Le vieillissement selon Freud
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Le vieillissement selon Freud
LE MOI ET LA PERSONNALITÉ EN VIEILLISSANT : LA CONTRIBUTION DE FREUD Par Maurice Aumond FEP. Université de Montréal Plusieurs théoriciens, accordent à la perception de soi un rôle prépondérant dans l'intégration de la personnalité. La perception de soi a toujours été associée au développement de la personnalité. Cependant, ce n'est véritablement qu'à partir de Freud (1923) que l'on retrouve dans la littérature un lien entre la vie psychique, le comportement et la perception de soi. Il nous apparaît donc important de se pencher sur la perception de soi, l'âge et la personnalité en nous attardant plus spécifiquement à la contribution de Freud. 1. L'APPORT DE FREUD Freud a écrit plus d'une vingtaine d'ouvrages scientifiques au cours de sa carrière. Quelques-uns sont posthumes. Nous nous appliquerons maintenant à dégager l'essentiel de sa réflexion sur le fonctionnement du moi à travers son œuvre et nous insisterons en particulier sur le moi de la personne âgée. Au tout début de sa carrière de psychanalyste, vers 1886, Freud (1856-1939) a entrepris le traitement de ses patients par hypnose. Il s'agit d'une technique provoquant un sommeil artificiel à l’aide de suggestions. Freud procédait alors à l'analyse systématique des événements et sensations émanant des propos de ses patients lors des séances sous hypnose. Il cherchait à établir des relations de cause à effet entre ce que ses patients relataient et leurs malaises. Suite à de nombreuses séances, certains patients ressentaient souvent une atténuation, une réduction voire même dans certains cas, la disparition complète des malaises qui les avaient conduits au cabinet du thérapeute. Freud ne fut cependant pas entièrement satisfait de ses premiers résultats et il lui semblait que la technique de l'hypnose était imparfaite. Il entreprit alors une nouvelle approche, celle de l'association libre. Ses patients furent invités à exprimer sans restriction et sans omission certains de leurs rêves, leurs peurs, leurs fantasmes et désirs, même les plus personnels et saugrenus. En analysant les propos libres de ses patients, Freud en vint à découvrir les conflits profonds qui paralysaient leurs comportements. La résultante l'amena vers une meilleure compréhension de l'inconscient et des perceptions de soi chez l'humain. Sa technique du "talking cure" lui permit d'entrevoir dans les problèmes émotionnels de ses patients, des désirs sexuels inconscients qui émergeaient presque toujours du monde de l'enfance. Ses "talking cures" permirent de guérir des maux que la médecine conventionnelle n’arrivait pas à enrayer. Ainsi est née la théorie psychanalytique qui influença et qui continue toujours à influencer la psychiatrie et la psychologie humaine. Pour mieux comprendre la personne humaine, y compris la personne âgée, il faut s'attarder sur les motifs inconscients qui orientent sa conduite et la poussent à agir. 1.1- FREUD ET LES TROIS NIVEAUX DE CONSCIENCE Il existe dans la pensée freudienne trois niveaux de conscience : le conscient, le préconscient et l'inconscient. C'est la structure psychique décrite par Freud que l'on utilise encore aujourd’hui pour la compréhension des comportements humains et l'évaluation de la personnalité. La vie psychique ne se limite pas au conscient, c'est-à-dire à ce qui est perçu sans effort immédiatement de façon certaine. En effet, une grande partie de la vie mentale échappe à notre conscience. Les représentations, c'est-à-dire les idées, les images, les perceptions, peuvent disparaître aussi rapidement qu'elles sont arrivées. Par préconscient, les freudiens désignent tout élément psychique qui peut devenir conscient dans certaines conditions. C’est le cas, lors d'associations libres où le thérapeute ramène à la conscience des éléments inconscients. L'inconscient constitue la partie restante de la vie mentale. Pour les freudiens comme pour les néo-freudiens, l'inconscient est la partie la plus importante du psychisme humain. Cet inconscient est présent et actif