Les N.T.I.C. dans les organisations de presse françaises
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Les N.T.I.C. dans les organisations de presse françaises
3 Les N.T.I.C. dans les organisations de presse françaises Situation, enjeux et perspectives Stéphan Le Doaré http://www.ledoare.com 4 5 « Internet est la véritable église de ceux qui vénèrent l’information. Les réseaux, les ordinateurs, toutes les machines à communiquer deviennent autant de lieux privilégiés, quasi exclusifs, où se pratique ce nouveau culte. Ils rendent caduques les formes « anciennes », « archaïques » de communication, de médiation, de savoir, de loisir et, d’une façon générale, de contact avec les autres… » Philippe Breton – Le Culte de l’Internet 6 7 Introduction a. Introduction Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (ci-après les NTIC) font aujourd’hui partie des grands sujets de réflexion, au point que de grands rendez-vous leur sont désormais consacrés, au niveau local, européen ou mondial1. A travers l’acronyme NTIC se cache en fait une forêt, qui étend son territoire des technologies de type .net (prononcer « dot net ») ou J2EE, jusqu’à la communication d’entreprise, entreprise qui trouvera dans ces technologies des passerelles et de nouveaux concepts tels que l’entreprise en réseau (comme les intranets, Extranets, …), les nouvelles formes de gestion de la relation client 1 Comme par exemple la tenue en décembre 2003 à genève, puis au printemps 2005 à Tunis du Sommet Mondial de la Société de l’Information 8 (e-CRM), ou encore l’édition en ligne grâce aux sites de presse ou de communication. Cependant, un décalage dans l’exploitation et dans la compréhension de ces nouvelles technologies semble perdurer entre d’une part des entreprises ayant les moyens et la dimension suffisante pour y trouver une rapide profitabilité (typiquement les grands comptes : SNCF, Air France, Total-Fina-Elf …) et d’autres acteurs économiquement moins forts, moins organisés ou tout simplement moins formés à ces technologies. Il existe depuis un certain nombre d’années une tendance à la « démassification » des médias. Ainsi, pendant que la presse d’information quotidienne tend chaque jour à perdre des lecteurs, les magazines hebdomadaires, les mensuels, mais aussi les bi-hebdomadaires, captent une audience de plus en plus attentive aux dossiers complets, développant les sujets et donnant des clés de compréhension qui aident à décrypter l’information qui est désormais notre lot quotidien, de par sa gratuité et/ou son abondance. Dans le même temps, à l’apparition d’Internet, le monde de la presse s’est retrouvé confronté à ces technologies. En rompant l’attachement permanent du document à son support papier, la révolution numérique a bouleversé à la fois le monde de l’édition et l’accès au savoir. De nouvelles problématiques se sont posées et des remaniements se font jour, avec un pendant pour les ressources humaines et le droit des journalistes à préserver leur art de l’information. On s’est interrogé sur l’avenir des journaux papier, et de nouvelles postures ont été mises en place face à l’apparition des « gratuits » ou à l’information journalière 9 disponible sur le net. Un avenir plus prometteur semble porté aux magazines souvent lus le week-end, alors que le temps de lecture journalière semble de plus en plus réalisé en ligne, pénalisant le concept du quotidien papier. Le journal Le Monde a démontré par ses difficultés actuelles qu’une gestion réfléchie ne suffisait pas forcément à retrouver cette fameuse « rentabilité cachée » des investissements technologiques. La nouvelle refonte du Figaro procède du même sentiment, tandis que d’autres ont dû renoncer à leur projet d’édition en ligne, entraînés en cela par la chute des revenus publicitaires, support principal de leur modèle économique. Quel est, alors, l’avenir de la presse écrite sur et avec Internet ? Et quels moyens doivent-ils être absolument mis en œuvre pour continuer à réaliser une action d’information de qualité professionnelle, vérifiée, corroborée, et d’un niveau culturel certain ? Ces questions cruciales seront abordées dans cet ouvrage, dans un esprit certes parfois technique mais voulu accessible par tous. Ainsi, frappée de plein fouet par la modernité, attaquée par les gratuits sur un flanc et par l’Internet sur l’autre flanc, la presse doit encore se transformer, réagir vite pour pouvoir continuer à fonctionner. En tout état de cause, les solutions interactives entre le quotidien papier et son pendant sur l’internet sont loin d’être toutes trouvées et des schémas de fonctionnement humain, technique, technologique, sont encore à élaborer. L’ensemble des instances publiques, européennes et mondiales doit également œuvrer de concert vers la promotion de ces procédés. Et pour mieux appréhender ces phénomènes, la présentation des interpénétrations de l’entreprise gérant 10 du contenu à haute valeur informationnelle et des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication est le premier pas que ce livre permet de faire. Ce point de situation général apportera ainsi quelques moyens supplémentaires pour aborder cet avenir technologique avec plus de clairvoyance décisionnelle. 11 b. A qui s’adresse cet ouvrage ? Ce livre s’adresse à tous ceux qui veulent comprendre comment fonctionne ou devait être implémenté le système informatique d’un organisme de presse ou tout système d’information (S.I.) tourné vers les contenus informationnels ou éditoriaux, quelles sont les contraintes rencontrées et comment exploiter au maximum toute la richesse apportée par les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication dans l’environnement particulier de la création d’un journal en ligne. Nouvelles façons d’appréhender le poste de travail, nouvelle façon de rédiger pour le journaliste, recherche de nouvelles rentabilités pour les patrons de presse, baisse des coûts sont autant de question que nous avons voulu aborder de façon simple et accessible à tous. Les responsables de sites à contenu informatif, les webmasters éditoriaux, les chefs de projet web, les étudiants et autres personnes intéressées par le monde de la presse et de l’édition en ligne pourront y trouver un support de compréhension de l’utilisation des nouveaux outils, qui facilitera l’intégration des NTIC dans leur démarche de mise à disposition de contenus journalistiques. 12 c. Définition des NTIC Au confluent de l’informatique, des réseaux et de la communication, les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (N.T.I.C.) regroupent l’ensemble constitué des matériels informatiques, des logiciels, et des équipements de communication, qui s’adressent en offre globale à un public de non spécialistes. On parle ainsi de NTIC jusqu’à obtenir la mise en œuvre des logiciels, concepts, ou conseils. On bascule ensuite dans le secteur de la production proprement dite. Les NTIC permettent la mise en place de nouvelles pratiques dans l’entreprise. Ces pratiques interviennent à un niveau de la chaîne de création de valeur et engendrent une économie (de temps, d’échelle, de valeur, etc …) On peut citer le cas des ressources humaines qui ont vu un changement dans leur façon de procéder en terme de présentation de postes vacants, de recrutement. La publication des offres sur support papier a pu profiter de l’apport de visibilité des sites institutionnels ou privés sur Internet. La valeur ajoutée attendue est alors le temps (passage de l’annonce en temps réel) ou la plus grande maîtrise du message (maîtrise du contenu, parfois en temps réel). Et rares sont les internautes qui n’ont pas déjà consulté un site d’offre d’emplois ! Egalement, la formation en ligne, les places de marché virtuelles, la gestion électronique de documents sont quelques unes des applications des NTIC qui font école dans les entreprises et les administrations publiques. On peut ainsi s’interroger sur l’apport des NTIC dans l’économie de plusieurs façons. Nous partirons du principe 13 que les NTIC ont un apport intermédiaire, se posant en acteur tertiaire, et ne produisent pas directement de bien de consommation. Cependant, elles favorisent à court terme la consommation de biens de consommation. Vu par le prisme de l’Economie, plusieurs auteurs2 convergent pour dire que la contribution des NTIC à la croissance, qui était comprise entre 0,1 et 0,3 point il y a vingt ans, varie selon les pays entre 0,3 et 0,9 point au cours des cinq dernières années. Il est à noter que la position dominante des Etats-Unis dans ce domaine résiderait non plus dans son avance technologique au niveau strictement temporel mais surtout dans son haut niveau du stock de capital en NTIC, deux fois plus élevé qu’en France3 (plus difficilement rattrapable, ce qui explique la stagnation de ce retard malgré une connaissance des concepts qui devient universelle). 2 Coleccia et Schreyer (2001) pour l’OCDE ; Jorgenson et Stiroh (2000), Oliner et Sichel (2000) pour les Etats-Unis ; Cette, Mairesse et Kocoglu (2000 et 2002) pour la France. 3 Sur la base des estimations de Gilbert Cette et Pierre-Alexandre Noual (2003),le rapport du stock de capital en TIC au PIB serait de 6% en France, 7% au Royaume-Uni, 8% en Allemagne, 9% aux Pays-bas alors qu’il est de 13% aux Etats-Unis. 14 15 PARTIE I. Situation générale de la presse 16 17 "A good newspaper, some sage once observed, is like a fine garden. It takes years of hard work to build and years of neglect to destroy." Philip Meyer – The Vanishing Newspaper, Saving Journalism in the Information Age 1. Aperçu du marché de la presse quotidienne nationale en France en 2005 La presse quotidienne d’information française est en crise. Malgré des efforts désespérés pour masquer la réalité, tous les journaux nationaux perdent de l’argent. Le Monde, Le Figaro, Libération, France-Soir … Mais le mal ronge aussi les journaux régionaux, qui sont pratiquement tous déficitaires. Sur le plan mondial, même si des pays sortent mieux leur épingle du jeu, une étude de Carnegie Corporation souligne la place prise par Internet chez les jeunes, média de prédilection pour 44% d’entre eux, alors que seulement 19% des interrogés ont recours aux quotidiens. L’arrivée des gratuits, la possibilité d’obtenir des informations « brutes » sur internet dont la réactivité est sans concurrence à priori, les hebdomadaires grignotant le 18 lectorat, sont quelques facteurs qui rendent l’avenir de la presse très incertain. Les blogs sont également un élément clé dans les dispositifs de presse de demain. Il y a aujourd’hui 9 millions de blogs actifs aux Etats-Unis, dont 95% sont animés par des collégiens et des lycéens. Mais dans le même temps, lors des élections américaines, dix blogs ont dépassé les 100 000 visiteurs, parmi lesquels le Daily Kos ou Wonkette, site de rumeur sur internet… Sans rentrer dans une étude économique, ce qui n’est pas notre but, il y a cependant quelques remarques à énoncer sur ce marché de la presse quotidienne nationale a. Peu de capitaux propres Le manque de capitaux propres est récurent depuis la Libération de 1945. Dans l’économie de la presse, les fonds proviennent historiquement de la trésorerie excédentaire, due à une abondance de recettes. Ce qui engendre d’ailleurs à terme l’asphyxie des petits groupes de presse, obligés de s’adosser à des fonds d’investissement ou à de grands groupes étrangers, lorsqu’ils ne tiennent plus financièrement. D’un autre coté, il existe de grands groupes étrangers, de dimension internationale, pour certains issus de l’industrie informatique, et qui sont dotés de moyens financiers très importants. Ces groupes proposent une information rapide et brève qui vient concurrencer la presse papier directement sur le plan de l’information en jouant sur la 19 rapidité. Leur terrain de jeu est mondial et la France ne représente qu’un marché local dans leur business plan. b. une érosion inexorable Il semble que l’érosion des ventes ne soit pas enrayée à ce jour, pour la plupart des quotidiens nationaux ou régionaux. Malgré de nouvelles maquettes, des plans de sauvetage stratégique, l’injection de millions d’euros dans des plans de relance… rien n’y fait, et le marché continue de perdre des lecteurs d’année en année. Il ne suffit que de citer les pertes mensuelles de journaux tels que France Soir (700 000 euros) ou Libération (500 000 euros) en 2005, pour se convaincre que lancer un quotidien national d’information payant n’est plus rentable aujourd’hui. La distribution et notamment les kiosques subissent aussi une désertification, le travail y est pénible et peu rémunéré. Chaque jour depuis cinq ans, un diffuseur de journaux ferme ses portes. Les coûts de fabrication ou de transports, hérités du passé, engendrent des frais énormes et une perte de qualité dans la livraison du produit, principalement en terme d’horaire, pour un produit qui ne supporte pas le temps qui passe. c. un marché inextensible L’hexagone est l’exact terrain de jeu avec ses limites Est et Ouest, Nord et Sud. Et par définition, ces limites géographiques sont inextensibles. Ainsi, c’est l’accroissement de la population sur le territoire qui pourrait favoriser un développement du marché 20 français. Mais plus le temps passe et plus la population semble se tourner vers d’autres médias, par habitude ou besoin de contenus à haute valeur ajoutée4. En revanche, il apparaît un cruel déficit en quotidiens de langue anglaise5. Le marché français est pourtant demandeur et nombre d’expatriés de langue anglaise se reportent sur des journaux anglais ou américains, ou plus généralement sur leur site web. d. une internationalisation difficile Il est très difficile d’exporter une production française. En ces temps de délocalisation, de mondialisation des échanges, le marché international de la presse quotidienne semble dépendre plus de ses concepts (concept du gratuit, de la régionalisation, par exemple) que de ses contenus, qui font pourtant traditionnellement sa force. A contrario, il existe pourtant des niches, qui ne sont pas occupées, pour des raisons principalement francofrançaises. Regardons par exemple le développement de productions en langue anglaise sur le territoire national, qui est pour ainsi dire inexistant6. La même réflexion de défense de la langue française a prévalu, tant à la radio que dans la presse écrite. Pas une radio de langue anglaise n’est présente sur la bande FM. Et pas un journal ne présente les actualités françaises en 4 La valeur ajoutée correspondra à la réflexion et au savoir accumulé par le journaliste. Elle peut être représentée par un temps passé à s’informer, à lire, à étudier. 5 De même que pour les autres médias : pas de radio FM en langue anglaise, pas de télévision TNT en langue anglaise. Ce manque de diversité auquel la défense de la langue française n’est pas étrangère crée un marché de niche encore peu exploité. 6 Un essai de traduction de l’hebdomadaire Newsweek a pourtant été un succès de vente en janvier 2004 21 langue anglaise. Un concept que beaucoup attendent mais que personne ne veux lancer en premier pour ne pas essuyer les plâtres. 2. La construction des autoroutes de l’information a. La naissance d’Internet L’histoire d’Internet débute en 1962. Le communisme et le capitalisme s’affrontent dans un monde bipolaire, les menaces nucléaires sont importantes et la conquête de l’espace bat son plein. Dans ce contexte tendu, l’US Air Force réunit un petit groupe de chercheurs et leur demande d’inventer un réseau de communications militaires capable de résister à une attaque nucléaire. Ainsi s’imposait le concept de système décentralisé, comme première base de travail, et qui permettrait au réseau de fonctionner même en cas de panne d’une machine. C’est Paul Baran qui, conscient de la fragilité du cœur d’un réseau centralisé, apportera en 1964 les premiers éléments d’un réseau hybride, sous forme d’architecture étoilée et maillée dans laquelle les données, portant en elles leur adresse finale de destination, se déplaceraient de façon dynamique en cherchant le chemin le moins encombré. Cette technologie sera le « packet switching ». En 1969, le réseau expérimental ARPANET est créé. ARPANET est issu de la volonté de l’A.R.P.A.7 de relier 7 A.R.P.A. : Advanced research Project Agency, qui dépend du D.O.D., Department Of Defense 22 entre eux quatre instituts universitaires8. ARPANET est aujourd’hui considéré comme le précurseur d’Internet, car il possède déjà à l’époque les caractéristiques fondamentales qui feront le succès du web. Pour résumer, trois propriétés sont exploitées : - Le fonctionnement n’est pas perturbé par l’arrêt d’un ou plusieurs nœuds - Les communications sont décentralisées (pas de serveur central pour rediriger les flux, c’est le flux qui comporte l’information de sa destination) - Les protocoles utilisés étaient et restent basiques dans la mesure du possible Dans le même temps, ce réseau de communication se devait de transporter des messages. Dans cette optique, un format de courrier fût inventé : c’est la naissance du mail, courrier électronique, attribuée à Ray Tomlinson, qui contribuera pour une plus grande part qu’on ne le pense au développement d’Internet. Le premier mail (« qwertyuiop » du clavier américain) portait déjà l’ensemble des éléments nécessaires à l’adressage, à savoir un @ qui sépare le nom du destinataire du nom de la machine. A la suite de Ray Tomlinson, Lawrence G. Roberts améliorera le procédé en développant la première 8 Le Standford Institute, L'université de Californie à Los Angeles, L'université de Californie à Santa Barbara, L'université d'Utah 23 application permettant le listing, le tri et le stockage des courriers électroniques9. En octobre 1972, le réseau ARPANET sera présenté pour la première fois au grand public lors de la conférence ICCC10. A la même époque, l’A.R.P.A. deviendra le D.A.R.P.A11 et pour la première fois, le terme « internetting » sera employé pour désigner l’ARPANET, ainsi baptisé embryon d’internet. Jusqu’alors, le réseau avait une faille, sa faible tolérance aux pannes, qui l’empêchait de convaincre complètement de ses capacités de communication. Le protocole utilisé, le NCP, ne permettait pas de gérer de contrôle d’erreur, ce qui cantonnait le flux dans le réseau ARPANET dont on maîtrisait l’architecture. Bob Kahn, arrivé en 1972 à l’A.R.P.A., commença à élaborer un nouveau langage de communication, le TCP. Il demande en 1973 à Vinton Cerf, alors en poste à Stanford, de collaborer avec lui. Le DoD décidera alors en 1976 de remplacer le protocole NCP par le TCP12 sur le réseau ARPANET, qui compte alors à cette époque 111 machines reliées entre elles. Le TCP sera ensuite scindé en deux protocoles, TCP (pour le routage du message) et IP (pour l’élaboration du message), qui constituent la suite TCP/IP, couche de base dans la transmission par internet aujourd’hui. C’est en 1980 que Tim Berners-Lee, un chercheur du CERN de Genève, conçoit un système de navigation par 9 Le premier logiciel de messagerie électronique sera présenté en juillet 1972 10 ICCC : International Computer Communication Conference 11 D.A.R.P.A. : Defense Advanced Research Project Agncy 12 TCP signifie Transmission Control Protocol, soit en français: Protocole de Contrôle de Transmission 24 hypertexte et développera avec Robert Caillau un logiciel (l’Enquire) permettant de naviguer selon ce principe Suivra la mise en place des DNS13 en 1984, afin de palier le manque de souplesse du système d’encodage des relations d’adresses de machines à la main dans un fichier texte. Les serveurs DNS distribueront la correspondance entre l’adresse physique d’un ordinateur et l’adresse de nomage que nous utilisons (typiquement : www.ledoare.com, par exemple) Le même Berners-Lee offrira un support à ses hypertextes en créant le protocole HTTP (Hyper Text Tranfer Protocol), ainsi qu’un langage, le HTML (HyperText Markup Language) permettant de naviguer à l'aide des liens hypertextes, à travers les réseaux. Tous les ingrédients étaient réunis, le World Wid Web était né. b. Intranets, Extranets, homework La création d’un réseau par agrégation de sous réseaux aura été rendue possible par la nature même d’Internet. L’évolution du réseau, son entropie, peut sembler infinie car elle augmente à partir du moment où un réseau privé se connecte à l’Internet, perdant immédiatement son caractère privatif pour devenir une partie d’internet. Cette capacité a d’une part très vite étendu le réseau Internet à la planète et fait émerger d’autre part des réseaux d’entreprise en boucle fermée, non connectés au web (les intranets) ou des réseaux connectés sur un mode sécurisé (des extranets, avec une ‘porte d’entrée’). 13 DNS : Domin Name Server, gardiens des bases de données comprenant toutes les adresses internet utilisées dans le monde. 25 Cette faculté pour l’entreprise d’ouvrir son système d’information sur le net présente des avantages certains (meilleure visibilité, transfert de données aisé, relation clients et fournisseurs) mais aussi quelques inconvénients qu’il faut bien prendre en compte (hausse du niveau technologique de l’entreprise, danger de pénétration du réseau de l’entreprise, de l’extérieur comme de l’intérieur, coûts de développements importants, méconnaissance du produit). La liste des dangers potentiels s’étend encore si l’on rajoute les messageries (virus, troyens, fuite d’informations…), les accès au web (téléchargements massifs qui font chuter la bande passante, augmentation du temps passé en ligne pour « chatter » sur les forums, « bloguer » sur les blogs, en critiquant parfois l’entreprise14). c. Et la sécurisation des systèmes La sécurité des systèmes d’information est un paramètre rarement pris totalement en compte. La problématique déborde très souvent du simple cadre technique ou informatique. Et la plupart des trous de sécurité sont finalement des erreurs humaines, des erreurs faites par les 14 Voir à ce sujet une profession devenue experte : le personnel naviguant des compagnies aériennes. De par leur métier, les personnels en vol ne sont pas souvent dans l’entreprise. Les sites de forums sont naturellement devenus un « lieu de vie sociale » ou chacun apprend les dernières nouvelles qu’on entendant auparavant à la machine à café. Le phénomène s’est aujourd’hui légèrement emballé, et l’on assiste sur certains forums à des critiques en règle de certaines compagnies aériennes. Déstabilisation extérieure, mais aussi « coups de gueule » d’employés qui ne voient pas toujours le préjudice de communication externe qu’ils préparent… si la compagnie perd son image de marque et met la clé sous la porte !(lien : http://forums.radiocockpit.com/) 26 salariés de l’entreprise, des erreurs à leur insu ou sciemment faites pour nuire. Plus encore, dans un environnement ou des journalistes vont et viennent, ou le service photo crée un trafic de coursiers dans les couloirs, et où la salle de rédaction ne se remplit pas avant 9h30 le matin. Le contrôle des personnes est alors absolument impératif dans un cadre de sécurisation. Une des meilleures solutions est aujourd’hui la mise en place de badges électromagnétiques. Egalement la caractéristique principale d’un quotidien est la faible marge de manœuvre que l’on a lors d’un crash machine. L’effort en matière de prévention, de mise en place de « recovery planning » testés et fiables, ainsi que de moyens financiers considérables ne doit pas être négligé. d. Informatisation des salles de presse Jusqu’à la moitié du siècle dernier, le travail humain consistait principalement à effectuer des tâches répétitives, prédéfinies. Les machines n’étant pas assez évoluées, elles ne pouvaient avoir une précision suffisante pour remplacer ces travailleurs. Les compétences professionnelles étaient rapides à acquérir et le travail se mesurait en quantité. Dans les années 70, l’essentiel des charges physiques est mécanisé. Une part croissante d’activités est automatisée, les sociétés de service apparaissent et le capital devient « immatériel ». Ainsi, les plans, les brevets, les processus de fabrication, les logiciels portent en eux de nouvelles 27 potentialités de richesse et les services prennent une part croissante dans tous les secteurs. Par la suite, cette « tertiairisation » de l’économie va se poursuivre, et la bonne gestion des flux de l’entreprise (flux financiers, humains, de communication …) apparaît comme déterminante pour gagner des parts de marché. Du premier mac au système d’information Dans le monde de l’édition, l’arrivée du premier Macintosh dans les salles de presse a créé une petite révolution dans le métier du journaliste et nombreux sont les nostalgiques de l’époque qui pourraient narrer l’épisode de façon plus ou moins passionnante. Facile à utiliser grâce à l’interface originale qu’il propose (qui sera copié par Microsoft, puis par Linux), le « Mac » trouve vite sa place pour remplacer l’encombrante machine à écrire. L’outil est prédestiné pour les métiers de l’édition et la marque à la pomme occupe encore aujourd’hui une place privilégiée dans ce domaine. Avec la mise en place des systèmes d’information, c’est toute la société qui va devenir communicante. Besoin de partager un savoir, de gérer la connaissance et c’est une solution de « knowledge management » à partir de bases de données informatives qui pourra être mise en place. Besoin de connaître mieux ses lecteurs ? Le Datamining pourra fournir les chiffes sur lesquels s’appuyer pour échafauder des hypothèses de travail en rapport avec la réalité du terrain. Aujourd’hui, la plupart des entreprises de presse semblent presque prisonnières des nouvelles technologies tant leur dépendance à l’égard des serveurs de news et de dépêches (agences Reuters, AFP, photos …) est grande. Le serveur 28 photo qui crashe à 15 heures sans backup, ça sent le roussi pour le bouclage de l’édition de 20 heures ! Les postes des utilisateurs sont eux aussi soumis à rude épreuve, avec des téléchargements intempestifs de freewares lorsque l’accès internet n’est pas réglementé, des e-mails chargés de virus, des utilisateurs friands de café et autres pains au chocolat dont les miettes s’insinuent dans les moindres recoins du clavier jusqu’à le rendre inopérant. Tous ces petits tracas rendent quasi obligatoire la présence de techniciens en permanence dans le journal. L’outsourcing de cette activité parait impossible et l’employeur devra donc compter de toute façon avec ce type d’emploi. De même, la gestion des serveurs, leur sauvegarde, la vérification des liens réseaux et la bonne marche des transferts de fichiers entre le journal et l’imprimerie demande également des compétences d’administration système. Enfin, il faudra compter avec les scripts, les codages divers, les automates, qui impliquent une ressource de programmation. Et les choses se compliquent dès que l’on ajoute le site internet du journal: il faut en effet favoriser au maximum les connexions physiques et numériques entre la rédaction papier et la rédaction web. Ainsi, le système d’information a pénétré profondément l’ensemble des métiers de la presse pour permettre de livrer en temps et en heure le journal à l’imprimerie. 