed ta m e n h i u o s tr i s i n g e m u e r e m a lis . Quæ tib i si m e m o r i c o n e r p e r s c r ib e r e v e rs u , I lia s e s t fa tis lo n g a f u tu r a m e is. N on i g i t u r v e r e o r , q u o d te r e a r e sse v e r e n d u m , C u ju s a m o r n o b is p ig n o ra m ille d é d it ; S e d q u ia r e s t im id a e s t o m n is m is e r , e t q u ia lo n g o T e m p o re læ titiæ j a n u a c la u s a m ea e s t. J a m d o lo r i n m o r e m v e n it m e u s : u t q u e c a d u c is P e r c u s s u c re b r o s a x a c a v a n t u r a q u is , £ic ego continu o fortunæ v u ln ero r iclu ; Nec V ix q u e h a b e t in n o b is ja m n o v a p la g a lo c u m . m a g is a d s id u o v o ir.e r t e n u a t u r al) u s u Nec m a g is e s t c u i vis A p p ia t r i t a r ô tis , P e cto ra q u a m m ea su rit s e rie cæ cata la b o ru m : E t n ih il i n v e n i, q u o d m in i f t r r e t o p c m . A rtib u s in g e n u is q u æ sila e st g lo ria m u ltis : Inl'elix p erii dotibus ipse m eis. Vila p rio r vilio c a re t, e t sine labe peracta : Auxilii m isero n il lu lit ilia m ihi. PONTIQUES. dans l ’infortune. Souvent un e faute grave est pardonnée à la prière d’un am i; pour m oi l ’am itié fut sans voix. C’est pour d ’autres Un soulagem ent d ’être présents à leu rs m alheurs : et m oi j ’étais absent, quand a éclaté l ’orage qui a écrasé cette tête. Qui ne redouterait la colère de César, m êm e quand elle se tait? des paroles terribles on tajou té à m es tourm ents. Une saison propice rend m oins pénible le chem in de l ’exil; et m oi, je fus jeté sur une m er orageuse, sous l ’influence de l ’Arclure et des Pléiades m enaçantes. Souvent un tem ps calm e favorise le navigateur ; ja m ais l’onde ne fut plu s cru elle à la poupe d’Ithaque. La fidélité de m es com pagnons pouvait adoucir m on m alheur ; une troupe perfide s’est enrichie de m es dépouilles. Le séjour adoucit les rigueurs de l ’exil ; sous les deux pôles il n ’est pas u n e contrée plus triste que celle que j'habite. C’est quelque chose d’être près des frontières de la patrie; je suis sur une terre reculée au bout de l’univers. Tes lauriers, César, assurent la paix aux exilés ; le Pont est exposé aux attaques d’un ennem i voisin. 11 est doux d’em ployer le tem ps à la culture des cham ps ; un cruel ennem i ne perm et pas de labourer cette terre. Un doux clim at soulage et C ulpa g ra v is p r e c ib u s d o n a tu r sæ p e s u o ru rn ; O m nis p r o n o b is g r a tia m u ta f u it . A dju v at i n d u r is a lio s p r æ s e n tia r e b u s ; O b ru it h o c a b s e n s v a s ta p ro c e lla c a p u t. Q uis n o n h o r r u e r i t ta c ita m q u o q u e C æ s a ris ira m ? A d d ita s u n t p œ n is a s p e r a v e rb a m eis. F i t f u g a t e m p o r ib u s le v io r : p r o je c tu s i n æ q u o r A r c tu r u m s u b ii P le ia d u m q u e m in a s . S æ pe s o ie n t h ie in c m p la c id a m s e n ti r e c a rin æ : N on Ith a c æ p u p p i s æ v io r u n d a f u it. K e c ta fuies c o m itu in p o l e r a t m a la n o s tr a l e v a r e : D ila ta e s t sp o liis p e rfid a t u r b a m eis. M itius e x s iliu m fa c iu n t loca : t r i s t i o r is ta T e r r a s u b a m b o b u s n o n ja c e t u lla p o lis . E s t a liq u id p a tr iis v ic in u m fin ib u s esse ; U ltim a m e te llu s , u ltim u s o r b is h a b e t. P r æ s t a t e t e x s u lib u s p a c e m t u a l a u r e a C æ sar : P o n tic a fin itim o t e r r a s u b h o s le j a c e t. T e m p u s in a g r o r u m c u ltu c o n s u m e r e d u lc e e s t ; Non p a t i t u r v e rti b a r b a r u s b o s tis h u m u tn . LIV RE I I , L ET TR E VII. 347 le corps et l'esprit; un froid étern el glace les bords de la Sarm atie. C’est un plaisir in n ocen t que de boire une eau douce ; ici l ’eau est m arécageuse et m êlée à l’onde salée des m ers. Tout m e m anque à la fo is: cependant m on cœ ur est supérieur à tout, et m êm e il donne d es forces à m on corps. Pour sou ten ir un far deau, il faut se roidir de tous ses efforts ; pour peu qu’on fléchisse, il tom bera. C’est aussi l ’espérance d’apaiser la colère du prince qui m ’em pêche de désirer la m ort et de succom ber dans l ’abattem ent. Elles ont égalem en t leur prix, les consolations que vous m e donnez, am is, peu nom breux, dont m es m alheurs ont éprouvé la fidélité. C ontinue, je t’en p rie, Atticus, n ’abandonne pas m on vaisseau sur les flots. Conserve ton am i, et, en m êm e tem p s, ton estim e pour lui. T e m p e r ie c œ li c o rp u s q u e a n im u s q u e j u v a n l u r ; F r ig o r e p e rp e tu o S a r m a lis o r a r ig e t . E s t i n a q u a d u lc i n o n in v id io sa v o lu p ta s : Æ q u o re o b i b i t u r c u m s a le r a is ta p a lu s . O ra n ia d e iic iu n t ; a n im u s la m e n o m n ia v in c it, U le e lia m v ir e s c o rp u s h a b e r e fa c it. S u s tin e a s u t o n u s , n i te n d u m v e rtic e p le n o e s t ; At fle c ti n e rv o s s i p a ti a r e , c a d e t. S pes quoque, posse m ora m itescere principis iram , V iv e re n e n o lim d e fic ia m q u e , c a v e t. N ec vos p a rv a d a ti s p a u c i s o la tia n o b is , Q u o ru m s p e c ta ta e s t p e r m a la n o s tr a fides. C œ p ta te n e , q u æ s o ; n e c i n æ q u o r e d e s e r e n a v e m : M eque s im u l s e rv a , j u d ic i u m q u e tu u m . 34 S PON TIQUE S. LETTRE HUITIÈME A M A X IM O S COTTA ARGUMENT Il a r e ç u d e C o lta le s p o r t r a i t s d ’A u g u s ie , d e T i b è r e e t d e L iv ie. Il l e u r a d r e s s e s e s p r i è r e s c o m m e à d e s d i v in i té s r é e l le m e n t p r é s e n t e s ; i l f e i n t d ’e n e s p é r e r u n e x il m o in s p é n ib l e . L e s deux Césars vien n en t de m ’être ren du s; c ’est toi, Cotia, qui m ’as envoyé ces dieux, et pour q u ’il ne manquât rien à ton présent, aux Césars tu as joint Livie. Heureux argent ! plus heu reux que l’or le plus pur ! Naguère m étal inform e, m aintenant il est dieu. En m e donnant des trésors, lu m ’aurais' m oins donné qu ’en m 'envoyant ces trois divinités. C’est quelque chose de voir les dieux, de se croire près d’eux, et de pouvoir converser avec une divinité, com m e si elle était EPISTOLA OCTAVA M AXIMO COTTÆ ARGUM ENTUM Acceptis a Cotta Augusli, Tiberii et Liviæ imnginibus, lanquam præsenlibus Diis. fit supplex, casque commodioris exsilii spem sihi facere fingit. R e d d it u s est n o b is C æ sar cum C æ sare n u p e r, Q uos m ih i m is is ti, M axim e C o lta , D e o s; U tq u e s u u m m u n u s n u m c r u m , q u e m d e b e l, b a b c re t, E s t ib i C æ s a rib u s L iv ia j u n c t a s u is . A rg e n tu m felix, o m n iq u e b e a liu s a u ro ! Q uod, f u e r i t p r e t i u m q u u m r u d e , n u m e n e r i t . N on m ilii d iv ilia s d a n d o m a jo r a d e d is s e s , . C œ litib u s m is s is n o s tr a s u b o r a t r ib u s . Est a liq u id s p e c ta r e D eos, e t a d c ss e p u t a r e , Et q u a s i c u m v c r o n u m i n e p o s s e lo q u i. LIVRE I I , L E T T R E VIII. 349 réellem ent présente. Quel don m agnifique, des dieux ! Non, je ne su is plus au bout du m ond e; com m e jad is, m e voilà heureux au m ilieu de Rome. Je vois les traits des Césars, com m e je les voyais autrefois. J’osais à p eine espérer l’accom plissem ent d ’un tel vœ u. Comme auparavant je salue cette divinité céleste. Non, sans doute, tu n ’as rien de plu s précieux à m ’offrir à m on retour. Que m a n q u e-t-il à m es regards, si ce n ’est le palais de César? et, sans César, que serait son palais? En le voyant, il m e sem ble que je vois Rom e ; car il porte dans ses traits l ’im age de sa patrie. E st-ce un e erreur ? ou dans ce portrait ses regards ne sont-ils pas irrités contre m oi? n ’y a - t - il pas dans ses traits courroucés quelque ch ose de m enaçant? Pardonne, héros, que tes vertus rendent plus grand que le m onde en tier; suspends les coups de ta juste vengeance. Pardonne, je t’en conjure, im m ortel honneur de notre siècle, toi que l'on reconnaît, à ta sollicitude, pour le m aître du m onde ; par le nom de la patrie, qui t’est plus chère que toi-m êm e ; par les dieux qui n ’ont jam ais été sourds à tes vœ u x ; par la com pagne de ta cou ch e, qui seule fut trouvée digne de toi, qui seule peut supporter l ’éclat de ta m ajesté; par un fils P r æ m ia q u a n ta , Dei ! n e c m e t e n e t u ltim a t e l l u s : U lq u e p r iu s , m e d ia s o s p e s in u r b e m o ro r. C æ sare o s v id e o v u ltu s , v e lu t a n te v id e b a m : Vix b u ju s v o ti sp e s f u it u lla m ih i. U lq u e s a lu la b a m , n u m e ti c œ lc s te s a lu lo . Q uod r e d u c i t r i b u a s , n i l, p u to , m a ju s h a b e s. Q uid n o s tr is o c u lis , n is i s o la p a la tia d é s u n i? Q ui lo c u s , a b la to C æ sare , v ilis e rit. H u n e e g o q u u m s p e c te m , v id e o r m ilii c e r n e r e R o m a in ; N am p a tr iæ f a c ie m s u s li n e t i ll e s u æ . F allor ? a n ir a ti m ih i sunt in im a g in e v u ltu s , T oi v a q u e n e s c io q u id fo rm a m in a n t is lia b e t? P a r c e , v ir im m e n s o m a jo r v i r t u ti b u s o r b e ; J u s ta q u e v in d ic tæ s u p p rim e lo ra tu æ . P a r c e , p r e c o r , s æ c li d e c u s in d e le b ile n o s tr i ; T e r r a r u m d o m in u m q u e m su a c u ra fa c it. P e r p fftriæ n o m e n , q u æ te tib i c a r i o r ip so e s t, P e r n u n q u a m s u r d o s in tu a v o ta Deos ; P e r q u c t o r i s o c ia m , q u æ p a r tib i so la r e p e r ta e s t, E t c u i m a je s ta s n o n o n e ro s a tu a e s t ; i. 20 550 PORTIQUES. dont les vertus retracent ton im age, et q u i, par ses qualités, prouve qu’il sort de toi ; par tes petits—iils si dignes de leur aïeul et de leur père, et qui s’avancent à grands pas dans la route, où tes vœ ux les app ellen t, daigne apporter quelque soulagem ent à ma p ein e, et m ’accorder un séjour loin du Scythe en nem i. Et toi, le prem ier après César, que ta divinité, s’il se peut, ne soit pas contraire à m es prières ; et pu isse bientôt la Germanie trem blante être portée captive devant ton char de triom phe ! P uisse ton père vivre aussi longtem ps que le vieillard de Pylos, e t ta m ère que la prêtresse de Cumes ! pu isses-tu long tem ps être fils! Toi aussi, digne com pagne d ’un auguste époux, écoute d’un e oreille bienveillante les vœ u x d’un sup pliant, et que les dieux conservent ton époux! qu’ils conservent ton fils et tes petits-fils, tes vertueuses b elles-filles avec les filles qui leur doivent le jour ! Que de tous tes enfants, celui que t’a ravi la cruelle G erm anie, Drusus, soit seule la victim e des coups du sort! que ton fils, vengeant par sa valeur la m ort d’un frère, soit traîné, vêtu de pourpre, par des coursiers plus blancs que la neige ! P e r q u e t i b i s im ile m v i r t u ti s im a g in e n a tu m , M orib u s a g n o s c i q u i t u u s e s s e p o le s t ; P c r q u e tu o s v el avo, v e l d ig n o s p â tr e n e p o te s , Q ui v e n iu n t m a g n o p e r t u a v o ta g r a d u ; P a r te le v e s m in im a n o s tr a s e t c o n tr a h e p œ n a s ; D aq u e, p r o c u l S c y th ic o q u i s it ab h o s le , lo c u m . E t t u a , si l'as e s t, a C æ sare p r o x im e C æ sar, N u m in a s i n t p re c ib u s n o n in im ic a m e is . S ic f e r a q u a m p r im u m p a v id o G c rm a n ia v u l tu A n te t r i u m p h a n le s se rv a f e r a t u r e q u o s . Sic p a te r in P y lio s, C um æ o s m u te r i n a n n o s V iv a n t ; e t p o s s is filiu s e s s e d iu . T u q u o q u e , c o n v e n ie n s in g e n li n u p ta m a r ito , A ccipe n o n d u r a s u p p lic is a u r e p ro c è s . S ic tib i v ir s o s p e s , s ic s in t c u m p r o ie n e p o te s , C u m q u e b o n is n u r ib u s , q u a s p e p e r e r e , n u r u s . S ic, q u e m d ir a t i b i r a p u i t G e rm a n ia , D ru su s P a r s f u e r i t p a r l u s s o la c a d u ca lu i : S ic tib i M arte su o , f r a i e r a i f u n e r is u l to r , P u r p u r e u s n iv e is liliu s i n s le t e q u is . x LIVR E I I , L E T T R E V I I I . 351 Divinités clém en tes, exaucez m a tim id e p rière; qu’il ne me soit pas inutile d'avoir des dieux près de m oi ! À l’arrivée de César, le gladiateur quitte l’arène, libre de toute crainte, et l’a sp ectdu prince e st pour lui d’un puissant secours ; et m oi, qu’il m e serve au ssi de contem pler vos traits autant que cela m ’est perm is, et de recevoir trois dieux dans m a seule dem eure ! H eu reux ceux qui voien t, non leu rs im ages, m ais les dieux e u x m êm es et leu rs personnes divines réellem en t présentes ! Puis que un d estin cruel m ’envie ce bonheur, je révère ces portraits que l’art a donnés à m es vœ u x. C’est ainsi que les hom m es con naissen t les divinités que les hauteurs du ciel cachent à leurs regards ; c ’est ainsi qu’ils adorent la figure de Jupiter, au lie de Jupiter lui-m êm e. Enfin votre im age est avec m oi, elle y sera toujours; ne souf frez pas qu’elle reste clans un séjour odieux. Ma tête sera détachée de m on corps, m es yeux arrachés tom beront de leur orbite, avant que vous m e soyez ravis, dieux que la terre adore ; vous serez le port, l’autel de l’exilé. Je vous em brasserai, si les Gètes m e pressent de leurs arm es ; vous serez m es aigles, les étendards que je suivrai. A d n u ite o tim id is , m itis s im a n u m in a , v o tis ! P r æ s e n te s a liq u id p r o s it lia b e re Deos ! C æ saris a d v e n tu tu ta g la d ia to r a re n a E x it; e t a u x iliu m n o n lev e v u ltu s h a b e t. N os q u o q u e v e ^ tra j u v e t q u o d , q u a lic e t, o r a v id e m u s I n tr a ta e s t S u p e r is q u o d d o m u s u n a trib u s . F e lic e s i ll i, q u i n o n s im u la c r a , se d ip so s, Q u iq u e D e u m c o ra m c o rp o r a v e ra v id e n t. Q uod q u o n ia m n o b is in v id it in u tile f a tu m , Q uos d é d it a r s v o tis , e ffig ie m q u e c o lo . Sic h o m in e s n o v e re Deos, q u o s a r d u u s æ tb e r O c c u lit; e t c o litu r p ro J o v e f o rm a Jo v is. D e n iq ie , q u æ m e c u m e s t, e t e r i t s in e fin e , c a v e te , N e s i t in in v is o v e s tr a lig u ra lo c o . N am c a p u t e n o s tr a c itiu s c e rv ic e r e c e d e t, E t p a t i a r fo ssis lu m e n a b ir e g e n is , Q u a m c a re a m r a p tis , o p u b lic a n u m in a , v o b is; Vos e r i t i s n o s tr æ p o r lu s e t a r a fu g æ . Vos e g o c o m p le c ta r , G e tic is si c in g a r a b a r m i s ; V o sq u e m e a s a q u ila s , vos m e a s ig n a s e q u a r . 55‘2 I'O NTI QUE S. Ou je m e trom pe, abusé par l’ardeur de m es vœ u x, ou je puis espérer un plus doux exil ; car, dans cette im age, leurs traits s’adoucissent de plus en plu s, je crois les voir consentir à ma dem ande. Qu’ils se vérifient, je vous en conjure, ces tim ides p ressentim ents ! que la colère d’un dieu, quoique bien m éritée, s’apaise en ma faveur ! LETTRE NEUVIÈME AU R O I CO TY S ARGUMENT Il i m p l o r e le s e c o u r s d e C o ty s , r o i d e T h r a c e . C’e s t à u n p r in c e d is tin g u é p a r s a n o b l e o r i g i n e e t p a r s o n a m o u r p o u r le s b e a u x - a r ts , s u r t o u t p o u r l a p o é s ie , q u ’il a d r e s s e s a p r i è r e . E x ilé s u r u n e t e r r e v o is in e d e so n e m p i r e , il l u i d e m a n d e p r o te c ti o n e t s û r e t é . D e sc en b a n t des rois, Cotys, dont la noble origine rem onte ju s q u’à l’illustre Eum olpus, si déjà la voix de la renom m ée t’a in A ur ego m e fallo, n im ia q u e c u p id in e l u d o r ; A u t sp e s ex silii c o m m o d io ris a d e st. N am m in u s e t m in u s e s t fac iè s in im a g in e t r i s t i s ; V isa q u e s u n t d ic tis a d n u e re o r a m eis. V era p r e c o r , lia n t tim id æ p ræ s a g ia m e n tis , J u s ta q u e q u a m v is e s t, s i t m in o r i r a Ilei. EPISTOLA NONA COT YI R E GI ARGUM ENTUM Colyis Thraciae regis auxilium im plora!, eum que e t originis nobilitate conspicuum t studiorum , poeseos prajsertim , dulcedine captum rogat, u l sibi exsuli in vicinia tu degere liceat. R egia p ro g en ies, cu i n o b ilila tis o rigo N om en i n E u m o lp i p e r v e n i t u s q u e , C o ty ; LIVRE I I , LET TRE IX. 353 struit de m on exil, si tu sais que je langu is sur une terre voisine de ton em pire, écoute, ô le m eilleu r des princes, la voix qui t’im plore, et, puisque tu le peux, sois l’appui d’un exilé. La for tun e, et je ne m 'en plains pas, m ’a livré enlre tes m ains ; en cela du m oins elle ne s’est pas m ontrée m on ennem ie. Reçois avec bienveillance sur tes bords les débris d ém o n naufrage: que la terre où tu règnes ne m e soit pas plus cruelle que les flots. C rois-m oi, il est digne d’un roi de soulager le m alheur; cela convient au rang élevé que tu occupes, cela sied à ta fortune, qui, toute grande qu’elle est, peut à p eine égaler ton grand cœ ur. Jam ais la puissance n ’est adm irée à plus juste titre que lorsqu’elle se laisse ém ouvoir par la p rière. C’est là ce qu’exige l’éclat de ta naissance: c ’est l’apanage d’une noblesse issu e des d ieu x; c ’est l’exem ple que t’offre E um olpus, l’illustre auteur de ta race et le bisaïeul d’Eum olpus, E richthonius. C’est un privilège que tu par tages avec les dieux : on t’adresse des prières com m e à eu x, et com m e eux, tu soulages les suppliants. Pour quel m otif croirion snous devoir aux pu issan ces du ciel les hon neurs que nous leur rendons, si l ’on ôle à la divinité la volonté de nous secourir? Si F a m a lo q u a x v e s tr a s s i j a m p e r v e n it a d a u r e s , Me t ib i fin itim i p a r te j a c e r e so li ; S u p p iic is e x a u d i, ju v e n u m m itis s im e , v ocem , Q u a m q u e p o te s p ro fu g o , n a m p o te s , a d fe r o p em . Me i o r l u n a t ib i , d e q u a n e c o n q u e r a r , h o c e s t, T r a d i d i t ; h o c u n o n o n in im ic a m ih i. E x c ip e n a u f r a g iu m n o n d u r o l it o r e n o s tr u m , Ne f u e r i t t e r r a t u t i o r u n d a tu a . R egia c r e d e m ih i, r e s e s t s u b c u r r e r e la p s is : C o n v e n it e t t a m o , q u a n tu s es ip s e , v iro . F o r tu n a m d e c e t h o c is ta m : q u æ m a x im a q u u m s it, E s s e p o te s t a n im o vix t a m e n æ q u a tu o . C o n s p ic ilu r n u n q u a m m e lio re p o le n tia c a u sa , Q u a m q u o tie s v a n a s n o n s in i t e s s e p r e c e s . H oc n i t o r ille t u i g e n e ris d e s id e r a t : h o c e s t A S u p e r is o r tæ n o b ilita lis o p u s. H oc t i b i e t E u m o lp u s , g e n e ris c la r is s im u s a u c to r , E t p r i o r E u m o lp o s u a d e t E r ic h th o n iu s . Hoc te c u m c o m m u n e Deo : q u o d u t e r q u e ro g a li S u p p lic ib u s v e s lr is f e r r e s o le lis o p e m . N u m q u id e r i t , q u a r e s o lito d i g n e m u r h o n o re N u m in a , si d e m a s v e lle j u v a r e D eos? 2 ’*>. 354 PONTIQUES. Jupiter est sourd à la voix qui l’im plore, pourquoi la victim e tom b erait-elle sous le couteau devant l’autel de Jupiter ? Si la m er n’accorde pas un instan t de calm e à m on vaisseau, pourquoi offrirais-je à Neptune un in u tile encen s ? Si Cérès trom pe les vœ u x du laboureur infatigable, pourquoi recevrait-elle les en trailles d’une truie près de m ettre bas? Jam ais un bélier ne sera égorgé sur l’autel de B acchus, si le vin ne jaillit de la grappe sous le pied qui l’écrase. Nous faisons des vœ u x pour que César tien ne longtem ps les rên es de l ’em pire, parce qu’il veille avec soin aux intérêts de la patrie. C’est donc aux services qu’ils nous ren dent que les hom m es et les dieux doivent leur grandeur, car nous exaltons toujours ceux qui nous protègent. Toi aussi, Cotys, digne fils d’un père illustre, oblige un m al heureux relégu é sur la terre où tu com m andes. L e.plaisirle plus digne de l ’hom m e, c ’est de sauver u n hom m e; il n ’est pas de m oyen plu s sûr pour gagner les cœ urs. Qui ne m audit A ntiphates le Lestrigon? et qui ne loue la générosité d’Alcinoiis? Ce n ’est pas au tyran de Cassandrie que tu dois le jour, ni à celui de P hérée, ni à celui qui se servit d’une m achine cruelle pour J u p p it e r o r a u t i s u r d a s si p r æ b e a t a u re s , V ictim a p r o te m p lo c u r c a d a t ic ta Jo v is ? Si p a c e m n u lla m P o n tu s m ih i p r æ s te t e u n ti , I r r i t a N e p tu n o c u r ego t u r a fera m ? V ana l a b o r a n ti s s i fa lla t v o ta co lo n i, A ccip iat g r a v id æ c u r s u is e x ta C e re s ? N ec d a b it in to n s o j u g u lu m c a p e r h o s tia Baccho, M usta s u b a d iiu c lo s i p e d e n u lla f lu a n t. C x s a r u t im p e r ii m o d e r e tu r f r e n a , p r e c a m u r, T a m b e n e q uo p a tr iæ c o n s u lit ille s u æ . U tilita s i g i t u r m a g n o s h o m in e s q u e D eosque E ffic it, a u x iliis q u o q u e fa v e n te su is . Tu q u o q u e fac p ro sis i n tr a t u a c a stra ja c e n ti, 0 C oty, p r o g e n ie s d ig n a p a r e n te tu o . C o n v c n ie n s h o m in i e s t, b o m in e m s e rv a r e , v o lu p ta s ; E t m o liu s n u lla q u æ r i tu r a r t e favor. Q uis n o n A n lip h a te n L æ stry g o n a dev o v el ? a u t q u is M unifici m o re s im p r o b a t A lcinoi? N on tib i C a s s a n d re u s p a te r e s t, g e n tis v e Pheræa*, Q uive r e p e r to r e m t o r r u i t a r t e su a : LIV R E I I , L E T T R E IX. 555 en brûler l'inventeur. Mais, terrible à la guerre, invincible dans les com bats, le sang te répugne, quand la paix est con clu e. Te dirai-je encore que l ’étude assidue des beau x-arts adou cit les m oeurs et en corrige la rudesse. Or, de tous les rois aucun n ’a plus que toi cultivé ces douces études ; aucun n ’y a con sacré plus d’in stan ts; tes vers le prouvent ; ôte ton nom , et je jurerais qu’ils ne sont pas l ’ouvrage d’un Thrace. N on, Or phée n ’est plu s le seul poëte de cette contrée, et la terre de B istonie s’enorgueillit aussi de ton génie. De m êm e que ton cou rage t ’invite à prendre les arm es, quand il en est besoin, et à trem per tes m ains dans le sang en n em i; de m êm e que tu sais lancer un javelot d’un bras vigoureu x, et m anier hab ilem en t un rapide cou rsier; de m êm e, quand tu as donné le tem ps né cessaire à ces exercices de tes p ères, et qu’un pénible fardeau laisse un peu de repos aux épaules qui le soutiennent, tu ne veux pas que tes loisirs se consum ent dans un som m eil en gourdi, et par le culte des P iérides tu te frayes une route vers les astres brillants. C’est un lien de plus qui m ’unit à toi; l’un et l ’autre nous som m es in itiés aux m êm es m ystères. P oëte, je Sed q u a m M a rie f e r o x , e t v in c i n e s c i u s a r m is , T a m n u n q u a m fa c ta p a c e c ru o r is a m a n s . A d d e , q u o d i n g e n u a s d id ic is s e f id e lite r a r t e s , E m o llit m o re s , n e c s in i t e s se fe ro s . N ec r e g u m q u is q u a m m a g is e s t i n s t r u c t u s a b illis , M itib u s a u t s tu d iis te m p o r a p l u r a d é d it. C a r m in a t e s t a n t u r ; q u æ , s i t u a n o m in a d e m a s , T h r e ic iu m ju v e n e m c o m p o s u is s e n e g e m . iSevc sufa h o c t r a c tu v a te s f o r e t u n ic u s O rp h e u s , B is to n is in g e n io t e r r a s u p e r b a tu o e s t. U lq u e tib i e s t a n im u s , q u u m r e s ita p o s tu l a t, a rm a S u r n e re , e t h o s ti li t in g e r e c æ d e m a n u m , A tq u e , u t e s, ex cu sso jo c u lu m t o i q u e r e la c e r lo , C o lla q u e v e lo c is fle c te r e d o c tu s e q u i , T e m p o ra s ic d a ta s u n t s tu d iis u b i ju s t a p a ie r a is , U tq u e s u is h u m e r is f o r t e q u i e v i t o p u s ; Ne t u a m a r c e s c a n t p e r i n e r t e s o tia s o m n o s, L u c id a P ie r ia t e n d is i n a s tr a v ia. H æ c q u o q u e r e s a liq u id te c u m m ih i fœ d e ris a d f e r t; E ju s d e m s a c ri c u lt o r u t e r q u e s u m u s . 356 PO NTIQUES. tends à un poëte m es m ains suppliantes ; je dem ande sur tes bords protection pour m on exil. Je ne su is pas venu sur les rivages du Pont, après avoir com m is un m eurtre; ma m ain n ’a pos m êlé de cruels poisons; je n’ai pas été convaincu d’avoir scellé d ’un cachet im posteur un écrit supposé. Je n’ai rien fait que la loi défendit; et cependant, je dois l’avouer, ma faute est plus grave que tout cela. Ne de m ande pas quelle est cette faute : j ’ai écrit un Art in sen sé, voilà ce qui a rendu cette m ain coupable; ne t'inform e pas si j ’ai fait plu s encore : je veux que dans m on Art on voie tout m on crim e. Quoi qu’il en soit, j ’ai trouvé dans m on juge une colère indul gente : il ne m ’a privé que du séjour de la patrie ; puisque je n ’en jouis plus, que près de loi du m oins je puisse habiter en sûreté celte terre odieuse. Ad v a te m v a te s o r a n tia b ra c h ia te n d o , T e r r a s it e x s iliis u t tu a fida m o is. N on ego cæ de n o c e n s in P o n tic a l il o r a v e n i, M istave s u u t n o s tr a d ira v e n e n a m a n u ; N ec m e a s u b je c ta c o n v ic ta e s t g e m m a ta b e lla M endacem l in is im p o s u is s e n o ta m . N ec q u id q u a m , q u o d leg e v e te r c o m m itte r e , fe c i: E t ta m e n h i s g r a v io r n o x a f a te n d a m ih i e s t. N eve ro g e s q u id s it ; s tu l ta m c o n s c r ip s im u s A rlem : in n o c u a s n o b is h æ c v e ta t esse m a n u s . E c q u id p r æ te r e a p e c c a rim , q u æ r e r e n o li ; l it p a le a t so la c u lp a s u b A rte m ea . Q u id q u id id e st, h a b u i m o d e r a la m v in d ic is i r a m : Q ui, n is i n a ta le m , n il m ih i d e m s it, h u m u m . Hac q u o n ia m c a re o , t u a n u n c v ic in ia p r æ s te t, ln v is o p o s s im t u tu s u t esse loco. L IV R E i l , LETTRE X. LETTRE A 557 DIXIÈME M AC E R ARGUMENT B ie n d e s s o u v e n ir s d o i v e n t r a p p e l e r à M a c e r le p o è te q u i l u i é c r i t , e t so n a n c i e n n e a m i t ié . S’il n ’o u b lie p a s le s g a g e s d ’u n e a f f e c ti o n r é c i p r o q u e , s o n a m i, b ie n q u 'a b s e n t , s e r a t o u j o u r s p r é s e n t à se s r e g a r d s . L e p o è te l u i d e m a n d e d e s o n g e r s o u v e n t à lu i. R econnais - t u , Macer, à cette im age gravée sur le sceau , que cette lettre te vient d’Ovide? et, si m on cachet ne suffit pas pour te l ’apprendre, reconnais-tu au m oins la m ain qui a tracé ces caractères? ou le tem ps a-t-il effacé de Ion cœ ur ces souvenirs, et tes yeux ont-ils oublié ce que jadis ils ont vu tant de fois? Mais qu’im porte que tu ne te rappelles n i le.cach et n i’la m ain, pourvu que tu aies conservé quelque souci de m oi. Tu le dois à E P I S T O L A DECIMA MACRO ARGUM ENTUM Ad Macrum poetara scribens, mullis indiciis ostendit, debcre eum esse memorem sui et pristince amicitiae. Cnjus fruclus et amoris signa, si illi in mentem venerint, dicit se absentem iuturum illi tanquain praesentem semper ante oculos; quod ut ipse quoque eiliciat impense precalur poeta. E cqdid ab im p ressae cognoscis im ag in e gem m ae Ilaec tib i iNasonem sc rib e re v e rb a , M acer? A u c lo ris q u e s u i si n o n e s t a n n u lu s in d e x , C o g n ita n e c s t n o s tr a litto r a fa c ta m a n u ? An tib i n o litia m m o ra te m p o r is e r i p i t h o r u m ? N ec r e p e l u n t o c u li s ig n a v e tu s ta tu i ? Sis lic e t o b litu s p a r i t e r g e m m se q u e m a n u s q u e , E x c id e rit t a n t u m n e tib i c u r a m e i. 558 PO NTI QUE S. celte intim ité qui nous unit depuis si longtem ps, à m on épouse qui ne t’est pas étrangère, à ces études dont tu n’as pas abusé com m e m oi; plu s sage, tu n’as pas fait un Art coupable. Ta m use continue l’œ uvre de l’im m ortel H om ère, elle achève le récit des m alheurs d’Hion. El l’im prudent Ovide, qui enseigna l'Art d’aim er, reçoit aujourd’hui le triste salaire de ses leçons. Cependant il est des lien s sacrés qui u n issent les poètes, quoi que chacun de n ou s suive des routes diverses. Tu t'en souviens, je le pen se, m algré la distance qui nous sépare, et tu veux sou lager m es m alheurs. Tu fus m on guide, quand nous visitâm es en sem b le lés superbes villes d’Asie, quand la Sicile se m ontra à m es regards. Nous vîm es ensem ble le ciel briller des feux de l’Etna, de ces feux que vom it la bouche du géant enseveli sous la m ontagne, et le lac d’Henna, et les fétides m arais de Palicus, et l'Anapus m êlant ses ondes aux ondes de Cyané, et la Nymphe qu i, fuyant le fleuve de l’Élide, coule encore aujourd’hui cachée sous les eaux de la m er. C’est dans ces contrées que j’ai passé u n e bonne partie de l’année? a h ! q u e lle s ressem blent peu au Q uam t u v e l lo n g i d e b e s c o n v ic tib u s æ vi, Vel m ea q u n d c o n ju x n o n a lié n a tib i ; Vel s tu d iis q u ib u s e s, q u a m n o s , s a p ie n tiu s u s u s ; U tq u e d e c e t, n u lla fa c tu s e s A rtc n o c e n s. T u c a n is æ te rn o q u id q u id r e s ta b a t H o m e ro , Ne c a r e a n t s u m m a T ro ic a fa la m a n u . N aso p a ru m p r u d e n s , A rte m d u m t r a d i t a m a n d i, D o c lrin æ p r e t i u m t r i s t e m a g is te r h a b e t. S unt tam en in te r se com m unia sacra poctis, D iv e rs u m q u a m v is q u is q u e s e q u a m u r i t c r . Q u o ru m te rn e m o re m , q u a n q u a m p r o c u l a b s u m u s , esse S u s p ic o r, e t c a s u s v e lle le v a re m eo s. T e d u c e , m a g n ific a s Asiæ p e rs p e x im u s u r b e s T r in a c r is e s t o c u lis te d u c e n o ta m e is . V id im u s Æ tn æ a c œ lu m s p le n d e s c e r e fla m m a , S u b p o s itu s m o n ti q u a m v o m it o r e g ig a s ; H e n n æ o sq u e la c u s , e t o le n tia s ta g n a P a lic i, Q u a q u e s u is C yanen m is c e t A n a p u s a q u is. Nec p r o c u l h in c N y m p h e n , q u æ , d u m f u g it E lid is a m n e m , T e c ta s u b æ q u o re a n u n c q u o q u c c u r r i t a q u a . H ic m ih i la b e n tis p a rs a n n i m a g n a p c ra c ta est. E b e u , q u a m d is p a r e s t lo c u s ille G etis ! L i i n u x i , u u i i i i E X, 559 pays des Gètes ! Et qu’est-ce encore que ces souvenirs, quand je son ge à tant d’autres lieux que nous vîm es en sem ble dans ces voyages que tu m e rendais si agréables ? Soit que notre barque, décorée de p eintu res, sillonnât l’onde azurée, soit qu’un char nous portât sur ses roues légères, souvent la route fut abrégée par nos en tretien s; et nos paroles, si tu com ptes bien, étaient plus nom b reuses que nos pas. Souvent la nuit venait interrom pre nos discours, et les lon gs jours d ’été ne suffisaient pas à nos causeries. C’est quelq ue chose d’avoir redouté en sem ble les ha sards de la m er, d'avoir ensem ble adressé des vœ ux aux dieux des ondes, d ’avoir traité en com m un des affaires sérieuses, d ’avoir ensu ite partagé les m êm es délassem ents, que nous p o u vons nous rappeler sans rougir. Si ces souvenirs ne sont pas perdus pour toi, quoique ab sen t, tes yeux m e verront à toute heure, com m e tu m e voyais jad is. Pour m oi, bien que relégu é au bout du m ond e, sous l’étoile du pôle qui toujours reste au-dessus de la plaine liq uide, je te vois cependant, com m e je le pu is, des yeux de l’esprit, et souvent je m ’entretien s avec toi sous ce ciel glacé. Tu es ici, et E t q u o ta p a rs licec s u n t r e r u m , q u a s v id im u s a m b o , T e m ih i ju e u n d a s e fiic ie n lc v ias! S e u r a t e c aeru leas p ic ta s u lc a v im u s u n d a s ; E sse d a n o s a g ili s iv e t u le r e r o la Ssepe b r e v is n o b is v ic ib u s v ia v is a lo q u e n d i ; I’l u r a q u e , si n u m e r e s , v e rb a f u e r e g r a d u . Saepe d ie s s e r m o n e m in o r f u it ; in q u e lo q u e n d u m T a rd a p e r eeslivos d e f u it h o r a d ie s . E s t a liq u id , c a s u s p a r i t e r tim u is s e m a r in o s ; J u n c ta q u e a d aequoreo s v o ta tu lis s e D e o s : E t m o d o r e s e g is s e s i m u l ; m o d o r u r s u s a b illis , Q u o ru m n o n p u d e a t, p o s s e r e f e r r e jo c o s . H jEC tib i si s u b e a n t, a b s im lic e t, o m n ib u s h o r is A n te tu o s o c u lo s , u t m o d o v isu s , e ro . Ip se q u id e m e x lr e m i q u u m s im su b c a rd in e m u n d i, Q ui s e m p e r liq u id is a ll i o r e x s la t a q u is , T e la m e n i n tu e o r , q u o so lo p e c to r e p o s s u m , E t te c u m g e lid o saepe s u b ax e io q u o r. 360 PONTIQUES. tu l’ignores; bien qu’absent, tu es souvent près de m oi, et je te vois sortir de Rome pour venir chez les Gètes. R ends-m oi la pareille, et, puisque ton séjour est plu s heureux que le m ien, fais que j ’y sois toujours dans ton souvenir et dans ton cœ ur. LETTRE ONZIÈME A RUFUS ARGUMENT ( l'e s t à l’o n c le d e s a f e m m e , R u f u s F u n d a n u s , q u e le p o è te é c r i t c e tt e l e t t r e . Il lu i d i t q u e , m a l g r é s o n é l o i g n e m e n t , i l . c o n s e r v e le s o u v e n ir d e s e s b i e n f a it s . Il p r i e le s d i e u x d e l’e n r é c o m p e n s e r . O v i d e , l ’auteur d’un Art m alheureux, t’envoie, R ufus, cet ou vrage fait à la hâte. A insi, quoique le m onde entier nous sépare, tu sauras pourtant que je m e souviens de toi. Mùn nom s’effacera de ma m ém oire, avant que m on cœ ur oublie ta pieuse am itié ; liic e s , e t ig n o ra s , e t a d e s c e le b e rr ira u s a b s e n s ; In q u e G elas m e tlia visu s ab u r b e v e n is . R e d d e vicem ; e t, q u o n ia m re g io fe lic io r is ta e s t, Illic m e m e m o ri p e c lo r e s e m p e r h a b e . E P I S T O L A UN DE GI MA RUFO a r g u m en tu m Atl Rufum Fundanutn, uxoris suae avunculum, hanc epislolam scribit poeta; cujus merits dicit sc habere in meinoria, quamvis sit longissiino intervallo remotus. Demuin Deo precatur ut illi meritas gratias referant. Hoc tib i, R u f e .b r e v i p r o p e r a tu m te m p o r e m it ti t Naso, p a iu m faustac c o n d ito r A rlis , o p u s: l it , q u a n q u a m lo n g e to to s u m u s o r b e r e m o ti, S c ire ta m e n p o ssis n o s m e m in is s e tu i. N o m in is a n te m c i v e n ie n t o b liv ia n o b is, P e c to re q u a m p ie ta s s it tu a p u ls a m eo . L IV RE I I , L E T T R E XI. 561 m on âm e s’exhalera dans le vide des airs, avant que je perde la reconnaissance de tes services : oui, c’était un grand service, ces larm es qui coulaient de tes yeux, quand un e violente dou leur avait tari les m ien n es; ou i, c ’était un grand service, ces consolations, par lesq u elles tu soulageais à la fois ton cœ ur et le m ien. Sans doute m on épouse est d’elle-m êm e portée à la vertu ; m ais tes avis la ren dent encore m eilleure. Ce que fut Castor pour H erm ione, Hector pour Iule, tu l'es pour m on épouse, et je m ’en félicite. Elle s’efforce d’égaler tes vertus, et sa conduite prouve qu elle est de ton sang; aussi, ce qu’elle eût fait, sans y être en couragée, elle le fait m ieux encore, aidée de tes conseils. De m êm e le gén éreux coursier, qui de lu i-m êm e disputerait dans le cirque les honneurs du triom phe, redoublera d’ardeur, s ’il entend la voix qui l’anim e. Enfin tu accom plis avec un e con stante sollicitude les soins dont te chargea un ami absent, et nul fardeau ne pèse à ta bonté. Oh! que les dieux t’en récom p ensen t, puisque je ne le puis m oi-m êm e : ils le feron t, si ta E t prius hanc anim am vacuas reddem us in auras, Q uam fiat m e r i ti g r a t i a v a n a t u i. G ra n d e voco la c ry m a s m c r i tu m , q u ib u s o ra r ig a b a s . Q u u m m e a c o n c r e t o s ic c a d o lo re f o re n t. G ra n d e voco m e r itu r n , m œ s tæ s o la tia m e n tis , Q u u m p a r i t e r n o b is ilia tib iq u e d a re s . S ponte quidem , per seq ue m ea est laudabilis u x o r; A dm onitu m elio r fit tam en ilia luo. N o m q u e q u o d H e rm io n e s C a s to r f u it , H e c to r I u li, H oc ego t e læ to r c o n ju g is e s s e m e æ . Q uæ , n e d is s im ilis t ib i s it p r o b it a te , lo b o ra t, S e q u e t u i v ita s a n g u in is e s s e p r o b a t. E rg o , q u o d f u e r a t s ti m u lis f a c tu r a s in e u llis , r i e n i u s a u c to r e m le q u o q u e n a c ta fa c it. A c e r, e t a d p a lm æ p e r s e c u r s u r u s h o n o r e s , S i t a m e n h o r le r is , f o r t iu s i b it e q u u s . A dde, q u o d a b s e n tis c u r a m a n d a ta fid eli P e rfic is , e t n u l lu m f e r r e g r a v a r is o n u s. 0 ré fé ra n t grates, quoniam non possum us ipsi, Dl tibi ! qui re feren t, si pia facta vident. T. i. 21 62 POETIQUES. piété n’échappe pas à leurs regards. Puissent tes forces sufhre longtem ps à ta vertu, Rufus, toi la gloire des cham ps de Fundum . S u l'fic ia tq u e d iu c o rp u s q u o q u c m o rib u s is tis , M axim a F u n d a n i g lo ria , R u fe, soli. LIVRE TROISIÈME LETTRE PREMIÈRE A SA F E M M E ARGUMENT Il n e p e u t s u p p o r t e r s o n c r u e l e x il ; i l s u p p l i e s a f e m m e d e s o u t e n i r s a r é p u t a t i o n d e b o n n e é p o u s e , e t d ’e m p l o y e r t o u s s e s e f f o r ts a u p r è s d e la f e m m e d e C é s a r, p o u r o b t e n i r q u e s o n é p o u x c h a n g e d e s é j o u r , e t q u ’i l s o it t r a n s f é r é d a n s u n e c o n t r é e m o i n s e n n e m i e q u e la t e r r e d u P o n t. 0 m e r ! que le vaisseau de Jason sillonna le p rem ier, e t.to i, terre que de cruels ennem is, que les frim as attristent sans r e- LIBER TERTIÜS EPISTOLA PRIMA UXORI ARGUM ENTUM Calami tatum a Cæsaris exsilii sui impatiens ab uxore flagitat, u t bonæ conjugis famam tueatur et conjuge impetrare loto pectore nitatur, ut cum Pontica tellure m inus h’n s. tilem locum marito m utare lieeat. Æ quok laso n io p u lsa tu m re m ig e p rim u m , Q u æ q u e u e c h o s te f e r o , n e c nive t e r r a c a re s , 564 PO NT IQ UE S. lâche, quand viendra le tem ps où Ovide vous quittera pour être transféré dans une région m oins hostile? Me faudra-t-il toujours vivre dans cette conlrée barbare, et serai-je enseveli dans la terre de Tom es? Perm ets que je le dise, sans cesser d'être en paix avec toi, si la paix est possible pour toi, terre du Pont, sans cesse foulée par les rapides coursiers des ennem is qui t’environnent, perm ets que je le dise : c ’est toi qui fais le plus cruel tourm ent de m on exil, c ’est toi qui rends m es maux plus pesants. Jamais tu ne vois le printem ps couronné de fleurs; ja m ais tu ne vois les m oissonneurs dépou illés de leurs vêtem ents ; l’autom ne ne l’offre ni pam pre ni raisin ; m ais toutes les saisons t’apportent un froid rigoureux. L’hiver enchaîne les m ers qui te baignent, et souvent le poisson n age au m ilieu des ondes, en ferm é sous un toit de glace. Tu n ’as point de source dont l ’eau ne ressem ble à l’eau des m ers : c ’est un e boisson aussi propre peut-être à irriter la soif qu’à l’apaiser. Sur tes cham ps dé pouillés s'élèvent à peine quelques arbres, encore so n t-ils sté r iles; et ton sol offre aux yeux l’im age de la m er. Tu n ’entends d ’autres oiseaux que ceu x qu i, fuyant leurs forêts, viennent avec de rauques accents se désaltérer dans 1 onde m arine; la triste E c q u o d e r i t te m p u s , q u o vos eg o N aso re lin q u a m , I n m in u s h o s tile m j u s s u s a b ir e lo c u m ? An m ih i B a rb a ria v iv e n d u m s e m p e r in is ta ? I n q u e T o m ita n a c o n d a r o p o r te t liu m o ? T ace t u a , si p a x u l l a e s t tib i , P o n tic a te llu s , F in itim u s r a p id o q u a m t e r i t h o s tis e q u o , l’ace tu a d iv is s e ve lim ; t u p e s sim a d u r o P a r s e s i n e x s ilio : t u m a la n o s tr a g r a v a s . T u n e q u e v e r s e n lis , c in c lu m D o ra n te c o ro n a , T u n e q u e m e s s o r u m c o rp o r a n u d a v id e s . N ec tib i p a m p in e a s a u tu m n u s p o r r i g it u v a s , C u n c ta sed im m o d ic u m te m p o r a f rig u s h a b e n t. T u g ja c ie f r é ta v in c ta t e n e s ; e t in æ q u o r e p isc is I n c lu s u s te c ta sæ p e n a ta v i l a q u a . N ec t ib i s u n t fo n te s , la tic is n isi p æ n e m a r in i, Q ui p o tu s d u b iu m s is t a t a la tn e s itim . l ta r a , n e q u e hæ c felix , in a p e rtis e m in e t a rv is À rb o r ; e t in t e r r a e s t a lt é r a f o rm a m a r is . N on avis o b l o q u it u r ; silv is n is i si q u a r c m o tis Æ q u o re a s ra u c o g u l lu r c p o la l a q u a s. LIVRE I I I , LETTRE I. 365 absinthe hérisse tes plaines stériles, m oisson am ère et bien digne du lieu qui la produit. Que dire encore de ces alarm es conti nuelles ; de ces rem parts battus sans cesse par un ennem i dont les flèches sont trem pées dans un poison m ortel ; de i’é lo ig n e m ent de cette contrée, isolée, inaccessible, où la terre n ’offre point aux pas du voyageur plus de sûreté que la m er aux navires? Il n ’est donc pas étonnant 'que, cherchant le term e de tant de m aux, je dem ande sans cesse un autre séjour ; ce qui est étonnant, chère épouse, c ’est que tu n ’obtiennes pas cette fa