Étude de rhéologie interfaciale de la structure et des
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Étude de rhéologie interfaciale de la structure et des
Interfacial Rheology Study of Espresso Coffee Foam Structure and Properties L. Piazza, J. Gigli, A. Bulbarello Étude de rhéologie interfaciale de la structure et des propriétés de la mousse de café expresso Clément Demeure [email protected] Protocole de recherche documentaire Réalisé sous la direction de Geneviève Bordet Master 2 ILTS Option Traduction spécialisée Université Paris 7 Denis Diderot, 2007 – 2008 Remerciements En septembre dernier, ce n’est pas sans doutes et interrogations que je me suis engagé dans cette formation en tous points nouvelle pour moi. Je peux déjà affirmer que l’année fut un succès : elle m’a permis d’affirmer mes capacités dans les divers domaines abordés, de découvrir mille facettes passionnantes du métier de la traduction et surtout de m’y sentir légitime et capable de produire un travail de qualité. Pour cela, je tiens à remercier l’ensemble des responsables de la formation, en tête desquels M. Froeliger qui, dès le début, m’a encouragé à suivre cette voie. Je remercie également les camarades qui m’ont accompagné au cours de cette année et tout particulièrement Astrid Steffan, qui a eu la gentillesse de jouer le rôle de relectrice patiente, dispensant toujours de précieux conseils. Merci également à Marina Colson qui a relu ma traduction ainsi qu’à ma mère Claire pour ses relectures orthographiques. Je remercie enfin, pour leur science, leur passion et leur disponibilité, Geneviève Bordet, Claudie Juilliard et Patricia Minacori. Au-delà des limites de ce mémoire, elles m’ont fourni des outils utiles pour tendre vers plus de rigueur, d’efficacité et de qualité, et ce avec le sourire. 2 Table des matières REMERCIEMENTS 2 PROTOCOLE DE RECHERCHE DOCUMENTAIRE 4 1. RECHERCHER UN SUJET ET UN TEXTE 1.1. LES IDEES DE DEPART 1.2. DE LA DIFFICULTE DE CONCILIER CHOIX DU SUJET ET DU TEXTE DE MEMOIRE 1.3. LA RICHESSE DE GOOGLE… 1.3.1. La phase de découverte 1.3.2. … jusquʼà la nausée 1.4. APPRENDRE A MIEUX CIBLER 1.4.1. Les moteurs de recherches 1.4.2. Les bases de données 4 4 4 4 4 5 5 5 6 2. LE TEXTE ET LES DOMAINES 2.1. ORIGINE DU TEXTE 2.1.1. Références 2.2. AUTEURS 2.3. DOMAINES CONCERNES 2.3.1. La chimie des surfaces et des colloïdes : cas de la mousse 2.3.2. La rhéologie 2.3.3. La cinétique 2.3.4. Le cas du café 2.4. APPROCHE ET ENJEUX DU TEXTE 7 7 7 8 8 8 8 10 11 12 13 3. AMASSER DU CORPUS 3.1. IDENTIFIER ET ARTICULER LES SOUS-DOMAINES 3.2. LES PISTES EFFICACES 3.2.1. Les bons coins 3.2.2. Utiliser les métadonnées 3.2.3. Faire fructifier les connaissances terminologiques 3.2.4. Traduction, terminologie et recherche documentaire : même combat 3.3. LA VALIDATION DES SOURCES 13 13 14 14 14 15 15 15 4. RECHERCHE DOCUMENTAIRE ET TERMINOLOGIE 4.1. EXPLOITER LE CORPUS 4.1.1. Organiser les textes 4.1.2. Les outils de traitement du corpus 4.1.3. Les bonnes vieilles méthodes 4.2. LE CAS DES DEFINITIONS 16 16 16 16 17 17 LE MOT DE LA FIN… 18 3 Protocole de recherche documentaire 1. Rechercher un sujet et un texte 1.1. Les idées de départ Les idées que l’on se fait sur un domaine ne sont pas toujours justes ni précises. Je songeais à un sujet sur les tensioactifs et l’environnement, me rappelant vaguement de « biosurfactant » (en anglais comme en français) ou de « tensioactifs biodégradables ». Je recherchais quelque chose associant des phénomènes chimiques et des applications proches de la toxicologie environnementale, ou, en amont, de la fabrication de ces composés. 1.2. De la difficulté de concilier choix du sujet et du texte de mémoire En effet, on se rappelle vite que le texte du mémoire doit obéir à un certain cahier des charges, notamment en termes de longueur et de date de publication. Il faut également prendre en compte la quantité de corpus qui semble disponible dans le domaine considéré, pour les deux langues. Ces contraintes obligent à disqualifier un certain nombre de textes, par ailleurs intéressants, comme, par exemple un article de synthèse sur les pistes d’utilisation des biosurfactants, en particulier en médecine. Concernant le domaine qui m’attirait au départ, les premières recherches m’ont permis de découvrir que les publications spécialisées sur les biosurfactants ne sont pas légion en français, comme on s’en rend vite compte en fouillant dans les pages de résultats dans Google (pour une requête « biosurfactant »). Dans l’article de synthèse que j’avais tout d’abord considéré, j’ai aussi reculé devant l’immensité de la tâche nécessaire en matière documentaire et terminologique, pour décortiquer chacun des microdomaines abordés l’un après l’autre dans ce – en outre trop long – document. Une partie des contraintes relatives au cahier des charges peut être intégrée dans l’équation de recherche, tout simplement en associant « 2007 » à la requête, par exemple, sous Google. Enfin, il est important d’effectuer dès le début des recherches en anglais et en français, afin de s’assurer qu’un corpus suffisant existe dans les deux langues. Pour ma part, j’ai mené d’emblée des recherches parallèles, même j’avais tendance à privilégier l’anglais, puisque c’est un texte dans cette langue que l’on cherche. Ex. : « tensioactif + sucre » tout de suite comparé à « “surface active agent” + sugar » 1.3. La richesse de Google… Évidemment, étant plutôt naïf sur un nouveau sujet, et peu au fait des subtilités de la recherche documentaire, on a spontanément tendance à se lancer dans une recherche simpliste sur Google. 