29 Mais en même temps, il subsiste aussi une transparence certaine quand à cet art, et tout ce que les journalistes ont devant eux est un Mac, certes plus récent, mais sur lequel ils peuvent toujours simplement reprendre tel ou tel paragraphe. Le système d’information, pour important qu’il soit, est aussi invisible qu’il est omniprésent. Et son poids dans le bon fonctionnement peut de fait être fortement minimisé. Cette prise de conscience de l’omniprésence du S.I. dans la rédaction permettrait pourtant de mieux réaliser les nécessaires interactions entre les rédactions du journal et du site Internet. Egalement, le retard observé dans les consciences, en France, face aux produits technologiques, pourra tomber lorsque les personnes au cœur de ces médias se rendront eux-mêmes compte à quel point le S.I. a influencé et continuera d’influencer leur métier grâce au web. Idéalement, les journalistes « web » étant différents des journalistes « papier » dans leur approche rédactionnelle, un intranet collaboratif pourrait être mis en place entre les deux entités. Le journaliste « web » aurait ainsi la possibilité de récupérer aisément une information pour la reformater au standart internet à partir de la base de donnée constituée. La construction de cette base de donnée doit être soigneusement étudiée car cette base doit par la suite devenir le cœur du système informatique, la référence dans laquelle chaque personne pourra puiser l’information qui lui est nécessaire pour étayer une nouvelle ou un développement (typiquement, les statistiques peuvent êtres consultées sur l’intranet, et des requêtes intelligentes peuvent être lancées sur des périodes de plusieurs années, pour affiner le discours.) 30 3. Des outils informatiques arrivés à maturité a. L’informatique réduit les coûts Le principal enseignement que l’on peut tirer de la bonne marche des quotidiens gratuits est sans conteste leur utilisation à outrance des NTIC. D’ailleurs, l’émergence de business plans permettant la mise en place de quotidiens gratuits depuis quelques années n’est pas le fruit du hasard. On peut risquer un parallèle entre l’apparition des gratuits et le niveau technologique atteint pour les réaliser. Ainsi, l’Internet et les liaisons AFP, Reuter et autres, permettent un accès rapide à l’information, presque sans frais de déplacement. La mise en place d’un ERP ad hoc permet de gérer un chemin de fer sans aucune intervention extérieure. La gestion des couleurs automatique, le placement des colonnes selon la page, l’intégration des informations dans des bases de données, tout cela permet de limiter l’intervention humaine au seul choix de l’information à présenter. La mise en forme, une fois déterminée, est automatique, d’où un gain très important sur les charges de personnel. D’où également un bel avenir pour le gratuit en France, championne des charges en entreprise. Une fois que la base de données est bien renseignée par les journalistes, les données peuvent être automatiquement ré exploitées pour un site internet, une diffusion pod-cast ou une lettre de diffusion. Et c’est encore une réduction de coûts. Tout cela ne coûte qu’au développement. Ensuite, tout est automatique. 31 b. XML, JAVA et XUL Les langages informatiques ont souvent des acronymes barbares, et XML15 ou XUL en sont un bon exemple. Le propos n’est pas ici d’expliquer ces langages en profondeur, mais plutôt de mettre en évidence les avancées majeures qu’ils ont pu permettre. XML est un langage HTML étendu La principale caractéristique d’XML est qu’il sépare le contenu de la présentation. Imaginons un texte que nous voulons publier. Le contenu informationnel est représenté par l’ensemble des caractères mis bout à bout. C’est le premier fichier, nommé xml. Un second fichier va porter en lui l’ensemble des informations de mise en page, c’est la feuille de style. Et cette feuille de style est différente selon le lecteur que l’on utilise pour lire le fichier xml. Ainsi, un fichier xml peut être lu dans un navigateur web avec la feuille de style du navigateur, mais aussi par un téléphone portable, auquel cas on utilisera la feuille de style correspondant à un affichage de colonnes très serrées. Le fichier xml, lui, n’est pas du tout modifié, il est interprété. Et cela permet une portabilité de l’information sur tout support qui prend en charge ce standart. L’interopérabilité acquise permet des échanges de données très structurées, donc très 15 eXtensible Markup Language, que l’on peut traduire par : Langage à balises étendu, ou Langage à balises extensible 32 facilement manipulables et exploitables par l’ensemble des services. JAVA est multiplateforme. JAVA16 est un langage de programmation multiplateforme. Ainsi, alors qu’il est impossible d’installer windows sur un macintosh, il est possible d’installer un logiciel développé en JAVA, sur un PC, un Macinitosh ou une machine UNIX. On peut donc développer une application web qui fonctionnera sur tous les navigateurs. XUL, la nouvelle génération XUL est l'acronyme de XML-based User-interface Langage (Langage d'interface utilisateur basé sur XML). C'est un langage spécialisé dans la conception d'interfaces pour applications, et parce qu'il est basé sur XML, il fonctionne sur n'importe quel système. Plus précisément, il peut être facilement porté vers une autre plate-forme. Ainsi, XUL pourrait fort bien se présenter comme étant une des solutions les plus standards lors de la création d'applications Web. On reprochera a ses concurrents leur format propriétaires (pour le Flash, utilisé pour de nombreuses publicités animées, par exemple) ou leur relative lenteur (pour Java, qui demande beaucoup de calculs au processeur). 16 Ce langage fut baptisé dans un premier temps Oak (Oak signifiant chêne). Mais ce nom était déjà utilisé, il fut donc rebaptisé Java en l'honneur de la boisson préférée des programmeurs, c'est-à-dire le café, dont une partie de la production provient de l'île de Java. 33 c. Le PDF certifié à l’assaut des serveurs FTP Le format PDF17 et son extension, le PDF certifié, fait partie de ces petites révolutions techniques que le commun des mortels ne verra jamais, mais qui aura fait faire un sérieux bond en avant à la relation « organe de presse – imprimerie ». Ainsi, il suffit à l’imprimeur de proposer à la direction informatique du journal son fichier technique contenant toutes les informations de structuration des pages pour l’imprimante avec laquelle il va effectuer le travail demandé (format d’impression, paramétrage et colorimétrie, etc.). Lors de la réalisation des fichiers PDF représentant les pages du journal, le logiciel de création va également certifier les fichiers PDF, assurant leur bonne interprétation par les machines de l’imprimeur. Un PDF certifié est donc une garantie de bonne impression pour les intéressés, l’imprimerie et le staff technique du journal18. Avec la démocratisation des serveurs FTP19, l’utilisation de fichiers certifiés est une bonne illustration que l’utilisation des NTIC dans la presse ne se résume pas à proposer l’accès à Internet à tous les journalistes du plateau. C’est aussi la possibilité offerte aux groupes de presse de travailler beaucoup plus simplement avec l’international, toujours via FTP et PDF certifiés. Du moment que le fichier 17 PDF : Portable Document File. Un format de fichier dont la lecture via un logiciel gratuit tel que Acrobat Reader, est permise sur toutes les plates formes, de Windows à Linux en passant par Macintosh, sans dénaturation aucune du format. 18 A noter aussi que l’imprimeur émet un PDF certifié par type d’imprimante selon ce qu’il souhaite obtenir en sortie (journal, livre, cartonné, etc.) 19 FTP : File Transfert Protocol, protocole de transfert de fichiers via internet. 34 PDF passe bien le contrôle de certification, il peut être créé n’importe ou dans le monde, il sera toujours imprimable par l’imprimeur et seulement lui. d. L’apport du logiciel libre Autre objectif dans la réduction des coûts, le système d’exploitation. Linux a depuis quelques années une interface conviviale. Il s’agit d’un système d’exploitation stable, gratuit, et dont les outils sont très puissants. La formation des utilisateurs est la clé de la réussite pour une bonne implantation de Linux dans les entreprises. Le monde journalistique n’est pas un monde d’informaticiens, loin s’en faut, et le travail est plutôt pré-mâché par le service informatique. C’est la formation et le recrutement de collaborateurs motivés par ces technologies qui pourra modifier la donne. Les logiciels libres et le système d’exploitation Linux sont dérivés du système d’exploitation UNIX. Cette architecture système est tellement fiable que la firme Apple a décidé de l’adopter lors du passage à la version Mac OS X. Il faut bien se rendre compte que Apple a préféré rendre incompatible l’ensemble de ses logiciels, quitte à se mettre à dos une certaine frange des utilisateurs, pour implémenter une couche supplémentaire, la couche Mac OS X, à un système UNIX. Le système Mac OS X peut d’ailleurs redémarrer en mode UNIX. 35 Ainsi, les nouveaux systèmes Macintosh sont très stables, très puissants (un G4 peut tout à fait jouer le rôle de serveur dans une petite société de publicité, par exemple) et possèdent intrinsèquement toutes les qualités de Linux ! 4. Les usages d’Internet a. Le paradoxe de la productivité de la presse en ligne Il existe un double paradoxe de la productivité de la presse en ligne. A l’occasion de l’informatisation de la presse dans les années 80, on aurait pu s’attendre à un retour sur investissement qui n’a pas eu lieu (paradoxe de Sorlow20). Nicolas Pélissier l’explique par la conjoncture de deux phénomènes : « le régime syndical particulier des ouvriers du livre qui s’applique à la presse quotidienne et la baisse du lectorat de nombreux quotidiens liée à la concurrence de la télévision et des radios, ainsi qu’au prix relativement élevé des quotidiens tandis que la presse magazine se développe et multiplie les titres spécialisés. » 20 Solow, prix Nobel d’économie en 1987, a écrit sur la productivité un ouvrage fondateur : a contribution to the theory of Economic Growth, 1956. Il souligna dans les années 80 l’apparente impuissance des investissements informatiques à se traduire en gain de productivité et résumera en 1987 sa théorie par la phrase suivante : « vous pouvez voir des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques » 36 Une autre approche, celle de Richard Nelson, part de l’hypothèse que le changement technologique améliore la productivité. Ainsi, le principal processus d’accroissement économique serait fondé sur la substitution à moindre coût (par l’intervention des NTIC) du travail par le capital. Le travail n’étant que l’un des nombreux paramètres dans les calculs de productivité, si le capital augmente (avec cette réduction de coûts), la productivité globale augmente. Il faut aussi revenir sur la mise en place des premiers sites internet des quotidiens. L’absence (souvent) de plan réellement défini a conduit à la mise en ligne de ces sites web qui auront surtout fait acte de présence, ou de sites gratuits. L’absence, aussi, de concertation des différents acteurs de la profession de l’époque explique aussi en partie les mauvais résultats face à ce nouveau média. Les éditeurs de presse n’ont pas perçu dès le départ tout le potentiel du Net et ont laissé la réalisation de leur premier site aux seuls informaticiens, sans fixer de ligne de conduite réfléchie en collégialité, sans réfléchir aux aspects économiques découlant de la transformation de leur système d’information. Un peu de la même façon, les sociétés d’édition musicale, qui ont aujourd’hui des problèmes de droit d’auteur, accusent un retard dans le développement de solutions techniques pour n’avoir pas cru dès le départ à ce média. Et l’histoire est en passe de se reproduire avec les blogs, qui commencent seulement à intéresser les divers acteurs de la communication, du marketing … On a vu également un marché publicitaire en manque d’annonceurs et qui s’est progressivement effondré (mais dont on attend maintenant la remontée, vu la part 37 croissante d’Internet dans l’économie) aussi bien locale ou nationale que mondiale. Enfin, le choix de la gratuité a lui aussi eu des conséquences telles que le choix des rédacteurs parfois plus informaticiens que journalistes, du fait du peu d’investissements réalisés. Le manque d’attractivité, les « copier-coller » de la version papier, l’information statique ont été des facteurs contribuant à la déstabilisation de l’offre. b. Internet, un contre pouvoir a la presse écrite Le référendum sur la constitution européenne aura été un bon révélateur de la position de contre pouvoir du média Internet. En effet, comme la grande majorité de la presse écrite appelait à un vote pour le "oui", aucune alternative n'était proposée sur le papier. Les français pouvaient se sentir floués, sans éléments de débat. Et le seul élément de comparaison aura été le projet de constitution, envoyé par la Poste à un grand nombre de votants. Face à ce manque de débat, ce flou d'opinion, nombre de français se sont alors tournés vers le média Internet. Et ils y ont trouvé un nombre incroyable de textes et de réflexions, tant pour le "oui" que pour le "non". Tous les horizons politiques étant représentés sur Internet, il faut quand même noter la prédominance des courants politiques de faible envergure, plus dévolus à ce média qui leur permet d'avoir largement la parole qu'ils n'ont pas 38 dans la presse en général. Mais en tout état de cause, on trouvait pléthore de sites et de blogs, des articles rédigés par des gens comme vous et moi, par des professionnels, par des regroupements d'auteurs... Ainsi, Internet s'est posé là en réelle alternative aux autres médias que sont la presse écrite liée clairement par des enjeux autres et la télévision, elle aussi en manque de pluralisme dans ses débats. Internet exerçait là un véritable contre-pouvoir. c. Schéma d’organisation de production Voici présenté une adaptation de l’annexe 7 du rapport remis par Jean-Charles Bourdier, alors rédacteur en chef du journal « Le Républicain Lorrain », à François Fillon, en 1997. Le titre était éloquent : « La presse peut encore gagner la bataille du multimédia ». Déjà, il y a huit ans, des appels étaient lancés pour la réorganisation des schémas de production, tout était dit. Ces schémas renvoient à la question de la responsabilité des différents corps dirigeants dans la mutation des organes de production d’un journal pour l’édition des nouveaux médias. Encore une fois, les solutions existaient sur le papier mais l’ensemble de la profession n’était pas prêt. 39 Ce premier schéma montre une organisation standart, avec une première réalisation du contenu sur le papier, la chaîne comprenant classiquement un ou des journalistes et des maquettistes, un rédacteur en chef qui valide l’information, le travail de prépresse puis la presse. La valeur informative est ensuite reprise et réinjectée dans une deuxième matrice produisant des contenus web, puis dans une troisième matrice produisant des Cdroms. On peut noter les points suivants : - La nécessité de rééditer, de reformater, de remonter des maquettes pour chaque type de produit ; - La nécessité d’apporter des éléments spécifiques, multimédias (vidéos, animations flash, …) - Un coût élevé (donc une fabrication lourde) - Le nouveau média est diffusé après l’impression sur papier. C’est un processus qui manque de rythme. 40 Dans le cas d’une réorganisation des flux, les choses sont nettement plus simples : Dans ce nouveau modèle, on note : - la création est simultanée pour tous les supports ; - Il y a un archivage automatique des textes, des images, etc. - Plus de réécriture, réédition ou de remise en forme de la maquette ; - Tous les médias reçoivent la même information au même moment ; - Le système est plus agile, plus efficace ; - La diffusion est immédiate, sur tous les médias. Notons également que le développement de langages tels que XML et la meilleure imbrication des standards basés sur les protocoles de réseaux informatiques locaux ont rendu possible ce type de restructuration, avec l’apparition 41 de ces compétences développeurs. chez les informaticiens et les Il faut bien clairement préciser que pour être véritablement rentable, un investissement en matière de système d’information impose une réorganisation du travail en rapport avec l’investissement. Ces raisons seront développées plus loin dans cet ouvrage. En se penchant davantage sur la structure organisée d’un journal en ligne, on peut constater aujourd’hui qu’il n’existe pas de formule type pour l’équipe rédactionnelle. Selon la taille du journal et l’effectif de journalistes, selon le mode de management existant, on pourra retrouver une ou plusieurs cellules de travail, avec un travail soit en flux, chacun intervenant à son tour sur le contenu, soit en unités finies, chaque unité livrant un contenu complet, fini. Quand à intégrer la rédaction web avec la rédaction papier, le débat reste ouvert, et les deux configurations présentent leurs avantages et leurs inconvénients. 5. Comportement des lecteurs face au web a. Typologie des internautes Les sites web attirent différents types de visiteurs. On peut dénombrer les catégories suivantes : Les visuels et auditifs « viewers and listeners » Ils cherchent l’image et le son. Le texte ne les intéresse pas vraiment. Dans les auditifs se trouvent également les malentendants qui ont besoin d’un texte facile à décoder par une synthèse vocale. 42 Les utilisateurs « users » Ils cherchent l’information. Ils incluent les consommateurs comme les chercheurs d’info. Ils apprécient les blocs d’info (« chunks ») qui occupent l’écran avec moins de 100 mots, et utilisent très peu le scrolling21. Les utilisateurs ont besoin de sites concis, bien organisés et structurés, où ils peuvent aller droit vers ce qu’ils souhaitent. Les lecteurs « readers » Ils veulent également de l’information, mais ils sont disposés à utiliser l’ascenseur dans des documents plus longs. Ils préfèrent le texte adapté pour l’affichage à l’écran, par exemple avec des lignes de séparation ou des saut de lignes entre les paragraphes. Ils préfèrent souvent imprimer et lire les documents sur papier. C’est pourquoi ils ont besoin de versions imprimables. Les parleurs « talkers » Ce sont des visiteurs qui veulent commenter ce qu’ils ont trouvé sur votre site, et éventuellement créer un lien depuis leur propre site, notamment quand ce sont des blogeurs qui traitent du même domaine que le vôtre. Les travailleurs « colleagues » Ils obtiennent l’information à travers un intranet accessible uniquement aux membres d’une entreprise. Ces visiteurs ont besoin d’information claire, facilement utilisable, bien formatée. 21 Défilement des pages grâce aux ascenseurs latéraux 43 Les nouvelles technologies permettent le ciblage précis de ces différents lecteurs. C’est ainsi la possibilité de proposer à chacun l’information qu’il recherche en la présentant de la manière qu’il préfère. Ces techniques de e-marketing sont aussi une solution pour préserver le lecteur d’un trop plein d’information. b. L’information, de la noyade au produit de consommation Selon une enquête réalisée fin 2004 par l’Observatoire du Débat Public22 sur la consommation des médias, la multiplicité des sources d’information et une certaine boulimie de médias conduiraient les usagers à développer une nouvelle maladie de l’information, une sorte de « mal info ». Pour comprendre ce phénomène, il faut tout d’abord remarquer que l’accès à l’information et à son contenu s’est profondément modifié ces dernières années. L’apparition des gratuits, l’avènement des télévisions (CNN, Al-Jazeera) ou des radios (France Info), la profusion des blogs, les informations généralistes des sites portails, et maintenant les flux de syndication rss23… Cette multiplication de points d’accès a modulé le rapport que nous avons tout un chacun à l’information. Ainsi, 22 ODP 23 Voir plus loin la partie consacrée à cette technologie basée sur le standart xml 44 l’utilisateur de ces services grappille aujourd’hui de l’information dans différents médias, selon des habitudes qu’il met progressivement en place et qui règleront petit à petit sa journée. Et cette consommation effrénée devient parfois boulimie. Il s’ensuit alors un sentiment de « malbouffe », d’indigestion d’une information qui ne correspond plus exactement à ce que l’on recherchait au commencement. Etre informé pour ne pas passer pour un idiot ! Selon Erwan Lecoeur, directeur scientifique de l’Observatoire, la consommation de média a pour ressort l’envie de ne pas « passer pour un idiot » et de manière plus large, elle invoque le désir de se sentir relié au monde, dans une société où l’accès à l’information est fortement valorisé. L’information est aussi recherchée pour se mettre en veille face aux évènements, aux dangers de la planète, et ceci même à l’autre bout du monde. Cette position de veille pousse à vouloir s’informer régulièrement, parfois vite, parfois par grignotage tout au long de la journée. Dès lors, la notion de média de référence est battue en brèche par ces nouveaux modes d’utilisation. On recherche une information brute, plus de faits et moins de commentaires. Mais l’interprétation de ces faits demande du temps et des connaissances que l’on ne possède pas toujours, ce qui laisse un sentiment d’insécurité face à une information mondiale toujours plus intensément alimentée. 45 Différents types d’informations sont recherchés Deux types d’informations sont disponibles : d’une part celles que l’on va chercher ponctuellement et dont on maîtrise la consommation, et d’autre part celle que l’on reçoit en continu, par vagues, qui peuvent à la longue submerger. A la vue de ce prisme, c’est très souvent cette seconde forme qui s’impose, proposant une information brute « au plus vite » et « au plus simple » cédant à des logiques proches du Fast-Food. D’ailleurs l’opposition que font certains journalistes entre ces deux types d’informations est très similaire à un autre débat, le « restaurant contre fast-food ». La superficialité du savoir est aussi une autre caractéristique qui ressort de l’enquête de l’O.D.P. Les personnes interrogées ont du mal à retracer le contexte et le déroulement de certains évènements ou l’identité des acteurs. Ne reste souvent qu’un sentiment de savoir assez superficiel. Certaines personnes vont cependant plus loin que la seule digestion d’information brute, en se rapprochant des dossiers thématiques et autres lectures. Le désir d’information se porte alors sur certaines thématiques, comme les faits divers, le sport, la Bourse ou l’immobilier, nouveaux prismes de lecture de l’information. Enfin, le besoin de maîtriser ces flux d’information pousse certains acteurs à se mettre à la diète en n’accédant aux médias qu’à certains moments privilégiés, permettant une meilleure analyse en profondeur. 46 Une solution : le gestionnaire de contenus Nous sommes donc noyés dans un flux d’informations qui va croissant. Les réseaux deviennent toujours plus connectés, l’information provient de toutes parties du monde, instantanément. Sur le web, les sites ou les blogs d’information fleurissent. La télévision numérique diffuse maintenant sur ces mêmes canaux et des chaînes se créent pour profiter de cette nouvelle audience. Google24 recense 8 millions de pages visitées chaque jour, les newsletters pleuvent et nous abreuvent de savoirs anodins ou très utiles que nous n’avons pas toujours le temps de lire, de décortiquer, d’intégrer. Les banques d’images s’unifient pour délivrer toujours plus de contenus. Les blogs (sorte de journal intime sur Internet25) déferlent sur l’Europe après avoir conquis les Etats-Unis… Cette situation ouvre un marché gigantesque aux gestionnaires de contenu. Celui qui proposera l’outil le plus ergonomique pour s’y retrouver, sorte de bouée de sauvetage en même temps fanal dans la tempête d’information sera gagnant en terme d’audience. Et cela pourra être un site portail (Google, par exemple, qui est représentatif avec une page d’accueil dépouillée et qui masque la complexité et l’abondance du site), 24 Les inventeurs de Google ont tout de suite compris que la recherche sur le net n’était pas une des clés du web, c’est le cœur stratégique d’internet. Pendant que la FNAC et autres Amazon essaient de se placer comme le premier site de commerce incontournable, des millions d’acheteurs vont simplement sur Google pour trouver le meilleur prix sur n’importe quel site web ! 25 Voir plus loin 47 un gourou qui proposera ses propres liens et journaux d’information (il aura alors fait le travail préalable de tri et de lecture) ou, pour Internet, un système automatique de préférences, englobant les différents médias, assez souple pour convaincre la majorité des utilisateurs, sorte de revue de presse, e-presse mélangée. La course est lancée, et certains comme Google ont déjà pris une longueur d’avance. Mais il est intéressant de noter qu’une technologie comme les flux rss26 pourrait faire très vite déchanter la jeune firme, elle qui tente d’agglutiner un ensemble de services web, en se positionnant aujourd’hui en plate-forme de services web. 6. Nouveaux moyens, nouvelles méthodes d’expression a. L’invasion des blogs a commencé Le blog est un carnet de bord en ligne, sorte de journal personnel virtuel qui mélange des fonctionnalités de forum et de page personnelle. Ce peut être une « page perso » consacrée aux vacances de son auteur ou une lettre d’informations spécialisées, ou encore un bloc-notes politique auquel les internautes peuvent régir. 26 Rss : real simple syndication, est un flux (au format xml) contenant un résumé du ou des textes. Un lecteur de flux rss permet de visionner l’ensemble des flux que l’on aura sélectionné, en temps réel. Ainsi, dès qu’un bloguer met une contribution en ligne, le flux rss est mis à jour et apparaît pratiquement en temps rée sur le lecteur de flux. 48 L’audience des blogs reste pour l’instant dans une certaine mesure confidentielle mais quelques rares blogs peuvent être très populaires au même titre qu’un éditorial papier. La multiplication des blogs tient principalement au fait qu’il est facile de les mettre à jour, et que de multiples acteurs, dont certains sont nés avec les blogs, proposent des services clé en main, gratuits, de création de blogs, dans le but parfois inavoué d’augmenter le volume de passage sur leurs serveurs. La visibilité offerte aux blogs grâce à cette syndication autour d’un hébergeur, par leur arrivée sur les pages de grands médias (voir le site LeMonde.fr qui héberge des liens vers des blogs) ou par la mise en place de flux rss, commencent à les transformer en acteurs et sources d’information dans le paysage d’internet. Pour compléter ce tableau, un « bloggeur » politique américain du nom de Garrett Graff, a reçu début mars 2005 une accréditation lui donnant accès aux points de presse quotidiens de la Maison Blanche. Cette accréditation 49 ne lui a pas été accordée de bon cœur, mais avec le soutient de certains médias et de nombreuses relances, Garrett Graff, transfuge de la presse qui considère le blog comme « la nouvelle tendance du journalisme » a réussi à étendre la légitimité journalistique des blogs. A l’heure actuelle, et selon une enquête en ligne de Blogads réalisée aux Etats-Unis au début de l’année 2005, le lectorat des blogs est composé d’hommes et de professionnels gagnant plus de 90.000 dollars par an. Et les secteurs d’activités les plus représentés sont l’Education (14,8%), l’Informatique (10,5%), l’Administration se plaçant en 6ème position avec 5,3% de répondants. Et 1/4 des lecteurs réservent aux blogs 20% du temps total consacré aux médias. Seul 1 sur 5 des sondés possède son propre blog. Les blogs intéressent les professionnels pour différents aspects : ils peuvent être des supports de publicité pour un lectorat très ciblé. En effet, la teneur très spécifique du contenu d’un blog permet un ciblage marketing de l’internaute, même sans aller collecter d’autres données. On voit apparaître des blogs publicitaires27, créés par les marques pour communiquer sur leurs produits avec un autre ton, à durée de vie limitée (quelques semaines, quelques mois) autonome ou hébergés sur le site principal de la marque. Le principal risque dans la création d’un blog 27 La première campagne d’envergure utilisant un blog publicitaire est à mettre à l’actif de Nike en 2003. Un blog fut alors créé et promu sur le site Gawker (spécialiste de la gestion de blogs) pour le projet « Art of Speed » lancé à l’époque par la firme. Ce blog présentait jour après jour différents films tournés par de jeunes artistes cherchant à matérialiser le concept « Art of Speed ». 