veur, c’est que m es souffrances ne fassent pas sans cesse couler tes larm es. Tu dem andes ce que tu dois faire : n’est-ce pas à toi à le chercher? tu le trouveras, si vraim ent tu veux le trou ver. Mais c’est peu de vouloir: pour arriver au but, il faut que tu désires vivem ent, il faut que ce souci abrège ton som m eil. La volonté, beaucoup d’autres l ’ont sans doute; car qui serait assez m on en nem i, pour désirer que m on exil soit privé de repos? Mais toi, c’est de tout ton cœ ur, de toutes tes forces que tu dois travailler à m e servir, et l ’em ployer pour m oi nuit et jour. Quand d’autres m e serviraient, tu dois faire plus que m es am is, toi, m on épouse; tu dois les vaincre tous par ton em presseT r is t ia p e r va c u o s h o r r e n t a b s in th ia c a m p o s, C o n v e n ie n sq u e s u o m e s s is a m a r a loco. Acide m e tu s , e t q u o d m u r u s p u l s a t u r a b h o s te , T in c ta q u e m o r tif e r a ta b e s a g itta m a d e t; Quod p ro c u l b æ c r e g io e s t, e t ab o m n i d é v ia c u r s u ; Nec pede quo quisquam , nec ra te tu tu s eat. Non ig itu r m irum , finem quæ rentibus horum Altéra si nobis usque rog atur hum us. T e m a g is e s t m ir u m nou h o c e v in c e r e , co n ju x , ln q u e m e is la c ry m a s p o sse te n e r e m alis. Q uid ia c ia s, q u æ r is ? q u æ ra s h o c s c ilic e t ip s u m ; I n v e n ie s , v e re si r e p e i i r e v o les. V elle p a ru m e s t : c u p ia s , u t r e p o tia r is , o p o r le t, E t fa c ia l s o m n o s h æ c tib i c u ra b rè v e s . Velle r e o r m u lto s : q u is e n im m ih i ta m s it in iq u u s , O p te t u t e x s iliu m p a c e c a r e r e m e u m ? P e c to re te to to , c u n c tis q u e in c u m b e re n e rv is . E t n i t i p ro m e n o c te d ie q u e d e c e t. Utque juvent alii, lu debes vincere amicos, Uxor, et ad partes prim a venire tuas" 366 PONTIQUES. m ent. Mes écrits t’im posent un grand rôle : tu y es présentée com m e le m odèle d’une bonne épouse. Prends garde de rester au -d essou s; il faut qu’on croie à la vérité de m es éloges, et que tu soutiennes l ’œ uvre de ta renom m ée. Quand je ne m e plain drais pas, quand je m e tairais, la ren om m ée se plaindrait à m a place, si tu ne t’occupais pas de m oi com m e tu le dois. La fortune m ’a exposé aux regards du peuple, et m ’a donné plus de célébrité que je n ’en avais jadis. La foudre, en frappant Capanée, l ’a rendu plus célèbre ; Am phiaraüs, englouti avec ses chevaux dans le sein de la terre, est devenu fam eux ; Ulysse serait m oins connu, s’il avait m oins longtem ps erré sur les m ers; Philoctète doit à sa blessure sa grande réputation. Et m oi aussi, si un nom m odeste peut trouver place parm i de si grands n om s, m a ruine attire sur m oi les regards. Mes écrits ne te perm ettent pas non plus de rester ignorée ; tu leur dois une renom m ée qui ne le cède pas à celle de Battis de Cos. A insi, quelle que soit ta conduite, tu seras en évidence sur un vaste théâtre, et ta piété conjugale aura de nom breux tém oins. Crois-moi, toutes les fois que je te loue dans m es vers, les fem m es qui lisent ces éloges dem andent si tu les m érites. Sans doute il en est qui s’intéressen t M agna tib i im p o sita e s t n o s lr is p e rs o n a lib c llis : C o n ju g is e x e m p lu m d ic e r is e s se b onæ . H anc cave d é g é n é r é s ; u t s in t p r æ c o n ia n o s lr a V era fide, fam æ q u o t u e a r is o p u s . Ut n ih il ip s e q u e ra r , ta c ito m e fam a q u e r e t u r , Q uæ d e b e t, f u e r i t n i tib i c u ra m ei. E xposüit m ea m e populo fo rtu n a v id en du m , E t p lu s n o titiæ , q u a m fu it a n te , d e d if. N o lio r e s t fa c tu s C a p a n e u s a f u lm in is ic tu ; N o tu s h u m o m e r s is A m p b ia ra u s e q u is ; Si m in u s e r r a s s e t, n o tu s m in u s e s s e t U lysses ; M agna P h ilo c te tæ v u ln e re fam a su o e st, Si locus e s t a liq u is ta n ta i n t e r n o m in a p a rv is , Nos q u o q u e c o n s p ic u o s n o s tr a r u in a fac it. Nec te n e s c iri p a t i t u r m ea p a g in a , q u a n o n In fe riu s Goa B a ttid e n o m e n h a b e s. Q uidquid â g e s i g itu r , sc en a s p e c ta b e re m a g n a ; E t pia n o n p a rv is te s tib u s u x o r e r i s . C red e m ih i ; q u o tie s la u d a r is c a r m in é n o s tr o , Q uæ le g it lias la u d e s , a n m e r e u re , r o g a t. LIVRE I I I , LETTRE I. 367 à tes vertus ; m ais il en est beaucoup aussi qui voudront criti quer tes actions. Fais que leur jalousie ne puisse dire : « Elle a bien peu de zèle pour sauver son m alheureux époux. » Et puisque les forces m e m anq uent, et que je ne puis traîner le char, cherche à soutenir seule le joug m al assuré. Malade, épuisé, je tourne les yeux vers le m édecin : viens à m on secours, quand je conserve encore un dernier souffle de vie. Ce que je ferais pour toi, si j’étais le plus fort, fais-le pour m oi, puisque tu as plus de vigueur; c ’est ce qu’exige l’am our conjugal, le lien qui nous u n it. T oi-m êm e, m on ép ou se, tu le dois à ton caractère; tu le dois à la fam ille à laquelle tu appartiens: il faut que tu l’h o nores par ta vertu autant que par ton zèle à rem plir les devoirs de l’am itié. Quoi que tu fasses, si tu n’es pas une digne épouse, on ne pourra croire que tu cultives l’am itié de Marcia. Je ne suis pas indigne de ton zèle, et si tu veux convenir de la vérité, j ’ai m érité de toi quelque reconnaissance. Oh ! san s doute, tu m e rends avec usure ce que tu m e dois ; et l’envie, quand elle le voudrait, ne pourrait trouver prise sur toi. Il est pourtant un U tq u e fa v e r e r e o r p lu re s v i r t u li b u s is tis , Sic tu a n o n p a u c æ c a r p e r e fac ta v o le n t. Q u a re , tu p r æ s ta , n e liv o r d ic e r e p o s s it : « H æ c e s t p r o m is e r i le n t a s a lu te v ir i.» Q u u m q u e e g o d e fic ia m , n e c p o ssim d u c e re c u r r u m , F a c tu s u s tin e a s d e b ile so la j u g u m . Ad m e d ic u m s p e c to , v e n is f u g ie n tib u s æ g e r : U ltim a p a r s a n im æ d u m m ih i r e s tâ t, a d e s. Q u o d q u e e g o p r æ s ta r e m , s i te m a g is ip se v a le re m , Id m ih i, q u u m v a le a s f o r tiu s , ip sa r e f e r . E x ig it hoc s o c ia lis a m o r , fœ d u s q u e m a r ilu m ; M o rib u s h o c , c o n ju x , e x ig is ip sa tu is . Hoc d o m u i d e b e s, d e q u a c e n s e r is , u t illa m N on m a g is officiis, q u a m p r o b it a te , co las. C u n e ta lic e t fac ia s, n is i s is la u d a b ilis u x o r, N ec Non p o t e n t c re d i M arcia c u lta tib i . s u m u s in d ig n i ; n e c , si vis v e ra f a te ri, D e b e tu r m e r itis g r a tia n u lla m e is. R e d d itu r ilia q u id e m g r a n d i c u m fcenore n o b is, N ec le , s i c u p ia t læ d e re , liv o r h a b e t. 308 PO N TI QUE S. service qu’il faut ajouter à tous les autres : que m es m alheurs te rendent entreprenante; obtiens que je sois relégué dans une contrée m oins cruelle, et rien ne m anquera à l ’accom plissem ent de tes devoirs. Je dem ande beaucoup, m ais tes prières pour m oi n ’auront rien d’odieux; et, quand elles seraient sans succès, un refus ne saurait t’exposer. Ne t’irrite pas, si tant de fois dans m es vers je te prie de faire ce que tu fais réellem en t, et d’être sem blable à toi-m êm e. Le son de la trom pette excite m êm e les braves, et le général anim e de la voix les m eilleu rs soldats. Ta vertu est connue, elle vivra dans tous les âges : que ton cou rage ne le cède pas à ta vertu. Je ne te dem ande pas de prendre pour moi la hache de l’Amazone, ni de porter d’une m ain agile le bouclier échancré. 11 te faut im plorer un dieu, non pour qu’il m e devienne favorable, m ais pour qu’il m odère son ressenti m ent. Si tu n’as pas de crédit, ton crédit ce seront tes larm es; tu ne saurais trouver, pour fléchir les dieux, de m oyen plus puis sant. Grâce à m es m alheurs, les .larm es ne le m anqueront pas ; celle dont je suis l’époux n ’a que trop de sujets de pleurs. Telle Sed ta m e n h o c f a c tis a d ju n g e p r io r ih u s u n u m , P ro n o s tr is u t sis a m h ilio s a m a lis . Ut m in u s in fe s ta ja c c a m re g io n e , la b o ra : C la u d a n e c officii p a rs e r i t u lla l u i. M agna p e lo , se d n on ta m e n in v id io sa r o g a n l i : U lque ea n o n te n e a s , t u la r e p u ls a tu a e s t. Nec m ih i s u c c e n s e , to tie s si c a rm in e n o s tr o , Quod fa c is , u t fa c ia s, te q u e i m i te r e , ro g o . F o rtib u s a d s u e v it tu b ic e u p ro d e s s e , s u o q u e Dux b e n c p u g n a n te s i n c i t â t o r e v iro s . N ota tu a e s t p r o b ita s , t e s t a ta q u e te m p u s in o m n e : S it v ir tu s e lia m n o n p r o b ita te m in o r . Non t ib i A m azonia e s t p ro m e s u m e n d a s e c u r is , A ut e x c isa levi p e lla g e re n d a m a n u . N um en a d o ra n d u m e s t; n o n u t m ih i liâ t a m ic u m , Sed s it u t ir a l u m , q u a m f u it a n te , m in u s . G ratia si n u lla e s t, lac ry m æ tib i g r a tia l ie n t : H ac p o tes, a u t n u lla , p a r t e m o v e re Deos. Quæ tib i n e d e s in t, b e n e p e r m a la n o s tr a c a v e tu r ; M eque v iro íle n d i co p ia d iv e s a d e st. L i v n » n i , LETTIîE I. 369 est ma destinée, que jam ais peut-être tu ne cesseras de pleurer : voilà les richesses que t’assure ma fortune. S’il fallait, ce qu a Dieu ne plaise, racheter ma vie aux dépens de la tienne, l’épouse d’A dm èle serait le m odèle que tu suivrais. Tu deviendrais rivale de Pénélope, si, par un chaste artifice, tu voulais, épouse fidèle, trom per des prétendants trop em pressés. Si tu devais suivre dans la tom be les m ânes de ton époux, tu m archerais sur les traces de Laodam ie. Tu aurais devant les yeux l’exem ple de la fille d’Iphie, si tu voulais livrer ton corps géné reux aux flam m es de m on bûcher. Mais tu n ’as besoin ni de la m ort, n i de la toile de la fille d’Icarius; il faut que ta voix im plore la fem m e de César, elle dont la vertu ne perm et pas que les prem iers âges ravissent à notre siècle la palme de la chasteté, elle qui, un issan t la beauté de Vénus aux vertus de Junon, seule fut trouvée digne de la couche d’un dieu. Pourquoi trem bler? pourquoi craindre de l’aborder? Ce n ’est pas l ’im pie Progné, ou la fille d’Æ etès que ta voix doit fléchir; ni les brus d’Égyptus, ni la cruelle épouse d’A gam em non; ni Scylla dont les flancs épouvantent les ond es de Sicile; ni la m ère de Tele- U tq u e m eæ r e s s u n t , o m n i, p u to , te m p o r e fle b is : H as f o r tu n a t ib i u o s tr a m in i s t r a t o p es. Si m e a m o rs r e d im e n d a tu a , q u o d a b o m in o r , e s se t, À d m e ti c o n ju x , q u a m s e q u e r e r is , e r a t . Æ m u la P e n e lo p e s fie res, si f ra u d e p u d ic a I n s ta n te s v e lle s fa lle re n u p ta p ro co s. Si cornes e x s tin c ti m â n e s s e q u e r e r e m a r iti, E s s e t d ux f a c ti L ao d a m ia tu i. Ip h ia s a n te o c u lo s t ib i e r a t p o n e n d a , v o le n ti C o rp u s in a c ce n so s m it te r e fo rte ro g o s. N il o p u s e s t leto , n il I c a r io tid e t e l a ; C æ saris a t c o n ju x o r e p r e c a n d a t u o ; Q uæ p r æ s ta t v i r t u te s u a , n e p r is c a v e tu s ta s L a u d e p u d ic itiæ sæ cu la n o s tr a p r e m a t; Q uæ V e n e ris fo rm a m , m o re s J u n o n is h a b e n d o , Sola e s t c œ le s ti d ig n a r e p e r ta to r o . Q u id t r é p i d a s ? q u id a d ir é tim e s ? n o n im p ia P ro g n e , F ilia v e Æ e tæ voce m o v e n d a t u a est; N ec n u r u s Æ gy p ti, n e c sæ va A g a m e m n o n is u x o r, S c y lla q u e , q u æ S ic u la s in g u in e t e r r e t a q u a s; î[. 370 PONTIQUES. gonus, habile à donner aux hom m es de nouvelles form es; ni Méduse dont les cheveux sont entrelacés de serpents ; m ais c ’est la prem ière entre toutes les fem m es, et par elle la Fortune nous prouve qu’elle a des yeux, el qu’on l ’accuse à tort d’être aveugle : le m onde entier, du couchant à l ’aurore, ne renferm e rien de plus grand, excepté César. Il te faut choisir, épier longtem ps le m om ent propre à l’im plorer, de peur que ton navire, en sortant du port, ne trouve une m er en courroux. Les oracles des dieux ne rendent pas toujours des réponses ; les tem ples m êm e ne sont pas ouverts en tout tem ps. Quand la ville sera dans l ’état où sans doute elle est m aintenant, quand aucune souffrance n ’altérera les traits des citoyens, quand la m aison d’Auguste, digne des m êm es honneurs que le Capitole, sera, com m e aujourd’hui (et p u isse -t-elle l ’être toujou rs!), au m ilieu de l’allégresse et de la paix; alors fassent les dieux que tu trouves un libre accès! alors ne doute pas du succès de tes paroles. Si quelque soin im portant l ’occu pe, diffère ta dém arche, et ne va pas, par ton em pressem en t, renverser mes espérances. Je ne t’engage pas non plus à attendre qu’elle soit entièrem ent libre ; à p eine a-t-elle le loisir de son ger à sa T e le g o n iv e p a r e n s v e r t e n d is n a t a f i g u r i s , N exave n o d o s a s a n g u e M ed u sa c o m a s. F e m in a se d p r in c e p s , in q u a F o r tu n a v id e r a Se p r o b a t, e t cæ cæ c rim in a falsa t u l i t : Qua n i h il in t e r r is , ad fin e m S o lis a b o r tu C la riu s , e x c e p te C æ s a re , m u n d u s h a b e t. E ligito tem pus captatum sæ pe rogandi, E x e a t a d v e rs a n e t u a n a v is a q u a . N on s e m p e r s a c r a s re d d u n t. o r a c u la s o r t e s ; lp s a q u e n o n o m n i t e m p o r e fan a p a te n t . Q uum s ta tu s u r b is e r i t , q u a le m n u n c a u g u r o r e s se , E t n u llu s p o p u li c o n t r a h e t o r a d o lo r; Q uum d o m u s A u g u s ti, C a p ito li m o re c o le n d a , L æ ta , q u o d e s t , e t s it , p le n a q u e p a c is e r i t ; T u m tib i Dî f a c ia n t a d e u n d i c o p ia f ia t; P r o fe c tu ra a liq u id tu m tu a v e rb a p u t a . S i q u id a g e t m a ju s , d iff e r t u a c œ p ta ; c a v eq u e Spem f e s tin a n d o p r æ c ip ita r e m e a m . N e c r u r s u s ju b e o , d u m s it v a c u is s im a , q u æ r a s : C o rp o ris a d c u ltu m v ix v a c a t ilia s u i. 371 i ji v n r j n i , L E T T R E I. parure. Quand le palais serait entouré des vénérables sénateurs, il faut que tu pénètres à travers tous les obstacles. Lorsque enfin tu seras arrivée en présence de cette autre Junon, n'oublie pas le rôle que tu as à soutenir. N’excuse pas ma faute : une m auvaise cause a besoin du silen ce ; que tes paroles ne soient que d ’ar dentes prières. Alors, ne retiens plus les larm es, et, prosternée aux pieds de l’Im m ortelle, tends vers elle tes bras suppliants; puis ne dem ande qu’une seule chose : que je sois éloigné d’un ennem i barbare ; qu’il me suffise d’avoir la Fortune pour en n e m ie. Bien d ’autres idées se présentent à m on esprit ; m ais, déjà troublée par la crainte, à peine tes lèvres trem blantes pourrontelles prononcer ce peu de m ots. Je ne crains pas que ce trouble te nuise : il faut qu’elle sente que tu redoutes sa m ajesté. Quand tes paroles seraient entrecoupées de sanglots, ma cause n ’en souffrirait pas : parfois les larm es ne sont pas m oins puissantes que les paroles. Fais encore que ta dém arche soit favorisée par un jour heu reux, par un e heure convenable, et p a rd eb o n s présages; m ais, avant tout, allum ant le feu sur les saints autels, offre de l’en cens et un vin pur à tous les grands dieux, et que ces honneurs C u ria q u u m p a lr ib u s f u e r i t s tip a ta v e re n d is , P e r r e r u r a tu r b a m t u q u o q u e o p o r te t ea s. Q u u m t ib i c o n tig e r it v u llu m J u n o n is a d ir é , F a c sis p e rs o n æ , q u a m tu e a r e , m e m o r . N ec fa c tu m d e le n d e m e u m ; m a la c a u sa s ilc n d a e s t : N il n is i s o llic itæ s i n t tu a v e rb a p r e c e s . T u m la c r y m is d e m e n d a r a o r a e s t, s u b m is s a q u e t e r r æ Ad n o n m o rta le s b r a c h ia te n d e p e d e s. T u m p c te n il a liu d , sævo n is i ab h o s te re c e d a m : H o stem F o r tu n a m s it s a tis esse m ih i. P lu ra q u id e m s u b e u n t ; se d ja m tu r b a t a tim o ré Hæc q u o q u e vix p o te r is o r e tr e m e n t e lo q u i. S u s p ic o r h o c d a m n o tib i n o n f o r e ; s e n lia t ilia T e m a je s ta te m p e r tim u is s e s u a m . N ec tu a si fle tu s c in d a n t u r v e rb a , n o c e b it : I n te r d u m la c ry m æ p o n d é ra v o cis h a b e n t. Lux e tia m c œ p tis fa c ito b o u a ta lib u s a d s it, H o ra q u e c o n v e n ie n s , a u s p ic iu m q u e lav e n s. S ed p r iu s im p o s ito s a n c tis a lta r ib u s ig n i, T u r a f e r a d m ag n o s v in a q u e p u r a Deos. 372 ru ix iiy u u o . s ’adressent de préférence à A uguste, à son fils pieux, à la com pagne de sa couche. Puissent-ils avoir pour toi leur douceur accoutum ée, et regarder tes larm es d’un œ il bienveillant! LETTRE DEUXIÈME A COTTA ARGUMENT I l e x c u s e s e s a m i s , q u i l ’o n t a b a n d o n n é p a r c r a i n t e e t n o n p a r h a in e . 1 c é lè b r e la t e n d r e c o n s ta n c e d e q u e l q u e s - u n s d ’e n t r e e u x , s u r t o u t d e C o tta , d o n t le s n o m s p a s s e r o n t à la p o s t é r i t é , c o m m e c e u x d 'O r e s te e t d e P y la d e . C e s vœ ux que je t’envoie dans ma lettre, Cotta, p u issen t-ils se réaliser, et ne pas trom per m on espoir! Ta santé, en effet, est un grand soulagem ent pour m es m aux; c’est la santé de la m eil leure partie de m oi-m êm e. Lorsque d’autres, cédant à l ’orage, E q u ib u s a n te o m n e s A u g u s tu m n u m e n a d o ra , P r o g e n ie m q u e p ia m , p a rtic ip e m q u e to ri. S in t u tin a m m ite s s o lito t ib i m o re , tu a s q u e N on d u r is la c ry m a s v u ltib u s a d s p ic ia n t. EPISTOLA SECUNDA COTTÆ ARGUM ENTUM Excusât am icos, qui m etu d ed erin t terg n, non odio ; aliorum , et in b is C oltæ p ielalera e t constantiam célébrât, cum laude O restis e t Pyladis, itu ra m ad p o stero s. Quak leg is a n o b is m is s a m t ib i , C o tta , s a lu lc m , Missa s it u t v e re , p c rv e n ia tq u e , p re c o r. N a m q u e m e is sospes m u ltu m c r u c ia tib u s a u f e r s , U tque s it e n o b is p a rs b o n a sa lv a , facis. LIVRE I I I , L E T T R E II. 373 abandonnent m es voiles à la fureur du vent, tu restes com m e la dernière ancre de m on vaisseau fracassé : elle m ’est douce, ton am itié. Je pardonne à ceux qui m ’ont tourné le dos avec la for tune. La foudre, lors m êm e qu’elle ne frappe qu’un seul hom m e, en épouvante plus d’un ; l’effroi saisit la foule autour de celui q u elle atteint. Quand un m ur m enace ruine, une crainte in quiète rend déserts les lieux qui l ’environnent. Quel est l’hom m e tim ide qui ne fuit l ’abord contagieux d’un m alade, de peur de gagner son m al en l ’approchant ! Et moi aussi, c’est par un excès de crainte et de terreur, et non par haine, que q u elq uesun s de m es am is m’ont abandonné; ce n ’est n i la tendresse, ni le désir de m e servir, qui leur a m anqué : ils ont redouté la co lère des dieux. S’ils peuvent paraître trop prudents et trop craintifs, ils n ’ont pas m érité d’être appelés m échants. Mais c’est m a bonté qui excuse ainsi des am is qui m e sont chers, et cherche à les laver de tout reproche à m on égard. Qu’ils soient contents de cette indulgence ; ils pourront dire que leur con duite est justifiée m êm e par m on tém oignage. Q u u m q u e la b e n t a lii, j a c ta ta q u e v e la r e l i n q u a n t , T u lac e ræ r e m a n e s a n c h o r a so la r a t i . G ra ta t u a e s t i g i t u r p ie ta s : ig n o s c im u s illis , Q ui c u m f o rtu n a t e r g a d e d e re fu g æ . Q u u m f e r i a n t u n u m , n o n u n u m fu lm in a t e r r e n t , J u n c ta q u e p e rc u s s o t u r b a p a v e re s o le t ; Q u u m q u e d é d it p a rie s v e n tu r æ s ig n a r u in æ , S o llicito v a c u u s fit lo c u s ille m e tu . Q uis n o n e tim id is æ g ri c o n ta g ia v ita t, V ic in u m m e tu e n s n e t r a h a t in d e m a lu m ? Me q u o q u e a in ic o ru m n im io t e r r o r e m e tu q u e , N on o d io , q u id a m d e s ti tu e r e m ei. N on illis p ie ta s , n on o flic io sa v o lu n ta s D e fu it : a d v e rs o s e x tim u e r e D eos. U tque m a g is c a u ti p o s s u n t tim id iq u e v id e ri, S ic a d p e lla r i n o n m e r u e r e m a li. A t m e u s e x c u sâ t c a ro s ita c a n d o r am ico s, U tq u e h a h e a n l d e m e c rim in a n u lla , favet. S in t b a c c o n te n ti v e n ia , s ig n e n tq u e lic e b it P u r g a r i f a c tu m , m e q u o q u e t e s t e , s u u m . 374 PONTIQUES. Mais toi, et un petit nom bre d’am is plus généreux, vous avez regardé com m e une honte de ne m e donner aucun secours dans ma détresse; aussi le souvenir de vos bienfaits ne périra-t-il que lorsque m on corps consum é sera réduit en cendres. Que dis-je? il vivra plus longtem ps que m oi, si toutefois m es vers sont transm is à la postérité. Le bûcher réclam e les corps privés de la vie; mais la gloire et la renom m ée se dérobent à ses flam m es. Thésée est m ort, ainsi que le com pagnon d’O reste; et tous deux cependant vivent encore par le souvenir de leurs belles actions. Vous aussi, nos derniers neveux répéteront vos louanges, et m es vers assureront votre gloire. Ici déjà les Saurom ates et les Gètes vous connaissent, et ces hordes barbares applaudis sent à tant de générosité. Naguère, com m e je leur parlais de votre am itié intègre (car j ’ai appris à parler gète et sarm ate), un vieillard qui se trouvait par hasard au nom bre de m es audi teurs répondit en ces term es à m es récits : « Étranger, nous aussi, nous connaissons fort bien le nom de l'am itié; nous qui, loin de vos contrées, habitons les bords gla- P ars estis pauci potior, qui rebus in arctis F erre m ihi nullam tu rp e p u tastis opem . T u n c i g it u r m c r iti m o r i c tu r g r a t i a v e s tr i, Q uum c in is a b s u m to c o rp o r e fa c tu s e ro . F allor, e t illa meae s u p e r a b i t té m p o r a vitae, Si ta rn e n a m e m o ri p o s te r it a te le g a r . C o rp o ra d e b e n tu r m oestis e x s a n g u ia b u s ti s : E ffu g iu n t s tr u c lo s n o m e n h o n o r q u e ro g o s . O cciilit e t T h e s e u s, e t q u i c o m ita v it O r e s le n : Sed ta r n e n in la u d e s v iv it u t e r q u e s u a s. Vos e tia m s e ri la u d a b u n t saepe n e p o te s , C la ra q u e e r i t s c rip tis g lo ria v e s tr a m e is . Ilic q u o q u e S au ro m atae ja m v os n o v e re , G etaeque, E t ta le s á n im o s b a rb a r a t u r b a p r o b a t. Q u u m q u e ego d e v e s tr a n u p e r p r o b ita te r e f e r r e m , N a m d id ic i G etice S a r m a tic e q u e lo q u i, F o rle senex q u id a m , coetu q u u m s t a r e t in illo , R e d d id it a d n o s tro s la lia v e rb a s o n o s : « Nos q u o q u e am icitiae n o m e n b e n e n o v im u s , h o s p e s, . Quos p ro c u l a v o b is f rig id u s l s t e r h a b e t. LIVRE I I I , LETTRE II. 375 ces de l’Ister. 11 y a dans la Scythie une région que nos ancêtres ont nom m ée Tauride, et qui n ’est pas très-loin de la terre des G ètes; c’est là que je su is n é, et je ne rougis pas de m a patrie. On y adore la déesse sœ ur d’Apollon. Le tem ple subsiste encore aujourd’hu i, soutenu par d’im m en ses colonnes; on y m onte par quarante degrés. On d it que dans ce tem ple était un e statue de la d ivinité; et ce qui le prouve, c’est que la base qui portait la déesse est encore debout. L’autel qui jadis avait la blancheur de la pierre dont il était form é, a perdu sa couleur, rougi par le sang qui l’arrosa. Une fem m e préside aux sacrifices; étrangère aux torches de l ’hym en, elle surpasse en noblesse les filles de la Scythie. La loi des sacrifices établis par un ancien, usage veut que tout étranger y tom be, frappé par le couteau de la prêtresse. Thoas, illustre sur les bords des Palus-M éotides, fut roi de cette contrée; aucun autre ne fut plus célèbre sur les rives de l ’Euxin. Sous son règn e, je ne sais quelle vierge, nom m ée Iphigénie, traversa, d it-on , la plaine fluide des airs. On croit que, portée sous les n u es par les vents légers, elle franchit les m ers, et fut déposée par Diane dans ces lieu x. Depuis plusieurs années elle E s tlo c u s in S c y th ia , T a u ro s d ix e r e p r io r e s , Qui G etica lo n g e n o n ita d is ta t h u m o . H ac ego s u m t e r r a , p a tr iæ n e c p œ n i t e t , o r tu s . C o n s o rte m P h œ b i g e n s c o lit ilia Deam . T e m p la m a n e n t h o d i e v a s t is in n ix a c o lu m n is ; P e r q u e q u a te r d e n o s i t u r i n ilia g ra d u s . F a m a r e f e r t , illic s ig n u m c œ le ste f u is s e : Q uo q u e m in u s d u b ite s , s ta t b a sis o rb a Dea. A ra q u e , q u æ f u e r a t n a tu r a c a n d id a s a x i, D eco lo r a d fu so tin c t a c r u o r e r u h e t . F e rn in a s a c ra f a c it, tæ d æ n o n n o ta ju g a li, Quæ s u p e r a t S c ythicas n o b ilita te n u r u s . S acrificî g e n u s e s t, s ic i n s t i t u e r e p r io r e s , A d v e n a v irg in e o c æ s u s u t e n s e c a d a t. R é g n a T h o a s h a b u it , M æ o tid e c la r u s in o r a , N ec f u it E u x in is n o tio r a lt e r a q u is . S c e p lr a t e n e n t e illo , liq u id a s fec isse p e r a u ra s N escio q u a m d ic u n t Ip h ig e n ia m i l e r Q uam le v ib u s v e n tis s u b n u b e p e r æ q u o ra v e c ta m C r e d itu r h is P h œ b e d e p o s u is s e lo cis. 376 PONTIQUES. présidait selon les rites au tem ple de la déesse, prêtant à regret sa m ain à ces tristes sacrifices, quand, sur un navire aux vodes rapides, arrivent deux jeunes étrangers qui débarquent sur nos rivages. Us avaient m êm e âge, m êm e am itié : l’un était Oreste, l’autre Pylade ; la renom m ée conserve leurs nom s. Aussitôt on les conduit à l’autel barbare de Diane, les m ains attachées der rière le dos. La prêtresse grecque répand sur les captifs l'eau lustrale, pour ceindre ensuite leur blonde chevelure d’une lo n gue bandelette. Pendant qu’elle prépare le sacrifice, q u e lle voile leurs tem pes du bandeau sacré, et qu’elle trouve toujours de nouveaux prétextes de retard : « Ce n ’est pas m oi qui su is cru elle; « jeunes étrangers, pardonnez, leur dit-elle : c ’est cette terre « qui ordonne ces sacrifices plus barbares qu’elle-m êm e : tels « sont les rites de ce peuple. C ependant, de quelle ville v en ez« vous? où vous conduisait votre poupe m alheureuse? » Elle dit; et, entendant le nom de sa patrie, la vierge pieuse apprend qu’ils sont nés dans les m êm es m urs qu’elle. « Que l’un de vou s, dit— « elle alors, tombe im m olé devant l’autel; que l ’autre en porte « le m essage au séjour de vos p ères. » Pylade, résolu à la m ort, P r æ f u e ra t te m p lo m u lto s ea r it e p e r a n n o s , I n v ita p e ra g e n s t r is tia s a cra m a n u , Q uum d u o v e lite ra ju v e n e s v e n e re c a n n a , P r e s s e r u n tq u e su o lito ra n o s tr a p e d e . P a r f u it h is æ ta s , e t a m o r : q u o r u m a ll e r O re s te s , A lte r e r a t Pylades*. n o m in a fa m a t e u e t. P r o tin u s im m ite m T riv iæ d u c u n tu r a d a ra m , E v in c ti g e m m a s a d s u a te r g a m a n u s . S p a r g it a q u a c a p to s l u s tr a li G raia s a c e rd o s , A m b iat u t fu lv a s in fu la lo n g a co m as. D u m q u e p a r a t s a c r u m , d u m v e la t te m p o r a v iltis , D um ta r d æ c a u sa s in v e n it u s q u e m o ræ : « N on ego c ru d e lis , ju v e n e s ig n o sc ite , d ix it ; « a c ra su o facio b a r b a r io r a lo c o . « R itu s is e s t g e n tis : q u a vos tartie n u r b e v e n itis ? « Quove p a ru m fa u s ta p u p p e p e tis tis ite i ? » D ix it; e t, a u d ito p a tr iæ p ia n o m in e v i r g o , C onsortes urb is com perit esse suæ . « A lte r a t e v o b is, i n q u it , c a d a t h o s tia s a c r i, « Ad p a tr ia s seiles n u n l iu s a lt e r e a t . » LIVRE I I I , L E T TR E II. 377 presse son cher Oreste de partir. Oreste refuse; ils veulent m ou rir l’un pour l ’autre. Alors, pour la prem ière fois, ils ne furent point d’accord. Du reste, aucun différend ne troubla jam ais leur union. Pendant que ce généreux com bat de l’am itié occupe les jeunes étrangers, ‘elle trace quelques lignes adressées à son frère : elle donnait un m essage pour son frère, et celui qui le recevait, adm irez les hasards de la vie hum aine, c ’était son frère lu i-m êm e. Aussitôt ils enlèvent du tem ple la statue de Diane, et secrètem ent un navire les em porte à travers l’im m ensité des m ers. Bien des années se sont écou lées depuis, et cependant l’adm irable attachem ent de ces jeunes cœ urs conserve encore aujourd’hui une grande renom m ée dans la Scythie. » Quand il eut raconté ce fait célèbre dans ces contrées, tous applaudirent à cette conduite, à cette pieuse fidélité. C’est que sur c es bords, les plus sauvages du m onde, le nom de l ’am itié touche aussi les cœ urs des Barbares eux-m êm es. Que ne devezvous pas faire, vous, nés dans la capitale de l’Ausonie, puisque les Gètes farouches sont sensibles à de sem blables traits ? D’ail leurs ton cœ ur fut toujours tendre, et ta haute naissance se r é I r e j u b e t P ylades c a ru m p e r i t u r u s O re s te n : Ilic n e g a t; in q u e v icem p u g n a t u l e r q u e m o ri. E x > titit hoc u n u in , q u o n o n c o n v e n e r il illis , C e te ra p a r c o n ç o is e t s in e l il e fu it. Dum p e r a g u n t p u lc h r i ju v e n e s c e rta m e n a m o ris, Ad f ra trc m s c rip ta s e x a ra t ilia n o ta s : Ad f r a t r e m m a n d a ta d a b a t, c u iq u e ill a d a b a n l u r llu m a n o s c a su s a d s p ic e , f r a t e r e r a t. N e c m o r a ; de tem p lo r u p iu n t s im u la c ra D ianæ , C la m q u e p e r im m e n s a s p u p p e f e r u n t u r a q u a s . M irus a m o r ju v e n u m , q u a m v is a b ie r e t ô t a n n i, I n S c y lh i a m a g n u m n u n c q u o q u e n o m e n h a b e t. » F abula n a r r a t a e s t p o s t q u a m v u l g a r i s a b ill o , L a u d a r u n t o m n e s fac ta p ia m q u e fid e m . S c ilic e t b a c e tia m , q u a n u lla fe ro c io r, o ra N om en a m ic itiæ b a r b a r a c o rd a m o v e t. Q uid l'a c e re A u sonia g e n iti d e b e tis in u r b e , Q uum ta n g a n t d iro s ta lia fa c ta G e ta s ? A dde, q u o d e s t a n im u s s e m p e r tib i m itis , e t a ltæ I n d ic iu m m o re s n o b ilita lis h a b e n t; 57 8 PONTIQUES. vêle dans ton caractère. Il ne serait désavoué ni par W e su s , d’où descend la famille de ton père; ni par Num a, ton ancêtre m aternel : ils s’applaudiraient d’être alliés par toi à la famille, des Cotla, dont sans toi le nom antique allait périr. Digne héri tier de celte suite d’aïeux, songe qu’il sied aiix vertus de la fa m ille de secourir un am i m alheureux. LETTRE TROISIÈME A FABIUS MAXIME ARGUMENT C e tte l e t t r e c o n t i e n t l ’é lé g a n t r é c i t d ’u n s o n g e o ù l'A m o u r a p p a r a i t a u p o è te , q u i J u i r e p r o c h e d 'a v o ir d o n n é à s o n m a î t r e u n t r i s t e s a l a i r e d e s e s le ç o n s . L 'A m o u r lu i p r o m e t q u e la c o lè r e d e C é s a r s ’a p a i s e r a . L e p o è te n e d o u te p a s q u e F a b iu s n ’in te r c è d e e n s a f a v e u r . Si tu peux donner quelques instants à un am i exilé, Maxime, astre brillant de la fam ille des Fabius, écoute-m oi : je te ra co n Quos V olesus p a tr ii c o g n o sca t n o m in is a u c to r ; Q uos N um a m a te rn u s n o n n e g e t e s se su o s , A d je c tiq u e p r o b e n t g e n itiv a a d n o m in a C o ttæ , Si tu n o n e sse s, i n t e r i t u r a d o m u s. D igne v ir h a c s e rie , la p so s u c c u r r e r e am ic o C o n v en ien s is tis m o rib u s e s s e p u ta . E P I S T OL A . T E R T I A FA B IO MAXIMO ARGUMENTUM Elcganti fictione relert, per quietem sibi adparuisse Cupid inem, et a se reprehensum, quod malam sibi xnagistro suo mercedem redidisset, poliicitum, lore ut Caesaris ira mitescat. Neque dubitat poeta, quin supplicem juvare vclit Fabius. Si vacat cxiguum profugo dare tcm pus amico, 0 sidus Fabiæ, Maxime, gentis, ades : LIVRE I I I , L ET TR E III. 370 ' terai ce que j ’ai vu, soit que ce fût une om bre vaine, ou un être réel, ou seulem ent un songe. C’était la nuit, et, à travers les deux baltants de m es fenêtres, la lune pénétrait brillante et sous la form e qu’elle prend vers le m ilieu du m ois. J’étais plongé dans le som m eil, le repos com m un des sou cis, et m es m em bres étaient languissam m ent éten dus dans m on lit, quand tout à coup l’air frém it, agité par des ailes, et ma fenêtre, légèrem ent secouée, fit entendre com m e un faible gém issem ent. Effrayé, je m e relève, appuyé sur le bras gauche; et le som m eil s’enfuit, chassé par m es alarm es. L’Amour était devant m oi, ruais non sous les traits qu’il avait jadis : triste, abattu, sa m ain gauche s’appuyait sur un bâton d’érable; il n ’a vait ni collier autour du cou, ni réseau sur la tête; sa chevelure n ’était pas, com m e autrefois, disposée avec grâce; ses cheveux en désordre pendaient négligem m ent sur son visage; et à m es yeux s’offre une aile h érissée, com m e serait le plum age d’une colom be aérienne que plu sieu rs m ains auraient froissé. Aussitôt que je l ’eus reconn u, car nu! n ’est plus connu de m oi, ma lan gue sans aucune crainte lui adressa ces m ots : D um lib i q u æ vidi r e f e r a m ; se u c o rp o ris u m b ra , S eu v e ri s p e c ie s , s e u f u it ille so p o r. Nox e r a t : e t b ifo re s i n tr a b a t L u n a f e n e s tra s , M ense f e r e m e d io q u a n ta n i te r e so le t. P u b l i a m e r e q u ie s c u r a r u m s o m n u s h a b e b a t, F u s a q u e e r a n t to to la n g u id a m e m b r a to ro , Q u u m s u b ito p e n n is a g ita tu s i n h o r r u i t a e r, E t g e m u it p a rv o m o ta f e n e s tra sono. T e r r i tu s in c u b itu m re le v o m e a m e m b r a s in i s tr u m , P u ls u s e t e tre p id o p e c to r e so m n u s a b it. S ta b a t A m or v u ltu , n o n q u o p r iu s e s se s o le b a t, F u lc r a te n e n s læ v a tri s ti s a c e rn a m a n u ; N ec to r q u e m collo, n e c h a b e n s c iin a le c ap illis, N ec b e n e d isp o s ita s c o m tu s , u t a n te , c o m a s. I lo r r id a p e n d e b a n t m o lle s s u p e r o r a c a p illi ; E t v isa e s t o c u lis h o r rid a p e n n a m e is . Q ualis in a e riæ te r g o s o le t esse c o lu m b æ , T r a c ta n tu m m u ltæ q u a m te tig e r e m a n u s . H u n e , s im u l a g n o v i, n e q u e e n im m ih i n o tio r a ll e r , T a lib u s a d fa ta e s t lib é ra lin g u a s o n is : 380 PONTIQUES. « Enfant, qui, trom pant ton m aître, as causé son exil, toi que je n ’aurais jam ais dû form er par m es leçon s, tu es donc venu jusque dans ces lieux où la paix ne régne en aucun tem ps, dans ces contrées barbares, où les glaces enchaînent les ondes de J’Isler! Pourquoi ce voyage, si ce n ’est pour être tém oin de m es maux? Ces m aux, si tu l’ignores, te rendent odieux. C’est toi qui d'abord m ’inspiras des vers folâtres; sou s tes auspices, j ’entre m êlai l’hexam ètre et le vers de cinq pieds. Tu ne m ’as pas per m is de m élever jusqu’au ton du poète de M éonie, ni de chanter les exploits des grands capitaines. Mon génie n’avait pas grande vigueur, peut-être; il en avait pourtant : ton arc et ton flam beau l’ont affaibli; car pendant que je chantais ton em pire et celui de ta m ère, m on esprit ne pouvait songer à des œ uvres plus rele vées. Ce ne fut pas assez : in sen sé, j ’ai fait d’autres vers encore, afin que, par m es leçons, tu devinsses plu s habile. Voilà, m al heureux que je suis ! ce qui m ’a valu l’exil pour récom pense, et cet exil au bout du m onde, dans des lieu x d’où la paix est bannie ! Tel ne fut pas envers Orphée, E um olpus, fils deC hioné; tel ne fut pas Olympus envers le Satyre de Phrygie; telle ne fut a 0 p u e r , e x s ilii d e c e p to c a u sa m a g is tr o , Q uem f u it u tiliu s n o n d o c u isse m ih i! IIuc q u o q u e v e n is ti, p a s e s t u b i te m p o re n u llo , E t c o it a d s tr ic tis b a r b a r u s I s t e r a q u is ? Quæ t ib i ca u sa v iæ ? n is i u ti m ala n o s tr a v id e r e s ? Quæ s u n t, si n e scis, in v id io sa tib i . T u m ih i d ic ta s ti ju v e n ilia c a rm in a p r im u s : A dposui se n is, te d u c e , q u i n q u e p e d e s. Nec m e M æonio c o n s u rg e r e c a rm in é , n e c m e D icere m a g n o ru m p a s su s es a c ta d u c u m . F o r s ita n e x ig u a s , a liq u a s ta m e n , a rc u s e t ig n is I n g e n ii v ire s c o m m in u e re m ei. N am que ego d u in c a n to tu a ré g n a , tu æ q u e p a r e n t is , ln n u llu m m ea m e n s g r a n d e v a c av it o p u s. Nec s a tis id f u e r a t ; s tu l tu s q u o q u e c a rm in a fec i, A rtib u s u t p o sses n o n r u d is e s se m e is ; P ro q u ib u s e x s iliu m m is e ro Id q u o q u e in e x tr e m is , At n o n C h io n id e s E u m o lp u s In P h rv g a n e c S a ty ru m m ih i r e d d ita m e rc e s : e t s in e p a c e, lo cis. in O rp h e a t a l i s ; ta lis O ly m p u s e r a t : LIVRE I I I , LETTRE III. 381 pas la récom pense que Chiron reçut d’A chille, et l ’on ne dit pas que Numa ait persécuté Pythagore. Et, pour ne pas rappeler tous ces nom s choisis dans la suite des âges, seul je dois m a perte à m on disciple. Je le donnais des arm es, je t’instruisais, enfant folâtre ; et voilà le prix que ton maître reçoit de son ,élève! ï u le sais cependant, et tu pourrais le jurer avec certitude, jam ais je n’essayai de troubler de légitim es nœ uds. J’ai écrit pour celldfe dont une bandelette n ’entoure pas la chaste chevelure, dont une longue robe ne couvre point les pieds. Dis-moi, je te prie, quand t’ai-je appris par m es leçons à séduire une épouse, et à rendre incertaine l’origine des enfants? N’ai-je pas rigoureusem ent in terdit m es livres à toutes les fem m es, à qui la loi défend un com m erce clandestin? A quoi cela m e sert-il pourtant, si l ’on m ’accuse d’avoir, dans m es écrits, favorisé l’adultère que pro hibe une loi sévère? Mais, je t’en supplie, et si tu m ’exauces, que rien ne résiste à tes flèches ! que jam ais ne s’éteigne le feu ra pide de tes torches ! que l ’em pire et tout l’univers soum is obéis sent à César, ton neveu, puisque Énée est ton frère! Fais en sorte P ræ m ia n e c C h iro n a b A ch illi ta lia c e p it, P jth a g o r æ q u e f e r u n t n o n n o c u is s e N u m a m . N o m in a n e u r e f e r a m lo n g u m c o lle c ta p e r æ v u m , D isc íp u lo p e rii s o lu s a b ip s e m eo . D um d a m u s a rm a tib i, d u m te , la s c iv e , d o c e m u s , H æ c te d is c íp u lo d o n a m a g is te r h a b e t. S eis ta m e n , u t liq u id o j u r a t u s d ic e r e p o ssis; N on m e le g ítim o s s o llic ita s s e to ro s . S c rip s im u s h æ c is t is , q u a r u m n e c v itta p ú d ic o s C o n tin g it c rin e s , n e c s to la lo n g a p e d e s . Die, p r e c o r , e c q u a n d o d id ic isti fa lle re n u p ta s , E t la c e r e in c e r tu m p e r m e a ju s s a g e n u s ? An s i t a b h is o m n is r ig i d e s u b m o ta iib e llis, Q u a m le v f u rtiv o s a r c e t h a b e re v iro s ? Q ui t a m e n hoc p r o d e s t, v e ti t i si le g e s e v e ra C re d o r a d u lt e r i i c o m p o s a s s e n o ta s ? At tu , sic b a b e a s f e r ie n te s c u n ó la s a g itla s ; Sic n u n q u a m r á p id o la m p a d e s ig n e v a c e n t; Sic r e g a t im p e r iu m , t e r r a s q u e c o e rc e a t o m n es C æ sar, a b Æ n e a q u i tib i f r a t r e n e p o s ; 382 PONTIQUES. que sa colère ne soit pas im placable, et qu’elle m e fasse expier ma faute dans un lieu m oins affreux. » C’est ainsi que je crus, parler à l ’enfant ailé; voici la réponse que je crus entendre : « Par les traits que lance m on flam beau, par les traits que lance m on arc, par ma m ère, par la tête d'Auguste, je le jure, fès leçons ne m ’ont rien appris que de légitim e, et dans ton Art il n ’est rien de coupable. Que ne peux-tu justifier égalem ent tout le reste! Tu sais qu’il est un autre grief qui te fut plus fu neste. Quel qu’il soit, car je ne dois pas rappeler ce m alheur, tu ne peux te dire innocent. Quand tu couvrirais ton crim e du nom spécieux d ’erreur, la colère de ton ju ge ne fut pas trop sévère. Cependant, pour te voir, pour te consoler dans ta disgrâce, m es ailes ont franchi des routes im m enses. J’ai vu ces lieux pour la prem ière fois, quand, à la dem ande de ma m ère, j ’ai percé de m es traits la jeune fille du Phase. Si je les revois aujourd’hui après tant de siècles, c’est pour toi, l’un des soldats les plus chers de toute m on arm ée. Bannis donc tes craintes ; la colère de César s’adou cira, un jour plus heureux viendra com bler tes vœ u x. Ne r e E fûce, s it n o b is n o n im p la c a b ilis ir a , M eque loco p le c ti c o m m o d io re v e lit. » Uæc e g o v is u s e ra m p u e ro d ix is s e v o lu c ri ; Hos v isu s n o b is ille d e d is s e s o n o s : « P er , inea tela, faces, e t për, mea tela, sagittas, P e r m a tr e m j u r o , G æ sare u m q u e c a p u t, N il, n is i c o n c e ssu m , n o s te d id ic iss e m a g is tr o , A rtib u s e t n u llu m c rim e n in e s s e t u is . U tque h oc, sic u tin a m d e f e n d e r e c e te r a p o s s e s ! Scis a liu d , q u o d te læ s e r it, e s se m a g is . Q u id q u id id e s t, n e q u e e n im d e b e t d o lo r ille r e f e r r i , N on p o te s a c u lp a d ic e r e a b e ss e tu a . T u lic e t e rrd i'is s u b im a g in e c rim e n o b u m b re s , N on g r a v io r m e r ito v in d ic is i r a fu it. Ut ta m e n a d s p ic e re m , c o n s o la r e r q u e ja c e n te m , L apsa p e r im m e n sa s e s t m ih i p e n n a v ias. Hæc loca tu in p r im u m v id i, q u u m m a t r e r o g a n te P h a sia s e s t te lis iixa p u e lla m e is . Quai nu ne c u r ite r u m p o st scecula lo n g a r e v is a m , T u facis, o c a s tr is m ile s a m ic e m e is . P o n e in c lu s i g itu r ; m ite s c e t C æ saris ira , E t v e n ie t v o tis m o llio r h o r a t u is . LIVRE II I, LET TRE II I . 