1.3.1. La phase de découverte 4 Cette première phase n’est pas complètement inintéressante ; elle donne un premier aperçu des volumes obtenus avec telle ou telle requête et permet d’identifier les domaines qui apparaissent en contexte, à condition de prendre un minimum de recul. Par ce biais il est déjà possible de dégager les adresses qui apparaissent comme des mines de textes potentiellement intéressants : très vite, sur les sujets scientifiques, on repère CATINIST ou les sites de brevets en ligne (wikipatents, freepatentsonline, et surtout le plus exploitable wipo.int). Cette étape permet aussi de se pencher sur les articles de vulgarisation, comme les articles wikipedia facilement indentifiables – textes éventuellement intégrables dans les « outils » du corpus – afin de se familiariser avec les domaines d’intérêt. Ex. http://fr.ekopedia.org/Tensioactif 1.3.2. … jusquʼà la nausée Il n’est pas productif d’éplucher indéfiniment des pages et des pages de résultats Google, alors même qu’une connaissance suffisante du domaine et de ce que l’on cherche fait défaut pour faire un choix pertinent parmi les adresses proposées par poignées. Cette étape nécessaire se heurte donc vite au problème du volume, de la disparité en matière de qualité et de la multiplicité des approches offertes par les ressources Internet. Cela est vrai pour la plupart des sujets, même si dans certains domaines pointus, les sources sont au contraire trop peu nombreuses ; disons d’emblée que dans les secteurs que j’ai choisis, le problème est bien la gestion de la masse d’informations. Il est donc essentiel, alors qu’on s’est déjà fait une première idée du domaine, de l’état de l’art, des enjeux et secteurs concernés dans l’industrie ou la recherche, d’affiner son approche d’Internet. 1.4. Apprendre à mieux cibler 1.4.1. Les moteurs de recherches 1.4.1.1 Google, soit, mais… Il serait dommage de renoncer aux documents accessibles via Google, juste à cause de l’immensité désarmante du volume à disposition. Qui n’a pas eu de scrupules à abandonner sa recherche à la huitième page de résultats, en songeant « oui mais… et si ce que je veux se trouvait enfin page 9 ? » ? Une solution consiste à affiner l’équation de recherche, ainsi que Google nous le propose dans la recherche avancée, en particulier concernant la langue et l’origine des sources. Il faudra alors composer avec les mauvaises configurations des pages, ou les pages bilingues, puisqu’il n’est pas rare de voir des résultats en anglais dans une requête limitée à des sources francophones (+ de France !). Un certain nombre d’outils nous ont été proposés dès les tous premiers cours, notamment par A. Volanski : je songe en particulier à l’outil « site:adresse_url » permettant de restreindre la recherche à un site, intéressant mais très vaste. Les équations de base intégrant les opérateurs + et – donnent aussi des résultats bien plus intéressants et restreints. Ainsi, le bruit qui pollue les résultats quand on tape « tensioactif naturel » peut être réduit drastiquement avec l’opérateur moins : « «tensioactif naturel» –acheter » permet de passer de 860 à 340 résultats… Cette manœuvre indique également que le terme est surtout attesté dans des argumentaires de sites commerciaux, ce qui est peu intéressant et prouve en l’occurrence que l’on fait fausse route, puisque ce sont des ressources scientifiques qui sont recherchées. 5 Si, après toutes ces recherches, on rencontre un site a priori très intéressant, on n’est pas à l’abri de certaines déceptions inhérentes à Internet : http://www.biosurfactant.com est une adresse certes prometteuse, mais la page ne contient que ce petit texte : « The Jeneil Biosurfactant Company web site is currently being revised. Please check back soon for our new web site. » J’ai donc mené beaucoup de recherches peu satisfaisantes en tentant plusieurs associations de mots clés, comme « biosurfactant+environment » ou, pour me faire une idée plus large en français et obtenir des textes récents : « biosurfactant+application+2007 » (pages francophones). Dans ce cas précis, il faut avouer que le sujet étant traité dans divers domaines, difficile de construire d’emblée une équation de recherche précise. Ce n’est qu’après la première étape de recherche un peu hasardeuse que l’on remarque des concurrents, des équivalents, des termes associés, autant de premiers indices terminologiques permettant d’affiner une équation de recherche et d’aborder les différentes facettes d’un sujet. 1.4.1.2. Les moteurs de recherches alternatifs Bien que ce ne soit pas le seul, j’ai surtout fait quelques expériences sur Kartoo après avoir beaucoup bourlingué sur Google. Ainsi, prenons l’exemple du terme « tensioactif naturel » précédemment évoqué, et qui semblait sur Google être essentiellement présent sur des pages commerciales (cosmétique, etc.). Une recherche Kartoo est à ce titre immédiatement éloquente, car tous les mots et domaines proposés appartiennent à un contexte commercial, avec « prix » et « shopping » comme termes associés… Avec « biosurfactant », Kartoo confirme aussi ce que Google avait déjà révélé par épluchage fastidieux : les rhamnolipides (en anglais « rhamnolipids ») sont les biosurfactants les plus étudiés, avec de nombreuses applications en dépollution des sols ou des installations ou nappes pétrolières – ce que l’on apprend plus fastidieusement par une recherche sur Google « biosurfactant+rhamnolipids » mais figure immédiatement dans les résultats dans Kartoo. Pour en revenir à ma recherche de sujet, ces domaines me paraissaient nettement moins séduisants que ce que j’avais en tête à l’origine et semblent, plus qu’à la notion de biodégradabilité, faire appel au génie microbiologique puisque ces composés sont issus de bactéries. J’ai donc préféré renoncer à ce domaine précis, me rendant compte que cela ne correspondait pas à ce que je pensais au départ. En outre, le corpus français semblait a priori faire défaut sur les sujets un peu intéressants. C’est principalement par goût, donc, que je n’ai pas poussé cette piste plus avant. Néanmoins, j’ai pu conclure sur le domaine en confirmant ce que j’avais pu observer en « essorant » Google grâce à Kartoo. De toute évidence, j’aurais pu aller plus vite en l’utilisant immédiatement. Notons avant de dire adieu au terme que les subtilités terminologiques entre « biosurfactant » et « tensioactif naturel » ont été élucidées par la suite dans le cadre de mon travail sur le texte finalement choisi, dans lequel « natural surfactant » est évoqué de façon anecdotique. 