50 publicitaire est un risque d’audience. Le blog doit être suffisamment promu pour espérer un retour sur investissement. Des blogs apparaissent aussi pour relater au jour le jour l’actualité d’un sportif ou d’un aventurier sponsorisé par la marque. Plus récemment, Reporter sans frontières propose aux internautes de voter pour élire les meilleurs blogs défendant la liberté d’expression. Dans les pays répressifs, RSF a constaté que les blogs constituaient aujourd’hui une véritable alternative à des médias traditionnels contrôlés par les autorités. Une soixantaine de blogs seront donc sélectionnés en juin 2005 pour rendre hommage aux webloggers qui défendent la liberté d’expression. Le blog institutionnel Créé par l’entreprise pour communiquer directement avec ses clients, ses fournisseurs ou ses salariés. L’objectif principal est la valorisation et l’humanisation de l’image de l’entreprise. L’auteur déclaré est souvent le fondateur ou le dirigeant : le blog correspond à la version moderne du « mot du président ». Ces blogs instaurent une certaine transparence et permettent aussi dans la plupart des cas une remontée d’informations de la part des lecteurs. 51 Le blog outil de veille et de marketing Au même titre que les forums, les blogs permettent un retour précieux d’information28 , feed-back qui permettra de corriger rapidement les erreurs dans la relation au client. Leur place dans les projets CRM est évidemment mineure mais peut être majorée dans le cas d’une société liée aux nouvelles technologies et plus particulièrement chez les acteurs de l’internet. Une utilisation plus pernicieuse des blogs consiste pour un annonceur à créer un blog ou influencer un contenu, sans que l’audience soit au courant. On parle alors d’ « undercover marketing ». Egalement, avec des informations très personnelles, les blogs peuvent être sensibles à la rumeur, et propager très rapidement certaines informations non vérifiées. Quel statut juridique pour les blog ? Les blogs ont aujourd’hui atteint un stade de maturation et la question de leur réglementation va se poser de façon cruciale. En effet, ce n’est pas tant le créateur du blog qui va poser et pose déjà quelques problèmes, mais plutôt les « contributeurs » du blogs, les personnes qui enchérissent ou argumentent, sans contrôle ou modérateur comme cela peut se faire dans les forums. 28 Des blogs de témoignage sont utilisés par exemple pour débogger un programme et recueillir les témoignages d’utilisateurs béta testeurs 52 On a également vu des blogs à tendance raciste, xénophobe, pédophile, et plus récemment, des blogs de lycéens se moquant (le terme est faible) de leurs professeurs. De plus, cette jeunesse des participants rend difficile un contrôle qui pourrait s’apparenter à une interdiction parentale : un des derniers espaces de liberté de parole, où viennent « bloguer» les adolescents, s’en trouverait restreinte. Du point de vue juridique, le blogueur (ou « blogger » en anglais) est « éditeur d’un service de communication publique en ligne » et donc responsable des contenus diffusés. Il doit s’identifier soit en ligne par la « notice légale », soit, s’il s’agit d’un blog non professionnel auprès de son hébergeur. Dans la plupart des cas, ces textes sont inexistants sur les blogs. On peut se demander si le blogueur est bien hébergeur des contenus de ses invités ? Or, à défaut de jurisprudence, le statut d’hébergeur ne peut pas être écarté car le statut d’hébergeur n’est pas lié à une activité professionnelle ni à une rémunération, et donc un simple particulier peut héberger des contenues de tiers et être donc hébergeur. Mais ce terme ne pourra être employé que si le blogueur, en cette qualité d’hébergeur, assume et respecte l’ensemble de ses obligations, à savoir « détenir et conserver les données de nature à permettre l’identification de quiconque a contribué à la création du contenu », supprimer promptement les contenus illicites, réagir aux notifications, lutter contre la diffusion de contenus à caractère pédophile ou pornographique… Le blogueur a en fait tout intérêt à se placer sous la « protection » des dispositions relatives aux hébergeurs pour ne pas risquer, en « responsable de la publication » 53 qu’il sera, d’être impliqué dans des contenus diffusés sur son blog par des tiers. b. Les Wikis « Un wiki est un site Web dynamique permettant à tout individu d'en modifier les pages à volonté. Il permet non seulement de communiquer et diffuser des informations rapidement (ce que faisait déjà Usenet), mais de structurer cette information pour permettre d'y naviguer commodément. Il réalise donc une synthèse des forums Usenet, des FAQ dans le World Wide Web en une seule application intégrée (et hypertexte). Le nom wiki vient du terme hawaiien wiki wiki, qui signifie ‘ rapide’ ou ‘ informel’.» Encyclopédie Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/ La diffusion et la reconnaissance des wiki sont plus difficiles et plus longues que celle des blogs. Véritable outil de partage de la connaissance, le wiki permet un travail collectif et un apport de connaissances au niveau du groupe de travail. Se présentant comme un site internet mis à jour par un ensemble défini de contributeurs, le wiki est particulièrement adapté pour les projets d’entreprise. Il est certain qu’il trouvera une place de choix dans l’intranet des entreprises, dès lors qu’elles généraliseront le mode de travail par projet. 54 Système d’aide à la conservation du savoir de l’entreprise (i.e. Knowledge Management), les wikis peuvent avoir d’autres fonctionnalités, notamment dans le domaine de la presse en ligne. Ainsi, on voit actuellement se développer des essais de journaux en ligne basés sur les fonctionnalités des wikis. Divers contributeurs ou journalistes inscrits peuvent proposer des articles à la rédaction, qui les publie si elle les trouve pertinents. C’est par exemple le cas de : http://www.agoravox.com/, récompensé dans la catégorie Blog journalistique en français en novembre 2005 par le jury du concours international "BOBS, best of the blogs". Ce concours était organisé par la radio allemande Deutsche Welle. Le jury a considéré que Agoravox "constituait l'une des premières initiatives de journalisme citoyen à grande échelle". Les limites de la recherche ou de l’apport d’information sont repoussées, et la possibilité de plébiscite par l’internaute de tel ou tel journaliste ou rédacteur, de tel ou tel article, seront bientôt réels. Ils remettront en question un pan entier de l’éthique du journalisme. Nous ne sommes qu’aux prémices des futures solutions que proposera la communauté de rédacteurs. Les langages universels tels que XML, les blogs, les flux rss dont certains prédisent qu’ils pourraient détrôner l’e-mail, n’ont pas encore dévoilé tout leur potentiel d’infomédiation. 55 c. La rumeur29 S’il y a un domaine de prédilection pour la rumeur, celui-ci pourrait bien être l’information, car finalement, une rumeur n’est qu’une information amplifiée, déformée, voire falsifiée. Et de fait, la profession la plus touchée par la rumeur est le journalisme. D’autant que le métier, qui doit faire face à de nouvelles concurrences, s’est lancée dans une quête de la nouveauté qui fait le lit des rumeurs et autres scoops non recoupés. A ceci s’ajoute le fait que le média internet accélère la diffusion des rumeurs (qui sont plus rapides et plus nombreuses) et dans le même temps ralentit cette diffusion grâce à l’existence de sites de référence qui tentent de « normer » les récits présents sur le réseau. On peut distinguer plusieurs formes de rumeur (rumeur avérée, rumeur qui se veut information …), on parle de rumeur « mondialisée 30», de rumeur localisée (certaines rumeurs ne se diffusent que sur le continent africain de par sa culture animiste, par exemple…). On distingue également plusieurs outils utilisés pour la diffusion des rumeurs : l’email, le forum, les MAO31, les journaux interactifs dont les blogs font partie… Egalement, Internet représente un nouveau support favorable à la rumeur, de par la propagation des informations, comparable au schéma d’une explosion nucléaire, quand le bouche à oreille, lui, est très lent. 29 Avec « rumor », Le terme « buzz » (originellement, le bruit des abeilles) est aussi employé aux Etats-Unis pour définir le « bruit de fond », la capacité presque contagieuse et immédiate de diffusion des rumeurs sur internet. 30 Voir Pascal Froissart « La résistible ascension de la rumeur mondialisée » 31 MAO : Menace Assistée par Ordinateur. Logiciels qui envoient à fréquence régulière un message reformulé à chaque fois, dans différents newsgroups; on peut alors penser que cette rumeur, provenant de plusieurs sources, est avérée. 56 Enfin, les rumeurs se caractérisent aussi par leur forme même. Ainsi, une nouvelle catégorie de rumeur apparaît sur les sites internet, les « images rumorales32», petites vignettes au format jpeg ou suite de diaporama PowerPoint présentant des images insolites… De plus en plus de journaux en ligne, sachant qu’une information nouvelle sur internet ne reste jamais très longtemps originale, publient des rumeurs ou des informations non vérifiées. On atteint la limite du burlesque lorsque le site d’information annonce son incapacité totale à valider ses informations comme par exemple www.mmedium.com. L’affaire qui a relancé l’observation des rumeurs et leurs conséquences est sans conteste la révélation de l’affaire Clinton-Lewinsky par Matt Drudge33 sur son site, alors même que Newsweek avait décidé de ne pas publier ce scoop, parce que le journal n’avait pas encore recoupé ses informations. Les médias traditionnels se sont mordus les doigts d’avoir laissé passer l’affaire. La rumeur pousse le journaliste a plus de spontanéité. Un fait a aujourd’hui tendance à devenir réalité à partir du moment ou tous les médias le prennent en compte et le diffusent. La répétition de la même affirmation renforce alors le sentiment de véracité. En fait, le concept le plus transformé est celui de la véracité de l’information34. Ceci est évidemment valable dans la presse écrite, mais 32 Qui n’a pas vu l’image de ce surfer sur une vague dans laquelle on aperçoit un squale en filigrane ? 33 Ignacio Ramonet : « On écrira probablement un jour que l'affaire Clinton-Lewinsky a été à Internet ce que l'assassinat de JFK fut à la télévision: l'événement fondateur d'un nouveau média d'informations. » 34 D’après I. Ramonet. 57 Internet renforce encore ce processus en décentralisant la publication. Le journaliste doit donc aujourd’hui, plus que jamais, se référer à sa déontologie, sans céder aux pressions multiples et aux sirènes du « scoop » facile. d. Le niveau de formation des utilisateurs et leurs nouvelles demandes. Le manque de communication de la part de nombreuses directions informatiques, et plus généralement la peur du changement, marque l’évolution du niveau d’utilisation de l’informatique dans les entreprises. L’éducation et le niveau d’informatisation du pays jouent un rôle certain dans l’approche et la formation à l’outil informatique. La France accuse un certain retard dans sa capacité d’équipement en matériel, qui se comble aujourd’hui avec l’arrivée d’offres ADSL poussant à l’utilisation de l’informatique. Un assistanat quasi-obligatoire est aussi de rigueur dans certaines sociétés encore très hiérarchisées et qui considères que le technicien informatique doit rebrancher lui-même la prise qu’on voit débrancher. C’est un exemple un peu exagéré mais qui a malheureusement une certaine valeur. Ainsi, le niveau de formation des individus dépend de différents facteurs, externes et internes à l’entreprise. C’est en jouant sur ces derniers que l’on peut, à grand renfort de communication, de matinées de formation, de diffusions sur l’intranet, commencer à faire passer des 58 idées et des routines quand à la bonne utilisation des ressources informatiques mises en place. Soit dit en passant, un des drames pour les professionnels des métiers IT est souvent qu’ils ont l’impression d’avoir installé une usine à gaz à l’endroit où un tournevis aurait suffit. Et l’investissement conséquent est alors pointé du doigt, et l’on pense aux nombreux autres investissements que l’on aurait pu faire. L’outil est-il ainsi mal adapté ? mal dimensionné ? L’étude d’avant projet a-t-elle été mal faite ? Bien souvent, la seul responsabilité pourra avoir été le manque de formation au nouvel outil installé. Un nouveau lectorat moins assisté Dans quelques années débarqueront sur le marché du travail des jeunes qui n’auront connu que le téléphone portable, le micro-ordinateur (portable) et l’internet. Qui se souvient des rendez-vous entre amis pris sans téléphone, des ordinateurs avec un disque dur de 2Go (1997) ou de leur premier e-mail ? On peut facilement imaginer que ces nouveaux utilisateurs sauront mieux utiliser l’outil informatique (il n’est que de voir la rapidité avec laquelle certains tapent des SMS sur le clavier de leur téléphone, leurs doigt ont mémorisé les lettres comme une leçon de piano). Ces futurs lecteurs auront d’autres besoins (et certaines entreprises fonctionnent déjà sur d’autres modèles pour des employés demandeurs de nouvelles formes de travail). La demande en matière d’information numérique va aller en augmentant. La fiabilité de la source risque fort de devenir secondaire, dans une société qui se recroqueville derrière des communautés d’esprit, de passions ou de jeu. 59 Le bouche à oreille pourrait prendre une importance qui présentera le flanc à la rumeur, véritable fléau sur Internet. Alors plus que jamais, il y a une place à prendre pour les médias papier en investissant tous les compartiments de l’Internet. Plus que jamais, la redéfinition des besoins des lecteurs est à faire dans les rédactions, et plus que jamais, il faut regarder et embrasser ce média sans timidité, sans penser « perte de qualité », mais plutôt en œuvrant pour donner de la qualité aux contenus. C’est une nouvelle déontologie qui doit être inventée pour fédérer les communautés « papier » et « web » pour éviter un dérapage certain dans la qualité de l’information. e. Le e-journaliste L’internet a agi comme un accélérateur de complexité, tant au niveau de l’entropie au sein du réseau des réseaux qu’au niveau de l’utilisation ou de la mise en œuvre des technologies. Il a de ce fait déstabilisé plutôt que recomposé la profession journalistique, repoussant encore des frontières et des rôles professionnels de plus en plus flous depuis quelques décennies. On ne sait toujours pas si on se dirige vers une information « encyclopédique » bénéficiant des potentialités d’intelligence collective offertes par l’hypertexte, ou bien vers une « information de surface » fleuretant avec le 60 copier coller, simple « push » du journaliste vers le consommateur. La qualité et la manipulation de l’information sont des valeurs ajoutées que peut développer le journaliste, avec le risque majoré sur internet de fausse information, de rumeur, de détournement ou de manipulation. Une actualité à la minute L’actualité est présente partout. Et les outils pour réceptionner l’information sont légion : PDA35, smartphones, PC au bureau, à la maison, bornes internet, … La valeur ajoutée n’est plus dans l’apport de l’information brute. L’information brute est très rapidement disponible et les utilisateurs ne sont plus aujourd’hui liés par une marque ou une autre. Il est plutôt classique d’avoir plusieurs sources, et de comparer les informations essentielles avec celles d’un média ‘de marque’, de référence (type Le Monde, Le Figaro …) ou d’avoir en favoris directement un de ces journaux. Egalement, décortiquer une information demande de pouvoir expliquer sa provenance, son histoire, la raison pour laquelle elle survient. Tout un travail de fond qui s’avère peu compatible avec un média aussi rapide qu’Internet. 35 Personal Digital Assistant. 61 D’autre part, dans ce contexte, à 20 ans, 20% des membres de la « génération internet » lisent un quotidien. Ils étaient 30% pour la « génération Gorbatchev », 35% pour la « génération crise » et 40% pour la « génération Mai 68 ». Ce capital de départ de 20% de jeunes est l’un des freins à venir les plus difficiles à modifier et le renouvellement des générations va entraîner un fort recul de la lecture régulière de la presse quotidienne. Sans compter le manque d’intérêt croissant, en France, pour la chose publique, l’effet « zapping » ou l’achat de plus en plus réfléchi. La presse doit clairement évoluer dans ses structures, ses mentalités, « muter » en quelques sortes, pour retrouver un lectorat perdu, en offrant des produits originaux, des perspectives et une information différente et singulière. Qualités du média Internet Grâce à ses trois qualités (la navigation, l’hypertexte et l’interaction), internet substitue progressivement au mode d’accès linéaire à la connaissance un mode de navigation hypermédia interactive. Le journaliste est aujourd’hui confronté à l’apprentissage de ce mode d’écriture et se doit de maîtriser les techniques de balises hypertextes « internes » permettant par exemple un pont entre rubriques, de liens « externes » renvoyant aux références utiles dans la perspective d’un approfondissement du sujet. 62 Dans ce domaine, des travaux d’Azkenazy et Gianella ont montré que les NTIC prennent leur réelle efficacité si elles sont accompagnées d’une évolution profonde des structures organisationnelles de production et de circulation de l’information dans l’entreprise. Ainsi, les passerelles rendues obligatoires entre sujets économiques, politiques ou sportifs impliquent également de repenser le mode d’organisation de la salle de presse, non plus seulement en thèmes définis et immuables (pôles « économie », « monde », «finance », «sport » …) mais également en trames transversales entre ces thèmes permettant la mise en œuvre des liens hypertextes. Et cette réorganisation du travail permettra de conserver et d’améliorer une qualité et une profondeur d’articles permettant une offre professionnelle de service d’information sur internet. La prise de conscience d’un journalisme orienté internet va permettre de mettre en valeur un savoir faire spécialisé. Car le net possède ses propres contraintes. L’information devient un flux dont la hiérarchisation varie et dépend de l’internaute. Le journaliste doit penser « dossiers » en offrant des possibilités de liens vers des sujets connexes. L’article en ligne devra être plus concis, plus factuel. C’est l’hypertexte qui permettra de réaliser des éclairages complémentaires, avec des espaces interactifs, des éléments multimédia, une information ciblée, des ressources web, etc. Le lecteur sera guidé mais gardera la possibilité de développer un aspect du problème plutôt qu’un autre, selon son intérêt personnel. Le journaliste aura donc un positionnement différent de celui d’une rédaction off-ligne, qui reste sur un angle d’approche précis et développé selon un fil conducteur littéraire. 63 Le dossier internet ainsi constitué sera alors extensible selon trois dimensions : la hauteur de la page web, la profondeur des liens hypertextes, et le temps d’actualisation du dossier (par ajout de pages, de liens ou suppression d’articles). La différence de structure entre les articles imprimés et édités sur Internet peut se présenter comme suit : 64 Plus encore, les blogs modifient encore l’écriture du journaliste, qui doit être encore plus direct. Que cela plaise ou non, ils deviennent en effet des sources 65 d’informations36, avec une mise à jour facile et une visibilité offerte par les flux rss. Une documentation commence à voir le jour dans les librairies, qui explique aux journalistes, webmasters et autres communicants comment écrire pour le web. La différenciation que l’on peut trouver dans les conseils en communication, en entreprise, permettra également de voir apparaître des innovations en terme de présentation de contenu, d’utilisation des liens hypertextes et de la création de dossiers multimédias. De ce point de vue, le journaliste peut trouver des exemples de sites web et intranets de grandes entreprises qui ont adopté avec talent cette façon d’écrire pour le média internet. La syntaxe elle-même change. Les phrases longues sont proscrites, trop compliquées. La vitesse de lecture d’une page web est de 75% de la version papier. Mais plus que cela, c’est vraiment le lecteur qui doit être placé au centre du sujet. Il faut l’amener à avoir de l’intérêt. Sans quoi, l’internaute clique et va voir ailleurs. Tout est donc question d’intérêt. On amène d’ailleurs généralement l’internaute à effectuer une action après sa lecture : cliquer sur un lien, lui présenter des offres d’emploi, l’amener sur la page produit … Il en découle une syntaxe de présentation allégée, avec des titres courts et percutants, des sous-titres clairs, un vocabulaire simple et explicite. 36 Ainsi en mars 2005, un blogueur politique américain, Garrett Graff a reçu une accréditation lui donnant accès aux points de presse quotidiens de la Maison Blanche. Dans le même temps, Apple a obtenu de la justice que trois blogs dévoilent leurs sources concernant un produit en développement. Un de ces blogs, ‘Think Secret’ a immédiatement répliqué en poursuivant Apple pour atteinte au premier amendement de la constitution américaine qui protège la liberté d’expression. 66 Le journaliste doit avoir un regard plus technique sur son texte. S’il veut être lu, il lui faudra intégrer des mots-clé pertinents dans son propos. Le souligné, les italiques, sont des marques du web (liens hypertextes). Ils ne doivent donc pas être employés, car ils trompent l’œil et troublent la lecture. L’information doit être découpée en paragraphes aérés, avec une idée par paragraphe, un peu à la manière de ce livre très aéré. L’utilisation d’hyperliens est à apprendre et la gestion de ces liens peut rapidement devenir complexe. Vers de meilleures conditions de lecture en ligne Mônica Macedo-Rouet et Jean-François Rouet37 ont montré que les conditions de lisibilité des hypertextes de dossiers des revues de vulgarisation scientifique étaient en général médiocres. Les principaux problèmes rencontrés (qui sont les mêmes dans la presse en ligne) se trouvent dans la structuration des menus hypertextes. Ces derniers ne représentent pas clairement l’auteur, la taille du document, sa date de création, etc.). Ils ont également noté la difficulté qu’ont les lecteurs à se représenter l’arborescence des dossiers. La distinction entre texte principal et textes secondaires est floue, et il 37 « Vulgarisation scientifique : les revues en ligne » par Mônica Macedo-Rouet et Jean-François Rouet – Critique de la raison numérique, CNRS éditions 67 est difficile de savoir la forme, la taille et le nombre de documents contenus dans un dossier. Ainsi, la sensation proprioceptive que l’on peut avoir en tournant trois pages sur le papier ne se retrouve pas lors d’une consultation du même dossier sur le net. Des solutions logicielles existent pour faciliter cette lecture et des grilles de recommandation ont été élaborées à partir de recherches psycho-ergonomiques38. Celles-ci peuvent inclure des aspects relatifs à la représentation du contenu, comme par exemple fournir un menu de navigation le plus complet possible, ou inclure des informations sur les sources. D’autres s’attacheront à la disposition du texte : utiliser un espace blanc plutôt qu’une tabulation, ou séparer les paragraphes. On estime par exemple qu’une moyenne de cinq liens hypertextes dans un texte est un maximum, et que sept à huit liens en fin d’article sont suffisants. Egalement, les liens hypertextes impliquent que chaque texte doit se suffire à lui-même, puisque plusieurs liens peuvent pointer sur la page. La page présente donc une idée forte et une seule. Le blog présente cette caractéristique, avec des articles très brefs, automatiquement linkés, et qui sont accessibles de diverses manières (par menu, par thème, par date …) 38 Voir notamment Caro et Bétrancourt, 1998 ainsi que Nielsen, 2000 68 La dégradation de la valeur informative Si on assignait une valeur 100 à l’information au moment où l’évènement décrit par cette information se produit, il se produit une dégradation de la valeur de l’information qu’on pourrait présenter de la manière suivante : Cette dégradation se poursuit jusqu’à la perte d’information. Cette durée est en général d’une journée mais peut être rémanente dans certains contextes. Une renaissance de la valeur peut ensuite apparaitre lors de l’archivage de l’information, qui reprendra alors une certaine valeur historique durant encore trois à quatre ans. 69 L’enjeu du système d’information sera à ce stade de faire remonter la bonne information dans le plus court laps de temps, pour permettre la réalisation de dossiers plus complets, d’articles d’hommage ou de compréhension d’un sujet. Et le bureau virtuel On en parle depuis longtemps. Le bureau virtuel et le travail à domicile sont deux idées que les sociétés étudient toujours plus. La baisse des prix des ordinateurs portables, la facilité d’accès au haut débit permettent en effet d’envisager un re-engineering dans la gestion des ressources humaines, en mobilisant un bureau pour trois salariés, alternant 2/3 de travail à l’extérieur et 1/3 au bureau. Le journaliste de terrain, avec les possibilités accrues de communication, peut depuis longtemps se passer de bureau pour envoyer ses papiers. Mais l’accès aux nouvelles technologies de communication a décuplé ses possibilités d’être communiquant. Le téléphone portable, l’ordinateur et l’appareil photo numérique sont aujourd’hui incontournables. Il y a clairement beaucoup à gagner dans la dématérialisation du bureau. Et les solutions en ligne ne sont pas encore assez exploitées. Pour reprendre l’exemple du wiki, on peut tout à fait imaginer une partie de la rédaction réalisée de l’extérieur, accédant par un site internet à une interface de rédaction des articles. L’enrichissement du journal serait alors réalisé en ligne, sur la trame même du journal en 70 cours de bouclage. Les solutions logicielles existent sur le marché pour réaliser de telles infrastructures techniques. De même, la visio-conférence des réunions de rédaction, la mise en ligne du planning, du chemin de fer, sur des accès sécurisés, sont réalisables techniquement. Cela permettrait une réelle délocalisation du journaliste, en baissant des charges fixes telles que le loyer ou le transport en améliorant la productivité (plus de perte de temps de transport, travail serein …). 