cahier-programme
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de Tankred Dorst création du collectif Les Possédés dirigée par Rodolphe Dana La Colline — théâtre national Rencontres Merlin ou la Terre dévastée avec Tankred Dorst et le collectif Les Possédés animée par Joseph Hanimann, journaliste-critique au Frankfurter Allgemeine Zeitung à Paris de Tankred Dorst avec la collaboration d’Ursula Ehler en partenariat avec le Goethe Institut de Paris à l’issue de la représentation traduction de l’allemand Hélène Mauler et René Zahnd dimanche 22 novembre collectif Les Possédés dirigée par Rodolphe Dana création du avec le collectif Les Possédés à l’issue de la représentation dimanche 29 novembre scénographie, costumes et lumière Katrijn Baeten et Saskia Louwaard régie Wilfried Gourdin Lecture assistante mise en scène Pauline Ringeade La grande imprécation devant les murs de la ville assistante costumes Sara Bartesaghi Gallo stagiaire scénographie et costumes Elsa Dray-Farges de Tankred Dorst par Françoise Gazio et Antoine Kahan e bibliothèque Place des fêtes – Paris 19 entrée libre sur réservation 01 44 62 52 00 samedi 5 décembre à 15h30 avec Simon Bakhouche Blaise, Hector, Lamorak, Yder Laurent Bellambe Kaï, le Diable, Gahériet Julien Chavrial Lancelot du Lac David Clavel le Roi Arthur Rodolphe Dana Merlin Françoise Gazio Morgause, Jeschute, Hercéloïde, la narratrice Katja Hunsinger Yseult, Hélène, la Demoiselle d’Astolat, Viviane Antoine Kahan Gareth l’Enfant, le Roi de Cornouailles Nadir Legrand Mordret, le Roi d’Écosse Gilles Ostrowsky Gauvain Christophe Paou Perceval, Agravain Marie-Hélène Roig la Reine Guenièvre 3 régie Alain Dufourg machiniste Franck Bozzolo régie son Johann Gilles Une histoire de notre temps régie lumière Thierry Le Duff habilleuse Sophie Seynaeve construction du décor atelier de construction de La Colline production collectif Les Possédés, La Colline – théâtre national, La Ferme du Buisson – Scène nationale de Marne-la-Vallée, “Plus de bouche humaine, d’yeux ou de front, oh ! être crabe dans l’océan profond ! Nouveau Théâtre d’Angers – Centre dramatique national des Pays de la Loire, Le Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque, Théâtre de Nîmes, Arcadi avec le soutien de la DRAC Île-de-France et du Conseil Général de Seine-et-Marne avec la participation artistique du Jeune Théâtre National Le collectif Les Possédés est associé à La Ferme du Buisson – Transforme-moi ! Transforme-moi ! Ô oiseau noir dans l’arbre sans sève L’homme n’est de l’homme qu’un rêve.” (Merlin ou la Terre dévastée) Scène nationale de Marne-la-Vallée. Production / diffusion Made In Productions. Le spectacle a été créé à la Ferme du Buisson du 7 au 15 novembre 2009. C’est à la fin des années soixante-dix que Tankred Dorst, né en Le texte a paru à l’Arche Éditeur (2005) qui en est le représentant théâtral. durée : 3h40 (entracte non compris) 1925, écrit Merlin ou la Terre dévastée, son oeuvre monumentale. Il y raconte une histoire de notre temps : l’échec des utopies, dans un monde qu’il compare à une terre dévastée. Tel Merlin, du 20 novembre au 19 décembre 2009 Petit Théâtre attention horaire spécial du mardi au samedi à 19h30 et le dimanche à 15h en tournée Théâtre Firmin-Gémier - La Piscine / Châtenay-Malabry 8 janvier 2010 La Rose des Vents - Scène nationale de Lille Métropole / Villeneuve d’Ascq du 12 au 15 janvier 2010 Le Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque du 21 au 23 janvier 2010 Nouveau Théâtre d’Angers – Centre dramatique national des Pays de la Loire du 27 janvier au 3 février 2010 La Comédie de Clermont-Ferrand du 2 au 6 mars 2010 Théâtre Garonne / Toulouse 11 et 12 mars 2010 Théâtre de L’Union / Limoges 16 et 17 mars 2010 fils du Diable et meneur du jeu, qui connaît le passé et l’avenir, il se joue du temps et de la forme, et rapporte le mythe de la Table Ronde à une dimension humaine. Les héros se trompent, doutent, aiment, trahissent. Et lorsqu’il faut arrêter la guerre et partir à la quête du Graal, certains délaissent leurs rêves héroïques et s’emparent du pouvoir pour l’argent, le prestige et les femmes... Il y a des histoires qu’on raconte aux enfants le soir avant qu’ils s’endorment. Est-ce la voix de leurs parents, la proximité chaleureuse des corps, dont les enfants ont besoin avant d’affronter la nuit ? Ont-ils besoin d’une histoire pour éviter de penser