1.4.2. Les bases de données Autre stratégie : ne plus essayer de construire une recherche sophistiquée pour pêcher un document intéressant dans l’océan Google, d’autant que je ne disposais pas d’une connaissance suffisante du domaine et de la terminologie – tout prouve en effet combien une bonne connaissance des termes adéquats voire de collocations bien trouvées permet de s’en tirer très vite. Ainsi, j’ai plutôt essayé de lancer un terme plus général dans une base de 6 données qui ne contient que des textes spécialisés, en l’occurrence celle d’Elsevier avec sciencedirect.com. Cette attitude m’a semblé beaucoup plus payante : on est certain de tomber sur un texte spécialisé, dont les métadonnées sont immédiatement accessibles et permettent de voir l’article convient au cahier des charges du texte de mémoire. Notons à ce sujet que ma formation d’ingénieur a constitué un atout dans la recherche documentaire, puisque j’avais une idée assez nette du domaine que je voulais traiter et de ses enjeux – ce qui est déjà beaucoup –, domaine que je n’avais pas réussi à retrouver clairement par « biosurfactant » mais que j’étais certain d’atteindre en recherchant certains termes dans une base de données spécialisée. C’est ainsi que j’ai tout simplement lancé une requête avec le terme « foam » dans le champ mot clé de sciencedirect, me rappelant certains articles techniques datant de mon expérience en laboratoire de cosmétique, et de cours de chimie des surfaces et des colloïdes. Le résultat fut très bon, et si j’ai dû éliminer certains textes trop visiblement rédigés par des anglophones non natifs, j’ai finalement retenu l’article qui a fait l’objet de mon travail académique cette année. En somme : mieux vaut, surtout si l’on sait où l’on veut ensuite creuser, partir d’une requête générale dans une base de données contenant des ressources pointues et spécialisées, plutôt que de tenter une recherche pointue (mal maîtrisée qui plus est) dans un corpus extrêmement varié où tout se bouscule, comme Google. 2. Le texte et les domaines 2.1. Origine du texte 2.1.1. Références [Piazza_2007] Piazza Laura, Gigli J., Bulbarello A. Interfacial rheology study of espresso coffee foam structure and properties. Journal of Food Engineering, février 2008, vol. 84, no 3, p. 420 – 429, 0260-8774. La référence complète ci-dessus correspond à l’article publié. Néanmoins, j’ai pu accéder au texte sur sciencedirect.com en septembre, puisque l’article était disponible en ligne dans une version identique dès juin 2007. Par ailleurs, conformément au choix opéré dans l’ensemble de ma bibliographie, c’est cette date de disponibilité en ligne qui me permet d’identifier le document. On pourrait y ajouter la référence numérique doi:10.1016/j.jfoodeng.2007.06.001 Le journal en question fait partie des nombreuses publications scientifiques du groupe Elsevier, consultables depuis le portail Internet de la société, www.sciencedirect.com. La publication du Journal of Food Engineering a débuté en 1982. Il s’adresse avant tout aux acteurs de l’industrie agroalimentaire impliqués dans la chimie des procédés, et plus largement à toute personne intéressée par les aspects techniques en matière de production d’aliments : ce journal fait principalement état d’éléments de recherche appliquée destinés aux spécialistes. 7 Voici en effet ce qui figure sur le site d’Elsevier concernant ce journal1 : “The journal publishes original research and review papers on any subject at the interface between food and engineering, particularly those of relevance to industry, including: Engineering properties of foods, food physics and physical chemistry; processing, measurement, control, packaging, storage and distribution; engineering aspects of the design and production of novel foods and of food service and catering; design and operation of food processes, plant and equipment; economics of food engineering, including the economics of alternative processes. Accounts of food engineering achievements are of particular value.” Notons que l’article de Laura Piazza se retrouve sous une forme plus concise et sensiblement différente sous un titre très proche : Piazza Laura, Bulbarello A., Gigli J. Rheological interfacial properties of espresso coffee foaming fractions. 13th World Congress of Food Science & Technology, 2006. [consulté le 07 juillet 2008]. [http://iufost.edpsciences.org/index.php?option=article&access=standard&Itemid=129&url=/ articles/iufost/pdf/2006/01/iufost06000873.pdf] doi: 10.1051/IUFoST:20060873 Cet article est en accès libre, mais n’est donc pas identique à celui que je traite, bien que rapportant les résultats de la même étude. Il s’agit visiblement d’une version plus courte établie dans le cadre d’un congrès. 2.2. Auteurs Les auteurs de l’article travaillent au sein du Dipartimento Scienze e Tecnologie Alimentari e Microbiologiche (DISTAM) attaché à l’université de Milan, créé en 1985. Le financement est issu de fonds publics nationaux et internationaux, ainsi que de contrats avec des entreprises privées. Quelque 56 doctorants et chercheurs publient environ 150 articles de recherche tous les ans2. Ce texte a donc été rédigé en anglais par des spécialistes italiens, en tête desquels se distingue Laura Piazza. L’article est destiné à d’autres spécialistes du domaine, ce qui implique des références abondantes, un langage très spécialisé et beaucoup d’implicite. 2.3. Domaines concernés 2.3.1. La chimie des surfaces et des colloïdes : cas de la mousse Le chimiste écossais Thomas Graham (1805 – 1869, photo ci-contre), au cours de ses études sur le sang, remarque des amas de particules au comportement singulier. Il se lance dans l’observation de ces dispersions et de leurs propriétés particulières. C’est en 1861 que le terme colloïde est 1 Cf. http://www.elsevier.com/wps/find/journaldescription.cws_home/405862/description#description [consulté en juin 2008]. 2 Cf. le site officiel http://www.distam.unimi.it/presenta.htm, consulté en juin 2008. 