Le vieillissement selon Freud

Transcription

Le vieillissement selon Freud
LE MOI ET LA PERSONNALITÉ EN VIEILLISSANT :
LA CONTRIBUTION DE FREUD
Par Maurice Aumond
FEP. Université de Montréal
Plusieurs théoriciens, accordent à la perception de soi un rôle prépondérant dans
l'intégration de la personnalité. La perception de soi a toujours été associée au
développement de la personnalité. Cependant, ce n'est véritablement qu'à partir de
Freud (1923) que l'on retrouve dans la littérature un lien entre la vie psychique, le
comportement et la perception de soi. Il nous apparaît donc important de se pencher
sur la perception de soi, l'âge et la personnalité en nous attardant plus
spécifiquement à la contribution de Freud.
1. L'APPORT DE FREUD
Freud a écrit plus d'une vingtaine d'ouvrages scientifiques au cours de sa
carrière. Quelques-uns sont posthumes. Nous nous appliquerons maintenant à
dégager l'essentiel de sa réflexion sur le fonctionnement du moi à travers son œuvre
et nous insisterons en particulier sur le moi de la personne âgée.
Au tout début de sa carrière de psychanalyste, vers 1886, Freud (1856-1939) a
entrepris le traitement de ses patients par hypnose. Il s'agit d'une technique
provoquant un sommeil artificiel à l’aide de suggestions. Freud procédait alors à
l'analyse systématique des événements et sensations émanant des propos de ses
patients lors des séances sous hypnose. Il cherchait à établir des relations de cause à
effet entre ce que ses patients relataient et leurs malaises. Suite à de nombreuses
séances, certains patients ressentaient souvent une atténuation, une réduction voire
même dans certains cas, la disparition complète des malaises qui les avaient
conduits au cabinet du thérapeute.
Freud ne fut cependant pas entièrement satisfait de ses premiers résultats et il lui
semblait que la technique de l'hypnose était imparfaite. Il entreprit alors une
nouvelle approche, celle de l'association libre. Ses patients furent invités à exprimer
sans restriction et sans omission certains de leurs rêves, leurs peurs, leurs fantasmes
et désirs, même les plus personnels et saugrenus. En analysant les propos libres de
ses patients, Freud en vint à découvrir les conflits profonds qui paralysaient leurs
comportements. La résultante l'amena vers une meilleure compréhension de
l'inconscient et des perceptions de soi chez l'humain. Sa technique du "talking
cure" lui permit d'entrevoir dans les problèmes émotionnels de ses patients, des
désirs sexuels inconscients qui émergeaient presque toujours du monde de
l'enfance.
Ses "talking cures" permirent de guérir des maux que la médecine
conventionnelle n’arrivait pas à enrayer. Ainsi est née la théorie psychanalytique
qui influença et qui continue toujours à influencer la psychiatrie et la psychologie
humaine. Pour mieux comprendre la personne humaine, y compris la personne
âgée, il faut s'attarder sur les motifs inconscients qui orientent sa conduite et la
poussent à agir.
1.1- FREUD ET LES TROIS NIVEAUX DE CONSCIENCE
Il existe dans la pensée freudienne trois niveaux de conscience : le conscient, le
préconscient et l'inconscient. C'est la structure psychique décrite par Freud que
l'on utilise encore aujourd’hui pour la compréhension des comportements humains
et l'évaluation de la personnalité.
La vie psychique ne se limite pas au conscient, c'est-à-dire à ce qui est perçu sans
effort immédiatement de façon certaine. En effet, une grande partie de la vie
mentale échappe à notre conscience. Les représentations, c'est-à-dire les idées, les
images, les perceptions, peuvent disparaître aussi rapidement qu'elles sont arrivées.
Par préconscient, les freudiens désignent tout élément psychique qui peut devenir
conscient dans certaines conditions. C’est le cas, lors d'associations libres où le
thérapeute ramène à la conscience des éléments inconscients.
L'inconscient constitue la partie restante de la vie mentale. Pour les freudiens
comme pour les néo-freudiens, l'inconscient est la partie la plus importante du
psychisme humain. Cet inconscient est présent et actif surtout dans nos motivations
et nos actions. Ses éléments sont ancrés dans le psychisme de l'individu, d'où une
certaine difficulté à les ramener à la conscience. Attardons-nous sur cette structure
du psychisme humain dans la pensée freudienne pour mieux comprendre la
personne âgée.
