Téléchargez l`intervention de Ségolène Neuville
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24 mai 2014 - 54e Congrès de l'Unapei - Intervention de Ségolène Neuville, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion Madame la Présidente, Madame la Maire, Mesdames et Messieurs, Je souhaite tout d’abord vous remercier pour votre invitation. C’est un plaisir pour moi d’être aujourd’hui parmi vous à Nantes, cette belle ville qui pousse la modernité jusqu’à élire une jeune femme à sa tête. Madame la Maire, vous faites partie du club des six, les six femmes en France qui dirigent une ville de plus de 100000 habitants. Je vous dis publiquement : chapeau ! Et j’ai bien sûr une pensée pour Jean-Marc Ayrault, qui nous montre une fois de plus qu’il a une qualité rare en politique : il sait encourager celles et ceux qui sont autour de lui pour prendre son relais le moment venu. Ceci étant dit, je suis venue ici pour vous parler de la politique que je mène dans mon ministère, qui est celui des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion. Le fil conducteur de ma politique, c’est l'être humain. L'être humain et sa place au sein de la société. ⁃ Une société qui doit être accessible, reconnaître la citoyenneté de tous et permettre à chacun de l’exercer. ⁃ ⁃ Une société qui doit être inclusive, en accompagnant les personnes et en compensant les situations de handicap. Tout au long de leur vie, les personnes handicapées vont être confrontées à des besoins en matière d’accessibilité et de 24 mai 2014 - 54e Congrès de l'Unapei - Intervention de Ségolène Neuville, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion compensation. L’objectif du gouvernement est de faire progresser ces deux dimensions. La citoyenneté et la participation des personnes, quel que soit leur éventuel handicap, reposent sur un préalable : l’accessibilité universelle, l’accessibilité qui prend en compte réellement et concrètement toutes les formes de handicap, dans la vie de tous les jours. Vous le savez, l'accessibilité universelle aurait dû être effective en 2015 si la loi de 2005 avait été appliquée, ce qui n'a pas été le cas. Mon rôle n'est pas de critiquer le passé, mon rôle c'est d'agir pour le présent et l'avenir. Alors oui nous avons agi, nous avons choisi de confirmer ces objectifs, nous avons choisi de nous donner les moyens d’appliquer enfin la loi de 2005. C’est ce que permettront les futurs agendas d’accessibilité programmée. Oui nous avons agi, pour la prise en compte réelle et concrète de toutes les formes de handicap. Ainsi, et je sais que vous y avez contribué avec d’autres, je veux affirmer ici une nouvelle fois que nous généraliserons dans les établissements recevant du public et dans les transports, la formation des personnels à l’accueil des personnes handicapées, quel que soit leur handicap. L’accessibilité universelle, c’est aussi le développement et la généralisation du Français facile à lire et à comprendre. Une première sensibilisation des communicants de nos ministères à l’accessibilité de l’information a déjà eu lieu. Je souhaite maintenant généraliser cette formation dans les cabinets et les administrations. J’y suis particulièrement attachée parce que, handicap ou non, nous avons tous besoin d'une expression simple et claire, dans bien des domaines. 24 mai 2014 - 54e Congrès de l'Unapei - Intervention de Ségolène Neuville, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion L’accessibilité universelle, c'est aussi l'accès aux élections et aux campagnes électorales. Deux parlementaires sont actuellement en mission auprès du ministre de l’Intérieur et de moi-même pour nous faire des propositions concrètes sur ce sujet. Vous rappelez régulièrement, Madame la Présidente, que l’actuel président de la République est le premier à avoir été élu grâce à un suffrage véritablement universel. Nous devons maintenant penser les campagnes électorales autrement. Là encore, c’est l’ensemble du corps électoral qui en bénéficiera ! J'en profite pour féliciter l’association Nous aussi pour l'excellente campagne qu'ils ont réalisé expliquant le déroulement des opérations de vote. Je souhaite que les supports que vous avez conçus soient largement diffusés, vous pouvez compter sur mon