8 inventé, T. Graham étant traditionnellement crédité comme le fondateur de cette branche de la chimie. Le principal enjeu de ce domaine réside dans le rapport entre le volume et l’aire de surface des particules : c’est la raison pour laquelle la chimie des surfaces est souvent associée à la chimie des colloïdes. En effet, la taille des particules colloïdales dispersées dans un milieu continu se situe entre 1 nm et 1 µm. Ces dimensions sont comprises entre celles de la chimie classique (chimie des solutions à l’échelle moléculaire) et la taille macroscopique, soumise aux lois de la mécanique. À cette échelle, le rapport entre l’interface particules/milieu dispersif et le volume des particules est considérable : en effet, plus une substance est divisée, plus elle présente une aire de surface importante. Cette spécificité entraîne des propriétés physiques particulières. On conçoit bien qu’une brique (phase solide) plongée dans une bassine d’eau (phase liquide) n’aura pas le même comportement si elle est réduite en poudre avant d’être dispersée. Quasiment toutes les associations sont possibles en ce qui concerne l’état physique des phases en présence ; voici quelques exemples de dispersions tirés de la vie quotidienne : Phase continue Gaz Gaz Liquide Solide — mousse liquide mousse de bière mousse solide éponge émulsion vinaigrette certains gels suspension encre noire suspension solide aliment congelé Phase aérosol Liquide brumisateur dispersée Solide aérosol fumée Les systèmes réels combinent volontiers plusieurs types de dispersions et forment des ensembles complexes, comme le lait : c'est à la fois une solution aqueuse (lactose, sels minéraux), une suspension (matières azotées dans l’eau) et une émulsion (matières grasses dans l’eau). Joseph Antoine Ferdinand Plateau (1801 – 1883, image cicontre), physicien et mathématicien belge, s’est plus spécifiquement intéressé à un type de dispersion colloïdale : la mousse liquide. En 1873, il publie une étude qui fait date dans l’histoire de la discipline, consacrée à la structure des mousses. Cette étude a par ailleurs fixé une partie de la terminologie des mousses, ce qui explique certains termes anglais proches du français. Depuis, de nombreux scientifiques se sont attaqués au sujet, que ce soit l’illustre Lord Kelvin dès 1887, ou, plus près de nous, MM. Kraynik et Weaire. Les mousses sont des systèmes biphasiques dans lesquels la phase gazeuse est divisée dans une phase liquide ou une phase solide. Ces mousses sont sujettes à de nombreuses évolutions : ce sont des systèmes dynamiques, qui subissent un vieillissement sous forme de divers mécanismes associés comme la coalescence, le drainage, le mûrissement… Les fractions liquide et gazeuse de la mousse changent donc au cours du 9 temps, et avec elles les propriétés physiques de l’ensemble. La stabilité d’une mousse dépend de nombreux facteurs, parmi lesquels les molécules présentent dans la phase liquide, qui interagissent et offrent des propriétés diverses à l’interface en fonction de leur influence mutuelle. La mousse est un sujet abondamment traité, en recherche fondamentale ou appliquée, dans l’industrie comme dans la recherche publique : les publications sur le sujet sont très abondantes. Les résultats de ces recherches trouvent en effet des applications extrêmement nombreuses dans des secteurs aussi divers que l’agroalimentaire, la cosmétique, l’industrie pétrolière, les nouveaux matériaux, l’environnement, la détergence, etc. Mon corpus dans ce domaine est varié et correspond bien aux stratégies de recherche différentes d’une langue à l’autre : en anglais, je me suis essentiellement tourné vers des bases de données pour collecter des articles sur le sujet. En français, c’est plutôt à l’aide de recherche par mot clé sur Google que j’ai déniché des thèses traitant de sujets parfois très proches de l’article étudié, mais aussi des sites Internet. J’ai donc plutôt eu accès au produit de la recherche universitaire en français, étant donné que les publications internationales se font là encore surtout en anglais. La particularité de ces sources est en outre qu’elles sont souvent pluridisciplinaires. Cela témoigne de la richesse des domaines d’application et des niveaux d’approche. 2.3.2. La rhéologie La rhéologie est la science consacrée à l’étude de l’écoulement et des propriétés viscoélastiques des fluides. Cette science permet de faire le lien entre des propriétés physiques macroscopiques et des phénomènes à échelle moléculaire ou colloïdale. Les principaux concepts en jeu sont : - élasticité ; - viscosité ; - caractère solide et liquide ; - plasticité. On associe généralement le caractère solide d’un matériau à l’élasticité et le caractère liquide à la viscosité. Ces propriétés sont liées au résultat de la méthode d’évaluation typique en rhéologie : l’application d’une contrainte et l’observation de la déformation résultante. Le type de déformation, sa relation qualitative et quantitative avec la contrainte ainsi que son évolution dans le temps définissent toutes les propriétés énoncées précédemment. Ci-contre : fluides de viscosité croissante. Source : http://www.chemistryexplained.com/ Kr-Ma/Liquids.html L’étude de ces contraintes et le traitement des valeurs obtenues font appel à tout un éventail de matériels spécifiques, parfois complexes, ainsi qu’à une série de modèles et d’outils mathématiques sophistiqués. 10 La rhéologie est un domaine vaste comprenant de nombreuses microspécialités. On fait appel à la rhéologie pour étudier la résistance de tout objet ou matériau dont l’utilisation implique des contraintes : matériau de construction (par exemple antisismique), carrosseries de voitures (leur plasticité permet d’absorber les chocs et d’épargner les passagers), verres et montures de lunettes etc. En outre, dans certains secteurs, la texture du produit est primordiale et fait l’objet d’analyses fines en cosmétique ou dans l’agroalimentaire. La rhéologie est enfin un moyen de relier propriétés microscopiques et macroscopiques ; c’est pourquoi l’article étudié [Piazza_2007] fait appel à la rhéologie interfaciale. Citons à ce sujet ce que dit un article du corpus : « Just as the shear rheology of bulk colloidal systems is a sensitive probe of the nature of interactions between the component particles, so interfacial shear rheology appears to be particularly sensitive to the composition and interactions between the adsorbed components. » [Murray_2002] Cette discipline fait partie des outils de base dans