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DOSSIER Espagne, la coopération multiformes L’Espagne est le pays européen qui compte le plus grand nombre de coopératives et d’entreprises de travail associé. Loin d’être unique, le modèle s’est adapté au fil du temps selon les régions et au gré de l’évolution économique et sociale. L e paysage coopératif en Espagne ressemble à un manteau d’Arlequin, coloré et composé de pièces très diverses ! Si en France, une Scop de PoitouCharentes ressemble fort à une Scop du Nord-Pas-de-Calais ou du Limousin, de l’autre côté des Pyrénées, il peut y avoir des différences non négligeables entre une coopérative de travail associé de Catalogne et une coopérative de travail andalouse, sans parler des points de divergence avec une sociedad laboral (Sal ou Sales au pluriel) de Galice, un autre modèle d’entreprise participative. Les différences de statuts se superposent en effet aux pratiques variées de chaque région autonome, qui sont directement en charge du développement des coopératives. Si des lois nationales (1991 et 1999 pour les coopératives, 1986 et 1997 pour les Sales) fixent le cadre général, des lois régionales favorisent l’adaptation au niveau local. Par leur histoire, des provinces sont particulièrement attentives aux coopératives, comme la Catalogne, l’Andalousie, le Pays Basque ou la communauté de Valence. Cette adaptabilité des principes coopératifs aux contextes régionaux et aux besoins différents des entrepreneurs est l’un des facteurs qui a permis un essor de ce modèle unique en Europe. Un exemple pour les coopératives en Europe Aujourd’hui, l’Espagne est le pays européen qui compte le plus grand nombre d’entreprises coopératives et participatives . Elle rassemble près de 23 000 coopératives de travail associé, organisées plutôt sur le modèle des Scop françaises au sens des modalités de vote en assem- Participer 637 octobre / novembre / décembre 2010 • 13 DOSSIER blée générale et de l’impartageabilité des réserves. Nées dans les années 80, et donc de création juridique plus récente, les sociétés anonymes de travailleurs - sociedades laborales - sont aujourd’hui au nombre de 3 000 SA, et jusqu’à 12 000 dans leur formule de sociétés à responsabilité limitée. Le poids en salariés est lui aussi important : 240 000 pour les coopératives et 86 000 pour les Sales. Les coopératives s’expriment dans Empresa y Trabajo Recevoir votre magazine Participer en langue bretonne ou occitane, ce n’est pas encore à l’ordre du jour ! Mais en Espagne, nos confrères d’Empresa y Trabajo, le journal d’informations de la Coceta, la Confédération des coopératives de travail associé, publient quelques pages en catalan. Ce n’est que depuis 2006 que l’on peut lire Empresa y Trabajo. « A cette époque, explique Mariana Vilnitzky, chargée de communication, la Coceta a décidé de créer un journal, pour mieux exposer les bonnes idées des coopératives de travail, en essayant de toucher les coopérateurs eux-mêmes bien sûr, mais aussi le public qui ne connaît pas encore les mécanismes coopératifs. » Autre particularité, chaque région autonome a sa propre page d’informations où les fédérations régionales et les coopératives locales peuvent donner leur éclairage sur ce qui se passe sur le terrain. Chaque région a son correspondant sur place. Selon Mariana Vilnitzky, ce sont les pages les plus lues du journal. Tous les deux mois, Empresa y Trabajo diffuse ainsi plus de 30 000 exemplaires, pour une grosse moitié à destination des membres des coopératives et des agents des administrations locales, et pour l’autre moitié en direction des étudiants, des centres de recherche d’emploi ou des agences de développement économique. Les lecteurs français ou internationaux peuvent aussi retrouver Empresa y Trabajo sur le net : www.empresaytrabajo.coop 14 • octobre / novembre / décembre 2010 Participer 637 « Il existe une différence fondamentale entre les coopératives de travail et les Sales, explique Isabel Vidal, présidente du CIES, centre de recherches sur l’économie et la société à Barcelone. Les premières sont, comme les Scop, des sociétés de personnes (1 personne = 1 voix) tandis que les deuxièmes sont des sociétés de capitaux (1 euro = 1 voix). Mais dans les deux cas, ce sont les salariés-associés qui détiennent la majorité du capital et donc qui prennent les décisions. » De même, les Sales se sentent comme les coopératives pleinement partie prenante de l’économie sociale, et leur confédération, la Confesal, est membre de la Cecop (confédération européenne des coopératives de production), au même titre que la Coceta, qui représente en Espagne les coopératives de travail. Avant 1997, les Sales avaient conquis leur légitimité économique, en reprenant des entreprises, notamment publiques, en difficulté. « L’exemple le plus célèbre est celui de la reprise de la société de bus de la communauté de Valence en 1964, précise Marc Mathieu, secrétaire général d’EFES (Fédération européenne de l’actionnariat salarié). Petit à petit, les sociedades laborales sont devenues un modèle de création et de reprise d’entreprise à part entière. « En 1997, les Sales ont connu un nouvel essor avec la création du statut de société à responsabilité limitée », précise Isabel Vidal. « Le capital minimum n’est que de 3 005 euros, d’où une plus grande facilité à créer des entreprises collectives nouvelles, à partir de trois membres associés. » Les mêmes origines pour les Sales et les coopératives Les Sales et les coopératives ont des origines identiques au sein des organisations de travailleurs, qui ont voulu prendre en main leur outil de travail. On peut même dire que les chauffeurs de bus de Valence, puis d’autres repreneurs d’entreprises, ont inventé le statut de SAL en adaptant une gouvernance participative et démocratique aux classiques SA et Sarl. Comme en France, c’est bien le sociétariat qui marque en grande partie l’identité coopérative, que ce soit en coopérative de travail ou en SAL, mai aussi en coopérative d’agriculteurs ou de consommateurs. DOSSIER Loi sur l’économie sociale En Espagne, le sociétariat respecte des règles très strictes, en fonction du nombre d’associés. « Si la coopérative a moins de 25 associés, elle ne peut employer qu’un maximum de 25 % de travailleurs non membres, indique Rafael Chaves, chercheur à la faculté d’économie de Valence. Si elle a plus de 25 associés, la limite est à 15 %. Par exemple, une coopérative, qui compte 100 travailleurs membres, ne peut embaucher que 15 salariés non membres. En revanche, elle peut employer des personnes en CDD ou des intérimaires. Il y a actuellement un débat en Espagne, pour évaluer quel serait le niveau acceptable du nombre d’emplois intérimaires et précaires dans les coopératives. » Au Pays basque, Mondragon est incontournable Profitant de ce cadre général, des communautés autonomes font des efforts particuliers pour permettre aux salariés de créer leur propre entreprise ou d’entrer dans une forme coopérative déjà en fonctionnement. Au-delà des frontières du Pays Basque espagnol, le nom de Mondragon est évocateur de la taille que peut atteindre un groupe coopératif, qui comprend des marques comme Fagor dans l’électroménager ou les supermarchés Eroski. La Fonderie Ederlan fait aussi partie de Mondragon Corporacion Cooperativa. Il y a quelques dizaines d’années, Peio Uhalde y a travaillé comme salarié-coopérateur, avant de devenir PDG de la Scop Alki qui fabrique des meubles à Itxassou (Pyrénées-Atlantiques). « Au Pays Basque Sud, c’est naturel de travailler dans une coopérative, rapporte Peio Uhalde. Lors des assemblées générales, ce n’est pas rare que la population de villages tout entiers soit concernée. La solidarité entre coopératives s’y exprime de plusieurs manières. Les plus petites peuvent être sous-traitantes des plus importantes. En temps de crise, elles peuvent échanger leurs salariés, pour éviter d’avoir à les licencier. » Les coopératives du Pays Basque ont aussi des outils propres pour se développer : des écoles et des centres de formation ainsi qu’une banque coopérative, la Caja Laboral et une mutuelle. La fonderie Ederlan, dans laquelle Peio Uhalde a travaillé, est une des plus grandes d’Europe, avec 600 salariés. Maier, une entreprise de plasturgie a une taille