à la leur ? Ou, au contraire, pour mieux la comprendre ? Nous sommes faits des histoires qu’on nous a transmises et auxquelles nous avons besoin de croire. Pour rester curieux, vivants et humains, nous avons un besoin viscéral et ancestral de croire aux histoires. Monter Merlin, c’est revenir à la source d’un mythe qui interroge, contact compagnie Made In Productions - Licinio Da Costa [email protected] 4 de manière grave et ludique, les thèmes fondateurs de notre civilisation occidentale : le bien et le mal, la figure du héros, 5 la trahison, l’utopie, l’immortalité, la foi, la transmission, le et Tchekhov. Du jeu au sens noble, pur et archaïque du terme. pouvoir, la loi, la tentation, le paradis perdu, la culpabilité, la Nous réaffirmerons la place essentielle qu’occupe l’acteur sexualité, la pureté, la nature... Cette légende, jeune de mille dans le théâtre que nous nous proposons de faire et nous ans, on la colportait oralement de village en village, pour réinterrogerons les relations multiples qu’il doit entretenir qu’enfants et adultes s’identifient aux héros, qu’ils apprennent avec le public et son partenaire, en fonction de la singularité le sens des valeurs et puissent grandir armés de principes du texte choisi. Par exemple, nous ne ferons pas croire aux forts et clairs. spectateurs que nous sommes ailleurs qu’au théâtre et que, Ces histoires n’ont jamais changé. Dans la forme peut-être, nous autres acteurs, nous ne sommes qu’occasionnellement mais pas dans le fond. des personnages. Abolir ce mensonge-là sera aussi une façon On ne comprend jamais complètement ce qui préside au choix de rétablir, non pas une vérité, mais une forme de croyance. d’une pièce et le désir qu’on a de la monter. Le désir, par Pas seulement que les spectateurs voient et entendent ça, essence, échappe à la raison, et c’est tant mieux. Lorsque du “théâtre”, mais qu’ils y croient. Qu’ils y croient comme à j’ai lu Merlin, j’ai ressenti de la joie. Je sais, c’est un vieux mot, une autre réalité, à une autre possibilité de la vie. Parce que, un peu galvaudé, trop général, et qui, peut-être, ne veut plus comme dirait l’autre, la vraie vie est ailleurs... rien dire, ce mot-là, joie. Mais, voilà, c’est ce que j’ai ressenti, de la joie. Une forme de puissance joyeuse, plus exactement, Rodolphe Dana et qui serait le poumon de cette généreuse et folle épopée. Chez Tchekhov et Lagarce, il fallait en passer par la parole, l’intime de la parole, pour atteindre à l’émotion des corps, une façon de tendre à l’universel. Chez Dorst, le trajet semble inverse : nous devrons passer par les pulsions des corps pour atteindre à l’intime de la parole, autre façon de tendre à l’universel. À une époque où tout s’analyse et se comprend, il me semblait nécessaire et rafraîchissant de se plonger dans un théâtre instinctif, où la vie est avant tout une réalité à éprouver. Et par la même occasion, redonner à ces mots-là, instinct, pulsion, une signification moins péjorative qu’aujourd’hui, une légitimité civilisante. Chaque homme porte en lui, à égalité, une part d’humanité et d’inhumanité. C’est de ça aussi dont parle Merlin, les forces de construction et de destruction qui sont à l’oeuvre en chacun de nous et qui font de nous des êtres, par essence, fondamentalement bons et mauvais. Il y a aussi du jeu dans Merlin, du jeu théâtral, du théâtre dans le théâtre, comme on dit. Beaucoup plus que chez Lagarce 6 7 Naufrage L’histoire qui cherche son auteur Qu’est-ce que l’homme ? commençai-je alors. Comment se peut-il Il est long, et parfois tortueux, le chemin qui me conduit à qu’existe dans le monde un pareil être, chaos de fermentation une histoire. Je me demande s’il faut vraiment que ce soit ou de pourriture, à l’image de l’arbre mort, incapable de l’auteur qui cherche l’histoire – ne pourrait-on imaginer l’inverse, maturité ? l’histoire qui cherche son auteur. Elle lance quelques phrases, Comment la Nature tolère-t-elle ce verjus dans la douceur de comme un appât, et l’auteur les note ; elle se dérobe, puis de ses vignes ? nouveau, au détour d’un petit événement, ou d’une remarque, Il dit aux plantes : je fus un jour pareil à vous, aux astres purs : elle se rapproche de l’auteur, et l’auteur note ce qu’il a entendu, je deviendrai comme vous, dans un autre monde ! Entre-temps, et il essaie d’en apprendre davantage, mais il ne se livre pas il se disloque : il exerce sur lui-même tous ses tours, comme si à des investigations de journaliste pour découvrir des détails l’on pouvait reconstruire, à l’instar d’un ouvrage de maçonnerie, plus précis et pour vérifier si l’histoire est authentique, non, de la substance vivante une fois désagrégée ! Mais que tout c’est en lui-même – il le constate une première, une deuxième, son ouvrage n’arrange rien ne suffit pas à le désarçonner : une troisième fois – qu’il fait des investigations et des ce qu’il a fait demeure toujours un tour de force ! recherches, et il met le résultat en relation avec sa propre Malheureux qui sentez cela, qui ne pouvez parler non plus de situation, avec ses propres expériences. Et c’est ainsi que vocation humaine, qui êtes tout pénétrés vous aussi du Rien peu à peu, l’histoire s’empare de lui, le tourmente, le laisse qui règne sur nous, qui comprenez que ce pour quoi nous tomber comme un amant malheureux, le rend grognon et fait sommes nés n’est rien, que ce que nous aimons n’est rien, que naître en lui un zèle inaccoutumé, ainsi que le plaisir de raconter, ce en quoi nous croyons n’est rien, que nous nous épuisons et de cette manière, une première ébauche fragmentaire voit pour rien, et pour dans le Rien lentement nous engloutir : le jour. Rien de plus. L’histoire ne tient pas à être plus qu’y puis-je si les genoux vous plient quand vous l’envisagez en complète. Mais voilà que l’auteur veut apporter des preuves, face ? Moi aussi j’ai sombré parfois dans cette pensée, criant : argumenter, et l’histoire se défend. L’auteur est moins bon, “Que ne portes-tu la hache à mes racines, esprit cruel ?” et et il s’en rend compte. Il se fie à sa routine, et cela le rend je suis encore là. malheureux. Il veut expliquer l’histoire, il veut combler les trous, clarifier Tankred Dorst les zones d’ombre. L’histoire s’échappe. Quel malheur, se lamente Extrait de Merlin ou la Terre dévastée, traduction de l’allemand Hélène Mauler l’histoire, je me suis trompée d’auteur ! Il n’a pas remarqué et René Zahnd, © L’Arche Éditeur, Paris, 2005 ma dureté, [...] et quand il me raconte, en réalité, il ne fait jamais que se raconter lui-même... Tankred Dorst Extrait du Discours de réception du Prix européen de littérature prononcé le 14 mars 2009 à Strasbourg, traduction de l’allemand Hélène Belletto-Sussel ©ACEL 8 9 Parzival selon Tankred Dorst Personnages de la pièce vus par les acteurs Il y a beaucoup de moi – comment pourrait-il en être autrement – Blaise par Simon Bakhouche inscrit dans ce personnage de Parzival. Je le connais depuis Blaise, le chroniqueur (et non le gros niqueur, ça c’est Lamorak, si longtemps. Dans ma prime jeunesse, il était clair, courageux, le vieux chevalier, toujours vert, “La vie ne cesse d’être une idéaliste et ce que je faisais et pensais, moi, garçon de aventure, quelle chance !“, si ridicule avec son slip panthère et quatorze ans par temps de guerre, était toujours accompagné qui a besoin de sensations fortes pour continuer à bander, d’un regard que je jetais vers ce personnage. Parzival était le mais si sympathique : “J’adore ce qui est audacieux, ce qui sort chevalier qui chevauchait devant moi, et parfois même à mes de l’ordinaire...”). Donc Blaise observe, commente et note, côtés, je voulais voir le monde par ses yeux. Tout comme lui, je élabore Camelot Soir, travail parfois aride et fastidieux, mais voulais me distinguer de mon entourage, suivre le chemin c’est un homme loyal et il aime tellement ses chevaliers et singulier où d’autres ne s’étaient pas encore engagés. Dans mon son roi ! Et quand on ne lui prête pas trop attention, ni vu ni arrogance pubertaire, je méprisais la société mais je voulais connu, il n’hésite pas à se jeter dans la peau d’un menuisier cependant devenir une sorte de chevalier. Comme Parzival, ou d’un chevalier (Lamorak, justement), n’importe qui pourvu j’étais naïf et ne savais pas quel coeur bat sous la peau d’acier. qu’il goûte à l’épopée !... Alors que le monde entier, ainsi que moi-même, voyait les crimes commis en mon nom et au nom de Parzival, j’aurais volontiers Gareth l’Enfant (fils du Roi Lot et de Morgause) rejoint les forêts, le monde sauvage des commencements, pour par Antoine Kahan m’y cacher. Mais la forêt était déboisée, la ville ravagée Moi, Gareth, je trouve que c’est super au chateau [sic]. C’est et les morts ne ressuscitaient pas. Je haïssais