de nombreux domaines de recherche. Néanmoins, m’étant intéressé au sujet par le biais de termes déjà très complexes, comme « viscosité de cisaillement de surface » ou « module complexe interfacial », je suis principalement passé par des recherches Google qui m’ont notamment donné accès à des cours en ligne, tant en anglais qu’en français. Ces cours m’ont permis de mieux cerner les notions difficiles, plus efficacement que les termes en situation dans des publications scientifiques (relatives à des recherches similaires à [Piazza_2007]). Les cours et quelques glossaires sont donc les plus utiles, ainsi que quelques sites d’entreprises spécialisées, s’adressant au client sur un ton parfois didactique (via une recherche Google avec un terme complexe entre guillemets). Notons en outre que les grandeurs du domaine sont le plus souvent exprimées par des symboles, très utilisés dans les articles où l’on s’encombre peu de contextes définitoires ; or Google ne repère pas encore des signes comme η (viscosité), surtout en cache. Les thèses en français s’intéressant à des aspects rhéologiques prenaient heureusement le temps de développer une introduction sur le domaine et les termes bien utile et plus repérable. Un des outils permettant d’exploiter les mesures rhéologiques est la cinétique. 2.3.3. La cinétique L’art cinétique : « movement in squares » Bridget Riley, 1961 La cinétique permet d’étudier la façon dont un phénomène (souvent une réaction chimique) évolue dans le temps, et de l’associer à des modèles pour en tirer des informations qualitatives. Il s’agit plutôt d’une discipline de support permettant d’exploiter des résultats expérimentaux de diverses natures. Ce domaine fait essentiellement appel aux mathématiques et dispose d’une terminologie propre. Une étude cinétique implique la mesure d’une grandeur en fonction du temps. Dans l’article étudié, il s’agit de la hauteur de la mousse, d’une part, et de mesures rhéologiques, d’autre part. Dans un système complexe, de nombreux phénomènes entrent en jeu, liés aux propriétés physicochimiques, aux conditions d’expérience, à l’évolution de la composition du milieu, à la diffusion des espèces en présence, à leurs interactions etc. La cinétique va chercher à 11 théoriser ces mécanismes dans des modèles et vérifier leur adéquation aux données expérimentales. Les questions de cinétique sont abordées dans un nombre considérable d’articles de recherche, puisqu’il s’agit d’un outil extrêmement courant (ce sont des mathématiques). Il est également possible de trouver des cours en ligne pour mieux comprendre la démarche, les modèles et les termes. 2.3.4. Le cas du café Les disciplines précédentes font partie des outils de base dans de nombreux domaines d’étude en recherche fondamentale et appliquée. Les publications qui en parlent ne manquent pas, en anglais comme en français, mais le cas du café, assez marginal a priori dans le texte, mérite qu’on s’y arrête du point de vue documentaire. Après tout, le fait qu’on traite de café dans cet article de recherche est quasi anecdotique, ce qui nous intéresse ce sont les interactions chimiques et les propriétés macroscopiques d’une mousse, qui se trouve être issue d’un mélange extrait de café. Cela dit, une partie de la terminologie du texte fait tout de même référence au café, que ce soit « espresso coffee beverage », « coffee beans », « ground coffee »… Je me suis donc penché sur la question. Les questions, plutôt, puisque ce sont toujours les mêmes qui reviennent : qui ? Pourquoi ? Où ? En l’occurrence, intéressons-nous au pourquoi : la réponse est évidente, le café est un produit alimentaire de grande consommation, existant sous de nombreuses formes industrielles dérivées, ce qui nous amène à « qui ». Les grands groupes agroalimentaires, qu’ils soient ou non spécialisés dans le café, financent des recherches sur ce produit, comme l’article de Laura Piazza le confirme. Une recherche de « coffee » dans une base de données comme sciencedirect permet d’identifier quelques centres de recherches ou noms importants. Ainsi, si dès qu’on est arrivé, via une publication, sur le bon site (et les webographies proposées), comme celui de (ASIC, bilingue), il n’y a plus qu’à naviguer de lien en lien : http://www.asic-cafe.org/htm/eng/links.php Notons ainsi, par exemple, le Coffee Research Institute, qui lui-même propose des liens dans la partie Science… Une fois trouvé le bon filon, il suffit de creuser. Ces sources permettent d’identifier que ceux qui s’intéressent à la recherche dans ce domaine et la financent sont avant tout des groupes agroalimentaires comme Illycaffè en Italie, ou Nestlé en Suisse, ainsi que les pays producteurs (Amérique du Sud, notamment Brésil) : tous les endroits où il existe une tradition de production ou de consommation, ou une entreprise qui commercialise du café. Outre que la majorité des textes est en anglais, on constate également que peu d’entre eux sont rédigés par des anglophones natifs, mais plutôt des auteurs de langue romane, majoritairement italophones, hispanophones ou lusophones. La terminologie relative au café sera donc traitée avec une certaine marge de liberté, puisqu’il n’y a pas vraiment de langue spécialisée attestée en français. Pour la bonne bouche, un petit glossaire sur le café traduit dans un français fantaisiste : http://www.donveitia.com/fr/Coffee_glossary.htm 12 2.4. Approche et enjeux du texte L’article de Laura Piazza et al. traite de la mousse de café expresso : un produit agroalimentaire extrêmement répandu, associé à des enjeux financiers considérables. La recherche dans ce domaine s’avère donc très active, même sur un aspect paraissant aussi anodin que la mousse. En effet, les propriétés organoleptiques du café influencent les consommateurs, consciemment ou non. La maîtrise et la rationalisation de telles caractéristiques intéressent fortement les industriels du marché : « If the flow properties, texture and even sensory properties of a foam or emulsion could be controlled by simply manipulating the interfacial rheological properties of the solution, this would provide manufacturers with a powerful processing tool. » [Piazza_2007], p. 