Prince toujours libre
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Prince toujours libre
Avec N.E.W.S. , paru le 25 juin, l’Artiste américain célèbre ses dix ans de liberté artistique totale. Un article de www.calhoun-square.fr.st PARIS, le 28 juin 2003. – s’il y a un nom qui restera sans doute longtemps gravé dans les anales de l’industrie du disque, c’est peut être bien celui de Prince. L’artiste américain reste présent comme l’un des plus novateurs de son temps, livrant régulièrement des albums enregistrés en totale liberté artistique. Nombreux sont ceux qui se demandent encore sûrement quelle est l’actualité musicale du génie de Minneapolis. Oui, celui là même qui a tant défrayé la chronique dans les années 80, avec sa musique risquée et ses tubes à répétitions. Mais la musique de masse radiocustomisée n’intéresse plus du tout le Prince des années 2000. Sa dernière livrée, N.E.W.S., est ainsi en totale opposition avec les formats classiques que l’on connaît. Il s’agit d’un album conceptuel et instrumental, comportant seulement quatre titres d’une durée de 14 minutes chacun. Les titres se nomment North, East, West et South et forment ainsi le titre de l’album par leurs initiales. Musicalement, c’est un album déroutant qui est probablement le fruit d’une longue recherche expérimentale. Toutefois, quelques titres du même genre furent diffusés presque en cachette sur le NPG Music Club de l’artiste, ces titres provenant en réalité des soundchecks japonais des concerts de sa tournée 2002. Face à l’enthousiasme suscité par ces créations spontanées, Prince n’eut alors qu’à franchir une nouvelle étape, et enregistrer un album studio complet sous forme de jam session avec son groupe. On retrouve donc sur N.E.W.S. le quatuor déjà légendaire qui a émerveillé les spectateurs de la tournée One Nite Alone de l’année dernière. A savoir, l’inégalable John Blackwell à la batterie, le sorcier électronique Renato Neto aux claviers, la déesse Rhonda Smith à la basse, et un invité de choix : Eric Leeds, ex-The Revolution et saxophoniste qui a tout de même régulièrement accompagné Prince tout au long de sa carrière. Depuis maintenant dix ans, Prince a choisit de créer et distribuer sa musique de façon indépendante. N.E.W.S. est distribué directement par NPG Records, le label de l’artiste. Il fut accessible en avant première sur le superbe site officiel, www.npgmusicclub.com, pour lequel il faut débourser 25$ de droit d’entrée (en plus des 10$ demandés pour l’achat du disque). Le site propose un espace de réflexion, un forum, un chat, une discographie, des vidéos, et de nombreuses possibilités interactives. Totalement refait début 2003, le design du site est également très novateur : exclusivement réalisé en technologie Flash, il permet de voyager dans un palais gigantesque et de parcourir les différentes pièces à thèmes comme dans un jeu vidéo. Mais pour en arriver là, Prince a mené une lutte de longue haleine. Sa vie est un combat, la musique son triomphe disait la bande annonce du film Purple Rain paru en 1984. C’était presque prémonitoire ! Le 7 juin 1993, tout juste à l’aube de ses 35 ans, et après une carrière exemplaire de près de quinze ans, Prince annonce qu’il se retire définitivement du show business. S’estimant prisonnier du système des maisons de disques, il déclare vouloir distribuer ses œuvres par d’autres moyens. Les débuts furent plutôt laborieux : malgré l’ouverture de trois magasins, les NPG Stores de Minneapolis, Londres et Tokyo, ainsi que d’un numéro de téléphone, 1-800-NEW-FUNK, permettant de commander ses nouveaux disques, ces nouvelles formes de distribution sont restées limitées et Prince dû passer des accords de distribution avec certaines majors (EMI, BMG…) Lorsque internet commença à devenir un nouveau média de communication grand public, Prince s’y intéressa de très près. Son premier site officiel, The Dawn, ouvrit dès 1995. Mais il faudra attendre 1997 pour que Prince s’inscrive vraiment dans l’ère du commerce électronique : le quintuple (!) album Crystal Ball fut le premier disque de l’artiste à être vendu exclusivement sur internet… même si quelques mois plus tard