Enfance La vision du tout jeune enfant - Stem
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Enfance http://necplus.eu/ENF Additional services for Enfance: Email alerts: Click here Subscriptions: Click here Commercial reprints: Click here Terms of use : Click here La vision du tout jeune enfant François Vital-Durand Enfance / Volume 2014 / Issue 01 / March 2014, pp 19 - 40 DOI: 10.4074/S0013754514001037, Published online: 31 March 2014 Link to this article: http://necplus.eu/abstract_S0013754514001037 How to cite this article: François Vital-Durand (2014). La vision du tout jeune enfant. Enfance, 2014, pp 19-40 doi:10.4074/S0013754514001037 Request Permissions : Click here Downloaded from http://necplus.eu/ENF, IP address: 212.198.49.232 on 08 Oct 2014 La vision du tout jeune enfant François VITAL-DURAND* RÉSUMÉ Par rapport à une perspective historique, les dernières décennies ont transformé l’approche du nourrisson. La méthode du regard préférentiel a permis de mesurer avec précision les capacités visuelles et visuo-cognitives dès les premiers jours de vie. Les données anatomiques, accompagnées des progrès médicaux ont transformé l’approche familiale et sociale de l’enfant. Les études de laboratoire ont permis de mesurer l’acuité, le champ visuel, la vision stéréoscopique, l’accommodation, la sensibilité au contraste et aux couleurs, la motricité oculaire, bref, tout ce qui a permis une utilisation clinique de plus en plus répandue. Le devenir des enfants atteints d’un défaut visuel en a été considérablement amélioré. MOTS-CLÉS : DÉVELOPPEMENT VISUEL, CAPACITÉS VISUELLES, DÉVELOPPEMENT COGNITIF, DÉFICIT VISUEL. SUMMARY Compared to an historical perspective, the last decades have drastically changed our view about newborns and toddlers. The preferential looking technique has revealed visual and visuo-cognitive developmental steps from birth. Anatomical data and medical achievement have renewed family and social care of the child. Laboratory studies measure visual resolution, visual field, stereoscopy, accommodation, contrast and color sensitivity, ocular motricity, all together leading to new clinical assessment and care. The future of visually deficient infants has been drastically improved. KEY-WORDS: VISUAL DEVELOPMENT, INFANT VISION, COGNITIVE DEVELOPMENT, VISUAL DEFICIT. *Correspondance : Stem cell and Brain Research Institute, INSERM U846, 18 Avenue Doyen Lépine, 69500 Bron, France et Université de Lyon, Université Lyon I, 69003, Lyon, France. Email : [email protected] nfance n◦ 1/2014 | pp. 19-40 20 François VITAL-DURAND INTRODUCTION Quelques anecdotes historiques ont pour but de montrer la prise de conscience progressive du rôle de la vision dès les premiers jours de vie. Au cours des dernières décennies, les approches scientifiques se sont développées selon deux paradigmes parallèles, l’approche médicale visant à prévenir ou limiter les pathologies et leurs conséquences et l’approche psychologique visant à comprendre la participation de la vision dans l’élaboration des conduites. C’est la première de ces approches qui sera privilégiée ici. Anecdotes historiques L’idée a longtemps prévalu que le nouveau-né ne voyait rien, et pourtant ! Les artistes et les parents savent depuis longtemps que les nouveau-nés fixent et regardent dès la naissance. Il existe de merveilleux témoignages des capacités de fixation réciproque entre la mère et son nourrisson. Un bel exemple est disponible sur internet, une illustration de la Bible Maciejowski, commandée par Louis IX (Saint Louis) au XIIIe siècle1 . Anna, maîtresse d’Anelka, est stérile, et risque donc de perdre son statut. Neuf mois après une nuit d’imploration au Temple elle accouche de Samuel. Le peintre du XIIIe siècle représente le regard complice des partenaires, comme si le nourrisson pensait que sa mère avait désormais décroché un contrat à durée indéterminée. La mère et l’enfant se regardent intensément, démontrant que le peintre savait que le bébé Samuel pouvait voir sa mère. Quelques rares peintres ultérieurs montrent l’enfant Jésus regardant sa mère, mais la plupart du temps Marie regarde ailleurs comme si elle pressentait le destin de son fils unique2 . Au Moyen âge beaucoup de documents dépeignent les soins attentifs des parents pour leur nouveau-né malgré le taux de mortalité élevé (Riché & Alexandre-Bidon, 1994). De nombreux textes détaillent les soins hygiéniques, éducatifs et ludiques prodigués au nouveau-né mais les témoignages sur les relations mère-enfant sont très rares. Par exemple, Loys Guyon, 1615, dans son traité Le miroir de la Beauté et santé corporelle explique : « l’enfant doncques estant entré en la vallée de misère de ce monde, on lui coupera le nombril un pouce près du ventre. . . lequel on oindra jusqu’à sa chute d’huile de rosat et de beurre déssalé mellez ensemble : puis sera lavé en eau ferrée et vin blanc médiocrement chaud. Et après avoir été essuyé. . . sera frotté tout son corps d’eau de vie rectifiée. . . Ces choses feront que l’enfant sera plus fort et vigoureux tant qu’il vivra. . . » (p 908-909). Des pages sur l’allaitement et les soins aux tétins, mais pas un mot sur le comportement précoce. Dès l’âge de la parole en revanche, pléthore de soins pour assurer l’épanouissement de l’enfant. 1 http://www.themorgan.org/collections/swf/pageEnlarge.asp?id=237, panneau en bas à droite. 