maintenant le super quand on a 15 ans et d’avoir des grands frère avec garçon Parzival, il me semblait être un tartuffe. Je voulais me qui s’amuser. C’est super quand je fume en cachette avec mes tenir loin de lui, je le voyais s’éloigner et pourtant je me jetais frères. Mais c’est moins super quand je me fais cassé les à sa poursuite pour lui crier sans cesse : tu m’as déçu ! tu jambes par Mordret ou Aggravain ou quand ils m’oblige à boire m’as trompé ! Jamais en vérité je n’ai été semblable à toi ! leur urine. Mais bon, c’est quand même genial d’être avec eux Par toi j’ai été dévoyé et entraîné à participer sans le savoir pour faire des conneries. Ah oui, j’allait oublier, Lancelot est à tes crimes ! Je l’oubliais alors pour de longues années. SUPER, oui il y a pas d’autres mots pour exprimer ma joie Il me fallut attendre d’être au travail sur Merlin pour qu’il quand je vais dans sa tante en plin après midi et qu’on est ressurgisse... tout les deux seul pendant des heures à jouer de la guitare. C’est quand même le plus grand chevalier du monde ! En fait Tankred Dorst la vie, elle est super, c’est peut-être pour ça que je meure Extrait de Parzival, Suhrkamp, 1990 (“Szenarium” et matériaux sur la création si vite... de Robert Wilson et l’auteur, Thalia Theater, Hambourg, 1987) 10 11 Mordret (fils du Roi Arthur et de sa demi-soeur Morgause) par Nadir Legrand À quoi ressemble un homme capable de tuer sa mère, de séquestrer sa belle-mère et de combattre son père jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Ai-je la fibre d’un assassin ? Y a-t-il en moi un monstre sanguinaire qui sommeille ? Premier jour de répétitions : tout le monde est gentil avec moi, c’est une catastrophe. Troisième jour : Marie est passée devant moi à la machine à café, mais je ne ressens aucune pulsion meurtrière. J’ai encore des efforts à faire. Septième jour : fin de journée. En partant, Rodolphe prend mon stylo en pensant que c’est le sien, cette fois-ci, je me lance. Je lui saute dessus en criant et tente de l’étrangler. Huitième jour : je lis mon monologue devant tout le monde. Christophe se lève et va aux toilettes. Je le poursuis et tente de le noyer dans le lavabo. Neuvième jour : les acteurs de la compagnie commencent à m’éviter et à me regarder bizarrement. Je sens que mes efforts ont été récompensés, je tiens le bon bout. Lancelot (chevalier de la Table Ronde et amant de la Reine Guenièvre) par Julien Chavrial Ce que l’on dit de moi est ce que je suis vraiment... Que mon nom, Lancelot, serait d’origine bretonne et signifie ”petite lance” (les jaloux). Que, par désespoir, je me bats avec l’ardeur de cent chevaliers. D’aucuns disent que mes amours coupables seraient responsables de la fin de la Table Ronde. Que ma victoire à Douloureuse Garde serait due à Viviane et à ses protections magiques. Que ma quête à moi n’est point le Graal mais le long et ténébreux râle du cerf en rut au fond des bois. Mais moi, Lancelot, je suis le plus sûr et le plus vaillant chevalier qu’Arthur ait pu adouber. Je suis à la fois le feu qui brûle l’âme des impies et le fleuve tranquille qui apaise nos folies meurtrières. 12 Simon Bakhouche Laurent Bellambe, David Clavel Marie-Hélène Roig, Julien Chavrial Antoine Kahan, Christophe Paou, Simon Bakhouche David Clavel, Marie-Hélène Roig Katja Hunsinger, Simon Bakhouche, Nadir Legrand, Laurent Bellambe Gilles Ostrowsky, David Clavel, Antoine Kahan, Julien Chavrial Katja Hunsinger, Rodolphe Dana Nadir Legrand, Rodolphe Dana Gilles Ostrowsky, Rodolphe Dana Françoise Gazio Merlin (fils du Diable et d’une femme pieuse) par Rodolphe Dana Un type bien qui a de grands et nobles projets pour l’humanité. Un peu, comme Dieu, d’ailleurs. Il prend sur son temps libre pour éviter que les hommes s’entretuent, culpabilise quand il a la grippe parce qu’il est moins disponible. Aimerait bien parfois se trouver une ferme dans le Perche à retaper, lorsque la bêtise humaine le fatigue. Le Graal, une idée qui fait son chemin, et tant qu’on pense à ça, on ne pense pas au reste. Pense que les 35 heures, c’était pas une si mauvaise idée... Aimerait partir plus souvent dans la forêt de Brocéliande avec Viviane, secrètement, qu’un après-midi d’été, après l’amour, ils s’endorment nus dans la mousse verdoyante, corps collés l’un à l’autre, sous la voûte immense et rassurante d’arbres millénaires, au doux son d’une