71 PARTIE II. Les enjeux 72 73 « Le futur est du côté de l’internet et les journaux qui survivront seront ceux qui produiront du contenu réellement original et qui apprendront à le traduire pour ce médium qui chante, qui danse et qui enveloppe tout : la toile. » Andrew Gowers, ancien directeur du Financial Times 1. Un marché difficile pour la presse quotidienne Avec la création de nouveaux concepts d’études tels que la médiation socio-technique39 ou la configuration sociotechnique40 est apparue une dialectique constante entre logique technique et logique sociale de la nouvelle économie. La prise en compte globale de ces deux logiques est primordiale pour l’entreprise de presse, et doit s’accompagner d’un soutient intégrant ce large processus de changement. 39 Etude de Jouët,1993 40 Etude de Vedel,1994 74 a. Le modèle du « marché libre » Ainsi, le modèle économique des NTIC le plus approprié semble être le modèle défini par Hayek en « marché libre », marché dans lequel d’une part la demande peut manifester des jugements sur les produits qui lui sont proposés, et d’autre part, les producteurs tâtonnent par essais et erreurs vers de nouveaux produits qui, à la fois, comportent des innovations technologiques et satisfont aux remarques et désirs des consommateurs. Les désirs du consommateur, dans le même temps, évoluent et permettent de nouvelles manifestations ou jugement des nouveaux produits. Un tel marché permet simultanément l’invention de nouveaux biens et services et la genèse de nouvelles fonctions d’utilité. Selon Hayek, « les fonctions de production et les fonctions d’utilité deviennent endogènes, elles se transforment en se confrontant » La gratuité renforce ce modèle en fournissant des outils gratuits (logiciels, contenus, formation, séquences modèles, squelettes (shell), newsletters, photos, fichers MP3, etc.) dont vont bénéficier des groupes ou communautés auto organisées selon des critères communs de goûts. Le marché s’affine alors encore davantage puisque ne se rassemblent que ceux qui se ressemblent. Le site de média peut se positionner dans ce marché en intermédiaire, plutôt en « infomédiaire », pour tenter de valoriser son audience et transformer cette dernière en clientèle. Quand au produit, en l’occurrence l’information, il comporte davantage d’économie dans sa phase de 75 circulation que dans sa phase de production ou de celle d’assimilation par le consommateur. Cette phase de circulation du produit est une phase à économie variable, dont les NTIC peuvent largement réduire les coûts. Et comparativement, cette économie sera plus importante qu’une économie d’échelle liée à la taille d’audience, ce qui devrait permettre la co-existence de plusieurs infomédiaires plutôt qu’à la réalisation d’une situation de monopole. Le système économique de financement des coûts fixes dans une organisation industrielle de type « brick and mortar » doit également être revu et transformé face aux caractéristiques propres de l’économie de l’information. Car au risque de se répéter, il faut bien dire que les quotidiens sont historiquement des entreprises produisant un bien concret, le journal. L’éditeur achète des matériels, de l’encre, du papier, ajoute de la valeur, de l’information et de la publicité, puis transporte et vend le produit fini. Ici, le principal coût est variable, et augmente proportionnellement à chaque nouveau client prospecté. Doubler le portefeuille client double ainsi les coûts de production. Une réorganisation est rendue d’autant plus nécessaire que se creuse l’écart entre d’une part l’endroit ou est créée la valeur ou l’audience (à travers des infrastructures de plus en plus immatérielles), et d’autre part l’endroit ou cette valeur peut être recueillie, avec en prime une segmentation fine de la demande et une forte différenciation des biens et des services. Une nouvelle relation de marché a d’ailleurs été qualifiée pour définir la coopération nécessaire des producteurs quand au partage de leurs coûts fixes pour mutualiser les risques, et leur nécessaire compétition en aval, au niveau 76 de la conception de nouveaux produits, du marketing, de l’infomédiation et de la commercialisation : la coopétition. Cette conjugaison de coopération et de compétition offre cependant une rivalité plus modérée par la constitution quasi-structurelle de niches de clientèles. Un flou subsiste aujourd’hui sur les choix que prendront les uns et les autres par rapport aux deux chemins possibles que sont la montée en valeur jusqu’au contact du client ou l’assemblage des biens et services pour valoriser l’audience en clientèle. Egalement, les parts respectives que joueront les regroupements d’entreprises, les grossistes et les intermédiaires, restent difficiles à déterminer. Enfin, les marques doivent aussi se positionner, soit avec un lien de confiance face au consommateur, soit contre les infomédiaires, pour résister à l’échange direct qui peut se mettre en place sur Internet entre consommateurs. b. Un contexte publicitaire difficile Le contexte du début du 21ème siècle reste sans conteste un souvenir difficile pour les entreprises du secteur de la presse. Sur quinze ans, le chiffre d’affaires de la PQN41 a stagné. Dans le même temps, celui de la PQR42 a augmenté de 1 milliard d’euros et celui de l’ensemble de la presse a augmenté de 1,5 milliard d’euros. Les ventes ont 41PQN : Presse Quotidienne Nationale 42 PQR : Presse Quotidienne Régionale 77 reculé, la publicité a stagné et les annonces d’emploi ont subi les effets du chômage de masse. Plus inquiétant, la baisse des ventes s’expliquerait en partie par l’érosion du lectorat des 15-20 ans. Or on sait que le niveau de lecture régulière est atteint vers 20 ans et qu’il est au mieux conservé, jamais augmenté. Rapprocher ce dernier constat des données démographiques de la société laisse présager un fort déclin de la lecture chez les jeunes. Si on le compare aux autres pays, le marché français est sous dimensionné, et la dépense publicitaire est en France l’une des plus faibles des grands pays : 171 euros/habitant contre 263 euros au Royaume Uni, 190 euros en Allemagne et 453 euros aux Etats-Unis43. Ce faible taux de pénétration engendre et entretien un cercle vicieux : prix de vente élevé, érosion de la diffusion, stagnation de la publicité et au final peu ou pas de rentabilité. Mais le secteur doit également compter avec des coûts structurels importants d’impression et de distribution, nettement supérieurs à ceux de nos voisins. Et, comme nos voisins, nous sommes face aux mêmes évolutions sociologiques et générationnelles ave l’explosion des « gratuits » ou « quasi gratuits » , et l’essor de l’Internet. 43 Sources « Le Monde », bilan du groupe pour 2003 78 c. Prise de conscience du média Internet L’introduction d’Internet comme outil de production, puis la mise en place des sites web des différents journaux a été généralement réalisée de façon unilatérale par les éditeurs. Sans négociations ou étude de faisabilité, les premiers temps (1994-1996) ont été marqués par un manque de démocratie autour d’Internet, et d’un rejet plus ou moins marqué par les rédacteurs, voyant d’un mauvais œil un outil qu’ils ne connaissaient pas ou trouvaient mal construit. Peu à peu, le ré engineering44 des sites internet, la mise en place du schéma publicitaire et l’habitude d’Internet ont permis aux sites des journaux des refontes plus ou moins réussies. Dans le même temps certains journaux embourbés dans des questions juridiques de droit d’auteur (Le Figaro, notamment), ne sortaient leur premier site Internet que plus tardivement (lundi 2 octobre 2000 pour le Figaro). La prise de conscience qu’un nouveau média est né aura donc été longue (comparativement au temps sur Internet, où 3 mois équivalent à 1 an dans la vie « réelle »), rustique (les sites auront été tenus à jour par des informaticiens plutôt que des journalistes) et aléatoire selon les groupes de presse (certains ont largement investi pour « truster » les premières places, d’autres se sont clairement désintéressés de ce média …) mais dans l’ensemble, la création d’un site Internet accolé au quotidien papier est aujourd’hui un principe acquis. 44 Anglicisme technique désignant la refonte en profondeur (programmation, interface, etc.) du site internet 79 d. Distensions des modes d’information d’ordre politico sociologiques L’Internet constitue selon François Demers « une contribution à l’avancée de la fragmentation culturelle, de la segmentation sociale et de l’individualisation généralisée qui résulte du processus de la modernisation »45. Et le débat qui alimente les médias pour le référendum sur la constitution européenne en 2005 nous apporte un élément important de compréhension sur la vision de l’Europe qu’ont les français : il subsiste un fort sentiment régional et une envie de connaître le monde dans sa globalité. La France, l’Europe, semblent passer après dans les priorités et désirs d’information. On peut s’interroger alors sur la place des quotidiens nationaux, dans un schéma hypothétique, avec d’un coté la presse quotidienne régionale pour apporter les nouvelles locales, et de l’autre Internet et les quotidiens gratuits pour couvrir le flux d’informations mondiales, nationales. Les nouvelles portées par les quotidiens à tirage national n’ayant pas un impact direct sur la vie quotidienne et redondantes avec les flux précédents, leur lecture risque alors d’être reléguée aux moments « chômés » de la journée, la priorité allant à l’information de proximité et aux nouvelles spécifiques à chacun, pendant le trajet au 45 « [email protected], le paysage médiatique régional à l’ère électronique » – P33 80 bureau (radio, presse gratuite) ou au fil de la journée (par internet, au travail46) 2. Les journaux gratuits, de vrais challengers a. Gratuité des nouvelles du jour, une information accessible partout et plus de temps pour lire Les consommateurs considèrent la gratuité comme de plus en plus normale. En effet, après l’apparition des journaux gratuits, après leur installation dans le paysage, des modifications se font sentir quand au ressenti des lecteurs. Passant progressivement du concept gratuit=triste et payant=qualité à une appréhension plus subtile des choses, le lecteur régulier se retrouve face à des journaux gratuits parfois de meilleure qualité que les journaux payants, présentant un papier blanc, glacé, avec une maquette artistique enviable. Cette évolution de la presse gratuite et sa montée en puissance bouleversent le modèle de la presse basé sur 46 Equipement en ordinateur pour les PME : 97,2 % pour les entreprises de plus de 10 salariés, Equipement en accès internet : 82,9 % pour les entreprises de plus de 10 salariés (enquête TIC et commerce électronique 2002) 81 l’adhésion (on paye pour le contenu, voire pour le journaliste). Le modèle qui tend à remplacer cette adhésion aujourd’hui est celui de la consommation de l’information (on ne paye plus mais dans le même temps, on est moins regardant sur l’esprit critique) Il existe également aujourd’hui une plus grande confusion des genres avec l’apparition en kiosque de produits hybrides : des catalogues payants et thématisés (les « magalogues ») et des catalogues commerciaux gratuits édités comme des journaux (avec des rubriques, des articles, un édito, …) 47 nous Le sociologue Jean-François BARBIER-BOUVET propose quatre déplacements majeurs dans la notion de prix dans le secteur de la communication : - Le développement d’une ‘culture de baisse des prix’ pour tout ce qui touche aux supports de la communication ; - Le développement d’une ‘culture de l’aubaine’, l’idée que le prix d’un objet ou d’un service peut être lié à la conjoncture ; - Une différenciation croissante entre volume et coût, car on paye de moins en moins en fonction des volumes consommés (exemple : prix d’entrée de l’accès à la chaîne payante, qu’on la regarde ou pas) - Enfin, une dissociation croissante entre le support matériel et le contenu culturel, avec la copie qui se banalise. 47 Jean-François BARBIER-BOUVET – « Médias » - mars 2005 82 b. Autres caractéristiques des journaux gratuits d’information Une autre caractéristique des journaux gratuits réside dans leur modèle de diffusion, déjà évoqué. A l’origine, le journal est très lu dans le métro, les aéroports, les endroits où les gens n’ont pas accès à d’autres divertissements et ont un peu de temps à accorder à la presse. Les journaux sont alors déposés dans des bacs aux différentes entrées des lieux publics. Un second mode de diffusion aussi intéressant existe : la distribution à la main. En combinant ces deux modes de diffusions, les gratuits peuvent prendre pied dans pratiquement toutes les agglomérations, avec un ciblage finalement extrêmement précis de leurs lecteurs, ce qui intéresse les annonceurs. En ce qui concerne le rédactionnel, les journaux gratuits ne sont plus (mais certains l’ont-ils jamais été ?), comme on pourrait le penser, de simples relais, des vecteurs de reprise de fils d’informations d’agences de presse (Reuter ou AFP). Les salles de rédaction des gratuits sont peuplées de vrais journalistes, des rédacteurs en chef, qui « fabriquent » une information, qui y apportent une valeur ajoutée. C’est seulement le business model financier qui est différent, et c’est un point important dans la compréhension du développement futur des médias en France. 83 Finalement, « le vrai destinataire du journal n'est pas le lecteur, c'est l'annonceur. Le lecteur est un poisson attiré par l'information, laquelle est un asticot sur l'hameçon. Une fois ferré, le poisson est livré aux annonceurs ».48 3. Internet, complément naturel du quotidien Une des directions vers lesquelles se dirigent un certain nombre de quotidiens papiers américains ou français est l’essaimage du titre phare en plusieurs autres titres gratuits. Un exemple de complémentarité Le Républicain Lorrain a par exemple annoncé le lancement prévu pour le 6 avril 2005 d’un hebdomadaire gratuit d’informations baptisé « tout1nfo », pour un tirage à 50.000 unités49. Egalement, un site internet (www.tout1nfo.fr, réalisé en technologie gratuite PHP) devrait suivre, marquant ainsi la forte complémentarité entre le gratuit de 32 pages et le site multimédia. Les journaux américains ont la même approche. Certains journaux payants réputés dans une ville ont lancé des 48 Extrait d’interview avec le dramaturge et philosophe français Jean-Louis Sagot-Duvauroux, auteur d'un essai sur la gratuité, «Pour la gratuité», paru en 1995 chez Desclée de Brouwer, accessible gratuitement à l'adresse http://www.peripheries.net 49 Correspondance de la Presse – 30 mars 2005 84 gratuits dans d’autres états, en cherchant à élargir le cercle de lecteurs et la marque, le nom du journal. L’objectif étant de présenter des chiffres élevés d’audience, Internet se pose encore en apporteur de solutions et de développements nouveaux dans ce domaine, car il brise les frontières physiques de distribution des journaux papiers, régionaux ou nationaux. Et la frange de lecteurs sur Internet (lectorat plus jeune) habituée aux standards du net, n’est pas la même que le lectorat du journal papier. Ces deux pendants que sont la presse (gratuite ou non) et l’Internet ont donc tout intérêt à unir leurs forces face aux annonceurs. a. Stratégie de support : le site internet associé La stratégie de lancement d’un magazine papier ne s’envisage plus aujourd’hui sans y associer le lancement d’un site internet portant haut sur le web les couleurs du nouveau magazine. Il va de soi que le travail de fabrication du site doit alors être intégré au business plan du magazine, et déclenché le plus en amont possible de la première parution. Ce faisant, le site pourra jouer plusieurs rôles clé dans la réussite du projet : Une présence de la marque sur Internet Cette présente permet par la suite de multiplier les points de diffusion des articles, donner le goût aux internautes, faire connaître les sujets abordés. 85 Proposer une revue en ligne des articles du jour En restant sur une stratégie payante, le magazine pourra être résumé sur le site Internet, et proposer un accès payant, on-demand, selon le goût de l’internaute. Avec une stratégie d’accès gratuit, les anonceurs pourront être séduits par le nombre d’internautes visitant le site, et cela suppose donc une équipe dynamique aux commandes du site pour le faire vivre, le diffuser, le faire connaître dans les forums spécialisés, etc… Proposer une interaction entre auteur et lecteur Internet permet de mettre directement en relation un auteur et son public de lecteurs. Ces derniers peuvent ainsi réagir, apporter une expérience ou développer un thème. Dans un monde ou le journaliste doit faire face à de plus en plus de spécialisations, l’erreur est facile et le spécialiste peut, par retour de mail, mettre le doigt sur certaines imprécisions. Cette possibilité de réaction est encore peu utilisée réellement car elle défini implicitement pour l’instant une erreur de la part du journaliste. Cette idée fausse doit être écartée, et le journaliste comme le rédacteur en chef doivent garder en tête la nouvelle complexité du monde et accepter une remise en cause, à partir du moment où la réaction est objective et motivée par un intérêt supérieur d’information du lectorat. A ce moment-là, on peut imaginer une rédaction plus au contact de son lectorat, et en même temps capable de se remettre en cause sur des questions techniques. Le choix final, éthique, philosophique ou mathématique que proposera le journaliste sera alors fait de meilleure 86 manière, temps t. avec la meilleure information possible au Proposer des services annexes La société pourra proposer de nombreux services50 en direction des lecteurs, avec un traçage pointu du lectorat par une base marketing et une perception d’abonnement. Cela pourra être une sélection d’articles par région, une revue de presse à critères déterminés par le lecteur, un pistage de mots-clés, un agenda d’évènement pour les professionnels, la participation à des forums d’abonnés … Dans tous les cas, l’amélioration de la lisibilité du lectorat permettra d’affiner sa connaissance et donc d’attirer des sponsors de plus en plus finement. 4. Les blocages sociaux face aux NTIC a. La difficile question des droits d’auteur sur Internet La création de contenu spécifique pour le web est une véritable valeur ajoutée, d’autant plus aisée à mettre en place que la rédaction web possèdera les compétences internes de création ou de direction de projets web. Ces contenus peuvent être de format texte, mais de plus en plus, le son, la vidéo et le format flash envahissent les écrans des lecteurs. Il faut donc frapper fort en proposant 50 Et tous ces services seront proposés sur le réseau à partir de différents points d’accès, déchargeant ainsi les connexions aux serveurs concernés. 87 de réels contenus multimédias, en s’appuyant s’il le faut sur une agence spécialisée en contenus, et en s’appuyant sur la force de l’hypertexte. D’un point de vue économique, comme d’un point de vue fiscal, il est pratique de créer une entité morale différente pour la société qui gère le site internet, et qui bénéficiera alors des aides au lancement d’activité, des aides à la modernisation de la presse. Droit d’auteur des journalistes C’est au Monde, en 1995, que le premier accord sur les droits d’auteur a été signé dans un journal. Par la suite, les décisions des tribunaux sur les droits d’auteur, concernant des journaux comme Le Figaro, les Dernières Nouvelles d’Alsace ou Le Progrès, donnera raison aux journalistes. Depuis, ceux-ci conservent leurs droits sur les œuvres qu’ils produisent dans le cadre de leur contrat de travail, et ce au-delà de la première diffusion, qui est couverte par la rémunération des journalistes51. Plus précisément, l’employeur peut être cessionnaire des droits de ses salariés mais le contrat de travail ne constitue pas une cession implicite des droits d’auteurs. Il faut qu’un document détaillant les droits cédés et précisant les conditions d’exploitation soit rédigé52. Et ce document ne peut pas être une annexe au contrat de travail53. Dans la pratique, cela reviendrait pour le journaliste et l’éditeur, à signer un document à chaque 51 Ainsi, le code de la propriété littéraire et artistique stipule que l'existence d'un contrat de travail ne permet pas à un employeur de s'attribuer les droits d'exploitation des créations de ses salariés (art. L 111-1 du code de la propriété intellectuelle) 52 (art. L 131-3 du code de propriété intellectuelle) 53 (art. L 131-1 du code de propriété intellectuelle) 88 œuvre rédigée. Une décision qui a fait jurisprudence en la matière a finalement admis qu’on puisse faire figurer une clause au contrat de travail, qui prévoie la cession automatique des droits d’auteur sur les créations faites par les salariés en faveur de leur employeur au fur et à mesure de leur réalisation, le salaire pouvant être considéré comme une contrepartie de cette cession. Mais cette clause ne concerne que les activités et exploitations normales du salarié. Egalement, un journal étant considéré comme une œuvre collective, la réutilisation de l’œuvre dans un autre contexte « ré-initialise » alors les droits du journaliste qui conserve son droit d'exploitation secondaire dans le respect du principe de non-concurrence54. Un statut quo qui perdure Ainsi, d’une part les éditeurs qui invoquaient l’œuvre collective ont été déboutés par les tribunaux et d’autre part, les journalistes ou syndicats signant un accord cadre ont eu le choix soit d’accepter de faire passer leur texte rapidement en abandonnant leurs droits (donc sans signer au préalable un accord écrit, ce qui se comprends dans le cadre pratique d’une rédaction de journal), soit de s’en tenir à l’accord signé et se trouver en retard face à l’information. Et avec une petite soixantaine d’accords dans les entreprises de presse, la situation est encore aujourd’hui au statut quo, avec un certain nombre 54 Dans le cas particulier des périodiques de presse, considérés pourtant comme étant des œuvres collectives, les journalistes disposent d’une présomption incontestable de titularité des droits d’auteur. Et, si l’entreprise de presse peut effectivement bénéficier d’une présomption de cession des droits d’exploitation, ce ne peut être que pour une première publication (Cour de Cassation, 12 juin 2001). 89 d’éditeurs qui espèrent modifier la législation à leur avantage. Cependant, à l’heure actuelle, la situation du marché impose un consensus général sur cette épineuse question face à la montée en puissance, année après année, du média Internet, généralement considéré comme appartenant aux œuvres collectives. Tant les journalistes que les patrons de groupe de presse commencent à sentir l’urgence de débloquer une situation stagnante et qui ne profite finalement à personne. Et la fragilité des accords d’ores et déjà passés entre les parties rend quasi obligatoire l’intervention du législateur sur la question. Vers une « œuvre globale collective » ? L’idéal non atteint pour l’instant est pour l’éditeur, de pouvoir disposer d’un contenu pour différents médias, dans le même temps et sans risque démesuré. L’absence de consensus autour du cumul des droits d’auteurs (parution papier + parution internet, par exemple) est le frein principal des éditeurs qui désirent pouvoir concurrencer le copyright anglo-saxon. Du point de vue du journaliste, il faut bien rétribuer correctement le texte qui représente le fruit de son travail, qu’il soit publié sur le média papier ou sur le média internet. Les syndicats restent pour leur part sur la position actuelle, considérant que le droit positif55 , avec l’appui de la jurisprudence actuelle, offre un équilibre satisfaisant entre la situation des éditeurs et celle des journalistes. 55 notamment l’article L. 761-9 du Code du travail et l’article 7 de la convention collective 90 Egalement, les syndicats soupçonnent les éditeurs de vouloir soumettre le droit d’auteur à copyright en déconnectant l’œuvre de l’auteur. Pourtant, la cession des droits patrimoniaux ne change rien à la titularité du droit moral de l’auteur. Là se pose également le problème de la nature même d’Internet, de l’un de ses fondements : c’est un média gratuit (tout au moins en partie). Considérant donc que la tendance actuelle est à la gratuité de l’information rapide, celle de la journée ou de l’instant, et du modèle payant pour les informations développées, les apports de type multimédia, les archives ou les dossiers thématiques, il semble qu’un accord pourrait être trouvé en calquant ce modèle économique. Ainsi, d’un coté, les journalistes rémunérés par leur contrat de travail (qui pourrait être revu et corrigé, notamment en terme de grille de salaire) abandonneraient leurs droits sur la première diffusion quasi-simultanée de leur œuvre sur différents médias, alors considérée comme « œuvre globale collective », et de l’autre coté, leur production serait sujette à droit d’auteur à partir du moment ou elle tomberait dans le domaine du « fond éditorial », dans un délai étudié selon la nature et la périodicité de la publication56. b. Les syndicats face aux NTIC Avec la mise en place des systèmes d’information toujours plus perfectionnés, la préparation du quotidien devient 56 Le détail de la loi sur le droit d’auteur est placé en annexe 1 du présent ouvrage. 91 principalement une question de qualité de contenu informationnel. Et même si le métier de journaliste sera toujours celui de la recherche d’information, ceux d’ouvrier du livre, de technicien ou de secrétaire de rédaction, que l’on retrouve aux différents stades de montage des pages et de fabrication du journal, sont touchés de plein fouet par cette informatisation, qui engendre l’automatisation d’un maximum de tâches répétitives. De la même façon que les ouvriers des usines de fabrication de voiture se sont vus remplacés par des robots à bras articulés, le travail à façon que réalisent les ouvriers du Livre semble menacé à moyen terme par ces automatisations. La mise en page, réalisée grâce à des logiciels de plus en plus perfectionnés, reconnaissant les chapitres des articles et des photos, arrive à prendre la place de l’homme pour peu que la base technique de départ aie été préparée en ce sens (standardisation de l’écriture dans des blocs spécifiques, intégrés ensuite à la bonne place dans le document final). Quark Xpress, logiciel dédié à la mise en page pour les journaux élargit son offre, comme ses concurrents, d’ailleurs, à la gestion de contenu pour couvrir l’ensemble de la chaîne documentaire57. 