Mensans n°4 - Mensa France
Transcription
Mensans n°4 - Mensa France
1946 – 2 0 0 6 Mensans Conférences Méduses Numéro 4, printemps 2006, ISSN 1771-8813 Dyslexie Précocité Édité et publié par Mensa France, 20 rue Léonard de Vinci, 75116 PARIS. www.mensa.fr à propos azertyuiop^qsdfgh Mensa France quelques mots sur l’association l’adhésion. les moyens Mensa France est une association à but non lucratif (loi 1901) affiliée à Mensa International. Pour pouvoir en être membre, il faut avoir passé un test psychotechnique approuvé par le psychologue international de Mensa dans des conditions régulières et avoir atteint un score correspondant aux 2% les plus élevés. Lors des tests organisés par Mensa France, nous faisons passer trois de ces tests. Il suffit donc d’en réussir au moins un pour pouvoir devenir membre de l’association, en France ou dans un autre pays. Au terme d’une première adhésion, le membre n’est pas obligé de renouveler sa cotisation. Il peut cotiser à nouveau quand il le souhaite. Pour toute information : [email protected] les tests Mensa France organise des séances de test en collaboration avec des responsables régionaux. L’adhésion peut également se faire sur dossier. Tous les détails peuvent être obtenus sur simple demande à : [email protected] Mensa France tire ses ressources des cotisations, des passages de tests. Il n’y a aucun salarié. Toutes les activités sont organisées par des bénévoles. Le fonctionnement de l’association est assuré par l’équipe du Comité National et ses délégués. Mensa International perçoit 8% du montant des cotisations enregistrées par Mensa France. Les régions en perçoivent quant à elles 20%. Le solde est utilisé pour le fonctionnement de Mensa France. Mensa France consacre plus de 60 % de son budget à l’édition de ses publications (Contacts, Mensans, Annuaire). Le reste sert entre autre à financer le site internet, les cartes de membres, les kits d’accueil, l’organisation de l’assemblée générale annuelle et les conventions nationales semestrielles. responsabilite Mensa France permet à des personnes au QI élevé de se rencontrer. Mensa n’a pas d’opinion. Les textes sont publiés et les activités sont organisées sous la responsabilité de leurs auteurs et organisateurs respectifs. Mensans n°4, printemps 2006 Mensans, ISSN 1771-8813. Édité par Mensa France Siret : 312 478 894 00032. NAF 804D Dépôt légal juin 2005. Imprimé par France Quercy à Mercues. 1 200 exemplaires. Revue éditée par Mensa France, association loi 1901, 20 rue Léonard de Vinci, 75116 PARIS. Contact : [email protected] Site web : www.mensa.fr Directeur de publication : Alain SÉRIS Rédacteur en chef : Guillaume TUNZINI Suivi de fabrication : Emmanuel DUBOIS pour 3D2S Communication Externe : Ingrid DESJOURS Ont également participé de près ou de loin à l’élaboration de ce numéro : Jean-Marc BAGGIO, Brigitte BORDES, Marion BRASSEUR, Nathalie CHABERT, Jean-Pierre CHATENET, Cruellou, Louise GREEN (UK), Rodolphe MAIX, Jean MONNERET, Véronique RIBAUD de GINESTE, Brian PAGE (Mensa UK), Steve SAMPSON, Muriel TUNZINI. Couverture du numéro 4 : « encéphalogramme plat », Guillaume Tunzini. © FOTOLIA : p. 3 rouge, Chronis Chamalidis p. 3 mer, Tina Rencelj p. 32, Franck Boston jklmwxcvbn,cvazer Sommaire À propos de Mensa p. 2 Activités à venir p. 4 Tests de QI, démystification p. 5-8 Société, chômage Précocité p. 9-12 p. 12-15 Brèves Bouquiner Mystère Dingolio Vie associative Énigme Nano p. 16 p. 17 p. 18 p. 19 p.20-21 p. 21 p. 22 Dyslexie Char à voile Conférences Éloge du daltonisme Innovation p. 23-26 p. 27 p. 28-30 p. 31 p. 31 Édito Ce numéro 4 arrive avec les beaux jours, et précède de peu le début d’un cycle de conférences organisé par Mensa France. Vous découvrirez dans les pages 28 à 30, l’identité de nos prestigieux intervenants ainsi que le programme de ce cycle de conférences. Nous essayons, à Mensa en général, et dans cette publication en particulier, d’associer intelligence et bonne humeur. Ainsi, puisque la physique quantique nous a enseigné que tout événement était - au moins un petit peu - probable, il nous est apparu comme essentiel de nous préparer à toute éventualité, et donc de mettre dans le même numéro un article sur le calcul du quotient intellectuel, et un scoop nous révélant une insidieuse invasion de méduses extraterrestres. Je tiens à remercier chaleureusement tous les contributeurs de ce numéro. Mensans est toujours une publication en devenir et nous attendons vos commentaires et surtout vos futures contributions pour que le numéro 5 soit encore plus beau, encore plus intelligent ! Guillaume Tunzini Rédacteur en chef [email protected] Mensans, un magazine qui a du sens Mensans n°4, printemps 2006 Activités internes à venir... Mensa, c’est plus d’une dizaine de réunions et événements chaque mois. Si vous êtes membre de l’association, vous pouvez retrouver tous les détails actualisés des activités mentionnées ci-dessous en vous connectant aux pages réservées aux membres (liste des activités). Activité azertyuiop^qsdfgh Si vous n’avez pas vos codes d’accès, demandez-les à [email protected]. Si vous êtes parmi les 10% de nos membres ne disposant pas de connexion à Internet, contactez la personne mentionnée en face de chaque activité. Si vous n’avez pas Internet ni l’annuaire, contactez votre responsable régional. Si vous n’êtes pas membre, vous pouvez vous faire inviter par un membre de Rég. Lieu Date l’association à la plupart des réunions. Si vous n’êtes pas membre, ne connaissez pas de membre et n’avez pas Internet, vous pouvez téléphoner au 06 68 71 11 95 (laissez au besoin vos coordonnées si vous tombez sur le répondeur). Pour annoncer une activité, affichez la liste des activités sur le site web et cliquez sur le lien en haut de page (accès réservé aux membres à jour). Information / contact Murder party LAN Frontignan Lun 5 juin Richard Huméry Conférence Werber IDF Paris Mer 7 juin www.mensa.fr Rencontre informelle PRV Marseille Mer 7 juin Valérie Orange Réunion mensuelle AQI Bordeaux Ven 9 juin Jean Battini Réunion régionale LOR Brg St Martin Ven 9 juin Paris Sam 10 juin Frédéric Choulant Réunion du C.N. Conférence Barloy IDF Paris Sam 10 juin www.mensa.fr Jeu de rôles NMD Fresne Dim 11 juin Antoine Chassagnard Réunion informelle IDF Paris Jeu 15 juin Café des théâtres Dîner mensuel CAZ Nice Ven 16 juin Josiane Merquit Conférence Bogdanov IDF Paris Sam 17 juin www.mensa.fr Bowling BOU Marsannay Sam 24 juin Michel Barda Descente à VTT NMD Mont Aigoual Dim 25 juin Armelle Trilles Réunion d’acceuil IDF Paris Mar 27 juin Laurence Duvigneaud-Cohen Réunion mensuelle MIP Toulouse Ven 30 juin Damien Sizaret Rencontre informelle PRV Marseille Mer 5 juil. Valérie Orange Réunion informelle IDF Paris Mer 5 juil. Le St Jacques Paris Sam 1 juil. Frédéric Choulant Annecy Juin Mariette La Toussuire fin juillet Anne Tuffier Réunion du CN Sortie RAL UNIVERSITÉ D’ÉTÉ er La liste n’est pas exhaustive. Pensez à vérifier les informations sur le site ou auprès des responsables régionaux. Mensans n°4, printemps 2006 jklmwxcvbn,cvazer QI Tests de QI petits rappels et demystification Le QI est un terme qui suscite des réactions qui peuvent varier d’un extrême à l’autre en fonction des individus. Je vais tenter ici de rappeler ce dont il s’agit tout en essayant de cadrer son utilisation. Avant toute chose, je vous invite à consulter les nombreuses informations concernant le QI sur le site douance.org. Qu’est ce que le QI ? Il est important de rappeler ce qu’est le Quotient Intellectuel. Conceptualisé au début du xxe siècle, il constitue un outil de mesure « standardisé » pour évaluer les capacités intellectuelles d’un individu par rapport à une population de référence. Quel intérêt peut-on avoir à convertir ce résultat en QI ? Prenons un test A contenant un nombre X de questions. Pour effectuer une comparaison des performances entre des individus ayant passé ce test dans des conditions similaires, il suffit de comparer les résultats. Mais comment comparer ces résultats avec un test B qui aurait été conçu, par exemple, pour éviter que deux “testés” ne se copient mutuellement l’un sur l’autre ? Il serait très approximatif de comparer deux résultats à deux tests dont le nombre et la qualité des questions peut différer, même légèrement. Ramener le résultat à un simple pourcentage constitue un premier niveau d’abstraction... qui reste insuffisant. Comment est construit le QI ? Pour mesurer la difficulté d’un test, il convient de l’étalonner. C’est une sorte de sondage à l’envers. Au lieu de prendre une partie de la population pour tenter de connaître l’avis général, on va constituer un échantillon aussi représentatif que possible pour en faire une référence. Le test sera effectué par cet échantillon de la population selon un protocole qui fera, lui aussi, référence. Les résultats seront ensuite analysés statistiquement. Il s’agira de répartir les réponses de façon homogène sur une échelle. On pourrait, à ce stade, utiliser un pourcentage. Il est d’ailleurs aisé de trouver sur internet des tables de conversion du QI en %. Toutefois, c’est la courbe de Gauss qui a été retenue. Elle offre une meilleure lisibilité sur ses extrêmes mais permet aussi d’éviter une confusion avec le pourcentage de bonnes réponses. Un individu ayant obtenu 50% de bonnes réponses au test A et 70% au test B, N’a pas nécessairement moins bien réussi le premier. Cela peut aussi vouloir dire que le test A est plus difficile que le test B. Exemple de calibration Imaginons que le test A contienne 4 questions valant chacune 3 points et que le test B en contienne 3 valant 4 points. Une fois les tests réalisés par quatre personnes, on obtient les résultats suivants : Test A : 3, 9, 9, 12 Test B : 0, 4, 4, 8 Les réponses médianes sont 9 dans le test A et 4 dans le test B. Elles correspondront donc à la valeur moyenne du QI, à savoir 100, soit un score atteint par 50% de la population de référence. 