rivière... Arthur le Roi (enfant illégitime d’Uther Pendragon et d’Ygerne) par David Clavel Je deviens roi des Deux-Bretagnes, à 15 ans, grâce ou à cause d’un prestidigitateur, fils du Diable, en retirant Excalibur d’une pierre. Bonjour l’idée pour me rendre légitime ! “Super ce mec, si on en faisait notre roi ? - Tu connais ce type ? – Non, mais paraît qu’il enlève les épées des cailloux. – Ouah ! La vache, balèze.” Plus tard, je couche sans le savoir avec ma demi-soeur, et lui fais un enfant, Mordret. Ensuite, je choisis ma femme sur photo, sur peinture. Elle est belle, elle me plaît, c’est elle. J’aurais mieux fait de réfléchir un peu. Merlin me souffle l’idée de la Table Ronde, je la mets en oeuvre. Les hommes de mon pays arrêtent de se mettre sur la gueule et apprennent à parler entre eux. Ma femme, Guenièvre, tombe amoureuse de mon meilleur chevalier qui, subitement, part en sucette, et je ne m’aperçois de rien. Les plus aveugles sont toujours ceux qui veulent tout voir. 21 Katja Hunsinger Guenièvre (épouse du Roi Arthur et amante de Lancelot) minutes avant, c’est la règle, je suis désolé.” Perceval chope la par Marie-Hélène Roig casquette du contrôleur et la fait voler. L’homme regarde “Gwenhwyfar” (ancienne graphie “Gwenhwyvar”) qui signifie “le son couvre-chef s’envoler. Perceval attrape le contrôleur, le blanc petit fantôme”, “la dame blanche de petite taille” ou plaque au sol. Il en extrait du sang, il lui marave sa mère “la blanche fée pas très haute mais jolie quand même”. Reine volontiers. La vieille monte alors saisie par la peur. Perceval adultère qui vit sa liaison avec son amant Lancelot, meilleur dénude le contrôleur inconscient et enfile l’uniforme, puis il ami de son mari. (Il n’est pas impossible dans la version de monte à bord. Sur la plate-forme, la vieille s’est transformée Dorst qu’elle ait également un petit faible pour son beau-fils en Pamela Anderson, il bande, pour aller où ? Mordret.) Quand elle est avec Arthur, elle rêve de Lancelot. Quand elle est avec Lancelot, elle pense à Arthur. Consciente Hélène (amoureuse déchue de Lancelot) par Katja Hunsinger de sa faute, elle lutte contre elle, malheureusement cette Chez moi il ne se passe pas grand-chose. Il y a les prés, la lutte intensifie encore plus son amour, du coup, elle n’est pas boue, les bêtes, les buses qui font leurs cercles dans le ciel sortie de l’auberge. Elle pleure beaucoup pendant toute bleu, parfois les arbres en fleur, c’est beau, parfois les arbres l’histoire. (Contrairement à ce qu’on peut s’imaginer, il n’est nus et gris, c’est triste. Depuis que Lancelot est parti, les pas sûr qu’elle soit tout à fait épanouie sexuellement...) arbres sont toujours nus et gris. Je le voulais, je l’ai eu, mais maintenant... Je porte son enfant, et tout le monde me plaint. Viviane La Fée (amoureuse de Merlin) par Katja Hunsinger Faut pas me plaindre. Le soir et la journée aussi, je suis assise Et puis tu crois quoi ? Vieux dépressif houellebecquien. Que devant le feu, les mains sur mon ventre. J’ai un rocking-chair, je t’aime ? Dans ton regard, je ne vois qu’une chose : tu veux cadeau de Sir Edward Bolingbroke, un vieux croulant ami de mon mon cul de jeune fille en pleine santé, fraîche, ferme, insolente. père qui a demandé ma main. J’ai pris la chaise, j’ai gardé ma Tu veux m’avoir, pour te nourrir de ma jeunesse, tu veux que main. Ci-gît “je” donc, assise dans mon rocking-chair. C’est tout. je me soumette, pour que tu puisses triompher, debout, dressé, immense, bien solidement enraciné en moi qui ai le nez dans Diable (père de Merlin) par Laurent Bellambe la boue. Je ne suis pas un socle pour vieux. Je suis moi-même Petit, c’était un cauchemar : le mal absolu, rouge, avec des debout, dressée, immense et tu seras mon socle, la matière cornes, prêt à me dévorer avec ses dents sanguinolentes ; et grise d’où je tirerai ma puissance. puis un jour j’ai compris que sans ce mal il n’y avait pas de NNAGES bien, que le Diable ne pouvait être que le côté sombre, la face Perceval (chevalier de la Table Ronde) par Christophe Paou obscure de chaque homme ; mais je continuais à rêver du Malin Sur un quai de la gare Montparnasse, Perceval marche nu, comme s’il n’était pas loin, là, endormi près de mon lit. Et puis personne ne voit qu’il l’est. Une vieille dame avec deux valises encore, je me suis mis à lire Lautréamont, Cioran, Nietzsche. s’apprête