57 L’arrivée du logiciel Quark Publishing System, combiné à Quark Xpress, se positionne en concurrent des Documentum et autres Filenet, en proposant un outil de gestion éditoriale ciblant le secteur de la presse. Après Quark Content Manager proposant des fonctions de publication multi canal et de portail permettant de décentraliser la gestion des mises à jour, apparaît Quark Dynamic Document Server qui transforme Xpress en client/serveur. Cela permet d’intervenir sur un document depuis le web, en gérant aussi l’impression en ligne par la génération de document de haute résolution à distance, au format Tiff ou Pdf certifié, par exemple. 92 Pour modifier la composition des équipes, des négociations ont vu le jour dans certaines rédactions en vue d’ouvrir de nouveaux postes, les « éditeurs-réalisateurs58 », intégrés aux rédactions avec un travail de maquettiste, de relecture et de travail des articles. En proposant ce système, le journal Sud Ouest essuiera les premiers plâtres et cristallisera en février 2005 les oppositions des syndicats et des patrons de presse. Ce journal, qui entre à cette époque dans sa dernière phase de modernisation du pré-presse (saisie, correction, mise en page, …) a fait se hérisser une barrière de refus de la part des syndicats, lorsqu’il a proposé de créer un nouveau poste (pourtant pas si différent des actuels secrétaires de rédaction) mais qui ne permet pas de conserver les acquis des secrétaires de rédaction. Ainsi, dans un même journal se côtoient des gens qui font la même chose avec des grilles de salaires complètement différentes. Il faut aussi noter qu’une majorité de journalistes s’opposent à la création de ce poste, considérant eux aussi la similitude avec le métier de secrétaire de rédaction. 5. Le marché de la publicité : tour d’horizon En 2004, les investissements publicitaires ont atteint 18,2 milliards d’euros, avec 10,3% d’augmentation par rapport à 2003. La mise totale des annonceurs web se portait à 844 millions d’euros, ce qui correspond à 78% 58 Proposé par la FILPAC-CGT – Correspondance de la Presse du 7 avril 2005 93 d’augmentation par rapport à 200359. Internet se plaçait au 4ème rang des médias publicitaires (derrière la presse, la télévision, la radio, mais devant le cinéma) et détient 4,6% du marché français. On notera que 85% des 100 plus gros annonceurs plurimédias ont utilisé Internet en 2004. Pour 2005, les coûts restent stables alors que la publicité explose sur le net. Sur les dix premiers mois de l’année 2005, Internet représente 5,5% des investissements publicitaires avec 850,1 millions d’euros investis. Le média internet continue à surperformer la croissance moyenne des investissements, avec une progression de 73,9% sur un an, contre 5,1% pour le total plurimédia. 59 Source : http://www.atelier.fr 94 En Europe : Au niveau européen, le web représente aujourd’hui 20% de la consommation média des européens. L’organisme EIAA (European Interactive Advertising Association) s’attends à ce qu’internet rafle 7% des budgets d’ici 2008 et entre 15 et 20% d’ici 2015. Outre atlantique : Les investissements tous médias confondus ont progressé de 6,36% en 2004, à 264 milliards de dollars. La part d’Internet représente 3,6% soit 9,5 milliards de dollars. Et 5,7% des dépenses globales en 2008 seraient destinées à Internet qui récolterait alors 17,6 milliards de dollars. Clairement, le marché de la publicité sur Internet n’est pas mature et propose de grandes marges de progression. De nouveaux concepts apparaissent, à l’image de AD42.com, place de marché publicitaire sur Internet qui propose de la vente et de l’achat d’espace web à prix fixe et à la durée. Et il ne fait aucun doute que le marché qui s’est effondré au début des années 2000 se relève en consolidant ses bases. La compréhension du système, des internautes, l’avancée des technologies de marketing et des acteurs proposant des solutions innovantes sont des éléments clé, qui sont actuellement en train de trouver leur place dans l’ensemble de la netéconomie. 95 Citons l’exemple d’IKEA, qui, pour augmenter sa part de marché dans le secteur des cuisines, a réalisé une campagne off-line parodiant la série américaine "Desperate Housewives", et incitait à se connecter sur un site internet. De même, 350 000 boîtes de pizza affichaient le thème de la campagne : « Comment s'échapper d'une cuisine ordinaire ? ». Sur le site, des mini-films donnaient des réponses farfelues à cette interrogation et l'internaute se voyait proposer l'envoi d'un DVD sur le thème de la cuisine édité par l’entreprise. Et les résultats ont été à la hauteur des espérances de Pascal Grégoire, président de l’agence CLM/BBDO : « En quinze jours, il y a eu 250 000 visites sur le site, 90 000 DVD ont été commandés et 40 000 personnes nous ont fait savoir qu'elles souhaitaient changer de cuisine". D’autre part, les investissements portés sur l’Internet par les groupes de presse commencent à porter leurs fruits et 60 65% des membres de l’OPA Europe ont atteint en 2004 le seuil de rentabilité (les autres devraient le faire en 2005). Par exemple, le site du New York Times collecte désormais plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires entre publicité et petites annonces. Plus généralement, 61 % des 15-25 ans citent Internet quand on leur demande de ne choisir que deux médias qu’ils emporteraient sur une île déserte, au premier rang 61 devant la télévision (49%) . 60 OPA : On-line Publisher Association 61 Sondage IPSOS réalisé pour MSN France en octobre 2004. Il s’explique par le fait qu’internet est un multimédia sur lequel on peut écouter la radio, télécharger de la musique, lire un journal … 96 Et un glissement de l’efficacité de la publicité on-line semble s’amorcer des sites portails généralistes vers les sites d’information et de divertissement. La publicité serait plus efficace sur ces derniers, dont la fréquentation a dépassé pour la première fois en septembre 2004 celle des sites de « communication » Enfin, toutes les études montrent que le lecteur comprend très bien qu’on a besoin de la publicité pour financer son accès, et l’accepte d’autant mieux que les espaces de rédaction et de publicité sont clairement définis. a. Utilisation des liens sponsorisés et des bannières publicitaires Historique Inventés il y a moins de cinq ans par la société GoTo, devenue depuis Overture, les liens promotionnels génèrent déjà plus de 40% du chiffre d’affaires de l’e-pub américaine. Mis en place et gérés en sus des serveurs de bannières et autres outils de suivi de campagnes, leur fort retour sur investissement (ROI), intrinsèque à la technique, crée un grand pouvoir d’attraction sur les annonceurs. Ainsi, les 97 budgets des campagnes, ainsi que le nombre de mots-clés gérés et leur prix sont en constante progression. En France, près de 60% des annonceurs sont par ailleurs affiliés à au moins deux réseaux de liens publicitaires, et les annonceurs ont choisi d’ouvrir leurs bases de données à des prestataires pour la conception de logiciels gérant les différentes solutions. Les régies publicitaires et d’autres prestataires62 prennent place à l’heure actuelle sur ce terrain. Fonctionnement et outils Les liens sponsorisés fonctionnent pour l’utilisateur comme un promoteur de liens commerciaux qui l’intéresseront selon sa requête. Du coté de la société, elle achète des mots-clés au fournisseur du service, pour un montant donné. A chaque fois que l’internaute fait une recherche sur ces mots clés, l’entreprise est citée63 et débitée de son compte. Les fonctionnalités attendues pour une solution de gestion et d’optimisation de campagnes promotionnelles sont de plusieurs ordres : - Gestion des comptes sur les réseaux Suivi du positionnement, taux de clic, taux de transformation Suivi, optimisation du ROI en fonction du budget 62 Comme Referencement.com, advertising.com, DoubleClick, 24/7 Real Media 63 Le lien vers le site internet de la société et d’autres informations peuvent être indiqués, à une place qui sera fonction de la mise de départ que la société aura investi sur les mots clés que l’internaute recherche. 98 - Optimisation du positionnement des liens par rapport à la concurrence Achat de mots clés selon les périodes où le taux de clic est le plus fort Les entreprises peuvent alors axer leur campagne de marketing par des liens sponsorisés pour : - - Vendre des produits ou des services, voire générer du trafic ou des ventes indirectes sur d’autres canaux (tendance forte de ces outils) Accroître la notoriété de la marque Générer du trafic pour stimuler les revenus publicitaires Générer des ventes indirectes chez un réseau partenaire Fournir un contenu d’information ou éducatif Les mots-clé Le choix des mots-clés est l’opération capitale dans une campagne de liens promotionnels. Leur combinaison est étudiée de plus en plus finement dans le but de délivrer une information one-to-one, très personalisée. Dans une étude menée sur le sujet, on a pu constater64 que logiquement, plus une requête contenait de mots-clé et plus le taux de clic sur des liens promotionnels était élevé. 64 Etude menée aux Etats-Unis par l’agence de marketing OneUpWeb : http://www.oneupweb.com/ 99 Evolution du taux de clic selon le nombre de mots d’une requête (noms d’entreprises exclus) 50,00% 40,00% 30,00% 20,00% 10,00% 0,00% Trois mots Quatre mots Cinq mots Six mots et plus 14,41% 15,02% 15 ,34% 7,78% 4,75% 6,34% juil-04 oct-04 déc-04 Sources OneUpVew, 2005 Mais il y a une limite a la technique des mots-clés, lorsque les internautes saturent face a l’information trop nombreuse. Et le taux de mots clé sera ainsi maximal lorsqu’une requête contiendra quatre mots-clés (33 à 38% de clics après affichage du lien sponsorisé). Le taux pour une requête d’un mot est lui de l’ordre de 4,75 à 7,78 %. 100 Evolution du taux de clic selon le nombre de mots d’une requête (tous mots confondus) 25,00% 20,00% 15,00% 10,00% 5,00% 0,00% Trois mots Quatre mots Cinq mots Six mots et plus 5,00% 5,60% 6,80% 10,30% 23,70% 32,50% juil-04 oct-04 déc-04 Sources OneUpVew, 2005 On remarque aussi que l’utilisation des noms d’entreprise dans une requête génère un taux de clic largement supérieur, ce qui est logique puisque l’utilisateur a déjà une idée précise du site qu’il cherche. Pour autant, les internautes préfèrent utiliser dans la plupart de leurs requêtes des termes génériques. Par exemple, 76,7% des requêtes ayant pour objet le tourisme se font à partir d’un nom commun contre 21,5% à partir du nom d’une marque (et seulement 1,8% sur une combinaison des deux)65. 65 Selon une étude DoubleClick/comScore 101 Dans le domaine de l’informatique, la part des requêtes avec nom commun monte même jusqu’à 80,7% contre 12,4% pour les noms d’entreprise. Il est donc capital pour une entreprise qui souhaite générer un trafic important de prioriser l’étude des combinaisons gagnantes de mots-clés génériques. Emplacements et visibilité Pour optimiser le format et l’emplacement optimum des liens sponsorisés, une étude originale a été menée par l’école de journalisme américain Poynter Institute. 45 internautes ont été observés pendant une heure pour comprendre où et comment ils appréhendaient les campagnes on-line. Visibilité des formats publicitaires en fonction de leur emplacement % d’internaute ayant vu la Format et emplacement publicité Liens sponsorisés dans la 82% colonne de droite Pop-up 70% Bannière dans la colonne de 68% gauche Carré intégré au contenu 56% central Bannière en haut de page 55% Bannière dans la colonne de 34% droite Bannière en bas de page 14% Sources : Poynter Institute,Carat Interactive, 2004 102 Ainsi, 82% des internautes ont regardés des sponsorisés présentés dans la colonne de droite. liens On peut noter aussi que les bannières dans la colonne de gauche constituent un format « classique » performant, avec un taux de 68% de visibilité. Les carrés publicitaires intégrés au texte font également un score intéressant de 56%. Ce score diminue au fur et à mesure de la séparation du carré d’avec le texte. Les formats de publicité Visibilité des formats publicitaires en fonction de leur taille % d’internaute ayant vu la Format publicité 160x800 68% Expand 64% 722x72 60% 468x60 en haut de page 53% 160x105 39% 184x90 35% 200x200 24% 460x60 en bas de page 14% Sources : Poynter Institute, Carat Interactive, 2004 On constate que plus la surface de la publicité est importante, plus elle est remarquée. 68% des internautes ont porté leur regard sur les bannières de 160x800 pixels (soit 128.000 pixels carrés) contre 24% pour un bouton publicitaire de 200x200 pixels 103 (soit 40.000 pixels carrés). Les formats animés attirent l’attention lorsqu’ils sont intégrés au contenu central de la page. D’autres critères rentrent également en compte. Par exemple, une publicité comportant un visage sera plus regardée. Egalement, une publicité à charte graphique cohérente avec celle du site sera remarquée : chercher la rupture avec le site n’améliore pas la visibilité. La performance des formats publicitaires Performance des formats publicitaires sur les sites d’information Nombre moyen de % d’internaute regards portés sur la ayant vu la Format création par le même publicité internaute Demi-page 5,8 38% (368x850 pix) Carré intégré 4,6 56% (300x250 pix) Skyscraper 3,9 44% (160x800) Bannière en bas de page 2,0 3% (468x60 pix) Bannière en haut de page 1,6 12% (468x60 pix) Demi-bannière à droite 1,3 8% (184x90 pix) Sources : Poynter Institute, Carat Interactive, 2004 104 On peut rajouter que le temps moyen passé à observer une bannière est compris entre 0,6 et 1,6 seconde quel que soit le format utilisé, l’expand se démarquant légèrement avec 2 secondes. Les liens commerciaux textuels mobilisent l’œil 6,9 secondes, soit 4 fois plus longtemps. Mais ces liens sont également plus longs à assimiler. Acception des liens sponsorisés par les utilisateurs Selon une étude menée aux Etats-Unis par l’organisme Pew Internet & American Life auprès de 2.200 personnes, 62% des internautes américains ne savaient pas qu’il y avait différentes sortes de résultats dans les moteurs de recherche. Et 82% d’entre eux ne savaient pas faire la différence entre un lien sponsorisé ou non. Les internautes ont exprimé à 49% leur souhait de voir indiqué « Liens sponsorisés » ou « liens payants » et 20% les souhaitaient d’une autre couleur. Ces résultats sont à rapprocher avec ceux montrant l’attachement des internautes à leur moteur de recherche puisque sur les 84% d’internautes utilisant régulièrement ces outils, 92% déclaraient avoir confiance dans les capacités de recherche et 52% être « très confiants ». La déception engendrée par l’utilisation commerciale du moteur à l’insu de ces internautes risque d’avoir un effet négatif et des relations détériorées risquent de s’engager entre l’internaute, le moteur de recherche (voire tout fournisseur de services sur le web) ainsi que , plus généralement, la relation de l’utilisateur avec les différentes formes de publicité. 105 Conclusion Pour conclure sur les liens sponsorisés dont le webmaster du figaro.fr confiait66 qu’ils représentaient 50% du marché publicitaire du site du journal, cette technologie présente beaucoup d’avantages et peu d’inconvénients. Dans les avantages, on peut citer un formidable outil marketing, qui permet d’affiner une cible très précisément. MSN compte aller encore plus loin en développant des ciblages non seulement par zone géographique mais également en fonction du sexe, de l’âge, du jour de la semaine et de l’heure de la journée. Et pour les inconvénients, deux sont à garder en ligne de mire : - le manque de formation des responsables marketing en France pour implémenter ces outils dans leur panoplie de marketing direct ; - Le risque de tuer la poule aux œufs d’or si l’on ne prend pas garde aux attentes des internautes. Le web nécessite en effet des campagnes plus ciblées et moins intrusives car ce média peut créer très rapidement des réactions de rejet épidermiques, surtout dans le domaine très sensible de la publicité. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la recrudescence de polémique autour de la marque, du logo67 ou du marketing. 66 Grégory Dominé - Interview avec l’auteur – 15 Mars 2005 67 Exemple : No Logo - Naomi Klein 106 6. Marketing de presse a. Un marketing renforcé A la différence du quotidien papier qui a toujours quoi qu’on dise pour principale cible l’annonceur, l’accueil en ligne des visiteurs permet également de développer une relation très personnalisée avec l’internaute. C’est autour de la mise en place de cette relation et de sa fidélisation, que l’équipe en charge du web magazine doit se tourner. Considérons le triangle du business model d’un quotidien : Les trois items sont inséparables. La campagne de promotion du titre peut porter sur des médias off-line ou on-line. Il faut arriver à faire parler de sa marque par divers moyens. Le commentaire des journalistes extérieurs au journal est par exemple intéressant et permet un accroissement rapide de trafic. 107 La publicité en ligne peut être gérée comme dans le quotidien par une régie publicitaire on-line dont certaines techniques ont déjà été expliquées dans ce livre. Enfin, la distribution du journal papier est principalement réalisée par les NMPP, qui ont défini récemment un système plus strict de contrôle, ce qui rend plus difficile le lancement de nouveaux titres ou pour les publications qui tentent de rebondir. Par exemple, une publication qui n’atteint pas de seuil de vente profitable dans les cinq cycles de distribution peut être écartée de la liste des titres distribués. Sur le web, rien de tout cela, la distribution n’est plus monopolisée et la généralisation du haut débit nous fait dire que la distribution est délocalisée vers les F.A.I. La diffusion technologique doit plus que jamais se concevoir par rapport à l’utilisateur, ses besoins, ses envies. Le e-marketing peut proposer des outils intéressants pour « profiler » les internautes usagers du site et permettre ensuite l’apparition de nouvelles formes de relations commerciales. Cette relation client (eCRM pour Custom RelationShip Management) se développe grâce aux outils de profiling d’internet, mais pose le problème de la restructuration de l’offre, passant d’une fabrication industrielle traditionnelle à une fabrication à la demande (on-demand, voir premier paragraphe) et adaptée aux goûts de l’internaute. Le fait d’être dans un milieu virtuel permet, si la transformation est réussie, de trouver un effet de « rente en ligne », avec une automatisation des mises en page personnalisées. On passe ainsi d’un produit de Mass media à un produit complètement personnalisé, qui peut aussi au passage permettre la réduction de certains types de fraude 108 justement par cette personnalisation presque « intime » du journal. Les flux rss peuvent également présenter un intérêt de diffusion pour le journal de part leur diffusion et leur usage, déjà mis en œuvre dans les blogs. Finalement, on constate que le marché glisse du marketing de type ‘One to one’ vers un système ‘à la demande’ (ondemand business), la recherche de l’efficacité faisant progressivement place à l’adaptabilité, et la mise en œuvre d’un système d’information devenant l’accumulation d’un capital de connaissances. b. Renforcer le pouvoir de la marque Un des principaux objectifs pour la presse quotidienne papier est évidemment d’augmenter le lectorat, en nombre d’exemplaires vendus en kiosques, ainsi qu’en nombre d’abonnés. Sans compter le taux de prise en main d’un journal qui varie énormément selon le procédé de diffusion utilisé. Pour le Figaro par exemple, le fait de distribuer gratuitement le journal dans les parkings du centre de Paris permet d’augmenter considérablement le taux de prise en main du journal par plusieurs personnes, et contribue à le faire connaître. Cela installe la marque au cœur du principe de vente, là où auparavant, les journaux se reposaient plutôt sur des plumes, tels Pierre Lazareff68 68 Né à Paris en 1907, il fonde son premier journal à l'âge de 9 ans pour ses proches. A 14 ans, il est journaliste professionnel au quotidien Le Peuple, et à 17 créateur d'un hebdomadaire, Illusion. Déjà il sait tout avant tout le monde. Secrétaire de Mistinguett et du Moulin rouge puis de dix autres théâtres parisiens, Lazareff invente Paris soir… dont il fait le titre phare de la presse française mais aussi Télé 7 jours. Installé aux Etats-Unis pendant la guerre, il vit mal son exil et revient en force à la libération en reprenant Défense de la France qu'il transforme en le France soir triomphant des années 50 et 60. Il imagine Elle avec son épouse Hélène Gordon, touche au cinéma et à l'édition. – Encyclopédie Wikipedia 109 pour France-Soir ou Hubert Beuve-Méry69, le fondateur du Monde. Le déplacement de la symbolique portée par le nom du journaliste vers la marque du journal est un phénomène intéressant. L’entreprise agile Renforcer le pouvoir de la marque offre aussi l’avantage de la souplesse. Pour une société d’édition, un lectorat captivé par le talent d’un journaliste est en effet trop dépendant de lui. Les éditeurs ont donc tenté de casser ce lien entre le lecteur et le journaliste. Ainsi, le journaliste qui change de journal entraine moins facilement les lecteurs avec lui. Les entreprises de presse, engagées dans une lutte de droits d’auteurs ave leurs journalistes, contraintes d’utiliser des outils modernes de marketing, travaillent de plus en plus au niveau de la marque, en l’occurrence le titre du journal. Et ce phénomène est d’autant plus marqué qu’on assiste à certains « revival » comme Pif Gadget, ressuscité en 2004 après 14 ans d’absence (ce qui permet au passage à l’Humanité de renflouer son déficit), Pilote, dont les éditions Dargaud publient un numéro spécial une ou deux fois par an, ou encore Eurékà, disparu en 2000 et dont le groupe Bayard compte faire un titre scientifique dédié aux 15-25 ans dès décembre 2005. 69 Hubert Beuve-Méry (5 janvier 1902 à Paris - 6 août 1989 à Fontainebleau) était un journaliste français, fondateur du quotidien Le Monde. Malgré une enfance difficile à cause de la Première Guerre mondiale et une famille modeste il obtient le support lui permettant de faire des études supérieures. Il part enseigner le droit à l'Institut Français de Prague. Il y étudie la montée des périls militaristes en Europe, et devient également le correspondant de plusieurs quotidiens parisiens. Hubert Beuve-Méry et ses amis du séminaire catholique de Saint-Martin-d'Uriage (conçu sous Vichy pour fournir des cadres aux chantiers de jeunesse) ont créé fin 1944 avec l'aide du gouvernement français pour remplacer le quotidien Le Temps ce qui allait devenir le groupe Le Monde. Il y écrivit des éditoriaux sous le pseudonyme de Sirius. – Encyclopédie Wikipedia 110 Dans la presse comme dans bien d’autres domaines, la marque joue aujourd’hui à fond un rôle de booster de vente. Les lecteurs deviennent des clients comme les autres, et la presse se rapproche de plus en plus des outils habituels de vente des autres secteurs. Aujourd’hui, le constat est là : l’information seule, le scoop, ne suffisent plus pour vendre. La possibilité donnée aux groupes de presse de faire de la publicité télévisuelle montre l’axe principal vers lequel tendent les directions de la communication : la marque. On se souvient des spots du Parisien (« on préfère l’avoir en journal »), et plus récemment, Le Monde et Le Figaro, qui occupent l’espace publicitaire de la fin 2005 après leur refonte respective. Grande différence avec le média radio, où la personnalité de l’intervenant est mise en avant, dans sa tranche horaire. L’emplacement roi pour la marque est la première de couverture. L’avantage est ici donné à la presse magazine, qui dispose d’un format A4 complet pour mettre en avant une photo, un titre, une marque. Un des exemples les plus réussi dans le domaine aujourd’hui est le nouveau Challenges, dont les photos retravaillées se dégradent sur fond noir, mettant en avant une typographie blanche. Pour la presse quotidienne, le format reste encore assez classique et l’on n’a pas osé de changements radicaux, par peur de choquer un lectorat si difficile à capter. Il reste que le visuel est aujourd’hui prédominant, avec une tendance lourde au graphisme moderne qu’apportent des sites internet. L’apport des nouvelles technologies dans ce domaine est incontestable. Décliner la marque dans tous les noms de 111 domaine, permet d’élargir considérablement la présence, de créer des sites spécialisés pour certaines occasions. Aucun journal n’a proposé par exemple un site spécifique à la constitution lors du référendum sur ce sujet alors qu’on a retrouvé d’autres sites parfois très amateurs constitués pour l’occasion. Cela permet aussi de passer des partenariats avec des sites dont l’audience est très caractéristique : Citroën ou Mercedes selon la couche socioprofessionnelle, apec.fr pour cibler des cadres, etc. Et pour l’instant, les journaux se cantonnent à l’offre d’espace pour ces entreprises. c. A la recherche du nouveau format papier Les principales améliorations apportées récemment aux quotidiens d’information générale portent surtout sur le format d’impression. On enlève un demi-centimètre par ici, quatre par là, avec parfois une sur-médiatisation du changement expliqué en long et en large au lecteur. Mais il ne faut pas se tromper de cible : le principal intéressé par un changement de format n’est pas le lecteur, mais l’ensemble des annonceurs qui voient la taille de leurs visuels rognés petit à petit Cela peut avoir pour effet de forcer la renégociation de contrats âprement défendus, de proposer des tarifications équivalentes à la perte de taille… 112 Nom du format Taille (Lxl) Grand Format / Broadsheet 578 X 410 mm Belge 520 X 365 mm Berlinois 470 X 320 mm Tabloïd (A3) 410 X 290 mm Demi-tabloïd (A4) 290 X 210 mm Exemple de titres ayant adopté le format L'Equipe Le Progrès Le Figaro est passé à un format 500 X 340 mm en octobre 2005 Le Monde, Les Echos Libération, France Soir, Aujourd’hui en France / Le Parisien, La Tribune, Metro Titre concerné : 20 Minutes Une étude a été menée lors du passage de la Gazet Van Antwerper70. Le journal a décidé de maintenir l’ancien format Broadsheet pendant 6 semaines. Les études lecteurs menés pendant cette période ont démontré que le nouveau format tabloïd était jugé beaucoup plus pratique, 82% des personnes interrogées jugeant favorablement la nouvelle formule et 70% estimant que le passage au tabloïd aurait dû se faire plus tôt. Ainsi, quand l’annonceur 70 La Gazet Van Antwerper appartient au groupe Concentra. Elle est diffusée à 140.000 exemplaires. Ce titre était considéré comme conservateur, macho, âgé et peu dynamique avant son changement de format. 