2 Francisco de Zurbaran, La sainte famille, 1659. La vision du tout jeune enfant Au XVIIIe siècle, l’enfant est surtout présent dans la littérature quand il s’agit d’assurer la descendance dynastique des princes (Le vœu de Louis XIII qui, désespéré d’engendrer un héritier, confie la France à Marie. Le futur Louis XIV naîtra l’année suivante). Les données sur le comportement aux âges précoces sont parcellaires. Jean-Jacques Rousseau, qui a abandonné les cinq enfants qu’il a eus de sa lingère, écrit son fameux traité L’Émile ou de l’Éducation (1762) dans lequel il considère surtout l’enfant à partir de « l’âge de raison » vers 7 ans. Pourtant son opéra Le devin de village comporte un bel air au sujet d’un enfant, une rare exception dans l’art opératique. Il inaugure un champ qui inspirera de nombreux émules quoiqu’il régnât une étonnante ambiguïté sur le sujet. Madame de Genlis, qui écrit des traités d’Éducation pour assurer sa subsistance après la Révolution, ne mentionne ses deux enfants qu’à deux reprises dans ses mémoires en dix volumes (Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis sur le XVIIIe siècle et la révolution française, Paris, Ladvocat libraire, 1825). Dans l’opéra de Cherubini (1797) Médée tue ses enfants dans sa hargne, les considérant comme une arme contre son ennemi. La seule référence à la vision que je connaisse dans la littérature du dix-huitième siècle est celle de Georges Louis Leclerc, comte de Buffon (Histoire des animaux, œuvres complètes de Buffon, Paris Pourat frères éditeurs, 1863, Vol 8, p 373) qui consacre quelques lignes sur le sujet « les yeux des enfants se portent toujours du côté le plus éclairé de l’endroit qu’ils habitent ». L’attention portée au comportement du nourrisson, particulièrement dans la sphère visuelle, est récente. L’histoire moderne Les décennies qui suivent la deuxième guerre mondiale sont émaillées d’une production considérable de travaux concernant le nourrisson dans tous les domaines de la médecine néonatale et pédiatrique, de la psychologie et de la recherche fondamentale. Dans le domaine de la vision, Zazzo est peut-être le premier à fournir la démonstration des capacités visuelles néonatales à travers l’observation de l’imitation néonatale en 1945. « le jour où, jouant avec mon fils, je me suis amusé à lui tirer la langue. À mon grand étonnement le bébé me tira la langue à son tour. Puis il s’arrêta. Je recommençai, il recommence ». Cette observation jeta le trouble dans les théories de l’époque et s’inscrivit bientôt dans un vaste champ de recherche. Par une étude systématique avec 25 nouveau-nés il retrouve les résultats de l’observation anecdotique (Zazzo, 1957) Ces résultats seront confirmés presque 25 ans plus tard (Meltzoff & Moore, 1983). L’expérience largement reproduite a donné lieu à quelques contestations à propos d’autres mimiques (Anisfeld, Turkewitz, Rose, et al., 2001) (voir Hurley, 2005, pour une revue). Le débat et les recherches continuent sur ce sujet coruscant sur le terrain du cognitif (Soussignan, Courtial, Canet, Danon-Apter, & Nadel, 2011). Concernant les capacités visuelles, l’imitation néonatale démontre sans ambiguïté que l’enfant peut identifier et reproduire une mimique. L’imitation nfance n◦ 1/2014 21 22 François VITAL-DURAND révèle deux choses : l’enfant regarde pour apprendre au sujet des adultes et les scientifiques évaluent l’organisation et le fonctionnement cérébral (Meltzoff & Decety, 2003). Ces données ont suscité une floraison de travaux sur le développement visuo-cognitif qui débordent du cadre choisi pour cette revue. Citons par exemple les travaux fondateurs de Piaget (Piaget, 1947), de Vurpillot (1972) de Slater et Lewis (2007) et il faudrait en citer bien d’autres décrivant le rôle de la vision dans le développement sensorimoteur (Streri, 1991) et son incidence sur les modalités d’éducation spécialisée des enfants porteurs de handicaps (Bullinger, 2004). Ces premières données ont conduit à une exploration systématique de la structure du système visuel et de ses fonctions qui sont exposées maintenant : les études classiques sur le développement de l’œil, de ses propriétés optiques, de la rétine et du cortex visuel avant de passer au développement de la fonction, c’est-à-dire du regard, de l’acuité, de la stéréoscopie, du champ visuel etc. pour finir avec les considérations cliniques. Le développement du bulbe oculaire et du cortex visuel La nomenclature moderne a remplacé le terme de globe par celui de bulbe oculaire. À la naissance, son diamètre est de 16,5 mm pour atteindre 25 mm vers 4-5 ans. Cette croissance peu importante ne peut contribuer que de façon marginale à l’amélioration de l’acuité, à l’élargissement du champ visuel et aux autres fonctions visuelles. Les milieux optiques sont clairs, même si la transmission lumineuse vers la rétine s’améliorera quelque peu avec l’âge. Un changement plus significatif concerne la puissance optique du bulbe qui dépend de sa forme globale et de sa croissance. La plupart des enfants naissent avec un défaut de réfraction (amétropie), en l’occurrence une hypermétropie de deux dioptries (œil trop court) et un astigmatisme (œil ovoïde plutôt que sphérique). Cela n’altère pas les capacités fonctionnelles qui sont limitées par d’autres facteurs envisagés plus loin. Le fait remarquable est un processus actif d’émmétropisation, c’est-à-dire d’ajustement vers la normale qui modifie progressivement la croissance respective des éléments optiques de l’œil chez la plupart des yeux, pour atteindre l’emmétropie entre 5 et 7 ans. Une étude de population montre que la distribution des mesures, très étalées après la naissance, se resserre peu à peu autour de la normale (Mayer, Hansen, Moore, Kim, & Fulton, 2001). Quelques enfants naissent myopes, moins de 1 %, et davantage avec une hypermétropie excessive ou une réfraction différente dans les deux yeux (anisométropie). Malheureusement, l’anisométropie, la myopie, l’hypermétropie excessive et l’astigmatisme hors norme tendent à augmenter avec l’âge et font des porteurs des victimes désignées de l’amblyopie et du strabisme s’ils ne sont pas pris en charge avant l’âge d’un an (Deng & Gwiazda, 2012). À partir de l’âge scolaire, la myopie devient le défaut de réfraction le plus fréquent, qui progressera au-delà de l’âge adulte, favorisé par le travail rapproché. Certaines populations La vision du tout jeune enfant sont particulièrement atteintes (Saw, Katz, Schein, Chew, & Chan, 1996), le cas le plus spectaculaire étant représenté par les chinois Han du nord du pays (Sun, Zhou, Zhao, Lian, Zhu, et al., 2012). Le développement des aires visuelles ne peut être traité ici. On peut se référer à une publication antérieure (Vital-Durand, 2010). LES CAPACITÉS VISUELLES DU NOURRISSON La technique du regard préférentiel. L’étude expérimentale de la vision de l’enfant a pris un essor considérable à partir de l’observation de Fantz (Fantz, Ordy, & Udelf, 1962), qui prouve que le nourrisson préfère regarder un motif plutôt qu’un autre présenté sur une surface homogène. Cette assertion fonde les méthodes