1.2
FREUD ET LA STRUCTURE DU PSYCHISME
Freud a développé une théorie de la personnalité et du comportement humain qui
repose entièrement sur cette structure du psychisme qui prend racine dans le monde
de l'enfance. La personnalité de l'individu émerge du résultat de l'interaction des
trois composantes du psychisme-ci haut évoquées. En définitive, la perception du
soi est intimement liée à ces trois niveaux.
Le premier niveau est le « Ça ». C’est le siège de l'instinct de vie, des pulsions
naturelles et de l’instinct sexuel. On appelle cette instance le « réservoir des
pulsions ». Le « Ça », dans la pensée freudienne, est le moteur central de toute la
vie psychique. C'est la région la plus profonde et la plus obscure du psychisme
humain. Le « Ça » est le véritable inconscient.
Dans la pensée freudienne, l'instinct sexuel se ramène à la libido qui est la source
des pulsions du plaisir. Celle-ci recherche le plaisir par la gratification du besoin et
l'évitement de la douleur. Freud accordera une importance capitale à cette
recherche du plaisir particulièrement durant l'enfance. À ce stade de la vie, l'être
cherche à satisfaire ses besoins et ses pulsions biologiques primaires en associant
des plaisirs spécifiques aux fonctions d'alimentation, d'élimination et de
mouvement. Au niveau du monde adulte, cette recherche du plaisir se retrouve dans
les manifestations d'amour et dans l'expression d'une sexualité active.
Le « Ça » est le véritable inconscient. Chez le jeune enfant, en particulier le
nourrisson, le psychisme humain se limite à cet inconscient. En effet, le nourrisson
ne recherche qu'uniquement la gratification de ses besoins fondamentaux tels la
faim et l'amour. Il n'y a pas vraiment de conflit, à cet âge, lorsque ces besoins sont
satisfaits par le milieu. Il en va tout autrement en vieillissant et ces problèmes
deviennent plus aigus avec le grand âge.
Freud (1920) dans « Au-delà du principe du plaisir », a également associé au Ça
un instinct de mort et d'agressivité. Cette tendance innée, qu'il prétend que nous
avons tous en nous et qui nous pousserait inconsciemment vers notre propre
destruction, est contestée par certains auteurs qui y voient plutôt un désir d'attaquer
et de s'opposer à tout ce qui pourrait nous contrarier. Il ne s'agirait plus alors d'un
instinct d'agression, mais plutôt d'un instinct de protection et de préservation de
l'individu envers lui-même.
Le « Moi » est le dirigeant de la personnalité. C'est l'étape de la prise de
conscience du monde environnant ; les autres existent et l'on ne peut pas toujours
obtenir une réponse gratifiante à ses diverses pulsions. Le « Moi » se forme de
l'interaction du ça avec le milieu. Le moi devient le principe de la réalité et de
l'agir. Le « Moi » doit apprendre à tenir compte des exigences de la réalité. C'est à
cette étape précisément que l’enfant apprend, par le système de récompense et de
punition, ce qu'il peut faire et ce qu'il ne peut pas faire, c'est-à-dire sa limite
d'action. Le « Moi » interagit beaucoup sur le contrôle moteur volontaire. Dans la
pensée freudienne, les rapports entre le « Ça » et le « Moi » sont influencés par la
manière « de faire » que les parents utilisent pour amener leurs enfants à acquérir le
contrôle des sphincters et de la propreté. Plusieurs psychanalystes reviendront
souvent à cette période de l’apprentissage lors du traitement, en thérapie, de leurs
patients.
Le « Moi » occupe une fonction de coordination dans la personnalité. Il
représente la synthèse, la logique et l'unité chez la personne au comportement
normal. Le « Moi » est donc conscient contrairement au « Ça » qui lui est tout à fait
inconscient. Dans la division tripartite de la structure du psychisme humain, c’est
le « Moi » qui correspond le plus étroitement au « Soi », c'est-à-dire à la perception
de soi.