421 À cet effet, L. Piazza et son équipe ont commencé par modéliser physiquement le système, par extraction et isolation des éléments clefs dans différentes solutions de composition connue. Ensuite, ils se sont intéressés aux paramètres macroscopiques de la mousse : ce qu’on appelle propriétés moussantes, c’est-à-dire d’une part la capacité moussante (aptitude à produire de la mousse), d’autre part la stabilité de la mousse. Ces paramètres ont été suivis en fonction du temps de manière visuelle (analyse d’image) pour en tirer une série de valeurs. Par ailleurs, l’interface entre la phase gazeuse et la phase aqueuse au sein de la mousse a été reproduite à l’échelle macroscopique en étudiant simplement l’interface entre la solution modèle et l’air. Cette surface a été soumise à des expériences rhéologiques pour en déduire des informations sur l’évolution de sa viscosité et son élasticité. Les valeurs obtenues dans ces deux volets expérimentaux ont été exploitées au moyen d’outils cinétiques (toutes les saisies ont été effectuées en balayant un intervalle de temps précis). Les résultats des tentatives d’adéquation aux modèles ont permis de vérifier certaines conjectures et de formuler de nouvelles hypothèses sur les mécanismes en jeu au niveau moléculaire. Une fois que tous les enjeux sont identifiés et que le travail sur le texte est entamé, il s’agit d’accumuler du corpus, ce qui est finalement assez simple sur un sujet comme le mien, une fois qu’on a su en voir les différentes facettes. 3. Amasser du corpus 3.1. Identifier et articuler les sous-domaines Il me paraît essentiel, pour collecter rapidement et efficacement du corpus, d’avoir identifié les disciplines et enjeux du texte, et d’avoir éventuellement fait le choix d’une approche. Certes, mon cas est particulier : j’ai obtenu un diplôme d’ingénieur chimiste en 2003. Je dispose donc d’une formation scientifique solide, avec la filière S au lycée, les classes préparatoires aux grandes écoles et un cursus d’ingénieur durant lequel j’ai passé plus d’un an et demi en stage en laboratoire dans l’industrie. J’ai reçu une formation plutôt généraliste me permettant d’aborder de nombreux domaines, dont ceux ici abordés. Pendant ma troisième année d’étude en échange à l’école royale polytechnique de Stockholm (KTH), j’ai effectué plusieurs travaux pratiques à l’institut de chimie des surfaces (Ytkemiska Institutet), dans le cadre de cours dans ce domaine. J’y ai réalisé des expériences de rhéologie interfaciale similaires à celles menées par L. Piazza. En outre, la cinétique, la nomenclature et la chimie organique sont familières à tout élève ingénieur en chimie. 13 Enfin, ayant travaillé dans un laboratoire de recherche et développement en cosmétique, la chimie des colloïdes et les mousses ne me sont pas entièrement inconnues : c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai été attiré par un article traitant du sujet, dans une application quotidienne. Je suis donc objectivement mieux armé qu’un traducteur lambda pour affronter un tel texte. Cependant si les avantages de cette formation sont évidents, un certain nombre d’écueils doivent être évités. En effet, il aurait été tout à fait possible de me reposer sur mes acquis et mes certitudes, au risque de faire des erreurs, de reproduire des imprécisions et de choisir la facilité. Dès le départ, j’ai donc défini ma démarche : il s’agissait de « jouer le jeu » de la formation linguistique et de suivre le même parcours que les autres. En ce sens, le travail terminologique était salvateur ; c’est sur ma recherche documentaire et une analyse terminologique approfondie et minutieuse que j’ai assis les connaissances et effectué les choix nécessaires à ma traduction. Mon expertise m’a évidemment permis de faire un tri et d’aller dans les bonnes directions plus rapidement que d’autres : par exemple, j’ai su dégager les principaux enjeux et domaines concernés à la première lecture de mon texte, ce qui n’est pas évident. Mais le principal bénéfice à tirer de ce projet était pour moi de réussir à mettre en œuvre de nouvelles méthodologies qui questionnaient mes connaissances pour mieux les affirmer, les affiner ou les réfuter, et ainsi produire une traduction fiable, solidement étayée. Cette expertise m’a aussi permis d’articuler assez naturellement les différents domaines, ce qui est bien utile étant donné la pluridisciplinarité des textes. Mes arborescences témoignent de la transversalité des questions abordées dans l’article du mémoire, même si j’ai privilégié la chimie des colloïdes. 3.2. Les pistes efficaces Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre pour accumuler des textes pertinents. 3.2.1. Les bons coins On sait bien, si l’on traite de chimie, par exemple, que l’on n’aura aucun mal à trouver maints textes intéressants sur des banques de données scientifiques. À ce titre, sciencedirect.com pour les publications Elsevier mais aussi http://eu.wiley.com/WileyCDA/Section/index.html pour les éditions Wiley ont été des sources inépuisables, dont j’ai été loin de faire le tour, et où j’ai beaucoup puisé pour le corpus anglais. En revanche, en français, je n’y ai pas vraiment trouvé de choses pertinentes. Il est également possible de feuilleter virtuellement quelques numéros de journaux spécialisés (dans mon cas Journal of Food engineering ou encore Food Hydrocolloids) pour y glaner des articles présélectionnés dans le domaine. 3.2.2. Utiliser les métadonnées Chaque texte offre déjà un élément de recherche précieux : le nom de l’auteur. Retrouver les publications de cet auteur par une recherche Google à partir de son nom permet de découvrir des sites spécialisés en plus de documents supplémentaires à ajouter au corpus ; la stratégie est payante dans les deux langues et présente l’avantage de mener à des documents à télécharger (car l’auteur figure tout de même dans ou à proximité du lien) qui n’auraient pas forcément été repérés par des moteurs de recherche. En outre, les articles de recherche, dans leur bibliographie, proposent une mine d’information sur des auteurs, publications ou lieux de recherche susceptibles d’être intéressants. On y retrouve parfois d’autres noms connus, ce qui rassure et renforce la confiance que l’on peut 14 apporter au corpus : par exemple, Marc Durand a aussi publié avec A. St-Jalmes, D. Weaire et M. Safouane, auteurs de textes de mon corpus ou rencontrés au cours de mes recherches. Cela est également valable pour les jurys de thèse de doctorat. Enfin, sciencedirect propose des related articles pour chaque texte, liens qu’il est toujours intéressant de visiter aussi ! 