3 points au test A ou 0 au test B donneront le même résultat, à savoir que 25% de la population de référence se limite à ce score. De la même façon, 12 points au test A et 8 points au test B permettent d’affirmer que seulement 25% de la population de référence atteint ce score. http://www.douance.org/qi/qi.htm Ces chiffres sont évidemment très insuffisants pour une calibration correcte. Mensans n°4, printemps 2006 QI azertyuiop^qsdfgh Réserves importantes Dans cet exemple, on mesure très bien la très grande imprécision du test liée à la faible quantité de questions. Il convient donc de relativiser la pertinence d’un test qui donnerait un score à partir d’un nombre très limité de réponses. J’ai pris soin de ne parler que de la population de référence. Une personne qui obtiendrait le score maximal au test B ne pourrait être située que dans les 25% meilleurs alors qu’elle est de toute évidence d’un niveau supérieur au meilleur score obtenu dans la population de référence. De fait, plus le nombre de questions sera important, plus la précision sera grande. D’autre part, plus les résultats de la population de référence seront dispersés et homogènes, plus la précision globale du test sera grande. Mais si ces scores sont tassés dans les valeurs faibles et plus nombreux dans les scores élevés, alors ce test sera approprié uniquement pour comparer les scores les plus élevés. Dernière remarque importante : pour pouvoir comparer les résultats d’un individu par rapport à la population de référence, il convient de lui faire passer les tests dans des conditions similaires. Cela n’a rien d’évident. Du % au QI L’intelligence est une notion complexe composée de plusieurs éléments. De nos jours, il est assez commun de diviser le QI en deux parties : performance et verbale. On peut pousser davantage les détails. Les tests de QI sont généralement constitués de plusieurs sub-tests qui mesurent chacun une aptitude particulière et vont, de fait, apporter un éclairage plus riche qu’un simple chiffre au psychologue qui les fera passer. La valeur du QI global n’est donc qu’un indicateur parmi tant d’autres dans le profil psychologique d’une personne. Jusqu’à présent, je n’ai exprimé que des pourcentages. Comment les convertir en QI ? L’équation mathématique de la courbe de Gauss contient plusieurs paramètres dont l’écart type. Celui-ci influe directement sur la valeur du QI alors qu’il n’a aucun lien avec l’épreuve effectuée. Ainsi, les tests Catell et Wechsler n’utilisent pas le même écart‑type, ce qui a pour conséquence qu’un QI de 160 exprimé principalement aux États-Unis correspond généralement à environ 140 en France. Il est nécessaire que le testeur dispose du maximum d’informations relatives aux conditions de calibration avant de tirer une interprétation des résultats obtenus par un individu. Les tests professionnels sont accompagnés d’un tel document à l’attention du psychologue, notamment ceux qui sont réalisés lors des séances surveillées organisées par Mensa France. Mais pour bon nombre de ces tests, les résultats généraux sont exprimés en pourcentages ou classes. On ne parle pas encore de QI. En effet, un test reposant sur 40 questions n’est pas assez précis pour fournir un tel chiffre, particulièrement dans les scores les plus élevés. La population dont les résultats sont situés dans la moyenne, à ± un écart type représente 68% des personnes testées. Entre deux ! types, cela concerne plus de 95% des écarts personnes testées et il reste moins de 5% aux extrêmes, soit 2,28% dans la tranche supérieure. On peut ainsi déduire que les membres de Mensa sont des personnes supposées se situer au delà de deux écarts types à un test d’intelligence. Cela correspond à environ 130 sur l’échelle de Wechsler et ±148 sur celle de Catell ; mais aussi 132 sur une échelle dont l’écart-type est standardisé à la valeur de 16. Mensans n°4, printemps 2006 N y= e " 2# $(x$ µ )2 2" 2 http://www.douance.org/img/bellcurve.gif http://www.douance.org/qi/tabqi.htm jklmwxcvbn,cvazer Vous pouvez atteindre des sommets ? Insuffisant pour entrer à Mensa D QI Enfin, précision importante : les capacites intellectuelles , d un individu ne sont pas figee !!! Il faut surpasser les obstacles. Conclusions sur le QI Tout d’abord, une valeur de QI n’est intelligible que si elle est fournie avec son écart-type, qui est généralement considéré implicite selon le pays ; mais cette vérification est souvent négligée. D’autre part, la seule valeur du QI global masque des disparités intellectuelles entre les différentes facettes de l’intelligence. Au sein de Mensa France, environ un testé sur 10 seulement obtient des résultats homogènes aux trois tests ! Enfin, gardons à l’esprit qu’un résultat exprimé en QI global reste dépendant du test qui a permis de le mesurer et qu’il est lié à une population de référence. Autres facteurs perturbants. Il n’est pas inutile de passer plusieurs tests pour confirmer un premier résultat. Plus un individu passera de tests, plus il aura une idée précise de ses capacités. Les conditions dans lesquelles on réalise le test ont également une influence directe sur le résultat. Une migraine, une soirée bien arrosée la veille, ou une hypersensibilité au bruit de la climatisation ou du marteau piqueur dans la rue peuvent être autant de causes de déconcentration, facteur qui n’est pas mesuré par les tests. Une erreur de chronométrage ou de présentation de l’épreuve faussera également le résultat. Il ne faut donc pas s’arrêter à un seul score. D Certains tests prennent en compte l’âge de l’individu pour calculer sa position dans le groupe de référence, ce qui signifie que les performances à ces tests sont considérées comme allant en décroissant avec l’âge. Inversement, un entraînement intellectuel à un type de logique permettra d’augmenter les performances. Il semble évident que passer le test deux fois de suite permet d’obtenir un score plus élevé la seconde fois ! La seule lecture du protocole d’un test peut avoir une influence sur le score. Enfin, la maîtrise émotionnelle et la confiance en soi jouent également un rôle important dans le résultat. J’en veux pour preuve mon expérience personnelle. Jusqu’en 6°, j’étais capable de vérifier 5 ou 6 fois mes réponses. Une psychologue scolaire m’a fait remarquer, que je répondais à un nombre très moyen de questions avec un taux de réussite anormalement élevé. Je me suis corrigé et mon QI a progressé... de 20 points ! , l education joue un role primordial dans les capacites intellectuelles , d un individu, quel que soit son niveau Mensans n°4, printemps 2006 QI azertyuiop^qsdfgh S’il semble évident qu’il existe une part génétique dans le potentiel intellectuel, celle‑ci ne sert à rien sans apprentissage. les tests de qi ne sont pas fiables a long terme Un test de QI a une durée de vie. Il devient obsolète lorsque la population de référence n’est plus représentative de la population testée. Cette obsolescence a été constatée tout au long du xxe siècle du fait de la progression des résultats. En effet, leur moyenne (100) n’est valable que pour la population de référence. Pour enfoncer le clou, le contexte socio-culturel de cette référence limite la fiabilité des tests. Il est donc très approximatif de comparer un résultat personnel avec celui de ses parents obtenu 20 ans plus tôt, quand bien même il s’agirait du même test. De la même façon, il est plus qu’hasardeux de vouloir comparer des moyennes de QI tant les risques d’erreur deviennent importants. On peut donc s’interroger sur la démarche de Richard Lynn ou d’autres visant à comparer les QI des nations. Lorsque l’on s’attarde sur le site internet de Lynn, on s’apperçoit très vite qu’il s’est basé La corrélation est flagrante entre les membres de Mensa et leurs enfants. http://www.opossum.ca/guitef/archives/002618.html Effet Flynn, progression de ±3 points par décennie. http://en.wikipedia.org/wiki/Flynn_effect http://test.qi.free.fr/test-de-qi-contexte-socio-culturel.html http://en.wikipedia.org/wiki/Race_and_intelligence sur des tests différents, passés à des dates très éloignées les unes des autres. Il n’a fait que rassembler des résultats. De fait, le taux d’erreur de son étude est extrêmement élevé et ne permet en aucun cas de tirer une conclusion pertinente. Tout au plus peut-il déceler des tendances potentielles à étudier sans se risquer pour l’instant à la moindre confirmation. Et quand bien même cette démarche serait rigoureuse avec des moyens colossaux, les résultats seraient à prendre avec beaucoup de distance et de prudence. Là où Lynn10 détectait une corrélation entre la pauvreté d’une nation et le QI moyen de sa population, une journaliste du Times11 affirmait récemment : « BRITAIN and France have experienced long periods of conflict and rivalry but now victory in one area can be claimed: Britons are more intelligent than the French. » Gageons qu’elle n’entrera jamais à Mensa. Faut-il pour autant rejeter le QI ? Certainement pas ! C’est le seul outil qui puisse, à ce jour, donner une estimation assez correcte du potentiel intellectuel. Gardons simplement à l’esprit que pour pouvoir bien interpréter les résultats que l’on obtient, il est plus que souhaitable de faire appel à un psychologue professionnel. Emmanuel Marc Dubois 10 http://www.rlynn.co.uk/pages/article_intelligence/1.asp 11 http://www.timesonline.co.uk/article/0,,2-2105519,00.html Photo © Andrzej Tokarski - FOTOLIA Mensans n°4, printemps 2006 jklmwxcvbn,cvazer Société Interruption involontaire de programme Comme la plupart des chômeurs, des sans emploi ou des demandeurs d’emploi (cocher la case qui semble le plus acceptable pour vous – de toute façon le résultat est le même), je me suis d’abord révoltée. J’ai ragé, pleuré, trépigné, trouvé cette situation incroyablement injuste. Une femme qui a oublié d’être stupide, qui a des diplômes, une expérience professionnelle solide, qui a voyagé dans pas mal de pays, s’est adaptée à de nombreuses situations, parle plusieurs langues, et bien cette femme apprend un jour que le monde du travail ne lui est plus accessible. Au début, j’ai cru la situation temporaire. Le temps passant, le temporaire devient permanent. Dépasser le cap de la quarantaine, c’est une sale étape d’un point de vue professionnel. Mais je partage ce sort avec mes nouveaux confrères : les quinquagénaires qui cherchent à décrocher de nouveau un emploi (quinquas et quadras, même combat), les jeunes qui cherchent à trouver le premier, ceux qui ont un physique, une couleur de peau et un patronyme trop typés, ceux qui souffrent d’un handicap qui n’est gênant que pour ceux qui les regardent et enfin, les « supersize » dont la générosité extérieure et l’opulence dérange aussi. L’âge, l’apparence physique, la couleur de la peau et le sexe répondent tous à des codes bien précis de notre société, et malheur à qui ne répond pas à ces normes. Les différences gênent le marketing social. Les mois ont passé. Je me suis investie dans d’autres activités, j’ai envoyé la petite famille s’installer au vert, j’ai appris à planter des tomates et à faire des confitures, puis je me suis mise à réfléchir. Réfléchir, je croyais l’avoir appris durant les années de fac, puis au cours de ma vie professionnelle. Mais c’était une réflexion totalement influencée par les règles du marché et le sacro-saint pouvoir d’achat dont on nous rebat les oreilles et qui rime forcément avec bonheur. La mise au chômage est une grande claque qui remet un grand nombre de pendules à l’heure. Il faut apprendre que le bonheur n’est pas proportionnel aux revenus. J’ai mis pas mal de temps à le comprendre et, même s’il y a parfois quelques relents de ma vie bourgeoise d’avant, je sais que je suis sur la bonne voie. Le chômage apporte la baisse des revenus mais aussi la liberté de réflexion, le détachement, l’ouverture et un autre regard sur le reste du monde. Lorsque j’avais une carte de visite et un statut professionnel, je n’ai jamais eu véritablement conscience du formatage auquel j’avais été soumise. Je jouais la Golden Girl et regardais avec plaisir et fierté, ma Golden Card, et les tampons collectionnés sur mon passeport comme prestige de ma réussite. Lorsque la chute se produit