Entre quatre et cinq ans naît le surmoi. C'est l'âge de l’éveil de la conscience de
l’enfant. Cette conscience s'éveille sous l’influence du milieu et surtout des parents.
Le « Surmoi » devient la représentation intériorisée des valeurs et des principes
moraux de la société. L'enfant de cet âge s'identifie progressivement aux barèmes,
aux standards et à la morale des parents. Le « Surmoi » devient l'implacable
conscience qui distinguera le bien du mal. La conscience punit en créant chez
l’enfant un sentiment de culpabilité alors que le « Moi idéal » récompense l'enfant
par une réaction de fierté. À l'âge scolaire, les enfants sont imprégnés des notions
de bien et de mal transmises par les parents, et ceux-là les intégreront dans leur
action. Plus tard dans le développement de l’enfant, les parents seront remplacés
par le milieu scolaire et ses agents, les professeurs et les animateurs pédagogiques.
Les influences, tant du milieu scolaire que du milieu parental, s'exercent sur
l'individu au niveau inconscient, agissent sur la perception de soi, sur la façon d'être
et d'agir de l'enfant.
En vieillissant, le surmoi devient une espèce de contrôle interne qui remplace
celui des parents et du milieu. C'est la conscience et le sens moral chez l'adulte. En
ce qui a trait au surmoi des personnes âgées, Freud en dit peu, sinon que l'âge
avancé est un handicap au traitement psychanalytique :
L'âge des malades entre en ligne de compte lorsqu'on veut établir leur aptitude à
être traités par la psychanalyse. En effet, les personnes ayant atteint ou passé
la cinquantaine ne disposent plus de la plasticité des processus psychiques sur
laquelle s'appuie la thérapeutique - les vieilles gens ne sont plus éducables et, en
outre, la quantité de matériaux à déchiffrer augmente indéfiniment la durée du
traitement (Freud, cité par Engelberts,1984, p.5).
On peut résumer ainsi le fonctionnement du psychisme humain :
« Ça » : la recherche du plaisir ;
« Moi » : la vérification de !a réalités ;
« Surmoi » : l'aspiration à la perfection.
Dans la pensée freudienne, ces trois pôle forment une cohérence chez l'individu
normal et le poussent à adopter une conduite logique. En revanche, s'il y a des
conflits intérieurs, la personne utilisera alors des mécanismes de défense qui sont
indispensables à une bonne adaptation dans la vie quotidienne.
1.3- FREUD ET LES MÉCANISMES DE DÉFENSE
Pour Freud et son école il y a conflit intra-psychique uniquement lorsque le
« Surmoi » et le « Ça » deviennent intolérables. Des tensions, des malaises et de
l’anxiété peuvent naître si les pulsions du « Ça » sont trop fortes. Également une
censure du « Surmoi » trop sévère produit le même effet. On assiste alors à
l'utilisation des mécanismes de défense. On en dénombre une bonne douzaine.
Ceux-ci agissent comme des régulateurs que l'homme peut utiliser si besoin est, ce
qui donne une allure distinctive à chaque personnalité. On utilise les mécanismes
de défense de façon automatique afin de calmer sa frustration, pour réduire sa
tension ou encore pour résoudre ses conflits émotionnels.
Les mécanismes de défense permettent une solution aux problèmes et à l’angoisse
qu’ils suscitent.
L'utilisation des mécanismes de défense est un réflexe normal qui n'a rien de
pathologique en soi. Notre équilibre émotionnel est donc maintenu par cette
utilisation et sans eux, notre vie serait insoutenable. Ils agissent comme soupapes
pour maintenir l’équilibre. S'ils sont insuffisants, inadéquats ou mal utilisés, la
personnalité devient perturbée et le comportement en est affecté.
Le mécanisme de défense le plus fréquemment utilisé par les personnes âgées est
le déni : une forme de répression, c'est-à-dire un acte volontaire par lequel on
rejette les représentations et les sentiments désagréables ou jugés inappropriés pour
réduire la tension qu'ils entraînent. La personne âgée renonce donc à la satisfaction
d'un désir qui ne se trouve plus en accord avec le surmoi. Elle rejette de son champ,
par force et habitude ce qui lui paraît indésirable ou inaccessible. À titre d'exemple,
dénier le fait de vieillir est une manière de s'adapter à l'incertitude et à l'anxiété que
provoque le vieillissement. Bultena et Powers (1978) ont démontré dans une
recherche effectuée auprès de personnes âgées de plus de 70 ans, qu'un tiers d'entre
elles déniaient le fait qu'elles étaient vieilles. Dans cette même étude, les auteurs
soulignaient le fait que, malgré leur âge avancé, les personnes âgées déniaient
également l'éminence de la mort malgré son inéluctabilité... Les résultats des
recherches de l'équipe de Coté (1981) abondent dans le même sens.
