Réussir l`élevage des génisses allaitantes
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Réussir l`élevage des génisses allaitantes
COLLECTION THÉMA RÉSEAUX D’ÉLEVAGE POUR LE CONSEIL ET LA PROSPECTIVE RÉUSSIR L’ÉLEVAGE DES GÉNISSES ALLAITANTES BOVINS VIANDE Une conduite adaptée pour garantir l’avenir du troupeau C’est par les génisses que se construit l’avenir car environ 2/3 d’entre elles sont destinées à assurer le renouvellement du troupeau. La phase d’élevage est primordiale pour les préparer à leur future carrière de reproductrice, avec comme 1er objectif un âge au premier vêlage de 3 ans maximum qui se raisonne en fonction de la politique de regroupement des vêlages. UN TAUX DE RENOUVELLEMENT ÉLEVÉ EST STRATÉGIQUE > Figure 1 : Choisir ses reproductrices en triant bien ses génisses Un taux de renouvellement élevé est stratégique pour accélérer la diffusion du progrès génétique, maintenir de bons résultats de reproduction du troupeau en écartant rapidement les reproductrices « à problèmes » et répondre aux engagements des filières de qualité qui privilégient la production de jeunes vaches de boucherie. Pour avoir le choix du renouvellement, il est judicieux de garder le plus de génisses possible : cela permet ensuite plus de latitude pour trier au sevrage les meilleures d’entre elles tout en garantissant un bon taux de renouvellement. L’AGE AU 1ER VÊLAGE : UN CHOIX À RAISONNER, UN OBJECTIF À ATTEINDRE Des génisses qui vêlent trop tardivement coûtent … L’objectif technico-économique en troupeau allaitant est de ne pas dépasser un âge au premier vêlage de 36 mois en moyenne troupeau. Les 1ers vêlages trop tardifs entraînent une perte de revenu qui correspond aux frais d’élevage de la génisse sur une période improductive et au manque à gagner sur le veau. À titre d’exemple, dans un troupeau de 50 vêlages dont 12 génisses de renouvellement qui mettent bas 6 mois plus tard que l’objectif technique, l’incidence économique atteint 5 000 € de manque à gagner. Viser un âge au 1er vêlage plus précoce permet d’augmenter l’efficacité économique du système de production mais nécessite d’adapter les rythmes de croissance des génisses pour les préparer correctement à leur future carrière de reproductrices. Faire la chasse à quelques idées reçues… Plusieurs études ont montré que, contrairement à quelques idées reçues : • Les génisses ne vêlent pas mieux tardivement : ce sont les mêmes proportions de vêlages difficiles. • La croissance avant sevrage des veaux de primipares n’est pas meilleure pour des vêlages tardifs : elle est identique. • La croissance après le premier veau ne coûte pas plus cher qu’avant : les besoins sont les mêmes. Aquitaine 1 RÉUSSIR L’ÉLEVAGE DES GÉNISSES ALLAITANTES UNE CONDUITE ADAPTÉE POUR GARANTIR L’AVENIR DU TROUPEAU L’ÂGE AU 1ER VÊLAGE EST CONDITIONNÉ À LA POLITIQUE DE RÉPARTITION DES VÊLAGES… Le choix de périodes précises de vêlages facilite le suivi de la reproduction et la conduite en lots du troupeau. En Aquitaine cependant, la pratique des vêlages étalés est encore majoritairement répandue. En vêlages groupés sur 1 période (d’une durée de 3 à 4 mois), viser 32 à 36 mois Le vêlage à 3 ans est préconisé en conduite de vêlages groupés sur 1 seule période. Il est accessible à tous les animaux et utilise un rythme modéré de croissance. Les génisses sont mises à la reproduction à partir de 2 ans avec comme objectif d’avoir le maximum de mises-bas de primipares en tout début de période pour : • Obtenir les vêlages entre 32 et 36 mois. • Maintenir la date moyenne de vêlages en tolérant un intervalle supérieur entre les 2 premiers vêlages. En vêlages étalés ou en double période de vêlages, il est intéressant de viser un âge au 1er vêlage de 30 mois L’objectif du vêlage à 30 mois peut être privilégié dans les troupeaux conduits en double période de vêlages, mais également dans ceux conduits en vêlages étalés. Il est accessible à la quasi-totalité des génisses sous réserve d’une alimentation après sevrage contrôlée. L'ÉLEVAGE DES GÉNISSES : ADAPTER LE RYTHME DE CROISSANCE À L’AGE DU 1ER VÊLAGE La puberté intervient à 60 % du poids adulte en races Limousine et Blonde d’Aquitaine. Par ailleurs, les génisses doivent atteindre un poids suffisant à la saillie