et que la société vous apprend sèchement qu’elle n’a plus besoin de vous, il faut alors réagir, redécouvrir sa propre personnalité et son environnement. C’est ce que j’ai fait. Dans mon monde professionnel et par conséquent dans ma vie personnelle d’avant, tout était codifié et, bien que je m’en défende, j’avais perdu toute liberté d’expression. J’avais Mensans n°4, printemps 2006 Société azertyuiop^qsdfgh oublié que nous sommes tous de gentils automates bien programmés. Il a fallu que je perde mon statut social pour comprendre que je me laissais berner avec la complicité des médias. Nous devons tous rentrer dans le même moule, considérer l’image que nous envoie la publicité comme s’il s’agissait de la nôtre, mais c’est là que le bât blesse. Avec mon nouveau regard de chômeuse, je ne peux plus regarder les images publicitaires sans une réaction très critique. La schizophrénie des images me paraît tristement évidente. Allumez votre poste de télévision à une heure de grande écoute, offrez-vous une séquence de pub et observez : une anorexique vante les vertus d’un yaourt 0% ; c’est une superwoman qui gère de main de maître cuisine, boulot, ménage et enfants. Je poursuis mon observation avec un bellâtre aux pectoraux siliconés s’aspergeant de déodorant pour cacher ses odeurs de transpiration. C’est vrai que dans notre monde, toute odeur devient importune dès lors que sa disparition présente un intérêt commercial. Ensuite, le bébé forcément parfait se régale de la purée d’un petit pot dont l’emballage plastique est plus coûteux que ladite purée et qui ferait hurler tout écologiste digne de ce nom. Au tour enfin de la sylphide aux dimensions parfaitement retouchées par les infographistes qui vante les délices d’une glace dont les superbes rondeurs (je parle des boules de glace) vous mettent l’eau à la bouche. Impossible de résister, on se fera plaisir en culpabilisant une fois de plus. C’en est trop, je retourne à mes tomates. Les mois de chômage et le temps luxueux de la réflexion passent et accentuent chaque jour un peu plus mon regard sur le monde et ses faux-semblants. Les hommes et les 10 Mensans n°4, printemps 2006 femmes que nous rencontrons chaque jour sont tellement différents de ce que nous renvoient les spots publicitaires, qu’il faut avoir une force singulière pour ne pas plonger dans un délire schizophrénique complet. Il faut beaucoup de résistance pour accepter d’être ce que nous sommes sans plonger dans la conquête d’un idéal de beauté physique et sociale généralement inaccessible. Il faut une grande force pour accepter ce que nous sommes et surtout apprendre à s’aimer. Avec le chômage, certaines portes se ferment mais d’autres vont s’ouvrir. La vision du monde se modifie. Une fois le sentiment d’injustice passé, le regard sur soi change. Et c’est là qu’il faut lutter pour comprendre que les mêmes qualités et les mêmes capacités sont toujours présentes. Il y a même quelque chose en plus : le détachement et l’ouverture. Au temps de Jospin, il me semblait que les 35 heures allaient dans le sens de l’histoire. Le but de l’homme serait-il uniquement de travailler ? Même la Bible a l’air de plaider pour les RTT. Et c’est une mécréante qui le dit. Je croyais qu’il fallait favoriser les arts, la création sous toutes ses formes, le développement personnel, et d’autres formes de solidarité. Non, j’ai dû me tromper de film. Avec ce gouvernement qui est le nôtre, on veut augmenter de nouveau la durée hebdomadaire de travail. A-t-on vraiment besoin de gens créatifs qui prennent le temps de penser et de construire autre chose, autrement ? Bien sûr que non. Il est quand même plus aisé de gérer des moutons de panurge que des êtres qui vont penser et poser des questions auxquelles il va peutêtre falloir répondre. Comme ces enfants trop curieux qui posent des questions incessantes. Le mouton de panurge suit gentiment les rails de son métro ou de son autoroute, plonge dans les aléas d’une vie professionnelle en général peu excitante, se rue le soir sur son congélateur pour donner à son micro-ondes Cf. A&E, paradis perdu jklmwxcvbn,cvazer la difficile tâche de préparer son dîner, puis laisse à la télé le soin de lui concocter un programme du soir le plus léger possible pour permettre à ses neurones de se déconnecter de toute pensée constructive. Le prêtre et son église ont disparu au profit du grand maître ès catastrophes du 20h. Toutes les angoisses du monde vous sont livrées à domicile au cours de ces 40 minutes quotidiennes, comme le repas congelé du soir. J’exagère. Oui, peut-être, un peu. Mais pourtant, combien d’entre nous ont vécu ou vivent encore ces séances de la vie sociale ordinaire ? Et qui prend le temps de réfléchir maintenant, d’aller pêcher les informations et obtenir un son de cloche du monde différent de celui qui lui a toujours été proposé ? Une nouvelle mouvance parmi ces chômeurs commence à poindre. C’est la mouvance de ceux qui commencent à écrire, à diffuser leurs propos sur le Web via les blogs et d’autres sites plus élaborés. Deux millions et demi de chômeurs pour l’instant se laissent aller à leur dépression alimentée par les propos de la propagande officielle. Mais le vent tourne. Légèrement peut-être, mais chaque jour avec un peu plus de force. De là à ce qu’on veuille un jour supprimer blogs et autres outils de communication, création et réflexion personnelle, il n’y a qu’un pas que certains politiques aimeraient bien franchir. On invoquera par exemple la cause des enfants contre les pédophiles, histoire de faire taire ces empêcheurs de tourner en rond que sont Web et bloggers. A quand le futur Big Brother prêt à lutter contre la toile d’araignée mondiale, Internet ? Je serais prête à parier que notre gouvernement aimerait bien nous faire un remake à la Hitchcozy avec sueurs froides. Les jours s’écoulent paisiblement au bord de la Garonne. Je ne trouve pas ici l’agressivité que j’ai jadis pu rencontrer dans les grandes villes de France et certaines autres capitales étrangères. Les contacts se font simplement Société et naturellement. Les néo-ruraux que nous sommes s’intègrent sans anicroche et sont en train de démarrer un SEL (Système d’Echange Local), avec l’appui du maire, un homme du pays qui encourage notre démarche. Mes ambitions professionnelles se sont totalement estompées au profit de mes ambitions personnelles. Il y a tout juste 2 ans, je n’ai pas choisi de devenir chômeuse. A présent, j’atteins un nouvel équilibre, matériellement instable mais moralement infiniment plus riche. Qu’il s’agisse de pieds de tomates ou d’instruction, c’est toujours le même mot qui réunit paysans et érudits : la culture. Chacun peut trouver son équilibre dans cette situation imposée, mais que de richesses perdues, qu’elles soient intellectuelles, manuelles ou spirituelles ! Que de richesses perdues au nom de la sacro-sainte économie et ses apôtres les actionnaires ! La vie se résume à présent aux convulsions du CAC40. Il est temps de repenser la société et son organisation, la vie économique et la citoyenneté. L’allocation universelle… Tiens, tiens, voici un autre beau sujet de réflexion que me permettront d’aborder Internet et ma liberté de chômeuse. Brigitte Bordes Illustrations © Guillaume Duris - FOTOLIA Mensans n°4, printemps 2006 11 Précocité azertyuiop^qsdfgh Les enfants précoces vieillissent aussi Enfant surdoué, précoce, doué ou talentueux. Nous pensons savoir tout (ou presque) de cet OVNI, Organisme Vif Novateur & Intelligent. Mais ces enfants grandissent. Qu’advient-il alors de ces chères têtes blondes lorsque le temps ayant fait son œuvre, ils deviennent des adultes et plus tard des seniors ? Leur intelligence s’estompe-t-elle au fur et à mesure que blanchissent leurs bouclettes ? Non, il semblerait bien au contraire, qu’avec l’âge, soit enfin venue l’heure de l’épanouissement et que pour eux l’été indien prenne les couleurs flamboyantes d’un automne canadien. Qu’est-ce qu’un enfant précoce ? Dans une société où l’on se délecte de pouvoir étiqueter les individus, l’enfant précoce pose le problème de son atypie. S’il est bien difficile de mettre chacun de ces enfants dans une de ces jolies boîtes qui facilitent notre réflexion intellectuelle, il est quand même possible de noter quelques caractéristiques communes. Les enfants précoces ont un fonctionnement intellectuel qui ne correspond pas à leur âge réel et leur intuition prédomine souvent dans la résolution des problèmes. Certains de ces OVNI développent des habiletés intellectuelles générales comme de vrais touche-à-tout, ou bien se spécialisent dans une discipline précise : mathématiques, musique, peinture, etc. Mais avoir des capacités intellectuelles et des talents hors normes ne signifie pas avoir la volonté ou l’énergie de les développer. Dans une association telle que Mensa par exemple, les membres sont aussi différents que multiples. On y trouve des gens issus de toutes les couches de la société, du sans diplôme au multi doctorant, des artistes, des fonctionnaires et des paysans, des bourgeois installés et des rmistes. Une palette sociale multicolore. Avec pour seul point commun un quotient intellectuel élevé qui suffit pour les rassembler. 12 Mensans n°4, printemps 2006 Que se passe-t-il à l’âge adulte ? Devenir adulte n’entraîne pas forcément la résolution des problèmes que l’enfant précoce a rencontrés dans son enfance et son adolescence. Bien au contraire. L’enfant précoce devenu adulte a, sur le monde qui l’entoure, un regard encore plus aigu. Plus le fossé s’est creusé entre ses capacités intellectuelles et l’usage qu’il en a fait, plus le fardeau est devenu lourd à porter. Car de l’adulte surdoué on attend, consciemment ou pas, qu’il soit tout simplement exceptionnel. Si on a un quotient intellectuel proche de celui d’Einstein, les amalgames sont rapides et il sera difficile pour le quidam de comprendre que l’anonyme que vous êtes ne pratique pas la fusion nucléaire à froid comme d’autres font des tartes aux pommes. C’est peut-être pour cela que les adultes au QI élevé, lorsqu’ils ne sont pas les auteurs de faits d’arme notables, demeurent dans l’ombre de leur trop grande sensibilité, isolés et frustrés. Lorsque le verdict de la douance tombe pour un enfant surdoué, l’intérêt et la curiosité se manifestent. Lorsque ce même verdict tombe pour un adulte dont on ne connaît aucune action prestigieuse, un sourire narquois teinté d’une pointe de scepticisme peut apparaître. A quoi servirait donc ce fameux quotient intellectuel ? Le pire est encore que le verdict de QI élevé ne soit jamais établi. En cas de malaise existentiel, il est préférable d’en connaître l’origine. Il devra être sacrément intelligent justement pour expliquer aux autres que le bonheur ne se trouve pas forcément dans le pré de la réussite sociale, que le 2% auquel il appartient n’a rien à voir avec le « Who’s who » des fortunes mondiales. Vieillir aux portes de l’été indien L’enfant précoce devenu adulte traverse sa vie avec bonheur ou désespoir, ou simplement jklmwxcvbn,cvazer avec banalité ce qui, pour un