équivalente. Dans les années 2000, Olaberria, la Scop dont Benat Castorene est le PDG à Ustaritz (PyrénéesAtlantiques), a fourni à Maier des moules à injection. Il remarque pour sa part que les entreprises affiliées au groupe Mondragon sont très pragmatiques : « elles n’hésitent pas à aller chercher les produits les moins chers en Asie et en Europe de l’Est. Aujourd’hui, leur développement est international ». Mondragon est un acteur économique majeur de la province basque. Xavier Itçaina, professeur à Sciences Po Bordeaux rappelle que MCC représente plus de 85 000 emplois, avec un taux de sociétariat Il y a actuellement un débat en Espagne, pour évaluer quel serait le niveau acceptable du nombre d’emplois intérimaires et précaires dans les coopératives. Une loi sur l’économie sociale devrait être votée d’ici la fin de l’année en Espagne. Elle a été adoptée en conseil des ministres le 16 juillet dernier. C’est une loi portée par le ministère du Travail, qui veut redonner un cadre général pour le secteur, étant entendu que les régions autonomes continuent, par subsidiarité, de fixer les modalités pratiques. L’exposé des motifs rappelle d’ailleurs les étapes de la reconnaissance du secteur, que ce soit en Espagne, avec la loi de 1999, qui a créé un Conseil pour le développement de l’économie sociale, ou à l’échelon européen (statut de société coopérative européenne, rapports du Conseil économique et social). A l’origine du texte, il y a plus directement les demandes du Cepes, la confédération des entreprises de l’économie sociale, et les travaux d’une sous-commission parlementaire. Ce texte, qui a pour objectifs premiers d’assurer une reconnaissance, une sécurisation juridique et une meilleure visibilité du secteur, donne une place toute particulière aux coopératives, citées dès les premières lignes du projet de loi et présentées comme exemples d’entreprises qui donnent la primauté aux personnes et à la finalité sociale, avec une gestion autonome, démocratique, transparente et participative. de 88 % dans les branches industrielles et confirme que le groupe s’est lancé dans la compétition internationale depuis les années 90, en n’hésitant pas à ouvrir l’échelle des salaires pour attirer des cadres à même de leur faire gagner des parts de marché. « Avec une tendance à la désindustrialisation, indique Xavier Itçaina, les coopératives basques diversifient désormais leurs secteurs d’intervention, en répondant aux besoins émergents : insertion, social (avec le nouveau statut de coopérative d’initiative sociale en 2000), services à la personne, finances solidaires (réseau Reas Euskalerria) et Participer 637 octobre / novembre / décembre 2010 • 15 DOSSIER José Maria Algora, président de la Confesal en exclusivité pour Participer « Les Sales, un modèle économique de choix » Aux côtés des coopératives, reconnues pour leurs vertus en matière d’entrepreneuriat collectif, d’emploi local et de pérennisation des activités économiques, l’Espagne soutient depuis vingt-cinq ans le modèle des Sales, sociétés anonymes de travailleurs. Participer a rencontré José Maria Algora, président de la Confédération des sociedades laborales. ■ Quel est le poids actuel des sociedades laborales en Espagne ? On compte plus de 15 000 Sales en Espagne, qui rassemblent plus José Maria Algora de 86 000 salariés : on compte 50 000 salariés dans le secteur des services, 20 000 dans l’industrie, 15 000 dans le BTP et un millier dans l’agriculture. Dans une période où l’économie espagnole a détruit beaucoup d’emplois, les Sales représentent 30 % des emplois créés dans l’économie sociale, qui regroupe aussi les coopératives, les mutuelles et les fondations. ■ Quel impact peuvent avoir les Sales pour amortir la crise économique ? A peine nées au début des années 80, elles ont joué un rôle très important pour juguler la crise qui touchait alors l’Espagne : des entreprises de taille importante sont devenues la propriété de leurs salariés, pour éviter de mettre la clé sous la porte. La loi de 1997 sur les sociétés participatives a créé une nouvelle possibilité de Sal à responsabilité limitée, ce qui a donné un coup d’accélérateur à la création de plus petites entités. Aujourd’hui, les Sales sont un modèle économique de choix, à la fois pour maintenir des entreprises affectées par la crise et pour que des personnes créent leur propre emploi dans un cadre collectif. 