113 profite du grand format, le lecteur plébiscite le petit format. Ainsi, le rythme de lecture devient une composante importante, jusqu’à définir nos choix de lecture. L’importance du format de papier n’est pas si anodine, et se mêle aux autres formats que sont l’écran, le téléphone portable, les PDA en tous genre, la presse gratuite … Cette réduction de format a entraîné un changement de rythme, de hiérarchisation de l’information, qui doit de plus en plus se construire horizontalement, de moins en moins dans l’espace et de plus en plus dans le temps. L’exemple du format papier est significatif : pour un même volume d’information publié, on est mathématiquement conduit à tourner deux fois plus de pages dans un tabloïd de 64 pages que dans un grand format de 32 pages. Le feuilletage d’un petit format entraine ainsi un rapport plus fréquent, plus intime avec le lecteur, comme avec un téléphone portable ou un assistant personnel, alors que le grand format est plutôt posé sur la table pour être feuilleté. Aussi, il est possible de modéliser graphiquement la visualisation du temps de lecture entre les titres, les photos, le texte, la publicité. On peut ainsi corréler l’organisation du sommaire avec la grille obtenue, gérer la régulation des rubriques, l’alternance des genres rédactionnels, etc. L’organisation du chemin de fer est un art que l’on doit ensuite transposer dans la page et dans la double page, avec la mise en avant d’un élément particulier et principal. 114 d. Faire du gratuit , proposer du payant de qualité La formule du site internet à deux vitesses, avec une actualité gratuite et une partie abonnée plus riche en contenus multimédia semble prendre aujourd’hui une longueur d’avance chez les éditeurs impliqués dans la rentabilité de leur service web. La vente d’archives en ligne s’est aujourd’hui généralisée, et permet de retrouver moyennant 4€ pour le figaro ou 2,5 € pour Le Monde (tarifs fev. 2005) les articles en relation trouvés dans la base du journal. Dans la même veine, les articles publiés sur le site du Parisien71 sont proposés en différentes formules payantes depuis mi-mars 2005 : Formule Formule Formule Formule Formule Formule Formule Formule Pro Pro Pro 3 15 50 liberté Prix 0,90 € 0,84 € 0,74 € 4,50 € 19,50 € 60 € 1,50 € Nombre d’articles/mois 30 40 60 3 15 50 L’article De fait, ce système ne peut engendrer pour l’heure que des recettes modestes. 71 Correspondance de la Presse - 18 mars 2005 | www.leparisien.com. Quotidien édité par le groupe Amaury. 115 C’est aussi l’utilisation astucieuse des archives du journal qui pourront prétendre à créer un retour d’investissement. C’est par exemple le cas de France Soir avec son France Soir Historique, publié chaque mois et reprenant un ou deux72 journaux d’époque portant sur un grand évènement (ex : N°1 : Mort du général De Gaulle, N°2 : Election de F. Mitterand etc.). Malheureusement, impossible de retrouver cette édition en ligne. e. Vente de produits multimédia associés La vente de plus-produits éditoriaux est un complément qui a pris une certaine importance dès l’arrivée des CD. La démocratisation des DVD rend très facile l’adjonction d’un matériel multimédia à un journal et certains quotidiens s’y sont essayés et tentent l’aventure. Le Monde, dans son plan de recapitalisation de 2005, a fait rentrer dans son capital le groupe espagnol PRISA, spécialiste de la vente de produits multimédias associés. Plusieurs options sont possibles quand au marketing associé à ces produits. Proposer une collection : Dès janvier 2004, Le Figaro a commencé à proposer pour 3 euros un DVD avec son édition du week-end. Pendant dix semaines, le lecteur aura pu acquérir un « succès du cinéma français ». 72 Les journaux sont alors présentés tête-bêche dans la nouvelle version papier. 116 Ce principe aura permis de toucher, voire fidéliser un public plus jeune, moins consommateur de quotidiens. Avec cette opération, Le Figaro aura vu une hausse de 15% de la diffusion dans les kiosques et une augmentation de 50% du chiffre d’affaires le samedi. Le Monde a démarré en mai 2005 ave 10 films vendus le vendredi pour un supplément de 3,80 euros. Cette opération a permis de récupérer quelques 3 millions de chiffre d’affaires. Et le quotidien dont les ventes s’élevaient à 170 000 exemplaires avant l’opération, a écoulé 130 000 exemplaires à 1,20 euros et 60 à 70 000 exemplaires à 5 euros le jour ou le DVD était inclus. Télé 7 jours a également lancé une opération tous les quinze jours à partir de mai 2005, proposant un CD de musique pour 7,90 euros (contre un prix habituel de 0, 95 euro). Et ses ventes ont augmenté de 20 à 30 000 exemplaires une semaine sur deux. Télé poche a aussi augmenté ses ventes de 9% dans un contexte difficile en proposant sa collection de DVD de séries. Proposer un complément éditorial ponctuel Le journal L’Equipe a consacré un numéro de sport dans le cinéma à l’occasion du Festival de Cannes. Il a renouvelé l’opération pendant l’été au moment des jeux olympiques d’Athènes. Le Nouvel Observateur a de son coté vendu pour 1,90 euros supplémentaires un documentaire dans le cadre de 117 son numéro sur le cinquantième anniversaire de la guerre d’Algérie. En privilégiant une démarche éditoriale à une approche marketing, on peut donc arriver à augmenter sensiblement la diffusion. En l’occurrence, le Nouvel Observateur a vu sa diffusion augmenter de 20 à 25% sur ce numéro. Faire des tests C’est la stratégie retenue par l’Express, qui aura monté cinq opérations commerciales, chacune représentant un cas de figure particulier : le film de fiction (Indochine), la biographie (Freud), le documentaire (sur le vin) ou le CD de test (sur la mémoire). Les résultats sont là plus difficiles à comptabiliser, car le sujet traité rentrait visiblement également en compte pour le résultat de ventes. Proposer des films récents Le mensuel Entrevue a privilégié cette formule, qu’il a mis en place début 2004. Ce titre, qui appartient à Hachette Filipacchi propose un mois sur deux un DVD pour un tarif compris entre 9,90 euros et 12,20 euros. Ici, la politique de prix est de privilégier l’industrie du cinéma, sans dévaluer pour cela le prix des DVD. Les chiffres de diffusion sont encore une fois au rendezvous, avec des ventes de 100 000 exemplaires contre 55 000 habituellement. Proposer un plus-produit intégré Le groupe de presse belge Roularta est le premier à avoir introduit ce concept en France. Après avoir lancé une 118 nouvelle formule du magazine de cinéma « Studio » en octobre, « Rock Wanted » paraissait en novembre 2004. La particularité de ces produits éditoriaux tient au fait qu’ils proposent une version papier et un DVD, véritable produit rédactionnel avec ses propres rubriques et ses rendez-vous. Le Directeur Général de Roularta Média France avait alors résumé comme ces produits comme « prolongement éditorial sur support numérique ». Et malgré une augmentation du prix de vente de 3 à 4,50 euros, Studio a bien l’intention de passer la barre des 100 000 exemplaires (contre 80 000 aujourd’hui). 7. Les ressources humaines La recherche de nouveaux contenus, la refonte de la maquette ou la mise en place de nouveaux modèles économiques sont des exemples de l’évolution actuelle du monde de la presse. Avec les regroupements réalisés ces dernières années, le marché de la presse est devenu extrêmement étroit et pour ne rien arranger, la défense des corporatismes a sinistré le domaine des ressources humaines. La cooptation reste de rigueur dans le milieu journalistique. De même, les passerelles entre les différentes familles de presse, voire même entre métiers sont inexistantes. Et cela est d’autant plus surprenant qu’il existe dans la presse un métier charnière entre les trois principales fonctions que sont la rédaction, le marketing-diffusion et le commercial, celui d’éditeur. On est aujourd’hui dans un système qui oriente vers l’hyperspécialisation et la montée verticale par métier, 119 sans vraiment de possibilités de construire des compétences plus larges. Les écoles de journalisme mettent en avant les techniques d’écritures, en passant à coté du marketing ou du commercial. Les recrutements placent directement des profils généralistes dans des fonctions d’experts. Un parcours varié n’est pas valorisé dans une entreprise de presse à la différence de ce que l’on constate dans les secteurs de l’industrie ou de la grande consommation. Les ressources humaines n’ont aucun poids dans l’entreprise de presse. Il n’y a pas vraiment de pilotage de carrière sauf quelques exceptions. Des changements sont cependant en train de s’opérer. On assiste à une montée en puissance du manager de presse, que ce soit l’éditeur ou le directeur délégué, dont le recrutement ne se fait plus forcément chez des journalistes. Science Pô Paris vient de créer sa propre école de journalisme, qui pourra ainsi bénéficier des expertises métiers différentes, en élargissant le socle des connaissances avec des cours dédiés au marketing ou à la publicité. A titre de comparaison, aux Etats-Unis, la sociologie ou l’économie sont des matières couramment enseignées, et un accent est mis sur le business du journalisme. 120 8. Les intranets et la presse a. Utilisation en production L’intranet est un fantastique outil de communication interne. La mise à disposition de tous de nombreux documents et outils, à un coût très faible en comparaison d’autres moyens, en utilisant les standards d’internet (HTML, Perl, Java, XML, etc.). Pour une entreprise de presse, l’intranet posera surtout un problème technique majeur, celui de la gestion des réseaux. Les flux de presse sont très importants en terme de contenu transporté (photos, multimédia …) et peuvent rapidement encombrer les tuyaux, même à l’ère du haut-débit ! L’entreprise doit donc s’assurer d’une qualification suffisante pour l’administrateur du réseau, qui doit pouvoir gérer les flux, sans quoi l’intranet sera lent et inutilisé. Par la suite, la question de la sécurité est aussi primordiale, car un intranet ouvre à tous certaines informations qui peuvent être vitales pour l’entreprise. Pourtant, nombre d’entreprises investissent dans des intranets inutilisés, dont les taux d’audiences extraordinaires des premières semaines disparaissent très rapidement au fil des mois. Il y a un certain gap entre le comptage statistique d’intranets présents dans les entreprises, et leur réelle efficacité. Le travail collaboratif n’est pas encore à l’ordre du jour, les statistiques sont trop faibles pour se prononcer et les intranets permettent surtout actuellement la communication entre salariés. En ce qui concerne le secteur de la presse, les intranets collaboratifs se sont développés plus rapidement que dans d’autres secteurs d’activités car c’est le principal outil de 121 travail du journaliste lorsqu’il est entre les murs du journal. Des fournisseurs ont développé des systèmes concurrents et quelques acteurs internationaux se démarquent sur ce marché, comme Vignette, ou EMC-Documentum. Ces systèmes proposent des Workflow73 très élaborés et intégrant l’ensemble des fonctionnalités nécessaires à l’édition du journal. Le revers de la médaille est que ces systèmes restent propriétaires, et hors de prix. b. La GED74 et ses avantages Les outils de gestion électronique de documents sont aujourd’hui proposés par un grand nombre d’éditeurs de logiciels. Intégrant un portail ou un workflow plus évolué, de nombreuses sociétés proposent leur solution. Citons Docubase avec Docubase Information Suite, Noheto avec Noheto WCM 7.0 et Express, ou encore Ever Team et sa suite Eversuite 3.8. Il faut compter entre 15.000 et 20.000 euros pour l’achat d’un système de GED. A noter que le support .NET (technologie développée par Microsoft) n'est pour l'instant pas très répandue et la grande majorité des applicatifs fonctionne plutôt avec le standart J2EE. Plus de la moitié des solutions sont présentées au travers d'un portail, sorte d’interface regroupant l'ensemble des 73 Le terme "Workflow" traduit l'idée d'un flux de travail et définit la modélisation et la gestion informatique de l'ensemble des tâches à accomplir et des différents acteurs impliqués dans la réalisation d'un processus métier. Il décrit donc le circuit de validation, les tâches à accomplir, les modes de validation et fournit à chacun des acteurs les informations nécessaires pour la réalisation de sa tâche. Pour une publication en ligne, le Workflow présente la modélisation des tâches de l'ensemble de la chaîne éditoriale, de la proposition du rédacteur à la validation par le responsable de la publication en passant par le rédacteur en chef. 74 GED : Gestion Electronique de Document 122 contenus informationnels, qui permet aussi d'interconnecter le système à un site Internet ou Intranet déjà existant. Il est en effet primordial, dans les projets actuels de mise en service de fonctionnalités de GED, de réfléchir à l'interopérabilité et à l'implémentation de ces services au sein de l'architecture générale du système d'informations. Et près de la moitié des solutions présentes sur le marché répondent à ces exigences. Des connecteurs permettent ainsi aux solutions d'être reliées aux annuaires LDAP75 ainsi qu'à la majorité des bases de données du marché. A partir de l’instant ou l’information a été numérisée, elle peut être stockée et réutilisée au sein du journal. En effet, la validité d’une archive (si ce n’est pas dans un but spécifique ou historique) est de l’ordre de quelques années. La principale difficulté sera technique et consistera à choisir le meilleur moteur de recherche, celui qui retrouvera l’ensemble des documents lorsqu’on lance une requête sur deux ou trois mots, avec la meilleure présentation possible. Une solution qui nous a été présentée permet par exemple la recherche sur les méta-données contenues dans le document et/ou sur l’ensemble du texte. Cette recherche effectuée, le document est présenté sous format PDF contenant sur une couche inférieure le document au format d’image numérisée, et sur une couche supérieure le texte du document, qui aura été traité par un OCR et qui 75 Le protocole LDAP (Lightweight Directory Access Protocol) fournit un moyen standardisé et ouvert pour effectuer des requêtes sur les bases de données d'annuaires. Ces annuaires possèdent des caractéristiques bien particulières qui les différencient des autres bases de données: - un annuaire est prévu pour être plus sollicité en lecture qu'en écriture (plus souvent consulté que mis à jour); - Les données sont stockées de façon hiérarchique, tandis que les bases de données relationnelles stockent les enregistrements de façon tabulaire; - Les annuaires sont compacts et reposent sur un protocole léger; - Ils doivent pouvoir être répartis, pour coopérer avec des serveurs tiers; - Ils gèrent l'authentification et les droits des utilisateurs. 123 permet donc sa sélection pour copie. Une recherche permet de constituer automatiquement en l’espace de dix minutes un dossier au format PDF sur une thématique donnée, à partir de l’ensemble de la base de connaissance de la société. Un tel système, déjà utilisé par la CIA, des services de mairie ou des groupes industriels, permet un réel avantage concurrentiel, un gain de temps et un gain d’argent certains. Mais l’implémentation d’une GED peut offrir d’autres atouts. Outre le puissant service de documentation qu’elle fournit, une GED permet aussi de numériser des services tels que la comptabilité, la facturation client, fournisseur… Une simple requête sur le nom du fournisseur, et l’on constitue un dossier complet. Une requête sur le N° d’une facture et l’on n’édite que la facture en question. Là encore, un gain de temps phénoménal, avec un service de comptabilité simplifié. Enfin, l’interfaçage des requêtes avec le site web offre la possibilité de commercialiser des archives facturées à la page, l’internaute pouvant récupérer un fichier au format PDF verrouillé par le mot de passe de l’utilisateur76. 76 La personnalisation de l’archive par le mot de passe du lecteur permet dans une certaine mesure de maîtriser la fuite du fond d’archives, et la limitation de constitution de dossiers de dix pages d’archives, par exemple, permet d’empêcher le pillage pur et simple de la base. 124 125 PARTIE III. Perspectives 126 127 « We need to realize that the next generation of people accessing news and information, whether from newspapers or any other source, have a different set of expectations about the kind of news they will get, including when and how they will get it, where they will get it from, and who they will get it from. » Speech by Rupert Murdoch to the American Society of Newspaper Editors – April 13, 2005 1. Nouveaux chemins vers la rentabilité a. Nouvelles façons d’informer Les modes de lecture sont actuellement en pleine mutation. La génération montante est née avec la souris, le téléphone portable, le sms, le marketing direct … 128 L’analyse des lectures des cadres nous donne un avantgoût des outils sur lesquels s’appuieront les lecteurs de demain. En France, en 2006, on peut penser que l’ensemble des cadres était connecté au réseau internet, à la maison ou au bureau. Le développement des lignes à haut débit (la moitié de la population connectée en 2005 l’était en haut débit), l’apparition d’offres groupées (téléphonie, télévision et internet par ADSL), l’équipement toujours croissant des entreprises, la baisse du prix des matériels, la simplification de la connexion … Bref l’industrie s’est adaptée au consommateur et lui propose aujourd’hui d’être connecté n’importe où, n’importe quand. Les blogs se développent. La position des bloggeurs s’affirme, certains sont journalistes accrédités à la Maison Blanche, d’autres sont en procès contre des mairies (à Puteau, par exemple), et cette communauté très active et friande de gadgets participe à l’élaboration de nouvelles présentations du savoir (exemple de Wikipedia). L’accès à l’information, l’accès de tous, pour tous, devient une règle implicite. Un code social apparaît également, avec l’interactivité renforcée par les flux rss, qui délivrent l’information en temps réel. Ces flux rss incitent les bloggeurs à la prudence et à ne pas raconter n’importe quoi pour éviter le discrédit. Les contenus s’affinent, s’améliorent, même s’ils sont largement redondants. L’entreprise elle-même pousse à l’information, par le biais d’un accès internet et la possibilité de consulter les dépêches en ligne. Egalement, le trajet travail-maison favorise la lecture de gratuits ou d’autres contenus papier. 129 b. L’entreprise de presse devient multimedia Le groupe Prisa et sa filiale Prisacom Le groupe Prisa édite le quotidien El Pais (premier quotidien en Espagne), le quotidien sportif As, l’économique Cinco Dias, des stations de radio (dont Cadena Ser et Los 40 et plusieurs radios musicales) touchant 10 millions d’auditeurs, et détient près de 18% du journal Le Monde. Il est présent dans 22 pays en Europe et sur le continent américain. Le groupe Prisa possède sa propre filiale Internet, Prisacom, qui a décliné tous les titres de Prisa sur la toile. Cette filière centralise en effet de manière exclusive toute l’activité du groupe sur Internet et sur mobile. Elle adapte les contenus produits par les différents supports en interne et gère l’offre de publicité en ligne en aiguillant les annonceurs vers le meilleur média selon le message à diffuser. Il est intéressant de noter que malgré une représentativité marginale d’Internet par rapport à l’ensemble des activités du groupe (Internet représente moins de 5% du total), Prisacom a déjà généré un chiffre d’affaires de 14,4 millions d’euros sur les neufs premiers mois de l’année 2005, avec une croissance de 22,5% contre 9,7% pour le reste du groupe ! Pour prendre l’exemple du journal El Pais, le site a d’abord été proposé en version complètement gratuite, puis complètement payant. Aujourd’hui, www.elpais.es propose 130 une partie gratuite permettant l’accès aux informations de base et une augmentation des recettes publicitaires générales, et une partie payante proposant divers contenus multimédias et un accès à la zone premium du Monde.fr selon un partenariat établi avec le quotidien français. Le journal propose ainsi différentes formules d’abonnement, dont une offre couplée « papier + accès au site ». Les abonnés au web ont alors accès à des contenus exclusifs dont Prisacom s’est fait une spécialité. El Pais a ainsi dépassé le cap des 50.000 souscriptions, qui lui permet d’atteindre la rentabilité. Le modèle économique général de Prisacom se décline de la manière suivante : - 35% 35% 20% 10% de publicité ; de revenus liés aux activités mobiles ; de vente de contenus en BtoB et BtoC ; d’opérations spéciales, d’actions d’e-commerce. Comme le marché de la publicité en ligne est en fort développement en Espagne, les revenus publicitaires de Prisacom ont augmenté de 18,7% sur les neufs premiers mois de l’année 2005, atteignant 3,67 millions d’euros. Et l’avancée des réseaux haut débit devrait encore augmenter ce ratio. Egalement présente sur le secteur des activités mobiles, Prisacom offre trois sortes de services : - des portails wap sur les sites du groupe ; - des offres de contenus à destinations des trois principaux opérateurs mobiles en Espagne ; 131 - des offres de jeux et concours organisés par les journaux, radios et télévisions du groupe. Si l’on ne prend en compte que les connexions à domicile, El pais totalise 1,05 millions de visiteurs uniques sur le mois de septembre 2005 (en progression de 20% par rapport à juin), et As.com enregistre 900.000 visiteurs uniques sur la même période. L’innovation permanente (podcast, xml et flux rss…), la présence sur tous les médias et des possibilités diverses de diffusion (journaux, radios, TV, téléphone) permettent à la filiale de poursuivre sa croissance et montre la nécessité de créer des groupes multimédias qui ont une structure financière étale et proposent leur contenus de différentes manières, à différents clients, en B to B ou B to C, avec les bonnes approches marketing. c. Actionnariat et concentration des médias Quotidiens français, investissements étrangers La presse française a une « mauvaise » carte à jouer dans cette concentration, celle des groupes étrangers. Et ceux-ci l’ont déjà compris, à l’exemple du belge Rossel, qui a acquis La voix du Nord, l’italien Stampa et l’espagnol Prisa qui montent leur participation dans le capital du Monde ou encore l’espagnol Vocento qui lorgne sur Le Progrès et Le Dauphiné. Ce paradoxe de l’intérêt pour un secteur qui semble mal en point s’explique, comme nous l’avons vu pour Prisa, par 132 une très forte rentabilité de ces groupes de presse dans leurs pays. Modernes, puissants, les groupes étrangers affichent des taux de rentabilité de l’ordre de 28% pour la presse quotidienne de Vocento, 15% pour celle du suisse Edipresse. Et ces recettes représentent un appui financier que peu de groupes français voudraient engager sur le territoire. Ainsi, soyons certains qu’en prenant des participations dans les quotidiens français, jugés archaïques en terme de production et de distribution, ces groupes font le pari de la modernité, de la transformation. Concentration des médias L’annonce par la Socpresse (Groupe Dassault) le 25 février 2005, de son intention de céder le pôle Ouest du groupe qui comprends le « courrier de l’Ouest » à Angers, la « Presse-Océans » à Nantes et « Le Maine libre » au Mans77, va placer Ouest-France en situation de quasimonopole dans 13 départements français. La question qui se pose est alors celle de l’appauvrissement des contenus. De plus, une filiation de cette sorte a de grandes chances de générer la fermeture à terme des journaux déficitaires en conservant leurs outils performants dans le reste du groupe. Dans le même temps, le pôle hippique de la Socpresse voit un projet concernant le rachat des quotidiens « Paris Turf » et « Week-end78 » par le fonds d’investissement 77 Dans ce pôle de 2.500 salariés, le Courrier de l’ouest (365 emplois, tirage à 110.000 ex.) a toujours renfloué Presse-Océan en constant déficit – source : « La Correspondance de la Presse » 78 Co-fondé par Léon Zitrone en 1962, et rachetté par la Socpresse à Hachette en 2001 133 Montagu Private Equity se profiler, pour un montant estimé à 40 millions d’euros (source syndicale). Malgré tout, si l’on prend l’exemple de Prisa, celui-ci nous montre une nécessaire agglutination des services et des médias TV, radio, journaux et web, pour prétendre à une rentabilité globale. Et l’existence de différents canaux permet au contraire la diffusion de plus de contenus, touchant le consommateur79 d’informations de la façon dont ce dernier l’aura choisi. Sans cette concentration, l’entreprise restreint largement son champ d’action et ses possibilités d’évolution technique. 2. Une déontologie journalistique pour l’information en ligne Thème récurent car essentiel dans le débat public, la liberté d’expression a pris une nouvelle dimension depuis l’apparition des médias on-line et l’importance toujours plus croissante des blogs, chats et autres sms. Ainsi, les acteurs qui participent à cette liberté d’expression se trouvent encore plus nombreux. La communication est plus rapide, plus intuitive, marche à l’impulsion. Et à la limite, n’importe quel quidam peut aujourd’hui exprimer son opinion assez librement sur Internet80. 79 Car le lecteur d’hier devient le consommateur d’informations d’aujourd’hui ! 80 On l’aura remarqué par exemple lors des problèmes dans les cités en 2005 : des blogs se sont très rapidement montés et auront été un des seuls moyens d’expression « de l’autre coté des CRS » 134 En 2002, Bill Kovach et Tom Rosenstiel, deux journalistes américains, se sont élevés contre cet état de fait en dénonçant les dérives récentes de leur métier. On retrouvait dans leur manifeste la description des grands effets induits par ce média internet. Les auteurs en déploraient certains, comme le développement d’un cycle ininterrompu d’information, la montée du pouvoir des sources face aux journalistes, la possibilité donnée à tous de diffuser de l’information, la montée de la polémique au détriment de l’information ou encore le traitement exagéré de l’information pour fédérer une audience. Les éditeurs, très concernés car incriminés lors des dépassements ou des outrepassements de la liberté d’expression, sont aujourd’hui rejoints par les FAI81, qui se retrouvent eux aussi en première ligne en ce qui concerne la publication des contenus. Il semble d’ailleurs assez légitime qu’ils assument une responsabilité dans la production de contenus en ligne, de par leur accès privilégié aux serveurs physiques hébergeant les sites internet. L’influence sociale, un cercle vertueux Philip Meyer décrit l’existence d’un cercle vertueux dans la presse écrite82, basé sur l’influence sociale que peut exercer un journal. Ainsi, en pratiquant un journalisme de qualité, on parvient à s’attirer la confiance du lectorat. Et cette confiance, cette influence sociale permet un retour financier, avec des ventes augmentées par cette nouvelle qualité. 