être aussi curieux et ouvert est la pire des choses. Une vie grise pour un intellect multicolore et hors de proportion n’est pas un cadeau de la vie. Plus les années passent, plus les questions se pressent dans leur cerveau toujours plus avide de connaissances. L’enfant curieux est devenu un adulte inassouvi de savoir, un être un peu effrayant car tellement différent de ses congénères. Parler à un adulte surdoué ne serait-ce pas se confronter à quelqu’un qui pourrait surclasser l’autre intellectuellement ? On fantasme sur l’intelligence comme sur beaucoup de choses. Là où la retraite peut devenir source d’ennui, l’être au QI élevé peut enfin trouver sa revanche. Les seniors surdoués s’estiment en effet plus comblés par leur vie que les autres seniors. Sauf s’ils n’ont pu s’accomplir professionnellement. Les enfants précoces devenus seniors n’ont pas perdu leur clairvoyance qui peut être génératrice d’angoisse. Mais leurs capacités Précocité intellectuelles leur permettent tous les projets d’avenir. Les seniors surdoués que la vie n’a pas autorisé à poursuivre leurs études devraient peut-être reprendre leurs études et montrer enfin, ce dont ils sont capables. Il n’y a pas de limite d’âge pour s’inscrire à l’université alors pourquoi ne pas retourner sur les bancs des amphithéâtres ? Jean Auel pourrait être un bel exemple pour les seniors surdoués. C’est à l’âge de 28 ans que cette mère de cinq enfants a eu connaissance de son quotient intellectuel ; à 40 ans qu’elle a décroché une maîtrise en suivant des cours du soir, et à 44 ans que la saga préhistorique « Les enfants de la terre » l’a faite connaître mondialement. La suite, nous la connaissons tous. Il suffit de trouver sa voie et de s’accrocher à ses rêves. Brigitte Bordes De l’échec scolaire L’échec scolaire, c’est un lieu commun dans les médias, mais comment pourrait-il en être autrement par les temps qui courent ? Comme l’a fait justement remarquer Valérie Orange dans le dernier Mensans, notre économie n’absorbe plus [presque] tous les jeunes après leur scolarité. Et s’il est vrai qu’un jeune qui avait réussi à obtenir son certificat d’études primaires il y a cinquante ans savait lire, écrire et compter, tous n’y arrivaient pas. Si le niveau a incontestablement baissé par rapport aux diplômes de référence, l’évaluation ne va pas de soi en France du point de vue de l’ensemble des jeunes. D’abord, il y a des zones défavorisées. Là, je préfère ne pas trop insister : ce qui est vraiment inquiétant, c’est que les marges V. Orange, « De l’échec scolaire ou comment on invente de faux coupables », Mensans 3, p. 13‑16. de cette marginalisation sont de moins en moins marginales. Je me contenterai de citer un extrait d’un livre d’Alain Bentolila (j’ai fait mentionner cet ouvrage sur notre site sur la Toile) : « Aujourd’hui, pour être politiquement correct, il faut se contenter de décrire, admiratif, compatissant et un brin amusé, les astucieuses stratégies de citoyens qui s’échinent à contourner les obstacles quotidiens que leur imposent leurs difficultés de lecture et d’écriture. Il faut, pour échapper à l’accusation de conservatisme, s’ébahir devant la vivacité et le pittoresque d’une langue des cités qui enferme plus qu’elle ne libère. » Pour les autres, à mon avis [qui n’engage que moi], le niveau a monté depuis quelques décennies. Mensans n°4, printemps 2006 13 Précocité Mais si nous nous posions la question : de quel niveau s’agit-il ? Pour la quantité de connaissances, mon opinion est bien qu’il a monté, même si je conviens que c’est discutable et difficile à établir : certaines connaissances très utiles il y a cinquante ans sont devenues superflues, et réciproquement. Par contre, au niveau des compétences, je pense [et là, ma conviction est beaucoup plus forte] qu’il a nettement baissé. Très nettement. Prenons l’exemple de l’histoire, parce qu’il est facile à présenter. Auparavant, les enfants apprenaient l’histoire par ordre chronologique, et on leur demandait d’apprendre des dates et des événements ponctuels. Cet enseignement était quelque peu sclérosé (trop peu de dates sur l’histoire contemporaine, plus importantes que la bataille de Marignan, qu’on ne peut tout de même pas comparer aux répercussions de la prise de Constantinople), mais avec ses anecdotes (la « petite » histoire), il avait le double mérite de passionner de nombreux enfants et de leur fournir d’indispensables repères chronologiques pour aborder plus tard la « grande » histoire, et devenir des citoyens plus éclairés. La « petite » histoire était une ossature pour la « grande » histoire, celle des évolutions techniques, économiques, culturelles, politiques, etc. Quand on n’a pas la représentation du temps (et d’autant 14 Mensans n°4, printemps 2006 azertyuiop^qsdfgh moins si on maîtrise mal l’arithmétique la plus élémentaire), on ne peut même pas envisager les relations de cause à effet, et concevoir de façon évidente, pour prendre cet exemple, que la montée du nazisme en Allemagne ait pu être favorisée par le chômage. Il y a deux ou trois ans, je suis allé dans le XIe arrondissement de Paris à une réunion du mouvement Attac, et j’ai été [favorablement] surpris par les intervenants à la tribune (surtout). Mais l’une des interventions dans la salle était particulièrement instructive : un enseignant d’histoire avait pris sur lui de parler de la crise de 1929 (sujet évacué pour alléger le programme). Il nous a dit qu’à sa surprise, ses élèves ont contesté : selon eux, ce n’était pas possible, puisqu’à la Bourse, on gagne toujours. Je ne suis pas en mesure de dire si leur niveau de connaissances en histoire est élevé, mais pour leur niveau de compétence, je pense qu’il est inutile d’insister pour vous convaincre qu’il est lamentable. Pour prendre du recul, ne vaut-il pas mieux avoir moins de connaissances, mais avoir les compétences pour trouver celles qui sont pertinentes sur un sujet donné (et bien les situer dans le temps) au cas où on estimerait judicieux de les approfondir ? Le niveau utile, ce sont les compétences, vous êtes bien d’accord ? Quand les connaissances élémentaires de base sont absentes (celles qui sont les fondations), comment parler de niveau élevé, ou même seulement moyen ? les enquetes recentes de l’o.c.d.e. Jusqu’à il y a peu, les statistiques sur le niveau des élèves dont disposait l’O.C.D.E. n’étaient pas assez rigoureuses et homogènes pour une comparaison pertinente entre les pays membres. C’est pourquoi une grande enquête a été effectuée en 2000. Il s’agissait de l’acquis des élèves de 15 ans, du niveau P.I.S.A. qui a été poursuivie en 2003 et le sera cette année. jklmwxcvbn,cvazer de compétence (et non pas strictement du niveau de connaissance). Ma première source d’information a été la revue Futuribles qui a publié à ce sujet un article de plus de 20 pages écrit par deux statisticiens de cet organisme international. Deux encadrés (d’une page ou plus chacun) concernaient la méthodologie, dont le problème de l’évitement, autant que possible, des biais culturels. Il est plus délicat de comparer la compréhension de l’écrit entre d’une part les pays occidentaux (langues européennes) et d’autre part le Japon, la Corée du Sud et Taiwan, que la culture mathématique et la culture scientifique. Mais c’est bien la même enquête, et si c’est la Finlande qui a obtenu les meilleurs résultats en Europe, cela ne provient pas d’un système de notation particulier à ce pays. La performance française en a surpris plus d’un : cela ne correspond pas du tout à l’image que l’Éducation Nationale se faisait d’ellemême. D’abord, les résultats sont très moyens (juste un peu supérieurs en mathématiques, mais en-dessous du Royaume-Uni). La chute a été brutale, mais ce n’en est pas vraiment une : elle n’a eu lieu que par rapport à une position imaginaire, en dehors de la réalité. Mais surtout, je cite : « Ainsi, la France, avec une performance générale moyenne, est-elle, comme les Etats- Précocité Unis, plus « inégalitaire » que la moyenne au sens où l’impact du contexte socioéconomique sur la performance des élèves est supérieur à la moyenne. » J’ai fait insérer ce passage dans les citations en ligne sur notre site. Sans commentaire sur le fond, mais c’est tout de même un peu fort de café dans un pays où tant de gens citent Pierre Bourdieu… Car cette enquête a été assez approfondie, et a permis d’expliquer une autre contreperformance : celle de l’Allemagne, dont les trois moyennes (compréhension de l’écrit, cultures mathématique et scientifique) sont inférieures à celles de la France : la population immigrée y est nombreuse et relativement mal intégrée. On apprend aussi que dans tous les pays de l’O.C.D.E. sans exception, les filles sont en moyenne meilleures en compréhension de l’écrit. Un dernier point bizarre au sujet de la France : si ses résultats sont très moyens, il y a proportionnellement par rapport aux autres pays moins d’élèves faibles et moins d’élèves forts. J’ai des lacunes en mythologie, mais depuis que je suis devenu délégué pour les enfants surdoués à Mensa France, j’ai appris qui était Procuste. Jean-Pierre CHATENET [email protected] Futuribles, n°279, octobre 2002. Photos © Leah-anne Thompson - FOTOLIA Mensans n°4, printemps 2006 15 Brèves azertyuiop^qsdfgh L’absurdité du recrutement Gérard Pons des enseignants du 2nd degré Disparition d’un humaniste Pour devenir enseignant dans le secondaire, il faut réussir le concours du CAPES ou de l’Agrégation. Pour postuler, une licence suffit. N’importe laquelle, certes, mais il vaut mieux avoir celle qui correspond à la matière souhaitée car le niveau est élevé... Très. Seulement voilà, si les épreuves écrites et orales exigent un niveau de connaissance très élevé, elles ne requièrent strictement aucune compétence en pédagogie. Certes, il ne faut pas râter son oral mais peut-on comparer une prestation devant un jury avec une classe de gamins déchaînés en ZEP ??? Or, justement, à peine le ticket d’entrée obtenu, les futurs enseignants se retrouvent, une année durant, face à une classe alors qu’ils n’ont reçu strictement AUCUNE formation pédagogique. Certes, ils doivent aller aux cours en IUFM en parallèle mais leur faible volume est révélateur de leur efficacité. Or tout au plus 10% de ces futurs profs échouent à la titularisation au terme de cette année de bâptème du feu, aux frais d’élèves cobayes. Si l’on se risque à répartir le niveau des nouveaux professeurs sur une sorte de courbe de Gauss de la pédagogie, on comprend beaucoup mieux le fossé qui existe entre ceux-ci et les enfants précoces et pourquoi ces gamins dérangent bon nombre d’enseignants au point d’être rejetés. Nous venons d’apprendre le décès de Gérard Pons, qui s’était notamment illustré l’an dernier au sein de Mensa par un article dans le tout premier numéro de Mensans et par une conférence sur « L’action humanitaire » en mai à Epernay. Il était responsable national en région Centre du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD). Nos meilleures pensées accompagnent ses proches. Ceux-ci nous ont fait savoir