il était tout de même disponible à la vente dans les magasins traditionnels. C’est finalement en 2001 que Prince a lancé le NPG Music Club. Largement copié sur le site de David Bowie ouvert un an plus tôt, le concept du club est assez intéressant : il permet à l’artiste d’être en rapport direct avec ses fans. Pour toute l’actualité sur Prince et le Minneapolis Sound, consultez www.calhoun-square.fr.st Mieux encore, les ventes de disques effectuées via ce nouveau canal de distribution éliminent les intermédiaires et permettent de dégager des marges très importantes – de l’ordre de 60% sur la vente d’un disque! - qui feraient rêver plus d’un artiste débutant. Ainsi, Prince s’est plusieurs fois félicité d’être « numéro 1 à la banque » malgré des ventes de disques dérisoires si l’on compare avec ses succès des années 80. Cette volonté de réserver sa musique à ses fans ultimes n’est pas récente chez Prince. Dès le début de sa carrière, il a du chercher le compromis entre succès commercial et recherche musicale. Pour son premier album, For You, paru en 1978, Prince avait exigé d’être son propre producteur, estimant que seul un réel musicien pouvait déterminer l’orientation musicale à apporter à une œuvre discographique. Il n’avait pourtant que 19 ans à l’époque ! Warner lui autorisa ce fantastique privilège d’une entière autonomie artistique, non sans l’avoir préalablement fait espionner en studio par quelques grands producteurs maison comme Maurice White ou Russ Titelman. Multi instrumentiste confirmé, Prince enregistra ainsi entièrement seul son premier album, occupant tous les postes de la production : écriture, composition, arrangements, chant, et tenant lui-même 27 instruments de musique différents. Par la suite, les frictions avec sa maison de disques sont devenues récurrentes. En 1981 il enregistre un morceau intitulé Let’s Rock, qu’il souhaita sortir immédiatement sous la forme d’un single isolé. Warner rejeta l’idée et Prince considèrera cet épisode comme l’une des premières restrictions faite à l’encontre de son épanouissement artistique. Le morceau sera rebaptisé Let’s Work et paraîtra finalement sur Controversy sorti en octobre 81. Un an plus tard, Prince sort son premier chef d’œuvre, le double album 1999, tout juste quelques semaines avant l’énormissime Thriller de Michael Jackson. Malgré cette rude concurrence, Prince va quand même vendre près de quatre millions d’exemplaires de 1999, appuyés par son premier Top 10, le single Little Red Corvette. Malgré cela, Warner décidera de sortir une version simple album pour l’Europe, amputée de cinq titres ! De quoi décourager la création d’une œuvre complète. Bien évidemment l’énorme succès de Purple Rain en 1984/85 permettra ensuite à Prince d’obtenir un certain lest de la part de sa maison de disques. C’est ainsi que l’album Around The World In A Day est paru seulement dix mois après l’album précédent, sans single préalable, ni promo, ni vidéo clip ! Au fur et à mesure que Prince va gagner en vénération sur la qualité de sa musique, ses ventes iront en décroissant : le double album Sign O The Times, paru en 1987 est considéré comme son apogée artistique mais n’a pas eu un succès commercial phénoménal. De même pour Lovesexy (1988), qui fut également un échec commercial malgré une musicalité extraordinaire. C’est seulement avec Diamonds And Pearls en 1991 que Prince renoue avec un certain succès tout en confirmant son style et sa maîtrise : l’excellent single Gett Off en est l’exemple même. Prince va vendre 5 millions d’exemplaires de Diamonds And Pearls et les cinq singles qui en seront extrait entreront dans le Top 30. Ce fut l’opportunité pour Warner de présenter à Prince un nouveau deal, incluant un poste de vice président et une avance de 10 millions de dollars pour chaque sortie d’album ! Mais rapidement Prince se sent prisonnier de ce nouveau contrat, et malgré l’énorme promotion faite autour de l’album Symbol de 1992, le disque n’aura qu’un succès commercial relatif. Il était temps d’envisager une autre stratégie… Mais les choses ont-elles pour autant changé après le 7 juin 1993 ? Si le divorce artistique avec la maison de disques