16 • octobre / novembre / décembre 2010 Participer 637 ■ Comment les pouvoirs publics aidentils les sociedades laborales ? Au même titre que les autres structures de l’économie sociale en Espagne, les Sales ont un soutien à la fois du gouvernement central et des régions autonomes. Tous les ans, le gouvernement, par la Direction générale de l’économie sociale, de l’auto-emploi et de la RSE du ministère du Travail, publie une liste de subventions pour promouvoir et soutenir techniquement le secteur, mais surtout il accorde des aides financières aux salariés et aux chômeurs pour prendre des parts dans leur entreprise. Les Communautés autonomes, qui sont chargées de répartir ces subventions, les complètent par des lignes de financement ad hoc, des déductions fiscales ou des garanties. Les Sales bénéficient aussi du mécanisme du Pago Unico, le paiement unique. Le salarié peut recevoir l’équivalent de ses allocations chômage d’un seul coup, à condition de les consacrer à l’achat de parts de son entreprise. C’est intéressant aussi pour les entreprises, déjà créées ou en création, qui voient leur capital se consolider. ■ Qu’attendez vous de la future loi sur l’économie sociale ? Cela va d’abord donner de la visibilité à un secteur qui n’est pas encore familier à tous les Espagnols. Cela va aussi clarifier l’appartenance au secteur, quelles valeurs nous voulons mettre en avant et quelles réussites économiques nous avons. A mon avis, cette loi est un pas important dans la reconnaissance du secteur, et de ses atouts sociaux et économiques, par le gouvernement. Dans le même temps, la Confesal va continuer à lutter pour des améliorations de la loi sur les Sales, pour l’adapter au nouveau contexte économique et en faire un modèle de qualité capable de créer de l’emploi stable, comme c’est le cas depuis vingt-cinq ans. Au même titre que les autres structures de l’économie sociale en Espagne, les Sales ont un soutien à la fois du gouvernement central et des régions autonomes. ■ Dans quels partenariats européens la Confesal est-elle engagée ? En-dehors de notre participation aux instances de la Cecop et de Diesis, nous travaillons régulièrement avec la CG Scop et avec Legacoop en Italie, sur des projets européens qui mettent en avant le modèle économique des sociétés coopératives et participatives. DOSSIER culture ». Et le gouvernement basque, au travers de sa direction de l’économie sociale continue d’inciter fortement à la création de coopératives, avec l’outil Elkarlan : une coopérative de second degré qui soutient les projets de créations d’entreprises. Effervescence en Catalogne Pour le soutien à l’économie coopérative, qui rassemble là aussi les coopératives de travail et les Sales, la Catalogne n’est pas en reste. « Comme dans les autres régions, ce sont des lois successives qui ont organisé le développement des formes coopératives, insiste Fanny Chaze, auteur d’une étude comparative sur les coopératives en France et en Espagne pour l’UR Scop Languedoc-Roussillon. Elles sont en effet régies par des règles différentes des autres sociétés commerciales, en matière d’organisation et de fiscalité. D’une région à l’autre, ces règlementations peuvent varier. En Catalogne, on est ainsi passé de sept à trois associés au fil des lois. Comme la plupart des régions, la Catalogne a adopté la possibilité de capitaliser ses allocations chômage pour créer une coopérative ou une sociedad laboral, ou pour en devenir membre. » Le Pago Unico a été à l’origine d’un boom des coopératives, mais surtout des Sales dans les années quatre vingt-dix. Le rythme des créations annuelles s’est depuis de nouveau tassé, avec la crise économico-financière de 2008 : même avec l’activation des allocations chômage, les SAL (société anonyme de travail) • Société de capitaux • Une action = une voix • Salariés détiennent majoritairement le capital (au moins 51 %) • Aucun associé