Le chanceux - maseratitude
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Le chanceux - maseratitude
Le chanceux Tous les Maseratistes ne sont pas riches et, grâce à la génération biturbo, le rêve peut être accessible à condition cependant d'être très avisé. Pierre a de la chance : il a déniché en 2011 une merveille, une Maserati de 32 000 kilomètres certifiés à 7 900 euros. Mais ce n'est pas de la chance, c'est du travail et de la connaissance du marché. Depuis des mois qu'il épluche toutes les annonces Maserati sur internet, qu'il lit tout ce qui se dit sur les divers forums concernant cette marque, il a bien compris que les problèmes de fragilité des Maserati biturbo rendent la côte de ces voitures extrêmement faible . Or, si le kilométrage est réel et l'auto scrupuleusement respectée et entretenue, une biturbo s'avère tout à fait correcte en terme de fiabilité et à un prix ridiculement bas pour un tel pédigrée, un tel luxe, un tel tempérament : la vraiment très bonne affaire. Le critère premier et essentiel dans ce genre de transaction est le nombre de propriétaires précédents, en l'occurrence seulement deux pour le modèle de Pierre : l'acquéreur de la voiture neuve, de 1990 à 1995 ( 25 000 kms ), et le second possesseur qui l'a détenue de 1995 à 2011 pour la vendre à notre ami. Ne jamais acheter une auto que le propriétaire précédent n'a gardée que très peu de temps, voici une règle importante. Il aura découvert ses défauts et se sera dépêché de la vendre pour ne pas investir en réparations mais sans oublier de " tirer dessus " pour quand même se faire plaisir. Là, l'historique était limpide, toutes les factures présentes, toutes les dates concordant aux kilométrages. Le propriétaire précédent, un collectionneur n'ayant parcouru avec elle que 7 000 kms en 16 ans l'avait cependant faite tourner régulièrement sans jamais la brusquer et connaissait parfaitement les précautions d'usage, notamment le célèbre 2-10-2 des biturbo ( 2 mn de chauffage au ralenti, 10 mn à rouler tranquille avant la moindre sollicitation forte des turbos, 2 mn au ralenti avant de couper le contact ). Si le vendeur ne sait pas cela, passer votre chemin. La seconde grande question après l'historique est celle du motif de la vente. Pourquoi le vendeur vendait ? Dans le cas présent pour une question de place. Il avait craqué pour un modèle récent, ne concevait de conserver une telle auto autrement qu'en garage fermé et ne pouvait, étant donné le nombre de ses voitures, disposer d'une place supplémentaire. Il se résolut donc à la céder, mais pas à n'importe qui, à un connaisseur qui saurait l'apprécier et bien la traiter. Cohérent, logique. C'est tout le problème de la collection automobile : la place que ça prend. Parfois me vient cette idée : combien j'aimerais collectionner les timbres ou les tableaux. Ça ne prend pas de place, c'est discret, personne ne sait ce que ça vaut mis à part les vrais connaisseurs qui sont rares, et ça ne demande aucun entretien ni presque aucun soin. Tout le contraire des œuvres d'art contemporain à quatre roues qui sont volumineuses, dont n'importe qui connait à peu près le prix ce qui peut attiser tensions et convoitises, dont il faut vidanger l'huile et qui s'abîment quand elles ne servent. La place, la place, un hangar bien sec et chauffé, le rêve du collectionneur. Quand on n'a qu'un garage à une ou deux places, ce qui n'est déjà pas mal, on est obligé de vendre pour céder aux nouvelles tentations qui ne manquent jamais de toucher un passionné véritable. Exit l'ancien joujou ! Mais revenons maintenant à la récente acquisition de Pierre. Il s'agit d'une Maserati biturbo 222 de 1990. La saga des biturbo, qui s'étend de 1981 à 1992 en carrosserie Andreani et même jusqu'en 2002 quand la 3200 GT tire sa révérence, est extrêmement complexe avec une foule de modèles et de dénominations sans critère forcément continu ou véritablement logique dans l'appellation. Ici 222 signifiait 2 portes, 2 litres de cylindrée, 2 arbres à cames en tête soit 1 par rangée de trois cylindres, à opposer par exemple à la 424 contemporaine ( 4 portes, 2 litres, 4 arbres à cames en tête ). Mais la 430 avait un moteur de 2.8 litres et 2 arbres à