engagement pour qu’ils deviennent des références. Ce que nous voulons, c'est une société inclusive à tous les âges de la vie. La première des injustices pour un enfant, c'est de ne pas pouvoir être scolarisé comme tous les autres enfants. Pour permettre cette scolarisation le rôle des auxiliaires de vie scolaire est essentiel. A la fin juin, les premiers CDI vont être proposés aux AVS arrivant au terme des 6 ans de leur contrat d’assistant d’éducation. Il y en aura 28000 en tout. Le nouveau diplôme d’État d’accompagnant de niveau V sera bien créé d’ici la fin de l’année 2014. Ce futur diplôme offrira de véritables perspectives aux professionnels tout en renforçant la qualité de l’accompagnement qu’ils apportent aux jeunes. A ce sujet, je souhaite élargir l'espace d'intervention de ces professionnels, pour que cet accompagnement corresponde davantage aux besoins des jeunes dans leur vie quotidienne, et à toutes les étapes de leur enfance et de leur adolescence. 24 mai 2014 - 54e Congrès de l'Unapei - Intervention de Ségolène Neuville, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion Scolarisation rime avec coopération. La coopération entre le milieu ordinaire de l’éducation et les établissements et services médicosociaux ne doit plus être un slogan. Nous devons nous affranchir des conservatismes pour avancer et faire de la coopération une réalité pour tous les jeunes. Je sais que vous travaillez actuellement sur ce sujet, et je serai particulièrement attentive à vos recommandations car c’est l’expérience du terrain qui nous permettra ensemble de généraliser avec efficacité cette coopération. Ce que nous voulons, c'est une société inclusive à tous les âges de la vie. C'est pourquoi l'emploi est aussi au cœur de mes priorités. Je sais l'énorme travail que fait l’UNAPEI pour l'emploi des personnes handicapées : 600 ESAT (établissements et services d’aide par le travail), 120 EA (entreprises adaptées), 60 000 travailleurs handicapés (40% de l’offre nationale)1. Je sais aussi que votre fédération défend ardemment le statut des travailleurs handicapés en ESAT : c’est un statut d’usager d’un ESMS : je vous confirme que moi aussi, j’y suis attachée. Que ce soit en ESAT ou en milieu ordinaire, nous devons ensemble continuer à améliorer l'accès à l'emploi et les conditions de travail des personnes handicapées. Permettre et favoriser le temps partiel en ESAT, pour s'adapter aux personnes. Faciliter le passage vers le milieu ordinaire en améliorant l'accompagnement global des personnes. Simplifier la reconnaissance de la lourdeur du handicap,. Améliorer les processus d'évaluation de l'employabilité mis en œuvre par les MDPH. Une députée, Annie Lehouerou (je sais, Mme la Présidente, que votre fédération l’a déjà rencontrée) est en train de réfléchir à l’amélioration du maintien dans l’emploi des personnes en 24 mai 2014 - 54e Congrès de l'Unapei - Intervention de Ségolène Neuville, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion situation de handicap : je suis très attachée à cette mission et j’espère que nous pourrons ensemble mettre en œuvre ses préconisations. Ce que nous voulons c'est une société inclusive à tous les âges de la vie, y compris à la retraite. Nous avons assoupli les conditions d’accès à la retraite pour les travailleurs handicapés en ouvrant dés 62 ans l’accès à une pension à taux plein sans condition de durée pour les assurés justifiant d’un taux d’incapacité de 50%.2 Je sais quelles sont vos préoccupations pour les personnes handicapées vieillissantes qui vivent en établissement, je les comprends très bien. Je suis tout à fait disposée à soutenir des expérimentations dans ce domaine. Ce qui m'amène à vous parler de l'accompagnement des personnes handicapées par les établissements. Avant de vous parler du nombre de places, je veux vous parler des parcours de vie. Il existe des difficultés, votre fédération les a identifiés depuis plusieurs années. Il s’agit des difficultés au moment du passage de l'enfance ou l'adolescence à l'âge adulte, les amendements Creton, et au moment du vieillissement après 60 ans. Il existe aussi des difficultés liés à l’inadaptation des accompagnements existants : ⁃ des personnes qui sont hospitalisées, parfois depuis très longtemps