583 doute pas un long retard : le tem ps que nous désirons appro che. Le triomphe du prince répand la joie dans tous les lieux. Quand sa fam ille en tière, et ses fils, et Livie leu r m ère sont dans l’allégresse; quand tu es heureux toi-m êm e, père auguste de la patrie et du triom phateur; quand le peuple te félicite, et que dans toute la ville l’encen s brûle sur les autels ; quand le tem ple le plus vénéré offre un accès facile, il faut espérer que nos prières auront quelque pouvoir. » Il dit, et disparut dans les airs; ou bien, dans ce m om ent, m es sens com m encèrent à s’éveiller. Avant de douter que tu n ’ap plaudisses à ces paroles, M axime, je croirais que les cygnes sont de la couleur de-M emnon. Mais non , le lait ne prend pas la couleur som bre de la poix; et l’ivoire éclatant de blancheur ne se change pas en térébinthe. Ta naissance est digne de ton ca ractère; car tu as le noble cœ ur et la loyauté d’H ercule. L’envie, ce vice des lâ c h e s, n ’entre pas dans un e âm e élevée, et com m e la vipère, il se cache et ram pe à terre. Ton grand cœ ur l’em porte encore sur ta naissance, et ton caractère n ’est pas a u dessous du nom que tu portes. A insi, que d ’autres tourm enN eve m o ra m tim e a s , te m p u s , q u o d q u æ r im u s , i n s t a t j G u n c ta q u e læ titiæ p le n a tri u m p h u s h a b e t. Dum d o m u s, e t n a ti , d u m m a te r L iv ia g a u d e t ; D um g a u d e s , p a tr i æ m a g n e d u c is q u e p a te r : D um t i b i g r a t a t u r p o p u lu s, to ta m q u e p e r u r b e m O m n is o d o r a tis ig n ib u s a r a c a le t ; D um fa c ile s a d itu s p r æ b e t v e n e ra b ile te m p lu m , S p e r a n d u m n o s tr a s p o sse v a le r e p r e c e s . Dix it ; e t a u t ille e st tenues dilapsus in auras, C œ p e ru n t s e n s u s a u t v ig ila re m ei. Si d u b itc m , q u i n h is fav e a s, o M axim e, d ic tis, M em nonio cycnos e s se c o lo r e p u te m . Sed n e q u e m u ta t u r n ig r a p ic e la c te u s h u m o r ; N ec, q u o d e r a t c a n d e n s , l it t e r e b io th u s , e b u r . C o n v e n ie n s a n im o g e n u s e s t t ib i ; n o b ile n a m q u e P e c tu s e t H e rc u læ s im p lic ita tis h a b e s. L iv o r, in e r s v itiu m , m o re s n o n e x it in a lto s , U tq u e la le n s im a v ip e ra s e rp it h u m o . M ens tu a s u b lim is s u p r a g e n u s e m in e t ip su m , G r a n d iu s in g e n io n e c t i b i n o m e n in e s t. 384 PONTI QUES. tent les m alheureux et se plaisent à se faire craindre, qu ils s'arm ent d’un aiguillon trem pé dans un fiel mordant; toi, lu sors d’une famille accoutum ée à protéger les suppliants. C es parm i eux que je te prie de m e com pter. LETTRE QUATRIÈME A R U F IN ARGUM ENT 11 r e c o m m a n d e à R u fin s o n p o è m e s u r le t r i o m p h e d e l ’ill y r i e . 11 a v o u e q u e s o n o u v r a g e e s t a u - d e s s o u s d u s u j e t ; m a i s l 'a f f a i b li s s e m e n t d e s o n g é n ie , s o n é lo i g n e m e n t d e R o m e , le s m a l h e u r s d e l'ex il-, l a n a t u r e m ê m e d e l ’é lé g ie , v o ilà c e q u i d o it l ’e x c u s e r . E n l in , i l p r é d i t à T i b è r e u n s e c o n d t r i o m p h e s u r la G e r m a n ie . T on Ovide t’envoie de la ville de Tom es ces lign es qui t’apporlent des vœ ux sincères; il te dem ande, Rufin, ta faveur pour E rg o a lii n o c e a n t m is e ris , o p te n tq u e tim e r i , T in c ta q u e m o rd a c i s p ic u la fe lle g é r a n t. At tu a s u p p lic ib u s d o m u s e s t a d s u e ta ju v a n d is : In q u o r u m n u m é r o m e p r e c o r e sse v elis. EP I STO LA QUART A ItU FINO ARGUM ENTUM Carmen su urn de triumpho Tiberii Illyrico commendat Rufino ; quod quidem exiguum esse fatetur ; sed tenuitate ingenui sui, absentia, exsilii calamitatibus, clogiæ ipsius indole exensandum esse docet. Ad ultimum, alterum quoque triumphum de Germants omina tur Tiberio. H,e c tib i n o n v a n a iu p o r ta n tia v e rb a s a lu te ir., Naso T o m ita n a m iltit ab u r b e t u u s ; TIVRE I I I , LET TRE IV. 585 son triomphe, si toutefois ce poëm e est déjà tom bé entre tes m ains. C’est un travail bien m odeste, bien au-d essou s de tout cet appareil solenn el; cependant, tel qu’il est, je te prie de le pro téger. La force se soutient par elle-m êm e et n’a pas besoin d’un Machaon ; le m alade, dans le danger, a recours à l’aide d’un m é decin. Les grands poëtes n ’ont pas besoin de lecteurs indulgents, ils captivent les plus rebelles et les plus d ifficiles; pour m oi, dont les longues souffrances ont affaibli le gén ie, ou qui peutêtre n’en eus jam ais, languissant et sans force, je ne m e sou tiens que par votre bonté. Si tu m e la retires, je croirai que tout m ’est ravi; et si tous m es ouvrages réclam ent l’appui d’une fa veur bienveillante, ce livre surtout a droit à l ’indulgence. Les autres poëtes furent tém oins des triom phes qu’ils ont décrits : c ’est quelque chose, que la m ain soit guidée par la m ém oire, et retrace ce qu’on a vu. Moi, je redis ces bruits publics que mon oreille avide a eu peine à saisir, et je n ’ai vu que par les yeux de la renom m ée. Eh quoi! les im pressions, l’enthousiasm e son t-ils donc les m êm es pour celui qui entend, et pour celui qui voit? Cet U tq u e su o fav eas m a n d a t, R u fin e, tr i u m p h o ; In v e s tra s v e n it si ta m e n ille m a n u s . E s t o p u s e x ig u u m , v a s li^ ju e p a r a t ib u s im p a r , Q u ale ta m e n c u m q u e e s t, u t t u e a r e ro g o . F irm a v a le n t p e r s e , n u llu m q u e M achaona qiio eru n t : Ad m e d ic a m d u b iu s c o n fu g it ¿ e g e ro p e m . N on o p u s e s t m a g n is p lac id o le c to re po etis Q u a m lib e t in v itu m d iflic ile m q u e te n e n t . Nos, q u ib u s in g e n iu m lo u g i m in u e r e la b o re s , A u t e lia m n u llu m fo rs ita n a n te fu it, V irib u s in firm i, v e s tr o c a n d o re v a le m u s : Q uem m ih i si d e m a s , o m n ia r a p ta p u te m , C u n c ta q u e q u u m m ea s in t p ro p e n s o n ix a fav o re , P raecip u u m veniac j u s lia b e t ille lib e r. S p e c ta tu m v a te s a lii s c rip s e re triu m p h u m . E s t a liq u id m e m o ri v isa n o ta r e m a n u . Nos ea vix av id a m v u lg o c a p ta ta p e r a u re m S c r ip s im u s , a tq u e o c u li fam a f u e re m ei. S c ilic e t a d fe c tu s s im ile s , a u t im p e tu s id e m , R e b u s a b a u d itis c o n s p ic u isq u e v e n it? T. i. l22 PONTIQUES. éclat de l’argent et de l’or, cette pourpre que vous avez vue, ce n ’est point là ce que m es yeux regrettent ; m ais le tableau des lieux, mais ces peuples représentés sou s.m ille form es diverses, m ais l ’image des com bats auraient nourri ma M use; et le visage des rois, car le visage est l’interprète de la m e , m ’aurait sans doute inspiré pour m on travail.L es applaudissem ents m êm es du peuple et ses joyeux transports, il n ’est pas de génie qu’ils ne p u issent échauffer : à ces bruyantes acclam ations, je m e serais sen ti la m êm e ardeur que le soldat novice, au son de la trom pette guer rière. Mon cœ ur fût-il plus froid que les n eiges, que la glace, que ces lieux m êm es où je lan gu is, la figure du triom phateur, debout sur son char d’ivoire, aurait ranim é m es sen s engourdis. Privé de ce spectacle, n’ayant pu recourir qu ’à des bruits incertains, j ’ai bien droit d’invoquer l’appui de votre faveur. J’ignorais les nom s des chefs, les nom s des lieu x; m a Muse connaissait à peine son sujet. Sur ce grand événem ent, que pouvait en effet m ’apprendre la renom m ée? que pouvait m ’écrire un ami? A insi, cher lecteur, j ’ai droit à ton indulgence, s’il m ’est échappé quelque erreur ou quelque oubli. 380 N ec n ito r a r g e n ti, q u e m v o s v id is tis , e t a u ri, Quod m ih i d e f u e r it , p u r p u r a q u e ilia , q u e r o r ; S ed lo ca , sed g e n te s fo rm a tæ m ille fig u ris N u tr îs s e n t c a rm e n , p r æ lia q u e ip sa , m e u m . E t r e g u in v u ltu s , c e rtis s im a p ig n o ra m e n tis , J u v is s e n t a liq u a f o rs ita n ill u d o p u s . P la u sib u s ex ip sis p o p u li, læ to q u e fa v o re , . In g e n iu m q u o d v is in c a lu is s e p o te s t. T a m q u e ego s u m s is se m t a l i c la n g o re v ig o re m , Q uam r u d is a u d ita m ile s a d a rm a tu b a . P e c to r a s in t n o b is n iv ib u s g la c ie q u e lic e b it, 111a A tq u e h o c , q u e m p a tio r , frig id io r a lo co , d u c is fac iè s, i n c u r r u s ta n tis e b u rn o , E x c u te r e t f r ig u s s e n s ib u s o m n e m eis. ilis ego d e fe c tu s, d u b iis q u e a u c to r ib u s u s u s , Ad v e s tr i v e n io j u r e fav o ris o p e m . Nec m ih i n o ta d u c u m , n ec s u n t m ih i n o ta lo c o ru m N om ina : m a le ria m vix h u b u e re m a n u s . P a rs q u o ta de t a n t i s r e b u s , q u a m fam a r e f e r r e , A ut a liq u is n o b is s c rib e re p o s s e t, e ra t? Quod m ag is, o le c to r, d e b e s ig n o s c e re , si q u id E r ra tu m e s t illic , p r æ t e r i tu m v e m ih i. LIV RE I I I , LETTRE IV. ' 387 D’ailleurs m a lyre, habituée aux plaintes éternelles de son m aître, ne s'est prêtée qu’avec peine aux accents de la joie. Après une si longue désuétude, les m ots heureux refusaient de s’offrir à m on esprit; la joie avait pour m oi quelque chose d’é trange : com m e les yeux peu accoutum és à la lum ière redoutent le soleil, de m êm e m on esprit n’osait se livrer à la joie. De plus, i f n ’est rien qui plaise autant que la nouveauté; un hom m age trop tardif n’obtient aucune faveur. Tous les vers que d’autres ont écrits à l’envi sur ce glorieux triom phe, depuis long tem ps sans doute le peuple les a lus : c’était à des lecteurs altérés qu’ils offraient ce breuvage, et la coupe que je leur pré sente les trouve rassasiés : c’était une eau fraîche qu’ils bu vaient, c ’est une eau tiède que je leur verse. Je ne suis pas resté oisif, la paresse n ’est pas cause de m on retard; m ais j’habite le rivage le plus reculé du vaste Océan : pendant que la nouvelle arrive en ces lieux, que m es vers se font à la hâte, et que m on ouvrage term iné parvient jusqu’à vous, une année peut s’écou ler. Et pourtant il n ’est pas indifférent que votre m ain soit la prem ière à cueillir des roses encore intactes, ou qu’elle ne trouve plus que quelques roses oubliées. E st-il donc étonnant, Adde, quod, adsiduam dom ini m editata querelam , Ad læ tu m c a rm e n v is m e a v e rs a ly ra e s t. Vix b o n a p o s t ta n to q u æ r e n ti v e rb a s u b ib a n t, E t g a u d e re a liq u id , r e s m ih i v isa nova e s t. U tq u e r e f o r m id a n t i n s u e tu m lu ra in a so te m , Sic a d læ titia m m e n s m e a s ig n is e r a t . E st quoque c u n c la ru m n o v ita s c a ris sim a re r u m , G ra tia q u e officio, q u o d m o ra t a r d a i , a b e s t. C e te ra c e r t a ti m d e m a g n o s c rip ta t r iu m p h o J a m p r id e m p o p u li s u s p ic o r o re le g i. I lia b i b it s itie n s , le c to r m e a p o c u la p le n u s : llla r e c e n s p o ta e s t, n o s tr a te p e s c it a q u a . N on e g o cessavi, n e c fe c it i n e r t ia s é ru m : U ltim a m e v a s ti s u s ti n e t o ra f r e ti. D um v e n it h u e r u m o r , p r o p e r a ta q u e c a rm in a fiu n t, F a c ta q u e e u n t a d vo s, a n n u s a b is s e p o te s l. N ec m in im u m r e f e r t , i n ta c ta r o s a r ia p r im u s , An s e ra c a rp a s p æ n e r e l i c t a m a n u . 388 PONTIQUES. quand le parterre est épuisé de ses fleurs les plus belles, que je n ’aie pas fait une couronne digne de mon héros? Qu’aucun poëte ne s’im agine qu’ici je veuille critiquer ses vers; ma Muse n'a parlé que pour elle. Poètes, un culte com m un nous unit, si toutefois un m alheureux peut être adm is dans vos chœ urs. Am is, vous fûtes toujours pour m oi la m eilleure partie de m oi-m êm e, et m on cœ ur est encore au m ilieu île vous pour vous aimer. Qu’il m e soit donc perm is de recom m ander m es vers à votre faveur, puisque m oi-m êm e je ne puis parler pour leur défense. Ce n ’est guère qu'après sa m ort qu’un écrivain peut p la ire;.l’envie s’attaque aux vivants, et les déchire d’une dent injuste. Si une vie m alheureuse est une sorte de m ort, je puis dire que la terre attend m es restes, et qu’à m on trépas il ne m anque que le tombeau. Enfin, quand de toutes parts on criti querait le fruit de m on travail, personne ne blâm era m on zèle. Si j ’ai m anqué de forces, m on intention du m oins m érite des louanges; et l’intention, je le pense, suffit aux dieux. C’est par elle que le pauvre lu i-m êm e est bienvenu dans leu rs tem ples, et qu’une brebis im m olée leur plaît autant qu’un taureau. Telle Quid m irum , lectis exhausto floribus horto, Si d u c e n o n fa c ta e s t d ig n a c o ro n a su o ? Deprecor, h œ c v a tu m c o n tr a s u a c a rm in a n e q u is D icta p u te t : p ro s e M u s a lo ç u la m ea e s t. S u n t m ih i v o b isc u m c o m m u n ia sa c ra , p o e tæ , I n v e s tro m is e ris s i lic e t e s se c h o ro . M agnaque p a rs a n im æ m ec u m v ix islis, a m ic i : Ila c ego n o n a b s e n s vos q u o q u e p a rte colo. S in t i g itu r v e stro m ea c o m m e n d a ta fa v o ri C a rm in a , n o n p o ssu m p ro q u ib u s ip se lo q u i. S c rip ta p la c e n t a m o rte f e r e : q u ia læ .ilere vivos L ivor, e t in ju s to c a rp e r e d e n te s o le t. Si g e n u s e s t m o rlis m a ie v iv e re , t e r r a m o r a t u r , E t d e s u n t fa tis sola s e p u lc r a m e is . D enique opus n o s tr æ c u lp e tu r u t u n d iq u c c u ræ , O fficium n e m o , q u i r e p r e lie n d a t, e r it. U t d e s in l v ire s , ta m e n e s t la u d a n d a v o lu n ta s : H ac ego c o n te n to s a u g u r o r e sse Deos. II iec facit, u t veniat pauper quoque g ralu s ad aras, E t p la c e a t cæso n o n m in u s a g n a bove. LIVRE I I I , LET TRE IV. 389 était aussi la grandeur du sujet, que, pour le chantre sublim e de l’Iliade, c’eut été un lourd fardeau à soutenir. Et puis le faible char de l ’élégie ne pouvait, sur ses roues inégales, sup porter le poids énorm e d’un tel triom phe. Je ne sais de quelle m esure je vais m aintenant m e servir. Ta conquête, fleuve du Rhin, nous présage un autre triom phe. Les poètes ne se trom pent pas ; leurs présages se réalisent. Jupiter réclam e déjà un second laurier, quand le prem ier est vert en core. Et ce n’est pas m oi qui te parle, m oi, relégué sur les bords de l’Ister, de ce fleuve que boit le Gète indom pté; c'est la voix d ’un dieu : un dieu est dans m on cœ u r; c ’est un dieu qui m ’inspire l’avenir que je révèle. Pourquoi tarder, Livie, à pré parer le char et la pom pe triom phale? la victoire ne te perm et plus de différer. La perfide Germanie jette ses arm es qu’elle m audit. Bientôt tu conviendras de la vérité de m on présage; crois-m oi, dans peu l’événem ent le justifiera : ton tils, dans un second triom phe, s’avancera de nouveau sur le char qui le porta naguère ; apprête la pourpre pour en revêtir ses épaules victo rieuses ; la couronne reconnaîtra d’elle-m êm e la tête qu’elle a R e s q u o q u e ta n l a f u it , q u a n tæ s u b s is te r e s u m m o llia d o s v a ti g r a n d e f u is s e t o n u s . F e r r e e lia m m o lle s e le g i ta m v a s ta tr i u m p h i P o n d é r a d is p a r ib u s n o n p o t u e r e r ô tis . Quo p e d e n u n c u t a r , d u b ia e s t s e n te n tia n o b is : A lte r e n im d e t e , R h e n e , tri u m p h u s a d e st. I r r i t a v e r o r u m n o n s u n t p r æ s a g ia v a tn m : D anda Jo v i la u r u s , d u m p r i o r ilia v ire t. N cc m e a v e rb a le g is , q u i s u m s u b m o tu s a d I s tr u m , N on b e n e p a ia t is flu m in a p o ta G elis ; l s la Dei vox e s t : D eus e s t in p e c to r e n o s tr o : H æ c d u c e p r æ d ic o v a tic in o r q u e Deo. Q uid c e ss a s c u r r u r a p o m p a m q u e p a r a r e triu m p h is , L iv ia ? j a m n u lla s d a n t tib i b e lla m o ra s . P e rlîd a d a m n a ta s G e rm a n ia p r o jic it lia sta s J a m p o n d u s d i te s o m en h a b e r e m e u m . C re d e , b r e v iq u e iid es a d e r i t ; g e r a in a b it h o n o rc m F iliu s , e t j u n c t i s , u t p r iu s , i b i t e q u is . P ro m e , q u o d in jic ia s h u m e r is v ic to r ib u s , o s tr u m : Ip sa p o te s t s o litu m n o s s e c o ro n a c a p u t. i ‘2 390 PO NTI QÜE S. déjà parée. Que le bouclier, que le casque rayonnent de l’éclat de l’or et des pierreries ; qu’au-d essu s des guerriers enchaînés s’élèvent des arm es en trophées; que l'ivoire nous représente des villes ceintes de tours et de rem parts ; et qu’à la vue de ces im ages, nous croyions voir la réalité. Que le Rhin en deuil cache, sous ses roseaux brisés, sa chevelure en désordre, et qu’il roule des ondes teintes de sang. Déjà les rois captifs réclam ent les insignes de leur royauté barbare, et ces tissu s plus riches que leur fortune p résente. Dispose enfin tout cet appareil, que t’a souvent dem andé, que te dem andera souvent encore l ’in dom ptable valeur de ta fam ille. Dieux qui m ’inspirez l ’avenir que j’ai révélé, faites que bientôt l’événem ent justifie m es pa roles. S c u ta , sed e t galeæ g e m m is r a d i e n tu r e t a u ro , S te n tq u e s u p e r v in c to s t r u n c a tro p æ a v iro s. O ppida t u r r i t i s c in g a n tu r e b u rn e a m û ris • F ic ta q u e re s v e ro m o re p u t e t u r a g i . S q u a llid u s im m isso s f ra c ta s u b a r u n d in e c rin e s R h e n u s , e t in fe c ta s s a n g u in e p o r t e t a q u a s . B a rb a ra ja m c a p ti p o s c u n t in s ig n ia re g e s , T e x ta q u e f o r tu n a d iv itio r a s u a . E t q u æ p r æ te r e a v i r t u s in v ic ta tu o r u m S æ pe p a r a ta tib i, sæ p e p a r a n d a fac it. Dî, q u o ru m m o n itu s u m u s e v e n tu r a lo c u ti, V e rb a , p re c o r, c e le ri n o s tr a p r o b a te fide. LIVRE I I I , LETTRE V. 591 LETTRE CINQUIÈME A M A X I M U S COTT A ARGUMENT C o tta l u i a f a i t le p l u s g r a n d p l a i s i r e n l u i e n v o y a n t u n d i s c o u r s q u ’il a p r o n o n c é d e v a n t le t r i b u n a l d e s c e n lu r a v ir s . L e p o è te le p r i e d e l u i e n v o y e r s o u v e n t l e f r u i t d e s e s tr a v a u x . l ’e n g a g e e n m ê m e t e m p s à se s o u v e n ir s a n s c e s s e d 'u n a m i a b s e n t , d o n t le p l u s g r a n d p l a i s i r e s t d e p e n s e r à lu i. 11 Tu ne sais'd ’où te vient la lettre que tu lis? elle vient de ces lieux où l’Ister se jette dans l’onde azurée des m ers. Au nom du pays, tu dois reconnaîlre l’auteur, Ovide, ce poêle que son génie a perdu. Ces vœ ux, qu’il aim erait m ieux t’apporter lu i-m êm e, il te les en voie, Cotta, du m ilieu des Gètes sauvages. Digne hé ritier de la parole de ton père ! j ’ai lu cet éloquent discours que tu as prononcé dans le Forum . Quoique, dans un e lecture ra- EPISTOLA QUINTA MAXI MO COTTÆ ARGUM ENTUM Submissam sibi a Cotta orationem, in judicio centumvirali habitam, gratissimam fuisse prædicat, utque sæpe studii sui pignora sibi irapertiat, precatur. Monet simul, ut absentis amici sedulo meminerit ; se saltem ipsius cum voluptate recordari. Q uasi legis, unde tîb i m i t t a t u r e p is to la , q u æ r is ? H in c , u b i c æ r u le is j u n g i t u r I s te r a q u is . U t r e g io d ic ta e s t, s u c c u r r e r e d e b e t e t a u c to r , L æ su s a b in g e n io N aso p o e ta su o ; Q ui t ib i , q u a m m a lle t p r æ s e n s a d f e r r e sa lu te m , M ittit a b h i r s u t is , M axim e C o tta , G eR s. L e g im u s , o ju v e n is p a tr i i n o n d e g e n e r o r is , Dicta tibi pleno verba diserta Foro. 392 PORTIQUES. pide, j ’y aie consacré bien des heures, je me plains cependant de sa brièveté ; m ais je l’ai rendu plus long en le relisant souvent, et j ’y ai toujours trouvé le m êm e plaisir. Quand, après tant de lectures, un ouvrage ne perd rien de son agrém ent, c est par son m érite, et non par la nouveauté qu il plaît. Heureux ceux qui ont pu t’entendre le prononcer toi-m êm e, et jouir d’une voix si élo quente ! En effet, quelque douce que soit la saveur de l’eau qu’on nous apporte, il est plus doux de boire à la source m êm e ; il est plus agréable de cueillir un fruit, en abaissant soi-m êm e la branche, que de le prendre sur un plat ciselé. Si je n’avais été coupable, si ma Muse n e m ’avait exilé, cet ouvrage que j’ai lu, je l’aurais entendu de ta bouche; peut-être m êm e, com m e cela m ’est arrivé souvent, choisi parm i les cen tum virs, aurais-je com m e juge entendu ton discours. Une plus grande joie aurait rem pli m on cœ ur, quand, entraîné par tes paroles, je t’aurais donné m on suffrage. Puisque le destin a voulu qu’éloigné de vous et de la patrie, je vécu sse parm i les Gètes barbares, envoie-m oi souvent, je te prie, les fruits de tes éludes, afin que j ’aie le plaisir, le seul qui m e soit perm is, de croire, en Quæ , q u a n q u a m lin g u a m ih i s u n t p r o p e r a n te peu h o r a s L e c ta s a tis m ilita s, p a u c a fu is s e q u e r o r . P lu ra sed h æ c feci re le g e n d o sæ p e ; n e c u n q u a m N on m ih i, q u a m p r im o , g r a ta f u e r e m a g is . Q u u m q u e n ih il to tie s lèc ta e d u lc e d in e p e rd a n t, V irib u s ilia s u is , n o n n o v ila te , p la c e n t. Felices, q u ib u s h æ c ipso c o g n o s c e re in a c tu , E t ta m fac u n d o c o n tig it o re f r u i ! N am , q u a n q u a m s a p o r e s t a d la ta d u lc is in u n d a , G ra tiu s e x ip so fo n te b i b u n t u r a q u æ ; E t m a g is a d d u c to p o m u m d e c e r p e r e ra m o , Q uam de c æ la ta s u m e r e la n c e , ju v a t . A t n isi p e c c a s s e m , n is i m e m ea M usa fu g a s s e t, Quod le g i, tu a vox e x h ib u is s e t o p u s, U tq u e f u is o l it u s , s e d is s e m fo rs ita n u n u s De c e n tu m ju d e x in tu a v e rb a v iris . M ajor e t im p le ss e t p r æ c o rd ia n o s tr a v o lu p ta s , Q uum t r a h e r e r d ic tis a d n u e re m q u e tu is . Q uem q u o n ia m fa tu m , v obis p a tr ià q u e r e lic tis , I n te r in h u m a n o s m a lu it e s se G e ta s, Quod lic e t, u t v id e a r te c u m m a g is e sse , le g c n d o , S æ p e, p re c o r, s tu d ii p ig n o ra m ille t u i : LI VRE I I I , L E T T R E V. 393 te lisant, être plus près de toi. Suis mon exem ple, si tu ne dédaignes de m e prendre pour ton m odèle, toi qui serais le m ien à plus juste titre. Je tâche, m oi qui depuis longtem ps ne vis plus pour vous, Maximus, je tâche de vivre encore par m on génie. Que par un juste retour m es m ains reçoivent souvent aussi des m onu m ents de tes travaux; ils m e seront toujours précieux. Dis-moi cependant, toi qui te nourris des m êm es études que m oi, ces études m êm es m e rappellent-elles à ton souvenir? Quand tu lis à tes am is des vers que tu viens d’achever, ou, ce qui t’arrive souvent, quand tu leur dem andes d’en lire, ton cœ ur se plaint-il quelquefois, ne sachant ce qui lui manque? Oh! sans doute, il sent qu ’il lui m anque quelque chose. Toi qui si souvent parlais de m oi en m a présence, m aintenant le nom d'Ovide so rt-il encore de ta bouche? Pour m oi, puissé-je périr victim e de l’arc des Gèles, et tu sais com bien ce châtim ent pourrait suivre de près m on parjure, si, tout absent que je su is, je ne te vois presque à tous les instan ts. Grâces aux dieux, l’esprit peut aller où il veut; quand par lui j ’arrive-invisible au m ilieu de Rom e, souvent je parle avec toi, souvent je t’entends parler. J’aurais E x e m p lo q u e m e o , n is i d e d jg n a r is id ip s u m , U te re : q u o d n o b is r e c t iu s ip s e d a re s . N a m q u e e go, q u i p e rii ja m p r id e m , M axim e, v o b is, In g e n io n i to r n o n p e riis s c m eo. R e d d e v ice m ; n e c r a r a tu i m o n u m e n ta la b o ris A c c ip ia n t n o s tr æ , g r a t a f u tu r a , m a n u s . Die ta m e n , o ju v e n is s tu d io r u m p le n e m e o r u m , E c q u id a b b is i p s is a d m o n e a re m ei ? E c q u id , u b i a u t r e c ita s fa c tu m m o d o c a rm e n a m ic is , A ut, q u o d s æ p e so le s, e x ig is u t r e c i te n t , I n le r d u m q u e r i t u r tu a m e n s , o b lita q u id a b s it? N escio q u id c e r t e s e n tit a b e ss e s u i ; U tq u e lo q u i d e m e m u ltu m p r æ s e n te so le b a s, N u n c q u o q u e N asonis n o m e n in o re lu o e st? Ip^e q u id e m G etico p e re a m v io la lu s a b a re u , E t, s it p e r j u r i q u a m p ro p e p œ n a , v id es, T e n isi m o m e n tis v id eo p æ n e o m n ib u s a b s e n s : G ra tia Dis, m e n ti q u o lib e t ire lic e t. Hac u b i p e r v e n i, n u lli c e r n e n d u s ,i n u r b e m , S æ pé lo q u o r te c u m , sæ pe lo q u e n te f ru o r . 394. P ON T I Q U E S peine à dire com bien je jouis alors, com bien ces m om ents sont doux à ma pensée Alors, tu peux m ’en croire, il m e sem ble qu’adm is dans le céleste séjour, je converse avec les heureux habitants du ciel. Puis, quand je m e retrouve ici, j’ai quitté le ciel et les dieux ; et la terre du Pont est bien voisine du Styx. Si c’est contre la volonté du destin que j’essaie d’en sortir, Maxime, délivre-m oi d’un espoir inutile. LETTRE A UN DE SIXIÈME S E S A M ES ARGUMENT L e p o ë te p r o u v e à u n d e s e s a m is , q u i n ’a v a it p a s v o u lu ê t r e n o m m é d a n s s e s v e r s , q u e c e tt e c r a i n te j e t t e d e l ’o d ie u x s u r A u g u s te , d o n t la c l é m e n c e e s t a sse z c o n n u e . Il l ’e n g a g e à a i m e r l ’e x ilé o u v e r t e m e n t e t s a n s r ie n c r a i n d r e , o u , d u m o in s , e n s e c r e t. C ’e s t Ovide qui envoie des bords de l ’Euxin cette courte épitre à son am i qu’il a failli nom pier. Mais si sa m ain peu discrète T u m , m ih i difficile e s t, q u a m s it b e n e , d ic e r e ; q u a m q u e C a n d id a ju d ic iis h o r a s it ilia m e is . T u m m e , si q u a fid es, c œ le s ti s e d e re c e p tu m , C um f o r tu n a tis s u s p ic o r e s s e D eis. R u rs u s , u t h u e r e d i i , c œ lu m S u p e r o s q u e r e lin q u o ; A S ty g e n e c lo n g e P o n tic a d i s ta t h u m u s . U nde ego si fa to n i t o r p r o liih e n te r e v e r ti , S p e m s in e p r o fe c tu , M axim e, to ile m ih i. EPISTOLA SEXTA AM 1C0RUM CUIDAM ARGUM ENTUM Amico, qui nominari a poeta noluerat, ostendit, eatn reverentiam in Augustum, cujus clementia sil notissima, invidiosam esse; vel aperte tutus, vel latenter sallem ut exsulem amet, hortalur. N as o su o , n o m e n p o s u it c u i pæne, so d a li M ittit ab E u x in is h o c b re v e c a rm e n a q u is . LI VRE I I I , LETTRE VI. 395 avait écrit ton nom , peut-être ce tém oignage d’am itié aurait-il excité tes plaintes. Et pourtant, quand d’autres n ’y voient au cun danger, pourquoi seul dem andes-tu que m es vers ne te nom m ent pas? Je pu is t’apprendre, si tu l’ignores, com bien, dans sa colère, César a de clém en ce. M oi-même je ne pourrais rien ôter au châtim ent que je su bis, si j’étais forcé d’être juge dans m a propre cause. César ne défend pas qu’on se souvienne d’un ami ; il n ’em pêche pas que je reçoive de tes lettres, et toi des m ien nes. Ce ne serait pas un crim e pour toi de consoler un am i, de soulager par de douces paroles sa cruelle destinée. Pour quoi, redoutant ce qui n ’est pas dangereux, vien s-tu, par les craintes, jeter de l ’odieux sur d’augustes divinités? Nous avons vu parfois des hom m es atteints de la foudre se ranim er, être rappelés à la vie sans que Jupiter s'y opposât. Quand N eptune eut brisé le vaisseau d’Ulysse, Leucothée ne re fusa pas de le secourir dans son naufrage.' Crois-m oi, les divi nités du ciel épargnent les m alheureux, elles ne les persécutent pas toujours, elles ne les accablent pas sans relâche. Or, il n ’est A t, si c a u ta p a ru m s c rip s is s e t d e x tr a , q u is e sse s. F o r s ita n o fficio p a r t a q U erela fo re t. ■C u r ta m e n , h o c a liis t u tu m c r e d e n tib u s , u n u s , A d p e lle n t n e te c a rm in a n o s tr a , ro g a s ? Q u a n ta s i t i n m e d ia d e m e n t i a C æ saris i r a , Ex m e, s i n e s c is , c e r t io r e sse p o te s . llu i c e g o , quam p a ti o r , n il p o s s e m d e m e r e p œ n æ , Si ju d e x m e r i ti c o g é re r e s se m e i. N on v e ta t ille s u i q u e m q u a m m e in in is s e so d a lis, N ec p r o h ib e t t i b i m e s c rib e re , te q u e m ih i . Nec s c e lu s a d m itta s , s i c o n s o le ris a m ic u m , M ollibus e t v e rb is a s p e ra fa ta le v e s . C u r, d a m tu ta tim e s, fac is u t r e v e r e n tia la lis F i a t in a u g u s to s in v id io s a b e o s ? F ulminis adflatos in terd u m vivere telis V id im u s , e t r e iic i, n o n p ro h ib e n t!: Jo v e : N ec, q u ia N e p tu n u s n a v e m la c e r a r a t U lyssls, L e u c o tlie e n a n ti f e r r e n e g a v it o p e in . C re d e m ih i, m is e ris c œ le s tia n u m in a p a rc u n t, N ec s e m p e r læ s o s e t s in e fin e p r e m u n t. 396 PONT IQU ES. pas de dieu plus m odéré que notre p rince; il sait tem pérer sa puissance par la ju stice; il vient de lui élever un tem ple de m arbre, depuis longtem ps elle en avait un dans son cœ ur. Sou vent Jupiterlar.ee sa foudre au hasard, et ceux q u elle frappe ne sont pas tous égalem ent coupables. De tous ceux que le dieu des m ers engloutit dans ses ondes cru elles, com bien peu m éritent de périr dans les flots ! Les plus braves succom bent dans les ba tailles, et le dieu Mars, j ’en appelle à son propre jugem ent, est souvent injuste dans le choix de ses victim es. Mais n ou s, que César a condam nés, si tu nous interroges nous-m êm es, tous nous avouerons que nous avons m érité notre châtim ent. Je dirai plus ; pour les victim es de Mars, ou des ondes, ou des feux célestes, il n ’est plus d’espoir de salut; et plusieurs, d ’entre nous doivent à César leur grâce ou le sou lagem ent de leur peine. Fasse le ciel que j’augm ente ce nom bre ! Tel est le prince dont nous som m es les su jets, et tu crois t’exposer en conversant avec un proscrit? Tes craintes seraient fondées, peut-être, sous l’em pire d’un Busiris ou du tyran qui brûlait ses victim es dans un taureau d’airain. Cesse de calom P r in c ip e n e c n o s lr o D eus e s t m o d e r a ti o r u l lu s : Ju stitia vires lem perat ille suas. N u p e r e a m C æ sar, la c to d e m a r m o re te m p lo , J a m p r id e m p o s u it m e n tis in æ d e su æ . J u p p ite r in m u lto s t e m e r a r ia f u lm in a to r q u e t , Qui p œ n a m c u lp a n o n m e r u e r e p a r i . O b r u e r it sæ v is q u u m tô t Deus æ q u o r is u n d is , E x illis m e r g i p a rs q u o ta d i g n a f u i t ? Q uum p e r ç a n t a c ie f o rlis s im a q u æ q u e , s u b ip so J u d ic e , d e le c tu s M a rtis in iq u u s e r i t . At, s i f o rte v e lis i n n o s i n q u ir e r e , n e m o e s t Qui s e , q u o d p a i i i u r , c o m m e ru is s e n e g e t. A dde, q u o d e x tin c to s v e l a q u a , v e l M arte, vel ig n i, N u lla p o te s t ile r u m r e s litu is s e d ies. R e s titu it m u lto s , a u t p œ n æ p a r t e le v a v it C æ sar ; e t, in m u ltis m e v e lit e s s e , p r e c o r . A n tu , quum tali populus sub principe sim us, A dloquio p ro ru g i c re d is , in e s s e m e tu m ? F o rs ita n hæ c d o m in o B u s irid e j u r e tim e re s , A ut so lito c la u so s u r e r e in æ re v iro s . LIVRE I I I , LETTRE VI. 597 nier un cœ ur com patissant par tes vaines terreurs; pourquoi redouter d’affreux écu eils au m ilieu d’une onde paisible ? Moim êm e je m e trouve à peine excusable de vous avoir écrit d’abord des lettres sans nom ; m ais, dans m a stupeur, l ’effroi m ’avait ôté l’usage de ma raison, e t cette disgrâce soudaine .avait anéanti m on âm e ; redoutant m a fortune, et non la colère de m on juge, m on nom m ’effrayait m oi-m êm e en tête de m es lettres. Rassuré désorm ais, perm ets à un poète reconnaissant de placer dans ses vers des nom s qu’il chérit. Ce serait une honte pour tous deux, si, m algré notre longue intim ité, tu ne paraissais jam ais dans m on livre. Que cette crainte pourtant ne trouble pas ton som m eil; m on am itié n ’ira pas plus loin que lu ne voudras : je tairai ton nom , ju sq u ’à ce que tu in ’aies perm is de le dire. Je ne forcerai personne d’accepter m es hom m ages. Tu pourrais sans crainte m ’aim er ouvertem ent ; m ais si tu y vois du danger, ne cesse pas du m oin s de m ’aim er en secret. D e sin e m ite m a n im u m v a n o in f a m a r e t im o ré : Sæ va q u id in p la c id is sa x a v e r e r is a q u is ? Ip s e e go, q u o d p rim o s c rip s i s in e n o m in e v o b is, Vix e x c u sa ri p o s s e m ih i v id e o r. Sed p a v o r a d to n ito r a t i o n is a d e m e r a t u s u m ; C e s s e ra t o m n e n o v is c o n s iliu m q u e m a lis, F o r tu n a m q u e m e a ra m e tu e n s , n o n v in d ic is i r a m , T e r r e b a r titu lo n o m in i s i p s e m e i. H a c te n u s a d m o n itu s m e m o r i c o n c é d é p o e tæ , P o n a t u t in c h a r tis n o m in a c a ra s u is . T u r p e e r i t a m b o b u s , lo n g o m ih i p r o x im u s u s u , Si n u l la l ib r i p a r t e le g a r e m e i. Ne t a m e n is te m e tu s s o m n o s t ib i r u m p e r e p o s s it ; - N on u l t r a , q u a m v is, o fficio su s e ro : T e q u e te g a m , q u i s is , n isi q u u m p e rm is e r ia ip se . C o g e tu r n e m o m u n u s h a b e re m e u m . T u m o d o , q u e m p o te r a s ve! a p e r te t u t u s a m a re , Si r e s e s t a n c e p s i s t a , l a t e n te r a m a . T . I. 25 PON TIQU ES. 398 LETTRE SEPTIÈME A SES A M IS a r g u m e n t 11 a c c u s e d e t i m i d i t é s e s a m is e t s a f e m m e ; e t , r e n o n ç a n t à t o u t e s p o ir d e r e t o u r , il a s s u r e q u ’i l m o u r r a c o u r a g e u s e m e n t d a n s l e p a y s d e s G è te s. L e s paroles m e m anquent pour une dem ande tant de fois r é pétée; j’ai honte enfin de ren ouveler sans cesse des prières inu tiles. Et vous, sans doute, vous lisez avec ennui des vers qui se ressem blent tous, et vous connaissez d’avance ce que je de m ande. Vous savez ce que contien t m a lettre, avant d’avoir dé taché les liens qui l ’entourent. Je vais donc changer le sujet de m es vers, pour ne pas aller toujours contre le courant du fleuve. Pardonnez, m es am is, si j ’ai trop com pté sur vous : c ’est une faute dans laquelle je ne retom berai plus. On ne dira plus que EPISTOLA SEPTIMA AM ICIS ARGUM ENTUM Amicos e t uxoreni lim idilalis insim ulat, seque, abjccta spe red eu n d i, lo rtile r Geticis in finibus m o ritu ru m p ro lite tu r. Verba m ihi desunt eadem lam sæ pc ro g a n ti, J a m q u e p u d e t v a n a s fin e c a r e r e pi e c e s . T æ dia c o n s im ili fie ri d e c a r m in e v o b is, Q u id q u e p e ta m , c u n c to s e d id ic is s e r e o r . N o stra q u id a d p o rte t ja m n o s tis e p is lo la , q u a m v is C h a rta s it a v in c lis n o n la b e fa c ta s u is . E r g o m u tc t u r s c rip ti s c n tc n l ia n o s lr i, Ne to tic s c o n tr a , q u a m r a p i t a m n is , earn. Quod b e n e d c v obis s p e ra v i, ig n o sc ilc , a m ic i: T a lia p e c ca n d i ja m m ih i fin is e r iL LI VRE I I I , L E T T RE VII. 399 j ’im portune m on épouse : autant elle est fidèle à son m ari, au tant elle est tim ide et peu entreprenante. Tu supporteras encore ce m alheur, Ovide, car tu en as supporté de plus grands : d és orm ais aucun fardeau n e saurait t’accabler. Le taureau, n ou vellem ent séparé du troupeau, refu se de traîner la charrue, et dérobe au joug pesant sa tête novice : pour m oi, que le destin s’est accoutum é à persécuter, depuis longtem ps il n ’est plus de m aux qui me soient nouveaux. Je suis venu sur les rives des Gètes; il faut que j ’y m eure, et que la Parque achève ma des tin ée, com m e elle l’a com m encée. Qu’ils se livrent à l’espérance, ceu x que l’espérance ne flatte pas toujours en vain; qu’ils fassent des vœ ux, ceux qui com ptent sur l’avenir. Le m ieu x, après cela, c ’est de désespérer à propos, et de reconnaître franchem ent qu’on est perdu sans ressource. Nous voyons quelquefois les rem èdes envenim er des b les su res, auxquelles il eût m ieux valu ne pas toucher. La m ort est plus douce pour celui que l’onde engloutit tout à coup, que pour celui dont les bras s’épuisent en efforts contre les flots sou levés. Pourquoi m e suis-je im aginé que je pourrais quitter un jour les bords de la Scythie, et obtenir un séjour plu s heureux ? N ec g r a v is u x o r i d ic a r : q u æ s c ilic e t in m e Q uam p r o b a , ta m tim id a e s t, e x p e rie n s q u e p a ru m . Hæc q u o q u e , Naso, f e r e s ; e te n im p e jo r a t u li s t i : J a m t i b i s e n tir i s a r c in a n u lla p o te s t. D u c tu s a b a r m e n to t a u r u s d e tr e c ta t a r a t r u m , S u b t r a h i t e t d u r o co lla n o v ella j u ÿ ) . N os, q u ib u s a d s u e v it f a tu m c r u d e l i t e r u t i, Ad m a la ja m p r id e m n o n s u m u s u lla r u d e s . V e n im u s in G e tic o s fin e s ; m o r i a m u r in illis , P a r c a q u e a d e x tr e m u m , q u a m ea c œ p it, e a t . S p e m j u v e t a m p le c ti, q u æ n o n j u v a t i r r i t a s e m p e r ; E t, fie ri cupias> si q u a f u lu r a p u te s . P ro x im u s h u ic g r a d u s e s t, b e n e d e s p e r a r e s a lu te m , S e q u e se m e l v e ra s c ire p e rîs s e fid e . C urando fie ri q u æ d a m m a jo r a v id e m u s V u ln e ra , q u æ m e liu s n o n t e tig is s e fu it. M itiu s ille p é r it, s u b ita q u i m e r g i lu r u n d a , Q uam su a q u i tu m id is b r a c h ia la s s a t a q u is . C u r e g o c o n c e p i S e y th ic is m o p o sse c a re r e F in ib u s , e t t e r r a p r o s p e r io r e f r u i ? 400 PONTIQUES. Pourquoi ai-je jam ais espéré un adoucissem ent à m es m aux? Pouvais-je ainsi m éconnaître ma fortune? m es tourm ents en de viennent plus cruels: et l ’aspect de ces lieux où se reporte m on souvenir, renouvelle m es douleurs et recom m en ce m on exil. Cependant le défaut de zélé de m es am is m ’est encore m oins funeste que ne l ’eut été l’inefficacité de leurs prières. Oui, elle est difficile la cause dont vous n ’osez vous charger, m es amis; m ais, si l’on dem andait, il y aurait une volonté dis posée à accorder. Pourvu que la colère de César ne vous ait pas répondu par un refus, je m ourrai courageusem ent sur les bords de l ’Euxin. C u r a liq u id d e m e s p e ra v i le n iu s u n q u a m ? An f o rtu n a m ih i sic m e a n o ta f u it ? T o r q u e o r e n g r a v iu s ; r e p e t it a q u e io rm a lo c o ru m E x siliu m ré n o v â t t r i s t e , r e c e n s q u e f a c it. E s t ta rn e n u t il iu s , S tu d iu m c e ss a s s e m e o ru m , Q uam , q u a s a d m o r i n t, n o n v a lu is s e p re c e s . M agna q u id e m r e s e s t , q u a m n o n a u d e tis , a m ic i: Sed si q u is p e te r e t, q u i d a re vel'.et, e ra t. D um m odo n o n v o b is hoc C æ s a ris i r a n e g a rit, F o r ti te r E u x in is im m o rie m u r a q u is . LI VRE I I I , L ET T RE VIII. LETTRE 40 1 HUITIÈME A M A X IM E ARGUMENT I l e n v o ie à M a x im e u n c a r q u o i s r e m p l i d e t r a i t s : c ’e s t l e s e u l p r é s e n t q u e p u i s s e lu i f o u r n i r la t e r r e d e S c y th ie . I l le p r i e d ’a g r é e r s o n o f f r a n d e . J e cherchais quel présent pourraient t’envoyer les cham ps de Tom es pour te prouver m on tendre souvenir. De l ’argent serait digne de toi, de l’or plus digne encore; m ais c’est pour les don ner que tu aim es ces rich esses : d’ailleurs on n ’extrait de cette terre aucun m êlai précieux; à peine si l’ennem i perm et au la boureur d ’y creuser des sillon s. Souvent une bordure de pour pre brille sur tes vêtem ents; m ais la m ain des Sarmates n e sait pas teindre la pourpre. Les troupeaux n ’y portent que de rudes toisons, et les fem m es de Tom es n ’ont pas appris l’art de Dallas : EPI STOLA OCTAVA M AXIMO ARGUM ENTUM Pharetram telis gravidam Maximo mittit, unicum quod Seythica tellus obferat munus quod ut boni consulat, rogat. Quæ tib i , q u æ r e b a m , m e m o re m te s t a n ti a c u ra m , Dona T o m ita n u s m i t t e r e p o s s e t a g e r. D ig n u s es a rg e n to , fu lv o q u o q u e d ig n io r a u ro : Sed te , q u u m d o n a s , is ta j u v a r e s o ie n t. N ec ta m e n luec loca s u n t u llo p r e tio s a m é ta llo : H o stis a b a g ric o la v ix s in i t ilia fo d i. P u r p u r a s æ p e t u o s fu lg e n s p r æ te x it a m ic tu s ; Sed n o n S a r m a tic a t i n g i t u r ilia m a n u . V e lle ra d u r a f e r u n t p e c u d e s , e t P a lla d is u ti A r te T o m ita n æ n o n d id ic e re n u r u s . 