On constate aussi une autre forme de répression chez les personnes âgées celle de
mémoire sélective. Les personnes âgées se rappelleront les moments plaisants de
l'existence et élimineront les déplaisants. D’après Gefflits et Moursund (1979),
Freud, en vieillissant, aurait personnellement eu de la difficulté à se rappeler ses
expériences de cocaïne pendant sa période de jeune adulte.
On observe chez certaines personnes âgées, l'utilisation d'un autre mécanisme de
défense : la régression. Il s'agit d'un retour à un comportement témoignant d'une
maturité amoindrie. Ces personnes se confinent dans un rôle passif. Elles
redeviennent dépendantes, un peu à la façon des jeunes enfants. Neugarten, Moore
et Lowe (1968) démontrent bien cette théorie par une régression observable chez
environ 10 % de leurs patients qui sont âgés entre 70 et 79 ans.
Vaillant (1977) dans « Adaptation to life », présente également d'autres variables
aux mécanismes de défense chez les personnes âgées, c'est-à-dire le rejet hors de
soi, vers le monde extérieur, des sentiments, pulsions, tendances et désirs que le
« Moi » se refuse à reconnaître comme siens. La projection permet de se libérer
d'affects. C'est une façon d'éviter et d'avoir à reconnaître certains sentiments ou
désirs conflictuels. L'absence de vie sexuelle active chez les personnes âgées en est
un exemple.
Le déplacement est un autre mécanisme de défense opportun pour les personnes
âgées. Il s'agit d'une répartition nouvelle des intensités psychiques d'une
représentation à une autre se trouvant associées entre elles par des relations
superficielles. Émotions et pulsions sont transférées sur des éléments substituts.
Souvent déçue de son corps qui vieillit, la personne âgée se plaint que le monde est
à l'envers. La relation est donc tout à fait superficielle et secondaire.
La formation réactionnelle (ou tendances contraires) est une haine inconsciente
qui est cachée par un amour conscient. Par ce mécanisme, la personne développe
des attitudes ou des traits de caractère exactement opposés à ses tendances ou à ses
désirs véritables. C'est le cas du grand-père qui se montre froid et distant avec ses
petits-enfants alors que dans son cœur, il voudrait exprimer tout le contraire.
L'isolation consiste à dépouiller une expérience douloureuse ou un fait
traumatisant de son « affect » et de prévenir toutes relations associatives. En se
coupant de ses émotions, de sa sexualité, la personne âgée discute sous une forme
neutre. C'est une forme d'intellectualisation. Pour Vaillant (1977), il s'agit là d'un
mécanisme de défense d'utilisation courante chez les personnes âgées.
Plusieurs auteurs dont Schale et Geiwitz, 1982, p. 117, présentent aussi l'activité
comme un mécanisme de défense :
« We have already mentioned, for example, that some of the most
successful retirement are engineered by people who base their
whole program on activity: building, things, getting involved in
church activities, etc. Activily is a form of mediatation: it keeps
your mind toc busy to think about problems. »
Un autre mécanisme de défense souvent utilisé par les personnes âgées est la
prudence. Comme le souligne Botwinick (1978), les personnes âgées sont
poussées plus par le désir d'éviter des erreurs que de réussir une tâches. Cette forme
de prudence excessive se retrouve dans les réponses du type « pas d'opinion » dans
les différentes enquêtes faites auprès des aînés. Gergen et Back (1978) ont étudié le
phénomène de prudence excessive devant le défi présenté par un nouveau poste ou
une nouvelle promotion en perspective chez les travailleurs âgés. Le défi du gain ne
remporte pas sur le risque de succès ou d'échec ; le travailleur âgé préfère se
maintenir dans sa position.