ne peut détenir plus d’un tiers du capital • Réserves (10 % des résultats) • Allocations chômage possibles pour constituer le capital Juan Antonio Pedreno, président de la Coceta « Le modèle de l’avenir » ■ Quelles sont les évolutions des coopératives de travail en Espagne ? Comme dans la Région de Murcie, dans laquelle j’ai créé une coopérative il y a plus de 25 ans (la coopérative de formation Severo Ochoa), les coopératives de travail sont parfaitement intégrées au monde économique. En Espagne, plus que le nombre de structures, je pense que ce sont les valeurs et les principes transmis au reste de l’économie, qui sont importants : démocratie, participation, égalité, respect de l’environnement, etc. ■ A quels défis les coopératives fontelles face ? Nous devons encore accroître notre visibilité pour maintenir notre contribution au maintien de l’emploi et au développement économique. Nous avons aussi d’autres challenges comme l’amélioration de la formation et de nos capacités d’innovation, l’ouverture à l’international. ■ Comment les coopératives ont-elles résisté dans la crise ? Nous avons sans doute passé le cap le plus difficile. Pendant cette période de trois ans, les coopératives ont autant SLL souffert que le reste de l’économie, mais l’inquiétude fait place à l’optimisme. Les coopératives ont montré qu’elles avaient des qualités pour résister à la crise. ■ Qu’attendez-vous de la loi sur l’économie sociale ? Beaucoup de choses ! Jusqu’à présent, les différentes familles de l’économie sociale étaient règlementées par des lois, mais pas l’économie sociale dans son ensemble. Cela va changer. Par ailleurs, cette loi marque une tendance des pouvoirs publics à prendre des mesures favorables à ce modèle économique. Enfin, l’économie sociale va acquérir une nouvelle représentativité auprès des autorités du pays. Ce qui devrait aboutir à une normalisation de nos modèles. ■ Comment voyez-vous l’avenir des coopératives de travail ? Notre modèle économique est le modèle de l’avenir. Les valeurs qu’il représente et l’implication des personnes qui composent l’entreprise doivent contribuer à un nouveau développement économique Nous avons envie de travailler à ce développement. Coopérative de travail (société de travail à responsabilité limitée) • Société de capitaux • Une action = une voix • Salariés détiennent majoritairement le capital (3 005 euros minimum) • Aucun associé ne peut détenir plus d’un tiers du capital • Réserves (10 % des résultats) • Allocations chômage possibles pour constituer le capital • Société de personnes • Une personne = une voix • Salariés détiennent le capital (trois associés minimum) • Réserves obligatoires • Réserves pour la formation obligatoire • Régime général ou statut de travailleur indépendant • Allocations chômage possibles pour constituer le capital Participer 637 octobre / novembre / décembre 2010 • 17 DOSSIER Échanges coopératifs franco-espagnols La réflexion partagée à partir de pratiques et d’expériences est un terreau favorable à l’innovation permanente nécessaire au maintien ou à l’accroissement de la compétitivité. Cette démarche est au centre des programmes de l’Union européenne qui encouragent la constitution de partenariats et de réseaux. Et c’est bien au fil de projets européens successifs que la CG Scop a construit et consolidé ses relations avec les confédérations espagnoles Confesal et Coceta. Aujourd’hui, le projet « Reprise d’entreprise par les salariés en coopérative » financé en France par le FSE, arrive à terme [voir Participer N°635]. L’expérience espagnole a alimenté la réflexion du réseau des Scop et orienté la construction d’outils, notamment sur les modes de diffusion de l’information auprès des cédants et des salariés potentiellement repreneurs ; de même, les techniques d’accompagnement à la reprise d’entreprise en Scop utilisées en France ont-elles intéressé les partenaires espagnols. Le partage profite bien sûr aux acteurs et aux organisations. Il peut permettre l’adaptation et le développement d’outils et de méthodes inspirés de pratiques qui ont fait leur preuve dans un contexte similaire. Il nourrit également