que son décès serait lié à la piètre fiabilité d’un test de dépistage du cancer. Un résultat négatif trompeur aurait retardé le diagnostic. On comprend, certes, mais on n’excuse pas. Emmanuel Marc Dubois Institut Universitaire de Formation des Maîtres G. Pons, « Un monde à partager », Mensans 1, mars 2005, p. 8. Le petit journal Pour ceux, peu nombreux, qui ne le connaîtraient pas encore, je rappelle l’existence d’un quotidien en ligne : lepetitjournal.com C’est le journal des Français à l’étranger ; il a plus de 60 000 lecteurs abonnés dans le monde. L’édition de Monaco a été créée le 18 avril dernier (6000 abonnés pour l’instant, en constante évolution). La directrice de la rédaction en est notre amie Eva ESZTERGAR, membre de Mensa Côte d’AZur ([email protected]). Josiane Merquit Photo © Claude Deunette 16 Mensans n°4, printemps 2006 jklmwxcvbn,cvazer Littérature M comme Momo Il aura 16 ans au mois de mai et il achève sa deuxième année de classe préparatoire scientifique pour Polytechnique, Centrale et les Mines. Vous en avez sûrement entendu parler : c’est Momo qui fut le plus jeune bachelier de France en 2004 et qui raconte son parcours dans un livre : « Moi, Momo, 14 ans, ivoirien… » Momo se raconte avec simplicité et spontanéité. Son parcours extraordinaire ne semble pas l’avoir empli de fatuité et c’est bien agréable. Son style a la fraîcheur du langage de l’enfant. Momo raconte sa famille ainsi que son pays. Il a eu la chance de rencontrer des instituteurs et des directeurs d’école qui ont su le laisser avancer à son rythme. Il a aussi eu la chance d’avoir une famille à l’écoute, qui ne s’est pas effrayée de son avance. Ainsi, à le lire, il « saute » les classes avec l’aisance d’un écureuil. Alors que Momo a quatre années d’avance, son père, qui en son temps a étudié en France, a l’idée de l’envoyer à Paris pour son année de terminale. C’est le début d’une belle aventure. Après quelques péripéties, Momo rejoindra à Paris sa sœur aînée, mariée à un professeur de mathématiques. Nous suivons alors son quotidien de futur bachelier, d’élève studieux et organisé qui sait se ménager des instants de détente avec ses nouveaux copains. C’est un garçon résolument positif qui préfère voir son verre à moitié plein. Ainsi, ce livre fera du bien aux parents d’enfants surdoués, précoces, à haut QI et autres appellations d’origine pas toujours contrôlée. Ceux qui se battent contre les institutions scolaires, contre le refus d’une soi-disant trop grande avance scolaire au vu Mohamed Diaby, Moi, Momo, 14 ans, ivoirien… et plus jeune bachelier de France. Le livre est sorti en poche, édition Pocket 12927 d’un problème de « maturité », seront donc réconfortés : oui, nos chérubins peuvent avoir quatre ans d’avance et se sentir très bien dans leurs baskets, simplement parce qu’ils sont acceptés tels ils sont, non seulement par leur famille, mais aussi par leurs professeurs et leurs camarades de classe. Ouf ! Il est vrai que Momo a pu passer son bac si jeune parce qu’élève hors de l’Hexagone et il est tout aussi exact qu’il pourra présenter le concours de Polytechnique à son âge grâce à son statut d’étranger. Il n’en reste pas moins qu’en cas de découragement, ce livre est stimulant. Alors, pour que les petits Français puissent bénéficier d’un si beau parcours, nous devons continuer à nous battre. Haut les cœurs ! Muriel Tunzini Photo © Guillaume Tunzini - Tunzini Pictures Mensans n°4, printemps 2006 17 Mystère azertyuiop^qsdfgh Méduses du métro Une nouvelle théorie du complot Comme tout le monde le sait, le gouvernement a beaucoup de secrets. Et comme il tient les médias par la peur, ceux-ci ne peuvent pas nous informer de ce qui est vraiment important pour la population. Ainsi, les médias parlent sans arrêt de guerres, d’attentats, d’épidémies, etc... dans le but de nous occuper l’esprit avec des contes d’une inutilité à pleurer, alors qu’ils restent muets face aux vraies menaces pour le Peuple. Par exemple, les méduses dans le métro. Vous croyez qu’ils en parleraient ? Ils ont essayé. Malheureusement, tous les protagonistes de ces enquêtes sérieuses et rigoureuses sont tous, comme par hasard, décédés de manière à première vue anodine. « Heurté par un ballon dirigeable », « asphyxié dans son sommeil par ses propres gaz », ou encore « noyé alors qu’il avait pied », le gouvernement n’a pas manqué d’imagination pour que ces meurtres passent inaperçus dans les journaux. Arrêtons cette stupide mascarade et révélons enfin la vérité aux Citoyens. Les méduses sont arrivées dans le métro parisien peu après sa construction. Elles sont arrivées par milliers. Les sceptiques diront qu’ils ne croient que ce qu’ils voient. Cependant, tout le monde en a déjà vu, d’après une étude Ipsos de Juin 2004 réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la population de 6354 personnes. Seulement, leur inconscient leur a joué des tours afin qu’ils pensent qu’il ne s’agissait que de simples sacs plastiques. Mais elles sont bel et bien là. Elles restent, sournoises, tapies dans l’obscurité, et elles attendent. Dès qu’un voyageur un peu isolé se présente, elles fondent sur lui par dizaines telles un groupe d’adolescentes sur le dernier single de Lorie. Vous y croyiez vraiment, vous, aux « incidents voyageurs » ? Vous avez vraiment cru qu’il existait des gens qui n’avaient rien d’autre à faire que de se promener sur les rails du métro ? Ou que certains suicidaires manquaient à ce point d’imagination ? Hé non, c’est encore un coup des méduses. Ce sont en fait des méduses extra-terrestres qui viennent d’une lointaine galaxie. J’avoue, je ne sais pas quel est le nom de leur planète, mais bon, je ne suis pas la CIA non plus. Le but de ces méduses est l’invasion de la totalité de notre planète en contaminant chaque personne qu’elles attrapent. Elles ont choisi de commencer par notre belle ville car sur leur planète, « Paris » signifie « bande d’imbéciles facilement contaminables ». Elles y ont donc vu une occasion… Dire que si notre cité s’appelait toujours Lutèce, on n’aurait pas eu à s’en faire… Les extra-terrestres sont parmi nous, donc. Faites très attention, une grande quantité d’humains a déjà été contaminée, ce peut être votre voisin, votre fils, ou même la personne avec qui vous dormez toutes les nuits, et plus si affinités (ou si grosse quantité d’alcool ingurgitée…). La bonne nouvelle, c’est que pour les tuer, il existe une technique simple. Si vous avez un doute sur une personne, il suffit de lui briser les genoux au marteau et au burin, puis de la faire asseoir sur ces mêmes genoux sur un mélange savant de verre pilé et de limaille de fer (recette complète disponible à la rédaction sur simple demande). Ensuite, vous lui collez sur la tête (éviter la colle en spray, choisir plutôt de la super glue) une Fiat Punto, dans laquelle vous placerez les Gipsy Kings qui chantent Jobi Joba. Si ses yeux deviennent jaunes, se révulsent puis partent comme des petites fusées, c’est gagné, il est mort, vous avez bien rempli votre devoir de citoyen. Par contre, s’il ne se passe rien, vous avez fait une erreur, c’était un être humain normal. Dans ce cas, excusez-vous poliment, faites taire les Gipsy Kings, et partez. Vite ! Nathalie Chabert Illus. © Jyn Meyer - FOTOLIA 18 Mensans n°4, printemps 2006 jklmwxcvbn,cvazer Nouvelle Un dîner à Dingolio Au village de Dingolio vivent les familles Montaigu, très riche, et Duchmol, très pauvre. La seconde vient de perdre son patriarche. La première, qui n’est composée que de membres jeunes, ne comprend pas l’attachement de ses voisins à cette ancienne figure. Elle décide malgré tout de manifester son soutien aux endeuillés et convie à dîner les Duchmols, qui acceptent l’invitation. Le repas se passe dans la cordialité. Bien que de moeurs différentes, les commensaux se respectent. Les Montaigu se montrent prévenants et généreux, les Duchmol polis et reconnaissants. On converse de sujets variés. Les sourires sont mesurés, la pudeur observée, l’ambiance vaguement solennelle. Tout est calme. Trop calme. Un Montaigu à l’humour exacerbé, Pingozzi, s’ennuie profondément. « Le moment est grave, certes. Mais ce n’est pas une raison pour accabler des voisins étrangers à l’affaire », considère-t-il silencieusement. Alors il lance soudain, un sourire aux lèvres : « Le vieux schnock est claqué et c’est regrettable. Mais l’avantage de ne pas avoir à s’occuper de ce débris, c’est que c’est bon pour la Sécurité Sociale ! ». Il fixe les Duchmol et conclut ses paroles par un rire assourdissant. Les Montaigu s’interrogent du regard. La blague n’est pas drôle, mais ne convient-il pas de rire quand même ? Quant aux Duchmol, ils sont frappés de stupeur. L’un d’eux, Bargara, un homme massif aux yeux farouches, se dresse et enrage : « Comment ? Vous osez vous moquer de notre patriarche, de sa mort et de notre chagrin ? J’exige que vous retiriez ces propos sur-le-champ ! » Ganzzi, un Montaigu au visage doux et placide, se dit : « La plaisanterie n’était pas amusante et l’intervention de mon cousin déplacée. Mais Pingozzi est intelligent. Il va reconnaître son tort et ne récidivera pas. » Pingozzi, toutefois, ne semble pas ému. Il répond : « Vous, les Duchmol, vous n’êtes pas comme nous. Vous n’avez pas d’humour. On ne peut rien vous dire, vous vous emportez aussitôt. Vous êtes bornés, rétrogrades et dangereux. » Ganzzi sursaute. « Comment ? songe-t-il. Que fait là Pingozzi ? Cherche-t-il la guerre avec les Duchmol ? » Mais aussitôt, il se rassure. « Les Montaigu sont des gens censés. Ils vont le faire taire et ramener tout le monde à la raison. » Cependant sa famille, loin de réprouver Pingozzi, hoche la tête à la fin de son discours. Levizzi, un Montaigu qui lit beaucoup et parle autant, ajoute : « Nous, Montaigu, sommes des esprits éclairés. Nos valeurs sont supérieures aux vôtres. Nous refusons de brider notre liberté d’expression et de nous soumettre à votre dictature obscurantiste. » Les Duchmol sont consternés, vexés et énervés. Des hommes serrent les poings. Des femmes pleurent. Bargara lance son verre d’eau à la figure de Levizzi. Un autre Duchmol, Beniba, jette sa serviette sur Pingozzi. Les nombreux domestiques interviennent, séparent les belligérants et chassent les intrus de la maison. De la fenêtre, les Montaigu observent les agités qui, dans la rue, renversent des poubelles et cassent des luminaires en vociférant. « Quels sauvages ! » s’exclame Pingozzi. Les prunelles rivées sur le groupe qui s’éloigne, Levizzi paraît pensif. « Ces Duchmol sont vraiment agressifs, juge-t-il. Il ne sera pas inutile de préparer un service de sécurité, pour le cas où l’envie d’en découdre leur reprendrait ». Les Montaigu acquiescent. « Un service de sécurité que l’on pourrait envoyer chez les Duchmol, afin de pacifier cette famille d’arriérés » conclut Levizzi. Hormis Ganzzi qui semble paisible et un peu peiné, les Montaigu opinent du chef. Leurs yeux se font menaçants quand ils fixent les Duchmol qui, de nouveau calmes et ordonnés, s’enfoncent au loin, dans la nuit froide de Dingolio. maxirod