3.2.3. Faire fructifier les connaissances terminologiques En avançant dans le travail terminologique, ou avec des acquis dans le domaine, on dispose d’armes puissantes pour réaliser un tri efficace parmi les résultats proposés dans Google. Surtout lorsque celle-ci porte sur un terme très général comme « foam » ou « mousse », qui va nous mener à des recettes de cuisines, à tout type de produit d’intérieur ou de construction et à des procédés et formulations aussi bien dans l’agroalimentaire que la cosmétique ou les bitumes… Composer une équation complétée avec un mot bien choisi, reprenant par exemple une collocation inspirée de la phraséologie du domaine ou un autre terme spécialisé, permet de discriminer très efficacement les résultats. Ex. : « foam » seul : 50,4 millions de résultats… « polydisperse foam » 207 résultats plus intéressants et spécialisés Ou en français : « mousse » : 14,1 millions « mousse+drainage » : 65 900 (ce qui est encore beaucoup ! Mais c’est dire la richesse du corpus spécialisé) 3.2.4. Traduction, terminologie et recherche documentaire : même combat On l’a dit et redit, et cela ne fait que se constater à l’usage : les trois aspects se nourrissent et se complètent mutuellement. La recherche documentaire, plus encore que les autres aspects cités, n’est pas une fin en soi, mais comme on vient de le rappeler, elle permet de progresser sur les autres aspects, et s’enrichit des progrès en traduction et terminologie. Autant dire que plus le travail avance, plus les choses progressent rapidement, par effet d’entraînement mutuel. La recherche documentaire permet de justifier et valider certains équivalents, des tournures entières, et par là même de découvrir de nouvelles sources s’avérant intéressantes pour d’autres aspects terminologiques ou traductologiques. Par ailleurs, quand le travail en traduction et terminologie est bien avancé, et que la majorité du corpus est collectée, on procède par touches très précises : il faut un texte de plus pour valider telle expression, par exemple, ou il manque un ou deux articles dans un sous-domaine précis (la question du « mûrissement » de la mousse, par exemple, ou le « drainage », voire le « module complexe » en rhéologie…). Des recherches sur des termes hyper spécialisés suffisent alors dans Google. 3.3. La validation des sources Cet aspect est primordial dans le cadre d’un projet où les ressources documentaires sont le matériau même de travail. Néanmoins, les critères stricts de choix de corpus se doivent d’être abordés avec pragmatisme. La fiabilité d’une source dépend tout d’abord de la façon dont on l’a trouvée : si elle est dans une banque de données, publiée dans un journal spécialisé, la confiance s’installe quant à la qualité du fond. On dira la même chose des thèses. Sur la forme, qui nous intéresse également dans le cadre d’une étude terminologique, les métadonnées sont une bonne indication : l’auteur ou un des auteurs est-il anglophone (ne pas 15 uniquement se fier au patronyme en la matière) ? Où se situe le centre de recherche ou l’université à la source de l’article ou de la thèse ? Le nom a-t-il déjà été rencontré dans d’autres sources validées ? La date est également importante ; on trouve sur Google books (http://books.google.com) d’ouvrages parfois plus très jeunes, par exemple, en matière de chimie, et qui sortent dans les résultats d’une recherche Google standard. Néanmoins, si j’ai parlé de pragmatisme, c’est car tout dépend aussi de l’information recherchée. Si une source en anglais rédigée par des Allemands semblent d’excellente qualité du point de vue linguistique et répond à des questions intéressantes sur un point précis de la terminologie, je l’inclus dans mon corpus. De tels exemples doivent bien sûr rester marginaux, et j’ai fait preuve de souplesse en particulier pour les définitions, où les questions notionnelles peuvent l’emporter sur la forme, laquelle est de toute façon souvent à reprendre pour produire une définition canonique. 4. Recherche documentaire et terminologie On l’a vu, ces deux aspects, en particulier, sont indissociables pour un travail efficace. Accumuler du corpus, c’est très bien, encore faut-il pouvoir l’exploiter, et se placer dans l’optique de la base Access qu’il faut renseigner. 4.1. Exploiter le corpus 4.1.1. Organiser les textes J’ai créé un dossier Mémoire, avec un sous-dossier dans chaque langue, et dans chacun d’eux, quatre dossiers thématiques, traitant respectivement du café, de la cinétique, de la rhéologie et de la chimie des surfaces. Tout cela pour trier un minimum les textes et voir quel aspect restait à enrichir ; en pratique, les dossiers Café et Cinétique n’ont pas vraiment été remplis, les textes sur le café que j’ai pu collecter finissant dans un autre dossier destiné aux outils, principalement constitué de glossaires, documents traduits ou bilingues, textes de vulgarisation. De plus, la plupart des articles spécialisés sont au moins aussi transversaux que l’article de Laura Piazza, et échappent à toute classification précise. Enfin, il a bien fallu, devant l’ampleur du travail, faire des choix et privilégier certains domaines : je n’ai pas eu le temps de consacrer de recherches spécifiques à la cinétique. Ce classement m’a toutefois donné un aperçu du volume de corpus relatif à chaque domaine. J’ai créé (encore !) un sous-dossier pour chaque texte, où figure l’original, sous format pdf par exemple, ou Word, ainsi qu’une version en .txt encodée en UTF8 conformément au souhait de l’équipe chargée du serveur Wall. Enfin, dans ce même dossier se trouvait également, avant que je ne dispose de la base Access, un tableau Excel contenant les informations destinées aux champs requis pour identifier la source. 