contemporaines de l’étude de la vision infantile. Teller de Washington University exploite la méthode pour élaborer un protocole psychophysique rigoureux, connu sous le vocable de forced-choice preferential looking regard préférentiel à choix forcé, parfois traduit maladroitement par « préférence visuelle » (Pouliquen, 2002) : l’expérimentateur doit choisir si l’enfant regarde vers la gauche ou la droite quand il est exposé à un stimulus présenté d’un côté d’une surface. Peu importe le critère retenu pour faire son choix, car, on le montrera plus tard, cela varie avec les individus et l’âge. Teller explore les diverses capacités visuelles (Brown & Teller, 1989) et la méthode connaît un succès foudroyant traduit par de nombreuses études comme, par exemple, celles de Held et son équipe au MIT (Held, Birch, & Gwiazda, 1980), ou de Atkinson, Braddick et leur équipe en Grande Bretagne (Atkinson, 1984), et ensuite dans de nombreux laboratoires, y compris en France. La plupart de ces avancées sont décrites dans le gros volume Early Visual Development, Normal and Abnormal, édité par Simons (1993). Les recherches firent le tour de ce qu’il était possible de mesurer avant de s’orienter vers des analyses épidémiologiques visant à déterminer les populations à risque de trouble visuel et la nature des prises en charge adaptées, en France par exemple par la création de Camsp spécialisés dans la déficience visuelle. Pour revenir à la méthode, si l’enfant regarde systématiquement le motif qu’on lui présente, c’est que le stimulus est au-dessus du seuil de perception. En d’autres termes, qu’il est suffisamment contrasté et composé de fréquences spatiales incluses dans son spectre de perception. L’expérimentateur fait varier chaque paramètre dont il détermine le seuil. Et cela peut être appliqué à la couleur, à la luminance, au mouvement, etc. Les premiers expérimentateurs étaient très attentifs aux biais expérimentaux possibles. Ils utilisaient des présentations aléatoires pour déterminer le seuil. En outre, les observations étaient réalisées par deux expérimentateurs dont les données étaient confrontées pour évaluer l’accord entre observateurs (Brown & Lindsey, 2009). Le débat s’ensuivit pour affiner la méthode en termes d’efficacité. Le simple regard préférentiel ou son association avec le choix forcé : faut-il déterminer si et nfance n◦ 1/2014 23 24 François VITAL-DURAND combien de temps l’enfant a fixé à droite ou à gauche ou doit-on se contenter de choisir si le stimulus est à droite ou à gauche selon des critères adaptés à l’âge et au caractère de chaque enfant. On se débarrasse alors de l’accord entre observateurs et on juge le niveau de bonnes réponses obtenues pour chaque valeur du stimulus. Cette méthode a prévalu. Il fallut des années pour s’assurer de la fiabilité de la méthode. L’enfant répond-il de façon optimale ou ne s’intéresse-t-il qu’aux stimulus saillants3 ? On essaya de renforcer la réponse de l’enfant avec une récompense, de type apparition d’une poupée ou d’un nounours quand la réponse était bonne (Birch & Hale, 1989). Cette lourde méthode ne modifia pas les résultats obtenus et fut vite abandonnée. Abramov, Hainline, Turkel, Lemerise, Smith, et al. mirent en œuvre la psychophysique du vaisseau spatial Rocket-ship psychophysics sur de jeunes enfants en les mettant dans une situation de science-fiction (Abramov, et al., 1984). La situation de conquête spatiale n’améliora pas leurs performances. La conclusion est que la détection du stimulus constitue un renforcement suffisant pour que l’enfant participe avec un bon niveau de coopération. La procédure des Cartes d’acuité. La procédure du regard préférentiel présente l’avantage que l’adulte qui pratique le test ne peut pas biaiser et ne peut pas conclure que l’enfant a vu le stimulus infraliminaire. Mais cela pose le problème de la durée de la session à cause de la capacité attentionnelle de l’enfant. D’où l’évolution de la méthode maintenant utilisée en clinique (Vital-Durand, 1996b). Les cartes d’acuité sont des panneaux cartonnés de 50 cm de long et 25 de large, imprimés sur une de leur moitié de rayures circulaires concentriques. Ces rayures ont un profil de luminance sinusoïdal atténué sur les bords et la luminance moyenne est égale à celle du fond. Il n’y a donc pas de contour. Un petit orifice pratiqué au milieu de la carte permet à l’observateur d’observer le regard de l’enfant. Les cartes sont présentées en ordre ascendant de fréquence spatiale. On commence donc avec un stimulus très facile à détecter puis on diminue progressivement la visibilité jusqu’au moment où le regard devient erratique. La dernière carte qui suscite le regard plusieurs fois de suite détermine le seuil. On commence l’examen en condition binoculaire et il se poursuit en condition monoculaire. Dans cette dernière condition, on peut observer que l’enfant répond moins bien, sa coopération étant altérée par le cache qu’il porte sur un œil. En clinique, l’usage le plus important des cartes d’acuité est de déterminer si l’enfant a une capacité visuelle ou pas, si faible soit elle et à quel niveau. Autrement dit, y a-t-il une capacité visuelle qui doit faire l’objet d’une éducation spécialisée, ou, dans les cas moins extrêmes, y a-t-il une limitation de l’acuité que l’examen de 3 Le décret de 1989 relatif à la réforme de l’orthographe recommande de ne plus mettre les mots d’origine étrangère au pluriel de leur langue d’origine mais de les adapter au français, ainsi, des stimulus, des fovéas, des thalamus, etc. La vision du tout jeune enfant la réfraction permettrait de corriger ? Enfin, dans les cas d’amblyopie, le suivi de l’évolution de l’acuité permet d’ajuster le traitement occlusif et de conforter les parents dans l’observance de la prescription pour récupérer l’amblyopie. Dans les cas les plus courants on détermine si l’acuité est équilibrée et à un niveau normal. Aujourd’hui, la mesure de l’acuité d’un enfant préverbal par les cartes d’acuité ne prend pas plus de cinq minutes à une personne entraînée, davantage bien sûr dans les cas difficiles (Gwiazda, Brill, Mohindra, & Held, 1980). Cela a permis une large diffusion de la méthode, à l’hôpital comme en milieu libéral (Vital-Durand, 1996a) pour déterminer