le 9/2/06 [email protected] Mensans n°4, printemps 2006 19 Réunions azertyuiop^qsdfgh Un demi dîner S’il est une activité qui représente l’éclectisme des membres de Mensa, c’est bien cette institution un peu tristement nommée « réunion informelle ». En Île de France, il s’agit d’un rendez-vous régulier dans un petit restaurant parisien. En général, entre 15 et 30 personnes s’y retrouvent sans qu’on ne sache qui viendra, qui on rencontrera et surtout quels seront les thèmes abordés. Et c’est justement sur ce dernier point que repose tout le mystère de ces réunions. Comment est-on passé des batailles napoléoniennes au système de guidage des satellites ? Des trous noirs aux trous de mémoire ? De la collecte des droits d’auteurs sur Internet aux techniques de céramiques ? Au début de ces « réunions informelles » de petits groupuscules se forment selon une règle que personne n’a encore réussi à formuler mathématiquement. Certains électrons libres passent d’un groupuscule à l’autre. Quand il intervient au milieu d’une discussion, personne n’est surpris et quand il quitte le groupe pour entrer dans un autre débat, personne ne s’en offusque. Comme un papillon goûtant à différents nectars, l’électron libre se balade. L’estomac met fin à ces préambules et progressivement chacun se trouve une place à table. Mensa voulant dire « table » en latin, c’est à ce moment-là que le Mensan se rend compte de l’immensité sémantique du nom de son association. Si manger est important pour certains et accessoire pour d’autres, débattre est de toute façon essentiel. Finalement, c’est pour cette raison qu’on est là : parler – et parfois même écouter. Les personnes les plus timides ont toujours fini par se débrider après quelquesunes de ces réunions informelles. Ça discute tous azimuts… et ça va vite. Ce qui est frappant, c’est la qualité technique des discussions. Une thèse sera argumentée 20 Mensans n°4, printemps 2006 et si elle est contrecarrée, ce sera avec un argument solide, et ce, quel que soit le sujet. Tout le monde s’intéressant à priori à tout autour de la table, chacun a une pierre à apporter à l’édifice… quel qu’il soit. Je me souviens de ce soir où une question toute simple a été posée : comment met-on un « demi-cheval » au pluriel ? En quelques minutes, l’épidémie s’est répandue et les réponses intuitives se sont vu confrontées à des arguments solides. En effet, comment accepter que si l’on coupe un cheval en deux nous obtenons deux demichevaux ? Deux moitiés de cheval seraient donc égales à deux demi-chevaux. Le terme de « chevaux » ne peut s’appliquer que lorsque nous parlons de plusieurs « cheval ». Certains audacieux proposèrent alors de parler de deux demi-chevals, d’autres suggérèrent de n’appliquer le pluriel qu’à partir de 2 chevaux (donc 4 demis). Ce qui donnerait : un demicheval, deux demi-cheval, trois demi-cheval et quatre demi-chevaux. Tout le monde s’impliquait dans ce débat de haut-niveau. Soudain un Mensan torturé nous fit part de son besoin de précision : peut-on parler de la même manière des deux moitiés du même cheval et de deux moitiés venant de deux chevaux différents? En considérant cette distinction, on pourrait donc parler de deux demi-cheval quand les moitiés viennent du même cheval et de deux demi-chevaux quand elles proviennent de deux chevaux différents. Certains ont cru bon d’objecter qu’à partir de trois, il fallait parler de demi-chevaux car au moins deux chevaux avaient été coupés. Je saisis alors mon téléphone et demandai à mon épouse restée devant son ordinateur de bien vouloir chercher les occurrences des différentes propositions sur la toile. Il en est ressorti que personne ne mentionnait de « demi- jklmwxcvbn,cvazer chevals » et que demi-chevaux semblait être dans tous les cas le pluriel de demi-cheval. Cela étant, ces expressions étaient peu fréquentes et leur faible nombre ne permet pas de dégager une certitude… le débat pouvait reprendre. Un membre débarqua en pleine discussion et nous l’invitâmes à participer à nos cogitations… elle détourna la discussion en nous poignardant d’une évidence : un demicheval ça peut être un centaure et un centaure prend un « s » au pluriel. Énigme Casse-tête des délégués de classe Il y a 5 classes alignées dans la cour, avec chacune un délégué. Chacun d’eux porte un sac, a une boisson favorite et une matière préférée. Les 15 indices indispensables : 1. Rémi est en 2nde. 2. Bastien a un sac jaune. 3. Kévin boit du thé. 4. La classe de 3e est juste à gauche de la 6e. 5. Le délégué de 3e boit du sirop. 6. Le délégué qui aime les maths est à côté de celui qui a un sac rouge. 7. Le délégué de 5e aime le sport. 8. Le délégué de la classe du centre boit du chocolat. 9. Vincent est délégué de la classe de gauche. 10.Celui qui aime l’anglais a un sac noir. 11.Le délégué qui a un sac vert est à côté de celui qui aime le sport. 12.Le délégué qui aime l’histoire boit de l’eau. 13.Guillaume aime la biologie. 14.Vincent est à côté de la 4e. 15.Le délégué qui aime les maths est voisin du buveur de lait. Qui donc a un sac bleu ? Énigme La discussion a donc naturellement dérivé vers la Grèce antique. Tout ça pour dire que lors de ces réunions informelles, quelles que soient vos préoccupations, vous trouverez un interlocuteur. Quelles que soient vos certitudes, vous trouverez quelqu’un pour les remettre en question. Un peu avant minuit, on se quitte. Chacun s’est un peu enrichi. On a tous parlé d’un sujet plus ou moins essentiel… Je ne sais pas si c’est utile, mais c’est très agréable. Guillaume Tunzini Quelques conseils pour résoudre cette énigme, à ne lire que si vous pataugez : - il faut partir du principe que chacun des sacs a une couleur différente. - De la même façon, les cinq boissons sont différentes. - Les cinq délégués ont des matières préférées différentes. - Les classes vont de la 6e à la 2nde. - Utiliser une grille de logigramme pour établir les liens entre les indices : niveau, matière, sac, boisson et emplacement. Bonne réflexion ! Inquiétant Recherche fondamentale Une équipe de linguistes a découvert avec stupeur que dans les mots « intelligence », « quotient intellectuel », « réflexion » et « cerveau » ne figurait aucun « M ». Nous attendons une confirmation de ces résultats par un laboratoire indépendant. GT Illus. © Dennis Cox - FOTOLIA Mensans n°4, printemps 2006 21 Vocabulaire azertyuiop^qsdfgh A quel point le nano est-il petit ? Une équipe internationale de scientifiques a partiellement rendu la vue à un hamster aveugle en utilisant les nanotechnologies. Ces chercheurs ont construit une fine structure de fibres de nanoparticules qui ont aidé le nerf optique endommagé du hamster à se reformer. Ces fibres étaient larges de 5 à 10 nanomètres. entre 20 et 200 microns. Un fil d’araignée ne mesure, lui, qu’entre 5 et 10 microns. Beaucoup de bactéries ne mesurent qu’un ou deux microns de long… suffisamment petites pour coloniser avec quelques amies les fourches au bout de vos cheveux. C’est un des derniers exemples du potentiel des nanotechnologies. Vous savez sans doute que les nanotechnologies consistent à construire et manipuler de la matière et des machines à très très petite échelle. Mais à quel point ce « nano » est-il petit ? Prenons un peu de recul. Un nanomètre est un millième de micron, donc un milliardième de mètre. Pour essayer d’imaginer à quel point un nanomètre est petit, vous pouvez voir les choses comme ceci : pour trouver quelque chose de mille fois plus grand que vous – la différence entre un nanomètre et un micron – il faudrait que vous regardiez une montagne. Maintenant, pour vous mesurer à quelque chose un milliard de fois plus grand que vous – la différence entre un nanomètre et un mètre – il faudrait vous comparer au Soleil. Si vous ne mesuriez que quelques nanomètres de haut, ces bactéries colonisant les fourches à l’extrémité de vos cheveux, ressembleraient à des paquets de gratte-ciels. Et l’épaisseur du cheveu sur lequel ces bactéries se prélassent donnerait des complexes à la plus haute montagne que vous n’ayez jamais vue, même si vous habitez au Népal. Mais qu’est-ce qui pourrait être si petit ? Et bien, une hélice d’ADN ne mesure que 2 nanomètres de diamètre… et c’est juste assez large pour contenir le code de la vie. Des kilomètres aux millimètres. Traditionnellement, les hommes ont mesuré le monde en utilisant des unités de longueur allant de quelques millimètres (la taille d’une fourmi rouge) à quelques kilomètres (distance parcourue à pied en une heure). Un mètre correspond à la taille d’un enfant de maternelle, un centimètre à l’épaisseur de votre auriculaire et un millimètre à l’épaisseur d’un grain de sable. Mais essayer de mesurer des choses plus petites encore nécessite des instruments et de nouveaux termes pour dire « petit ». Micro signifie « millionième » Un millième de millimètre – soit un millionième de mètre – s’appelle un micron (ou micromètre) l’épaisseur d’un cheveu mesure généralement 22 Mensans n°4, printemps 2006 Nano vient du Grec « Nanos » (nain) Steve Sampson Traduit de l’anglais par Guillaume Tunzini Illus. © Linda Bucklin - FOTOLIA Avec l’autorisation de Copyright © 2005 Every Learner, Inc. Tous droits réservés. http://KnowledgeNews.net jklmwxcvbn,cvazer Cerveau Les dures réalités de la dyslexie Louise Green est membre de Mensa en Grande-Bretagne. Elle est membre du bureau du British Dyslexia Association (www.bdadyslexia.org.uk), et présidente du Professional Association of Teachers of Students with Specific Learning Difficulties (www.patoss-dyslexia.org). le pays ! Ça m’a remonté le moral, au moins jusqu’au moment où je l’ai annoncé à mon mari. Il m’a regardée bizarrement et avec une pointe de délicatesse, il a émis l’hypothèse que les papiers avaient été mélangés et qu’on m’avait attribué les résultats de quelqu’un d’autre. Je n’ai rejoint Mensa que parce que je me croyais stupide. Je sais que cette affirmation semble contradictoire. Elle est pourtant véridique ! Pendant plus de 30 ans, je me croyais stupide. Ce ne fut que lorsque la dyslexie de mon aîné a été détectée que j’ai commencé à me demander si je n’avais pas le même problème. À cette époque, je ne pouvais pas me payer un test effectué par un psychologue. Du coup, j’ai demandé les prétests de Mensa qui, si je me rappelle bien, étaient gratuits ! De plus, ils avaient l’avantage d’être expédiés sous enveloppe opaque et discrète ! De cette manière, je pouvais vérifier mon QI qui, je commençais à le suspecter, n’était pas aussi bas que je l’avais toujours cru. Avant que vous ne sautiez au plafond et me demandiez quand nous avons divorcé – ce que nous n’avons pas fait – sachez que mon mari n’a rien d’un rustre machiste. Son étonnement était authentique. Pour lui, j’étais gentille mais un peu limitée, d’autant qu’il m’arrivait de ne plus me rappeler le nom de ce truc blanc et mou sur lequel on étale du beurre le matin. En tout cas, sa réaction m’a donné envie de prouver que ces premiers résultats n’étaient pas injustifiés. Après avoir terminé le test, j’ai attendu avec une impatience pimentée