402 PO NTI QUE S. au lieu [de travailler la lain e, les fem m es broient les dons de Cérès, et portent sur leur tête fatiguée une onde pesante. Ici l’orm eau n ’est pas revêtu du pam pre de la vigne; on ne voit pas les branches affaissées sous le poids des fru its. Ici des plaines hideuses ne produisent que la triste ab sin the, et la terre par ses fruits prouve com bien elle est am ère. Ainsi dans toute cette contrée, à la gauche de l’Euxin, m on am itié em pressée n e trouve rien à t’envoyer. Je t’envoie cependant des traits enferm és dans un carquois de Scythie : p u issent-ils s’abreuver du sang de tes ennem is ! Voilà les plum es de cette contrée, voilà ses livres; voilà, Maxime, la Muse qui règne dans ces lieu x. J’ai honte de t ’en voyer des présents qui paraissent de si peu de valeur; je te prie cependant d’agréer m on offrande. F e m in a p r o lan a C e re a lia m u n e r a f r a n g it, S u b p o s ito q u e g rav e m v e rtic e p o r tâ t a q u a m . N on h ic p a m p in e is a m ic itu r v itib u s u lm u s : N ulla p r e m u n t ra m o s p o n d é ré p o m a s u o . T r is tia d é fo rm é s p a r i u n t a b s in th ia c a m p i, T e r ra q u e d e f ru c tu q u a m s it a ra a r a d o c e t. Nil i g i t u r io ta P o n t ir e g io n e s in is tr i, Q uod m ea s e d u lita s m itle r e p o s s e t, e r a t. C lau sa lam e n m is i S c y th ic a tib i te la p l ia r e l r a : Ilo s te , p re c o r, fia n t ilia c ru e n t a tu o . Hos h a b e t h æ c c a la m o s, lios h æ c h a b e t o ra lib e llo s : H æc v ig et in n o s tr is , M axim e, M usa to c is . Q uæ q u a n q u a m m isisse p u d e t, q u ia p a rv a v id e n lu r , T u ta m e n h æ c, q u æ s o , c o n su le m issa b o n i. LI VRE I I I , LETTRE IX. LETTRE 403 NEUVIÈME A BRUTUS ARGUMENT B r u t u s s e p l a i g n a it d e c e q u e le s v e r s d e s o n a m i e x p r i m a i e n t t o u jo u r s la m ê m e p e n s é e , e t m a n q u a i e n t d e c o r r e c t i o n ; le p o è te r é p o n d q u e , d a n s s a t r i s t e s s e , s e s a c c e n t s s o n t n é c e s s a i r e m e n t t r i s t e s , e t q u e s a v i e lu i e s t p l u s p r é c i e u s e q u e la r é p u t a t i o n d e s e s o u v r a g e s . Tu m e m and es, Brutus, que m es vers sont critiqués par je ne sais quel censeur, parce que m es lettres renferm ent toujours la m êm e pensée, que sans cesse je dem ande d’obtenir un sé jour m oins éloigné, que sans cesse je m e plains d ’être entouré de nom breux ennem is. Quoi ! parm i tant de défauts, on n ’en blâm e qu’un seul ! Si m a Muse n ’en a pas d’autre, je su is con ten t. Je vois m oi-m êm e ce qui m anque à m es livres, quoique chacun vante ses vers au delà de leur m érite. L’auteur applaudit E P I S T O L A NONA BRUTO ARGUM ENTUM Querenti Bruto, quod heec carmina in eodem versentur argumento, ñeque sint satis corréela, respondet, se tristem canere trislia, famamque operis sibi viliorem esse salute sua. Q uod s it in h is e a d e m s e n te n t ia , B r ü te , lib c llis , C a rm in a n e s c io q u e ra c a r p e r e n o s tr a re f e r s : N il, n is i, m e , t e r r a f r u a r u t p r o p io r e , r o g a r e ; E t, q u a m s im d e n s o c in c tu s a b h o s te , q u e r i. 0q u a m d e in u ltis v itiu in r e p r e h e n d it u r u n u r a ! Hoc p e c c a t s o lu m si m ea M usa, b e n e e s t. Ip s e ego lib r o r u m v id eo d e lic ta m e o ru m , Q u u m s u a p lu s j u s t o c a rm in a q u is q u e p ro b e t. 404 PO NT IQ UE S. toujours à son œ uvre : ainsi jadis Agrius trouvait peut-être que les traits de T hersile n ’étaient pas sans beauté; m ais m on ju ge m ent ne s’est pas abusé sur ce point, et je ne m e hâte pas d’ai m er tout ce que je produis. Pourquoi donc fais-tu m al, m e diras-tu, si tu vois tes défauts? pourquoi laisses-tu des fautes dans tes écrits? Ce n ’est pas la m êm e chose de se sentir m alade et de se gu érir. Tout hom m e sent son m al; l ’art seul trouve le rem ède. Souvent, tout en dé sirant changer un m ot, je le laisse : ce n ’est pas le goût, ce sont les forces qui m e m anquent. Souvent (pourquoi n ’avouerais-je pas la vérité?) j ’ai peine à corriger et à supporter le poids d’une longue fatigue. L’enthousiasm e soutient l’écrivain et allège son travail; son ouvrage s ’élève et s’échauffe avec son âm e. Mais, pour la difficulté, la correction l’em porte sur la com position, non m oins que, pour le gén ie, H om ère sur A ristarque. Ce tra vail éteint lentem ent le feu de l ’esprit; c’e st com m e le cavalier qui retient la bride à un ardent coursier. P u issen t les dieux com patissants adoucir en ma faveur la colère de César ! pu is sent m es cendres être inh um ées dans un e terre paisible, com m e A u c to r o p u s la u d a t : sic f o r s ita n A g riu s o lim T h e r s ite n fac ie d ix e r it e s se b o n a . Ju d ic iu m ta m e n h ic n o s tr u m n o n d e c ip it e r r o r ; Nec, q u id q u id g e n u i, p r o tin u s illu d a m o . Cor i g it u r , s i m e v id e a m d e lin q u e re , p e c c e m ? E t p a tia r s c rip to c r im e n in e s s e ? ro g a s . N ôn e a d e m r a tio e s t, s e n ti r e e t d e m e r e m o rb o s : S e n s u s in e s t c u n c tis ; t o l l i t u r a r t e m a lu m . Sæ pe a liq u o d c u p ie n s v e rb u m m u ta r e , r e lin q u o ; J u d ic iu m v ire s d e s titu u n tq u e m e u m . S æ pe p ig e t, q u id e n im d u b ile m tib i v e ra f a te r i ? C o rrig e re , e t lo n g i f e r r e la b o ris o n u s. S c rib e n te m j u v a t ip s e fa v o r, m in u i tq u e la b o r c m , C u m q u e su o c re s c e n s p e c to r e f e r v e t o p u s. C o rrig e re a t r e s e s t t a n to m ag is a rd u a , q u a n lo M agnus A r is ta rc h o m a jo r H o in e ru s e r a t . Sic a n im u m le n to c u r a r u m f rig o rc læ d it, Ut c u p id i c u r s o r f re n a r e t e n tâ t e q u i. A tq u e ita Dî m ite s m in u a n t m ih i C æ saris i r a m , O ssaque p a c ata n o s tr a te g a n tu r h u m o ; LIVRE I I I , L ET T RE IX. 405 il est vrai que souvent, quand j ’essaie d’appliquer m on es prit, l ’image cruelle de ma fortune vien t troubler m es efforts! J’ai peine à croire que ce ne soit pas une folie à moi de faire des vers, et de songer à les corriger au m ilieu des Gètes bar bares. Cependant, rien de plus excusable dans m es écrits que de renferm er presque toujours la m êm e pensée. Dans m on bon heur, m es accents furent ceux du bon heur; ils son t tristes dans ma tristesse : m es œ uvres répondent au tem ps qui les inspira. De quoi parlerais-je dans m es vers, sinon des m isères de celte odieuse conlrée? Que dem anderais-je, sinon de m ourir dans un lieu plus heureux? J’ai beau répéter la m êm e chose, à peine si l’on m ’écou le; et m es paroles, qu’on fait sem blant de ne pas en tendre, restent sans effet. Cependant, si je répète les m êm es ch oses, ce n ’est pas aux m êm es personnes ; si m a voix est tou jours la m êm e, elle n ’im plore pas toujours les m êm es interces seurs. F allait-il, Brutus, pour que le lecteu r ne trouvât pas deux fois la m êm e pen sée, ne m ’adresser qu’à un seul am i? Je n ’y ai pas attaché tant d’im portance. Savants, pardonnez à m on aveu : ma conservation doit passer avant la réputation de m es ou vrages. U t m ih i, c o n a n ti n o n n u n q u a m i n te n d e r e c u ra s , F o r tu n æ s p e c ie s o b s ta t a c e r b a m eæ . Vixque m ih i v id e o r , fa c ia m q u o d c a rm in a , s a n u s, l n q u e f e r is c u r e m c o rr ig e r e ilia G e lis : N il ta m e n e s c r ip tis m a g is e x c u s a b ile n o s tr is , Q uam s e n s u s c u n c lis p œ n e q u o d u n u s in e s t. L æ t a f e r e læ tu s c e c in i; c a n o t r i s ti a t r i s ti s : C o n v e n ie n s o p e ri te m p u s u t r u m q u e s u o e s t. Quid , nisi de vitio scribam regionis am aræ ? U tq u e s o lo m o r ia r c o m ra o d io re , p r e c e r ? Q u u m loties e a d e m d ic a m , vix au d io r u lli ; V e rb a q u c p r o fe c tu d is s ira u la ta c a re n t. E t t a m e n hæ c e a d em q u u m s in t, n o n s c rib im u s isd e m : U n a q u e p e r p l u r e s vox m ea t e n t â t o p e m . A n, n e b is s e n s u m le c to r r e p e r i r e t e u m d e m , U nus a m ic o ru m , B ru te , ro g a n d u s e r a t ? Non f u it hoc t a n t i ; c o n fe s s o ig n o sc ite , d o c ti: V i l io r e s t o p e ris fa m a s a lu te m ea. 23. 406 PONT1QUES. Enfin le poète peut varier à son gré le sujet qu’il tire de son im agination, et ma Muse n ’est que l ’interprète trop véridique de m es m alheurs ; elle a toule l’autorité d’un tém oin incorruptible. Mon dessein et l’objet de m on travail n ’étaient pas de faire un livre, m ais d’écrire à chacun de m es am is. E nsuite j ’ai rassem blé ces lettres, je les ai réunies au hasard et sans ordre. Ne crois donc pas que ce recueil soit un choix. Sois ind ulgen t pour des écrits qui m ’ont été dictés, non par l ’am our de la gloire, m ais par m on intérêt et par les devoirs de l’am itié. Deniqüe m ateriæ , quam quis sibi iînx erit ipse, À rb itrio v a riâ t m u lta p o e ta s u o . M usa m ea e s t in d e x m in iu m q u o q u e v e ra m a lo r u m , A tq u e i n c o r r u p tæ p o n d é ra t e s tis h a b e t. Nec l ib e r u t fie re t, se d u ti s u a c u iq u c d a r e t u r Lit t e r a, p ro p o situ m c u ra q u e n o s tr a f u it. P o stm o d o c o lle c ta s , u t c u m q u e s in e o r d in e , ju n x i, Hoc o p u s e le c tu m n e m ih i f o r te p u te s . Da v oniam s c rip tis , q u o r u m n o n g lo ria n o b is C ausa, s e d u lilita s o ffic iu m q u e , fu it. LIVRE QUATRIÈME L ET T RE PREMI ÈRE A SEX TU S PO M PÉE ARGUMENT I l s ’e x c u s e d ’é c r i r e d a n s c e tt e l e t t r e le n o m d e S e x tu s, d o n t i l r a c o n t e le s e r v i c e s a v e c r e c o n n a i s s a n c e . Il a l a c o n f ia n c e q u e S e x lu s n e l u i m a n q u e r a p a s p o u r l ’a v e n ir . R e ç o is , P om pée, ces vers com posés par un poète qui te doit la vie. Si tu ne m e défends pas d’y écrire ton nom , tu m ettras le com ble à tes bienfaits. Si ton front s’obscurcit, j’avouerai que LIBER QUARTES EPISTOLA PRIMA SEXTO PO M PEIO ARGUM ENTUM Excus.it has litteras, Sexti nomine ornalas, cujus benelicia memori grataque mente n a rra t; neceum in posterum sibi esse defulururn conlidit A c c i p e , P o m p e i, d e d u c tu m c a r m e n ab illo , D e b ito r e s t vilai q u i tib i , S e x te, suce. Q ui s i n o n p r o h ib e s a m e tu a n o m in a p o n i, A ccedet m eritis Ik t c q u o q u e s u m m a t u i s . 408 PO NTI QUE S. j’ai eu tort ; et cependant tu dois approuver le m otif qui m 'a rendu coupable : m on cœ ur n’a pu s’em pêcher d’être recon n ais san t; que ta colère, je t’en conjure, ne s’appesantisse pas sur ma pieuse gratitude. Oh! com bien de fois dans ces vers m e suis-je reproché com m e un crim e de ne t’avoir nom m é n u lle part! oh! com bien de fois, voulant écrire un autre nom , ma m ain, à son in su , a-t-elle tracé le tien sur la cire ! Je trouvais du plaisir à cette erreur, à ces m éprises, et c ’était à regret que ma m ain effaçait ce qu’elle avait écrit. Après tout, m e disais-je, qu’il en soit com m e il voudra; qu’il se plaign e, j ’y consens; j’ai honte de n’avoir pas plus tôt m érité ses reproches. Tu m ’abreuverais des eaux du Léthé qui, dit-on, rendent in sen sib le, je ne pour rais cependant t’oublier. Ne t’y oppose pas, je te p rie; ne re pousse pas avec dédain m es paroles; ne m e fais pas un crim e de m on zèle; reçois pour tant de bienfaits cette faible m arque de ma gratitude; sinon, m algré toi, je serai reconnaissant. Jamais ta bienveillance n ’a h ésité à m ’aider dans m on m al heur; jam ais ta bourse ne m ’a refusé les secours de sa m u n ifi- Sive tra h i s v u ltu s , e q u id e m p e c c a s s e f a t e b o r : D elicti la ra e n e s t c a u sa p r o b a n d a rn ei. N on p o tu it m e a m e n s , q u i n e s s e t g r a t a , t e n e r i : S it, p r e c o r , officio n o n g ra v is i r a p io . 0 q u o tie s ego su m lib r is m ih i v isu s i n is lis I m p iu s , in n u llo q u o d le g e r e r e loco ! 0q u o tie s , a liu d v e lle m q u u m s c r ib e r e , n o m e n R e ttu lit in c e ra s in s c ia d e x tr a t u u m ! Ip se m ih i p la c u it m e n d is in ta l i b u s e r r o r , E t vix in v ita fac ta l it u r a m a n u e s t. V id e rit a d s u m m u m , d ix i, lic e t ip se q u e r a t u r ; H anc p u d e t o ffe n sa m n o n m e r u is s e p r iu s ! Da m ih i, si q u id ea e s t, h e b e ta n te m p e c to r a L e th e n ; O b litu s p o te r o n o n ta r n e n e sse lu i. Id q u c s in a s o r o ; n e c fa s tid ita r e p e lla s V e rb a ; ne c officio c rim e n in e s s e p u tc s . E t lev is hacc m e r itis r e f e r a t u r g r a tia t a n t i s : Sin m in u s , in v ito te q u o q u e g r a l u s c ro . N u n q u a m p ig ra fu it n o s tr is lu a g r a tia r e b u s , Nec m ih i m u n ifira s a re a n e g a v it o p es. LIVRE IV, L E T T RE I. 409 cen ce. Aujourd’hui encore ta com passion, sans s ’effrayer de ma disgrâce inattendue, soutient et soutiendra toujours m on exis ten ce. Tu m e dem anderas peut-être d’où m e vient tant de con fiance dans l ’avenir? c’est qu’on n ’abandonne jam ais son ou vrage. Comme la Vénus qui presse sa chevelure trem pée de l’onde m arine, est l ’œ uvre et la gloire du sculpteur de Cos; com m e les etfigies d’ivoire et d’airain de la déesse guerrière qui protège la citadelle d’Athènes, son t sorties de la m ain de Phi d ias; com m e Calamis revendique la gloire des coursiers, son chef-d’œuvre; de m êm e que cette génisse qui parait anim ée, est le travail de Myron ; de m êm e, Sextus, je ne suis pas le m oindre de tes ouvrages; je puis le dire, ce que je suis est un don de ta m ain, l’œ uvre de ta bonté. N 'unc q u o q u e n il s u b itis c le m e n tia t e r r i t a fatis A u x iliu m v itæ f e r t q u e , fe r e tq u e m e æ . U nde, ro g e s f o rs a n , fid u c ia t a n t a f u tu r i S it m ih i ? q u o d f e c it, q u is q u e t u e t u r o p u s . U t V enus a rtific is l a b o r e st e t g lo ria Coi, Æ q u o re o m a d id a s q u æ p r e m i t im b r e c o m a s : A rcis u t A ctæ æ vel e b u r n a , v e l æ n e a c u s to s B e llica P h id ia c a s ta t Dea ta c ta m a n u ; V e n d ic at u t C a la m is la u d e m , q u o s f e c it, e q u o ru m ; U t s im ilis v e ræ vacca M y ro n is o p u s ; S ic e g o p a rs r e r u m n o n u ltim a , S e x te , t u a r u m , T u te læ q u e f e r o r m u n u s o p u s q u e tu æ . 410 PO N T I Q U E S LETTRE DEUXIÈME A SÉV ÈRE ARGUMENT O vide é c r i t c e l t e l e t t r e a u p o ë te S é v è r e ; i l l u i d i t p o u r q u e ls m o ti f s i l n ’a p a s e n c o r e c é lé b r é s o n n o m d a n s s e s v e r s , q u o i q u e c e p e n d a n t il n ’a it j a m a is c e s s é d e lu i é c r i r e e n p ro s e . C e s lignes que lu l i s , Sévère, toi le plus grand des rois de la lyre, te viennent du m ilieu des Gètes à la longue chevelure. J’ai honte, s’il faut te dire la vérité, de ne t’avoir pas encore nom m é dans m es livres; cependant, si je ne t ’ai jam ais adressé de vers, du m oins un m utuel échange de lettres a toujours entretenu notre am itié. Oui, les vers sont le seul gage de souvenir que je ne t’aie pas donné. Et pourquoi te donner ce que tu fais to i- EPISTOLA SECUNDA SEVERO ARGUM ENTUM Ad Sevcrum poel.im hanc epistolam scribit Ovidius, se multis rationibus cicusans, quod nonduni ejus nomen suis scriplis celebrant, quamvis lamen nunquam cessaverit ad eum epístolas solula oratione scriptas millere. Q u o d l e g i s , o v a te s m a g n o r u m m á x i m e r e g u m , V e n it a b i n to n s is u s q u e , S e v e re , G etis. C ujus a d liu c n o m e n n o s tr o s ta c u is s e lib e llo s , Si m odo p e r m i tt is d ic e r e v e r a , p u d e t. O rh a ta rn e n n u m e r is c e ss a v it e p is to ła n u n q u a m I r e p e r a lte r n a s officiosa vices-. C a rm in a sola t ib i m e m o re m t e s t a n ti a c u ra m ^ ° n d a ta s u n t : q u id e n im , q u te facis ip se , d a re m ? LIVRE IV, LET TRE II. 411 m êm e ? Quidonnerait du m iel à A ristée, du vin au dieu de F alerne, à Bacchus, du from ent à T riptolèm e, des fruits à A lcinoüs? Ton génie est fécond, et de tous ceux qui cultivent l ’H élicon, c ’est toi qui recueilles la m oisson la plus abondante. Envoyer des vers à un tel poëte, c’était donner des feuillages aux forêts. Telle fut, Sévère, la cause de m on retard; et cepen dant m on esprit ne répond plus com m e jadis à m es désirs; m ais c ’est un rivage aride que laboure m a charrue stérile. Sans doute com m e la fange obstrue les veines d’où l ’eau s’échappe, et que l ’onde contenue .par un puissant obstacle s’arrête à sa source com prim ée; ainsi m on esprit est altéré par la fange du m al heu r, et m es vers coulen t d’une veine appauvrie. H om ère lu im êm e, s’il eût été placé sur cette terre, H om ère, n ’en doute pas, serait devenu Gète. Et puis, pardonne-m oi, car, je l’avoue, m on ardeur pour l’élude s’est ralentie, et ce n ’est que rarem ent que ma m ain trace des lettres. Ce feu sacré, qui nourrit le cœ ur des p oêles, que je sentais jadis en m oi, je ne l’ai plus. Ma Muse se décide avec peine à m ’aider dans m on travail ; et quand j’ai pris m es tab lettes, c ’est par force, pour ainsi dire, qu’elle y Q uis m e l A ristæ o , q u is B acch o v in a F a le rn o , T rip to le m o f r u g e s .p o m a d e t A lcinoo? F e r tile p e c tu s h a b e s , in te r q u e H e lic o n a c o le n te s U b e r iu s n u l li p r o v e n it ista s e g e s . M i t t e r e c a rm e n a d h u n e , fro n d e s e r a t a d d e re s ilv is : H æ c m ih i c u n c ta n d i c a u sa , S e v e re , fu it. N ec t a m e n in g e n iu m n o b is r e s p o n d e t, u t a n te : S ed s ic c u m s t e r i l i v o m e re l it u s a ro . S c ilic et u t lim u s v e n a s e x c æ c a t in u n d is , L æ sa q u e s u b p re s s o fo n te r e s i s ti t a q u a ; P e c to r a sic m c a s u n t lim o v itia ta m a lo ru m , E t c a rm e n v e n a p a u p e r io r e f lu it. ^ Si q u is in h a c ip s u m t e r r a p o s u is s é t H o m e ru m , E s s e t, c re d e m ih i, fa c tu s et illc G etes. Da v e n ia m fa s s o , s tu d iis q u o q u e f r e n a r e m is i; D u c itu r e t d ig itis l i t t e r a r a r a m e is. I m p e tu s ill e s a c e r , q u i v a tu m p e c to r a n u t r i t , Qui p r iu s in n o b is e sse s o le b a t, a b e s t. Vix v e n it a d p a r t e s , v ix s u m tæ M usa ta b e llæ Im p o n it p ig ra s p æ n e c o a c ta m a n u s . 41-2 PO NT IQ UE S. porte une m ain paresseuse. Je n'ai que peu de plaisir, ou plutôt je n’en al pas à écrire, et je ne trouve aucun charm e à soum ettre des m ots à la m esure; soit parce q u e ce talent, loin de m ’assu rer aucun avantage, fut le principe de m a disgrâce ; soit parce que c ’est danser dans les ténèbres, que d’écrire des vers que personne ne lira. Le lecteur anim e l ’écrivain, les éloges excitent le courage, et la gloire est un puissant aiguillon. Ici, à qui récilerais-je m es vers, sinon à des Coralles au tein t jaunâtre, et à ces autres peu ples qui habitent les rives barbares de Lister? Et pourtant que ferais-je seul ici? par quelle occupation abréger le jour, et per dre m on triste loisir? Je n ’aim e ni le vin, ni le jeu perfide qui font passer le tem ps inaperçu; je ne puis, com m e je voudrais, car la guerre cru elle m e le défend, charm er m es ennuis par la culture, et donner à la terre une face nouvelle. Que m e reste-t-il donc, sinon les Muses? triste consolation, car ces d éesses n ’ont pas bien m érité de m oi. * Mais toi, qui bois avec plus de bonheur aux sou rces de l’Aonie, aim e toujours une étude qui te donne d’heureux succès, rends P a r v a q u e , n e d ic a ra s c rib e n d i n u lla v o lu p ta s E s t m ih i ; n e c n u m e r is n e c te r e v e r b a ju v a t. Sive q u o d b in e f iu c t u s a d e o n o n c e p im u s u llo s , P r in c ip iu m n o s tr i r e s s i t u t i s ta m a li : Sive q u o d in te n e b r is n u m e r o s o s p o n e r e g r e s s u s , Q u o d q u e le g a s n u l li , s c r ib e r e c a rm e n , id e m e s t. E x c it â t a u d ito r s tu d iu m ; la u d a la q u e v i r t u s C re s c it, e t im m e n su m g lo ria c a lc a r h a b e t. H ic m ea c u i r e c ite m , n is i flav is s c r ip ta C o ra llis, Q u asque a lia s g e n le s b a r b a r u s I s t e r h a b e t? S ed q u id so in s a g a m ? q u a q u e i n fe lic ia p e rd a m O tia m a te r ia , s u b rip ia m q u e d ie m ? N am q u ia ne c v in u m , n e c m e te u e t a lc a fallax , P e r q u æ c la m t a c itu m te m p u s a b ir e s o le t; N ec m e , q u o d c u p e re m , s i p e r f e r a b e lla l ic e r e t , O b lectat c u lt u t e r r a n o v a ta s u o j Q uid, n is i P i e r i d e s , s o la tia f rig id a , r e s t â t , N on b e n e d e n o b is q u æ m e r u e r e D eæ ? At tu , cu i b i b it u r f e lic iu s A o n iu s fo n s, U tilite r s tu d iu m q u o d tib i c e d it, a m a : LIVRE IV, LETTRJE III. 413 aux Muses les honneurs que tu leur dois, et fais-moi lire dans ces lieux quelque nouveau fruit de tes veilles. LETTRE TROISIÈME A UN A M I IN C O N S T A N T ARGUMENT Il s ’e m p o r t e c o n t r e u n a m i p e r f id e , e t lu i r a p p e l le l ’i n s t a b il it é d e s c h o ses h u m a in e s . me plaindre ou me taire ? dirai-je ton crime, sans te nommer, ou ferai-je connaître à tous qui tu es? Je ne me ser virai pas de ton nom, de peur de te rendre célèbre par mes plaintes, de peur que mes vers ne te donnent de la renommée. Quand mon navire reposait sur une carène solide, tu étais le premier à vouloir voguer avec moi. Aujourd’hui, parce que la F a u t-il S a c ra q u e M u saru m m e r i to c o le ; q u o d q u e le g a m p s , H ue a liq u o d curas m it te r e c e n t is o p u s. EPISTOLA TERTIA AMICO IN S T A B IL I A R G U M E N T IJM Invehitur in amicum perfidum, eumque instabililatis fortunæ humanæ memorem esse jubet. Conquerar, a n ta c e a m ? p o n a m sine n o m in e c r im e n ? An n o tu m , q u i s is , o m n ib u s e s s e v e lim ? N o m in e n o n u t a r , n e c o m m e n d e re q u e r e la , Q u æ ra tu rq u e t ib i c a rm in é fa m a m eo . D um m c a p u p p is e r a t v a lid a fu n d a ta c a rin a , Q ui m e c u m v e lle s c u r r e r e , p r im u s e r a s . 414 PO NT IQ UE S. Fortune a ridé son front, tu te retires, quand tu sais que j ’ai besoin de ton secours ; tu dissim u les m êm e, tu veux faire croire que tu ne m e connais pas : quand tu entends m on nom , tu dem andes : Quel est cet Ovide? Je su is, tu l ’entendras m algré toi, celui qu’une ancienne am itié unit, encore enfant, à ton en fance; celui qui le prem ier était instruit de tes affaires sérieu ses ; qui le prem ier partageait les plaisirs de tes jeu x ; celui qui, toujours avec toi, fut ton am i le plus assidu, le plus intim e ; celui que tu appelais ton unique Muse. Eh bien ! cet am i, tu ne sais aujourd'hui s’il vit encore ; tu ne songes pas, perfide, à t ’in form er de lu i. Ou jam ais je ne te fus cher, et alors, de ton propre aveu, tu m e trom pais; ou, si tu ne feignais pas, ton inconstance est m anifeste. Dis-m oi donc, dis quel ressentim en t a pu te changer ; si tes plaintes ne sont pas ju stes, m es plaintes à m oi le seront. Qui t’em pêche d’être aujourd’hui ce que tu fus jadis? Je suis devenu m alheureux, est-ce un crim e à tes yeux? Si tu ne pouvais m ’as sister ni de ta fortune, ni de tes dém arches, tu pouvais m ’en voyer du m oins quelques m ots de souvenir. J’ai peine à le N unc, q u ia c o n tr a x it v u ltu m F o r tu n a , re c e d is, A uxilio p o s tq u a m scis o p u s e sse tu o . D issim ulas e tia m , nec m e v is n o s s e v id e ri, Q uique s it, a u d ito n o m in e , N aso, ro g a s . Ille ego s u m , q u a n q u a m n o n vis a u d ir e , v e tu s ta P æ ne p u e r p u e ro j u n c t u s a m ic itia : Ille e go, q u i p r im u s tu a s é ria n o s s e so le b a m , Q ui tib i ju c u n d is p r im u s a d e ss e jo c is : Ille ego c o n v ic to r, d e n s o q u e d o m e s tic u s u s u ; I lle ego ju d ic iis u n ic a M usa tu is . Id em ego s u m , q u i n u n c a n v iv a m , p e rfid e , n e s c is ; C ura tib i d e q u o q u æ r e re n u lla f u it. Sive fui n u n q u a m c a ru s , s im u la s s e f a te r is : S eu n o n fin g e b a s, i n v e n ie re lev is. D ie, â g e , d ie a liq u a m , q u æ te m u ta v e r i t , i r a m : Nam n isi ju s ta tu a e s t. ju s t a q u e r e la m e a e s t. Q üæ te c o n sim ile m re s n u n c v e ta t e sse p r io r i? An c rim e n , cœ pi q u o d m is e r e sse , v o c a s? Si m ih i re b u s o p e m n u lla m fa c tis q u e fe re b a s , V e n isse t v e rb is c h a rta n o ta ta t r ib u s . LIVRE IV, L E T T R E III. 415 croire, m ais on dit que tu insultes encore à ma disgrâce, et que tes discours ne m ’épargnent pas. Que fais-tu, insensé? pourquoi, si la fortune devait te quitter un jour, d essèch es-tu les larm es qui pleureraient ton naufrage? Cette déesse nous m ontre son inconstance par cette roue toujours m obile dont sans cesse elle foule le som m et, de son pied incertain ; elle est plus légère que la feuille, que le m oindre souffle : toi seul, am i sans foi, tu l’égales en légèreté. Toutes les choses d’ici-bas sont suspendues à un fil fragile, et l’édifice le plus solide s’écroule tout à coup. Qui ne connaît l ’opulence du riche Crésus? et cependant, captif, il dut la vie à son ennem i. Ce tyran, si redouté naguère à Syra cuse, c ’est à peine si, par un vil em ploi, il peut repousser les rigueurs de la faim . Quoi de plu s grand que Pom pée? et cepen dant Pom pée fu gitif im plora d ’une voix suppliante l'assistance de son clien t; et celui à qui l ’univers entier obéissait, devint lui-m êm e le plus m isérable des hom m es. Ce guerrier fam eux par ses triom phes sur Jugurtha et sur les Cimbres, qui, consul, donna tant de fois la victoire aux R om ains, Matius se cacha dans Vix e q u id e m c re d o , se d e t i n s u l ta r e ja c e n ti T e m ih i, n e c v e r b is p a rc e r e , fam a r e f e r t. Q uid fa c is, a h d e m e n s ? c u r , si F o r tu n a r e c e d a t, N a u fra g io lac ry m a s e rip is ip se tu o ? Haec D ea n o n s ta b ilj , q u a m s it levis¿ o r b e f a t e tu r , Q uem s u m m u m d u b io s n b p e d e s e m p e r h a b e t. Q u o lib e t e s t fo lio , q u a v is i n c e r ti o r a u r a , P a r illi le v ita s , im p r o b e , so la t u a e s t. O m n ia s u n t h o m in u m t e n u i p e n d e n tia filo, E t s u b ito c a su , qua? v a lu e r e , r u u n t . D iv itis a u d ita e s t c u i n o n o p u le n tia C rcesi ? N e m p e ta r n e n v ita m c a p tu s a b h o s te t u l i t . I lle S yracosia m odo fo rm id a tu s in u r b e , Vix h u m ili d u r a r a r e p p u l i t a r t e fa m e m . Q uid f u e r a t M agno m a ju s ? ta m e n i ll e r o g a v it S u b m is s a fu g ie n s voce c lie n tis o p e m , C u iq u e v iro t o tu s t e r r a r u m p a r u i t o rb is , Indigus effectus om nibus ipse m agis. U le J u g u r i h i n o c la r u s , C im b ro q u e triu m p h o , Quo v ic tr ix to tie s c o n s u le R o m a fu it, 416 PO N T I Q U E S , la fange, dans les roseaux d ’un m arais, et souffrit m ille outrages indignes d’un si grand hom m e. La puissance divine se jou e des destinées hum aines, et nous pouvons à peine com pter sur l ’heure présente. Si quelqu’un m ’avait dit : Tu iras un jou r sur les bords de l ’Euxin, tu redouteras les atteintes de l ’arc des Gètes. — Va, aurais-je répondu, bois ces breuvages qui guérissent la raison ; bois tous les sucs que produit A nticyre. Et voilà pourtant ce que j ’ai enduré. Quand j ’aurais év té les traits des m ortels, je ne pouvais échapper à ceux du plus grand des dieux. Toi aussi, trem b le, et songe que ce qui fait ta jo ie, peut, pendant que tu parles, devenir un sujet de tristesse. % In cœ n o la t u i t M ariu s, c a n n a q u e p a lu s lr i, P e r tu l it e t ta n to r a u lta p u d e m la v iro . L u d it in h u m a n is d lv in a p o te n tia r e b u s , E t c e rta m p r æ s e n s vix h a b e t h o r a fid em . L ilu s a d E u x m u m , s i q n is m ih i d ic e r e t, ib is , E t m e tu e s a re u n e f e r i a r e G etæ ; I, b ib e , d ix is s e m , p u r g a n te s p e c to r a su cco s, Q u id q u id e t in to ta n a s c itu r A n ticy ra . S um ta m e n h æ c p a s su s , n e c , si m o rta lia p o ssem , E t s u m m i p o te r a m te la c a v e r e Dei. T u q u o q u e fac tim e a s ; e t, q u æ tib i læ ta v id e n lu r , Dorn lo q u e r is , fieri tris tia p o sse, p u ta . LIVRE IV, L ET TR E IV. 417 LETTRE QUATRIÈME A SEX TÜ S PO M PÉE ARGUMENT 11 a s s u r e q u ’a u m il ie u d e s e s m a l h e u r s i l a a p p r i s a v e c b ie n d u p l a i s ir q u e S e x tu s é t a i t n o m m é c o n s u l ; c e t t e n o u v e lle l ’a r e m p l i d e j o ie . I l n ’est pas de jour où l ’hum ide Auster am ène assez de nua ges, pour que la pluie tom be sans interruption ; il n ’est pas de lieu assez stérile, pour qu ’une plante utile ne s’y m êle souvent aux durs b u isso n s; les coups de la fortune ne sont jam ais si cru els, qu’elle n ’adoucisse toujours le m alheur par quelque joie. Me voilà, m oi, privé de ma fam ille, de ma patrie, de la vue de m es am is, je té par un naufrage sur les rives de la m er des G èles; et j ’y ai trouvé cependant de quoi dérider m on front, et EPISTOLA QUARTA SEX TO POM PE IO ARGUM ENTUM Mediis in calamitatibus suis, lsetum se nuntium de Sexto designato consule accepisse, eoque animum suura mire exhilaratum esse testatur. N ulla d ie s a d e o e s t a u s tr a lib u s h u m id a n im b is , N on inlerm issis u t fluat im b er aquis. N ec s te r il i s lo c u s u llu s ita e s t, u t n o n s it in illo M ista f e r e d u r is u l il is h e rb a r u b is . Nil a d e o f o r tu n a g r a v is m is e ra b ile fe c it, U t m in u a n t n u l la g a u d ia p a r t e m a lu m . E cce d o m o , p a tr i a q u e c a r e n s , o c u lis q u e m e o r u m , N a u fra g u s in G e tic i l it o r i s a c tu s a q u a s ; Q ua, ta r n e n in v e n i, v u ltu m d iff u n d e re , c a u sa m , P o s s e m , fo rtu n a e n e c m e m in is s e meae. 418 PO NT IQ UE S. oublier ma fortune. Je m e prom enais, tr iste, sur le sable jau nissant, quand je crus entendre derrière m oi le bruit d’une aile; je m e retourne : ce n ’était pas un corps que m es yeux pus sen t voir, et cependant m on oreille en tendit ces paroles : « Je suis la Renom m ée ; je suis venue à travers les routes im m en ses de l’air, pour t’annoncer de bonnes nouvelles : Pom pée est nom m é consul, Pom pée, le plus cher de tes am is; l ’année qui va venir sera b elle et heureuse. » E lle dit, et quand elle eut répandu dans le Pont cette bonne nou velle, la déesse se dirigea vers d’autres nations. Soudain ce joyeux m essage dissipa m es soucis, et ce lieu perdit pour m oi sa sauvage horreur. Ainsi donc, Janus, dieu au double visage, quand tu auras ou vert cette année si lente à venir, et que le m ois qui t’est consacré aura cbassé décem bre, Pom pée revêtira la pourpre de la dignité suprêm e, et il n ’aura plus rien à ajouter à ses h on n eu rs. Déjà je crois voir la foule se précipiter dans le palais du consul, et le peuple se presser à l’envi dans l ’enceinte trop étroite. D’abord lu m ontes au tem ple de la roche T arpéienne, et le s dieux y deviennent favorables à tes vœ ux. Des taureaux plu s blancs que Nam m ih i, q u u m fu lv a t r i s ti s s p a li a r e r a r e n a , Visa e s t a te rg o p e n n a d e d is s e s o n u m . R e spicio ; n e c c o rp u s e r a t q u o d c e r n e r e p o ssem ; V erba ta m e n s u n t h æ c a u r e r e c e p ta m e a : «t E n ego læ ta r u m ven io tib i n u n t ia r e r u m , F a m a p e r im m e n s a s a e r e la p s a v ia s . G onsule P o m p e io , q u o n o n tib i c a r io r a lle r , C a n d id u s e t fe lix p r o x im u s a n n u s e r i t . » D ixit : e t, u t læ to P o n tu m r u m o r e r e p le v it, Ad g e n te s a lia s b in e Dca v e r t i t ite r . At m ih i, d ila p sis i n t e r n o v a g a u d ia c u r is , E x c id it a s p e r ila s h u j u s in iq u a lo ci, J a n e b ic e p s , lo n g u m r e s e r a v e r is a n n u n i, E ivgo u b i, P u ls u s e t a s a c ro m e n s e d e c e m b e r e r i t , P u r p u r a P o m p e iu m s u m m i v e la b it h o n o ris , Ne titu lis quiC q u a m d e b e a t ille s u is . C e rn e re ja m v id e o r r u m p i p e n e tr a lia t u r b a , E t p o p u lu m læ d i, d é fic ie n te loco : le m p la q u c T a rp e iæ p r iu iu in tib i se d is a d ir i , E t fie ri faciles in t u a v o ta Deos : LIVRE IV, L E T T R E IV. 419 la neige, que Falisque a nourris dans ses pâturages, présentent leu r tète au coup assuré de la hache. Tu voudras te rendre pro pices tous les dieux ; m ais tu invoqueras surtout César et Jupiter. Le sénat te recevra dans son enceinte, et les pères, assem blés suivant l ’usage, prêteront l’oreille à tes paroles. Quand ta voix éloq uente les aura rem plis d’allégresse, quand ce jour aura ram ené ces vœ u x de bonheur qui l’accom pagnent tous les ans, quand tu auras rendu de justes actions de grâces aux dieux, et à César qui souvent te donnera l ’occasion de les renouveler; alors, environné de tout le sénat, tu renlreras dans ta m aison, et ta m aison contiendra à peine tout ce peuple jaloux de te rendre ses hom m ages. Et m oi, m alheureu x, on ne m e verra pas dans cette foule ! et m es yeux ne pourront jouir de ce spectacle ! Mais je te verrai du m oins des yeux de l’esprit, et je contem plerai, quoique absent, les traits d’un consul qui m ’est cher. Fassent les dieux que, dans ce jour, m on nom se présente un instant à ta p ensée, et que tu dises : Ilélas! le m alheureux ! que fait-il m aintenant 1 Si l ’on m ’apprend que tu aies prononcé ces paroles, j ’avouerai aussitôt que m on exil est m oins cruel. • Colla b o v e s n iv co s c e r t æ p r æ b e re s e c u r i, Q uos a lu it c a m p is h e rb a F a lis c a s u is . Q u u m q u e Deos o m n es, tu m q u o s im p e n s iu s æ q u o s E s s e tib i c u p ia s , c u m Jo v e C æ sar e r i t . C u ria te e x c ip ie t, p a tr e s q u e e m o re v o c a ti I n te n d e n t a u r e s a d tu a v e rb a s u a s . H os u b i f a c u n d o tu a vox h i la r a v e r it o re, U tq u e s o le t, t u l e r i t p ro s p é r a v e ib a d ie s ; E g e ris e t m é r ita s S u p e r is c u m C æ sare g r a te s , Q ui c a u sa m , fa c ia s c u r i ta sæ p e , d a b it, I n d e d o m u m r é p é té s lo to c o m ila n te s e u a tu , O fficium p o p u li v ix c a p ie n te d o m o . Me m is e ru m , t u r b a q u o d n o n ego c e r n o r in ilia I N ee p o t e r u u t is tis lu m in a n o s tr a f r u i ! Q u a m lib e t a b s e u te m , q u a p o s s u m , m e n te v id e b o : A d s p ic ie t v u llu s c o n s u lis ilia s u i. Di fa c ia n t, a liq u o s u b e a t tib i te m p o r e n o s tr u m IN om en; e t, lie u ! d ic a s, q u id m is e r ille f a c it? Hæ c tu a p e r t u l e r i t si q u is m ih i v c rh a , f a te b o r P r o ti n u s e x s iliu m m o lliu s e s se ra e u m . 420 PONT1QUES. L E T T R E C I NQUI È ME A S. rO M rÉ E , D E JA CO NSU L ARGUMENT Il e n v o ie c e t t e l e t t r e à S . P o m p é e , p o u r le r e m e r c i e r d e l ’a v o ir s e c o u r u d a n s s o n e x il, e t d e l 'a v o i r c o m b l é d e b i e n s . A l l e z , distiques légers, allez, qu’un docte consul vous entende, présentez ces paroles à un m agistrat auguste. La route est lon gue, vous ne m archez qu’à pas inégaux, et la terre est cachée sous la neige dont l’hiver la couvre. Quand vous aurez traversé la Thrace glacée, l ’H ém us enveloppé de nuages, et les ondes de la m er Ionienne, vous arriverez, en m oins de dix jou rs, m êm e sans presser votre m arche, dans la ville, reine du m onde. De là dirigez-vous tout d’abord vers la m aison de Pom pée, il n ’en est pas qui soit plu s voisine du Forum d’A uguste. Si un curieux, dans EPISTOLA QUINTA S. POMPEIO JAM CONSULI ARGUM ENTUM V Atl S. Pompeium ablegat epislolam suam, suis verbis ipsi acturam gratias, quod et in fuga praesidio sibi fuerit, et multis se donis cuniulaverit. Ite , leves e le g i, d o c ta s a d c o n s u lis a ures, V e rb a q u e h o n o r a to f e r t e le g e n d a v iro . L o n g a via e s t ; ne c vos p e d ib u s p ro c e d itis aequis ; T e c ta q u e b r u m a li s u b n iv e t e r r a l a t e t. Q uum g e lid a m T h r a c e n , e t o p e r tu m n u b ib u s H aem on, E t r a a r is lo n ii t r a n s ie r it i s a q u a s , L uce m in u s d e c im a d o m in a m v e n ie lis in u r b e m , U t f e s tin a tu m n o n f a c ia lis ite r . P r o tin u s in d e d o m u s v o b is P o m p e ia p c ta t u r : Non e st A ug u sto ju n c t i o r u lla fo ro . LIVHE IV, L E T T R E V. 421 la foule, vous dem ande qui vous êtes, d’où vous venez, faites entendre à son oreille trom pée quelque nom pris au hasard. Il n ’y aurait pas de danger, je le crois, à parler avec franchise ; m ais pourtant un nom em prunté vous exposera m oins. Il ne vous sera pas perm is, dès que vous aurez touché le seu il, de voir le consul sans obstacle. Ou bien, m agistrat équilable, il rendra la justice aux R om ains, élevé sur un siège d’ivoire en richi de diverses figures ; ou bien il m ettra à l’enchère la ferm e des revenus p u blics, attentif à conserver intactes les richesses de la grande cité; ou, au m ilieu des sénateurs assem blés dans le tem ple que Jules a fondé, il s’occupera de graves intérêts dignes d’un si grand consul ; ou il offrira ses vœ ux accoutum és à Au guste et à son fils, et les consultera sur ses fonctions encore nou velles pour lui. Le tem ps que ces soins lu i laisseront sera consacré tout entier à César G ermanicus ; c’est lui qu’après les dieux puissants il révère le plus. Toutefois, quand il se sera reposé de cette m ultitude d’affaires, il vous tendra une m ain bienveillante, et peut-être vous dem andera-t-il ce que je fais, m oi, votre père; voici com m e je désire que vous lu i répondiez : « 11 vit encore; et sa vie, il reconnaît S i q u is , u t in p o p u lo , q u i s itis , e t u n d e , r e q u i r e t , N o m in a d e c e p ta q u æ lib e t a u r e f e r a t. U t s i t e n im t u tu m , s ic u t r e o r e sse , f a te ri, V e rb a m in u s c e r t e 'ficta tim o ris habeDt. C opia n e c v o b is u llo p r o h ib e n te v id en d i C o n s u lis , u t lim e n c o n tig e r itis , e rit. A u t r e g e t ¡lie s u o s d ic e n d o j u r a Q u irite s, C o n s p ic u u m s ig n is q u u m p r e m e t a ltu s e b u r ; A u t, p o p u li r e d i t u s p o s ita m c o m p o n e t ad h a s ta m , E t m in u i m a g n æ n o n s in e t u r b is o p e s ; A u t, u t e r u n t p a tr e s in J u li a te m p la v o c a ti, De ta n to d ig n is c o n s u le re b u s a g e t ; A u t f e r e t A u g u s to s o lita m n a to q u e s a lu te m , D eque p a r u m n o to c o n s u le t officio. T e m p u s a b b i s v a c u u m C æ sar G e rm a n ic u s o m n e A u fe re t : a m a g n is h u n e c o lit ¡lie Deis. Quum tam en a tu rb a re ru m req u iev erit liarO m , Ad vos m a n s u e ta s p o r r i g e t ille m a n u s , Q u id q u e p a r e n s e g o v e s le r a g a m , fo rta s s e r e q u i r e t ; T. I. T a lia v o s illi re d d e r e v e rb a v e lim : 24 422 PO NT IQ UE S. qu’il te la doit, à toi, m ais, avant tout, à la clém en ce de César. Souvent il raconte avec reconnaissance qu’à son départ pour l’exil, ce fut à tes soins qu’il dut de parcourir sans danger tant de contrées barbares; que, si le glaive des Bistons ne s'est pas abreuvé de son sang, ce fut un effet de ta tendre sollicitude ; qu’en outre, pour qu’il m énageât ses propres ressources, tu pourvus généreusem ent aux besoins de son voyage. En recon naissance de tant de bienfaits, il jure qu’il sera à jam ais ton serviteur dévoué. Les arbres n ’om brageront plus les som m ets des m ontagnes, les m ers ne seront plus sillon nées par les vais seaux aux voiles rapides, les fleuves, dans un cours rétrograde, rem onteront vers leur source, avant qu’il perde le souvenir de tes bienfaits. » Quand vous aurez achevé ces m ots, priez-le de conserver son propre ouvrage, et votre m essage sera rem pli. « Vivit a d h u c , v ita m q u e tib i d e b e re f a t e t u r , Q uam p r iu s a m it i C æ sare m u n u s h a b e t. Te s ib i, q u u m f u g e r e t, m e m o r i s o le t o r e r e f e r r e , D a rb a riæ t u t a s e x h ib u is s e v ias. S a n g u in e B is to n iu m q u o d n o n te p e f e c e r it e n s e m , E ffe c tu m c u r a p e c to r is esse t u i. A d d ita p r æ te r e a v itæ q u o q u e m u lta tu e n d æ M u n e ra , n e p r o p ria s a tt e n u a r e t o p es. P r o q u ib u s u t m e r ilis r e f e r a t u r g r a tia , ju r â t , Se f o r e m a n c ip iu m , te m p u s in o m n e , tu u m . N am p r iu s u m b ro s a c a r ilu r o s a r b o r e m o n te s , E t f ré ta v e liv o las n o n h a b it u r a r a t e s , F lu m in a q u e i n fo n te s c u rs u r e d i l u r a s u p in o , G ra tia q u a m m e r iti p o s s it a b ir e t u i. » Ilæ c u b i d ix e r itis , s e r v e t s u a d o n a , r o g a to : S ic f u e r it v e s træ c a u sa p e r a c ta v iæ . LIVRE IV, LET TR E VI. 423 LETTRE SIXIÈME A BRUTUS ARGUMENT Il d é p lo r e la m o r t d e F a b iu s M a x in iu s, s o n i n te r c e s s e u r , e t c e ll e d ’A u g u s te l u i - m ê m e , q u i le p r i v e n t d e t o u t e s p o i r d e r e t o u r . I l lo u e la b i e n v e i l la n c e d e R r u tu s e t sa b o n t é p o u r c e u x q u i l 'i m p l o r e n t . C e t t e lettre que tu lis, B rutus, te vient de ces lieux où tu ne voudrais pas qu’Ovide fût relégu é. Mais ce que tu ne voudrais pas, un déplorable destin l’a voulu. Hélas ! ce destin est plus puissant que tes vœ ux. J’ai passé dans la Scylhie les cinq années d’une olym piade, et j ’entre déjà dans un second lustre; car la fortune s’obstine à m e poursuivre, et la perfide repousse m es vœ u x de son pied cruel. Tu avais résolu, Maxime, toi l'honneur de la fam ille des Fabius, d’adresser en ma faveur des paroles EPISTOLA SEXTA BRUTO ARGUM ENTUM Fabii Maximi deprecatoris sui, ipsiusque Augusti mortc spem redeundi suam concidisse, questus, Bruli mite ingemum et supplicibus facile laudat, gratamquc mentem ei spendet. Quam legis, ex illis tibi venit epistola, B rute, N aso n em n o lle s in q u ib u s e s s e , lo cis. S e d , tu q u o d n o lle s , v o lu it m is e ra b ile f a tu m : I le u m ih i, p lu s illu d , q u a m tu a v o la, v a le H In S c y th ia n o b is q u in q u e n n is O lym pias a c ta e s t : J a m te m p u s lu s tr i t r a n s i t in a lt e r i u s . P e r s t a t e n im F o r tu n a te n a x , v o tis q u e m a lig n u m O p p o n it n o s tr is in sid io s a p e d e m . C e rtu s e ra s p r o m e , F a b iai la u s , M axim e, g e n tis , N u m e n a d A u g u s tu m s u p p lic e v o ce lo q u i. PO NTIQUES. 