le niveau d’acuité (Qiu, Li, & Yan, 2011). On examinera plus tard les conséquences à en tirer. L’acuité (résolution spatiale) L’acuité est mesurée dès les premiers jours ainsi que sa progression (Brown & Yamamoto, 1986). Dans les études initiales de Teller les cartes étaient présentées dans un ordre aléatoire à une distance fixe de l’enfant et le visage du porteur était masqué par un écran pour s’assurer qu’il n’incite pas le regard du nourrisson. Dans ces conditions, l’acuité d’un enfant de 3 mois était de 1/10 et augmentait jusque vers 6 mois (2/10) puis faisait une pause jusqu’à un an avant d’augmenter à nouveau. Cette pause du développement de l’acuité était troublante. Certains firent l’hypothèse que l’acuité initiale était assurée par des structures visuelles sous-corticales, comme le colliculus supérieur. Vers un an d’âge, le cortex prenait le relais. Il s’agissait en fait d’un artefact produit par les cartes d’acuité de Teller dont les intervalles étaient irréguliers, aucune carte ne correspondant à l’intervalle entre 6 mois et un an. Il suffisait de varier la distance de présentation pour montrer que le développement est parfaitement linéaire (Vital-Durand, 1992). Cela supposait de s’affranchir de la crainte que le porteur de l’enfant n’oriente celui-ci, même inconsciemment. Ainsi l’enfant atteint 4/10 vers un an et près de 10/10 vers 3 ans. Mais il s’agit d’une acuité de résolution, l’acuité morphoscopique ou de reconnaissance de la forme n’atteint 10/10 que vers 5 ans et culmine vers 8-10 ans (Drover, et al., 2008). L’acuité Vernier L’acuité Vernier est la capacité de distinguer l’alignement de deux traits. Cette acuité dépasse aisément 10/10 et appartient donc au registre des hyperacuités. Elle repose sur la mise en œuvre de nombreux photorécepteurs d’une zone rétinienne étendue, de l’ordre de 8◦ . Le traitement du signal permet de percevoir un déplacement inférieur au diamètre d’un seul cône rétinien, même fovéal. Cette acuité est d’apparition très précoce. Des enfants de 2 à 9 mois ont été testés avec un motif vernier en mouvement et ensuite avec la méthode du regard préférentiel. Il en ressort que l’acuité vernier est même supérieure à l’acuité de résolution dès 3 mois d’âge (Shimojo, Birch, Gwiazda, & Held, 1984). nfance n◦ 1/2014 25 26 François VITAL-DURAND Le champ visuel L’orientation du regard a aussi été utilisée pour mesurer l’étendue du champ visuel (Mohn & Van Hof-Van Duin, 1986 ; Schwartz, Dobson, Sandstrom, & van Hof-van Duin, 1987). L’observateur adulte est derrière un écran percé d’un œilleton et l’assistant introduit très lentement une cible à partir de la périphérie le long de 8 axes. L’étude initiale répétait la stimulation des centaines de fois pour obtenir, au cours de multiples sessions, une statistique fiable. Le champ visuel s’étend de quelque 20◦ de chaque côté du point de fixation vers un mois d’âge pour atteindre une étendue proche de celle de l’adulte vers un an (Mayer, Fulton, & Cummings, 1988). Notons cependant que dans la vie courante, l’utilisation du champ visuel résulte d’un apprentissage qui s’étend sur toute l’existence en fonction des taches. La stéréoscopie Elle permet la perception des objets en trois dimensions et leur position dans l’espace à partir de plusieurs indices. Le principal est la disparité binoculaire, c’est-à-dire l’exploitation de la différence de point de vue des images perçues par chaque œil puisqu’ils sont séparés de 6 à 7 cm. La différence est traduite en profondeur par le mécanisme perceptif. Ce phénomène est exploité en clinique, et en art, en utilisant des stéréogrammes de points aléatoires, maintenant appelés randots, abréviation de Random Dot Stereograms. Ces motifs ne peuvent pas être perçus de façon monoculaire. La perception des motifs requiert la stéréoscopie qui est assurée par le cortex visuel (Cumming & DeAngelis, 2001). Seules les cellules binoculaires de l’aire V1 (ou 17) peuvent différencier les images de chaque œil. Les études initiales chez l’enfant utilisaient l’électroencéphalographie pour mettre en évidence la différence des réponses à une stimulation plane ou 3D (Braddick, Atkinson, Julesz, Kropfl, Bodis-Wollner, et al., 1980). On observe dès le deuxième mois une modulation de la réponse à la disparité rétinienne. Peu après, la méthode du regard préférentiel permettait d’observer une orientation systématique du regard vers le stimulus 3D à partir du 4e mois (Birch, Gwiazda, & Held, 1982). De façon curieuse, les filles précédaient les garçons d’une semaine ! La stéréoscopie progresse rapidement et asymptote vers les valeurs adultes entre 10 et 12 ans (Romano, Romano, & Puklin, 1975). Le facteur limitant de la stéréoscopie chez l’enfant est la conséquence probable de leur faible sensibilité au contraste (Brown & Lindsey, 2009). La maturation de la stéréoscopie est dépendante de la stimulation visuelle comme le montre une étude récente qui présente à des enfants nés prématurément des randots dynamiques et mesure la latence des Potentiels Évoqués Visuels (PEV) à des stimulus à inversion de motif (pattern reversal stimuli) (Jando, Miko-Barath, Marko, Hollody, Torok, et al., 2012). Les enfants nés deux mois prématurément présentent une vision binoculaire 4 mois après leur naissance (4,07 mois), c’est-à-dire après le même intervalle de temps après la naissance que les enfants La vision du tout jeune enfant nés à terme (3,78 mois), la légère différence n’étant pas significative. Donc, en dépit de l’immaturité des voies visuelles, bien démontrée par la latence augmentée des PEV, ces données montrent que le cortex visuel est remarquablement équipé pour traiter les signaux visuels dès la naissance, fut-elle prématurée. Un test destiné à la clinique a été proposé par Lang qui permet de mettre en évidence la stéréoscopie à partir de 7-8 mois (Lang, 1983). C’est le test de Lang ou de Bébé Vision Tropique (Vital-Durand & Ayzac, 1996). Un randot est présenté sur un support rigide de format carte postale. Il est imprimé sous un réseau ligné, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’indices monoculaires. L’enfant pointe sur le motif qu’il perçoit. Le test est contraint par la coopération de l’enfant qui peut refuser de pointer et par le