pour permettre d’assurer une première lactation satisfaisante. À la reproduction, les génisses doivent avoir atteint 70 à 80 % du poids adulte Plus la mise à la reproduction est précoce, plus la croissance doit être soutenue durant la phase d’élevage pour atteindre cet objectif de poids. C’est sous la mère que ça commence : un retard de croissance se compense difficilement C’est le potentiel de croissance de la génisse et la production laitière de la mère (alimentée en conséquence) qui vont permettre une croissance au pis dont l’objectif raisonnable est supérieur à 1 000 g/j. 2 • En rajeunissant l’âge des primipares, le système d’élevage gagne en efficacité technique et économique. • En double période, il est possible de rattraper sur la 2ème période de vêlages des génisses qui n’auraient pas pris pour mettre bas sur la 1ère période, sans dépasser les 36 mois. • C’est un âge de vêlage « précoce » qui ne détériore pas les performances zootechniques et qui est moins exigeant en termes de maîtrise technique que le vêlage à 2 ans. Concentrer les rations post-sevrage selon l’objectif de croissance C’est à cette période que la croissance doit être accélérée en cas de vêlage plus précoce : la capacité d’ingestion étant réduite et les besoins de croissance élevés, les rations doivent être plus concentrées en énergie et en azote. Éviter les croissances élevées avant la mise à la reproduction Comme pour les multipares, la fertilité des génisses peut être améliorée par un flushing démarré 1 mois avant la saillie si l’état est médiocre. Attention toutefois aux croissances trop élevées en phase pré-pubère qui peuvent nuire aux futures lactations. Alimenter les primipares de manière spécifique Les rations de primipares doivent couvrir à la fois les besoins de la croissance de la mère qui n’est pas terminée et les besoins de lactation du veau, pour une capacité d’ingestion inférieure à celle de l’adulte. Réaliser des pesées régulières jusqu’à la mise à la reproduction C’est la meilleure façon de contrôler la croissance. RÉUSSIR L’ÉLEVAGE DES GÉNISSES ALLAITANTES UNE CONDUITE ADAPTÉE POUR GARANTIR L’AVENIR DU TROUPEAU LES REPÈRES DE CROISSANCE > Tableau 1 : Estimation du poids adulte en fonction du poids carcasse (vaches de 5-6 ans) Poids de carcasse (kg) Poids adulte Limousine (kg vif) Blonde d'Aquitaine 400 450 640-670 740-760 650-690 500 550 600 720-750 580-820 850-900 > Tableau 2 : Repères de croissance Race Blonde d'Aquitaine, poids adulte 750 kg, GMQ avant sevrage = 1 050 g/j Vêlage à 30 mois Vêlage à 36 mois GMQ après sevrage = 600-650 g/j GMQ après sevrage = 550-600 g/j kg % poids adulte kg % poids adulte PAT 210 jours 270 36 % 270 36 % PAT 1 an 400 53 % 380 51 % PAT 18 mois 500 67 % 480 64 % Poids à la repro 530 71 % 590 79 % PAT 2 ans 590 79 % 580 77 % > Figure 2 : Exemple de courbes de croissance Race Blonde d'Aquitaine EXEMPLE DE RATIONS PETITE PANSE ET GROS BESOINS = UNE GÉNISSE A BESOIN DE CONCENTRÉS > Tableau 3 : Besoins comparés des vaches adultes et des génisses Capacité d'ingestion (UEB) Besoins en énergie Concentration énergétique (UF/kg MS) Besoins en protéines Vache 750 kg Génisse 400 kg 15 kg MS 7 kg MS 10 UFL 6 UFL 70 % 95 % 950 PDI 770 PDI 95 130 Concentration azotée (PDI/UF) > Tableau 4 : Exemples de rations d’élevage - (kg bruts par tête et par jour) Poids de la génisse 275 kg (7 mois) Ensilage de maïs 400 kg (1 an) 3,0 kg 500 kg (18 mois) 4,5 kg 600 kg (2 ans) Primi Multi 8,5 kg 14,0 kg 14,0 kg Foin* 4,4 kg 3,2 kg 6,5 kg 4,5 kg 8,0 kg 6,5 kg 5,5 kg 9,6 kg 6,5 kg 8,0 kg 9,0 kg Maïs grain 2,0 kg 1,5 kg 2,0 kg 1,3 kg 2,0 kg 1,3 kg 2,0 kg 1,2 kg 1,2 kg 0 Soja 100 g 300 g 0g 200 g 0g 200 g 0g 400 g 500 g 300 g AMV 80 g 80 g 150 g 150 g 180 g 180 g 190 g 190 g 200 g 200 g * foin de bonne qualité Sources : « Les génisses » - Chambres d’Agriculture Pays de Loire – Janvier 2011 ; « Comment réussir l’élevage des génisses » - Chambre d’Agriculture des Landes – Mai 2012 ; Dispositif technique Aquitaine d’expérimentation et de transfert – Lycées agricoles, Chambres d’agriculture d’Aquitaine, Institut de l’Élevage – Programmes 2010-2012 3 RÉUSSIR L’ÉLEVAGE DES GÉNISSES ALLAITANTES UNE CONDUITE ADAPTÉE POUR GARANTIR L’AVENIR DU TROUPEAU LE VÊLAGE À 2 ANS, ACCESSIBLE AUX MEILLEURS ANIMAUX 2 éleveurs de la région témoignent… Jean-Marc CANTEGRIT, Hagetmau dans les Landes Le vêlage à 2 ans, c’est possible même en Blonde d’Aquitaine, je le pratique depuis 25 ans, suite à un stage dans l’Ouest Canadien en élevages Blondes d’Aquitaine. 