à monter dans le TGV, un contrôleur sur le marchepied Le mal commençait à me fasciner. Et, comme d’autres, j’écoutais l’en empêche : “c’est trop tard, Madame, il faut arriver plus de la musique gothique et je m’habillais en noir, tout en noir. tôt”. Perceval s’est approché et écoute. “Le train part dans Je me complaisais dans le morbide : je vivais la nuit cherchant deux minutes, c’est comme ça, il faut arriver au moins cinq partout dans l’obscurité et dans la luxure ce qui me plaisait 22 23 tant, là, dans les ténèbres, puisqu’il s’agit bien d’enfer. Je Le monde est une terre dévastée n’ai rien trouvé et surtout pas de réponse à mon existence. Maintenant, je vais jouer à être le Diable, c’est plus drôle et Dans quel but vit l’homme ? plus jouissif. Dans le magnifique récit de Tchekhov Une banale histoire, l’étudiante devenue une actrice de province ratée, Gauvain (fils du Roi Lot et de Morgause) par Gilles Ostrowsky désespérée, pose cette question au vieux professeur malade Un chevalier extraordinaire. On parle de lui partout, c’est sur le point de mourir. Le vieil homme est malheureux de ne une star, et modeste, le type parfait, presque énervant, et pouvoir lui répondre autre chose que : “Je l’ignore.“ C’est une puis beau en plus, sexy et vraiment classe, poli, serviable, question que l’on se pose à chaque âge de la vie. du genre à aider les mamies à traverser, à toujours retrouver Je vis – c’est peut-être une réponse insuffisante – pour écrire ses clefs, à réussir à plier une carte du royaume en moins quarante-cinq pièces de théâtre. Ou quarante-six. Voilà mon de 20 secondes. Ses frères n’en peuvent plus, ça donne des projet de vie. Mais demain matin je dirai peut-être : pour me envies de meurtre... reposer en Italie, au soleil comme à l’ombre... Mais son truc à lui, ce qui le fait avancer, c’est les femmes... Seulement, l’acte d’écrire du théâtre n’est pas une chose ce qu’il provoque en elles... elles sont dingues de son corps modérée, c’est plutôt une extravagance. Depuis mon enfance, (lui aussi d’ailleurs)... elles veulent le bouffer... et lui, derrière depuis que j’ai vu au théâtre de Coburg Torquato Tasso et son côté gentleman, il ne pense qu’à ça, il veut les bouffer d’autres drames, depuis que j’ai entrevu dans l’obscurité lui aussi... il sent le sexe Gauvain et c’est peut-être ça qui – c’était la guerre – une lueur en haut de la façade, là où je les attire, et quand il voit un sein se dévoiler par mégarde, il supposais que se trouvait le dramaturge, j’écris des pièces. devient une bête ; prêt à toutes les expériences, rien ne Je m’imaginais que le dramaturge, là-haut, écrivait le dénouement l’arrête. Au bout du compte Gauvain est l’un des rares chevaliers des drames inachevés de la littérature mondiale : Grabbe, qui va trouver le Graal, non pas le bibelot doré avec son Hebbel, Grillparzer... émeraude, la coupette sacrée, le mug magique tombé du ciel, mais Pour correspondre au sentiment que j’avais alors de l’existence, son Graal à lui. Au fond du sexe des femmes il va l’apercevoir, mes héros étaient des solitaires, des paumés, des naufragés et il va se perdre dedans, sincèrement, sans retenue, il va en quelque sorte. Pas des vainqueurs... naviguer bien loin dans les tréfonds féminins. Héroïsme Hercéloïde, Morgause, Jeschute par Françoise Gazio Un héros... C’était la vanité de l’adolescence, bien sûr : le Hercéloïde, veuve inconsolée, vit recluse avec son fils Perceval. solitaire en lequel des choses grandioses se préparent. J’avais Mère violente, incestueuse, mais une brave femme au fond... lu Hölderlin, je connaissais beaucoup de ses poèmes par coeur : Morgause détient des pouvoirs magiques. Si, si ! ! ! Mais bon, “Viens, ô combat, déjà, comme une seule vague, les jeunes gens cela l’a lassée à la longue alors, les HOMMES, c’est ça sa came descendent vers la vallée, d’où les étrangleurs s’extirpent avec dorénavant. Jeschute, mari violent, grande gueule, elle boit ? effronterie.” Je ne voulais pas faire partie des “étrangleurs”. Elle a la langue bien pendue mais un coeur d’or. Je ne pressentais pas alors, à quinze ans, que ce noble sens 24 25 du sacrifice servait en réalité une chose criminelle... et a soif d’expériences. Merlin est le prototype du metteur La guerre est en quelque sorte une aventure – toujours mieux en scène qui a l’imagination et la force nécessaires pour faire que l’école, ai-je