parce que l’hôpital est la seule réponse que l’on ait trouvée; ⁃ des personnes qui sont à la maison, parfois alors que leurs situations sont précisément les plus lourdes en 24 mai 2014 - 54e Congrès de l'Unapei - Intervention de Ségolène Neuville, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion termes d’accompagnement, parce que « même l’hôpital n’en veut pas »; ⁃ des personnes qui sont loin de chez elles, loin de chez leurs parents : en France, ou en Belgique. Face à ces difficultés, face à ces blocages dans la prise en charge, j’ai plusieurs choses à vous dire : ⁃ Je sais que le nombre de places en établissements et services médico-sociaux est insuffisant en France aujourd’hui. Je le sais parce que vous me le dites, parce que mes services me le disent, parce que je le constate sur le terrain, parce que des élus m’alertent sur des situations individuelles. C'est pourquoi je poursuis le plan de création de places et je l’assume : encore 3 à 4 000 places vont être créées cette année (en Ile de France ce sera près de 1200) et en 2013, ce sont 3700 places qui ont été créées ; ⁃ j’affirme devant vous très fermement que l’hôpital n’est jamais une réponse de long terme : l’hôpital ne peut pas offrir une qualité de vie à une personne, aussi lourdement handicapée soit-elle, parce que personne n’a envie de vivre à l’hôpital ; ⁃ j'affirme aussi que c'est le secteur médico-social qui est le plus souvent, dans ces situations difficiles, la réponse la plus adaptée ; ce secteur a été conçu pour cela et il faut lui redonner tout son sens. Mesdames et Messieurs, Madame la Présidente, il nous faut réaliser collectivement une mutation : il nous faut accepter de faire évoluer nos institutions médico-sociales, pour que les personnes 24 mai 2014 - 54e Congrès de l'Unapei - Intervention de Ségolène Neuville, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion les plus lourdement handicapées soient effectivement accompagnées ; il nous faut faire évoluer l’hôpital, pour qu’il soit en mesure de délivrer les soins adaptés à ces situations ; il nous faut mieux former les personnels ; il nous faut favoriser une certaine souplesse dans les accompagnements ; il nous faut responsabiliser tous les acteurs institutionnels. Vous avez, à ce sujet, fait un chemin important depuis plusieurs années. Vous qui êtes des gestionnaires d’établissements médicosociaux, vous vous êtes engagés collectivement à ce changement, et c'est une bonne chose. Pour améliorer encore la vie des personnes handicapées, il nous faut aussi mieux les connaitre, et mieux évaluer leurs besoins. Le médecin que je suis s’étonne tous les jours de la faiblesse des données sur le handicap et les personnes handicapées. Comment organiser le changement vers une société plus inclusive, sans savoir combien de personnes ont besoin d'un accompagnement, et de quel accompagnement? C'est pourquoi je souhaite développer la recherche sur le handicap, ainsi que la collecte de données au niveau national. Votre expertise sera utile. Je ne peux pas achever mon propos sans évoquer le rôle des aidants. Les aidants, c'est ceux et celles qui aident, nous dit le dictionnaire. L'existence des aidants me rappelle chaque jour le sens de l'existence humaine. Et je trouve ce mot bien insuffisant pour désigner un père ou une mère qui s'occupe de son enfant autisteau quotidien. J'aurais plutôt envie de les appeler les aimants : ceux qui aiment. 24 mai 2014 - 54e Congrès de l'Unapei - Intervention de Ségolène Neuville, Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion Vous les aidants, les aimants, la société vous est redevable, et il est légitime que vous puissiez bénéficier de trimestres supplémentaires pour votre retraite, ce qui a été acte par la loi adoptée récemment. Il est légitime que vous vous formiez, il est légitime que vous soyez reconnus par les professionnels. Je m'engage à vous y aider. Madame la Présidente, à ce moment de mon propos et pour conclure, je veux m'adresser à vous tout particulièrement : vous êtes déterminée. Vous avez de l'énergie. Vous êtes une femme de convictions. Vous avez des attentes. Nous avons donc des points communs. Je suis convaincue que si nous unissons nos forces, vous et moi, nous pouvons déplacer des montagnes.