424 suppliantes au divin Auguste : et tu m eurs avant de le prier ; et m oi, M axime, je suis peut-être la cause de la m ort ; je ne valais pas un si haut prix. Je n ’ose plus confier à personne le soin de m e sauver ; ta m ort m e défend d’im plorer aucun appui. Auguste com m ençait à pardonner à m a faute, à m on erreu r; il est en levé à la fois à m on espoir et au m onde. Cependant, Brutus, je vous ai envoyé de ces bords loin tain s, en l’honneur de ce nou vel habitant du ciel, des vers tels que ma Muse a pu m e les dic ter. P uisse m a piété m ’être de quelque secours ! p u isse-t-elle m ettre un term e à m es m alheurs, et adoucir la colère de cette auguste m aison ! Et toi aussi, je le jurerais sans crainte, tu fais les m êm es vœ ux, Brutus, toi qui m ’as donné tant de preuves d’am itié ; tu m ’as toujours m ontré un e affection véritable ; m ais cette affec tion, dans m on m alheur, a pris de nouvelles forces. En voyant tes larm es couler avec les m ien nes, on aurait cru que tous deux nous étions condam nés à la m êm e peine. La nature t’a fait bon et sensib le, elle n ’a donné à personne un cœ u r plus com patissant. Oui, si l’on ignorait quelle est ta puissance dans les débats du Forum , on aurait peine à croire que ta bouche puisse O ccidis a n te p r e c e s ; c a u s a m q u e e g o , M axim e, m o rtis , Nec f u e r a m ta n t i , m e r e o r e s se tu æ . J a m tim e o n o s tr a m c u iq u a m m a n d a r e s a lu te m : Ip su m m o rte tu a c o u c id it a u x iliu m . C œ p e ra t A u g u s tu s d e c e p tæ ig n o s c e re c u lp æ ; Spem n o s tra m t e r r a s d e s e r u itq u e s im u l. Q ualc t a m e n p o tu i, d e c œ lite , B r u te , r e c e n ti V e s tra p ro c u l p o s itu s c a r m e n in o ra d e d i. Quæ p r o s it p ie ta s u tin a m m ih i ! s itq u e m a lo r u m J a m m o d u s, e t s a c ræ m itio r i r a d o m u s l T e q u o q u e id e m , liq u id o p o s s u m j u r a r e , p r e c a r i, 0 m ilii n o n d u b i a c o g n ite , B ru te , n o ta ! N am , q u u m p r æ s ti te r i s v e ru m m ih i s e m p e r a m o r e m , Ilic ta m e n a d v c rs o te m p o r e c re v it a m o r . Q u iq u c tu a s p a r i t e r lac ry m a s n o s tr a s q u e v id e r e t, P a s s u ro s p œ n a m c r e d e r e te s s e d u o s. L e u e m te m is e ris g e n u it n a tu r a , n e c u lli M itius in g e n iu m , q u a m t ib i , B r u te , d é d it : Ut, q u i q u id v a le a s ig n o re t M arte fo re n s i, Possc tu o p e ra g i vix p u t c t o re reo s. « LIVRE IV, LET TRE VI. 425 faire condam ner un accusé ; la contradiction n ’est qu’apparente, il est dans la nature de se m ontrer à la fois facile aux suppliants et terrible aux coupables. Quand tu entreprends de venger la sévérité des lois, chacune de tes paroles sem ble trem pée dans un venin m ortel. Puissent nos ennem is éprouver com bien tes arm es sont terrib les, et sentir les traits de ton éloquence ! lu es si habile à les aiguiser, qu’à te voir, on ne soupçonnerait pas un talent de ce genre sous un tel extérieur. Mais si tu vois quel que victim e des injustices de la fortune, alors ton cœ ur est plus tendre que celui d’une fem m e. Je l ’ai éprouvé, m oi sur tout, quand la plupart de m es am is m ’ont ren ié, m ’ont m é connu. Ceux-là, je les ou b lie; m ais je ne vous oublierai jam ais, vous dont la sollicitude a soulagé m es souffrances. L’Ister, hélas ! trop voisin de m oi, rem ontera des bords de l'Euxin vers sa source, et, com m e si nous revenions au tem ps du festin de T hyeste, le char du Soleil retournera vers les ondes de l’orient, avant que vous, qui avez pleuré ma perte, vous m e trouviez cou pable d’ingratitude et d’oubli. S c ilic e t e ju s d e m e s t, q u a m v is p u g n a r e v id e tu r , S u p p lic ib u s fa c ile m , s o n tib u s e sse tru c e m ; Q uum tib i s u s c e p ta e s t le g is v in d ic la s e v e ræ , Y erba v e lu t tin c t u m s in g u la v iru s h a b e n t. H o s tib u s e v e n ia t, q u a m s is v io le n tu s in a rm is S e n lir e , e t lin g u æ te l a s u b ir e lu æ ; Q uæ tib i ta m t e n u i c u r a lim a n tu r , u t o m n e s I> tiu s in g e n iu m c o rp o ris e sse n e g e n t. Al, si q u e m læ d i f o r tu n a c e rn is in iq u a , M ollior e s ta n i m o fe m in a n u lla tu o . Hoc ego p r æ c ip u e s e n s i, q u u m m a g n a m e o r u m N o titia m p a rs e s t in fic ia ta m e i. I m m e m o r illo ru m , v e s tr i n o n im m e m o r u n q u a m , • Q u im a la s o llic iti n o s tr a le v a s lis , e ro . E t p r iu s , h e u n o b is n im iu m c o n te r m in u s ! I s t e r In c a p u t E u x in o de m a r e v e r t e t i t e r ; U tq u e T h v e s te æ r e d e a n t si te m p o ra m e n s æ , Solis ad E oas c u r r u s a g e t u r a q u a s , Q uam q u is q u a m v e s lr u m , q u i m e d o lu is tis a d c m p tu m , A rg u â t, in g r a tu m n o n m e m in is s e su i. PO N T r QIIES. LETTRE SEPTIÈME A VESTALIS ARGUMENT L e p o è te a p p e ll e à t é m o in d e s r i g u e u r s d e s o n e x il V e s ta lis , g o u v e r n e u r d e la M ysie. I l r a c o n t e se s h a u t s f a i t s , s u r t o u t à la p r i s e d ’É g y p so s, V e s t a l i s , puisque t u fus envoyé aux bords de i’Euxin pour rendre la justice aux peuples qui habitent sous le pôle, tu vois de tes yeux dans quelle contrée je langu is, et tu attesteras que m es plaintes continuelles ne sont pas sans fondem ent. Ton té m oignage, illustre descendant des rois des A lpes, confirm era la vérité de m es paroles. Tu le vois, il est bien vrai qu’ici la m er est enchaînée par les glaces ; qu’ici le vin, durci par la gelée, cesse d’être liquide. Tu vois les farouches Iasyges conduisant leurs bœ ufs et leurs lourds chariots sur les ondes de P ister ; tu EPISTOLA SEPTIMA V ESTA LI A R G U M E N T RM Acerbitatis cxsilii sui testem invocat poeta Vestalem, Mœsiæ præsidem, cujus præclara facinora, maxime in expugnanda Ægypso, narrai. M issus es E u x in a s q u o n ia m , V e s ta lis, ad u n d a s , Ut p o s itis r e d d a s j u r a s u b ax e lo cis; A dspicis e n , p ræ s e n s , q u a li ja c e a m u s in a rv o , Nec m e t e s t is e r i s fa’sa s o le re q u e r i . A ccedet voci p e r te n o n i r r i t a n o s træ , A lpinis ju v e n is r e g ib u s o r te , fides. Ipsc v id es c e rle g lacie c o n e re s c e re P o n tu m ; I p s e v id e s r íg id o s ta n tia v in a g e lu . lp s e v id e s , o n e ra ta fero x u t d u c a t I asyx P e r m ed ia s I s tr i p la u s tra b u b u lc u s a q u a s . LIVRE IV, L E T TR E VII. 427 vois aussi que leurs flèches aiguës volent arm ées d’un funeste poison, et que leurs traits sont doublem ent m ortels. Et plût aux dieux que, sim ple tém oin de cette partie de m es m aux, tu ne l’eusses pas toi-m êm e éprouvée dans les combats! C’est à travers m ille périls que l’on arrive au grade de pre m ier centurion. Cet honneur fut décerné naguère à ta valeur ; m ais, m algré les nom breux avantages attachés à ce titre glo rieux, ton m érite était encore au-d essu s de ton rang. Témoin l’Ister, dont les ondes furent jadis par ton bras teintes du sang des Gètes. Tém oin Égypsos qui, reprise à ton approche, sentit que son heureuse situation n ’était pour elle d’aucun secours. Aussi bien défendue par sa position que par les bras de ses sol dats, cette ville s’élevait ju sq u ’aux nues sur le som m et d’une m ontagne. Un ennem i barbare l’avait enlevée au roi de Sitho-' n ie, et, vainqueur, il jouissait du fruit de sa conquête. Mais V itellus, descendant le courant du fleuve, débarque ses soldais, et porte ses étendards contre les Gèles. Alors, courageux descen dant de l ’antique Daunus, une noble ardeur t’entraîne contre les A dspicis e t m i u i s u b a d u n c o to x ic a f e r r o , E t te lu r n c a u sa s m o r tis h a b e r e d u a s . A lque u tin a m p a rs h® c t a n tu m s p e c ta ta fu is s e t, N on e tia m p r o p rio c o g n ita M arie t i b i ! T e n d i t i s a d p r im u m p e r d e n s a p e r ic u la p i l u m ; C o n tig it e x m e r i to q u i t ib i n u p e r h o n o s . S it lic e t h ie l it u lu s p le n is t ib i f r u c tib u s in g e n s , Ip sa ta m e n v irlu s o r d in e m a jo r e r a t . N on n e g a t h o c I s t e r , c u ju s t u a d e x te r a q u o n d a m Pocniceam G etico s a n g u in e fec it a q u a m . Non n e g a t .'Egypsos, quas, le s u b e u n te , r e c e p ta S e n s it in in g e n io n il o p is e sse lo ci. Nam d u b iu m , p o s ilu m e liu s d e fe n s a m a n u v e , U rb s e r a t in s u m m o n u b ib u s a;q u a ju g o . S ith o n io r e g i fe r u s i n te r c e p e r a t illa m H oslis, e t e re p ta s v ic to r h a b e lia t o p e s . Donee flu m in e a d e v e c la V itelliu s u n d a . n t u l i t , e x p o s ilo m il it e , s ig n a G elis. A t tib i , p r o g e n ie s a lti f o rtis s im a D a u n i, V e nit in a d v e rso s im p e tu s i r e v iro s . 428 PONT IQU ES. ennem is ; tu pars aussitôt, couvert d’arm es brillantes qui attirent au loin tous les regards; tu ne veux pas que tes hauts faits res tent cachés dans l’om bre. Précipitant ta m arche, tu braves le fer, la nature des lieux, et les pierres qui tom bent, plus nom breuses que la grêle dans la saison des frim as. Rien ne t’arrête, ni les javelots lancés du haut des m urs, ni les traits trem pés dans le sang des vipères ; ton casque se hérisse de flèches aux plum es peintes, et ton bouclier n ’oflre plu s de place à de nou veaux coups. Tu n ’as pas le bonheur de dérober ton corps à toutes les blessures ; m ais l’ardent am our de la gloire est plus fort que la douleur. T el, dans les cham ps de Troie, Ajax, de vant les vaisseaux des Grecs, soutint, dit-on, l’attaque et les feux d’IIector. Bientôt on joignit l’ennem i, la m êlée s’engagea, et l ’épée sanglante put de près disputer la victoire. Je ne pu is redire tout ce que fit alors ta valeur, com bien de guerriers lu im m o las, quelles furent tes victim es, et com m ent elles succom bèrent. Vainqueur, tu foulais des m onceaux de Gètes im m olés par ton glaive, et ton pied pressait de nom breux cadavres. Le second centurion com bat à l’exem ple de son chef ; chaque soldat porte Nec m o ra ; c o n s p ic u u s lo n g e f u lg e n lib u s a rm is, F o r tia n e p o s s in t fa c ta l a t e r e , c a v e s ; In g e n tiq u e g r a d u c o n tr a f e r r u m q u e lo c u m q u e , S a x a q u e b r u m a li g r a n d i n e p lu ra , s u b is . Nec te m issa s u p e r ja c u lo ru m t u r b a m o ra l& r, N ec q u æ v ip é re o te la c r u o r e m a d e n t. S p ic u la c u m p ic tis liæ r e n t in c a ss id e p e n n is ; P a r s q u e fe re s c u ti v u ln e r e n u lla v a c a t. N ec c o rp u s c ú n e lo s f é l i c i t e r e ff u g it i c t u s ; Sed m in o r e s t a c ri la u d is a m o re d o lo r. T a lis a p u d T ro ja m D a n a is p r o n a v ib u s Ajax D ic ilu r H c c to re a s s u s tin u is s e fac e s. Ut p r o p iu s v e n tu m e s t, c o m m iss a q u e d e x te r a d e x tr æ , R o sq u e f e r o p o t u it c o m in u s e n s e g e ri. D icere difficile e s t, q u id M ars lu u s e g e r i t illic , Q u o iq u e n c c id e d e r i s , q u o s q u e , q u ib u s q u e m o d i-. E n se tu o lac io s ca lc a b a s v ic to r a c e rv o s , Im p o s ito q u e G e te s s u b p e d e m u ltu s e r a t . P u g n a t a d cx c m p lu m p r im i m in o r o r d in e p ili M ultaque fo rt m ile s v u ln e r a , m u lta fac it. LIVRE IV, L E T T R E VII. 429 et reçoit m ille coups. Mais ta valeur t’élève au-d essu s de tous les aulres, autant que Pégase surpassait en vitesse les plus ra pides coursiers. Égypsos est vaincue, et m es chants, Vestalis, at testeront à jam ais tes exploits. S ed ta n t u m v ir tu s a lio s tu a p r s c te r it o ran e s, A n te c ito s q u a n tu m P e g a s u s ib a t eq u o s. V in c itu r jE g y p s o s, t e s ta ta q u e te m p u s in o m n e S u n t t u a , V e s la lis, c a r m in e facta m eo. 430 PO NTIQUES. LETTRE HUITIÈME A SUILLIUS^ ARGUMENT C’e s t a p r è s la m o r t d ’A u g u s te , d o n t n o u s a v o n s d é jà p a r l é , q u e l e p o ë te é c r i t à S u illiu s , g e n d r e d e s a f e m m e . 11 l e r e m e r c i e d e la l e t t r e q u 'i l a r e ç u e d e l u i ; q u o iq u e a r r i v é e u n p e u t a r d , e ll e l u i a f a i t le p l u s g r a n d p l a i s i r . 11 l u i d e m a n d e e n s u it e d e le f a i r e r e n l r e r e n g r â c e a u p r è s d e G e r m a n i c u s le j e u n e . E n r e c o n n a i s s a n c e d e s e s b i e n f a it s , i l p r o m e t à G e r m a n ic u s , n o n d e s t e m p l e s d e m a r b r e , m a i s d e s l o u a n g e s d a n s se s v e rs . U p r o u v e q u e r i e n n e p e u t ê t r e p l u s a g r é a b l e à l 'h o m m e p u i s s a n t q u e le s v e r s d e s p o è te s q u i c é l è b r e n t s a g lo ir e . A lo r s , s a is i s s a n t c e t t e o c c a s io n , il v a n te la p u i s s a n c e d e la p o é s i e ; i l f a it d e s v œ u x p o u r q u e s e s v e r s l u i s o ie n t u t i l e s , a fin q u e , s 'il n e p e u t o b t e n i r s o n r e t o u r d a n s la p a t r i e , i l o b t ie n n e , d u m o in s , u n e x il m o in s é lo i g n é d e R o m e , o ù il p u i s s e a p p r e n d r e le s h a u t s f a i t s d e C é s a r, e t le s c é l é b r e r d a n s s e s v e rs . D o cte Suillius, ta lettre, quoique arrivée un peu tard, m ’a fait un vrai plaisir. Tu m e dis que, si une tendre am itié peut par des prières fléchir les dieux, tu soulageras m es m alheurs. Quand m êm e tu ne le pourrais, je te serais cependant obligé de ton in - EP I S TOLA OCTAVA SU IL L IO ARGUMENTUM] Mortuo Augusto, ut diximus, lianc epistolam m ittit Ovidius ad Suillium uxoris su* gencrum, agitque ei gratias pro ejus cpistola ad se scripta : quam, elsi sero perlatam, gratissimam tarnen fuisse dicit. l’oslmodum eum rogat, ul Germanicum juniorem sibi reconciliet, polliceturque se in hujus rei graliam non erecturum ei templa de marmore, sed carmine complexurum ejus laudes, ostenditque nihil esse posse principibus aptius, quam carmine olliciosum se prrestare. Tum nactus occasionem poeta, carminis excellcntiam extollit, precaturque ut sibi carmina prosint. Et si non possit reditum in patriam obtinere, saltem urbi propinquius exsilium, quo possit Ccesaris gcsta intelligere, et carmine celebrare. L itteiia s e ra q u id e m , s tu d iis e x c u lte S u illi, H uc tu a p e r v e n i t.s e d m ih i g r a t a ta rn e n , Q ua, p ia si p o s s it S u p c r o s le n ir e ro g a n d o G ra tia , la t u r u m t e m ih i d ic is o p e m . LIVRE IV, LET TR E VIII. 431 tention bienveillante ; c’est bien m ériter de m oi, que de vou loir m ’être utile. Puisse l ’ardeur de ton zèle se soutenir long tem ps ! puissent m es m alheurs ne pas lasser ta pieuse affection ! J’ai quelque droit de la réclam er; des liens de parenté nous un issen t; fasse le ciel qu’ils soient toujours indissolubles! Ton épouse est, pour ainsi dire, ma fille ; et celle qui te donne le nom de gendre m e donne celui d’époux. Malheur à m oi, si, en lisant ces vers, tu fronces le sou rcil, si tu rougis de m a pa renté ! m ais lu n ’y trouveras aucun sujet de h on te, si ce n ’est cette fortune, qui pour moi fut aveugle. Si tu considères ma naissance, tu verras, en rem ontant à l’origine, que m es nom breux aïeux furent tous chevaliers. Veux-tu exam iner com m ent j ’ai vécu? m a vie, si on en retranche une m alheureuse erreur, est pure et sans tache. Ah ! si tu espères quelque effet de tes prières, invoque d’une voix suppliante les dieux que tu honores. Tes dieux à toi, c ’est le jeune César : apaise cette divinité ; il n’en est pas dont les au* tels soient plus connus de toi ; elle ne souffre jam ais que les t i t ja m n il p rae stes, a n im i s u m fa c lu s a m ic i D e b ito r; e t m e r itu m , v e lle j u v a r e , voco. I m p e tu s is te t u u s lo n g u m m o d o d u r e t in aevum ; N eve m a lis p ie ta s s i t t u a l a s s a m e is . J u s a liq u o d f a c iu n t a d fin ia v in c u la n o b is, Quae s e m p e r m a n e a n t illa b e fa e ta , p r e c o r . N am tib i qu a; c o n ju x , e a d e m m ih i filia paene e s t, E t quae te g e n e r u m , m e v o c a t ilia v iru m . H e u m ih i I s i le c tis v u ltu m t u v e r.,il)u s is lis D ucis, e t a d fin e m te p u d e t e s s e m e u m ! At n ih il h ie d ig n u m p o te r is r e p e r ir e p u d o re , P ra ete r f o rtu n a m , quae m ih i caeca f u it. S e u g e n u s e x c u tia s , e q n ite s , a b o r ig in c p r im a . U sq u e p e r in n u m e r o s in v e n ie m u r a v o s ; S iv e v e lis , q u i s in t, m o re s i n q u ir e r e n o s tro s ; E r r o r e m m is e ro d e lr a h e , lab e c a r e n t. Tu m o d o , s i q u id agi s p e ra b is p o s s e p r e c a n d o , Q uos c o lis , e x o ra s u p p lic e voce Deos. Di t ib i s u n t Caesar j u v e n i s ; t u a n u m in a p lac a : H ac c e r t e n u lla e s t n o tio r a r a tib i. 432 PONTIQUES. prières de son m inistre restent sans effet. C’est auprès d’elle qu’il faut chercher uq rem ède à m es m aux. Qu’elle m ’envoie un souffle favorable, quelque léger qu’il soit, m a barque se relèvera du sein des ondes qui l’en gloutissen t: alors je livrerai aux flam m es rapides un encen s solen n el, et m on tém oignage attes tera la puissance de ton dieu. Je ne t’élèverai pas, Germ anicus, un tem ple en marbre de Paros ; m on désastre a épuisé ma for tu n e. Que les fam illes, que les villes opulentes vous élèven t des tem ples ; Ovide vous offrira des vers, ce son t là ses rich esses. C’est rendre bien p eu , sans doute, en retour d’un grand service, que d’offrir des paroles à celui qui m ’accordera la v ie ; m ais donner ce que l’on a de m ieu x, c ’est satisfaire à la reconnais sance; la piété ne peut aller au delà. L’encens du pauvre, offert aux dieux dans un vase sans prix, n ’a pas m oins de pouvoir que celui qu’on leur offre sur un vaste bassin. L’agneau qui telte en core sa m ère, aussi bien que la victim e nourrie dans les pâturages de Falisque, teint de son sa n g les autels du Capitole. Mais que dis-je? ce qui flatte le plu s l’hom m e puissant, ce sont les hom m ages que les poètes lui rendent dans leu rs vers; ce N on s in i t ilia su i v a n a s a n ti s ti ti s u n q u a m E sse p re c e s : n o s tr is h in c p e te r e b u s o p e m . Q u a m lib e t e x ig u a si n o s ea j u v e r i t a u ra , O b ru ta d e m e d iis c y m b a r e s u r g e t a q u is . T u n e e g o t u r a f e ra m r a p i d i s s o le m n ia fla m m is ; E t, v a le a n t q u a n tu m n u m in a , t e s tis e ro . N ec tib i d e P a r io s ta tu a m , G e rm a n ic e , te m p lu m M a rm o re : c a r p s i t o p es ilia r u iu a ra e a s . T e m p la d o m u s v o b is f a c ia n t u r b e s q u e b e a tæ : Naso s u is o p ib u s , c a r m in é , g r a tu s e r i t . P a rv a q u id e m f a te o r p ro m a g n is m u n e r a r e d d i, Q u u m p r o c o n c e s s a v e rb a s a lu le d a m u s . S ed q u i, q u a m p o tu it, d a t m a x im a , g r a t u s a b u n d e est E t finem p ie ta s c o n tig it ilia s u u m . N ec, q u æ d e p a rv a Dis p a u p e r l ib a t a c e r r a , T u r a m in u s , g r a n d i q u a m d a ta la n c e , v a le n t ; A gnaque ta m la c te n s , q u a m g r a m m e p a s ta Falisco V ic tim a, T a rp c io s in fic it ic ta focos. N e c t a m e n , o l ’f i c i o v a l u m p e r c a r m i u a fac to , P r in c ip ib u s r e s e s t g r a t i o r u lla v iris . LI VR E IV, LET TRE VIII. 453 sont les vers qui proclam ent votre gloire, et préservent de l ’ou bli la renom m ée de vos actions ; ce sont les vers qui donnent à la vertu une vie durable, et qu i, la sauvant du tom beau, la font connaître à la dernière postérité. Le tem ps destructeur ronge le fer et le m arbre, et rien ne résiste à la puissance des siècles ; m ais les ouvrages des poètes bravent les années : c’est par les écrits des poètes que vous connaissez A gam em non et tous ces guerriers qui ont porté les arm es avec lui ou contre lui. Sans le secours des vers, qui connaîtrait Thèbes et les sept chefs, et tous les évén em ents qui précédèrent, et tous ceux qui suivirent? Ce sont les vers, si j ’ose le dire, qui font les dieux eux-m êm es, et leur m ajesté a besoin d’une voix qui célèbre ses grandeurs. Les vers nous apprennent que du chaos, de cette form e prem ière de la nature encore confuse, sortirent l’ordre et les élém ents divers, et que les Géants, aspirant à l’em pire des cieux, furent précipités dans le Styx par les Feux vengeurs, enfants des Nues. Ce sont eux qui ont assuré la gloire de Bacchus, triom phateur des Indes, et d’A lcide, conquérant d’Échalie. Et naguère, César, quand ton aïeul, par sa vertu, s ’éleva jusqu’aux cieu x, les vers ne furent pas étrangers à son apothéose. C a rm in a v e s tr a r u m p e r a g u n t p ræ c o n ia la u d u m , N eve s it a c to r u m fa m a c a d u c a c a v e n t. C a rm in é fit v i v a x 'v i r t u s ; e x p e rs q u e s e p u lc r i, N o titia m s e r æ p o s te r ita tis h a b e t. T a b id a c o n s u m it f e r r u m la p id e m q u e v e tu s ta s ; N u lla q u e r e s m a ju s te m p o r e r o b u r h a b e t. S c r ip ta f e r u n t a n n o s : s c r ip tis A g a m e m n o n a n o s ti ; E t q u is q u is c o n tr a , v e l s im u l, a rm a t u lit. Q uis T h e b a s s e p te m q u e d u c e s s in e c a r m in é n o s s e t, E t q u id q u id p o s t h æ c , q u id q u id e t a n te f u it ? Di q u o q u e c a rm in ib u s , s i fas e s t d ic e re , fiu n t, T a n ta q u e m a je s ta s o r e c a n e n tis e g e t. S ic C h a o s, ex ilia n a tu r æ m o le p r io r is , D ig e stu rn p a r t e s s c im u s h a b e r e s u a s ; Sic a d f e c ta n te s c œ le s tia r é g n a G ig a n ta s , Ad S ty g a n im b ife r o v in d ic is ig n e d a to s . S ic v ic to r l a u d e m s u p e r a tis L ib e r a b In d is , A lc id e s c a p ta t r a x i t a b (E c h alia. E t m o d o , C æ sar, a v u m , q u e m v i r t u s a d d id it a s lr is , S a c r a r u n t a liq u a c a rm in a p a r te tu u m . t. i. 2b 434 rONTIQUES. A insi, G erm anicus, si m on génie conserve encore quelque vi gueur, elle te sera consacrée tout entière. Poète toi-m êm e, tu ne peux dédaigner les hom m ages d’un poète ; tu sais trop bien en apprécier la valeur; et si ton grand nom ne t’avait appelé à de plus hautes destinées, tu serais devenu l’honneur et la gloire des Muses. 11 est plus glorieux, sans doute, d ’inspirer des vers, que d’en faire so i-m êm e; et cependant tu ne peux renoncer tout à fait à ton talen t: tantôt tu livres des batailles, tantôt tu soum ets des m ots aux lois de la m esure, et ce qui est un travail pour d’autres n’est qu’un jeu pour toi. Ni la lyre, ni l ’arc ne son t étrangers à Apollon, et ses m ains divines en m anient tour à tour les cordes ; de m êm e tu n’ignores ni les arts des savants, ni ceux des princes, et ton esprit se partage entre Jupiter et les M uses. Puisqu’elles ne m ’ont pas repoussé n on 'p lu s de ces ondes que le cheval issu de la Gorgone fit jaillir du sol creusé par son pied, qu’il m e soit u tile, salutaire aujourd’hui d’être initié aux m êm es m ystères, d’avoir cultivé les m êm es études ! Que j’échappe enfin aux Gètes cru els, à ces rivages trop voisii?» des Coralles sauvages! Si q u id a d h u c ig it u r vi vi, G e rm a n ic e , n o s tr o R e s ta t in in g e n io , s e r v ie t o m n e tib i. N on p o te s offic iu m v a tis c o n te m n e r e v a te s '; J u d ic io p r e t i u m re s h a b e t i s la tu o . Qliod n is i te n o m e n ta n t u m a d m a jo r a v o c a ss c t, G lo ria P ie r id u m s u m m a f u t u r u s e ra s . S ed d a r é m a te ria m n o b is, q u a m c a r m in a , m a j u s : Nec la m e n ex lo to d e s e r e r e illa p o te s . N ain m odo be lla g e ris , n u m e r i s m o d o v e rb a c o e rc e s , Q u o d q u e a liis o p u s e s t, h o c tib i l u d u s e r i t . U tque n e c a d c ith a ra m * n e c ad ü rc u m s e g n is Apollo e s t, S ed v e n it a d s a c r a s n e r v u s u t e r q u e n ia n u s ; S ic t ib i n e c d o c ti, n e c d e s u n t p r in c ip is a r t e s , M ista se d e s t a n im ó c u m Jd v e Musa tu o . Qucu q u o n ia m n e c n o s u n d a s u b m o v it ab illa , U n g u la G o rg o n e i q u a m fcava f e c it c q u i, P b o sit, o p e m q u ó f e r a t c o m m u n ia s a c ra tu e r i , A tque isd e m s tu d iis im p o s u ia s e m a n u m . L it o r a p e llitis n i m i u m s u b je c ta G o ralliS, Ut tá n d e m suevos e ffu g ia m q u e G é ta s, LIVRE IV, LETTRE IX. 455 Si, dans m on m alheur, la patrie m ’est ferm ée pour toujours, qu’au m oins j ’habite un lieu m oins éloigné de la ville de l’A usonie, un lieu où je puisse célébrer ta gloire à sa naissance, et chanter sans retard tes hauts faits ! Pour que les dieux du ciel soient propices à ces vœ u x, cher Suillius, im plore-les en faveur de celui que ton épouse peut appeler son père. LETTRE NEUVIÈME A G R É C IN U S ARGUMENT G r é c in u s a v a i t é té n o m m é c o n s u l ; i l d e v a it a v o ir p o u r s u c c e s s e u r P o m p o n i u s F la c c u s , s o n f r è r e . A p rè s l ’a v o ir f é l i c i t é d e c e t h o n n e u r , le p o è te s e p la in t d e n e p o u v o ir ê tr e p rè s d e lu i. r e c o m m a n d e s e s i n t é r ê t s à l 'u n e t à l’a u t r e d i t q u e le s r i g u e u r s d e s o n c r u e l e x il d o i v e n t ê t r e c o n n u e s d e F l a c c u s , q u i a é té g o u v e r n e u r d e l a M ysie. 11 p r e n d la t e r r e d u P o n t à t é m o i n d e s a p r o b it é , a p p r é c i é e d e s B a r b a r e s e u x -m ê m e s , e t d e s a p i é t é e n v e r s le s C é s a rs . 11 11 C’e s t de ces lieux où l ’a placé le sort, et non sa volonté, c’est des bords de l’Euxin qu’Ovide t ’envoie ces vœ ux, ô Grécinus. C la u s a q u e s i m is e ro p a tr ia e s t, u t p o n a r in u lto , Q ui m in u s A u so n ia d is te t ab u r b e , lo co ; Unde tu a s p o s s im la u d e s c e le b r a r e r e c e n te s , M ag n aq u e q u a in m in im a fa c ta r e f e r r e m o ra . T a n g a t u t h o c v o tu m c œ le s tia , c a r e S u illi, N u m in a , p r o s o c e ro p æ n e p r e c a r e tu o . EPISTOLA NONA G R Æ C IN O ARGUM ENTUM Gi'æcino, eortsuli designato, et fratri ejus Pomponio Flacco, ipsi successuro, eura ho norem gratulatus, dolet, quod non coram adesso sibi licet. Suam causam utrique conunendat. Huic quoque, qui Mysiæ præses fuerit, atrocitatein exsilii sui notain esse refert : probitatis suæ, Barbaris etiam gratæ, et pietatis in Caesares Pontum învocat testent. U nde l ic e t, n o n u n d e ju v a t , G ræ c in e , s a lu te m M ittit a b E u x iu is b a n c tib i N aso v a d is . 436 PONTIQUES. Fassent les dieux que ma lettre te parvienne en ce jour, qui le prem ier te verra précédé des douze faisceaux! Consul, lu vas m onter sans m oi au Capitole, et je ne figurerai pas dans ton cortège ; m ais que du m oins ma lettre rem place près de toi son auteur, et qu’elle te p résente, au jour fixé, l’hom m age de ton am i ! Si j’étais né sous un astre plus favorable, si l’essieu de m on char ne s’était brisé dans la carrière, ces devoirs que te rend aujourd’hui ma m ain dans cette lettre, m a bou ch e le les aurait rendus. Dans m es félicitations, à des vœ u x de b on h eu r j’aurais m êlé m es em brassem ents, et tes nouveaux h on neurs m ’auraient appartenu non m oins qu’à toi-m êm e. Oui, je l ’avoue, j’aurais été fier de ce beau jour, aucun palais n’eût été assez vaste pour m on orgueil. Pendant que tu m arch es, entouré de l ’auguste cortège du sénat, chevalier, je précéderais je s pas du consul; et m oi, si jaloux d’être toujours auprès de toi, je m ’applaudirais de ne pouvoir trouver place à tes côtés. Quand je serais écrasé par la foule, je ne m ’en plaindrais pas; c’est avec joie que, dans ce jour, je m e sentirais pressé par la M issaque Di fa c ia n t a u r o r a m o c c u r r a t a d illa m , Bis s e n o s fasc e s quae t ib i p r im a d a b it . Ul, q u o n ia m s in e m e la n g e s C a p ilo lia c o n s u l, E t fiam turbue p a r s eg o n u lla tuae, I n d o m in i s u b e a t p a r t e s , e t p ra e s te t a m ic i O fficium ju s s o l it ie r a n o s tr a d ie . A tq u e ego si f a tis g e n itu s m e lio rib u s e sse m , E t m ea s in c e r o c u r r e r e t axe r o ta , Quo n u n c n o s tr a m a n u s p e r s c rip lu m f u n g il u r , e sse t L in g u a s a lu ta n d i m u ñ e r e f u n c ta t u i. G ra ta tu s q u e d a re m c u m d u lc ib u s o scu la v e rb is , N ec m in u s ille m e u s , q u a m lu u s , e s s e t h o n o r . c o n fíte o r, s ic c s sc m lu ce s u p e rb u s , I lla, Ul c a p e r e t fa s tu s vix d o m u s u l la m e o s . D u m q u e la tu s s a n c ti c in g it tib i t u r b a s e n a tu s , C o nsulis a n te p e d e s i r e v i d e r e r e q u e s . E t q u a n q u a m c u p e re m s e m p e r t ib i p ro x im u s esse, G a u d e re m la t e r i n o n h a b u is s e lo c u m . N ec q u e r u lu s , t u r b a q u a m v is e li d e r e r , e s se m : Sed f o re t a p o p u lo tu m m ih i d u lc e p r e m i. LIVRE IV, LET TRE IX 437 m ultitude. Je contem plerais avec bonheur la longue fde du cor tège, et l’espace im m ense occupé par une foule innom brable. Enfin, vois com m e je serais atten tif aux choses les plus sim ples, j ’exam inerais ju sq u ’au tissu de la pourpre dont fu sera is revêtu, j ’éludierais les figures ciselées sur ta chaise curule, et les riches sculptures de l’ivoire de Num idie. Après ton entrée solennelle dans le tem ple du m on tT arp éien , pendant que la victim e sainte tom berait par ton ordre, le dieu puissant, placé au m ilieu de l ’auguste enceinte, m ’entendrait, m oi aussi, lui adresser en se cret m es actions de grâces, et du fond de m on cœ ur je lui offri rais plus d’encens que n ’en brûlent les bassins sacrés, heureux, m ille fois heureux de te voir élevé aux suprêm es honneurs! Oui, je serais présent au m ilieu de tes am is, si un destin plus doux m e perm ettait le séjour de Rom e. Ce plaisir, que m on esprit peut seul goûter aujourd’h u i, alors m es yeux le partageraient. Les dieux ne l ’ont pas voulu ! peut-être est-ce avec justice ; car à quoj bon nier que m on châtim ent fût m érité? Mon esprit, du m oin s, qui seul n’est pas exilé de Rom e, jouira de ce spectacle; il contem plera ta robe prélexte et tes faisP r o s p ic e re m g a u d e n s , q u a n lu s f o re t a g m in is o rd o , D e n sa q u e q u a m lo n g u m t u r b a t c n e r e t i tc r . Q u o q u e m a g is n o r is q u a m m e v u lg a r ia ta n g a n t, S p c c ta r e m , q u a lis p u r p u r a t e t e g e r e t. S ig n a q u o q u e in se lla n o s s e m f o rm a ta c u r u li, E t to tu m N u m id æ s c u lp tile d e n tis o p u s . At q u u m T a r p e ia s e sse s d e d u c tu s in a rc e s , D um c a d e r e t j u s s u v ic tim a s a c ra tu o , Me q u o q u e s e e re to g r a te s s ib i m a g n u s a g e n te m A u d îs s e t, m e d ia q u i s e d e t æ d e , D eus. T u r a q u e m e n te m a g is p le n a q u a m la n c e , d e d is s e m , T e r q u a te r im p e r ii læ tu s h o n o re t u i. Hic ego p r æ s e n te s i n t e r n u m e r a r e r am ico s, M itia j u s u r b is si m od o fa ta d a re n t. Q u æ q u e m ih i sola c a p it u r n u n c m e n te v o lu p ta s , T u n e o c u lis e tia m p e rc ip ie n d a f o re t. N on i ta C œ litib u s v isu m e s t, e t f o r s ita n æ q u is : N am q u id m e p œ n æ c a u s a n e g a ta j u v e t ? M e n t e ta m e n , q u æ so la l o c o n o n e x s u la t, u t a r : P r æ te x ta m , fasc e s a d s p ic ia m q u e tu o s. 438 PONT IQUE S. ceaux ; il te verra rendre la justice au peuple, et se croira trans porté dans ces lieux qui m e sont interdits. Je te verrai tantôt m ettre aux en chères, pour la durée d ’un lustre, les revenu s de l ’em pire, et afferm er nos rich esses avec un e probité scrupu leu se; tantôt faire entendre, au m ilieu du sénat, des paroles éloquentes, et chercher ce que peut réclam er l ’intérêt de l’État; tantôt décerner des actions de grâces aux Im m ortels, et frapper les blanches têtes des superbes taureaux. P u isses-tu , après avoir prié pour dè plus graves intérêts, dem ander aussi que la colère divine s’apaise en ma faveur! A cette p rière, que le feu sacré s’élève de l’autel chargé d’oflrandes, et qu’une flam m e brillante favorise tes vœ ux d’un heureux présage ! Cependant je ne serai pas tout entier aux regrets ; et dans ces lieu x aussi je célébrerai, com m e je le pourrai, la fête de ton consulat. A ce bonheur s’en joint un autre, et il n ’est pas m oins grand : ton frère doit hériter de ta dignité. Oui, G récinus, ce pouvoir, qui expire pour toi à la fin de décem bre, doit com m encer pour lui au jour de Janus; et telle est votre tendre am itié, que vous serez fiers tour à tour, toi des faisceaux de ton frère, et lui des H æ c m odo te p o p u lo r e d d e n te m j u r a v id e b it, E t s e s e c r e tis fm g e t a d e s s e lo cis. N unc lo n g i r e d i t u s h a s tæ s u p p o n e re l u s t r i C e rn e t, e t e x a c ta c u n c ta lo c a r e fid e. N u n c fac e re in m ed io f a c u n d u m v e rb a s e n a tu , P u b lic a q u æ r e n te m q u id p e ta t u t il it a s . N unc, p ro C æ sarib u s, S u p e ris d e c e r n e r e g r a te s , A lbave o p im o ru m c o ll a .f e r i r e b o u m . A tque u tin a m , q u u m ja m f u e r is p o tio r a p r e c a tu s , U t m ilii p l a c e tu r n u m in is i r a , ro g e s ! S u r g a t ad h a n c v ocem p le n a p i u s ig n is a b a r a , D etq u e b o n u in v o to lu c id u s o m e n a p e x . I n ie r e a , q u a p a r le lic e t, n e c u n c ta q u e r a m u r , Ilic q u o q u e te fe s tu m c o n s u le te m p u s a g a m . Altéra læ titiæ , n e c ce d e n s ca u s a p rio ri, S u c c e ss o r t a n ti f r a t e r h o n o r is , e r i t . N am t ib i fin itu m s u m m o , G ræ c in e , d e c e r a b r i I m p e r iu m , J a n i s u s e ip it i ll e d ie. Q u æ que e s t in v o b is p ie la s , a lt e r n a f e r e tis G a u d ia , t u f r a tr is fasc ib u s, ille tu is . LIVRE IV, LETTRE IX. * 439 lien s. Ainsi tu doubleras ton consulat, il doublera le sien , et cette dignité restera deux ans dans la m êm e fam ille. Quelle qu’en soit la grandeur, quoique, dans la ville de Mars, aucun pouvoir n ’éclipse le pouvoir suprêm e des consuls, cependant la m ain auguste dont il ém ane ajoute encore à cet honneur, et le don participe de la m ajesté du donateur. Qu’il vous soit donc donné, à Flaccus et à toi, d’obtenir toujours ainsi les suffrages d’Au guste ! Cependant, quand le soin des affaires ne l’occupera pas tout en tier, u n issez, je vous en prie, vos prières aux m ien nes ; et pour peu qu’un vent favorable gonfle la voile, hâtez-vous de lâcher les cordages, afin que m on navire sorte enfin des ondes du Styx. Naguère Flaccus com m andait dans ces lieux, et sous ses auspices, G récinus, les bords farouches de l’Ister jouissaien t du repos. Il sut m aintenir dans un e paix constante les peuples de Mysie, et son glaive effraya les G ètes, fiers de leurs arm es. Par son courage actif, il a reconquis Trosm is, enlevée par l ’ennem i ; il a rougi le Danube du sang des Barbares. D em ande-lui quel est l’aspect de ces lieux, quelles sont les rigueurs du ciel de Scythie; dem and e-lu i com bien sont terribles les ennem is qui S ic tu b is f u e r is c o n s u l, b is c o n s u l e t ille , I n q u e d o m o h im u s c o n s p ic ie tu r h o n o r. Qui q u a n q u a m e st in g e n s , e t n u llu m M a rtia s u m m o A ltiu s im p e r iu m c o n s u le R o m a v id e t, M u ltip lic a t ta m e n h u n e g r a v ita s a u c to r is h o n o re n t, E t m a je s ta te m r e s d a ta d a n tis h a b e t. J u d ic iis i g it u r lic e a t F la cc o q u e tib iq u e T a lib u s A u g u s ti te m p u s in o in n e f ru i. U t ta m e n a r e r u m c u r a p r o p io r e v a c a b it, V ota p r e c o r v o tis a d d ile v e s tr a m e is . E t, s i q u e m d a b it a u r a s in u m , la x a te r u d e n te s , E x e a t e S ty g iis u t m ea n a v is a q u is . P ræfuit his, G ræ c in e , locis m odo F la cc u s ; e t illo R ipa fe ro x I stri s u b d u c e tu ta f u it . H ic t e u u i t M ysas g e n te s in p a c e fideli ; Hic a re u fisos t e r r a i t e n s e G e ta s. H ic c a p ta m T r o s m in c e le r i v i r t u te r e c e p it, I n fe c itq u e f e ro s a n g u in e D a n u b iu m . Q u æ re lo ci fac ie m , S c y th ic iq u e in co m m o d a cœ li, Et quam vicino terrear liosle, roga. 440 PO N T IQ U E S. m ’entourent; qu'il te dise si leurs flèches légères ne son t pas trem pées dans le fiel des serpents, s’ils n ’im m olent pas des victim es hum aines devant de barbares autels; si c’est m oi qui vous trom pe, ou si réellem ent le froid gèle et enchaîne le PontEuxin, s’il couvre de glace un e vaste étendue de m er. Quand il t’aura répondu, in form e-toi de ce que l’on dit de m oi dans ce pays, dem ande com m ent je vis dans ce cruel exil : ici personn e ne m e hait ; et, certes, je ne m érite pas de haine ; m on cœ ur n ’a pas changé avec ma fortune. J’ai conservé dans m on âm e ce calm e que tu louais souvent, et sur m on visage celte pudeur que, depuis longtem ps, tu m e connais. Sur ces bords loin tain s, dans ces lieux où un ennem i barbare rend les lois im puissantes devant la force brutale des arm es, telle a été ma vie, q u e, depuis tant d’années, G récinus, ni fem m e, ni h om m e, ni enfant ne saurait se plaindre de m oi. Aussi, puisqu’il m e faut invoquer le tém oi gnage de cette contrée, les habitants de Tom es, touchés de m es m alheurs, m e soutiennent et m e favorisent. Ils voudraient bien que je partisse, parce qu’ils voient que je le d ésire; m ais, pour eux-m êm es, ils souhaitent que je reste. Si tu n ’en crois pas m es S in tn e litæ te n u e s s e r p e n t is felle s a g ittæ , F ia t a n liu m a n u m v ic tim a d ir a c a p u t. M e n lia r, an co e at d u r a t u s f rig o re P o n tu s , E t t e n e a t g la c ie s j u g e r a m u lta f r e ti. Ilæ c u b i n a r r a r i t , q u æ s i t m e a fa m a , r e q u i r e ; Q uo q u e m odo p e ra g a m té m p o r a d u r a , ro g a . Nec s u m u s h ic o dio, ne c s c ilic e t e s se m e r e m u r , Nec c u m f o rtu n a m e n s q u o q u e v e rs a m ea e s t. Illa q u ie s a n im o , q u a m t u la u d a r e s o le b a s , Ille v ê tu s s o lito p e r s t a t i n o r e p u d o r . Sic ego su m lo n g e , sic h ic , u b i b a r b a r u s h o s tis , Ut f e ra p lu s v a le a n t le g ib u s a rm a , fa c it ; R em q u e a t u t n u lla m t o t j a m , G ræ c in e , p e r a n n o s F e m in a d e n o b is, v irv e , p u e r v e q u e r i . Iloc fa c it, u t m ise ro f a v e a n t a d s in tq u e T o m itæ ; H æ c q u o n ia m t e llu s te s tific a n d a m ih i e s t. Illi m e , q u ia v e lle v id e n t, d isc e d e rc m a lu n t : R e sp e c to c u p iu n t h ic t a m e n e s se s u i. LIVRE IV, L E T TR E IX. 441 paroles, crois-en les décrels, les actes publics qui font mon éloge, et m ’exem ptent des charges de l’État; et, quoiqu’il ne convienne pas au m alheureux de se glorifier ainsi, les villes voisines m ’accordent les m êm es privilèges. Ma piété est connue de cette terre étrangère : on sait que dans ma m aison est un sanctuaire dédié à César; là sont aussi les im ages de son fils pieux et de son épouse, souveraine prêtresse, de ces deux divinités non m oins augustes que notre nouveau dieu. Et pour qu’il n ’y m anque aucun m em bre de cette fam ille, ses deux p etits-fils y sont aussi, l’un auprès de son aïeule, l ’autre à côté de son père. Je leur offre de l’encen s avec des prières, toutes les fois que le jour se lève des rives de l’Orient. Interroge le Pont tout entier ; tém oin de m a piété, il ne dém en tira pas m es paroles. La terre du Pont sait encore que je célèbre par des jeu x le jour de la naissance de notre dieu, avec toute la solennité que perm et cette contrée. Cette piété n’est pas m oins connu e des étrangers que la vaste Propontide nous envoie sur ces m ers : ton frère lu i-m êm e, quand il com m andait la rive gauche du Pont, en aura peut-être entendu parler. Ma forNec m ih i c re d id e ris ; e x s ta n t d é c r é ta , q u ib u s n os L a u d a t, e t im m u n e s p u b lic a c e ra f a c it. C o n v e n ie n s m is e ris hæ c q u a n q u a m g lo ria n o n e s t, P ro x im a d a n t n o b is o p p id a m u n u s id e m . N ec p ie ta s ig n o ta m ea e st : v id e t h o s p ita te llu s In n o s tr a s a c ru m C æ saris e sse d o m o . S ta n t p a r i t e r n a tu s q u e p iu s , c o n ju x q u e s a c e rd o s, N u m in a ja m fac to n o n le v io r a Deo. N eu d e s it p a rs u lla d o m u s, s ta t u t e r q u e n c p o lu m , H is av iæ l a t e r i p ro x im u s , ille p a tr is . H is ego do lo tie s c u m t u r e p r e c a n tia v e rb a , Eoo q u o tie s s u r g i t a b o r b e d ies. T o ta , lic e t q u æ ra s , h o c m e n o n fin g e re d ic e t, Officii t e s t is P o n tic a t e r r a m e i. P o n tic a m e te llu s , q u a n tis h a c p o s s u m u s o r a , N a ta le m lu d is s c it c e le b r a r e Dei. Nec m in u s h o s p itib u s p ie ta s e s t c o g n ita talis, M isit in h a s si q u o s lo n g a P r o p o n lis a q u a s. Is q u o q u e , q u o læ v u s f u e r a t s u b p r æ s id e P o n tu s , A u d ie rit f r a t e r f o rs ita n is ta tu u s . 