surtout dans nos motivations et nos actions. Ses éléments sont ancrés dans le psychisme de l'individu, d'où une certaine difficulté à les ramener à la conscience. Attardons-nous sur cette structure du psychisme humain dans la pensée freudienne pour mieux comprendre la personne âgée. 1.2 FREUD ET LA STRUCTURE DU PSYCHISME Freud a développé une théorie de la personnalité et du comportement humain qui repose entièrement sur cette structure du psychisme qui prend racine dans le monde de l'enfance. La personnalité de l'individu émerge du résultat de l'interaction des trois composantes du psychisme-ci haut évoquées. En définitive, la perception du soi est intimement liée à ces trois niveaux. Le premier niveau est le « Ça ». C’est le siège de l'instinct de vie, des pulsions naturelles et de l’instinct sexuel. On appelle cette instance le « réservoir des pulsions ». Le « Ça », dans la pensée freudienne, est le moteur central de toute la vie psychique. C'est la région la plus profonde et la plus obscure du psychisme humain. Le « Ça » est le véritable inconscient. Dans la pensée freudienne, l'instinct sexuel se ramène à la libido qui est la source des pulsions du plaisir. Celle-ci recherche le plaisir par la gratification du besoin et l'évitement de la douleur. Freud accordera une importance capitale à cette recherche du plaisir particulièrement durant l'enfance. À ce stade de la vie, l'être cherche à satisfaire ses besoins et ses pulsions biologiques primaires en associant des plaisirs spécifiques aux fonctions d'alimentation, d'élimination et de mouvement. Au niveau du monde adulte, cette recherche du plaisir se retrouve dans les manifestations d'amour et dans l'expression d'une sexualité active. Le « Ça » est le véritable inconscient. Chez le jeune enfant, en particulier le nourrisson, le psychisme humain se limite à cet inconscient. En effet, le nourrisson ne recherche qu'uniquement la gratification de ses besoins fondamentaux tels la faim et l'amour. Il n'y a pas vraiment de conflit, à cet âge, lorsque ces besoins sont satisfaits par le milieu. Il en va tout autrement en vieillissant et ces problèmes deviennent plus aigus avec le grand âge. Freud (1920) dans « Au-delà du principe du plaisir », a également associé au Ça un instinct de mort et d'agressivité. Cette tendance innée, qu'il prétend que nous avons tous en nous et qui nous pousserait inconsciemment vers notre propre destruction, est contestée par certains auteurs qui y voient plutôt un désir d'attaquer et de s'opposer à tout ce qui pourrait nous contrarier. Il ne s'agirait plus alors d'un instinct d'agression, mais plutôt d'un instinct de protection et de préservation de l'individu envers lui-même. Le « Moi » est le dirigeant de la personnalité. C'est l'étape de la prise de conscience du monde environnant ; les autres existent et l'on ne peut pas toujours obtenir une réponse gratifiante à ses diverses pulsions. Le « Moi » se forme de l'interaction du ça avec le milieu. Le moi devient le principe de la réalité et de l'agir. Le « Moi » doit apprendre à tenir compte des exigences de la réalité. C'est à cette étape précisément que l’enfant apprend, par le système de récompense et de punition, ce qu'il peut faire et ce qu'il ne peut pas faire, c'est-à-dire sa limite d'action. Le « Moi » interagit beaucoup sur le contrôle moteur volontaire. Dans la pensée freudienne, les rapports entre le « Ça » et le « Moi » sont influencés par la manière « de faire » que les parents utilisent pour amener leurs enfants à acquérir le contrôle des sphincters et de la propreté. Plusieurs psychanalystes reviendront souvent à cette période de l’apprentissage lors du traitement, en thérapie, de leurs patients. Le « Moi » occupe une fonction de coordination dans la personnalité. Il représente la synthèse, la logique et l'unité chez la personne au comportement normal. Le « Moi » est donc conscient contrairement au « Ça » qui lui est tout à fait inconscient. Dans la division tripartite de la structure du psychisme humain, c’est le « Moi » qui correspond le plus étroitement au « Soi », c'est-à-dire à la perception de