RETHEL EGLISE Saint Nicolas

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RETHEL EGLISE Saint Nicolas
RETHEL EGLISE Saint Nicolas
monument historique des XII°, XV°, et XVII°
siècles
Parmi les plus remarquables de la Champagne du Nord, témoin de la
naissance du développement, puis du déclin du COMTE DE RETHEL,
ce vénérable sanctuaire a été fondé au début du XII° siècle. A l'origine :
l'église était celle d'un prieuré bénédictin avant de servir de paroisse à la
ville qui se développa à ses pieds. Il en reste la nef nord reconstruite au
XIII° siècle ( 1279)
Les Religieux bénédictins cultivaient dans leur Congrégation un culte
particulier à Saint Nicolas, originaire d'Asie Mineure, qui fut
archevêque de Myre et était mort en 324 ; ils lui dédièrent une
chapelle dans l'église ' Sainte Marie de la Croix » de leur prieuré en 1184 et chaque 6 décembre, on célébrait
sur l'autel qui portait son nom un salut avec bénédiction ; un confrérie de Saint Nicolas existait en 1777.
Après les deux premières nefs accolées en 1310, un autre
bas-côté, formant une quatrième nef, fut construit en 1440 et
le magnifique portail-sud
de style flamboyant qui
reproduisait dans ses détails
la légende populaire du
Saint Patron fut sculpté dès
1510 ; il est l'oeuvre des
maîtres-maçons JESSON,
BAILLY ET RAIMBAUTLE-BUZ (1512 -1531).
Encadrée de deux tourelles,
toute sa façade supérieure a
été restaurée ; elle est ornée
d'une statue de SAINT-NICOLAS et comporte des bas reliefs représentant la légende,
eux-mêmes dominés par un pignon avec l'Assomption de la Vierge et un «ECCEHOMO» avec deux anges portant les attributs de la PASSION, ce qui justifiait sans
doute la précédente dénomination de «SAINTE-MARIE de la CROIX».
Avant la destruction de 1940, on retrouvait SAINTNICOLAS dans un vitrail du sanctuaire en costume
épiscopal au-dessus d'une scène le représentant jetant une bourse à un père de famille
afin de sauver ses filles du déshonneur.
Sa statue, qui avait dominé le maître autel, permuta avec celle de SAINT-JOSEPH et
orna le pilier, côté évangile, à l'entrée du choeur.
De 1940 à 1956, dans l'église provisoire salle jean GERSON (devenue le théâtre
Louis Jouvet), un statue en bois retrouvée dans les ruines fit le «pendant» à celle de
SAINT-REMI provenant de l'église des Minimes, elle aussi détruite en 1940.
L'énorme tour dorique, cônique corinthienne, coiffée d'un toit à quatre pans fut édifiée
en 1614, son clocher abrite les nouvelles cloches depuis 1962. Enfin les nouveaux
vitraux du choeur principal, financés en partie par la ville allemande de BITBURG,
furent inaugurés lors de la Messe de SAINTE-ANNE de 1976 (cette Sainte ayant
supplanté Saint-Nicolas, comme patronne de la fête locale depuis 1771).
LES PEINTURES DE L'EGLISE SAINT-NICOLAS
Cinq toiles de grand intérêt furent classées au début du XX° siècle par un arrêté de Monsieur le Ministre de
l'Instruction Publique et des Beaux-Arts ; il s'agissait de «LA GUERISON du BOITEUX de la PORTE DOREE»
(signée VIBERT de RETHEL – 1638), de deux toiles attribuées à Nicolas WILBAULT de CHATEAU-PORCIEN et
deux de Jacques WILBAULT, Neveu du précédent («DESCENTE de CROIX» et «JESUS et la SAMARITAINE»)
toutes les quatre datant du XVIII° siècle.
Ces tableaux désencadrés furent évacués à l'évêché de LUCON (Vendée) au moment de l'exode de 1940, emballés
dans de grandes caisses. Entre octobre 1946 et février 1947, les caisses (ou ce qui en restait) furent rapatriées à l'Hôtel
de Ville de RETHEL, mais leur inventaire détaillé ne fut effectué qu'en septembre 1963. Manquaient : «LA
SAMARITAINE» et «L'ASSOMPTION» (de Jacques WILBAULT, classées le 5 décembre 1905) «SAINT-NICOLAS
protégeant les Nantonniers» (classée) qui n'aurait pas été emportée mais brûlée au cours des combats de mai-juin 1940,
« NOTRE SEIGNEUR au jardin des OLIVIERS» (non classée) et «LE CHRIST EN CROIX» (de PAYON -non
classée) : quant «AUX NOCES DE CANA» de Nicolas WILBAULT, il n'en restait que moitié.