fut évident tout de suite, la rupture contractuelle le fut beaucoup moins. Pendant près de trois ans, une terrible bataille fut engagée. Prince devait toujours un certain nombre d’albums à Warner, qui les éditait alors sous le nom de « Prince ». Tandis que l’intéressé avait créé un tout nouveau label, NPG Records, sur lequel il sortait ses propres disques, soit sous l’identité de Love Symbol soit sous le nom de son groupe, New Power Generation. La distribution des disques de NPG Records posa d’énormes problèmes. Prince s’était mis à dos pratiquement toute l’industrie du disque, et il du recourir à de petites structures comme Bellmark aux USA ou Edel en Europe, ou distribuer lui-même certains disques ! Le premier album du groupe New Power Generation, Gold Nigga, n’a pu être pressé qu’à quelques milliers d’exemplaires et il fut vendu uniquement sur le stand merchandising des concerts de la tournée 93 ! Il est aujourd’hui un collector avidement recherché par les fans. Après le succès mondial de The Most Beautiful Girl In The World en février 1994, qui irrita fortement la Warner, Prince dû utiliser à nouveau le nom de New Power Generation pour sortir Exodus en février 95. A la même époque, il lança également une tournée européenne avec le contenu de l’album The Gold Experience, que Warner rechignait à sortir. Finalement, le disque sera édité en novembre 95 dans l’indifférence quasi générale. Pour toute l’actualité sur Prince et le Minneapolis Sound, consultez www.calhoun-square.fr.st Le dernier album de Prince chez Warner sera finalement le bien nommé Chaos And Disorder paru en juillet 1996. Par la suite, Warner pu sortir uniquement des compilations ou des rééditions. C’est finalement le 12 novembre 1996 que Prince obtient son Emancipation avec le triple CD du même nom, paru chez NPG Records et distribué par EMI. Le disque obtiendra un succès honnête (600 000 exemplaires vendus) malgré l’énormité de l’œuvre : 36 nouvelles chansons pour un total de 180 minutes de musique ! Par la suite, Prince va se pencher sur des albums beaucoup plus intimistes et thématiques. A coté de la compilation Crystal Ball parue en 1997 (encore un triple CD !), Prince propose un album acoustique, The Truth, un ballet néo-classique, Kama Sutra, et un peu plus tard un single expérimental de 26 minutes, The War. En novembre 2001 parait l’excellent album The Rainbow Children : Prince a enfin trouvé la sérénité qui lui permet d’enregistrer des disques en totale liberté artistique. Ce disque représente toutes les espérances apportées par sa rupture avec Warner. Malgré une promo très limitée l’album sera encensé par la critique. A coté du coffret live de la tournée 2002, le triple CD One Nite Alone LIVE, Prince a délivré récemment via son NPG Music Club deux autres albums intimistes. Le premier, One Nite Alone, est un piano solo, tandis que Xpectation est un album instrumental enregistré avec la saxophoniste Candy Dulfer et la violoniste Vanessa Mae. N.E.W.S. sera ainsi le premier album de Prince totalement instrumental à bénéficier d’une diffusion plus large que celle du NPG Music Club. Souhaitons lui toute la reconnaissance qu’il mérite. Ses livraisons des années 19981999 seront finalement assez décevantes, incluant le troisième album des New Power Generation, Newpower Soul (lequel fait partie d’un New Power Pak incluant également les albums de Chaka Khan et Larry Graham). Les remixes de 1999 pour le passage à l’an 2000 ou l’album Rave Un2 The Joy Fantastic ne convaincront pas non plus. Le 31 décembre 1999, le contrat d’édition de Prince avec Warner Chappel Music arrive à expiration : Prince récupère le droit d’utiliser son nom pour ses propres disques. Une gigantesque Celebration est organisée à Paisley Park (ses studios de Minneapolis) pour fêter l’événement. En février 2001, Prince lance finalement le NPG Music Club sur internet. La première année, l’abonnement coûtait 100$ et permettait aux fans de télécharger plus de 40 nouveaux morceaux, et de disposer de vidéos exclusives et d’accès privilégiés aux places de concerts ! Pour toute l’actualité sur Prince et le Minneapolis Sound, consultez www.calhoun-square.fr.st