contrôle de son geste de pointer qui dépend de la perception de son corps propre sense of self, faisant allusion à la notion de schéma corporel (Yonas, Cleaves, & Pettersen, 1978). De cette prise de conscience et de contrôle de son corps dépend sa capacité à traduire une perception par un acte visuellement guidé. L’accommodation On a longtemps écrit que l’accommodation était pauvre ou absente chez le très jeune enfant. Mais à quoi servirait l’accommodation chez un enfant de deux mois dont l’acuité est inférieure à 1/10e ? Il est maintenant bien établi que l’accommodation et la convergence sont limitées jusque vers le 3e mois, mais dès cet âge ces fonctions s’améliorent très vite (Hayes, Cohen, Rouse, & De Land, 1998 ; Haynes, White, & Held, 1965). Sans doute, il reste difficile de déterminer quel est le facteur limitant à cet âge : est-ce plutôt l’acuité, dépendante de l’agglomération des segments externes de cônes dans la fovéa, l’accommodation ou la convergence ? Plusieurs études pointent que l’acuité devrait permettre une meilleure réponse que ne le permettrait l’accommodation (Sokol, Jones, & Nadler, 1983 ; Sokol, Moskowitz, & Paul, 1983). La plupart du temps les enfants sont mesurés à courte distance (Gwiazda, Brill, Mohindra, & Held, 1980), mais une belle étude a présenté le stimulus à une distance de 20 pieds (6 mètres) à des enfants de 1,5 mois à 9 mois (Cornell & McDonnell, 1986). Elle montre que l’acuité angulaire, rapportée à la fréquence spatiale présentée dans un degré d’angle visuel, est identique quelle que soit la distance. L’acuité est donc indépendante de la distance : l’accommodation n’est pas un facteur limitant de l’acuité chez le nourrisson. Une mesure directe de l’accommodation sur une population âgée de 2 mois à un an confirme que les enfants accommodent à la distance, au moins pour les sujets emmétropes, les myopes et les hypermétropes excessifs manifestant des styles accommodatifs variés (Hainline, Riddell, Grose-Fifer, & Abramov, 1992). Alors d’où vient l’idée que les enfants ne regardent pas les objets distants ? Trois raisons à cela. La première est que les objets lointains ne projettent qu’une petite image sur la rétine et ne sont donc pas saillants. Ensuite, l’objet lointain doit être isolé de son environnement, c’est le problème de la ségrégation de la nfance n◦ 1/2014 27 28 François VITAL-DURAND forme du fond, autant cognitif que perceptif. Enfin, l’enfant s’intéresse à l’objet qu’il peut attraper, c’est la notion d’espace haptique ou de préhension. Dès le 4e mois l’enfant utilise la stéréoscopie pour évaluer la distance, un élément important pour susciter son attention (Kavsek, Yonas, & Granrud, 2012 ; Yonas, Pettersen, & Granrud, 1982). Sensibilité au contraste La sensibilité au contraste est médiocre chez le jeune enfant mais s’améliore rapidement avec l’âge (Atkinson, Braddick, & Moar, 1977 ; Brown, 1997 ; Norcia, Tyler, & Hamer, 1990). Comme pour la plupart des autres paramètres de la vision, des valeurs élevées sont observées vers 3 à 5 ans pour se rapprocher des valeurs adultes vers 7 ans, quoique certains auteurs placent l’asymptote vers l’adolescence (Gwiazda, Bauer, Thorn, & Held, 1997 ; Leat, Yadav, & Irving, 2009). Mais cette médiocre sensibilité au contraste a-t-elle un impact sur le comportement ? Si le niveau de sensibilité au contraste d’un enfant de 3 mois serait handicapant pour un adulte, il ne constitue pas un facteur limitant de la perception à ce jeune âge, au même titre que les autres incapacités affectant le langage, la marche, les mouvements indépendants des doigts etc. Son environnement ne requiert pas qu’il distingue des nuances de contraste. La perception des couleurs Les études par Potentiels Évoqués Visuels démontrent que les signaux chromatiques sont discernables dès 2 mois dans le cortex visuel primaire (Dobson, 1976). De larges revues sur la littérature psychophysique de l’émergence de la vision des couleurs sont résumées ici. La difficulté à ce jeune âge est d’égaliser la luminance relative du stimulus chromatique à la référence achromatique pour s’assurer que la réponse n’est pas due au contraste. Notre étude (Knoblauch, Vital-Durand, & Barbur, 2001) met en œuvre un stimulus déjà utilisé (Barbur, Birch, & Harlow, 1993) dont le bruit achromatique est modulé temporellement aussi bien que spatialement. La technique du regard préférentiel expose l’enfant à un bruit de luminance aléatoire qui a pour but de masquer un artefact possible de luminance qui pourrait résulter d’une différence individuelle de sensibilité et ou d’une variation de celle-ci à la luminance liée à l’âge (Bieber, Kaplan, Rosier, & Werner, 1997 ; Bieber, Volbrecht, & Werner, 1995). Les résultats montrent que dès le troisième mois on obtient une orientation systématique du regard vers le stimulus coloré et ceci dans les trois directions de l’espace chromatique, donc sans préférence pour une teinte ou une autre. La sensibilité augmente linéairement jusque vers 4 à 6 ans et asymptote vers l’adolescence. D’autres observations comportementales montrent que l’enfant distingue un jouet sur la base de sa couleur dès le quatrième mois (Franklin, Pilling, & Davies, 2005). La vision du tout jeune enfant Le problème s’est encore posé de savoir si l’enfant coopérait de façon optimale à ce genre d’épreuve. Même testés dans des conditions de jeu vidéo pour optimiser leur coopération, les enfants de 6 ans restent un peu moins sensibles aux couleurs que les adultes (Abramov, Hainline, Turkel, Lemerise, Smith, et al., 1984). L’amélioration des performances se poursuit donc jusque vers l’adolescence et décline modestement avec l’avancée en âge (Knoblauch, Vital-Durand, & Barbur, 2001). Ainsi, le développement de la sensibilité aux couleurs suit le même décours que celui de la sensibilité au contraste, suggérant qu’ils dépendent des mêmes facteurs rétiniens. La motilité oculaire Un nouveau-né peut aisément suivre du regard un objet saillant déplacé lentement, très lentement, en face de ses yeux, pourvu qu’il ne soit pas ébloui par le niveau d’éclairage ambiant généralement élevé dans les chambres d’hôpitaux. Le nouveau-né est photophobique et le restera plusieurs mois. On utilise un stylo-lampe comme stimulus pour