même pensé ; peu après, nous avons dû sortir avancer les autres. Mais un problème d’ordre moral se pose les cadavres de sous les maisons bombardées de Nuremberg... soudain : quelle est la bonne voie ? ”Sois toi-même !” Mais qui C’est par hasard que j’ai survécu. Pendant quatre semaines j’ai est ce “toi-même” ? Et s’il se révélait être un criminel ? connu la guerre, puis l’emprisonnement, et j’ai vécu plus de trois Merlin met les gens dans différentes situations, observe ans en Angleterre et en Amérique. Ma découverte de l’Amérique – la façon dont ils s’en sortent, tente de les orienter vers un je voudrais écrire cela. La captivité a été mon apprentissage... but – vers son utopie... Scepticisme Terre dévastée C’est ce que l’on voit dans quasiment toutes mes pièces. C’est notre biographie collective. Lorsque je suis rentré en Même dans Merlin il y a un fort scepticisme envers les utopies. Allemagne, j’étais absolument convaincu que je passerais ma vie Cependant je crois que sans utopie ou, pour dire les choses au milieu des décombres et des ruines. Je pensais que jamais plus simplement, sans but dans l’existence, il est impossible ces grandes villes démolies ne seraient reconstruites, que de vivre. C’est déjà avec une petite utopie qu’on se lève le jamais plus les maisons ne formeraient des rues, que jamais plus matin : on a pris rendez-vous, on prévoit un projet, un voyage. il n’y aurait de lumière aux fenêtres. Et comment un nouvel C’est pour cela qu’on se lave les dents plutôt que de rester ordre civil pouvait-il fonctionner ? En Westphalie rurale – c’est au lit. L’existence humaine est ainsi... là que j’ai repris l’école en 1950, pour repasser mon bac –, l’histoire mondiale n’avait laissé quasiment aucune trace de son Toller et Merlin passage, mais à Nuremberg, Cologne, Würzburg... l’étendue des Ma pièce Toller est sortie en 1968, juste au moment où l’idée destructions visibles était terrifiante. Tout n’était que d’une révolution gauchiste occupait l’imagination de tant de décombres. Il est difficile de se représenter cela aujourd’hui... jeunes gens. Pour le théâtre aussi, ce fut une époque Je me demande parfois pourquoi on emploie ce mot, “sombrer ”. mouvementée. Mais je n’avais pas envie d’écrire de l’agit-prop, L’Empire romain a sombré, comme d’autres, l’Allemagne nazie ce qu’on m’a parfois reproché. Toller, comme Merlin, raconte a sombré, l’Union soviétique a sombré, mais pas de la façon une utopie avortée. L’utopie d’une république des Conseils, dont le Titanic a sombré : les hommes ont continué de vivre. pacifique et humaniste, écrasée dans le sang... Et se sont mis à penser différemment... Merlin n’est pas un idéaliste... Oui, le théâtre est une affirmation. On y affirme que le monde Dans cette pièce, nous avons représenté deux mondes : d’un est une terre dévastée... côté la forêt, l’aventure, le primitif, l’irrationnel, et à l’opposé le château, ce que les hommes ont bâti et organisé – la société... Tankred Dorst Depuis le début, le ver ronge le bois de la Table Ronde... Propos extraits de “Comment on écrit Merlin ou la Terre dévastée”, Merlin est à la fois un visionnaire et un pitre, dans le sens où entretien de T. Dorst et U. Ehler avec J. Lux, trad. Marie Delaby, n’importe quel artiste est également un pitre. Il est curieux 26 paru dans l’édition française de la pièce, © L’Arche Éditeur, Paris, 2005 27 Tankred Dorst Les Possédés Né le 12 décembre 1925 à Oberlind, au Schauspielhaus de Düsseldorf En 2002, après un travail Ostrowsky, Simon Bakhouche, enrôlé dans la Wehrmacht à 18 ans, par J. Chundela. En 1986, Le Sauvage d’installation /performance autour Françoise Gazio, Antoine Kahan, et, prisonnier de guerre jusqu’en 1947, et L’Homme nu mettent en scène le de La Maladie de la mort de M. Duras à la scénographie, Saskia Louwaard il termine son éducation secondaire personnage de Perceval, étapes pour Les Nuits curieuses de La et Katrijn Baeten. en 1950 et poursuit des études de préparatoires du Szenarium Parzival Ferme du Buisson, Rodolphe Dana et R. Dana choisit les textes et littérature allemande et d’histoire dont R. Wilson et l’auteur font un Katja Hunsinger décident de distribue les rôles, et le travail, de l’art et du théâtre. En 1953, il spectacle au Thalia Theater de monter Oncle Vania de Tchekhov. pour eux, commence autour d’une fonde “Das kleine Spiel”, théâtre Hambourg (1987). Avec