cames, de même la 420 disposait aussi d'un système de distribution ! A noter que 424 s'écrit parfois 4.24v signifiant 4 portes et 24 "valvole" (soupapes en italien) en perdant par contre toute référence à la cylindrée. Compliqué tout cela ! La voiture de Pierre est noire et brillante, un de ces noirs magnifiques où l'on peut se voir comme dans un miroir. Les sièges sont revêtus d'un cuir bleu impeccable. Le cuir, sur les Maserati biturbo, s'usait particulièrement sur l'accoudoir central avant et on a une très bonne idée du nombre d'heures passées au volant en observant celui-ci, qui est intact sur le modèle de notre ami. Le moteur V 6 , lointain héritier de celui de la Citroën SM, est le tout dernier de la série de ceux à trois soupapes par cylindre ( 2 pour l'admission, 1 pour l'échappement ) et un seul arbre à cames par rangée de cylindres. Il développe la confortable puissance de 220 cv, soit 40 de plus que la première version à carburateur de 1981. Dès l'année 1988, apparaîtront sur les 224 et 424 des culasses à 4 soupapes par cylindre et 4 arbres à cames en tête, développant 245 cv en 2 litres, moteurs qui seront repris sur la Racing ( porté à 285 cv ) puis sur la Ghibli II ( poussé à 306 cv et même jusqu'à 330 cv en 2 litres sur la cup, ce n'est pas une faute de frappe, vous avez bien lu 330 cv en 2 litres ! ) et même sur la Quattoporte IV produite jusqu'en 2001 ( ramené à 285 cv pour plus de souplesse et moins de bestialité sur la berline ). A ces éblouissants V 6 de 2 litres très prisés en Italie où la fiscalité automobile est très pénalisante au delà de cette cylindrée, s'ajoutèrent des V 6 de 2.8 litres plus dédiés à l'exportation, curieusement moins puissants ( 285 cv ) mais plus souples, puis finalement advint l'aboutissement des moteurs Maserati biturbo : le V 8 de 3.2 litres de 330 cv sur la Shamal et la Quattroporte IV, poussé à 370 cv sur la 3200 GT. Les moteurs biturbo Maserati évoluèrent ainsi de 180 cv en 1981 à 370 cv en 2002. La carrosserie de la 222 de Pierre a conservé toute la pureté originelle du dessin de Pirangelo Andreani datant de 1981. Tout au plus a-t-on rajouté sur la malle un petit becquet aérodynamique qui sera intégré par Marcello Gandini dans la masse même du coffre de la Ghibli II qui lui succèdera. De petits détails ravissent les puristes comme les jupettes derrière les roues arrières intégrées à la carrosserie, le double échappement latéral droit qui disparaîtra au profit de quatre sorties pour les moteurs 2.8 litres 3 soupapes et tous les 4 soupapes, la roue de secours sous le coffre, les gros double phares rectangulaires pour satisfaire aux normes américaines, non encore carénés et "Shamalisés" comme sur la Racing. Le tableau de bord est presque identique à ceux des Racing et même des Ghibli II qui suivront, la seule différence se situant dans le graphisme des cadrans et dans la position un peu plus basse du manomètre de pression de l'air admis au moteur sur la 222. Le volant par contre, sur le modèle de Pierre, est encore gainé de cuir et non en bois. La montre Lassale, ovale, symbolique des Maserati biturbo ( à l'exclusion des toutes premières d'avant 1985), trône au centre de la planche de bord. Sur ce modèle de 222, on remarquera qu'il n'y a pas d'extracteur d'air chaud sur le capot moteur. Étrange et rare sur cette génération mais les variations étaient coutumes et impénétrables à Modène en ces années ! Après vérification, tu as bien un modèle authentique, mon ami. La 222 de série n'avait pas d'extracteur d'air sauf sur la version 2.8 litres (222 E). Embouteillages à éviter cependant, cher Pierre, et n'oublie pas d'ouvrir ton capot en laissant le moteur tourner deux minutes au ralenti quand tu t'arrêtes. Mais ça, tu le sais déjà bien sûr. Félicitations va, mon ami ! Tu as trouvé une perle et je ne peux m'empêcher de t'envier un peu. Mais tu sais l’apprécier et la chérir, alors c'est bien. Tu la mérites pour l'avoir découverte avec autant de clairvoyance, elle te mérite par ses nombreuses qualités. Soyez heureux ensemble et garde la toujours ! Tiens, c'est curieux, j'ai l'impression d'avoir dit la même chose à un ami qui se mariait !
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