25. 442 PO N T IQ U E S. tune ne répond pas à m on zèle ; m ais c ’est avec bonheur que, dans ma pauvreté, je consacre à ses hom m ages m es faibles res sources. R elégué loin de Rom e, m on but n ’est point de frapper vos regards, m ais je m e contente d’une piété sans éclat ; et ce pendant un jour le bruit en viendra jusqu’aux oreilles du prince ; rien ne lui échappe de ce qui se fait dans le m onde. Tu la con n ais, du m oins, loi qui fus adm is dans les cieu x; tu la vois, César, car la terre est soum ise à tes regards. Placé parm i les astres, tu entends de la voûte céleste les vœ ux inquiets qui s ’échappent de ma bouche. P eut-être vien d ron t-ils aussi jusqu’à toi, ces vers que j ’ai envoyés à R om e, pour célébrer ton entrée dans le ciel. J’en ai le pressentim ent, ils apaiseront ta d ivin ité; et ce n ’est pas sans raison que tu portes le doux nom de père. F o rlu n a e s t im p a r a n im o , la liq u c lib e n t e r E x ig u a s c a rp o m u n e r e p a u p e r o p e s . N ec v e s tr is d a m u s h æ c o c u lis , p r o c u l u r b e r e m o t i; C o n te n ti ta c i ta se d p i e t a te s u m u s . El. la m e n hæ c ta n g e n t a liq u a n d o C æ -a ris a u re s : N il iliu m , lo to q u o d fit in o r b e , la te t. T u c e r t e scis h oc, S u p e r is a d s c ite , v id e s q u e , C æ sar, u t e s t o c u lis s u b d ita t e r r a t u is ! T u n o s tr a s a u d is , i n te r c o n v e x a lo c a tu s S id e ra , so llic ito q u a s d a m u s o r c , p re e e s . P c r v e n iu n t istu c e t c a rm in a f o r s ita n ilia , Quæ d e te m isi c œ lite la c la n o v o . A u g u ro r h is i g it u r fiecli tu a n u m in a ; n e c tu I m m e rilo n o m e n m ite p a r e n t is h a b e s. 443 LETTRE DIXIÈME A ALBINOVANUS ARGUMENT L e p o è te p r é t e n d q u e l e s m a l h e u r s d ’U ly sse, q u e lq u e c r u e l s q u ’ils a ie n t é t é , e s o n t p a s c o m p a r a b l e s a u x r i g u e u r s q u ’il e n d u r e d e p u is six a n s d a n s s o n e x il. Il r a p p e l le à A lb in o v a n u s le p o ë m e o ù il a c é lé b r é la g l o ir e d e T h é s é e , e t lu i p r o p o s e à i m i t e r la f id é lité c o n s ta n t e d e so n 11 h é ro s . V o ila l e sixièm e été q u il m e f a u t passer sur les bords cim m érien s, au m ilieu des Gètes grossiers. Quel m arbre, cher A lbiriovanus, quel fer serait assez dur pour résister autant que m oi ? L’eau en tom bant creuse la p ierre, l’anneau s’use par le frotte m ent, le soc recourbé s’ém ousse contre la terre qu’il presse. L e tem p s, qui détruit to u t, n ’épargnera-t-il donc que m oi? La m ort m êm e ne peut briser de ses coups la trame de m es ours. EPISTOLA DECIMA ALBINOVANO ARGUM ENTUM Ulyssis lata, quamvis dura, cum sui acerbitate exsilii, quod in sexlum jam annum dnret, conferri non posse poeta adfirmat. Thesei, quern carmine Jaudarit I'edo Albinovanus iidem imitandam eidem proponit. H ic m ilii C im m e rio b is t e r t ia d u c it u r aestas L ito re , p e llito s i n t e r a g e n d a G etas. E c q u o s tu silic e s , e c q u o d , c a ris s im e , f e r r u m Duritiae c o n fe r s , A lb in o v an e , m e® ? G u tla c a v a t la p id e m , c o n s u m itu r a n n u lu s u s u , E t te r itu r p ressa vom er a d u n c u s hum o. T e m p u s e d a x i g it u r , p r a t e r n o s , o m n ia p e rd e l? C essat d u r it ia m o rs q u o q u e v icta m ea . 4i4 x u i u i y u E i O. On cite pour m odèle d’une patience inébranlable Ulysse, qui, pendant deux lustres, erra au gré des flots; m ais il n ’eut pas à. supporter continuellem ent les rigueurs du destin, il eut souvent des intervalles de repos. Fut-il si m alheureux d’aim er pendant six ans la belle Calypso, et de partager la couche d'une d éesse des m ers? Il fut accueilli par le fds d’H ippotas, qui lui donna les vents em prisonnés, pour qu’un souffle favorable dirigeât, à son gré, ses voiles. Il ne fut pas si pénible d’entendre de jeu n es filles aux chants harm onieux ; son palais ne trouva pas am er le fruit du lotus. Ah ! que l’on m e donne de ces sncs qui font ou blier la patrie, je les achèterai au prix d’une partie de ma vie! Tu ne com pareras pas sans doute la ville des Lestrygons avec ces peuples qu’arrose l ’Isler, dans son cours sinueux. Le Cyclope ne l’em porte pas en cruauté sur le barbare Phyacès; et qu’est-ce encore que Phyacès, au m ilieu de tant de sujets d’alarm es ? Si les m onstres qui garnissent le flanc difform e de Scylla font entendre d’affreux aboiem ents, les navires héniochiens sont encore plus funestes aux m atelots. Charybde n’est pas non plus com parable aux terribles A chéens, quoique trois fois elle vom isse les flots qu’elle engloutit trois fois. Ces Barbares, sans doute, E x e m p l u m e s t a n i m i n i m i u m p a t i e n l i s U lysses, J a c la ïu s d u b io p e r d u o l u s t r a m a r i. T e m p o ra s o llic iti se d n o n ta m e n o m n ia f a ti P e r tu l it , e t p la c id æ s æ p e f u e r e m o ræ . An g ra v e sex a n n is p u lc h r a m fo v isse C alypso, Æ q u o re æ q u e f u it c o n c u b u is s e D eæ ? E x c ip it H ip p o ta d e s, q u i d a t p ro m u n e r e v e n to s , C u rv e t u t im p u ls o s u t il is a u r a s in u s . Nec b e n e c a n la n te s la b o r e s t a u d îs s e p u e lla s ; N ec d e g u s ta n li lo to s a m a r a fu it. IIos e g o , q u i p a tr iæ f a c ia n t o b liv ia , s u c c o s P a r te m eæ vit® , s i m o d o d e n tu r , e m n m . Nec tu c o n tu le ris u r b e m L æ stry g o n is u n q u a m G e n tib u s , o b liq u a q u a s o b it I s t e r a q u a . Nec v in ce t sæ v u m C yclops f e r i ta t e P h y a c e n , O ui q u o ta t e r r o r i s p a rs s o le t e sse m e i ! Scylla fe ris tr u n c o q u o d l a t r a t n b in g u in e m o n s tr is , H e n io c h æ n a u lis p lu s n o c u e re r a te s . Nec p o te s t in fe s tis c o n fe r r e C h a ry b d in A chœ is, T e r iic e t e p o tu m t e r v o m a t ilia f re t u m . L1YKK IV, L E T T R E X. 445 infestent avec plus d’audace la rive droite du fleuve ; m ais le côté que j ’habite n ’est pas, non p lu s, exem pt de leurs ravages. Ici la cam pagne est sans feuillage, les flèches em poisonnées ; ici l’hiver rend la m er accessible m êm e au piéton, et sur ces ondes où la ram e ouvrait naguère un passage, le voyageur, négligeant son vaisseau, s’avance à pied sec. Ceux qui arrivent de Rome nous disent que vous avez peine à croire à tant de m isère : qu’il est m alheureux, celui qui souffre des maux incroyables ! Croism oi, cependant; et je ne veux pas te laisser ignorer pourquoi l’affreux hiver gèle ainsi la m er des Sarm ates. Tout près de nous est cette constellation qui présente la form e d’un char, et dont l’influence répand un froid rigoureux. C’est d’ici que sort Borée, cette rive est son dom aine; plus il naît près de nous, plus son souffle est violent. Le Notus, au con traire, dont la tiède haleine part du pôle opposé, vient rarem ent de si loin, et ne nous arrive que languissant. Ajoute que, dans cette m er sans issu e, se déchargent des fleuves nom breux, et que, par ce m élange, l’onde m arine perd sa vertu. Là se jettent le Lycus, le Sagaris, le Pénius, l ’Hypanis, le Cratès, et les eaux de l ’Halys que bouleversent de nom breux tourbillons; là d escen Qui q u a n q u a m d e x tr a r e g io n e lic e n tiu s e r r a n t, S e c u ru m la tu s h o c n o n t a m e n e s se s in u n t . Hic a g r i i n f r o n d e s , h ic s p ic u la tin c t a v e n e n is ; H ic f r é ta vel p e d iti p e rv ia r e d d it h i e m s : Ut, q u a r e m u s i t e r p u ls is m o d o fe c e ra t u n d is , S ic cu s c o n te m ta n a v e v ia to r e a t. Q ui v e n iu n t is tin c , vix v os e a c re d e re d ic u n t Q uam m is e r e s t, q u i f e r t a s p e r io ra fid e ! : C re d e ta m e n ; n e c te c a u sa s n e s c ire s in e m u s , H o rrid a S a rm a tic u m c u r m a r e d u r e t h ie m s . P roxima s u n t n o b is p la u s lr i p ræ b e n tia fo rm a m , E t q u æ p r e c ip u u m s id e r a f rig u s h a b e n t. H in c o r i t u r B o reas, o ræ q u e d o m e s tic u s h u ic e s t, E t s u m it v ire s a p r o p io r e loco. At N otus, a d v e rs o te p id u m q u i s p ir a t a b a x e , E st p ro c u l, e t r a r u s la n g u id io rq u e v e n it. A dde q u o d h ic c la u s o m is c e n tu r llu m in a P o n to , V im q u e f r e t u m m u lto p e r d i t ab a m n e s u a m . H ue Lycus, h u e S a g a ris , P e n iu s q u e , H y p a n isq u e, C ra te s q u e I n ilu it, e t c re b r o v o r tic e toi tu s H alys ; 446 PONTIQUES. dent aussi le violent Parthénius, et le Cynapès qui entraîne les roch ers; et le Tyras, le plus rapide des fleuves; et toi, Ther m odon, qui vois sur tes rives des fem m es b elliqu euses; et toi, P hase, que visitèrent les héros de la Grèce, et le Borysthène avec les eaux lim pides du Dyraspe; et le M élanthe, qui là vient term iner son cours len t et paisib le; et ce fleuve qui, séparant l’Asie de la sœ ur de Cadmus, se fraye un chem in entre ces deux contrées; et d’autres sans n om b re, parm i lesquels le Danube, le plus grand de tous, te dispute la palm e, fleuve du Nil. Tous ces courants, en s’unissant à l’onde m arine, l'altèrent, et ne lui perm ettent pas de conserver sa vertu. Bien p lu s, sem blable à un élan g, aux eaux dorm antes d’un m arais, sa couleur s’efface, elle est à peine azurée. L’eau douce surnage, plus légère que l’onde m arine, à laquelle le m élange du sel donne une pesanteur particulière. Si l’on m e dem ande pourquoi je raconte tous ces détails à Pédon, et à quoi sert d’assujettir à la m esure de sem blables id ées, c ’est em ployer le tem ps, répondrai-je, c’est trom per m es en nuis : voilà le fruit d’une heure ainsi passée ; en écrivant ces P a r th e n iu s q u e ra p a x , e t vo lv en s sax a C ynapes L a b itu r , et n u llo ta r d io r a m n e T y r a s . E t tu , fe m in e æ T h e r m o d o n c o g n ite tu r m æ ; E t q u o n d a m G ra iis , P h a s i, p e ti t e v ir is . C u m q u e B o ry sth e n io l iq u id is s im u s a m n e D y rasp es, E t ta c ite p e ra g e n s le n e M e la n lb u s i t e r . Q u iq u e d u a s t e r r a s A siam C a d m iq u e s o ro re m S e p a ra t, e t c u r s u s i n te r u l r a m q u e f a c it. I n n u m e r iq u e a lii, q u o s i n t e r m ax im u s o m n e s C e d e re D a n u b iu s se tib i , N ile, n e g e t. Copia t o t l a t i c u m , q u a s a u g e t, a d u lt é r a i u n d a s , Nec p a l i t u r v ire s æ q u o r h a b e r e s u a s. Q uin e tia m s ta g n o s im ilis , p ig ræ q u e p a lu d i C æ ru le u s vix e s t, d ilu i tu r q u e c o lo r. I n n a ta l u n d a f re to d u lc is , le v io rq u e m a r in a e st, Quæ p r o p iu m m is to d e s a le p o n d u s h a b e t . Si ro g e t h æ c a liq u is , c u r s in t n a r r a ta P e d o n i, Q uidve lo q u i c e rtis j u v e r i t is ta m o d is ; D e tin u i, d ic a m , te m p u s , c u ra s q u e f e f e lli; H u n e f r u tu m p r æ s e n s a d tu l i t h o r a m ih i. LI VH ci i v , L ET TR E X. 447 m ots, j’oubliais ma douleur accoutum ée, je ne sentais plus que j ’étais au m ilieu des Gètes. Pour toi, qui, dans tes vers, célèbres la gloire de Thésée, je ne doute pas que tu ne te m ontres digne des vertus de ton hé ros, que tu n ’im ites celui que tu chantes : et, certes, il ne veut pas que l’am itié ne soit fidèle qu’aux jours du bonheur. Quel que soit l’éclat de ses hauts faits, quelque grand que nous le représente une voix si digne de le chanter, on peut cependant l’im iter en un point : en am itié, chacun peut devenir un Thésée. Je ne dem ande pas qu’arm é du glaive ou de la m assue, tu dom ptes les brigands qui rendaient inaccessible l'isthm e de Corinthe ; m ais il faut que tu m ’aim es : cela n ’est pas difficile à qui veut b ien . E st-il si pénible de conserver un e foi pure, in violable? Toi, dont la constante am itié ne s’est jam ais dém en tie, tu ne prendras pas sans doute m on langage pour un reproche. A b fu im u s s o lito , d u m s c r ib im u s is ta , d o lo re , In m e d iis n e c n o s s e n s im u s e s se G etis. At tu , n o n d u b ito , q u u tn c a r m in é T h e s e a la u d e s , M a le riæ t it u lo s q u in t u e a r e t u æ ; Q u e m q u e r e f e r s , i m i te r e v i r u m : v e ta t ille p ro fe c to T r a n q u illi c o m ite m t e m p o r is esse fid em . Qui q u a n q u a m e s t f a c tis in g e n s , e t c o n d it u r a te Vir t a n t o , q u a n to d e b u it o r e c a n i ; E s t ta m e n ex illo n o b is im ita b ile q u id d a m , I n q u e fide T h e s e u s q u ilib e t e sse p o te s t. N on tib i s u n t b o s l e s f e r r o c la v a q u e d o m a n d i, P e r q u o s vix u lli p e rv iu s I s th m o s e r a t ; S e d p r æ s ta n d u s a m o r , r e s n o n o p e ro s a v o le n ti. Q uis l a b o r e s t p u r a m n o n te m e ra s s e fid em ? Hæc t ib i , q u i p e rs ta s i n d e c lin a tu s a m ic o , N on e s t q u o d lin g u a d ic ta q u e r e n t e p u ie s . 448 PO N T IQ U E S. LETTRE ONZIÈME A GALLION ARGUMENT 11 s’excuse d ’avoir différé d 'o ffrir ses consolations à Gallion, après la m o rt de sa fem m e. C e sera pour moi un crim e im pardonnable, Gallion, de n ’avoir pas, jusqu’à ce jour, consigné ton nom dans m es vers ; car, je m ’en souviens, quand les traits d’un dieu m e frappèrent, toi aussi, par tes larm es, tu soulageas ma blessure, lit plût au ciel qu’affligé déjà de la perte d’un am i, tu n’eu sses pas éprouvé de nouvelles douleurs ! Ces dieux ne l’ont pas voulu. Les cru els ! ils ont cru qu’ils pouvaient sans crim e te ravir un e chaste épouse. Oui, naguère une lettre est venue m ’annoncer ton d euil, et j ’ai arrosé de m es larm es la nouvelle de ton m alheur. Je EPISTOLA UNDEGIMA GALLI ONI ARGUMENTOM Conjuge orbum Gallionem sero quod soletur, excusât. ' G a ll io , c r i m e n e r i t vix e x c u s a b ile n o b is , C a rm in é le n o m e n n o n h a b u is s e m e o . T u q u o q u e e n im , m e m in i, c œ le sti c u s p id e fa c ta F o v isli la c ry m is v u ln e r a n o s tr a t u i s . A tque u lin a m , r a p t i j a c t u r a læ s u s a m ic i. S e n sisses u l tr a , q u o d q u e r e r e r e , n ih il ! Non ila Dis p la c u it, q u i te s p o lia re p u d ic a C onjuge c ru d e le s n o n h a b u e r e n efas. N u n tia n a m lu c tu s m ilii n u p e r e p is to la v e n it, L ^ c ta q u e cu m la c ry m is s u n t tu a d a m n a m eis. LIVRE IV, L ET TR E XI.1 449 n ’oserai pas, m oi, si peu philosophe, consoler un savant, ni te redire ces conseils de la sagesse qui te sont fam iliers. Déjà le tem ps, sinon la raison, aura sans doute m is fin à ta douleur. Pendant que ta lettre m ’arrive, et que la m ienne va te trouver à son tour à travers tant de m ers, tant de terres, toute une année s'écoule. Il n ’est qu'une époque pour les consolations de l’am itié : c’est lorsque la douleur est dans son cours, et que le m alade réclam e du soulagem ent. Mais quand le tem ps a calm é les blessures du cœ ur, des soins im portuns ne font que les rouvrir. D’ailleurs, et puisse mon présage se vérifier! peut-êlre as-tu déjà trouvé le bonheur dans de nouveaux liens. Sed n e q u e p r u d e n te rn s o la r i s tu l ti o r a u s im , V e rb a q u e d o c to ru m n o ta r e f e r r e t i b i , F in itu m q u e tu u m , si n o n r a tio n e , d o lo re m Ip sa ja m p r id e m s u s p ic o r e sse m o ra . D um t u a p e rv e n it, d u m l it le r a n o s tr a r e c u r r e n s T ô t m a r ia a c t e r r a s p e r m e a t, a n n u s a b it. T e m p o ris o ffic iu m s o la tia d ic e r e c e rli e s t : Dum d o lo r in c u rs u e s t, d u m p e ti t æ g e r o p e m . At q u u m lo n g a d ie s s e d a v it v u ln e r a m e n tis , In te m p e s tiv e q u i fo v et ilia , n o v a t. A dde q u o d , a tq u e u tin a m v e ru m tib i v e n e r it o m e n ! C o n ju g io f e lix ja m p o te s e sse novo. 450 PO NT IQ UE S. LETTRE DOUZIÈME A. T U T I C A N U S ARGUMENT Ovide é crit à T uticanus que si, jusqu'à présent, il ne lui a pas envoyé de vers, c’est que son nom ne peut se soum etlre aux lois de la m esure. 11 le prie de se rap p eler son ancienne am ilié, et de chercher à soulager ses m alheurs. Si tu n’occupes aucune place dans m es livres, tnon am i, c’est la faute de ton nom lui-m êm e ; car personne ne m e paraît plus que toi digne de cet honneur, si toutefois c’est un hon neur de figurer dans m es écrits. Mais les lois de la m esure et la nature m êm e de ton nom s’opposent à m on désir; je ne vois aucun m oyen de te faire entrer dans m es vers : je n ’oserais, en effet, partager.ton nom entre deux vers, en faire la fin de l’un et le E P I S T O L A D U 0 D E C I M|A TUÏICANO ARGUMENTUM Quod Tuticani nomen legibus metri refragaretur, hactenus nullum ei dicasse se carmen, scribit Naso; utque, vctcris amicitiae memor, opem sibi ferre laboret, procatur. Quo m in u s in n o s tr is p o n a ris , a m ic e , lib e llis , N o m in is e fiic itu r c o n d itio n e t u i . A st ego n o n a liu m p r iu s hoc d i g n a r e r l i o n o r e ; E s t a liq u is n o s tr u m si m o d o c a rm e n h o n o s. Lex p e d is officio, n a tu r a q u e n o m in is o b s ta n t, Q u a q u e m eos a d e a s , e s t via n u lla , m o d o s. Nam p u d e t in g e m in o s ita n o m e n lin d e r e v e rs u s , D e sin at u t p r io r h o c , in c ip ia tq u e m in o r, LIVRE IV, LET TRÉ XII. 451 com m encem ent de l’au tre; j ’aurais honte d’abréger une syllabe que la voix allonge, et de te nom m er Tülïcanus; je ne puis non plus t’adm ettre dans m on vers, en t’appelant Tütïcânus, et chan ger de longue en brève la prem ière syllabe ; enfin je ne puis ôter sa rapidité à la seconde voyelle, et lui donner une quantité qui n ’est pas dans sa nature. Si j'osais estropier ainsi ton nom , on se m oquerait de m oi, on dirait avec ju stice que j ’ai perdu la raison. Voilà pourquoi j’ai différé à te payer la dette de l’am itié ; m ais m a terre l’acquittera avec u sure. Oui, je te chanterai : on te reconnaîtra, n ’im porte à quels sign es; je t’enverrai des vers; toi qu e, dès ton enfance, je connus enfant m oi-m êm e, toi qui dans le cours de ces années, dont notre vie s’est accrue égale m en t, m e fus toujours cher, com m e un frère l’est à son frère. Tu m e prodiguas tes sages conseils ; tu fus m on guide et m on com pagnon, quand m a m ain, tendre encore, savait à peine di riger les rên es. Souvent j ’obéis à tes critiques, pour corriger m es écrits ; souvent aussi, dans tes vers, m es conseils effacèrent des taches, quand, sous l’inspiration des M uses, tu com posais cette P héacide que n’eût point désavouée le chantre de M éonie.. Cette E t p u d e at, si te , q u a syllalja p a rte m o ra tu r, A rctiu s a d p elle m , T u tic a n u m q u e vocem . Nec p o tes in v e rsu m T u tic a n i m o re v en ire, F ia t u t e lo n g a syllaba p rim a b re v is. A ut p ro d u c a tu r, q u æ n u n c c o rre p tiu s e x it. E t s it p o rre c ta longa se cu n d a m o ra . H is ego si v itiis au sim c o rru m p e re n o m e n , R id ea r, e t m erilo p e c tu s h a b e re n e g e r. Hæc m ih i causa fuit dilati m uneris hujus, Quod m e u s adjecto fœ n o re re d d e t a g e r. T eq u e can am q u a eu m q u e n o ta ; tib i c a rm in a m itta m , P æ n e m ih i p u e ro co g n ite p æ n e p u e r; P e rq u e tô t a n n o ru m se rie m , q u o t h a b e m u s u te rq u e , N on m ih i, q u am f ra tri fra te r, am ate m in u s. T u b o n u s h o rta to r, tu d u x q u e co m esq ue fu isti, Q uum reg e rem te n e ra fre n a n o vella m an u . S æ pe ego c o rrcx i su b te cen sore lib e llo s; Sæ pe tib i a d m o n itu facta litu ra m eo est, D ignam M œ oniis P h æ acid a c o n d e re c h a rtis Q uum te P ie rid e s p e rd o c u e re tu æ . 452 PONT IQÜE S. fidélité, cet accord, ils datent de notre verte jeu n esse, et vivent encore inaltérables sous nos cheveux blancs. Si tu étais insensible à ces souvenirs, je croirais que ton cœ ur est enferm é dans le fer le plus dur, dans le diam ant le plus im pénétrable. Mais le Pont serait délivré de la guerre et des frim as, fléaux éternels de cette terre odieuse; Borée soufflerait la chaleur, et l’Auster le froid ; m on sort deviendrait lui-m êm e plus doux, avant que ton cœ ur se m ontrât cruel pour ton am i m alheureux. Le destin n ’a pas voulu, puisse-t-il ne vouloir jam ais ! m ettre ainsi le com ble à ma douleur. Seulem ent n’oublie pas de t’adresser aux dieux, et parmi eux au plus véritable de tous, à celui dont le règne voit ta gloire croître sans cesse : protégeant un banni avec toute la constance de l ’am itié, fais que m es voiles n’attendent pas en vain un vent favorable. Tu dem andes ce que je désire de toi : je veux m ourir, si je puis te le d ire; m ais peut-on m ourir, quand déjà on a cessé de vivre? Je ne sais ce que je dois faire, ce que je veux, ce que je n e veux pas; je vois à peine quel est m on intérêt. Crois-m oi, la sagesse, la prem ière, abandonne les m al heureux; le sens et la raison s’enfuient avec la fortune. Cherche H ic té n o r, hæ c v irid i co n co rd ia cœ p ta ju v e n ta V en it ad a lb e n te s illab e fa cta com as. Q uæ n isi te m o v ean t, d u ro tib i p e cto ra fe rro E sse, vel in v icto c lau sa a d a m a n te p u te m . Sed p riu s h u ic d e sin t e t b e llu m e t frig o ra te rræ , In v isu s n o bis quæ d u o P o n tu s h a b e t ; E t te p id u s B oreas, e t s it p ræ frig id u s A u ster ; E t p o ssit fa tu m m o lliu s esse m e u m , Q uam tu a s in t lapso p ræ co rd ia d u ra sodali : Hic cu m u lu s n o stris a b sit, a b e s tq u e , m alis. T u m odo p e r S u pero s, q u o ru m c e rtissim u s ille e s t, Quo tu u s ad sid u e p rin c ip e c re v it h o n o r ; Effice, c o n stan ti p ro fu g u m p ie la te tu e n d o , Ne sp e ra ta m cam d e se ra t a u ra r a t e m . Quid m an d em , q u æ ras : p e re a m , n isi d ic e re vix e st ; Si m odo, q u i p e riit, ille p e rire p o te s t. Nec q u id ag am in v en io , n e c q u id no lim v e, v e lim v e ; Nec sa tis u tilita s e st m ea n o ta m ih i. C rede m ih i, m isero s p ru d e n tia p rim a re lin q u it, E t sen su s cum re c o n siliu m q u e fu g it. LIVRE IV, L E T T R E X II I. 453 toi-m êm e, je t’en prie, par quel m oyen tu peux m ’être utile; vois s’il est quelque chem in pour arriver au but de m es désirs. LETTRE TREIZIÈME A CARUS ARGUMENT O vide d it q u e se s v e rs s e ro n t re c o n n u s à la c o u le u r d u sty le p a r u n p o è te a u s s i d is tin g u é q u e C a ru s. Il ra c o n te q u ’il a c h a n té e n la n g u e g é liq u e le s lo u a n g e s d ’A u g u ste, e t q u e le s G èles e u x -m ê m e s l ’o n t ju g é d ig n e d 'ê tr e ra p p e lé p a r A u g u ste . Il a jo u te q u e , c e p e n d a n t, so n e x il se p r o lo n g e d e p u is six a n n é e s . Il s 'a d re s s e à C a ru s, c h a rg é d e d irig e r l’é d u c a tio n d e s fils d e G e rm a n ic u s, e t lu i d e m a n d e d e c h e rc h e r à o b te n ir so n r e to u r . Toi qui m érites d’être com pté parm i m es plus fidèles am is, et qui e s pour m oi tout ce que signifie ton nom , Carus, reçois m es vœ u x. Tu reconn ais sur-le-cham p d’où te vient cette lettre, à la couleur du style, à la tournure des vers; non qu’ils soient adIp se , p re c o r, q u æ ra s, q u a sim tib i p a rte ju v a n d u s, Q uoque viam facias a d m ea v ota vado. E P I S T O L A T E R T I A DECIMA CARO ARGUM ENTU M Carmina sua proprio colore dignosci posse scribit a Caro, poeta eximio. Getico ser mone Augusti laudes sese cecinisse narrat, seque restituendum ab Augusto tuisse vel ipsos Cetas judicasse. Sexto tarnen anno jam se in exsilio morari adjicit, ex quo redire u t lieeat, Carus, formandis Germanici filiis praefectus, ut obtinere nitatur petit. 0 mi ni n o n d u bio s in te r m e m o ra n d e so d ales, Q uique, q u o d es v ere, C are, v o caris, av e. Unde sa lu te ris, color h ic tib i p ro tin u s in d ex , E t s tr u c tu r a m ei c a rm in is esse p o te s t; 454 PONTI QUE S. m irables, m ais du m oins ils diffèrent de tant d ’autres! quels qu’ils soient, on y reconnaît m a m ain. Et toi aussi, quand tu effacerais les titres de tes écrits, il m e sem ble que je pourrais toujours dire s ’ils sont de toi ; au m ilieu de m ille aulres, je dis tinguerais les tien s, je les reconnaîtrais à des m arques cer taines. L’auteur s ’y décèle à m es yeux par une vigueur vraim ent digne d’H ercule, vraim ent digne du héros que tu ch antes. Et peut-être ma Muse, trahie par la natu re de ses productions, e stelle rem arquable par ses défauts m êm es. La laideur de T hersite l’em pêchait de rester inconnu, de m êm e que, par sa beauté, Nirée attirait tous les yeux. Si m es vers ont des défauts, tu aurais tort d’en être surpris; ils sont, pour ainsi dire, l ’ouvrage d’un poète g è le . Oh! j ’en ai honte, j ’ai écrit des vers en langue gétique, j ’ai assujetti à noire m esure des m ots barbares ! Cependant, félicite-m o i, j ’ai été goûté, et déjà les Gèles grossiers m ’ont donné le nom de poète. Tu m e dem andes m on sujet? j’ai célébré les louanges de César : le dieu que je chantais m ’a soutenu dans ce travail nouveau. Non q u ia m irifica est, sed qu od nec p u b lic a c e rte ; Q u a lise n im c u n q u e e s t, non la te t esse m eam Ip se q u o q u e u t c h a rtæ titu lu m de fro n te re v e lla s, Quod sit o p u s, v id eo r d ic e re p o sse, tu u m . Q u am lib et in m u ltis p o situ s n o sc ere lib e llis, P e rq u e o b sérv alas in v e n ie re n o tas. P ro d u n t a u c to re m v ires, q u a s H e rc u le d ig n a s N ovim us, a tq u e illi, q u e m c an is, esse p a re s . E t m ea M usa p o te st, p ro p rio d e p re n sa c o lo re, In sig á is v itiis fo rsita n esse su is. T am m ala T h e rsile n p ro h ib e b a t fo rm a la te rê , Q uam p u lc h ra N ireu s co n sp ic ie n d u s c ra t. N ec te m ira ri, si sin t vitiosa, decebit C arm in a, quæ fa c ia tn p æ ne p o e ta G etes. Ali p u d e t! e t G etico sc rip si se rm o n e lib e llu m , S lru c ta q u e su n t n o slris b a rb a ra v erb a m odis. E t p lacu i, g ra ta re m ih i, cœ p iq u e p o etæ In te r in h u m a n o s n o m en h a b ere G etas. M ateriam quaeris ? la u d e s de C æ sare d ix i: A djuta e s t no vitas n u m in e n o stra D ei. LIVRE IV, LETTRE X I I I . 455 Ces peuples ont appris de m oi que le corps du père auguste de la patrie était m ortel, m ais que son âm e divine s’était élevée dans les dem eures célestes ; que sa vertu a trouvé un digne hé ritier dans son fils, qui, après bien des refus, n'a pris que m al gré lui les rênes de l ’em pire; que tu es, ô Livie, la Vesta de nos chastes R om aines, toi qui te m ontres aussi digne de ton fils que de ton époux; qu’auprès du trône sont deux jeunes princes, ferm es appuis de leur père, et qui déjà ont donné des gages certains de leur grande âm e. Quand j’eus récité ce poëm e inspiré par une Muse étrangère, quand m a m ain fut arrivée à la dernière page, je vis s'agiter toutes les tètes de m es auditeurs, tous leurs carquois rem plis de flèches ; et leurs voix barbares firent entendre un long m ur m ure. Un d’entre eux s’écria : « Puisque tu parles ainsi de Cé sar, César devrait te rendre à ta patrie. » Oui, il l’a dit, Carus, et cependant depuis six hivers je m e vois relégué sous le pôle glacé. Mes vers ne m e servent à rien , m es vers m ’ont été fu nestes jadis; ils furent la prem ière cause de ce déplorable exil. Mais, je t’en conjure par ces lien s dont n ou s unit le culte des Muses, par le nom d e l ’am itié, sacré pour toi; et, si tu m ’e n N am p a lris A u g u sti d o cui m o rta le fu isse C orpus ; in æ th e ria s n u m e n a b îsse dom os : Esse p a re m v irtu te p a tri, q u i fre n a coaotus S æ pe re c u sa ti c e p e rit im p e rii : E sse p u d ic a ru m te V estam , L ivia, m a tru m ; A m biguum n ato d ig n io r, a u n e v iro : Esse d u o s ju v e n e s, firm a a d ju m e n ta p a re n tis, Qui d e d e rin t a n im i p ig n o ra c e rta su i. H æ c u b i n o n p 3 tria p e rle g i sc rip ta C am œ na, V en it e t ad d ig ito s u ltim a c h a rta m eo s; E t c a p u t, e t p len as o m nes m o v ere p lia re tra s, E t lo n g u m G etico m u rm u r in o re fu it. A tque aliq u is : « S c rib a sliæ c q u u m de C æ sare, d ix it, Cæsstris im p e rio re s titu e n d u s e ra s. » Ilie q u id e m d ix it; sed m e ja m , C are, n iv ali S exla re le g a tu m b ru m a su b axe v id et. C arm in a n il p ro su n t : n o c u e ru n t c arm in a q u o n d a m , P iim a q u e ta m m iseræ cau sa fu e re fugæ . A t tu p e r stu d ii co m m u n ia fœ d era sacri, P e r non Vile tib i n o m en araicitiæ . 456 PO ETIQ U ES. ten d s, puisse G erm anicus, chargeant des fers du Latium ses ennem is captifs, fournir une riche m atière aux poètes de R om e! puissent être toujours à l’abri des dangers ces enfants, objets de la sollicitude des dieux, et qui, pour ta gloire, furent con fiés à tes soins ! Je t’en conjure, em ploie tout ton pouvoir pour sauver un ami qui m eurt, s ’il ne change de séjour. LETTRE QUATORZIÈME A TUTICANUS ARGUMENT 11 d é sire c h a n g e r d ’e x il, n o n q u e les h a b ita n ts d e T o m e s s o ie n t m a l d is p o sés p o u r lu i; il n ’a ja m a is re ç u d ’e u x q u e des se rv ic e s e t d e s m a rq u e s d e b ie n v e illa n c e ; m a is il v o u d ra it, d u m o in s, v iv re à l’a b ri d e s a tta q u e s de l’e n n e m i. C ’e s t à t o i q u e j ’é c r i s , à t o i d o n t l e n o m e x c i t a n a g u è r e m e s p l a i n t e s , p a r c e q u ’i l r e f u s e d e s e p r ê t e r à l a m e s u r e . Tu n e Sic cap to L a tiis G ei'm anicus h o ste cate n is, M ateriam v e stris a d fe ra t in g é n u s ; Sic v a le a n t p u e ri, v o tu m co m m u n e D eo ru m , Quos la u s fo rm an d o s e s t tib i m a g n a d a to s; Q uanla p ô les, p ræ b e n o stræ m o m e n ta sa lu ti, Q uæ n isi m u ta to n u lla fu tu ra loco e st. E P I S T O L A QUARTA DECIMA T UT I C A N O ARGUM ENTUM lixsilii locum mularc optat, non quod infesti sibi sint Tomita?, quorum adeo mitem in se ammum et beneficia memorat, sed ut saltem ab hoste tutam degere vitam sibi contingat. IliEC tib i m ittu n tu r, q u e m su m m odo c a rm in e q u e slu s Non a p tu m n u m e ris n o m en h a b e re m eis. LIVRE IV, LET TRE XIV. 457 trouveras dans m es vers rien qui te fasse plaisir, si ce n ’est que ma santé se soutient com m e elle peut; m ais la santé m êm e m ’est odieuse : aujourd’hui tous m es vœux sont de sortir d’ici, pour aller n ’im porte en quel lieu . Je n ’ai d ’autre souci que de quitter cette terre; toute autre m e plaira plus que celle où je suis, que je vois sans cesse. Que m on navire m ’entraîne au m i lieu des Syrtes, à travers le gouffre de Charybde, pourvu que je m ’éloigne du pays que j ’habite. Le Styx lui-m êm e, s ’il existe, je le préférerais à 1'Ister; et s’il est dans le m onde un abîme plus profond que le Styx, je le préférerais encore. Le champ cultivé est m oins ennem i des herbes inu tiles, l’hirondelle des frim as, qu’Ovide du voisinage des Gètes belliqueux. Ces paroles irritent contre m oi les habitants de Tom es; m es vers ont soulevé la colère publique. Je ne cesserai donc jam ais de m e nuire par m es vers ! je serai donc toujours la victim e de m on im prudent génie ! et j ’hésite encore à m e couper la m ain, pour ne plus écrire, et je ne pu is, in sen sé, renoncer à ces arm es qui m ’ont été si funestes ! Je m e tourne de nouveau vers ces écu eils d'autrefois, vers ces ondes où ma poupe s ’est brisée dans la q u ib u s, excepto quod a d h u c u tc u n q u e v alem u s, N il, te p ræ te re a qu od ju v e t, in v e n ie s. Ip sa q u o q u e e s t in v isa sa lu s; s u n tq u e u ltim a vo ta, Q u o lib et e x istis sc ilic e t ire locis. N ulla m ih i c u ra e st, te rr a q u a m m u te r u t ista , H ac q u ia , q u am v ideo, g ra tio r o m n is e rit. In m é d ia s S y rte s, m ed iam m ea vela C harybdin M ittite , p ræ s e n ti d u m c are a m u s h u m o . tyx q u o q u e , si q u id ea e st, b e n e c o m m u ta b itu r Istro , Si q u id e t in fe riu s , q u a m Styga, m u n d u s h a b et. G ram ina c u ltu s a g e r, frig u s m in u s o d it h iru n d o , P ro x im a M artico lis q u a m loca Naso G etis. T alia succensent pro pter m ih i verbaT om itæ , Ira q u e ca rm in ib u s p u blica m o ta m eis. E rg o ego cessab o n u n q u a m p e r c a rm in a læ d i; P le c ta re t in cau to se m p e r ab in g en io ? E rgo ego, n e sc rib a m , d ig ito s in c id e re c u n c to r, T e la q u e a d h u c d em en s, q u æ n o c u e re , seq u o r? Ad v eteres scopulos ite ru m d e v e rto r, ad illas, In q u ib u s o ffe n d it n a u fra g a p u p p is, a q u as. T. i. 2G 458 PORTIQUES. ie naufrage. Et pourtant, je ne suis pas coupable, je n ’ai com m is aucun crim e; je vous aim e, habitants de Tom es; je ne liais que votre pays. Que l’on fouille dans toutes les productions de m es veilles, on ne trouvera pas dans m es lettres un e seule plainte contre vous. Ce dont je m e plains, ce sont ces incursions qui, de toutes parts, nous m enacen t; ce sont ces en nem is qui bat tent vos rem parts; c ’est aux lieu x, et non aux habitants, que s’adressent m es trop justes reproches. Et vous-m êm es, souvent, vous accusez votre sol. La Muse du poëte antique qui chanta la culture osa bien dire qu’Ascra, sa patrie, était insupportable en tout tem ps. Et il avait reçu le jour à Ascra, celui qui écrivit ces m ots ; et pourtant Ascra ne s’irrita pas contre son poëte. Qui jam ais a plus chéri sa patrie que le prudent Ulysse? et pourtant, c’est lui qui nous apprend com bien est âpre et stérile le lieu de sa naissance. Scep-> sius poursuivit de ses reproches am ers, non le pays, m ais les m œ urs de l’A usonie; il m it en cause Rom e elle-m êm e. La ville qu'il accusait supporta sans colère ses injustes calom nies, et ne punit pas l’écrivain de l ’audace de son langage. Mais des in ter- Sed n ih il adm is! ; n u lla e st m e a c u lp a, T o m itæ , Quos ego, q u u m loca sim v e s tía p e ro su s, am o. Q uilib et e x c u tia t n o slri m o n u m e n ta la b o ris, L iIté ra de vobis e st m ea q u e sla n ih il. F rig u s, e t in c u rsu s o m n i de p a rte tim e n d o s, E t q u o d p u ls e tu r m u ru s ab h o ste , q u e ro r. In lo ca, non h o m in e s, v e rissim a c rim in a dixi : C u lp atis v e stru m vos q u o q u e sæ pe so lu in . E sset p e rp e tu o su a q u a m v ita b ilis A scra, A usa e st ag rico læ M usa d o cere se n is. At fu e ra t te rr a g e n itu s, q u i s c rip s it, in ilia ; In tu m u it v ati nec ta m e n Ascra su o . Q uis' p a tria m so llcrte m ag is d ilex il U lysse ? Iloc ta m e n asp e rila s in d ice n o ta loci e st. Non loca, sed m o res d ic lis vexavit a m a ris S cepsius A usonios, a c ta q u e R om a re a est. Falsa tam e n p assa e s t æ q u a convicia m e n te , O bfuit a u c to ri ncc fera lin g u a su o . LIVRE IV, LETTRE XIV. 450 prêtes m alveillants excitent contre m oi la colère du peuple, et découvrent un nouveau crim e dans m es vers. Oh ! que ne suis-je aussi heureux que m on cœ ur est pur! Mes paroles n ’ont encore blessé personne; et, quandje serais plus noir que la poix d’U lyrie, aurais-je pu m ’attaquer à un peuple si dévoué? C’est avec bien veillance que vous avez accueilli m on infortune, habitants de Tomes : tant d’hum anité révèle votre origine grecque. Les P élignes, m es com patriotes, et Sulm one, m a patrie, n ’auraient pu se m ontrer plus sensibles à ma disgrâce. Un honneur que vous accorderiez à peine à celui que la fortune a respecté, vous m e l’avez accordé naguère; et, sur ces bords, m oi seul jusqu’à ce jour je m e su is vu exem pt des charges publiques, m oi seul, et ceux à qui la loi donne droit à ce privilège. Vous m ’avez ceint la tête d’une couronne sacrée, que j’ai reçue m algré m oi de la faveur du peuple. Aussi la terre de Délos, qui seule offrit un asile à Latone errante, n’est pas plus chère au cœ ur de la déesse que ne l’est au m ien Tom es, où, banni de ma patrie, j ’ai trouvé ju sq u ’à ce jour l’hospitalité la plus lidèle. Plût aux dieux seu le- At m alu s in te rp re s , populi m ih i c o n cita t ira m , In q u e n o vu m c rim en c a rm in a n o stra vocat. T am felix u tin a m , q u a m p e c to re c a n d id as, essem ! E x stal a d h u c n em o sa u c iu s o re m eo . A dde, qu od Iily rica si jam pice n ig rio r essem , Non m o rd e n d a m ih i tu rb a fidelis e ra t. M olliter a vobis m ea so rs e x c ep ta, Tom itoe, T am m ite s, G raios in d ic a t esse v iro s. Gens m ea P elig n i, re g io q u e d o m e stic a Sulm o, Non p o tu it n o stris le n io r esse m a lis. QucmgVix in co lu m i c u iq u am salv o q u e d a re tis, ís a a tu s a vobis e st m ih i n u p e r h o n o r. Solus a d h u c ego sum v e slris im m u n is in o ris, E x cep tis, si q u i m u ñ e ra le g is h a b en t. T é m p o ra sa c ra ta m ea s u n t v élala co ro na, P u blicu s in v ito q u a m fav o r im p o su it. Q uam g ra ta est ig itu r Latonae D eba te llu s, E r ra n ti tu tu m quae d e d it u n a lo cu m , T am m ih i cara T om is, p a tria quce sed e l'ugatis T em p u s ad hoc n o bis h o sp ita fida m anet. 460 PO NT IQ UE S. m ent que fout espoir de paix ne lui fût pas ravi ! qu’elle fût plus éloignée du pôle glacé ! LETTRE QUINZIÈME A SEXTÜS POMPÉE ARGUMENT Le p o ê le d é c la r e q u ’il d o it à S e x tu s d ’a v o ir c o n s e r v é la v ie q u e C é s a r l u i a a c c o r d é e . Il fa it d e s v œ u x p o u r q u e S e x tu s o b t ie n n e u n a d o u c is s e m e n t à s o n e x il, d e l ’e m p e r e u r , p o u r l e q u e l i l p r o f e s s e u n e p i e u s e v é n é r a t io n . S ’i l est encore au m onde un hom m e qui se souvienne de m oi, et qui s’inform ed e ce que devient Ovide dans son exil, qu’il sache que César m ’a donné la vie, et que Sextus m e l’a conservée. Oui, toujours Sextus sera pour m oi le prem ier après les dieux. Oue je passe en revue toute la durée de ma m isérable vie, il n’est aucun de m es jours qui ne soit m arqué par ses bienfaits; j ’en com pterais Di m odo fec issen t, p lacid æ sp e m p o sset h a b e re P acis, e t a gelid o lo n g iu s axe fo re t ! E P I S T OL A QUI NTA DECI MA S E XT O POMP EI O ARGUMENTUM rofitetur poeta se vilam Sexto ante omnes, Cæsare tarnen excepto, debere; eumque precatur, ut ab nnperatore, quem summa colit pietate, im petret sibi mitius ex si lium. Si q u is a d h u c u sq u am n o slri n o n im m e m o r e x sta l, Quid ve re le g a tu sN a so , re q u irit, a g ain , CiRsari bus v i ta ni, S exto d e b e re sa iu te m Me s c ia t: a S u p eris hic m ih i p rim u s e r it. T em pora nam m iseræ c o m p le c ta ru t o m n ia vitæ , A m eritis h u ju s p a rs m ih i n u lla v a c a t; 461 LIVRE IV, LET TR E XV. autant que, dans un jardin fertile, la grenade sous sa flexible enveloppe enferm e de grains de pourpre; autant qu’il croît d’épis sur la terre d’Afrique, de raisins sur les coteaux de Tm ole, d ’oli ves à Sicyone; autant que l’Hybla donne de rayons de m iel. Je le déclare m oi-m êm e; tu peux en prendre acte; signez tous, ci toyens; il n ’est pas besoin de la puissance des lois, je l’avoue sans contrainte : tu peux m e com pter, m oi chétif, dans ton pa trim oine; je veux être une partie, quelque faible qu’elle soit, de la fortune. Les terres que tu possèdes en Sicile, et dans la con trée où règne Philippe; cette m aison qui se prolonge jusqu’au forum d’Auguste, et ce dom aine de Campanie, les délices de son m aître, tous ces biens qui t’appartiennent par droit d ’héritage ou d’achat, ne sont pas plus que m oi ta propriété : grà,-,e à cette triste acquisition, tu ne peux dire que tu n ’as aucun bien dans le Pont. Plaise aux dieux que tu le puisses un jour, que j ’obtienne un sé jour m oins en n em i, et que tu réu ssisses à m ieux placer ton bien! Puisque cela dépend des dieux, de ces dieux que ta piété ne cesse ¿'honorer, cherche à les fléchir par tes prières ; tu le peux, car ton am itié est peu t-être autant la preuve de m on in nocence que m on appui dans mon m alheur. Si je t’im plore, ce Quæ n u m éro tô t s u n t, q u o t in h o rto fe rtilis a rv i P u n ica su b le n to c o rtice g ra n a ru b e n t; A frica q u o t se g e te s, q u o t Tm olia te rra racem o s, Q uot Sicyon b accas, q u o t p a rit H ybla favos. C o n fiteo r; te ste re lic e t; sig n a te , Q u irites : Nil o p us e st le g u m v irib u s; ipse lo q u o r. In le r opes e t n ie, re m p arv am , p o ne p a te rn a s : P a rs ego sim c e n su s q u a n lu la c u n q u e tu i. Q uam tu a T rin a c ria est, re g n a ta q u e te rra P h ilippo, Q uam d o m u s A ugusto c o n tin u a la fo ro ; Q uam tu a, ru s ocu lis d o m in i, G ainpania, g ra tu m , Q uæ que re lic ta tib i, S exte, vel em ta ten e s, Tarn tu u s en ego su m ; cu ju s te m u n e re tris ti Non p o tes in P o n to d ic e re h a b e re n ih il. A tque u tin a m p o ssis, e t d e tu r a m ic iu s a rv u m ! R em q u e tu am p o nas in m elio re loco ! Quod quoniam in Dis e st, tenta len ir» precando N um ina, perpétua quæ p ietate colis. E rro ris n a m tu , vix e st d is c e rn c re , n o stri S is a rg u m e n tu m m aju s, a n au x iliu m . 