81 FAI : Fournisseur d’Accès Internet 82 « The Vanishing Newspaper, saving journalism in the information age » - Philip Meyer 135 Un enjeu qui est parfois délaissé pour cause de prise de participation d’entreprises privées ou de conseils d’administrations soumis à de fortes pressions de la part des actionnaires. Le journal doit devenir rentable, dans les meilleurs délais. On délaisse alors la qualité pour porter l’effort sur d’autres domaines, plus profitables à court terme. Une remise en question des journalistes La position des journalistes, hommes de l’art de la diffusion de l’information, est aussi complexe et mériterait une grande réflexion aboutissant à un ensemble de règles, notamment en terme de droit d’auteur. Des règles face à ce nouveau média, qui ne sont pas clairement définies en France, à la différence d’un pays comme les Etats-Unis ou elles sont beaucoup plus clairement édictées, ce pays étant plus mûr face aux nouveaux médias. Héritiers de la déontologie des médias traditionnels, les journalistes sont pris dans un dilemme mettant en jeu leur conscience professionnelle et les nouvelles contraintes qui 136 pèsent sur le métier (contraintes techniques ou commerciales bien différentes, perte de pouvoir …). N’ayant pas défini clairement leur position, les journalistes courent le risque de modifier leur représentativité face à un public de plus en plus demandeur de nouveaux concepts et de nouvelles approches de l’information. Les journalistes ont oublié qu’au final, c’est le public qui décide. Et la majorité des français connectés en haut-débit se sentent de plus en plus déconnectés des médias traditionnels, et partant, des journalistes travaillant pour ces médias. Faire face à la pression D’autre part, le journaliste doit aussi lutter face à des pressions sinon nouvelles, disons plus raffinées. Ainsi, les partis politiques ou les grands groupes économiques proposent par le biais de bureaux d’information l’exacte communication qu’ils veulent faire passer. Dans la course a l’information, le journaliste n’a plus le temps de prendre du recul sur le texte qui lui est proposé sur un plateau et le ressert tel quel. L’emprise économique se fait aussi sentir, avec une « précarisation » de la profession qui compte 30% de pigistes, qui eux, sont beaucoup plus vulnérables aux pressions. Ces contraintes (et d’autres plus classiques) influencent la qualité du travail produit et contribuent à la perte de confiance des lecteurs, qui ne retrouvent pas l’originalité qu’ils recherchent, dans un discours par trop formaté, sans recul par rapport aux évènements. 137 Ainsi, le sociologue Jean-Marie Charon relève un certain nombre de critiques récurrentes adressées aux journalistes : atteinte à la vie privée, atteinte à la présomption d’innocence, diffusion d’une multitude d’inexactitudes ou approximations, exposition du public à la violence, recherche malsaine du sensationnel ou du spectaculaire, manque de responsabilité quant aux effets potentiels de leur activité sur la vie des gens, absence de remise en cause perçue comme une certaine forme d’arrogance. Jean-Marie Charon en déduit trois exigences pour le journaliste : - L’importance de la formation, initiale puis tout au long de la vie, afin d’actualiser leurs compétences ; - La création d’une charte ou d’un ensemble de règles et de principes qui s’appliqueraient à l’ensemble de la profession ; - La mise en place d’un comité d’éthique qui serait chargé de réguler la profession et de contrôler la bonne application des règles de la charte. Internet n’est pourtant pas une rupture Les difficultés rencontrées dans les médias « classiques » se retrouvent sur Internet. Ainsi, le développement de l’information en ligne s’inscrit dans le prolongement des difficultés et même, aggrave certaines des difficultés des médias. Ainsi en est-il des contraintes économiques, qui sont encore plus prégnantes, avec les modèles de la gratuité ou du « just in time ». La question de la rentabilité est d’autant plus compliquée que les internautes ont pris l’habitude de la gratuité, en l’absence de réglementation et 138 d’entente claire entre tous les groupes de presse, depuis les débuts de l’ère Internet. Si l’on prend par contre l’exemple des sites spécialisés, ceux qui ont proposé des contenus payants de haute qualité ont assuré une certaine rentabilité. A l’heure actuelle, à l’exemple de journaux américains, on réfléchit au passage de nombreux sites d’information générale du gratuit au payant pour retrouver un modèle économique rentable. Cela ne peut être possible qu’avec un accord global de la part de l’ensemble des professions issues du monde des médias. Les fournisseurs de contenus comme l’AFP, les journaux de la presse quotidienne, les syndicats de journalistes doivent montrer leur détermination à défendre la qualité des contenus. Une autre solution qui voit le jour aujourd’hui consiste à éditer un bi-média, faisant du site internet un véritable complément du journal papier, avec ses propres contenus, et pas seulement la retranscription du papier. C’est le cas pour de très célèbres journaux tels que The Gardian, qui a le site de quotidien le plus populaire de Grande-Bretagne, et qui est passé bénéficiaire en 2005 grâce principalement aux revenus publicitaires. Son responsable de la présence en ligne a déclaré récemment que le groupe pour lequel il travaille consacrera dans sept ans 80% de son activité au numérique, contre 20% aujourd’hui.83 Un autre exemple avec le New York Time ont les profits sur le web ont augmenté de 49% quand lles ventes papier progressaient elles de 0,5%. Le quotidien se prépare à une restructuration profonde : la fusion des rédactions on-line 83 Simon Waldman, propos tenus lors de la conférence « Au-delà du mot imprimé », organisé par l’Association mondiale des journaux à Madrid. 139 et traditionnelle, après les avoir maintenues séparées depuis toujours. Les responsables de rubriques devront penser « papier » et « web » au quotidien, selon le crédo de leur patron, Arthur Sulzberger, pour qui le vecteur de diffusion de la nouvelle importe peu face à la nouvelle ellemême. En tout état de cause, la diffusion des micro-paiements et le très fort développement actuel du réseau haut-débit devraient permettre de mettre en place des solutions de vente de texte à l’unité, d’archives, d’espace de blogging, de fourniture de contenus pour d’autres sites, etc. de manière plus simple. Cela ouvre aussi des possibilités nouvelles de rentabilité en respectant la qualité éditoriale. 3. Economies d’ordre technique dans le système d’information des organisations de presse a. Economies dans le domaine des équipements (hardware) La sauvegarde des données Avec la baisse du prix du mégaoctet et l’apparition des technologies de disques S-ATA, l’espace disque devient clairement le plus pratique et le plus sécurisé des modes de sauvegarde. 140 Les gains de rapidité sont incomparables face aux autres stockages de type bande ou Cdrom. Cet espace disque peut être pour partie en local et pour partie décentralisé (via une connexion internet sécurisée) pour garantir une sauvegarde même en cas de sinistre physique des locaux (incendie, vol, …). Pour finir, un plan de reconstruction après sinistre doit être tenu pour remonter l’ensemble du système en cas de crash. En ce qui concerne les autres types de médias de sauvegarde, le DVD Rom devrait apporter son lot de confort en terme de sauvegarde, mais ce mode de lecture n’est assuré que pour quelques décennies. Il n’est que de voir que les lecteurs de disquettes sont bannis de la fabrication des ordinateurs Apple ou des portables nouvelle génération, remplacés par les clés USB. Chaque système de stockage a un potentiel d’utilisation gagne limité dans le temps. Avec le S-ATA84, on également en rapidité et en liberté pour un transfert de données vers de nouvelles technologies. La sauvegarde par bande (type DAT, DTLx, …) est aussi grandement utilisée. Il ne faut toutefois pas oublier que les bandes de sauvegarde ont parfois tendance à gondoler. Ainsi, si le lecteur tombe en panne, le décalage entre la tête de lecture et la bande peut n’être jamais récupéré dans un lecteur neuf. La bande est alors illisible et les données sont perdues, toutes ses informations ayant été décalée de quelques microns lors de la dernière sauvegarde avec l’ancien lecteur. 84 S-ATA : Serial ATA, norme des disques durs présentant des caractéristiques de rapidité comparables aux disques durs SCSI 141 Equipements et ordinateurs Plusieurs aspects sont à considérer. Ainsi, le choix d’écrans larges peut être bénéfique malgré un prix sensiblement plus élevé. Les palettes des outils graphiques peuvent être déportées et le travail est bien plus aisé. On récupère assez rapidement en productivité ce que l’on perd dans le prix de ces écrans. Il s’ensuit également un renforcement de l’image de l’entreprise pour l’employé, heureux de travailler dans un environnement moderne. L’ordinateur ultra puissant est toujours intéressant, mais un gain de coût peut être réalisé en enrayant la course aux derniers logiciels. Installez Photoshop dans sa version 5 sur un PC vieux de deux ans et vous obtiendrez un des logiciels de retouche d’image des plus rapides. Les quelques améliorations apportées par les dernières versions sont utiles pour les photographes. Mais dans un journal, même l’automatisation de la retouche photo est possible85. Donc le choix des équipements tels que les ordinateurs dépendra grandement des choix techniques et logiciels qui sont à prendre en amont. Et acheter une dizaine de Macintosh pour bien démarrer son activité n’est pas forcément la meilleure option… 85 Vu au journal Métro, où les images sont automatiquement retouchées en colorimétrie en fonction de l’imprimerie où sera tiré le journal. 142 b. Economies dans le domaine des logiciels (softwares) La grande cause du logiciel libre arrive à complète maturité. Des systèmes d’exploitation fiables et faciles à implémenter existent. La mairie de Paris, Le Monde Interactif, pour ne citer que ces entités, ont définitivement choisi de travailler avec Linux. Linux faisait peur (manque de fiabilité, difficultés de maintenance …) et maintenant, Linux intéresse (offre mature, développeurs présents sur le marché du travail …). C’est que le petit pingouin souriant a fait un bout de chemin qui lui permet maintenant de tenir la dragée haute aux grands noms du software. C’est ainsi que l’on peut à moindre frais monter son architecture système, en partant de serveurs moyenne gamme, qui seront valorisés par un système d’exploitation moins gourmant en ressources, et donc équivalents aux serveurs moyen/haut de gamme des HP et autres IBM en terme de puissance. Décliner alors un serveur de fichiers, un serveur FTP, un serveur web86 ou un serveur d’applications87 devient un jeu d’enfant. 86 Typiquement le serveur web Apache, plébicité par les webmasters car réputé le plus fiable des serveurs web 87 Comme Tomcat, serveur d’application hébergeant des services web/Java 143 Mais surtout, la licence libre est une réelle et importante économie d’échelle, car les postes des utilisateurs participent à cette économie. Une suite openOffice compatible avec les formats Word et Excel, présente l’immense avantage d’être gratuite et téléchargeable, alors pourquoi s’en priver, ne serait-ce que pour l’administratif ? De plus, les systèmes fonctionnant sous Linux présentent l’avantage d’être moins sensibles aux virus, développés en grande partie pour véroler la plate forme Microsoft. Du point de vue de l’utilisateur, une formation sera obligatoire, à moins de pouvoir embaucher directement sur ce critère. Ce point peut être dissuasif et doit être calculé en cas de changement de système d’exploitation, avec les coûts d’un administrateur système spécialisé sur Linux/Unix, qui sont généralement plus rares et donc plus chers à l’embauche. c. Généralisation du protocole internet (IP) IP, Internet Protocol, a pris pied partout dans le monde de l’entreprise. Plus un immeuble ne se construit sans son plan de cheminement et de câblage informatique. Et quand il n’existe pas, le WiFi88 vient à la rescousse, propageant ses ondes salvatrices liant l’utilisateur à ses services web. Cet ensemble d’équipements pré-installés est pourtant fortement sous-exploité, parfois par méconnaissance des possibilités, souvent par manque de temps pour implémenter les architectures nouvelles. 88 WiFi : Wireless Fidelity , que l’on pourrait traduire par : la fidélité du réseau, même sans fil 144 C’est par là que passe une grande partie des économies réalisables dans le monde de l’entreprise de presse. Maximiser l’utilisation des réseaux et des serveurs est la clé du rendement et de la productivité. En ce qui concerne le WiFi déjà cité plus haut, il doit servir d’appoint ou de cadre pour un environnement de travail qui concerne les itinérants de l’entreprise, mais ne peut à mon sens remplir pour l’instant l’ensemble des fonctions des câblages informatiques. La flexibilité du média ne remplace pas non plus encore la fiabilité du câble physique, du point de vue de la sécurité du réseau. En ce qui concerne les serveurs, avec l’utilisation de logiciels libre (linux), réaliser un serveur de fichier ou d’intranet ne pose pas d’énormes soucis, d’autant que la sécurité, en interne et de ce point de vue est un moindre problème89. L’équipement réseau se doit aussi d’être mis à contribution de façon beaucoup plus prononcée, avec une utilisation plus massive du FTP90. L’échange de données doit vraiment se réaliser via ce protocole. La facilité d’usage peut être implémentée dans un intranet, et l’utilisateur n’aurait qu’à cliquer sur le nom de son correspondant pour lui envoyer qui le logiciel qu’il doit installer, qui la dernière version du document en cours de rédaction … Il s’ensuit un gain de coût (peu d’énergie mise en oeuvre pour un transfert), de temps (la communication et l’échange de données sont instantanés). 89 Car même si la sécurité au sein de l’entreprise est un point crucial, les points de surveillance se situent plutôt au niveau humain, des sondes observant les trafics sur le réseau. 90 FTP: File Transfert Protocol, protocole qui permet de télécharger ou d’envoyer des fichiers ou des dossiers compressés par le réseau. 145 Pour continuer avec le réseau, les offres de téléphonie sur IP, même si elles ne font que démarrer, permettront également de réelles économies de coût (dans un milieu où la parole reste l’outil principal de travail) mais également de gestion, car toutes les données sont numériques, maniables et exportables. Les flux passant par le téléphone incorporeront de la vidéo, de la voix, des données. Ces technologies sont pour demain, il faut apprendre à les implémenter toutes sous peine de n’être plus compétitif. En tout état de cause, la bataille technique fait rage, et de nouvelles normes voient le jour sans arrêt. Le positionnement en fournisseur de contenus à haute valeur informative donne à l’entreprise de presse une petite latence pour tester les différentes technologies avant de les rendre opérationnelles pour améliorer le flux d’informations. Mais, dans certains cas, il vaut parfois mieux mettre en place un système pérenne, testé et bien étudié, que d’adopter les technologies nouvelles à tout va, sans réellement savoir pour quel réel usage cette technologie est le mieux adaptée. L’exemple ultime de l’adoption du WiFi dans une salle de presse alors qu’un câblage réseau semblait de loin le plus approprié est symptomatique. 146 4. D’autres objectifs a. Nouvelle approche pour le site web Dans la mise en ligne d’un site de presse, il apparaît aujourd’hui de nouvelles priorités. L’une d’entre elles, déterminante réside dans le suivi des internautes, de leur venue sur le site jusqu’à leur départ. Dans la course à l’audience, le nouvel axe fondamental est donné par le nombre de visites, religieusement relevé tous les jours, et par l’exploitation de ces données pour savoir de quel site vient le « client-lecteur », quelles sont les pages qu’il parcours, en combien de temps, et vers quel site se dirige-t-il en sortie. La statistique guide dorénavent les sites de publication, bien plus que les contenus informationnels ! Sur ce marché, des sociétés de benchmark se sont développées, se posant en spécialistes du comptage et de la fidélisation, permettant ainsi au site d’émettre des résultats valorisant l’activité et le flux de personnes ayant consulté les pages et la publicité. Egalement, des programmes sont maintenant développés pour construire un sommaire pour chaque individu, en fonction des informations récoltées. Des programmes comme Topix, Gixo ou Findory sont conçus pour bâtir le sommaire, la page d’accueil en recourant à des algorithmes de plus en plus aboutis. Telle personne préfère voir d’abord les pages de sport ? le logiciel construira une page d’accueil personnalisée, avec l’information sportive du jour… 147 Le profiling de l’internaute est aujourd’hui au centre des préoccupations des webmasters. L’aide à la recherche d’information constitue un marché futur très bien compris et développé par d’autres acteurs de la sphère internet. L’idée générale des inventeurs du moteur de recherche Google est ici taillée pour les médias. Et Google ne s’y trompe pas en fournissant aussi Google News, qui permet une recherche de l’information, des alertes en temps réel … Mais le positionnement de Google implique une activité première de l’internaute, ce qu’éliminent les logiciels de presse. Ceux-ci proposent des articles et vont même jusqu’à corriger d’eux-mêmes la décision de l’internaute en proposant un choix statistiquement plus conforme au profil de l’internaute, malgré sa programmation initiale. b. Le jeune lectorat Bernard Spitz, maître des requêtes au Conseil d’Etat, remettait en octobre 2004 un rapport91 au gouvernement intitulé "les jeunes et la lecture de la presse quotidienne d’information politique et générale". En février 2005, le ministre de la culture retiendra 2 mesures pour favoriser la lecture de la presse. La première consistera à abonner gratuitement pendant un mois les classes de terminale à des quotidiens d’information politique et générale. 91Plus d’information et téléchargement du rapport sur http://www.ddm.gouv.fr/article.php3?id_article=753 148 La deuxième mesure permettra aux jeunes d’être abonnés gratuitement à un quotidien « pour une durée déterminée », à partir de leurs 18 ans. Egalement, fin 2004, le conseil régional d’Aquitaine lançait l’opération « Kiosques d’Aquitaine » pour abonner gratuitement à l’ensemble des quotidiens nationaux, régionaux ou départementaux les lycées de la région, ce qui représentait dix-huit titres, soit 150 000 euros. La contrepartie pour le lycée est de s’engager à mettre en place un groupe d’étude sur la presse. Toujours en ce qui concerne les jeunes et la lecture, il est effectivement urgent de réagir face aux nouveaux réflexes qu’ils acquièrent. Dopés aux jeux vidéos, au téléphone portable et aux sms, ils sont nés dans l’ère de la surinformation et de l’internet. Or, face à ce monde plus complexe, l’écrit et la lecture sont les deux meilleurs outils pour décrypter cette société en pleine mutation. Et le journal représente là un outil de premier choix pour peu que la société civile se donne les moyens de proposer cette alternative et que les journaux prennent conscience de ce rôle qu’ils supportent. Cela veut implicitement dire qu’une réflexion devrait être lancée en vue de toucher ces consommateurs potentiels, avec des formules rajeunies, des formats papiers et des services web (blogging, démarches participatives, navigation) réinventés. 149 c. La mobilité, technologie de demain Avec l’arrivée du Wi-Fi, les connexions sans fil ont pris un essor certain et de nombreuses applications d’entreprise ont vu le jour. Pour les particuliers des bornes ont été installées dans les aéroports, les gares, et même dans les stations-service92. Aujourd’hui, il n’est pas rare de trouver dans un immeuble plusieurs réseaux privés, plus ou moins sécurisés, donnant accès à tous les services internet. Malgré des failles de sécurité incontestables pour l’instant, les réseaux WiFi ont cet avantage de porter internet dans les endroits privilégiés ou seuls auparavant les journaux pouvaient être présents. La soudaine facilité avec laquelle on peut avoir accès à l’ensemble des fonctionnalités d’internet ne peuvent que séduire et permettent à chacun d’accéder à l’information, mais aussi d’alimenter en direct son blog d’une note prise sur le vif. 5. Exemples a. L’exemple du site lemonde.fr Pour Bruno Patino, président de la société Le Monde Interactif, le site internet et le journal papier ont deux angles d’approche, différents : 92 En Italie du Nord la plupart des stations-services sur les autoroutes offrent la possibilité de se connecter à l’Internet en Wi-Fi. 150 "L'imprimé, le numérique sont deux médias complémentaires. L'écrit se fonde sur la hiérarchie de l'information et la mise en perspective, Internet est fondé sur la réactivité et l'illustration. Une rédaction web est dans le factuel, la réactivité, l'illustratif, tandis qu'une rédaction papier est structurée sur les horaires du bouclage." Une nouvelle formule pour le site lemonde.fr Le journal Le Monde précise sa stratégie sur internet, en coordonnant le journal papier et le site Internet. Une refonte de ce dernier a vu le jour le 21 mars 2005, proposant des contenus interactifs et une mise en page profitant encore davantage des liens hypertextes. Cette refonte permet de noter des évolutions intéressantes (liens réactifs sans clic, nouvelle pagination et ergonomie améliorée) qui ont aussi l’avantage d’ouvrir de nouveaux espaces aux idées et à la création de sites de journaux en ligne. Le site internet du quotidien peut ainsi explorer de nouvelles formes de diffusion, de présentation de l’information. Et même si le site du journal Le Monde s’éloigne un peu du site typique d’un journal dans sa version abonnés (ce que Le Monde appelle « le desk », pour les 60.000 abonnés), des fonctions avancées de paramétrage du flux de nouvelles (on peut choisir entre Reuter, AFP, …), de sélection d’archives payantes, de système de newsletters ou encore le choix de la taille de police (le choix change automatiquement la taille dans la page lue, malheureusement sans que ce paramètre ne soit 151 mémorisé pour la suite de la navigation) créent une valeur ajoutée qui renforce le sentiment d’appartenir à un club. Par dessus tout, c’est la capacité à surfer d’un média vers un autre, en proposant à la mi-2005 plus de vingt-deux types d’éléments différents qui fait toute la stratégie du journal en ligne. L’audience ne va plus d’un texte à un autre, au détour d’un mot, d’un nom ou d’un concept, mais plutôt d’une interface à une autre (texte vers visionnage, puis dossier en flash…). C’est cette valeur ajoutée vers laquelle les sites à contenu informationnel devront se tourner, ne serait-ce que pour améliorer le confort de lecture et faire face à cette concurrence du multimédia. b. Exemple du journal METRO93 en France Pour le responsable informatique de Métro France94, « le principal objectif du journal est encore la réduction des coûts ». Avec un démarrage chahuté sur les presses de France Soir en février 2002, le quotidien gratuit a trouvé un rythme de croisière qui va lui permettre de dégager bientôt des bénéfices95. 93 « Metro France » est une filiale de « Metro International », qui publie 48 éditions de journaux gratuits dans 17 pays et traduits en 16 langues en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Le groupe distribue par jour 6,5 millions d’exemplaires et revendique un nombre de lecteurs quotidiens de 15 millions. En Suède, son pays d’origine, le journal « Metro » fête cette année son 10ème anniversaire.(sources : Correspondance de la Presse, 31 mars 2005) 94 Interview avec l’auteur - 25 mars 2005 95 Si d'un point de vue financier, le démarrage du titre a semblé laborieux, le quotidien a généré un résultat consolidé de près de 700.000 euros sur le dernier trimestre 2004. Ce qui s'avère de 152 Cette « start-up » voit en effet son chiffre d’affaire progresser face au concurrent direct, « 20 minutes » dont les pertes cumulées devraient très bientôt attendre les 80 millions d’euros (17 millions d’euros de pertes par an contre 3 millions d’euros pour la plus grosse perte chez Métro). D’après un responsable du journal, l’annonce prochaine des bons résultats de Métro France devrait convaincre les concurrents de revoir rapidement leur copie pour atteindre une rentabilité dans les meilleurs délais… ou laisser la place. Plusieurs principes ont prévalu pour réussir le pari du gratuit rentable. Premier principe, une véritable guerre aux dépenses cachées. Il est vrai que la chasse à la rentabilité dans toutes les actions aura été rendue nécessaire par les coûts importants de l’imprimerie et de la diffusion. Rappelons pour comprendre ces coûts de diffusion que le 17 février 2002, des prises de contact avaient eu lieu entre 96 et des dirigeants du le directeur général des NMPP journal, sans qu’un accord de distribution ne soit trouvé, les NMPP considérant que leur mission est d’être au service de la presse payante. La diffusion du journal allait donc bonne augure en 2005 pour la direction du journal qui revendique 659 annonceurs pour 3.378 pages de publicité vendues. 96 NMPP : Nouvelles Messageries de Presse Parisiennes, puissant syndicat tenant le monopole de la distribution des journaux (quotidiens, hebdos, etc…) vers les kiosques : pas de diffusion de votre titre si vous êtes en discorde avec les NMPP. C’est aussi eux qui récoltent les bénéfices des kiosquiers et redistribuent aux éditeurs leur part. Ainsi, les NMPP sont le seul organisme à ne jamais être débiteur. Un concurrent essaie de proposer une alternative, les MLP, Messageries Lyonnaises de Presse. 153 devoir se faire sur un mode différent, en dépôt ou à la main. Quand à l’impression, Métro bénéficiait à son lancement des presses de France-Soir, au rez-de-chaussée du journal, à Aubervilliers. Après un certain nombre de tensions et d’oppositions avec le syndicat du Livre, le journal changera finalement d’imprimerie. En second lieu, une utilisation optimale des outils informatiques, et une automatisation à tous les niveaux du flux d’impression du magazine (qui alimente aussi le flux de dépêches Internet) a été mise en place au niveau du back office. Cette automatisation est un des points forts du journal. Un exemple : la mise au point chromatique de l’image est automatiquement réglée en fonction de la rotative et de l’imprimerie. Le procédé est également rendu fonctionnel pour plusieurs imprimeries simultanées. Chaque imprimeur reçoit donc le fichier adéquat. De plus, on imagine bien avec Métro ce qui pourrait préfigurer le journal quotidien de demain, avec des comportements journalistiques novateurs dans la maîtrise de cet art. Le journaliste n’est plus seulement un rédacteur qui va se contenter de taper son papier du bout des doigts sur son Macintosh. C’est aussi une personne maîtrisant les logiciels de mise en page, et qui sait ajouter une photo pour enrichir le texte sans forcément faire intervenir un graphiste dans cette demande. 154 Le graphiste pourra alors se voir attribuer d’autres rôles (de contrôle d’ensemble, par exemple). Il s’ensuit une baisse de la masse salariale qui permet de limiter les charges financières. Revenons sur l’automatisation qui est finalement assez similaire à la mise en place de la chaîne dans l’industrie de l’automobile : le fordisme aura amené les robotsautomates qui ont décuplé la productivité. Dans le monde de la presse classique, les syndicats sont maîtres d’un ensemble de métiers qui peuvent maintenant être automatisés. C’est ce passage qui est difficile à négocier 97 pour la presse . Osons le dire, la préservation des emplois du syndicat du livre (dont les ouvriers sont très bien payés au demeurant) dans la production du journal sont un frein au redressement des finances des quotidiens. La preuve en est faite avec le journal Métro, qui imprime en quadri, tous les jours, et qui est passé d’une diffusion dans quatre villes à une diffusion dans douze villes sans augmentation d’effectifs dans le lieu de production. La porte de sortie semblerait plutôt se trouver dans la spécialisation des ouvriers, mais ceux-ci restent embourbés dans un syndicalisme immobile qui mène directement à la fermeture du journal. Un cimetière aux éléphants ! 