En compétition, le vieux travailleur qui voit sa rapidité et son habileté à répondre
adéquatement dépassés par celles de jeunes travailleurs ambitieux, il utilisera alors
la compensation comme mécanisme de défense. Il changera ses priorités, par
exemple, en mettant plus l'accent sur la qualité du travail bien fait que sur la
rapidité dans l'exécution de ce même travail (Coté, 1981 ; Organ, 1977 ; Phillips et
Al, 1978 ; de même que Wright et Al., 1978). Ces auteurs ont laissé d'excellents
écrits sur le vieillissement et la satisfaction au travail.
Cette prudence excessive entraîne une baisse de rendement dans les tests
d'habileté chez les personnes âgées. Ils ont étudié ce phénomène en fonction des
performances intellectuelles chez les personnes âgées. De leur côté Rees et
Botwinick (1971) invitent les orthophonistes et audiologistes à être prudents dans
leurs analyses des résultats aux tests de surdité avec les personnes âgées. Trop
prudentes, les personnes âgées hésitent avant de répondre et faussent ainsi les
résultats. Souvent, les spécialistes surestiment les pertes auditives engendrées par la
prudence excessive de leurs patients dans leur discrimination des sons.
1.4- FREUD ET LES STADES DE DÉVELOPPEMENT PSYCHOSEXUELS
Les stades du développement humain dans l'approche freudienne se confondent
avec les étapes psychosexuelles. Ces étapes sont le résultat de poussées, de pulsions
inconscientes et instinctuelles. Ces poussées sont perçues comme le moteur de
l'agir et de la pensée humaine. On les retrouve dans les moindres gestes de
l'existence, dans le quotidien comme dans les grandes décisions à prendre. La
perception de soi dans chacun de ces stades de développement joue un rôle
important dans la construction de la personnalité et le développement du moi.
À travers sa pratique, Freud a élaboré une théorie de la sexualité infantile où
chaque stade de développement est associé à un centre d'intérêt sexuel relié à une
partie du corps, en particulier la bouche, l'anus, le pénis ou les parties génitales. Le
texte ci-dessous présente les stades de développement psycho-sexuel tels que Freud
les a élaborés, mais aucun de ces stades ne concerne l'âge adulte ou le grand âge.
Freud y associe cependant des traits de personnalité selon le vécu des individus à
chacun des stades.
Le stade oral : le premier stade du développement psycho-sexuel de l'individu a
lieu durant la première année de la vie. Il se situe à l'époque où le bébé est centré
exclusivement sur des zones érogènes, en particulier la bouche. Il cherche le plaisir
que lui procure la stimulation des lèvres et l'acte de se faire nourrir, de téter, de
mordre et de sucer. L'allaitement est une gratification sensuelle. L’enfant de cet âge
s'incorpore le monde en se mettant tout dans la bouche. La bouche est son lieu de
plaisir et l'allaitement en est la source de stimulation.
Le stade anal: ce deuxième stade est celui de l'apprentissage, de l’expérience et
de l'imposition d'un contrôle sur l’enfant par les parents. Durant sa deuxième et
troisième année d'existence, l'enfant demeure centré sur son corps et en particulier,
sur ses selles. C'est l'âge où les parents apprennent à l'enfant un premier contrôle,
celui des sphincters. Par l’excrétion et la rétention, l’enfant prend conscience qu'il
existe comme une entité différente de ses parents. L’apprentissage de
l'entraînement à la propreté est le fait marquant de cette période.
Le stade phallique : ce troisième stade est marqué par le plaisir sensuel relié aux
organes génitaux. C’est entre trois et cinq ans que l'enfant découvre la différence
entre les hommes et les femmes, et c’est aussi à cet âge que l'enfant montre un
intérêt pour les organes génitaux et qu’il s'identifie comme étant différent de l'autre
sexe. Et c'est à cet âge aussi que l'enfant commence à se masturber. Cela du reste
semble un fait universellement reconnu maintenant. La gratification est associée à
la stimulation des organes sexuels. Le stade phallique correspond aussi à la
période œdipienne où l'attachement sexuel est dirigé vers le parent du sexe opposé.
Les enfants des deux sexes éprouvent des fantaisies au sujet des parents.