de crainte : et si finalement j’étais bel et bien stupide ? Je me suis donc inscrite au test surveillé à Londres et je l’ai réussi haut la main, avec un résultat très légèrement inférieur à ce que j’avais obtenu aux pré-tests. C’était donc officiel. Je n’étais pas stupide, et mon mari pouvait revoir ses jugements sur mon intelligence – et moi aussi par la même occasion ! Pourquoi m’étais-je donc sentie stupide ? C’est à la fois à cause du système éducatif anglais et de ma dyslexie non diagnostiquée. La dyslexie est un dysfonctionnement caché. Il n’y a pas de signe extérieur flagrant. A moins qu’un enfant soit très très en-dessous des moyennes nationales en lecture, orthographe ou numération, les autorités n’ont aucune raison de s’alerter. Quand les résultats sont arrivés, j’étais sur un nuage. Non seulement je n’étais pas stupide mais j’étais dans la tranche de 1% des personnes les plus intelligentes de tout Illus. © Guillaume Duris - FOTOLIA Article précédement paru en Janvier 2006 dans Mensa Magazine (Royaume Uni) Quand j’étais à l’école, dans les années 60 et au début des années 70, il était courant de taxer un dyslexique doué d’être inattentif ou paresseux. Mensans n°4, printemps 2006 23 Dyslexie Au lieu d’être aidé, l’enfant était donc tenu pour responsable de difficultés auxquelles il ne pouvait rien, ce qui rabaissait encore une estime de soi qui n’était déjà pas brillante. Un manque d’estime de soi affaiblit, mène à l’échec et la frustration. Pour ma part j’ai quitté l’université parce que je pensais ne pas être assez intelligente pour réussir. J’ai pensé qu’il valait mieux partir que se faire mettre dehors. À l’époque, si quelqu’un me marchait sur le pied, c’était moi qui m’excusais. Le système éducatif n’a pas beaucoup aidé, principalement dans le primaire qui repose essentiellement sur les capacités de l’élève à lire et à écrire. À ce niveau, le contenu du travail n’est pas pris en compte s’il est mal présenté ou truffé de fautes d’orthographe. Le pire étant bien sûr quand le dyslexique a mal lu la question… et donc qu’il a répondu à côté. Le dyslexique, ne maîtrisant ni la lecture, ni l’écriture, n’a strictement aucune chance de réaliser son potentiel en primaire. À l’âge de 11 ans, dans le Kent, j’ai passé un test d’orientation. Je l’ai raté et j’enrage depuis plus de 30 ans. Je n’ai pas été jugée sur mon intelligence, mais sur mes faibles compétences littéraires. J’ai donc été envoyée dans une école où sont envoyés les élèves qui ne seront jamais assez intelligents pour apprendre la physique et la chimie, et où l’on nous a enseigné les compositions florales et le jardinage – deux choses que je déteste et que j’ai toujours détestées ! Pourquoi est-il si difficile de détecter un dyslexique doué ? Pourquoi certaines personnes, comme le Professeur Elliott l’a récemment fait sur une chaîne de télévision britannique, affirment que la dyslexie est un mythe ? En rassurant certains obtus sur l’inexistence de la dyslexie, cette émission de télévision fait beaucoup de mal. 24 Mensans n°4, printemps 2006 azertyuiop^qsdfgh Je vois principalement six raisons à ce point de vue : • Il n’y a pas de dyslexie typique. Chaque dyslexique est un cas unique, avec sa propre combinaison de forces et de faiblesses, ce qui rend ardue toute tentative de définir le problème. • Il n’y a pas de définition officielle de la dyslexie, tant au niveau international qu’au niveau national. Toutefois, le DFES (Department For Educative Skills) a établi que : « Il est convenu de façon générale que la dyslexie résulte d’une différence par rapport à la norme dans le traitement par le cerveau des informations sensorielles. Les personnes dyslexiques peuvent donc avoir des difficultés plus ou moins grandes à traiter les informations. Dans certains cas, quand ces difficultés touchent la lecture et/ou l’écriture, ces différences peuvent être handicapantes. De manière générale, il est souvent convenu que la dyslexie implique nécessairement des difficultés de traitement phonologiques. Ces difficultés sont plus ou moins importantes d’un dyslexique à l’autre. Les explications sur l’origine de la dyslexie sont très variées. » • Il est extrêmement difficile de remarquer un dyslexique doué. En effet depuis le plus jeune âge, le dyslexique doué utilise son intelligence pour maîtriser des stratégies compensatoires… et il n’a donc en apparence aucun problème. Il est alors impossible pour un enseignant de savoir si cet enfant traite l’information d’une façon différente de celle de ses camarades. • Les dyslexiques doués n’éprouvent généralement aucune difficulté à effectuer une tâche unique lors de tests standards – comme lire ou épeler un mot. La plupart des dyslexiques doués peuvent se sortir honorablement d’un test d’orthographe ; par contre, s’ils doivent en même temps réfléchir à ce qu’ils écrivent, ou s’ils sont soumis à une contrainte de temps trop forte, ils perdent toute notion d’orthographe. Ceci est dû à un jklmwxcvbn,cvazer manque d’automatisme, la mémoire vive du dyslexique est vite saturée. Donc, soit il écrit sans faute d’orthographe, soit son niveau d’écriture correspond à son niveau intellectuel et ses phrases sont truffées de fautes – souvent attribuées à tort à de la paresse ou de l’inattention. • L’imagerie médicale nous montre que le cerveau d’un dyslexique fonctionne autrement qu’un cerveau de non-dyslexique. Malheureusement ces tests sont très onéreux, difficiles à obtenir et sont plus souvent faits aux Etats-Unis. En conséquence, la vaste majorité des dyslexiques du Royaume-Uni n’a aucune preuve irréfutable de sa dyslexie, à part une batterie de tests souvent controversés par divers « experts ». • Certains jours, le dyslexique « y arrive », d’autres jours, il n’y arrive pas. Comme tout le monde, le dyslexique a des jours avec et des jours sans. Le problème chez lui, c’est que les jours sans sont absolument désastreux ! Les enseignants pensent ces jours-là que leur élève travaille mal exprès, ce qui entraîne parfois des punitions. Cette instabilité dans la performance, très visible chez les dyslexiques doués, apparaît pour le corps enseignant comme de la mauvaise volonté. Les dyslexiques ont toutefois des choses en commun : ils ont du mal à identifier et manipuler les sons qui forment les mots. Dans mon cas, lorsque j’entends un mot, je peux le répéter mais je n’arrive pas facilement à dire de quels sons il est composé et quelles lettres vont avec ces sons. Quand je dois écrire un mot inconnu, j’ai l’impression que j’ai une grande roulette de casino qui tourne dans ma tête avec des lettres inscrites tout autour. Je vois une bille d’argent rouler et rebondir sur la roulette jusqu’à atterrir sur une lettre que je retranscris avec obéissance. Parfois, la suite de lettres forme un vrai mot… parfois pas. Beaucoup de dyslexiques ont du mal à ressortir un mot ou un son de leur réserve. Toute personne qui a ce problème aura du mal Illus. © Guillaume Duris - FOTOLIA Dyslexie à effectuer des tâches séquentielles. Souvent, elle n’arrive pas à trouver le mot exact qu’elle veut utiliser (« pain » par exemple) même s’elle arrive à imaginer parfaitement l’objet dans sa tête. Bien que cette difficulté à retrouver un mot peut arriver à tout le monde, et d’autant plus à un âge avancé, les dyslexiques éprouvent cette difficulté tout au long de leur vie. Leur difficulté à effectuer des tâches séquentielles peut rendre impraticable la multiplication, l’ordre alphabétique, l’ordre des jours dans une semaine, ou l’ordre des mois dans une année. Ces élèves sont souvent accusés de faire des fautes d’étourderie en maths. Pour le Professeur Elliott, un dyslexique est une personne qui lit mal. C’est vrai, mais cela ne suffit pas. Il faut aussi mentionner toute la liste de difficultés occasionnées par la dyslexie, bien que cette liste puisse varier d’un individu à l’autre. Pour ma part, j’ai énormément de mal à m’organiser (où ai-je mis mes clefs ? Ai-je encore pris deux rendezvous à la même heure ?), je lis mal, j’ai peu de mémoire auditive à court terme et je n’ai aucune mémoire des noms et des visages. C’est ce dernier problème qui me joue le plus de tours. J’ai réussi à développer des stratégies compensatoires pour toutes mes autres faiblesses mais celle-ci n’a pas de solution universelle. Je m’en sors à peu près en souriant systématiquement à tout le monde, dans le cas où je serais censée connaître la personne en face de moi. Parfois, je rencontre quelqu’un qui, visiblement, me connaît très bien, connaît toute ma famille… et moi, en face, je n’ai aucune idée d’où je connais cette Mensans n°4, printemps 2006 25 Langage azertyuiop^qsdfgh personne. J’essaie alors de m’en sortir en posant des questions génériques du genre « comment va la famille ? » ou « qu’est-ce que vous faites de beau en ce moment ? » Cette stratégie m’a quand même trahie une fois ; le jour où j’ai rencontré quelqu’un qui avait le même problème. Nous avons eu une conversation de 10 minutes pendant laquelle nous nous sommes verbalement escrimées en essayant chacun de deviner d’où nous connaissions l’autre… jusqu’à ce que nous nous rendîmes compte que nous ne nous connaissions pas du tout. Nous nous sommes salués poliment. Nos enfants respectifs qui avaient suivi la conversation s’étaient bien amusés. La dyslexie est donc autre chose qu’une simple « difficulté de lecture », c’est un ensemble de dysfonctionnements qui implique de travailler plus dur et de développer des stratégies pour s’adapter au monde des non dyslexiques. Nous faisons souvent face à une incompréhension totale de nos problèmes, et nous nous ridiculisons en faisant des erreurs qu’on ne peut s’empêcher de faire. Cependant, nous avons des compensations. Nous pouvons être exceptionnels pour résoudre certains problèmes pratiques, nous arrivons facilement à voir les choses de façon globale, nous voyons les deux côtés de chaque argument ; nous pouvons suivre le point de vue d’une personne sans être d’accord avec elle ; nous pouvons être très forts dans les débats et nous pouvons être extrêmement créatifs. En fait, c’est avec fierté que j’informe les non dyslexiques qu’apparemment, la plupart des génies depuis au moins 100 ans ont été dyslexiques. J’ai donc un peu d’espoir. Louise Green Traduction : G. Tunzini 26 Mensans n°4, printemps 2006 Une Mensane 1,60 m – 55 kg – 49 ans… Pas le profil qu’on associerait à une championne de glisse ? Et pourtant ! Véronique Ribaud de Gineste, mensane depuis 1994, a commencé très tôt sa carrière en char à voile. Junior surclassée, elle gagne son premier titre de Championne de France en 1973 et depuis n’a eu de cesse d’accumuler les victoires, pour accéder en 1998 à la plus haute marche du podium : l’or du Championnat du Monde. Elle détiendra jusqu’à 2003 le titre de Championne du Monde dans la classe Standart Ladies. Après un break loin des plages, pendant lequel elle fonde sa société de presse (elle publie « Dressing » - un magazine de tendances mode, international et semestriel) elle revient en force cette année en remportant le Championnat