soi. Entre quatre et cinq ans naît le surmoi. C'est l'âge de l’éveil de la conscience de l’enfant. Cette conscience s'éveille sous l’influence du milieu et surtout des parents. Le « Surmoi » devient la représentation intériorisée des valeurs et des principes moraux de la société. L'enfant de cet âge s'identifie progressivement aux barèmes, aux standards et à la morale des parents. Le « Surmoi » devient l'implacable conscience qui distinguera le bien du mal. La conscience punit en créant chez l’enfant un sentiment de culpabilité alors que le « Moi idéal » récompense l'enfant par une réaction de fierté. À l'âge scolaire, les enfants sont imprégnés des notions de bien et de mal transmises par les parents, et ceux-là les intégreront dans leur action. Plus tard dans le développement de l’enfant, les parents seront remplacés par le milieu scolaire et ses agents, les professeurs et les animateurs pédagogiques. Les influences, tant du milieu scolaire que du milieu parental, s'exercent sur l'individu au niveau inconscient, agissent sur la perception de soi, sur la façon d'être et d'agir de l'enfant. En vieillissant, le surmoi devient une espèce de contrôle interne qui remplace celui des parents et du milieu. C'est la conscience et le sens moral chez l'adulte. En ce qui a trait au surmoi des personnes âgées, Freud en dit peu, sinon que l'âge avancé est un handicap au traitement psychanalytique : L'âge des malades entre en ligne de compte lorsqu'on veut établir leur aptitude à être traités par la psychanalyse. En effet, les personnes ayant atteint ou passé la cinquantaine ne disposent plus de la plasticité des processus psychiques sur laquelle s'appuie la thérapeutique - les vieilles gens ne sont plus éducables et, en outre, la quantité de matériaux à déchiffrer augmente indéfiniment la durée du traitement (Freud, cité par Engelberts,1984, p.5). On peut résumer ainsi le fonctionnement du psychisme humain : « Ça » : la recherche du plaisir ; « Moi » : la vérification de !a réalités ; « Surmoi » : l'aspiration à la perfection. Dans la pensée freudienne, ces trois pôle forment une cohérence chez l'individu normal et le poussent à adopter une conduite logique. En revanche, s'il y a des conflits intérieurs, la personne utilisera alors des mécanismes de défense qui sont indispensables à une bonne adaptation dans la vie quotidienne. 1.3- FREUD ET LES MÉCANISMES DE DÉFENSE Pour Freud et son école il y a conflit intra-psychique uniquement lorsque le « Surmoi » et le « Ça » deviennent intolérables. Des tensions, des malaises et de l’anxiété peuvent naître si les pulsions du « Ça » sont trop fortes. Également une censure du « Surmoi » trop sévère produit le même effet. On assiste alors à l'utilisation des mécanismes de défense. On en dénombre une bonne douzaine. Ceux-ci agissent comme des régulateurs que l'homme peut utiliser si besoin est, ce qui donne une allure distinctive à chaque personnalité. On utilise les mécanismes de défense de façon automatique afin de calmer sa frustration, pour réduire sa tension ou encore pour résoudre ses conflits émotionnels. Les mécanismes de défense permettent une solution aux problèmes et à l’angoisse qu’ils suscitent. L'utilisation des mécanismes de défense est un réflexe normal qui n'a rien de pathologique en soi. Notre équilibre émotionnel est donc maintenu par cette utilisation et sans eux, notre vie serait insoutenable. Ils agissent comme soupapes pour maintenir l’équilibre. S'ils sont insuffisants, inadéquats ou mal utilisés, la personnalité devient perturbée et le comportement en est affecté. Le mécanisme de défense le plus fréquemment utilisé par les personnes âgées est le déni : une forme de répression, c'est-à-dire un acte volontaire par lequel on rejette les représentations et les sentiments désagréables ou jugés inappropriés pour réduire la tension qu'ils entraînent. La personne âgée renonce donc à la satisfaction d'un désir qui ne se trouve plus en accord avec le surmoi. Elle rejette de son champ, par force et habitude ce qui lui paraît indésirable ou inaccessible. À titre d'exemple, dénier le fait de vieillir