26. 462 PO NT IQ UE S. n ’est pas que je doute de toi ; m ais, lors m êm e que l’on descend le lleuve, souvent la rame ajoute à la force du courant. Je rougis, je crains de vous répéter sans cesse la m êm e prière, je trem ble de vous inspirer un trop juste ennui. Mais que faire? on ne peut m odérer un violent désir. P ardonne, tendre am i, à un cœ ur m alade; souvent, tout en désirant écrire autre chose, je re tom be dans les m êm es id é es; c ’est ma plum e qui, d’elle-m êm e, dem ande un autre séjour. Mais, soit que ton crédit ne reste pas sans elfet, soit que la Parque cruelle m e condam ne à m ourir sous le pôle glacé, m on cœ ur reconnaissant rappellera sans cesse tes bienfaits : cette terre saura que je su is à toi, et tous les peu ples qui habitent ces clim ats le sauront aussi, pourvu que ma Muse franchisse le pays sauvage des Gètes. On saura que je te dois la conservation de ma vie, et que je t ’appartiens à plu s juste titre que si tu m ’avais acheté à prix d’argent. N ec d u b ita n s oro ; sed flu m in e sæ pe secu n d o A u g etu r re m is c u rs u s e u n lis a q u æ . Et p u d e t .e t m e tu o , s e m p e rq u e e a d e m q u e p re c a ri, Ne su b e a n t an im o tæ d ia ju sta tu o . V e ru m q u id faciam ? re s im m o d e ra ta cu p id o e s t : Da v en iam v itio, m itis a m ice, m eo . S e rib e re sæ pe a liu d cu p ien s d e la b o r e o d em : Ipsa lo c u m p e r se lilie ra n o stra ro g a t. S eu tam e n effectu s b a b itu ra e st g ra tia ; se u m e D ura ju b e lg e lid o P a rc a s u b ax e m o ri; S em p er in o b lita re p e la m tu a m u n e ra m e n te , E l nica m e te llu s a u d ie l esse tu u m ; A udiet e t cœ lo p o sita e st q u æ c u n q u e su b illo , T ra n s it n o stra fero s si m odo M usa G etas. T eq u e m eæ cau sam se rv a to re m q u e s a lu tis , M e q u e tu u m lib ra n o rit e t æ re m ag is. LIVRE IV, L ET TR E XVI. LETTRE A UN 405 SEIZIÈME ENVIEUX ARGUMENT L e p o è te , d a n s c e tte d e r n iè r e le ttr e , in v ite u n e n v ie u x à n e p a s d é c h ire r se s é c rits . Il lu i d it q u e so n ex il e st u n e s o rte d e m o r t, e t q u e l ’en v ie n e s’a c h a r n e q u e s u r le s v iv a n ts, e t la is se les m o rts e n re p o s . 11 l ’e n g ag e, p a r ce m o tif, à n e p lu s a ig u is e r c o n tre se s v e rs le s tr a its m o rd a n ts .d e l'e n v ie ; il v a u t m ie u x q u ’il s’a tta q u e à p lu s ie u rs a u tre s p o è te s c é lè b re s d o n t U vide fa it l'é n u m é ra tio n . E n v ie u x , pourquoi déchires-tu les vers d'Ovide, qui n ’est plus? Le trépas, d'ordinaire, ne nuit pas au génie, et la renom m ée grandit après la m ort ; et m oi, j ’avais déjà de la célébrité, quand je com ptais encore parm i les vivants. Alors florissaient et Marsu s, et le sublim e Rabirius, et Macer, le chantre d’Ilion ; et le divin Pédon; et Carus, qui, en chantant H ercule, aurait offensé E P I S T O L A SEXTA DECIMA AD IN V ID U M A U G U ME N T U M Admonet in hac ultima epístola poela inviduni, ne carm en suum lacerct, oslendens se exsulem esse tanquam m ortuum , adfirm atque solere livorem pasci tantum in vivis post ciñeres vero quiescere : et hac ratione d iciteum debere non ullerius in carmen suum dislringere invidi.e stim ulos ac dentes ; quum sint m ulti alii celebres poet*, quos enum erat, docelque eos posse commodius reprehendí. I nvide , q u id lace ra s N asonis c a rm in a ra p li ? Non so let in g e n iis su m m a n o c ere d ies. F am aq u e p o st c iñ e re s m a jo r v e n i t : e t m ih i nom en T u n c q u o q u e , q u u m vivis a d n u m e ra re r, e r a t ; Q uum fo re t e t M arsus, m a g n iq u e R ab iriu s o ris, Iliacusque Macer, sidereusque Pedo ; 464 PONTIQUES. Junon, si ce dieu n'eût pas encore été le gendre de Junon; et Sévère, qui a donné au Latium de sublim es tragédies; et les deux Priscus, avec l’élégant Numa; et toi, M ontanus, non m oins habile dans les distiques inégaux que dans les vers héroïques, et célèbre égalem ent dans les deux genres. Alors florissait Sabin u s, dont le génie dicta ces lettres adressées à Pénélope par U lysse, errant depuis deux lustres, sur une m er courroucée; Sabinus, qui, enlevé par une m ort prém aturée, laissa sa Trézène et ses Fastes inachevés ; et Largus, dont le nom est digne de son génie, et qui conduisit le vieillard phrygien dans les cham ps gau lois; et Cam erinus, qui chanta Troie conquise par H ercule; et T uscus, qui doit sa renom m ée à sa Phyllis ; et le chantre de Ip m er que franchissent des voiles rapides, l’auteur de ce poëm e, qui sem ble l’ouvrage des dieux m arins. Alors florissait ce poète qui chanta les arm ées libyennes et leurs com bats contre les Ro m ain s; et Marius, dont le génie se prête à tous les genres; Trinacrius, auteur de la Perséide; et Lupus, qui célébra le retour du fds de Tantale et de la fille de Tyndare ; et le poète qui traE t, q u i Ju n o n e m læ sisse t in H e rc u le , C arus, Ju n o n is si n o n ja m g en er ille fo re t ; Q uique d é d it L atió c a rm e n re g a le S everu s, E t c u m s u b tili P risc u s u te rq u e Num a ; Q uique vel im p a rib u s n u m e ris, M o ntane, vel æ q u is Sufficis, e t g em in o c a rm in e n o m e n h a b e s ; E t q u i P enelop æ re s c rib e re ju s s it U lyssem , E rra n te m sæ vo p e r duo lu stra m a ri; Q u iq u e su am T rœ z e n a , im p e rfe c tu m q u e d ie ru m D ese ru it c e le ri m o rte S a b in u s o p us ; In g e n iiq u e su i d ic tu s co g no m ine L a rg u s, G allica q u i P b ry g iu m d u x it in a rv a s e n e m ; Q uique c a n it d o m itam C a m e rin u s al) H ercu le T ro ja m ; Q u iq u e su a n o m en P h y llid e T uscus h a b e t ; V elivolique m a ris vates, cui c re d e re possis C arm ina cæ ru leo s co m p osuisse Deos ; Q uique acics Libycas, R o m a n a q u e p ræ lia d ix it ; E t M arius, sc rip ti d e x te r in o m n e g e n u s; T rin a c riu sq u e suæ P erseid o s a u c to r ; e t a u c lo r fa n ta lid æ re d u c is T y n d a rid o sq u e L u p u s ; LIVRE IV, LETTRE XVI. 465 duisit la Phéacide inspirée par Homère ; et toi au ssi, Rufus, qui sus toucher la lyre de Pindare; et la Muse de Turranus, m ontée sur le cothurne tragique ; et la tien n e, M elissus, plus légère et chaussée du brodequin. Alors, pendant que Varus et Gracchu prêtaient aux tyrans des paroles superbes, pendant que Proculu m archait sur les traces du tendre Callimaque, Tilyre conduisait ses troupeaux dans les champs de ses pères, et Gratius donnait au chasseur les arm es qui lu i conviennent; F ontanus chantait les N aïades, aim ées des Satyres ; Capella enferm ait sa pensée dans des vers inégaux. Beaucoup d’autres brillaient encore, qu’il se rait trop long de nom m er tous, et dont les vers sont dans toutes les m ains. Enfin s’élevaient de jeu n es poètes que je n’ai pas le droit de citer, car leurs ouvrages n ’ont pas vu le jour. Toi, cepen dant, je n ’oserais te laisser dans la foule, te passer soue si len ce; toi,C otta, l’honneur des Muses et le soutien du barreau; toi qui, descendant p a r ta m ère des Cotta, et des Messala par ton père, réunis dans tes veines le sang de deux nobles fam illes. Au m ilieu de ces grands nom s, ma Muse, si j ’ose le dire, avait aussi u n e brillante renom m ée; elle trouvait aussi des lecteurs. E t q u i M æoniam P hæ acida v e rtit; e t u n a P in d a ric * fidicen tu q u o q u e , R ufe, ly ræ ; M usaque T u rr a n i, tra g icis in n ix a c o th u rn is ; E t tu a cum socco M usa, M elisse, lev is : Q u u m V aru s G racch u sq ue d a re n t fera d icta ty ra n n is ; C allim achi P ro c u lu s m o lle te n e re t ite r, T ity ru s a n fiq u a s e t e ra t q u i p a sc e re t h e rb a s ; A p taq u e v e n a n ti G ra liu s a rm a d a re t ; Na'idas a S a ty ris c a n e re t F o n ta n u s a m a la s ; C la u d e ret im p a rib u s v erb a C apella m odis. Q u u m q u e fo re n t a lii, q u o ru m m ih i c u n c ta re fe rre N om ina lo n g a m o ra est, c a rm in a v u lg u s lia b e t ; E s se n t e t ju v e n e s, q u o ru m q u od in e d ita c u ra est, A p p ellan d o ru m n il m ih i ju r is a d e s t; Te tam en in tu rb a non a u sim , C otta, sile re , P ie rid u m lu m e n , p ræ sid iu m q u e fo ri; M aternos C ottas cui M essallasque p a te rn o s M axim a n o b ilitas in g e m in a ta d é d it. D icere si fas e st, claro m ea n o m in c M usa, A tque in te r ta n to s, q u æ le g e re lu r, e ra t. 466 PONT IQU ES. Cesse donc, Envie, de déchirer un ex ilé; ne viens pas, cru elle, disperser m es cendres. J’ai tout perdu; il ne m e reste que la vie pour sentir, pour nourrir m es douleurs. A quoi bon plonger le fer dans un cadavre? il n ’y reste plus d é p la c é pour de nouvelles douleurs. E rgo subm otuni patria p ro scindeie, livor, Desine; neu cineres spargc, c ru en te, m eos. Omnia perdidim us : tantum m odo vita re lic ta est, P ræ beat u t sensum m ateriam q u e m alis. Quid juvat exstinctos ferrum d im itte re in a rtu s? Non babet in nobis jam nova plaga iocum . IBIS ÏK A D U C T IO N DE M. N. C A R E S M E A NCIEN PR O F E SS E U R D E RH ÉT O R IQ U E SO IG N E U SE M E N T R EV U E P A R M. J .- P . C U A R P E N T 1 E R INT RO DU CTIO N Bayle a fait, sur le poëme à’Ibis, une réflexion qui nous parait peu solide : « Entre autres bonnes qualités, d it-il, Ovide eut celle de n’être point satirique, et pourtant il était fort capable de faire des vers piquants, comme il le fit voir dans son poëme contre Ibis. » Il sem blerait, à entendre Bayle, que le talent d’écrire des vers satiriques soit le don particulier de ceux qui ont du penchant à médire. Rien n’est plus faux, à notre avis; car, s’il en était ainsi, il en faudrait conclure que tous les auteurs de satires avaient le cœur plein de fiel, et qu’il suffit d’un mauvais caractère pour être un poëte satiri que; ce dont Bayle, assurément, ne conviendrait pas. Pour nous, le talent d écrire des vers piquants ne nous paraît pas distinct du talent poétique en général : tout grand poëte excellera dans la satire dès qu’il voudra traiter ce genre de poëme. Boileau disait que Racine, le tendre Racine, était plus que lui satirique et mordant : il avait raison, parce que Racine était plus puissamment organisé que lui pour tous les genres de poésies. Horace pouvait en dire autant de Virgile, qui avait l’âme si pure, si élevée, si aimante, et rien ne nous empêche de porter le même jugem ent sur Homère, dont quelques lignes sur Margitès, le portrait et les déclamations de Thersite, ainsi qu’une foule d'autres passages, prouvent l'incontes table supériorité dans un genre qu’il ne traitait qu’en passant et par occasion. Ovide, au commencement de son Ibis, se rend à lui-même ce té moignage, qu’il avait passé dix lustres, c’est-à-dire cinquante ans de t . i. 27 4Ï0 INTRODUCTION. sa vie, sans écrire un seul vers de satire : il nous semble que cette déclaration de sa part n’avait pas seulement pour but de prouver la bonté de son caractère, et la force des raisons qui l’obligeaient en quelque sorte d’en sortir. Dans son élégie unique du livre II des Tristes, v. 565 et suivants, il fait valoir ce qu’il nomme la candeur de sa Muse, comme un titre à la clémence d’Auguste; ce moyen de vait être puissant : les guerres civiles n’avaient point appris aux Ro mains à s’aimer entre eux, et on sait qu’à cette époque il courait dans Rome une foule de satires et de libelles dont la violence est at testée par les historiens du temps. Auguste, soit par lui-même, soit par sa famille, soit par son parti, était le point de mire de toutes ces attaques, et, sans doute, elles lui lurent amères, puisqu’il fut obligé, dans les dernières années de sa vie, de faire procéder contre les au teurs par la loi de majesté. Ovide était donc sûr de lui plaire, autant que la cause inconnue de son exil pouvait le permettre, en lui rappe lant qu’il n’avait jamais employé son talent à médire. On ne sait rien de plus sur le héros de ce poëme, et sur la cause du ressentiment d’Ovide, que ce qui est exprimé dans le sommaire. Quant au nom que le poète lui donne, il est pris d’un poëme du même genre écrit contre Apollonius de Rhodes, par Callimaque, prince de l’élégie chez les Grecs. L’ibis était un oiseau sacré parmi les Égyptiens, qui l’adoraient, dit-on, parce qu’il se nourrissait de serpents : ............................. C ro c o d ilo n a d o r a t P a r s h æ c ; ilia p a v e t s a tu r a m s e rp e n tib u s i b in . (J u v e n ., s a t . x v , v . 2 .) On a lait beaucoup de contes sur cet oiseau, qui est, du reste, as sez mal connu : on a dit que c’était une espèce de cigogne; à cet égard, nous renverrons le lecteur à la savante dissertation de M. Cuvier, à la suite de son Discours prélim inaire sur la deuxième édition des Ossements fossiles. Les anciens ont cru que l’ibis, pour parler comme l’abbé de Marolles, se donnait à lui-m êm e des purgations par le moyen de son long bec ; Ovide le dit aussi. George Pisidas, auteur d’un poëme en vers grecs sur VŒ uvre des six jo u rs, prétend, à ce sujet, que l’ibis sait plus de médecine que Galien ; et André Alciat (emblème 87) lui attribue l’invention du clystère. Quoi qu’il en soit, il parait que ce nom d’Ibis désigne le pays de celui contre qui le poëme était composé. Apollonius, quoique appelé INTR OD UCT ION. 471 Rhodien, était d’Alexandrie, au rapport de Strabon. Messire Denvs de Salvaing, seigneur de Boissieu, auteur du m eilleur et du plus an cien Commentaire sur l’Ibis, en conclut que l’ennemi d’Ovide était aussi d’Alexandrie. On retrouve, dans l’Ibis, toute la science mythologique et la mer veilleuse facilité de notre auteur; mais ce poëme n’est point, à pro prement parler, une satire; c’est une imprécation, la plus longue peut-être et la plus terrible qui ait jamais été prononcée. « L’auteur, dit l’abbé de Marolles, fait un ramas de tous les tourments qui se trouvent marqués dans l’histoire et dans la fable, pour les souhaiter en malédiction à son perfide ennemi, lesquels il tire de deux cent trente-neuf exemples, qu’un professeur de lettres dans l’Université de Paris, qui vivait il y a près de cent ans, a distribués en quarantedeux espèces, dont il avait dessein décomposer autant de chapitres; il s’appelait Etienne Rkhard de Nevers ou du Nivernais. » L’abbé de Marolles pouvait ajouter que, pour rendre sa malédic tion plus complète, Ovide a eu la précaution de joindre â ses impré cations celles qui étaient exprimées dans l’Ibis de Callimaque, et de prier les dieux de vouloir bien regarder comme sous-entendus tous les genres de malheurs ou de morts qu’il n’aurait pas souhaités ex pressément à son ennemi. A la fin de son poëme, Ovide menace son ennemi de lui dire bien tôt plus d’injures sous son véritable nom ; mais il est probable qu’il n’en fit rien, à cause de la loi des Douze-Tables sur les libelles diffa matoires. Il y allait de la vie. Les Douze-Tables, dit Cicéron, peu prodigues de cette sanction terrible, ont appliqué la peine de mort, si guis occentavisset, sive carm en condidisset guod infam iam a fferret flagitium ve alteri. ............................................Q u in e tia m lex P œ n a q u e la ta , m alo q u æ n o lle t c a rm in é q u e m q u a m D e s c rib i. (H orat., E p ist., lib . II, e p is t. i, v. 52.) Si m a la c o n d id e r it in q u e m q u is c a rm in a , j u s e s t J u d ic iu m q u e ...... ( Id ., S a t., lib . I l, s a t. f, v. 82.) Voir, au surplus, au Digeste, liv. XLVII, tit. x, la loi de Injuriis et fam osis libcllis. En fixant le commencement de l’exil d’Ovide à l’année 762 de la 472 IN T RO D UC T IO N. fondation de Rome, et en supposant qu’il marque ici exactement son âge, il aurait composé ce poëme deux ans avant son ani \ é e à ornes , mais, comme il y parle de son malheur, il faut croire qu’il ne 1 écri vit que deux ou trois ans plus tard. E. GRESLOU. IBIS DE P. O V I D E ARGUMENT L e p o è te , d a n s c e s v e rs , m a u d i t u n d e s e s a m is ( q u e lq u e s - u n s d is e n t Hy g in u s ) , a u q u e l il d o n n e le n o m d 'ib i s . Il d é c h ir a it , p a r s e s c a lo m n ie s , le n o m d ’O v id e ; p a r d ’o d ie u s e s a c c u s a tio n s il a t t i r a i t s u r lu i la h a in e e t l ’e n v ie , il to u r m e n ta i t i m p i to y a b l e m e n t s o n é p o u s e , e t c h e r c h a it à s ’e m p a r e r d e s e s b i e n s . T o u s le s m a u x , t o u s le s s u p p li c e s e t le s t o u r m e n t s q u i j a m a i s f u r e n t e n d u r é s p a r u n m o r t e l, Ib is le s a m é r i té s . L e p o è te s 'é t e n d l o n g u e m e n t s u r c e s u je t , e t s e l i v r e s a n s r é s e r v e a u d é s ir d e se v e n g e r. D é j à m on dixièm e lustre s’est écoulé, et jusqu a présent les chants de ma Muse n ’eurent jam ais de fiel; de tant de vers écrits par Ovide, aucun ne fut inspiré par une sanglante satire. Nul PUBL1I OVIDII NASONIS ARGUMENTUM Ibin, sub quo nomine Hyginum latere volunt, quod Ovidii nomen maledictis laceraret, ct falsis criminationibus in invidiam et odium adduceret, quod porro ejus uxoreni sollicitaret importune, quodque fortunis inhiarct poetae, din's omnibus liic devovet. Nihil esse mali, nullum uspiam suppliciorum poenaiumque genus, quo mortalium quisquam sit adlectus, quo non dignus sit Ibis, nimium fuse docet, vindictae ultra modum indulgens. T em p o s a d h o c , l u s t r i s j a m b i s m i l i i q u i n q u é p e r a c t i s , O m n e f u i t Musae c a r m e n i n e r m e mea* ; N u l l a q u e , quae p o s s i t , s c r i p l i s t o t m i l l i b u s e x s t a t L ilte r a N asonis, s a n g u in o le n ta legi. autre que m oi n’a souffert de m es ouvrages ; l’artiste a trouvé sa ruine dans son art. Un seul hom m e (et cela m êm e est un crim e envers m oi), un seul m e ravit le m érite de rester fidèle à ma bonté natu relle. Je veux encore taire son nom ; m ais, quel qu’il soit, c’est lui qui m e fait prendre une arm e nou velle pour m oi ; c’est lui qui ne perm et pas qu’un m alheureux, relégué sur les bords glacés d’où souffle l’A quilon, repose en paix dans son exil. Le cruel irrite des blessures qui dem andent le repos, il fait retentir tout le Forum de m on nom . Celle qu’une étern elle union associe à ma couche, il l’em pêche de pleurer la m ort d’un époux m alheureux. Lorsque j ’em brasse les débris de m on vaisseau agités par la tem p ête, il s’efforce de m ’arracher la dernière planche dans le naufrage; et lu i, qui aurait dû éteindre des flam m es soudaines, il m e dépouille, et enlève sa proie du m ilieu de l’in cen d ie, il cherche à priver d ’alim ents m a vieillesse exilée. Oh! qu’il m érite plus que m oi les m aux que je souffre! Qu’ils m e soient plus propices, les dieux dont le plus grand, à m es yeux, est celui qui n ’a pas voulu que le besoin accom pa- Ncc q u e m q u a m n o s tr i , n isi n o s , læ s e r e l ib e lli, A rlific is p e r i i t q u u m c a p u t A rte s u a . U n u s, e t h o c ip su m e s t i n j u r i a m a g n a , p e re n n e m C a n d o ris t it u lu m n o n s i n i t e sse m e i. Q u is q u is is e s t, n a m n o m e n a d h u c u t c u n q u e ta c e b o , C ogit in a d s u e ta s s u m e r e te la m a n u s . 111e r e le g a tu m g e lid o s A q u ilo n is a d o r tu s N on s in i t exsilio d e litu is s e s u o ; V u ln e ra q u e im m itis r e q u ie m q u æ r e n tia v e x â t, J a c la t e t in to to n o m in a n o s tr a fo ro ; P e r p e tu o q u e m ih i s o c ia ta m fœ d e re le c ti Non p a ti t u r m is e ri f u n e r a ile re v ir i ; Q u u m q u e e g o q u a s sa m eæ c o m p le c ta r m e m b r a c a r i n s , N a u fra g ii ta b u la s p u g n a t h a b e r e m e i; Et q u i d e b u e ra t s u b ita s e x s tin g u e r e fla m m a s, Is p ræ d a m m e d io r a p t o r a b ig n e t u li t. N i t il u r u t p ro fu g æ d e s in t a lim e n ta s e n e c tæ ; l ie u ! q u a n to n o s tr is d i^ n io r ip se m a lis t Di m e l i u s q u o r u m lo n g e m ih i m a x i m u s i ll e , Qui n o s tra s in o p e s n o lu it e sse v ia s . 1 • IBIS. 475 gnât les pas du proscrit! Oui, toujours, et partout où je le pourrai, ma reconnaissance rendra de justes hom m ages à son cœ ur com patissant. Le Pont entendra ma voix; et peutêtre ce dieu fera-t-il que je prenne à tém oin une terre m oins lointaine. Mais toi, barbare, qui, m e voyant à terre, m ’as foulé aux pieds, en toute occasion, m êm e dans l'infortune, tu sentiras ma juste inim itié. L’eau cessera d’être contraire au feu; le Soleil et la Lune uniront leur lum ière ; le Zéphyre et l’Eurus souffleront du m êm e côté des cieux ; le pôle glacé nous enverra le tiède N otu s; par un prodige nouveau s’uniront, au-d essu s du bûcher, les fum ées que divise l’antique inim itié des frères Thébains ; le printem ps et l’autom ne, l’hiver et l’été seront confondus ; l’Orient et le Couchant n e feront plus que la m êm e contrée, avant que, déposant les arm es, je renoue avec toi, m isérable, la paix qu’ont rom pue tes outrages; avant que le tem ps éteigne m on ressen tim ent, avant que la suite des jours adoucisse ma haine ! Tant que durera ma vie, notre paix, à nou s, sera celle des loups et H uic i g i t u r m e r ita s g r a t e s , u b ic u n q u e lic e b it, P ro la m m a n s u e to p e c to r e s e m p e r a g a m . A u d ie t haec P o n tu s : fa c ia t q u o q u e f o rs ita n id e m , T e r ra s it u t p r o p io r te s titic a n d a m ih i. A t tib i , c a lc a s ti q u i m e , v io le n te , ja c e n te m , Q u a m lib e t e t m is e ro d e b itu s h o s tis e ro . D e s in e t e s se p r iu s c o n tr a r i u s i g n ib u s h u m o r , J u n c ta q u e c u m L u n a lu m in a S o lis e r u n t ; P a r s q u e e a d e m ceeli Z ep h y ro s e m itte t e t E u ro s , E t te p id u s g e lid o fla b it a b ax e N o tu s ; E t n o v a f r a te r n o v e n ie t c o n c o rd ia fu m o , Q uern v e tu s a c c e n s a s e p a r a t i r a p y r a ; E t V er A u tu m n o , B rum ® m is c e b itu r J S s ta s ; A tq u e e a d e m r e g io V e s p e r e t O rtu s e r u n t , Q uam m ih i s i t t e c u m p o s itis , quae s u m s im u s , a rm is G r a tia , c o m m issis, im p r o b e , r u p ta tu is : Q uam d o lo r h ie u n q u a m s p a tio e v a n e s c e re p o s s it, L e n ia t a u t o d iu m te m p u s e t b o r a m e u m ! P ax e r i t base n o b is , d o n e e m ih i v ita m a n e b it, C um p e c o re in firm o quae s o le t e sse lu p is. des faibles agneaux. Je te com ballrai d’abord avec des vers élé— giaques, quoique ce m ètre ne soit pas destiné pour la guerre : m ais com m e le vélite, avant d’être échauffé au carnage, dirige d’abord sa lance contre le sol couvert d’un sable jaunissant ; ainsi je ne lancerai pas encore contre toi un fer acéré, et ma lance ne sera pas dirigée d ’abord contre ta tête odieuse. Ce livre n e dira ni ton nom , ni tes forfaits ; pour un tem ps encore tu pourras rester inconnu. Bientôt, si tu poursuis, l ’ïam be plus libre me prêtera des traits trem pés dans le sang de Lycambe. Aujourd’hui, com m e le fils de Battus m audit son ennem i Ibis, m oi de m êm e je te m audis, toi et les tien s. Comme lu i, j ’entou rerai m es vers d’obscures traditions, quoique ce genre ne me soit pas fam ilier : on dira qu’oubliant le goût et la m anière de m es écrits, j’ai im ité son ténébreux Ib is; e t, puisque je ne ré vèle pas encore ton nom à la curiosité du lecteu r, toi aussi, en attendant, tu recevras celui d ’ibis. De m êm e qu’il régnera dans m es vers une certaine obscurité, puisse une nuit som bre se ré pandre sur tout le cours de ta vie! Au jour de ta n aissance, aux P r im a q u id e m ccepto c o m m itta m p ro elia v e rs u , N on s o le a n t q u a m v is ho c p e d e b e lla g e ri. U tquc p e ti t p r im o p le n u m fla v e n tis arena? N o n d u m c a lfa c ti v e litis h a s la so lu m ; Sic ego te f e r r o n o n d u m j a c u la b o r a c u to , P r o tin u s in v is u m n e c p e te t h a s ta c a p u t. E t n e q u e n o m e n in h o c , n e c d ic a m fa c ta l i b e l l o ; T e q u e b r e v i, q u i s is , d is s im u la re s in a m . P o stm o d o , si p e rg e s , in te m ih i l ib e r ia m b u s T in c ta L y cam b eo s a n g u in e te la d a b it . N u n c , q u o B a ttia d e s in im ic u m d e v o v e t I b in , Hoc ego devoveo te q u e tu o s q u e m o d o . U tq u e ille , h is to r iis in v o lv a m c a rm in a ca?cis : Non s o le a m q u a m v is ho c g e n u s ip se s e q u i, llliu s a m b a g e s i m i ta t u s in Ib id e d ic a r , O b lilu s m o ris ju d ic iiq u e m e i. E t q u o n ia m , q u i s is , n o n d u m q u c e re n tib u s e d o , Ib id is i n te r e a tu q u o q u e n o m e n h a b e . lU q u e m ei v e rs u s a li q u a n tu m n o c tis h a b e b u n t, Sic vita? s e rie s to ta s it a tr a tu n “. IBIS. calendes de janvier, j ’aurai soin qu’une bouche véridique te lise ce que j’écris. Dieux de la m er et de la terre, et vous, qui, plus heureux, ré gnez, avec Jupiter, entre l’un et l’autre pôle, soyez, je vous en conjure, soyez tous attentifs à m a voix, et perm ettez que m es vœ ux s’accom plissent. T oi-m ëm e, ô Terre, flots de l’Océan, su blim e Éther, écoutez ma prière; astres, face radieuse du Soleil, Lune qui chaque jour changes ta figure brillante; Nuit redou table au m ilieu de tes som bres ténèbres; vous, dont les doigts filent des destinées im m uables ; toi, lleuve, par lequel on ne jure pas en vain, e t dont les ondes roulent avec un horrible m urm ure dans les cham ps des Enfers; vous qui, les cheveux en trelacés de serpents sin u eu x, veillez, dit-on, aux portes des som bres cach ots; vous, dieux inférieurs, Faunes, Satyres, Lares, F leu ves, Nymphes et dem i-dieux ; vous toutes entin , divinités anciennes et nouvelles depuis l’antique chaos, venez seconder m es ressentim ents, pendant que m es accents appelleront tous les m aux sur une tête perfide, pendant que s’accom plira l’œuvre Hæc lib i n a ta li faxo, J a n iq u e k a le n d is , Non m e n titu r o q u ilib e t o re lé g a t, Di m a r is e t t e r r æ ; q u iq u e Hîs m e lio ra te n e t is I n le r d iv erso s cu m Jo v e r é g n a polos ; H ue p r e c o r , h u e v e s tr a s o m n e s a d v e rtile m e n te s , E t s in i te o p ta tis p o n d u s in e s s e m e is. Ip sa q u e tu T e llu s , ip su m c u m flu c tib u s Æ q u o r, Ip s e m en s, Æ th e r , a c cip e , s u m m e , p r e c e s : S id e ra q u e , e t r a d iis c ir c u m d a ta Solis im a g o ; L u n a q u e , q u æ n u n q u a m , q u o p r iu s , o re m ic a s ; N oxque t e n e b r a r u m specie r e v e r e n d a tu a r u m ; Q u æ q u e rn tu m trip lic i p o llic e n e tis o p u s ; Q u iq u e p e r i n fe r n a s h o r re n d o m u r m u r e v alles I m p e r ju r a tæ l a b e r is a m n is a q u æ ; Q u a s q u e f e r u n t to rto v i tt a ti s a n g u e cn p illis C a rc e ris o b s c u ra s a n te s e d e r e f o r e s ; Vos q u o q u e , p le b s S u p e ru m , F a u n i, S a ly riq u e , L a re sq u e , F lu m in a q u e , e t N y m p h æ , S e m id e u m q u c g e n u s , D e n iq u e a b a n tiq u o Divi v e te r e s q u e n o v iq u e, In n o s tr u m c u n c ti te m p u s a d e s te , C h a o ! C a rm in a d u m c a p iti m ale fid o d ir a c a n u n lu r , E t p e r a g u n t p a r te s ira d o lo rq u e s u a s : 27. 478 IBI S. de la colère et de la vengeance ; écoutez favorablem ent les sou haits que je form e, et qu’aucun de m es vœ u x ne reste sans effi cacité. Que m es m alédictions s’accom plissent, et qu’à la p u is sance de m es paroles, il les croie prononcées par le gendre de Pasiphaé : si j ’oublie quelques supplices, qu’il les souffre en core; que son m alheur soit plus com plet que je ne le puis im aginer; qu'un nom supposé n ’ôte rien à l ’efficacité de m es im précations; qu ’elles ne touchent pas m oins vivem ent les dieux puissants. Je m audis celui que je poursuis sous le nom d’ib is, qui sait que ses forfaits ont m érité cette vengeance. Je n e veux pas la différer : prêtre, je prononcerai des vœux qui seront exaucés. Vous to u s, tém oins de ce sacrifice, que votre bouche m e se conde; vous tous, tém oins de ce sacrifice, dites des paroles si nistres, approchez d’ibis le visage baigné de pleu rs; pour que les auspices soient fu n estes, que le pied gauche vous porte d ’a bord vers lu i; et soyez couverts de noirs vêtem ents. Et toi, pourquoi différer à ceindre les bandelettes funèbres? Déjà il est élevé, tu le vois, l’autel de tes funérailles ; la pom pe est p r é - A d n u ite o p ta tis o m n e s e x o r d in e n o s tr i s , E t p a rs s it v o ti n u lla c a d u ca m e i. Quaeque p r e c o r , íia n t : u t n o n m ea d ic ta , se d illa P a s ip h a e s g e n e ri v e rb a fu is s e p u t c t . Q u a sq u e e g o tra n s ic r o poenas, p a t i a t u r e t illa s : P le n iu s in g e n io s it m is e r ille m e o . N eve m in u s v a le a n t fic lu m e x s e c r a n tia n o in e n V ota, m in u s m a g n o s c o m m o v e a n tv e D éos. I l l u m e g o d e v o v e o , q u e m m e n s in te l li g it , I h i n ; Q ui se s c it fa c tis h a s m e r u is s e p r e c e s . N ulla m o ra e s t in m e : p e ra g a m r a t a v o ta sa c e rd o s : Q u isq u ís a d e s s a c r is , o r e f a v e te , m e is . Q u isq u is a d e s s a c r is , l u g u b ria d ic ite v e rb a , E t fle tu m a d id is Ib in a d ite g e n is ; O m in ib u sq u e m alis, p e d ib u s q u e o c c u r r ite laevis, E t nigrae v e s te s c o rp o r a v e s tr a t e g a n t. T u q u o q u e , q u id d u b ita s fe ra le s s u m e r e v i tt a s ? J a in s ta t , u t ip se v id e s , f u n e r is a r a t u i. IBIS. 479 parée; que rien ne retarde m es vœ ux sin istres. Victim e dévouée, présente ta tête à m on couteau. Que la terre te refuse ses m oisson s, et les fleuves leurs on des; que le vent te refuse son souffle bienfaisant; que pour toi le Soleil soit sans clarté, la Lune sans lum ière; que les astres dé robent à tes yeux leur éclat ; que le feu, que l’air se refusent à tes besoins ; que la te r r e , que la m er ne t’offrent aucun asile. Puisses-tu errer, pauvre, exilé, et sur le seuil de l'étranger de m ander d’une voix trem blante un peu de nourriture. Que la plaintive douleur s’attache sans relâche à ton corp s, à ton cœ ur épuisé par la souffrance; que la nuit te soit plus cruelle que le jour, et le jour que la nuit. Sois toujours m alheureux, et que personne ne com patisse à ton m alheur; que tous, hom m es et fem m es, rient de tes infortunes; que leur haine ajoute à tes larm es, et qu e, sous le poids des plus grands m aux, tu paraisses digne de m aux plus grands encore. Que l ’aspect odieux de ta m isère n ’excite pas cet intérêt qu’on refuse si rarem ent à l’in fortune; que m ille m otifs te fassent désirer la m ort, et qu’il n ’y ait pour toi aucun m oyen de la trou ver: p u isses-tu , forcé de vivre, voir le trépas trom per tes vœ u x ; que ton souffle abanP o m p a p a r a t a tib i e s t : v o tis m o ra tr i s ti b u s a b s it : Da ju g u lu m c u lt r is , h o s tia d ira , m e is. T e r r a tib i f r u g e s , a m n is t ib i d e n e g e t u n d a s ; D e n e g e t a d fla tu s v e n tu s e t a u r a su o s . Nec tib i Sol c la r u s , n e c s it t i b i lu c id a P h œ b e ; D e s titu a n t o c u lo s s id e r a c la r a tu o s. N ec s e V u lc a n u s, n e c s e tib i p r æ b e a t a e r : N ec t ib i d e t te llu s , n e c tib i p o n lu s ite r . E x su ), in o p s e r r e s , a li e n a q u e lim in a lu s tr e s , E x ig u u m q u e p e ta s o r e tr e m e n t e c ib u m . Nec c o rp u s q u e ru lo , n e c m e n s v a c e t æ g ra d o lo re ; N ox q u e d ie g ra v io r s it tib i, n o c te d ie s . S is q u e m is e r s e m p e r ; n e c s is m is e ra b ilis u lli : G a u d e a t a d v e rs is f e m in a v irq u e t u is . A ccédât lacry m is o d iu m , d ig n u sq u e p u te re , Qui m a la , q u u m t u le r is p lu rim a , p lu ra fe r a s . S itq u e , q u o d e s t r a r u m , s o lito d e fe c ta fav o re Æ ru m n æ fa c iè s in v id io sa tu æ . C a u s a q u e n o n d e s it, d e s it tib i copia m o rtis : O p ta ta m f u g ia t v ita c o a cta n e c e m . 