4.1.2. Les outils de traitement du corpus En tant que possesseur d’un Mac, je me suis heurté pour la première fois cette année à quelques problèmes liés à l’absence de certains logiciels sur ce système, le plus gênant étant le cas d’Access. J’ai construit ma base tardivement en empruntant un ordinateur portable à quelqu’un d’autre. 16 Pour ce qui est de l’extraction terminologique de mon texte de mémoire, n’ayant jamais réussi à faire fonctionner TextStat a priori pourtant compatible, j’ai eu recours à un outil en ligne tout à fait performant : TermoStat3. Qu’importe, puisque les résultats se sont avérés tout à fait probants. Pour analyser mon corpus, j’ai utilisé le logiciel gratuit Google Desktop, que j’ai trouvé très utile. Il est toutefois dommage que l’on ne puisse restreindre la recherche à certains dossiers puisque l’outil fouille systématiquement parmi tous les fichiers indexés ; néanmoins la pertinence des résultats est bonne (moins pour les expressions composées que pour les termes simples) et la possibilité de les afficher en cache est très pratique pour repérer les résultats et sélectionner autant de contexte qu’il est nécessaire. 4.1.3. Les bonnes vieilles méthodes On a tendance à négliger les ressources papier… Dommage, car outre les dictionnaire, que l’on va spontanément ouvrir pour les définitions, il y a plusieurs avantages à s’y intéresser, à doses raisonnables évidemment. Un désavantage certain est de ne pouvoir, à moins de prendre le temps de les numériser, les exploiter avec les outils informatiques. Malgré cela je trouve tout à fait enrichissant, lorsqu’on se rend compte qu’une des sources est particulièrement intéressante, de la lire dans son entier et de délaisser un instant les extracteurs automatiques : on en tire beaucoup de collocations, d’indications sur la phraséologie… Et un support papier est plus agréable pour cela qu’un écran, quand on dispose d’un texte de plusieurs pages. En outre, je me suis rappelé que j’avais encore certains cours sur la chimie des surfaces datant de mon passage en école d’ingénieur, cours que j’ai exhumés et parcourus avec profit [Chevalier_1999], armé d’un crayon. 4.2. Le cas des définitions La construction des définitions pose des problèmes particuliers en termes de recherche documentaire : plus que le terme en contexte, on cherche le terme en contexte définitoire. Finalement, ce travail, qui intervient quand on a déjà un peu d’expérience et d’outils, fait la synthèse de plusieurs stratégies de recherche documentaire : La recherche « à l’ancienne » sur des supports papier, puisque dictionnaires, lexiques et glossaires sont des sources appréciables de définitions, dont il faut ensuite juger la qualité de l’expression et le degré de spécialisation. L’extraction automatique du corpus permet de relever des contextes définitoires, surtout si on repère, par exemple, le terme entre parenthèse. Le serveur Wall de l’UFR EILA à Paris 7 peut ici s’avérer utile. Les ressources existantes comme BasTeT peuvent être consultées, mais je n’y ai pas consacré beaucoup de temps : de toute évidence, personne n’avait vraiment traité mon sujet. Sur Internet, on peut partir à la chasse avec l’outil define de Google : les résultats sont souvent nombreux et variés, et mettent sur la piste de dictionnaires en ligne (comme le Wordnet de Princeton). Néanmoins, cet outil fonctionne généralement mieux en anglais qu’en français, et ne donne pas, loin s’en faut, tous les résultats que l’on pourrait attendre. Un terme aussi important que « colloïde » ne donne que deux définitions peu intéressantes avec l’outil define ; en revanche, en lançant une recherche avec « un colloïde est » on trouve dès la première page trois définitions plus pertinentes. Cet outil ignore également certaines ressources précieuses. Il faut ainsi trouver soi-même le site du Trésor de la Langue Française 3 http://olst.ling.umontreal.ca/~drouinp/termostat_web/ 17 Informatisé (ce que j’ai fait en cherchant volontairement une ressource linguistique type dictionnaire en ligne en français), riche de définitions. Les définitions glanées avec ces différentes méthodes sont alors retenues ou non selon la confiance que l’on attribue au site ou à l’ouvrage papier consulté : les questions de validation, essentielles en recherche documentaire, sont ici un peu différentes, et j’ai fait preuve d’un certain pragmatisme en la matière, me montrant plus ouvert que pour un article dont j’espère tirer des collocations. Bref, il s’agit d’un exemple de mise en œuvre de recherche documentaire au service de la terminologie. Le mot de la fin… Je suis conscient que ma démarche ne se distingue pas par sa grande originalité : cela tient au fait que je suis spécialiste en chimie, ce qui ne m’empêche pas de devoir me documenter sur les microdomaines traités dans mon texte, mais qui m’aide indéniablement à analyser et dégager les bonnes problématiques, ainsi qu’à valider les sources. L’étape de compréhension du sujet et des disciplines en jeu est donc ici bien écourtée. Si ma recherche n’emprunte pas de chemins très tortueux, c’est aussi tout simplement parce que dans mon domaine, les ressources ne manquent absolument pas, et qu’une fois que certaines clés sont bien identifiées, on peut aisément récolter des textes pertinents à l’aide d’une équation un tant soit peu développée sur Google, ou dans les bases de données spécialisées. Malgré tout, cette expérience est aussi marquée par l’acquisition d’une multitude de petits « trucs » et bons réflexes qui facilitent et optimisent la recherche sur les divers moteurs et ressources. La recherche documentaire ne se limite évidemment pas à la rédaction des mémoires de traduction et de terminologie, mais sert tout au long de l’année dans les autres domaines ainsi qu’en milieu professionnel ; la finance, pour donner un exemple relatif à mon travail en agence, est pour moi l’occasion de mettre en œuvre des stratégies plus complexes avec des ressources plus variées. Enfin, insistons une dernière fois sur l’interaction entre le processus de traduction et d’analyse terminologique et la recherche documentaire. 18