est une manière de s'adapter à l'incertitude et à l'anxiété que provoque le vieillissement. Bultena et Powers (1978) ont démontré dans une recherche effectuée auprès de personnes âgées de plus de 70 ans, qu'un tiers d'entre elles déniaient le fait qu'elles étaient vieilles. Dans cette même étude, les auteurs soulignaient le fait que, malgré leur âge avancé, les personnes âgées déniaient également l'éminence de la mort malgré son inéluctabilité... Les résultats des recherches de l'équipe de Coté (1981) abondent dans le même sens. On constate aussi une autre forme de répression chez les personnes âgées celle de mémoire sélective. Les personnes âgées se rappelleront les moments plaisants de l'existence et élimineront les déplaisants. D’après Gefflits et Moursund (1979), Freud, en vieillissant, aurait personnellement eu de la difficulté à se rappeler ses expériences de cocaïne pendant sa période de jeune adulte. On observe chez certaines personnes âgées, l'utilisation d'un autre mécanisme de défense : la régression. Il s'agit d'un retour à un comportement témoignant d'une maturité amoindrie. Ces personnes se confinent dans un rôle passif. Elles redeviennent dépendantes, un peu à la façon des jeunes enfants. Neugarten, Moore et Lowe (1968) démontrent bien cette théorie par une régression observable chez environ 10 % de leurs patients qui sont âgés entre 70 et 79 ans. Vaillant (1977) dans « Adaptation to life », présente également d'autres variables aux mécanismes de défense chez les personnes âgées, c'est-à-dire le rejet hors de soi, vers le monde extérieur, des sentiments, pulsions, tendances et désirs que le « Moi » se refuse à reconnaître comme siens. La projection permet de se libérer d'affects. C'est une façon d'éviter et d'avoir à reconnaître certains sentiments ou désirs conflictuels. L'absence de vie sexuelle active chez les personnes âgées en est un exemple. Le déplacement est un autre mécanisme de défense opportun pour les personnes âgées. Il s'agit d'une répartition nouvelle des intensités psychiques d'une représentation à une autre se trouvant associées entre elles par des relations superficielles. Émotions et pulsions sont transférées sur des éléments substituts. Souvent déçue de son corps qui vieillit, la personne âgée se plaint que le monde est à l'envers. La relation est donc tout à fait superficielle et secondaire. La formation réactionnelle (ou tendances contraires) est une haine inconsciente qui est cachée par un amour conscient. Par ce mécanisme, la personne développe des attitudes ou des traits de caractère exactement opposés à ses tendances ou à ses désirs véritables. C'est le cas du grand-père qui se montre froid et distant avec ses petits-enfants alors que dans son cœur, il voudrait exprimer tout le contraire. L'isolation consiste à dépouiller une expérience douloureuse ou un fait traumatisant de son « affect » et de prévenir toutes relations associatives. En se coupant de ses émotions, de sa sexualité, la personne âgée discute sous une forme neutre. C'est une forme d'intellectualisation. Pour Vaillant (1977), il s'agit là d'un mécanisme de défense d'utilisation courante chez les personnes âgées. Plusieurs auteurs dont Schale et Geiwitz, 1982, p. 117, présentent aussi l'activité comme un mécanisme de défense : « We have already mentioned, for example, that some of the most successful retirement are engineered by people who base their whole program on activity: building, things, getting involved in church activities, etc. Activily is a form of mediatation: it keeps your mind toc busy to think about problems. » Un autre mécanisme de défense souvent utilisé par les personnes âgées est la prudence. Comme le souligne Botwinick (1978), les personnes âgées sont poussées plus par le désir d'éviter des erreurs que de réussir une tâches. Cette forme de prudence excessive se retrouve dans les réponses du type « pas d'opinion » dans les différentes enquêtes faites auprès des aînés. Gergen et Back (1978) ont étudié le phénomène de prudence excessive devant le défi présenté par un nouveau poste ou une nouvelle promotion en perspective