Parmi les «rescapées» cinq peintures des plus remarquables furent restaurées et encadrées en 1976, 1977, 1978, et
1980 grâce aux subventions associées du Ministère de la Culture (60%) et de la Ville de RETHEL et ont retrouvé une
place dans l'église (elle-même reconstruite et réouverte au culte dès 1956).
LA GUERISON DU BOITEUX
Ce tableau, cintré en haut, de 3,30 m x 2,45 m, est replacé depuis le 27 avril
1976 au-dessus de l'arc des anciens fonts baptismaux qui étaient situés sous la
grosse tour et qui furent détruits en 1940. Il porte les inscriptions au bas, à
gauche : VIBERT RETHELINUS, PINXIT DEDIT, 1638 (peint et donné par
VIBERT, ou VUIBERT, de RETHEL 1638)
Il décorait le retable surmontant l'autel de la chapelle de l'Hôtel-Dieu, puis de
l'Ecole des Frères (1885), édifice qui datait de 1690, qui devint école
primaire au début du siècle et qui fut détruit au centre-ville lors de l'incendie
de 1914.
L'artiste rethélois y a représenté SAINT-PIERRE guérissant un boiteux ou
paralytique (soutenu par deux cannes) à la porte du temple (porte dorée du
temple de JERUSALEM), la scène qui comprend plusieurs personnages est illuminée de coloris assez chaud.
Cette oeuvre du XVII° siècle était installée dans le choeur avant l'exode de 1940.
L'ANNONCIATION
Attribuée à Jacques WILBAULT
Toile de 2 m X 1,55 m, provient (comme «la guérison du boiteux» de l'ancien Hôtel-Dieu.
C'est une copie de l'Ecole italienne du XVIII° siècle. D'après Henri JADART (dans son
ouvrage la Monographie de l'Eglise Saint-Nicolas) elle était placée primitivement dans la
basse-nef côté nord.
Elle représente l'Ange GABRIEL qui annonce à la Vierge «la Nativité».
LA DESCENTE de CROIX
Attribué à Jacques WILBAULT et placé avant l'évacuation
de 1940 au-dessus de l'autel du SACRE-COEUR, ce tableau
était le plus remarquable parmi ceux exposés dans l'église,
d'après l'Archiprêtre Th PIERRET qui a rédigé une
monographie de l'église Saint-Nicolas.
«JESUS descendu de la croix, repose sur un linceul ; le
corps est d'un admirable modèle, la majesté divine
l'enveloppe et forme comme une auréole. Auprès de lui on
remarque la présence de la mère de «l'homme-dieu» dont la
douleur ne peut se traduire, puis SAINT-JEAN, Marie-Madeleine, Nicoderme, Joseph d'ARIMATHIE...toutes les
figures sont des plus expressives.
Il est placé sur le mur de la partie de l'église la plus ancienne au-dessus des confessionnaux, et à proximité de la
CROIX des PRETRES et des FONTS BAPTISMAUX.
Ce grand tableau aurait été offert en 1842 par la Reine AMELIE, épouse de LOUIS-PHILIPPE.
LA PECHE MIRACULEUSE
Plus petit et de forme rectangulaire. (2,50 m x 2 m), ce tableau est replacé
dans l'église dès sa restauration en 1976.
Il provenait de l'Abbaye de la PISCINE, située au XVIII° siècle près de
REMAUCOURT. Oeuvre attribuée à Nicolas WILBAULT (1686 – 1763)
qui fut déjà restaurée par Eugène THIERY, peintre rethélois, elle illustre
une page de l'Evangile selon SAINT-JEAN (chapitre 21) moment où
JESUS se présente à nouveau à ses disciples près de la mer de
THIBERIADE : SIMON-PIERRE et THOMAS, appelés aussi DIDYME
et NATHANAEL (fils de ZEBEDEE) avec deux autres avec lesquels ils pêchaient. JESUS, sur le rivage, leur dit :
«avez-vous quelque chose à manger ?». Ils répondirent : «non !». Il leur dit alors : «jetez le filet à droite de la barque et
vous trouverez !». Ils le jetèrent, mais ne pouvaient plus le tirer à cause de la multitude des poissons...
Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent des charbons allumés et un poisson mis dessus et du pain (sur la toile un
poisson grillant sur la braise est représenté). «Apportez les poissons que vous venez de prendre !». Alors SIMONPIERRE monta dans la barque et tira le filet rempli de cent cinquante gros poissons. Et le récit précise que quoiqu'il en
eût tant, le filet ne se rompit point.
LE CHRIST EN CROIX XVII° siècle
Toile de 1,77 m x 1,37 m offerte en 1882 par la famille MERCIER-OLIVIER à la paroisse et
qui était placée dans le choeur principal avant le premier conflit mondial.
Enlevée par les Allemands au cours du premier conflit mondial, elle fut rapportée le 9 mars
1920 par la «Mission Française de Récupération en Allemagne», après voir été protégée par
les Pères jésuites de COLOGNE avec «le Christ et la Samaritaine» et «la pêche miraculeuse».
Dans une église pillée et mutilée plusieurs fois depuis 1793, détruite en grande partie en 1940,
la préservation et le retour de ces toiles relèvent presque de miracles.
Texte de Robert Marcy
LA CROIX des PRETRES
Monument historique du XV° siècle
Erigée en 1494 sur le parvis-bas de l'ancienne HALLE, c'est au pied de cette croix de
pierre que fut tué en 1650 l'échevin Etienne DURAND au cours d'un affrontement
avec un régiment de Polonais en garnison qui désolait la ville.
Echappée des destructions de l'époque révolutionnaire, elle fut transportée en 1790 au
cimetière des Archers (créé en 1780) et servit de monument funéraire à la TOMBE du
CLERGE. Après la désaffectation de ce cimetière civil en 1849; elle fut restaurée et
placée au bout de l'allée centrale du cimetière actuel en 1887.
A nouveau délabrée par l'usure des intempéries et des combats dont le cimetière fut le
théâtre en mai 1940, elle fut sauvée par un architecte en chef des Monuments
historiques (M. FROIDVAUX) qui lui donna un écrin digne de sa beauté en l'église
Saint-Nicolas.
DOUZE SCULPTURES ORIGINALES
Monument de style gothique du XV° siècle, elle porte à mi-hauteur et sur chacune des faces de son fût une niche
ouvragée surmontée d'un dais remarquable, posée sur un parfait cul de lampe.
Dans les niches, quatre statuettes représentent : Sainte-Barbe et Saint-Nicolas, très honorés à RETHEL, Saint-Remi,
patron du diocèse de REIMS et Sainte-Geneviève, patronne du Royaume de FRANCE et de PARIS;
SAINTE-BARBE : couronnée de perles tenait une palme d'une main et de l'autre le livre sacré sur lequel elle a les
yeux fixés. A sa droite se dresse une tour, figure de celle où la fureur paternelle la tint enfermée pour longtemps.
SAINT-NICOLAS : mitré et revêtu de la chape, d'une main tient la crosse tandis qu'il bénit de l'autre ; à ses pieds
émergent du saloir les trois petits enfants de la légende.
SAINT-REMI : en costume pontifical du Moyen-Age, les bras tendus et les mains élevées, annonce
avec chaleur le message évangélique aux Rethélois, lors de sa visite pastorale.
SAINTE-GENEVIEVE : les cheveux épars, l'Evangile ouvert dans sa main gauche, éclairait le
texte sacré avec la flamme du cierge tenu dans la main droite. Cette lumière sera l'enjeu d'une lutte
serrée : objet de convoitise de la part d'un démon rôdant aux pieds de la Sainte, qui pour l'éteindre
se hausse tant qu'il peut. En vain d'ailleurs, car au côté de la Vierge de Lutèce se tient son bon ange
dont la vigilance active détourne le souffle infernal.
Au-dessus de ces statuettes figurent deux larrons, cheveux crépus, au visage barbu et enlaidi par
l'atroce douleur du supplice, les bras rompus et les pieds croisés. Ils sont liés par de grosses cordes
à des arbres placés au-dessous des bras de la Croix. Sur la face principale de celle-ci se détache
l'image du Divin crucifié.
Au revers apparaît une vierge couronnée, tenant l'Enfant-Jésus dans ses bras.
Jusqu'à la Révolution, chaque premier dimanche du mois, les vêpres achevées, le Clergé paroissial se rendait en
procession jusqu'à ce monument et en faisait trois fois le tour.
Depuis plus de cinq siècles, la CROIX des PRETRES a résisté aux méfaits du temps, des révolutions, des guerres et
des invasions ; signe d'espérance et de salut souhaitons qu'elle continue encore durant de nombreuses générations à
exercer son rôle bienfaisant sur l'âme de nos prêtres.
Texte de Robert Marcy