480 i it i o . donne tes m em bres torturés, après une lutte prolongée, après une lente et cru elle agonie. Oui, cela sera : Apollon lui-m êm e, par un présage récen t, m ’a révélé l’avenir; un oiseau sinistre a pris son vol à gau ch e. Oui, m es prières toucheront les dieux, je le crois, perfide, et je m e nourrirai toujours de l’espoir de ta m ort. Il finira, ce jour qui te dérobera à ma vengeance; il fin ira, ce jou r qui tarde trop au gré de m es vœ ux : il term inera m a vie, si souvent attaquée par ta haine, ce jour qui tarde trop au gré de m es vœ ux ; avant que le tem ps éteigne m on ressen tim en t, avant que la suite des. jours adoucisse ma hain e. Tant que le javelot servira aux Thraces dans les com bats, et l'arc aux lazyges ; tant que le Gange rou lera des ondes tièd es, et l ’ister des flots glacés; tant qu’il y aura des chênes sur les m ontagnes, et dans la plaine de tendres pâ turages; tant que le Tibre arrosera la Toscane de ses eaux jau nissantes, je te ferai la guerre : la m ort ne finira pas m on res sentim ent; m ais elle donnera à m es m ânes des arm es cruelles contre tes m ânes. Oui, alors m êm e que je m e serai évanoui dans le vide des airs, m on om bre, du sein de la m ort, haïra ta perfidie. Alors m êm e L u c ta lu s q u e d iu c ru c io to s s p ir i tu s a r t u s D e s c ra t, e t lo n g a to r q u e a t a n te ra o ra . E venient : d é d it ip s e m ih i m o d o s ig n a f u t u r i P h œ b u s ; e t a læ v a m œ s ta v o la v it av is. C e rte e g o , q u æ v oveo, S u p e ro s m o tu r a p u ta b o , S p e q u e tu æ m o r tis , p e rfid e , s e m p e r a la r . F in ie t ilia d ie s , q u æ t e m ih i s u b tr a h e t o lim ; F in ie t ilia d ie s , q u æ m ih i t a r d a v e n it : E t p r iu s lia n e a u im a m , n im iu m t ib i s æ p e p e tita m . A u fe re t ilia d ie s , q u æ m ih i s e ra v e n it ; Q uam d o lo r h ic u n q u a m s p a tio e v a n e s c e re p o s s it, L e n ia t a u t o d iu m te m p u s e t h o ra m e u m . P u g n a b u n t ja c u lis d u m T h ra c e s , laz y g e s a re u , D um te p id u s G anges, f rig id u s I s t e r e r i t ; R o b o ra d u m m o n te s , d u m p a b u la m o llia c a m p i, D um T ib e ris (lavas T u s c u s h a b e h it a q u a s ; B ella g e ra m te c u m : ne c m o is m ih i fin ie t i r a s ; Sæ va sed in m â n e s m a n ib u s a rm a d a h it. l u u q u o q u e , q u u m v a c u a s f u e r o d ila p s u s in a u ra s , E x a n im is m o re s o d e r it u m h ra tu o s . IBIS. 481 je viendrai, om bre m enaçante, avec le souvenir de tes forfaits, et, squelette décharné, je poursuivrai tes regards. Soit que, contre m es vœ ux, je sois consum é par une longue vieillesse; soit que ma m ain m e délivre de la vie; soit qu’après un nau frage m on corps flotte au gré du vaste Océan, et serve de nour riture aux m onstres d’une m er lointaine ; soit que des oiseaux étrangers se repaissent de m es m em bres; soit que la gueule des loups se teigne de m on sang ; soit qu’une m ain pieuse m e couvre de terre, et donne à m es restes inanim és un m odeste bûcher : quelle que soit ma fin, je m ’échapperai des bords du Styx, et, poursuivant m a vengeance, je dirigerai contre ta tête une m ain glacée. Tu me verras le jour; dans l’om bre silencieuse d e l à nuit, je t’apparaîtrai et je secouerai ton som m eil. Enfin, quoi que tu fasses, je voltigerai devant ton visage, devant tes yeux, lu entendras m es plaintes et lu ne trouveras de repos dans aucun asile : des coups de fouet retentiront à tes oreilles ; des torches entrelacées de serpents fum eront toujours devant tes regards coupables. Voilà les furies qui te poursuivront vivant, qui te poursuivront mort; et ta vie finira avant ton châtim ent. Tu n ’obT um q u ô q u e fa c to ru m v e n ia m m e m o r tim b ra lu o r u m , l n s e q u a r e t v u ltu s ossea l a r v a t u o s . S ive e g o , q u o d n o lim , lo n g is c o n s u m tu s a b a n n is , Sive m a n u fac td m o rte s o lu tu s e ro ; Sive p e r im m e n s a s ja c t a b o r n a u fr a g u s u n d a s , N o s tra q u e lo n g in q u u s v is c e ra p isc is e d e t ; Sive p e r e g r in æ c a rp e n t m e a m e m b r a v o lu c re s ; Sive m eo t in g e n t s a n g u in e r o s tr a lu p i ; Sive a liq u is d ig n a tu s e r i t su p p o n e re t e r r æ , E t d a re p le b e io c o rp u s in a n e ro g o : Q u id q u id e ro , S ty g iis e r u m p e re n i ta r a b o ris , E t le n d .im g e lid a s u l lo r in o ra m a n u s . Me v ig ila n s c e rn e s : ta c i ti s ego n o c tis in u m b r is E x c u tia m s o m n o s, v isu s a d e sse , tu o s. D e n iq u e q u id q u id âg es, a n te os o c u lo s q u e volabo, E t q u e r a r , e t n u l la s e d e q u ic tu s e ris . V e rb e ra t o r t a d a b u n t s o n itu m ; n e x æ q u e c o lu b r is C onscia f u m a b u n t s e m p e r a d o ra fa c e s. H is v iv u s f u r i is a g ita b e r e , m o r tu u s isd e m ; E t b r e v io r p œ n a v ita f u tu r a tu a e s t. 482 IBIS. tiendras ni les derniers devoirs ni les larm es de tes parents : nul ne pleurera ton cadavre abandonné. Tu seras traîné par la m ain du bourreau, aux applaudissem ents du peuple, et un croc sera enfoncé dans ton corps. Les flam m es qui dévorent tout, les flam m es m êm e te fuiront, et la terre équitable repoussera ton ca davre odieux. Un vautour viendra avec dégoût déchirer tes en trailles de ses ongles et de son bec ; des chien s avides dévoreront ton cœ ur perfide; ton corps, tu seras fier de cet hon neur, des loups affamés se le disputeront entre eux. Tu seras rejeté dans des lieux séparés des Cham ps-Elysées; tu habiteras ces dem eures occupées par les om bres coupables. Là est Sisyphe, qui roule et ressaisit son rocher ; et ce m alheureux attaché sur une roue qui l’entraîne dans son m ouvem ent ra pide; et les Danaïdes, cette troupe sanglante, brus du proscrit Égyptus, qui portent sur leurs épaules un e onde inutile. Là le père de Pélops cherche en vain des fruits qui sont devant lui ; la soif le tourm ente sans cesse, et sans cesse s ’offrent à lui les flots d’une onde lim pide; là est ce géant dont le corps étendu em brasse n eu f arpents, pâture dévouée à l’oiseau qui sans relâNec tib i c o n tin g e n t fu n u s la c ry m æ q u e t u o r u m ; In d e p lo r a tu m p r o jic ie r e c a p u t. C a rn ilicisq u e m a n u , p o p u lo p la u d e n le , t r a h e r i s ; In iix u s q u e tu is o s s ib u s u n c u s e r i t . Ip sæ le f u g ie n t, q u æ c a r p u n t o m n ia , fla m m æ : R e s p u e t in v is u m j u s t a c a d a v e r h u m u s . U n g u ib u s e t r o s tr o t a r d u s tr a h e t ilia v u l t u r ; E t s c in d e n t a v id æ p e rfid a c o rd a c a n e s . D eque tu o fie t, lic e t h a c sis la u d e s u p e r b u s , In s a tia b ilib u s c o rp o re r ix a lu p is . I n loca ab Elysiis diversa fugabere cam pis; Q u a sq u c te n e t s c d e s n o x ia tu r b a , co les. S isy p h u s e s t illic sa x u m v o lv e n s q u e p e te n s q u e ; Q u iq u e a g it u r r a p id æ v îtic tu s a b o r b e r o tæ ; Q u æ que g e r u n t h u m e r is p e r i t u r a s B e lid e s u n d a s , E x s u lis Æ g y p ti, t u rb a c r u c n ta , n u r u s . P o m a p a te r P e lo p is p r æ s e n tia q u æ r it, e t id em S e m p e r e g e t, liq u id is s c m p e r a b u n d a t a q u is ; J u g e rib u s q u e n o v e m q u i s u m m u s d i s t a t a b im o , V isc era q u e a d s id u e d é b ita p r æ b e ta v i . IBI S. 485 che dévore ses entrailles. Là est une des F uries, qui de son fouet te sillonnera les flancs, pour t’arracher l’aveu de tes nom breux forfaits; une autre livrera aux serpents infernaux tes m em bres déchirés; la troisièm e, sur des charbons ardents fera rôtir tes joues fum antes. Ton om bre crim inelle sera déchirée de m ille m anières, et le génie d’Éaque inventera pour toi des tourm ents. Il t’appliquera les su pplices des anciens coupables ; tu viendras donner du relâche aux m ânes des prem iers âges. Sisyphe, tu trouveras à qui rem ettre ton fardeau qui retom be sans cesse ; de nouveaux m em bres seront entraînés sur la roue rapide. Ce sera lui qui voudra en vain saisir cette onde, ces ra m eaux, et dont les entrailles, toujours renaissantes, serviront de pâture à l’oiseau. Une seconde m ort ne viendra pas term iner les tortures qui suivront la prem ière ; et la dernière heure n ’arrivera jam ais pour tant de souffrances. Mes chants n ’en diront qu’une partie; com m e celui qui prend quelques feuillages sur le m ont Ida ; ou quelques gouttes d’eau dans la m er de Libye. Pourrais-je, en effet, dire toutes les fleurs qui naissent sur l'Uybla de Sicile, tout le safran que produit la terre de Cilicie, ou toute la grêle qui H ic t ib i d e F u r iis s c in d e t l a t u s u n a flag ello , U t s c c le ris n u m é r o s c o n iite a r e tu i ; A lte ra T a r la r e i s s e c to s d a b it a n g u ib u s a r t u s ; T e r tia f u m a n te s in c o q u e t ig n e g e n a s. N oxia m ille m o d is la c e r a b i t u r u m b r a , tu a s q u e Æ a cu s in p œ n a s in g e n io s u s e r i t . In l e t r a n s c r i b e t v e te r u m t o r m e n ta r e o r u m : M a n ib u s a n tiq u is c a u sa q u ie tis e r is . S isy p h e, c u i t r a d a s r e v o lu b ile p o n d u s , h a b e b is ; V e r s a b u n t c c le re s n u n c n o v a m e m b ra ro tæ . Hic e r i t , e t ra m o s f r u s t r a q u i c a p te t e t u n d a s : Hic in c o n s u m to v is c e r e p a s c e t a v e m . N ec m o r tis p œ n a s m o rs a lte ra fin ie t h u ju s, H o ra q u e e r i t t a n t i s u l ti m a n u lla m alis. In d e ego p a u c a c a n a m ; fro n d e s u t si q u is in Id a, A ut s u m m a m Libyco d e m a r e c a r p a t a q u a m . N am n e q u e q u o t flo re s S ic u la n a s c a n lu r in Hybln, Q uotve f e r a i , d ic a m , t e r r a C ilissa crocos 484 I DIS. blanchit l’Athos, quand le triste hiver frissonne sou s les ailes de l’Aquilon? Non, quand tu m e donnerais cen t bouches, ma voix ne pourrait retracer tous tes supplices. Malheur à toi ! tels sont les désastres qui t’attendent, qu’à m oi-m êm e, p eu t-être, ils m ’arracheront des larm es. Ces larm es seront pour m oi un bonheur in fin i; oui, ces pleurs m e seront plus doux que le rire. Tu es né m alheureux ; ainsi les dieux l'ont voulu. Aucune étoile favorable, bienfaisante, n ’a présidé à ta naissance ; dans ce m om ent ne brillait ni Vénus, ni Jupiter; la Lune, le Soleil n ’avaient pas un aspect propice; ils n ’étaient pas dans une direction heureuse, les feux que dardait sur toi le fils de la brillante Maia et du grand Jupiter. Mars et le vieillard à la faux recourbée ont fait peser sur ta tête leurs regards terribles, et leur influence m alfaisante. Et, pour que tu ne visses rien que de sinistre, le jour où tu naquis fut triste et voilé de som bres nuages. C’est celui qu i, dans nos fastes, tire son nom du fatal Allia ; ce fut le m êm e qui vit naîlre Ibis, cette peste pu blique. N ec, q u u m t r i s ti s h y e m s A q u ilo n is i n h o r r u it a lis, Q uam m u lta fia t g r a n d in e c a n u s A lh o s ; N ee m ala voce m ea p o s s in t tu a c u n c ta r e f e r r i , T ot O ra lic e t t r i b u a s m u ltip lic a ta m ih i. t ib i, vae m i s e r o ! v e n ie n t ta le s q u c ru in a e , U t co g i in la c ry m a s m e q u o q u e p o s s c p u te m . Ulae m e lacrym ae fa c ie n t s in e fin e b e a tu m : D u lc io r h ic r is u tu m m ih i ile tu s e r i t . N a tu s es in fe lix ; ita Di v o lu e re , n e c u lla C om m oda n a s c e n li s te lla , le v is v e f u it. N on V e n u s a d f u ls it, n o n illa J u p p it e r h o ra : L u n a v e n o n a p to , Solve f u e r e lo co N ec s a tis u t i l i t e r p o s ito s tib i p ra e b u it ig n e s , Q uem p e p e r it m a g n o , lu c id a M aia, J o v i. Te f e r a , n e c q u id q u a m p la c id u m s-p o n d en tia, M a rlis S id e ra p r e s s e r u n t, f a lc if e r iq u e s e n is . L ux q u o q u e n a ta lis , n e q u id , n is i t r i s t e , v id e r e s , T u r p is , e t i n d u c tis n u b ib u s a tr a fu it. Haec e s t, in F a s tis c u i d a t g ra v is A llia n o m e n , Q uaeque d ie s I b in , p u b lic a d a m n a t u l i t . IBIS. 485 A peine échappé des flancs im purs de sa m ère, il pressa de son corps hideux la terre deC inyp hie; l ’oiseau de la n u it, le hi bou, se posa sur un faîie v is-à-vis de l’enfant, et sa voix lugubre rendit des sons fun estes. Aussitôt les Eum énides le baignèrent au m ilieu d’herbes fangeuses, dans un m arais form é par les ondes du Styx ; elles frottèrent sa poitrine du fiel d’un serpent de l'Érèbe, et frappèrent Irois fois dans leu rs m ains ensanglantées ; elles arrosèrent le palais de leur nourrisson du lait d'une chienne : ce fut le prem ier alim ent que reçut la bouche de l’en fant. Avec ce lait, il suça la rage de sa nourrice : de là les aboie m ents dont il fait retentir le Forum . Elles enveloppèrent ses m em bres de lam beaux tein ts de rouille qu’elles dérobèrent d’un bûcher trop tôt abandonné ; et pour qu’il ne fût pas étendu sans appui, sur une terre n u e, elles posèrent sur une pierre sa tète délicate. Avant de le quitter, elles placèrent sous ses yeux, elles approchèrent de son visage des torches d’un bois vert. Il pleu rait, le faible enfant, dès qu’il se sentit entouré d’une fum ée am ère. Alors une de ses trois sœ urs prononça ces m ots: « C’est Qui s im u l, im p u r a m a tr is p r o la p s u s a b a lv o , C in y p h ia m fcedo c o rp o r e p r e s s it h u m u m ; S e d it i n a d v e rso n o c tu r n u s c u lm in e b u b o , F u n e r e o q u e g ra v e s e d id it o re so nos. P r o tin u s E u m e n id e s la v e r e p a lu s tr ib u s u lv is , Q ua cava d e S lygiis flu x e ra t u n d a v ad is; P e c to r a q u e u n x e r u n t E rebeae fe lle c o lu b ra ;, T e r q u e c ru e n t a ta s ¡ n c r e p u e re m a n u s ; G u t t u r a q u e im b u e r u n t in fa n tia la c te c a n in o : H ie p r im u s p u e r i v e n it i n o ra c ib u s . P e r b ib i t in d e suae r a b ie in n u tr ic ia a lu m n u s , L a t r a t e t in to to v e rb a c a n in a f o ro . M e m b ra q u e v i n x e r u n t t in c t is f e r r u g in e p a n n is , A m a le d e s e r to q u o s r a p u e r e ro g o : E t, n e n o n f u ltu m n u d a t e l l u r e ja c e r e t, M olle s u p e r s ilic e s im p o s u e re c a p u t. J a m q u e r e c e s s u r a , v irid i d e s tip ite fa c ta s A d m o r u n t o c u lis u s q u e s u b o ra fac e s. F l e b a t , u t e s t in fa n s fu m is c o n ta c tu s a m a r is , De t r i b u s e s t q u u m s ic u n a lo c u ta s o ro r : 480 IBIS. pour un tem ps infini que nous te vouons aux larm es ; tes pleurs couleront toujours pour de justes m otifs. » Elle dit : Clotho rati fia ces prom esses, et d’un fil noir elle ourdit une tram e sinistre. Et, pour ne pas retarder la révélation de son avenir: « Un poêle viendra, d it-elle, qui annoncera tes destins. » Ce poète, c ’est m oi ; de m oi tu apprendras tes m alheurs. Daignent seulem en t les dieux com m uniquer leur puissance à m es vers ; que m es prédictions soient confirm ées par l’événem ent, à tes douleurs tu sentiras l ’efficacité de m es paroles. Que ta m ort ren ouvelle les infortunes des prem iers âges ; que tes m aux ne le cèdent pas aux m aux d’Ilion. P u isses-tu , com m e le fils de Péan, l'h éritier d’Hercule à la lourde m assue, voir ta jam be frappée d'un trait em poisonn é. P u isses-tu éprouver les tourm ents de celui qui suça le lail d’une biche, qui, b lessé par les arm es d’un en nem i, fut guéri par cet ennem i désarm é ; et de celui qui, précipité de son coursier, tom ba dans les cham ps A léiens, et qui faillit trouver sa perte dans sa beauté. P uisses-tu perdre la vue, com m e le lils d’Am yntor, et, aveugle, diriger tes pas incertains à l ’aide d’un bâton ; p u isse s-tu ne pas jouir de la « T e m p u s in im m e n s u in la c ry m a s lib i v o v im u s ista s , Quæ s e m p c r c a u sa su ffic ie n te c a d e n t. » D jx e ra t : a t C lo th o j u s s i t p r o m is s a v a lc r e , N evit et in fa u s ta s ta m in a p u lla m a n u ; E t n e lo n g a s u æ p ræ s a g ia d i c e r e t h o r æ : 111e « F a ta c a n e t v a te s q u i t u a , d ix it, e r i t . » ego s u m v a te s : e x m e t u a v u ln e r a d isc e s , Di m odo d e n t v ire s in m e a v e rb a s u a s. C a r m in ib u s q u e m e is a c c é d a n t p o n d é ra r e r u m , Q u e r a t a p e r lu c tu s e x p e rie re tu o s. N eve s in e e x e m p lis ævi m o r ia r e p r io r is ; S in t tu a T ro ja n is n o n le v io ra m a lis. Q u a n ta q u e c la v ig e ri P æ a n tiu s H e rc u lis h e r e s , T a n ta v e n e n a to v u ln e r a c r u r e g é ra s . ISec le v iu s d o lea s, q u a m q u i b i b it u b e r a c e rv æ , A rm a tiq u e t u l i t v u l n u s , i n e r m is o p e m : Q u iq u e ab e q u o p ræ c e p s i n A leia d e c id it a rv a , E x itio faciès c u i s u a p æ n e fu it. Id, q u o d A m y n to rid e s, v id e a s , tre p id u m q u e m in is tr o P r æ te n te s b a c u lo , lu m in is o r b u s , i t e r : IBIS. 487 lum ière plus que celui dont la fille guida les pas, et qui se m on tra crim inel envers son père et sa m ère. Deviens tel que ce vieillard, fameux dans l’art d’Apollon, quand il fut choisi pour juge dans un plaisant débat ; et tel que celui dont les prévoyants avis donnèrent une colom be pour guide au vaisseau construit sous les auspices de Pallas ; et tel que celui qu’une m ère en deuil, ' pour satisfaire aux m ânes de son fils, priva de ses yeux dont l’or avait tenté l’avarice : deviens sem blable au berger de l’Etna, à qui le fils d’Eurym e, Telem us, avait prédit ses m al heurs futurs ; aux deux fils de Phinée, privés de la lum ière du jour par celu i qui la leur avait donnée ; à Thamyre et à D em odocus. Que tes m em bres soient déchirés, com m e le furent par Sa turne ceux dont sa vie était ém anée. Qu’au m ilieu des ondes sou levées, Neptune ne te soit pas plus propice qu’à celui dont le frère et la sœ ur furent subitem ent changés en oiseaux ; et qu’à cet hom m e industrieux qui, s’attachant aux débris de son vaisseau fracassé, trouva de la pitié dans la sœ ur de Sém élé. Pour que ce genre de supplice atteigne un second coupable, que des chevaux em portent en sens opposés tes entrailles déchirées. N ec p lu s a d sp ic ia s, q u a m q u e m s u a filia re x it, E x p e r tu s sc elu s e s t c u ju s u t e r q u e p a r e n s : Q ualis e r a t, p o s tq u a in e s t ju d e x d e l it e jo co sa S u m tu s , A po llin e a c la r u s in a r t e se n e x : Q ualis e t ille f u it, q u o p r æ c ip ie n te c o lu m b a E s t d a ta P a lla d iæ p ræ v ia d u x q u e r a l i : Q u iq u e o c u lis c a r u i t, p e r q u o s m a ie v id e r a t a u ru m , I n fe r ía s n a to q u o s d é d it o rb a p a re n s : P a s to r u t Æ in æ u s , cu i c a su s a n te f u tu r o s T e le m u s E u rv m e d e s v a tic in a tu s e r a t : Ut d u o P h in îd æ , q u ib u s id e m lu m e n a d c m it, Qui d é d it : u t T h a m y ræ , D em o d o c iq u e c a p u t. Sic a liq u is tu a m e m b ra s e c e t, S a t u r n u s u t illas •S u b se c u it p a r te s , u n d e c re a tu s e r a t : Nec tib i s it m e lio r tu m id is N e p tu n u s in u n d is , Q uam c u i s u n t s u b itæ f r a t e r e t u x o r a v e s ; S o lle r tiq u e v iro , la c e ræ q u e /n f ra c ta t e n e n te m M em bra r a t i s S e m e le s e s t m is e ra la s o ro r. Vel t u a , n e p œ n æ g e n u s ho c c o g n o v e rit u n u s , V iscera d iv e r s is scissa f e r a n tu r e q u is : Souffre tout ce que tit souffrir le général de Cartilage à celui qui cu it qu un Romain ne pouvait être racheté sans honte. Soisabandonné de toute divinité tutélaire, com m e celui qui se réfugia en vain près de 1 autel de Jupiter H ercéen. Comme T hessalus, des hauteurs de 1 Ossa, pu isses-tu être précipité du som m et d’un îoch er ; ou, com m e Euryale, qui, après lui, m onta sur le trône, que les m em bres servent de pâture à des serpents affam és. Que ton sort soit celui de M inos, et qu'une eau bouillante répandue sur ta tète hâte ton trépas. P uisses-tu , attaché com m e P rom éth éep ar un juste su p p lice, nourrir de ton sang crim inel les ha bitants de 1 air ; ou, com m e le fils d'Étracus, le cin qu ièm e qui porta le grand nom d’H ercule, être m assacré et jeté dans l’im m ense Océan. Comme le fils d’A m ynlas, qu’un entant, objet d ’un honteux am our, te haïsse et te perce d'un fer.cru el. Que jam ais on ne puisse te verser un breuvage m oins perfide q u ’au fils de Jupiter A m inon. P uisses-tu périr m isérablem ent com m e Achéus captif, qui fut suspendu au-dessus d ’un fleuve aux flots d’or. Qu’une tuile, lancée par une m ain ennem ie, t’écrase com m e ce descendant d’A chille qui portait avec gloire un si grand nom . Vel q u æ , q u i r e d im i R o m a n o t u r p e p u ta v it, A d u c e P u n ic e o p e r t u l it , ip s e fe ra s . Nec tib i s u b s id io s it p r æ s e n s n u m e n , u t illi, C ui m ih i H e rc æ i p r o f u it a r a Jo v is : U tq a e d é d it s a ltu s de s u m m o T h e s s a lu s O ssa, T u q u o q u e saxoso p ræ c ip ite re ju g o : A ut v e lu t E u ry a li, q u i s c e p t r u m c e p it ab illo , S in t a r t u s a v id is a n g u ib u s e s c a t u i : Vel tu a m a t u r e t , s ic u t M inoia fa ta , P e r c a p u t in fu s æ f c r v id u s h u r n o r a q u æ : U tq u e p a ru m m it i, se d n o n im p u n e , P r o m e th e u s , A e ria s v o lu c re s s a n g u in e fixus ala s : Ac, v e lu t E tra c id e s m a g n o t e r a b H e rc u le q u i n tu s , Cæ sus in im m e n s u m p r o jic ia r e f r e tu m : Aut , u t A m y n tia d e n , t u r p i d ile c tu s a m o r e O d e rit, e t sæ vo v u l n e r e t e n se p u e r : Nec tib i fida m ag is in is c e ri p o c u la p o s s in t, Q uam q u i c o rn ig e ro d e Jo v e n a lu s e r a t . More vel in te r e a s c a p ti s u s p e n s u s A chæ i, Qui m is e r a u rif e r a t e s t e p e p e n d it a q u a : A ut u t A c hillidæ c o g n a to n o m in e c la r u m O p p rim â t h o s tili te g u la ja c t a m a n u : 1 IBIS. 489 P uissent tes cendres ne pas reposer plus heureusem ent que celles de Pyrrhus, qui restèrent répandues dans les ru es d’Am bracie ; puisses-tu m ourir, percé de flèches, com m e la fille du descendant d’Éacus : c’est un crim e qui ne saurait être caché à Gérés. Comme le petit-fils de celui que m es vers viennent de nom m er, p u isses-tu , des m ains de ta m ère, boire les sucs de la can tliaride ; qu’u n e fem m e adultère, pou r-t’avoir donné la m ort, soit appelée vertueuse, com m e on appela vertueuse celle dont la m ain vengeresse fit périr Leucon. Fais m onter avec toi sur le bûcher les plus chers objets de ta tendresse : c ’est ainsi que finit la vie de Sardanapale. P uisses-tu, com m e les profanateurs prêts à piller le tem ple de Jupiter Libyen, être enseveli sous les sables pou ssés par le Nolus : com m e ces victim es de la perfidie du se cond des Darius, qu’un e cendre brûlante dévore ton visage; ou, com m e ce proscrit, fuyant les oliviers de Sicyone, puisses-tu ex pirer de froid et de faim ; ou, com m e le roi d’Atarna, cousu dans la dépou ille d’un jeune b œ u f, p u isses-tu devenir la proie d ’un ennem i vainqueur. N ec tu a q u a m P y r r h i, feliciu ä ossa q u ie s c a n t, S p a rsa p e r A m b rac ia s quae j a c u e r e v ias ; N a ta q u e u t jEacidae, ja c u l is m o ria ris a d a c tis : N on lic e t h o c C e r e ri d is s im u la re n e fa s . U t q u e n e p o s d ic li n o s tr o m o d o c a rm in e re g is C a n th a rid u m succos d a n te p a r e n tc b ib a s ; A u t p ia te caeso d i c a t u r a d u lie r a , s ic u t , Q ua c e c id it L e u c o n v in d ic e , d ic la p ia e s l ; In q u e p y ra m te c u m c a ris sim a p ig n o ra m i l t a s : Q uam iin e m viIre S a r d a n a p a lu s h ä l f e t : U tq u e Jo v is L ibyci te m p lu m v io la re p a r a n t e s , A cta N oto v u ltu s c o n d a t a r e n a tu o s : U tq u e n e c a to r u m D arei f ra u d e s e c u n d i, Sic t u a s u b s id e n s d e v o re t o ra c in is ; A u t, u t o ü v ife r a q u o n d a m S icy o n e lu g a lo , S it f rig u s m o rtis c a u sa fa m e s q u e t u * ; A u t, u t A la rn ite s , i n s u tu s p e lle ju v e n i T u r p it e r ad d o m in u m p rred a f e r a r e tu u m . P uisses-tu, dans ta couche, être im m olé de la m êm e m anière que Phérée, qui expira sous le fer de son ép ou se; p u isses-tu , com m e Alébas de Larisse, reconnaître, à leur coup, la perfidie de ceux que lu crois fidèles. Ainsi que Milon, dont la tyrannie lit gém ir la ville de Pise, sois précipité vivant dans une onde sou terraine; que les traits dirigés par Jupiter contre A dim antus, roi de P hliasis, te percent aussi toi-m êm e. Comme Lenéus, chassé des bords d’A m astris, sois abandonné sans ressource sur la terre qui porte le nom d ’Achille ; com m e Eurydam as, que son ennem i, sur un char de Larisse, traîna trois fois autour du bû cher de Thrasylle ; ou com m e ce guerrier dont le cadavre fut prom ené autour des rem parts condam nés à périr, que son bras avait souvent défendus ; ou com m e cet adultère, dont la com p lice, fille d’IIippom ène, subit un nouveau genre de su pplice, et qui fut lu i-m êm e traîné dans les cham ps de l'Attique : qu’ainsi, lorsque la vie aura quitté ton corps odieux, des chevaux vengeurs em portent ton cadavre défiguré. Que tes entrailles restent clouées aux pointes de quelques ro chers, com m e autrefois les Grecs dans le golfe d’Eubée. De m êm e I n q o e tu o th a la m o r i t u j n g u le r e P h e r æ i, Q ui d a tu s e s t le to c o n ju g is e n s e s u s ; Q uosque p u ta s fidos, u t L a iis s æ u s A le b a s, V u ln e re n o n l id o s 'e x p e r ia r e t u o : U tq u e M ilon, s u b q u o c ru c ia ia e s t P isa t y ra n n o , V ivus in o c c u lta s p r æ c ip ite r is a q u a s : Q uæ que in À d ira a n tu m P h lia s ia r é g n a te n e n t e m Ab Jove v e n e r u n t , te q u o q u e te l a p e la n t : A ut u t A m a s tria c is q u o n d a m L e n æ u s a b o ris N u d u s A c h ille a d e s ti tu a r is h u m o . U tq u e vel E u ry d a m a s 1er c ir c u m b u s la T h r a s y lli E s t L a rissæ is r a p t u s a b h o s te r ô tis ; Vel q u i q u æ f u e r a t t u t a t u s m œ n ia s æ p e C o rp o re lu s tm v it n o n d i u tu i n a s u o ; U tq u e n o v u m p a ssa g e n u s H ip p o in e n e ^ ie p œ n æ , T r a c tu s in A ctæ a f e r l u r a d u l t e r h u m o : S ic, u b i v ita tu o s in v is a r e l i q u e r i t a n u s , U lto re s r a p ia n t t u r p e c a d a v e r e q u i. V i s c e i u s i c a liq u is s c o p u lu s tu a lig a t, u t o lim F ixa s u b E u boico G ra ia f u e r e s in u . IB IS . ' 491 que la foudre et les flots s’unirent pour le supplice d’un auda cieux ravisseur, que le feu s’allie contre toi aux ondes qui t’en gloutiront; que les F uries te troublent la raison, et te poursui vent, com m e celui dont tout le corps n ’était qu’une plaie, com m e le fds de Dryas, roi de tthodope, aux pieds inégaux, com m e au trefois l’habitant de l’Œ la, et le gendre des deux serpents, et le père de T isam ène, et l’époux de Callirhoë. P u isses-tu ne pas obtenir une épouse plus chaste que cette fem m e dont rougissait Tydée, son b eau -p ère; que cette Locrien ne, qui se livra au frère de son m ari, et, pour cacher son crim e, donna la m ort à une esclave. Fassent aussi les dieux que tu jouisses de la fidélité de ton épouse, com m e le gendre de Talaiis et celui de Tyndare; qu’elle soit com m e les filles de Danaü s, qui, pour avoir tram é la m ort des enfants de leur oncle, sont à jam ais courbées sous le poids de fo n d e qu’elles portent ; p u isse-t-elle toujours, com m e aujourd’h u i, brûler des m êm es leux que Byblis et Canacé : que ta sœ ur ne te soit connue que par un crim e. Si tu as une fille, qu’elle soit pour toi ce que P élopée fut pour T hyeste, Myrrha pour son père, Nyctim ène pour U tque fe ro x p e r i i t e t f u lm in e e t æ q u o r e r a p t o r ; S ic te m e r s u ra s a d ju v e t ig n is a q u a s. M ens q u o q u e s ic F u r ii s v e c o rs a g it e tu r , u t illi U n u m c u i to to c o rp o re v u ln u s e r a t ; U tq u e D ry a n tid æ R h o d o p e ia r é g n a te n e n ti, In g e m in o d i s p a r c u i p e d e c u ltu s e r a t ; Ut fu it Œ tæ o q u o n d a m , g e n e ro q u e d ra c o n u m , T is a m e n iq u e p a tr i , C a llirh o e s q u e v iro . N ec tib i contingat m atrona pudicio r ilia, Q ua p o tu it T y d e u s e ru b u is s e n u r u ; Q u æ q u e s u i V enerem j u n x it c u m f r a t r e m a r ili, L o c ris in a n c illæ d is s im u la ta n e c e m . Dî q u o q u e ta m f a c ia n t p o ssis g a u d e re fid e li C o n ju g e , q u a m T alai T y n d a re iq u e g e n e r ; Q u æ q u e p a r a r e s u is l e t u m p a tr u e li b u s a u s æ B elid es a d s id u a co lla p r e m u n t u r a q u a ! B y b lid o s e t C a n a c e s, s ic u t fa c it, a r d e a t ig u e ; Nec, n is i p e r c rim e n , s it tib i n o ta s o ro r. F ilia s i f u e r i t, s it q u o d P e lo p ea T h y e s tæ , M y rrh a su o p a tr i, N y c tim c n e q u e su o . 492 IBIS. Le sien ; qu’elle soit pour son père aussi ten d re, aussi fidèle que la tienne, 6 Ptérélas ! ou la tien n e , ô Nisus ! que celle qui flétrit d’un odieux nom le lieu tém oin de son forfait, et qui, sous les roues de son char, écrasa le corps de son père. Puisses-tu p érir, com m e ces jeu n es gen s dont les têtes furent jadis attachées au -d essu s des portes de Pise ; com m e celui qui, après avoir arrosé si souvent la terre du sang de m alheureux am ants, l’abreuva enfin de son propre sang avec plus de ju stice ; com m e périt le perfide coch er d’un tyran barbare, dont la m ort donna un nouveau nom aux ondes de Myrto ; com m e ceux qui poursuivirent en vain cette jeune fille rapide à la course, qui, retardée par trois pom m es, dem eura le prix de son vainqueur; com m e ceux qui p én élrèren t ;dan s la retraite d’un m onstre étran ge, dans cet édifice obscu r et sans issu e ; com m e ceux dont Achille furieux jeta les douze ca davres dans les flam m es d’un bûcher ; com m e ceux qui, trom pés par l’obscurité d'un langage énigm atique, furent cruellem ent m is à m ort par le Sphinx; com m e ceux qui périren t dans le tem ple de la Minerve de Bistonie : forfait pour lequel la figure de la déesse est encore aujourd’hui voilée; com m e ceux N eu p io , n e v e m a g is c a p iti s it fida p a te in o , Q uam tib i v e l, P t e r e l a , vel t ib i, M s e , f u i t ; In fa m e m q u e lo c u m s c e le ris q u æ n o m in c fec it, Pressait e t in d u c t i s m e m b r a p a te n t a r o lis . U t j u v e n e s , p e r e a s , q u o r u m f a s tig ia v u ltu s O lim P is e æ s u s li n u e r e f o r i s ; U t q u i p e rfu s a m m is e ro r u m s æ p e p r o c o r u m Ip s e su o m e liu s s a n g u in e t i n x i t h u m u m ; P r o d ito r u t sæ v i p e r i i t a u rig a t y ra n n i, Qui n o v a M yrtoæ n o m in a f e c it a q u æ ; Ut q u i v e lo c e m f r u s t r a p e tie r e p u e lla m , Dum c a p ta e s t p o m is ta r d io r ilia t r i b u s ; Ut q u i tc c ta n o v i fo rm a n t c e la n tia m o n s t r i I n tr a r u n t cæ cæ n o n r e d e u n d a d o m u s ; Ut q u o r u m Æ a c id e s m is it v io le u tu s in a lto s C o rp o ra c u m s e n is a lté r a s e n a ro g o s ; Ut q u o s , o b s c u ri lu so s a m b a g ib u s o r is , L e g im u s in fa n d æ S p h in g a d e d is s e n c c i ; Ut q u i B isto n iæ te m p lo c e c id e re M in erv æ , P r o p te r q u o d faciès n u n c q u o q u e te c ta Deæ e s t ; IBIS.' dont les m em bres, servant de pâture, ensanglantèrent jadis les étables du roi de Thrace; et ceux que dévorèrent les lions de Thérodamas, et ceux que Tlioas sacrifia à la déesse de la Tauride; et ceux que la dévorante Scylla, et v is-à-vis de Scylla, Charybde, arrachèrent trem blants au vaisseau de D ulichium ; com m e ceux queP oiypbèm e engloutit dans ses vastes flancs, et ceux qui p é nétrèrent dans les dem eures des Lestrygons ; com m e ceux qu’un chef carthaginois précipita au fond d’un pu its, dont il blanchit les ondes sou s une grêle de pierres; com m e périrent les douze survivantes et les am ants de la fille d'Icare, et celui qui fournissait à ces am ants des arm es contre la vie de son m aître ; com m e expira, sous les efforts de son hôte de l’Aonie, cet athlète m er veilleux, qui, terrassé, se relevait vainqueur; com m e ceux qui sentirent les étreintes du vigoureux bras d’A ntée, et ceux que les habitantes de Lenm os livrèrent à une mort cru elle; com m e l’inventeur d ’un culte barbare qu i, lui-m êm e enfin, olfert en sa crifice, fit tom ber du ciel une pluie bienfaisante ; com m e le frère d’Antée, qui, victim e de son propre exem ple, et par un châti m ent m érité, arrosa les autels de son propre sang ; com m e cet ■ Ut q u i T h r e ic ii q u o n d a m p ræ s e p ia r e g is F e c e r u n t d a p ib u s s a n g u io o le n ta s u is ; T h e ro d a m a n ie o s u t q u i s e n s e r e le o n e s , Q u iq u e T h o o n te æ T a u ric a s a c r a D eæ ; Ut q u o s Scylla v o ra x , S cy llæ q u e a d v e rs a C h a ry b d is, D u licliiæ p a v id o s e r ip u e r e r a t i ; Ul q u o s d i m i s i t v asto m P o ly p h e m u s in alv u in ; Ut L æ stry g o n ia s q u i s u b ie r e d o m o s; U t q u o s d u x P œ n u s m e r s it p u te a lib u s u n d is, E t ja c to carias p u lv e r e fe c it a q u a s : S ex b is u t I c a rid o s fa m u læ p e r i c r e p r o c iq u e , I n q u e c a p u t d o in in i q u i d a b a t a rm a p r o c is ; Ul ja c e t A onio l u c t a lo r a b h o s p ite f u su s , Q ui, m ir u m , v ic to r , q u u m c e c id iss e t, e r a t ; Ut q u o s A n tæ i f o rte s p r e s s e r e la c e r ti , Q u o sq u e f e r æ m o r ti L e m n ia t u r b a d é d it ; U t q u i p o st lo n g u m s a c r i m o n s l r a t o r in iq u i E lic u it p lu v ia s v ic tim a c æ s u s a q u a s ; F r a te r u l A n tæ i, q u o s a n g u in e d e b u it , a ra s T in x it, e t e x e m p lis o c c id it ip s e s u is T. i. 28 IBIS. im pie qui, pour pâture, au lieu de l’herbe des prairies, donnait à ses terribles chevaux des m em bres hum ains ; com m e N essus et le gendre de D exam ène, qui, tous deux, en des tem ps diffé ren ts, tom bèrent sous le m êm e bras vengeur; com m e ton ar rière-petit-fils, ô Saturne! que, des m urs d’Épidaure, le fils de Coronis vit expirer; com m e Sin is, et Sciron, et I’olypém on, et son fils, et le m onstre m oitié h om m e, m oitié taureau; et celui qui, à la vue de l'une et de l’autre m er, relançait dans les airs des arbres courbés jusqu'à terre ; et Cercyon, que Cérès vit avec joie expirer sous le bras de Thésée. Voilà les m aux auxquels te dévoue m a juste colère ; p u issestu les éprouver, ou d’autres non m oins affreux. Sois com m e A chém énide, abandonné dans les cham ps de l ’Etna quand il vit les voiles d'Ilion près des bords de la Sicile; sois m alheureux com m e Irus au double nom , com m e ceux que la m isère am ène sur les ponts ; que ton destin soit pire encore. Qu’en vain le fils de Cérès soit toujours l’objet de ton culte ; qu’il refuse tou jours ses faveurs à ta prière. De m êm e que, par les efforts d’une 494 U t q u i t e r r ib i le s p ro g r a m e n h a b e n tib u s h e rb is I m p iu s h u m a n o v is c e r e p a v it e q u o s ; Ut d u o d iv e rs is s u b e o d e m v in d ic e c æ si T e m p o rib u s N essu s, D e x a m e n iq u e g e n e r ; U t p ro n e p o s , S a tu r n e , tu u s , q u e m r e d d e r e v ila m U rb e C o ró n id e s v id it a b ip s e su a ; Ut S in is , e t S c iro n , e t c u ra P o ly p e m o n e n a lu s , Q u iq u e h o m o p a r te s u i, p a r t e j u v e n c u s c r a t ; Q u iq u e t r a b e s p r e s s a s a b h u m o m itte b a t in a u ra s , Æ q u o i is a d s p ic ie n s h u j u s e t h u ju s a q u a s ; Q u æ q u e C eres v id it læ to p e r e u n t ia v u ltu C o rp o ra T h e se a C ercy o n ea m a n u . H æc tib i , q u e m m e r i ti s p r e c ib u s m e a d e v o v e t ir a , E v e n ia n t, a u t h is n o n le v io ra m a lis : Q u a lis A c h æ m e n id e s S icu la d e s e r tu s in Æ tn a , T ro ic a q u u m v id it vela v e n ir e , f u it : Q ualis e r a t n e c n o n f o rtu n a b in o m in is I r i , Q u iq u e t e n e n t p o n te m , q u æ t ib i p e jo r e r i l . F iliu s e t C e r e ris f r u s t r a tib i s e m p e r a m e t u r , D e s titu a tq u e tu a s u s q u e p e litu s o p es. onde qui fuit et revient, la m olle arène se dérobe sous le pied qui la presse; qu’ainsi puisse, je ne sais com m en t, ta fortune se fondre sans cesse, s’écouler toujours et s’échapper de tes m ains : com m e le père de cette fille, habile à changer de form e, p u issestu dépérir consum é par la faim . Un festin de chair hum aine ne t’inspirera nul dégoût, et, sur ce point du m oin s, lu seras leT ydée de notre siècle. P uisses-tu , par quelque forfait, épouvanter les chevaux du Soleil, et les faire reculer de nouveau du couchant à l’aurore. Sur ta’ table se renouvellera le hideux festin de Lycaon, et, p ar des m els per fides, tu essaieras de trom per Jupiter. P uisses-tu être servi to im êm e à quelque divinité pour tenter sa puissance, être le fils de Tantale et l ’enfant de Térée. Que tes m em bres soient jetés épars à travers une vaste plaine, com m e ceux par lesqu els un père fut retardé dans sa course. P u isses-tu , dans l’airain de P érille, im iter par tes cris les véritables bœ ufs, et rendre des sons en rapport avec la form e du taureau ; ou, com m e le féroce Phalaris, enferm é dans l’airain de Paphos, la langue tranchée par le fer, pousser des gém issem en ts sem blables à ceux d’un bœ uf. U tque p e r a lte rn o s u n d a la b e n te r e c u r s u s S u b t r a h i tu r p re s s o m o llis a r e n a p e d i ; S ic tu a n e s c io q u o s e m p e r f o rtu n a liq u e s c a t, L a p s a q u e p e r m é d ia s e fflu a t u s q u e m a n u s , U tq u e p a te r s o litæ v a ria s m u ta r e lig u ra s, P le n u s in e x s tin c ta d e ilc ia re fam é. N e c d a p is h u m a n æ v e n ie n t f a s tid ia ; q u a q u e P a r te p o te s , T y d e u s te m p o ris h u ju s e ris . A tq u e a liq u id fac ia s, a v e s p e r e r u r s u s ad o rtu s C u r e x s te r n a ti S o lis a g a n tu r e q u i. F œ d a L ycaoniæ r é p é té s c o n v iv ia m e n s æ , T e n ta b is q u e c ib i fa 11eue f ra u d e Jo v e m : T e q u e a liq u is p o sito t e n t e t v im n u m in is o p to ; T a n ta lid e s tu sis, T e re id e s q u e p u e r . E t tu a sic la to s s p a r g a n l u r m e m b r a p e r a g ro s , T a n q u a m q u æ p a tr ia s d e ti n u e r e v ias. Æ re P e r ille o v e ro s im ite r e ju v e n c o s , Ad fo rm a m t a u r i c o n v e n ie n te so n o : U tve fero x P h a la r is , lin g u a p r iu s e n s e r e s e c ta , M ore b o v is, P a p h io c la u s u s i n æ re g e m a s . 496 IBIS. P uisses-tu, désirant revenir aux heureuses années de la je u n esse, être trom pé com m e le vieux père de la fem m e d’Adm ète ; p u isses-tu , m onté sur un coursier, être englouti dans un gouffre fangeux, pourvu que la gloire ne soit pas le prix de la m ort. P u isses-tu périr com m e ceux qui naquirent des dents sem ées sur les cham ps des Grecs par un guerrier de Sidon. Que les vœux sinistres du fils de P enthée et du frère de M éduse re tom bent sur ta tête, ainsi que ces im précations que renferm e un petit poëm e contre l’oiseau qui lance lu i-m êm e l ’eau dont il se purge les entrailles. Reçois autant de blessures q u ’en reçut, d iton, celui dont les m ânes son t honorés par des sacrifices, où le couteau ne frappe pas la victim e. P u isses-tu , dans ta fureur, m u tiler ton corps com m e ceux que 1 inspiration de Cybèle form e aux m odes phrygiens. Quitte ton sexe, com m e Attys, ne sois plus ni hom m e ni fem m e, et que ta m ain effém inée fasse résonne r le rauque tam bour ; com m e cette fille qui fut v aincue à la course, et com m e son vainqueur, deviens tout à coup l'anim al consacré à la m ère des dieux. D u m q u e r e d i r e v o le s æ v i m e lio ris in a n n o s , Ut v ê tu s A d m e li d e c ip ia re so c e r. A tq u e e q u e s in m e d ii m e r g a r e v o rá g in e c œ n i, D u m m o d o s in t fa ti n o m in a n u lla lu i. At q u e u lin a m p e r e a s , v e lu t i d e d e n ti b u s o r ti S id o n ia j a c t is G r a i a p e r a rv a m a n u . E t q u æ P e n lh id e s f e c it, f r a t e r q u e M edusæ , E v e n ia n t c a p iti v o la s in is tr a tu o . E t q u ib u s e x ig u o v o lu c ris d e v o ta lib e llo e s t, C o rp o ra p r o je c ta q u æ su a p u r g a t a q u a . V u ln e ra to tq u e f e r a s , q u o i d ic itu r ille lu lis s e , C u ju s a b i n f e r iis c u l t e r a b e s s e s o le t. A d lo n itu s q u e seces, u t q u o s C y b elela m a te r I n c itâ t ad P h ry g io s vilia m e m b r a m o d o s. D eque v iro fias n e c fe m in a n e c v ir, u t A ttys, E t q u a tia s m o lli ty m p a n a ra u c a m a n u . I n q u e p e c u s s u b ito m a g n x v e r t a r e p a r e n t is , V icto r u t e s t c e le r i v ic la q u e v e rs a p e d e . 497 IRIS. Pour que ce genre de supplice ne soit pas le partage de la seule Limoné, qu’un cheval, desa dent cruelle, te déchire les en trailles. P uisses-tu, non m oins barbare que le roi de Cassandrie, ê tr e , com m e lu i, enseveli m ourant sous la terre am oncelée ; ou, com m e le descendant d’Abas, com m e l’héroïque rejeton de Cycnée, sois enferm é dans un coffre et jeté dans les flot s de la m er; ou, victim e consacrée, sois im m olé sur les autels d’A pollon ; c’est la m ort qu’un cruel ennem i fit subir à Theudotus; ou qu’Abdera, au jour fixé, te choisisse pour victim e, et qu’une grêle de pierres écrase ta tête dévouée. Que Jupiter irrité te frappe de ses triples feux, com m e il frappa le fils d’Hipponoiis, et le père de Dosithoë, et la sœ u r d ’Autonoë, et le neveu de Maia, et celui qui sut mal diriger le char, objet de ses vœ ux té m éraires, et l’audacieux fils d’É ole, et le rejeton de ce m êm e sang à qui doit le jour Arctos aux ondes glacées. Comme la Ma cédonienne qui, avec son époux, fut percée des traits brûlants de la foudre, pu isses-tu être consum é par les feux vengeurs du ciel. P uisses-tu être la proie de ces anim aux auxquels fut inter dite l ’île de Latone depuis la m ort prém aturée de Thrasus, et qui S olaqce L im o n e p œ n a m n e s e n s e r it illa m , E t tu a d e n te fe ro v isc e rà c a rp a t e q u u s . A ut, u t C a s s a n d re u s , d o m in o n o n m itio r illo , S a u c iu s in g e s ta c o n lu m u le r is h u m o . A ut, u t A h a n tia d è s, a u t u t C ycneïus h é ro s . C la u su s in æ q u o re a s p ræ c ip ite r is a q u a s. V ic tim a vel P h œ b o s a c ra s m a c te ris a d a ra s , Q uam t u l i t a sævo T h e u d o tu s h o s te n e c em . A u t le de v o v e at c e rtis A b d era d ie b u s , S a x a q u e d e v o tu m g ra n d in e p lu ra p e ta n t. A ut Jo v is in fe s ti te lo f e r i a r e tris u lc o , Ut s a tu s H ipponoo, D o silh o esq u e p a t e r ; U t s o r o r A u lo n o e s, u t c u i m a le r te r a M aia e s t; Ut te m e re o p ta to s q u i m a lc r e x it e q u o s ; Ut fé r u s Æ o lid c s, u t s a n g u in e c re tu s e o d e m , Quo g e n ita e st, liq u i d is q u æ c a re t A rcto s a q u is ; U t M acedo r a p id is ic la e s t c u m c o n ju g e flam m is ; S ic p r e c o r æ th e r e i vin d ic is ig n e c a d as. P ræ d a v e s is iliis , q u ib u s e s t L a to n ia Üelos A n te d ie m r a p to n o n a d e u n d a T h ra so : 28. 498 IG I S. déchirèrent Linus, petil-fils de Crotope, et l'audacieux qui re garda la pudique Diane au m ilieu du bain. Que le venin d’un ser pent te blesse aussi cru ellem ent que la b e lle -fille du vieu x Œagre et de Calliopé, que le nourrisson d’Ilypsipyle, que celui qui, du fer de son javelot, perça le prem ier les flancs caver n eu x d’un cheval suspect. P uisses-tu, aussi im prudent qu’Elpénor, parvenir, com m e lu i, jusqu’au faîte d’un palais, et, com m e lu i, su ccom ber sou s la force du vin. P uisses-tu tom ber vaincu com m e tous ceux des Dryopes qu i, répondant à l’appel du barbare T hiodam as, lui portèrent des secours ; com m e périt, im m olé dans son antre, le féroce Cacus, trahi par les cris d’une gén isse captive ; com m e celu i qui apporta des p résents trem pés dans le poison de Lerne, et qui rougit de son sang les ondes de l’Eubée. P uisses-tu , du haut d’un rocher, te précipiter dans le Tartare, com m e celui qui venait de lire l ’écrit d’un disciple de Socrate sur la m ort ; com m e celui que trom pa la voile du vaisseau de Thésée ; com m e cet enfant précipité des tours d’Ilion ; com m e celle qui nourrit le jeune B acchus, son neveu ; com m e celui qui m ourut pour Q u iq u e v e re c u n d æ s p e c u la n te m l a b r a D ian æ , Q u iq u e C ro to p ia d e n d i r i p u e r e L in o n . N evc v e n e n a to le v iu s f e r ia r is a b a n g u e , Q uam s e n is Œ a g ri C a llio p e s q u e n u r u s ; Q uam p u e r H y p sip y le s; q u a m q u i c a v a p r im u s a c u ta C u sp id e s u s p e c ti r o b o ra iix it e q u i. N e v e g r a d u s a d e a s E lp e n o re c a u tiu s a lto s , V im q u e fe r a s v in i, qtio t u l i t ille m o d o . T a m q u c c a d a s d o m itu s , q u a m q u i> q u is ad a rm a v o c a n le m J u v il i n h u m a n u in T n io d a m a n ta D ryops ; Q uam f é r u s ip s e su o p e r i i t m a c la tu s i n a n tr o I 'r o d itu s in c lu s æ C acus a b o r e b o v is ! Q uam q u i d o n a tu lit L e rn æ o tin c t a v e n e n o , E u b o ic a s q u e su o s a n g u in e t i n x i t a q u a s . Vel d e p r æ c ip iti v e n ia s in T a r ta r a sax o , U t q u i S o c ra lic u m d e n e c e le g it o p u s ; U t q u i T lie se æ fa lla c ia v e la c a rin æ V id it ; u t Ilia c a m is s u s a b a rc e p u e r ; U t te n e r i n u lr ix , e a d e in m a t e r t e r a , B acch i ; U t cu i c a u sa n e c is s e r r a r e p e r ta f u i t ; IB IS. 499 avoir inventé la scie ; com m e la vierge de Lydie qui se précipita du som m et d’un rocher, après avoir chargé de m alédictions le dieu qu’elle haïssait. P uisses-tu, dans les cham ps de ta patrie, rencontrer une lionne accom pagnée de ses petits, et qu’elle te fasse périr de la m êm e m ort que Phaylle. Comme le fils de Lycurgue, com m e cet enfant qu’un arbre m it au jour, com m e l’audacieux Idm on, sois m is en pièces par un sanglier ; qu’il te blesse, m êm e après sa m ort,