chez les travailleurs âgés. Le défi du gain ne remporte pas sur le risque de succès ou d'échec ; le travailleur âgé préfère se maintenir dans sa position. En compétition, le vieux travailleur qui voit sa rapidité et son habileté à répondre adéquatement dépassés par celles de jeunes travailleurs ambitieux, il utilisera alors la compensation comme mécanisme de défense. Il changera ses priorités, par exemple, en mettant plus l'accent sur la qualité du travail bien fait que sur la rapidité dans l'exécution de ce même travail (Coté, 1981 ; Organ, 1977 ; Phillips et Al, 1978 ; de même que Wright et Al., 1978). Ces auteurs ont laissé d'excellents écrits sur le vieillissement et la satisfaction au travail. Cette prudence excessive entraîne une baisse de rendement dans les tests d'habileté chez les personnes âgées. Ils ont étudié ce phénomène en fonction des performances intellectuelles chez les personnes âgées. De leur côté Rees et Botwinick (1971) invitent les orthophonistes et audiologistes à être prudents dans leurs analyses des résultats aux tests de surdité avec les personnes âgées. Trop prudentes, les personnes âgées hésitent avant de répondre et faussent ainsi les résultats. Souvent, les spécialistes surestiment les pertes auditives engendrées par la prudence excessive de leurs patients dans leur discrimination des sons. 1.4- FREUD ET LES STADES DE DÉVELOPPEMENT PSYCHOSEXUELS Les stades du développement humain dans l'approche freudienne se confondent avec les étapes psychosexuelles. Ces étapes sont le résultat de poussées, de pulsions inconscientes et instinctuelles. Ces poussées sont perçues comme le moteur de l'agir et de la pensée humaine. On les retrouve dans les moindres gestes de l'existence, dans le quotidien comme dans les grandes décisions à prendre. La perception de soi dans chacun de ces stades de développement joue un rôle important dans la construction de la personnalité et le développement du moi. À travers sa pratique, Freud a élaboré une théorie de la sexualité infantile où chaque stade de développement est associé à un centre d'intérêt sexuel relié à une partie du corps, en particulier la bouche, l'anus, le pénis ou les parties génitales. Le texte ci-dessous présente les stades de développement psycho-sexuel tels que Freud les a élaborés, mais aucun de ces stades ne concerne l'âge adulte ou le grand âge. Freud y associe cependant des traits de personnalité selon le vécu des individus à chacun des stades. Le stade oral : le premier stade du développement psycho-sexuel de l'individu a lieu durant la première année de la vie. Il se situe à l'époque où le bébé est centré exclusivement sur des zones érogènes, en particulier la bouche. Il cherche le plaisir que lui procure la stimulation des lèvres et l'acte de se faire nourrir, de téter, de mordre et de sucer. L'allaitement est une gratification sensuelle. L’enfant de cet âge s'incorpore le monde en se mettant tout dans la bouche. La bouche est son lieu de plaisir et l'allaitement en est la source de stimulation. Le stade anal: ce deuxième stade est celui de l'apprentissage, de l’expérience et de l'imposition d'un contrôle sur l’enfant par les parents. Durant sa deuxième et troisième année d'existence, l'enfant demeure centré sur son corps et en particulier, sur ses selles. C'est l'âge où les parents apprennent à l'enfant un premier contrôle, celui des sphincters. Par l’excrétion et la rétention, l’enfant prend conscience qu'il existe comme une entité différente de ses parents. L’apprentissage de l'entraînement à la propreté est le fait marquant de cette période. Le stade phallique : ce troisième stade est marqué par le plaisir sensuel relié aux organes génitaux. C’est entre trois et cinq ans que l'enfant découvre la différence entre les hommes et les femmes, et c’est aussi à cet âge que l'enfant montre un intérêt pour les organes génitaux et qu’il s'identifie comme étant différent de l'autre sexe. Et c'est à cet âge aussi que l'enfant commence à se masturber. Cela du reste semble un fait universellement reconnu maintenant. La gratification est associée à la stimulation des