Le stade de latence : ce stade se situe entre cinq et six ans et dure en moyenne
jusqu'à l'âge de l'adolescence.
Durant cette période, qu'on appelle aussi moyenne enfance, l'enfant est moins
préoccupé par son propre corps, ce qui lui permet de passer à l'apprentissage d'un
savoir-faire. Freud appelle cette période « latence » parce qu'il ne se produit rien
sur le plan « personnalité » à cet âge. Selon lui, les pulsions sexuelles et agressives
sont dans un état d'incubation.
La période génitale : ce stade serait, dans la pensée freudienne, la phase ultime
dans le développement psycho-sexuel de l'être humain. Les désirs hétérosexuels se
manifestent comme chez l'adulte. Cette période constitue la dernière poussée vers
la maturité sexuelle. Il y a alors tentatives d'établir une relation affective véritable
avec un partenaire de sexe opposé, l'issue de cette relation étant l'union sexuelle
complète des deux partenaires. C'est à l'âge de l'adolescence que l'on découvre que
certaines sensations de plaisir viennent par les parties génitales. Dès lors les jeunes
cherchent les occasions de stimulations et de satisfactions sexuelles.
Les cinq stades de Freud correspondent à l'enfance et à l'adolescence ; qu'en estil pour l'âge adulte et de la vieillesse ? Freud nous donne, dans le style concis de ses
dernières années de vie, cette réponse : « To love and to work ». Ce serait le but
d'une vie adulte réussie. Comme le signalaient Engilbert 1984, p 4.
Les œuvres de S. Freud ne contiennent aucun développement
important concernant la psycho-dynamique du vieillissement.
Dans ce même article, l'auteur soulève des éléments de compréhension de
l'attitude négative de Freud, vis à vis le vieillissement, et présente des indications et
des contre-indications aux psychothérapies analytiques possibles avec les
personnes âgées.
Cette réponse de Freud paraît donc peu éclairante pour une bonne
compréhension de ce qui se passe durant toutes ces années de l'existence qui
restent. Il faudra attendre les écrits de Neugarten, (1969, 1970,1973 et 1976),
Sheehy (1977 et 1982), Levinson (1978),.Artaud (1978 et 1979), Bédard (1981,
1983 et 1984), pour comprendre davantage ce qui se passe au niveau adulte, mais,
même avec l'émergence de ces recherches sur le développement de l'adulte, le
champ du troisième et du quatrième âge est largement ouvert puisqu'il s'y fait
tellement peu de recherches comparativement aux autres périodes du cycle de la
vie.
CONCLUSION
Nous pouvons affirmer, suivant la pensée freudienne, que la maîtrise de soi, ce
contrôle du moi prend forme dès la prime enfance. C'est à ce moment que les dés
sont jetés. Pourtant la personnalité adulte est dynamique et s'adapte comme le
démontrent les recherches des auteurs-ci haut mentionnés. Les mécanismes de
défense utilisés par les personnes âgées en témoignent. Freud n'a pas élaboré làdessus. Pour comprendre l'homme, le thérapeute doit saisir toutes les particularités
psychologiques à travers son histoire et surtout, bien saisir son inconscient. L'une
des grandes contributions de Freud a été de nous faire saisir toute l'importance des
premières expériences de l'enfance, là où le « Moi » prend sa source.
Nous nous sommes limités aux seuls faits qui permettent une vision d'ensemble
de la perception de soi dans la pensée freudienne. Pour les besoins de notre
recherche, les théories freudiennes ont leurs limites. Signalons ici deux excellents
articles sur le sujet : le premier, d’Hale (1980), porte sur les réflexions de Freud sur
le travail et l'amour alors que le second, d'Erikson (1980) présente les thèmes de
l'adulte dans la correspondance entre Freud et Jung.
Aussi devons-nous questionner d'autres auteurs susceptibles d'apporter plus de
lumière sur ce qui se passe avec le « Moi » et les besoins non-satisfaits durant les
dernières années de l'existence.
RÉFÉRENCES
ARTAUD, Gérard (1979), La crise d'identité de l’adult, Ottawa : Editions de
l'Université d'Ottawa.
ARTAUD, Gérard (1978), Se connaître soi-même. Montréal : Editions de
l'Homme.