déclencher une réponse coordonnée des yeux et de la tête. L’exécution de saccades et de la poursuite lisse s’observe au bout de quelques semaines et s’affine rapidement ensuite. Les saccades deviennent précises vers le deuxième mois et ressemblent à celles de l’adulte dès le 7e mois. Si on suscite une saccade de grande amplitude, l’enfant peut tourner la difficulté en effectuant plusieurs petites saccades successives, mais on peut observer des saccades de près de 40◦ , pas forcément très précises (hypométriques) (Harris, Jacobs, Shawkat, & Taylor, 1993). Cependant, la latence de la saccade est lente à maturer, jusqu’audelà de 7 à 10 ans (Yang, Bucci, & Kapoula, 2002). La saccade est le plus précoce et le plus fréquent de tous les gestes puisque l’on en exécute près de 100 000 par jour sans pour autant ressentir une fatigue notable des muscles extra-oculaires en fin de journée. Plusieurs paramètres de la saccade peuvent être affectés par des troubles neurologiques, particulièrement le strabisme (Tychsen & Lisberger, 1986 ; Kapoula, Bucci, Eggert, & Garraud, 1997). On observe des épisodes de poursuite lisse vers 3 semaines, mais ils restent imparfaits jusque vers le 5e mois (Aslin, 1981). Dès cet âge, le gain de la poursuite, la quantité de déplacement des yeux par rapport à celui de la cible atteint 0,8. L’asymptote n’est pas encore atteinte à 18 mois. Les résultats sont affectés par la vélocité et la taille du stimulus (Pieh, Proudlock, & Gottlob, 2012). Dès 6 mois et au-delà, les rattrapages ou surcharges saccadiques deviennent un signe diagnostic car ils accompagnent un déficit de la vision binoculaire stéréoscopique survenu avant la fin de la période sensible de cette fonction que l’on situe autour de 18 mois, peut-être même plus tôt. Cela concerne l’enfant strabique ou atteint de lésion du lobe temporal ou frontal (Heide, Kurzidim, & Kömpf, 1996). La programmation neuronale de la poursuite lisse est plus complexe que celle des saccades et donc plus encline à être déficitaire. nfance n◦ 1/2014 29 30 François VITAL-DURAND Enfin, les mouvements de vergence accommodative sont très précoces (Aslin & Dumais, 1980) et deviennent presque adultes vers le 4e mois (Slater & Findlay, 1975 ; Tondel & Candy, 2008). La capacité d’accommodation convergence si puissante qu’elle inquiète parfois quand on voit un enfant converger sur un objet à quelques centimètres de ses yeux. Il reste cependant dans la gamme de ses possibilités physiologiques qui vont bientôt diminuer avec l’âge. Signalons enfin que la convergence est affectée par le niveau de vigilance, ce qui fait dire que l’enfant louche jusque vers 3 mois, ce qui est faux, mais il est surtout vrai qu’il ne fixe pas en permanence. Le nystagmus optocinétique (NOC) C’est un mouvement stéréotypé des yeux, observé quand ils sont exposés à un stimulus de grande dimension déplacé lentement et régulièrement. Il consiste en une alternance de mouvements de poursuite dans la direction du déplacement du stimulus et de saccades de retour dans la direction opposée. La composante saccadique est balistique, c’est-à-dire qu’elle ne peut plus être modifiée en direction ou vélocité après avoir été initiée. Son pic de vélocité peut atteindre 400deg/sec2 chez l’adulte. Dans la vie quotidienne, la composante lisse stabilise la perception de l’environnement sur la rétine, comme quand on regarde le paysage par la vitre du train. Au laboratoire, le NOC est utilisé pour mesurer les capacités du sujet de tout âge. En condition binoculaire, le NOC est observé au bout de quelques semaines et il peut servir à mettre en évidence un reste visuel chez un nourrisson qui ne répond pas aux cartes d’acuité (Van Hof, Van Duin, & Mohn, 1983). Dans ce cas, la vélocité ne doit pas excéder 10deg/sec2 . Comme avec les cartes d’acuité, une réponse, si ténue soit-elle, indique que l’enfant voit quelque chose. En clinique, le NOC permet d’évaluer la maturation des voies optiques. Il est surtout pratiqué en condition monoculaire. Pendant les premiers mois de la vie, le NOC est asymétrique en condition monoculaire. La réponse n’est obtenue que pour un stimulus se déplaçant de la périphérie vers le centre, c’est-à-dire dans la direction temporonasale. Une stimulation dans la direction opposée ne déclenchera une réponse qu’à partir de 4 ou 5 mois et la réponse devient symétrique après un an (Atkinson, 1979 ; Naegele & Held, 1982). Cette asymétrie précoce de la réponse résulte du fait que le signal issu de la rétine dans chaque direction de stimulation ne suit pas le même parcours neurologique. Explication. Chez les animaux à yeux latéraux, comme le lapin par exemple qui n’a qu’un tout petit champ de vision binoculaire au-dessus de la tête, le stimulus temporonasal codé par la rétine est directement transmis aux noyaux du tractus optique et au noyau dorsal terminal du tractus optique accessoire, une voie courte. Chez les animaux plus évolués et chez l’homme, avec la frontalisation des yeux et l’expansion corticale de la représentation du champ visuel binoculaire, la réponse à un stimulus nasotemporal emprunte la voie corticale qui assure la vision binoculaire, l’aire V1. De cette aire corticale, La vision du tout jeune enfant une projection transmet le signal vers le tractus optique et sa suite (Distler & Hoffmann, 1993). La maturation de cette voie corticale est retardée par rapport à celle de la voie plus directe, sous-corticale, de la réponse à un stimulus temporonasal. Ce passage obligé par le cortex qui assure la vision binoculaire explique pourquoi, chez les personnes atteintes de déficit de la vision binoculaire, le plus souvent par strabisme précoce, le NOC monoculaire reste asymétrique par défaillance de la réponse à la stimulation monoculaire nasotemporale. En clinique, l’asymétrie du NOC monoculaire permet donc de déterminer si le strabisme est intervenu avant ou après la maturation de la fonction binoculaire. La coordination visuomotrice Le contrôle de la position des yeux peut être observé dès la naissance, même chez l’enfant né prématurément. Le premier comportement oculomoteur est la fixation, bientôt suivi par les mouvements lents de poursuite. On peut observer cette poursuite dès la naissance, sous réserve de se placer dans un environnement faiblement éclairé et de déplacer le stimulus très lentement. La fixation se développe avec la concentration des segments externes des cônes qui se groupent pour former la fovéa. Pendant les premiers mois, la fixation reste imprécise, car la fovéa se forme progressivement au cours des premières années (Thorn, Gwiazda, Cruz, Bauer, & Held, 1994). C’est important en clinique car il est difficile de diagnostiquer un strabisme à petit angle avant 7-8 mois, l’âge auquel la fixation devient précise (Harris, Jacobs, Shawkat & Taylor. 