organes sexuels. Le stade phallique correspond aussi à la période œdipienne où l'attachement sexuel est dirigé vers le parent du sexe opposé. Les enfants des deux sexes éprouvent des fantaisies au sujet des parents. Le stade de latence : ce stade se situe entre cinq et six ans et dure en moyenne jusqu'à l'âge de l'adolescence. Durant cette période, qu'on appelle aussi moyenne enfance, l'enfant est moins préoccupé par son propre corps, ce qui lui permet de passer à l'apprentissage d'un savoir-faire. Freud appelle cette période « latence » parce qu'il ne se produit rien sur le plan « personnalité » à cet âge. Selon lui, les pulsions sexuelles et agressives sont dans un état d'incubation. La période génitale : ce stade serait, dans la pensée freudienne, la phase ultime dans le développement psycho-sexuel de l'être humain. Les désirs hétérosexuels se manifestent comme chez l'adulte. Cette période constitue la dernière poussée vers la maturité sexuelle. Il y a alors tentatives d'établir une relation affective véritable avec un partenaire de sexe opposé, l'issue de cette relation étant l'union sexuelle complète des deux partenaires. C'est à l'âge de l'adolescence que l'on découvre que certaines sensations de plaisir viennent par les parties génitales. Dès lors les jeunes cherchent les occasions de stimulations et de satisfactions sexuelles. Les cinq stades de Freud correspondent à l'enfance et à l'adolescence ; qu'en estil pour l'âge adulte et de la vieillesse ? Freud nous donne, dans le style concis de ses dernières années de vie, cette réponse : « To love and to work ». Ce serait le but d'une vie adulte réussie. Comme le signalaient Engilbert 1984, p 4. Les œuvres de S. Freud ne contiennent aucun développement important concernant la psycho-dynamique du vieillissement. Dans ce même article, l'auteur soulève des éléments de compréhension de l'attitude négative de Freud, vis à vis le vieillissement, et présente des indications et des contre-indications aux psychothérapies analytiques possibles avec les personnes âgées. Cette réponse de Freud paraît donc peu éclairante pour une bonne compréhension de ce qui se passe durant toutes ces années de l'existence qui restent. Il faudra attendre les écrits de Neugarten, (1969, 1970,1973 et 1976), Sheehy (1977 et 1982), Levinson (1978),.Artaud (1978 et 1979), Bédard (1981, 1983 et 1984), pour comprendre davantage ce qui se passe au niveau adulte, mais, même avec l'émergence de ces recherches sur le développement de l'adulte, le champ du troisième et du quatrième âge est largement ouvert puisqu'il s'y fait tellement peu de recherches comparativement aux autres périodes du cycle de la vie. CONCLUSION Nous pouvons affirmer, suivant la pensée freudienne, que la maîtrise de soi, ce contrôle du moi prend forme dès la prime enfance. C'est à ce moment que les dés sont jetés. Pourtant la personnalité adulte est dynamique et s'adapte comme le démontrent les recherches des auteurs-ci haut mentionnés. Les mécanismes de défense utilisés par les personnes âgées en témoignent. Freud n'a pas élaboré làdessus. Pour comprendre l'homme, le thérapeute doit saisir toutes les particularités psychologiques à travers son histoire et surtout, bien saisir son inconscient. L'une des grandes contributions de Freud a été de nous faire saisir toute l'importance des premières expériences de l'enfance, là où le « Moi » prend sa source. Nous nous sommes limités aux seuls faits qui permettent une vision d'ensemble de la perception de soi dans la pensée freudienne. Pour les besoins de notre recherche, les théories freudiennes ont leurs limites. Signalons ici deux excellents articles sur le sujet : le premier, d’Hale (1980), porte sur les réflexions de Freud sur le travail et l'amour alors que le second, d'Erikson (1980) présente les thèmes de l'adulte dans la correspondance entre Freud et Jung. Aussi devons-nous questionner d'autres auteurs susceptibles d'apporter plus de lumière sur ce qui se passe avec le « Moi » et les besoins non-satisfaits durant les dernières années de l'existence. 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