BÉDARD, René (1984), Les modèles de développement de l'adulte, Revue des
sciences de l’éducation, 10, no 3. 446-466.
BÉDARD, René, (1983), Crise et transition chez l'adulte dans les recherches de
Daniel Levinson et de Bernice Neugarten. Revue des sciences de l’éducation, IX,
no 1, 107-126.
BÉDARD, René (1981), Recherches en psychologie de l'adulte, Revue des
sciences de l’éducation, VII, no 3, 393-416.
BIRKHILL, W.R. and SCHAIE, K.W. (1975), The effect of differential of
autiousness in the intellectual performance 01 the elderty, Journal of gerontoloqy,
30, 578-583.
BOTWINICK, Jack (1974 et 1978), Aging and behavior,.New-York:, Springer
Publ. Co.
BULTENA, G.L et POWERS, E.A. (1978), Denial of aging: age identification
and references group orientations, Journal of gerontology, 33, 748-754.
CÔTÉ, Marcel (1981), Le vieillissement.* mythes et réalité, Montréal : Agence
d'Arc Inc. Montréal.
ERIKSON, E.H. (1980), Themes of adulthood in Freud/Jung correspondence. In
Themes of work and love in aduithood. Erikson dans Smeiser (Eds.), Cambridge :
Harvard University Press, 43-74.
ENGELBERTS, Patrice (1984), Psychanalyse freudienne et psychothérapies
analytiques de personnes âgées, Gérontologie, no 51, juillet.
FREUD, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir, Dam Essais de psychanalyse.
Petite Bibliothèque Payot 1971: 7-78.
GEIWITZ et MOURSUND, J. (1979). Approaches to personality Monterey,
California : Brooks-Cole.
HALE, Nathan (1980). Freud's reflections on work and love, In Themes of work
and love in adulthood. Erikson and Sn& Smelser (Eds.), Cambridge,
Massachusetts: Harvard University Press, 29-42.
LEVINSON, Daniel J. (1978). The semons of man's live. New-York: Knoff.
NEUGARTEN, Bernice (1977). Personatity and aging. In J. Birren and K.
Schaie (eds) Handbook of the psychology of aging, 626-649, New-York: Van
Nostrand and Reinhold.
NEUGARTEN, Bernice (1976). Adaptation and the Iife cycle, The counseling
psychologist, VI, no 1, 16-20.
NEUGARTEN, Bernice (1973). Personality change în later life: a development
perspective. In C. Eisdorfer et P. Lawton (éds.), The psychology of adult
development and aging Washington, D.C.: APA.
NEUGARTEN, Bernice (1972). Personality and the aging process,. The
gerontologist, 12, 9-1 S.
NEUGARTEN, Bernice (1970). Dynamics of transition of middle age to old age.
Journal of geriatric psychiatry. 4, no 1, 71-87.
NEUGARTEN, Bernice (1969). Continuity and discontinuities of psychological
issues into aduit Ide. Human development, 12, 121-120.
NEUGARTEN, B.L, Moore. J.W. et Lowe, J.C. (1968). Age noms, age
constraints, and adult socialization. In B.L Neugarten (ed.), Middle age and aging,
Chicago: University of Chicago Press.
ORGAN, Dennis W. (1977). lnferences about trends in labour force satisfaction:
a casual-correlational analysis, Academy of management Journal, 20, no 4, 510519.
PHILLIPS, James et ai. (1978). Job structure and age satisfaction, Aging and
work, spring, 109-119.
REES, J. et BOTWINICK, J. (1971). Delection and decision factors in auditory
behavior of the elderly, Journal of gerontology, 26, 133-136.
SCHAIE, D.W. et GEIWWZ (1982), Aduits development and aging, Boston:
Little, Brown.
SHEEHY, Gag (1982). Franchir les obstacles de la vie, Paris: Bedond.
SHEEHY, Gail (1974 et 1977), Les passages de la vie: les crises prévisibles de
lâge adulte, Montréal: Presse Sélect.
VAILLANT, G.E. (1968 et 1977), Adaptation Io life, Boston: Little, Brown.
WRIGHT, James et al. (1978), Work satisfaction and age: some evidencies for
the "job change» hypothesis, Social forces, 56, june, 1140-1159.