1993). Avec la maturation, les mouvements oculaires deviennent de plus en plus précis et guident la main avec une précision accrue (Bloch & Carchon, 1992). Dès le 4e mois l’enfant déplace sa main devant ses yeux, se met à attraper et oppose le pouce et l’index pour former la pince manuelle, une étape cruciale qui le distingue du grand singe qui ne franchit pas cette étape. Les mouvements indépendants des doigts apparaîtront plus tard, le pointage vers 8 mois. Une autre étape significative intervient vers le 8e mois, le transfert d’intentionnalité. L’expérimentateur demande à l’enfant « regarde maman » en pointant vers le visage de celle-ci. L’enfant comprend la commande et ne regarde pas le bout du doigt pointeur mais le visage maternel. Ce comportement est un bon indice du développement psychomoteur, son absence peut faire suspecter un autisme précoce. Considérations cliniques En principe l’enfant est examiné par l’obstétricien ou la sage-femme qui note si les yeux apparaissent normaux et recherche le point ou nuage blanc qui indiquerait une cataracte congénitale. Il reste beaucoup à faire dans ce domaine pour répondre à la bonne volonté des mayeuteurs (Sarda, et al., 2013). Ensuite, le pédiatre ou généraliste en charge de l’enfant doit suivre l’évolution de son comportement visuel. L’étape du deuxième mois est cruciale, avec l’apparition du nfance n◦ 1/2014 31 32 François VITAL-DURAND sourire social et de l’échange visuel intense et soutenu comme on l’a indiqué avec Samuel dans l’introduction historique. L’absence de ce comportement d’échange, a fortiori un nystagmus ou une errance du regard, justifie un recours rapide au spécialiste. Si l’enfant doit être pris en charge, il n’est jamais trop tôt, ne fut-ce que pour soutenir les parents. On peut équiper un enfant myope de lunettes dès le 4e mois, et avant de lentilles, si nécessaire. L’examen du comportement visuel de l’enfant devient aisé et précis vers 8 à 9 mois. Il permet d’évaluer rapidement l’acuité, la stéréoscopie, la motilité oculaire, le champ visuel et de pratiquer la panoplie de l’examen orthoptique. L’examen de la vision stéréoscopique ne prend pas plus de deux minutes. Un résultat positif indique qu’il n’y a pas d’amblyopie ni de strabisme. L’évaluation de la réfraction, qui recherche l’hypermétropie excessive, la myopie ou l’astigmatisme est de plus en plus accessible avec des instruments conviviaux. Le défaut de réfraction, qui ne donne pas de signe, est le principal facteur de risque d’amblyopie et de strabisme et il peut aisément être corrigé par la paire de lunettes (Leat, 2011). Donc, l’examen orthoptique précoce avec réfraction devrait être largement pratiqué. L’âge idéal pour cet examen se situe vers 9 mois, pour 3 raisons. D’abord l’enfant de cet âge est très coopérant. Ce ne sera plus le cas après un an, quand l’enfant manifeste la conscience de sa personne et la crainte de l’étranger (Rochat, 1995). Deuxièmement, l’enfant de 9 mois ou moins accepte facilement le port de la lunette, qui « rentre dans son corps » avec les couches, les vêtements et le chapeau. Sous réserve que la paire de lunettes choisie soit adaptée à sa morphologie faciale plutôt qu’aux desiderata des parents. Enfin, le 9e mois se situe au milieu de la période sensible du développement des fonctions visuelles (Vital-Durand & Ayzac, 1996). Si l’occlusion d’un œil est prescrite pour récupérer une amblyopie, l’efficacité du traitement est maximale, donc sa durée est réduite et l’enfant l’accepte facilement, d’autant que l’amblyopie étant encore modérée, l’occlusion ne constitue pas une gêne fonctionnelle importante. Les observations indiquent que le traitement précoce est plus efficace et mieux accepté. Le débat actuel porte sur les meilleurs moyens de dépistage ou de surveillance (Cole, Beck, Moke, Celano, Drews, et al., 2001 ; Williams, Northstone, Harrad, Sparrow, & Harvey, 2002). Du point de vue de la Santé Publique, il est important de convaincre les parents et les pédiatres qu’un dépistage précoce, un traitement approprié et une correction optique sont tout bénéfice. Surtout avant le fin de la première année ; car au cours des deux suivantes l’enfant se prête moins bien à l’examen, c’est l’âge du « non ». Ensuite, dès 3 ans, l’examen redevient aisé et le traitement reste possible, quoique plus lourd. À 5 ans, la récupération restera partielle et risque d’être instable. L’amblyopie ou œil paresseux Les deux yeux sont en compétition pour contrôler les territoires corticaux visuels, les fameuses « colonnes ou feuillets » de dominance oculaire. Vienne un œil à subir La vision du tout jeune enfant une avanie, de type strabisme, myopie ou hypermétropie excessive, le cerveau supprime l’accès de l’œil pénalisé au cortex visuel. Le cas le plus fréquent est l’hypermétropie excessive. Ce phénomène s’observe pendant toute la période sensible, des premiers mois jusque vers 5-7ans. Il ne donne le plus souvent pas de signe, sauf le strabisme, mais celui-ci peut être « à petit angle », donc non détectable en dehors d’un examen par un spécialiste. L’amblyopie est évitée par le port précoce de lunettes, et se récupère par une occlusion de l’œil sain destinée à rétablir la connexion de l’œil amblyope. L’amblyopie a beaucoup régressé depuis la généralisation des examens précoces. Le déficit visuel d’origine centrale Les soins précoces délivrés à l’enfant né très prématurément, en dessous de 800 grammes, ont conduit à une augmentation de la prévalence des déficits visuels accompagnant souvent des séquelles neurologiques. Outre la rétinopathie des prématurés (Bossi & Koerner, 1995), les hémorragies néo- ou périnatales provoquent une variété de lésions