2 Objectifs : • Sélectionner de bonnes mères, rustiques, laitières et qui vêlent facilement : le vêlage précoce permet une sélection rigoureuse • Réduire la période non productive des femelles. En pratique, il faut une nutrition qui assure le développement de l’animal et de sa panse. Durant la gestation Peu ou pas de concentré jusqu’au vêlage, pâturage + foin. Éviter les génisses grasses : 550 à 600 kg à 14-15 mois. Choix du taureau pour des veaux légers et/ou longilignes à la naissance. Pour les primipares Dès le vêlage, 4 à 5 kg de concentré fermier par jour (moins au printemps). Améliorer la production laitière de la jeune mère, accélérer le retour des chaleurs, et maintenir sa croissance. Les risques sont limités si quelques précautions sont respectées dans le choix de la génétique (ossature fine et bons bassins), la surveillance au vêlage des primipares, l’alimentation différenciée. Au final, c’est un veau de plus dans la carrière de la vache et des femelles peut-être un peu plus légères, avec malgré tout un poids moyen de carcasse des réformes dépassant les 600 kg. Jean-Marc LAFFARGUE, Laplume dans le Lot et Garonne « J’ai commencé il y a environ 3 ans. L’alimentation est cruciale pour réussir. Mes objectifs : gagner en productivité en augmentant le nombre de veaux sans augmenter le nombre de places et économiser sur le coût d’élevage des génisses en réduisant le temps d’élevage ». Du sevrage à 10 mois Maïs grain et bon foin de luzerne. L'alimentation est très importante du sevrage jusqu'à 15 mois. 10 à 15 mois (saillie) Après 15 mois Sortie au pré continuant Ensilage de maïs et foin de luzerne. l’alimentation surveillée. Ne pèse pas pour la mise à la saillie, « Jusqu'à 3 mois avant vêlage, il ne le choix se fait à l'œil. Si elles faut pas de stress ». Baisse de paraissent trop petites, les génisses l’alimentation 3 mois avant le vêlage sont retardées. pour éviter les veaux trop gros. En pratique, un objectif de croît entre le sevrage et la mise à la reproduction de 1000 à 1100 g / j grâce à une alimentation soutenue. Les génisses doivent être assez développées pour de bonnes conditions de vêlages : le choix du taureau est important et les génisses non remplies à 15 mois ne sont pas gardées pour améliorer la précocité des reproductrices du troupeau. En vêlages étalés, le vêlage à 2 ans est contraignant sur le plan de l’allotement. Les clés de la réussite : une conduite rigoureuse après vêlage. La primipare passe en ration d’engraissement avec son veau au pis (8 kg maïs grain humide, correcteur azoté et foin de luzerne à volonté). Le sevrage se fait précocement (2,5-3 mois), le veau doit donc s’habituer très tôt à prendre l’aliment. « Ce système coûte en aliments (surcoût de 2 €/j) mais la jeune mère revient en chaleur 3 jours après la sortie du veau ». Contacts • Laurent AYMARD (CA 24) • Michel AIME (CA 33) • Didier LAHITTE (CA 40) • Vincent JOLIET (CA 47) • Thierry DELTOR, Beñat GONZALEZ (CA 64) • Marion KENTZEL (Institut de l’Élevage) Crédit photos : Institut de l’Élevage - Création : Bêta Pictoris - Réalisation : Florence Benoit - Impression : Imprimerie de Lens Du sevrage à 15 mois Prairie naturelle 8 à 9 mois par an Foin à volonté toute l’année + 3 kg de concentré fermier par jour. LES RÉSEAUX D’ÉLEVAGE Les Réseaux d’Élevage sont un dispositif partenarial associant des éleveurs et des ingénieurs des Chambres d’Agriculture et de l’Institut de l’Élevage. LES PARTENAIRES FINANCEURS Ce document a été élaboré avec le soutien financier conjoint du CasDAR et de l’Union Européenne (FEADER). Il a été édité sur les fonds de diffusion du Conseil Régional d’Aquitaine. Les connaissances qui y sont diffusées ont été acquises dans le cadre du programme régional d’expérimentation animé par le GIE Herbivores Aquitaine et financé par le Conseil Régional d’Aquitaine. Décembre 2012 4 Document édité par l’Institut de l’Élevage - 149 rue de Bercy, 75595 Paris cedex 12 www.idele.fr - ISBN : 978 2 36343 357 2 - PUB IE : 00 12 57 047