Ursula Ehler, sa Ils font alors appel à Marie-Hélène table : aventure intérieure de marionnettes géré par des collaboratrice depuis le début des Roig, Nadir Legrand et David Clavel. collective qui va vers les enjeux étudiants. Au début des années années soixante-dix, il a également C’est ainsi que le collectif Les cachés d’un texte, ses secrets, soixante, il se fait connaître par des entrepris toute une suite d’écrits Possédés voit le jour : Oncle Vania ses mystères. Puis, c’est le passage pièces paraboles à la manière de – pièces, récits, scénarios – qui, est créé en 2004 à La Ferme du au plateau : de l’intellect à Brecht : Le Virage (1960), La Grande peu à peu, constituent une vaste Buisson. En 2005, Christophe Paou, l’organique. Ils travaillent à partir Imprécation devant les murs de la chronique allemande des années Katia Lewkowicz, Laurent Bellambe d’improvisations et constatent ville (1961), qui marquent le début vingt aux années quatre-vingt : Sur et Julien Chavrial les rejoignent souvent que l’intelligence n’est pas d’une longue collaboration avec le Chimborazo (1975), Dorothea pour la création du Pays Lointain de toujours compatible avec les P. Zadek. En 1968, avec Toller, il Merz (1976), Le Récit, La Mère de Jean-Luc Lagarce. En 2007, le nécessités concrètes du jeu au inaugure une forme de théâtre Klara (premier téléfilm que Dorst collectif crée Derniers remords plateau. Ils absorbent les “documentaire” qui interroge le réalise lui-même en 1978), La Villa avant l’oubli, du même auteur. En tentatives, leurs échecs jusqu’à rapport complexe de l’artiste à la (1979), Mosch (1980), Jean-de-fer 2009, R. Dana met en scène avec la trouver les évidences : point politique ; la pièce est créée à (1983), Le Voyage à Stettin (1984), complicité de D. Clavel et interprète central où se rejoignent toutes Stuttgart par P. Palitzsch (disciple récit devenant théâtre sous le Loin d’eux de Laurent Mauvignier. les convergences trouvées et de Brecht), adaptée pour un titre : Heinrich ou les Maux de Formés pour nombre d’entre eux à éprouvées entre le texte, l’espace téléfilm, Rotmord, tourné en l’imagination. Suivent Moi, Feuerbach l’École Florent, certains ont et les acteurs. Ils partent d’eux, collaboration avec P. Zadek en 1969, (1986), Korbes. Un drame (1988), également participé à l’expérience leurs défauts et leurs qualités, mise en scène par P. Chéreau au Fernando Krapp m’a écrit cette de création collective de la et se servent de leur complicité Piccolo Teatro de Milan en 1970. lettre. Un essai sur la vérité (1991), Compagnie d’Edvin(e) menée par pour mieux construire leurs Entre utopie et réalité, son Monsieur Paul (1993), où Dorst Éric Ruf (Du désavantage du vent, personnages. théâtre devient une sorte d’atelier est à la recherche d’une forme de Les Belles Endormies du bord de Parallèlement à ses créations, le producteur de matériaux et de réalisme fantastique. scène), dont R. Dana a été l’un des collectif Les Possédés mène depuis “constellations ” sans que soient En 2006, il présente une nouvelle premiers compagnons de route. 2003 un travail de sensibilisation abandonnés ni les personnages ni mise en scène de L’Anneau des L’aventure collective des Possédés des publics au moyen de lectures et la fable théâtrale. Nibelungen à Bayreuth. Il a se poursuit avec Merlin ou la Terre d’ateliers et travaille au cours de Il explore l’histoire à travers des dernièrement reçu le Prix européen dévastée de Tankred Dorst, vaste la saison 2008-2009 à un projet situations contemporaines ou recourt de littérature (2009). Son oeuvre conte théâtral qu’ils adaptent d’implantation et de résidence sur aux contes, comme dans Merlin ou la complète (Suhrkamp, 8 vol.) est et commencent à répéter dès le département de Seine-et-Marne : Terre dévastée (1981), projet fleuve publiée et diffusée en France par mars 2008, emmenant avec eux de Théâtre au Val d’Europe. d’abord conçu avec Zadek et créé L’Arche Éditeur. nouveaux compagnons : Gilles 28 29 Les partenaires du spectacle Responsable de la publication Didier Juillard Rédaction Laure Hémain Photographies Élisabeth Carecchio Conception graphique Atelier ter Bekke & Behage 09 Imprimerie Comelli, Villejust, France Licence n° 1-100-75-15 Tous les droits de la présente publication sont réservés. La Colline — théâtre national e 15 rue Malte-Brun Paris 20 www.colline.fr 01 44 62 52 52 www.colline.fr