cérébrales, une forme commune étant la leucomalacie périventriculaire. Ces enfants présentent des troubles de l’attention visuelle, des stratégies de l’exploration visuelle et une restriction des empans visuels attentionnels. L’acuité et la réfraction peuvent être normales mais les capacités cognitives sont affectées. Ils n’investissent pas leur attention sur le stimulus, au point de paraître aveugles (Cioni, et al., 1997). Ils doivent être diagnostiqués précocement (Lehman, 2012 ; van Genderen, Dekker, Pilon, & Bals, 2012) et leurs capacités visuelles évaluées précisément pour déterminer le type d’éducation spécialisée dont ils doivent bénéficier (Atkinson & Braddick, 2012 ; Guzzetta Fazzi, et al., 2001). Leur futur dépend de façon critique de cette évaluation qui permettra de stimuler ce qui est épargné des capacités visuelles (Cioni, D’Acunto, & Guzzetta, 2011 ; Hyvarinen, Walthes, Freitag, & Petz, 2012), et pour activer les processus de plasticité dont le système est capable les premières années, comme le montre un nombre croissant de travaux à l’échelle moléculaire (Guzzetta, et al., 2010). L’attention visuelle Les jeunes enfants collectent de l’information dans leur environnement mais la dynamique de ce comportement est mal connue. Les scientifiques se sont longtemps cantonnés dans l’exploration des paramètres mesurables comme le regard et l’attention. Avec l’utilisation d’une variété de Potentiels Évoqués Visuels (PEV), les PEV stationnaires (steady-state visual evoked potentials (SSVEPs)), (Robertson, Watamura, & Wilbourn, 2012) on observe que la séquence des points de fixation en condition libre reflète un biais qui tend à dégager la fixation de cibles précédentes, qui accompagne une redirection de l’attention et déclenche une fixation vers un point nouveau. Cela revient à une exploration efficace de l’environnement sans qu’il s’agisse d’un plan déterminé d’exploration en temps réel. nfance n◦ 1/2014 33 34 François VITAL-DURAND L’électro-oculographie est désormais répandue en laboratoire pour décrire l’évolution des stratégies oculaires mais cette technique n’a pas investi la clinique. Une publication récente décèle les prémices d’une évolution de type autistique dès le 2e mois à partir de l’évitement du regard (Jones & Klin, 2013). Et que penser des écrans qui envahissent la vie quotidienne ? L’exposition prolongée aux écrans a suscité récemment une inquiétude, quel que soit le type d’écran, télévision, ordinateurs et toutes les consoles de jeux ou de communication. Jusqu’ici, il n’y a pas dans la littérature internationale d’indications spécifiques de la dangerosité de ces écrans pour le système visuel. En revanche, il apparaît que l’utilisation de ces nouvelles formes de stimulation favorise certaines catégories d’attention visuelle, de perception du mouvement et des stratégies de recherche visuelle et de coordination oculomanuelle. Des jeux vidéos ont même été prescrits comme adjuvant de la thérapie par occlusion de l’amblyopie (Bau, Rose, Pollack, Spoerl, & Pillunat, 2012 ; Kampf, Shamshinova, Kaschtschenko, Mascolus, Pillunat, et al., 2008). La littérature rapporte quelques cas d’asthénopie qui pourraient être dus à la 3D. Dans ces cas, l’asthénopie transitoire peut révéler une hétérophorie (difficulté de convergence) mais celle-ci n’est pas provoquée par la 3D. Alors que les paramètres de la 3D sont conformes aux capacités adaptatives de la plupart des sujets, ces capacités varient avec les individus. Ceux qui ne supportent pas la 3D devraient donc s’en abstenir, mais il n’a pas été constaté de conséquence délétère durable à une exposition à la 3D. Alors faut-il priver les enfants de 3D ? La réponse n’est pas claire, en l’absence de données. On peut faire l’hypothèse qu’une exposition précoce à la 3D favoriserait le processus d’accommodation/convergence nécessaire à la fusion des images de chaque œil. Par précaution, certaines compagnies recommandent de ne pas exposer les enfants de mois de 6-7 ans (Howarth, 2011). Un argument plus inquiétant concerne le contenu et la durée d’exposition aux jeux vidéo qui seraient plus délétères que l’exposition à l’écran. En effet, plus l’enfant passe du temps devant son écran moins il pratique des activités physiques et sociales et vit dans un monde virtuel où la violence est banalisée. De très nombreuses données ont été collectées qui mettent en évidence le désastre d’une exposition aux écrans de plus d’une heure par jour, le plus souvent sans contrôle parental (Desmurget, 2011). CONCLUSION La plupart des connaissances sur le développement visuel de l’enfant ne datent que de quelques décades et ces découvertes ont conduit à des applications cliniques, maintenant assez bien généralisées. La considération de santé publique consiste à informer le mieux possible les pédiatres et généralistes, mais aussi les acteurs de crèche et les parents pour qu’ils repèrent les anomalies du regard. Le dépistage consisterait à examiner tous les 35 La vision du tout jeune enfant enfants à des âges précis, une entreprise titanesque vouée à l’échec car trop peu productive. Mais quel serait le meilleur programme à mettre en œuvre ? Les programmes nationaux varient largement. Ils incluent tous les professionnels qui entourent l’enfant, pédiatres et généralistes, orthoptistes au premier plan, optométristes dans les pays où ils sont reconnus, ophtalmologistes évidemment, mais aussi les autres professionnels qui prennent soin de l’enfant. On ne peut que faire le vœu que la surveillance et la prise en charge des défauts de vision de l’enfant deviennent organisés et disponibles à tous puisque les moyens existent et ne représentent pas des coûts élevés (Pai, et al., 2012). RÉFÉRENCES Abramov, I., Hainline, L., Turkel, J., Lemerise, E., Smith, H., Gordon, J., et al. (1984). Rocket-ship psychophysics. Invest Ophthal Vis Sci, 25, 1307-1315. Anisfeld, M., Turkewitz, G., Rose, S. A., et al., E. (2001). No compelling evidence that newborns imitate oral gestures. Infancy, 2(1), 11-122. Aslin, R. N. (1981). Development of smooth pursuit in human infants. In D. F. Fischer, R. A. Monty & J. W. Senders (Eds.), Eye movements: cognition and visual perception. (pp. 31-51). 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