97 C’est en ayant une vue d’ensemble du système d’information qu’une telle mise en place est possible. La maîtrise de différents domaines informatiques est indispensable pour mettre en place une telle automatisation : bonnes compétences en programmation, en gestion de serveurs (web, fichiers, FTP, RIP, bases de données), en colorimétrie, en impression, en réseaux (VPN, longues distances), en étude et concepts de S.I. 155 c. Exemple de l’approche de l’AGEFI En février 2005, le journal spécialisé en analyses boursières l’AGEFI présentait une refonte complète de son offre éditoriale, articulée désormais autour d’un site payant, d’un journal électronique et d’un hebdomadaire papier. Cette refonte est l’occasion pour l’entreprise d’affirmer sa vocation de référence des professionnels de la finance et M. Philippe MUDRY, directeur général des rédactions déclarait : « le triomphe de l’information gratuite en temps réel oblige tous les médias à revoir leur modèle économique ». A compter de l’automne 2005, l’offre sera donc structurée de la manière suivante : - Des offres complémentaires. - Une périodicité distincte des offres pour ne plus « polariser » sur un quotidien - Le site agefi.fr totalement payant avec des services précis : a. un service d’informations exclusives recentré sur le cœur de métier b. des services type ‘communautaires’ : un agenda, des services exhaustifs de nomination de l’information… - Une lettre électronique matinale synthétisant l’actualité financière - la parution d’un hebdomadaire destiné à approfondir l’analyse de l’actualité des métiers et des hommes La direction d’AGEFI espère par cette refonte : - un maintien du portefeuille actuel d’abonnés 156 - un rajeunissement du titre - toucher les futurs professionnels de la finance, plus habitués au format électronique - attirer de nouveaux annonceurs que le format quotidien empêche aujourd’hui de séduire. Cette refondation engage aussi une réflexion sur les modes de travail en interne dont les modalités ne sont pas encore énoncées. Cependant, on peut constater que ce projet regroupe le bon des deux camps net et papier : une refondation en profondeur qui allie le papier pour un hebdomadaire (le week-end étant propice aux articles de fond) et les attraits du web, à savoir la spontanéité de la newsletter matinale, de nouveaux annonceurs, de nouveaux services et de nouveaux formats pour toucher une cible plus jeune, qui arrive sur le marché du travail avec une meilleure accoutumance aux outils technologiques. d. Exemple de Netzeitung, 2ème quotidien (complètement en ligne) le plus lu en Allemagne Journal généraliste Internet totalement gratuit, Neitzeitung a été fondé en 2000 et vient de recevoir la médaille d’argent du meilleur site d’information en ligne allemand. Avec un million de lecteurs uniques par mois, c’est le deuxième site le plus lu dans le pays après Spiegelonline qui dispose d’une marque très forte et attire cinq millions de lecteurs par mois. 157 L’une des règles du journal consiste à proposer des articles fractionnés, donnant une idée de l’essentiel en une seule page d’écran. Le pic de lecture se situe entre 11h30 et 15h, lorsque les accros à l’info veulent connaître les changements intervenus depuis le matin. Les rubriques les plus vues sont dans l’ordre la politique nationale et internationale, l’économie, le sport et le people. Le lectorat est composé à 60% d’hommes, qui consultent à 80% sur leur lieu de travail. Agés de 20 à 40 ans, ils ont fait des études et gagnent très bien leur vie, c qui en fait une cible de choix pour la publicité. Le journal a multiplié son chiffre d’affaire par deux en 2004 pour atteindre 4 millions d’euros et compte faire des bénéfices. Les recettes proviennent à 70 % de la publicité. Le solde est obtenu par des contrats. Pour Joachim WIDMANN : « un journal Internet ne pourra jamais complètement remplacer un très bon journal papier. Il n’y a pas la place pour de grandes photos, par exemple. En revanche, cela va obliger les quotidiens papier à repenser leur formule, à reléguer l’actualité chaude sur le net pour se concentrer sur l’analyse et le reportage.. 158 6. Encore plus de prospective … a. Futurs terminaux Dans la continuité des innovations technologiques, la réalisation d’écrans souples représente l’alternative exacte à l’achat du journal papier. Après plusieurs années de recherche et de développement, la filiale Polymer Vision de Philips vient de présenter un PDA98 muni d’un écran souple. Samsung a sorti un écran souple de 7 pouces et IBM continue aussi ses recherches sur le sujet. Ainsi, dans quelques années, ces écrans révolutionnaires arriveront sur le marché : petit tour prospectif … « Roulé sous mon bras, le cyber-journal se met à jour en se connectant au réseau internet le plus proche, placé chez moi dans la prise murale wifi/adsl. La page me présente le choix d’informations que j’ai choisi en m’abonnant à 98 Baptisé Readius, ce prototype de PDA s'appuie sur un écran souple (le PV-QML5) de 320x240 pixels et de seulement 100µm d'épaisseur. L'affichage se limite cependant pour le moment à 4 niveaux de gris. 159 différents fils de presse. Sur la droite, les flux rss des blogs de mes amis. Je touche le coin droit de l’écran souple, la page se tourne et je retrouve la suite de l’information, la bourse en temps réel et l’info-vision de l’actualité que j’ai demandé. Ce soir, je téléchargerais ce livre qui m’intéresse, pour quelques euros mais pour l’instant je vais écouter ces mp3 que j’ai demandé …» On comprend bien tout l’intérêt pour un groupe de presse de devenir multimédia, d’intégrer l’ensemble des offres numériques, TV, radio, web et presse. La proposition de l’ensemble de ces services représente en effet l’enjeu majeur des prochaines années. Et comme les années numériques correspondent à quelques mois dans le réel, cette avancée devrait voir le jour plus vite qu’on ne le pense ! 160 Les futurs terminaux sont aussi les téléphones portables, qui vont cumuler les fonctions de téléphone, de navigateur internet, de récepteur de mail, d’agenda, de bloc-notes, et plus encore. La machine communicante du futur sera plus petite qu’on ne l’imagine, et tout l’enjeu est de gérer au mieux l’interface de présentation des informations. Un exemple réussi avec le Qtek S100/S110, PDA pas plus grand qu’une savonnette, et dont l’affichage à l’écran peut pivoter à 90%, offrant ainsi une vue panoramique (i.e. un format 16/9eme) ramenant l’utilisateur à un standart visuel connu, celui de sa télévision. Dans tous les cas de figure, c’est l’utilisateur qui configurera ses données et ce qu’il désire recevoir. La société AvantGo aura été précurseur en proposant dans les années 2000 un logiciel synchronisé avec les Palm 5/5x et qui mettait à jour les nouvelles que l’on pouvait lire par exemple dans les transports en commun. 161 Conclusion La presse française va mal. Comparés aux autres quotidiens européens, la plupart des journaux français sont sous perfusion, dans une logique de lutte interne et de recherche de solutions, parfois quasi-désespérée. Les cas 99 de France Soir ou de Libération , sont des exemples de ce marasme, mais à la vue des différents bilans, tous les journaux auront perdus entre 8 et 20 millions d’euros dans la seule année 2005. Et dans un des pays les moins syndiqués du monde, l’écart se creuse tous les jours un peu plus entre les réalités économiques et financières, et la croyance assez typiquement française de certains dans des financements jamais remboursables par un travail. 99 Outre un déficit chronique, lors de la grève de novembre 2005, Libération perdait en plus 120.000 euros par jour. (chiffres Le Monde, 2005) 162 La presse régionale semble s’en sortir un peu mieux, mais dans tous les forums de discussion, sur les blogs de journalistes, dans les couloirs, en « off », on peut sentir un malaise persistant, un sentiment d’incertitude quand à l’avenir des métiers de presse. Certes, des repreneurs, souvent étrangers et dont les conseils d’administration se tiennent en langue anglaise, tentent parfois une incursion, avec des investissements conséquents et des business plans montés par des cabinets qui ont pignon sur rue. Mais ceux-ci oublient souvent la particularité française de cette presse, où les droits d’auteur se défendent face au copyright, où certains corporatismes défendent des acquis en s’accrochant à un présent sans avenir, où les journalistes jouent les poètes quand il faut désormais parler de rentabilité, où la distribution passe en grande partie par cette plaque tournante quasi-obligatoire que sont les NMPP parce qu’elle n’a pas le choix. Ainsi, les journaux français, les groupes qui les détiennent et les personnes qui les fabriquent perdent lentement mais surement un bien des plus précieux et nécessaire dans la presse, la liberté. Plus loin de nous, sur le continent américain ou la presse détient le quatrième pouvoir, les choses n’ont pas l’air d’aller mieux. La presse américaine traverserait même une des périodes les plus difficiles de son existence100, malgré une rentabilité de 20% pour le secteur de la presse (la rentabilité de la presse américaine était de 40% il y a quelques années). De nouvelles baisses de diffusion, des problèmes de crédibilité, une chute des revenus publicitaires, des licenciements, des révoltes d’actionnaires ou des cours de Bourse au plus bas, voila ce que vivent les journalistes de l’autre coté de l’atlantique. Ainsi, le groupe 100 Voir l’article du Monde « La presse américaine sous la pression de ses actionnaires » daté du 30 novembre 2005. 163 Knight-Ridder, pourtant géré d’une façon rigoureuse par son PDG Tony Ridder, a été finalement mis en vente. Le premier actionnaire du groupe, le fond de pension Private Capital Management, basé en Floride, n’était simplement pas satisfait de son rendement. La plupart des journaux américains ont vu leur diffusion baisser de 2,6% d’avril à septembre 2005, c’est la plus forte baisse depuis 1996. En vingt ans, les quotidiens américains ont perdu près de dix millions d’acheteurs quotidiens. On considère qu’il s’agit d’une tendance lourde, car les journaux n’ont pas réussi à attirer les jeunes. Une chose est sure : l’enjeu actuel de ces quotidiens est maintenant de les attirer sur Internet. Face à ces mastodontes éreintés, voici que se dressent de nouveaux concurrents, constitués en entreprises agiles, à la recherche d’une place dans le paysage quitte à prendre un strapontin, pour ne pas rater le train en marche. Et finalement, la meilleure place pour débuter est bien celle du strapontin du métro. Ces gratuits puisque c’est d’eux qu’il s’agit, dénigrés par de nombreuses « grandes plumes » du pays, signent aujourd’hui, pragmatiques, des contrats de publicité avec l’industrie du luxe, les firmes automobiles allemandes, les bijoutiers parisiens. Ils recrutent des journalistes, ont une salle de rédaction qui, certes, ne sentira jamais l’encre ou la fumée d’antan, mais dont l’émotivité et la fébrilité se mesurent aux clics de souris. Défiant les acteurs d’hier grâce aux armes des technologies nouvelles, ils produisent des pages sur un papier dont tous les chefs de fabrication jalousent la blancheur, ils tirent toutes leurs pages en quadri quand les journaux jouent la subtilité de la bichromie et du noir et blanc alterné pour une impression de couleur dans la moitié de leurs pages. 164 A un autre bout de la chaine, ou plutôt du coté du souterrain, de l’underground, se développe en sourdine un maillage à la trame de plus en plus fine de blogueurs, regroupés en communautés, « linkés » par le rss, agglutinés en geeks (fous de technologie) trustant les premières places dans l’information de demain. Leurs règles sont basées sur la transparence ou le discrédit, les acteurs sont jeunes, mais grandiront. Les technologies sont récentes, mais elles sont enfin simples et efficaces. La maturité de ces outils permet d’entrevoir de réelles applications professionnelles, de nouvelles débouchées pour des métiers en fin de croissance. Voici donc le nouveau Trafalgar, la presse quotidienne payante toute entière faisant front face à la percée des nouvelles technologies. Sauf que la bataille ne se joue plus devant eux. La victoire est dans le gain de la majorité silencieuse. Celle-là même qui ne paye plus son information depuis l’avènement du journal télévisé. C’est aussi la percée des technologies nouvelles comme l’ADSL, qui équipe aujourd’hui plus de 50% de l’ensemble des connexions internet, et dont la majorité des entreprises ne disposaient pas il y a dix ans. L’arrivée d’outils automatisés de mise en ligne, de mise en page, de colorimétrie, de reporting… Ces réseaux, ces méthodes sont en place, les technologies pour la presse se sont professionnalisées et sont robustes, la part de marché de la publicité sur le net continue de connaître une progression spectaculaire, avec de nouveaux concepts tels les liens sponsorisés… Et cerise sur le gâteau, la manipulation de l’ensemble de ces données numériques est virtuelle, et ne coute rien, comparé à la même quantité manipulée en papier. Effectivement, la question du droit d’auteur est pénalisante, cruciale. Pourtant, les patrons de groupes de presse et les journalistes devraient trouver un terrain 165 d’entente très vite faute de quoi tout terrain, même d’activité, ne résistera pas à la montée en puissance de ces déferlantes que sont le quotidien gratuit d’informations et l’internet. Et même si un cap a été mal négocié dans la fin des années 90, lors de la floraison de sites internet, il reste un pouvoir aux journaux, leur marque, signant leur crédibilité. De gros efforts sont actuellement réalisés en marketing pour convaincre l’utilisateur de la qualité de la marque, et au-delà bien évidemment séduire de nouveau les annonceurs. Les journaux ont encore à ce niveau une avancée décisive qui leur permet de ne pas s’estimer trop en retard. Mais la net-économie avance à pas de géants et il faut toujours avoir à l’esprit de tenter de redynamiser la marque. Il faut, tous les jours, se réapproprier le client, égaré un temps dans des sphères autres, mais toujours nostalgique du bon vieux journal bon à tout faire, même après une semaine de bons et loyaux services informatifs Et quel ensemble comporte les meilleurs outils pour cela sinon les nouvelles technologies ? Cerner le client au plus près, lui proposer automatiquement des offres qui lui ressemblent ou dont il aura vraiment besoin, lui offrir la parole, une tribune ou un blog, qui lui permettrons de s’exprimer, de retrouver ce forum, cet agora cher aux peuples antiques, tout cela sans que cela coûte un denier de plus que l’entretien des machines. En filigrane, le véritable client du quotidien est l’annonceur. Il est certain que les outils informatiques actuels apportent une précision incomparable quand au profil des lecteurs sur internet. Jamais la presse ne pourra bénéficier d’une aussi fine granularité pour déceler des cibles potentielles. Et sur le web, les statistiques profitent de volumes beaucoup plus importants, ce qui séduit encore davantage aujourd’hui, dans un marché qui est en train de retrouver un second souffle. 166 Et même si les projets sont minimes, il est possible de procéder par étapes, de tâter le terrain avant d’investir totalement l’univers internet. Voici par exemple un exemple d’intégration réussie dans la presse papier, en marge du journal principal, qui concerne le quotidien L’Equipe. Premier journal sportif en France, ses ventes 101 sont de l’ordre de 357.531 exemplaires . Le quotidien s’est servi de la spécificité du média internet en créant un site de vente de photos de sport en ligne. Son agence de photographes a ainsi pu réaliser des ventes impossibles dans le monde réel (il aurait fallu ouvrir une boutique dans chaque ville pour parvenir au même résultat !). La boutique en ligne, unique, a permis de développer assez facilement un nouveau type d’activité. Il reste encore bien des développements possibles. Le but de cet ouvrage était de présenter un panorama des technologies actuelles, qui font la preuve de leur rentabilité ou de leur utilité sur le marché. Il est urgent de mesurer l’importance du système d’information dans la société de presse de demain, comme d’ailleurs dans l’ensemble du tissu économique. Il faudra compter de plus en plus avec un système de qualité (on parle de QoS, Quality of Service), rapide, adapté et agile. Le système d’information doit devenir la moelle épinière en même temps que le développement des réseaux deviendra la colonne vertébrale de l’entreprise. Il faut aussi prendre conscience que les technologies ont envahi notre vie, et que la politique de l’autruche est maintenant à proscrire. L’investissement personnel dans les nouvelles technologies est indispensable, de même que la formation, pour tirer parti des installations en place, pour proposer des innovations spécifiques à chaque métier. Il n’y a plus de place aujourd’hui pour ceux qui restent sur leurs positions. 101 Source : O.J.D. 2005 167 Ils seront dépassés. Dans le même esprit dynamique, il faut que la presse descende du piédestal sur lequel on l’a posée après la deuxième guerre mondiale, et qu’elle rentre pleinement dans l’économie de marché, dans cet immense marché de l’information. L’éthique journalistique qui existe doit permettre d’encadrer cette évolution, pour réussir à faire cohabiter deux notions a priori contradictoire que sont la rentabilité et l’information. Des économies de temps, d’argent, des gains de productivité, de la rapidité, un nouveau rapport au travail et à la communication, ainsi qu’une gestion infiniment meilleure de l’ensemble du cycle de la production, voila donc ce que pourraient apporter les NTIC à la presse de demain, lui donnant ainsi les outils dont elle a besoin pour reconquérir ses lecteurs déjà en marche sur leurs nouvelles terres promises. 168 Références documentaires Une presse sans Gutemberg Fogel/Patino GRASSET août-05 Les industries culturelles à l’heure d’internet Problèmes économiques La documentation française 19/01/2005 Les grandes questions des médias L’étudiant déc-04 Critique de la raison numérique Lallemand/Oullion CNRS CNRS édition oct-04 Sécurité des systèmes d’information et des réseaux R. Panko Pearson Education août-04 Les sciences de l’information et de la communication Mucchielli Hachette juin-04 L’édition électronique Bordeaux juin-04 A. Vieira Presses universitaires de La société de l’Information Rapport de N. Curien et P.A. Muet La documentation française mai-04 La presse française mars-04 Albert La documentation française Nouvelle économie, organisations et modes de coordination A. Ben Youssef/L. Ragni L’Harmattan mars-04 Réseaux d’entreprise par la pratique févr-04 J.L. Montagnier Eyrolles Histoire de la société de l’information oct-03 Repères La découverte 169 Communications et médias E. Maigret les notices de la documentation française oct-03 Médias et sociétés F. Balle Montchrestien sept-03 [email protected] collectif L’Harmattan avr-02 Médias, e-médias française juin-01 Bahu-Leyser/Faure La documentation La presse sur Internet 00 Ch. De Laubier Que sais-je, PUF oct- Systèmes d’information et management des organisations Reix Vuibert août-00 Internet et commerce électronique févr-00 R. Bochurberg Delmas The vanishing newspaper Ph. Meyer University of Missouri Press 2004 L’aigle, le bœuf et le e-business 2004 Les systèmes d’information d’Organisation 2002 O. Midière G. Balantzian Critères Editions Editions Le culte de l’Internet P. Breton La Découverte 2000 Communicator M.H. Westphalen Les réseaux Pujolle Dunod 2000 Eyrolles 2000 170 Bookmarks Journaux Anglophones : http://www.wired.com/ http://news.com.com/ http://www.latimes.com/ http://www.mercurynews.com/ http://www.msnbc.msn.com/ http://www.nandotimes.com/ http://news.enquirer.com/ http://www.nytimes.com/ http://www.time.com/time/ http://www.usatoday.com/ http://www.washingtonpost.com/ http://online.wsj.com/public/us http://www.businessweek.com/ http://www.chicagotribune.com/ http://www.economist.com/ http://www.theglobeandmail.com/ http://www.poynter.org/ Gratuits http://www.tout1nfo.fr/ http://www.metrofrance.com/ http://www.20minutes.fr/ E-zines http://www.salon.com http://www.slate.com http://hotwired.wired.com/ http://www.transfert.net/ http://www.fair.org/ 171 Principaux titres francophones http://www.humanite.fr/ http://www.liberation.fr/ http://www.courrierinternational.com/ http://www.agefi.com/ http://www.monde-diplomatique.fr/ http://www.lefigaro.fr/ http://www.lexpansion.com/ http://www.lemonde.fr Autres bookmarks : http://www.journaux.fr/ (achat de journaux) http://www.acrimed.org/ (critique des médias) http://www.ajr.org/ (American journalism review) http://www.cfpp-sppp.com/ (Compagnie Française des Papiers de Presse) http://www.cesp.org/ (mesure d’audience) http://www.cfpj.com/ (centre de formation et de perfectionnement des journalistes) http://www.drudgereport.com/ (portail d’informations) http://www.editorandpublisher.com/ http://www.enpa.be/ (European Newspaper Publishers Association) http://www.wpfc.org/ (World Press Freedom Committee) http://www.iabfrance.com/ (Interactive Advertising Bureau) http://www.ifj.org/ (International Federation of journalists) http://www.observatoire-medias.info/ (observatoire français des médias) http://www.poynter.org/ (Poynter institute) http://www.scd.univ-tours.fr/ http://www.freedomforum.org/ (The freedom forum) 172 http://www.titan.be/fr/ (L’avenir par le numérique) http://www.web66.net/ (27 sites éditoriaux de la presse quotidienne régionale) http://www.wan-press.org/ (World Association of Newspapers) 173 Annexe 1 : Graphique de diffusion totale payée PQN et PQR Diffusion totale payée PQN 600 000 500 000 400 000 300 000 200 000 2003 Source : OJD 2004 2005 PA RI SI EN LE TR IB U NE LA TU R F PA R IS M O N DE LE LI BE RA TI O N FR AN C E LE FI G AR O 0 SO IR IN TE R L’ N H AT U M IO AN N AL IT E H ER AL D TR IB U 100 000 LA N O U VE LL E 100 000 Source : OJD 2003 LE Fr an ce 2004 2005 LE O UE ST TE LE G R AM M E SU D PR O VE R EP N CE U BL IC AI N LO RR A LA O U ES T RE PU N BL IC IQ E UE M AT D IN U C EN TR EO RE PU BL IC AI N LA M O NT AG N E L' ES T 174 Diffusion totale payée PQR 800 000 700 000 600 000 500 000 400 000 300 000 200 000 175 Table des matières Les N.T.I.C. dans les organisations de presse françaises ____________________________ 3 Situation, enjeux et perspectives __________ 3 Introduction ____________________________________ 7 a. b. c. Introduction____________________________________ 7 A qui s’adresse cet ouvrage ?__________________ 11 Définition des NTIC____________________________ 12 PARTIE I.____________________________________ 15 Situation générale de la presse_______________ 15 1. Aperçu du marché de la presse quotidienne nationale en France en 2005 _______________________ 17 a. Peu de capitaux propres ____________________ 18 b. une érosion inexorable ______________________ 19 c. un marché inextensible _____________________ 19 d. une internationalisation difficile _____________ 20 2. La construction des autoroutes de l’information 21 a. La naissance d’Internet _____________________ 21 b. Intranets, Extranets, homework_____________ 24 c. Et la sécurisation des systèmes _____________ 25 d. Informatisation des salles de presse_________ 26 3. Des outils informatiques arrivés à maturité ____ 30 a. L’informatique réduit les coûts ______________ 30 b. XML, JAVA et XUL___________________________ 31 d. L’apport du logiciel libre_____________________ 34 4. Les usages d’Internet _________________________ 35 a. Le paradoxe de la productivité de la presse en ligne_____________________________________________ 35 b. Internet, un contre pouvoir a la presse écrite 37 c. Schéma d’organisation de production _______ 38 5. Comportement des lecteurs face au web_______ 41 176 a. Typologie des internautes ___________________ 41 b. L’information, de la noyade au produit de consommation___________________________________ 43 6. Nouveaux moyens, nouvelles méthodes d’expression _______________________________________ 47 a. L’invasion des blogs a commencé ___________ 47 b. Les Wikis ___________________________________ 53 c. La rumeur __________________________________ 55 d. Le niveau de formation des utilisateurs et leurs nouvelles demandes. ____________________________ 57 PARTIE II.___________________________________ 71 Les enjeux __________________________________ 71 1. 2. Un marché difficile pour la presse quotidienne _ 73 Les journaux gratuits, de vrais challengers ____ 80 a. Gratuité des nouvelles du jour, une information accessible partout et plus de temps pour lire _____ 80 b. Autres caractéristiques des journaux gratuits d’information ____________________________________ 82 3. Internet, complément naturel du quotidien ____ 83 a. Stratégie de support : le site internet associé 84 4. Les blocages sociaux face aux NTIC ___________ 86 a. La difficile question des droits d’auteur sur Internet _________________________________________ 86 b. Les syndicats face aux NTIC ________________ 90 5. Le marché de la publicité : tour d’horizon______ 92 a. Utilisation des liens sponsorisés et des bannières publicitaires ___________________________ 96 6. Marketing de presse__________________________ 106 a. Un marketing renforcé _____________________ 106 b. Renforcer le pouvoir de la marque _________ 108 c. A la recherche du nouveau format papier___ 111 d. Faire du gratuit , proposer du payant de qualité 114 e. Vente de produits multimédia associés _____ 115 177 7. 8. Les ressources humaines _____________________ 118 Les intranets et la presse_____________________ 120 a. Utilisation en production ___________________ 120 b. La GED et ses avantages___________________ 121 PARTIE III. ________________________________ 125 Perspectives _______________________________ 125 1. Nouveaux chemins vers la rentabilité _________ 127 2. Une déontologie journalistique pour l’information en ligne ___________________________________________ 133 3. Economies d’ordre technique dans le système d’information des organisations de presse _________ 139 a. Economies dans le domaine des équipements (hardware) _____________________________________ 139 b. Economies dans le domaine des logiciels (softwares) _____________________________________ 142 c. Généralisation du protocole internet (IP) ___ 143 4. D’autres objectifs ____________________________ 146 a. Nouvelle approche pour le site web ________ 146 b. Le jeune lectorat___________________________ 147 c. La mobilité, technologie de demain_________ 149 5. Exemples ____________________________________ 149 6. Encore plus de prospective … _________________ 158 a. Futurs terminaux __________________________ 158 Conclusion _________________________________ 161 Références documentaires________________ 168 Bookmarks _________________________________ 170 Annexe 1 : Graphique de diffusion totale payée PQN et PQR _________________________ 173 Table des matières ________________________ 175