de France sur la plage de Saint-Jacut-de-la-Mer, en Bretagne, devant la Championne du Monde et la Championne de France en titre. Véronique nous explique que le poids joue un rôle important dans la compétition. Dans la classe Standart, le poids de la machine est d’environ 70 kg. Quand il y a peu de vent, peser 55 kg est un grand plus. En revanche, dès que le vent se lève, un poids plus élevé est un atout car jklmwxcvbn,cvazer Sport Championne de France de Char à Voile il empêche le char de lever sa roue au vent - ce qui le ralentit et entraîne le risque de le renverser - et l’inertie du char augmente sa vitesse. Bien sûr il reste la possibilité de lester (la règle étant qu’une fois lesté pour une manche on ne peut larguer le lest en course) mais pousser un char lourd quand on est un petit format… ce n’est pas non plus si facile. Véronique se souvient avec quelques frissons du Championnat du Monde 2000, à Terschelling en Hollande. Par vent de tempête, avec 27 kg de lest, et pesant 49 kg (là elle avait exagéré sur le régime) son char faisait le double de son poids : résultat, elle partait bonne dernière avant de remonter ses concurrentes en prenant pas mal de risques pour doubler les garçons intercalés entre elles (en effet c’est un sport mixte, où les titres féminins sont attribués si les participantes arrivent dans la première moitié du classement). En trente-cinq ans de char à voile, Véronique a vécu de l’intérieur des améliorations techniques et des évolutions de classe incroyables : on pourrait établir une comparaison avec une De Dion Bouton jusqu’à une Formule 1 en passant par les voitures de rallye. Dans les années 70, les chars étaient en bois, les mâts ronds, les voiles en dacron, un tissu déformable et sujet à moisissure. On a vu peu à peu apparaître la fibre de verre, les châssis métalliques, les profilages. De nos jours, des matériaux de haute technicité, comme le mylar, le kevlar et le titane, sont couramment utilisés pour le matériel de compétition. En changeant de catégorie au fil des années, notre Mensane est devenue la femme la plus titrée au monde, toutes classes confondues. Son prochain objectif : les Championnats du Monde qui se dérouleront en Septembre au Touquet, où elle vise le podium (mais on ne sait jamais ce que l’avenir réserve… tant dans un sport où la casse n’est pas rare que dans une classe où la concurrence est rude entre françaises et où de petites prodiges étrangères peuvent jouer les outsiders). Véronique anime avec quatre autres Mensans le Groupe d’Intérêt Spécifique INTERLude, dédié aux jeux et à la convivialité, qui organise dans le centre de Paris une réunion tous les mois, où les sympathiques externes sont les bienvenue-s. Une occasion de faire la connaissance d’une championne en chair et en os ! Tous renseignements via [email protected]. Photo © Philippe Petit Mensans n°4, printemps 2006 27 Conférences azertyuiop^qsdfgh ESIEA PARIS 5ème 7 juin 2006 20h00 BERNARD WERBER Visionnaire et humaniste, l’auteur prolifique des Fourmis et des Thanatonautes n’a de cesse d’explorer la nature humaine au fil de romans tous plus inventifs les uns que les autres. Partisan des quatre « A » : - Autonome - Autodidacte - Anarchiste - Agnostique Bernard Werber remet en cause les codes établis, s’interroge et nous questionne sur les notions d’humilité et de simplicité, de gentillesse et d’intelligence comme autant de réponses possibles à l’évolution de notre société. Véritable phénomène de librairie (plus de 5 millions d’exemplaires vendus en France, 10 millions dans le monde !), c’est l’un des rares auteurs français à connaître une véritable renommée internationale. Quel futur pour l’Humanité ? Bernard Werber reprendra, lors de sa conférence du 7 juin, ce thème qui lui est cher et qu’il développe dans ses romans, comme sur son site web (www.bernardwerber.com) via l’« arbre des possibles », ou l’exploration systématique d’une arborescence de potentialités. Les Bernard a choisi de discuter avec nous en toute Thanatonautes simplicité et attend donc une participation active de (1994), La révolution notre part ! des fourmis (1996), Le Ouvrages parus : Les fourmis (1991), livre du voyage (1997), Le Le jour des fourmis (1992, prix père de nos pères (1998), des lectrices de Elle), Exit 1 (1999), Exit 2 (2000), Le livre secret des L’Empire des anges (2000), fourmis (1993), L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Entrée gratuite Absolu (2001), Exit 3 et L’Ultime secret (2002), Nos amis les humains (2003)… inscription : www.mensa.fr Les rendez-vous de Mensa L’homme face aux mystères de l’univers Photo © x 28 Mensans n°4, printemps 2006 jklmwxcvbn,cvazer Conférences Jean-Jacques Barloy ESIEA PARIS 5ème 10 juin 2006 19h00 A y a n t consacré sa thèse de doctorat au moineau domestique, JeanJacques BARLOY n’a jamais cessé d’étudier cet oiseau dans les moindres détails de ses mœurs. Cependant, son intérêt s’est vite étendu à l’ensemble du règne animal, et notamment à la cryptozoologie, science des animaux inconnus. Il s’est aussi tourné vers l’histoire, les mystères en général ( ufologie, parapsychologie ), le théâtre, la poésie, etc … Aujourd’hui une trentaine de livres et quelques milliers d’articles après sa thèse, il aborde d’un œil conformiste les sujets les plus insolites : de la Bête du Gévaudan aux cryptarchies ( états non reconnus), des fantômes de Trianon, femmes couronnées (« reines » des fleurs, etc. ), de Molière à Offenbach… Sans oublier la défense des animaux, un combat qui lui est cher : il est rédacteur en chef du bulletin de la Ligue française des Droits de l’animal. Quant à ses livres, il relèvent, entre autres, du pamphlet (Un chasseur nommé Giscard), de la biologie (Lamarck contre Darwin), et de la crytpozoologie (Les survivants de l’ombre). L’énigme de la Bête du Gévaudan Le lieu ? Le sud du Massif Central. L’époque ? de 1764 à 1767. Le bilan ? 100 morts et 30 blessés. Le ou les coupables ? Inconnu(s) La Bête du Gévaudan constitue une passionnante énigme, à la fois historique et scientifique. P o u r l’expliquer, on a fait appel à la zoologie, à la criminologie, au paranormal, à la politique… Le mystère subsiste. Mais du moins est-il possible de dire ce que la bête n’était pas. Entrée gratuite inscription : www.mensa.fr Les rendez-vous de Mensa L’homme face aux mystères de l’univers Photo © x Mensans n°4, printemps 2006 29 Conférences azertyuiop^qsdfgh Igor et Grichka Bogdanov L e s b r i l l a n t s jumeaux Igor et Grichka Bogdanov mènent de front une carrière d’animateurs-producteurs sur France 2, de chercheurs en physique théorique et mathématiques, et d’écrivains. Passionnés de science fiction, auteurs de romans visionnaires (La mémoire double), les frères Bogdanov ne se cantonnent pas à une curiosité de surface. En 1991, ils co-signent avec Jean Guitton l’essai Dieu et la Science (Éditions Grasset), puis se lancent dès 1992 dans une nouvelle carrière scientifique : ils se consacreront désormais exclusivement à la recherche et obtiendront leurs doctorats en 1999 et 2002. En juin 2004, Igor et Grichka Bogdanov illustrent leur audacieuse thèse sur la théorie relative à l’instant zéro de l’espace temps, par le biais d’un livre best-seller Avant le Big Bang (Éditions Grasset). « Avant le Big bang » Une fois n’est pas coutume, les frères Bogdanov nous invitent à un voyage à travers le temps et l’espace, à l’origine de l’information initiale, à la recherche de l’instant qui a précédé le Big Bang. Leur conférence, étayée par des images saisissantes, nous fera remonter bien au-delà du mur de Planck. Igor et Grichka, toujours aussi passionnés et accessibles, répondront, avec cette gentillesse qui ESIEA leur est propre, à vos questions. 9 rue Vésale PARIS 5ème Venez nombreux ! Métro Gobelins (ligne 7) 17 juin 2006 19h00 Entrée gratuite inscription : www.mensa.fr Les rendez-vous de Mensa L’homme face aux mystères de l’univers Photo © x 30 Mensans n°4, printemps 2006 jklmwxcvbn,cvazer éloge du daltonisme « La Terre est bleue comme une orange » Paul Eluard. Culture et civilisation Maintenant, pour votre plaisir, et pour vous rappeler que vous êtes un mammifère omnivore, voici la version en rouge et en petit de l’image bleue de couverture. Desproges nous l’avait déjà fait remarquer : c’est quand une viande est bien rouge qu’on dit qu’elle est bleue. Peut-on donc parler de sang bleu chez les bovins? Quand j’ai pensé vous servir en couverture une cervelle de veau sur une assiette, j’ai trouvé ça rigolo. Quand j’ai senti l’odeur de mort en déballant l’objet dans mon salon, je riais moins. Quand j’ai envoyé la photo à Emmanuel D., chargé de la photocomposition du magazine, il a ri jaune et m’a renvoyé un cerveau bleu. Là, j’ai vu rouge. je l’ai appelé, j’étais vert de rage. - Pourquoi bleu ? - Parce que rouge, c’est dégueu. Tout était dit. Le rouge, c’est sale, le rouge, c’est moche parce que trop réel. J’avais oublié. J’avais oublié que nous vivions dans un monde où la pub nous montre comment tester des couches avec du pipi bleu. Des parents normaux devraient s’inquiéter de voir leur enfant faire un pipi bleu. Non... dans le monde vu par Procter & Gamble, c’est normal. Il est normal aussi que les enfants ne fassent que pipi... parce qu’une diarrhée, même bleue, c’est plus dur à vendre qu’un petit pipi. Le pipi est bleu, les règles sont bleues... l’organique est bleu quand on veut le cacher ou juste le désarômatiser. Tout ceci prouve que le sang bleu est tout sauf noble, et que la Schtroumpfette serait indécente si elle était rose. C’est aussi la raison pour laquelle on ne vend pas de steak tartare en tube; les gars du marketing n’arriveraient à se décider sur la couleur: rouge ou bleu ? Pour finir, revenons à Desproges citant Rackam le Rouge: “Faut pas me prendre pour un bleu.” Guillaume Tunzini Attention à la marche ! le varichair bientôt commercialisé Le nom de l’émission était on ne peut plus approprié le samedi 6 mai. TF1 diffusait les exploits de Jean-Marc Baggio dans l’émission présentée par Jean-Luc Reichman. Si notre vice-président national s’est vautré au jeu, il a par contre fait sensation lors de la démonstration de son invention pour, justement, franchir une marche à l’aide du prototype du Varichair. Sur l’air de « Mission Impossible », le présentateur a testé lui-même le fauteuil et, bluffé, a couvert de félicitations son inventeur. Selon ce dernier, le Varichair devrait être finalisé d’ici 6 mois et pourrait être remboursé par la sécurité sociale. Extrait vidéo © TF1 - Formidooble - DV Prod’ Mensans n°4, printemps 2006 31 www.mensa.fr Association d’idées
Documents pareils
Mensans n°10 - Mensa France
il met du temps à intégrer - Possessif
H 15 : Ce bavard ne se limite jamais à un « oui » ou
à un « non » - Lettre grecque - Note
H 16 : Façon de gérer propre à exaspérer les
partisans du « non » à ...
Mensans n°8 - Mensa France
possible d’expliquer en partie la psychologie des
Africains vivant à l’équateur par leur soleil sans
nuance. Il fait clair ou il fait noir, point à la ligne…
J’ai constaté les jours suivants que le...