la réflexion des organes politiques des Confédérations qui ont un rôle à jouer dans l’évolution des politiques publiques, aux niveaux national et européen. La disparition progressive de très nombreuses PME faute de repreneurs désireux de maintenir sur place l’activité et l’emploi est un problème partagé par la plupart des Etats de l’UE. Aussi, le projet européen en cours n’est-il qu’une étape. Le groupe de réflexion issu des échanges entre la CG Scop et ses homologues espagnols peut s’élargir avec la Confédération italienne Legacoop et est appelé à être force de proposition au niveau européen, non seulement auprès de la Commission mais aussi des autres Etats membres. banques ne font plus crédit aux coopératives nouvelles. Les plus anciennes coopératives ont résisté grâce à leurs réserves. En Catalogne, l’affectation du résultat doit aller pour 30 % dans les réserves obligatoires et pour 10 % dans le fonds destiné à l’éducation et aux œuvres sociales. Fanny Chaze note aussi un phénomène important par rapport à la France : « même si les coopératives catalanes ont mis en place Aracoop, un outil de développement et d’aide à la gestion coopérative, de nombreuses créations de coopératives se passent dans les réseaux classiques de la création d’entreprises et donc en dehors des réseaux coopératifs. Cela signifie aussi que le modèle s’est banalisé ». On trouve bel et bien des coopératives dans tous les secteurs. « Il y a trois mille coopératives dans la Communauté autonome de Catalogne, avec un nombre moyen de sept associés, dénombre Olga Ruiz, en charge de la communication à la FCTC (Fédération des coopératives de tra- vail catalanes). La plus grande aujourd’hui est la coopérative Suara, qui résulte de la fusion de trois coopératives de services à la personne : elle regroupe 1 400 salariés et 14 000 bénéficiaires.» Il existe aussi des coopératives de consommateurs très importantes comme l’entreprise de transports de voyageurs TUS, à Sabadell, ou la librairie Accio Cultural de Barcelona, qui comptent de très nombreux sociétaires. La FCTC continue de mettre en avant le modèle coopératif en partenariat avec les services de la Communauté autonome. « Nous avons lancé cette année le programme Territoires coopératifs, poursuit Olga Ruiz, pour que des villes puissent accueillir dans de bonnes conditions l’économie coopérative. En juillet dernier, la municipalité de Mataro a ainsi vu émerger six nouvelles coopératives sur son périmètre. » Quelles sont les perspectives pour les coopératives de travail et les sociedades laborales ? Le modèle est toujours à défendre, insistent les acteurs des coopératives 18 • octobre / novembre / décembre 2010 Participer 637 Le quartier Vall d’Hebron à Barcelone espagnoles. La chercheuse Isabel Vidal a constaté que les coopératives avaient montré une capacité de résistance dans la crise économique et qu’en même temps elles restaient une force d’attraction dans la création d’entreprises, même si le grand public se sert de leurs services ou produits, sans bien les connaître. Mais pour la FCTC, Olga Ruiz met un bémol avec la concurrence du nouveau statut d’entrepreneur autonome, l’équivalent de l’auto-entrepreneur français, qui commence à être encouragé par les pouvoirs publics, comme une solution à un taux de chômage espagnol parmi les plus élevés d’Europe. Même avec le soutien des Communautés, les coopératives ont besoin de réaffirmer les atouts des sociétés collectives, qui mettent la personne au centre du projet économique et social. Les réponses sont d’ailleurs déjà prêtes : dans quelques régions, des formules nouvelles de sociétés participatives sont à l’étude et les nouvelles coopératives d’initiative sociale (sur le modèle des coopératives sociales italiennes) sont prêtes à s’installer dans le paysage. Avec le prochain vote d’une loi nationale sur l’économie sociale, la position des coopératives devrait être consolidée, même si les réseaux coopératifs pensent déjà que le soutien à la promotion du secteur ne va pas être augmenté et que les coopératives, dans la diversité propre à l’Espagne, devront d’abord compter sur leurs propres forces. ÉRIC LARPIN